Vue normale

  • ✇Made Not Found (by danah boyd)
  • Where Has Social Media Gone?
    tl;dr: Read "Social Media Is Now Parasocial Media"The lovely folks at the Social Media + Society journal asked me to contribute to their anniversary issue by reflecting on the trajectory of social media. Ooof. Snark exuded from my pores as I tried to figure out what I might say. But then I thought about how my students don't know about an era of social media without recommended content, algorithmically curated feeds, and an infinite scroll of cotton candy content. They never encountered a world
     

Where Has Social Media Gone?

27 avril 2026 à 12:21
Where Has Social Media Gone?

tl;dr: Read "Social Media Is Now Parasocial Media"

The lovely folks at the Social Media + Society journal asked me to contribute to their anniversary issue by reflecting on the trajectory of social media. Ooof. Snark exuded from my pores as I tried to figure out what I might say. But then I thought about how my students don't know about an era of social media without recommended content, algorithmically curated feeds, and an infinite scroll of cotton candy content. They never encountered a world of social media where people were focused on sharing with their friends rather than becoming influencers. They don't realize how much the "social" in social media has changed.

As I tried to unpack in my mind what social media has become, I kept coming back to how the dominant practice has shifted to consumption rather than production. Media scholars have always argued that consuming TV is social even if you watch alone because of the power of using TV content in social settings, like the water cooler. I don't want to negate this collective experience to TV, although the content we consume online is so fragmented that there is no unifying consumption pattern despite there being meaningful networked-based consumption practices. But still, there's something tangibly different about the social-ness of consuming to discuss vs. consuming in a dialogic engagement.

In putting pen-to-paper, I kept coming back to how odd the term "social media" now feels to me. And of course I'm biased because I lived through the contestations over how to label the various websites that we've come to know as social media. So I had a very particular understanding of the term, one that no longer exists.

"Social Media Is Now Parasocial Media" is my attempt to reckon with the evolution of social media into a format that I feel is no longer meaningfully social. It's open-access so check it out. And if you have feels, push back! I'd love to hear your thoughts!!!

  • ✇affordance.info
  • Parcoursup saison 8 : faites l’armée plutôt que l’université.
    Parcoursup est l’outil dont rêvait l’institution disciplinaire décrite par Foucault. Fondamentalement. Et chaque année davantage depuis déjà 8 ans que cette saloperie existe. Je vous ai déjà à de nombreuses reprises expliqué tout le mal que je pensais de cette plateforme (en 2020, en 2021, en 2025, en 2026 …) que j’ai vécu et expérimenté personnellement à trois reprises en tant que parent de 3 enfants et que je pratique également donc depuis 8 ans en tant que responsable de formation. Presque ch
     

Parcoursup saison 8 : faites l’armée plutôt que l’université.

24 avril 2026 à 12:17

Parcoursup est l’outil dont rêvait l’institution disciplinaire décrite par Foucault. Fondamentalement. Et chaque année davantage depuis déjà 8 ans que cette saloperie existe. Je vous ai déjà à de nombreuses reprises expliqué tout le mal que je pensais de cette plateforme (en 2020, en 2021, en 2025, en 2026 …) que j’ai vécu et expérimenté personnellement à trois reprises en tant que parent de 3 enfants et que je pratique également donc depuis 8 ans en tant que responsable de formation.

Presque chaque année c’est une nouvelle contrainte imbécile qui tombe ou s’impose dans cette plateforme sans que jamais il ne soit possible de la discuter ou de la remettre en cause. Et cette année j’avoue que lorsque j’ai appris qu’à terme les lettres de motivation allaient totalement disparaître et que si on voulait les garder c’était à chaque responsable de formation de fournir un argumentaire pour se justifier, j’ai vraiment eu envie de coller une grande soupe de phalange dans le cimetière à magret de mon ami Mister T. Mais j’étais très loin du climax de mon courroux (coucou) car je n’avais pas encore reçu le message ci-dessous.

Donc il y a quelques jours, alors que sur les 1600 dossiers que nous recevons pour 60 places je venais de finir de traiter les 200 qui me reviennent, j’ai eu la surprise de recevoir un petit mail de Parcoursup qui disait ceci :

 

Je vous remets le texte directement :

Dans la perspective de la rentrée 2026-2027, le dispositif de demande de césure prévu sur Parcoursup a évolué pour tenir compte de la mise en place du nouveau Service national annoncé par le président de la République.

Pour les candidats, la case à cocher « demande de césure » a été remplacée par deux cases distinctes « demande de césure pour réaliser un projet personnel ou professionnel » et « demande de césure pour réaliser un service national ». En effet, la césure pour service national sera une césure accordée de plein droit (projet de loi de programmation militaire) à la différence de la césure pour réaliser un projet personnel ou professionnel  qui est soumise à l’appréciation du chef d’établissement.

 

J’espère que tout cela est clair. Après la mise sous coupe algorithmique réglée de l’ensemble d’une classe d’âge, après l’empilement de réformes toutes plus débiles les unes que les autres à l’échelle du lycée et du baccalauréat, après la mise à sac programmatique de l’université publique, après les refus répétés en mode allegro obstinato de tenir compte de l’ensemble des retours des utilisateurs de cette p**** de plateforme qui chaque année expliquent que tout cela irait beaucoup plus vite et serait beaucoup moins stressant pour les lycéens et lycéennes s’ils et elles pouvaient classer leurs voeux dès le départ, voilà donc maintenant que Parcoursup se met au service d’un agenda politique national guerrier. Et voici Emmanuel Macron, le plutôt cadre ploutocrate enquillant son 2ème mandat à l’abri de toute mandale, qui d’une main nous incite à la chair du « réarmement démographique » et de l’autre anticipe le sort funeste de cette même chair.

Cette année on nous annonce donc que les demandes de césure pour faire son service militaire doivent être obligatoirement accordées. Et on nous l’annonce en plein milieu de la procédure et sans aucune concertation parce qu’il s’agit bien sûr aussi de nous discipliner.

Vu la situation et le contexte international, je ne suis pas le seul à nourrir d’immenses craintes pour ce que Parcoursup deviendra l’année prochaine et les suivantes. L’institution disciplinaire doit être vue, lue et comprise comme un continuum. Je rappelle que certains avaient déjà envisagé que celles et ceux qui avaient effectué le débilitant SNU puissent bénéficier de points supplémentaires dans Parcoursup. Une énième idée à la con qui avait heureusement été promptement identifiée comme telle mais qui avait aussi et surtout permis de préparer les esprits à ce qui adviendra inévitablement à l’horizon de quelques années.

Sans parler de la guerre, on observe cette année une augmentation très forte (et qui me semble inquiétante) de dossiers qui nous reviennent après avoir effectué une première année (en vérité quelques mois) dans une toute autre formation, preuve supplémentaire que la première orientation et la première expérience de la plateforme Parcoursup sont de plus en plus à côté de la plaque. Entendons-nous bien, on a bien sûr le droit de se réorienter et rien n’est dramatique, loin s’en faut, lorsque l’on est néo-bachelier. Ce qui est par contre inquiétant ce sont les choix qui semblent effectués en dépit de tout bon sens de la part de lycéens et lycéennes et de familles totalement égarés dans une offre surabondante et opaque, livrés au mieux à eux-mêmes et à la bonne volonté de professeurs principaux qui sont beaucoup de choses mais certainement pas des conseillers d’orientation ; lycéens, lycéennes et leurs familles qui sont surtout soumis, dès la fin du collège et durant toutes leurs années lycées, à une pression totalement inédite au regard des contraintes que l’on fait peser sur elles et eux.

Disciplinés très tôt par l’empilement de réformes aux temporalités imbéciles et sans aucune cohérence pédagogique ne serait-ce qu’interne, réformes totalement étanches aux rythmes de travail et de vie de nos sociétés et aux assignations parentales qui en découlent, ce ne sont pas les quelques ajustements cosmétiques annuels de l’interface Parcoursup qui permettront de régler le problème d’une plateforme qui semble n’avoir jamais été pensée ou même réfléchie pour accompagner des trajectoires mais qui donne hélas sa pleine mesure dès lors qu’il s’agit de sanctionner des parcours.

  • ✇Climb to the Stars
  • La clé du véritable assistant IA: l’infrastructure IA personnelle (PAI) [en]
    [en] Même si je ne suis pas en train de vibe-coder à tour de bras, j’ai bien sauté dans le train côté IA. Depuis deux ans environ, je dis que ce que je ressens concernant l’importance et le potentiel de l’IA générative est quelque chose que je n’ai pas senti depuis ma découverte d’internet il y a 20-25 ans. Et là mes amis, j’ai l’impression de m’être pris un train en pleine figure. Enfin, je le vois arriver depuis un moment, le train, mais là il est sur moi. Mon vieux pote Jens-Christian vie
     

La clé du véritable assistant IA: l’infrastructure IA personnelle (PAI) [en]

17 avril 2026 à 16:01
[en]

Même si je ne suis pas en train de vibe-coder à tour de bras, j’ai bien sauté dans le train côté IA. Depuis deux ans environ, je dis que ce que je ressens concernant l’importance et le potentiel de l’IA générative est quelque chose que je n’ai pas senti depuis ma découverte d’internet il y a 20-25 ans.

Et là mes amis, j’ai l’impression de m’être pris un train en pleine figure. Enfin, je le vois arriver depuis un moment, le train, mais là il est sur moi. Mon vieux pote Jens-Christian vient de me montrer, en live (bon, par visio) à quoi ressemblait son assistant IA et l’infrastructure (PAI) qui le rendait possible. Je vais vous expliquer tout ça en français, ne vous en faites pas, mais sachez déjà qu’en gros, le fameux “assistant IA” qui est véritablement capable de nous aider à organiser nos vacances, choisir un menu pour ce soir, nous briefer pour préparer notre journée, garder le fil de nos multiples projets et évidemment, automatiser notre administratif récurrent, sans juste faire semblant qu’il en est capable – eh bien on y est.

Je précise d’emblée, parce que le dégueulis d’IA – je sais pas comment traduire mieux “AI slop” – envahit non seulement le web, les réseaux, nos conversations WhatsApp et les blogs, que j’écris ce texte avec mes dix petits doigts sur mon clavier. Le jour où je vous refile un truc “écrit avec IA”, je vous le dirai, et je vous dirai aussi “combien écrit avec l’IA” c’est.

OK. Maintenant j’explique pourquoi je suis en train de vous dire que l’ordinateur de Star Trek, c’est déjà aujourd’hui. Enfin avant, un petite digression préalable.

On le sait bien: ce qu’on appelle aujourd’hui “une IA”, c’est en fait un “LLM” (Large Language Model). C’est une intelligence artificielle (un type de programme) qui produit des mots. En très simplifié, c’est du texte prédictif dopé. Le LLM, il ne fait qu’une chose, à la base: il regarde le “contexte” (le texte déjà écrit) et fait une prédiction statistique sur le prochain mot. Et le prochain. Et le prochain. L’IA (le LLM) ne “sait” rien. C’est juste une machine à aligner des mots. Mais ce qui est dingue, c’est que cette machine est capable de produire du texte que l’on reconnaît comme “discours”, et qui nous donne le sentiment d’être en train de parler à une vraie personne. C’est le côté “chatbot” ou “interface conversationnelle”. Ça veut dire que pour faire faire des choses à une machine, aujourd’hui, on peut simplement lui expliquer avec nos mots – pas besoin de cliquer sur tel bouton, donner telle commande, utiliser un langage de programmation. On dit quelque chose, et quelque chose se passe.

Si vous avez déjà l’habitude de fréquenter Claude ou ChatGPT, vous savez comme ça va. On chatte avec, et on est tour à tour bluffé (quand ça marche) et désespéré (quand ça marche pas). On se casse vite le nez sur les limites du truc, il nous dit un truc qui est faux, et on se dit qu’il est bien con et que l’IA, ça ne marche pas si bien que ça. On pense aux rêves qu’on avait de pouvoir dire à notre IA “fais ma déclaration d’impôts” ou “planifie mon projet” (pourquoi pas “fais mon job”, pendant qu’on y est), ou plus modestement, “envoie les factures vétérinaires à l’assurance pour qu’ils remboursent”. L’IA nous promet monts et merveilles mais ne livre pas toujours – d’autant plus si on se contente de lui parler dans une conversation qui s’allonge à l’infini, qu’on ne comprend comment travailler avec la fenêtre de contexte, que les skills ça nous dépasse, qu’on ne maîtrise pas les subtilités du prompting et qu’on n’a pas encore fait le pas d’organiser nos interactions en projets ou d’essayer Cowork. On entend bien ceux qui développent des trucs incroyables à l’aide de l’IA, mais bon, on n’est pas tous développeurs, et franchement les résultats médiocres qu’on obtient nous laissent penser que c’est beaucoup de hype, toute cette histoire. On est d’accord?

Et là au milieu, je suis en train de vous dire (je vous promets j’ai pas fumé) qu’en fait oui, l’IA est bien capable de nous offrir cet “assistant digital” dont on rêve. Je crois franchement qu’on y est. Mais c’est pas “en chattant avec Claude”. Et il n’y a pas besoin non plus d’apprendre à programmer pour y arriver.

La clé, c’est cette infrastructure mentionnée en début d’article: PAI. C’est pas une “alternative” à Claude ou ChatGPT ou Gemini. C’est un système qui se construit dessus. Une collection d’instructions pour IA et de scripts (comme des mini-programmes) qui vont tourner sur l’ordinateur.

Comme dit plus haut, une IA ne “sait” rien. On peut lui donner une liste de tâches en début de conversation, en rajouter 3 nouvelles, parler de la pluie et du beau temps, et lui redemander les tâches 10 minutes plus tard, et il y a fort à parier qu’il y aura une erreur dans la liste. Qu’elle reconnaîtra de bonne grâce quand on la lui fera remarquer. Par contre, si au début de la conversation on lui demande de créer un fichier contenant cette liste, et que deux jours plus tard on lui demande nous lire la liste qui est sur le fichier, là, ça marche. Suivant quelle est votre expérience dans l’utilisation de l’IA, vous avez peut-être fait ce constat de vous-même: c’est vachement plus fiable de faire mettre des infos dans des fichiers, de faire écrire des scripts pour extraire de l’information d’un document ou d’un tableau de données. Et d’ailleurs, aujourd’hui, votre “Claude chatbot” le fera spontanément ou vous le proposera, suivant ce que vous lui demandez.

Donc: l’assistant IA de nos rêves, c’est pas “juste” une IA, c’est surtout des tas de scripts et des fichiers contenant des informations. Et bien sûr quand même une IA, pour interagir avec nous (la fameuse “interface conversationnelle”) et faire évoluer le système en fonction de nos besoins.

Vous êtes encore là? Soyons un peu concrets. PAI c’est donc un truc qu’on télécharge sur son ordi et qui une fois lancé, va premièrement installer ce dont il a besoin (y compris Claude Code si on ne l’a pas déjà). Ensuite, quand on le lance, il va nous prendre par la main (via l’interface conversationnelle, donc en discutant déjà avec l’IA) pour le configurer et démarrer avec. Oui, il faut taper un truc dans la ligne de commande, il y a un premier pas ou deux un peu geek, mais après, c’est “juste du blabla” comme on a l’habitude de faire normalement avec une IA.

Ce qui fait que PAI c’est pas “juste une IA”, c’est que c’est un système prévu pour créer ce dont vous avez besoin de votre assistant. On ne vous livre pas une voiture: on met à votre disposition tout ce qu’il faut pour concevoir et produire la voiture qui correspond exactement à vos besoins – les ingénieurs, les designers, les mécanos, l’usine de production, et aussi le chef de projet qui va vous prendre par la main pour vous aider à décrire la voiture dont vous avez besoin. PAI c’est ça.

L’infrastructure comprend un système et une structure pour stocker des infos de contexte vous concernant – pas juste la façon dont vous aimez que l’IA vous parle, mais aussi vos valeurs, vos domaines d’expertise, vos préoccupations et buts dans la vie. Et pas sous forme de laborieux champs texte à remplir. L’IA va vous interviewer, ou dans mon cas, avaler mon blog, et en tirer les informations pertinentes. Ou pas, si on veut pas. L’infrastructure comprend aussi des processus: en particulier, comment développer un système dont vous avez besoin.

Un exemple en guise de démo (on a fait ça en direct avec Jens-Christian et son assistant pendant notre visio): un truc dont je rêve, perso, ce serait un système qui est au courant de ce que j’ai dans mon frigo et mes armoires, de ce que j’aime manger et cuisiner, et qui puisse me dire “ah ben ce soir, tu pourrais te faire ceci ou cela”. Pour de vrai, c’est une grosse charge mentale chez moi ce genre de truc. Donc hop, on soumet cette idée à l’assistant. J’ai deux ou trois idées en plus: si je donne à l’assistant mes tickets de caisse de courses, il pourrait savoir ce que j’ai acheté comme nourriture. Et si je lui montre ce que je mange ou me cuisine, il pourrait en déduire ce que j’ai utilisé. Peut-être de temps en temps il faut lui faire une photo du frigo ou de l’armoire pour vérifier si son inventaire est à jour. Et il pourrait aussi avoir à dispo une collection de recettes que j’ai faites, et d’idées-repas (j’ai commencé à compiler ça, manuellement). On donne donc ces infos à l’assistant, et on observe. Honnêtement, c’est là que je me suis retrouvée sur le cul.

PAI comprend donc un processus, ou une méthode, pour approcher ce genre de demande: clarifier à quoi ressemblerait le système fini, puis, selon une logique similaire au “rétro-planning” (du reverse-engineering, en fait) il produit un concept, les différentes parties du système à créer, évalue de quelle façon les créer (scripts, IA, quels outils sont à disposition, parce que bien sûr il sait quels outils on a sur l’ordi et ce qu’on a l’habitude d’utiliser), à quoi ressemblerait une version minimale fonctionnelle du système (le “MVP”=minimum viable product du jargon dev/business), et (après feu vert bien entendu) produit un prototype. En dix minutes, on avait un prototype interactif à qui je pouvais demander quoi manger ce soir, après avoir rempli une liste bidon de ce qui était dans mon frigo – et surtout, un plan pour développer le reste du système.

Avant aujourd’hui, j’avais prévu d’écrire un article sur ce que j’étais en train de faire avec l’IA en ce moment. Je me suis mise à Cowork, et je suis en train de créer un système qui m’aide à garder le fil de mes multiples projets en cours. Pas juste à savoir où j’en étais et quelle était la prochaine chose à faire quand je reprends un dossier trois semaines après l’avoir laissé en plan, mais aussi à avoir une vue d’ensemble du “portfolio de projets”. Dans mon système, il y a un fichier dans lequel je note les unes derrières les autres toutes les idées qui me passent par la tête, et ensuite il y a un script (et un peu d’IA) qui avale ce fichier et qui dispatche chaque idée ou info dans une sorte de boîte de réception pour le projet en question.

Exemple (parce que c’est mieux les exemples). J’ai trois tonnes de fichiers d’archives pas mal en bordel sur deux disques durs externes. Ça prend beaucoup de place, et je sais qu’il y a du contenu dupliqué, mais pas où et lequel. Je suis donc en train d’utiliser Claude pour m’aider à faire ça de façon méthodique. Donc ça c’est un de mes projets avec Claude. Mettons que pendant qu’on est en train d’avancer dans ce projet, je me retrouve dans le dossier qui contient les sauvegardes des vidéos live que j’ai faites sur Facebook. Il y a celles des chats diabétiques, mais aussi des vidéos sur d’autres sujets et dont je voudrais faire un article dans le blog. Comme je suis en grande conversation avec Claude, je mentionne ça, et peut-être que j’évoque les 3-4 articles que j’ai en tête, pour qu’il en prenne note. Il va noter ça (parce que je lui ai donné des instructions dans ce sens à l’aide d’un skill) dans le fichier “de sortie” du projet, prêt à être importé dans le fichier d’entrée du projet “idées pour le blog”. Ou alors, je suis en train de faire à manger et une idée de génie pour l’aménagement de mon balcon me traverse le cerveau: je la note rapidement dans mon fichier central, sachant que Claude rangera cette info au bon endroit.

Donc créer ce genre de système, avec Cowork, c’est possible, mais je fais beaucoup manuellement. Je micro-manage beaucoup. Je dois être directive, parce que sinon Claude me dit “ouais ouais c’est bon je m’en charge, c’est super simple” et en fait… non.

Avec PAI, il y a déjà des instructions et des “compétences” (skills) dans l’infrastructure exprès pour que créer ce genre de système se fasse bien et simplement. C’est donc une boîte à outils, accessible via le chat, qui nous permet de “forger” le système dont nous avons besoin – créer l’assistant qui va simplifier les tâches à peu de valeur ajoutée de notre quotidien, ou celles qui sont difficiles pour nous, qui va nous permettre d’avoir plus d’énergie à disposition pour les choses qui comptent pour nous.

Je vais gentiment prendre congé de vous pour aujourd’hui, parce que ça devient un article-fleuve (qui plus est pas super bien structuré et clair peut-être) et que mon cerveau n’a plus beaucoup de batterie. On va en reparler quand je sauterai le pas (dès que j’ai un peu de temps à dispo) pour installer PAI chez moi.

Juste deux mots de prudence avant de clore:

  • Claude Code, Cowork, PAI: des outils puissants mais qui présentent également des risques côté sécurité. Ce n’est pas une bonne idée, aujourd’hui, de laisser votre IA contrôler votre navigateur web, de lui donner libre accès à vos fichiers ou à votre e-mail, surtout si vous ne comprenez pas bien les enjeux sécuritaires
  • faire tourner quelque chose comme PAI “coûte” en termes d’utilisation d’IA – tout comme ça coûte de faire produire des images par l’IA, des pages de code, de manipuler des fichiers sur un disque dur, de lire des PDFs de 500 pages… sur un plan gratuit, oubliez; même un plan à 20.-, c’est probablement bien chaud

Quelques liens (en vrac parce que je suis trop raide):

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • PSPP à Rebel News: Comme un poisson dans l’eau
    La décision du chef du Parti québécois d’accorder une entrevue à une spécialiste de la désinformation a été abondamment commentée. Le contenu de l’entrevue l’a été beaucoup moins. Je me suis donc donné le mandat d’analyser l’entrevue et de démonter la désinformation qu’on y entend, autant de l’intervieweuse que de l’interviewé. Je vous invite à écouter l’épisode spécial de mon balado, Woke tant qu’il faudra, consacré à cette entrevue. Si vous n’avez pas une heure à consacrer à cette entre
     

PSPP à Rebel News: Comme un poisson dans l’eau

15 avril 2026 à 11:23

La décision du chef du Parti québécois d’accorder une entrevue à une spécialiste de la désinformation a été abondamment commentée. Le contenu de l’entrevue l’a été beaucoup moins. Je me suis donc donné le mandat d’analyser l’entrevue et de démonter la désinformation qu’on y entend, autant de l’intervieweuse que de l’interviewé.

Je vous invite à écouter l’épisode spécial de mon balado, Woke tant qu’il faudra, consacré à cette entrevue. Si vous n’avez pas une heure à consacrer à cette entrevue, ce qui est compréhensible, voici quelques-uns des pires extraits et mon commentaire.

Les extraits cités viennent tous de l’entrevue mise en ligne le 10 avril 2026.

« Début des années 2000 à Montréal, il y a pas une crise du logement, le français recule pas, ça se passe bien, tout le monde est de bonne humeur. »
Au mieux, PSPP parle sans savoir. Au pire, il nous ment carrément. On peut le prouver facilement. En 2002, Pierre Desrochers, directeur de la recherche à l’Institut économique de Montréal, publiait déjà un rapport intitulé « Comment résoudre la crise du logement au Québec? » Parce que oui, on parlait déjà de crise du logement à l’époque du gouvernement Bouchard-Landry. Desrochers critiquait le manque de vision des gouvernements (fédéral et provincial), qui auraient dû investir davantage dans le logement social et modifier la réglementation du secteur de la construction afin de faciliter les mises en chantier. En 2002. Quand Plamondon nous dit qu’au début des années 2000, il n’y avait pas de crise du logement, c’est entièrement faux.

Je sais que mes amis péespépistes vont tenter de le rattraper et m’accuser de déformer ses propos. « Ce n’est pas ce qu’il voulait dire. Il voulait simplement dire que la situation était moins pire en 2001… » Non. En 2001, le taux d’inoccupation des logements était de 0.6% à Montréal. D’après la Société canadienne d’hypothèques et de logement, (SCHL) le taux d’inoccupation sur l’île de Montréal était de 3.1% en octobre 2025. Cinq fois supérieur. Il y a des limites à dire n’importe quoi pour nous faire croire que tous nos problèmes ont été causés par les politiques d’immigration du gouvernement Trudeau.

« Simplement aborder Roxham, à l’origine, je me faisais traiter d’extrême droite. Alors que quand le Parti libéral du Canada a fermé Roxham, ça c’était drôle, plus personne parlait d’extrême droite, c’était ben normal, aucune critique. Mais quand c’est le Parti québécois qui tente d’affirmer cette volonté de maintenir la paix sociale au nom des Québécois. Double standard. »
PSPP avait fait la même plainte à l’époque. Il avait convoqué un point de presse pour se plaindre de la « gauche radicale » qui tente d' »extrême-droitiser » le Parti québécois. Les journalistes ont tenté en vain d’obtenir des noms. Il leur a répondu de faire leur travail de journaliste. Que c’est très facile de trouver des noms en cherchant sur Google. 3 ans plus tard, il nous fait jouer la même cassette et espère que ses auditeurs le croiront sur parole.

« C’est dangereux ce qui se passe en ce moment. Parce que des dynamiques violentes à l’étranger peuvent rapidement devenir notre dynamique parce qu’on a saboté un modèle qui fonctionnait au niveau de l’immigration qui était fondé sur des critères, une marche à suivre. Il arrive un moment où rien ne va plus. Rien ne tient. Et on se retrouve avec une situation inimaginable où des Québécois de confession juive ou peut-être d’autres Québécois aussi voient leur sécurité menacée. On n’a pas parlé de la sécurité des femmes par exemple. ais tsé Montréal, là… depuis… j’ai grandi là, il y a pas ville plus sécuritaire, si t’es une femme, tu te demandes pas si tu vas te faire harceler. »
Bien sûr. Avant Justin Trudeau, les femmes pouvaient marcher seules dans la rue, la nuit, en toute sécurité. Elles pouvaient passer une veillée dans leur bar sans surveiller leur verre. Elles ne subissaient pas d’agression dans le métro. C’est « l’immigration massive » qui a amené le harcèlement sexuel au Québec.

Pour ce qui est des relations avec les États-Unis, PSPP reste dans le déni.
« Mais en même temps à l’inverse, je vois des politiciens suggérer que le Canada nous défend contre Trump… C’est pas sérieux. Si les États-Unis prennent des décisions… Ce qui arrivera pas, en passant. L’idée que l’armée canadienne est un rempart de défense pour les Québécois ça a été complètement galvaudé. Moi je suis confiant que comme n’importe quel pays européen de notre taille, on ferait la même chose. »
Ce qui arrivera pas, en passant? Sur quoi se base cette certitude? Est-ce qu’on suppose que Donald Trump a trop de bon sens pour attaquer le Québec ou le Canada? L’attaque contre l’Iran n’était pas suffisante pour convaincre que le fasciste américain fait n’importe quoi?

« Mais tsé c’est parce que le Canada en ce moment est identifié par ses voisins comme l’endroit où il y a le plus d’infiltration politique dans le monde. L’ingérence étrangère au Canada c’est devenu la norme. » « Les voisins » du Canada, ce sont les États-Unis. Le Canada n’a pas d’autre voisin. Peut-être certaines personnes croient-elles encore qu’on peut se fier au jugement du fasciste de la Maison blanche, mais généralement on reconnaît que ce n’est pas une référence en matière de politique internationale.

Alexa Lavoie demande à PSPP si le Québec devrait imiter l’Alberta, qui se prépare à mettre en place des lois pour protéger les écoles contre les « idéologies ». J’en ai discuté plus tôt cette semaine. Officiellement, le Bill 25 vise à sortir les « idéologies » et la politique des écoles albertaines. Officieusement, le gouvernement s’attaque principalement à la diversité de genre et sexuelle. Le gouvernement albertain de Danielle Smith a déjà limité l’accès aux livres pour enfants qui traitent d’enjeux LGBTQ+ parce que des associations de parents considèrent que c’est de la pornographie. Plusieurs villes albertaines ont interdit d’afficher le drapeau de la fierté dans l’espace public. Avec le Bill 25, le gouvernement va notamment interdire aux enseignants de discuter en classe d’identité de genre.

Sans hésitation, PSPP dit à la « journaliste » de Rebel News que les Albertains ont raison. Il considère que le gouvernement du Québec a également perdu le contrôle de ce qui s’enseigne dans nos écoles. On se souvient qu’il avait accusé la « gauche radicale » d’avoir infiltré les écoles à l’automne 2023, lorsqu’une enseignante avait demandé à ses élèves de l’appeler « Mx » plutôt que madame et qu’une école avait mis en place des toilettes non genrées. À l’automne 2024, la députée de Terrebonne, Catherine Gentilcore, alors présidente du Parti québécois avait accusé le nouveau programme de Culture et citoyenneté québécoise d’enseigner aux enfants de 3 à 7 ans que le genre est attribué par la société. Une accusation qui a été démentie par la suite.

PSPP mentionne quelques-unes des « dérives » dans les écoles québécoises: « Des groupes d’activistes de tout acabit. T’as eu des cas de soldats, des cas d’éducation sexuelle auprès de jeunes de 6 ans. Puis il y a eu plein de cas au Québec dans toutes sortes de sujets. » PSPP dénonce avec raison les soldats qui sont allés dans des écoles privées juives pour faire la promotion du génocide à Gaza. Mais qu’en est-il de ces « cas d’éducation sexuelle auprès de jeunes de 6 ans »? Les activistes dont il parle sont en fait des enseignants qui appliquent le programme du ministère de l’Éducation. En effet, depuis l’implantation du nouveau programme de CCQ en 2024, il y a de l’éducation sexuelle dès la première année du primaire. À 6 ans, on enseigne aux enfants à nommer les parties du corps, à développer une image corporelle positive donc à apprécier que les corps ont différents formats et que c’est correct, les notions de stéréotypes de genres auxquels ils n’ont pas l’obligation de se conformer, qu’ils doivent respecter les différences… Finalement, on leur enseigne la notion de consentement, une notion qu’il est à mon avis utile d’apprendre très tôt. Je n’ai pas l’impression qu’il s’agisse d’une dérive de notre système d’éducation.

Parmi les critiques du nouveau programme, on retrouvait nulle autre qu’Alexa Lavoie, qui accusait le gouvernement du Québec d’encourager la sexualisation des enfants. PSPP est-il d’accord avec cette vision? Son discours laisse à penser que oui.

« Donc dans quelle logique tu bloques la circulation pour prier? Il y en a pas. À part des signaux politiques. Ça devient des gestes politiques et non pas un geste de piété. Et ces gestes politiques-là, il faut les prendre au sérieux à mon avis si on a à coeur la paix sociale. »
L’entrevue s’attarde pendant plusieurs minutes sur la question des prières de rue, bien que la loi pour les interdire ait déjà été adoptée. PSPP entre tout à fait dans le narratif d’Alexa Lavoie, qui en fait des manifestations antisémites et pro-Hamas. À aucun moment, il ne mentionne que les prières avaient lieu pendant des manifestations contre le génocide à Gaza. Comme si c’était un détail. Évidemment, aucun des deux n’a mentionné que les manifestants protestent contre le soutien du Canada à Israël, encore moins que la Caisse de dépôt et de placement du Québec a des milliards investis dans ce que Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale de l’ONU, qualifie d' »économie du génocide« . De telles nuances risqueraient de donner l’impression que les manifestations étaient justifiées. On préfère laisser croire qu’il s’agit d’islamistes qui se sont rassemblés pour célébrer leur haine des Juifs. PSPP mentionne d’ailleurs que les Juifs montréalais ont raison d’être inquiets pour leur sécurité.

Pendant la discussion sur les prières de rue, Alexa Lavoie lui demande s’il faudrait expulser les immigrants temporaires qui incitent à la haine et participent à des manifestations qui glorifient le terrorisme.
PSPP: Ben oui parce que ce sont des actes criminels. Mais c’est parce qu’on n’a pas le pouvoir.
Alexa: Mais si admettons on deviendrait un pays.
PSPP: Bien sûr!

D’abord, on n’a pas besoin d’avoir les pleins pouvoirs en immigration pour agir là-dessus. L’incitation à la haine est déjà un crime au Canada. Rien n’empêche de poursuivre des gens qui incitent à la haine, peu importe leur statut d’immigration. Les immigrants temporaires ne bénéficient pas d’une immunité diplomatique qui leur permet de contourner les lois. S’il y a pas d’accusations qui sont déposées contre les manifestants, c’est parce que manifester contre un génocide, ce n’est pas une incitation à la haine et ça ne mérite pas de condamnation. Je m’inquiète d’un aspirant premier ministre qui voudrait expulser des immigrants temporaires parce qu’ils exercent leur droit de manifester, un droit des plus fondamentaux dans une société démocratique.

On ne peut pas avoir une entrevue avec PSPP sans qu’il accuse l’immigration de tous les maux. « S’ils sont d’accord avec des seuils d’immigration toujours plus élevés au point où on a une crise du logement puis on est plus capables d’offrir des services. » Discours habituel ici. Les seuils d’immigration sont encore une fois pointés comme les seuls responsables de la crise du logement et de la crise des services. En fin d’entrevue, il nous présente une donnée nouvelle et exclusive: « Certains hôpitaux se sont confiés à moi en disant: Mais tsé la proportion de nos tables opératoires qui sont pour les demandeurs d’asile c’est près de 20% à certains endroits. »
On ne peut pas lancer une telle affirmation sans élaborer. Qui lui a dit ça? Des infirmières? Des médecins? Des préposées à l’accueil? Des administrateur? Dans quels hôpitaux? Il est impossible de vérifier une déclaration comme celle-ci. On doit donc se fier à la bonne foi du chef du PQ et croire qu’effectivement, les demandeurs d’asile monopolisent une partie importante de notre système de santé.

Quand j’ai entendu dire que PSPP avait accordé une entrevue à Rebel News, ma première réaction a été de regretter qu’un chef de parti qui aspire à être premier ministre cautionne un média consacré à la désinformation. Après avoir entendu l’entrevue, je comprends mieux pourquoi il a accepté. PSPP se trouve à Rebel News comme un poisson dans l’eau.

Pour écouter le balado sur YouTube

Pour vous abonner et soutenir le balado

  • ✇Climb to the Stars
  • Anthropic payment woes – resolved [en]
    [en] TL;DR: enter card details manually, not using Link, if you need to change your payment method and it’s stuck. Three days ago my Claude Pro subscription was up for renewal but I’d forgotten to top-up the prepaid credit card I use for this. It was (logically) declined and my subscription was suspended.  I was using Link as the payment method. No sweat, I thought, I’ll top up the credit card and “try again”. No luck, still declined.  Cool cucumber, I’ll just use another card this
     

Anthropic payment woes – resolved [en]

13 avril 2026 à 14:59
[en]

TL;DR: enter card details manually, not using Link, if you need to change your payment method and it’s stuck.

Three days ago my Claude Pro subscription was up for renewal but I’d forgotten to top-up the prepaid credit card I use for this. It was (logically) declined and my subscription was suspended. 

I was using Link as the payment method.

No sweat, I thought, I’ll top up the credit card and “try again”. No luck, still declined. 

Cool cucumber, I’ll just use another card this month. Clicked through to select an other payment method, but… once I was back on the Anthropic payment screen, the active payment method displayed was still the first card that had been declined.

What I did:

What I got:

Then I went a bit wild. I tried to change the payment method again. I went into Link and removed the card, leaving only the second one, but the payment was still attempted by Anthropic (Link?) with the card I had removed 🥴 

I logged out of Link and back in. I even tried Apple Pay. My card transaction statement shows a string of $0 card checks, and my inbox is full of e-mails telling me my payment was unsuccessful, but that is all that there is to show for these efforts. Whatever card I chose, Anthropic insisted on trying the same one again and again.

At some point, inspiration hit and I tried settling the open subscription invoice from inside Link directly, with my other card, instead of through the Anthropic billing screen. That worked! 

But I wasn’t out of the woods. I wanted to buy some extra usage (I know, I know). The same frustrating dance started again, to no avail. 

I decided to let it rest 24 hours and try again.

I tried again today. Same same.

In desperation (of course I’d already had a frustrating chat with Fin the Anthropic “support bot” and sent an e-mail to support) I tried chatting up the Link support chatbot. It confirmed that there was indeed a trace of the failed purchase on their side. At least something! I requested a human, and started chatting up my credit card’s support too, as I now had a clear indication that the purchase request had left Anthropic’s walls.

I’ll spare you the hour of slow, mind-numbing, half-chatbot-half-human support chats. You’ve been there I’m sure. There would be a lot to say.

In the end, after going around in many more circles, here is what worked:

  • I clicked to change the payment method on checkout on the Anthropic site
  • I disconnected Link in there
  • I entered my card details manually

What I did (notice how I’m not signing into Link here):

What I got (notice how this time I actually did manage to get it to switch to the Mastercard and drop the Visa!):

Lo and behold, the payment went through! 

(This is the second card, mind you, I’m not that crazy. Next step, before my next subscription invoice comes around, will be to try and make a purchase with the initial – preferred – card. Maybe by then the e-mail the service cyborg promised with details of why the transaction failed will have reached me.)

Sharing this in hope it can spare at least one other person some headaches.

See on Reddit.

  • ✇Dans les algorithmes
  • Comment devenir un problème algorithmique ?
    « Chaque fois que j’utilise mes appareils connectés, je participe à un contrat social algorithmique tacite », explique le chercheur José Marichal. « À l’instar du contrat social métaphorique qui lie les citoyens des démocraties libérales à leurs gouvernements, une grande partie de ma vie culturelle en ligne est régie par un système sociotechnique qui engendre avantages et inconvénients. Les termes de cette relation sont simples : en échange d’une plus grande liberté de choix à l’ère des possibil
     

Comment devenir un problème algorithmique ?

10 avril 2026 à 01:00

« Chaque fois que j’utilise mes appareils connectés, je participe à un contrat social algorithmique tacite », explique le chercheur José Marichal. « À l’instar du contrat social métaphorique qui lie les citoyens des démocraties libérales à leurs gouvernements, une grande partie de ma vie culturelle en ligne est régie par un système sociotechnique qui engendre avantages et inconvénients. Les termes de cette relation sont simples : en échange d’une plus grande liberté de choix à l’ère des possibilités infinies, je cède mon autonomie à l’algorithme. (…) Pour Google ou Meta, trop d’exploration vous rend problématique. Une personne qui explore constamment complique la tâche de leurs algorithmes de classification. (…) Si vos comportements sont imprévisibles vous devenez un « bruit statistique » pour le modèle, alors vous êtes un problème algorithmique et un sujet néolibéral indésirable. (…) Nous vivons dans une société ordinale où chacune de nos actions peut être enregistrée, catégorisée et notée. Le danger d’une telle société réside dans l’incapacité d’explorer. La démocratie libérale repose sur la conjecture et la réfutation, sur l’habitude de partager ses opinions sur la vie publique avec ses concitoyens, en admettant la possibilité de se tromper et en modifiant ses convictions en conséquence. De telles habitudes requièrent une ouverture à l’exploration. Or, notre économie algorithmique nous dissuade d’explorer trop largement, car cela nous transforme en consommateurs imprévisibles. »

Le risque, explique Marichal, c’est que « nous perdions notre goût pour les contenus atypiques. C’est-à-dire les contenus culturels qui ne correspondent pas à notre vision du monde façonnée par les algorithmes », résumait-il dans une tribune pour Tech Policy Press. Pire, souligne-t-il, « les expressions trop novatrices ou audacieuses risquent de passer inaperçues, car elles ne correspondent pas aux catégories des algorithmes ». A l’heure des algorithmes, il faut écrire pour ce qu’ils optimisent. « Nous vivons dans une culture de l’optimisation où nos émotions sont instrumentalisées pour confirmer sans cesse nos préférences. »

« Les algorithmes d’apprentissage automatique reposent sur la préemption, plutôt que la dissuasion (qui suppose que les individus peuvent modifier leur comportement pour obtenir des récompenses ou éviter une punition). Cette logique vise à neutraliser les menaces avant même qu’elles n’émergent », expliquait-il encore, nous invitant à nous écarter de « l’arrogance épistémique des machines ». « Un public qui commence à privilégier la prévention à la dissuasion se préoccupe moins des droits procéduraux des personnes ciblées comme déviantes, car elles sont moins perçues comme des sujets autonomes et plus comme des « anomalies » à éliminer. (…) Une culture qui privilégie l’action à la recherche de la vérité est dangereuse pour nous tous. »

« Plus nous privilégions un contrat algorithmique qui répond à nos propres préférences, qui vise à résoudre le problème en optimisant la solution la plus efficace au détriment des relations humaines au sein de la communauté, plus nous sapons la démocratie libérale ». Il nous faut devenir un problème algorithmique, explique-t-il dans son livre – You must become an algorithmic problem, Bristol University Press, 2025 – , c’est-à-dire échapper au calcul des machines… au risque que cela devienne un problème pour chacun puisque qu’échapper aux machines signifie de plus en plus être extrait de la société que celles-ci rendent possible.

  • ✇Dans les algorithmes
  • Le tournant agentique… des machines à défaillances 
    L’ère post-chatbots s’annonce, explique la journaliste Lila Shroff pour The Atlantic. L’IA ne fait plus que répondre aux questions. Elle programme, elle agit. Et le « tournant agentique » formalise ces progrès, explique Eryk Salvaggio pour Tech Policy Press. Le tournant agentique désigne des systèmes qui génèrent du code et s’adaptent de manière autonome. Les systèmes d’IA produisent désormais du code et vérifient l’efficacité de cette production en la corrigeant jusqu’à ce qu’elle fonctionne. M
     

Le tournant agentique… des machines à défaillances 

9 avril 2026 à 01:00

L’ère post-chatbots s’annonce, explique la journaliste Lila Shroff pour The Atlantic. L’IA ne fait plus que répondre aux questions. Elle programme, elle agit. Et le « tournant agentique » formalise ces progrès, explique Eryk Salvaggio pour Tech Policy Press. Le tournant agentique désigne des systèmes qui génèrent du code et s’adaptent de manière autonome. Les systèmes d’IA produisent désormais du code et vérifient l’efficacité de cette production en la corrigeant jusqu’à ce qu’elle fonctionne. Mais si ces évolutions améliorent l’expérience utilisateur des LLM, est-ce que cela suffit pour « justifier » du déploiement de l’IA, interroge pertinemment Salvaggio. Est-ce que le fait que leurs productions s’améliorent suffit pour justifier de l’utilité de cette technologie ? 

Nous ne sommes plus exactement dans le cadre des perroquets stochastiques définis par l’article fondateur de 2021, d’Emily M. Bender, Timnit Gebru, Angelina McMillan-Major et Margaret Mitchell, même si ce cadre reste pertinent – voir notre article, « la gauche minimise-t-elle le pouvoir de l’IA ? ». « Les systèmes agentiques empilent ces perroquets » pour produire des formes « d’essaims stochastiques ». Des systèmes qui s’auto-alignent sur ce qu’ils doivent produire, tout en demeurant fondamentalement incapables de rendre des comptes. La question centrale de l’article de Bender et alii demeure toujours pertinente, estime Salvaggio : « Les modèles de langage peuvent-ils être trop volumineux ? » 

La prolifération des modèles ne fait qu’amplifier les problèmes de biais, d’attribution erronée de la pensée et d’inefficacité. Distinguer la critique systémique de l’évaluation des modèles n’est pas céder à la surenchère : cela signifie se concentrer sur les avantages et les inconvénients collectifs plutôt que sur les usages individuels. On peut parler de ce que les modèles ne peuvent ou ne devraient pas faire sans pour autant nier leurs capacités, estime Salvaggio. 

L’IA agentique s’apprête à débarquer et ses effets vont être nombreux, estime l’artiste-chercheur. D’abord, il promet la production de logiciels bâclés (slopware, contraction de slop qu’on peut traduire par soupe ou de bouillie et de ware qui désigne les composants – voir notre article sur le slop), produits plus rapidement, mais qu’il va être difficile à évaluer. Distribution accélérée qui risque de créer des situations comparables à un espace aérien non réglementé, où une multitude de décisions individuelles et déconnectées engendrent le chaos. Le code peut sembler fonctionner dans des circonstances particulières grâce à toutes sortes de bidouillages qui masquent des erreurs sous-jacentes. « Contrairement aux logiciels malveillants, le logiciel bâclé n’est pas intentionnellement perturbateur ; il perturbe par négligence : c’est la variable codée en dur qui permet à un homme célibataire de gérer correctement son budget, mais qui entraîne des frais de découvert lorsqu’il est utilisé par une mère célibataire. La conception de logiciels exige une grande finesse dans le choix des valeurs et priorités qu’ils intègrent, ainsi que dans la manière dont ils déforment, ignorent ou présentent de façon erronée les données qu’ils traitent. Le suivi de ce processus requiert des connaissances techniques. » C’est cela qui pourrait disparaître dans les logiciels de demain

Ensuite, l’IA agentique promet l’accumulation des défaillances techniques. Malgré une perception accrue de fiabilité, les modèles de langage ne peuvent jamais être des machines à dire la vérité. Les soi-disant hallucinations sont mathématiquement impossibles à éliminer, et par conséquent, la perception d’une fiabilité accrue augmente le risque de surestimer la pertinence d’un modèle de langage pour une tâche donnée. Alors qu’un modèle de langage produit des textes ou autres médias persuasifs et potentiellement faux, un système agentiel produit un « code convaincant ». Ce code est produit de manière plus difficile à interrompre, à tracer ou à auditer qu’une simple sortie de modèle. « Il est impossible de documenter de manière fiable le processus de pensée d’un code créé sans réflexion » ; par conséquent, le code doit être considéré comme non fiable jusqu’à ce qu’il soit vérifié. On pourrait ajouter ici, le risque d’une sécurité infrastructurelle, comme l’évoquait Bruce Schneier.  

Conséquence du risque précédent, un autre risque repose sur l’accumulation des défaillances de responsabilité. Les erreurs dans un système agentiel s’accumulent de manière invisible jusqu’à ce qu’un élément vienne briser la façade. Dans les systèmes sensibles, ce dysfonctionnement peut nuire aux personnes. On encourage le gouvernement à utiliser ces systèmes pour des tâches telles que l’automatisation des décisions relatives aux prestations sociales, l’analyse des contrats et le contrôle réglementaire – des domaines où des défaillances en cascade peuvent avoir de graves conséquences humaines. « L’objectif du gouvernement ne devrait pourtant pas être de gagner du temps en reportant la charge de travail sur un retraité qui se voit refuser indûment ses prestations »

Enfin, l’empilement des systèmes agentiques pousse à la montée en puissance du solutionnisme. Salvaggio rappelle pourtant que tous les problèmes ne se résument pas à des problèmes de programmation. L’accès à la génération de code nous pousse à résoudre les défis politiques par de nouvelles lignes de code et à nous concentrer sur les problèmes compréhensibles par les machines, au risque d’exacerber des formes de déshumanisation. Les cas particuliers, parfois flous, ne sont plus les subtilités du tissu social, mais une nuisance technique. Aucune simulation d’une communauté capable de résoudre ses problèmes n’est possible : le désordre est une étape nécessaire à la construction du sens et au fonctionnement de la démocratie. 

Enfin, ces systèmes risquent d’accroître l’extraction et le gaspillage des ressources à grande échelle. Les systèmes multi-agents fonctionnent en boucle, consommant bien plus de ressources que les logiciels conçus de manière plus ciblée. Lorsqu’un débutant réécrit une seule ligne de code avec un système multi-agents, « il n’utilise pas un seul modèle : il active l’ensemble du système ». Cette mise à l’échelle optimise la production individuelle : plus, plus vite, sans tenir compte de l’efficacité du code ni de ses effets. Il ne s’agit pas seulement d’un coût environnemental. « Cela dégrade le patrimoine informationnel commun et crée des problèmes pour tous ceux qui, en aval, dépendent de ce code. Les essaims multi-agents augmentent la puissance de calcul individuelle tout en comprimant de vastes réseaux de travail et d’extraction de ressources dans une seule fenêtre d’exécution. »

Pour Salvaggio, d’autres problèmes encore posent questions avec le passage à l’IA agentique, notamment le pouvoir politique que ces outils vont donner à l’industrie de l’IA, l’extension de la surveillance, le renforcement et l’invisibilisation des biaisReste qu’énumérer les défaillances à venir ne suffit pas à contrer l’expansion des machines. Se moquer des piètres résultats de ces systèmes semble n’avoir aucun impact sur leur déploiement estime Salvaggio. Pour lui, il nous faut ouvrir un débat sur l’utilité et ses limites. « Que signifie l’utilité ? Pour qui et dans quelles conditions ? » Qui bénéficie des systèmes et qui en pâtit ? « Quelles décisions sont discrètement soustraites au débat public et confiées à des systèmes automatisés contrôlés par des entreprises, des gouvernements et d’autres institutions ? Le fait que l’on utilise des modèles de langage ne rend pas les critiques à leur égard superflues ; au contraire, elles les rendent urgentes. »

  • ✇Dans les algorithmes
  • « On est tous en passe de devenir des livreurs Deliveroo »
    « A partir du moment où le numérique, l’IA, les infrastructures critiques s’interposent au coeur des chaînes de valeurs, elles les réauditent à leur profit. Un certain nombre d’entreprises françaises sont en passe de devenir des espèces de sous-traitant d’industries dont la valeur ajoutée est dans le numérique ou dans l’IA et qui vont réauditer les tarifs à leurs profits. » Notre dépendance n’est pas qu’en achat logiciels, elle est bien large que cela. Elle touche le hardware, nos capacités
     

« On est tous en passe de devenir des livreurs Deliveroo »

8 avril 2026 à 01:00

« A partir du moment où le numérique, l’IA, les infrastructures critiques s’interposent au coeur des chaînes de valeurs, elles les réauditent à leur profit. Un certain nombre d’entreprises françaises sont en passe de devenir des espèces de sous-traitant d’industries dont la valeur ajoutée est dans le numérique ou dans l’IA et qui vont réauditer les tarifs à leurs profits. »

Notre dépendance n’est pas qu’en achat logiciels, elle est bien large que cela. Elle touche le hardware, nos capacités cyber, des infrastructures critiques, les données… sans compter les grands services d’accès à l’information comme les réseaux sociaux et les moteurs de recherche.

« La domination va bien au-delà de la part d’achat logiciel par nos entreprises et administrations. Cela introduit une domination économique et une évasion de valeur parce qu’on achète à l’extérieur, mais c’est le moins grave. Cela introduit une domination sur les chaînes de valeurs à laquelle on ne prête pas assez attention. Je ne sais pas si vous vous souvenez du rapport qu’avait fait l’ANSES sur la condition des livreurs Deliveroo et qui nous montrait des gens dont la vie était en train de devenir infernale parce qu’ils ne rencontraient plus jamais ni un collègue ni un supérieur hiérarchique, mais seulement des stimulus de data… et dont le salaire horaire avait diminué de 35% en deux ans. Mais en fait, on est tous en passe de devenir des livreurs Deliveroo. A partir du moment où le numérique, l’IA, les infrastructures critiques s’interposent au coeur des échelles de valeurs, elles les réauditent à leur profit. Un certain nombre d’entreprises françaises sont en passe de devenir des espèces de sous-traitants d’industrie dont la valeur ajoutée est dans le numérique ou l’IA qui vont réauditer leurs tarifs à leurs profits. »

Henri Verdier (vidéo, texte), directeur général de la Fondation Inria, lors de son audition à la Commission d’enquête sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour l’indépendance de la France.

  • ✇Dans les algorithmes
  • Pour une IA coopérative
    Les discussions sur les strates qui constituent le réseau sont nourries, d’autant qu’elles interrogent profondément les enjeux de souveraineté technologique. La souveraineté numérique est un concept flou qui fait l’objet de beaucoup d’instrumentalisations, rappelait avec pertinence l’association Data For Good. Bien souvent, être souverain en la matière implique d’être autonome sur toutes les couches de l’industrie numérique. Un objectif impossible tant les dépendances sont partout, des logiciels
     

Pour une IA coopérative

7 avril 2026 à 01:04

Les discussions sur les strates qui constituent le réseau sont nourries, d’autant qu’elles interrogent profondément les enjeux de souveraineté technologique. La souveraineté numérique est un concept flou qui fait l’objet de beaucoup d’instrumentalisations, rappelait avec pertinence l’association Data For Good. Bien souvent, être souverain en la matière implique d’être autonome sur toutes les couches de l’industrie numérique. Un objectif impossible tant les dépendances sont partout, des logiciels au matériel, des ressources aux infrastructures, des conditions juridiques aux financements. Comme l’expliquait la chercheuse Ophélie Coelho dans son livre, Géopolitique du numérique(éditions de l’Atelier, nouvelle édition 2025) l’enjeu est bien plus de déterminer les secteurs et les couches sur lesquels nous devons reprendre le contrôle. Pour le dire autrement, l’enjeu n’est pas tant d’avoir des produits totalement souverains, que de comprendre là où la souveraineté doit s’exercer et comment

Construire la strate de l’autonomie

Cette autonomie stratégique à laquelle aspirer est très souvent présentée comme un enjeu nationaliste ou patriotique, qui confond la souveraineté avec le leadership technologique, sans toujours voir que ces leaderships peuvent reposer sur des dépendances innombrables, à l’image de l’enjeu à déployer des centres de données sur le territoire au prétexte de souveraineté, sans questionner le fait que leur financement ou leurs équipements puissent être totalement entre les mains d’acteurs étrangers. 

L’IA est en passe de devenir une couche supplémentaire dans le mille-feuille des couches sociotechniques du numérique. Et elle requestionne en profondeur ces enjeux, explique  Raffi Krikorian, directeur technique de Mozilla, dans une tribune pour Rest of World. « Dans un monde de plus en plus polarisé et protectionniste, où les plateformes technologiques sont de plus en plus instrumentalisées par les politiques étatiques, construire des infrastructures nationales critiques sur des systèmes dont on n’est pas propriétaire, que l’on ne peut ni auditer ni adapter, représente un risque considérable et croissant. Ce défi comporte une dimension tant économique que politique. Un État soucieux de sa souveraineté en matière d’IA en 2026 ne pourra pas justifier de manière crédible le financement d’une infrastructure d’IA étrangère et verticalement intégrée tout en négligeant les investissements dans des alternatives nationales et open source. Investir dans les hyperscalers peut minimiser les coûts à court terme, mais cela consolide également les rentes numériques versées à des entités étrangères, maximise la dépendance à long terme envers des partenaires peu fiables et augmente considérablement les coûts de sortie. Si les gouvernements financent la dépendance, c’est bien la dépendance qu’ils obtiendront. »

Pour Raffi Krikorian pourtant, l’enjeu n’est pas tant de construire une souveraineté de l’IA nationaliste, que de bâtir des Communs maîtrisés. « L’absence actuelle de financements privés à grande échelle pour les infrastructures d’IA ouvertes reflète leur nature de bien public, et non leurs capacités. Les modèles open source atteignent déjà couramment 90 % ou plus des performances des systèmes propriétaires, pour un coût bien moindre. Investir dans les cadres d’IA ouverts, c’est investir dans les infrastructures publiques numériques, car cela génère des avantages grâce à des coûts réduits, au maintien de l’autonomie politique et à des gains de productivité à l’échelle de l’économie. L’IA ouverte offre également ce que les systèmes propriétaires ne peuvent pas : la légitimité démocratique. Les pays ne créent pas de valeur en revendant des solutions étrangères, mais en développant des produits différenciés sur des bases partagées, ouvertes et moins coûteuses. Il s’agit d’une politique industrielle qui encourage la concurrence et le développement des compétences nationales, et non d’un rejet de l’industrie nationale. »

« Internet n’est pas né de la seule initiative d’acteurs privés, mais d’investissements publics soutenus dans les technologies ouvertes. De Linux à Apache, les fondations open source partagées sont devenues l’épine dorsale de l’économie numérique mondiale, favorisant l’innovation privée tout en empêchant la mainmise sur l’infrastructure. Du CERN à Airbus en passant par Galileo, la leçon est claire : lorsque les États cofinancent des fondations ouvertes ou partagées, l’innovation privée prospère. En revanche, lorsqu’ils financent l’accès, la dépendance s’accentue. L’IA se trouve précisément à ce tournant.»

Souveraineté ne rime pas avec isolement, rappelle-t-il. « Les coûts de développement de l’IA open source peuvent être partagés. Comme l’a déclaré le Premier ministre canadien Mark Carney à Davos : « Investir collectivement dans la résilience coûte moins cher que de construire sa propre forteresse. » L’enjeu n’est pas que chaque pays construise son propre jardin clos. Il appartient aux nations de collaborer autour de standards ouverts et d’infrastructures partagées, en rejetant la fausse dichotomie entre dépendance et isolement des plateformes, et en construisant plutôt un avenir de l’IA qu’elles maîtrisent réellement. » 

« Si nous voulons des écosystèmes d’IA résilients, ouverts et fiables, nous devons les financer comme tels – non par idéalisme, mais comme un investissement concret dans la souveraineté, la résilience et la légitimité démocratique. Les pays qui aspirent à la souveraineté en matière d’IA doivent participer à ce débat, non pas en simples observateurs, mais en tant que co-investisseurs et co-constructeurs. Plus nous attendons, plus il sera difficile de changer de cap », conclut le responsable de Mozilla en appelant à construire des protocoles plus que des plateformes, des cadres ouverts plus que des solutions, des systèmes de valeurs plus que des contraintes économiques ou techniques. Une proposition qui rappelle que c’est bien le cadre de la souveraineté qu’il faut discuter, pour comprendre là où nous pouvons avoir des dépendances et là où nous devons les refuser. L’enjeu n’est pas de construire des investissements nationaux mais bien d’investir dans des infrastructures communes porteuses de valeurs démocratiques et émancipatrices, libres et ouvertes. « La souveraineté en matière d’IA ne viendra pas de la location des modèles des géants de la tech ». Elle ne viendra pas des factures de tokens des systèmes d’IA des grands acteurs de la Tech. Elle consiste d’abord à construire une autre tech, non pas nationaliste ou patriotique, mais qui promeut une souveraineté distribuée, choisit, capacitante

La coopération comme architecture solidaire

On se souvient que, récemment, l’économiste Francesca Bria avait évoqué le risque d’une soumission à une strate autoritaire fomentée par les géants de la Silicon valley : « derrière les strates qui composent le réseau, comme l’avait défini Benjamin Bratton dans son livre, Le Stack (UGAP, 2020), comme autant de régimes de souveraineté qui se superposent et s’imbriquent, la strate autoritaire semble l’envers de la proposition d’autonomie stratégique que propose EuroStack ». Mais le risque est bien, sous couvert de souveraineté, de produire des strates nationalistes voire militaristes, comme semble le proposer l’annonce récente d’un « Deutchland Stack » Allemand

D’où l’importance de faire un pas de côté.

C’est la piste que proposent les chercheurs Trebor Scholz et Mark Esposito dans la revue d’innovation sociale de Stanford. Pour contrebalancer l’extractivisme des plateformes, « nous avons besoin de construire la strate solidaire de l’empilement numérique ». Lorsque les systèmes technologiques sont conçus uniquement pour l’extraction et l’efficacité, ils isolent et brisent les personnes qui les font vivre, rappellent les deux chercheurs. L’exploitation des travailleurs du clic par exemple est le « symptôme d’une industrie structurée pour transférer les risques vers le bas via des chaînes contractuelles opaques, tout en concentrant les profits et le contrôle au sommet ». Pour Scholz et Esposito, « sans intervention délibérée, ces logiques d’extraction se généraliseront à l’échelle mondiale, concentrant encore davantage le pouvoir entre les mains des plus puissants, à moins que nous ne choisissions de construire un système fondamentalement différent ». Jusqu’à présent, les chercheurs invitaient à investir dans des entreprises inclusives, dans des coopératives de travailleurs, que Scholz a beaucoup défendu. Trebor Scholz est professeur à la New School for Social Research de New York depuis 2009. Il est l’un des premiers à s’être attelé à analyser le phénomène du Digital Labor (Routledge, 2013). Il est aussi l’un des promoteurs du coopérativisme de plateformes (voir par exemple notre article de 2015), notamment dans son livre Le coopérativisme de plateformes (FYP, 2017) ainsi que dans Own this ! (Verso, 2023). Il est également le fondateur du Platform Cooperativism Consortium un réseau de promotion du mouvement coopérativiste, qui organise notamment des conférences sur la coopération, comme celle sur l’IA coopérative qui se tenait il y a peu à Istanbul. Pourtant, écrit-il dans son article, « la réponse aux méfaits de l’IA ne peut se limiter à la régulation des plateformes dominantes »

En fait, la concentration du pouvoir des géants du numérique rend de plus en plus vulnérables même les institutions internationales les plus critiques aux politiques autoritaires et aux pressions des dirigeants, comme l’illustre la dépendance de la Cour pénale internationale à l’égard de l’infrastructure Microsoft face aux menaces proférées sous l’administration Trump. Les coopératives, les institutions publiques et les mouvements sociaux doivent donc activement construire et connecter des alternatives grâce à ce que Scholz appelle la « pile de solidarité », une économie numérique coopérative émergente

« L’extraction ne se résume pas à des algorithmes biaisés ou à des violations de la vie privée. C’est un problème structurel : l’IA actuelle fonctionne grâce à ce que nous appelons une « strate d’extraction » verticalement intégrée, comprenant le matériel, l’infrastructure cloud, les modèles, la main-d’œuvre et les applications. Seules quelques entreprises contrôlent la construction, la gouvernance et l’utilisation de ces technologies et les personnes qui en dépendent n’ont aucun droit de regard démocratique. »

Les critiques et les régulateurs soulignent à juste titre que les seules directives éthiques ne peuvent résoudre les problèmes posés par la logique extractiviste des plateformes. Les systèmes d’IA reposent sur des modèles de propriété, des chaînes d’approvisionnement et des architectures techniques qui privilégient le profit, le passage à l’échelle et le contrôle. « Ces incitations structurelles déterminent la collecte des données, le traitement des travailleurs, les décideurs et les bénéficiaires de la création de valeur, privant ainsi les directives éthiques de tout pouvoir pour remettre en cause la logique sous-jacente du système. Une IA démocratique ne peut se contenter de louer un espace sur la strate extractiviste ! Elle exige que les travailleurs, les communautés, les coopératives et les institutions publiques se réapproprient l’infrastructure elle-même, couche par couche, de la terre au nuage. »

Scholz et Esposito plaident pour construire une architecture solidaire. Un défi qui nécessite de rejeter la notion d’intelligence artificielle, qui sous-entend une force magique et autonome, au profit d’une intelligence collective, reconnaissant le travail humain et le savoir partagé qui alimentent ces systèmes. Cependant, parvenir à la coordination nécessaire pour contester les monopoles mondiaux de l’IA demeure un défi de taille. Même des organisations établies comme l‘Alliance coopérative internationale, qui représente un mouvement d’environ un milliard de membres et des milliers de coopératives employant près de 10 % de l’emploi mondial, sont structurées principalement pour la représentation et le plaidoyer plutôt que pour la coordination et l’exploitation d’une infrastructure numérique partagée.

De la gouvernance coopérative… 

Pour les deux chercheurs, plusieurs initiatives menées par des communautés, des coopératives et des institutions publiques permettent déjà de reprendre le contrôle de ces niveaux économiques, notamment des ressources, des infrastructures, des données, du travail comme du savoir. 

Une approche solidaire exige des chaînes d’approvisionnement transparentes, la propriété communautaire des ressources minérales et des mécanismes de partage équitable des bénéfices. Elle permettrait également de distribuer l’infrastructure sur des serveurs fédérés, appartenant à la communauté et interconnectables sans contrôle central. Butler Rural Electric offre un précédent historique éloquent. Fondées dans les années 1930 avec le soutien du gouvernement fédéral et une gouvernance coopérative, les coopératives électriques rurales ont permis aux communautés de financer, construire et gérer leur propre infrastructure énergétique, un modèle qui continue aujourd’hui de fournir de l’électricité à environ 42 millions de personnes dans les zones rurales américaines. Des coopératives numériques telles que Hostsharing eG en Allemagne et Som Connexio en Espagne, ainsi que plusieurs coopératives de vente au détail au Royaume-Uni, appliquent cette même logique en mutualisant les ressources de leurs membres, en utilisant une gouvernance coopérative et en collaborant avec des partenaires publics pour construire et exploiter une infrastructure numérique partagée. Cela permet aux communautés de réduire leur dépendance aux fournisseurs de cloud propriétaires, de conserver le contrôle local de leurs données et d’assumer la responsabilité de la gestion des coûts environnementaux liés à la consommation d’énergie. Bien que ces initiatives soient explicitement expérimentales et de portée modeste, elles suggèrent que la capacité de calcul peut fonctionner comme un bien public. Les décideurs politiques et les responsables municipaux pourraient même appliquer ce modèle pour créer une option publique d’accès à la puissance de calcul. 

Dans le modèle d’extraction, les données personnelles sont une matière première prélevée auprès des utilisateurs pour alimenter des modèles propriétaires. Cette logique considère les individus non pas comme des participants ou des détenteurs de droits, mais comme des sources passives de valeur. Le modèle de solidarité, lui, réinvente les données comme une ressource partagée, gérée démocratiquement. Par exemple, MIDATA, une plateforme suisse de données de santé détenue et gérée par des patients agit comme une fiducie pour ses membres. Elle maintient une infrastructure sécurisée permettant aux patients de consulter leurs données agrégées et de décider démocratiquement de les partager ou non à des fins de recherche médicale. MIDATA démontre qu’il est possible de créer des ensembles de données de haute qualité, issus de sources éthiques, sans surveillance. Les membres partagent volontairement leurs données car ils font confiance à la gouvernance et à la gestion des données de la coopérative, ce qui élimine le besoin d’extraction ou de surveillance coercitive. 

Au travail, l’IA implique une rétroaction entre contenus et modérateurs. Les travailleurs étiquettent, examinent, corrigent et leurs décisions enregistrées sont utilisées par les systèmes pour reconnaître, classer, améliorer. Ce processus contraint les individus à absorber le fardeau psychologique des contenus. Dans le modèle solidaire, ces travailleurs ont des garanties de salaires, de droits, bénéficient de soutiens… et pilotent la gouvernance de leurs outils et missions, comme c’est le cas de nombreuses coopératives de travailleurs, comme celle de la Gamayyar African Tech Workers au Kenya, Facttic en Argentine, Outlandish à Londres… et de nombreuses autres (comme la plateforme danoise Hilfr qu’on avait évoqué dans notre article sur les plateformes du secteur du nettoyage).

… à l’IA coopérative

Scholz et Esposito proposent d’appliquer les principes coopératifs à l’IA. « L’accès à l’IA seul est insuffisant quand les outils fonctionnent comme des boîtes noires, incapables d’expliquer ou de remettre en question leurs résultats, et si leurs valeurs reposent sur des principes imposés plutôt que sur des valeurs démocratiquement établies. L’approche solidaire propose de réhabiliter le domaine du savoir comme un espace de gouvernance collective, favorisant l’explicabilité, la contestabilité, des normes partagées » pour construire d’autres IA.

AI4Coops, en Argentine, est une initiative de petite envergure qui réunit des praticiens et des technologues du monde coopératif afin d’étudier comment l’intelligence artificielle pourrait soutenir la gouvernance coopérative et l’apprentissage partagé. Elle veille à ce que la culture algorithmique ne soit pas réservée aux institutions d’élite ni concentrée au sein des géants de la technologie, mais soit largement accessible aux travailleurs, aux coopératives et aux communautés. Elle développe des outils d’IA adaptés à des problématiques locales avec des acteurs locaux, comme des systèmes de reconnaissance d’images pour du contrôle qualité dans une usine, un système d’analyse d’images satellites pour des coopératives agricoles… La coopérative britannique Animorph développe des outils de réalité augmentée pour la prise en charge de la démence, utilisant la narration immersive et des supports visuels pour soutenir la mémoire, la communication et le lien affectif des personnes atteintes de démence et de leurs aidants. Puisqu’elle est détenue par ses employés, elle refuse de monétiser la vulnérabilité des patients et conçoit des outils qui privilégient les soins aux indicateurs d’engagement. « Ces exemples montrent que l’IA au service du bien commun ne saurait se réduire à de la simple posture vertueuse, à du marketing éthique, ni à des formes d’écoblanchiment ou de blanchiment d’image. La construction d’une infrastructure solidaire exige que les modèles économiques alternatifs soient véritablement ancrés dans la démocratie au travail, la propriété partagée et une gouvernance responsable », expliquent les chercheurs. Ces modèles locaux ont d’autres vertus encore, comme la souveraineté linguistique, la maîtrise des processus, la sobriété…

Reste que, comme nous le disions, « les plateformes coopératives, qui privilégient les pratiques éthiques, des normes de travail et sociales plus élevées, peinent à être compétitives. L’absence de législation spécifique aggrave ce problème, permettant aux plateformes capitalistes d’opérer en toute impunité et de saper les efforts des acteurs de bonne foi, tels que les coopératives de plateformes. » Pour Scholz et Esposito également, l’infrastructure solidaire nécessite, pour émerger et s’imposer, une articulation stratégique des politiques, des financements et de l’organisation communautaire. Il faut que les développeurs technologiques « s’accordent régulièrement sur des principes partagés, l’interdépendance matérielle, des institutions durables, des rituels et un récit politique commun que les individus choisissent consciemment de défendre, notamment sous pression ».

Ici, Scholz et Esposito prennent l’exemple des organisations autonomes décentralisées (DAO), où la blockchain aide à formaliser la gouvernance partagée. Pas sûr que l’exemple soit convaincant, tant le mouvement est devenu a bien des égards problématique. Par contre, ils pointent vers le Public AI Network, un réseau de défense et promotion d’une IA publique intégrée, « qui fournirait des services d’IA au même titre que l’électricité ou l’eau », accessible à tous, contrainte à rendre des comptes, durable, fiable. Ou encore le projet Lestac AI en France, pour tester des services d’IA écoresponsables. Ou le modèle multilingue et open source Apertus, développé par l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) et l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL)…  Le protocole OpenCourier, par exemple, crée une base technique commune permettant aux plateformes de livraison gérées par leurs travailleurs de se connecter et de collaborer. Ou encore le projet d’IA coopérative du réseau des collectivités locales britanniques qui s’engage à respecter les principes coopératifs et démocratiques dans la prestation de services publics. 

Pour Scholz et Esposito, ces « cercles » de strates solidaires, locales, conçoivent le développement d’infrastructures comme une forme d’action politique collective, que ce soit par le biais de fiducies de données municipales, de services cloud coopératifs ou de modèles linguistiques gérés publiquement. « Le discours dominant sur l’IA laisse faussement entendre qu’un contrôle centralisé par les entreprises est inévitable. Pourtant, des modérateurs de contenu au Kenya, des gestionnaires de données en Suisse et d’autres encore démontrent que les composantes d’un avenir numérique démocratique sont déjà présentes. Notre mission est de les relier et, ce faisant, d’exercer notre pouvoir d’agir, de refuser le désespoir et de créer un système où la technologie est au service de la majorité. »

Hubert Guillaud

Signalons encore que dans le syllabus (.pdf) du cours qu’il a donné au premier semestre à la New School sur le thème d’une « IA sans patrons », Trebor Scholz pointait encore vers bien d’autres exemples. En estimant que les infrastructures solidaires peuvent être mises en place à chaque niveau de la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’IA, il évoquait les mines coopératives au Pérou, en Colombie, en Zambie ou en Mongolie, ou des centres de données coopératifs en Allemagne ou aux Pays-Bas. Il signalait par exemple, la tribune de la doctorante Tara Merk, contributrice au Metagovernance Project, sur les limites de projets de centres de données coopératifs. Face aux data centers dominés par les géants de la Tech, Merk défendait « une plus grande diversité dans la propriété et la gouvernance des centres de données », notamment coopératifs. « Et si les centres de données étaient détenus et gérés de manière coopérative par les personnes vivant à proximité immédiate et souvent directement desservies par eux ? » Dans ce modèle, les opérateurs citoyens pourraient recevoir une part des bénéfices générés par le centre de données (à l’instar des parcs éoliens citoyens). Cela entraînerait une redistribution indirecte des bénéfices générés par les données des utilisateurs en ligne – une idée qui prend d’autant plus d’importance que ces données gagnent en valeur à l’ère de l’IA. Les centres de données coopératifs offriraient également aux citoyens un meilleur contrôle sur l’impact de ces infrastructures sur leur environnement physique local. Par exemple, les citoyens pourraient décider si et quand la quantité d’énergie ou d’eau utilisée par le centre de données entre en conflit avec d’autres besoins locaux et pourraient décider de réduire l’approvisionnement énergétique du centre de données en cas de situation critique. Guidé par les valeurs coopératives d’équité et de solidarité, de tels centres de données pourraient décider de renoncer à des bénéfices plus élevés afin de rendre son infrastructure plus accessible à tous, comme aux associations et coopératives. Cela pourrait à son tour encourager une plus grande diversité dans le développement de l’IA et inciter les entreprises à adopter une identité coopérative. De plus, en s’appuyant sur une infrastructure de centres de données coopérative, les coopératives d’IA renforceraient leur autonomie et leur indépendance, offrant à leurs membres un meilleur contrôle sur l’ensemble de la pile technologique, y compris les moyens de production de l’IA. Tara Merk est en train de faire une étude sur GAD eG, une coopérative qui pendant 50 ans a été l’un des grands fournisseurs de services informatiques allemand notamment pour les services financiers (jusqu’à sa fusion en 2015 avec une autre entreprise). Pour la chercheuse, l’exemple de GAD démontre « que les centres de données coopératifs constituent une option économiquement viable et évolutive, capable de fonctionner de manière fiable dans des secteurs critiques ». 

Dans son syllabus, Scholz aborde d’autres exemples de coopératives pour montrer comment les valeurs coopératives peuvent guider des alternatives concrètes au développement technologique, comme le propose Read-Coop, la coopérative européenne à l’origine de la plateforme de reconnaissance d’écriture manuscrite Transkribus. Et pointe vers nombre de ressources sur le sujet des technologies pour la coopération. 

A compléter encore par le numéro de Nature consacré aux modèles d’IA des pays du Sud, qui offre un autre regard sur d’autres façon de faire de l’IA.

  • ✇Climb to the Stars
  • The Wild Magical World of AI (LLMs) [en]
    [en] End 2024 is when I really started to get going with “AI” (or LLMs – I know saying “AI” is kinda wrong, but there seems to be no good way to escape it right now). I’d been dabbling a bit before that: as a search engine, to help me with my excel formulas at work, or translating an e-mail here or there. But over that Christmas break, I realised it went further than that: helping me manage my tasks; keep lists updated; make sense of my investment portfolio; troubleshooting technical stuff that
     

The Wild Magical World of AI (LLMs) [en]

5 avril 2026 à 10:59
[en]

End 2024 is when I really started to get going with “AI” (or LLMs – I know saying “AI” is kinda wrong, but there seems to be no good way to escape it right now). I’d been dabbling a bit before that: as a search engine, to help me with my excel formulas at work, or translating an e-mail here or there. But over that Christmas break, I realised it went further than that: helping me manage my tasks; keep lists updated; make sense of my investment portfolio; troubleshooting technical stuff that’s above my pay-grade; and build actual systems to do stuff. I didn’t really know what I was doing, but I saw enough to find it really exciting. I was quite busy with work and life during that period, and not finding time to blog much.

And then I had a skiing accident. Everything stopped, but in time, as I started becoming more functional, I turned back to playing with AI some more, doing a little more vibe-coding too. Excitement grew. But I was also hitting limitations, fed up with the sycophancy, context bloat, hallucinations and endless rabbit-holes. Oh, and really sick of AI slop. (Really: nobody wants to read your AI slop, people.) But the exciting was still there, I was just biding my time. Integrations, agents and AI-powered browsers showed up, with the security risks that are bundled in. I was tempted but stopped myself. And a few loved ones.

Three articles amongst many that tell cautionary tales. I have more to say, particularly about the brain fry one, but not today.

https://brave.com/blog/comet-prompt-injection/ https://hbr.org/2026/03/when-using-ai-leads-to-brain-fry https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2026/mar/26/ai-chatbot-users-lives-wrecked-by-delusion

Recently, like many others, I jumped ship from ChatGPT to Claude. I’d been thinking about it for a while, because I have been working hard on migrating my diabetic cat community from Facebook to Discourse, and had come to the conclusion I would have to code a plugin or component or two, and it seemed obvious that Claude was the better AI assistant for that. Around that time, I read this article:

https://derekhanson.blog/tufte-blocks/

In it, the author describes one key aspect of working with AI that I had understood to be important, but that I didn’t know how to put into practice: using different conversations for different “roles” or aspects of the project. And here I had a real example.

I put that in practice (a bit as an exercise) in applying these instructions to migrate my personal context from ChatGPT to Claude. It was extremely satisfying and a great learning experience. I was itching to get going with Claude Cowork and Claude Code, but still a bit anxious. As I see it, Cowork is like being handed a powerboat when all you’re used to are the free permitless motorboats you can rent by the hour on a sunny Sunday afternoon like this one. You can really get in trouble if you’re not careful. And probably, even if you are.

I asked around a bit and Claire pointed me to this wonderful guide to Cowork. What she also explained to me is that Cowork is sandboxed, so it only has access to the folders you give it access to. That’s reassuring. And just a few days ago, Matt shipped Taxonomist, an AI-app (? what do we call these things?) that he used to cleanly recategorise all his blog posts. Unsurprisingly, categories here on CTTS have been a mess since time immemorial, and one of the things that has been clear for some time for me is that AI can help me clean things up a bit around here – in general, not just the categories. But that felt like a great way to get started seeing what the powerboat can do, with a trusted friend on board to keep me from crashing on the rocks.

So earlier today I installed Claude Desktop, downloaded the guide, and started it in Cowork. And wow. Honestly. It’s wild. My 3TB of archived files going back nearly three decades are now hopeful they will one day be deduplicated and cleaned up. Of course, I hit my usage limit (which is why I’m writing this instead of playing with my new AI friend), so I went to have a look at what something like Taxonomist really looks like under the hood. You know, open the files and read them. And it’s starting to come together in my mind. The powerboat is starting to feel like something I will be able to manage in time.

Of course, I’m not going to point Cowork at my external hard drive right now. There are still a lot of steps until I feel comfortable enough with the powerboat to attempt that. But doors are opening. My diabetic cat community migration feels more manageable. I’m hopeful I can tidy my files and clean up my blog. Come up with a system to make sharing links to the open web as easy as on Facebook. Reboot the blogosphere. And I’m sure other ideas will come along the way. I am also trying to be very, very careful about AI brain fry, as I already have my own concussion brain fry to deal with.

If you haven’t yet started learning how to use AI beyond as a proxy for Google or Wikipedia, really, it’s time to get cracking. I’m going back to Lesson 5 (honestly, just read through that page for starters if you don’t know what to do first), making a note to check out Cursor (I’m using Visual Studio Code for now) and read this article on Teaching AI to Design.

First, however: a nap.

  • ✇Climb to the Stars
  • Titres, écriture, initiation de tâches, et IA [en]
    [en] Devoir mettre un titre à un article, c’est clairement un frein à l’initiation de la tâche “écrire un article”. Vous avez déjà remarqué ça? De mon point de vue, c’est aussi une des raisons pour lesquelles ce qui se racontait sur les blogs à gentiment migré vers les réseaux. Sur Facebook ou LinkedIn, nul besoin de choisir un titre pour ce qu’on va écrire. On ouvre notre cerveau et il se déverse sur la page. Pas besoin d’avoir un sujet, pas besoin d’avoir quelque chose de structuré. Juste une
     

Titres, écriture, initiation de tâches, et IA [en]

3 avril 2026 à 12:31
[en]

Devoir mettre un titre à un article, c’est clairement un frein à l’initiation de la tâche “écrire un article”. Vous avez déjà remarqué ça? De mon point de vue, c’est aussi une des raisons pour lesquelles ce qui se racontait sur les blogs à gentiment migré vers les réseaux. Sur Facebook ou LinkedIn, nul besoin de choisir un titre pour ce qu’on va écrire. On ouvre notre cerveau et il se déverse sur la page. Pas besoin d’avoir un sujet, pas besoin d’avoir quelque chose de structuré. Juste une pensée qui passe, et hop, on a publié quelque chose. Très souvent, une fois qu’on a commencé à écrire, le quelque chose prend de l’ampleur – enfin, si on est quelqu’un qui aime écrire et parler et qui a tendance à avoir des tas de choses à dire. Je ne compte plus le nombre “d’articles de blog” que j’ai en fait écrits dans Facebook ou LinkedIn, parce que je pensais que j’allais “vite partager un truc”.

Alors que sur le blog, ouh là là, on va écrire un article, faut savoir de quoi on va parler, d’ailleurs y’a qu’à voir, on commence par écrire un titre en haut de la page. Je pense que ça joue un rôle énorme dans la façon dont notre expression en ligne se déploie. Messagerie instantanée? Pas de titre, juste écrire, contrairement à un e-mail, ou un forum.

D’ailleurs, à ce moment précis, cet article n’a pas de titre. Je suis très consciente, pour ma part (TDAH oblige), à la question des freins à l’action. J’en parlais d’ailleurs tout à l’heure avec une amie alors que nous étions en balade. Ça ne date pas de mon diagnostic, cet intérêt, parce que j’avais perçu très tôt dans ma vie que “commencer était difficile”. Il y a d’ailleurs des tonnes d’articles dans ce blog sur ce sujet (si on arrive à les trouver). Mon intérêt pour la UX (avant “usability”) et le comportement animal sont deux branches de mon intérêt général pour cette problématique, en passant.

Donc cette histoire de titre, c’est sur mon radar de façon lointaine depuis des années, et de façon bien plus présente depuis la fin de l’été dernier, avec la suspension de mon compte Facebook, et le sentiment d’urgence à relancer la blogosphere et créer de véritables alternatives aux réseaux propriétaires. Je ne laisse donc plus ça m’arrêter. Soit j’écris un peu n’importe quoi, soit, comme aujourd’hui, si rien ne me vient, je laisse vide et je commence à écrire. Je trouverai bien un n’importe quoi à mettre une fois que j’aurai fini.

Parfois, évidemment, j’ai un article en tête à écrire qui a un titre. Mais souvent, j’ai des trucs à dire, pas forcément très bien organisés et très bien identifiés, mais je n’écris pas parce que ça ne fait pas “un article sur quelque chose”. J’essaie de changer ça. J’essaie de retrouver la liberté des débuts des blogs, du monde d’avant Facebook. Bien sûr, on n’est pas dans le monde d’avant Facebook. On est 20-25 ans plus tard, donc c’est clair qu’il y a des choses qui à l’époque allaient sur mon blog et qui n’y auraient plus leur place aujourd’hui.

Mais une chose demeure: écrire a toujours été, pour moi, un moyen de canaliser ma pensée (hyperactive), un moyen de faire sens de tout ce qui tourne dans ma tête en le lâchant dans le monde, comme une petite bouteille à la mer qui peut-être voudra dire quelque chose pour quelqu’un. Il y a un enjeu existentiel là-derrière. Ça compte pour moi que ces lignes puissent être lues par quelqu’un d’autre, dans une heure, dans un mois, dans un an ou même dix. Mais ce n’est pas juste le regard (ou l’oreille) qui compte, c’est aussi vraiment que ça réduit ma charge cognitive, de mettre des choses par écrit. Le processus m’aide à réfléchir, à sentir aussi. Les “articles sur quelque chose” sont peut-être un peu plus pour autrui, mais ils sont aussi pour moi, car ils couvrent souvent des idées ou informations que je me retrouve à répéter souvent à beaucoup de personnes différentes. Alors des fois, c’est pratique pour moi, de pouvoir dire “attends j’ai un article là-dessus”.

Je ne sais honnêtement plus si j’en ai parlé sur mon blog ou pas, mais ces dernières années j’ai beaucoup réfléchi à comment étaient structurées mes interactions sociales avec les gens. Ce qu’il y avait de satisfaisant là-dedans, et d’insatisfaisant, sur quoi j’avais prise et ce qui était hors de mon contrôle. J’ai pris conscience que j’étais souvent un peu la “sorcière de mon village” – et même si c’est un rôle qui me convient et que j’encourage, parce qu’être utile à autrui fait partie de mes valeurs et de mon sens, c’est pas toujours une bonne chose pour mes amitiés ni pour ma charge mentale ou mon emploi du temps (et post-accident, c’est encore plus clair). Donc écrire certaines choses sur mon blog, c’est – depuis toujours d’ailleurs, c’est l’impulsion qui m’a fait créer ma “homepage” en 1998 – une façon de faire ça.

Je vis avec un backlog permanent de choses à écrire et de choses à dire, tout comme il y a trop de choses que j’ai envie de faire. Je pense honnêtement qu’aujourd’hui je pourrais écrire non-stop pendant des jours ou même des semaines. Le hic c’est que l’écriture, pour moi, comme pour beaucoup d’autres tâches, c’est quelque chose qui vient facilement quand la motivation ou l’impulsion de m’y mettre est là, mais pas autrement. Et (TDAH toujours), la motivation et l’impulsivité sont, chez moi, des choses sur lesquelles je n’ai pas un très bon contrôle.

Je me suis donc dit, il y a quelque temps (un moment déjà en fait, mais vous savez comment c’est les prises de conscience et les décisions concernant “faire autrement”, souvent ça vient par couches de peinture successives, et il faut un moment pour que la couleur finale soit bien visible), bref je me suis dit que j’allais écrire plus sur mon blog, même si c’est désorganisé, même si c’est pas de jolis articles bien ficelés, pour réduire la pression mentale du backlog des choses à écrire. Juste là, réduire ma charge mentale c’est capital. Et en fait, quand j’écris pas, ça s’accumule, et plus ça s’accumule moins je m’y mets, bref (encore oui j’aime bien ce mot), vous voyez le truc.

C’est pas encore en place. Je me suis dit: “hop, timer 30 min, je ferai 45 min à une heure, j’écris ce qui tournicote dans ma tête, je fais ça chaque jour”. Evidemment, pas si simple à mettre en place. Mais aujourd’hui, voilà, j’ai attrapé l’ordi et je me suis mise sur le balcon (il commence à faire frisquet, je vais peut-être rentrer), et je vous parle de ce qui me passe par la tête, et du coup ça fait 30 minutes que je vous écris des histoires de titres et d’écriture alors que c’était pas du tout ça qui se promenait dans ma tête à la base. Bienvenue dans mon cerveau.

Cette histoire d’initiation de tâche, ça me fait penser à deux choses. Premièrement, ma vidéo sur le sujet. Je ne sais plus ce que j’y raconte, vous me direz – purée, en allant chercher le lien je vois que c’était il y a sept mois 😨, j’ai certainement dû en parler ici déjà. Mon sens du temps qui passe est complètement à l’ouest. Sept mois? C’était déjà pas terrible à la base, chez moi, mais post-accident c’est bien pire, et post-rechute encore plus. Heureusement que j’ai une bonne mémoire des dates, je compense avec ça. Mais bref, cette vidéo, c’est une parmi d’autres. Après la suspension de mon compte Facebook et sa récupération, j’ai pris la peine de faire une sauvegarde en bonne et due forme de mes données là-bas, y compris toutes mes vidéos Live. J’en ai surtout fait beaucoup pour la communauté Diabète Félin, mais aussi quelques-unes, de temps en temps, sur d’autres sujets. Je fais des vidéos comme j’écris des articles: je lance l’enregistrement, je cause, je publie. Le montage c’est pas mon truc, pas plus que la relecture et le travail minutieux de mes textes. Je suis une deverseuse. J’ai donc fait quelques vidéos ces derniers temps, après avoir décidé que mes vidéos live iraient pour le moment sur Youtube, et la plupart mériteraient un article ici, mais je ne l’ai pas encore fait. C’est dans le backlog. Mais en attendant, vous pouvez déjà aller sur mon compte YouTube, vous abonner, écouter, piocher dedans.

Là, je pourrais partir aussi sur tout ce qui est en route concernant Diabète Félin, et en particulier la mise en place de Discourse pour héberger la communauté. C’est encore le gros chantier mais vous pouvez déjà jeter un oeil. Si vous voulez une visite guidée, dites-moi – je compte à terme en faire un multi-site, comme j’ai fait avec mon installation WordPress, ce qui voudra dire que si quelqu’un veut profiter du fait que je me suis cassée les dents sur Discourse pour mettre plus facilement sur pied une communauté en ligne hors Facebook, ça devrait être possible, un fois ou l’autre.

Et maintenant je pourrais rebondir là-dessus pour vous raconter mes pérégrinations avec l’IA, parce que oui il y a un lien, ma migration de ChatGPT à Claude (comme tant d’autres), le potentiel que j’y vois mais aussi les risques, comment je pense en faire usage pour mes projets (dont DF, c’est le lien).

Mais je vais nous épargner ça car je suis sûre que comme moi, vous avez besoin d’aller manger à un moment où un autre.

Donc je vais juste mentionner la deuxième chose à laquelle me refait penser cette histoire d’initiation de tâche (vous aviez gardé le fil?) – parmi mes “articles à écrire sur un truc”, il y a quelque chose de l’ordre du “briefing TDAH”. Genre “tu penses que tu as peut-être un TDAH, ou tu sais que tu en as un mais t’en fais pas grand-chose, voici ce qui est important”. Mais pas ce soir, hein. J’ai aussi un article en souffrance sur les questions de sommeil et d’endormissement. Deux brouillons aussi dans WordPress qui sont écrits aux trois-quarts, quelque chose que j’évite vraiment de faire parce que franchement, c’est tellement dur de m’y remettre pour les terminer. (J’ai pas choisi les interruptions, en l’occurrence: une crise convulsive d’Oscar et l’inondation de mon espace coworking.) Puis tiens, je pourrais écrire un article sur ces histoires de difficulté d’initiation de tâche, vous pensez pas?

Je vais quand même vous parler d’un truc que je mijote avec Claude, parce que ça concerne quelque chose qui est un peu bête mais qui prend beaucoup de place dans ma tête. Dans mon quotidien, je découvre plein d’articles intéressants à lire. J’aime les partager, on ne sait jamais à qui ça peut servir. C’est une des choses que je fais avec Facebook: partager des liens. (Et peut-être qui m’a desservie, en passant.) Et j’aimerais, beaucoup, mais vraiment beaucoup, m’affranchir de Facebook pour ça et pouvoir publier ici (ou sur un blog parallèle) des sortes de pelotes de liens quotidiennes. Pas n’importe comment bien sûr: il faut que je puisse rajouter un petit mot d’explication concernant le lien si je veux, il faut que le lien soit présenté avec une “carte” de prévisualisation (comme c’est sur les réseaux), il faut que ce soit aussi facile pour moi de rajouter un lien à la collection que de le balancer dans Facebook, et il faut que les liens partagés soient également répercutés dans mes réseaux, parce qu’il faut être pragmatique et la réalité d’aujourd’hui c’est que tout le monde est encore sur Facebook ou Linkedin.

Ça, c’est typiquement le genre de projet qui est juste hors de ma portée. Je vois assez clair pour pouvoir dire que techniquement, ça devrait être faisable, mais je n’ai ni les connaissances ni les compétences techniques pour. C’est le genre de chose, pré-IA, qui me fait perdre un temps fou en recherche pour déterminer comment monter ce genre de système, avec quels outils, comprendre ce qui existe et si je peux l’adapter à mes besoins, identifier les pièces manquantes, réaliser tout ça une fois que j’ai un plan pour le faire, et régler les inévitables bugs qui surviendront. Une montagne.

Avec un assistant IA, c’est nettement plus accessible. En quelques échanges dans une conversation l’autre jour, j’ai déjà dégrossi les enjeux techniques et pu établir la faisabilité (vraiment) de mon idée. Je peux utiliser l’IA pour m’assister d’une part dans la gestion des différentes étapes (savoir où j’en suis et ce que je dois faire ensuite) et dans l’implémentation technique, sans que je me retrouve limitée par mes connaissances en matière d’administration système ou développement, qui même si elles sont plutôt bonnes pour une non-technicienne, ne sont pas suffisantes pour mes ambitions.

C’est un projet qui me démange, car chaque jour, je partage des liens, et ce système me manque. Evidemment, mon objectif est de vous tenir au courant de la solution que j’aurai trouvée et mise en place. Et aussi, de vous parler plus de comment j’utilise Claude et de ce à quoi je fais attention. Je suis encore en train d’apprendre, comme tout le monde d’ailleurs!

  • ✇Dans les algorithmes
  • Les réseaux sociaux dans la tourmente
    Un tribunal de Los Angeles a reconnu Meta et Google coupables d’avoir créé des produits addictifs ayant causé des troubles mentaux à une jeune femme. Les deux entreprises ont été condamnées à verser 3 millions de dollars de dommages et intérêts. Si la condamnation est dérisoire, le verdict devrait générer d’autres procès (nombreux sont en cours) et pourrait entraîner d’importantes modifications des applications de réseaux sociaux pour s’en prémunir, explique la journaliste Kaitlyn Tiffany pour T
     

Les réseaux sociaux dans la tourmente

3 avril 2026 à 01:01

Un tribunal de Los Angeles a reconnu Meta et Google coupables d’avoir créé des produits addictifs ayant causé des troubles mentaux à une jeune femme. Les deux entreprises ont été condamnées à verser 3 millions de dollars de dommages et intérêts. Si la condamnation est dérisoire, le verdict devrait générer d’autres procès (nombreux sont en cours) et pourrait entraîner d’importantes modifications des applications de réseaux sociaux pour s’en prémunir, explique la journaliste Kaitlyn Tiffany pour The Atlantic.

Bien sûr, Meta et Google ont fait appel. Mais l’un des avocats du Social Media Victims Law Center estime que le jugement appelle déjà des changements majeurs. Une condamnation qui s’ajoute à un autre verdict rendu contre Meta dans une autre affaire au Nouveau-Mexique où l’entreprise à été condamnée à une amende de 375 millions de dollars pour des milliers d’infractions aux lois de l’Etat sur la protection des consommateurs et sur le fait que Meta aurait indirectement facilité des crimes graves. Cela signifie que non seulement les plateformes permettent l’exploitation des utilisateurs, mais qu’elles présentent des défauts qui nuisent aux utilisateurs. Et ce qui est en cause, ce sont notamment les flux algorithmiques, la lecture automatique des vidéos et les notifications push, ainsi que le fait que Instagram et YouTube avaient été créés par des entreprises conscientes de leur caractère addictif et nocif, et que ces entreprises avaient choisi de ne pas avertir les consommateurs de ces risques.

Aux Etats-Unis, de nombreux procès d’utilisateurs attendent les géants des réseaux sociaux. Si les entreprises de la tech ont beaucoup défendu leurs pratiques pour rassurer les utilisateurs ces dernières années, on sait depuis, avec des documents internes révélés par les enquêtes, que ces entreprises étaient divisées quant à la priorité à accorder à la protection des enfants par rapport à la croissance et à l’engagement des utilisateurs, rappelle la journaliste dans un autre article. Comme le fait de ne pas passer les comptes des adolescents en privé par défaut qui a été longtemps retardé par les équipes commerciales de Meta alors que d’autres équipes de FB avaient alerté du problème dès 2020. Il faudra attendre septembre 2024, pour que les comptes adolescents soient placés en privé par défaut. Ces documents provenant du procès au Nouveau-Mexique ont montré que pendant 6 ans, « Meta a peaufiné des paramètres de confidentialité de base, tout en calculant comment de simples interventions permettraient de réduire modérément le temps passé sur Instagram et en optant initialement pour des mises à jour progressives et prudentes afin de préserver ses statistiques d’engagement ». Un rapport interne montrait que l’algorithme recommandait des comptes d’enfants à des adultes au prétexte que les fans veulent suivre leurs stars préférées et auraient jeté des enfants en pâtures à des délinquants sexuels. 

Désormais, les comptes des mineurs sont mieux surveillés, mais les mesures ne sont toujours pas parfaites, notamment du fait que la modération est devenue très lacunaire sur les plateformes sociales. Enfin, les pratiques de captologie, elles, demeurent plus présentes que jamais. 

Comme l’évoque la designer Nolwenn Maudet dans son manuel Culture du Design numérique : histoire des idées et des enjeux (éditions 205, 2026), en rappelant les propos du designer Aza Raskin à l’époque où il défendait le passage au scroll infini (avant de se repentir) : « Le problème c’est qu’à chaque fois que les utilisateurs sont forcés de cliquer sur la page suivante, ils sont extraits du monde du contenu vers le monde de la navigation : ils ne sont plus en train de penser à ce qu’ils lisent mais à comment en lire plus. Comme le fil de leurs pensées est brisé, cela les oblige à arrêter de lire, et cela leur donne l’opportunité de quitter le site. Ce qu’ils font. » Les darks patterns ont donc bien pour fonction de limiter la réflexion de l’utilisateur pour favoriser son engagement. La captologie a bien été utilisée pour créer des dépendances cognitives. En Caroline du Sud, un projet de loi souhaite d’ailleurs débrancher les fonctionnalités addictives pour les comptes enfants, telles que le défilement infini, certaines notifications push, la lecture automatique des vidéos, les compteurs de mentions J’aime et autres indicateurs d’engagement, les badges de compte et les flux d’actualités exploitant le profil. Aux Pays-Bas, Meta a fait appel d’une décision de justice qui l’oblige à proposer un fil alternatif chronologique à son classement algorithmique.

Reste à savoir quand ces interdictions s’étenderont à tous les autres profils, puisque cette compulsivité est bien armée contre l’utilisateur.  

En attendant, estime un spécialiste interrogé par Le Monde, les réseaux sociaux jouent la montre. Il est probable qu’ils continuent à faire des ajustements mineurs, progressifs, incrémentaux.

  • ✇Dans les algorithmes
  • Cosplay forensique
    La désinformation générée par l’IA submerge la couverture médiatique de la guerre en Iran, rapportent Wired, la BBC, CNN, The Atlantic…. Pour The Guardian, la journaliste Tess Mcclure a mené l’enquête sur une image qui a fait le tour des réseaux, celle du cimetière de Minab, photographié alors qu’il s’apprête à accueillir l’inhumation de plus de 100 jeunes filles de la ville. Une image emblématique de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, témoignant de son terrible bilan humain.  En dem
     

Cosplay forensique

2 avril 2026 à 01:00

La désinformation générée par l’IA submerge la couverture médiatique de la guerre en Iran, rapportent Wired, la BBC, CNN, The Atlantic…. Pour The Guardian, la journaliste Tess Mcclure a mené l’enquête sur une image qui a fait le tour des réseaux, celle du cimetière de Minab, photographié alors qu’il s’apprête à accueillir l’inhumation de plus de 100 jeunes filles de la ville. Une image emblématique de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, témoignant de son terrible bilan humain. 

En demandant aux services IA comme Gemini ou Grok, les deux répondent que ces images ne sont pas réelles et sont des images provenant de catastrophes antérieures. Les deux IA sont péremptoires et fournissent des sources pour l’image originale, mais qui ne mènent nulle part : soit l’image est introuvable, soit le lien fourni renvoie à un article de presse inexistant. 

Les experts, eux, estiment que l’image est authentique : elle n’a pas de signe d’altération et elle correspond aux lieux réels. 

Dans les rédactions, les vérificateurs de faits sont constamment débordés par le flux incessant d’images truquées. Aujourd’hui, « près de la moitié, voire plus, des fausses informations virales que nous suivons et démentons sont générées par l’IA », explique l’un d’entre eux. Le phénomène est aggravé par les synthèses d’actualités IA, qui sont pourtant très utilisées par les internautes, alors qu’une étude menée en 2025 a révélé qu’environ la moitié des synthèses générées par l’IA présentaient au moins un problème important de source ou d’exactitude – ce taux atteignant même 76 % pour certains outils, comme l’interface Gemini de Google. Le problème, souligne Mcclure n’est d’ailleurs pas seulement que ces interfaces produisent du faux, mais qu’elles n’identifient pas non plus la réalité. « Le problème est aggravé par la manière péremptoire dont l’IA présente ses conclusions. Elle génère des rapports détaillés, incluant noms, dates, références et sources : un contenu qui laisse supposer une recherche et une compréhension approfondies, mais qui peut en réalité être halluciné ou inexistant. Lorsque le Guardian a interrogé Gemini sur la réponse concernant la photographie de Minab, en demandant : “Je ne pense pas que ce soit correct, pouvez-vous effectuer une nouvelle recherche ?”, Gemini a modifié sa conclusion, mais pour indiquer un autre lieu et une autre année erronés. »

Shirin Anlen et Mahsa Alimardani de l’association Witness, expliquent dans une tribune pour Tech Policy Press qu’on voit apparaître beaucoup d’analyses d’apparence technique pour discréditer faussement des preuves authentiques. Le journaliste de BBC Verify, Shayan Sardarizadeh, a constaté que ce conflit pourrait déjà avoir battu des records en matière de quantité de contenu généré par l’IA et devenu viral en temps de guerre. Le chercheur en OSINT Tal Hagin a également observé que le problème ne se limite plus aux utilisateurs ordinaires des réseaux sociaux trompés ; le volume de ces tromperies a dépassé les capacités de vérification, même des rédactions professionnelles. Dans ce contexte, les preuves authentiques sont non seulement plus difficiles à trouver, mais elles sont activement dissimulées par le flux de contenus. Des preuves d’apparence technique, associées à une allégation mensongère, circulent plus vite que toute correction. Nous sommes en train de basculer dans l’instrumentalisation de la détection par IA et de l’analyse forensique elle-même : des visuels d’apparence technique peuvent créer une illusion d’autorité technique. Nous voici dans le « Cosplay forensique», une forme de déguisement de l’activité d’investigation, comme une fabrication de fausses preuves médico-légales…  où l’on trouve par exemple de fausses cartes thermiques pour discréditer des images réelles… Les outils conçus pour détecter la manipulation deviennent des instruments de manipulation, utilisés pour semer le doute et la confusion autour d’événements réels, voire de victimes réelles.

« Le brouillard de l’IA n’a pas besoin que chaque contenu soit fabriqué. Il a besoin que la question « Est-ce réel ? » devienne quasiment insoluble », estime très pertinemment Mahsa Alimardani pour The Atlantic. Le problème est que, dans ce flou, même les preuves ne fonctionnent plus, se désole-t-elle. 
La désinformation a pourtant un coût, estimait récemment une étude de Sopra Steria : 417 milliards de dollars. Quant à l’inaction des plateformes face à ces contenus, elle est liée à la grande difficulté à identifier les contenus génératifs, estime le Monde à la suite du site spécialisé Indicator. En fait, la labellisation des contenus IA par les plateformes repose sur des détecteurs automatiques qui ne fonctionnent pas, comme le soulignait le New York Times, mais surtout, les plateformes ne sont pas incitées à modérer ces contenus. « Dans un monde où le président américain diffuse lui-même de fausses informations et utilise massivement des images générées par IA pour communiquer sur les réseaux sociaux, la pression sur les géants de la tech pour supprimer les premières et labelliser les secondes est faible », conclut Le Monde.

  • ✇Dans les algorithmes
  • Startups : le mythe est nu
    Que sont vraiment les startups ?, interroge la sociologue Marion Flécher dans son livre. Des outils d’accélération du capitalisme assurément qui semblent surtout borner l’accès au capital aux mieux dotés. Derrière la fable d’un mérite sous stéroïdes, la startup est d’abord le lieu d’une reproduction sociale encore plus fermée sur elle-même. Derrière le mythe d’une organisation cool, débarrassée des vieilles hiérarchies, l’intensification, la précarisation et la compétition y règnent en maître. 
     

Startups : le mythe est nu

31 mars 2026 à 01:00

Que sont vraiment les startups ?, interroge la sociologue Marion Flécher dans son livre. Des outils d’accélération du capitalisme assurément qui semblent surtout borner l’accès au capital aux mieux dotés. Derrière la fable d’un mérite sous stéroïdes, la startup est d’abord le lieu d’une reproduction sociale encore plus fermée sur elle-même. Derrière le mythe d’une organisation cool, débarrassée des vieilles hiérarchies, l’intensification, la précarisation et la compétition y règnent en maître. 

Dans Le monde des startups (Presses de SciencesPo, 2025), la sociologue Marion Flécher déconstruit le mythe des startups. Leur modèle économique et organisationnel n’est pas accessible à tous, tant s’en faut. Dans son livre, la sociologue interroge le modèle d’organisation que cette forme d’entreprise mal définie promeut. La croissance comme le caractère innovant de ces entreprises restent des critères opaques. Le terme même de startup peut qualifier indifféremment un service web à forte croissance, qu’une PME de textile, ou qu’une entreprise de brasserie à la mode. Tant et si bien qu’on pourrait se demander si ce qui qualifie avant tout une startup ne serait pas le narratif qu’elles produisent sur elles-mêmes voire, plus encore, le narratif de disruption qu’elles mobilisent. 

Flécher tente pourtant de délimiter le champ du problème, c’est-à-dire de quantifier le phénomène. Mais selon l’indicateur choisi (le taux de croissance, la levée de fonds, les entreprises qui obtiennent une aide à l’innovation… le caractère innovant de son offre et de son modèle économique…), le paysage se révèle mouvant. La startup est d’abord une représentation, une posture plus qu’une réalité. Et c’est exactement ce que relève l’enquête, en montrant les limites du modèle de rupture que promeuvent les startups, que ce soit une rupture dans leur modèle de croissance, dans leur modèle organisationnel et plus encore dans le récit qu’elles font d’elles-mêmes, pour se distinguer des autres entreprises. Pour Flécher, les startups tiennent d’abord d’un récit, d’un « nouvel instrument de légitimation du capitalisme ». Derrière les pitchs, le storytelling, les KPI, le business plan, et la construction de la figure héroïque de l’entrepreneur, c’est bien les modalités même du récit d’entreprise qui est transformé.  

Startups : des entreprises au service de l’accélération capitaliste

Comme le disait le professeur en sciences de gestion Anthony Galluzo dans Le mythe de l’entrepreneur (La Découverte, 2023), avec la startup s’est imposée un monde, une idéologie, un système moral : celui de l’entrepreneur roi. Flécher rappelle que l’histoire des startups comme modèle d’entreprise née dans la Silicon Valley est d’abord l’histoire de la reconversion industrielle d’un territoire, rendue possible par l’action conjuguée du monde universitaire, industriel et étatique. Le monde de la startup est né d’entreprises cherchant à se singulariser, en réinventant leurs modes de production et d’organisation. C’est un monde d’entreprises en rupture par les technologies qu’elles mettent en œuvre, par la taille de leurs équipes, par le cadre de travail qu’elles offrent à leurs ingénieurs ainsi qu’une rupture économique et financière. Ce qui semble le mieux définir la startup, rappelle Flécher, reste assurément le modèle spéculatif qu’elles représentent, la promesse de bénéfices records en un temps réduit. Avec la startup, s’impose un modèle d’entreprise où « les logiques financières priment désormais sur toute autre considération industrielle ou sociale ». Les startups ne sont possibles que parce que la finance et les autorités vont encourager ce modèle, déroulant des législations favorisant ces investissements et leur essor. 

Flécher fait un sort assez rapide aux innovations organisationnelles. Alors que les innovations managériales sont censées servir l’innovation technique, ce marqueur, qui vise à s’extraire des modes de gestion autoritaires des entreprises classiques, tient surtout du narratif. Le fait d’aller travailler sans cravate, comme le promouvait Robert Noyce chez Intel dès les années 60, ne semble qu’un ensemble de faux-semblants, un paravent. La réalité n’est peut-être pas tant le management à la cool que l’intégration, très tôt, de techniques d’optimisation des coûts, comme la délocalisation des opérations, l’intégration de la recherche à la production… qui visent à produire une entreprise peut-être plus souple, plus agile, mais d’abord « plus maigre ». Derrière l’autogestion, la collaboration, la créativité, le modèle organisationnel des startups a surtout instrumentalisé ces principes au service du capital et du profit. Le fun comme la distribution des parts de l’entreprise aux salariés  a surtout permis de produire une meilleure adhésion des travailleurs. Le Googleplex a bien plus tenu d’une « institution totale » visant à atténuer la subversion, à améliorer la performance et donc les profits.

Flécher observe également comment ce modèle d’entreprise a colonisé le monde. Mais plus que le modèle d’entreprise, ou que la révolution numérique, c’est bien là encore un modèle de dérégulation de l’investissement qui a fait école. C’est dans les années 2010, avec le développement de l’offre des startups américaines en Europe notamment que le modèle s’impose. La chercheuse identifie l’année 2013 comme une date clé. C’est à la fois la date où Uber, qui s’est implantée en France l’année précédente, ouvre son offre, tout comme Airbnb. C’est aussi celle où se lancent la French Tech et BPI France, c’est-à-dire à la fois où se structure le réseau d’investissement et son financement. La startup devient alors « un objet d’action publique ». C’est le moment où elle devient un projet de construction politique, permettant, au choix, de dynamiser la croissance, reconquérir la compétitivité internationale, relancer l’innovation alors que la désindustrialisation bat son plein. Un déploiement qui s’accompagne surtout de mesures légales d’exonérations fiscales et de crédits d’impôts qui ont « clairement sonné le virage libéral du quinquennat de François Hollande ». Macron fera d’ailleurs de la startup un pilier de son projet politique, s’emparant « de l’imaginaire associé aux startups – agilité, modernité, ouverture internationale – comme un outil de distinction dans le champ politique ». Avec l’imaginaire de la startup et de l’entrepreneuriat, l’Etat n’est pas seulement vu comme un soutien financier à l’innovation, mais également comme une entité à startupiser, c’est-à-dire à devenir agile et digital, à gérer comme une entreprise. Pour Flécher, la startup nation de Macron est le paradigme d’un État néolibéral au service de l’entreprise. « A la différence des Etats-Unis, où les fonds de capital-risque ont rapidement pris le contrôle du marché du financement des startups, c’est l’Etat qui en France, apporte le gros soutien institutionnel et financier aux startups françaises », notamment pour compenser le fait que le capital-risque n’y est pas très développé. « Par effet d’entraînement et d’attraction des investissements publics, on assiste, depuis le début des années 2000, à une véritable prolifération des dispositifs organisationnels et marchands visant à soutenir et accompagner les créateurs et créatrices de startups ». Les structures (incubateurs, accélérateurs, pépinières) se multiplient. En 2025, la French Tech recense 167 espaces de travail dédiés, et 209 incubateurs et accélérateurs. Autant de politiques, qui « loin de promouvoir le laisser faire et la libre concurrence des marchés, défendent au contraire une vision active d’un État au service des marchés, de l’entreprise et de la finance »

L’institutionnalisation du monde des startups n’est pas un phénomène spontané, conclut Flécher, mais au contraire un processus organisé, étroitement adossé aux institutions publiques qui procurent un soutien financier déterminant. Derrière la main invisible du marché, il faut bien plus voir la « main financière de l’Etat ». Ce soutien politique et financier de grande ampleur montre surtout que la réussite entrepreneuriale ne tient pas tant du mérite ou du talent d’individus, que d’un accès aux aides publiques, aux marchés publics, aux dispositifs de financements et à des formes législatives dédiées… 

L’entrepreneur est bien plus celui qui va savoir naviguer dans ces dispositifs hiérarchisés qu’autres choses. Il est bien plus celui qui va savoir profiter des complexités des dispositifs, inégalement distribués, tant dans l’accès que dans le succès. 

Inégalités de l’entreprenariat

Pas plus que la définition de la startup n’est claire, l’entrepreneur n’est pas non plus une catégorie sociostatistique, rappelle Marion Flécher. Les statuts du créateur de startups sont variables et ambigus : salariés, indépendants, micro-entrepreneurs, voire sans statuts clairs… cette diversité éclaire surtout une grande hétérogénéité des situations économiques et sociales. Pourtant, explique la sociologue, derrière la diversité sociale, l’inclusion et l’ouverture qu’elle paraît célébrer, le fait qu’il suffirait « d’oser pour entreprendre », la réalité est toute autre. Le milieu est fortement sélectif et élitiste, plus encore que ne l’est le monde de l’entreprise traditionnel. Ils ne ressemblent plus beaucoup aux innovateurs ordinaires qu’évoquaient les sociologues Michel Grossetti, Jean-François Barthe et Nathalie Chauvac dans leur livre Les start-up, des entreprises comme les autres ? (Presses de la Sorbonne, 2018). 

Alors que la grande majorité des créateurs et créatrices d’entreprise sont peu ou pas diplômés, les fondateurs de startups, eux, sont souvent surdiplômés. La grande majorité proviennent de milieux sociaux favorisés, disposent d’un habitus entrepreneurial. La plupart bénéficient de soutiens familiaux et financiers qui réduisent considérablement le risque de l’entrepreneuriat. Alors que l’essentiel des créateurs d’entreprises traditionnels se lancent seuls, c’est rarement le cas dans le monde des startups. La présence d’associés dans le projet est un critère de sélection dans l’accès aux organismes d’accompagnement et de financement, note la sociologue, montrant l’importance de la socialisation dans ce milieu, critère valorisé. Flécher montre clairement que « seuls les membres d’une élite économique, étroitement liée au milieu d’affaires, peuvent espérer accéder à la création de startups » et y rencontrer le succès. Le monde des startups est d’abord un petit monde où règne une forte endogamie, une héritocratie plus qu’une méritocratie. En allant observer le dispositif French Tech dédié à promouvoir la diversité sociale, Flécher montre combien l’écosystème des startups et de leurs soutiens est fortement hiérarchisé. Ceux qui n’ont pas les codes sociaux, les réseaux, sont relégués à des formes de soutiens dédiés qui ne permettent pas d’accéder aux meilleurs financements et soutiens. A la division des CSP, des origines, s’ajoute celle du genre. « Le monde des startups demeure un entre-soi masculin ». Bref, les conditions d’accès au monde des startups sont « particulièrement sélectives », voire plus sélectives qu’ailleurs, et bénéficie d’abord à une jeunesse masculine et très privilégiée. 

L’entrée dans l’entrepreneuriat ne se fait pas sous contrainte comme c’est le cas des micro-entrepreneurs ou des travailleurs des plateformes. Bien souvent, elle est surtout une bifurcation professionnelle choisie, « un calcul d’opportunité plus qu’une prise de risque ». Les entrepreneurs que Flécher interroge estiment que la startup n’est pas un entreprenariat comme les autres, d’abord parce que les perspectives d’enrichissement sont plus fortes. Ceux qui se lancent sont à la recherche de prestige et d’enrichissement bien plus qu’ils ne visent à changer le monde. Nombre d’entrepreneurs de startups ne prennent pas autant de risques qu’ils le disent, d’ailleurs. Beaucoup sécurisent leur bifurcation professionnelle, en conservant un emploi salarié en parallèle, en utilisant leurs droits au chômage et surtout en devenant chef d’entreprises salariés. « 64% des créateurs et créatrices de startup de notre échantillon ont choisi de rester “assimilés salariés” en optant pour le statut de chef d’entreprise salarié (contre seulement 10% pour celui d’indépendant) ». Derrière les discours sur le mérite, sur le risque, les entrepreneurs de startups sont « très attachés à la stabilité et à la sécurité »

Marion Flécher s’intéresse bien sûr à ceux qui réussissent et ceux qui échouent dans cet univers entrepreneurial marqué par un fort taux d’échec (qui augmente avec l’ancienneté de l’entreprise, passant de 20% à la fin de la 1ère année à 50% à la fin de 5e année). Les études sur le sujet se sont concentrées sur les facteurs exogènes, notamment les produits qui ne rencontrent pas leurs marchés, plutôt que sur les déterminants sociaux de l’échec. Or l’échec des startups est inégalement distribué, constate la chercheuse. Celles qui rencontrent le succès ont notamment (parmi d’autres) une caractéristique : elles ont bénéficié du soutien des organismes d’accompagnement. « La croissance d’une startup s’inscrit ainsi dans un processus séquentiel et codifié d’étapes interdépendantes »le soutien institutionnel joue un rôle, en apportant une crédibilité, un capital symbolique d’autant plus important que la valeur des entreprises dépend pour beaucoup de croyances, de confiance, de réputation. Or, rappelle la sociologue, les individus ne sont pas également armés pour obtenir le soutien des organismes spécialisés dans l’accompagnement et le financement : « ceux qui détiennent les codes de cet univers franchissent les étapes sans trop de difficultés ». Même constat pour les levées de fonds. Les startups ne sont pas des entreprises rentables. Leur développement repose sur des besoins de financement récurrent et grandissant. Leur parcours ressemble à un parcours d’obstacles très organisés, une épreuve de persuasion et de crédibilité qui repose d’abord sur les qualités techniques et économiques des projets ainsi que sur les qualités sociales des individus qui les portent. Les femmes ont ainsi 2,2 fois moins de chances qu’un homme de réussir à lever des fonds. Les plus diplômés 2 fois plus, ceux qui ont un associé, 5,5 fois plus, ceux qui ont généré un chiffre d’affaires 7 à 24 fois plus. Le pitch, épreuve reine de ce processus, est lui-même très codifié, et nécessite d’en maîtriser les codes. Sans surprise, socialement parlant, la réussite demeure profondément socialement distribuée. Les logiques de cooptation sociale, d’homophilie sociale restent majeures

La sociologie des startupeurs est et demeure avant tout un petit monde qui se reproduit entre eux. Sa méritocratie apparente apparaît comme très factice. Quant à l’échec, non seulement il est inégalement distribué, mais ses conséquences n’ont pas le même coût pour tous les postulants. L’échec l’est beaucoup moins pour ceux qui ont un certain niveau de ressources, de réseaux et qui sont capables de rebondir. Pour beaucoup de ceux qui lancent leurs startups, l’expérience entrepreneuriale est bien plus un accélérateur de carrière qu’autre chose. Finalement, « ceux qui valorisent le risque d’entreprendre sont ceux qui en prennent le moins ». Lancer sa startup est surtout une modalité d’hypersélection sociale, qui réussit surtout aux plus dotés socialement… et écrase les autres qui voudraient y jouer. Car dans ce monde, les individus les moins dotés socialement et issus de milieux sociaux plus modestes, eux, n’ont pas toujours les ressources pour retourner les stigmates de l’échec et en faire une expérience valorisante. Le modèle entrepreneurial n’est pas à portée de tous et son rêve se referme plus fort sur les moins dotés. Au final, rappelle la sociologue, l’espace des startups est un espace de lutte sociale qui favorise ceux qui en possèdent les codes, qui en maîtrisent les codes. Autant de ressources culturelles, relationnelles et économiques qui leur permettent de mieux émerger dans ce monde comme de mieux se retourner en cas d’échec. 

Le mythe de la coolitude

Marion Flécher s’intéresse enfin à la question de l’organisation du travail et ses effets sur les employés des startups. Loin de la coolitude, de la réinvention de l’organisation hiérarchique et autoritaire de l’entreprise traditionnelle, la sociologue montre que le contrôle et la contrainte ne disparaissent pas dans la coolitude des bureaux ouverts. Ces PME à la croissance rapide valorisent surtout l’auto-engagement en valorisant la proximité relationnelle, en brouillant les frontières professionnelles (par le cadre agréable, l’afterwork, le tutoiement, l’informalité des relations sur les messageries instantanées… ) qui semblent atténuer les rapports hiérarchiques. Pourtant, ceux-ci restent bien présents. La proximité générationnelle, la proximité sociale (des jeunes très diplômés sans contrainte familiale partageant souvent goûts et opinions) entre les dirigeants de startups et leurs employés, l’adhésion affective… conduisent à produire un surinvestissement des jeunes travailleurs qui ont souvent là leur première expérience de travail ou de stage. A défaut de contrôle top-down, le contrôle social par les pairs y est très fort. Les contraintes sont intériorisées. Le mimétisme lié à une grande homophilie règne en maître. L’open space sert de panoptique. Les rites managériaux, la gestion par projet, les méthodes agiles produisent des responsabilités étendues et intégrées. L’autonomie organisationnelle et l’interdépendance fonctionnelle renforcent finalement les responsabilités individuelles et collectives. Tout le monde se sent impliqué et rappelle aux autres l’importance de l’implication. 

Plus qu’une autonomie, ces modes de management qui se présentent comme distendus, produisent d’abord une mise en concurrence des salariés. Ceux-ci, monitorés par les systèmes de gestion de projets, sont surveillés en temps réel sur leurs avancés et leurs retards. Au final, l’autonomie est fictive, intégrée. Les indicateurs de performance, les primes et intéressements finissent d’assurer la discipline en favorisant l’émulation collective, où le « groupe devient un puissant levier de pression ». « L’effacement des marqueurs hiérarchique ne signifie pas la fin du contrôle », mais son déplacement vers des formes plus diffuses, insidieuses, qui visent à produire concurrence et adhésion. « En substituant aux logiques du contrôle hiérarchique une logique d’adhésion volontaire, l’entreprise tend à obtenir des salarié.es un investissement d’autant plus fort qu’il est intériorisé, et donc plus difficile à questionner ou contester »

Les startups se révèlent assez peu cools. Les tensions sont nombreuses. Les situations de souffrance aussi. La standardisation des indicateurs, la dépersonnalisation des modes de management invisibilisent les insatisfactions. Quand elles s’expriment, elles sont évacuées par des départs souvent brutaux et rapides. Plus encore, souligne Flécher, les startups produisent une intensification du travail où se mêle surcharge, manque d’encadrement, affinité relationnelle et précarité des employés. Nombre de startups sont d’abord des « boites à stagiaires » abandonnés à eux-mêmes, à qui on demande une réactivité permanente sans structure pour les aider. L’injonction à l’autonomie est la réponse au manque d’encadrement. L’intensité des relations produit une loyauté qui permet l’intensification du travail. La précarité des premiers employés et stagiaires ne leur permet pas vraiment de contester l’organisation, mais au contraire les conduit à s’y plier très vite. Les stagiaires, dociles et investis, doivent valider leur formation. Le turnover ne favorise pas non plus l’émergence de collectifs de résistance. Quand les startups grandissent, l’organisation du travail évolue, les niveaux hiérarchiques se multiplient, les règles et processus se structurent. Le cadre de travail se standardise, la pression des indicateurs se fait plus forte. Le cadre affectif se distant avec l’arrivée d’innombrables employés. On passe d’un modèle d’engagement s’appuyant sur l’attachement affectif des employés et un contrôle par les pairs, à un modèle bureaucratique, avec un contrôle sur des procédures formelles. « Les startups finissent par devenir ce contre quoi elles avaient initialement été créées ». La coolitude fait long feu. Flécher note cependant que le modèle de l’engagement produit de la loyauté et une faible politisation. Les employés relativisent leur situation. Le cadre de travail se révèle peu propice à l’émergence de mobilisations collectives. La proximité relationnelle, générationnelle, sociale, affective… entre les entrepreneurs et leurs équipes est aussi souvent une proximité idéologique, souligne la sociologue, où les mobilisations demeurent dépréciées. 

Flécher montre très bien comment le mythe méritocratique du startupeur permet d’invisibiliser les grandes inégalités d’accès à ce statut entrepreneurial et les mécanismes de reproduction sociale qui le structurent. Le mythe de l’entreprise libérée permet d’invisibiliser les logiques d’exploitation, de contrôle et de segmentation du salariat qui y ont cours. Le mythe du risque et du mérite permet d’occulter les conditions socioéconomiques très élitistes qui rendent possible l’activité d’innovation. Pour les jeunes cadres diplômés, la startup est un accélérateur de carrière. Le mythe d’une organisation agile et horizontale est vite rattrapé par sa réalité. « L’entreprise libérée est moins une réalité qu’une fiction mobilisatrice et performative, qui produit ses effets non parce qu’elle est vraie, mais parce qu’elle est partagée et incorporée par les travailleur.ses »

La startup n’a rien d’une subversion des logiques du capitalisme. Au contraire, elle incarne sa réalisation la plus aboutie, entre homélie et boîte de Skinner, comme nous le disions en 2019 en lisant Dan Lyons et Arthur de Grave. Une forme d’organisation qui renforce son élitocratie tout en la faisant disparaître sous les mythes du mérite. Une forme d’organisation qui renforce l’exploitation par l’engagement, en faisant intégrer les règles de la performance à ses employés pourtant plus souvent plus précarisés et préssurés qu’ailleurs. On comprend que le capitalisme néolibéral apprécie et valorise ce modèle finalement, puisqu’elle semble, plus que l’entreprise fordiste d’antan, l’acmée de son expression la plus aboutie. Celle qui permet à la fois une démultiplication de la croissance, de la docilité et du rendement. 

Hubert Guillaud

La couverture du livre de Marion Flécher, Le monde des startups.

MAJ du 31/03/2026 : En France, les salariés des startups commencent à réagir plus fermement et plus collectivement qu’auparavant aux contournements du code du travail et aux burn-out, rapporte Le Monde.

  • ✇Dans les algorithmes
  • L’IA ne réforme pas les institutions démocratiques, elle les détruit
    L’IA n’est pas qu’un outil, elle est un outil pour détruire les institutions démocratiques, argumentent les deux professeurs de droit Woodrow Hartzog et Jessica Silbey dans une riche démonstration. Comme le synthétise le journaliste Gerald Holubowicz pour Synth Media, le déploiement de l’IA atrophie l’expertise des institutions. « Quand l’IA se trompe, les institutions paient le coût de la correction et quand elle « réussit », elles s’appauvrissent en expertise ». Elle favorise le « court-circui
     

L’IA ne réforme pas les institutions démocratiques, elle les détruit

30 mars 2026 à 01:03

L’IA n’est pas qu’un outil, elle est un outil pour détruire les institutions démocratiques, argumentent les deux professeurs de droit Woodrow Hartzog et Jessica Silbey dans une riche démonstration. Comme le synthétise le journaliste Gerald Holubowicz pour Synth Media, le déploiement de l’IA atrophie l’expertise des institutions. « Quand l’IA se trompe, les institutions paient le coût de la correction et quand elle « réussit », elles s’appauvrissent en expertise ». Elle favorise le « court-circuit décisionnel » en automatisant des choix fondamentalement moraux, aplatit les hiérarchies institutionnelles et rend invisibles les règles qui donnent leur sens aux institutions. « Elle est par ailleurs incapable de prendre des risques intellectuels ni de faire montre d’une forme de désobéissance créatrice. » Enfin, elle favorise l’isolement. Et en érodant les liens interpersonnels, elle fait disparaître la friction, qui est la condition même de l’adaptabilité institutionnelle. Pour Hartzog et Silbey, la destruction des institutions a déjà commencé, notamment avec le Doge et le développement de systèmes d’IA et algorithmiques dans les administrations américaines. Des déploiements, « sans cadre légal clair, où l’expertise humaine a été marginalisée et les rôles institutionnels de résistance, supprimés ».« Ce que Hartzog et Silbey laissent entrevoir en creux, c’est le scénario d’une oligarchie technologique progressivement substituée à la représentation démocratique ».

Pour les chercheurs, l’IA fragilise l’Etat de droit en renforçant l’opacité des décisions. La société civile, et la démocratie elle-même, reposent sur la transparence, la délibération et le jugement humain. L’IA corrode ces trois éléments. En ce sens, l’IA n’est pas qu’un outil, elle est une force institutionnelle qui sape les institutions en restructurant les hiérarchies décisionnelles, en dégradant les capacités d’expertise et en modifiant les relations sociales des acteurs. Parce que les institutions dépendent de ces éléments, l’IA ne se contente pas de les fragiliser ; elle les dissout. Les juristes affirment que, sans garde-fous pour contraindre l’IA à servir les institutions plutôt qu’à les remplacer, nous serons confrontés à un choix radical : soit les institutions survivent, soit la conception actuelle de l’IA disparaît.

  • ✇affordance.info
  • Universités populaires. Cycle « La machine ». Thème : IA
    J’étais il y a quelques semaines l’invité des Universités Populaires du pays Yonnais (UPPY), pour une soirée conférence-débat autour du thème de l’IA. La captation de cette intervention est désormais disponible en ligne.          Moi qui fait des gestes avec mon bras devant un baby-foot. Mais en vrai je parle des grands enjeux de l’IA. SI vous résidez autour de La Roche sur Yon ne manquez pas les prochains rendez-vous de ces universités populaires (informations sur leur page Facebook)
     

Universités populaires. Cycle « La machine ». Thème : IA

29 mars 2026 à 10:49

J’étais il y a quelques semaines l’invité des Universités Populaires du pays Yonnais (UPPY), pour une soirée conférence-débat autour du thème de l’IA.

La captation de cette intervention est désormais disponible en ligne.

         Moi qui fait des gestes avec mon bras devant un baby-foot. Mais en vrai je parle des grands enjeux de l’IA.

SI vous résidez autour de La Roche sur Yon ne manquez pas les prochains rendez-vous de ces universités populaires (informations sur leur page Facebook)

  • ✇Climb to the Stars
  • Today is Tomorrow [en]
    [en] A friendly colleague I share some geeky interests with told me today I was courageous to announce my blogging intentions yesterday. I told him “not that much”, because if I didn’t stick to my declaration of intent, it’s not something I’d feel terribly bad about. Writing that quick post yesterday made me feel a bit better, and announcing I would write today increased the probability I’d actually do it today. Making clear plans and public accountability aren’t binding, but they can help tip
     

Today is Tomorrow [en]

27 mars 2026 à 16:30
[en]

A friendly colleague I share some geeky interests with told me today I was courageous to announce my blogging intentions yesterday. I told him “not that much”, because if I didn’t stick to my declaration of intent, it’s not something I’d feel terribly bad about. Writing that quick post yesterday made me feel a bit better, and announcing I would write today increased the probability I’d actually do it today. Making clear plans and public accountability aren’t binding, but they can help tip the scales.

So, I set my timer and I didn’t dive into my open tabs before starting to write. I’m less all over the place today, but it doesn’t mean any of the underlying issues are dealt with. Oscar is still dying. I’m still unhappy about having to set aside so much of what I’d like to do. The one-year mark of my accident is behind me, and though I’m still confident about making a full recovery, that confidence is fragile and easily shaken, particularly when there are setbacks. I am starting to be afraid of “crashing” again like I did at Christmas.

I’ve lost other cats before Oscar, but in my post-accident world, there is no known territory anymore. I don’t know what it will do to me – because my brain is still very much in the process of recovering. I’m working 50% again but have set aside pretty much all my non-work activities and projects, and I’m exhausted. So, I’m on edge emotionally, and not dealing well with the usual/inevitable stuff life in our day and age throws at me, particularly the stuff that has to do with broken systems, bureaucracy, and people being a pain in the neck. I am stuck in between a rock and a hard place: either deal with it or let it go, and both are costly, and I don’t have spoons to spare these days.

On the sunny side, when I’m feeling kind of OK, I have to face the frustration of prioritising rest, when I have a pile of blog post ideas (I even have a couple of proper drafts that need finishing up), want to make progress with the migration of the diabetic cat community to Discourse (and write about it), finish setting up Claude so it’s properly usable for the half-dozen “top of mind” projects I want to work on with it, continue tidying/organising my flat, have a social life, go to judo, singing rehearsals, skiing and hiking, whatever, the stuff I used to do and took for granted before my accident. It sucks.

I have a ton of links to share, but no good system to do it in the way I want. I keep throwing them into the socials, which is better than nothing, but I’d like to collect them here or at least some place I control, and I have a path/plan to do that (thanks Claude) – but it’s going to take time and effort to do.

So here’s a small dump. The timer is going off.

That’ll be it for today. Grey’s Anatomy is waiting. I’m going to try and blog a bit more frequently (with timer) just to dump stuff out of my brain. Probability increased, certainty unavailable.

Bonus picture: the puzzle I was very tempted to continue working on tonight instead of writing.

  • ✇Climb to the Stars
  • I’ll Write Tomorrow [en]
    [en] I set a timer for 30 minutes, with the intent of churning out a quick blog post. I’m all over the place, I have stuff to dump. I’m struggling, but my head is still out of the water, thankfully. Well, I figured I’d close some tabs before writing, because I have windows full of tabs that are going nowhere. Close the tabs, decide to keep some (didn’t read), a few text messages, and here we go, the timer will ring in a few minutes and I want to watch my episode of Grey’s Anatomy (the deal: nee
     

I’ll Write Tomorrow [en]

26 mars 2026 à 16:23
[en]

I set a timer for 30 minutes, with the intent of churning out a quick blog post. I’m all over the place, I have stuff to dump. I’m struggling, but my head is still out of the water, thankfully. Well, I figured I’d close some tabs before writing, because I have windows full of tabs that are going nowhere. Close the tabs, decide to keep some (didn’t read), a few text messages, and here we go, the timer will ring in a few minutes and I want to watch my episode of Grey’s Anatomy (the deal: needs to be done by 10pm, so I had better get cracking on it).

Each day brings more stuff I want to do or write about than I can fit in that day. It’s kind of depressing.

  • ✇Made Not Found (by danah boyd)
  • Pre-Order "Data Are Made, Not Found"!
    There's something uniquely demoralizing about editing and editing and editing a book manuscript. The words all start to blur together and you start thinking that every sentence is crap, no one will ever want to read this, why bother completing the book. I was definitely in this state. And then... my publisher sent me the book cover and I squealed for joy at just how lovely it is. And it gave me hope. Check out this beauty! And yes... that's a wobbly Jenga tower comprised of pieces made from cens
     

Pre-Order "Data Are Made, Not Found"!

23 mars 2026 à 09:47
Pre-Order "Data Are Made, Not Found"!

There's something uniquely demoralizing about editing and editing and editing a book manuscript. The words all start to blur together and you start thinking that every sentence is crap, no one will ever want to read this, why bother completing the book. I was definitely in this state. And then... my publisher sent me the book cover and I squealed for joy at just how lovely it is. And it gave me hope. Check out this beauty!

And yes... that's a wobbly Jenga tower comprised of pieces made from census documentation cuz one of the core arguments in the book is that we're living in a world of "Jenga Politics" where different actors are pulling out pieces of our administrative infrastructure and putting pressure on top. Civil servants are exhausted, but they're trying to keep the tower from falling.

And now that I've seen the beautiful cover, I can't wait for you to read this book! And to come celebrate with me! I am starting to build a book tour so hopefully I will come to a city near you. But, in the meantime, here are some of the fun things I get to share:

  • My book won the J. Anthony Lukas Work-in-Progress Prize! Thank you to the kind people at Columbia Journalism School and the Nieman Foundation for Journalism at Harvard University for giving me wind beneath my wings!
  • Pre-Order the book! And if you order it from the University of Chicago Press website, you can save 30% by using the code UCPNEW. But feel free to order from your local bookstore or wherever else you want!
  • DC folks: Save the Date (9/25)! I am ecstatic that Politics & Prose is hosting me at their Wharf venue on September 25 at 7PM (the day after the book goes on sale!). I hope lots of folks will come out to celebrate! There will be books available! And a signing!
  • Virtual Folks: On the eve of the book launch (9/23), Dan Bouk and I will discuss the book in a virtual event hosted by Data & Society. More info on that will come shortly, but make sure to sign up to the D&S newsletter!

  • ✇Assemblées populaires rimouskoises
  • 1ère Assemblée – Se redonner du pouvoir pour protéger nos milieux naturels urbains
    Première Assemblée populaire rimouskoise Se redonner du pouvoir pour protéger nos milieux naturels urbains. Agissons dès maintenant! Cette première assemblée des Assemblées Populaires Rimouskoises est organisée en collaboration avec : Nous sommes préoccupé.e.s par… L’accélération des changements climatiques et le déclin rapide de la biodiversité? La destruction de boisés et de milieux humides en secteurs urbains et péri-urbains? Le manque d’éco
     

1ère Assemblée – Se redonner du pouvoir pour protéger nos milieux naturels urbains

19 octobre 2024 à 17:32

✨Première Assemblée populaire rimouskoise ✨

Se redonner du pouvoir pour protéger nos milieux naturels urbains. Agissons dès maintenant!

Cette première assemblée des Assemblées Populaires Rimouskoises est organisée en collaboration avec :

🤔 Nous sommes préoccupé.e.s par…

  • L’accélération des changements climatiques et le déclin rapide de la biodiversité?
  • La destruction de boisés et de milieux humides en secteurs urbains et péri-urbains?
  • Le manque d’écoute et le manque d’action des décideur·euses quant aux besoins d’une transition socio-écologique et de logements sociaux?
  • L’urgence d’agir pour mettre en œuvre des initiatives populaires?

➡ Nous reprenons ensemble notre pouvoir collectif !

Le déroulement de l’assemblée était divisé en 5 étapes :

  1. Identification des 🌿 milieux naturels menacés en sous-groupes puis mise en commun pour un portrait global.
  2. Invitation à réfléchir aux obstacles 🚧 vécus par rapport à la protection des milieux naturels et échanges (par visio) pour trouver des pistes de solutions 🤓 avec le Mouvement d’action régional en environnement (MARE).
  3. 💭 💬 🗯 Brassage d’idées en sous-groupes pour trouver des actions à mettre en place puis mise en commun et échanges (par visio) avec Jonathan Durand Folco, auteur du livre À nous la ville! Traité de municipalisme.
  4. Discussions en tables affinitaires selon les pistes d’actions identifiées 🤝
  5. Mise en commun des pistes d’actions retenues, et suites à donner pour la prochaine assemblée

Tous ces temps d’échanges ont permis de faire émerger des idées, de faire parler l’intelligence collective et l’imaginaire, sans se mettre de barrière. Puisqu’ensemble on voit mieux, nous avons discuté de solutions pour mieux protéger les milieux naturels, et de façons de reprendre du pouvoir populaire !

Première Assemblée populaire rimouskoise (1er décembre 2024)

Tableau de synthèse

Cliquez sur l’image pour l’agrandir:

  • ✇Assemblées populaires rimouskoises
  • 2ème édition – Agissons ensemble!
    La première assemblée avait fait ressortir une multitude de pistes d’action pour protéger les milieux naturels. Lors de cette deuxième assemblée, on s’est regroupé pour les mettre en œuvre! DÉROULEMENT Bloc 1 – État des lieux et rappel des stratégies identifiées à la première assemblée avec une présentation de mobilisations collectives qui ont porté fruit ! Bloc 2 – Ateliers en sous-groupes thématiques pour peaufiner les stratégies et établir un plan pour les mettre en action
     

2ème édition – Agissons ensemble!

15 janvier 2025 à 17:12

La première assemblée avait fait ressortir une multitude de pistes d’action pour protéger les milieux naturels. Lors de cette deuxième assemblée, on s’est regroupé pour les mettre en œuvre!

⏭ DÉROULEMENT ⏮

Bloc 1 – État des lieux et rappel des stratégies identifiées à la première assemblée

  • avec une présentation de mobilisations collectives qui ont porté fruit !

Bloc 2 – Ateliers en sous-groupes thématiques pour peaufiner les stratégies et établir un plan pour les mettre en action

  • avec outils de planification et d’organisation à s’approprier !

Bloc 3 – Mise en commun et choix du thème de la prochaine assemblée

  • pour maintenir le lien entre nos actions et favoriser la diversité des tactiques!

Tableau de synthèse

Cliquez sur l’image pour l’agrandir:

  • ✇Assemblées populaires rimouskoises
  • 3ème Assemblée – Élargir le champ des possibles
    Un moment d’échange libre pour rêver, discuter et s’organiser afin de prendre soin du vivant collectivement, dans une ambiance conviviale et horizontale. Dans la continuité des deux premières assemblées, nous nous sommes rassemblé.e.s pour faire le point sur les initiatives lancées en février, échanger sur nos avancées et surtout ouvrir de nouvelles pistes de mobilisation autour des enjeux sociaux et environnementaux qui nous touchent collectivement. Tableau de synt
     

3ème Assemblée – Élargir le champ des possibles

11 avril 2025 à 16:41

Un moment d’échange libre pour rêver, discuter et s’organiser afin de prendre soin du vivant collectivement, dans une ambiance conviviale et horizontale.

Dans la continuité des deux premières assemblées, nous nous sommes rassemblé.e.s pour faire le point sur les initiatives lancées en février, échanger sur nos avancées et surtout ouvrir de nouvelles pistes de mobilisation autour des enjeux sociaux et environnementaux qui nous touchent collectivement.

3ème assemblée populaire rimouskoise (vue générale)

Tableau de synthèse

Cliquez sur l’image pour l’agrandir:

  • ✇Climb to the Stars
  • Il y a un an, l’accident [en]
    [en] Le 17 mars 2025, il y a un an jour pour jour, je passais la première nuit de mes vacances de ski tant attendues à l’hôpital de Rennaz. J’étais arrivée au chalet vers midi, plus tard que ce que j’avais voulu, j’avais posé bagages et Oscar et pris mes skis pour aller skier un peu avant de rentrer m’installer correctement. Il y avait peu de monde, neige de printemps mais bien dans ma zone de confort, j’ai skié quelques heures et mis le cap sur le chalet “avant d’être trop fatiguée”.
     

Il y a un an, l’accident [en]

17 mars 2026 à 16:43
[en]

Le 17 mars 2025, il y a un an jour pour jour, je passais la première nuit de mes vacances de ski tant attendues à l’hôpital de Rennaz.

J’étais arrivée au chalet vers midi, plus tard que ce que j’avais voulu, j’avais posé bagages et Oscar et pris mes skis pour aller skier un peu avant de rentrer m’installer correctement. Il y avait peu de monde, neige de printemps mais bien dans ma zone de confort, j’ai skié quelques heures et mis le cap sur le chalet “avant d’être trop fatiguée”.

Puis patatras, vers le début du schuss du Lac Noir, déséquilibrée par un tas de neige que je n’ai visiblement pas réussi à absorber, je suis tombée. Epaule gauche plantée dans la piste (tête aussi probablement), skis perdus, et tourneboulé en bas du talus direction le lac.

Je suis revenue à moi dans le brouillard et la douleur, bien désorientée. Je suis debout, dans la neige, hors piste. Il y a des sapins. Mes skis, mes skis? Il y en a un sous moi. Je regarde autour, la piste semble bien loin, là haut, mais il y a mon deuxième ski. Ouf, ça aurait été vraiment bête de perdre un ski dans la haute neige le premier jour de vacances. J’ai quand même rudement mal à l’épaule. J’ouvre ma veste, j’y glisse mon avant-bras, façon Napoléon. J’ai perdu mon gant droit, d’ailleurs, et j’ai très mal au pouce en plus d’avoir froid à la main.

Où suis-je? Je regarde autour de moi. Je ne sais pas. Il y a un départ de télésiège plus bas, avec un employé des remontées mécaniques qui me fait des signes, d’ailleurs. Ah, ça y est, je reconnais. Je suis en bas du Lac Noir. Quelque part entre la piste et le lac. Mon ski est sur la piste, mon gant est en bas vers le lac, je vais d’abord chercher le gant, ou d’abord le ski? Je retourne le signe au gars du télésiège, je fais pouce levé pour dire que tout va bien, je montre quand même mon épaule parce que là je me dis, mine de rien, ça fait vraiment vraiment mal, et je risque d’avoir de la peine à rentrer à skis.

Je regarde à nouveau la piste, en haut, je vois un secouriste avec la luge orange, je me dis que c’est peut-être pas une mauvaise idée, au final, puis– plus rien, parce que c’est le trou noir qu’il y a quand on perd connaissance.

Pas long, m’a-t-on dit, une dizaine de secondes. Le secouriste est très gentil, dans mon souvenir. Il m’appelle par mon nom. Je réponds. Vérifie si je sais que je suis moi. Je sais. Il me demande si je sais où on est. Oui, je sais aussi, parce que j’ai eu le temps de reconnaître les sapins, le lac, le télésiège, la piste! Je skie là depuis bientôt 50 ans mine de rien, donc je connais les lieux. “En bas de la piste du Lac Noir!”

Dernier test: la date?

Je peux vous assurer que c’est très, très désagréable, ce moment où on se rend compte qu’on ne sait pas la date. Ni la date, ni même l’année. Rien ne vient. Le flip. Mais bon, je ne me laisse pas démonter. Je sais quand je suis née, je sais qu’on est en hiver, j’essaie de me souvenir si j’ai déjà fêté mes cinquante ans, ce qui m’aidera à trouver une année. Je ne sais plus quelle réponse j’ai donnée, mais c’était pas ça, et j’ai été très perturbée d’apprendre qu’on était en 2025.

Je raccourcis la suite, parce qu’il commence à être tard, et qu’une année après accident, c’est ça: je voulais raconter l’histoire en vidéo, faire un chouette article, mais j’étais trop crevée, pas en état.

On m’a descendue en moto-neige et ambulance à Rennaz. J’ai répété de nombreuses fois aux secouristes qu’il fallait que j’aille au chalet faire l’injection d’Oscar. J’étais en boucle, en fait, je répétais les mêmes choses encore et encore, ça a commencé à se calmer dans la soirée. J’ai quand même réussi à appeler mes voisins de chalet depuis l’ambulance (je devais passer les voir en rentrant du ski, ils sont allés voir comment allait Oscar, du coup), et lancer un coup de fil à mon père. Je me souviens avoir eu froid sur la moto-neige, avoir ôté mes chaussures de ski dans l’ambulance. A l’hôpital, je prends la photo ci-dessus et la poste sur Facebook, je commence à réaliser que je vais avoir besoin d’aide. Je lance un appel dans ma communauté WhatsApp.

Mes amis répondent présent, les uns et les autres, le jour même ou dans les semaines et mois à venir, et c’est précieux, et je leur en suis infiniment reconnaissante, à toutes et à tous.

La suite sera pour une autre fois. Les gags à l’hôpital, le retour épique à la maison, la douleur, l’épaule à opérer ou non, la logistique administrative de l’accidentée vivant seule et qui n’arrive même pas à se doucher, la solidarité des tups à congeler et des copines venues improviser dans la cuisine avec mes réserves, l’échec de reprise de travail, se débattre pour obtenir une bonne prise en charge, comme au fil des longs, longs mois de convalescence, ce qui me semblait le plus dramatique au départ (l’épaule) finit par n’être qu’un petit détail face aux conséquences de la commotion – et c’est pas fini.

Peu après l’accident, je ne sais plus quand – à l’hôpital déjà, ou de retour chez moi? – je me suis demandé si cet accident allait être un de ceux qui donnent à la vie un avant et un après. Ce n’était pas du tout clair, à ce moment-là. Trois semaines d’arrêt de travail direct, ça me semblait bien long. J’étais inquiète pour mon épaule, pas pour mon cerveau. La réponse à cette question est très claire, aujourd’hui.

Un an. Juste là, les mots me manquent pour en dire plus.

  • ✇Climb to the Stars
  • Oscar: planifier la fin [en]
    [en] Comment on fait, quand le déclin est lent, progressif, irrémédiable? Comment on fait pour dire: “la semaine passé ça allait, mais maintenant ça ne va plus”? Ou le mois passé, ou hier, et aujourd’hui? Ce sont des questions qui m’ont poursuivie concernant Quintus, et maintenant Oscar, de façon toutefois assez différente. Autre chat, autres maladies, et aussi autre contexte de vie pour moi. Oscar est vieux, très vieux, probablement. On ne connaît pas son âge vu que c’est un “chat trouvé
     

Oscar: planifier la fin [en]

14 mars 2026 à 07:49
[en]

Comment on fait, quand le déclin est lent, progressif, irrémédiable? Comment on fait pour dire: “la semaine passé ça allait, mais maintenant ça ne va plus”? Ou le mois passé, ou hier, et aujourd’hui?

Ce sont des questions qui m’ont poursuivie concernant Quintus, et maintenant Oscar, de façon toutefois assez différente. Autre chat, autres maladies, et aussi autre contexte de vie pour moi.

Oscar est vieux, très vieux, probablement. On ne connaît pas son âge vu que c’est un “chat trouvé”. On peut juste deviner. Il cumule les pathologies, chacune gérée du mieux qu’on peut. Mais parfois, même le mieux qu’on peut ne suffit pas.

Alors aujourd’hui j’en suis là: j’ai eu une longue discussion avec sa vétérinaire pour planifier sa fin de vie. Faire des directives anticipées. Pour les différents scénarios d’évolution de sa maladie, décider ce qu’on fait, ce qu’on fait pas. Si A, alors B. Planifier la mort.

Aimer un vieil animal malade, en être responsable, c’est lourd. C’est lourd pour ce qui est des contraintes logistiques. C’est lourd émotionnellement. Et c’est lourd aussi cognitivement, j’en ai une conscience particulièrement aigüe. Tenter de faire au mieux pour cet être vivant dont on tient la vie entre les mains, c’est se poser au quotidien un milliard de questions. Et beaucoup de ces questions appartiennent à “l’arbre des questions sans réponse”.

Souffre-t-il? Sa qualité de vie est-elle encore acceptable? A-t-on raté quelque chose? Faudrait-il faire plus, faire moins? Ai-je déjà trop attendu? Est-il temps? Est-il trop tôt? Comment est-il aujourd’hui par rapport à il y a une semaine, il y a un mois? Est-ce un mauvais jour ou bien le début de la dégringolade? A quand remonte la dernière fois qu’il a fait ceci ou cela? A-t-il encore assez de positif dans sa vie? A quelle vitesse respire-t-il? Est-ce un ronron ou est-il encombré? Que veut-il? Comment puis-je améliorer son confort? Est-ce que tel soin ou traitement a un sens ou est-ce que l’acharnement pointe le bout de son nez?

A cela s’ajoute évidemment la charge mentale de l’organisation logistique: les rendez-vous de vétérinaire, sécuriser ou adapter son espace de vie, les médicaments et le matériel – gestion des stocks, horaires, les préparer et les donner, les remplacements en cas d’absence, la surveillance des sorties et de la descente des escaliers, et la surveillance tout court – qu’est-ce qu’il fait, mange-t-il, est-il allé à la caisse, est-ce que ses habitudes changent…

A la simple peur de perdre un être aimé vient se greffer, plus particulièrement cette fois au vu de mes circonstances, l’inquiétude concernant ce que ça va me faire. Je suis encore en réparation. J’ai enchainé les deuils ces dernières années. Une part non-négligeable de ma routine quotidienne et de l’aménagement de mon espace de vie est consacrée à Oscar. Evidemment, j’ai une vie à moi aussi. Mais injections et médicaments deux fois par jour depuis des années (4 fois par jour maintenant), escaliers pour monter sur les canapés et le lit, tiroirs remplis de médicaments, de nourriture et de gamelles, dodos stratégiquement placés avec alèses glissées dessous pour limiter les dégâts en cas de nouvelle crise convulsive, litière et cages de transport, donner à manger et faire la caisse, et aussi les habitudes de vieux couples chat-humain, vers telle heure on descend, comment il s’installe au creux de mon bras chaque soir pour la nuit, est-ce qu’on joue aujourd’hui…?

C’est dur de sentir la transformation du lien quand le soin finit par occuper presque toute la place.

Et puis, quelque part tapi au fond de cette énorme jungle d’anxiété et de stress, il y a encore autre chose: le souhait presque inavouable, honteux, déchirant, d’être enfin soulagée de tout ça. D’être libre. Pas pour lui, mais pour moi.

Les gens pensent bien faire en disant “tu sauras quand c’est le moment”. C’est une idée confortable, mais c’est un mythe. Les émotions contradictoires, les bons jours et les mauvais jours, la difficulté d’évaluer la souffrance, la subjectivité intervenant dans la définition d’une “qualité de vie suffisamment bonne” et les challenges pour l’évaluer, tout ça fait que c’est compliqué, et qu’il vaut la peine d’avoir des critères objectifs et d’y réfléchir. Heureux ceux qui voient avec clarté – mais ce n’est de loin pas le cas de tout le monde. En véhiculant ce genre de message bien intentionné, rajoute une grosse louche de culpabilité à la tambouille émotionnelle dans laquelle on se débat, puisqu’on sous-entend qu’il serait normal de “savoir”. Si on ne “sait” pas, alors, qu’est-ce que ça veut dire? Qu’on est défectueux? Qu’on n’aime pas son animal? Qu’on n’est pas assez à l’écoute, pas assez en lien, pas assez en contact avec ses émotions? Et de grâce, épargnez-nous la “communication animale” (j’en ai d’ailleurs bien plus à dire à ce sujet, mais ce n’est pas le moment maintenant).

Donc, c’est dur. C’est dur parce que je ne sais pas – et c’est normal que ce soit compliqué. Suivant les jours, suivant les heures, suivant mon moral, je me dis “non mais ça va” ou alors “ça ne va plus” et même, la boule au ventre, “est-ce qu’en fait ça fait longtemps que ça ne va plus et je refuse de voir?”

Je suis très douée pour m’accrocher à l’espoir, mais ça ne rend pas toujours service. Ici, ça ne me rend pas service. Oscar va mourir, bientôt, qu’aujourd’hui soit un bon jour ou pas, que la semaine prochaine ressemble à celle-ci ou non. Il a certainement une lésion cérébrale, tumeur probablement. Il s’est mis à faire des crises convulsives en novembre, et il est sous traitement depuis janvier. On a dû augmenter le traitement il y a quelques semaines. Le traitement a des effets secondaires qui ont une conséquence négative sur sa qualité de vie. Des anti-épileptiques chez un vieux chat qui était déjà “sur le fil”, ce n’est pas un détail.

Qu’est-ce qu’une bonne qualité de vie? Qu’est-ce qu’une qualité de vie acceptable? Elle est où la limite? Pour un vieux chat, pour un jeune chat? Plus le déclin est progressif, plus c’est difficile. Parce qu’on s’habitue, aussi. Insensiblement, on court le risque de glisser, d’accepter aujourd’hui ce qu’on n’aurait pas accepté il y a trois ans.

Pour ma part, j’ai un certain nombre de critères clairs. Des “non-négociables”. En plus de la question de la gestion de la douleur et des symptômes, Oscar doit pouvoir:

  • utiliser sa litière de façon autonome (et être continent)
  • manger en suffisance de façon autonome (pour contrôler sa courbe de poids)
  • monter et descendre du lit, des canapés, de façon autonome
  • accepter ses traitements “de bonne grâce”
  • “vouloir” des choses: descendre, râper sur Juju, sortir, faire dodo ici plutôt que là…

Ça c’est des critères assez clairs et objectifs. Là où ça pèche un peu, c’est pour des choses moins faciles à évaluer objectivement, justement:

  • combien a-t-il mal? est-il suffisamment confortable?
  • quel est l’impact psychologique de ses difficultés de mobilité?
  • est-ce qu’il reste suffisamment “d’intérêt” dans sa vie? est-ce de la vie ou de la survie?
  • à quelle fréquence renonce-t-il à se lever ou à se déplacer parce que c’est laborieux pour lui?
  • ces derniers temps, il lui est arrivé de tomber du lit en essayant de se lever, ou de rater une marche sur ses petits escaliers pour accéder au canapé, d’avoir des difficultés à rester stable en mangeant ou dans la caisse: combien est “acceptable”? comment le vit-il?
  • il lui arrive de protester quand je le porte, douleur ou contrariété/frustration?
    • il ne fait presque plus sa toilette (depuis longtemps), j’arrive de moins en moins à le brosser, combien est-ce que ça réduit son confort?
    • et aussi, plusieurs de ses traitement on un effet/des effets secondaires qui ne sont pas constants au fil du temps, et donc il y a des fluctuations au fil de la journée et de la semaine qui viennent de ça, donc comment faire le tri?
    • il y a des tas de choses qui ne vont plus, mais il en veut encore et semble encore trop présent et vivant pour imaginer qu’il est au bout… mais est-ce que ça veut dire quelque chose, en vouloir encore, ou est-ce juste l’instinct de survie, un truc qui tire en avant aveuglément, malgré la souffrance?

Je pourrais continuer comme ça longtemps. Ça fait des semaines, des mois que je m’y entraine.

Mais d’ici quelques jours ou semaines, quelques mois tout au plus, il va mourir. La question c’est quand, et comment on va arriver jusque là. Donc j’ai pris rendez-vous pour discuter avec sa vétérinaire. Pour avoir un plan, et lever le pied sur les questionnements incessants au jour le jour. Plus encore qu’avec Quintus, ici c’est vraiment un “choix”.

Voici le plan, dans l’ordre:

  1. on n’augmentera pas la dose de levetiracetam (son anti-épileptique), même s’il refait une crise; l’impact sur sa mobilité à la dose actuelle est déjà trop important
  2. s’il n’y a pas de crise d’ici deux semaines, on fera le point côté “qualité de vie”, car les effets secondaires sur la mobilité diminuent normalement avec le temps; si on en est toujours au même point, on envisagera une très petite réduction de dose, sachant qu’il y a des chances que cela précipite une crise
  3. s’il refait une crise, on évaluera si elle est “pire” que celles qu’il a eues jusqu’à maintenant; si elle est pire, on arrête
  4. si la crise est “pas pire”, on verra quand est la suivante; si l’intervalle est trop proche, on arrête (et évidemment aussi si l’intensité augmente).

Il n’y a pas de sortie de secours. Les crises vont revenir. Elles vont s’intensifier. Elles vont se rapprocher. C’est une évolution inéluctable. Je sens que d’avoir posé ce cadre m’aide à sortir de la “pièce des réflexions” et à ouvrir la porte de la “pièce des émotions”. C’est le bordel là-dedans, je sais pas par où commencer. J’ai tellement envie d’un break avec la mort. Mais c’est pas pour maintenant.

Photo: Oscar qui observe les oiseaux dehors, avant-hier.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Le Québec sur la voie de l’autoritarisme
    Pour la majorité de la classe politique québécoise, les droits individuels semblent devenus un obstacle à contourner ou à supprimer. C’est ce que laisse croire la réaction des chefs des partis politiques québécois à la décision de la Cour suprême concernant l’accès des demandeurs d’asile aux services de garde. De manière de plus en plus décomplexée, les élus condamnent les contre-pouvoirs au nom de la démocratie. Se jugeant les seuls représentants légitimes du peuple, les politiciens considèr
     

Le Québec sur la voie de l’autoritarisme

10 mars 2026 à 06:50

Pour la majorité de la classe politique québécoise, les droits individuels semblent devenus un obstacle à contourner ou à supprimer. C’est ce que laisse croire la réaction des chefs des partis politiques québécois à la décision de la Cour suprême concernant l’accès des demandeurs d’asile aux services de garde.

De manière de plus en plus décomplexée, les élus condamnent les contre-pouvoirs au nom de la démocratie. Se jugeant les seuls représentants légitimes du peuple, les politiciens considèrent que nul ne devrait pouvoir contester leurs décisions.

Paul St-Pierre Plamondon reproche à la Cour suprême « d’empiéter sur le droit des Parlements, comme l’Assemblée nationale, de prendre leur décision sur une base démocratique ». La Cour suprême est ici seule visée, mais rappelons qu’elle n’a fait que confirmer les jugements de la Cour supérieure du Québec et de la Cour d’appel du Québec. Bernard Drainville, Christine Fréchette et Charles Milliard n’attaquent pas les tribunaux de manière aussi frontale, mais ils ouvrent tous trois la porte à l’utilisation de la clause dérogatoire. Nous ferions bien de commencer à nous inquiéter de ce nouvel automatisme. Il n’est pas normal que nos politiciens considèrent le respect des droits fondamentaux comme facultatif.

La CAQ et le PQ ont manifesté leur penchant pour l’autoritarisme en 2019, lorsqu’ils ont amendé à majorité simple la Charte québécoise des droits et libertés afin d’éviter qu’elle puisse être utilisée pour contester la loi 21. Adoptée à l’unanimité en 1975, la Charte québécoise avait toujours été amendée à l’unanimité. Toujours pour ajouter des droits, jamais pour en retirer.

Dès son arrivée en 2018, la CAQ s’est attaquée aux contre-pouvoirs. Réforme de la Régie de l’énergie pour laisser le champ libre à Hydro-Québec et au gouvernement en matière d’électricité. Abolition du Conseil de gestion du Fonds vert pour en faire un fonds discrétionnaire. Abolition des commissions scolaires. Gouvernance par décrets pendant la pandémie. Lois antisyndicales. Puis, finalement, la « constitution québécoise ».

Les constitutions existent pour limiter les pouvoirs des gouvernements. Le projet de constitution de Simon Jolin-Barrette a ceci de particulier qu’elle vise plutôt à protéger le gouvernement contre les recours citoyens. Faire en sorte que contester les lois du gouvernement soit plus difficilement accessible, voire impossible.

Du côté du Parti québécois, plusieurs déclarations témoignent du mépris pour les contre-pouvoirs juridiques. En colère contre une décision de la Cour d’appel du Québec concernant le redécoupage de la carte électorale, Paul St-Pierre Plamondon dénonçait un recul de la démocratie le 2 décembre 2025: « Parce que la démocratie, c’est l’expression de la volonté populaire à travers des élus qui vont vers le peuple et qui disent : Nous, on pense ça. Ensuite, exercez votre droit de vote. » Le député Pascal Paradis tenait le même discours le 10 février 2026. Les députés étant « l’expression de la démocratie, élus par la volonté du peuple québécois », les juges ne doivent pas avoir le dernier mot.

Encore hier, Plamondon se plaignait des juges qui « souhaitent de plus en plus décidér à la place des parlements, en ne considérant absolument pas les aspects financiers, économiques et sociaux des politiques publiques qu’ils imposent. » Il est pourtant normal que les juges ne tiennent pas compte des « aspects financiers, économiques et sociaux ». Les droits fondamentaux doivent être respectés en toutes circonstances. Pas uniquement lorsque le gouvernement affiche des surplus ou lorsque les sondages sont d’accord.

La démocratie ne se limite pas à choisir les gens à qui on accorde les pleins pouvoirs pour quatre ans. D’abord parce que rien ne contraint nos élus à respecter leurs engagements. Ensuite parce qu’un parlement disposant d’un pouvoir sans limite n’est pas une démocratie, mais un despotisme électif. Avoir la possibilité de choisir un tyran ne fait pas un régime démocratique. Une démocratie comporte forcément des contre-pouvoirs. Il n’existe pas au Canada de séparation entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Si on refuse en plus le pouvoir judiciaire, la population se retrouve complètement impuissante face à son gouvernement.

Quand Paul St-Pierre Plamondon nous dit que la décision de la Cour suprême « est un argument de plus pour l’indépendance », il nous dit qu’il veut créer un pays où le gouvernement pourra à loisir brimer les droits fondamentaux sans être rappelé à l’ordre par un contre-pouvoir. Les caquistes, les libéraux et les conservateurs veulent rester au Canada, mais ne veulent pas en suivre les règles. Les droits fondamentaux sont désormais considérés comme un luxe qu’on peut décider de brimer au besoin si on considère que ça aide à boucler le budget ou à engranger des votes.

Et non, ce n’est pas une défense du Canada. Pierre Poilievre serait enchanté de pouvoir harnacher la Cour suprême. Il l’a déclaré franchement. Mark Carney est moins catégorique, mais son bilan législatif jusqu’ici ne témoigne pas d’un grand intérêt pour les contre-pouvoirs. Sa loi sur les projets spéciaux ouvre grand la porte aux abus du gouvernement. En fait, la tentation autoritaire est observable dans la plupart des pays occidentaux.

Encore une fois, il n’est pas question ici de la légitimité de la Cour suprême du Canada. La question est de savoir si une instance peut invalider une loi lorsque celle-ci brime les droits fondamentaux. Si la réponse est non, cela signifie qu’il n’existe plus de limite au pouvoir des gouvernements. Nous devrions tous nous en inquiéter.

Et qu’on ne me parle pas de l’illégitimité de la Charte canadienne. La discrimination fondée sur le statut migratoire ou la condition sociale est interdite par la Charte québécoise des droits et libertés. Et faut-il rappeler que la Charte québécoise a été adoptée AVANT la Charte canadienne? Et adoptée à l’unanimité. C’était à l’époque où le Parti libéral du Québec et le Parti québécois s’intéressaient encore aux libertés individuelles.

Nous avons toutes les raisons de nous inquiéter de la dérive autoritaire vers laquelle tendent quatre des cinq principaux partis. Personne n’a intérêt à voir se construire un État tout puissant contre lequel ne peut plus nous protéger aucun contre-pouvoir. Aujourd’hui, les victimes sont des demandeurs d’asile. Demain, ce seront des syndiqués à qui le gouvernement veut empêcher de faire la grève, des municipalités qui veulent protéger leur territoire, des citoyens à qui on interdit d’émettre certaines opinions publiquement…

Ce ne sont pas les demandeurs d’asile, ni les immigrants de manière générale qui nous menacent présentement. Ce sont les politiciens qui les pointent du doigt pour nous faire oublier leur propre responsabilité et celle du système économique qu’ils défendent.

Limiter les pouvoirs du gouvernement nous semble peut-être inutile lorsque celui-ci prend des décisions qui nous conviennent. Souvenons-nous qu’un gouvernement n’est pas éternel et que le prochain, que nous apprécierons peut-être moins, sera autant libre d’ignorer nos droits.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Demandeurs d’asile et citoyenneté fiscale
    La Cour suprême du Canada a statué que les gouvernements ne peuvent pas discriminer les demandeurs d’asile dans l’accès aux garderies. Une décision inacceptable, jugent la CAQ, le Parti québécois et le Parti conservateur du Québec. Bernard Drainville, Paul St-Pierre Plamondon et Éric Duhaime semblent unanimes: les droits se méritent en fonction du lieu de naissance et de la quantité d’impôts payés. Commençons par rappeler que les demandeurs d’asile paient de l’impôt sur leur revenu au mêm
     

Demandeurs d’asile et citoyenneté fiscale

9 mars 2026 à 07:01

La Cour suprême du Canada a statué que les gouvernements ne peuvent pas discriminer les demandeurs d’asile dans l’accès aux garderies. Une décision inacceptable, jugent la CAQ, le Parti québécois et le Parti conservateur du Québec. Bernard Drainville, Paul St-Pierre Plamondon et Éric Duhaime semblent unanimes: les droits se méritent en fonction du lieu de naissance et de la quantité d’impôts payés.

Commençons par rappeler que les demandeurs d’asile paient de l’impôt sur leur revenu au même titre que tout autre travailleur en sol québécois. Soulignons ensuite que l’accès à un service de garde est souvent la porte vers le marché du travail. En priver une personne prête à travailler ne fait que la condamner à la dépendance, voire à l’itinérance. Finalement, s’il faut blâmer quelqu’un pour les places manquantes, il vaudrait mieux se tourner vers les gouvernements de la CAQ et du Parti libéral du Québec que vers les demandeurs d’asile. Ce ne sont pas les demandeurs d’asile qui font que les programmes d’Éducation à la petite enfance dans les cégeps accueillent chaque année moins d’étudiantes.

Mais revenons à cette fixation sur les impôts. Pour Éric Duhaime, ce n’est pas surprenant. Depuis toujours, il défend cette idée voulant que la citoyenneté se mesure à la contribution fiscale. Avant de se lancer en politique, il proposait que le droit de vote soit proportionnel au montant d’impôts payés, question de retirer le droit de vote aux assistés sociaux et de donner le contrôle de la société aux millionnaires. L’idée d’une citoyenneté fiscale n’est donc pas nouvelle dans son cas. Il est plus surprenant que le PQ et la CAQ adhèrent au même concept.

Paul St-Pierre Plamondon trace clairement une ligne entre les personnes nées au Québec et les personnes nées ailleurs : « Ce n’est donc pas de la discrimination, mais une différenciation légitime fondée sur le principe que les milliards de personnes (???) dans le monde qui auraient intérêt à immigrer au Québec pour améliorer leur qualité de vie ne peuvent avoir le même statut et le même droit à bénéficier des services publics que les citoyens québécois qui paient leurs impôts ici depuis le début de leur vie professionnelle. »

Arrêtons-nous ici sur « le début de leur vie professionnelle ». Il ne s’agit pas seulement de réserver certains droits aux citoyens payeurs d’impôts, mais à ceux qui en paient depuis longtemps. Et le fait de ne pas faire débuter ce privilège à un nombre d’années, mais au « début de leur vie professionnelle » montre clairement où se trace la ligne : le fait d’être né au Québec.

Bernard Drainville suit simplement le discours caquiste voulant que tous nos problèmes ne soient pas causés par la gestion catastrophique de son gouvernement, mais par le nombre d’immigrants. Et lui aussi trace cette ligne basée sur la quantité d’impôts payés : « Ces mêmes Québécois qui paient des taxes et des impôts depuis toujours et qui n’ont même pas un accès prioritaire aux services. » Discours particulièrement hypocrite de la part du ministre d’un gouvernement qui a contribué à rendre les services inaccessibles pour une grande partie de la population.

Lorsque Plamondon et Drainville parlent des gens qui paient des impôts au Québec « depuis toujours » ou « depuis le début de leur vie professionnelle », ils ne tracent plus la ligne entre citoyens et non-citoyens ou entre payeurs d’impôts et non-payeurs d’impôts, mais entre gens nés ici et gens nés ailleurs. On comprend qu’un citoyen québécois né au Québec, qui commence à travailler à 20 ans, ne se ferait pas dire à 21 ans qu’il ne paie pas d’impôt depuis assez longtemps pour bénéficier des services de l’État.

Christine Fréchette ne va pas aussi loin que les trois autres, mais elle aussi propose de recourir à la clause dérogatoire pour contourner la décision de la Cour suprême. Comme ses confrères, elle fait porter le blâme au gouvernement fédéral: « Les Québécois n’ont pas à payer pour le laxisme de l’ancien gouvernement Trudeau. » C’est un faux argument. Si nous avons des comptes à régler avec Ottawa, réglons-les avec Ottawa. Les demandeurs d’asile ne sont pas les jouets de notre grand frère qu’on peut casser pour se venger. Ce sont des êtres humains.

Charles Milliard est plus prudent. Il explique, avec raison, que la solution est de créer des places en garderie et d’exiger du gouvernement fédéral qu’il assume sa part des coûts. Il se dit tout de même prêt à utiliser la clause dérogatoire « s’il y avait des enjeux d’importances pour les familles québécoises ». On comprend que le nouveau chef du PLQ ne tient pas à désavouer l’ancien gouvernement Couillard, qui a été le premier à imposer cette loi discriminatoire à l’endroit des demandeurs d’asile.

Assistons-nous à la naissance d’une nouvelle hiérarchie? De la constitution d’une société de castes? Au sommet, les natifs québécois qui paient des impôts. À l’échelon inférieur, les natifs retraités, étudiants, inaptes au travail, parents à temps plein… Tout en bas de l’échelle, les gens nés ailleurs, qui paient des impôts, mais qui ne peuvent pas prétendre aux mêmes services que ceux qui paient les paient « depuis toujours ». Qu’un tel discours puisse être tenu publiquement sans être remis en question devrait nous inquiéter.

Il n’est pas question ici de la légitimité de la Cour suprême du Canada. La Cour supérieure du Québec et la Cour d’appel du Québec étaient arrivées au même jugement que la Cour suprême. Et qu’on ne me parle pas de l’illégitimité de la Charte canadienne. La discrimination fondée sur le statut migratoire ou la condition sociale est interdite par la Charte québécoise des droits et libertés. Et faut-il rappeler que la Charte québécoise a été adoptée AVANT la Charte canadienne? Et adoptée à l’unanimité. C’était à l’époque où le Parti libéral du Québec et le Parti québécois s’intéressaient encore aux droits individuels.

Ce ne sont pas les demandeurs d’asile, ni les immigrants de manière générale qui nous menacent présentement. Ce sont les politiciens qui les pointent du doigt pour nous faire oublier leur propre responsabilité et celle du système économique qu’ils défendent.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Pourquoi il est impossible de gagner contre Mathieu Bock-Côté
    L’automne dernier, j’ai déploré que Mathieu Bock-Côté soit reçu sur le plateau de Tout le monde en parle en n’ayant personne face à lui pour lui donner la réplique. Les admirateurs du polémiste, qui se sont délectés de voir leur idole clouer le bec à l’animateur humoriste Jean-Sébastien Girard, ont cru y voir le triomphe d’un grand intellectuel. Mon mur a été pris d’assaut par une horde de MBCiles venus me dire que je suis jaloux et que je n’aurais jamais tenu le coup face à leur gourou. Ils ont
     

Pourquoi il est impossible de gagner contre Mathieu Bock-Côté

4 mars 2026 à 14:44

L’automne dernier, j’ai déploré que Mathieu Bock-Côté soit reçu sur le plateau de Tout le monde en parle en n’ayant personne face à lui pour lui donner la réplique. Les admirateurs du polémiste, qui se sont délectés de voir leur idole clouer le bec à l’animateur humoriste Jean-Sébastien Girard, ont cru y voir le triomphe d’un grand intellectuel. Mon mur a été pris d’assaut par une horde de MBCiles venus me dire que je suis jaloux et que je n’aurais jamais tenu le coup face à leur gourou. Ils ont probablement raison. En lisant le dernier livre de Bock-Côté, « Les Deux Occidents », j’ai compris pourquoi il était impossible de gagner un débat contre celui que la droite québécoise persiste à considérer comme un grand intellectuel.

Lorsqu’il est temps d’abandonner un débat stérile avec un interlocuteur de mauvaise foi, on dit souvent qu’il est inutile de jouer aux échecs avec un pigeon. L’oiseau se contenterait de renverser les pièces, de couvrir le plateau de ses fientes, puis de se pavaner comme s’il avait gagné. MBC a une stratégie plus subtile. Il déplace cinq de ses pièces avant que son adversaire ait eu le temps d’en déplacer une seule. Il joue si vite qu’on ne se rend même pas compte que quatre de ses cinq coups ne respectent pas les règles. Il déclare « Échec et mat » à un moment complètement aléatoire de la partie. Malgré tout, son public s’extasie. « Wow, quel excellent joueur! »

Mathieu Bock-Côté, Les Deux Occidents: de la contre-révolution trumpiste à la dérive néosoviétique de l’Europe occidentale, Presses de la Cité, 2025.

Je résumerais ainsi la stratégie de l’essayiste:
1. Ne jamais fournir un détail qui n’appuie pas la thèse qu’il veut transmettre et se fier sur l’imaginaire du lecteur pour remplir les cases vides.
Exemple : « Inversement, on l’a vu à l’été 2025, une campagne publicitaire mettant en avant une belle jeune femme blanche, Sydney Sweeney, sera assimilée par la gauche woke à une campagne de propagande au service de la suprématie blanche. » (p. 21)
Bock-Côté n’élabore pas du tout sur cette controverse. Il se garde bien de rappeler qu’au centre de la critique se trouvait le jeu de mots entre « jeans » et « genes ». Pour le lecteur qui n’a pas été témoin de la polémique ou l’a oubliée, la phrase donne l’impression que la « gauche woke » était en colère simplement parce que la vedette de la publicité était une « belle jeune femme blanche ».

Autre exemple : « Dans le même esprit, en Italie, Matteo Salvini s’est retrouvé devant les tribunaux en 2019 pour avoir appliqué son programme de refoulement des migrants – on l’a accusé alors de « séquestration » de personnes, cette accusation permettant de comprendre comment le régime interprétait ceux qui s’éloignaient de ses diktats idéologiques. » (p. 46-47) Séquestration? Une curieuse expression pour décrire le fait de refouler des immigrants à la frontière. La formulation donne l’impression que les tribunaux ont simplement invalidé une diminution des seuils migratoires et présenté le tout d’une manière dramatique.

Dans les faits, le procès de Salvini concernait sa décision d’empêcher 147 personnes, incluant des enfants, de débarquer à Malte après avoir été sauvés d’un naufrage dans les eaux territoriales libyennes. Les migrants en question sont restés coincés 19 jours sur le bateau de sauvetage. Au moment où la cour a ordonné au gouvernement d’accueillir les migrants, certains naufragés étaient désespérés au point de sauter à l’eau pour tenter de rejoindre la côte à la nage. Évidemment, blâmer les tribunaux pour avoir forcé un pays à accueillir des migrants est plus facile que de les blâmer pour avoir forcé un gouvernement à sauver de la faim et de la maladie des enfants qui n’avaient aucun moyen de repartir. Voilà comment on transforme une décision humanitaire en abus de pouvoir de la tyrannie woke.

2. Présenter des affirmations vagues afin d’empêcher toute contre-vérification
Quels sont ces « médias complaisants, même militants » qui nous présentent des « émeutes raciales à grande échelle » comme des « manifestations pacifiques »? D’abord, de quels événements est-il question? Et qui sont ces gens qui considèrent que la transidentité est le « nouveau symbole de l’émancipation »? (p. 22) On n’a pas besoin de préciser ou d’élaborer. L’important est que le lecteur croit que ces événements ont eu lieu et que des personnes importantes défendent ces théories farfelues.

Un livre que vous n’avez pas lu, écrit par des auteurs que vous ne connaissez pas, a été qualifié de transphobe. Ridicule, n’est-ce pas? Des personnalités politiques que vous ne connaissez pas ont été classées à l’extrême droite. Ne trouvez-vous pas ça absurde? La gauche va beaucoup trop loin.

Il est facile de porter de tels jugements quand on mise sur l’ignorance des lecteurs et qu’on ne leur donne aucun renseignement pour leur permettre de se faire leur propre opinion. Combien prendront la peine de s’informer eux-mêmes? Même si le lecteur souhaite s’informer, comment contre-vérifier de vagues affirmations qui font référence à des personnes et à des événements sans les nommer directement?

3. Mentir carrément.
L’auteur s’en donne à coeur joie. Je vais donner un seul exemple et vous comprendrez vite pourquoi je m’y limite.

En 2024-2025, le gouvernement britannique a devancé la libération de 38 000 prisonniers afin d’alléger la surpopulation carcérale, qui provoquait un nombre jamais vu de morts dans les prisons en raison des suicides et des mauvaises conditions sanitaires. La libération conditionnelle pouvait désormais être demandée après avoir purgé 40% de la peine plutôt que 50%. Décision contestable, mais qui s’explique.
Deux précisions importantes:
1) Environ 16 000 des prisonniers libérés purgeaient une peine de moins d’un an.
2) Les auteurs de crimes violents n’étaient pas admissibles à cette mesure.
2024-2025, c’est également la période où plusieurs hommes, dont l’humoriste Graham Linehan, ont été arrêtés pour propos haineux et incitations à la violence en ligne. Entre autres, deux hommes ont été arrêtés pour avoir encouragé à mettre le feu aux hôtels accueillant les réfugiés. Linehan a quant à lui invité ses abonnées sur X à agresser les femmes trans si elles en croisaient dans les toilettes.

Voici comment Bock-Côté établit un lien entre les arrestations pour incitation à la haine et la libération des prisonniers: « Le régime s’est alors permis non seulement de sanctionner les responsables de ces actes violents, mais aussi, mais surtout, ceux qui s’étaient permis des messages hostiles à l’immigration sur les réseaux sociaux et qui l’avaient exprimé trop vertement. Le gouvernement Starmer, au Royaume-Uni, a poussé cette logique jusqu’au bout à l’été 2024 en libérant de manière anticipée des criminels de droit commun pour faire de la place en prison pour les nouveaux délinquants numériques. Il est jugé plus important d’assurer les droits des déliquants que la sécurité de ceux qui subissent non seulement leur présence mais leurs actions. » On soulignera ici l’euphémisme outrancier. Inviter à mettre le feu à des hôtels accueillant des réfugiés est présenté comme une hostilité à l’immigration « exprimée trop vertement ».

On retrouve plusieurs niveaux de mensonge ici:

  • La décision de libérer les prisonniers était envisagée avant les émeutes racistes, mais Bock-Côté laisse entendre que la décision est directement motivée par les émeutes.
  • Bock-Côté ne mentionne pas la violence des propos qui ont conduit aux arrestations, laissant croire qu’il s’agit de simples critiques des politiques migratoires.
  • Il ne mentionne pas non plus que les auteurs de crimes violents n’étaient pas admissibles aux libérations. C’est doublement mensonger puisqu’il laisse entendre que les libérations anticipées représentaient un risque pour la sécurité de la population. Autrement dit, le gouvernement britannique libérait des criminels dangereux pour enfermer à leur place des prisonniers politiques.

En guise de « référence », Bock-Côté cite un article de Clément Marna dans le Journal du Dimanche, journal connu pour être un véhicule d’idées réactionnaires. L’ironie, c’est que même si l’auteur de l’article présente à tort la décision de libérer les prisonniers comme une décision motivée par la volonté d’emprisonner les participants des émeutes, il ne dit pas un mot sur les « délinquants numériques ». Il s’agit d’un ajout (ou d’une invention) de Bock-Côté.

J’ai mis une trentaine de minutes à contre-vérifier ce mensonge de Bock-Côté. Mais des affirmations gratuites et erronées comme celle-là, il y en a des dizaines. Imaginez le temps requis pour éplucher intégralement un seul volume de Bock-Côté et séparer le vrai du faux. Maintenant, pensez-vous que le lecteur moyen va se donner la peine de faire ce travail de moine? Bien sûr que non. Dans ce cas précis, le lecteur moyen lira que le gouvernement britannique a libéré des criminels dangereux pour enfermer des gens coupables d’avoir émis une opinion politique « dissidente », se dira que ça n’a pas de sens et poursuivra sa lecture. Et bien sûr, on dira que quiconque n’est pas d’accord est endoctriné ou un agent du régime. Voilà comment on radicalise.

Et voilà pourquoi il est impossible de gagner un débat contre Mathieu Bock-Côté. Il vous balancera une pluie de faits et d’anecdotes, certains vrais, certains partiellement vrais et d’autres complètement faux. Dans un débat en personne, vous n’aurez pas le loisir d’aller vérifier si ce qu’il affirme est fondé. Même dans le cas d’un livre, vérifier chaque fait est un mandat impossible. Il le sait et il en profite.

Bock-Côté n’est peut-être pas trumpiste, mais il adhère entièrement à sa doctrine des faits alternatifs. Un mensonge devient vérité si on trouve suffisamment de gens prêts à y croire. Et en 2026, des gens prêts à croire que l’immigration, l’islam et la transidentité sont responsables de tous nos maux, ce n’est pas ce qui manque. Alors quand un homme nous le dit avec de grands mots et de grandes phrases, on se dit « Quel brillant intellectuel! »

  • ✇Climb to the Stars
  • La charge mentale du funambule [en]
    [en] Aujourd’hui j’ai compris que je devais laisser tomber ce jeu d’équilibriste qui consiste à essayer d’en faire autant que possible mais pas trop. On parle de baisser la barre, et j’ai beau l’avoir baissée tellement de fois que sa position initiale semble sur une autre galaxie, je me heurte encore et encore à la réalité qu’elle est trop haute. Je n’ai jamais eu l’impression de mettre la barre haute. Pour moi, mettre la barre haut, c’est vouloir faire bien, c’est être exigeant. Je ne me v
     

La charge mentale du funambule [en]

3 mars 2026 à 17:09
[en]

Aujourd’hui j’ai compris que je devais laisser tomber ce jeu d’équilibriste qui consiste à essayer d’en faire autant que possible mais pas trop. On parle de baisser la barre, et j’ai beau l’avoir baissée tellement de fois que sa position initiale semble sur une autre galaxie, je me heurte encore et encore à la réalité qu’elle est trop haute.

Je n’ai jamais eu l’impression de mettre la barre haute. Pour moi, mettre la barre haut, c’est vouloir faire bien, c’est être exigeant. Je ne me vois pas comme ça. Je choisis délibérément de mettre la barre quelque part autour de “juste assez bien”, “attentes modestes”, “y aller mollo”. Mais ça, c’est l’histoire que je me raconte. Même avec cette histoire, elle est bien haut, ma barre.

Essayer de régler la barre à la hauteur juste prend de l’énergie. C’est du travail. Me demander si c’est raisonnable de prévoir ceci, ou cela. Essayer d’évaluer si je suis assez en forme pour x ou y, ou si je ferais mieux d’annuler. Tenter de deviner si ça va le faire ou pas, pour ce projet posé il y a longtemps dans le calendrier, mais qui se rapproche, dans quelques semaines, dans quelques mois. Prévoir un plan B, un plan C. Peser l’agenda, revoir sans cesse les priorités et les plannings pour les ajuster à la réalité du moment. Et au final, me heurter quand même aux conséquences d’en avoir trop fait, d’avoir présumé de mes forces, d’avoir trop voulu, trop vite, trop tôt, pas assez de repos. La fatigue, le cerveau qui câle, la tête qui fait mal, la frustration et la déception, le moral qui finit par se casser la figure.

Alors j’ai compris que c’était le moment d’arrêter de faire le funambule. Arrêter de me dire que je vais faire ce x ou ce y, et que je verrai le moment venu si ça le fait ou si je dois renoncer, parce que c’est OK et bien de s’écouter et de dire “ouais, non, en fait là, j’arrive pas.” Oui c’est OK. Mais quand c’est le mode de fonctionnement de base du système, c’est s’exposer à l’échec encore et encore.

Il faut approcher les choses autrement. Partir du principe que le projet par défaut, c’est rien. Ôter tout ce qui traîne sur la table. N’y remettre que l’essentiel, pour avoir la place d’y travailler. M’épargner d’espérer que “la semaine prochaine ça va le faire”, pour juste être déçue, et en ayant grillé du carburant cérébrale dans l’exercice délicat d’évaluation et d’équilibrisme. Plutôt que de renoncer aux vacances une fois l’hôtel réservé et les bagages chargés dans la voiture, mieux vaut ne pas les organiser. Si on est trop fatigué et qu’il vaut mieux rester à la maison, autant avoir évité de se fatiguer en amont dans l’organisation et la préparation.

Je me sens plus sereine, cette décision prise, même si elle est loin d’être facile et extrêmement frustrante. Mais ma charge mentale vient de s’alléger considérablement, et ça, mine de rien, c’est un élément important dans le bon déroulement d’une convalescence. C’est compliqué de permettre à un cerveau de récupérer quand il est le terrain permanent de soucis, d’inquiétudes, de scénarios, d’hypothèses, d’espoirs et de déceptions.

Priorités absolues: le repos; prendre soin de ma santé (au-delà de l’accident) et de celle de mes chats; la reprise du travail; un minimum de vie sociale. Pour ça, nettoyage par le vide. Il vaut mieux, à ce stade, avoir dit non à quelque chose et me retrouver le moment venu suffisamment en forme pour me dire que j’aurais pu accepter, que le contraire.

Objectif: trop en forme pour me reposer, plutôt que pas assez en forme pour faire. On peut plus facilement bâtir sur du vide que s’il faut commencer par démolir d’abord. La charge mentale économisée en bonus.

Ce que je fais là, c’est m’assurer suffisamment de marge. M’ôter la pression de vouloir faire. Réduire les attentes au minimum. Poser la barre par terre. Ce n’est pas trivial. Il y a des deuils à faire. Mais je sens déjà que je respire mieux. Et je garde l’optimisme que dans le vide ainsi créé il y aura par moments des jolies choses qui n’auraient pas pu avoir lieu autrement.

Ça va le faire.

  • ✇Climb to the Stars
  • All My Good Intentions [en]
    [en] Do you know the line? “All my good intentions don’t add up to very much…” It’s been coming and going in my mind since 1997, probably. There is a mismatch between intentions and actions. Always has been. Always will be. The world is too small for our intentions. They’re always struggling to get out there into reality, but there is not enough space, not enough time. It’s not just me. It’s me of course. It’s some of us more than others. But it’s everywhere. In our lives, in our companies,
     

All My Good Intentions [en]

2 mars 2026 à 10:42
[en]

Do you know the line? “All my good intentions don’t add up to very much…” It’s been coming and going in my mind since 1997, probably. There is a mismatch between intentions and actions. Always has been. Always will be.

The world is too small for our intentions. They’re always struggling to get out there into reality, but there is not enough space, not enough time. It’s not just me. It’s me of course. It’s some of us more than others. But it’s everywhere. In our lives, in our companies, our communities and societies. In our friendships and our governments.

It’s like inflation, in a way: if our wants and our intentions didn’t pull us onwards, beyond, further faster more, we would stagnate, or worse. We need this gap. It’s where action comes from, the desire for change and for better.

But when the gap becomes a chasm and intentions pile up in our heart right up to our throat faster than we can turn them into something real in the world, they start feeding off each other like hungry beasts and threaten to rip us open and smother our soul.

How do we set them free, all those good and worthy intentions that can’t find a place to bloom? Where can they go to find peace? I wish we had a way of letting them loose, all of us, and that I could sit on my balcony and watch them flutter across the sky like dancing clouds of coloured butterflies.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • La politique de la terre brûlée
    En septembre, lorsque François Legault a annoncé son remaniement ministériel et ses priorités pour sa dernière année au pouvoir, je prédisais que ce gouvernement allait pratiquer la politique de la terre brûlée. Sachant le combat pour la réélection perdue, la CAQ allait faire le maximum de dégats avant de partir. Le projet de loi 5, ou Loi visant à accélérer l’octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d’envergure nationale, le confirme. Le PL5 donne
     

La politique de la terre brûlée

2 mars 2026 à 07:01

En septembre, lorsque François Legault a annoncé son remaniement ministériel et ses priorités pour sa dernière année au pouvoir, je prédisais que ce gouvernement allait pratiquer la politique de la terre brûlée. Sachant le combat pour la réélection perdue, la CAQ allait faire le maximum de dégats avant de partir. Le projet de loi 5, ou Loi visant à accélérer l’octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d’envergure nationale, le confirme.

Le PL5 donne un extraordinaire pouvoir arbitraire au gouvernement, qui peut soustraire un projet de développement à la plupart des lois et règlements. Pour le moment, il est prévu que 32 lois et chartes puissent être ignorées. Le gouvernement se donne le droit d’en ajouter à volonté. Aucune contrainte sociale, économique ou environnementale ne pourra être opposée. Il suffit que le projet soit désigné comme étant « prioritaire et d’envergure nationale », qualificatif que la loi ne définit pas. En gros, la CAQ se donne des pouvoirs de monarque en décidant à qui les lois s’appliquent ou non.

Voici quelques lois que le gouvernement se donne le droit d’ignorer:

  • Loi sur l’acquisition de terres agricoles par des non-résidents (bonjour la Chine)
  • Loi sur la conservation du patrimoine naturel
  • Loi sur les espèces menacées ou vulnérables (comme disait Philippe Couillard, on ne sacrifiera pas des jobs pour les caribous)
  • Loi sur la qualité de l’environnement
  • Les chartes des Villes de Longueuil, Montréal et Québec
  • Loi concernant l’expropriation

J’attire votre attention sur cette dernière. La Loi concernant l’expropriation existe précisément pour protéger les citoyens contre les abus du gouvernement. La CAQ a déjà affaibli cette loi en 2023 en limitant les dédommagements à verser aux expropriés. Avec le PL5, le pouvoir d’expropriation du gouvernement du Québec n’aura plus de limite. Si votre maison se trouve sur le chemin du nouveau pipeline, le gouvernement pourra vous obliger à lui vendre votre propriété au prix qu’il considère juste.

Vous vous souvenez de la loi spéciale pour permettre à l’entreprise américaine Stablex d’enfouir des produits dangereux malgré l’opposition de la municipalité de Blainville? C’est le genre d’aberration qui pourrait se multiplier au cours des prochains mois avec le PL5. Le gouvernement n’aura plus la responsabilité de démontrer qu’il n’existe aucune alternative avant de piétiner la souveraineté des municipalités, de faire disparaître des espèces ou de permettre des constructions nocives pour la santé des populations environnantes.

Un oléoduc dans le Parc national de la Jacques-Cartier? Possible. Un puits de gaz de schiste sur des terres agricoles? Peut-être. Une mine de cuivre dans le Mont-Tremblant? Pourquoi pas? Une fonderie construite à proximité d’un quartier résidentiel? Ça existe déjà, mais on pourrait toujours en construire une deuxième.

« On se calme, le gouvernement ne ferait jamais ça! » Si le gouvernement n’en a pas l’intention, pourquoi s’en donne-t-il le pouvoir? Depuis 7 ans, la CAQ ne nous a pas donné de raison de lui accorder une confiance aveugle. Ce gouvernement en fin de vie nous demande de lui donner des allumettes et un bidon d’essence. Doit-on espérer que son bon jugement l’empêche de s’en servir?

Le gouvernement se donne le droit d’autoriser les travaux préalables à la réalisation des « projets prioritaires » avant même que leur impact soit évalué. L’entreprise norvégienne Marinvest Energy pourrait donc recevoir le feu vert pour son projet d’exploitation et d’exportation de gaz naturel liquéfié sans que nous ayons la moindre idée des dégâts potentiels.

L’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador s’y oppose. L’ordre des urbanistes du Québec s’inquiète. L’Union des producteurs agricoles s’inquiète. Pour diminuer l’inquiétude et l’opposition, la CAQ a refusé d’entendre la plupart des groupes voulant s’exprimer sur le sujet. Québec solidaire a demandé que Nature Québec et Équiterre soient entendus, sans succès.

Non seulement les contre-pouvoirs existants sont contournés, mais la loi ne prévoit aucun mécanisme de reddition de comptes. Encore une fois, il faudra se fier sur la bonne foi du gouvernement et des entreprises (ou sur la détermination des journalistes) pour suivre l’évolution des projets et leurs conséquences.

Si ça ne suffit pas pour nous inquiéter, le PL5 ouvre la porte à la corruption et au favoritisme. Puisqu’il n’y a pas de critères pour déterminer les projets qui seront acceptés, le gouvernement sera libre de donner le feu vert aux entreprises dont les lobbyistes entretiennent des bons rapports avec les ministres. C’est une aberration même d’un point de vue capitaliste. Le gouvernement pourra décider arbitrairement de favoriser une entreprise de préférence à une autre. Certains promoteurs bénéficieront d’un passe-droit tandis que d’autres devront passer par le processus habituel. Et les décideurs n’auront pas à justifier leurs décisions. Un nouveau Pierre Fitzgibbon pourrait accorder une autorisation spéciale en échange d’une partie de chasse au faisan et tout serait parfaitement légal.

Merci à Geneviève Paul, directrice générale du Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE), qui a répondu à mes questions sur ce projet de loi dangereux.

  • ✇Climb to the Stars
  • Fed Up [en]
    [en] “I’m sick and tired of being sick and tired.” Yeah, that pretty much sums it up. I am not dealing with my Christmas relapse, or recovery setback, or whatever one calls it, very well. When you’re on a long recovery and finally feel like your head is starting to be above the water, life is starting to have a feel of normalcy, you’re back to work (part-time, and it’s tough, but still, beats 7 months completely off work) and you feel like the end of the tunnel is in sight, a few more months, a
     

Fed Up [en]

1 mars 2026 à 12:10
[en]

“I’m sick and tired of being sick and tired.” Yeah, that pretty much sums it up. I am not dealing with my Christmas relapse, or recovery setback, or whatever one calls it, very well. When you’re on a long recovery and finally feel like your head is starting to be above the water, life is starting to have a feel of normalcy, you’re back to work (part-time, and it’s tough, but still, beats 7 months completely off work) and you feel like the end of the tunnel is in sight, a few more months, all the efforts and frustration are paying off.

And then, a crappy sequence of events, some under my control, some not. Having to abandon my guests at the table on Christmas Eve. Reaching the end of my two-week vacation and thinking “there’s no way I can go back to work on Monday, I’m in worse shape than before my vacation”. OK, add another week. Reach the end of that one, and more crap (literal crap, threatening to engulf my coworking space) accumulates, so yeah, guess we had better add another week. And another. And another.

When does this stop?

In the end, I was off nearly two more months. I was able to crawl back to work three weeks ago, but of course, bad timing: I wasn’t expecting to be out of commission in February, I was expecting to be “nearly fine”. So I had days of training planned. A singing workshop. Cancel? Maintain? Use vacation days? Try to compromise? Never mind the details – the cycle of frustration continues. I can see I’m not yet back where I was at in October. I feel like I keep lowering the bar, and I keep hitting the wall that tells me it was still too high.

At some point after my accident, I told myself “OK, this will take 6 months to a year of my life. I’ll deal.” — now, in addition to being less well than I was 3 months ago, I have to face the fact it’s going to take longer than that. Longer than that to be back to work with my usual workload. And worse, I’m understanding that “back to normal work days” is not going to be the end of it – but the start of what comes next. Reconstruct the rest of my non-work life. Falls at judo? Not before I’m properly back to work, for example.

Right now I think I managed to get myself to judo once since my Christmas crash. I haven’t been back to my singing rehearsals. I’ve put most of my social life on hold. I keep saying “no, no, no” to myself.

Of course, I wouldn’t be painting a fair picture without mentioning everything I’m figuring out. I’m learning a lot. The importance of rest, the importance of sleep, the importance of going on a daily walk. The importance of not pushing myself, of saying no, of making cancellable plans, of leaving things on the back-burner. Yeah, I was doing that before. But this is a whole other coat of paint.

I’m bored, I’m frustrated. I miss my old life. Everybody is understanding, and I’m so grateful for that. Everyone gets it: health first, rest first, listen to your needs and limits, take it easy. But the problem is I don’t want to. I keep having to fight myself to not overdo it.

This afternoon I came home early from my singing workshop. Skipped the afternoon. I need to be able to work tomorrow. So I skipped the afternoon. Everybody was super supportive about my decision. Except for me, that is.

After a quick tour of the garden with Oscar (he’s still hanging in there, although he had two seizures this last week – we increased his meds) I did a bit of my jigsaw puzzle but it was quickly clear that even that was too much for my poor brain. So I flopped on the couch, wrote a bit in my journal, and lay down and closed my eyes, because I felt tired, brain a-buzzing.

And this is what I realised: needing to rest feels like punishment to me. It makes me miss out on the fun things of life. It feels like a failure in self-management. I overdid it again. And of course, as all this is in the “invisible illness” department, I get hit with a bout of imposter syndrome every now and again. Am I really that incapacitated? Am I maybe not as unwell as I think? Am I confusing tiredness with lack of motivation, a moral failure? That’s the story of my life regarding tiredness, by the way: I have spent decades (hi, undiagnosed ADHD) interpreting tiredness as lack of willpower or motivation. Pushing myself through it, because there’s no objective reason to be tired, right, so that can’t be it, it’s probably an excuse I’m giving myself because my mood is down or I just don’t want to face something that’s a bit uncomfortable.

The result is that today I really struggle to tell the difference between lack of motivation, where it can make sense to push oneself to get going (especially with ADHD) and tiredness, where it is absolutely not a good idea to push oneself (especially with post-concussion syndrome).

I’m fed up of having to manage all this. Fed up of crashing, fed up of making mistakes and forgetting things, fed up of brain bugs, fed up of not being able to do the things I enjoy, fed up of having to pay so much attention.

And all this, whilst being pretty much certain that I will make a full recovery. This is still what a typical recovery pattern for post-concussion syndrome looks like. The timeline is uncertain. But the destination is pretty well known. I feel extremely lucky that all this is expected to be temporary. That I will recover. That is not the case for people living with chronic illnesses or disabilities. It’s a different can of fish, but my experience this last year has clearly given me a greater understanding of what it is like to live with limitations that are “not expected” by the world around us. It sucks.

So, this is me being fed up with all this. I am out of patience. I am tired of the frustration. I’m sick of having to hold myself back. I want to fast-forward to when all this is done with.

I wish I were somebody who liked naps and idle time. Really. It would make things so much easier if when I felt tired, I could go “ooh lucky me, I’m allowed to take a nap!” — but unfortunately, my brand of hyperactivity pulls me clearly in the opposite direction. I want to do, do, do, and do more.

Taking care of myself is a difficult task. It is not easy. It actually takes a lot of energy. A lot of energy to not do. To stop. To be cautious. To say no – to myself, mostly. To watch the days and weeks and months go by and the pile of pots on the back-burner get larger and larger.

Here I need to insert something hopeful or optimistic or reassuring because I don’t want you to worry about me. I’m not going to stop doing everything I can to ensure my recovery goes as well as possible. I’m lucky to be in good medical hands. But I’m fed up. And right now, if you want to be supportive, I think that is what I most need recognised. How frustrating and discouraging it is that it’s taking so long, that I can still do so little, with March 17th just around the corner. This is not where I hoped I’d be.

  • ✇Climb to the Stars
  • Un an de Juju [en]
    [en] Le 3 février 2025, je rentre du judo et je descends récupérer Oscar à l’eclau. Il aime rester installé sur la plate-forme devant la chatière condamnée: bonne vue sur le jardin, et effluves de l’extérieur. En arrivant, je suis surprise par un matou gris et blanc de l’autre côté de la vitre. Je le surprends aussi. Il a pas l’air commode: oreilles aplaties, balafré, bajoues de compét’ – et il souffle. “Toi, t’es pas castré, ça c’est sûr!” J’ai le réflexe de prendre une pho
     

Un an de Juju [en]

26 février 2026 à 13:48
[en]

Le 3 février 2025, je rentre du judo et je descends récupérer Oscar à l’eclau. Il aime rester installé sur la plate-forme devant la chatière condamnée: bonne vue sur le jardin, et effluves de l’extérieur.

En arrivant, je suis surprise par un matou gris et blanc de l’autre côté de la vitre. Je le surprends aussi. Il a pas l’air commode: oreilles aplaties, balafré, bajoues de compét’ – et il souffle. “Toi, t’es pas castré, ça c’est sûr!”

J’ai le réflexe de prendre une photo, je récupère Oscar, je laisse quelques croquettes de l’autre côté de la chatière et je braque la caméra de surveillance dessus. Le lendemain, je verrai qu’il a mangé les croquettes.

Les chats errants n’ont pas une belle vie, contrairement à ce que voudrait faire croire le mythe populaire de la liberté et de “la nature“. Les bonnes âmes qui mettent une gamelle dehors ont bonne conscience et sont tout attendries, mais la réalité est une vie de bagarres, de dangers, de kilomètres parcourus poussés par leurs hormones, un risque de maladies plus élevé et évidemment, pas de soins médicaux. Non, il n’y a pas de soins médicaux dans la nature, c’est vrai, et le résultat c’est de la souffrance, encore de la souffrance, des vies qui se terminent misérablement dans les buissons, oui, dans la souffrance.

Il y a quelques années, j’avais tenter d’attirer un des matous errants du quartier, les oreilles déformées par la gale, le pas boiteux vu son âge avançant, pour le castrer. J’ai échoué. Je ne sais pas ce qu’il est devenu. Sans doute mort dans un coin.

Donc quand j’ai vu Juju, j’ai passé à l’action. Quand j’ai vu qu’il revenait, j’ai lancé l’opération “rendez-vous croquettes sur le rebord de la fenêtre”.

J’ai vérifié s’il était pucé, j’ai mis des affiches dans le quartier, j’ai mis des annonces sur internet. J’ai vu que je pouvais le toucher, même s’il avait peur. Une voisine aussi. J’ai préparer le terrain pour qu’on puisse le castrer quand je l’attrapais – vétérinaire, WCs aménagés pour pouvoir l’y enfermer quelques heures le cas échéant. Quand tout était prêt, j’ai attendu que l’opportunité se présente.

Elle s’est présentée le mercredi 26 février 2025, vers midi et demie. Dire que ça s’est bien passé serait mentir. J’ai pu le saisir mais au moment de l’approcher de la cage de transport, il a commencé à se débattre comme un beau diable. Je ne sais pas combien de temps ça a duré, mais j’ai tenu bon et lui aussi. La fenêtre était ouverte, je savais que si je le lâchais, il y avait toutes les chances que l’opportunité ne se représente plus. Lui luttait pour sa vie. A un moment il a failli m’échapper et je l’ai rattrapé par une patte. Il m’a mordue. J’ai réussi à fermer la fenêtre avec le pied et je l’ai laissé filer dans l’espace coworking.

Par chance, il s’était planqué quelque part d’accessible et était plus paralysé de peur que bête sauvage. Après avoir pansé mes doigts, je l’ai attrapé et mis dans les WC. La suite a été moins aventureuse: un peu d’aide pour le choper avec une couverture et mettre le tout dans la grosse grosse cage de transport que j’avais achetée pour les trajets Lausanne-chalet avec Oscar, direction véto, récupération, convalescence, apprivoisement.

Direction véto.
Après le véto.

Je n’avais pas prévu de le garder. Mon projet était de le remettre dehors, avec abri et gamelle à puce (j’en avais profité pour le faire pucer). J’avais prévu de le relâcher. Une personne de l’immeuble était peut-être intéressée à tenter de l’adopter. On ferait les choses en douceur.

Mais vu comment s’était passée sa capture, je me suis dit qu’il valait mieux le garder quelques jours dedans avant de le laisser filer. Pas dit qu’il revienne, après avoir eu la peur de sa vie. En plus, c’était quand même mieux pour lui après l’intervention.

On me demande régulièrement pourquoi “Julius”. Avant sa capture, j’avais vaguement réfléchi à un nom temporaire pour lui. Oscar était mon premier chat à avoir un “nom d’humain”, et ça m’a un peu inspirée. Je voulais un nom qui colle pour un matou barreur et un peu patibulaire. Victor? Julius? Je n’y ai pas beaucoup pensé, je ne cherchais pas vraiment de nom, j’avais juste pris quelques secondes pour envisager des possibilités, puis je n’y ai plus repensé. En le récupérant chez le vétérinaire, l’assistante me demande “quel nom mettre sur le dossier”. Je suis prise de court, je me souviens de “Julius”, je me dis “bah, s’il est sympa on pourra dire Juju”. Autant vous dire que “Julius” est inusité, même ça reste son “vrai nom”.

Mon projet initial de le remettre dehors a été mis au rebut dès le premier soir. Juju était terré au fond de sa cage de transport, n’en était pas sorti. J’ai tenté une caresse. Sous ma main, j’ai vu se fermer ses yeux, sa posture se détendre, et sa tête se poser. J’ai gratté un peu sous le cou, et il a tendu le menton pour en profiter. Cet instant-là, j’ai décidé que je n’allais pas prendre le risque de le remettre dehors, et qu’il valait la peine de tenter de le resocialiser pour adoption. Surtout que j’avais quelqu’un sur les rangs. Je me suis dit qu’un chat qui se détendait sous les caresses d’une main inconnue après la journée qu’il avait eue, il avait du potentiel.

La tentative d’adoption n’a pas fonctionné. Juju est un nocturne — et aussi, ce que je n’avais pas réalisé à l’époque, il y avait certainement une minette en chaleur dehors, ce qui expliquait les bagarres terribles qui avaient déchiré nos nuits de février, et simplement, la présence de Juju, qui normalement ne venait pas par ici. Le jour, il restait planqué, craintif, prudent. La nuit, l’appel de l’extérieur et probablement des hormones l’amenait à miauler, miauler, miauler, miauler. De plus, après des années d’errance, il y avait quand même pas mal à reconstruire pour qu’il surmonte sa crainte de l’humain. C’est un gros investissement et mine de rien, ça nécessite des compétences en matière de comportement qui ne sont pas toujours simples à acquérir sur le tas.

Je l’ai récupéré, en bas dans ma salle de réunion, ou au moins, s’il passait la nuit à miauler, même si ce n’était pas rigolo pour lui, il n’empêchait personne de dormir.

Je ne prévoyais pas de le garder. J’avais Oscar, et j’avais décidé que tant qu’Oscar était là, je ne prendrais pas de deuxième chat. J’avais aussi décidé qu’après Oscar, je m’octroierais une “pause chat“, après avoir enchaîné des années de soins pour deux très vieux chats. J’ai donc commencé à réfléchir au profil de la maison d’accueil ou de l’adoptant qu’il lui faudrait. Et je suis arrivée à la conclusion, dans un contexte où choisir l’option la moins lourde pour moi était un critère important, que partir du principe que je gardais Juju serait paradoxalement beaucoup plus simple à gérer que de lui chercher un foyer à la hauteur de ses besoins.

Cette décision prise et sa garde organisée, je suis partie au chalet le 17 mars avec Oscar pour profiter de mes vacances tant attendues, les premières depuis bien trop longtemps… Mais ça, c’est une autre histoire 😅!

Juju s’est super bien bien adapté. C’est un chat super câlin, super tolérant, qui aime les caresses et les genoux. Il ronronne bien. Il est plutôt bonne pâte. Il me fait penser à Quintus, côté tempérament. Un peu plus craintif. Mais il apprend à faire confiance si on prend le temps de lui montrer qu’il n’a rien à craindre. Ses oreilles aplaties, c’est leur position naturelle. Elles doivent avoir été implantées bizarrement. Comme dit une copine “il est en mode avion”. Elle l’a aussi surnommé “le chavion”.

Il continue à courir le quartier chaque nuit, parfois jusqu’à Prilly Centre et même en-dessous, parfois juste autour du pâté d’immeubles. Son tracker m’a montré que son coeur de territoire n’était certainement pas ici, mais plus au sud. Avec le temps, il va moins par là-bas, et reste plus proche d’ici. Il n’aime pas les trajets en voiture, pas du tout. Il est plutôt chill avec les autres chats, pas dans le genre “je suis le roi” comme Oscar (qui le poursuit sans merci quand il en a l’occasion… Juju a appris qu’il suffisait de s’éloigner un peu vu la vitesse de déplacement de papy), mais si on vient le chercher dans son espace vital, il le défendra. J’ai déjà perdu le compte des abcès et mises sous antibios.

Seule ombre au tableau: il s’est bien enrobé. C’est un euphémisme. J’ai honte, vraiment. Comme dit sa véto “au moins vous êtes pas dans le déni, c’est déjà ça!” Comme je n’ai pas envie d’avoir un nouveau chat diabétique tout de suite (et aussi parce que le diabète n’est pas la seule menace qui pèse sur le chat obèse), on va prendre ça en main plus sérieusement. Il a déjà des croquettes Metabolic, mais cela ne semble pas tout à fait suffisant. Pour marquer le coup, ce matin je lui ai appris à monter sur la balance (merci les Churu).

Allez Juju: bon attrapiversaire!

  • ✇affordance.info
  • De Google Books à l’IA : l’histoire numérique repasse les plats.
    Contrairement à ce que pouvait écrire Céline, l’histoire, numérique en tout cas, repasse parfois les plats. A fortiori lorsque ceux-ci ont un goût amer. Au début des années 2005, j’ai suivi, chroniqué et établi l’un de mes terrains de terrain de recherche sur la manière dont le projet Google Books allait (et aujourd’hui, avait) définitivement modifié et remodelé à son avantage non seulement l’entièreté des « métiers du livre » (librairie, édition, bibliothèque), mais aussi initié et accompagné t
     

De Google Books à l’IA : l’histoire numérique repasse les plats.

25 février 2026 à 10:51

Contrairement à ce que pouvait écrire Céline, l’histoire, numérique en tout cas, repasse parfois les plats. A fortiori lorsque ceux-ci ont un goût amer. Au début des années 2005, j’ai suivi, chroniqué et établi l’un de mes terrains de terrain de recherche sur la manière dont le projet Google Books allait (et aujourd’hui, avait) définitivement modifié et remodelé à son avantage non seulement l’entièreté des « métiers du livre » (librairie, édition, bibliothèque), mais aussi initié et accompagné toutes les mutations ayant donné lieu à de nouveaux standards dans l’ensemble des industries culturelles. Vous trouverez trace de nombre de ces réflexions dans la rubrique éponyme de ce blog, ou bien dans cette version (qu’il faut que j’actualise) d’un cours que je donne sur le sujet à mes étudiantes et étudiants.

Je vous résume l’histoire en quelques mots.

Google débarque en 2005 avec un projet assez dingue de numérisation massive d’ouvrages du domaine public pris dans les bibliothèques avec leur accord, et en prenant tous les frais (colossaux) à sa charge. Au fur et à mesure on découvre qu’il n’a pas seulement numérisé des oeuvres libres de droits mais aussi des ouvrages sous droits et des oeuvres dites « orphelines » (oeuvres toujours sous droits mais commercialement épuisées et dont les ayants-droits ne se font pas connaître). Qu’il a fait tout cela en loucedé mais avec l’accord de certaines bibliothèques, accord couvert par des clauses de non-divulgation léonines. Et que toute sa stratégie était de venir concurrencer ses grands rivaux de l’époque (dont Amazon) en se positionnant rapidement sur la vente de livres numériques, mais aussi (et surtout) de prendre une colossale avance dans le domaine de l’IA en entraînant ses algorithmes sur ce que l’on ne nommait pas encore un « large modèle de langage » mais qui de fait, en était l’un des tous premiers et l’un des plus massifs. Après plein d’étapes et de rebondissements, de tentatives d’accord à l’amiable (et à grands coups de valises de billets), de coups fourrés y compris entre les plaignants où certains grands groupes éditoriaux firent cavalier seul pour négocier en direct avec Google, et après 10 ans de procès aux USA mais également en France, le verdict fut finalement rendu en faveur de Google au nom de l’argument du « Fair-Use », le juge américain considérant en effet que :

« Le but de la copie est hautement transformatif, l’affichage pour le public du texte est limité, et les passages ne fournissent pas un substitut aux œuvres originales protégées. La nature commerciale de Google et ses motivations lucratives ne permettent pas de rejeter l’argument du Fair Use. »

 

En 2010, lors de la sortie de l’excellent documentaire « Google and the world brain« , Amit Singhal (qui a rejoint Uber au début de l’année 2017) était interviewé en tant que grand chef de l’algorithmie chez Google et déclarait ceci : « Google Search is going to be assisted intelligence and not artificial intelligence.«  Une intelligence « assistée » par l’immensité d’un corpus construit dans la temporalité du procès. Alors que presque tous les regards étaient tournés vers l’exploitation d’un marché du livre numérique et les questions de droit d’auteur, la firme travaillait en réalité aussi et surtout sur l’optimisation de son immense corpus de textes dans l’optique du TALN (traitement automatique du langage naturel). L’invention de la technologie dite des « Transformers » en 2017 par huit chercheurs de Google dans l’article « Attention Is All You Need » allait métamorphoser ce corpus immense en l’un des tout premiers large modèle de langage et donner à Google un avantage concurrentiel colossal que l’on mesure aujourd’hui avec son modèle Gemini qui s’affirme comme l’un des plus puissants.

Et le rapport avec l’IA aujourd’hui?

Aujourd’hui (décembre 2024) des universités, les mêmes qui avaient initialement contractualisé avec Google pour le projet Google Books en 2005, Harvard en l’occurrence, mettent de la même manière gratuitement à disposition, non plus des corpus de livres papier pour qu’ils soient numérisés, mais des corpus de livres numérisés pour qu’ils puissent « entraîner des IA ». Quelques mois plus tard, en Mars 2025, Sam Altman (CEO d’Open AI) déclare que si sa boîte n’a pas le droit de s’entraîner comme elle le veut et sans rien demander à personne sur d’immenses corpus de textes (y compris protégés par le droit d’auteur), que si tout cela n’est pas reconnu comme du « Fair Use », alors la course à l’IA est terminée côté américain et que les Chinois et les Russes prendront la place (et gagneront la course). Quelques mois plus tard encore, en Septembre 2025, c’est la société Anthropic (dont nous reparlerons) qui, pour échapper à un procès initié par des auteurs sur le pillage et l’utilisation sans consentement de leurs oeuvres, sort le chéquier et débourse 1,5 milliard de dollars pour éviter l’action en justice. Pour vous donner un effet d’échelle, à l’époque du procès Google Books (démarré en 2005), la firme avait proposé aux plaignants (les auteurs et éditeurs) un dédommagement de 45 millions de dollars en échange de l’abandon de toute poursuite. Une somme qu’à l’époque tout le monde considérait comme « folle ». Nous étions alors en 2008. Moins de 20 ans plus tard, les 45 millions de dollars sont devenus 1,5 milliard. C’est bien plus que vertigineux.

Hier en plein procès Google Books la firme fixait aux auteurs et autrices un ultimatum pour retrouver et déclarer les oeuvres leur appartement et numérisées sans leur accord et soit réclamer leur retrait soit accepter un dédommagement et renoncer à poursuivre l’action en justice. On appelait ça le « règlement Google ».

Aujourd’hui en plein procès Anthropic on fait face à un scénario … rigoureusement identique au mot près.

Hier. A l’époque des débuts de la numérisation massive lancée par Google (2005 donc) et jusqu’à assez tard (2010 et au-delà) on trouvait fréquemment dans le moteur de recherche des ouvrages dont les informations de catalogage (date de parution notamment) étaient absolument fantaisistes et erronés. Comme la collecte de ces infos n’était pas faite par des gens (bibliothécaires) et de manière structurée mais par des algorithmes qui scannaient le texte et récupéraient ce qu’ils pouvaient, il était fréquent que Google Books vous indique que Notre Dame de Paris avait été écrit au 16ème siècle ou que Baudelaire était l’auteur du célèbre ouvrage « les fleurs et leurs parfums ». On y trouvait aussi, dans ces rayonnages numériques algorithmisés, tout un tas d’ouvrages pas du tout rangés au bon endroit, comme si un bibliothécaire fou ou rigolo avait décidé de ranger Le Château de Kafka au rayon moyen-âge, Les fleurs du mal au rayon horticulture, et Mein Kampf au rayon jeunesse (ce qui pour le coup n’est pas très rigolo j’en conviens). Et tout un tas d’autres erreurs qui pourraient prêter à rire s’il n’était pas question de forger des référents culturels stables.

Aujourd’hui. Et aujourd’hui dans les bibliothèques américaines des gens viennent chercher des livres qui n’existent pas. Qui n’existent pas parce que c’est ChatGPT ou l’un de ses copains qui a fabriqué de toute pièce ici un titre, ici une collection, ici un auteur, ici un mix des trois ne reposant sur rien d’autre de réel que le besoin de satisfaire le besoin de celui ou celle qui l’interrogeait. Dans le même genre et à l’instar des fausses dates de publication ou des fausses dates de naissance que le Google Books des années 2005-2015 attribuait parfois aux auteurs et autrices référencées, le Google de 2025 dopé à l’IA se met à citer des auteurs et des pages dont … l’IA de Google et l’auteur. Cela peut représenter (selon le type de requête) parfois plus de 10% des 100 premiers résultats organiques. Précisons que Google conteste les résultats de cette étude et présente des chiffres d’autres études qui situent plutôt cette proportion autour de 2 à 3,5%.

Google Books en 2005 ou Google Gemini en 2025, le problème n’est pas tant que la numérisation d’hier ou l’artificialisation d’aujourd’hui soient sources d’erreurs ; le problème tient dans le « statut » de ces erreurs, dans notre capacité à les identifier en tant que telles, et dans la possibilité effective qu’elles soient de nouveau traitées comme des informations fiables par des IA devenues autophages et plus souvent infra-visées que réellement supervisées.

La propriété (intellectuelle) c’est ce qui peut être volé. 

Je raconte souvent à mes étudiantes et étudiants la manière dont la bibliothèque d’Alexandrie s’est largement construite sur un mode confiscatoire. On récupérait toutes les oeuvres qui se trouvaient dans la cargaison des navires rentrant au port, si on en avait le temps, on en faisait une copie pour le musée et la bibliothèque d’Alexandrie puis on rendait tantôt l’original tantôt la copie, et si on n’avait pas temps, on gardait l’original. Tout cela parce qu’à l’époque déjà, en tout cas dans l’esprit de Ptolémée, la culture était une arme, et que faire collection c’était faire légion.

Rien de très étonnant donc à constater que de la même manière que Google Books vint littéralement piller des collections entières de livres ou d’articles de journaux pour alimenter et constituer son moteur de recherche aspirant à l’IA, ce sont aujourd’hui les IA contemporaines qui à leur tour viennent piller tout le savoir disponible sans le moindre égard pour le respect de la propriété intellectuelle.

Rien ou presque n’a changé depuis la bibliothèque d’Alexandrie : officiellement il s’agit d’en faire des « copies » pour hypothétiquement les rendre ensuite aux détenteurs des droits s’ils s’en aperçoivent et les réclament ; en réalité il s’agit de constituer un corpus confiscatoire sur lequel on appliquera des droits de propriété intellectuelle au seul bénéfice de la firme extractiviste qui l’a constitué par prédation. Concrètement ? Là encore l’histoire bégaie.Comme le révélait une enquête de The Atlantic, récemment reprise par Mediapart, « pour entraîner son modèle d’intelligence artificielle, la maison mère de Facebook a téléchargé illégalement, dès 2022, les ouvrages accumulés par le site pirate LibGen. Mediapart révèle l’implication centrale de Guillaume Lample, devenu l’un des patrons de Mistral AI, l’entreprise française phare de l’IA. » Le site pirate LibGen est loin d’avoir été le seul à être pillé. Et il faut rappeler que s’il est un site « pirate » c’est parce qu’historiquement 4 grands acteurs détiennent à eux seuls l’ensemble des revues scientifiques et y exercent un pouvoir de contrainte et de vérouillage tel, qu’il fallut le courage de gens comme Aaron Swartz ou Alexandra Elbakyan pour ramener, dans l’espace public et citoyen, des connaissances scientifiques produites sur fonds publics et qui à ce titre, appartiennent à toutes et tous et n’auraient jamais du en sortir au seul bénéfice d’éditeurs prédateurs jouant de leur monopole pour restreindre l’accès aux connaissances. En 2010 donc, Aaron Swartz téléchargea illégalement près de 5 millions d’articles scientifiques hébergés chez l’éditeur JSTOR pour les remettre dans l’espace public. Poursuivi par la justice et « pour l’exemple », il fit face à une amende de plus d’un million de dollars et à une peine de 35 ans de prison (sic). Face à un acharnement judiciaire sans précédent, il se suicida 3 ans plus tard.

Après Aaron Swartz qui le fit pour libérer l’accès au savoir, voici donc Guillaume Lample chez Meta puis chez Mistral AI qui vient cette fois piller et voler pour permettre à la firme qui l’emploie de dépasser rapidement la concurrence. Il vole, il pille, mais il ne le fait pas pour détruire un monopole, il le fait pour en créer un nouveau. Et il est malheureusement loin d’être le seul.

Mais aujourd’hui, l’état du droit a changé et ce sont des firmes à la trésorerie presqu’infinie que l’on poursuit plutôt que des individus isolés dont on cherche à faire un exemple. A l’époque où Aaron Swartz libéra ces 5 millions d’articles scientifiques, près de 70 GB de données, il fut poursuivi et menacé de 35 ans de prison et de plus d’un million de dollars d’amende. Aujourd’hui dans le procès « Kadrey VS Meta », du nom d’un auteur (Kadrey) s’opposant à l’utilisation sans consentement de ses oeuvres par la forme Meta pour alimenter son modèle d’IA, le juge n’a pas menacé Meta de 35 ans de prison et d’une amende à la hauteur de son chiffre d’affaire. Car entre Aaron Swartz et ce procès, il y eut un autre procès, celui qu’aux Etats-Unis la Guilde des Auteurs et l’association américaine des éditeurs intenta en 2005 à Google qui numérisait alors également à tout va et également sans consentement. Et le verdict de ce procès, en 2015, qui donna raison à Google considérant que les copies et usages produits à partir des oeuvres originales était « hautement transformatif » et donc conforme à la doctrine du Fair-Use en droit américain, y compris dans le cadre de la stratégie pourtant clairement commerciale de Google. Nous voici en 2025, dix ans après la fin de ce qui fut le plus grand procès de l’histoire des industries culturelles autour du droit d’auteur et de la numérisation, et dix ans plus tard, Meta (et Guillaume Lample) s’en tirent sans aucune condamnation, la justice estimant que là encore, la copie réalisée sur la base de ces plus de 80 GB de données de livres piratés, était « hautement transformative » (puisqu’elle permettait aux outils d’IA générative de recracher des textes … différents) et donc là encore conforme au Fair-Use en droit américain.

Les ennuis de Meta et de Zuckerberg ne sont pas pour autant terminés puisqu’il existe d’autres actions en justice initiées de la même manière, mais cette fois non plus sur des livres mais sur des films, plus précisément des films pour adultes. Un producteur de ces films accuse le groupe Meta d’en avoir téléchargé via Bittorrent pour alimenter les modèles de ses IA, le groupe Meta tente d’éviter d’aller au procès en arguant que des films ont certes été téléchargés sur les serveurs de la firme mais que c’était « pour des usages privés et personnels » (sic).

Les IA génératives s’attaquant à l’ensemble des industries culturelles (livre, film, musique, radio, télévision, jeux vidéo) ce sont autant de fronts ouverts en termes de batailles juridiques. Et là encore le passé jouera un rôle précieux d’analyse. Lorsqu’en Mars 2025 en France, le syndicat national de l’édition (SNE), la société des gens de lettres (SGDL), et le syndicat national des auteurs et compositeurs (SNAC) intentent un procès contre Méta au motif qu’ils y ont trouvé des oeuvres utilisées sans leur autorisation et permettant d’alimenter et d’entraîner les IA de la firme, c’est, à l’exception de la participation du SNAC, l’exacte redite du procès intenté par l’éditeur La Martinière en 2006 contre Google, qui fut ensuite rejoint par le SNE et la SGDL. Même procès, mêmes raisons d’aller en justice, mêmes acteurs et plaignants. Le résultat du procès de 2005 côté français fut que les auteurs et éditeurs renoncèrent aux poursuites contre Google, préférant des accords de gré à gré, et une avancée du droit dans les contrats d’éditions qui doivent aujourd’hui obligatoirement intégrer un volet sur l’exploitation numérique des oeuvres. Pendant qu’aux USA, le même procès (auteurs et éditeurs américains contre Google) se termina donc à l’entier bénéfice de Google, considérant que la copie produite était hautement transformative et s’inscrivant dans le cadre du Fair-Use. Un procès américain qui eut, en droit français sa traduction dans la directive pour l’exception « TDM (Text and Data Mining) » qui « autorise toute personne à procéder à des fouilles, quelle que soit la finalité, sous réserve que l’auteur n’ait pas exprimé son opposition de manière appropriée« , donnant ainsi aux firmes d’IA la possibilité d’accéder légalement à l’ensemble des oeuvres et documents disponibles quelque soit l’écosystème dans lequel elles sont hébergées et consultables, sauf si leurs auteurs et autrices s’y sont explicitement et « de manière appropriée » opposés. Autant vous dire que la plainte du SNE, de la SGDL et du SNAC est certes importante et courageuse mais qu’en l’état du droit, elle apparaît aussi totalement vaine. Mais il est vrai qu’indépendamment des intérêts des plaignants, certaines plaintes ont aussi pour vocation première de faire évoluer l’état du droit en multipliant les jurisprudences. Espérons qu’il en soit alors ainsi même si j’en doute profondément au moment où j’écris ces lignes.

Dans la série des procès qui se rejouent avec des similarités plus que troublantes à 15 ou 20 ans d’intervalle, après « l’AFP contre Google News » en 2005, voici aujourd’hui « les éditeurs de presse contre l’IA de Google« , une plainte venant en effet d’être déposée en Février 2026, à Bruxelles, par le European Publishers Council (EPC) sur la base du droit de la concurrence. Comme rappelé par Isabelle Szczepanski sur le site Electronlibre, « Les éditeurs dénoncent une captation de leurs contenus « sans autorisation, sans mécanismes de retrait effectifs et sans rémunération équitable », et alertent sur un risque structurel pour l’économie de la presse. Le conflit entre éditeurs européens et géants du numérique franchit un nouveau cap, du fait d’une urgence économique, puisque selon les dernières données, le trafic issu de Google vers les sites de presse a chuté d’un tiers à l’échelle mondiale entre novembre 2024 et novembre 2025. »

Prenez la plupart des titres de presse des années 2005 et ajoutez simplement IA devant les noms de grandes firmes technologiques, et vous aurez l’exact équivalent des titres de presse des années 2025 s’interrogeant sur le devenir de l’IA et son utilisation par ces firmes dans leur arsenal de services. En 2005 on se demandait sur Google News allait tuer le journalisme, en 2025 on s’interroge pour savoir si « L’IA de Google est-elle en train de tuer le journalisme ? » Vingt années on passé. Les prédateurs sont identiques. Les modes de prédation également. A croire que vingt années ne nous ont rien appris, ou si peu.

Autre exemple de procès cette fois centré sur une possible distorsion de concurrence autant que sur le respect du droit d’auteur, celui que la commission européenne a ouvert contre Google accusé de piller des contenus de créateurs sur Youtube pour alimenter son IA « Veo 3 ». Comme rappelé sur le site Presse-Citron :

« En ce qui concerne le moteur de recherche, la Commission européenne va examiner dans quelle mesure les aperçus IA de Google et les réponses de l’AI Mode reposent sur les contenus des éditeurs, “sans compensation appropriée et sans possibilité pour les éditeurs de refuser sans perdre l’accès à Google Search”, alors que le moteur de recherche est une source de trafic majeur pour ces éditeurs. En ce qui concerne YouTube, la Commission explique que “les créateurs de contenu qui publient des vidéos sur YouTube ont l’obligation d’autoriser Google à utiliser leurs données à différentes fins, notamment pour l’entraînement de modèles d’IA générative”, que ceux-ci ne sont pas rémunérés, et que Google interdit pourtant ses concurrents d’utiliser le contenu YouTube pour entraîner leurs modèles d’IA. »

 

Là encore et comme dans l’ensemble des procès que la firme a jusqu’ici déjà traversés, l’accusation d’abus de position dominante n’est pas une dérive, c’est une marque.

Alors certes au fur et à mesure que l’histoire avance et que les mêmes procès de rejouent avec pour l’essentiel les mêmes catégories d’acteurs, l’époque change, et la chaîne de valeur se modifie. Ce qui hier était l’intérêt premier de la presse dans un monde informationnel certes connecté mais non encore numériquement préempté, ce qui valait pour une économie des médias, vaut aujourd’hui pour un écosystème nouveau dans lequel la valeur d’une information n’est plus premièrement sa capacité à être certifiée comme vraie mais plutôt la garantie virale et circulatoire d’une information assemblée et produite industriellement.

Bibliothèques pirates et entreprises corsaires. 

J’ouvre une petite parenthèse. Dans l’histoire du web et des industries culturelles, et dès lors que son usage – celui du web – devînt massif, il a toujours existé des sites pirates (qui venaient historiquement compenser l’absence d’une offre légale) et des bibliothèques également pirates qui se constituaient principalement pour lutter contre des monopoles empêchant, entravant ou monnayant à l’excès et pour leur seul bénéfice la circulation des connaissances, notamment scientifiques. Parmi ces bibliothèques pirates on peut notamment citer LibGen, Z-Library (qui commença par être un site miroir de LibGen) mais aussi l’extraordinaire Sci-Hub fondé par la non moins extraordinaire Alexandra Elbakyan. On trouve aussi l’archive d’Anna qui est, pour faire simple, un moteur de recherche de bibliothèques clandestines, donnant accès l’une des plus grandes collections d’ouvrages numérisés du domaine public principalement.  Si ces bibliothèques pirates ont souvent mauvaise presse dans nos contrées, il ne faut jamais perdre de vue l’immensité du rôle scientifique et intellectuel qu’elles jouent dans des pays qui n’ont ni la chance ni les moyens d’être des démocraties garantissant l’accès aux savoirs et aux connaissances.

Et dans l’histoire des technologies numériques, donc pour faire simple dans le dernier quart de siècle que nous venons de traverser, il est tout à fait frappant et sidérant de voir comment ces bibliothèques pirates, après avoir été criminalisées par les monopoles qu’elles combattaient, sont aujourd’hui instrumentalisées par d’autres monopoles (souvent les mêmes) qui agissent en corsaires au bénéfice d’intérêts économiques et géo-politiques devenus majeurs dans la course à l’armement que représente le développement des outils dits d’intelligence artificielle. Voici par exemple Nvidia qui se trouve prise la main dans le pot de confiture, en train de négocier avec l’archive d’Anna pour accéder à des millions de livres numériques et combler son retard dans l’entraînement de ses modèles. Là encore, l’ombre et la mémoire de l’enfant d’internet sont tristement pesantes et présentes.

Panama (destructive) Papers.

Vous vous souvenez de l’affaire des Panama Papers ? Ok bah rien à voir 😉 Par contre je vais vous parler du Projet Panama de la société Anthropic. Que j’ai découvert dans la formidable enquête du Washington Post, reprise et résumée notamment par le site Actualitté. Avant cela je vais vous rappeler, qu’historiquement la numérisation a toujours eu comme un de ses principaux objectifs de protéger, via une copie numérique, des ouvrages anciens et fragiles tout en les offrant à la consultation d’un public bien plus large.

Le projet Panama consiste, lui, à s’adresser à des libraires, bouquinistes, et à des bibliothèques, je cite, « sous-financées », pour récupérer d’énormes volumes d’ouvrages, lesquels seraient ensuite désossés pour n’en récupérer que les feuillets qui seraient ensuite envoyés sur des bancs industriels de numérisation, numérisation permettant donc d’entraîner l’IA d’Anthropic, à la suite de quoi tout ce papier serait soit détruit (sic) soit recyclé. Au début y’avait un livre. Après y’a plus rien. Ce projet allie et synthétise à la fois tout le cynisme et la crapulerie dont ces acteurs industriels sont capables. Comme c’est trop compliqué ou trop long d’entrainer légalement des IA sur des corpus suffisamment denses, on n’a qu’à jouer l’appât du gain auprès d’acteurs dans le besoin pour récupérer des livres en loucedé et les détruire après désossage et numérisation. Et au passage nourrir l’IA maison en mode Chronos dévorant ses enfants.

Petite parenthèse ici nécessaire. La numérisation d’ouvrages dispose de modalités différentes. On peut numériser « en mode image » ou numériser « en mode texte » (c’est à dire ajouter sur la numérisation en mode image un logiciel de reconnaissance optique de caractère – OCR – qui nous permettra de chercher à l’intérieur du document). Mais on peut aussi faire de la numérisation « destructive » ou « non-destructive ». Et en général on prend l’option « non-destructive ». Mais la numérisation non-destructive est beaucoup plus coûteuse que la numérisation destructive. Et il existe (en gros) trois types de machines pour réaliser la numérisation d’ouvrages. Les machines « manuelles » dans lesquelles c’est un opérateur humain qui va tourner les pages avant chaque « flash » de numérisation (par exemple pour les ouvrages abîmés ou anciens ou fragiles) ; les machines automatiques dans lesquelles c’est un robot automate (sorte de bras articulé) qui va vernir tourner plus ou moins rapidement les pages à numériser. Et enfin les machines « bancs de numérisation » dans lesquelles défilent des pages préalablement découpées et qui va donc beaucoup plus vite (il est par ailleurs possible de « réassembler » les livres une fois ainsi numérisés). A l’époque du procès Google Books, on avait beaucoup parlé de ces techniques de numérisation. Celles de Google restaient secrètes mais dans les grands centres de numérisation qu’il faisait construire pour accomplir sa tâche, les bibliothèques envoyaient des livres, certains précieux, certains anciens, d’autres plus « banals », mais en aucun cas la numérisation « destructive » n’était pratiquée. Cette dernière est d’ailleurs réservée à certains ouvrages à gros tirage, certains secteurs de l’administration ou à certains documents par exemple commerciaux dont la « forme livre » importe peu.

Je le redis donc ici, le projet Panama d’Anthropic est l’exemple parfait de tout le cynisme et la crapulerie dont sont capables des acteurs industriels uniquement soucieux de construire ou de préserver un avantage concurrentiel. Et ceci est pourtant l’une de leurs moindres saloperies au regard de – par exemple – ces mêmes acteurs emploient ou plus exactement exploitent de manière dissimulée des travailleurs pauvres à l’autre bout de la planète, qu’ils exposent délibérément à des contenus d’une violence extrême, pour affiner et entraîner leurs larges modèles de langage.

L’acte de lire dans l’impensé.

Un autre des grands enjeux du premier grand procès des industries culturelles, le procès Google Books, était celui de la mise en danger et de la fin programmée de la confidentialité de l’acte de lecture. Un argument qui avait notamment été porté par l’EFF (Electronic Frontier Foundation) et d’autres militants des libertés numériques, et que le juge en charge avait reconnu comme « effectivement important » mais non suffisant pour permettre à lui seul de rendre une décision favorable aux plaignants dans l’affaire. Et pourtant. Et pourtant la confidentialité de l’acte de lecture est au fondement même de nos démocraties. Sans même parler des dictatures, il suffit de voir ce que chaque gouvernement autoritaire fait du choix et de la place des livres dans les premières mesures qu’il prend.

En 2005 on s’alarmait (insuffisamment) du fait que l’avènement du livre numérique propriétaire et d’une consultation sur le modèle du streaming, concentrée entre les mains de quelques plateformes hégémoniques, allait leur donner un pouvoir infini pour à la fois orienter mais surtout documenter chacun de nos choix de lecture et les retenir ensuite comme potentielles preuves à charge.

En 2025 c’est le New-York Times qui dans le cadre d’une plainte déposée en 2023, attend que ChatGPT lui fournisse le contenu de 20 millions de conversations avec le générateur de texte, pour prouver que l’IA a porté atteinte aux droits d’auteur du journal (en mobilisant sans les référencer ni les citer, de larges extraits de ses articles pour alimenter lesdites conversations). La confidentialité de nos conversations avait pourtant déjà été mise à mal dans les nombreuses affaires autour des enceintes connectées qui, même éteintes, continuaient d’enregistrer tout ce que nous disions pour ensuite le scripter et là encore, alimenter (notamment) différents modèles algorithmiques. Mais avec la capacité de ChatGPT et des autres à se nourrir de textes et donc de lectures pour en produire d’autres qui ne soient pas simplement des usages de lecture mais des composants structurels et structurants de chaque interaction simulée avec chacun et chacune d’entre nous, la confidentialité de l’acte de lecture est en quelque sorte mise à mal … au carré.

Comment tout cela va (probablement) finir.

Sur le plan juridique, certains tentent aujourd’hui d’éviter que les procès de 2025 ne se terminent tous comme celui de 2005, c’est à dire avec une décision favorable aux grandes entreprises de l’IA à qui l’on accorderait, nonobstant la prédation extractiviste torcheculatoire pour le droit d’auteur à laquelle elles se livrent, la reconnaissance d’un « usage équitable » (Fair Use) établi sur des copies (génératives) considérées comme « hautement transformatives ». Et pour ce faire, ils et elles essaient d’inverser la charge de la preuve en défendant un texte dans lequel, puisqu’il est impossible pour un auteur de prouver que son travail a été repris et utilisé par des IA, on considérerait que « Sauf preuve contraire, l’objet protégé par un droit d’auteur (…) est présumé avoir été exploité par le système d’IA, dès lors qu’un indice afférent au développement ou au déploiement de ce système ou au résultat généré par celui-ci rend vraisemblable cette exploitation ». Ce serait donc aux sociétés qui développent des IA de faire la preuve qu’elles n’ont pas pillé des oeuvres et des auteurs sans leur accord. Juridiquement cela tient la route. Et il existe d’ailleurs d’autres approches intéressantes qui visent à prouver que ces IA sont capables de réécrire certaines oeuvres presqu’intégralement et littéralement, ce qui rend la notion d’usage uniquement transformatif compliqué à défendre :

Pour Alexandra Bensamoun, professeure de droit à l’université Paris-Saclay et experte du droit d’auteur des IA, « cette étude apporte des éléments empiriques décisifs » pour les contentieux en cours dans ce domaine. Des éléments qui mettent en évidence une « absence de transformation [qui] pourrait exclure le bénéfice du fair use aux Etats-Unis, et en Europe, de l’exception TDM [fouille de textes et de données], laquelle suppose une utilisation aux fins d’analyse, et non de reproduction/stockage en vue de restitution », juge-t-elle.

 

Mais au vu de ce que je me suis efforcé de vous raconter dans cet article, je suis tout sauf optimiste sur les chances d’un tel texte et d’une telle approche d’aboutir aujourd’hui (ou demain). Car même si « une large coalition de représentants des auteurs, de la presse, du cinéma, de l’édition ou du disque ont salué l’initiative« , ils ont en face d’eux, en plus des acteurs de la tech, le gouvernement français et la commission européenne qui dans la roue des acteurs de la tech voit officiellement cette mesure comme un frein à l’innovation (sic).

Le scénario le plus probable ressemblera à mon avis trait pour trait au jugement rendu dans l’affaire Google Books après 10 ans de procès. C’est à dire que sur le plan juridique, le Fair Use et l’argument de copies hautement transformatives l’emportera. Ce qui, là encore comme dans l’affaire Google Books, n’empêchera pas, au contraire même, des accords de gré à gré entre les parties, accords qui comporteront à la fois des volets de compensations financières (comme les 1,5 milliards déjà versés par Anthropic) et d’autres davantage partenariaux (notamment avec les éditeurs de presse). La question qui qui reste ouverte est celle de l’évolution des usages et des pratiques (ainsi que du droit) que cela aura, dans l’intervalle, permis de sanctuariser.

Je veux conclure en trois temps.

D’abord avec les mots de Bruce Schneier qui dans une tribune à propos de l’affaire Anthropic parue dans le San Francisco Chronicle et reprise sur son blog, écrit :

« Aaron Swartz avait compris que l’accès au savoir est une condition préalable à la démocratie. La manière dont nous traitons le savoir – qui peut y accéder, qui peut en tirer profit et qui est puni pour le partager – est devenue un test de notre engagement démocratique. » 

 

« Un test de notre engagement démocratique. » Qui prend des allures de crash-test. Derrière ces questions de propriété intellectuelle, de copie transformative, d’usage équitable, de rémunération de la création, qui font la Une des journaux et sont le principal angle de traitement de ces sujets, il y a des enjeux beaucoup plus fondamentaux qui touchent à la transformation et à la réingénierie permanente d’une matière vivante que l’on appelle tantôt la culture, tantôt la connaissance, tantôt la création, tantôt l’information, tantôt tout cela à la fois. Une matière vivante qui définit ce que nous savons autant que ce que nous croyons, et une manière vivante qui à force de copies hautement transformatives (ou non) de ce qu’elle est, peut nous rendre davantage enclins à faire sécession qu’à faire société.

Ensuite en rappelant que ces questions aujourd’hui posées se posaient déjà dans l’esprit de l’un des pionniers visionnaires de l’internet et du Web, Ted Nelson, notamment connu pour avoir « inventé » le terme hypertexte mais qui dès avant qu’ils soient opérants (le web et l’hypertexte) réfléchissait à la question du « versioning ».

Définition courte : « Le versioning désigne l’ensemble des manières de gérer, indépendamment de tout niveau d’échelle, les procédures permettant de rattacher différentes versions d’un même document à un (des) auteur(s), tout en permettant à chacun de s’approprier tout ou partie des documents produits par d’autres ou par eux-mêmes, et en assurant un suivi des différentes modifications apportées. » (définition extraite du chapitre de ma thèse consacré au sujet, thèse disponible ici).

Définition un peu plus longue : « Le versioning désigne l’ensemble des manières de gérer, à l’échelle de l’hypertexte planétaire, les procédures permettant de rattacher un texte à un auteur (ou à un collectif d’auteurs), tout en permettant à chacun de s’approprier – de se ré-approprier – tout ou partie de documents produits par d’autres ou par eux-mêmes afin, premièrement, de limiter la prolifération « bruyante » des versions différentes d’une même information sur le réseau et deuxièmement, d’identifier la nature et les origines de ces modifications dans l’optique d’une gestion cohérente de l’ensemble des documents électroniques actuellement disponibles, indépendamment de leur format, de leur statut et en dehors de tout institution centralisée. Autant dire que plus qu’une problématique, il s’agit là d’un véritable « idéal ». » (définition toujours extraite du chapitre de ma thèse, toujours disponible ici).

Définition à rapprocher de celle qu’il [Ted Nelson] propose pour le terme document : « Un document est une collection arbitraire de versions disposant d’un nom propriétaire et de limites.« 

 

Les IA génératives sont essentiellement une version totalement dérégulée et spéculative de ce « versioning ». L’attachement aux textes et aux oeuvres, n’est rien, ou si peu, sans la possibilité de leur rattachement, à des auteurs, des époques, des contextes, des courants, des dynamiques ancrées dans le temps et dans l’espace dont certaines ont par ailleurs réussi à s’affranchir. Sans ces rattachements possibles, c’est toute une part forte de notre attachement aux oeuvres qui n’ayant plus d’objet, se dispense de la possibilité d’exprimer des subjectivités de lecture, d’analyse ou de compréhension qui soient en tant soit peu fécondes.

Enfin, loin, très très loin de la stratégie de Lisbonne définie au début des années 2000 et qui sanctuarisa l’idée mortifère d’une « économie de la connaissance » érigée en objectif, il aurait fallu se donner les moyens et les cadres pour bâtir non une économie mais une écologie de la connaissance (et par exemple creuser le sillon ouvert en 1972 par Bateson avec son écologie de l’esprit). Nous avons pris un chemin différent qui nous conduit aujourd’hui, pour toute la connaissance, la culture et l’information, qu’elles soient scientifiques, littéraires, ou de toute autre nature, à n’avoir comme possibilité que celle d’affronter économiquement des acteurs dont le coeur de métier est dépendant de leur capacité de prédation, d’extractivisme et de mépris des lois (ou de rapprochement avec celles et ceux qui les font). Dès que nous aurons fini nos réunions de Quichotte et nos atermoiements de pleureuses, peut-être nous concentrerons-nous sur les luttes et moyens d’action, légaux ou nécessaires, pour une écologie de la connaissance qui ne peut-être autre chose que désormais pleinement radicale.

Aaron Swartz l’avait payé de sa vie, mais il nous avait clairement montré le chemin.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • PSPP a-t-il rencontré Éric Zemmour?
    Il semblerait que Paul St-Pierre Plamondon ait effectué un voyage politique très discret en France, cet hiver, où il aurait rencontré Éric Zemmour, politicien d’extrême droite bien connu. La rencontre aurait été organisée par Mathieu Bock-Côté, qui a remplacé Zemmour à CNews. Je tiens l’information de deux sources différentes. J’ai contacté la permanence du Parti québécois le 11 février afin de leur offrir la possibilité de confirmer ou d’infirmer. Douze jours plus tard, je n’ai reçu aucune r
     

PSPP a-t-il rencontré Éric Zemmour?

23 février 2026 à 06:56

Il semblerait que Paul St-Pierre Plamondon ait effectué un voyage politique très discret en France, cet hiver, où il aurait rencontré Éric Zemmour, politicien d’extrême droite bien connu. La rencontre aurait été organisée par Mathieu Bock-Côté, qui a remplacé Zemmour à CNews.

Je tiens l’information de deux sources différentes. J’ai contacté la permanence du Parti québécois le 11 février afin de leur offrir la possibilité de confirmer ou d’infirmer. Douze jours plus tard, je n’ai reçu aucune réponse.

Je ne suis pas journaliste et je ne peux pas me présenter aux points de presse de l’Assemblée nationale. Voici les questions que je poserais à M. Plamondon si je le pouvais:
1) Avez-vous fait un voyage en France cet hiver afin de rencontrer diverses personnalités politiques?
2) Si c’est le cas, pourquoi ne pas avoir parlé ouvertement et publiquement de ces démarches, comme vous l’avez fait lors de votre tournée européenne en 2023?
3) Au cours de ce voyage, avez-vous tenu une rencontre avec M. Zemmour? Si c’est le cas, quel est l’intérêt de rencontrer un chef politique d’extrême droite, le principal porte-voix de la théorie du grand remplacement, un chef condamné à maintes reprises pour incitation à la haine raciale et accusé par plusieurs femmes d’agressions sexuelles?

Ces questions sont d’intérêt public. J’aurai beaucoup à dire si ces informations qui m’ont été transmises de façon confidentielle sont avérées.

Si elles ne le sont pas, tant mieux. Il serait inconvenant que le chef d’un parti qui aspire à gouverner le Québec fréquente les cercles de l’extrême droite parisienne. Il n’y a aucune bonne raison de dialoguer avec l’extrême droite. Comme l’expliquait Bertrand Russell, les personnes sans conscience ne répondent pas aux arguments logiques.

Les condamnations d’Éric Zemmour:

  • Avoir affirmé que les mineurs isolés (enfants de moins de 18 ans, de nationalité étrangère, sans représentant légal) sont des violeurs, des assassins et des voleurs qui devraient être expulsés. Zemmour a été condamné à 10 000 euros d’amende et la chaîne CNews à 200 000 euros d’amende.
  • Avoir affirmé sans preuve que l’avocat Patrick Klugman voulait « absolument étouffer l’affaire Jérémie Cohen ». Zemmour affirmait que l’agression contre Jérémie Cohen était un crime antisémite bien que l’hypothèse ait rapidement été rejetée par les enquêteurs.
  • Avoir affirmé sans preuve que l’Institut national d’études démographiques avait « trafiqué » les chiffres de l’immigration.
  • Avoir dépeint les musulmans venus d’Afrique comme des « colonisateurs exterminateurs » et avoir comparé l’islam au nazisme. Zemmour a été condamné à 15 000 euros d’amende.
  • Avoir érigé Philippe Pétain en « sauveur » des Juifs français.

Pour l’anecdote, Mathieu Bock-Côté cite 11 fois les écrits d’Éric Zemmour comme référence dans sa thèse de doctorat. Les grands esprits se rencontrent.

Zemmour a également été accusé d’agressions sexuelles par huit femmes différentes. Le même homme qui affirme que 75% des agressions sexuelles commises dans les transports en commun sont le fait d’étrangers. Bref, qu’on soit de gauche ou de droite, ce n’est pas un homme qu’on veut fréquenter.

  • ✇Made Not Found (by danah boyd)
  • Fake Data, Upcoming Book, and the Political Economy of AI
    The world is on fire - and I've often been at a loss for how to constructively contribute to public discourse. For decades, I have shared knowledge gained through fieldwork to offer a different perspective on complex sociotechnical matters. Too often these days, I find myself banging my head against the wall while navigating the cacophony of anguish that is emerging in all directions. For better or worse, I chose this time to turn my attention locally. I have found joy trying to find my footing
     

Fake Data, Upcoming Book, and the Political Economy of AI

20 février 2026 à 12:19
Fake Data, Upcoming Book, and the Political Economy of AI

The world is on fire - and I've often been at a loss for how to constructively contribute to public discourse. For decades, I have shared knowledge gained through fieldwork to offer a different perspective on complex sociotechnical matters. Too often these days, I find myself banging my head against the wall while navigating the cacophony of anguish that is emerging in all directions. For better or worse, I chose this time to turn my attention locally. I have found joy trying to find my footing as a professor and think more directly about how to prepare the next generation. And amidst it all, I've also had a series of wins, which I thought I'd share.

  • "The State's Politics of 'Fake Data'" is a new paper that I wrote with Chuncheng Liu which starts from the premise that "all data are fake, but some are useful." We look at the various ways in which purportedly (and often pejoratively) so-called "fake" data serve a purpose. And we do it by comparing insights we gleaned from both Chinese and American bureaucrats. It's a fun paper!
  • My upcoming book has a title! - "Data Are Made, Not Found: A Story of Politics, Power, and the Civil Servants Who Saved the US Census." And I'm in the final throes of getting the book ready to share with all y'all. If all goes well, the book will be released in September! And thanks to Hervé Le Crosnier, it will be simultaneously launched in French! <grin> The lovely people at Columbia Journalism School and the Nielsen Foundation have also shortlisted my book for the J. Anthony Lukas Work-in-Progress Prize. And I'm starting to prep a book tour and some op-eds and other things so if you have ideas, please holler. If you want to support me, please pre-order the book from University of Chicago Press or Amazon. There's no book cover yet (and I'm fascinated that there's a page count given that there's still some editing to go), but omg omg omg it's starting to become more real!

While putting the finishing touches on the book, I've been working on three new research projects. I am super grateful to the Sloan Foundation for naming me as a 2026 Sloan Research Fellow to support this work.

  • Political Economy of AI. I have multiple collaborations underway to grapple with the world-building project that is underpinning the contemporary AI project. Cornell Global Hubs is supporting one facet (so I'll be coming to Edinburgh this summer). I also have two papers underway with amazing collaborators, an initiative at Cornell, and proposals out to a few venues to convene people. You'll hear more on this shortly. So if this tickles your fancy, ping me!
  • Participatory Privacy Protections. I'm working with a phenomenal team of scholars on an NSF-sponsored grant to reckon with what it takes to achieve meaningful participatory engagement when rolling out privacy-enhancing technologies like differential privacy in various data contexts. This is building on earlier work on the consequences of epistemic disconnects and divergent statistical imaginaries.
  • Youth, Mental Health, and Tech. After years of avoiding doing new research on this topic, I'm working with an amazing team on an NIH-sponsored project to collect new data about young people's relationship with tech, with mental health, and with their broader social world. Early focus groups are already super eye-opening. (Teaser: some youth see AI as yet-another example of how adults are trying to destroy their future.)

This semester, I'm going to keep chugging along on these different projects - while teaching "Theories to Think With" and "Trust & Safety in Online Platforms" - but I hope to have a lot more research and ideas to share shortly.

In the meantime, stay safe and protect your neighbors. And keep reading history... it's a good reminder that this too shall change. (My book this week was Overthrow - which is basically the history of US's obsession with regime change from the author who documented the CIA coup in Iran in 1953. Le sigh.)

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Le Bloc québécois et l’aliénation parentale
    Pour des raisons qui m’échappent complètement, le Bloc québécois se prépare à saboter une réforme visant à protéger des femmes de la violence conjugale et prévenir des infanticides. La Loi modifiant la Loi sur le divorce (projet de loi C-223) vise à protéger les enfants et les familles de la violence familiale et de l’abus post-séparation. Une des mesures les plus importantes, également la plus contestée, est de mettre fin aux accusations d’aliénation parentale employées pour discréditer les
     

Le Bloc québécois et l’aliénation parentale

8 février 2026 à 08:33

Pour des raisons qui m’échappent complètement, le Bloc québécois se prépare à saboter une réforme visant à protéger des femmes de la violence conjugale et prévenir des infanticides.

La Loi modifiant la Loi sur le divorce (projet de loi C-223) vise à protéger les enfants et les familles de la violence familiale et de l’abus post-séparation. Une des mesures les plus importantes, également la plus contestée, est de mettre fin aux accusations d’aliénation parentale employées pour discréditer les mères et les enfants qui dénoncent la violence familiale.

Campagne sur l’aliénation parentale de l’Association nationale Femmes et droit
https://nawl.ca/fr/alienation-parentale/

En gros: La mère porte plainte contre le père pour violence conjugale. En guise de représailles, le père allègue l’aliénation parentale. Résultat: l’enfant est enlevé à sa mère et confié à son père violent. Dans les cas les plus extrêmes, cela conduit à une vie infernale pour l’enfant, voire à sa mort. Le cas de la « fillette de Granby » en est un exemple récent. Le père avait porté plainte pour aliénation parentale contre la grand-mère qui avait dénoncé sa violence. L’enfant a été placée sous la garde du père. Elle en est morte.

Le projet de loi C-223 vise à prévenir ces situations. En gros, il s’agit de faire passer l’intérêt de l’enfant avant celui des parents. Sa sécurité ne pourrait plus être compromise pour forcer la « réconciliation ». Son opinion ne pourrait plus être discréditée sous prétexte qu’il a été « manipulé » ou « aliéné ».

Précisons: les comportements dénigrants existent. C-223 ne va pas empêcher les tribunaux d’en tenir compte, s’ils affectent l’enfant. Plutôt, la nouvelle loi empêchera les tribunaux d’assigner aux enfants une maladie mentale lorsqu’ils craignent leur père. Il s’assure que les tribunaux évaluent l’intérêt de l’enfant dans son ensemble, en tenant compte de ses désirs et opinions, sans pathologiser sa peur ou ses dénonciations de violence familiale.

Les mères sont deux fois plus susceptibles que les pères d’être accusés d’aliénation parentale. Au Québec, elles sont ciblées dans 68% des cas. Chercher à protéger son enfant d’un conjoint violent est souvent présenté en cour comme un comportement « aliénant ». Bref, c’est un moyen efficace pour un père violent de discréditer sa conjointe et son enfant. Bourreau dans les faits, il devient la victime sur papier. Sous prétexte de favoriser la bonne relation de l’enfant avec son père, la cour met la mère et son enfant en danger. Certains avocats recommandent même à leurs clientes de ne pas dénoncer la violence conjugale afin d’éviter les accusations d’aliénation parentale.

Ce n’est pas un phénomène exclusif au Québec ou au Canada. La Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la violence contre les femmes et les filles a soulevé le danger de l’invocation de l’aliénation parentale à l’été 2023.

Et le Bloc québécois dans tout ça?
Le comité permanent de la justice et des droits de la personne, qui étudie le projet de loi, est composé de dix membres (dont huit hommes). Cinq du Parti libéral (dont les deux femmes), quatre du Parti conservateur et un du Bloc québécois. Pour obtenir la majorité (le président libéral ne vote pas), le comité doit obligatoirement obtenir l’appui des conservateurs ou du bloquiste. Les conservateurs n’ont pas de position tranchée. Le Bloc québécois est le principal adversaire de C-223.

Gabriel Ste-Marie, député bloquiste de Joliette depuis 2015

Parmi les critiques du projet de loi, on retrouve Gabriel Ste-Marie, député bloquiste de Joliette, et Andréanne Larouche, députée bloquiste de Shefford. Les deux contestent le projet de loi en citant des références douteuses. Notamment, le Parental Alienation Study Group, un lobby qui a tenté de faire inscrire l’aliénation parentale au DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), sans succès. Pire encore, le Dr Hubert Van Gijseghem, « expert psycholégal » s’opposant à la criminalisation de la possession de pornographie infantile et qui a souvent remis en question la véracité des accusations de violence conjugale et d’abus sexuel dans les causes de divorce.

Gabriel Ste-Marie a affirmé que les fausses accusations d’aliénation parentale seraient un « phénomène marginal » et rejette l’idée qu’elles affectent les femmes de façon disproportionnée. Il a prononcé ces mots le 28 janvier 2026: « Soyons clairs: l’aliénation parentale, un phénomène observable et pouvant être mesuré par la médecine et utilisé par la majorité des avocats en droit familial, n’est pas abstrait et ne peut pas être retiré sous le prétexte qu’il ne correspond plus aux conclusions de quelques chercheurs ayant des avis divergents à son sujet. »

Plus de 250 organisations féministes demandent l’interdiction des accusations d’aliénation parentale. Au Québec, une centaine d’organismes (dont de nombreuses maisons d’hébergement) confirment que le phénomène est extrêmement commun. Si M. Ste-Marie considère que les « quelques chercheurs » (et chercheuses) n’ont pas de crédibilité, peut-être devrait-il au moins écouter les intervenantes qui semblent assez unanimes sur le sujet.

Je ne crois pas que ce soit une question électoraliste. Cet enjeu n’a guère retenu l’attention médiatique jusqu’ici et je ne crois pas que le Bloc s’attende à gagner des points dans les sondages avec ce dossier. Ce n’est pas non plus un enjeu « Québec VS Canada ». À aucun moment les bloquistes n’ont invoqué la particularité québécoise pour s’opposer à ce projet de loi. Alors pour quelle raison est-ce que le Bloc se montre hostile à cette réforme?

Si votre circonscription est représentée par le Bloc québécois, je vous encourage à écrire à votre député.e afin de l’encourager à appuyer C-223. Il en va de la sécurité des femmes et des enfants. Faisons tout ce qu’on peut pour empêcher qu’il y ait une deuxième « fillette de Granby ».

  • ✇Climb to the Stars
  • Pruning My Domain Name Collection [en]
    [en] Just like my kitchen cupboards were full of old old food just sitting there in case I ever felt like eating it (let me reassure you: cereals and pulses and things that “last”), my registrar account is full of domain names that I used in the past and feel like I should keep “just in case”, or cool ones that I got at some point thinking I’d make something of them but never did. It’s time for a garage sale (or gifting). If you’re interested (or somebody you know) in one of these before I l
     

Pruning My Domain Name Collection [en]

6 février 2026 à 08:13
[en]

Just like my kitchen cupboards were full of old old food just sitting there in case I ever felt like eating it (let me reassure you: cereals and pulses and things that “last”), my registrar account is full of domain names that I used in the past and feel like I should keep “just in case”, or cool ones that I got at some point thinking I’d make something of them but never did.

It’s time for a garage sale (or gifting). If you’re interested (or somebody you know) in one of these before I let them go and risk seeing them fall into the hands of pornsters and spammers and scammers, let me know: edublogs.net, going-solo.net, going-far.com, coworking-leman.net, coworking-romand.ch, freshlimesoda.net, backupawareness.org, swissblogs.org/net/com.

And if you know of “marketplaces” where you can put domains up for “sale”, let me know too. Given the predatory market it seems to be, I’m wary.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • La baguette magique des conservateurs
    Éric Duhaime promet d’employer la même formule que Pierre Poilievre pour équilibrer les finances de l’État. Diminuer les revenus (baisser les taxes et les impôts pour les particuliers et les entreprises, diminuer la « taxe de bienvenue », éliminer le marché du carbone, diminuer les contraventions pour les automobilistes), augmenter les dépenses (construire des maisons, payer les parents pour rester à la maison, construire des prisons) et espérer que le déficit disparaisse par magie. Les proposit
     

La baguette magique des conservateurs

5 février 2026 à 06:08

Éric Duhaime promet d’employer la même formule que Pierre Poilievre pour équilibrer les finances de l’État. Diminuer les revenus (baisser les taxes et les impôts pour les particuliers et les entreprises, diminuer la « taxe de bienvenue », éliminer le marché du carbone, diminuer les contraventions pour les automobilistes), augmenter les dépenses (construire des maisons, payer les parents pour rester à la maison, construire des prisons) et espérer que le déficit disparaisse par magie. Les propositions du Parti conservateur du Québec pour réduire les dépenses de l’État n’en sont pas vraiment.

Ouvrir la porte au privé en santé
L’idée que le privé en santé fait économiser l’État est un mythe tenace, mais qui ne résiste pas à l’épreuve de la réalité. De tous les pays sur Terre, les États-Unis sont celui où l’État dépense le plus per capita en santé publique. D’après le Peterson Center of Healthcare, les dépenses en santé aux États-Unis étaient estimées à 13 432$ par personne en 2023. Le pays qui s’en rapproche le plus est la Suisse, où le système public est concurrencé par le secteur privé, avec 9 688$ par personne la même année. Le Canada a dépensé 7 013$ par personne en soins de santé en 2023. C’est moins que pratiquement tous les pays d’Europe. Sur quoi est-ce qu’on se base pour affirmer que le privé en santé fait économiser de l’argent à l’État?

Le privé en santé a un seul objectif: le profit. Le profit privé s’ajoute à la facture du public. Vous souvenez-vous des infirmières qui nous coûtaient 150$ de l’heure grâce aux agences de placement? Voilà un bon exemple de ressources drainées par le privé qu’il nous faut ensuite payer à gros prix. Et évidemment, la différence se retrouve dans les poches des actionnaires, pas dans celles des infirmières qui nous coûtent plus cher.

Plus de privé en santé, ça veut dire moins de prévention. Le privé n’a pas intérêt à ce que les gens soient en santé. C’est la maladie qui rapporte, pas la prévention. Une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) et du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) établit un lien direct entre le taux de mortalité et la place du privé dans le système de santé d’un pays.

Le privé en santé offre un seul avantage réel: Les délais d’attente sont beaucoup moins élevés. Normal. Quand les soins de santé sont inaccessibles parce que trop dispendieux, forcément la file d’attente est moins longue.

Réduire la fonction publique
Une autre chimère. Éric Duhaime a promis de couper 20 000 postes dans la fonction publique. Le chiffre, sorti du chapeau au moment où le chef du PCQ était en pamoison devant Elon Musk et son DOGE, est complètement irresponsable. Des dizaines de milliers de fonctionnaires en moins, ça signifie une expertise interne qui se perd. Vous savez ce qui arrive quand on n’a plus d’expertise à l’interne? On se tourne vers le privé avec les résultats qu’on connaît. L’informaticien qu’on payait 40$ de l’heure nous coûte désormais 150$ de l’heure qu’on verse à la firme qui l’emploie et qui le paie évidemment moins cher. On se retrouve avec un SAAQClic. Et les seuls gagnants sont les actionnaires de l’entreprise privée à qui on a décidé de sous-traiter.

Je rappelle un discours prononcé par Éric Duhaime en juin 2022: « Aujourd’hui quand on se demande comment ça se fait qu’il y a personne au Tim Hortons quand on arrive? C’est parce que François Legault leur a donné des meilleures conditions de travail et il a empêché ces entreprises-là de prospérer puis il est en train de cannibaliser le secteur privé. C’est ça qu’il est en train de faire. C’est épouvantable! »
M. Duhaime voudrait qu’il y ait un peu moins de classe moyenne et plus d’emplois précaires au salaire minimum. Il veut aussi qu’il y ait plus de millionnaires et de milliardaires, mais c’est une autre question.

Un fonctionnaire avec un bon salaire qui devient un chômeur ou un employé de Tim Hortons, c’est un consommateur de moins. Quand on consacre tout son revenu à se nourrir et se loger, on n’a plus les moyens de dépenser ensuite. Moins de consommation dans les commerces, donc moins de taxes, moins d’impôts, des entreprises qui ferment, d’autres bons emplois qui se perdent… Mais au moins, le service au Tim serait plus rapide.

Le programme du Parti conservateur du Québec s’appuie uniquement sur le populisme. Personne ne le prendrait au sérieux si ce n’était de l’hostilité d’une partie de la population envers l’État.

Il va falloir finir par accepter que l’entreprise privée ne veut pas notre bien. Les milliardaires ne sont pas nos amis. L’État est faillible et on peut élire un mauvais gouvernement, c’est un fait. Mais une économie laissée libre ne tient jamais compte de l’intérêt public. Demandez aux personnes qui ont vécu la Grande Dépression des années 1930 si un pays laissant l’économie se gérer elle-même est viable.

J’espère que les journalistes vont cuisiner Éric Duhaime et son équipe d’ici octobre. Mettez-les au défi de chiffrer leurs idées et essayez de ne pas rire quand ils vous répondront.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Le « bar ouvert » de l’IVAC
    Jeudi dernier, l’émission Enquête consacrait un reportage aux failles de l’Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC). « L’IVAC a distribué 473 millions de dollars aux victimes l’an dernier. Cet argent va-t-il toujours vers les bonnes personnes? » Le reportage critique avec raison le calvaire administratif de certaines victimes qui doivent se battre pendant des années pour être indemnisées ainsi que les abus commis par certains professionnels de la santé. La moitié du documentaire est c
     

Le « bar ouvert » de l’IVAC

1 février 2026 à 13:23

Jeudi dernier, l’émission Enquête consacrait un reportage aux failles de l’Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC). « L’IVAC a distribué 473 millions de dollars aux victimes l’an dernier. Cet argent va-t-il toujours vers les bonnes personnes? » Le reportage critique avec raison le calvaire administratif de certaines victimes qui doivent se battre pendant des années pour être indemnisées ainsi que les abus commis par certains professionnels de la santé. La moitié du documentaire est consacrée à une « faille » dont le traitement m’a mis profondément mal à l’aise: La Prestation pour enfant né d’une agression à caractère sexuel.

La but de la Prestation est d’aider une femme à pourvoir aux besoins de son enfant. Il n’est pas nécessaire que l’agresseur ait été condamné ou qu’une accusation ait été déposée. On comprend pourquoi: Qu’une plainte n’ait pas été retenue ne signifie pas que l’agression n’a pas eu lieu. Il n’est pas non plus nécessaire que l’agression ait été dénoncée. Voilà qui fait sourciller. Sur quoi donc se base l’IVAC pour accepter une plainte? L’avocat Marc Bellemare explique pourquoi le programme n’exige pas de procédure légale: « Exiger que la victime aille à la police, obtienne une condamnation ou au minimum des accusations, c’est trop. C’est trop lourd. » Le reportage présente d’ailleurs une victime indemnisée par l’IVAC qui n’a jamais porté plainte par crainte des représailles de son agresseur.

La journaliste Pasquale Turbide a donné une entrevue à Patrick Lagacé pour parler de son reportage. Les 8 minutes de l’entrevue ont été consacrées à ce segment. Rien sur les deux autres sujets. « C’est le programme le plus facilement accessible de l’IVAC. C’est vraiment pas difficile d’obtenir ça », explique la journaliste. « Ça pourrait donner des idées à certaines personnes. Une façon facile d’aller faire de l’argent », répond l’animateur.

L’angle choisi par le reportage est celui de l’abus et du gaspillage: « Québec consacre un demi-milliard par an à l’indemnisation des victimes d’acte criminel. C’est trois fois plus d’argent pour deux fois plus de victimes qu’avant la réforme. La question n’est donc pas banale. Comment préserver la santé financière d’un régime unique en Amérique du Nord? »
Tout dans cet extrait semble indiquer que l’IVAC est un « bar ouvert », pour reprendre les mots de Patrick Lagacé pendant l’entrevue.
1) Il n’est pas innocent de parler d’un demi-milliard plutôt que du chiffre exact, c’est-à-dire 473 millions. Le mot « milliard » choque beaucoup plus.
2) Le but de la réforme étant de rendre l’IVAC plus accessible, que deux fois plus de victimes soient indemnisées devrait être présenté comme un succès plutôt que comme un potentiel gaspillage.
3) Un régime d’indemnisation, par définition, n’a pas de « santé financière ». À moins d’en faire un programme à cotisation comme l’Assurance-Emploi ou le Régime des rentes du Québec, l’IVAC sera toujours une dépense. Ensuite, pourquoi prendre pour acquis qu’il y a non seulement des abus, mais que ceux-ci sont un fardeau important pour le régime?

Si je me fie aux chiffres présentés dans le reportage, les abus semblent dérisoires au mieux. Sur 473 millions, la Prestation pour enfant né d’une agression à caractère sexuel ne représente que 10.7 millions, soit à peine plus de 2% des indemnités totales.

Le montant consacré à la prestation a été multiplié par 20 en 3 ans. C’est énorme, j’en conviens. Il n’y a toutefois rien d’étonnant dans un contexte où la violence à caractère sexuelle est de plus en plus dénoncée et de moins en moins stigmatisée. La fin du délai de 2 ans pour avoir droit à la prestation a dû également jouer pour beaucoup. De la même façon que la fin du délai de prescription pour les poursuites civiles contre un agresseur sexuel a augmenté le nombre de plaintes pour des raisons évidentes.

Mon malaise avec le reportage vient de l’exemple choisi pour montrer qu’il existe bien une « faille » dans le programme. On nous présente l’histoire de « Stéphane », qui a appris par son avocat que la mère de son fils reçoit la Prestation de l’IVAC bien que sa plainte pour agression sexuelle ait été rejetée. La mère en question a refusé de participer au reportage.

Une dramatisation de la version de « Stéphane » est présentée. On le voit abasourdi de constater qu’il est présenté comme un agresseur dans les dossiers de l’IVAC, visiblement secoué par le conflit avec son ex-conjointe, et passer de beaux moments avec son fils. En voyant cette scène, il est difficile de ne pas avoir l’impression que « Stéphane » est un bon gars qui a subi une injustice.

L’homme ne considérant pas avoir agressé son ex-conjointe, il est choqué d’être identifié comme agresseur dans un dossier du gouvernement. Je peux tout à faire comprendre. Toutefois, les interventions de « Stéphane » dépassent son cas personnel. Il questionne le fait qu’une mère puisse avoir droit à la Prestation de l’IVAC tout en recevant une pension alimentaire du père de l’enfant. « C’est comme si madame touche deux pensions alimentaires. » Le reportage présente la réponse du ministère de la Justice: « La prestation pour enfants issus d’une agression sexuelle et la pension alimentaire sont deux sommes qui ne visent pas les mêmes objecitfs. L’aide est versée pour les besoins de l’enfant, peu importe la situation de la personne qui y pourvoit. »

Le passage de l’entrevue de « Stéphane » qui m’a mis hors de moi: « On est dans une période où tout ce qui est agression sexuelle ou relève de l’agression sexuelle est mis au premier plan, est mis en lumière, puis à mon sens à moi, c’est une bonne chose. Par contre, ça peut peut-être faire en sorte que certaines personnes tentent de capitaliser là-dessus. »

Bien sûr que le père qui se bat en cour pour réduire le montant de la pension alimentaire va dire que Madame est une profiteuse. En quoi son opinion est-elle pertinente? Ça m’a fait penser au documentaire de Marie-France Bazzo où un chanteur accusé d’agression sexuelle disait que le mouvement des dénonciations était allé trop loin. Allez donc demander à Vincent Lacroix si l’Autorité des marchés financiers est trop sévère.

Je comprends la volonté de s’assurer que l’argent public soit bien administré et que les prestations soient versées aux personnes qui les méritent. Toutefois, pour une enveloppe totale de 10 millions de dollars, je pense qu’ajouter des barrières administratives serait plus coûteux que l’argent potentiellement économisé, en plus d’ajouter à l’épreuve subie par les victimes.

Je laisse le mot de la fin à Christine Labrie, avec qui je suis entièrement d’accord: « Christine Labrie: « Vaut mieux avoir quelques personnes qui se sont faufilées, qui ont abusé du sytème que d’avoir un filtre trop serré et qu’on ne réussisse pas à aider les personnes qui ont besoin d’un programme comme celle-là. »

  • ✇Climb to the Stars
  • Works Together [en]
    [en] You know, sometimes words need to clash in the heavens of your mind to take you where you didn’t need to be. They could have been brought together on a whim or painstakingly chiselled into being. It doesn’t matter. Meaning rips through the cracks as you try to reconcile fireworks with reality. It’s the wave on the ocean in the depths of a cave. What is true about lipstick? Are eagles the future? A lightening bolt stretches through time and you are lost in the woods. You grasp at something
     

Works Together [en]

29 janvier 2026 à 17:53
[en]

You know, sometimes words need to clash in the heavens of your mind to take you where you didn’t need to be. They could have been brought together on a whim or painstakingly chiselled into being. It doesn’t matter. Meaning rips through the cracks as you try to reconcile fireworks with reality. It’s the wave on the ocean in the depths of a cave. What is true about lipstick? Are eagles the future? A lightening bolt stretches through time and you are lost in the woods. You grasp at something that has to be there because the words told you so – but they just might be lying. And you just might need to be precisely here. Or not.

  • ✇affordance.info
  • On meurt dans mon université.
    C’est une lettre absolument inédite, absolument dramatique, et absolument bouleversante aussi. La lettre d’une présidente d’université, Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul Valery, une lettre qu’elle adresse au président de la république. Aujourd’hui dans le journal Le Monde. Vingt piges que je suis titulaire dans l’enseignement supérieur et je n’ai jamais vu ça. Personne n’a jamais vu ça. Pourtant ce courrier, tous les présidents et toutes les présidentes d’université auraient déjà dû
     

On meurt dans mon université.

27 janvier 2026 à 12:51

C’est une lettre absolument inédite, absolument dramatique, et absolument bouleversante aussi. La lettre d’une présidente d’université, Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul Valery, une lettre qu’elle adresse au président de la république. Aujourd’hui dans le journal Le Monde. Vingt piges que je suis titulaire dans l’enseignement supérieur et je n’ai jamais vu ça. Personne n’a jamais vu ça. Pourtant ce courrier, tous les présidents et toutes les présidentes d’université auraient déjà dû l’écrire depuis 10 ans au moins.

Depuis des années, nous alertons sur la situation des universités. Si vous êtes lecteur et lectrice de ce blog vous m’avez souvent vu et lu en train d’utiliser un vocabulaire pas toujours très universitaire et très châtié pour décrire ce qui n’est que la réalité que chaque jour nous sommes des milliers à éprouver. Si la réalité c’est quand on se cogne (comme le formulait Lacan), alors je vous confirme qu’on se cogne. Et chaque année de plus en plus fort. Et de plus en plus dur.

Il y a presque 3 ans, je vous expliquais pourquoi à Nantes Université on ne sourcillait pas à l’idée de conjuguer le label du bien-être et la réalité de l’épuisement professionnel.

Il y a un mois et demi, mi-décembre 2025 j’écrivais « Regarde les universités crever. Regarde bien. »

Il y a à peine une semaine j’écrivais encore « Parcoursup est lancé. Et à l’université, c’est tous les jours le Doomsday. »

Tout en mesurant la difficulté de l’exercice qui est le leur, je rappelle régulièrement ce qui à mon sens est une faute des présidents et présidentes d’université qui plutôt que de se mobiliser et d’emmener avec elles et eux leurs personnels, n’ont jamais vraiment tiré la sonnette d’alarme autrement que poliment et de manière feutrée, quand pourtant tout appelait à une immense colère qu’il s’agissait « juste » de canaliser, de porter, et d’incarner. Toutes et tous ont alors choisi de répondre « Oui mais … ».

Discutez avec n’importe quel universitaire aujourd’hui, de n’importe quelle université, quelque soit son rang, son statut, sa discipline. Toutes et tous vous diront que oui, ils ont aussi vu, connu, observé, vécu, traversé, ce qui est enfin décrit, enfin porté, enfin affirmé par une présidente d’université.

Je vous partage cette lettre. Je vous incite à la lire attentivement, à la faire circuler aussi. Massivement.

Je forme le voeu que toutes les présidentes et présidents d’université auront le même courage que celui d’Anne Fraïsse. Et lui apporteront publiquement leur soutien (car elle va probablement prendre cher …) et qu’à leur tour, surtout, ils auront le courage de poser aussi les mots nécessaires à la description du réel qui cogne. Qui cogne. Et qui cogne encore.

La lettre d’Anne Fraïsse parle de gens qui meurent au travail. D’épuisement. De rage. De colère. Elle parle d’abandon et de mise à mort programmée et inscrite dans les « objectifs budgétaires ». Elle parle de travail forcé. Ces mots peuvent apparaître démesurés à l’échelle de l’image qui est portée sur l’université, principalement d’ailleurs par les mêmes salopards qui organisent sa mise à mort par discrédit autant que par assèchement de crédits. Ces mots sont pourtant les seuls qui vaillent. Sauf que jamais personne n’aurait dû ne serait-ce que pouvoir imaginer qu’ils puissent être tenus au 21ème siècle dans la 6ème puissance économique mondiale.

Lisez la lettre d’Anne Fraïsse. Partagez-là. Et prenez là pour ce qu’elle est, un ultime avertissement après lequel, si rien n’est fait, plus rien ne pourra être sauvé de ce que fut l’université. Chacun alors aura le choix entre la soumission, l’indifférence ou l’indignation.

« Savoir et se taire c’est être complice, je ne peux pas taire cette injustice. » Cent pour cent des universités françaises ont voté un budget en déficit. Les prochains silences des présidents et présidentes d’université ou leurs prochains atermoiements feutrés ne seront plus simplement complices. Ils seront pleinement coupables.

Et si vous croisez Anne Fraïsse, remerciez la pour son courage.

La lettre est directement accessible depuis le site de l’université. J’en reproduis ici une version.

Pourquoi il ne faut pas interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans (mais réfléchir à interdire CNews aux adultes avec le droit de vote).

26 janvier 2026 à 11:21

Depuis plusieurs mois, Emmanuel Macron tient un discours extrêmement offensif sur la nécessité d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans (malgré un premier taquet du conseil d’état). Et pousse très fort (en tout cas communique très fort) sur sa volonté de légiférer rapidement. Très rapidement. D’ailleurs c’est aujourd’hui (lundi 26 Janvier) que le projet de loi arrive à l’assemblée nationale pour un examen en « procédure accélérée » avec en ligne de mire (mais il a un peu de mal à viser en ce moment, huhuhu) une entrée en vigueur pour la rentrée de Septembre 2026.

        Topper Harley ou Pete « Maverick » Mitchell, je crois que la question elle est vite répondue. 

En plus de celui de baser l’essentiel de sa communication sur le sujet au travers de publications sur … X, cette interdiction pose au moins deux problèmes.

D’abord la rationalité d’une telle décision en termes de politique de santé publique. Car tout le monde (je parle ici de la communauté scientifique, pas des experts de plateaux télé ou de votre oncle Patrick) est d’accord pour indiquer qu’il n’existe pas de consensus scientifique sur le sujet d’une addiction (aux écrans et/ou aux réseaux sociaux). Or la démonstration de cette addiction serait pourtant la seule cause rationnelle d’une nécessité d’interdiction. Interdiction qui si une addiction était un jour réellement démontrée, et si on poussait alors la logique, devrait ne pas se limiter aux moins de 15 ans mais s’étendre aussi à l’ensemble de la société et donc aux publics y compris … adultes, ou à tout le moins, pour ces publics, faire l’objet de campagnes de sensibilisation au moins équivalentes à celle contre le tabac et l’alcool (toujours pour lesdits adultes).

Ensuite parce que, et je l’explique sur ce blog depuis des années, l’idée même d’une interdiction ou d’un couvre-feu est totalement idiote. Non pas que l’impact des médias sociaux sur les enfants et les adolescents soit nul, non pas qu’il faille le minorer, non pas que lesdits réseaux sociaux soient exempts de problèmes et ne causent aucune situation de souffrance ou de dépendance corrélées à des situations sans lien direct avec l’usage ou le non-usage des écrans ; mais cette interdiction telle qu’elle est imaginée aujourd’hui et au regard des dispositifs, des habitus technologiques partagés mais aussi de leurs failles inhérentes, cette interdiction porte en elle l’ensemble des possibilités de contournement qui seront (et sont déjà) à l’oeuvre pour s’en défaire et la rendre au mieux inopérante et au pire totalement contre-productive. Dans le seul pays (démocratique) qui l’a voté et tente de l’appliquer (l’Australie), les adolescents concernés détournent déjà les dispositifs de reconnaissance faciale supposés certifier l’âge. Et sur un autre sujet, depuis que l’on a interdit l’accès aux mineurs aux mastodontes du porno que sont Youporn ou Pornhub, on a vu croître et se multiplier les sites pornographiques se soustrayant à l’obligation de vérification d’âge et encore plus immondes en termes de violence de contenu et de pratiques que les deux sus-nommés.

La seule vertu d’une interdiction (pour autant qu’elle repose sur un consensus scientifique et qu’elle puisse s’appliquer sans atteinte aux libertés fondamentales ce qui n’est doublement pas le cas ce celle imaginée par Emmanuel Macron), la seule vertu d’une interdiction est de minorer les effets nocifs, malsains, « addictifs » qui auraient été démontrés.

Mais la seule chose qui est aujourd’hui démontrée, documentée et établie, et il faut donc encore une fois le marteler, c’est que les plateformes de médias sociaux sont non seulement parfaitement au courant des nuisances qu’elles produisent, mais qu’elles sont aussi parfaitement en capacité de les limiter voire de les réduire à néant (en cassant les chaînes de contamination virales, en supprimant la visibilité de certaines métriques, en embauchant en nombre suffisant des modérateurs, etc.). Et qu’elles ne le font pas parce que ce n’est pas bon pour leur modèle d’affaire. Et qu’après les industries du pétrole et du tabac, elles entretiennent de manière cynique et criminelle le troisième grand mensonge de notre modernité. Je vous remets ce que j’écrivais en Septembre 2023 dans l’article « Ouvrir le code des algorithmes ne suffit plus » :

« Après les mensonges de l’industrie du tabac sur sa responsabilité dans la conduite vers la mort de centaines de millions de personnes, après les mensonges de l’industrie du pétrole sur sa responsabilité dans le dérèglement climatique, nous faisons face aujourd’hui au troisième grand mensonge de notre modernité. Et ce mensonge est celui des industries extractivistes de l’information, sous toutes leurs formes. (…) Et même s’ils s’inscrivent, comme je le rappelais plus haut, dans un écosystème médiatique, économique et politique bien plus vaste qu’eux, leur part émergée, c’est à dire les médias sociaux, sont aujourd’hui pour l’essentiel de même nature que la publicité et le lobbying le furent pour l’industrie du tabac et du pétrole : des outils au service d’une diversion elle-même au service d’une perversion qui n’est alimentée que par la recherche permanente du profit. »

 

Depuis que j’écrivais ceci en Septembre 2023, la dérégulation totale de l’espace médiatique (des chaînes de télé aux médias sociaux et passant par la presse écrite) s’est encore accélérée alors qu’on l’imaginait pourtant déjà au maximum de sa vitesse, et chaque fait de notre réalité n’est aujourd’hui plus que le prétexte à un récit médiatique pour l’essentiel aussi totalement hors de contrôle que totalement asservi aux intérêts de puissances illibérales ou d’individus ayant fait le choix de les incarner ou de ramper à leurs pieds pour préserver leurs propres intérêts économiques. Ce ne sont pas « les médias sociaux » qui maintiennent à l’antenne un pédocriminel (Morandini) ; ce ne sont pas « les médias sociaux » qui donnent libre antenne à une personnalité politique multi-condamnée notamment pour complicité de provocation à la haine (Zemmour) ; ce ne sont pas « les médias sociaux » qui font d’un gigot mal cuit la source d’un complot du monde musulman autour de la nourriture Halal ; ce ne sont pas « les médias sociaux » qui laissent sans sourciller à l’antenne et en présence de journalistes, le fils d’un chasseur de Nazis parler de la nécessité d’établir aujourd’hui des rafles de population immigrée (Klarsfeld) ; ce ne sont pas « les médias sociaux » qui face à des images de l’ICE assassinant à bout portant des citoyens américains reprennent mot à mot les éléments de discours de l’administration Trump qui sont à l’opposé de l’évidence des faits et des images les documentant.

Vous me pardonnerez donc la comparaison mais l’impact (délétère, problématique) des médias sociaux sur les mineurs de moins de 15 ans est infiniment moins problématique que l’impact de l’écosystème de l’empire Bolloré (notamment) sur la santé mentale et le rapport aux faits et à la vérité de toute la population adulte en âge de voter.

Et je veux ici encore une fois le rappeler, à chaque fois qu’Emmanuel Macron (ou d’autres) vous parlent de l’urgence et de la nécessité de réguler les médias sociaux, il évite de traiter de la seule urgence qui vaille et qui serait de totalement repenser et rééquilibrer les forces du champ médiatique « classique » qui part totalement en vrille.

« Oui mais donc on fait quoi ? » me direz-vous.

On fait ce qui suit. Il est de toute évidence éminemment urgent et nécessaire d’astreindre les plateformes de médias sociaux à des régulations limitant leur pouvoir de nuisance. Et chacun sait aujourd’hui exactement comment faire. Tout comme chacun se rend aujourd’hui compte qu’il n’est qu’une seule et unique manière d’y parvenir. Tout cela aussi je l’ai déjà écrit, dit, expliqué. Il faut que l’ensemble de ces plateformes de médias sociaux soient reconnues comme pleinement éditrices des contenus qu’elles portent. Et il faut en finir avec l’hypocrisie du statut d’hébergeur qui continue aujourd’hui de leur être accordé. J’ai écrit un long article sur le sujet il y a peu, voyez le « chapitre 4 » du billet titré « Le web pourrissant  et l’IA florissante : si nous sommes le bruit, qui sera la fureur. » En résumé (mais vraiment allez lire mon article en entier si cela vous intéresse) :

Dans la jurisprudence, l’un des critères les plus déterminants qui permet de distinguer entre hébergeur et éditeur et celui dit du « rôle actif », défini comme « la connaissance et le contrôle sur les données qui vont être stockées. » Or qui peut aujourd’hui sérieusement prétendre que Facebook, Instagram, X, TikTok et les autres n’ont pas un rôle actif dans la circulation des contenus hébergés, et que ces plateformes n’auraient ni connaissance ni contrôle sur les données et contenus stockés ? Le gigantisme fut longtemps l’argument mis en avant par les plateformes pour, précisément échapper à leur responsabilité éditoriale. Cet argument n’a aujourd’hui (presque) plus rien de valide techniquement ou de valable en droit.

 

Alors certes c’est un changement de paradigme. Alors certes là pour le coup va falloir se doter en termes de volonté politique de toute la panoplie du courage sacrificiel de l’imaginaire de Top Gun et pas simplement des lunettes aviateur de kéké.

Mais dans le discours ambiant autour de cette interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, il y a encore un point, un élément, une conséquence, que jamais personne n’évoque ni ne discute et qui me semble pourtant déterminant. Heureusement que je suis là 🙂

Admettons que cette interdiction soit votée et admettons qu’elle s’applique.

Si l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans était votée ce serait alors le plus tonitruant signal envoyé à l’appui de toutes les formes de dérégulation que ces plateformes espèrent et attendent.

Et c’est assez simple à comprendre : si plus aucun mineur de moins de 15 ans, aux yeux de la loi, ne peut et ne doit y être présent, alors le peu de (re)tenue et de régulation auxquelles elles s’astreignaient jusqu’ici par crainte d’une atteinte trop profonde à leur image deviendra instantanément caduque.

La responsabilité, la seule responsabilité de l’accès de mineurs de moins de 15 ans à des contenus extrêmement violents ou problématiques pour cet âge reposerait alors intégralement soit sur une défaillance de la responsabilité parentale, soit sur une incapacité de l’État à garantir le respect du cadre législatif dont il s’est doté. En clair et quoi qu’il puisse se passer ce ne sera plus du tout la faute des plateformes.

Si cette interdiction était votée et s’appliquait, tout se jouerait donc autour de la charge de la preuve de la vérification d’âge. Si c’est aux plateformes de faire la chasse aux comptes de moins de 15 ans, cela impliquera aussi, pour être efficace, que l’État (via des tiers de confiance comme … la CNIL ou l’ANSSI ou l’ARCOM ou PHAROS ou ma tante …) que l’État donc soit lui-même en capacité de documenter leurs manquements, c’est à dire d’identifier des comptes de moins de 15 ans toujours actifs alors qu’ils auraient supposément dû être repérés et fermés. Autant vous dire que ça va être compliqué vu les moyens actuels de l’état et le dimensionnement des effectifs des tiers de confiance sus-mentionnés. Notez bien sûr que les plateformes n’ont absolument aucun intérêt à effectuer cette vérification ou en tout cas à l’effectuer de manière optimale et maximale. Et si c’est à l’État de faire les vérifications, on retombe alors dans le scénario que j’évoquais plus haut, c’est à dire que l’entièreté de la responsabilité et de la charge de la preuve reposerait alors sur les familles (ou sur l’État lui-même). Aucune de ces deux solutions n’est ni souhaitable ni envisageable à l’heure actuelle autrement que dans des contextes politiques totalement et dangereusement illibéraux ou aveugles.

Soyez attentifs et attentives aux prochaines semaines autour de ce projet de loi. Vous serez surpris de constater qu’un certain nombre de plateformes ne vont pas le combattre avec toute l’énergie et la détermination que l’on aurait pu supposer. Car ce projet de loi ne les desservira pas totalement, et il est même probable qu’il leur soit utile pour basculer dans de nouveaux régimes de dérégulation.

« Oui mais en Australie. »

Je vous vois et vous entend. Et j’entends aussi notre Topper Harley national et tout l’hémicycle de droite et d’extrême-droite me dire « Oui mais en Australie ils l’ont fait et ça marche !« . Ce à quoi je réponds : « Alors en Australie ce qui marche c’est surtout des kangourous. » En d’autres termes, alors oui ils l’ont fait, mais ils l’ont fait de manière quand même assez … étrange, et pour l’instant bah ça marche pas super super.

Ils l’ont fait c’est certain et ce sont près de 5 millions de comptes qui auraient été supprimés ou désactivés ou restreints, en tout cas, et c’est important, selon les autorités.

Ils l’ont fait et en effet ça nous a mis le Zuck en pétard (mouillé) et en mode, « vous voulez pas plutôt collaborer avec l’industrie » et « travailler à un relèvement collectif des standards de sécurité, avec la possibilité de proposer des expériences adaptées à l’âge« , arguant (ce qui est vrai, je l’ai moi-même fait dans l’argumentaire de ce billet) que l’un des risques était de voir migrer les adolescents (en Australie la majorité numérique est à 16 ans) vers d’autres plateformes (encore) moins régulées.

Mais ils ne l’ont pas fait pour toutes les plateformes (et du coup bah … on cherche un peu le sens de tout ça …). Ils l’ont fait pour Facebook, Instagram, Threads, TikTok, Snapchat, Kick, Reddit, X, Twitch et YouTube (c’est certes déjà pas mal), mais ils ne l’ont pas fait pour Messenger, WhatsApp, Discord ou Roblox (plateformes initialement de messagerie ou de jeux mais qui sont aujourd’hui fonctionnellement construites et pensée comme autant de médias sociaux, perméables notamment à de la publicité et à toute une liste de dérives déjà largement documentées).

L’esprit de la loi australienne est le suivant « La législation est formulée de manière à donner une définition assez large des réseaux sociaux, laissant à la discrétion de la commissaire à la sécurité numérique [Julie Inman Grant – ndlr] le soin de désigner les plateformes comme telles. » Et bon courage à Julie Inman Grant qui jouit ici d’un grand pouvoir que j’espère corrélé à de grandes responsabilités parce qu’elle va avoir du taff … #SpidermanAttitude

Et donc l’une des premières conséquences a été un déport vers trois plateformes dont la popularité à explosé : « Lemon8, une application qui appartient à ByteDance, propriétaire de TikTok, puis Yope et WhatsApp. » Faut bien avouer que si on ferme des comptes de mineurs sur Instagram ou Tiktok pour qu’ils se retrouvent sur Lemon8 qui appartient à Tiktok …

Autre problème ou effet cliquet que ces débats mal posés et mal arbitrés inaugurent partout dans l’écosystème des services numériques, c’est celui d’une vérification d’âge que personne n’est en capacité de faire sans porter atteinte aux libertés (en l’état en tout cas des services actuels) mais que tout le monde à intérêt de faire y compris des pires manières possibles pour s’affranchir de possibles réglementations inabouties et bancales. Et voici donc « OpenAi qui ient d’annoncer le déploiement dans les prochaines semaines dans l’Union européenne de son outil de prédiction de l’âge » qui reposera, je cite toujours, sur « une combinaison de signaux, notamment la durée d’existence du compte, les sujets de conversations, les moments de la journée où l’utilisateur se connecte ou encore l’âge déclaré, a expliqué l’entreprise. » Et pourquoi OpenAI fait-il cela : parce qu’OpenAI vient d’ouvrir sa boîte de Pandore en proposant des chatbots sexualisés (notamment) et constate (comme c’est étonnant …) les dégâts causés à l’échelle de population jeunes (mais pas uniquement).

Conclusion.

Il faut avoir et garder un élément en tête. Jamais les grandes plateformes de médias sociaux ne renonceront à capter ce public adolescent et même enfantin. Jamais. Pour une raison simple : c’est là leur dernier levier de croissance. Et c’est le seul. Je vous l’expliquais déjà il y a … onze ans, en vous chantant : « Voici venu le temps du web des enfants. » C’est la raison pour laquelle toutes ces plateformes sans exception ont déjà déployé ou tenté de déployer des offres calibrées pour capter ces audiences : Youtube Kids, Messenger Kids ou encore Instagram for Kids (projet mis en pause depuis 2021). Et elles vont continuer.

La seule « bonne approche » dans cette régulation des accès des mineurs à ces plateformes, et quand je dis « bonne approche » j’entends qu’elle soit applicable en droit sans éparpiller façon puzzle les libertés publiques associées, la seule « bonne approche » consiste donc soit à modifier le statut des plateformes pour les rendre pleinement éditrices (et marginalement hébergeuses), mais en effet c’est un. changement complet de paradigme. Et/ou à travailler à contraindre les plateformes pour faire en sorte d’augmenter leurs responsabilités (éditoriales) à destination des publics mineurs qu’elles sont tout à fait ne capacité de circonscrire et de cibler. C’est par exemple l’orientation qui avait été travaillée, en Californie, à l’occasion du vote d’une loi « The California Age-Appropriate Design Code Act« , proposée en 2021 pour une entrée en vigueur en 2024, mais qui s’était finalement vue barrée par le puissant lobby des entreprises derrière « Netchoice » qui milite pour une dérégulation totale du commerce en ligne et combat toute forme de régulation quelle qu’elle soit au nom du 1er amendement de la constitution américaine.

L’idée derrière le California Age Appropriate Design Code Act était pourtant assez vertueuse et bien dimensionnée puisqu’il s’agissait :

« d’obliger les réseaux sociaux – comme Instagram et TikTok – et les plateformes de jeux via Internet à faire passer l’intérêt des enfants avant leurs profits. Approuvé à l’unanimité, le « California Age-Appropriate Design Code Act » obligerait ces plateformes en ligne à examiner comment la conception de leurs produits, leurs algorithmes et leurs stratégies publicitaires pourraient constituer un danger pour les mineurs. (…) S’il est définitivement approuvé, ce texte n’entrera en vigueur qu’à partir de 2024. Les législateurs californiens ont renoncé à une autre mesure qui aurait permis aux autorités de poursuivre les réseaux sociaux s’ils développaient des produits addictifs pour les mineurs (sic). »
Source Les Echos. Août 2022

 

Mais ces approches de régulation concertée et centrée sur les plateformes ne sont envisageables que dans le cadre d’une sincérité législative qui est aujourd’hui malheureusement inenvisageable. Si les lobbies ne font pas entrave, si Donald Trump ne menace pas d’augmenter les droits de douane et d’envahir la Pologne, les détournements seront dans tous les cas massifs et pour l’essentiel invérifiables.

Interdire les médias sociaux aux moins de 15 ans est donc en l’état inapplicable, et l’applicabilité d’une telle mesure reviendrait à encore augmenter l’arsenal législatif entravant le respect de la vie privée et des libertés individuelles. Et au regard de ce qui se passe à l’étranger et se profile potentiellement en France pour les prochaines présidentielles, si on peut éviter de se tirer des balles dans le pied, ça permettra peut-être que la future « ICE » nous mette un peu. moins de balles dans la tête.

La seule décision raisonnable et rationnelle pour protéger les mineurs (mais pas uniquement) c’est que la responsabilité des plateformes soit engagée sur leur statut désormais clair d’éditeur de l’ensemble des contenus qu’elle agrègent et organisent éditorialement et que le recours à la mention d’hébergeur ne soit plus la règle mais l’exception.

Zuckeberg à l’époque où il faisait son tour du monde de convocations devant les représentations nationales pour une liste de manquements extrêmement graves et documentés de sa plateforme (c’était en 2020) avait eu cette phrase : « Treat us like something between a Telco and a Newspaper » (« traitez-nous comme quelque chose entre un opérateur télécom et un journal »). Et bien ne le traitons pas comme ça l’arrange mais comme ce qu’il est : avant tout un journal, avant tout un média. Et traitons tous les autres également et de la même manière.

 

Grain à moudre.

Petit recueil de textes pour réfléchir (‘sereinement) à tout ça (et comprendre pourquoi après y avoir réfléchi sereinement ça reste bien une idée à la con 😉

D’abord l’article très complet de Léo Roussel sur Mediapart à propos de l’expérience Australienne.

Ensuite l’interview d’Anne Cordier (la Queen sur ces sujets) et Grégoire Borst dans Usbek Et Rica : « Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes ? » (spoiler : bah non).

Bien sûr l’étude de l’ANSES dont tout le monde parle beaucoup mais que peu de personnes ont visiblement lu, et qui ne préconise pas d’interdire les réseaux sociaux mais de leur imposer des régulations suffisamment fortes pour désarmer leurs paramétrages toxiques (viralisation, biais de négativité, dark patterns, etc.)

Sans oublier les 3 articles d’Hubert Guillaud (le GOAT) sur la vérification d’âge, notamment le troisième (« un internet de moins en moins sûr« , « Impunité des géants et criminalisation des usagers« , « Panique morale en roue libre »)

Et parce qu’il traite d’une partie de ce sujet (autour de Grok qui déshabille les mineurs) mais aussi parce que chaque phrase de cet article est un coup de point dans la gueule des MAGA et de Musk (et une invitation à nous interroger sur ce que nous-mêmes tolérons et acceptons), le dernier papier de Thibault Prévost sur Arrêt sur Images, « Contre X », dont j’extraie cette citation, « Que faut-il attendre d’un président qui promet 109 milliards d’euros pour développer des IA génératives toxiques, et qui fête l’ouverture d’un sommet industriel pro-IA en publiant un deepfake de lui-même, sur X de surcroît ? »

[Mise à jour du lendemain] L’assemblée nationale a, malheureusement et sans trop de surprise, adopté le projet de loi d’interdiction des réseaux sociaux. Le sénat lui emboîtera probablement le pas.

Spoiler : en l’état du droit et comme le remarque Raphaël Grably, la capacité de cette interdiction relève du seul périmètre de la commission européenne. Plus précisément :

Spoiler again : il est plus que probable que le Conseil d’Etat (avant ou après le passage au Sénat) remette un taquet en expliquant que grosso modo y’a rien qui va (définition de ce qu’est un réseau social, périmètre législatif européen, risque constitutionnel …).

Spoiler for sure : La commission européenne depuis quelques temps ne se signale pas vraiment pas sa volonté d’appliquer ne serait-ce que les règlementations en vigueur (notamment rapport à l’homme orange qui menace d’envahir la Pologne à chaque fois qu’on touche à un cheveu de ses Techbros). C’est donc très très peu probable qu’elle valide quelque forme d’interdiction que ce soit.

Spoiler au carré : de source bien informée (ici notamment), le gouvernement s’apprêterait à sortir une appli de vérification d’âge, adossée à la carte d’identité et intégrée à France Identité. Pour autant que ça marche et que ça aille au bout (cf les spoilers précédents), c’est donc France Identité qui deviendrait le tiers certificateur de confiance. Et là je dis bah bon courage et surtout « Hold my Beer » dès lors que le RN (par exemple) accédera au pouvoir. Et bon courage (bis) au regard de la quotidienneté et de l’immensité des fuites de données, y compris sensibles, et y compris au ministère de l’intérieur qui pas plus tard qu’il y a un mois reconnaissait son « manque d’hygiène informatique » (sic). [Mise à jour de la mise à jour du lendemain] Car pour rappel le principe du tiers de confiance c’est qu’il ne soit pas capable de faire le lien entre vous (qui cherchez à accéder à tel ou tel site) et la plateforme ou le service ou le site (auquel vous voulez accéder). Or en l’état, France Identité accède aux deux bouts de la chaîne, en tout cas est en capacité de le faire.

 

  • ✇Climb to the Stars
  • Où est le “case manager” du patient? [en]
    [en] Encore un truc que j’ai mis sur Facebook qui “devrait être un billet de blog”. Une idée qui me passait par la tête. Sur Facebook, pas besoin de titre, on pense à haute voix, on laisse des fautes, c’est pas grave. Ici, je polis un peu plus. Ce qui manque à notre système de santé quand on tombe malade ou qu’on a un accident qui réduit sa capacité à défendre ses intérêts en tant que patient: une personne-ressource, genre un “case manager au service du patient”, qui prend en charge de:
     

Où est le “case manager” du patient? [en]

25 janvier 2026 à 09:13
[en]

Encore un truc que j’ai mis sur Facebook qui “devrait être un billet de blog”. Une idée qui me passait par la tête. Sur Facebook, pas besoin de titre, on pense à haute voix, on laisse des fautes, c’est pas grave. Ici, je polis un peu plus.

Ce qui manque à notre système de santé quand on tombe malade ou qu’on a un accident qui réduit sa capacité à défendre ses intérêts en tant que patient: une personne-ressource, genre un “case manager au service du patient”, qui prend en charge de:

  • trouver les spécialistes (médicaux) ou ressources (aide au ménage, paramédical) qu’il faut – orienter pour éviter l’errance médicale ou les retards de prise en charge
  • gérer l’administratif: ordonnances, certificats médicaux, rapports avec les assurances, agender les rendez-vous médicaux et tout le reste – toute la bureaucratie supplémentaire qui tombe sur le patient
  • avoir une vue d’ensemble des symptômes, diagnostics, examens, traitements, – bien connaître le dossier médical
  • possiblement d’autres trucs auxquels je ne pense pas juste là.

Pour les personnes en couple c’est souvent “l’autre” qui joue ce rôle, pour les enfants, c’est les parents. Quand on est seul… la réalité est qu’on a souvent une moins bonne prise en charge.

Evidemment, le noeud de l’affaire c’est “qui paierait”, j’en ai bien conscience. C’est pas gratuit. C’est un “rôle” qui demande des compétences, mais qui manque vraiment dans la prise en charge, d’autant plus dans un système socio-médical qui est de plus en plus sous pression et bureaucratique (et faillible, sur le plan administratif).

J’en ai clairement ressenti le besoin avec mon accident (mais j’ai d’autres situations dans mon entourage qui le montrent également, à mon sens). Juste après mon accident, j’ai du déployer beaucoup d’énergie et de ressources (heureusement j’ai beaucoup de ressources, je suis bien entourée, j’ai du réseau) pour premièrement obtenir le soutien dont j’avais besoin dans l’immédiate (aide pour la toilette, les repas, le ménage, gérer l’administratif accident-médical du moment), et deuxièmement réussir à obtenir la bonne prise en charge pour ma commotion. Ça a rajouté énormément de stress et de fatigue supplémentaire alors que j’étais déjà fragilisée.

Maintenant également, lors de ma rechute de ce début d’année: alors que j’ai besoin de repos, je dois gérer de la paperasse, des rendez-vous, de la communication d’informations avec les diverses parties prenantes qui se sont multipliées durant cette dernière année. L’augmentation de charge mentale quand on a un syndrome post-commotionnel est justement ce qu’on cherche à éviter. Et même quand on est dans une autre situation médicale, ça va jamais faire de mal de la réduire.

Si vous avez des idées géniales, des mécènes ou des sponsors potentiels sous le coude, ou si ce genre de chose existe déjà sous une forme ou une autre qui mériterait d’être développée, annoncez-vous à la réception!

  • ✇affordance.info
  • Parcoursup est lancé. Et à l’université, c’est tous les jours le Doomsday.
    Imaginez-vous vivre dans un pays où la totalité des entreprises seraient déficitaires. La totalité. Un pays dans lequel aucune, je dis bien aucune entreprise ne serait en capacité de dégager un résultat positif. Et bien c’est exactement la situation actuelle de l’ensemble des université françaises. La totalité. Je vous l’avais annoncé (avec d’autres et depuis quelques années et avec colère) et c’est arrivé. La totalité des universités françaises ont voté un budget en déficit. Vous me direz qu’un
     

Parcoursup est lancé. Et à l’université, c’est tous les jours le Doomsday.

20 janvier 2026 à 10:32

Imaginez-vous vivre dans un pays où la totalité des entreprises seraient déficitaires. La totalité. Un pays dans lequel aucune, je dis bien aucune entreprise ne serait en capacité de dégager un résultat positif. Et bien c’est exactement la situation actuelle de l’ensemble des université françaises. La totalité. Je vous l’avais annoncé (avec d’autres et depuis quelques années et avec colère) et c’est arrivé. La totalité des universités françaises ont voté un budget en déficit.

Vous me direz qu’une université n’est pas une entreprise. Certes. Pour autant et depuis le vote de la funeste LRU, loi dite « d’autonomie », par la fumeuse Valérie Pécresse sous injonction du premier président délinquant (Nicolas Sarkozy), tout à été fait pour assimiler les universités à autant d’entreprises. Ça donne envie de gifler des gens de droite avec une barre à mine quand on relit ça aujourd’hui, mais à l’époque tout ça nous était présenté en mode « il s’agit de redonner de l’attractivité aux universités« . Lol. Dans un an, en 2027, voilà 20 ans que la loi LRU aura donc été déployée. Ne comptez-pas trop sur moi pour la fête d’anniversaire, mais le bilan est là : vingt ans c’est le temps qu’il faut pour totalement détruire à la fois les infrastructures universitaires (ou les laisser s’effondrer, cela revient au même), pour précariser totalement à la fois la population étudiante mais aussi les vacataires et personnels administratifs et techniques sans qui rien jamais n’est possible, pour faire de la recherche une activité concurrentielle comme les autres et ne plus la financer que « sur projet » (dont la plupart ne sont donc … pas financés), et pour épuiser presque totalement la bonne volonté et la détermination des enseignant.e.s. et des chercheurs et chercheuses.

Vingt ans c’est aussi le temps qu’il aura fallu pour en parallèle, faire toute la place au secteur privé, à ces écoles véroles qui captent les financements publics, à ces formations croupion qui ajoutent des frais de scolarité exorbitants à des diplômes en carton (mais tout va bien, c’est un banquier qui vous y accueille et qui vous parle des prêts possibles avant de vous parler des enseignements reçus), à ces conglomérats d’escrocs aka les grands groupes privés qui recrutent des clients avant de former des étudiants. Juste un chiffre. Presque 3 millions d’étudiantes et d’étudiants en France, dont presque 800 000 dans le privé. Un chiffre et une dynamique : « Depuis 2013, les inscriptions dans le privé ont même augmenté de 62,7 % contre 9,6 % dans le public. » Pourquoi cette explosion du privé depuis 2013 ? Pour bien comprendre, 2007 c’est donc l’année où la loi LRU est votée pour les universités, et 2013 c’est l’année où elles l’ont dans le cul parce que ce qui était prévu dans le cadre de la loi LRU c’était que : « d’ici au 1er , toutes les universités accèdent à l’autonomie dans les domaines budgétaire (article 50) et de gestion de leurs ressources humaines et qu’elles puissent devenir propriétaires de leurs biens immobiliers. » Tout ça, les 100% d’universités publiques qui votent aujourd’hui un budget en déficit, ce n’est pas le fruit du hasard mais l’aboutissement d’un projet politique parfaitement pensé, et surtout parfaitement dégueulasse.

Il fallait être rentable. Rentable les formations, rentable les débouchés, rentable, rentable, rentable. Et autour et pendant que les aides de l’état tombaient comme jamais dans les financements des aides aux entreprises, comme jamais les aides de l’état pour les universités se tarissaient : et aux universités de se démerder avec leur gestion bâtimentaire (pile au moment où la plupart desdits bâtiments commençaient à tomber en ruine), et aux universités de se démerder avec la prise en charge du glissement vieillesse-technicité, et aux universités de se démerder avec la prise en charge de la mutuelle de tous leurs agents et salariés. Et « à moyens constants » hein.

Alors on trouve certes sous la plume de quelques journalistes également ou anciennement universitaires, des éditoriaux qui nous alertent. Par exemple celui de Guillaume Erner le 16 Janvier sur France Culture qui disait et écrivait :

« Il y a deux manières de faire la guerre à l’université. La première est frontale : considérer, comme Donald Trump, que ce sont des repaires de gauchistes et les étrangler ouvertement. La seconde est plus sournoise : les laisser crever à petit feu, silencieusement, sans débat, sans indignation. J’ai bien peur que ce soit cette seconde méthode qui soit à l’œuvre en France.

Or il n’y a rien de plus dangereux pour un pays que cet anti-intellectualisme-là. Faire la guerre à l’université, ce n’est pas un détail budgétaire : c’est un volet central de la guerre à l’intelligence. C’est obérer l’avenir. Les étudiants d’aujourd’hui sont les doctorants de demain et les chercheurs d’après-demain. Ceux qui, au nom d’autres “priorités”, se désintéressent du sort des universités sont en train d’endommager gravement l’avenir du pays — dans une indifférence quasi générale. »

 

Mais à part ces quelques surgissements tout à fait confidentiels dans le bruit médiatique ambiant, partout un grand silence.

Et pourtant moi comme d’autres on s’agite, on analyse, on gueule, on documente. Et depuis longtemps. Mais rien putain. Rien. Et des ministres de la chose dont on à l’impression qu’ils ne font que se disputer le podium de la connerie, le maillot jaune de l’incurie, et la palme de la provocation. Dernier en date : Philippe Baptiste qui après avoir littéralement chié sur les universités et les universitaires en Novembre 2025 (« c’est pas Zola non plus« ) lance en Janvier 2026 des « Assises du financement des universités » (lire à ce sujet l’indispensable, l’incontournable, et le plus précieux d’entre nous, aka Julien Gossa). Le résultat de ces assises je vais vous le donner en exclusivité :

  • « la carte des formations va être revue. » Traduction : des formations vont fermer. Traduction de la traduction : les SHS ça va être une boucherie, allez plutôt vous trouver des métiers utiles et rentables aux yeux du Medef.
  • « L’offre de formation va être rationalisée à l’échelle des territoires. » Traduction : des sites universitaires délocalisés vont fermer (mais pas tout de suite, en tout cas pas partout tout de suite, parce que y’a des municipales et que globalement c’est pas le bon timing)
  • « Une politique différenciée des droits sera appliquée. » Traduction : les frais d’inscription vont exploser. Un peu exploser en licence. Beaucoup exploser en Master et au-delà. Et à la folie exploser pour les étudiantes et étudiants étrangers extra-communautaires (c’est malheureusement déjà souvent le cas) parce qu’en plus d’être étudiants bah ils sont étrangers.

Et vous savez quoi ? A la fin de ces « assises » on aura toujours aussi mal au cul et on fera toujours semblant de ne pas comprendre pourquoi.

Franchement je ne sais plus ni comment le dire ni comment m’y prendre. De la place qui est la mienne, de ce que je vois des micro-responsabilités que j’endosse ou ai endossé (ouverture de formation, direction d’un département, direction-adjointe d’une composante) je suis toujours autant effaré qu’en colère quand je vois à la fois notre propre capacité à nous tirer des balles dans le pied, notre incapacité à nous indigner autrement que de manière feutrée et policée, et pourtant l’énergie et la « bonne foi » d’une majorité de collègues qui décident de mesures dont chacun voit bien qu’elles sont mortifères. On n’a jamais fait autant de réunions, on n’a jamais eu autant d’instances, on n’a jamais eu autant de tutelles, on n’a jamais eu autant d’évaluations permanentes sur la qualité de ceci et l’opportunité de cela, et on n’a jamais été autant absolument incapables de « piloter » nos établissements autrement que par injonctions paradoxales et contradictoires. [Disclaimer. La littérature scientifique (notamment dans le champ de la psychologie et notamment dans les années d’après-guerre avant celle de l’économie et du management des années 1980) documente parfaitement la manière dont se termine l’histoire des individus et des institutions dirigées sur des injonctions paradoxales, et elle (la littérature scientifique) est unanime : ça se termine à l’asile.]

Mais alors concrètement, c’est quoi le quotidien d’une université
avec un budget en (gros) déficit ?

En résumé c’est une université où plus rien n’est jamais certain. On nous répète souvent dans tous les éditos économiques et politiques que les entreprises ont besoin de visibilité sur le moyen et le long terme et qu’elles n’aiment rien moins que l’incertitude. Bah figurez-vous que les universités … aussi. Quand plus rien n’est jamais certain, quand les personnels (profs, vacataires, agents techniques, personnels administratifs) ne savent pas s’ils pourront toujours être là dans un mois ou dans un an, quand on ne sait pas si on pourra maintenir tel ou tel groupe, telle ou telle formation, tout se tend puis … tout se détend brutalement dans le fracas d’un effondrement.

C’est une université dans laquelle des gens font des cours, beaucoup de cours, parce qu’il n’y a plus assez de collègues pour faire ces putains de cours (parce qu’on ne crée plus du tout de postes à l’échelle de la volumétrie des départs en retraite notamment et parce que même les vacataires ne veulent plus venir tellement c’est compliqué et la misère), et où ces mêmes gens qui font beaucoup de cours, où ces enseignant.e.s doivent attendre la réunion d’un tribunal des heures supplémentaires une fois que l’année est terminée, pour savoir s’ils pourront être ou non payés pour les cours qu’ils ont fait « en plus » durant cette année. Vous me direz « bah ils n’ont qu’à bosser pour la gloire, ça va bien vu leur salaire. » Je vous confirme que certains le font déjà. Vous me direz aussi « bah ils n’ont qu’à pas faire ces cours. » En effet. Certains le font déjà aussi. Et donc on ampute les maquettes et les contenus de formation. Et on marche au rabais. Mangez plutôt vos morts tiens.

C’est une université dans laquelle plus rien, absolument plus rien n’est logique. Chaque décision sur le plan de la formation ou de la recherche entre directement en concurrence (pas du tout libre et totalement faussée) avec des arbitrages de gestion de pénurie ou de financement sur projet qui au mieux les rendent impossible et au pire se font systématiquement au détriment d’autres (formations, composantes, collègues, services) qui sont pourtant les mêmes que nous. Ça me rend totalement dingue quotidiennement. Et si j’étais tout seul ce ne serait pas très grave.

100% des universités publiques qui ont voté un budget en déficit et n’ont donc, de manière très rationnelle et très empirique, plus aucun moyen pour fonctionner normalement. Je le redis différemment. 100% des universités publiques fonctionnent aujourd’hui au mieux en mode dégradé, en gérant des pénuries et de la précarité à tous les niveaux. Je le redis encore autrement. Derrière ce 100% des universités publiques qui crèvent à crédit, il y a vos gosses. 3 millions d’entre elles et eux. Vos gosses (les miens aussi hein) qu’on accueille. Vos gosses qu’on forme professionnellement. Vos gosses qu’on émancipe intellectuellement. Vos gosses qu’on ouvre culturellement. Mais vos gosses aussi qu’on soigne (la médecine universitaire est digne de celle d’un pays du tiers-monde mais les collègues – médecins, infirmières, psys, font ce qu’ils et elles peuvent et sans elles et eux les drames déjà intolérables le seraient encore davantage). Mais vos gosses aussi qu’on nourrit parce qu’aujourd’hui chaque campus est devenu une putain de succursale des restos du coeur, où l’on voit des profs filer des cours et à manger.

[Parenthèse : vous connaissez Benjamin Duhamel ?] Et lorsqu’enfin le gouvernement devrait voter les repas à un euro pour tous les étudiants et les étudiantes (hope so …) il faut encore se fader ce chancre mou de Benjamin Duhamel expliquant que « houlala mais les enfants de Bernard Arnault et des milliardaires ils vont pouvoir manger pour un euro, est-ce que c’est vraiment une mesure de gauche ? » Benjamin écoute-moi. Ecoute-moi bien. T’as vraiment cru que les enfants de Bernard Arnault ils étaient passé en fac de lettres à Cergy ? Où même à l’IAE de Poitiers ? T’as vraiment pensé que les chiards de nos milliardaires ils allaient faire la queue au Resto U ? Benjamin pardon mais vraiment t’es trop con. Tu me fatigues avec la constance d’un enfant de 3 ans sous ecsta, tu m’énerves avec l’opinâtreté d’un bouton d’acné récalcitrant sur la peau d’un adolescent, tu m’irrites la tête avec l’efficacité d’un milliard d’oxuyres irritant des culs. [/Maintenant vous connaissez Benjamin Duhamel.]

[Mise à jour du lendemain] Par ailleurs comme l’écrit très bien Nozo sur X : « On s’en branle on préfère qu’un enfant de bourgeois mange pr 1€ plutôt qu’un pauvre ne puisse pas manger ou se retrouve à devoir 36000 justificatifs pr bénéficier d’un repas pas cher. » [/Mise à jour du lendemain]

Dites et pensez ce que vous voulez de l’université mais gardez en tête que tout cela concerne d’abord vos enfants. Trois millions d’entre eux. Le monde dans lequel vos gosses (et les miens) vont devenir des adultes n’aura plus rien de commun avec celui que nous avons connu. Dérèglement climatique, conflits internationaux, escalades militaires, brutalisation des démocraties et des institutions, désinformation massive, arrivée au pouvoir de régimes autoritaires, illibéraux, montée des nationalismes et des fascismes. Donc on ne va pas seulement avoir besoin de discipliner les corps via la remilitarisation qui s’annonce, mais on va aussi avoir besoin, et besoin comme jamais d’avoir des gens capables de réfléchir et de penser le monde, leur monde, avec toute la distance et les connaissances que cela implique.

J’écoutais dimanche soir l’émission « En société » sur France 5 dans laquelle Magali Lafourcade (magistrate) expliquait à la fois comment et pourquoi Donald Trump et toute sa diplomatie mettaient les bouchées double en pression et en désinformation pour faire en sorte que l’extrême-droite (Le Pen ou Bardella) arrive au pouvoir en France (à partir de la 29ème minute). Demain il sera beaucoup trop tard pour sauver les universités et avec elles une certaine conception de la démocratie et de la société. Parce qu’aujourd’hui la plupart des politiques ont « juste » le projet qu’elles s’effondrent en nourrissant leur croyance que le privé les remplacerait. Ils et elles ne sont pas hostiles « au savoir » ou « à la connaissance » mais ils ne voient pas l’intérêt ce « cette connaissance là » ou de « ces savoirs là ». Mais demain celles et ceux qui seront au pouvoir auront une posture totalement différente : ils n’en auront absolument plus rien à foutre et viendront pisser sur nos tombes. Et pour ce qui tiendra encore vaguement debout, ils y mettront des grands coups de botte pour que ça finisse de s’effondrer. Nous ne serons plus des opposants ou des adversaires, nous serons des ennemis. Regardez autour de vous partout dans de monde à chaque fois qu’un pouvoir a basculé : aux USA avec Trump, en Argentine avec Milei, en Italie avec Melloni, et ainsi de suite. En France la rumeur d’un « islamo-gauchisme » à l’université a très exactement été inventée et construite pour cela. Et force est de constater que ça marche. A ce rythme là, demain en France comme ailleurs aujourd’hui, les enseignants, enseignantes, chercheurs, chercheuses, seront juste des ennemis. Des cibles. Voilà pour la première ligne. Mais derrière, juste derrière, il y a la deuxième ligne. Celle de vos gosses, justement.

Et puis sur tout ça vous ajoutez cette autre immense
saloperie qu’est Parcoursup
.

Et dont je vous ai aussi souvent parlé. Et là aussi pardon d’avoir eu (avec d’autres) raison trop tôt mais cela fonctionne exactement comme c’était prévu au départ. C’est à dire primo, déposséder la plupart des établissements de leur marges d’appréciation des dossiers. Juste pour vous donner une idée d’à quel point c’est lunaire, cette année on nous a expliqué que si on voulait toujours avoir des lettres de motivation dans les dossiers, bah il allait falloir … le justifier. Et oui. Je rappelle que par ailleurs tout est tellement saucissonné dans Parcoursup pour les lycéens et lycéennes que le remplissage d’un dossier renvoie immanquablement à la scène « ça dépend ça dépasse » du Père Noël est une ordure : décrivez votre vie en 100 caractères, votre projet d’orientation en 250 et votre motivation en 300 caractères espaces comprises. Parcoursup aujourd’hui c’est Twitter y’a 10 ans. Et donc maintenant c’est à nous de justifier que « ah mais oui on veut une lettre de motivation. » C’est encore une idée à la con de mon ami Mister T et de son équipe qui met au moins les 2/3 des équipes pédagogiques universitaires en PLS mais ça, mon ami Mister T et le ministère, ils n’en ont absolument rien à foutre. Deuxio, remettre entre les mains de décideurs aussi éloignés que possible du terrain (ou totalement alignés avec un agenda politique libéral circonstanciel, ce qui est tout à fait compatible avec le premier critère), les choix de volumétrie d’accueil et de nombre de places. Et là encore il faut lire Julien Gossa qui le répète, le documente et l’explique patiemment :

 

Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, la politique éducative nationale ne vise plus à élargir l’accès aux études supérieures, mais à le réduire. La France se tourne désormais officiellement vers un régime de démassification, de réduction du niveau global d’éducation et de formation professionnalisante de la population. Cette orientation n’a pas d’équivalent historique (…)

 

Tertio, tout miser sur l’épuisement par la contrainte. C’est tellement compliqué, tellement usant de se battre contre ces guignols, il faut tellement tout recommencer chaque année, qu’au bout d’un moment même les plus énervés (genre moi) finissent par capituler. Ok. Balek. Vous voulez qu’on trie juste parmi des moyennes anonymes ? On va le faire. Vous voulez qu’on soit tellement inondés de dossiers et de demandes qu’on finisse par se résoudre à ne plus les traiter que statistiquement ou algorithmiquement, et bah d’accord (vu que ça fait maintenant 7 ans qu’on s’épuise à vous expliquer et à vous démontrer que, par exemple, la hiérarchisation des voeux permettrait de tout accélérer et d’arrêter de faire nimp). Et derrière y’a plus pour les ministres et gouvernements qu’à tout laisser filer, et dès que ça commence à filer, tout vient très vite. Les universités suppriment des places : 300 par ci, 600 par là.

 

Plusieurs milliers de places supprimées à la rentrée à l’échelle de l’ensemble des universités et au regard des 3 millions d’étudiantes et d’étudiants ça paraît anecdotique. C’est pourtant tout à fait critique. Parce que c’est le point de bascule. Définitif. Derrière ces places supprimées il y a, encore et toujours, vos gosses. Qui devront soit renoncer à étudier, soit aller étudier plus loin de chez eux (avec les frais que cela impose), soit se résoudre et vous avec à se tourner vers les vautours opportunistes du privé. Et puis ce ne sont pas que des « places » que l’on supprime. Parce qu’en face de ces « places » il n’y aura plus de profs, il n’y aura plus de personnels techniques et administratifs. Y’aura plus rien. Juste notre colère et notre rage. Qui peut-être trouvera des formes collectives pour s’incarner et se manifester. Il en est de très rares à l’université comme le collectif RogueESR par exemple. Mais face à l’Empire …

 

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Panique halal
    Avec tout ce qui se dit et s’écrit sur la viande halal depuis l’automne dernier, j’ai l’impression que nous sommes de retour en 2006 avec des gens qui se scandalisent pour un rien et certains médias qui prennent plaisir à en rajouter. L’anthropologue française Florence Bergeaud-Blackler a été présentée comme une experte par le Journal de Montréal alors qu’elle admet n’avoir aucune preuve pour appuyer ses dires (que la viande halal serait plus susceptible de provoquer des empoisonnements alime
     

Panique halal

19 janvier 2026 à 06:14

Avec tout ce qui se dit et s’écrit sur la viande halal depuis l’automne dernier, j’ai l’impression que nous sommes de retour en 2006 avec des gens qui se scandalisent pour un rien et certains médias qui prennent plaisir à en rajouter.

L’anthropologue française Florence Bergeaud-Blackler a été présentée comme une experte par le Journal de Montréal alors qu’elle admet n’avoir aucune preuve pour appuyer ses dires (que la viande halal serait plus susceptible de provoquer des empoisonnements alimentaires). Benoît Dutrizac s’est scandalisé qu’une école du Nouveau-Brunswick serve des sandwichs au jambon de dinde plutôt que des sandwichs au jambon de porc. « C’est la fin de la civilisation », a-t-il déclaré sans rire. Un père a porté plainte auprès de la garderie de son enfant parce qu’elle s’approvisionne dans une boucherie halal. De l’autre côté de l’océan, Mathieu Bock-Côté bougonne parce que PFK (une franchise qu’il fréquente régulièrement, j’en suis certain) servira bientôt du poulet halal. La semaine dernière, une dame a publié une lettre ouverte dans le JdeM pour dire qu’elle ne voulait pas manger halal « à son insu ».

Finalement, le Bloc québécois s’est trouvé un nouvel os à gruger: le gouvernement du Canada accorde une subvention de 40 millions sur 4 ans pour faciliter la production de viande halal et casher.

« Ce n’est pas à moi de payer »
C’est triste de voir le Bloc récupérer les vieux slogans d’Éric Duhaime et de Radio X. « Les citoyens de l’entièreté du Canada payent pour que des abattoirs s’assujettissent aux règles religieuses des uns et des autres. Ça n’a pas de bon sens. » dit Yves-François Blanchet.

Mettons quelque chose au clair: La subvention ne va pas servir à transformer des abattoirs « laïques » en abattoirs halal ou casher. Elle va servir à moderniser les abattoirs halal et casher qui existent déjà. Présentement, beaucoup de viande halal et casher est importée. En améliorant les abattoirs, elle pourra être produite au Canada. D’un point de vue économique et national, encourager la production locale d’un produit importé, c’est ce qu’on appelle « le gros bon sens ». Et précisons que la subvention ne pourra pas être utilisée pour payer les rites religieux ou le recours aux autorités religieuses. Donc, non, nos impôts ne vont pas servir à nous imposer de la viande halal, encore moins à financer quelque mystérieux lobby religieux.

Tout ça, M. Blanchet le sait. Mais pourquoi s’abstenir de désinformer, d’encourager les préjugés et d’exciter les haines si ça peut nous permettre d’engranger une poignée de votes?

Finalement, 40 millions sur 4 ans, ça fait toujours bien juste 0.25$ par Canadien par année. Que M. Blanchet me donne son adresse courriel et je vais lui faire un virement. Problème réglé. « Ce n’est pas à moi de payer. » Je préfèrerais ne pas avoir à payer le salaire de M. Blanchet avec mes impôts, mais j’en prends mon parti parce que je comprends que la démocratie, ce n’est pas un menu à la carte. Tôt ou tard, nous payons tous pour des services qui ne nous bénéficient pas personnellement.

« Je ne veux pas manger halal à mon insu. »
L’immense majorité d’entre nous mangeons casher à notre insu. Je vous mets au défi d’arrêter de consommer des aliments halal et casher: vous allez vite vous rendre compte que le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Voici une liste non-exhaustive de marques dont les aliments sont certifiés casher:

  • Chocolats favoris
  • Coca-Cola et ses filiales
  • Costco
  • Kellogg’s et ses filiales
  • Kraft et ses filiales (Heinz, Philadelphia, Cadbury, Maxwell House…)
  • Nestlé et ses filiales
  • Saputo

Je précise, juste au cas, que je ne boycotte ni les marques halal, ni les marques casher. Je consomme les deux et ça ne change rien à ma vie de catholique non pratiquant.

Pour être certain de ne pas manger de la viande halal ou casher, la solution la plus simple serait de consommer exclusivement de la viande de porc. Les porcs ne subissent jamais un abattage rituel.

« C’est aux immigrants à s’adapter à nos coutumes. »
Cette discussion devrait s’abstenir d’employer un langage de « nous » (les Québécois) contre « eux » (les gens qui viennent d’ailleurs). Les Juifs ont commencé à migrer en grand nombre au Québec à la fin du 19e siècle. L’immigration musulmane importante a quant à elle commencé dans les années 1970. Après combien de générations est-ce qu’on arrête d’être un immigrant et d’avoir une dette de reconnaissance envers la « société d’accueil »?

Dans tous les cas, essayez de goûter à la viande halal et vous réaliserez qu’elle a exactement le même goût que la viande « laïque ». On aura rarement vu une « adaptation » aussi facile.

« Oui mais l’abattage halal fait souffrir les animaux. »
J’admire votre empathie pour les animaux qu’on tue pour les mettre dans notre assiette alors qu’on pourrait consommer d’autres sources de protéines.

Pour votre culture personnelle: l’abattage casher est beaucoup plus susceptible de faire souffrir l’animal que l’abattage halal. La viande casher exige que l’animal soit abattu sans être étourdi alors que la viande halal permet l’étourdissement après l’incision.

Cela dit, si vous vous préoccupez réellement de la souffrance animale, vous devriez logiquement arrêter de consommer de la viande. Point. « Oui mais l’abattage halal ajoute des souffrances inutiles! » Il n’existe pas de « souffrance utile ». Allez visiter un élevage industriel et revenez me dire si les porcs ont l’air heureux. Et même s’ils l’étaient, pour citer mon humoriste québécois favori: « Mourir, c’est pas le fun. » Finalement, dites-vous qu’aucune méthode d’étourdissement est infaillible. Il se peut très bien que l’étourdissement du boeuf de votre burger laïque ait échoué et qu’il ait souffert le martyr.

De mon point de vue, un mangeur de bacon industriel qui juge l’abattage halal, c’est comme un v10leur en série qui juge un péd0ph1le. C’est difficile de prendre son objection morale au sérieux.

« Il y a des enjeux de salubrité… »
Le fait qu’un abattoir soit halal ne l’exempte pas des normes d’hygiène et de salubrité, ni au Québec, ni au Canada. Ce n’est pas vrai que l’exemption religieuse permet qu’on risque de nous servir de la viande contaminée. L’abattage halal se fait en présence de l’inspecteur du MAPAQ, tout comme l’abattage « laïque ». Après, il est permis de ne pas faire confiance aux inspecteurs du gouvernement, mais c’est un débat qui dépasse l’abattage rituel.

Peu importe le reproche adressé à l’élevage halal, on peut l’adresser à d’autres. Si on vise exclusivement le halal, ce n’est ni l’empathie pour les animaux, ni la liberté de conscience, ni les enjeux de santé qui nous motivent. Ce qui nous dérange, c’est une religion précise. Toujours la même.

Que des imbécilités circulent sur les réseaux sociaux ou dans le Journal de montréal ne m’étonnent pas. Mais je suis toujours déçu de voir le Bloc et son chef qui soufflent sur les braises de l’intolérance. On aimerait que nos représentants se tiennent au-dessus de la mêlée, mais ils semblent déterminés à nous entraîner toujours un peu plus vers le bas.

  • ✇Climb to the Stars
  • Rayon de soleil et mal de gorge [en]
    [en] Il y a du soleil et j’ai pu manger sur le balcon. On est de nouveau dimanche, une semaine de plus s’est écoulé. Déjà le 18 janvier. Depuis le début de l’année, j’ai deux fois commencé à écrire un article. Le premier a été interrompu par une nouvelle crise convulsive d’Oscar. Le deuxième par une petite inondation dans les WCs de l’eclau qui s’est transformée en une grande inondation d’eaux usées (canalisation de sortie d’immeuble bouchée, ne jetez pas de lingettes aux WC, svp), pompiers inc
     

Rayon de soleil et mal de gorge [en]

18 janvier 2026 à 08:44
[en]

Il y a du soleil et j’ai pu manger sur le balcon. On est de nouveau dimanche, une semaine de plus s’est écoulé. Déjà le 18 janvier. Depuis le début de l’année, j’ai deux fois commencé à écrire un article. Le premier a été interrompu par une nouvelle crise convulsive d’Oscar. Le deuxième par une petite inondation dans les WCs de l’eclau qui s’est transformée en une grande inondation d’eaux usées (canalisation de sortie d’immeuble bouchée, ne jetez pas de lingettes aux WC, svp), pompiers inclus.

Il y a du soleil, on est le 18 janvier, et ça fait un mois que je suis en mode survie. La convalescence n’est pas linéaire, c’est ça. Cerveau fragile, propofol sur une petite nuit et la fatigue de la semaine suivi par une grosse journée qui en temps normal (même “normal post-accident”) n’aurait pas posé de problème majeur, et voilà: abandon des invités le 24, annulation des festivités prévues pour le 25 et le 26, séjour au chalet qui n’est pas allé comme prévu sur fond de vieux chat qui aligne les crises épileptiques, de Crans-Montana, et autres contrariétés.

Ai-je déjà écrit ça? Je me demande si je me répète. Rentrée du chalet un peu en urgence, puis la fameuse inondation – c’était vendredi il y a une semaine. Depuis mercredi, j’ai enfin le sentiment de pouvoir me poser un peu. Oui, j’ai donc passé le dernier mois en arrêt de travail complet, de nouveau. Tentative de reprise lundi, mais mon cerveau fait de la concurrence à mon iPhone: plus d’espace de stockage, tout est lent, ça plante, chaque tentative de faire de la place apporte son lot d’ennuis supplémentaires sans en fait faire plus de place… Donc point d’interrogation. Ah oui, en plus: mon mal de gorge et l’inflammation ORL généralisée qui l’accompagne m’informe que j’ai chopé un virus quelque part. Début hier, aujourd’hui légère fièvre. Ça semble mal barré pour demain.

Histoire de ne pas faire que me plaindre: lundi j’ai découvert l’existence des mini-lave-vaisselles, en particulier Bob. Un petit tour sur Marketplace et une expédition vespérale à Vevey plus tard, Bob a rejoint ma cuisine. Ce qui m’a donné l’impulsion pour mettre en route le réaménagement d’étagères qui me démange depuis… longtemps. Vous vous souvenez de mon réaménagement d’appartement en automne 2024? Il y a une éternité. J’avais prévu, au printemps 2025, de prendre une ou deux semaines pour m’occuper de la cuisine et de la salle de bains, justement. C’était sans compter avec un accident de ski. Ça fait partie des nombreuses choses que j’ai “mises de côté” cette dernière année.

Et là, suite entre autres à l’écoute d’un épisode de Hidden Brain sur comment se “débloquer” (je vous en encourage vivement l’écoute, je vais d’ailleurs l’écouter à nouveau), au désespoir devant ma pile de vaisselle lundi matin après le week-end “canalisation bouchée” qui m’a amenée à m’exclamer “franchement, des fois je me dis que je devrais troquer mon grand four pour un lave-vaisselle” et donc à repenser les aménagements possibles de la cuisine, je me suis dit que l’arrivée de Bob était un prétexte parmi d’autres pour m’y mettre, et que ça me ferait aussi du bien par rapport au fait que je goge depuis un mois sans réussir à reprendre le rythme de mes activités quotidiennes – je vous rassure je prends pas tout sur moi, il y a des événements extérieurs qui s’enchaînent pour me remettre la tête sous l’eau dès que je crois que je vais pouvoir la sortir. Oui, la phrase est longue et c’est un peu exprès, pour vous donner cette sensation de “mais bon sang ça s’arrête quand?” qui ne veut plus me quitter.

Travaux en cours, vers le début.

Il y a déjà quelque temps j’avais abandonné mon idée initiale d’installer un joli buffet à la place des tiroirs et des rayons du bas, et de mettre de vraies grandes étagères murales au-dessus. Déjà, pour éviter de monter le buffet (lourd et encombrant, ne rentrant pas dans l’ascenseur). Donc, hop, un IVAR de plus (celui de droite) pour prolonger l’existant. Ça tombe bien, j’en avais un en rab. Je m’y mets. Zut, je n’ai pas assez de supports d’étagère – vous savez, les petits cylindres métalliques qu’on glisse dans les montants. Qu’à cela ne tienne, je retournerai chez IKEA. C’est pas grave, j’y suis déjà allée mardi!

Mardi, IKEA: acheter des détecteurs de fuite d’eau, parce que c’est pas vraiment fini, ces histoires de canalisations qui se bouchent et qui fuient, et que je suis un peu traumatisée, parce qu’honnêtement, si vendredi soir j’étais descendue dix minutes plus tard pour voir comment ça progressait, il y a fort à parier qu’une bonne partie de l’eclau aurait été inondée d’eaux usées, et pas juste un bout du corridor et le coin lavabo-WCs. Et des nouvelles poubelles, tant qu’à faire, les sacs qui servaient de poubelles de tri ont gogé dans la “m” et ne valent pas le coup d’être récupérés. Ah oui, et je voulais aussi racheter de ces super organiseurs à compartiments avec poignée. Donc je suis déjà allée chez IKEA.

Vendredi matin, allez, on va faire efficace. Je dois aussi passer à la pharmacie et à la Migros. Et chez le véto. Vous me voyez venir? Ah oui, je ne vous ai pas dit. Donc petite sortie courses. J’ai aussi décidé (parce qu’il faut optimiser, toujours, jusqu’à l’épuisement, d’ailleurs ça se voit pas en lisant mais j’ai passé bien 45 min à retrouver ces fichus liens, et j’avais prévu un article dessus il y a des semaines, pas encore écrit mais j’y pense tous les trois jours) que je pouvais rajouter une troisième étagère IVAR à l’histoire, donc ce sera l’occasion.

Deux heures et demie chez IKEA (alors que j’avais réglé l’affaire du IVAR en 15 minutes), parce que je me suis dit “j’ai un peu de temps, voyons voir s’il y a d’autres choses utiles”, donc je me suis perdue dans les rayons, j’ai mis des choses dans mon sac, je les ai reposées, je suis revenue en arrière, purée ça fait 2h il faut que j’avance là, mince un des trucs que j’ai pris c’est le modèle d’exposition, faut que je refasse tout le magasin pour aller le remettre et prendre quelque chose qui est à la vente, et pendant qu’on y est, allez un petit contrôle aléatoire à la caisse. Heureusement j’avais bien tout scanné, malgré mon état.

En plus ma panosse rentre même pas dedans, bref, passons.

Parfois (souvent) l’enfer est pavé de bonnes intentions. Les poubelles avec couvercle, eh bien ça entrave “l’empoubellissage” des menus déchet du quotidien. Pas un bon plan, donc, pour remplacer la poubelle de couloir de mon appart. Très bien, par contre, pour celles sous l’évier de l’eclau, et celle pour le recyclage sous mon évier. Meubles IVAR montés, Bob testé, la troisième étagère IVAR trouve son rôle dans ma cuisine. L’enfer? Les tas de choses ôtées des étagères “ancienne version” et qui jonchent le sol de la cuisine et du salon (et la table, dessus et dessous), à trier-jeter-organiser, alors que je suis dans le jus, épuisée par mon vendredi, en train de faire un élevage de virus, avec un chat qui a refait une crise convulsive hier et l’espoir de pouvoir aller à mes deux jours de formation lundi et mardi pour démarrer ma reprise de travail qui s’amenuise.

Je pourrais vous parler encore de mon iPhone qui m’a plus ou moins occupée toute la journée d’hier avec ses problèmes de place, mais là c’est bon, j’ai enfin réussi à virer les photos du tél sans en perdre (merci iCloud), à faire la mise à jour et récupérer les 60Gb de “System Data” qui s’étaient accumulés ces derniers mois, depuis que j’avais, en désespoir de cause, procédé à une réinstallation complète. (Est-ce qu’on peut désactiver “Liquid Glass”? c’est horrible ce machin…)

Je pourrais vous parler de tout un tas d’autres choses, pas des moindres mon vieux chat qui est en train de mourir, finir d’écrire mes deux articles en plan, mais voilà, à la place je vous ai raconté, un peu en vrac, ma cuisine, et le titre de l’article n’a rien à voir avec ça.

J’ai écrit parce que c’est bien pour moi d’écrire – pas sûre que ce soit bien à lire, par contre – ça réduit un peu la pression, ça ferme une boucle, ça ponctue un moment de l’existence. Ça donne peut-être aussi des nouvelles aux gens qui n’en ont pas. C’est beaucoup de monde, ces jours, comme je suis en mode “récup au max” je minimise les interactions, parce que ça me fatigue… mais ça m’ennuie beaucoup, j’en ai marre.

Là, je vais mettre un yogourt dans mon estomac qui ronchonne, pour autant qu’il y en ait un dans le frigo (j’ai mangé à midi, c’est juste un creux habituel) et m’allonger les yeux fermés pour voir si le transformateur bourdonnant qui me sert de cerveau ces jours apprécie. J’espère être prochainement en mesure de partager avec vous des écrits un peu plus profonds sur la vie et le monde.

  • ✇affordance.info
  • Le réel, le vrai et la technorrhée. Comment la question du langage s’est déplacée.
    Republication pour archivage et partage de l’article paru sur AOC.media le 20 Octobre 2025.   La question du langage s’est déplacée, et ce déplacement s’accélère de manière assez vertigineuse. Juin 2024 : mon livre « Les IA à l’assaut du cyberespace » revient sur les début tonitruants de ChatGPT et de ce que je nomme les « artefacts génératifs ». J’y pointe notamment les promesses encore maladroites de la génération de vidéos. Six mois plus tard, décembre 2024 : chacun reste bouche bée devant l
     

Le réel, le vrai et la technorrhée. Comment la question du langage s’est déplacée.

11 janvier 2026 à 08:30

Republication pour archivage et partage de l’article paru sur AOC.media le 20 Octobre 2025.

 

La question du langage s’est déplacée, et ce déplacement s’accélère de manière assez vertigineuse. Juin 2024 : mon livre « Les IA à l’assaut du cyberespace » revient sur les début tonitruants de ChatGPT et de ce que je nomme les « artefacts génératifs ». J’y pointe notamment les promesses encore maladroites de la génération de vidéos. Six mois plus tard, décembre 2024 : chacun reste bouche bée devant les prémisses des promesses de Sora d’OpenAI en termes de génération vidéo. Six mois plus tard encore, mai 2025, nous restons bouche bée devant cette fois Veo 3 de Google qui ajoute du son synchronisé à des vidéos toujours artificielles. Et en août 2025 c’est encore Google qui dévoile « Genie 3 », permettant de générer des mondes interactifs en temps réel à partir d’un simple prompt.

La question du langage s’est déplacée. C’est ce que depuis 25 ans et un peu plus, j’observe et documente à l’échelle de recherche qui est la mienne : celle de nos environnements numériques. Ces environnements avant-hier saturés de mots, puis hier encore d’images et de vidéos, et qui le sont désormais d’artefacts génératifs qui à leur tout sursaturent tant les mots que les images. Ad Libitum. Vertiges non d’une simple logorrhée mais d’une sorte de « technorrhée », l’emballement continu d’un capitalisme sémiotique ; une technorrhée pensée comme l’alliance chimiquement pure entre, d’une part, la merdification – « enshittification » – des médias sociaux en particulier et du web en général, et d’autre part, le « Brainrot » ou « abrutissement numérique » qui en est tout autant la cause que l’effet.

La question du langage s’est déplacée. Et dans ce déplacement, dans cette « différance » (Derrida), naissent et prennent place des mondes. Avec leurs images, leurs langages, leurs grammaires, et leurs vérités propres qui sont autant de singulières croyances. C’est dans cet écart par exemple que deviennent possibles, tristement et pathétiquement possibles, des images de Gaza transformée en Riviera, ou celles de soldats nazis défilant au milieu de résistants fêtant la fin de la guerre dans une vidéo mise en ligne par le pourtant très sérieux Service d’Information du Gouvernement (SIG). Dans ces déplacements du langage, dans ces « différances », et dans ces univers propres, cohabitent des représentations tenant aussi bien de délires, de fantasmes ou d’imaginaires que de saisissants réalismes.

Dans ce monde, dans ces mondes plus précisément qui sont aussi le nôtre, qui font en tout cas partie du nôtre, la frontière est extrêmement fine entre la capacité de ces technologies à nous laisser tout émerveillés et ahuris ou à nous transformer en autant d’abrutis totalement hébétés.

La question du langage s’est déplacée.

Et avec elle nos capacités à faire récit, à s’entendre et à s’écouter. Et avec elles, donc, notre capacité à faire société.

Longtemps cantonnées à la vallée de l’étrange, ces générations artificielles, ces vidéos notamment, n’ont aujourd’hui plus rien d’étrange dans leur rendu naturaliste. Fini les scènes animées où l’on détectait l’intervention de l’IA en regardant les mains et le nombre de doigts. Cela ne dispense pas ces générations d’erreurs factuelles ou contextuelles ou d’approximations, d’errances et d’hallucinations (nous y reviendrons) mais le photoréalisme est désormais totalement calculable. Certes le coût de ce calcul est vertigineux mais pour l’instant nous n’y prenons garde. Cette sortie de la vallée de l’étrange pour la plupart des contenus vidéos générés par IA (je parle ici de ceux qui ont vocation illustrative et non délirante ou seulement poético-ludique), nous fait entrer dans un monde … étrange. Une étrangeté qui ré-interroge notre capacité à dire le vrai, et surtout nos heuristiques de preuve, c’est à dire la manière dont collectivement nous pouvons attester que ceci s’est produit et s’inscrit dans une possibilité du monde que l’on appelle le réel.

On convoque souvent, à raison, l’argument selon lequel rien de tout cela ne serait vraiment nouveau. En effet l’invention de la peinture voit aussi l’invention des faussaires, l’invention de la photographie voit aussi celle de la retouche, avec l’invention du cinéma vient l’invention du truquage, et le développement de la radio et de la presse vont de pair avec celui des blagues, canulars, détournements, caricatures et fausses nouvelles. Mais les artefacts génératifs contemporains proposent une cinétique de représentations qui, à des échelles jamais atteintes d’usages massifiés et de circulations permanentes, cessent de nourrir nos imaginaires pour préférer les instancier, et ce faisant prive notre capacité individuelle et collective de recours à l’imaginaire d’une bonne part de sa puissance symbolique ; car tout est déjà là, car tout semble calculable et donc prévisible ; car tous les calculs ont été déjà faits ou le seront bientôt.

Pour bien saisir ce qui nous étreint et nous éreinte collectivement dans l’irruption de ces artefacts génératifs, il faut par exemple imaginer l’intérêt de l’écriture et le rôle d’un écrivain dans un monde où la bibliothèque infinie de Borges serait non seulement réelle mais dans laquelle chacun des ouvrages qu’elle contient serait surtout aisément accessible et consultable ; puisque tout est déjà là où peut l’être sur simple commande, alors la langue n’est plus un ouvroir de potentialités et d’imaginaires : elle semble n’être plus que la gangue de possibles concaténés, calculables et révélables.

Création, confiance et certification.

Sans refaire le débat du Phèdre de Platon et la condamnation de l’écriture, il est certain que quelque chose d’essentiel se joue aujourd’hui autour de la création, de la confiance et de la certification.

Création d’abord : qui peut encore être créateur/créatrice (dans le domaine des arts comme dans l’ensemble des métiers, tâches et fonctions de nos quotidiens) et de quelle manière l’être « avec », « à l’abri » ou « à l’écart » des artefacts génératifs ?

Confiance ensuite : comment avoir et faire confiance à celui ou celle qui crée dans l’originalité et l’intentionnalité de sa création ?

Certification enfin : comment certifier la part de cette création de la confiance qui peut ou doit lui être rattachée (et qui peut varier d’intensité et d’enjeu selon que ladite création concernera une oeuvre par exemple littéraire ou picturale, ou une décision médicale ou de justice) ? Des questions en triptyque que l’on ramène trop souvent à nos perceptions singulières alors qu’elles sont un bouleversement qui doit être pensé collectivement comme le suggérait Hervé Le Crosnier il y a … 30 ans de cela :

« La modification d’un document porteur de sens, de point de vue, d’expérience est problématique. Ce qui change dans le temps c’est la connaissance. Celle d’un environnement social et scientifique, celle d’un individu donné … Mais ce mouvement de la connaissance se construit à partir de référents stables que sont les documents publiés à un moment donné. Les peintres pratiquaient le « vernissage » des toiles afin de s’interdire toute retouche. Les imprimeurs apposaient « l’achevé d’imprimer ». Il convient d’élaborer de même un rite de publication sur le réseau afin que des points stables soient offerts à le lecture, à la critique, à la relecture … et parfois aussi à la réhabilitation. » Hervé Le Crosnier. « De l’(in)utilité de W3 : communication et information vont en bateau. » Présentation lors du congrès JRES’95, Chambéry, 22-24 Novembre 1995.

 

Ce que nous traversons avec l’IA dans sa dimension générative relève également d’un manque de ritualisation assumant la création de « points stables » qui fassent consensus ; mais apposer un label ou un filigrane « généré avec IA » ne suffira pas à construire ce repère car il ne s’agit plus ici de traiter seulement des questions de « modification » de documents porteurs de sens mais d’étendre ces points stables à des processus créatifs qui relèvent essentiellement de continuums complexes entremêlant des questions juridiques, économiques, techniques (informatiques) et éthiques.

Le temps des c(e)rises.

Nous sommes à ce moment de bascule où, pour l’instant, c’est comme si perdurait encore un effet Larsen dans l’esthétique de la réception de ces images et de ces vidéos ; comme si subsistait encore un bruit, une distorsion, un Larsen cognitif autant que collectif ; un Larsen qui ne s’éteint que lorsqu’enfin nous sommes à distance, à bonne distance, entre l’intention lisible de la génération et l’interprétation lucide de son effet sur nous ou sur le monde. Tant que cette distance n’est pas établie, ce bruit, ce doute, nécessaire, subsiste à l’horizon interprétatif : ce que nous voyons est-il réel malgré son photoréalisme ? Dès lors que cette distance est abolie – et tout est fait dans l’économie des plateformes pour y parvenir – alors ce bruit et ce doute s’éteignent, nous croyons ce que nous voyons. Or il n’est plus grand-chose de réel à voir dans ces enceintes.

Heuristique (et colégram).

C’est à chaque fois la même question qui revient et que je pointe (avec d’autres) depuis au moins 2011, parce que cette question est consubstancielle de chaque avancée technique qui touche à notre rapport au langage ou à l’image ou aux deux, c’est à dire à notre rapport au réel. Cette question c’est celle de savoir comme l’on bâtit de nouvelles heuristiques de preuve.

Il y a deux niveaux différents sur lesquels penser la complexification de nos anciennes heuristiques de preuve. D’abord la documentation récréative, ludique ou fictionnée du monde : l’enjeu est alors celui de la dissimulation ; il faut soit faire en sorte que le destinataire ne voit pas la simulation, soit qu’elle se dise pour ce qu’elle est (un « dit » de simulation) et qu’elle suscite l’étonnement sur sa nature. Et puis il y a la documentation rétrospective de tout ce qui fait histoire dans le temps long ainsi que celle qui concerne l’actualité. C’est alors l’exemple de la vidéo du SIG que j’évoquais plus haut, où le moindre casque à pointe nous fait basculer de l’ahurissement à l’abrutissement.

On croit souvent – et l’on s’abrite derrière cette croyance – que chaque simulation, chaque nouvelle production documentaire générée par intelligence artificielle, ajoute au réel. C’est totalement faux. Chaque nouvelle simulation enlève au réel. Parce que le réel historique n’est pas un réel extensible : il peut se nourrir de représentations historiques mouvantes au gré de l’historiographie et de l’émergence de preuves ou de témoignages, mais chaque nouvelle génération de ce réel historique potentiel va venir se sédimenter dans l’espace public mémoriel dont la part transmissible est extrêmement ténue et s’accommode mal d’effets de concurrences génératives. La question, dès lors, n’est pas tant de condamner les utilisations imbéciles ou négligentes de technologies d’IA pour illustrer un fait historique mais, par exemple, de savoir comment mieux rendre visible et faire pédagogie de la force incroyable d’authentiques images d’archives.

Nos imaginaires sont des réels en plus. Les effets de réel produits par les artefacts génératifs sont des imaginaires en moins.

Dans le domaine du langage les artefacts génératifs orientent bien plus qu’ils n’augmentent notre capacité à faire récit. Il se produit à peu de choses près ce que l’on avait déjà observé derrière la – fausse – promesse marketing initiale qui fut celle des grands réseaux sociaux généralistes : la promesse qu’en multipliant la diversité des profils, des origines, des croyances, des nationalités, des cultures auxquelles nous serions confrontés alors nous deviendrions plus ouverts, plus riches de liens sociaux, et plus empathiques. Or il se produisit essentiellement deux choses : d’abord cette exposition à une supposée diversité fut un feu de paille parce qu’elle allait contre la naturalité première de nos socialisations qui est de d’abord chercher celles et ceux qui nous sont semblables et que les plateformes, Facebook en tête s’aperçurent très vite que tout cela n’était pas bon pour le business (voir à ce sujet les travaux de danah boyd qui montra très tôt comment Facebook avait détruit l’expérience de la mixité sociale dans les universités de 1er cycle – « college » – aux états-unis). Ensuite les effets promis de proximité se transformèrent en effets subis de promiscuités effaçant toute forme d’empathie au profit de la dimension spéculative immédiatement virale et donc rentable de l’ensemble du spectre des discours de haine.

Il est en train de nous arriver exactement la même chose avec l’ensemble de l’actuelle panoplie des artefacts génératifs disponibles, de Genie 3 à ChatGPT5 : nous ne multiplions pas nos capacités collectives à faire récit (que ces récits soient imaginaires, réels ou réalistes et que leur support premier soit celui du texte, de l’image ou de la vidéo), nous les standardisons et nous nous enfonçons dans des dynamiques de reproduction qui se nourrissent de toutes les formes possibles de confusion ; une confusion entretenue par des formes complexes d’indiscernabilité qui tiennent à l’immensité non auditable des corpus sur lesquels ces IA et autres artefacts génératifs sont « entraînés » et ensuite calibrés.

Nous ne produisons pas davantage de nouveaux récits ou de nouveaux imaginaires mais, pour l’essentiel, nous reproduisons de manière industrielle toujours les mêmes, et après la phase de ce que l’on nomma des « hallucinations » vient aujourd’hui une autre phase, qui est celle de « l’effondrement » et qui désigne ce moment où les artefacts génératifs sont entraînés sur des contenus eux-mêmes artificiellement générés, des effondrements qui ruinent et minent les dynamiques d’interprétation et de représentation au fur et à mesure où celles-là mêmes sont érigées en modèles.

Au commencement était le mot-clé.

« En 2025 le web est donc un champ de ruine épistémique » écrit Thibault Prévost dans l’une de ses analyses à propos du phénomène de Slop AI, cette « technorrhée » symptôme de la merdification des plateformes et de notre expérience générale des environnement numériques. Je vous propose un (rapide) retour sur l’une des origines de cet effondrement qui fait qu’aujourd’hui et comme l’écrivait Balzac à propos d’une figure féminine de l’un de ses romans, la plupart de nos environnements numériques, dont le web, « n’ont plus que la beauté des villes sur lesquelles ont passé les laves d’un volcan. »

Au commencement donc était le mot-clé. Notre premier rapport au langage comme nouvelle agentivité opératoire sur une immensité de contenus non-ordonnés, c’est celui du mot-clé tel que les moteurs de recherche nous le proposèrent en prenant la suite des annuaires de recherche (lesquels catégorisaient en arborescence une série limitée de sites et pages choisies par des opérateurs humains). Ce mot-clé, longtemps utilisé seul, est de l’ordre de la formule incantatoire : écrivez « voyage » et vous trouverez les destinations et les prix et les conditions et les descriptions de vos destinations y compris celles non-choisies ; écrivez « voyage » et vous voyagerez. Nous ne donnons qu’un seul mot, qu’une seule clé, et nous attendons de recevoir un monde ordonné, accessible et surtout un monde soit « pertinent » (c’est à dire depuis le début aussi conforme que possible à notre propre désir), soit « populaire » (c’est à dire aussi conforme que possible au désir des autres, ce que René Girard appelle le désir mimétique). Un seul mot et en face, l’immensité ordonnée de pages choisies et triées dans l’économie libidinale où nous sommes passés du statut de déclamant à celui de simple variable statistique dans une chaîne de production qui ne vise que son propre maintient.

Puis de plus en plus, à la place des mots (clés), nous avons fait des phrases. Nous sommes partis à la conquête du langage naturel. Nous avons donc discouru avec des machines, avec des algorithmes. Qui en retour de notre déclamation naturelle, se mirent à nous répondre non plus sous forme de liste de sites, mais d’extraits choisis et signifiants.

Et puis lassés de leur écrire autant que par la simple possibilité offerte de le faire, nous leur avons parlé. Les interfaces vocales se sont proposées, souvent imposées. De cette vocalisation nouvelle sont nées en retour d’autres échos sonores : ceux des machines et de algorithmes nous répondant, prenant voix. Siri, Alexa, et les autres. World Wide Voice.

Il y a l’initiative de la parole, de la requête, de la question. Et l’espace de la réponse. Car durant tout ce temps, de nos premiers mots-clés balbutiés à nos dernières commandes vocales prononcées, s’est structuré un espace matériel du recueil de nos expressions, une géographie politique de nos espaces de parole, de nos espaces discursifs, singuliers et partagés.

Le passage du web aux plateformes, aux « jardins fermés » comme les appelle Tim Berners-Lee, ne fut pas simplement le passage d’un espace public à des espaces semi-privés. Il fut aussi celui où ces plateformes délimitèrent en nombre l’espace de nos énonciations possibles. On décrit souvent le numérique comme un espace de publication illimité, ce que fut et que demeure le web en effet, mais les plateformes, toutes les plateformes, ont installé des espaces discursifs bornés, limités, frustrants, dont rien ne peut ni ne doit dépasser tels de modernes Procuste, ce bandit qui dans la mythologie proposait aux gens de les héberger avant que de leur couper les membres qui dépassaient de son lit.

Procuste dans l’histoire des plateformes c’est 140 signes sur Twitter puis 280 sur X, 2200 signes sur Instagram, 3000 pour LinkedIn, 150 signes pour une vidéo TikTok et 5000 signes pour décrire une vidéo Youtube. Malgré l’extension du domaine de la statusphère, Et tout le reste de ces espaces tant limités que limitrophes d’une atrophie des possibles.

(source : Dailyfy.co)

Comme le montre ce tableau, chaque espace est catégorisé par sa nature « titre de publication », « nom de la page », « description », « commentaire », « description vidéo », « bio », « DM message privé », etc. Et à chaque catégorie un autre espace, une autre limite : 58 caractères pour un titre de publication, 80 caractères pour une bio Tiktok, 30 pour un nom de profil Instagram, 1250 pour un commentaire LinkedIn, et ainsi de suite. Tout est métrique. A coups de trique. Quelques grands espaces demeurent : 110 000 caractères l’article LinkedIn mais 3000 caractères la « publication » de la même plateforme ; 63206 caractères le le post Facebook mais 8000 seulement pour le commentaire. Le numérique des plateformes est tout sauf l’espace infini qui était celui de la publication web des années 2000, c’est un espace totalement sous contrainte et en permanence sous astreinte.

Aujourd’hui l’essentiel de nos espaces discursifs en ligne qui ont recours au langage indépendamment de l’image ou de la vidéo sont des espaces Procustéens (images et vidéos par ailleurs elles-mêmes soumises à des limitations de durée). Des espaces où l’énonciation, où l’accès à la capacité de dire, ne vaut que par l’acceptation de cet horizon court de la diction. Certes il est possible, et certains y parviennent, de sublimer ces limites en les esthétisant ou en les poétisant. Les formes courtes ont par ailleurs une existence culturelle et littéraire longue. Mais nous parlons ici des conditions de production de la langue et donc du réel à l’échelle d’une humanité toute entière, en tout cas de sa part connectée (près de 5,5 milliards d’êtres humains). La « merdification » (enshittification) des plateformes, de presque toutes  les énonciations qui s’y déploient aujourd’hui, est aussi liée à cela. Ces espaces ne nous offrent pas tant la possibilité de dire qu’ils ne nous imposent la nécessité de rapidement nous taire. Il est d’ailleurs singulier de voir les plateformes parler de « liberté d’expression » dans des espaces aussi bornés et limités que ceux qu’elles nous offrent. Parlerait-on d’une « liberté de circulation » si celle-ci se limitait à un déplacement entre notre chambre et nos toilettes ?

D’un côté donc, il y eut, à l’échelle des plateformes numériques, la multiplication des espaces d’expression possibles. Mais en parallèle chaque nouvel espace énonciatif est apparu comme permettant de cadrer et de limiter « en nombre » toute expression singulière en ligne. Et désormais il y a la contamination de l’ensemble de ces espaces par des tiers énonciatifs logorrhéiques dopés à l’IA et aux artefacts génératifs. Voilà pour la parole « en émission ».

Quand à la parole « en réception », nous sommes aujourd’hui de plus en plus confrontés et exposés à ces dispositifs techno-logorrhéiques à proportion inverse de nos propres capacités à nourrir et à alimenter ces espaces expressifs et énonciatifs. Pour le dire plus trivialement : la part des bots et des contenus artificiellement générés explose et contamine l’ensemble des espaces numériques de l’ensemble des plateformes (c’est l’un des thèmes de mon livre « Les IA à l’assaut du cyberespace : vers un web synthétique » paru l’été dernier chez C&F Editions).

A l’échelle du numérique, si l’humanité se figeait à ce moment précis, et si nous l’observions à l’échelle macroscopique, nous serions alors forcés de constater que l’initiative de la parole, de la conversation, de la langue comme interaction et comme compréhension, que cette initiative revient davantage aux machines qu’à nous-mêmes. Et que notre réel s’y consomme d’abord, puis s’y épuise et s’y consume. Je le redis, chaque nouvelle simulation enlève au réel. Quand Trump annonce vouloir transformer Gaza en Riviera, des milliers d’images et de vidéos « génératives » viennent instantanément illustrer, montrer, filmer, documenter cet impossible, ce délire macabre autant que cynique. Ce qui était et aurait du rester impossible, y compris à formuler, devient sous le poids des générations illustratives un embranchement possible du futur qui nous est proposé comme instantanément disponible pour nos sens et nos imaginaires. C’est en cela qu’il enlève au réel, au seul réel possible qui est celui d’un arrêt des massacres en cours. Il ne s’agit pas uniquement d’élargir la fenêtre d’Overton mais bien de bâtir autour d’elle l’ensemble la totalité de la barre d’immeuble où elle ne sera plus qu’une fenêtre parmi d’autres, de faire exister la réalité qu’elle inaugure pour laisser au réel encore moins de chance de pouvoir la limiter ou la contraindre rapidement. C’est aussi cela que Trump a sinon compris, du moins intuitivement senti, et qui le fait tant à l’aise dans ces médias sociaux où prime l’expression courte et bouffonne : la parole politique, sa parole politique, se suffit au lit de Procuste tant que l’image y tient les dimensions voulues. Gaza en Riviera. Voilà ce qui seul doit tenir. Le reste s’abîme, s’épuise et s’effondre derrière ces dispositifs techno[-logo]rrhéiques pensés pour l’emballement viral et dont les IA et autres artefacts génératifs ne sont que la dernière – mais non ultime – instance contemporaine.

Les 3 chambres.

Depuis longtemps dans l’analyse des médias on utilise le concept de « chambre d’écho » pour désigner de manière métaphorique, le fait que « l’information, les idées, ou les croyances sont amplifiées ou renforcées par la communication et la répétition dans un système défini. »

Avec l’arrivée des médias sociaux, se fait jour chez Eli Pariser le concept de « bulle(s) de filtre« , cette idée que les algorithmes des moteurs de recherche comme des grands médias sociaux tendent à nous enfermer dans nos propres croyances et convictions.

Aujourd’hui, avec l’essor et la place que prennent les différents artefacts génératifs à l’identique de ChatGPT, des chercheurs (Jacob, Kerrigan, Bastos 2025) parlent d’un « Chat-Chamber effect ». Rien à voir avec les matous qui ont conquis l’internet, le « chat » doit être lu et compris comme le « Tchat », et caractérise l’un des biais de nos échanges conversationnels avec des artefacts génératifs, lequel biais désigne les informations incorrectes mais allant dans le sens du questionnement de l’utilisateur que les grands modèles de langage peuvent fournir ; des résultats et informations qui restent non contrôlées et non vérifiées par les mêmes utilisateurs mais auxquels ces mêmes utilisateurs font pourtant confiance. Le titre complet de leur article est ainsi : « L’effet ‘Chat-Chamber’ : faire confiance aux hallucinations de l’IA« .

Derrière ces 3 déclinaisons d’une même tendance à trois époques contemporaines successives, se jouent deux choses. D’abord des dynamiques médiatiques qui s’interpénètrent pour forger, favoriser et figer une certaine logique ou esthétique de réception des discours qui s’y tiennent. Ensuite une affordance informationnelle première qui est l’inverse du doute raisonnable : ces systèmes médiatiques ont pour affordance première leur capacité à nous faire croire qu’ils disent le vrai : les logiques virales de partage (« si c’est tant partagé c’est bien que ça doit être vrai« ), le dispositif de proximité (illusoire) avec l’énonciateur (« si c’est lui qui le dit alors cela doit être vrai« ), le biais de disponibilité (des informations délibérément erronées ou mensongères sont plus immédiatement accessibles et rendus visibles que d’autres plus sourcées) ne sont que quelques-uns des leviers de cette affordance de vérité supposée.

Depuis plus de 20 ans j’explique et documente le fait que les algorithmes sont des éditorialistes comme les autres, mais qui avancent essentiellement masqués et que les IA et autres artefacts génératifs installent dans une sorte de théâtre total, « gestes, sons, paroles, feus, cris« , dont plus personne n’est en capacité de comprendre les codes.

A.M.I. : Assemblage Machinique Informationnel.

L’arrivée des artefacts génératifs ajoute une dimension nouvelle et passablement problématique au tableau contemporain de la fabrication de nos croyances et adhésions. Jusqu’ici, moteurs de recherche et réseaux sociaux jouaient sur le levier déjà immensément puissant de leurs arbitraires d’indexation et de publication (le fait de choisir ce qu’ils allaient indexer et/ou publier) ainsi que sur celui, tout aussi puissant, de la hiérarchisation et de la circulation (viralisation) de ce qui pouvait être vu et donc en creux de ce qu’ils estimaient devoir l’être moins ou pas du tout.

Choisir quoi mettre à la « Une » et définir l’agenda médiatique selon le vieux précepte de « l’agenda setting » qui dit que les médias ne nous disent pas ce qu’il faut penser mais ce à quoi il faut penser. Ce principe premier de l’éditorialisation se double, avec les artefacts génératifs conversationnels à vocation de recherche, d’une capacité à produire des sortes d’assemblages machiniques informationnels, c’est à dire des contenus uniquement déterminés par ce que nous interprétons comme un « devenir machine** » en capacité de « phraser » les immenses bases de données textuelles sur lesquelles il repose. Des machines à communiquer mais en aucun cas, comme le souligne aussi Arthur Perret, en aucun cas des machines à informer.

** [ce « devenir-machine » est à lire dans le sens du « devenir-animal » chez Deleuze et Guattari : « le “devenir-animal” ne consiste pas à “imiter l’animal, mais d’entrer dans des rapports de composition, d’affect et d’intensité sensible” ».]

Ce concept d’assemblage machinique informationnel me semble intéressant à penser en miroir ou en leurre des agencements collectifs d’énonciation théorisés par Félix Guattari. D’abord parce qu’un assemblage n’est pas un agencement. Il n’en a justement pas l’agentivité. Il n’est mû par aucune intentionnalité, par aucun désir combinatoire, calculatoire, informationnel, communicationnel ou social. Ensuite parce que la dimension machinique est antithétique de la dimension collective, elle en est la matière noire : ChatGPT (et les autres artefacts génératifs) n’est rien sans la base de connaissance sur laquelle il repose et les immenses réservoirs de textes, d’images et de contenus divers qui ont été, pour le coup, assemblés, et sont l’oeuvre de singularités fondues dans un collectif qui n’a jamais été mobilisé ou sollicité en tant que tel. Enfin, l’information est ici un degré zéro de l’énonciation. L’énonciation c’est précisément ce qui va donner un corps social à ce qui étymologiquement, a donc déjà été « mis en forme » (in-formare) et se trouve prêt à être transmis, à trouver résonance. ChatGPT est l’ombre, le simulacre, le leurre d’une énonciation. Et cette duperie est aussi sa plus grande victoire.

La question du langage s’est déplacée. Un grand déplacement. Quelque chose qui n’est plus aligné entre le territoire du monde et la langue qui en est la carte.

Apostille(s). 

Pendant que nos réels sont saturés et épuisés d’IA, en Israël, un spot de publicité pour une entreprise d’armement utilise pour la première fois des images réelles d’une attaque de drone à Gaza. C’est à la fois la plus cynique et la plus perverse des formes de publicitarisation. Pendant ce temps Youtube dévoile un système baptisé « Peak Points » qui utilise son IA « Gemini » pour insérer des publicités aux moments où l’attention des spectateurs est supposément la plus forte grâce à l’exploitation de données « émotionnelles » (ou qui sont en tout cas supposées rendre compte de notre état émotionnel).

Couplez maintenant ces deux informations et déterminez sans algorithme votre propre état émotionnel …

De manière plus anecdotique, on constate un jaunissement par contamination de nombreuses images générées artificiellement. Les animaux étaient malades de la peste, les IA le sont déjà de consanguinité. Pendant ce temps encore, Youtube fait des retouches de vidéos sans en avertir les créateurs, pour « rapprocher esthétiquement le rendu des vidéos de ce que l’IA générative peut proposer. » Standardiser la consanguinité des contenus générés.

Pendant ce temps, des images pédocriminelles générées par IA sèment autant le trouble que le doute et entravent les démarches déjà si complexes du travail de police et de justice. La volumétrie des faux-positifs est ici la première alliée des pédocriminels. Et une nouvelle fois la charge de la preuve s’inverse comme si souvent dans l’histoire du numérique : il ne s’agit plus de pouvoir détecter la marginalité de faux-positifs sur un volume de contenus donnés, il s’agit de la maximiser pour que les résultats « sincères » soient marginalisés.

En 1985, dans un entretien où elle était interrogée sur sa vision de l’an 2000, Marguerite Duras prophétisait avec une rare acuité « Il n’y aura plus que des réponses. Tous les textes seront des réponses. (…) »  Nous sommes au moment où tout comme après l’avènement des moteurs de recherche au début des années 2000, il n’y a plus, aujourd’hui, que des réponses. De fausses réponses pourrait-on donc ajouter.

Marguerite Duras poursuivait : « Un jour un homme il lira. Et puis tout recommencera. » L’inflation des artefacts génératifs dans l’ensemble de nos écosystèmes informationnels et des sphères de nos savoirs sociaux (école, université, cercles politiques, etc.) pose autant la question de savoir ce qu’il restera encore à lire, que celle de savoir si nous serons en peine d’encore pouvoir écrire un destin commun. Christian Salmon le rappelait aussi dans sa récente analyse sur ce nouvel ordre narratif en train de s’imposer : « La prolifération de ces narrations non humaines interroge le devenir de l’humanité tout entière. »

La question du langage s’est déplacée, et notre technorrhée ressemble à s’y méprendre aux vers de Macbeth : un conte raconté par un idiot (ils sont en fait plusieurs), plein de bruit et de fureur, ne signifiant plus rien. (« It is a tale / Told by an idiot, full of sound and fury / Signifying nothing« ).

  • ✇affordance.info
  • La forme des réseaux. Ou pourquoi je suis devenu troll officiel de Christelle Morançais sur Linkedin.
    L’affaire commence par une décision de nécropolitique prise par Christelle Morançais, la Trumpo-Thanato présidente de la région des Pays de la Loire et qui s’en va tronçonner avec jouissance et cynisme la presque totalité de tout ce qui fait lien et de tout ce qui sauve : culture, éducation, planning familial … Décision brutale qui l’installe sur le trône des aspirant.e.s à une forme assumée de brutalisme en politique. Si Woody Allen l’avait connu il aurait probablement craint que l’écoute de Wa
     

La forme des réseaux. Ou pourquoi je suis devenu troll officiel de Christelle Morançais sur Linkedin.

6 janvier 2026 à 12:25

L’affaire commence par une décision de nécropolitique prise par Christelle Morançais, la Trumpo-Thanato présidente de la région des Pays de la Loire et qui s’en va tronçonner avec jouissance et cynisme la presque totalité de tout ce qui fait lien et de tout ce qui sauve : culture, éducation, planning familial …

Décision brutale qui l’installe sur le trône des aspirant.e.s à une forme assumée de brutalisme en politique. Si Woody Allen l’avait connu il aurait probablement craint que l’écoute de Wagner ne lui donne envie d’envahir la Pologne.

Pour les avoir presque tous expérimentés, de manière constante et régulière (en « observation participante » dit-on dans le jargon des sciences), j’ai donc observé que chaque réseau social dispose de son espace propre, de sa topologie, de son rythme et de ses logiques de viralité qui sont à peu de choses près l’équivalent des rimes : ce qui se viralise est ce qui rappelle, ce qui fait écho, ce qui correspond et (se) répond, ce qui rend facile la mémorisation.

Mais cet espace, cet espace propre à chaque réseau, ce n’est pas seulement celui de ses codes de publication, pas seulement celui de ses logiques de viralité, pas seulement celui de la sociologie qui le compose (et de celles et ceux qui en sont exclus), pas uniquement de son identité structurelle fonctionnelle. Cet espace est également celui d’une affordance construite dans l’historicité de nos usages, et d’une métabolisation singulière de l’ensemble des interactions possibles, métabolisation dans laquelle le tout est bien plus que la somme de ses parties.

En plus de la question de l’affordance (capacité d’un objet à suggérer sa propre utilisation), on pourrait aussi rapprocher cela de la notion de « médiativité », un concept proposé par Philippe Marion et défini comme suit :

« la capacité propre de représenter […] qu’un média possède quasi ontologiquement », son « potentiel spécifique ». Selon Philippe Marion, chaque média possède « un ‘imaginaire spécifique’, sorte d’empreinte génétique qui influencerait plus ou moins les récits qu’il rencontre ou qu’il féconde ». L’auteur parle aussi de la « force d’inertie » propre à tout système d’expression, avec laquelle on ne peut faire autrement que de « négocier ». in Groensteen, Thierry. « Médiagénie et médiativité ». L’excellence de chaque art, Presses universitaires François-Rabelais, 2018, https://doi.org/10.4000/books.pufr.29530.

 

Un « imaginaire spécifique« , une « sorte d’empreinte génétique » influençant plus ou moins les récits rencontrés, portés, « fécondés » (sinon féconds). Chacune et chacun d’entre vous a certainement déjà fait cette expérience. Chaque réseau dispose de cette empreinte mais il en est où elle apparaît plus forte, plus prégnante, peut-être d’ailleurs en partie parce qu’elle nous est plus étrangère, moins familière, et qu’à ce titre nous la remarquons d’emblée et davantage. LinkedIn est (pour moi) de ceux-là.

Et le rapport avec Christelle Morançais ? J’y viens.

Les médias sociaux sont des espaces et des places politiques. Et, particulièrement depuis que les conservatismes les plus chimiquement purs s’y déploient, particulièrement aussi depuis que le militantisme de droite et d’extrême droite en a fait son terreau fertile, il est vital de continuer d’y faire exister des contre-discours, des contre-récits, des « narratifs » qui proposent d’autres chemins, d’autres imaginaires. Longtemps Facebook fut l’un des réseaux les plus riches en densité pour ces luttes et joutes politiques, pour la détermination d’un espace social politique à investir et à occuper, à une échelle macroscopique (les printemps arabes, les gilets jaunes, etc.) comme à une échelle microscopique (chaque élection municipale par exemple) et interpersonnelle. Mais Facebook a beaucoup perdu en réseau social (interactions entre pairs) ce qu’il a gagné en média social nourri de contenus essentiellement générés, automatisés, publicitarisés. Même perte d’équilibre (et donc d’intérêt) du côté de X qui à l’époque de Twitter était encore fécond dans la possibilité qu’il offrait de disposer de visibilités non-nécessairement dépendantes d’un alignement idéologique avec celui de la plateforme et qui désormais se réduit à une sociologie et à des interactions tristement monochromes (et très conservatrices tendance je lève la main très haut avec le bras bien tendu mais c’est pas forcément un salut Nazi hein)

Et dans cet espace vacant, LinkedIn (depuis son rachat par Microsoft et pour différentes raisons que je vous épargne) a pris une place qu’il n’occupait pas totalement jusqu’ici. L’idée qu’il ne s’agissait pas simplement de s’y pignoler le Casual Friday ou d’y jouer l’effeuillage malaisant de la doudoune sans manche du conseil en coaching adossée au vieux slip du récit de vie de l’entrepreneur qui doute mais qui en vrai, te conseille de ne jamais douter de tes doutes, soit la version Wish de Descartes en bad trip et en fin de soirée BDE.

Et c’est là où cela devient (un peu) amusant et (un peu aussi) scientifiquement intéressant. Le moment où l’on pose cette question : que se passe-t-il si on installe dans la « forme« , dans la « sorte d’empreinte génétique« , dans l’affordance de LinkedIn, des mots, des récits, des interactions qui n’y ont usuellement aucune place ? 

C’est ce que j’ai fait dans un premier temps et sans trop y réfléchir, suite aux décisions de Christelle Mange tes Morançais qui affectèrent et continuent d’affecter tout un tas de gens que j’aime bien et avec qui je travaille et aussi et surtout tout un tas d’étudiantes et d’étudiants que je forme (et que j’aime bien aussi). Je suis allé sur son compte LinkedIn, sous chacun de ses posts et au milieu de ses habituels commenflatteurs (soit des commentateurs qui ne font que flatter) et circonstanciels thuriféraires, porter la contradiction, dire mon ire. Parfois en mode essentiellement factuel mais le plus souvent pas en mode LinkedIn c’est à dire consensuel et poli, mais plutôt en mode T & TT : Troll and Trash Talk. Et très vite, très très vite, j’ai observé avec une relative fascination et une grande délectation, observé et « ressenti » le changement de forme du réseau. Je vous explique.

Normalement, les commentaires sous un post LinkedIn classique (récit de vie, conseil en entreprenariat, et autres billevesées) empruntent une arborescence essentiellement verticale et aux embranchements binairement linéaires.

Le post LinkedIn
_____|_ 1er commentaire « wouah c’est trop bien moi aussi j’aime les doudounes sans manche »
__________I_ 1ère réponse au commentaire par l’auteur du post : « Wouah merci d’aimer les doudounes sans manche et bon casual friday »

_____|_ 2ème commentaire « wouah c’est trop bien moi aussi j’aime échouer pour réussir »
__________I_ 1ère réponse au commentaire par l’auteur du post : « Wouah merci d’aimer échouer pour réussir et bon casual friday »

_____|_ 3ème commentaire « wouah c’est trop bien moi aussi je kiffe d’upgrader mon potentiel »
__________I_ 1ère réponse au commentaire par l’auteur du post : « Wouah merci de kiffer upgrader ton potentiel et bon casual friday »

_____|_ énième commentaire …
__________I_ 1ère réponse au énième commentaire par l’auteur du post : « Wouah merci (…) et bon casual friday »

Du vertical poli (au sens de politesse) mais aussi poli (au sens de lisse à force de fatuité génuflexitarienne). Car vous l’aurez peut-être noté mais dans l’affordance de LinkedIn, comme on s’adresse à des « postes » et à des fonctions sociales avant que de s’adresser à des individus, les échelles habituelles de courtoisie ou de simple politesse sont totalement indexées à la différence de position sociale entre les gens qui se parlent. Du coup chaque fois que quelqu’un écrit « merci » on entend le plus souvent très distinctement « merci mon maître » (et on a donc logiquement envie de gifler tout le monde)

Mais quand on change le récit de ces espaces, quand on y récite par effraction, sans même l’intention d’effrayer mais tout au contraire de seulement frayer avec d’autres que nous et que nos récits, ou quand on y entre en force brute, « Troll & Trash Talk », alors la forme du réseau, oui, elle change. Déjà parce que le centre de gravité se déplace. On fait « ratio » 🙂

Screenshot

63 097 impressions pour mon commentaire et un taux d’engagement ma foi fort respectable.
J’ai ratio Christelle Morançais sur ce coup là 🙂

C’est autour de notre effraction douce que se centre l’attention et que les habituels commenflatteurs (les commentateurs qui flattent) se muent en commenthaters (des commentateurs qui nous détestent). Bien sûr plus vous montez en niveau de trolling et plus la forme du réseau change rapidement et ostensiblement. Vous êtes soudain l’immense Patrick Dewaere dans le film « Coup de tête », pendant la scène du dîner. « Prenez donc un petit alcool, j’vous l’offre« . Chef d’oeuvre sans avoir à passer par les hors-d’oeuvre. La capture d’écran ci-dessus illustre ma maîtrise de l’art du trolling puisque les 63 000 impressions se sont essentiellement distribuées autour de gens qui ont cru soit que je légitimais la violence, soit que je voulais abolir la propriété privée. Si vous n’avez que ça à faire, allez faire un tour dans les commentaires de mon commentaire, et si – ce que je vous souhaite – vous n’avez pas que ça à faire, bah croyez-moi sur parole y’a du croquignolet.

Me voilà donc désormais au titre de ma bio LinkedIn, troll officiel de Christelle Morançais. Tadaaam.

 

L’intérêt de tout cela (indépendamment de ma propre catharsis) ?

Pendant longtemps sur le web encore jeune de l’après Google, on pratiquait le Google Bombing, forme collaborative aboutie de détournement algorithmique coordonné. Le trolling LinkedIn est certes moins universel et plus singulier mais tout aussi réjouissant. Par-delà l’anecdote il montre aussi que chaque espace numérique indépendamment de ses codes, peut devenir un rassemblement, et qu’il n’est de forme figée qui ne puisse se transformer, même légèrement, même temporairement.

Alors bien sûr le réseau comme le roseau de la fable, souvent plie et ne rompt jamais ou que très rarement. Il reprend toujours sa forme initiale et son intérêt à rétablir des verticalités fortes qui protègent des aristocraties discursives, qui, notamment sur LinkedIn sont essentiellement de petites oligarchies, ou comme le dirait le philosophe Pierre-Emmanuel Barré, « une bien belle collection de cuves à pisse. »

L’exercice a par ailleurs ses limites. Déjà parce que ça prend du temps, ensuite parce que pour qu’il réussisse pleinement il faut que d’autres qui sont un peu les mêmes que nous, nous rejoignent pour participer à ce changement de forme du réseau. Et enfin parce que globalement dans la volumétrie des échanges, la prime revient presque toujours à celui ou celle qui parle davantage qu’aux commentateurs sauf dans de rares et réjouissants cas de « ratio ».

Ce dont il faut aujourd’hui s’inquiéter, c’est certes de la coloration très à droite et conservatrice de l’essentiel des réseaux sociaux encore un peu discursifs (je place à part des biotopes comme Twitch ou Youtube qu’il est difficile d’analyser avec la même grille de lecture). Mais ce dont il faut surtout s’inquiéter, se préoccuper et donc s’occuper, c’est de l’absence d’une agora numérique publique au sein de laquelle l’ensemble des points de vue avaient une chance disons, raisonnable, de bénéficier de dynamiques de visibilité indépendamment d’une souscription financière, d’un alignement idéologique avec la plateforme ou d’une manière de surjouer les codes établis de viralité.

Vous me direz : « bah si y’a … le web. » Et je vous répondrais : « Certes, mais le rêve du web il a pris un sacré coup de pompe dans la tronche quand même. » À l’image de ce qui se joue dans les médias plus classiques ou traditionnels, les espaces numériques de discours ne fonctionnent désormais qu’en silos de viralités, en verticalités d’appartenance, en carottages sociologiques aussi denses qu’homogènes. Et la presque totale disparition du « lien » (hypertexte) dans ces espaces au profit de logiques presse-bouton autochtones rend extrêmement complexe la construction de ponts et de chemins traversants pourtant aujourd’hui plus que jamais nécessaires (nota bene : la logique de disparition du lien dont je parle fut initiée en 2010 avec la lancement du bouton Like de Facebook, souvenez-vous de l’alerte que je lançais alors …)

Alors en plus de continuer de bâtir ici avec constance et depuis 20 ans et un peu plus de 3000 articles, ces ponts à grands coups de liens, je vais aussi continuer au moins un temps d’aller occuper l’espace promotionnel de Christelle Morançais sur son réseau préféré. Les tronçonneuses à la Javier Milei dont elle rêve de faire programme sont bien moins tranchantes et efficaces lorsqu’elles tapent dans le sable. Alors soyons autant de grains de sable 😉

Eat The Rich. Miam 🙂

  • ✇affordance.info
  • « Il neige. » Alors faites de vos culs des luges.
    Il neige. Ou « il va neiger ». Mais surtout c’est certain demain ou cette nuit ou dans une heure à peine, il neige. Le gars qui vous cause de ses 53 piges a grandi jusqu’à ses 17 ans dans un pays qu’on appelle les Pyrénées et où chaque hiver et plusieurs fois par semaine il fallait déblayer avec la pelle et le paternel (en vrai c’est surtout lui qui s’en chargeait) le chemin sous un mètre de neige qui menait à la départementale qui ensuite sur des routes et en lacets et en pente nous menait au c
     

« Il neige. » Alors faites de vos culs des luges.

5 janvier 2026 à 13:49

Il neige. Ou « il va neiger ». Mais surtout c’est certain demain ou cette nuit ou dans une heure à peine, il neige.

Le gars qui vous cause de ses 53 piges a grandi jusqu’à ses 17 ans dans un pays qu’on appelle les Pyrénées et où chaque hiver et plusieurs fois par semaine il fallait déblayer avec la pelle et le paternel (en vrai c’est surtout lui qui s’en chargeait) le chemin sous un mètre de neige qui menait à la départementale qui ensuite sur des routes et en lacets et en pente nous menait au collège puis au lycée. Il neigeait en hiver.

« Il neige. » Indépendamment de tout cela et de tout ce moi, la neige a toujours été un conversationnel ; un élément de nos conversations communes, parce que même à l’époque où elle n’était pas rare, même à l’époque où elle était attendue,  elle advenait et survenait soudainement, nuitamment le plus souvent ou tôt le matin derrière les vitres de nos écoles et de nos yeux encore étourdis de sommeil. Elle arrivait et tout le paysage changeait. La neige est une mutation du paysage et de l’accroche de presque tous nos sens. L’une des rares mutations de la nature qu’il nous est donné d’observer en totalité. D’abord il n’y a pas de neige, et puis on voit la neige tomber, et puis la neige est tombée et tout le paysage est changé. Et l’enfant comme l’adulte n’est attentif qu’à ce changement, qu’à cette mutation en cours sous nos yeux, comme si l’on pouvait observer en accéléré la croissance d’un arbre. Ça y est, il a neigé. Et des jeux s’y agrégeaient dont on savourait chaque moment car on en savait aussi l’éphémère : après, très vite après, il n’y aurait plus de neige mais seulement de la boue. Après la neige, après le premier jour de la neige, il y aurait le 2ème jour, celui où les transports, où l’école, où le boulot, où la vie, où nos vies reprendraient leur cours. Entendez-bien cela : seul le premier jour de neige compte. Les premières heures même. Le reste ne vaut pas mieux qu’une vieille pluie sale. La neige est aujourd’hui encore et aujourd’hui bien plus qu’hier un conversationnel. Mais elle est aussi autre chose.

« Il neige. » La neige est un exceptionnel. Parce que le dérèglement climatique et la brutalisation de nos conditions d’existence et de vie qui l’accompagne. Parce qu’il ne neige ni aussi souvent ni aussi longtemps qu’avant. Et que cet exceptionnel complète et alimente le récit déjà ancien du conversationnel. « Il neige !!! »

« Il neige. » La neige est devenue un événementiel. Par seulement parce que le conversationnel s’est nourri d’exceptionnel et que donc à elle seule la neige « serait » un événement, mais pour au moins deux autres raisons.

La première raison c’est que l’éparpillement des canaux de diffusion de l’information (médias et réseaux sociaux en tête) ont décidé de « faire » événement de … cet événement. Ils ont événementialisé la neige et même mieux (ou pire …) ils ont réussi à événementialiser l’attente de la neige, à spectaculariser l’hypothèse de la neige, à médiatiser l’absence de neige, à faire conversation de la non-neige. Car depuis maintenant presque 8 heures que tous mes réseaux sociaux sont inondés de probabilités de neige, bah il ne neige pas. Imaginez alors ce qu’il adviendra quand il aura neigé. Quand la certitude de la neige sera devenue un paysage plus qu’un présage. Adviendra un nouveau cycle conversationnel faussement exceptionnel mais qui deviendra un événementiel nouveau. « Regardez, il a neigé. »

La seconde raison c’est que là où hier la seule mesure valable était celle de la hauteur de neige (en centimètres c’était l’amorce d’un décalage, d’un retard, alors qu’en mètres c’était la confirmation d’un blocage, d’une mise à l’arrêt), aujourd’hui les mesures ont été remplacées par des métriques d’alerte. Il y a tout une batterie de cartes et de régimes d’alertes, de vigilances,  avec leurs codes couleurs, jaune, rouge, rouge vif, et le relai de ces métriques dans les matrices informationnelles qui à leur tour les conversationnalisent (« t’as vu ? on est en vigilance jaune« ), les exceptionnalisent (là où avant juste il neigeait là « t’as vu on est en vigilance jaune neige et verglas« ), qui les événementialisent (on sait comment sortir de la neige – on attend que ça fonde et on met des chaînes – mais personne ne sait vraiment quand la vigilance rouge deviendra vigilance jaune).

Que se raconte-t-il lorsque l’on ne dit plus autant ni plus simplement « il neige« ou « il va neiger » mais « nous sommes en vigilance orange neige et verglas » ? D’abord il y a de la vigilance, donc de l’inquiétude, là où il ne pourrait y avoir que … de la joie. Là où la neige n’appelle que l’observation contemplative, imaginative, ou la récréation active, il nous faudrait donc être en alerte, en vigilance. Il y a le code couleur. Orange, jaune ou rouge. Là où la neige est blanche. Il y a la qualification substantivée qui annule l’effet de la neige parce qu’elle oblige à la dissociation entre neige et verglas. Là où chacun vous dira que la neige et le verglas sont … des indissociables.

« Il va neiger. » Et l’attente est joyeuse. « Nous sommes en vigilance jaune neige et verglas. » Et l’angoisse est palpable. Une quiétude devient une inquiétude. Être en vigilance à chaque instant, à chaque présent, équivaut à une inattention au monde. On peut pas être chaque fois vigilant sans être contraint d’être inattentif à la construction de ce présent. La vigilance est une affaire et une responsabilité individuelle, qui ne nous est que « rappelée » ici, comme on rappelle à son devoir. La vigilance au présent n’est qu’une vigilance aux effets qui dépolitise la construction d’une attention aux causes.

En image ça donnerait un truc comme ça :

Nous quand on entend : « IL NEIGE. »

Nous quand on entend : « NOUS SOMMES EN VIGILANCE JAUNE ET VERGLAS. »

Demain il va neiger. Peut-être. Alors vous serez en retard au boulot. Alors vos réunions seront annulées ou basculées en visio. Alors vos cours et vos partiels seront décalés. Peut-être. Si demain il neige il n’y a qu’une chose à faire. Prenez des gants, et si vous n’en avez pas, n’en prenez pas. Ensuite balancez-vous des grandes boules de neige, si possible dans la figure, si possible pas trop tassées (c’est bien plus rigolo et efficace quand ça touche sa cible, ça explose bien mieux). Et puis trouvez un coin, un bout de champ, ou une rue en pente, et faites de vos culs vos luges.

 

 

Depuis ce matin

  • ✇Climb to the Stars
  • Guide de survie anti-doomscrolling en cas de catastrophe [en]
    [en] Pour les personnes dont le cerveau reste coincé sur la chaîne catastrophe Crans-Montana (TDAH ou pas): il faut décrocher. Dans cette vidéo j’explique pourquoi et ce qui peut vous aider à y réussir, concrètement. Sorry elle est un peu longue… Je reproduis ci-dessous ce que j’ai publié sur Facebook: Il faut absolument (j’insiste) décrocher. Il y a un risque réel de se traumatiser via l’exposition aux contenus autour de cette histoire. Donc: priorité absolue, faire autre chose.
     

Guide de survie anti-doomscrolling en cas de catastrophe [en]

4 janvier 2026 à 11:55
[en]

Pour les personnes dont le cerveau reste coincé sur la chaîne catastrophe Crans-Montana (TDAH ou pas): il faut décrocher. Dans cette vidéo j’explique pourquoi et ce qui peut vous aider à y réussir, concrètement. Sorry elle est un peu longue…

Je reproduis ci-dessous ce que j’ai publié sur Facebook:

Il faut absolument (j’insiste) décrocher. Il y a un risque réel de se traumatiser via l’exposition aux contenus autour de cette histoire.

Donc: priorité absolue, faire autre chose. Regarder des films ou des séries. Faire un puzzle ou du nettoyage. Trouver quelqu’un qui va nous traîner dehors pour prendre l’air. 

Considérez cette consigne comme une nécessité médicale, vraiment.

Un avertissement parmi d’autres que j’ai trouvé sur linkedin, par une professionnelle de la santé au travail (Sarah Bertschy):

Ne vous exposez pas aux images, vidéos et récits des réseaux sociaux relatifs à Crans Montana.

Le risque de trauma et stress chronique suite à l’exposition à ce type de contenus est réel, a fortiori si elle est répétée.

Pour être informés, vous pouvez suivre les conférences de presse.

Un autre avertissement d’un prof de psychologie clinique (Joël Billieux):

Prenez soins de vous et ne vous exposez pas de manière non nécessaire à des images traumatisantes. Protégez-vous, et protégez les enfants et adolescent·es sous votre responsabilité. 

Les algorithmes liés aux #Reels (Insta, Facebook, Tiktok) sont susceptibles de vous inonder très rapidement de scènes tragiques et de témoignages terribles et poignants. Les algorithmes sont terriblement efficaces et il y a un risque réel de se laisser prendre dans une spirale de visionnage de contenu potentiellement traumatique #doomscrolling. 

Ces vidéos, via des phénomènes d’empathie et d’engagement émotionnel, risquent de provoquer chez vous de la détresse, de l’anxiété, ou même des symptômes qui peuvent s’apparenter à ce qu’on observe suite à l’exposition à des événements traumatisants. Ces risques ont été documentés dans des études scientifiques.

Suivant la situation, on peut aussi essayer d’appeler le 143 (la main tendue) mais le mieux est vraiment, si on n’est pas directement impacté de mettre le paquet (pardon) pour se prendre par la peau des fesses afin de mettre son cerveau sur autre chose. « Mécaniquement », même si on n’a pas envie, même si on est bouleversé, même si on veut comprendre, même si on ne sait pas quoi faire de ses émotions.

Un tuyau: « arrêter » n’est pas une bonne instruction, en fait, il faut vraiment remplacer l’activité non souhaitable par une activité plus souhaitable et incompatible, comme en comportement animal.

Quelle est votre « activité plus souhaitable », même sans être motivé•e? C’est ça la chose à faire, peu importe ce que c’est, juste là. Une série, un puzzle ou une promenade c’est très bien. Et on lâche le tel et l’ordi car sur les réseaux, impossible d’y échapper pour le moment.

❌