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  • Le Bloc québécois et l’aliénation parentale
    Pour des raisons qui m’échappent complètement, le Bloc québécois se prépare à saboter une réforme visant à protéger des femmes de la violence conjugale et prévenir des infanticides. La Loi modifiant la Loi sur le divorce (projet de loi C-223) vise à protéger les enfants et les familles de la violence familiale et de l’abus post-séparation. Une des mesures les plus importantes, également la plus contestée, est de mettre fin aux accusations d’aliénation parentale employées pour discréditer les
     

Le Bloc québécois et l’aliénation parentale

8 février 2026 à 08:33

Pour des raisons qui m’échappent complètement, le Bloc québécois se prépare à saboter une réforme visant à protéger des femmes de la violence conjugale et prévenir des infanticides.

La Loi modifiant la Loi sur le divorce (projet de loi C-223) vise à protéger les enfants et les familles de la violence familiale et de l’abus post-séparation. Une des mesures les plus importantes, également la plus contestée, est de mettre fin aux accusations d’aliénation parentale employées pour discréditer les mères et les enfants qui dénoncent la violence familiale.

Campagne sur l’aliénation parentale de l’Association nationale Femmes et droit
https://nawl.ca/fr/alienation-parentale/

En gros: La mère porte plainte contre le père pour violence conjugale. En guise de représailles, le père allègue l’aliénation parentale. Résultat: l’enfant est enlevé à sa mère et confié à son père violent. Dans les cas les plus extrêmes, cela conduit à une vie infernale pour l’enfant, voire à sa mort. Le cas de la « fillette de Granby » en est un exemple récent. Le père avait porté plainte pour aliénation parentale contre la grand-mère qui avait dénoncé sa violence. L’enfant a été placée sous la garde du père. Elle en est morte.

Le projet de loi C-223 vise à prévenir ces situations. En gros, il s’agit de faire passer l’intérêt de l’enfant avant celui des parents. Sa sécurité ne pourrait plus être compromise pour forcer la « réconciliation ». Son opinion ne pourrait plus être discréditée sous prétexte qu’il a été « manipulé » ou « aliéné ».

Précisons: les comportements dénigrants existent. C-223 ne va pas empêcher les tribunaux d’en tenir compte, s’ils affectent l’enfant. Plutôt, la nouvelle loi empêchera les tribunaux d’assigner aux enfants une maladie mentale lorsqu’ils craignent leur père. Il s’assure que les tribunaux évaluent l’intérêt de l’enfant dans son ensemble, en tenant compte de ses désirs et opinions, sans pathologiser sa peur ou ses dénonciations de violence familiale.

Les mères sont deux fois plus susceptibles que les pères d’être accusés d’aliénation parentale. Au Québec, elles sont ciblées dans 68% des cas. Chercher à protéger son enfant d’un conjoint violent est souvent présenté en cour comme un comportement « aliénant ». Bref, c’est un moyen efficace pour un père violent de discréditer sa conjointe et son enfant. Bourreau dans les faits, il devient la victime sur papier. Sous prétexte de favoriser la bonne relation de l’enfant avec son père, la cour met la mère et son enfant en danger. Certains avocats recommandent même à leurs clientes de ne pas dénoncer la violence conjugale afin d’éviter les accusations d’aliénation parentale.

Ce n’est pas un phénomène exclusif au Québec ou au Canada. La Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la violence contre les femmes et les filles a soulevé le danger de l’invocation de l’aliénation parentale à l’été 2023.

Et le Bloc québécois dans tout ça?
Le comité permanent de la justice et des droits de la personne, qui étudie le projet de loi, est composé de dix membres (dont huit hommes). Cinq du Parti libéral (dont les deux femmes), quatre du Parti conservateur et un du Bloc québécois. Pour obtenir la majorité (le président libéral ne vote pas), le comité doit obligatoirement obtenir l’appui des conservateurs ou du bloquiste. Les conservateurs n’ont pas de position tranchée. Le Bloc québécois est le principal adversaire de C-223.

Gabriel Ste-Marie, député bloquiste de Joliette depuis 2015

Parmi les critiques du projet de loi, on retrouve Gabriel Ste-Marie, député bloquiste de Joliette, et Andréanne Larouche, députée bloquiste de Shefford. Les deux contestent le projet de loi en citant des références douteuses. Notamment, le Parental Alienation Study Group, un lobby qui a tenté de faire inscrire l’aliénation parentale au DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), sans succès. Pire encore, le Dr Hubert Van Gijseghem, « expert psycholégal » s’opposant à la criminalisation de la possession de pornographie infantile et qui a souvent remis en question la véracité des accusations de violence conjugale et d’abus sexuel dans les causes de divorce.

Gabriel Ste-Marie a affirmé que les fausses accusations d’aliénation parentale seraient un « phénomène marginal » et rejette l’idée qu’elles affectent les femmes de façon disproportionnée. Il a prononcé ces mots le 28 janvier 2026: « Soyons clairs: l’aliénation parentale, un phénomène observable et pouvant être mesuré par la médecine et utilisé par la majorité des avocats en droit familial, n’est pas abstrait et ne peut pas être retiré sous le prétexte qu’il ne correspond plus aux conclusions de quelques chercheurs ayant des avis divergents à son sujet. »

Plus de 250 organisations féministes demandent l’interdiction des accusations d’aliénation parentale. Au Québec, une centaine d’organismes (dont de nombreuses maisons d’hébergement) confirment que le phénomène est extrêmement commun. Si M. Ste-Marie considère que les « quelques chercheurs » (et chercheuses) n’ont pas de crédibilité, peut-être devrait-il au moins écouter les intervenantes qui semblent assez unanimes sur le sujet.

Je ne crois pas que ce soit une question électoraliste. Cet enjeu n’a guère retenu l’attention médiatique jusqu’ici et je ne crois pas que le Bloc s’attende à gagner des points dans les sondages avec ce dossier. Ce n’est pas non plus un enjeu « Québec VS Canada ». À aucun moment les bloquistes n’ont invoqué la particularité québécoise pour s’opposer à ce projet de loi. Alors pour quelle raison est-ce que le Bloc se montre hostile à cette réforme?

Si votre circonscription est représentée par le Bloc québécois, je vous encourage à écrire à votre député.e afin de l’encourager à appuyer C-223. Il en va de la sécurité des femmes et des enfants. Faisons tout ce qu’on peut pour empêcher qu’il y ait une deuxième « fillette de Granby ».

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  • Le « bar ouvert » de l’IVAC
    Jeudi dernier, l’émission Enquête consacrait un reportage aux failles de l’Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC). « L’IVAC a distribué 473 millions de dollars aux victimes l’an dernier. Cet argent va-t-il toujours vers les bonnes personnes? » Le reportage critique avec raison le calvaire administratif de certaines victimes qui doivent se battre pendant des années pour être indemnisées ainsi que les abus commis par certains professionnels de la santé. La moitié du documentaire est c
     

Le « bar ouvert » de l’IVAC

1 février 2026 à 13:23

Jeudi dernier, l’émission Enquête consacrait un reportage aux failles de l’Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC). « L’IVAC a distribué 473 millions de dollars aux victimes l’an dernier. Cet argent va-t-il toujours vers les bonnes personnes? » Le reportage critique avec raison le calvaire administratif de certaines victimes qui doivent se battre pendant des années pour être indemnisées ainsi que les abus commis par certains professionnels de la santé. La moitié du documentaire est consacrée à une « faille » dont le traitement m’a mis profondément mal à l’aise: La Prestation pour enfant né d’une agression à caractère sexuel.

La but de la Prestation est d’aider une femme à pourvoir aux besoins de son enfant. Il n’est pas nécessaire que l’agresseur ait été condamné ou qu’une accusation ait été déposée. On comprend pourquoi: Qu’une plainte n’ait pas été retenue ne signifie pas que l’agression n’a pas eu lieu. Il n’est pas non plus nécessaire que l’agression ait été dénoncée. Voilà qui fait sourciller. Sur quoi donc se base l’IVAC pour accepter une plainte? L’avocat Marc Bellemare explique pourquoi le programme n’exige pas de procédure légale: « Exiger que la victime aille à la police, obtienne une condamnation ou au minimum des accusations, c’est trop. C’est trop lourd. » Le reportage présente d’ailleurs une victime indemnisée par l’IVAC qui n’a jamais porté plainte par crainte des représailles de son agresseur.

La journaliste Pasquale Turbide a donné une entrevue à Patrick Lagacé pour parler de son reportage. Les 8 minutes de l’entrevue ont été consacrées à ce segment. Rien sur les deux autres sujets. « C’est le programme le plus facilement accessible de l’IVAC. C’est vraiment pas difficile d’obtenir ça », explique la journaliste. « Ça pourrait donner des idées à certaines personnes. Une façon facile d’aller faire de l’argent », répond l’animateur.

L’angle choisi par le reportage est celui de l’abus et du gaspillage: « Québec consacre un demi-milliard par an à l’indemnisation des victimes d’acte criminel. C’est trois fois plus d’argent pour deux fois plus de victimes qu’avant la réforme. La question n’est donc pas banale. Comment préserver la santé financière d’un régime unique en Amérique du Nord? »
Tout dans cet extrait semble indiquer que l’IVAC est un « bar ouvert », pour reprendre les mots de Patrick Lagacé pendant l’entrevue.
1) Il n’est pas innocent de parler d’un demi-milliard plutôt que du chiffre exact, c’est-à-dire 473 millions. Le mot « milliard » choque beaucoup plus.
2) Le but de la réforme étant de rendre l’IVAC plus accessible, que deux fois plus de victimes soient indemnisées devrait être présenté comme un succès plutôt que comme un potentiel gaspillage.
3) Un régime d’indemnisation, par définition, n’a pas de « santé financière ». À moins d’en faire un programme à cotisation comme l’Assurance-Emploi ou le Régime des rentes du Québec, l’IVAC sera toujours une dépense. Ensuite, pourquoi prendre pour acquis qu’il y a non seulement des abus, mais que ceux-ci sont un fardeau important pour le régime?

Si je me fie aux chiffres présentés dans le reportage, les abus semblent dérisoires au mieux. Sur 473 millions, la Prestation pour enfant né d’une agression à caractère sexuel ne représente que 10.7 millions, soit à peine plus de 2% des indemnités totales.

Le montant consacré à la prestation a été multiplié par 20 en 3 ans. C’est énorme, j’en conviens. Il n’y a toutefois rien d’étonnant dans un contexte où la violence à caractère sexuelle est de plus en plus dénoncée et de moins en moins stigmatisée. La fin du délai de 2 ans pour avoir droit à la prestation a dû également jouer pour beaucoup. De la même façon que la fin du délai de prescription pour les poursuites civiles contre un agresseur sexuel a augmenté le nombre de plaintes pour des raisons évidentes.

Mon malaise avec le reportage vient de l’exemple choisi pour montrer qu’il existe bien une « faille » dans le programme. On nous présente l’histoire de « Stéphane », qui a appris par son avocat que la mère de son fils reçoit la Prestation de l’IVAC bien que sa plainte pour agression sexuelle ait été rejetée. La mère en question a refusé de participer au reportage.

Une dramatisation de la version de « Stéphane » est présentée. On le voit abasourdi de constater qu’il est présenté comme un agresseur dans les dossiers de l’IVAC, visiblement secoué par le conflit avec son ex-conjointe, et passer de beaux moments avec son fils. En voyant cette scène, il est difficile de ne pas avoir l’impression que « Stéphane » est un bon gars qui a subi une injustice.

L’homme ne considérant pas avoir agressé son ex-conjointe, il est choqué d’être identifié comme agresseur dans un dossier du gouvernement. Je peux tout à faire comprendre. Toutefois, les interventions de « Stéphane » dépassent son cas personnel. Il questionne le fait qu’une mère puisse avoir droit à la Prestation de l’IVAC tout en recevant une pension alimentaire du père de l’enfant. « C’est comme si madame touche deux pensions alimentaires. » Le reportage présente la réponse du ministère de la Justice: « La prestation pour enfants issus d’une agression sexuelle et la pension alimentaire sont deux sommes qui ne visent pas les mêmes objecitfs. L’aide est versée pour les besoins de l’enfant, peu importe la situation de la personne qui y pourvoit. »

Le passage de l’entrevue de « Stéphane » qui m’a mis hors de moi: « On est dans une période où tout ce qui est agression sexuelle ou relève de l’agression sexuelle est mis au premier plan, est mis en lumière, puis à mon sens à moi, c’est une bonne chose. Par contre, ça peut peut-être faire en sorte que certaines personnes tentent de capitaliser là-dessus. »

Bien sûr que le père qui se bat en cour pour réduire le montant de la pension alimentaire va dire que Madame est une profiteuse. En quoi son opinion est-elle pertinente? Ça m’a fait penser au documentaire de Marie-France Bazzo où un chanteur accusé d’agression sexuelle disait que le mouvement des dénonciations était allé trop loin. Allez donc demander à Vincent Lacroix si l’Autorité des marchés financiers est trop sévère.

Je comprends la volonté de s’assurer que l’argent public soit bien administré et que les prestations soient versées aux personnes qui les méritent. Toutefois, pour une enveloppe totale de 10 millions de dollars, je pense qu’ajouter des barrières administratives serait plus coûteux que l’argent potentiellement économisé, en plus d’ajouter à l’épreuve subie par les victimes.

Je laisse le mot de la fin à Christine Labrie, avec qui je suis entièrement d’accord: « Christine Labrie: « Vaut mieux avoir quelques personnes qui se sont faufilées, qui ont abusé du sytème que d’avoir un filtre trop serré et qu’on ne réussisse pas à aider les personnes qui ont besoin d’un programme comme celle-là. »

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  • Quand le consensus vacille: État des lieux du mouvement contre l’avortement au Québec
    Ce rapport devrait être lu par l’ensemble de la députation provinciale et par toute personne doutant que le mouvement contre l’avortement soit une menace au Québec. Véronique Pronovost et son équipe ont fait un travail magistral pour documenter les 1001 façons par lesquelles les militants et organismes anti-choix cherchent à influencer les gouvernements et le public. Je m’intéresse à la question, mais j’étais loin de me douter de l’ampleur de la situation. Saviez-vous qu’il existe au Québ
     

Quand le consensus vacille: État des lieux du mouvement contre l’avortement au Québec

11 décembre 2025 à 07:35

Ce rapport devrait être lu par l’ensemble de la députation provinciale et par toute personne doutant que le mouvement contre l’avortement soit une menace au Québec. Véronique Pronovost et son équipe ont fait un travail magistral pour documenter les 1001 façons par lesquelles les militants et organismes anti-choix cherchent à influencer les gouvernements et le public. Je m’intéresse à la question, mais j’étais loin de me douter de l’ampleur de la situation.

Saviez-vous qu’il existe au Québec dix « centres d’aide à la grossesse »? Ce sont des organisations chrétiennes camouflées en services d’accompagnement dont le but véritable est de dissuader les femmes d’interrompre leur grossesse. Trois députés caquistes (Sébastien Schneeberger, Samuel Poulin et Mathieu Lacombe) ont financé ces organismes avec leur budget discrétionnaire. Ils disent avoir commis une erreur de bonne foi et je les crois. Ça démontre à quel point ces associations sont douées pour dissimuler leur vocation. Les députés savaient-ils seulement qu’ils avaient affaire à des organisations religieuses?

Les chercheuses montrent aussi comment le discours anti-choix est de plus en plus banalisé dans les médias traditionnels, notamment par la voix de chroniqueurs et commentateurs de droite. On présente l’interdiction de l’avortement comme un juste retour des choses après des décennies d’abus (Nathalie Elgrably). On tourne en ridicule les personnes et associations pro-choix et on les accuse d’importer un débat américain (Joseph Facal et Mathieu Bock-Côté). On défend la participation à la politique des militants anti-choix (Richard Martineau). On adopte une position « Oui, mais… », reconnaissant l’importance du libre choix, mais critiquant des « excès » comme les (extrêmement rares) interruptions de grossesse au troisième trimestre. Ce faisant, on normalise la position anti-choix en la présentant comme une opinion politique parmi d’autres alors qu’il s’agit d’une lutte féroce contre une liberté fondamentale des femmes.

Le rapport présente un résumé détaillé des arguments employés par le mouvement anti-choix au Québec. C’est à la fois impressionnant et terrifiant de voir à quel point le discours s’adapte à son public. Le mouvement a beau être ancré dans le religieux, son discours est loin de se limiter à défendre le caractère sacré de la vie ou l’immoralité de l’avortement. Les arguments avancés sont nationalistes (les interruptions de grossesse contribuent à la dénatalité, donc à la perte de l’identité québécoise), médicaux (les avortements favoriseraient le cancer ou rendraient stérile), économiques (les avortements coûtent cher au système de santé), féministes (!) (les femmes sont assez fortes pour avoir des enfants peu importe leurs conditions)…

Le rapport se termine avec 12 recommandations. J’espère que le gouvernement du Québec les suivra, à commencer par la première: S’abstenir d’intervenir sur le plan législatif en matière d’avortement. Loin de constituer un bouclier, la disposition que Simon Jolin-Barrette veut inclure dans sa « constitution » ne ferait que donner une cible au mouvement anti-choix. Cette opinion fait consensus au sein du mouvement féministe canadien et a récemment été confirmée par George Buscemi, président de Campagne Québec-Vie, dans une entrevue accordée au Devoir.

Merci aux chercheuses pour leur excellent travail. J’espère que le gouvernement le reconnaîtra.

Je recevrai Véronique Pronovost, la principale rédactrice du rapport, à « Woke tant qu’il faudra » ce samedi.

Pour consulter le rapport: https://fqpn.qc.ca/nouvelles/rapport-quand-le-consensus-vacille/

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  • Quand le consensus vacille: État des lieux du mouvement contre l’avortement au Québec
    Ce rapport devrait être lu par l’ensemble de la députation provinciale et par toute personne doutant que le mouvement contre l’avortement soit une menace au Québec. Véronique Pronovost et son équipe ont fait un travail magistral pour documenter les 1001 façons par lesquelles les militants et organismes anti-choix cherchent à influencer les gouvernements et le public. Je m’intéresse à la question, mais j’étais loin de me douter de l’ampleur de la situation. Saviez-vous qu’il existe au Québ
     

Quand le consensus vacille: État des lieux du mouvement contre l’avortement au Québec

11 décembre 2025 à 07:35

Ce rapport devrait être lu par l’ensemble de la députation provinciale et par toute personne doutant que le mouvement contre l’avortement soit une menace au Québec. Véronique Pronovost et son équipe ont fait un travail magistral pour documenter les 1001 façons par lesquelles les militants et organismes anti-choix cherchent à influencer les gouvernements et le public. Je m’intéresse à la question, mais j’étais loin de me douter de l’ampleur de la situation.

Saviez-vous qu’il existe au Québec dix « centres d’aide à la grossesse »? Ce sont des organisations chrétiennes camouflées en services d’accompagnement dont le but véritable est de dissuader les femmes d’interrompre leur grossesse. Trois députés caquistes (Sébastien Schneeberger, Samuel Poulin et Mathieu Lacombe) ont financé ces organismes avec leur budget discrétionnaire. Ils disent avoir commis une erreur de bonne foi et je les crois. Ça démontre à quel point ces associations sont douées pour dissimuler leur vocation. Les députés savaient-ils seulement qu’ils avaient affaire à des organisations religieuses?

Les chercheuses montrent aussi comment le discours anti-choix est de plus en plus banalisé dans les médias traditionnels, notamment par la voix de chroniqueurs et commentateurs de droite. On présente l’interdiction de l’avortement comme un juste retour des choses après des décennies d’abus (Nathalie Elgrably). On tourne en ridicule les personnes et associations pro-choix et on les accuse d’importer un débat américain (Joseph Facal et Mathieu Bock-Côté). On défend la participation à la politique des militants anti-choix (Richard Martineau). On adopte une position « Oui, mais… », reconnaissant l’importance du libre choix, mais critiquant des « excès » comme les (extrêmement rares) interruptions de grossesse au troisième trimestre. Ce faisant, on normalise la position anti-choix en la présentant comme une opinion politique parmi d’autres alors qu’il s’agit d’une lutte féroce contre une liberté fondamentale des femmes.

Le rapport présente un résumé détaillé des arguments employés par le mouvement anti-choix au Québec. C’est à la fois impressionnant et terrifiant de voir à quel point le discours s’adapte à son public. Le mouvement a beau être ancré dans le religieux, son discours est loin de se limiter à défendre le caractère sacré de la vie ou l’immoralité de l’avortement. Les arguments avancés sont nationalistes (les interruptions de grossesse contribuent à la dénatalité, donc à la perte de l’identité québécoise), médicaux (les avortements favoriseraient le cancer ou rendraient stérile), économiques (les avortements coûtent cher au système de santé), féministes (!) (les femmes sont assez fortes pour avoir des enfants peu importe leurs conditions)…

Le rapport se termine avec 12 recommandations. J’espère que le gouvernement du Québec les suivra, à commencer par la première: S’abstenir d’intervenir sur le plan législatif en matière d’avortement. Loin de constituer un bouclier, la disposition que Simon Jolin-Barrette veut inclure dans sa « constitution » ne ferait que donner une cible au mouvement anti-choix. Cette opinion fait consensus au sein du mouvement féministe canadien et a récemment été confirmée par George Buscemi, président de Campagne Québec-Vie, dans une entrevue accordée au Devoir.

Merci aux chercheuses pour leur excellent travail. J’espère que le gouvernement le reconnaîtra.

Je recevrai Véronique Pronovost, la principale rédactrice du rapport, à « Woke tant qu’il faudra » ce samedi.

Pour consulter le rapport: https://fqpn.qc.ca/nouvelles/rapport-quand-le-consensus-vacille/

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  • La fausse bienveillance des groupes anti-choix
    Une lettre d’opinion intitulée « Le privilège parental » a été publiée hier soir dans la Presse. C’est un exemple éloquent de l’habileté des groupes anti-avortement pour véhiculer leur message discrètement. La lettre est signée par Jean-Christophe Jasmin, directeur de Cardus. On a parlé de l’institut Cardus la semaine dernière parce que l’ancien rédacteur de discours de François Legault s’y est joint en tant que chercheur. Ancien pasteur baptiste, Jean-Christophe Jasmin est également d
     

La fausse bienveillance des groupes anti-choix

14 août 2025 à 08:46

Une lettre d’opinion intitulée « Le privilège parental » a été publiée hier soir dans la Presse. C’est un exemple éloquent de l’habileté des groupes anti-avortement pour véhiculer leur message discrètement.

La lettre est signée par Jean-Christophe Jasmin, directeur de Cardus. On a parlé de l’institut Cardus la semaine dernière parce que l’ancien rédacteur de discours de François Legault s’y est joint en tant que chercheur.

Ancien pasteur baptiste, Jean-Christophe Jasmin est également directeur des affaires externes du Réseau évangélique du Québec. Ce n’est pas sans raison qu’il a choisi de se faire désigner par son poste à Cardus plutôt qu’au Réseau évangélique du Québec. Ce deuxième titre attirerait bien davantage la méfiance du lecteur, avec raison.

Vous avez probablement entendu parler de M. Jasmin dans l’actualité sans retenir son nom. Il participe à la contestation de la décision du gouvernement du Québec d’annuler la tenue d’un événement anti-avortement au Centre des congrès de Québec en 2023. Tout récemment, on a entendu M. Jasmin protester contre la décision de la Ville de Montréal d’interdire le spectacle de Sean Feucht, ce chanteur MAGA homophobe et anti-avortement. « L’État s’autorise désormais à censurer des événements religieux sur la base d’une appréciation morale de leurs contenus possibles ou des opinions religieuses ou politiques de ses promoteurs. »

À première vue, son texte est inoffensif. Le message est: Les femmes ont moins d’enfants qu’elles le souhaiteraient parce qu’avoir un enfant, ça coûte cher. Et qui pourrait lui donner tort? Mais comment réduire le fardeau financier que représente la parentalité? L’auteur ne donne aucune piste de solution, donc allons voir ce que propose l’institut qu’il dirige.

En 2019, Cardus proposait de cesser de financer directement les garderies pour plutôt verser l’argent aux parents afin qu’ils puissent choisir de rester à la maison pour prendre soin de leurs enfants. Alors quoi, on veut donner le choix aux parents. C’est bien, non? Le problème, c’est que Cardus considère que les garderies ont davantage d’effets néfastes que positifs. En 2020, on nous expliquait que l’accès universel aux garderies (Cardus vise le modèle québécois en particulier) engendre un grand nombre de problèmes pour les enfants qui les fréquentent: mauvaise relation des enfants avec les parents, troubles de comportement, problèmes de santé, taux de criminalité plus élevé une fois adultes… Bref, Cardus prétend vouloir donner le choix aux parents, mais en réalité le choix est tout désigné. Un des parents doit rester à la maison pour s’occuper de l’enfant. Je vous laisse deviner lequel. Le rapport publié en 2020 nous explique que l’accès des femmes au marché du travail est un bien petit bénéfice en comparaison des problèmes engendrés. En 2021, Cardus présentait un rapport de recherche à la Chambre des Communes expliquant que les gouvernements économiseraient des milliards en subventionnant directement les parents plutôt que les garderies.

Revenons à la lettre de M. Jasmin, qui n’explore pas vraiment le coût de la parentalité, encore moins les moyens de le réduire. Le texte joue beaucoup plus sur l’émotif que sur le factuel. « Je ne le savais pas à l’époque, mais avoir arrêté à trois sera probablement un des plus grands regrets de ma vie. » « Remettre à plus tard, je le sais bien… signifie parfois remettre à jamais. » « On élève des enfants, mais ils nous font aussi beaucoup grandir. »

Selon M. Jasmin, l’idée qu’avoir des enfants est dispendieux est principalement cela, une idée. Il mentionne plusieurs fois qu’il s’agit d’une perception. En réalité, les parents qui ont moins d’enfant (lire ici: qui s’empêchent d’avoir des enfants) doivent surtout blâmer leurs mauvais choix de vie, notamment celui d’attendre d’être parfaitement installés dans la vie avant d’avoir leur premier enfant.

Au final, ce qui est encouragé dans cette lettre n’est pas une intervention accrue de l’État pour aider les familles. Au contraire, nous avons vu que Cardus militait plutôt pour le contraire. La responsabilité revient aux parents, en particulier aux mères, de mieux gérer leurs affaires. L’auteur nous donne l’exemple de deux de ses amies. La première a eu la chance d’avoir un emploi qui lui permettait de s’absenter longtemps et de prendre deux congés de maternité consécutifs. La deuxième, c’est malheureux, a trop attendu pour se décider à avoir des enfants (elle voulait les accueillir dans une maison plutôt que dans un 4 et demi) et la biologie l’a empêchée d’avoir les quatre enfants qu’elle souhaitait. Autrement dit, les parents (et les mères en particulier) doivent apprendre à mettre de côté leur confort et leurs aspirations professionnelles au profit d’un plus grand nombre d’enfants, parce que c’est là que se trouve le vrai bonheur.

Encore une fois, il faut mettre la lettre en relation avec la philosophie de Cardus. L’institut défend la « liberté de conscience » des médecins qui refusent de pratiquer un avortement, de référer une patiente pour une interruption de grossesse et même de prescrire la contraception. Cardus conteste toutes les lois limitant la « liberté d’expression » des groupes anti-avortement (le refus des subventions pour les emplois étudiants, le refus d’être considéré comme organisme charitable etc.). L’opposition au libre choix des femmes d’interrompre leur grossesse est une « valeur » primordiale de cet institut. Il n’est pas question d’avortement dans cette lettre ouverte, mais l’auteur ne peut pas ne pas avoir eu cette préoccupation à l’esprit en l’écrivant.

Le vrai message de cette lettre, c’est celui qu’entendent plusieurs femmes qui appellent dans ces fausses lignes d’aide pour les femmes enceintes qui sont en réalité des hameçons pour les organisations anti-avortement: Tu penses que tu ne seras pas capable de t’occuper de cet enfant, mais tu l’es. Si tu choisis d’interrompre ta grossesse parce que tu ne te crois pas prête, tu vas le regretter toute ta vie.

Et voilà comment les organisations anti-avortement arrivent à transmettre leur message en passant par la porte arrière.

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