Parler de « territoires du savoir » aujourd’hui, c’est reconnaître que la connaissance n’est plus seulement un bien commun : elle est devenue un espace stratégique, convoité, disputé. Les cégeps et les universités, longtemps perçus comme des sanctuaires de pensée critique et d’autonomie intellectuelle, se retrouvent désormais au cœur d’une sorte de « colonisation cognitive » silencieuse, matérialisée par l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle. Ce qui est en jeu n’est pas uniquement l’i
Parler de « territoires du savoir » aujourd’hui, c’est reconnaître que la connaissance n’est plus seulement un bien commun : elle est devenue un espace stratégique, convoité, disputé. Les cégeps et les universités, longtemps perçus comme des sanctuaires de pensée critique et d’autonomie intellectuelle, se retrouvent désormais au cœur d’une sorte de « colonisation cognitive » silencieuse, matérialisée par l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle. Ce qui est en jeu n’est pas uniquement l’intégrité pédagogique, mais la transformation même de l’esprit humain en ressource exploitable : un or cognitif.
Les données cognitives : le nouveau Far West
L’IA s’impose de plus en plus dans le domaine collégial et universitaire avec une rapidité qui dépasse la capacité institutionnelle à en comprendre les implications réelles. Par ailleurs, au-delà de la question de l’éducation, plusieurs enjeux sont préoccupants, dont les enjeux éthiques, environnementaux et ceux liés à la cybersécurité. D’abord présentée comme un simple outil d’aide à l’apprentissage, elle est rapidement devenue un acteur structurant du rapport au savoir. La population étudiante y recourt pour rédiger, résumer, traduire, analyser. Le corps enseignant l’utilise pour corriger, planifier, produire du contenu disciplinaire. Rappelons que les IA se trompent et qu’un effort de contre-vérification est nécessaire lors de leur utilisation. Au-delà de la question de l’honnêteté intellectuelle, derrière cette apparente « efficacité » se cache une mutation plus inquiétante : la délégation massive de l’effort cognitif à des systèmes technologiques opaques, conçus hors du monde académique, à des propriétaires privés.
C’est ici que s’installe ce que je qualifie d’extractivisme cognitif. Chaque interaction avec une IA contribue à enrichir des modèles qui apprennent à partir de nos raisonnements, de nos erreurs, de nos styles, de nos logiques. Le savoir produit dans les universités, financées majoritairement par des fonds publics, devient une matière première captée, modélisée et valorisée ailleurs. On se rappellera que lorsque c’est gratuit, c’est que nous sommes le produit. Ainsi, la recherche, la pédagogie, la créativité intellectuelle se transforment en données exploitables. La colonisation n’est plus géographique ni économique : elle est cognitive, douce, presque invisible.
Course à l’IA
À mon sens, cette dynamique provoque une crise profonde du sens de l’éducation. Si apprendre consiste de plus en plus à savoir interroger une machine plutôt qu’à structurer une pensée, que devient la formation de l’esprit critique? Si la performance scolaire peut être simulée par des outils externes, comment évaluer la compréhension réelle? Les institutions d’enseignement oscillent entre interdiction, tolérance et intégration obligatoire, révélant leur désarroi face à une technologie qu’elles n’ont pas choisie, mais qui s’impose désormais presque comme une fatalité.
Pourtant, cette crise n’est pas uniquement technologique : elle est politique. Elle interroge la souveraineté cognitive des institutions éducatives. Qui contrôle les outils? Qui possède les données? Qui décide des normes éthiques intégrées dans les algorithmes? En laissant pénétrer massivement des IA commerciales dans les lieux du savoir, on accepte implicitement une forme d’extraction de l’intelligence collective. À combien vont se chiffrer les effets de ces changements majeurs sur l’ensemble de la société? Le principe du « pollueur-payeur » pourrait ici être reformulé : les entreprises technologiques qui perturbent les systèmes cognitifs ou éducatifs devraient assumer les coûts sociaux, pédagogiques et culturels qu’elles engendrent. Utopique? Assurément, mais dans la vie, il faut bien rêver à quelque chose d’ambitieux.
Déconstruire la machine
Face à cette colonisation cognitive extrêmement rapide, des solutions concrètes et réalistes existent néanmoins en attendant des politiques de régulation venant des gouvernements. La première consiste à développer une littératie critique de l’IA : non pas uniquement apprendre à « bien utiliser » ces outils, mais les comprendre, les questionner, les déconstruire. Cela implique d’enseigner leur fonctionnement, leurs biais, leurs limites, leurs modèles économiques. La seconde solution repose sur la réappropriation institutionnelle des technologies : soutenir des IA ouvertes, éthiques, développées par et pour le milieu éducatif, sous gestion publique ou coopérative. La troisième piste est pédagogique : repenser les stratégies d’évaluation pour valoriser les processus de pensée, l’oralité, le travail en classe, les ateliers de réflexion et les examens en classe.
Mais au-delà de l’urgence éducative se profile une perspective plus large et plus vertigineuse. L’or cognitif extrait aujourd’hui alimente un projet de long terme : le développement d’androïdes et de systèmes autonomes capables d’interagir, de raisonner, voire de simuler des formes de conscience sociale. La réalité risque fort bien de dépasser la fiction. Les modèles actuels apprennent à partir de milliards de fragments de pensée humaine. À terme, ce savoir modélisé pourrait être incarné dans des entités robotiques destinées à enseigner, à soigner, à assister, à gouverner même ou pire encore. Le paradoxe est frappant : l’humanité risque de devenir la main-d’œuvre cognitive qui forme ses propres substituts. Dans l’état actuel des choses, l’utopie n’est peut-être pas d’échapper à l’IA, mais de refuser qu’elle devienne notre nouvel empire invisible.
Alors que des milliers d’Américains manifestaient samedi 17 octobre contre l’administration Trump, une controverse a éclaté sur les réseaux sociaux. Meta, la société mère de Facebook et d’Instagram, a suspendu le principal compte Instagram du mouvement No Kings, précisément au moment où les organisateurs tentaient de mobiliser leurs sympathisants. Un incident que l’entreprise attribue à […]
Alors que des milliers d’Américains manifestaient samedi 17 octobre contre l’administration Trump, une controverse a éclaté sur les réseaux sociaux. Meta, la société mère de Facebook et d’Instagram, a suspendu le principal compte Instagram du mouvement No Kings, précisément au moment où les organisateurs tentaient de mobiliser leurs sympathisants. Un incident que l’entreprise attribue à […]
À la suite de la réélection du député Pascal Bérubé pour un septième mandat, la mairesse d’Amqui, Sylvie Blanchette, présente les dossiers prioritaires qu’elle espère voir aboutir.
Par Véronique Bossé, Initiative de journalisme local- L’Avant-Poste
Tout d’abord, elle souhaite que le gouvernement puisse investir dans les programmes pour les infrastructures municipales.
« Beaucoup de gens nous demandent ce que l’on attend pour refaire de l’asphalte dans telle ou telle rue. Ici, on a la ru
À la suite de la réélection du député Pascal Bérubé pour un septième mandat, la mairesse d’Amqui, Sylvie Blanchette, présente les dossiers prioritaires qu’elle espère voir aboutir.
Par Véronique Bossé, Initiative de journalisme local- L’Avant-Poste
Tout d’abord, elle souhaite que le gouvernement puisse investir dans les programmes pour les infrastructures municipales.
« Beaucoup de gens nous demandent ce que l’on attend pour refaire de l’asphalte dans telle ou telle rue. Ici, on a la rue du Carrefour sportif, qui a besoin que l’asphalte soit refait, même qu’on veut refaire la configuration de la rue, mais on sait que nos infrastructures souterraines sont à refaire, parce qu’elles ont plus de 60 ans. On ne peut pas faire de l’asphalte neuf sur une route ou une rue en sachant que ce qui se trouve en dessous devra être refait. »
Trois demandes de subvention en autant d’années ont été déposées par la Ville d’Amqui.
« Ici, pour le Carrefour sportif, nous avons déposé une demande de subvention parce que, sinon, ce sont 5 millions ou 6 millions qui seront à la charge des citoyens. Alors, on a fait une première demande de subvention pour le bout de la rue Dumais et de la rue du Carrefour sportif et elle a été refusée. L’année suivante, nous avons fait une deuxième demande. Pour cela, il faut refaire nos plans et devis et les coûts continuent d’augmenter. On reçoit un deuxième refus. On est rendu à notre troisième demande pour pouvoir refaire ces rues-là. »
Madame Blanchette rappelle que les coûts s’accumulent avec les années.
« On espère avoir une réponse positive, mais il faut comprendre qu’entre la première demande et celle-ci, on a eu des frais, puisqu’il faut refaire des plans et devis, mais aussi les coûts des travaux au début versus les coûts des travaux quand ils se feront vont être beaucoup plus élevés. »
À ce sujet, la mairesse est catégorique.
« Il faut que le gouvernement mette de l’argent pour les infrastructures municipales. »
Lueur d’espoir pour le transport collectif
Le transport collectif est un autre enjeu dans la région, qui n’est pas non plus nouveau.
« Nous avons des citoyens qui veulent demeurer en région. Que ce soit des jeunes pour le travail ou pour les études, il y a des gens qui ont besoin parfois de se déplacer vers Rimouski ou ailleurs pour recevoir des soins de santé pendant une journée. On se fait demander l’implantation d’un transport collectif. »
Sylvie Blanchette indique que des solutions ont été réfléchies en ce sens, mais qu’encore une fois, les subventions ont été refusées.
La ville d’Amqui (Photo courtoisie)
Or, lors du débat des candidats qui a eu lieu avant les élections, Pascal Bérubé a assuré à la mairesse d’Amqui qu’il trouverait l’argent nécessaire à la mise en place d’un transport collectif.
Le transport aérien ne devra pas non plus être oublié.
« Il y a un aéroport à Mont-Joli qui appartient aux quatre MRC : celle de La Matapédia, de La Matanie, de La Mitis et de Rimouski-Neigette. Cet aéroport n’a aucun lien direct entre Mont-Joli et Québec ou Mont-Joli et Montréal. Ça fait en sorte que des spécialistes, qui pourraient venir travailler en région une journée ou deux, ne le font pas en raison de l’absence de transport aérien. »
L’itinérance en région
Sylvie Blanchette espère aussi que certains enjeux plus récents pourront être abordés rapidement.
« J’ai entendu dire que le Parti québécois voulait mettre en place une enveloppe pour la lutte à l’itinérance. Il faut savoir que l’itinérance ne se vit pas uniquement à Montréal ou à Québec. Il y en a à Rimouski et nous en avons ici aussi à Amqui. Quand l’enveloppe sera disponible, on va voir avec Pascal ce qui peut être fait pour loger des gens qui en ont besoin. Avec l’hiver qui s’en vient, c’est quelque chose que nous allons devoir régler rapidement. »
Le député de Rimouski-Neigette–Mitis–Matapédia–Les Basques, Maxime Blanchette-Joncas, annonce l’arrivée de Philip-Antoine Breau à titre d’attaché politique à son bureau de circonscription d’Amqui.
Il appuiera le député dans le suivi des enjeux locaux, des relations avec le milieu et des activités de représentation principalement dans la MRC de La Matapédia.
Il accompagnera également les citoyens, les organismes et les entreprises dans leurs démarches auprès des ministères et organismes fé
Le député de Rimouski-Neigette–Mitis–Matapédia–Les Basques, Maxime Blanchette-Joncas, annonce l’arrivée de Philip-Antoine Breau à titre d’attaché politique à son bureau de circonscription d’Amqui.
Il appuiera le député dans le suivi des enjeux locaux, des relations avec le milieu et des activités de représentation principalement dans la MRC de La Matapédia.
Il accompagnera également les citoyens, les organismes et les entreprises dans leurs démarches auprès des ministères et organismes fédéraux.
« Mon travail, c’est d’être présent pour les gens d’ici et de porter leurs préoccupations à Ottawa. Je suis heureux d’accueillir Philip-Antoine, dont la rigueur et le sens de l’écoute seront précieux pour faire avancer leurs dossiers », souligne Maxime Blanchette-Joncas.
Implication dans la culture
Philip-Antoine Breau a travaillé plusieurs années dans le milieu culturel, notamment dans différents musées. Il détient des formations universitaires en histoire et en gestion de projets.
« J’ai le Québec et le Bas-Saint-Laurent à cœur et je veux mettre mes compétences au service des gens de toute la circonscription. Je suis particulièrement fier de me joindre à l’équipe du député et de travailler à Amqui, un endroit où ma famille est bien ancrée », ajoute Philip-Antoine Breau.
Le bureau d’Amqui est situé au 35, boulevard Saint-Benoît Est. Pour joindre mon équipe, les citoyens peuvent composer le 418 629-6456 ou écrire à maxime.blanchette-joncas@parl.gc.ca.
Les députés de Rimouski et de Matane-Matapédia-Mitis, Yohann St-Pierre et Pascal Bérubé, ont été assermentés en prêtant serment au peuple québécois, jeudi après-midi (15 octobre), à l’Assemblée nationale, à Québec.
En compagnie de 55 de leurs collègues élus le 5 octobre dernier, les deux péquistes ont juré qu’ils exerceraient leurs fonctions « avec honnêteté et justice dans le respect de la constitution du Québec ».
S’il ne fait aucun doute que monsieur Bérubé obtiendra une fonction import
Les députés de Rimouski et de Matane-Matapédia-Mitis, Yohann St-Pierre et Pascal Bérubé, ont été assermentés en prêtant serment au peuple québécois, jeudi après-midi (15 octobre), à l’Assemblée nationale, à Québec.
En compagnie de 55 de leurs collègues élus le 5 octobre dernier, les deux péquistes ont juré qu’ils exerceraient leurs fonctions « avec honnêteté et justice dans le respect de la constitution du Québec ».
S’il ne fait aucun doute que monsieur Bérubé obtiendra une fonction importante dans le cabinet de Paul St-Pierre Plamondon, monsieur St-Pierre devra attendre à la semaine prochaine avant de savoir s’il accédera au prochain Conseil des ministres.
Le premier ministre désigné présentera son équipe ce mercredi 21 octobre.
En plus de Pascal Bérubé, deux autres députés de l’Est-du-Québec pourraient obtenir des postes ministériels, soit Méganne Perry Mélançon dans Gaspé et Joël Arsenault aux Îles-de-la-Madeleine, tous deux proches collaborateurs de monsieur St-Pierre Plamondon.
Pour sa part, Pascal Bérubé a décroché un septième mandat à l’Assemblée nationale avec 68 % des voix, devançant de près de 16 000 votes le conservateur Patrice Caron, le caquiste Henry Maclaren, le libéral André Côté et le solidaire Gabriel Plante.
Selon le calendrier de l’Assemblée nationale, les travaux réguliers et ceux des différentes commissions doivent reprendre à compter du 17 novembre jusqu’à la pause hivernale, prévue le 18 décembre.
Dans un contexte de gouvernement minoritaire, Paul St-Pierre Plamondon a déclaré « vouloir remettre le Québec sur les rails » et regagner la confiance des citoyens avant de placer le référendum et la question nationale à l’avant-plan.
Les appels à manifester le 17 octobre se multiplient sur les réseaux sociaux. Initialement prévu pour protester contre la vie chère, le gouvernement craint une convergence des luttes alors que le mouvement lycéen, même s’il faiblit, est loin de s’être tari. Pendant ce temps, Marine Le Pen a annoncé vouloir supprimer l’aide à l’Ukraine au bout de six mois, si elle était élue, estimant que la France n’en a plus les moyens.
Les appels à manifester le 17 octobre se multiplient sur les réseaux sociaux. Initialement prévu pour protester contre la vie chère, le gouvernement craint une convergence des luttes alors que le mouvement lycéen, même s’il faiblit, est loin de s’être tari. Pendant ce temps, Marine Le Pen a annoncé vouloir supprimer l’aide à l’Ukraine au bout de six mois, si elle était élue, estimant que la France n’en a plus les moyens.
C’était en juillet, à Tadoussac, entre deux embarquements. Le journaliste Gilles Gougeon m’avait demandé de rejoindre son équipe à Tadoussac pour un documentaire de Radio-Canada sur le fleuve Saint-Laurent. Nous étions sortis en mer à bord d’un navire de la Garde côtière.
Je me souviens d’avoir raconté un souvenir : après trois mois en mer, le navire sur lequel je travaillais venait de prendre son pilote, on passait près du Haut-Fond-Prince. Il y avait soudain eu cette odeur saline particuliè
C’était en juillet, à Tadoussac, entre deux embarquements. Le journaliste Gilles Gougeon m’avait demandé de rejoindre son équipe à Tadoussac pour un documentaire de Radio-Canada sur le fleuve Saint-Laurent. Nous étions sortis en mer à bord d’un navire de la Garde côtière.
Je me souviens d’avoir raconté un souvenir : après trois mois en mer, le navire sur lequel je travaillais venait de prendre son pilote, on passait près du Haut-Fond-Prince. Il y avait soudain eu cette odeur saline particulière, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Alors j’avais su que j’étais vraiment de retour chez moi. Dans mon fleuve. Dans mon pays. Il y a des appartenances qui passent par l’air, le vent, le sel et la mémoire du corps.
On parle souvent du Saint-Laurent comme d’un corridor économique. Un axe de transport. Une voie navigable. Une infrastructure stratégique. Ça correspond à une réalité, mais ça reste incomplet.
Vu de la timonerie d’un navire ou du haut d’un cap, à Cap-Chat ou à Mont-Saint-Pierre, il est beaucoup plus que cela. Sa couleur change avec les marées, les saisons et les moments de la journée. Ses courants dessinent des lignes courbes, et au changement de marée, on peut parfois sentir, directement sur la peau, ce que signifie « le passage d’un front froid ».
À Montréal, il s’appelle en anglais « The River ». Mais à partir de Sainte-Flavie il devient bien plus qu’une rivière et il est même plus large qu’un fleuve. On l’appelle d’ailleurs plutôt « la mer », en Gaspésie. Avant tout, c’est un milieu vivant. Une mémoire. Une force qui depuis des millénaires façonne les paysages, les métiers, les corps, les imaginaires et les communautés.
J’ai connu le fleuve par plusieurs chemins : la navigation, l’opération des navires, les technologies maritimes, les régions côtières, mais aussi la création. Ce sont des mondes qui peuvent sembler complètement séparés. D’un côté, les navires, les cartes marines, les horaires, les opérations portuaires, les réglementations et les décisions à prendre. De l’autre, l’art, le silence, le paysage, l’intuition, le corps, la lenteur.
Pourtant, il y a un apprentissage qui est le même : être complètement présent et prêt à entrer en action à partir de ce qui est là dans l’instant.
Naviguer, c’est lire ce qui change. La lumière, le vent, la hauteur des vagues, la fatigue de l’équipage, la réaction et les bruits du navire, les courants, les glaces, la brume. Les signaux les plus subtils peuvent être l’indicateur le plus important, celui qui fait changer la décision. En mer, on ne maîtrise jamais tout. Le fleuve est toujours plus grand et plus puissant que nous.
Mon travail en art performance et installation part du même point : la présence. Dans le corps, en lien avec la mer dans toute sa force mouvante, avec les côtes rocheuses et les épinettes tortueuses qui s’accrochent aux rochers. C’est un travail d’alignement. Comme les bouées qui jalonnent les routes maritimes. Un processus qui tient compte de multiples éléments, un parcours dont la route finale n’apparaît qu’à l’arrivée.
J’ai choisi d’habiter les régions maritimes parce que cette relation de proximité avec le fleuve y est encore bien vivante. Ce territoire connaît encore le rythme du fleuve, son pouls changeant et mouvant. Il se souvient de l’histoire des goélettes qui apportaient l’épicerie dans les villages et ramenaient du bois vers Montréal. Il se souvient des navires étrangers qui ouvraient leurs cales pour apporter des produits nouveaux ici : sucre, bananes, rhum. Et il se souvient des chantiers navals et de l’expertise exceptionnelle de ces constructeurs de bateaux de bois, puis d’acier, qui ont mis à l’eau des centaines de milliers de navires. Le fleuve nous a construits. Il a beaucoup contribué à faire du Québec ce qu’il est devenu. On estime régulièrement que près de 80 % des biens que nous consommons ont voyagé, à un moment ou à un autre, par navire. Sans cet axe maritime, nos communautés n’existeraient pas dans leur forme actuelle.
Aujourd’hui, nous parlons beaucoup de transition. Transition écologique, énergétique, économique, numérique. Ces éléments de solution sont importants, tout comme les plans, les indicateurs, les investissements et les politiques publiques. Mais les décisions et les choix seront incomplets sans une sensibilité à ce que porte profondément ce territoire maritime.
On ne peut pas prendre soin du vivant uniquement avec des tableaux de bord. On ne peut pas protéger un fleuve que l’on ne regarde pas quotidiennement, que l’on ne connaît plus. On ne peut pas non plus imaginer l’avenir des régions maritimes et du fleuve sans les connaissances intrinsèques du territoire, sans ce qui vient de l’observation, autant scientifique qu’humaine.
Bien sûr, les territoires maritimes connaissent aussi la fragilité, le manque de main-d’œuvre après des années d’exode, les conflits d’usage, la pression touristique, la dépendance aux décisions prises ailleurs, les blessures laissées par certains développements. Mais habiter un territoire, c’est accepter sa complexité, apprendre du passé et continuer de construire.
Comme artiste, je crois que la création peut contribuer à cette écoute en ouvrant un autre espace de perception. L’art peut rendre sensible ce que les indicateurs ne montrent pas toujours. Il peut redonner une présence à ce qui est abstrait : le vivant, le lien, la mémoire, la perte, la beauté.
Comme navigatrice et femme issue du secteur maritime, je crois que nous avons besoin de tenir compte de paramètres techniques et scientifiques en temps réel mais aussi des récits et de l’expérience des marins et des gens qui vivent près du fleuve pour mieux saisir sa réalité changeante et mouvante.
Le Saint-Laurent nous oblige à penser autrement. Il ne répond pas à la vitesse de nos échéances. Il a ses marées, ses glaces, ses tempêtes, ses embâcles, ses brumes et ses pieds de vent. Il nous rappelle que les écosystèmes naturels et humains sont complexes et demandent une présence attentive et multiple.
En regardant le bel orangé du coucher de soleil, juste au bout de l’île Saint-Barnabé, là où passent les cargos étrangers en route vers le large, je vous propose de humer l’air salin et d’imaginer l’avenir de notre fleuve, pour qu’il puisse continuer de porter nos rêves.
Ma lecture du monde est parfois un peu binaire, je le reconnais bien volontiers… Mais dans les nombreux espaces que je traverse, je constate que le rapport à l’IA s’affirme de plus en plus comme un rapport de classe. Les pro-IA appartiennent presque exclusivement aux catégories socio-professionnelles les plus hautes, jusqu’à la caricature. Les gens qui s’y opposent et se mobilisent à son encontre, semblent plutôt appartenir à d’autres espaces sociaux, tant et si bien que cette confrontation soci
Ma lecture du monde est parfois un peu binaire, je le reconnais bien volontiers… Mais dans les nombreux espaces que je traverse, je constate que le rapport à l’IA s’affirme de plus en plus comme un rapport de classe. Les pro-IA appartiennent presque exclusivement aux catégories socio-professionnelles les plus hautes, jusqu’à la caricature. Les gens qui s’y opposent et se mobilisent à son encontre, semblent plutôt appartenir à d’autres espaces sociaux, tant et si bien que cette confrontation sociale est en train non seulement de tendre les rapports autour de la technologie, mais plus encore semble raviver un conflit de classe qu’on pensait (un peu facilement) évanoui. Les huées qui répondaient aux propos pro-IA d’il y a quelques mois sont peu à peu remplacées par des colères glacées, des larmes, des hurlements et des invectives radicales de gens exaspérés par l’IA auxquels répondent le déni glacé de l’injonction, voire le sourire confiant et supérieur du « il faut s’adapter » quand ce n’est pas un panégyrique de la puissance de ces outils au prétexte de l’efficacité, de la rentabilité ou de la souveraineté. C’est un peu finalement comme si l’IA elle-même était devenue l’idéologie des classes supérieures (venant masquer sous sa puissance, le capitalisme, l’impérialisme, l’autoritarisme, idéologies devenues bien plus difficiles à défendre). Comme si l’IA était devenue l’idéologie du moment, qui recouvre d’un voile de neutralité et d’innovation celles qui l’ont fondée et l’ont structurée. Comme s’il suffisait de changer de mot pour proposer la même chose.
Entre l’homélie d’en haut et la condamnation d’en bas
« La seule chose qui croît plus vite que ce secteur de l’IA, c’est peut-être le sentiment négatif des Américains à son égard », s’inquiétait récemment le Wall Street Journal relayé par Le Monde Diplo. L’automatisation renforce une autonomisation de la tech, dans une forme de fuite en avant qui ne va pas de soi pour tous, explique le journaliste Pierre Rimbert. Et la transformation des rapports sociaux qui l’accompagne, c’est-à-dire le renforcement des revenus du capital sur ceux du travail, qui implique un renforcement des inégalités, une surveillance généralisée, une indifférence à l’environnement… révolte une grande partie du public, comme s’en défie The Economist qui dénonce le risque de montée d’une Gen Z socialiste, d’une radicalisation des plus jeunes. Un récent sondage américain le montrait d’ailleurs, « les PDG du secteur de l’IA sont encore plus impopulaires que leurs data centers », résumait Futurism. L’époque où les jeunes vouaient une admiration aveugle à l’industrie technologique qu’ils rêvaient de rejoindre semble bien révolue.
Pourtant cet affrontement n’est pas un affrontement générationnel ou un affrontement entre droite et gauche. L’affrontement est bien plus un affrontement de classe, explique l’activiste Saul Levin, directeur du Centre de recherche sur les conflits non-violents, interrogé par le journaliste Andrew Cockburn dans Harper’s Magazine. L’opposition aux data centers « ne varie pas significativement en fonction de l’âge, de l’origine ethnique, du niveau d’études, du revenu ou du degré d’urbanisation », observe l’enquête de Gallup publiée le 13 mai dernier. « L’affrontement n’oppose pas la droite à la gauche, les démocrates aux républicains, les banlieues à la campagne. En réalité, c’est le haut contre le bas ». Reste, constate Pierre Rimbert, que face à la poursuite de la numérisation à marche forcée, aux États-Unis comme ailleurs, cette contestation populaire, politiquement hétérogène, ne trouve qu’un relais limité dans les discours politiques, qui sont bien plus alignés aux objectifs de développement économique que promet la tech qu’à sa régulation.
Cette tension de classe se renforce à mesure que l’injonction à l’IAification devient une obsession, comme le soulignaitle Monde ou Futurism. Face à la colonisation du moindre de nos outils numériques dans lesquels l’IA s’infiltre sans nous laisser de choix, face à ce nouvel internet sans condition (à l’image désormais de la moindre de nos requêtes sur Google qui s’ouvre par une réponse générative), l’obsession semble devenir frénétique. Tout est envahi d’IA ! Elle ne saisit pas que les entreprises et services qui fournissent des solutions devenues toutes magiques ✨, mais également leurs cadres et managers qui semblent avoir pour beaucoup basculé dans une même frénésie, comme le racontait le journaliste Jules Thomas pour Le Monde. Nombre d’employés expriment leur frustration voire leur colère face à des managers et des cadres utilisant cette technologie pour submerger leur personnel de directives absurdes, de tâches inutiles et de changements de cap incessants. Des cadres qui, sous leur propre injonction à intégrer l’IA, finissent eux-mêmes par être subvertis par les machines, comme ironisait Ed Zitron. À mesure que l’IA s’y déploie, sans contestation possible, c’est comme si les environnements de travail devenaient particulièrement toxiques. « Le lieu de travail s’est transformé en un champ de bataille permanent entre leur propre perception de la réalité et celle de l’IA – et, selon les travailleurs, leur patron choisissait systématiquement cette dernière. »Comme nous le disions à propos de la désinformation où l’IA offre les explications simples que l’on veut croire, l’IA des patrons leur confirme la vision qu’ils veulent croire. « L’IA va produire le récit que vous voulez qu’elle produise », constatent des employés confrontés aux délires de leurs boss à tout faire avec, jusqu’à finalement altérer la réalité, raffermir leurs croyances voire leurs délires et disloquer les collectifs. « Je me retrouve à devoir gérer quelqu’un qui n’a plus les pieds sur terre », explique un autre employé confronté à un patron qui a basculé dans l’IA produisant des boucles d’injonctions… qui ne fonctionnent pas. « Les organisations et les dirigeants doivent choisir : soit ils décident de s’en remettre entièrement à l’IA, soit ils font confiance aux personnes qu’ils embauchent et à leurs compétences ». Dans Futurism, la journaliste Maggie Harrison Dupré dresse les mêmes constats, mais précise cependant : « la plupart des personnes interrogées ont indiqué qu’elles utilisaient effectivement l’IA dans leur vie professionnelle et personnelle, et qu’elles lui reconnaissaient une certaine valeur lorsqu’elle était employée avec prudence et discernement. Toutefois, elles estimaient que l’usage qu’en faisaient leurs employeurs avait franchi la limite entre l’outil utile et l’élément délétère – tant pour les salariés que pour les intérêts réels des entreprises concernées.»
Cette radicalisation de l’usage de l’IA par les catégories supérieures va de pair avec la radicalisation de la détestation de l’IA par tous les autres. En trois ans, il est devenu plus difficile de parler de ce sujet, avec des cadres de plus en plus convaincus et qui laissent de moins en moins de place aux options, qui déploient des outils, des processus et des contraintes et de l’autre des gens qui se noient dans les difficultés que génèrent ces outils, leur impraticabilité, la charge de la vérification et de l’orchestration, l’intensification que cela produit et la démultiplication des injonctions. Comme le disait le sociologue Dominique Boullier : « Dès que l’on veut réellement prendre en main ces outils, contrôler leurs opérations, les vérifier ou valider leurs résultats, les mêmes utilisateurs se retrouvent déçus, inquiets voire en colère ». L’injonction à l’utiliser – la Sommation technologique –, radicalise les positions.
Les proIA évoquent facilement la puissance des outils, mais jamais leurs limites. Pour eux, les contestations, les oppositions semblent inexistantes, alors même qu’elles se démultiplient (de la contestation du déploiement de l’IA dans les systèmes de travail, dans l’éducation, à l’opposition aux systèmes de surveillance des plaques minéralogiques, aux data centers ou aux lunettes connectées… pour ne citer que quelques-unes des polémiques actuelles). C’est comme si toute opposition était niée par principe. Comme si les contestations et oppositions devaient être mises sous le tapis, silenciées au prétexte qu’elles seraient au pire irrationnelles au mieux politiques. Ce déni de réalité est marquant. Dans les entreprises comme les administrations, les contestations sont elles aussi étouffées. Le dialogue social suppose de ne jamais parler avec les contestataires. C’est comme si l’on ne voulait pas faire entrer les données problématiques dans le modèle d’entraînement. D’où d’innombrables rapports de think tanks ou d’institutions… qui parlent de l’IA pour la produire, sans jamais regarder ses limites. On a l’impression que deux mondes s’affrontent. Et, quand cela échoue (et cela échoue souvent), on passe au projet suivant. Pire, comme le pointe le Monde dans un autre article, l’IA favorise aussi des transformations stratégiques confuses.
Peut-être qu’en fait, transparaît dans ces outils, finalement, le fait qu’ils n’en soient pas. C’est ce que disent les chercheurs quand ils nous invitent à reparler de l’économie politique de l’IA et à en dépasser la technique. C’est ce que disait aussi le journaliste de Mediapart, Romaric Godin, en nous rappelant que l’IA n’est pas un outil, mais bien le vecteur d’une capture hypercapitaliste du monde. L’usage de l’IA révèle finalement le monde qui le produit et ses objectifs. Il nous dresse les uns contre les autres. Son rythme ne nous laisse aucun espace d’apaisement. Il est en passe de devenir un objet de lutte sociale ou son symbole, entre deux mondes.
Les proIA finissent par craindre le monde qui les entoure et qu’ils contribuent très activement à produire, d’une requête à l’autre. Ils regardent avec méfiance ceux qu’ils relèguent aux ordres de leurs machines : chauffeurs Uber, employés d’entrepôts sous-traités, métiers déclassés, rappelle l’historienne Kim Phillips-Fein dans une tribune pour le New York Times. « Ils ont raison de redouter la colère de ces groupes dépossédés, tout comme ces derniers ont raison d’être en colère ».
Les employés utiliseront-ils l’IA avec l’intensité des codeurs ? Pas si sûr !
Avec l’IA, on a l’impression que, en haut de la hiérarchie sociale, tout le monde est convaincu que les employés vont l’utiliser comme l’utilisent les codeurs : intensément. Avec l’espoir que tous voient leur productivité démultipliée même si elle ne se réalise pas vraiment, jusqu’au plus complet épuisement. Or, ce n’est pas ce que l’on constate toujours, comme nous le montrions dans notre article sur l’évolution des usages de l’IA en juin. Les usages récréatifs sont plus nourris que les usages professionnels et le sont de plus en plus.
En fait, hormis les développeurs, « les autres cols blancs ne sont pas encore entrés dans ce monde » constate Colin Jarvis d’OpenAI dans The Economist. Ça tombe mal. Car pour justifier leurs investissements colossaux dans les centres de données, les géants américains de l’IA ont besoin que l’adoption de cette technologie continue de se répandre rapidement, au même rythme qu’elle envahit le développement informatique. Selon The Economist, couvrir le coût de la construction des centres de données nécessitera que les revenus annuels totaux générés par l’IA atteignent 2 500 milliards de dollars d’ici la fin de la décennie, contre environ 150 milliards actuellement. Les revenus de l’IA grossissent vite… mais pas assez vite, se désole le magazine économique. Reste qu’à ce jour, l’adoption de cette technologie est de loin la plus forte parmi les développeurs de logiciels. D’après le forum en ligne Stack Overflow, quatre développeurs sur cinq déclarent utiliser un outil de programmation IA. En juin 2025, le chiffre d’affaires annuel récurrent cumulé de Cognition, Cursor, Lovable et Replit, quatre startups spécialisées dans la programmation IA, s’élevait à environ 800 millions de dollars. Il atteint aujourd’hui 6 milliards de dollars. « SemiAnalysis, un cabinet d’études, estime que pour Anthropic et OpenAI, la programmation représente désormais plus de la moitié de leur chiffre d’affaires annuel récurrent cumulé ».
L’IA donc se diffuse plus rapidement dans les secteurs où les ingénieurs logiciels représentent une part plus importante de l’emploi, comme le synthétise un graphique de The Economist qui montre que l’adoption de l’IA dépend beaucoup du pourcentage de développeurs parmi les employés. Très logiquement, elle est plus forte dans les secteurs où les développeurs sont nombreux comme les services et les entreprises logicielles que dans les secteurs comme la santé, l’industrie ou les transports. Les optimistes voient là la preuve que le boom de l’IA ne fait que commencer. Les pessimistes, que le codage risque de faire longtemps figure d’exception.
Or, souligne The Economist, trois autres secteurs sont souvent présentés comme les prochaines applications à forte croissance de l’IA : le droit, la finance et les services client. Tous connaissent une croissance significative. « Harvey, Clio et Legora, trois développeurs d’outils juridiques basés sur l’IA, ont quasiment doublé leur chiffre d’affaires annuel récurrent combiné au cours de l’année écoulée, pour atteindre 1 milliard de dollars. Harvey affirme que le temps passé par les avocats sur sa plateforme double chaque mois.» Les banquiers et autres acteurs du secteur financier adoptent également l’IA. « Rogo, une startup spécialisée dans l’IA et développant des outils pour le secteur des services financiers, a conquis 100 nouveaux clients entreprises au cours du dernier trimestre et a augmenté son chiffre d’affaires annuel récurrent de 50 %.»
L’IA prend également son essor dans le service client. « Sierra, qui développe des outils à cet effet, a atteint un chiffre d’affaires annuel récurrent de 200 millions de dollars en juin, soit le double du chiffre enregistré en novembre dernier. Les investisseurs en capital-risque sont optimistes. Depuis le début de l’année, ils ont injecté 3 milliards de dollars dans les startups d’IA de ce secteur, un montant supérieur à celui de toute autre catégorie d’application d’IA » (alors que les investissements dans les startups de programmation d’IA sont en train de stagner, notamment en raison de la domination croissante des outils de programmation internes des grandes entreprises d’IA, souligne The Economist).
Ces trois secteurs applicatifs présentent certaines similitudes avec la programmation. Ils représentent d’importants marchés potentiels et le travail est souvent répétitif. Cependant, « quatre facteurs les distinguent de la programmation à leur désavantage : la disponibilité des données d’entraînement ; la facilité de test des résultats d’un modèle ; le niveau d’interaction humaine requis ; et les ingénieurs logiciels eux-mêmes ». Les entreprises d’IA de ces secteurs s’efforcent de rendre leurs autres marchés plus semblables à la programmation, mais il n’est pas sûr qu’elles y arrivent, structurellement. Car si l’IA a connu un tel succès en tant qu’assistant de programmation, c’est en partie grâce à l’abondance de code open source disponible. Elle s’est ainsi intégrée aux modèles, représentant dans certains cas près d’un cinquième des données d’entraînement. « Un tel volume de contenu accessible au public n’existe tout simplement pas pour les réclamations clients ou les négociations contractuelles ».
Le code généré par l’IA est également relativement facile à valider, rappelle le magazine économique. « Les tests logiciels font partie intégrante du développement logiciel : un morceau de code en vérifie un autre. Cela augmente la probabilité de détecter les erreurs dans le code généré par l’IA avant qu’elles ne causent des dégâts. De plus, les tests contribuent à améliorer les performances des modèles en les alertant en cas d’erreur. Évaluer si un client mécontent a été apaisé ou si un modèle d’évaluation a correctement reflété les nuances des comptes d’une entreprise est plus complexe.»
« Les outils de développement logiciel présentent l’avantage supplémentaire que la plupart des informations nécessaires à l’exécution d’une tâche existent déjà dans le code source du programme, ou sont accessibles via les interfaces de programmation (API), qui connectent les logiciels. Dans de nombreux autres contextes, cependant, les informations cruciales ne sont pas disponibles sous forme numérique : elles résident plutôt dans l’esprit d’un employé de centre d’appels ou dans l’expression du visage de l’avocat de la partie adverse. »
Les entreprises spécialisées en IA travaillent à relever tous ces défis, souligne The Economist. Winston Weinberg, le patron de Harvey, explique que les progrès de l’IA permettent désormais à son entreprise d’entraîner ses outils en s’appuyant en partie sur des données « synthétiques », générées par les systèmes d’IA eux-mêmes. Des startups comme Mercor mettent en relation des entreprises d’IA et des professionnels experts de divers secteurs, capables de transférer leur expertise dans des modèles. « Ping Wu, patron de Cresta, affirme qu’en analysant des milliers de transcriptions d’appels, sa startup spécialisée dans le service client par IA peut déduire certaines connaissances détenues par les employés, comme la procédure de traitement des remboursements. De nombreuses entreprises d’IA dépêchent désormais des ingénieurs directement dans les locaux de leurs clients pour résoudre des problèmes et perfectionner leurs outils.»
Mais, conclut The Economist, le dernier facteur expliquant le succès de l’IA dans la programmation est peut-être le plus difficile à reproduire : ce sont les ingénieurs logiciels eux-mêmes. « À la fois passionnés de technique et habitués au changement, ils adoptent naturellement les nouvelles technologies. L’adoption de l’IA pour le codage s’est ainsi faite en grande partie de manière ascendante, les ingénieurs découvrant et expérimentant ces outils de leur propre initiative ».
À l’inverse, les agents de centres d’appels n’ont généralement ni l’incitation ni la liberté d’expérimenter dans le cadre de leur travail, et ont tendance à attendre que les technologies soient déployées selon une approche descendante. Les avocats et les professionnels de la finance doivent également faire preuve de prudence pour ne pas enfreindre les nombreuses réglementations régissant leurs métiers. Bref, la difficulté à reproduire la liberté et l’habileté technique des développeurs pourrait bien être la limite à l’expansion de l’IA au-delà du code.
D’autres applications de l’IA continueront certainement à se développer, et pourraient même s’accélérer à mesure que les modèles s’améliorent et que les entreprises se sentent plus à l’aise à l’idée de confier des tâches à des agents d’IA. Toutefois, il faudra peut-être attendre encore longtemps avant que la majorité des employés de bureau ne passent leurs journées à chuchoter dans des microphones, avec des masques sur le visage, comme le font déjà les codeurs. Reste que dans de nombreuses professions, comme l’évoque le Financial Times, les usages se déploient en ordre dispersé : les usages comme les inconvénients ou les menaces ne sont pas les mêmes selon les secteurs.
La responsabilité des productions de l’IA est socialement inversement distribuée
Ce que montre également cette tension, c’est qu’au-delà des catégories socio-professionnelles supérieures du code et du management, le rapport à l’IA n’est pas le même, structurellement. Pourquoi les employés de bureau se rebellent-ils contre l’IA alors que c’est bien moins le cas des managers et développeurs qui l’utilisent ?, questionne l’historien Brian Merchant sur son blog.
Merchant a jeté un œil sur l’étude empirique publiée par Glassdoor, le site participatif d’évaluation des environnements de travail, sur le rapport des salariés à l’IA déployée par leurs entreprises (que nous avions également évoqué dans notre brève : quels travailleurs détestent le plus l’IA ?). « Les personnes qui décrivent l’IA en termes très positifs occupent, pour la grande majorité, des postes de direction ; ce sont les cadres de niveau directeur ou supérieur qui manifestent le plus d’enthousiasme à son égard. Les responsables des ventes – en somme, les chefs d’équipe commerciale – se montraient également bien plus favorables que défavorables à l’IA, dans une proportion d’environ deux pour un. Les chefs de produit, les recruteurs et les ingénieurs logiciels affichent eux aussi un avis plutôt positif, avant que les opinions ne tendent vers un certain équilibre ». A l’inverse, remarque l’historien, si l’on observe les professions qui décrivent l’IA en termes très négatifs, on voit apparaître une toute autre configuration sociale. Merchant souligne que le basculement des avis négatifs a progressé et qu’il s’affirme à mesure que les entreprises adoptent massivement des solutions d’automatisation basées sur l’IA. Mais il semble que « plus les travailleurs sont exposés à l’IA, moins ils l’apprécient ». « Comme le souligne le rapport, les critiques des employés ne se limitent pas à la peur de perdre leur emploi. Loin de là. Si la crainte du licenciement reste la raison principale pour laquelle les travailleurs rejettent l’IA, elle ne représente pas pour autant la majorité des griefs exprimés. Si beaucoup craignent d’être remplacés par l’IA (20 %), d’autres déplorent l’imposition d’outils d’IA (14 %) ou estiment que leur entreprise privilégie l’IA au détriment de son cœur de métier (13 %). Parmi les autres critiques figurent l’utilisation de l’IA pour la communication interne ou la surveillance des employés (10 %), une adoption trop lente de la technologie (9 %), des attentes irréalistes quant aux gains qu’elle peut générer (8 %) et l’appartenance à un secteur susceptible d’être bouleversé ou remplacé par l’IA (7 %). » Pour Merchant, « le ressenti vis-à-vis de l’IA au travail dépend probablement du pouvoir dont vous disposez au sein de l’entreprise ». Le rapport à l’IA est distribué selon le pouvoir dont on dispose sur ces outils. L’appréciation est directement liée à la position sociale qu’on occupe.
« Pour percevoir l’IA de manière positive, il faut avoir la main sur les décisions concernant son utilisation (ou non) et disposer d’une marge de manœuvre suffisante pour se sentir protégé contre le risque de remplacement, de surveillance ou de dégradation des conditions de travail ». « Ce n’est pas seulement dû au fait que les patrons sont plus enclins à adopter l’idée que l’IA peut leur offrir de nouveaux moyens de réduire les coûts de main-d’œuvre, de nouvelles opportunités de surveiller et de contrôler leurs effectifs, ou encore un nouveau levier pour contrer les initiatives d’organisation collective, les syndicats ou les travailleurs réclamant de meilleurs salaires ou de meilleures conditions de travail. C’est aussi parce que les patrons rendent beaucoup moins de comptes quant à leur utilisation de l’IA », et donc rendent beaucoup moins de comptes de leur pouvoir, de leurs décisions. Ils peuvent l’utiliser pour rédiger des notes, des mails, pour automatiser des tâches, sans risquer de sanction ou de licenciements en cas d’incohérence (et nombre d’employés le déplorent d’ailleurs ou s’en moquent, comme le soulignait l’article du Monde qu’on évoquait plus haut).
Pour Brian Merchant, la responsabilité éclaire la différence de perception. C’est pourquoi les emplois d’employés sont bien plus en colère contre l’IA que les cadres. Cela explique que les comptables, les conseillers clientèles ou les informaticiens de base soient mis en difficulté par ces outils, car c’est sur eux que repose la tension de la vérification entre « le patron exige que toute l’entreprise utilise l’IA » et « la moindre erreur est de votre faute et vous en êtes responsable ». Dans les entreprises de comptabilité, pour les comptables, le passage à l’IA est souvent problématique, comme le disait le Washington Post. En informatique, les ingénieurs et architectes logiciels sont souvent plus enthousiastes que les informaticiens qui eux doivent dépanner l’architecture quand elle tombe en panne. L’étude de Glassdoor par exemple montre que les employés les plus véhéments à l’égard de l’IA sont les assureurs experts du traitement des sinistres, rapporte Wired. « Nous sommes épuisés par la quantité d’IA qu’on nous impose », témoigne l’un d’eux à Wired. En fait, la profession traverse une crise majeure. Le nombre de postes a baissé de 5 % au cours de la dernière décennie et de plus de 21 % entre mai 2025 et 2026, et les postes de débutants ont chuté de plus de 50% depuis 2025. Pour le bureau des statistiques du travail américain, cette chute serait liée au déploiement technique. « Des startups spécialisées, comme Liberate ou Pace, ont levé des millions de dollars en promettant de « réinventer » l’assurance, tandis que les assureurs ont intensifié le recours à l’IA pour traiter un volume croissant de dossiers. Concrètement, cela peut se traduire par un échange avec un chatbot plutôt qu’avec une personne physique pour déclarer un sinistre. Au lieu d’envoyer des agents inspecter une habitation endommagée, des outils d’IA peuvent analyser des photos ou des vidéos pour estimer le montant des indemnisations. L’IA peut également résumer des centaines de pages de dossiers médicaux afin d’en extraire les informations essentielles. Ou bien, l’outil d’IA d’un assureur pourrait traiter les informations transmises par un assuré – photos, vidéos, documents, reçus – puis effectuer un versement, le tout en quelques secondes », comme le propose Lemonade dont le chatbot traiterait 55 % de l’ensemble des dossiers de sinistres, laissant à ses employés la gestion des dossiers les plus complexes. Mais les professionnels du secteur ont surtout l’impression d’être remplacés par des modèles d’IA… sans que les clients ne comprennent très bien que les conclusions d’une expertise (et ses erreurs) sont bien plus le fait de robots que d’experts. Les employés des services des sinistres doivent donc traiter des dossiers que les clients remplissent avec l’aide de chatbots, conduisant à une prolifération d’hallucinations, à des dossiers mal classés, déclenchant la colère des assurés en retour. Les gestionnaires de sinistres se retrouvent à être le tampon de l’automatisation.
Pour Merchant, l’étude de Glassdoor montre bien que la rancœur bouillonne auprès de ceux qui sont contraints à utiliser l’IA.
Le déploiement de l’IA pose, peut-être plus que d’autres technologies avant elle, la question de savoir qui a vraiment le pouvoir dans l’entreprise. Le malaise social de l’IA au travail est en train de cristalliser, dans une opposition hiérarchique qui risque de révéler et d’accentuer les défaillances de gouvernance des organisations. L’IA révèle le simplisme de l’autorité. En s’imposant par la vitesse (il faut aller vite), elle souligne pourtant que la gouvernance n’a pas la même cadence et que cette accélération risque de radicaliser les positions, les oppositions.
Pour le dire autrement. Peut-être que la grande ambiguïté de l’IA partout et pour tous consiste à croire que ces outils sont accessibles à tous. Ce n’est pas ce que nous disent pourtant les pratiques. Les usages avancés ne sont accessibles qu’à quelques-uns : ceux qui ont la liberté de statut pour se faire. Croire que tous les employés ou tous les agents vont demain faire des miracles parce qu’ils accèdent à des outils d’IA est peut-être l’autre leurre des outils d’IA ouverts à tous. Même les codeurs et les managers ne font pas toujours des miracles avec, bien au contraire. L’introduction de l’IA redéfinit profondément la gouvernance des organisations et pour l’instant, nombre de lieux qui la déploient ne se posent pas de question sur la réorganisation de cette gouvernance. D’où le développement de blocages hiérarchiques. Entre paralysie et résistance. L’IA reste vue comme un simple outil pour l’efficacité, alors qu’elle recompose l’organisation du travail elle-même. Pour résoudre le malaise social que génère l’IA au travail, il va falloir l’accompagner de propositions sociales, disions-nous. Désormais, pour résoudre le conflit social que génère l’IA au travail, il va falloir l’accompagner d’une reconfiguration de l’organisation sociale du travail.
Ma lecture du monde est parfois un peu binaire, je le reconnais bien volontiers… Mais dans les nombreux espaces que je traverse, je constate que le rapport à l’IA s’affirme de plus en plus comme un rapport de classe. Les pro-IA appartiennent presque exclusivement aux catégories socio-professionnelles les plus hautes, jusqu’à la caricature. Les gens qui s’y opposent et se mobilisent à son encontre, semblent plutôt appartenir à d’autres espaces sociaux, tant et si bien que cette confrontation soci
Ma lecture du monde est parfois un peu binaire, je le reconnais bien volontiers… Mais dans les nombreux espaces que je traverse, je constate que le rapport à l’IA s’affirme de plus en plus comme un rapport de classe. Les pro-IA appartiennent presque exclusivement aux catégories socio-professionnelles les plus hautes, jusqu’à la caricature. Les gens qui s’y opposent et se mobilisent à son encontre, semblent plutôt appartenir à d’autres espaces sociaux, tant et si bien que cette confrontation sociale est en train non seulement de tendre les rapports autour de la technologie, mais plus encore semble raviver un conflit de classe qu’on pensait (un peu facilement) évanoui. Les huées qui répondaient aux propos pro-IA d’il y a quelques mois sont peu à peu remplacées par des colères glacées, des larmes, des hurlements et des invectives radicales de gens exaspérés par l’IA auxquels répondent le déni glacé de l’injonction, voire le sourire confiant et supérieur du « il faut s’adapter » quand ce n’est pas un panégyrique de la puissance de ces outils au prétexte de l’efficacité, de la rentabilité ou de la souveraineté. C’est un peu finalement comme si l’IA elle-même était devenue l’idéologie des classes supérieures (venant masquer sous sa puissance, le capitalisme, l’impérialisme, l’autoritarisme, idéologies devenues bien plus difficiles à défendre). Comme si l’IA était devenue l’idéologie du moment, qui recouvre d’un voile de neutralité et d’innovation celles qui l’ont fondée et l’ont structurée. Comme s’il suffisait de changer de mot pour proposer la même chose.
Entre l’homélie d’en haut et la condamnation d’en bas
« La seule chose qui croît plus vite que ce secteur de l’IA, c’est peut-être le sentiment négatif des Américains à son égard », s’inquiétait récemment le Wall Street Journal relayé par Le Monde Diplo. L’automatisation renforce une autonomisation de la tech, dans une forme de fuite en avant qui ne va pas de soi pour tous, explique le journaliste Pierre Rimbert. Et la transformation des rapports sociaux qui l’accompagne, c’est-à-dire le renforcement des revenus du capital sur ceux du travail, qui implique un renforcement des inégalités, une surveillance généralisée, une indifférence à l’environnement… révolte une grande partie du public, comme s’en défie The Economist qui dénonce le risque de montée d’une Gen Z socialiste, d’une radicalisation des plus jeunes. Un récent sondage américain le montrait d’ailleurs, « les PDG du secteur de l’IA sont encore plus impopulaires que leurs data centers », résumait Futurism. L’époque où les jeunes vouaient une admiration aveugle à l’industrie technologique qu’ils rêvaient de rejoindre semble bien révolue.
Pourtant cet affrontement n’est pas un affrontement générationnel ou un affrontement entre droite et gauche. L’affrontement est bien plus un affrontement de classe, explique l’activiste Saul Levin, directeur du Centre de recherche sur les conflits non-violents, interrogé par le journaliste Andrew Cockburn dans Harper’s Magazine. L’opposition aux data centers « ne varie pas significativement en fonction de l’âge, de l’origine ethnique, du niveau d’études, du revenu ou du degré d’urbanisation », observe l’enquête de Gallup publiée le 13 mai dernier. « L’affrontement n’oppose pas la droite à la gauche, les démocrates aux républicains, les banlieues à la campagne. En réalité, c’est le haut contre le bas ». Reste, constate Pierre Rimbert, que face à la poursuite de la numérisation à marche forcée, aux États-Unis comme ailleurs, cette contestation populaire, politiquement hétérogène, ne trouve qu’un relais limité dans les discours politiques, qui sont bien plus alignés aux objectifs de développement économique que promet la tech qu’à sa régulation.
Cette tension de classe se renforce à mesure que l’injonction à l’IAification devient une obsession, comme le soulignaitle Monde ou Futurism. Face à la colonisation du moindre de nos outils numériques dans lesquels l’IA s’infiltre sans nous laisser de choix, face à ce nouvel internet sans condition (à l’image désormais de la moindre de nos requêtes sur Google qui s’ouvre par une réponse générative), l’obsession semble devenir frénétique. Tout est envahi d’IA ! Elle ne saisit pas que les entreprises et services qui fournissent des solutions devenues toutes magiques ✨, mais également leurs cadres et managers qui semblent avoir pour beaucoup basculé dans une même frénésie, comme le racontait le journaliste Jules Thomas pour Le Monde. Nombre d’employés expriment leur frustration voire leur colère face à des managers et des cadres utilisant cette technologie pour submerger leur personnel de directives absurdes, de tâches inutiles et de changements de cap incessants. Des cadres qui, sous leur propre injonction à intégrer l’IA, finissent eux-mêmes par être subvertis par les machines, comme ironisait Ed Zitron. À mesure que l’IA s’y déploie, sans contestation possible, c’est comme si les environnements de travail devenaient particulièrement toxiques. « Le lieu de travail s’est transformé en un champ de bataille permanent entre leur propre perception de la réalité et celle de l’IA – et, selon les travailleurs, leur patron choisissait systématiquement cette dernière. »Comme nous le disions à propos de la désinformation où l’IA offre les explications simples que l’on veut croire, l’IA des patrons leur confirme la vision qu’ils veulent croire. « L’IA va produire le récit que vous voulez qu’elle produise », constatent des employés confrontés aux délires de leurs boss à tout faire avec, jusqu’à finalement altérer la réalité, raffermir leurs croyances voire leurs délires et disloquer les collectifs. « Je me retrouve à devoir gérer quelqu’un qui n’a plus les pieds sur terre », explique un autre employé confronté à un patron qui a basculé dans l’IA produisant des boucles d’injonctions… qui ne fonctionnent pas. « Les organisations et les dirigeants doivent choisir : soit ils décident de s’en remettre entièrement à l’IA, soit ils font confiance aux personnes qu’ils embauchent et à leurs compétences ». Dans Futurism, la journaliste Maggie Harrison Dupré dresse les mêmes constats, mais précise cependant : « la plupart des personnes interrogées ont indiqué qu’elles utilisaient effectivement l’IA dans leur vie professionnelle et personnelle, et qu’elles lui reconnaissaient une certaine valeur lorsqu’elle était employée avec prudence et discernement. Toutefois, elles estimaient que l’usage qu’en faisaient leurs employeurs avait franchi la limite entre l’outil utile et l’élément délétère – tant pour les salariés que pour les intérêts réels des entreprises concernées.»
Cette radicalisation de l’usage de l’IA par les catégories supérieures va de pair avec la radicalisation de la détestation de l’IA par tous les autres. En trois ans, il est devenu plus difficile de parler de ce sujet, avec des cadres de plus en plus convaincus et qui laissent de moins en moins de place aux options, qui déploient des outils, des processus et des contraintes et de l’autre des gens qui se noient dans les difficultés que génèrent ces outils, leur impraticabilité, la charge de la vérification et de l’orchestration, l’intensification que cela produit et la démultiplication des injonctions. Comme le disait le sociologue Dominique Boullier : « Dès que l’on veut réellement prendre en main ces outils, contrôler leurs opérations, les vérifier ou valider leurs résultats, les mêmes utilisateurs se retrouvent déçus, inquiets voire en colère ». L’injonction à l’utiliser – la Sommation technologique –, radicalise les positions.
Les proIA évoquent facilement la puissance des outils, mais jamais leurs limites. Pour eux, les contestations, les oppositions semblent inexistantes, alors même qu’elles se démultiplient (de la contestation du déploiement de l’IA dans les systèmes de travail, dans l’éducation, à l’opposition aux systèmes de surveillance des plaques minéralogiques, aux data centers ou aux lunettes connectées… pour ne citer que quelques-unes des polémiques actuelles). C’est comme si toute opposition était niée par principe. Comme si les contestations et oppositions devaient être mises sous le tapis, silenciées au prétexte qu’elles seraient au pire irrationnelles au mieux politiques. Ce déni de réalité est marquant. Dans les entreprises comme les administrations, les contestations sont elles aussi étouffées. Le dialogue social suppose de ne jamais parler avec les contestataires. C’est comme si l’on ne voulait pas faire entrer les données problématiques dans le modèle d’entraînement. D’où d’innombrables rapports de think tanks ou d’institutions… qui parlent de l’IA pour la produire, sans jamais regarder ses limites. On a l’impression que deux mondes s’affrontent. Et, quand cela échoue (et cela échoue souvent), on passe au projet suivant. Pire, comme le pointe le Monde dans un autre article, l’IA favorise aussi des transformations stratégiques confuses.
Peut-être qu’en fait, transparaît dans ces outils, finalement, le fait qu’ils n’en soient pas. C’est ce que disent les chercheurs quand ils nous invitent à reparler de l’économie politique de l’IA et à en dépasser la technique. C’est ce que disait aussi le journaliste de Mediapart, Romaric Godin, en nous rappelant que l’IA n’est pas un outil, mais bien le vecteur d’une capture hypercapitaliste du monde. L’usage de l’IA révèle finalement le monde qui le produit et ses objectifs. Il nous dresse les uns contre les autres. Son rythme ne nous laisse aucun espace d’apaisement. Il est en passe de devenir un objet de lutte sociale ou son symbole, entre deux mondes.
Les proIA finissent par craindre le monde qui les entoure et qu’ils contribuent très activement à produire, d’une requête à l’autre. Ils regardent avec méfiance ceux qu’ils relèguent aux ordres de leurs machines : chauffeurs Uber, employés d’entrepôts sous-traités, métiers déclassés, rappelle l’historienne Kim Phillips-Fein dans une tribune pour le New York Times. « Ils ont raison de redouter la colère de ces groupes dépossédés, tout comme ces derniers ont raison d’être en colère ».
Les employés utiliseront-ils l’IA avec l’intensité des codeurs ? Pas si sûr !
Avec l’IA, on a l’impression que, en haut de la hiérarchie sociale, tout le monde est convaincu que les employés vont l’utiliser comme l’utilisent les codeurs : intensément. Avec l’espoir que tous voient leur productivité démultipliée même si elle ne se réalise pas vraiment, jusqu’au plus complet épuisement. Or, ce n’est pas ce que l’on constate toujours, comme nous le montrions dans notre article sur l’évolution des usages de l’IA en juin. Les usages récréatifs sont plus nourris que les usages professionnels et le sont de plus en plus.
En fait, hormis les développeurs, « les autres cols blancs ne sont pas encore entrés dans ce monde » constate Colin Jarvis d’OpenAI dans The Economist. Ça tombe mal. Car pour justifier leurs investissements colossaux dans les centres de données, les géants américains de l’IA ont besoin que l’adoption de cette technologie continue de se répandre rapidement, au même rythme qu’elle envahit le développement informatique. Selon The Economist, couvrir le coût de la construction des centres de données nécessitera que les revenus annuels totaux générés par l’IA atteignent 2 500 milliards de dollars d’ici la fin de la décennie, contre environ 150 milliards actuellement. Les revenus de l’IA grossissent vite… mais pas assez vite, se désole le magazine économique. Reste qu’à ce jour, l’adoption de cette technologie est de loin la plus forte parmi les développeurs de logiciels. D’après le forum en ligne Stack Overflow, quatre développeurs sur cinq déclarent utiliser un outil de programmation IA. En juin 2025, le chiffre d’affaires annuel récurrent cumulé de Cognition, Cursor, Lovable et Replit, quatre startups spécialisées dans la programmation IA, s’élevait à environ 800 millions de dollars. Il atteint aujourd’hui 6 milliards de dollars. « SemiAnalysis, un cabinet d’études, estime que pour Anthropic et OpenAI, la programmation représente désormais plus de la moitié de leur chiffre d’affaires annuel récurrent cumulé ».
L’IA donc se diffuse plus rapidement dans les secteurs où les ingénieurs logiciels représentent une part plus importante de l’emploi, comme le synthétise un graphique de The Economist qui montre que l’adoption de l’IA dépend beaucoup du pourcentage de développeurs parmi les employés. Très logiquement, elle est plus forte dans les secteurs où les développeurs sont nombreux comme les services et les entreprises logicielles que dans les secteurs comme la santé, l’industrie ou les transports. Les optimistes voient là la preuve que le boom de l’IA ne fait que commencer. Les pessimistes, que le codage risque de faire longtemps figure d’exception.
Or, souligne The Economist, trois autres secteurs sont souvent présentés comme les prochaines applications à forte croissance de l’IA : le droit, la finance et les services client. Tous connaissent une croissance significative. « Harvey, Clio et Legora, trois développeurs d’outils juridiques basés sur l’IA, ont quasiment doublé leur chiffre d’affaires annuel récurrent combiné au cours de l’année écoulée, pour atteindre 1 milliard de dollars. Harvey affirme que le temps passé par les avocats sur sa plateforme double chaque mois.» Les banquiers et autres acteurs du secteur financier adoptent également l’IA. « Rogo, une startup spécialisée dans l’IA et développant des outils pour le secteur des services financiers, a conquis 100 nouveaux clients entreprises au cours du dernier trimestre et a augmenté son chiffre d’affaires annuel récurrent de 50 %.»
L’IA prend également son essor dans le service client. « Sierra, qui développe des outils à cet effet, a atteint un chiffre d’affaires annuel récurrent de 200 millions de dollars en juin, soit le double du chiffre enregistré en novembre dernier. Les investisseurs en capital-risque sont optimistes. Depuis le début de l’année, ils ont injecté 3 milliards de dollars dans les startups d’IA de ce secteur, un montant supérieur à celui de toute autre catégorie d’application d’IA » (alors que les investissements dans les startups de programmation d’IA sont en train de stagner, notamment en raison de la domination croissante des outils de programmation internes des grandes entreprises d’IA, souligne The Economist).
Ces trois secteurs applicatifs présentent certaines similitudes avec la programmation. Ils représentent d’importants marchés potentiels et le travail est souvent répétitif. Cependant, « quatre facteurs les distinguent de la programmation à leur désavantage : la disponibilité des données d’entraînement ; la facilité de test des résultats d’un modèle ; le niveau d’interaction humaine requis ; et les ingénieurs logiciels eux-mêmes ». Les entreprises d’IA de ces secteurs s’efforcent de rendre leurs autres marchés plus semblables à la programmation, mais il n’est pas sûr qu’elles y arrivent, structurellement. Car si l’IA a connu un tel succès en tant qu’assistant de programmation, c’est en partie grâce à l’abondance de code open source disponible. Elle s’est ainsi intégrée aux modèles, représentant dans certains cas près d’un cinquième des données d’entraînement. « Un tel volume de contenu accessible au public n’existe tout simplement pas pour les réclamations clients ou les négociations contractuelles ».
Le code généré par l’IA est également relativement facile à valider, rappelle le magazine économique. « Les tests logiciels font partie intégrante du développement logiciel : un morceau de code en vérifie un autre. Cela augmente la probabilité de détecter les erreurs dans le code généré par l’IA avant qu’elles ne causent des dégâts. De plus, les tests contribuent à améliorer les performances des modèles en les alertant en cas d’erreur. Évaluer si un client mécontent a été apaisé ou si un modèle d’évaluation a correctement reflété les nuances des comptes d’une entreprise est plus complexe.»
« Les outils de développement logiciel présentent l’avantage supplémentaire que la plupart des informations nécessaires à l’exécution d’une tâche existent déjà dans le code source du programme, ou sont accessibles via les interfaces de programmation (API), qui connectent les logiciels. Dans de nombreux autres contextes, cependant, les informations cruciales ne sont pas disponibles sous forme numérique : elles résident plutôt dans l’esprit d’un employé de centre d’appels ou dans l’expression du visage de l’avocat de la partie adverse. »
Les entreprises spécialisées en IA travaillent à relever tous ces défis, souligne The Economist. Winston Weinberg, le patron de Harvey, explique que les progrès de l’IA permettent désormais à son entreprise d’entraîner ses outils en s’appuyant en partie sur des données « synthétiques », générées par les systèmes d’IA eux-mêmes. Des startups comme Mercor mettent en relation des entreprises d’IA et des professionnels experts de divers secteurs, capables de transférer leur expertise dans des modèles. « Ping Wu, patron de Cresta, affirme qu’en analysant des milliers de transcriptions d’appels, sa startup spécialisée dans le service client par IA peut déduire certaines connaissances détenues par les employés, comme la procédure de traitement des remboursements. De nombreuses entreprises d’IA dépêchent désormais des ingénieurs directement dans les locaux de leurs clients pour résoudre des problèmes et perfectionner leurs outils.»
Mais, conclut The Economist, le dernier facteur expliquant le succès de l’IA dans la programmation est peut-être le plus difficile à reproduire : ce sont les ingénieurs logiciels eux-mêmes. « À la fois passionnés de technique et habitués au changement, ils adoptent naturellement les nouvelles technologies. L’adoption de l’IA pour le codage s’est ainsi faite en grande partie de manière ascendante, les ingénieurs découvrant et expérimentant ces outils de leur propre initiative ».
À l’inverse, les agents de centres d’appels n’ont généralement ni l’incitation ni la liberté d’expérimenter dans le cadre de leur travail, et ont tendance à attendre que les technologies soient déployées selon une approche descendante. Les avocats et les professionnels de la finance doivent également faire preuve de prudence pour ne pas enfreindre les nombreuses réglementations régissant leurs métiers. Bref, la difficulté à reproduire la liberté et l’habileté technique des développeurs pourrait bien être la limite à l’expansion de l’IA au-delà du code.
D’autres applications de l’IA continueront certainement à se développer, et pourraient même s’accélérer à mesure que les modèles s’améliorent et que les entreprises se sentent plus à l’aise à l’idée de confier des tâches à des agents d’IA. Toutefois, il faudra peut-être attendre encore longtemps avant que la majorité des employés de bureau ne passent leurs journées à chuchoter dans des microphones, avec des masques sur le visage, comme le font déjà les codeurs. Reste que dans de nombreuses professions, comme l’évoque le Financial Times, les usages se déploient en ordre dispersé : les usages comme les inconvénients ou les menaces ne sont pas les mêmes selon les secteurs.
La responsabilité des productions de l’IA est socialement inversement distribuée
Ce que montre également cette tension, c’est qu’au-delà des catégories socio-professionnelles supérieures du code et du management, le rapport à l’IA n’est pas le même, structurellement. Pourquoi les employés de bureau se rebellent-ils contre l’IA alors que c’est bien moins le cas des managers et développeurs qui l’utilisent ?, questionne l’historien Brian Merchant sur son blog.
Merchant a jeté un œil sur l’étude empirique publiée par Glassdoor, le site participatif d’évaluation des environnements de travail, sur le rapport des salariés à l’IA déployée par leurs entreprises (que nous avions également évoqué dans notre brève : quels travailleurs détestent le plus l’IA ?). « Les personnes qui décrivent l’IA en termes très positifs occupent, pour la grande majorité, des postes de direction ; ce sont les cadres de niveau directeur ou supérieur qui manifestent le plus d’enthousiasme à son égard. Les responsables des ventes – en somme, les chefs d’équipe commerciale – se montraient également bien plus favorables que défavorables à l’IA, dans une proportion d’environ deux pour un. Les chefs de produit, les recruteurs et les ingénieurs logiciels affichent eux aussi un avis plutôt positif, avant que les opinions ne tendent vers un certain équilibre ». A l’inverse, remarque l’historien, si l’on observe les professions qui décrivent l’IA en termes très négatifs, on voit apparaître une toute autre configuration sociale. Merchant souligne que le basculement des avis négatifs a progressé et qu’il s’affirme à mesure que les entreprises adoptent massivement des solutions d’automatisation basées sur l’IA. Mais il semble que « plus les travailleurs sont exposés à l’IA, moins ils l’apprécient ». « Comme le souligne le rapport, les critiques des employés ne se limitent pas à la peur de perdre leur emploi. Loin de là. Si la crainte du licenciement reste la raison principale pour laquelle les travailleurs rejettent l’IA, elle ne représente pas pour autant la majorité des griefs exprimés. Si beaucoup craignent d’être remplacés par l’IA (20 %), d’autres déplorent l’imposition d’outils d’IA (14 %) ou estiment que leur entreprise privilégie l’IA au détriment de son cœur de métier (13 %). Parmi les autres critiques figurent l’utilisation de l’IA pour la communication interne ou la surveillance des employés (10 %), une adoption trop lente de la technologie (9 %), des attentes irréalistes quant aux gains qu’elle peut générer (8 %) et l’appartenance à un secteur susceptible d’être bouleversé ou remplacé par l’IA (7 %). » Pour Merchant, « le ressenti vis-à-vis de l’IA au travail dépend probablement du pouvoir dont vous disposez au sein de l’entreprise ». Le rapport à l’IA est distribué selon le pouvoir dont on dispose sur ces outils. L’appréciation est directement liée à la position sociale qu’on occupe.
« Pour percevoir l’IA de manière positive, il faut avoir la main sur les décisions concernant son utilisation (ou non) et disposer d’une marge de manœuvre suffisante pour se sentir protégé contre le risque de remplacement, de surveillance ou de dégradation des conditions de travail ». « Ce n’est pas seulement dû au fait que les patrons sont plus enclins à adopter l’idée que l’IA peut leur offrir de nouveaux moyens de réduire les coûts de main-d’œuvre, de nouvelles opportunités de surveiller et de contrôler leurs effectifs, ou encore un nouveau levier pour contrer les initiatives d’organisation collective, les syndicats ou les travailleurs réclamant de meilleurs salaires ou de meilleures conditions de travail. C’est aussi parce que les patrons rendent beaucoup moins de comptes quant à leur utilisation de l’IA », et donc rendent beaucoup moins de comptes de leur pouvoir, de leurs décisions. Ils peuvent l’utiliser pour rédiger des notes, des mails, pour automatiser des tâches, sans risquer de sanction ou de licenciements en cas d’incohérence (et nombre d’employés le déplorent d’ailleurs ou s’en moquent, comme le soulignait l’article du Monde qu’on évoquait plus haut).
Pour Brian Merchant, la responsabilité éclaire la différence de perception. C’est pourquoi les emplois d’employés sont bien plus en colère contre l’IA que les cadres. Cela explique que les comptables, les conseillers clientèles ou les informaticiens de base soient mis en difficulté par ces outils, car c’est sur eux que repose la tension de la vérification entre « le patron exige que toute l’entreprise utilise l’IA » et « la moindre erreur est de votre faute et vous en êtes responsable ». Dans les entreprises de comptabilité, pour les comptables, le passage à l’IA est souvent problématique, comme le disait le Washington Post. En informatique, les ingénieurs et architectes logiciels sont souvent plus enthousiastes que les informaticiens qui eux doivent dépanner l’architecture quand elle tombe en panne. L’étude de Glassdoor par exemple montre que les employés les plus véhéments à l’égard de l’IA sont les assureurs experts du traitement des sinistres, rapporte Wired. « Nous sommes épuisés par la quantité d’IA qu’on nous impose », témoigne l’un d’eux à Wired. En fait, la profession traverse une crise majeure. Le nombre de postes a baissé de 5 % au cours de la dernière décennie et de plus de 21 % entre mai 2025 et 2026, et les postes de débutants ont chuté de plus de 50% depuis 2025. Pour le bureau des statistiques du travail américain, cette chute serait liée au déploiement technique. « Des startups spécialisées, comme Liberate ou Pace, ont levé des millions de dollars en promettant de « réinventer » l’assurance, tandis que les assureurs ont intensifié le recours à l’IA pour traiter un volume croissant de dossiers. Concrètement, cela peut se traduire par un échange avec un chatbot plutôt qu’avec une personne physique pour déclarer un sinistre. Au lieu d’envoyer des agents inspecter une habitation endommagée, des outils d’IA peuvent analyser des photos ou des vidéos pour estimer le montant des indemnisations. L’IA peut également résumer des centaines de pages de dossiers médicaux afin d’en extraire les informations essentielles. Ou bien, l’outil d’IA d’un assureur pourrait traiter les informations transmises par un assuré – photos, vidéos, documents, reçus – puis effectuer un versement, le tout en quelques secondes », comme le propose Lemonade dont le chatbot traiterait 55 % de l’ensemble des dossiers de sinistres, laissant à ses employés la gestion des dossiers les plus complexes. Mais les professionnels du secteur ont surtout l’impression d’être remplacés par des modèles d’IA… sans que les clients ne comprennent très bien que les conclusions d’une expertise (et ses erreurs) sont bien plus le fait de robots que d’experts. Les employés des services des sinistres doivent donc traiter des dossiers que les clients remplissent avec l’aide de chatbots, conduisant à une prolifération d’hallucinations, à des dossiers mal classés, déclenchant la colère des assurés en retour. Les gestionnaires de sinistres se retrouvent à être le tampon de l’automatisation.
Pour Merchant, l’étude de Glassdoor montre bien que la rancœur bouillonne auprès de ceux qui sont contraints à utiliser l’IA.
Le déploiement de l’IA pose, peut-être plus que d’autres technologies avant elle, la question de savoir qui a vraiment le pouvoir dans l’entreprise. Le malaise social de l’IA au travail est en train de cristalliser, dans une opposition hiérarchique qui risque de révéler et d’accentuer les défaillances de gouvernance des organisations. L’IA révèle le simplisme de l’autorité. En s’imposant par la vitesse (il faut aller vite), elle souligne pourtant que la gouvernance n’a pas la même cadence et que cette accélération risque de radicaliser les positions, les oppositions.
Pour le dire autrement. Peut-être que la grande ambiguïté de l’IA partout et pour tous consiste à croire que ces outils sont accessibles à tous. Ce n’est pas ce que nous disent pourtant les pratiques. Les usages avancés ne sont accessibles qu’à quelques-uns : ceux qui ont la liberté de statut pour se faire. Croire que tous les employés ou tous les agents vont demain faire des miracles parce qu’ils accèdent à des outils d’IA est peut-être l’autre leurre des outils d’IA ouverts à tous. Même les codeurs et les managers ne font pas toujours des miracles avec, bien au contraire. L’introduction de l’IA redéfinit profondément la gouvernance des organisations et pour l’instant, nombre de lieux qui la déploient ne se posent pas de question sur la réorganisation de cette gouvernance. D’où le développement de blocages hiérarchiques. Entre paralysie et résistance. L’IA reste vue comme un simple outil pour l’efficacité, alors qu’elle recompose l’organisation du travail elle-même. Pour résoudre le malaise social que génère l’IA au travail, il va falloir l’accompagner de propositions sociales, disions-nous. Désormais, pour résoudre le conflit social que génère l’IA au travail, il va falloir l’accompagner d’une reconfiguration de l’organisation sociale du travail.
Alors que les députés du Parti québécois seront assermentés à l’Hôtel du Parlement, ce jeudi 15 octobre, le nouveau député de Rimouski, Yohann St-Pierre, a profité d’une rencontre de passation des pouvoirs avec sa prédécesseure, Maïté Blanchette Vézina, pour assurer la transition et prendre connaissance des principaux enjeux de la circonscription.
« Les visages changent, mais les dossiers demeurent et le travail continue. Une nouvelle étape s’amorce pour Rimouski, avec de nouveaux défis et de
Alors que les députés du Parti québécois seront assermentés à l’Hôtel du Parlement, ce jeudi 15 octobre, le nouveau député de Rimouski, Yohann St-Pierre, a profité d’une rencontre de passation des pouvoirs avec sa prédécesseure, Maïté Blanchette Vézina, pour assurer la transition et prendre connaissance des principaux enjeux de la circonscription.
« Les visages changent, mais les dossiers demeurent et le travail continue. Une nouvelle étape s’amorce pour Rimouski, avec de nouveaux défis et de nouvelles occasions de faire avancer la région », a-t-elle indiqué sur sa page Facebook.
La nouvelle représentante conservatrice de La Peltrie a tenu à rendre hommage à ses collaborateurs des dernières années.
« Je tiens également à remercier Marie-Josée Chassé, présente au bureau de comté depuis 26 ans maintenant, Yanick Chassé, qui m’accompagne depuis le début et Manon Cambefort, mon attachée politique dans la dernière année. Je souhaite à monsieur St-Pierre beaucoup de succès dans ses nouvelles fonctions et j’ai confiance que le travail se poursuivra dans l’intérêt des gens de Rimouski et de toute la région. »
Dans une entrevue avec Le Soir.ca, le député élu a mentionné vouloir travailler prioritairement au prolongement de l’autoroute 20 entre Notre-Dame-des-Neiges et Rimouski ainsi qu’à la création d’un service d’hémodynamie à l’Hôpital régional de Rimouski.
Vaincue à la primaire PS-Place publique, Ségolène Royal réagit à la victoire, dimanche, au premier tour, de Raphaël Glucksmann. Elle regrette la manière dont le scrutin a été organisé, avec un ticket d'entrée à 15 euros, qu'elle juge élevé, et 80 000 électeurs sur 140 000 qui échappent à toute lecture politique, s'étant inscrits uniquement pour le vote. Elle assure cependant qu'elle soutiendra le candidat victorieux, à condition qu'il ne se rapproche pas des macronistes.
Vaincue à la primaire PS-Place publique, Ségolène Royal réagit à la victoire, dimanche, au premier tour, de Raphaël Glucksmann. Elle regrette la manière dont le scrutin a été organisé, avec un ticket d'entrée à 15 euros, qu'elle juge élevé, et 80 000 électeurs sur 140 000 qui échappent à toute lecture politique, s'étant inscrits uniquement pour le vote. Elle assure cependant qu'elle soutiendra le candidat victorieux, à condition qu'il ne se rapproche pas des macronistes.
Vous devez faire passer un test pour un emploi à des candidats. Vous constatez que le taux d’échec dépasse largement vos pronostics les plus pessimistes… Vous pourrez alors soit diminuer vos exigences ou carrément annuler le test, en prétextant qu’il est trop difficile. C’est précisément ce dernier choix que le ministère de la Défense nationale a fait à la fin août avec les exigences de bilinguisme au cœur de l’institution.
Jean-François Vallée, La Pocatière
Rappelons les faits. Selon la C
Vous devez faire passer un test pour un emploi à des candidats. Vous constatez que le taux d’échec dépasse largement vos pronostics les plus pessimistes… Vous pourrez alors soit diminuer vos exigences ou carrément annuler le test, en prétextant qu’il est trop difficile. C’est précisément ce dernier choix que le ministère de la Défense nationale a fait à la fin août avec les exigences de bilinguisme au cœur de l’institution.
Jean-François Vallée, La Pocatière
Rappelons les faits. Selon la Commissaire aux langues officielles, les plaintes recevables envers la Défense nationale sont passées de 51 en 2016-2017 à, tenez-vous bien, un astronomique 89 en 2025-2026, dont seulement une partie sont liées à la langue de travail. Ces chiffres, comme on le voit, montrent qu’il y avait vraiment péril en la demeure (j’ironise ici, au cas où vous n’auriez pas compris).
S’il fallait une preuve de plus aux indépendantistes que le Canada est un pays bilingue de langue anglaise only, la voici sur un plateau d’argent. L’approche qui prévaudra sera de type « là où le nombre le justifie ». Dans les faits, à la Défense nationale, les services en français ne seront obligatoires qu’au Québec, au Nouveau-Brunswick et dans certaines régions de l’Ontario. Partout ailleurs, ce sera English only.
Chacun sait depuis longtemps que le Canada est un pays linguistiquement hypocrite : théoriquement, il aime se pavaner en se montrant accueillant envers toutes les différences, mais concrètement, sa vraie nature ressort en faveur de leur nivellement. Disons-le en d’autres termes moins élégants : vous pouvez réclamer tous les services ou les privilèges que vous voulez en cochant toutes les cases de la diversité que nos questionnaires intrusifs vous imposent, mais sachez qu’au final, dès que vous sortirez du confort des régions où les francophones dominent numériquement, tout ce qui compte se passera en anglais, langue de l’Empire britannique relayé par l’Empire américain et son rejeton, le néocolonialisme canadian, que nous laissons continuer à nous imposer sa vision et son cadre, comme nous l’avons choisi, en 1980 et en 1995, pauvres masochistes que nous sommes.
Désormais, 180 unités et organisations de la Défense nationale à travers le Canada deviennent officiellement unilingues anglophones1. De surcroît, le Collège militaire royal du Canada, à Kingston, qui forme pourtant les futurs leaders censément bilingues des Forces armées canadiennes, n’aura que l’anglais comme langue de travail. Il faudra maintenant faire partie d’une unité située dans une région où vit une minorité francophone pour espérer pouvoir travailler non pas en français seulement, faut pas rêver, mais en bilingue.
Le Ministère justifie ces changements en raison du trop grand nombre de plaintes fondées sur le respect des langues officielles, précise-t-il. Bref, plutôt que de prendre le taureau par les cornes et d’investir en formation et en sensibilisation pour respecter ses obligations linguistiques, le Ministère les fait tout simplement tomber.
Or, comme trois vétérans des Forces armées canadiennes indignés l’ont rappelé dans La Presse2, limiter ainsi la présence institutionnelle du français dans les Forces, c’est risquer d’éroder progressivement une capacité qui échappe à plusieurs de nos alliés, de par le vaste monde. Leur texte limpide s’intitule « Le bilinguisme est une capacité militaire », capacité qui, soulignent-ils, distingue le Canada de tous les pays privés d’une telle richesse qui nous rend plus efficaces.
La Loi sur les langues officielles de 1969 est donc ici démasquée pour ce qu’elle est : censée constituer un cadre légal essentiel pour la protection et la promotion du français et de l’anglais au Canada, elle permet aux employés de travailler dans la langue officielle de leur choix uniquement dans les régions bilingues, soit Ottawa, le Nouveau-Brunswick, et certaines parties de l’Ontario et du Québec.
Plus que jamais, le Canada est celui de deux solitudes : un bloc majoritaire de langue anglaise quasi unilingue sans cesse en expansion et qui s’affirme sans gêne, et un bloc minoritaire bilingue en déclin dans les régions où se concentrent les francophones. Cette décision fait une fois de plus voler en éclats le rêve de Trudeau (père) d’un Canada accueillant et égalitaire partout pour les francophones. Nos aïeux ont tenté dur comme fer d’y croire, mais le choc de la réalité nous a rattrapés depuis belle lurette.
1. Mathilde Beaulieu-Lépine, « Fini le français au travail dans une centaine de bureaux de la Défense », Le Devoir, août 2026, https://www.ledevoir.com/politique/canada/999491/fini-francais-travail-centaine-bureaux-defense?rc_source=recirculation&rc_medium=hyperlien&rc_campaign=corps_texte
2. Sauvé, Le Scelleur et Forand, « Le bilinguisme est une capacité militaire », La Presse, août 2026, https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2026-08-14/le-bilinguisme-est-une-capacite-militaire.php
Les livres de la journaliste altermondialiste canadienne Naomi Klein se succèdent, s’assemblent et se ressemblent peu. On y trouve cependant une trame commune : elle nous propose à chaque fois une lecture qui éclaire la confusion des événements que nous vivons. Après l’excellent Le Double (Actes Sud, 2024, qui vient de paraître en poche, sur le complotisme, le renversement des discours de gauche par la droite, la puissance des discours individualistes et l’accélération des colères par la numéris
Les livres de la journaliste altermondialiste canadienne Naomi Klein se succèdent, s’assemblent et se ressemblent peu. On y trouve cependant une trame commune : elle nous propose à chaque fois une lecture qui éclaire la confusion des événements que nous vivons. Après l’excellent Le Double (Actes Sud, 2024, qui vient de paraître en poche, sur le complotisme, le renversement des discours de gauche par la droite, la puissance des discours individualistes et l’accélération des colères par la numérisation), voilà qu’elle signe avec la réalisatrice et activiste Astra Taylor un livre qui parle beaucoup de technologies : End Times Facism (Le fascisme de la fin des temps, MacMillan, 2026, non traduit – Actes Sud annonce sa traduction pour l’hiver 2027).
Nous voici confrontés à des temps apocalyptiques. Une apocalypse que l’on connaît très bien puisqu’elle n’a cessé de nous être racontée, des textes sacrés au cinéma hollywoodien. Cette séduction du chaos, Naomi Klein l’avait déjà croisée quand elle écrivait La stratégie du choc (Actes Sud, 2008) où elle décrivait déjà la montée d’un « capitalisme du désastre » permettant d’assurer l’avènement d’un ultralibéralisme tout puissant. Désormais, les entreprises et les régimes réactionnaires provoquent et renforcent les crises qui leurs bénéficient. Le choc et le désastre ne sont plus des exceptions, mais sont devenues la règle. « Nous entrons dans un nouveau paradigme, un monde de bouleversements permanents où la stabilité est l’exception et l’incertain la règle ». « Les grandes entreprises et les joueurs politiques de l’extrême droite misent sur un avenir chaotique, le provoquant, s’y préparant et le construisant ». Nous sommes entrés dans la contre-révolution de l’extrême-droite où le monde réel est de plus en plus gouverné par la force. Pour les deux essayistes, nous voici confrontés au retour du fascisme, qu’elles définissent comme la révolte des puissants qui exploitent les passions et les ressentiments de ceux qui ne le sont pas. C’est une alliance entre des leaders déchus, des entrepreneurs et des leaders religieux conservateurs pour défendre la puissance et ses institutions : la nation, le marché, la police, la militarisation, la famille. Mais le fascisme qui vient n’est pas pour autant le fascisme d’hier, préviennent les deux essayistes. Ce qui caractérise la convergence d’extrême-droite actuelle, c’est la conviction partagée que notre monde commun arrive à sa fin. C’est un fascisme de la fin des temps, un fascisme apocalyptique.« Les plus puissantes personnes du monde se préparent pour la fin du monde, une fin qu’ils accélèrent eux-mêmes frénétiquement ».
Le fascisme a toujours eu un complexe d’Armageddon, disait déjà Umberto Eco, se projetant toujours dans une bataille finale entre le mal et le bien. Pour Klein et Taylor, cela ne signifie pas que Trump, Netanyahou ou Putin sont plus dangereux qu’Hitler, Mussolini et Franco, mais que « notre monde est plus dangereux que le leur : leurs armes sont plus meurtrières, leurs technologies plus puissantes, leurs média plus connectés, le climat plus instable, et la concentration des richesses a une portée plus globale qu’elle n’en a jamais eu auparavant ».
L’idéologie d’extrême-droite est devenue un survivalisme. Entrepreneurs, prédicateurs et politiciens ultra-conservateurs ne nous proposent rien d’autre qu’un abandon. Ils ne nous proposent rien d’autre que de quitter notre monde commun. Ils sont ceux qui abandonnent, « les quitteurs », comme les désigne Marisa Franco, cofondatrice de Mijente, un groupe de défense des migrants. La concentration du pouvoir militaire, financier et technologique leur permet de rendre la trajectoire vers l’apocalypse instoppable.
Pourtant, rappellent les essayistes, quelque soit leur puissance, ces fascistes de la fin des temps sont et restent une minorité. Tous les chefs d’entreprises ne sont pas Musk, tous les chrétiens conservateurs ne sont pas nationalistes, tous les gens des classes populaires qui ont voté Trump n’attendent pas la fin des temps. La plupart veulent juste secouer le statu quo, espèrent de meilleurs jobs et une vie moins chère, et pensent que de meilleures frontières pourraient leur apporter cela. Nombre de ceux qui ont voté Trump ont très vite déchanté et se sont rendu compte que la cruauté à l’oeuvre n’a pas fait baisser les prix, que la plupart des nouveaux emplois consiste soit à pointer des armes contre les autres, soit à construire des centre de données qui risquent bien plus de faire disparaître les derniers emplois qui restent qu’en ramener. Les ravages opérés dans les services publics ont affecté tous ceux qui ne sont pas riches. Ce fascisme de la fin des temps n’a pas encore gagné et il peut être défait, veulent encore croire Klein et Taylor.
La convergence des fanatismes apocalyptiques
Ce fascisme est une conjonction de trois composantes qui renforcent sa puissance. C’est l’alliance d’un fanatisme religieux, d’un fanatisme technologique et d’un ethno-nationalisme débridé. Et sa faiblesse, c’est que ces trois composantes sont en proie à de nombreux désaccords qui pourrait bien faire éclater cette coalition. Le très influent Steve Bannon par exemple déteste les « psychopathes » de la Silicon Valley. Et parmi le mouvement Maga, si certains pensent que Trump est l’instrument de Dieu, d’autres qu’il est l’instrument dissimulé des Jeffrey Epstein de ce monde. End Times Fascism explore tour à tour ces trois composantes. L’extrémisme religieux, les extrémistes de la tech et ceux qui aspirent à ce que la Nation toute entière devienne le bunker ultime. Ces trois visions bunkerisées de l’avenir cherchent à déchirer l’égalité et l’empathie. Ces trois extrémismes partagent le même rejet de la démocratie et partagent la même croyance en leur impunité. Pour Klein et Taylor, le combat à venir ne consiste pas tant à combattre ces personnes qui sont à la racine des problèmes, que les systèmes qui leurs permettent de concentrer tant de pouvoir et de richesses.
Taylor et Klein rappellent que le nazisme n’a pas été la rupture politique que l’on croit. Comme le disait Nehru, l’une des grandes figures de la lutte pour l’indépendance de l’Inde, après avoir traversé l’Europe avant la seconde guerre mondiale, le fascisme a mis à jour les méthodes de l’impérialisme européen. Même constat pour le défenseur des droits civiques américain W.E.B. Du Bois : les nazis ont mobilisé les méthodes que la civilisation chrétienne a pratiqué en Europe puis dans le reste du monde avec le colonialisme, visant à défendre la capacité de l’Occident, cette race qui se voulait supérieure, à gouverner le monde. Nombre de pays ont été profondément fascistes dans leurs colonies, alors qu’elles se montraient libérales et démocratiques chez elles. D’ailleurs, le fascisme d’aujourd’hui se comprend mal à l’aune du nazisme d’hier. Ceux d’aujourd’hui sont bien plus individualistes. La suprématie à laquelle ils croient tient bien plus d’une supériorité de l’extrême richesse,« d’un eugénisme des marchés ». Le fascisme d’aujourd’hui vise plus à chasser les clics que les personnes (même si chasser les clics conduit à déporter et violenter des personnes). Les étoiles jaunes d’hier se cachent désormais derrière les bases de données de la reconnaissance faciale et les scores de risques algorithmiques, appuient-elles.
Les tendances fascistes s’amplifient toujours dans les moments de crises, notamment les périodes de dépression économique et d’hyperinflation. « Le fascisme est la réponse la plus féroce du capitalisme face aux menaces ; c’est un moyen de s’assurer que la colère publique, qui monte en période de crise profonde, soit dirigée vers le bas – contre les plus vulnérables – plutôt que vers le haut, contre le système lui-même ainsi que ses gardiens et bénéficiaires les plus privilégiés ». Dans les années 30, le nazisme a été la réponse capitaliste à la menace communiste, tout comme les dictatures des années 70 en Amérique Latine ont été la conséquence des prises de pouvoir des gauches. Comme le disait le politicien antifasciste Ignazio Stilone : « le facisme est une contre-révolution contre une révolution qui n’a pas eu lieu ». Et aux Etats-Unis, d’Occupy Wall Street à Black Lives Matter, Trump a été la réponse à la montée de la contestation de gauche. Entre la solidarité et le fascisme, les plus puissants ont agi comme leurs prédécesseurs l’ont fait avant eux. Ils ont choisi la contre-révolution contre la révolution qui n’a pas eu lieu.
La première partie du livre, sur l’extrémisme religieux est certainement la plus originale. Elle commence en revenant sur l’attentat perpétré par le fondamentaliste chrétien Denis Michael Rohan en 1969 qui met le feu à la mosquée al-Aqsa sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem, afin de reconstruire le Troisième Temple de Jérusalem, qui assure d’une rédemption totale à ceux qui le bâtiront puisqu’il accueillera Dieu pour l’éternité. L’extrémisme religieux consomme et produit beaucoup de ce qui relève de fantaisies eschatologiques. Pour beaucoup de fondamentalistes, la fin des temps est imminente et nécessite à la fois de la faire advenir et de s’y préparer. Dans nombre de religions, le messianisme est vivace. Sur l’esplanade des mosquées, depuis 2025, le ministre israélien de la Sécurité nationale, du parti d’extrême droite ultranationaliste, suprémaciste et néosioniste, Itamar Ben-Gvir, multiplie les visites provocatrices et les prières, en violation directe du statu quo historique.
Mais il n’y a pas qu’Israël qui est gangrénée par le fondamentalisme. Le parti Républicain américain lui-même est noyauté par un très influent bloc évangélique qui soutient le fondamentalisme israélien et l’annonce du retour du messie. Ces chrétiens sionistes sont en conflit avec un autre courant évangélique : les nationalistes chrétiens. Trump comme Netanyahou ont l’un comme l’autre parfaitement compris que ces courants messianiques ont beaucoup d’influence et sont déterminés à les utiliser pour leurs propres buts. Les deux autrices nous éclairent sur l’impact profond du fondamentalisme chrétien aux Etats-Unis, nous montrant qu’il est partout et que les idées qu’ils professent sont profondément problématiques et simplistes. Ces Églises qui tiennent toutes des propos apocalyptiques disposent de beaucoup d’argent et donc de beaucoup de pouvoir. Elles publient des livres sur la fin des temps à venir qui se vendent par millions, inondent leurs ouailles de sermons sur la rédemption. « Les plus grandes églises évangéliques aux Etats-Unis et dans le reste du monde sont convaincus de l’imminence de la fin des temps ». Ces pasteurs, à l’image d’un des plus suivis, John Hagee, dispensent à longueur d’homélies des théories totalement problématiques et extrêmement politiques. Dans la logique des chrétiens sionistes, en Israël, le danger n’est pas la guerre, mais la paix. Les propos que les deux journalistes rapportent font froid dans le dos, tant ces pasteurs dont l’audience est très forte, racontent n’importe quoi, partageant des vidéos et des propos claqués au sol, assurant détenir des moyens de guérir Alzheimer ou de rendre la vue aux aveugles. Derrière ces absurdités, les dangers ne peuvent être ignorés, tant ces propos ont des implications politiques. Ces églises soutiennent très largement le droit d’Israël à annexer les territoires Palestiniens et toutes« partagent le désir que la loi religieuse remplace le droit civil ». Ces églises s’en prennent à longueur de sermons aux mêmes ennemis : les musulmans, les LGBTQ+, les Nations Unies et la gauche. Ces églises enfin vivent souvent en communauté fermées, avec leurs écoles, leurs quartiers, leur culture… Mais plus seulement. Beaucoup sont désormais prosélytes et pensent que la religion doit dominer toute la société. En 2024, c’est quelque 41% des chrétiens Américains qui sont convaincus qu’ils ne doivent pas seulement prier, mais gouverner le monde. A l’image de la fondation Heritage qui défend rien de moins qu’un agenda théocratique et cherche à imposer une culture chrétienne capitaliste dans toutes les strates de la société, à l’image d’un de ses principaux architectes, le nationaliste chrétien Russell Vought, l’un des plus influent personnage de l’administration Trump. Alors que lors de la première présidence de Trump, la relation du président américain avec les églises évangélistes semblait surtout transactionnelle, depuis qu’il a échappé à une tentative d’assassinat en 2024, il semble bien plus convaincu de sa propre déification.
Les deux journalistes rappellent que ce fondamentalisme chrétien essaime bien au-delà des Etats-Unis, notamment en Amérique du Sud et en Afrique. Le risque est de voir s’imposer partout des formes d’État théocratiques. « La religion fonctionne bien plus comme une amphétamine que comme un opium, agitant bien plus qu’apaisant les âmes anxieuses ». Là où elle se dissémine, dans les recoins de l’extrême-droite, la foi est un accélérateur, de l’essence jetée sur un monde déjà en flamme. Les idéologies suprémacistes rejoignent désormais la ferveur apocalyptique et la moindre crise leur donne du carburant. Et les réseaux sociaux à leur tour alimentent la ferveur, à l’image du RaptureTok de septembre 2025, une des innombrables rumeurs qui y circulent promettant une fin du monde imminente.
« Le fascisme est une réponse morbide à des menaces et crises bien réelles » et vise à diriger la peur et la colère loin des systèmes qui conduisent à ces crises. Face aux crises, la promesse d’une bataille finale entre le bien et le mal promet à certains d’être sauvés. Pour Klein et Taylor, le facisme de la fin des temps est la conséquence du déni du dysfonctionnement du capitalisme. C’est une forme de réinterprétation des crises bien réelles que nous traversons (comme le réchauffement climatique) à l’aune des écritures.
Toutes les crises, comme le Covid ou les attaques du 7 octobre 2023 en Israël, deviennent des occasions d’accélérer la culture conspirationniste, facsciste et religieuse qui infecte la politique. Ce conspirationnisme anti-vaccin par exemple, qui s’en est pris tant à Bill Gates qu’à Anthony Fauci ou qu’à l’organisation mondiale de la santé, tient d’une mise à jour d’une longue hostilité de l’extrême-droite évangélique à l’encontre du New Deal et des politiques sociales, vues comme l’Antéchrist. La vraie menace pour ceux qui ont une vision paranoïaque du monde n’était pas le virus, mais plutôt les mesures de sécurité publique adoptées pour protéger les personnes vulnérables. Pour Klein et Taylor, la culture religieuse a été dévorée par la culture conspirationniste. Pour les chrétiens évangélistes américains, leur déclin, en nombre, les conduit à des positions de plus en plus extrêmes, à l’image du délirant Charlie Kirk, qui dans ses propos, comme dans son pamphlet (The Christian Response to the Great Reset), accusait le Forum économique mondial d’avoir produit le virus pour assouvir le monde et en appelait au retour aux valeures bibliques. Même l’insurrection du capitole du 6 janvier 2021 est vue comme un soulèvement chrétien. Pour Kirk, dans ses homélies fascisantes, les opposants à Trump devaient recevoir la peine de mort, de saintes exécutions.
Les attaques du 7 octobre 2023 ont été vécues par nombre de fondamentalistes juifs comme un signe de plus de la fin des temps. Elle les a radicalisés. Pour eux, l’occupation des territoires palestinien ne suffisant plus à protéger Israël, il fallait passer à l’étape suivante : l’expulsion, l’annexion voire l’annihilation. Nombre de télévangélistes ont utilisé les attaques pour annoncer la fin des temps. « L’eschatologie inverse le signal pour lui donner le sens opposé : le mal est le bien, les fléaux sont des remèdes, la guerre est la paix. » Quand Marco Rubio défend l’attaque contre l’Iran en expliquant que le régime est théocratique et apocalyptique, on peut se demander s’il ne parle pas plus des Etats-Unis que de l’Iran. Dans l’armée israélienne comme dans l’armée américaine, la plupart des soldats et des gradés sont convaincus d’avoir une mission messianique à accomplir, et que l’armée est un outil pour la rédemption. Le télévangéliste Texan, Byron Stinson, a défendu la venue de la fin du monde… puisqu’elle signifie le retour du messie.
Les deux journalistes rappellent pourtant que le christianisme n’a pas toujours été aussi radical. Dans les années 60, était même apparue une théologie de gauche, en réaction au soutien problématique de l’Église catholique à nombre de gouvernements autoritaires, comme les dictatures d’Amérique du Sud. Mais la montée des théologies de la libération ont conduit à une réaction renforçant un clergé conservateur, dénonçant l’égalité, au motif que c’est à Dieu de distribuer récompenses et punitions, comme dans le Pentecôtisme qui est venu occuper le vide laissé par les retraits de la gauche catholique. Pourtant, la solidarité n’a pas totalement disparu des églises. Lors du soulèvement contre les exactions de l’ICE à Minneapolis, les églises, synagogues et mosquées sont souvent devenues des lieux d’organisation. Les préceptes religieux de bienveillance, soin aux malades, aide aux plus pauvres, accueil des étrangers n’ont pas totalement disparu… mais ils semblent avoir été partout recouverts par l’espérance d’une rédemption terminale.
L’extrême-tech, le radicalisme des dieux numériques
Une semaine avant l’élection présidentielle de 2024, la société de capital-risque Founders Fund a organisé à Miami deux jours de fêtes et de conférences VIP sur le thème des pensées interdites sous le nom de « bal des l’apocalypse » ! Un évènement pour le moins cynique qui invitait les participants à discuter de comment détruire le monde. Au programme de ces conférences très classiques, nombre de hérauts de la tech, souvent sous pseudonymes, parmi lesquels bien sûr, l’inaltérable Peter Thiel, Curtis Yarvin, les fondateurs d’Anduril, Bryan Johnson, l’entrepreneur qui défit la mort, l’ex-acteur Kevin Spacey… Deux jours à célébrer les vertus de la hiérarchie, de la domination, des technologies ségrégatives… avec des sessions sur la colonisation de mars, l’invasion du Groenland, ou sur comment brûler le plus de pétrole et de charbon possible et bien sûr des odes aux communautés fermées portées par Patri Friedman invitant les entrepreneurs à abandonner leurs obligations sociales (« une façon d’être responsable de sa propre propulsion vers le paradis, sans qu’aucune intervention divine ne soit nécessaire », sic). Bref, un ensemble incohérent d’amalgames idéologiques, traversé de quelques valeurs partagées, comme l’eugénisme, l’anti-démocratie, la célébration de l’entrepreneuriat… Pour tous ces gens, les ennemis sont tous ceux qui cherchent à entraver la maximisation du profit auquel ils aspirent.
« Les idées de cette tech d’extrême-droite sont intensivement impopulaires », rappellent Klein et Taylor, cela ne les empêche pas d’être influents et de rassembler un grand nombre d’entrepreneurs autour d’eux. Ici, les deux journalistes documentent des choses sur lesquelles nous sommes plus éveillés : la bascule fasciste des milliardaires de la tech, comme le documentent par exemple, en France, Thibault Prévost, Olivier Tesquet et Natasha Hadjadji dans leurs livres, Technologie du coup d’Etat et Apocalypse Nerds. Avec la seconde élection de Trump, le monde de la Tech s’est rangé à la défense de ses intérêts. Pour Astra Taylor et Naomi Klein, c’est l’IA qui les a fait basculer, avancent-elles. Ils sont convaincus que l’IA aujourd’hui et l’IA générative demain vont remplacer la grande majorité des activités économiques jusqu’à là accomplies par les humains : de la conduite des véhicules à l’art, du traitement des maladies à l’enseignement… promettant d’étendre sans fin la disruption et la génération de profit.
Les financiers de la tech et les entrepreneurs qui ont rejoint l’orbite de Trump partagent plusieurs choses en commun : « ils cherchent désespérément à nous vendre ce futur post-humain soi-disant glorieux, et ils brûlent d’envie que leurs entreprises dominent ce paradis imaginaire peuplé de machines ». Mais ces croyances dans l’avènement d’une intelligence artificielle générale ont bien plus en commun avec la croyance religieuse et le complotisme, qu’à des projections basées sur la science ou les marchés. En cela, ils se révèlent très proches des dérives eschatologiques des courants religieux fondamentalistes, assurent Taylor et Klein. En fait, eux-aussi, prédisent la fin du monde, en dépensant sans compter pour créer leurs industries de données quitte à détruire l’économie et à détruire l’habitabilité même de notre monde physique. Enfin, l’IA promet de consolider le pouvoir des entreprises de la tech à un niveau sans précédent au prix d’une extension sans limite de la surveillance. Leur technologie promet surtout de renforcer les pouvoirs de ceux qui la contrôlent au détriment de tous les autres. Pour eux, l’IAG s’annonce comme la technologie ultime, la dernière invention, qui annoncera « le début de la fin des temps, ou du moins la fin de la concurrence sur les marchés ». Celui qui remportera la course deviendra tout puissant, ayant droit de vie ou de mort sur toutes les autres entreprises qui dépenderont de sa puissance.
Face à ces enjeux, la délibération démocratique ou la régulation ne sont que entraves à l’avènement du glorieux avenir que représente à la fois la fin du monde et l’avènement d’une IA omnisciente et toute puissante. Finalement, le ralliement de la tech à la politique de Trump tient des mêmes raisons que celui des fanatiques religieux, en proie à leurs propres rêves apocalyptiques : « ils avaient besoin d’un dirigeant assez téméraire et dépourvu de cœur pour les aider à jouer le sort du monde sur une violente fantasmagorie millénariste ». En cela, les conceptions apocalyptiques ou messianiques de l’IA se rejoignent, rappellent les journalistes, nombre de leurs thuriféraires passant allègrement du risque à l’enchantement. La version messiannique promet l’IA qui soignera toutes les maladies, qui résoudra le changement climatique, qui créera une abondance matérielle sans limite et rendra le gouvernement rationnel… C’est l’IA pour sauver le monde, qui donnera naissance à un pays de génies capables de doubler l’espérance de vie, comme l’a promis Dario Amodei par exemple. De l’autre, c’est l’IA qui s’apprête à détruire le monde, les emplois, la vie sur terre… Mais comme dans les fondamentalismes religieux, cette double vision, souvent imbriquée, n’est que l’autre face d’une même idée, celle de l’apocalypse qui conduit à la rédemption. La promesse que l’IA offre la sagesse infinie aux plus riches rejoint la promesse de l’arrivée de dieu sur terre : dans un cas comme dans l’autre, le salut est seulement destiné aux rares élus. En ce sens, la technologie est aussi inévitable que l’arrivée de dieu sur terre.
En réalité, la superintelligence relève bien plus d’un discours marketing, qui vise à faire gonfler la bulle du profit, comme le montraient Alex Hanna et Emily Bender dans leur livre. Les entreprises d’IA ne cessent d’affirmer que leurs machines sont conscientes, pavant la voie dans la croyance en leur supériorité voire leur divinité. Comme le montre la réalisatrice Valerie Veatch dans son film, Ghost in the Machine, des hommes puissants célèbrent leur capacité à créer la vie. Et comme chez les fondamentalistes religieux, aucune femme n’est plus nécessaire.
Désormais, tout ce qui compte, pour les entrepreneurs de la tech, c’est de sécuriser l’accès aux capacités de calcul, à l’électricité, à l’investissement et donc aux revenus. D’ici 2035, le secteur pourrait représenter 44% des émissions d’électricité des Etats-Unis. Les géants de la Tech bataillent pour construire des centres de données toujours plus grands et puissants et vendre leurs produits aux entreprises et aux autorités pour qu’elles les utilisent pour faire toutes les tâches qu’elles faisaient, des soins de santé à la police. C’est oublier bien vite que les gens ont besoin de leur travail, qu’ils préfèrent les médecins humains et plus encore une planète habitable, rappellent Klein et Taylor. Pas étonnant donc qu’en transformant l’IA en système d’exploitation pour toute l’économie, ces entreprises se confrontent à des contestations et des résistances inédites.
Pour balayer toutes les oppositions, ils ont donc besoin d’un pouvoir fort et d’un homme fort, que Trump et ses sbires incarnent parfaitement. C’est JD Vance qui a scellé l’accord entre la coalition Maga et la Silicon Valley, rappellent les essayistes, quand le protégé de Thiel a permis le rapprochement avec les empereurs de la Tech et Trump sur le dos d’une administration Biden qui tentait de réguler les cryptomonnaies et l’IA. Depuis, les projets d’alliance vont bon train. Les géants de la tech ont colonisé les marchés publics, à l’image de Palantir. Trump a fait tomber les régulations. « Toute ruée vers l’or nécessite son Far West, c’est-à-dire une frontière, une zone d’exception où les règles et les lois habituelles ne s’appliquent pas. Et c’est précisément ce que Trump a apporté ». Les dépenses dans les data centers pourraient totaliser 7 000 milliards d’ici 2030. Les entreprises de la tech atteignent des niveaux de financements jamais atteint. Les entreprises de la tech sont désormais les seules responsables de la croissance américaine, même si nul ne sait comment elles vont générer suffisamment de revenus en regard. Seulement 17% des Américains pensent que l’IA va avoir un impact positif sur les Etats-Unis d’ici 20 ans… La résistance du public annonce qu’une correction pourrait bien advenir.
Quant au déploiement de l’IA dans l’administration américaine, les deux autrices en soulignent l’aporie partout. Des efforts du Doge aux exactions de l’ICE en passant par la montée de la surveillance via les outils de Palantir… Peu importe les défaillances de la technologie : « créer un appareil administratif qui fonctionne bien ne figure pas à l’ordre du jour ». Le but est bien plus de sécuriser les investissements, de vendre des produits aux gouvernements étrangers et de sécuriser les législations favorables à la tech américaine. De sécuriser l’accès aux ressources via des droits de douanes chaotiques. « Promouvoir et défendre la révolution mondiale de l’IA portée par la Silicon Valley constitue désormais la mission primordiale du gouvernement américain ». Ce qui s’impose en Amérique, c’est la couche technique autoritaire. « Le fascisme est toujours un système de racket au profit du capital : il protège un groupe restreint d’entreprises et d’intérêts, tant face aux travailleurs que face à la concurrence ; en retour, ces entreprises apportent leur soutien au projet de l’État ».
Taylor et Klein parlent à leur tour d’État mafieux, de gangstérisme, en rappelant que depuis 2025, Trump lui-même n’a pas été le dernier à s’enrichir éhontément comme le pointaient le Financial Times et le New York Times cet été. « Les élites de la tech ont atteint une nouvelle stratosphère de richesse grâce à une technologie qui, selon leurs prévisions, provoquera un véritable cataclysme pour l’emploi ». Et l’annonce sans cesse renouvelée de cette apocalypse, permet de rallier les derniers investisseurs qui hésiteraient encore.
Le gouvernement de Trump et Vance leur a permis d’aller plus loin encore dans cette violence économique à l’égard des citoyens américains. En échange, ces entreprises sont venues équiper l’administration pour que la technologie vienne équiper le gouvernement, que ce soit pour combattre les ennemis étrangers comme domestiques. La surveillance de masse en est à la fois la condition et la conséquence.«Quand votre modèle économique est de détruire l’emploi de classes entières d’actifs, il est nécessaire de pointer les caméras, les données et les robots contre ces mêmes usagers». Thiel comme Karp rêvent de villes réservées aux seuls riches, ce que Balaji Srinivasan appelle le sionisme technologique, le fait d’utiliser la technologie pour développer un apartheid social. A mesure que se déploie l’empilement de technologies autoritaires, chaque contrat approfondi le piège pour se refermer sur chacun d’entre nous. A mesure que Palantir devient indispensable, que les drones d’Anduril deviennent le standard de l’Otan, que les centrales nucléaires font tourner les data centers, la transformation devient peu à peu irréversible. « Sous la bannière d’une technologie patriotique, ce bloc construit une infrastructure de contrôle… Un régime où les entreprises font les règles, plus que les politiques publiques ». Plutôt que de convaincre les électeurs, les technologies autoritaires souhaitent contrôler les infrastructures, en pillant et privatisant tous les aspects du régalien. Pour Trump comme pour Thiel, l’administration n’est qu’un territoire pour l’extraction de valeur. Pas étonnant alors que ces gens se sentent assaillis par les centres de données, les caméras de surveillance ou les transformations éducatives.
Les entrepreneurs de la tech construisent leurs bunkers. Tous se préparent à survivre à l’apocalypse qu’ils fabriquent. « Les plans d’évacuation qui accaparent nos élites nous indiquent que ces hommes sont terrifiés par le monde qu’ils construisent ». S’ils sont aussi obnubilés par l’eugénisme, la suprématie cognitive ou les hiérarchies sociales, c’est d’abord parce que leurs rêves suprémacistes cherchent à les protéger du reste du monde. Et leur obsession est d’autant plus vive que la résistance au futur qu’ils proposent se renforce comme jamais.
Dans leur livre, Taylor et Klein documentent la contestation contre les data centers et contre l’IA, à l’image des Colossus que Musk déploie dans le Tennessee. Ces vampires énergétiques, comme les appellent les opposants, se proposent de sacrifier la vie des gens. Ces industries IA, sont d’abord des industries sans personnel, rappellent les autrices qui parlent de « machines d’élimination humaines ». Comme le prophétisait Musk, à l’avenir, le travail sera optionnel.
Pour Klein et Taylor, cette nouvelle industrialisation ne ressemble donc pas aux précédentes. Les habitants ont souvent accepté les effets néfastes des vagues d’industrialisation précédentes, parce qu’en retour, ils bénéficiaient de boulots, de taxes et de produits. Ce n’est plus ce que promettent ces entrepôts vides, qui semblent venir donner le coup de grâce à la désindustrialisation occidentale. Ils ne promettent même plus un monde commun, à l’image de l’abandon par les grands acteurs de la tech de leurs objectifs climatiques. Bill Gates lui-même, qui avait publié un livre alarmiste sur le risque de désastre climatique, estime désormais que le réchauffement a été surévalué ! « Le moment où les Big Tech déclaraient vouloir sauver le monde est passé. Désormais, il est temps de le consommer ». Mais ne vous inquiétez pas ! Les entreprises ont déjà la réponse à ces critiques : l’IA va réparer la crise climatique, même s’il l’empire, ironisent Klein et Taylor. Pour cela, finalement, il suffit à ces entreprises de contrôler la vérité. Et n’est-ce pas finalement ce que font leurs machines, par exemple en déployant des IA non woke, c’est-à-dire contre la justice sociale. Les outils qu’ils déploient permettent comme nulle autre d’accomplir le rêve fasciste ultime, celui de contrôler et déformer notre perception collective de la réalité.
Avant, pour contrôler le monde, il fallait emprisonner et exécuter ses opposants, produire de la propagande, dénigrer les opposants. Les outils d’IA permettent désormais d’automatiser la désinformation et la manipulation. « Désormais, ils ont le pouvoir de programmer le fascisme dans leurs machines ». Les données collectées excluent de vastes pans de connaissances de l’humanité dont il n’existe pas de versions numériques. L’IA générative promet un point de vue unique, comme une vérité divine. Comme le dit Yanis Varoufakis, le business model que la Big Tech déploie consiste en « un droit divin où la vérité est la propriété brevetée de la puissance ». L’IA dégrade la réalité. « Quand vos flux d’informations sont remplis de productions synthétiques racistes, misogynes, que les robots génèrent les réponses, le résultat est que les gens finissent par abandonner tout espoir de distinguer les faits de la fiction ». Les attaques de l’administration Trump contre l’éducation, l’université, la presse, la recherche répondent aux licenciements des modérateurs, des vérificateurs de faits et éthiciens de la tech. L’IA n’a pas vocation à compléter les connaissances, mais bien à les supplanter. « Les fascistes de l’IA ne cherchent plus à fabriquer du consentement, mais à fabriquer de la confusion, à saper la délibération démocratique en déchaînant l’intolérance et la désinformation à une vitesse et une échelle sans précédent dans l’histoire moderne ». Les chatbots n’ont pas besoin d’être particulièrement intelligents pour parvenir à remplir nos têtes de leurs biais racistes.
Reste que ces perspectives commencent à battre de l’aile, dans le camp Républicain lui-même. Des comtés Maga s’opposent au déploiement de data centers. Dans des États où le discours antiavortement est dominant et divise la population, l’opposition aux data centers, lui aussi sous bannière pro-humaines, rassemblent les citoyens contre les machines vampires.
Vers une nation survivaliste et bunkerisée ?
Trump avait promis à ses électeurs une renaissance de l’industrie. Elle n’a pas eu lieu. A la place, les Etats-Unis connaissent une forte inflation et un PIB atone, porté uniquement par le boom de la tech.
Lors du passage de l’ouragan Helene, en 2024, 73 000 maisons ont été détruites. Comme toujours, la solidarité s’est structurée pour venir en aide aux victimes. Quelque soient leurs couleurs politiques, les gens se sont mutuellement entraidés. Mais cela n’a pas duré. Une armée d’opportunistes du clic sont venus déverser leurs jugements conspirationnistes en estimant par exemple que les électeurs Républicains n’étaient pas aidés. Les dénégations du sénateur Républicain local n’ont pas réussi à faire refluer ces histoires absurdes. Trump a rapidement fini par relayer ces absurdités, les amplifiant encore. Trump, Musk et consoeurs sont les premiers à relayer d’innombrables conspirations, d’innombrables contre-vérités. Avec des conséquences bien réelles, comme quand Trump finit par couper dans les budgets de santé, d’aide alimentaire pour les rediriger vers le développement de centres de détentions. Au Doge, Musk a licencié des centaines de milliers d’agents fédéraux au profit des petits soldats fascistes de l’ICE (300 000 fonctionnaires sur 2 millions ont été licenciés depuis le début de la présidence Trump).
Pourtant, rappellent les deux journalistes, au XXe siècle, les régimes fascistes ont soutenu comme rarement l’assistance sociale aux classes populaires qui servaient le régime. Ils ont soutenu des projets de constructions pour employer les actifs, comme de construire des autoroutes, des gares ou des barrages… Rien de tel avec l’administration Trump qui a attaqué comme rarement les infrastructures conçues pour apporter des protections universelles à tous. « Le fascisme de la fin des temps est le symptôme de la manière dont le capitalisme repousse les limites de notre planète. Mais au lieu de s’attaquer aux crises sous-jacentes, ses dirigeants répliquent par des mots d’ordre brutaux : « Construisez le mur » ! « Repoussez les envahisseurs ! »». Un tiers des américain et deux tiers des Républicains approuvent certains aspects de la théorie du grand remplacement. Pour Klein et Taylor, le grand remplacement n’est pas la vérité. Cela n’a pas empêché l’administration Trump d’en faire une pièce centrale de sa politique notamment dans sa Stratégie de sécurité nationale, désignant la migration de masse comme la plus grande menace du monde occidentale. Les migrants ne sont plus, nulle part, les bienvenus. Partout, les difficultés à payer ses factures ou à trouver des emplois décents, n’est pas la responsabilité des banquiers ou des spéculateurs ou des politiciens, mais des migrants. C’est là le vrai grand remplacement, ironisent les autrices, « la substitution des banquiers par les migrants ». La droite ethnonationaliste invite les peuples à reprendre le contrôle, non pas des oligarques, mais de l’immigration. Les droites extrêmes proposent toutes la révocation de la citoyenneté et la déportation de masse (qu’ils appellent remigration). Ils créent partout un ennemi, là où il n’y en a pas. La faction Maha du mouvement Maga estime qu’il est plus important de contrôler les réfugiés climatiques que de réguler les émissions carbone.« L’obsession de l’extrême-droite pour le grand remplacement n’est pas seulement une pensée conspirationniste ou une diversion cynique, elle est aussi une confession », celle d’un« survivalisme nationaliste ». Les colporteurs de cette théorie savent parfaitement que la planète s’effondre, détruisant le territoire de ceux qui ne comptent pas et qui n’ont rien fait pour provoquer cette crise. « Pour les éco-fascistes, la nation elle-même doit être le bunker, avec des armes pointées vers l’intérieur comme l’extérieur. »« Anticipant un avenir déstabilisé aux ressources en déclin et se percevant comme les véritables victimes d’un nettoyage ethnique, les suprémacistes sont prêts à se livrer à des massacres innommables pour protéger leur minorité à la peau claire, les élus ». D’où les délires sur le réarmement démographique (les femtechs), les forteresses militaires (le golden dome), la sécurisation des ressources (le projet Vault qui vise à constituer une réserve stratégie de ressources)… Plus qu’un déni du réchauffement, soulignent Klein et Taylor, la prise de conscience du dérèglement climatique imminent est claire et explique toutes les volonté expansionnistes sur le contrôle des ressources. « Nous devons mettre à jour nos modèles mentaux : comme les dirigeants de la tech ont abandonné leurs engagements écologiques, les politiciens d’extrême-droite, comme ceux qui votent pour eux, ne sont plus dans le déni climatique. Ce sont des incendiaires qui laissent sciemment le monde brûler. »
En 1961, un an avant la crise des missiles à Cuba, les américains étaient persuadés qu’une guerre nucléaire allait éclater. Les autorités appelèrent les Américains à construire des abris anti-atomiques. Peu furent réellement construits. Ceux qui n’en construisirent pas, ont même dénoncé la pratique, la trouvant honteuse et égoïste. Pour Kenneth Rose, auteur d’un essai sur le sujet, One nation underground, le rejet des abris anti-atomiques était plutôt la marque d’une certaine maturité. « La probabilité de survivre à l’apocalypse ne valait pas le risque de perdre son humanité » en se réfugiant dans la construction de refuges qui prenaient comme ennemis ses propres voisins, plutôt que l’ennemi extérieur. En fait, ce sont surtout des gens qui en avaient les moyens qui ont construit ces bunkers. Le bunker privé est un état d’esprit, une façon de se protéger soi-même face à un monde gorgé de risques et d’incertitudes. Le problème n’est pas tant de se préparer à une crise, explique les autrices, que de le faire en pensant que les désastres peuvent être affrontés isolément. Le fascisme actuel a pour but de nous faire croire en cette posture défensive et solitaire. Mais la très grande majorité des gens rejettent ce « survivalisme brutal ». Kennedy lui-même a fini par rejeter ces projets, en invitant plutôt à se concentrer à trouver des moyens pour que les bombes et les missiles ennemis ne parviennent jamais jusqu’en Amérique. Ceux qui ont vendu des abris étaient bien plus des profiteurs de crise qu’autre chose.
Pour Klein et Taylor, c’est peut-être sous cet angle qu’il faut d’ailleurs lire le fascisme américain d’aujourd’hui. Un fascisme qui ne cherche que son propre profit. Ce profit, d’ailleurs, est bien souvent la motivation première des systèmes de désinformation en ligne. Des arnaques cryptos aux influenceurs de la désinformation, nous sommes confrontés à un monde, à un ensemble de personnes, qui tirent profit de la désinformation qu’ils répandent, expliquent-elles en prenant l’exemple de Nick Shirley, un influenceur d’extrême droite américain participant très activement à alimenter la désinformation raciste que des émigrés haïtiens dévoreraient les animaux de compagnie du voisinage. Ses vidéos ont été particulièrement amplifiées sur les réseaux sociaux. Même débunkées, cela n’a pas empêché l’influenceur d’extrême-droite de prendre son envol. Notamment via une vidéo de 42 minutes où il se montre visitant des centres sociaux vides dans le Minnesota déclenche de nouvelles polémiques sur leurs financements, les accusant de fraude. Ces vidéos, reprises par Vance, Musk et Trump eux-mêmes, ont servi d’accélérateur viral pour une escalade inédite. L’administration Trump a gelé les fonds fédéraux pour les programmes d’aide sociale du Minnesota, puis a envoyé les troupes de l’ICE occuper Minneapolis et Saint-Paul, donnant lieu aux dramatiques événements entre l’ICE et la population. Quand l’agent de l’ICE, Jonathan Ross a tué Renee Good dans sa voiture, la vidéo de l’agent a été très vite libérée par les autorités pour entériner la version officielle. Pour Klein et Taylor, Minneapolis a été transformé en laboratoire, en showroom de la désinformation où vidéo virales et montages à l’IA ont tenté de damer le pion de l’information.
La nation bunkerisée n’était pas seulement une idée politique et raciste, mais également un business modèle. Chaque événement a été exploité au profit de quelqu’un. « Alors que les influenceurs extrayaient du contenu pour leurs vidéos virales, des entreprises technologiques sous contrat avec le département de la sécurité intérieure collectaient des données sur les manifestants et les transmettaient simultanément à l’ICE, permettant ainsi à l’agence de localiser précisément des immigrés à leur domicile ou sur leur lieu de travail. Plus de 3 700 immigrés ont été interpellés lors del’opération Metro Surge; une fois arrêtés, nombre d’entre eux ont basculé dans un autre type de réseau à but lucratif : celui des prisons et centres de détention privés. »Minneapolis a été le lieu de démonstration de l’essor économique de la surveillance de masse, dans une forme de chaîne d’approvisionnement sans fin.
Bien évidemment, les habitants de Minneapolis, ont envoyé, eux, un autre message. Par leurs actions, ils ont montré que nombre d’Américains ne veulent pas que leur pays devienne un bunker high-tech, ne veulent pas de la terreur d’une police sans garde-fous, ni que leurs moindres mouvements soient traqués par des capteurs et des drones. Le fascisme est toujours une alliance d’intérêts, mais a Minneapolis, elle a commencé à craquer, rappellent Klein et Taylor. La traque des personnes d’origine étrangère à Minneapolis a montré à tous combien les outils numériques et notamment les outils des grandes firmes privées, étaient utilisés pour identifier et traquer les personnes. Les acteurs technologiques alliés aux politiques répressives, ont montré combien leurs relations étaient symbiotiques, entre eux et avec la catastrophe. Ils sont les premiers à investir dans un état d’urgence permanent.C’est en cela que pour Klein, le fascisme est l’accélération du capitalisme du désastre. Les chocs ne sont plus isolés, comme elle les décrivait dansLa Stratégie du choc, mais continus.
Les deux autrices rappellent la filiation de Palantir avec le 11 septembre, avec le programme total information awareness, ce projet de collecte d’information totale pour surveiller la menace terroriste partout. Si ce programme a été débranché officiellement en 2003, nombre de ses fonctions ont continué sous d’autres noms. Dans le Minnesota, il était clair que le programme était de retour. « Le vieux rêve d’une surveillance totale était désormais effectif ». L’ennemi n’était plus le terroriste extérieur planifiant des attaques violentes contres les Etats-Unis, mais des immigrés de couleurs. Comme n’a cessé de le répéter Alex Karp, Palantir a été construit pour affronter les temps difficiles. L’entreprise a surtout pivoté. D’un modèle contre le terrorisme extérieur, elle est devenue l’entreprise qui surveille tout le monde. Comme on pivoté les vendeurs d’abri anti-atomiques en devant les bâtisseurs de centres de détentions des migrants…
Pour tous ces gens« la paix et la stabilité écologique sont désormais vus comme des menaces ». Les acteurs qui vendent des logiciels de reconnaissance faciale ou construisent des camps ou des drones construisent « le complexe industriel pour l’armageddon ». L’une des branches de ce complexe reste assurément la production et la dissémination de la propagande, notamment via les réseaux sociaux qu’ont produit les grands acteurs de la tech, qui sont aussi les grands acteurs de l’IA et qui sont aussi les grands acteurs de la surveillance. En 2022, Musk a racheté Twitter. Trump lançait TruthSocial, et le TikTok américain a été repris en main par la famille Ellison. Vance a investi dans Rumble, le service de Streaming ultra-conservateur où s’expriment Bannon, Alex Jones, Andrew Tate ou l’adorateur d’Hitler, Nick Fuentes. Pour John Ganz, c’est là l’alliance entre une fraction ultra-réactionnaire et le secteur de la technologie, autour du déploiement de systèmes de défense, de surveillance, de sécurité. L’ICE est devenu le programme d’embauche de la meute du « Trumpenprolétariat ». L’extrême-droite est d’abord un rassemblement d’intérêts économiques, et pas seulement politiques. Les réseaux sociaux s’alimentent à la rage, au conspirationnisme et au conflit. Être un marchand de drame est devenu le business modèle. Pour Stephen Miller, la mort de Charlie Kirk a été le début d’une « guerre sainte » contre les ennemis de l’intérieur. Trump a indiqué au FBI qu’il fallait désormais s’en prendre aux antifa, devenus organisations terroristes. « Le cerveau collectif de la droite a fondu dans une cuve de slop, de conspirationnisme et de chaînes algorithmiques. Au risque que leur audience souhaite toujours plus de transgressions, de conspirations, d’apocalypses… » Hannah Arendt rappelait que le nazi idéal n’était pas quelqu’un avec des convictions profondes, mais plutôt un individu pour qui la distinction entre les faits et la fiction, entre le vrai et le faux n’existait plus. Et c’est tout à fait le cas des gens coincés dans les chambres d’échos de l’extrême-droite américains.
La convergence des fanatiques de l’apocalypse peut-elle se désagréger ?
Pour Klein et Taylor, reste que cette escalade pourrait aussi conduire à la désagrégation de cette coalition ultra-conservatrice. Les hommes y détestent de plus en plus les femmes et notamment les femmes puissantes, comme Megyn Kelly. Thiel estime que tout le monde est l’antechrist, mais, en tant que gay, il est détesté de la droite chrétienne qu’il courtise. Stephen Miller qui déteste les étrangers pourrait demain être désigné comme l’un d’entre eux. Sans compter que cette coalition d’hyper droite est traversée par de profonds désaccords sur Israël, sur l’IA et même sur la nature de la Nation elle-même. Mais les sectes messianiques, l’extrême-droite suprémaciste et les nationalistes du grand remplacement partagent également beaucoup en commun, notamment leur détestation pour l’égalité, pour la démocratie. La fracture pourrait bien venir du rejet de plus en plus marqué des femmes, et notamment de ces Trad Wives qui structurent le mouvement Maga. Celles qui apprécient l’idée de dévouer leur vies à leurs enfants et leurs familles, ne sont pas très enthousiastes à l’idée que leur droit de vote leur soit dénié, ni très sensibles à la misogynie ambiante.
Mais surtout, soulignent Klein et Taylor, la réalité sait très vite reprendre ses droits. La stratégie du champ de bataille en ligne reposait sur la croyance que ceux qui ont soutenu Trump pour renforcer la politique migratoire viendraient soutenir la police et applaudirait aux expulsions. Ils ont été bien moins nombreux qu’espéré. Dans le Minnesota nombre d’habitants se sont dressés contre l’ICE. Ils se sont baptisés les helpers, ceux qui aident. Pas des militants, ni des protestataires, ni des activistes, mais plus simplement, des gens qui sont venus apporter leur aide à leurs voisins menacés. Ils ont apporté de la nourriture, des vêtements, des protections. Ils ont suivi les déplacements de l’ICE pour prévenir avant qu’ils ne débarquent dans certains endroits et quartiers. Pour eux, les immigrés que l’ICE tentait d’arrêter n’étaient pas des abstractions, mais des connaissances, des amis, des collègues, des personnes réelles et appréciées. L’intensification des violences de l’ICE n’a fait que renforcer leur détermination. L’ICE a perdu le contrôle. A Minneapolis, l’extrême-droite a perdu la bataille du récit. Ses habitants ont tous ressenti avoir été envahis par une force extérieure. Deux tiers des américains estiment que l’ICE est allé trop loin et la moitié sont pour son abolition.
Klein et Taylor terminent leur ouvrage sur les résistances au déploiement de l’extrême droite. Des contestations de la privatisation de Venise par Jeff Bezos pour son mariage, à l’obscénité de la salle de bal de Trump… C’est un combat entre ceux qui peuvent tout et ceux qui n’ont aucune échappatoire. Entre ceux qui n’entretiennent que des relations transactionnelles et les autres. Entre leshelperset lesquitters, entre ceux qui restent et ceux qui partent, entre ceux qui sont de quelque part et ceux qui sont de nulle part (inversant la typologie que faisait le sociologue Benoît Coquart dans son livre, Ceux qui restent (La découverte, 2019) puisque pour le sociologue français, ceux qui restent sont ceux qui rejoignent l’extrême-droite). « L’aspect le plus dangereux du projet des oligarques de la tech visant à délaisser le monde réside dans le fait que les outils qu’ils conçoivent sont destinés à nous remodeler à leur propre image, une image altérée. Les plateformes et applications populaires nous habituent à partager le rêve de la Silicon Valley d’une liberté désincarnée, nous incitant sans cesse à délaisser les lieux réels et les interactions en face à face au profit de simulations – et à percevoir la Terre, nos corps et nos relations comme des prisons qu’il s’agirait de pirater et de fuir. » Sam Altman est convaincu qu’il y a des avantages à être une machine et est persuadé que ses propres enfants ne seront jamais aussi intelligents qu’une IA. ChatGPT est entraîné pour exploiter notre empathie et lui conférer plus d’importance qu’il ne le mérite. « Les Big Tech, habitués de longue date à fracturer notre attention via les réseaux sociaux, ont trouvé de nouveaux moyens lucratifs de fracturer notre affection et de manipuler nos attachements, flattant leurs usagers pour les garder engager et dépendants ». L’IA paraît bien plus un service de psychose qu’autre chose. Ceux qui les utilisent, peu à peu, sont saisis par des croyances messianiques ou des délires de persécution. Ou finissent pas être convaincus que l’IA est consciente ou qu’elle est un dieu. Les hallucinations grandioses et paranoïaques que ces systèmes distillent chez ceux qui les surutilisent s’accordent au monde que projettent les fascistes de la fin des temps. « Les géants de la technologie sont prêts à détruire notre santé mentale et à démanteler nos communautés, car ils se perçoivent comme engagés dans une course pour dominer une nouvelle étape de l’évolution humaine. Ils comprennent également qu’ils sont désormais en concurrence avec toutes les activités ordinaires que nous, humains, pratiquions autrefois par nous-mêmes et entre nous, sans avoir besoin de leur médiation.»Leur business model est l’aliénation. Comme le disait le président de Spotify, Daniel Ek : notre concurrent est le silence. Le concurrent des outils de la tech sont les églises, nos voisinages, les pubs. Tous les endroits où l’on se rassemble, tous les endroits encore bien réels, comme l’ont été les rues de Minneapolis. Leurs services produisent d’abord de la solitude, c’est-à-dire« l’expérience de ne pas appartenir au monde ». Arendt ne disait-elle pas que le totalitarisme est d’abord une solitude organisée ? « La combinaison de robots ravageurs et de saisons déréglées, associée à des inégalités toujours plus criantes et à des protections sociales défaillantes, rend le monde déséquilibré et isolant pour beaucoup d’entre nous. » Le philosophe Glenn Albrecht parle de solastalgie pour évoquer cette détresse particulière qu’évoque l’idée d’un monde qui ne ressemble plus à ce que nous connaissions. Ce « mal le mal du pays que l’on ressent alors que l’on est encore chez soi ». Or la raison pour laquelle nous ne nous sentons plus chez nous n’est pas liée au fait que des migrants viennent prendre nos emplois ou que des enfants demandent à ce qu’on les appelle autrement. Elle est d’abord le fait d’accaparements qui nous conduisent nulle part. Les fascistes proposent de revenir à un passé idéalisé, refermant la possibilité de construire un futur plus inclusif, plus protecteur et moins déconcertant. Ils ne proposent pas d’affronter les changements qui sont les nôtres. Or, la seule option devant nous, défendent Klein et Taylor, consiste à mieux s’opposer à l’accaparement du monde par ses élites.
« Les visions du monde violent au cœur du fascisme apocalyptique résonnent parce qu’elles puisent dans des récits profondément inscrits dans notre ADN culturel ; elles colorent notre perception du monde environnant et imprègnent notre conception du possible. La quête d’une rédemption messianique en Terre sainte, le rêve d’une transcendance numérique grâce à l’IA générale et les agissements des ethno-nationalistes transformant les villes en zones de guerre au nom de la purification et du retranchement de la patrie – tous ces phénomènes jouent sur des ressorts similaires : le Bien contre le Mal, les grandes batailles, les cités radieuses, le salut éternel pour les élus seulement.» Mais malgré les efforts des extrémistes à n’extraire que les plus violents passages de leurs textes sacrés, toutes les cultures proposent d’autres messages, rappellent pourtant Klein et Taylor. Notamment celui que nous avons une responsabilité à prendre soin du monde, des autres, des étrangers, à étendre le soin aux autres, à toute forme de vie. Les manifestations contre l’ICE ont montré la force de la résistance communautaire, l’enjeu qui traverse nombre d’entre nous à protéger les gens autour de nous, qui qu’ils soient, d’où qu’ils viennent. Notre humanité depuis l’origine consiste à refuser la violence à l’encontre de nos proches. « Si le Minnesota a été une cible de choix, c’est parce que l’Etat représente, plus que d’autres, la plus grande menace qui soit pour l’agenda fasciste : la démonstration d’une société démocratique multiraciale. »Distiller la crainte des étrangers permet de déconstruire les communautés qui sont le cœur de la société démocratique américaine. L’austérité qui réduit les services publics et les démantèle permet justement de faire monter les peurs et d’orienter les votes.
Reconquérir… ceux qui n’ont pas d’autres mondes à conquérir
Résister au fascisme nécessite de rebâtir des résistances communautaires, locales. « Cela nécessite aussi de partager un récit sur comment survivre aux temps difficiles à venir sans laisser personne derrière. Une histoire non pas d’apocalypse et de fins des temps, mais de temps meilleurs, une histoire non pas de séparation et de suprématie, mais d’interdépendance et d’attachement, une histoire non pas d’échappement, mais qui consiste bien plus à résister et à rester sur place et demeurer fidèle à la réalité terrestre problématique dans laquelle nous sommes enchevêtrés et liés. La terre promise n’est pas la fin du monde, elle est là, maintenant, ici, et ne peut reposer que sur la justice qu’il faut rendre toujours plus universelle et disponible à tous. »
Pour Klein et Taylor, les quitters, ceux qui veulent partir, télécharger leurs cerveau dans les ordinateurs, conquérir Mars, se dégager du reste du monde, confisquer la démocratie, sont ceux qui ont les moyens. De l’autre, ceux qui restent, sont ceux qui n’ont pas d’autres choix que de faire bouger le monde ne pouvant bouger eux-mêmes. Ceux qui restent, ce sont les habitants de Minneapolis qui se sont opposés à l’ICE. Les habitants de Venise qui se sont opposés à Bezos. Ceux qui n’ont pas d’autre monde à conquérir. Et qui donc, doivent prendre soin du leur.
Klein et Taylor tirent cette métaphore en concluant leur très sombre livre d’une dernière partie lumineuse et très enthousiasmante qui se concentre sur la façon dont Zohran Mamdani à conquis la ville de New York. Elles rappellent qu’il n’était dans le radar de personne. En 2024, 30% des votes de New York sont allés à Trump, contre 23%, 4 ans plus tôt, notamment provenant des quartiers qui concentraient le plus d’immigrés et de gens en difficulté. Klein et Taylor décrivent par le détail comment Mamdani s’y est pris pour conquérir ces publics et la ville. Son travail de terrain, son invitation aux new yorkais à les écouter et à reconstruire une politique pour tous, inclusive. Comme il le disait dans l’une de ses premières vidéos de campagne : « les travailleurs sont de plus en plus exclus de la ville. Un maire doit pouvoir changer cela. C’est ce pourquoi je suis candidat ».
Mamdani à rallié les gens en leur donnant le droit de pouvoir rester là. Il a répondu aux discriminations de droite par une célébration du droit de tous à pouvoir être là. Pour Klein et Taylor, sa politique est l’antithèse du fascisme. Sa compagne a été multiculturelle, multiraciale, polyglotte. Plus qu’un rejet de la haine, sa politique a été une invitation à la gentillesse. Il a célébré les classes laborieuses et immigrées qui permettent à la ville de fonctionner. Il a mené une politique joyeuse, célébrant le plaisir constant à être une part de quelque chose de plus large et de plus fort que soi. Il a invité les gens à cesser d’être spectateurs, et à proposer et participer. Il a passé des mois à faire se souvenir aux new yorkais pourquoi ils aimaient leur ville et à leur rappeler qu’ils avaient droit à une vie décente dans cette ville. Beaucoup ont raconté n’importe quoi, comme le fait qu’il y aurait des pogroms si Mamdani l’emportait. « Mamdani a remplacé la froideur de l’individualisme par la chaleur du collectivisme ». Toute ville devrait pouvoir être défendue avec la même ferveur que Mamdani a défendu New York. « Partout dans le monde, les forces fascistes canalisent la colère vers le bas – en la dirigeant contre ceux qui sont le moins responsables de nos maux de société – et persuadent les électorats qu’ils ne peuvent plus se permettre de se soucier d’autre chose que d’eux-mêmes. Nous pensons qu’il est possible de détourner nombre de nos concitoyens de ces tentations violentes, mais cela ne se fera pas par des leçons de morale culpabilisantes. Il faut proposer une alternative, une vision convaincante : une meilleure façon de vivre ensemble.»
Dans les années 60, beaucoup de gens refusèrent de s’installer dans les abris anti-atomiques et sont plutôt aller se battre pour l’abolition des armes nucléaires. Ce mouvement n’a pas été un total succès, mais il a aidé à apaiser la guerre froide. La meilleure façon d’assurer notre survie collective consiste à éliminer les armes qui nous menacent, concluent Naomi Klein et Astra Taylor. Aujourd’hui, nous sommes face à un moment où l’impunité des élites est totale. « Les gens les plus puissants du monde, à travers la religion, le gouvernement et la technologie, partagent la conviction que nos lois ne s’appliquent pas à eux. Ni les lois des nations où ils vivent. ni les lois internationales. ni les lois de la biologie ou de la physique. (…) Ce sentiment d’impunité omniprésent au sein des élites politiques et économiques est intimement lié à leur volonté d’exposer le reste d’entre nous à des niveaux de vulnérabilité et de risque extraordinaires et croissants. » Comme nous avons réclamé le désarmement nucléaire, il nous faut désormais réclamer la fin d’une tech sans limite, la fin d’une concentration des richesses, la fin de l’impunité. « Notre sécurité collective ne sera assurée que lorsque nos élites seront contraintes d’envisager de vivre et de survivre ici, avec le reste d’entre nous. »
Aujourd’hui, les oligarques sabotent la démocratie pour s’accaparer le pouvoir. Notre seule réponse rationnelle est de les désarmer, de réguler la tech bien plus strictement que nous ne l’avons fait, de réguler leurs richesses, et de redistribuer leurs richesses bien mal acquises. Taylor et Klein souhaitent « abolir les milliardaires ». L’IA générative n’est possible que parce que ces gens ont tout volé, rappellent-elles. Et d’en appeler à nationaliser leur technologie. A nous assurer qu’elle est conçue et opérée dans l’intérêt du public. Elles prônent un confinement de l’IA, semblable aux traités de non prolifération nucléaire. A établir des interdiction claires, notamment pour restreindre considérablement la surveillance. Nous n’avons pas d’option autre que construire un secteur public fort, qu’à améliorer toujours et partout la redistribution pour qu’elle soit le plus équitable possible. A faire un New deal pour la transition (comme nous y invitait déjà Naomi Klein dans son livre, Plan B pour la planète : le new deal vert), plutôt que de dépenser des milliards dans les armes et l’infrastructure IA.
Les régimes fascistes deviennent plus violents, désespérés et dangereux à mesure qu’ils gardent le pouvoir. Les Nations-Unis ne sont pas l’antechrist : elles sont notre meilleur recours contre la guerre où qu’elle soit. Les fascistes ne sont pas invincibles. Nombre de dictateurs finissent là où ils doivent finir, en prison.
Pour Taylor et Klein, la construction des démocraties n’est pas terminée. Le pire que nous puissions faire, c’est de croire qu’elles ne doivent plus être améliorées. La réponse fasciste à la crise climatique consiste à accepter des sacrifices de masse en espérant que d’autres seront sauvés. La réponse antifasciste à la crise climatique consiste à prendre soin de tous pour construire un monde pour tous. Nous devons limiter la violence, l’exploitation, la richesse, le pouvoir. Ce sont les forces qui rendent la coexistence de tous impossible.
End Times Fascism, est à la fois un livre glaçant et revigorant. Un livre pour se remettre la tête à l’endroit.
Hubert Guillaud
La couverture du livre de Naomi Klein et Astra Taylor, End Times Fascism.
Les livres de la journaliste altermondialiste canadienne Naomi Klein se succèdent, s’assemblent et se ressemblent peu. On y trouve cependant une trame commune : elle nous propose à chaque fois une lecture qui éclaire la confusion des événements que nous vivons. Après l’excellent Le Double (Actes Sud, 2024, qui vient de paraître en poche, sur le complotisme, le renversement des discours de gauche par la droite, la puissance des discours individualistes et l’accélération des colères par la numéris
Les livres de la journaliste altermondialiste canadienne Naomi Klein se succèdent, s’assemblent et se ressemblent peu. On y trouve cependant une trame commune : elle nous propose à chaque fois une lecture qui éclaire la confusion des événements que nous vivons. Après l’excellent Le Double (Actes Sud, 2024, qui vient de paraître en poche, sur le complotisme, le renversement des discours de gauche par la droite, la puissance des discours individualistes et l’accélération des colères par la numérisation), voilà qu’elle signe avec la réalisatrice et activiste Astra Taylor un livre qui parle beaucoup de technologies : End Times Facism (Le fascisme de la fin des temps, MacMillan, 2026, non traduit – Actes Sud annonce sa traduction pour l’hiver 2027).
Nous voici confrontés à des temps apocalyptiques. Une apocalypse que l’on connaît très bien puisqu’elle n’a cessé de nous être racontée, des textes sacrés au cinéma hollywoodien. Cette séduction du chaos, Naomi Klein l’avait déjà croisée quand elle écrivait La stratégie du choc (Actes Sud, 2008) où elle décrivait déjà la montée d’un « capitalisme du désastre » permettant d’assurer l’avènement d’un ultralibéralisme tout puissant. Désormais, les entreprises et les régimes réactionnaires provoquent et renforcent les crises qui leurs bénéficient. Le choc et le désastre ne sont plus des exceptions, mais sont devenues la règle. « Nous entrons dans un nouveau paradigme, un monde de bouleversements permanents où la stabilité est l’exception et l’incertain la règle ». « Les grandes entreprises et les joueurs politiques de l’extrême droite misent sur un avenir chaotique, le provoquant, s’y préparant et le construisant ». Nous sommes entrés dans la contre-révolution de l’extrême-droite où le monde réel est de plus en plus gouverné par la force. Pour les deux essayistes, nous voici confrontés au retour du fascisme, qu’elles définissent comme la révolte des puissants qui exploitent les passions et les ressentiments de ceux qui ne le sont pas. C’est une alliance entre des leaders déchus, des entrepreneurs et des leaders religieux conservateurs pour défendre la puissance et ses institutions : la nation, le marché, la police, la militarisation, la famille. Mais le fascisme qui vient n’est pas pour autant le fascisme d’hier, préviennent les deux essayistes. Ce qui caractérise la convergence d’extrême-droite actuelle, c’est la conviction partagée que notre monde commun arrive à sa fin. C’est un fascisme de la fin des temps, un fascisme apocalyptique.« Les plus puissantes personnes du monde se préparent pour la fin du monde, une fin qu’ils accélèrent eux-mêmes frénétiquement ».
Le fascisme a toujours eu un complexe d’Armageddon, disait déjà Umberto Eco, se projetant toujours dans une bataille finale entre le mal et le bien. Pour Klein et Taylor, cela ne signifie pas que Trump, Netanyahou ou Putin sont plus dangereux qu’Hitler, Mussolini et Franco, mais que « notre monde est plus dangereux que le leur : leurs armes sont plus meurtrières, leurs technologies plus puissantes, leurs média plus connectés, le climat plus instable, et la concentration des richesses a une portée plus globale qu’elle n’en a jamais eu auparavant ».
L’idéologie d’extrême-droite est devenue un survivalisme. Entrepreneurs, prédicateurs et politiciens ultra-conservateurs ne nous proposent rien d’autre qu’un abandon. Ils ne nous proposent rien d’autre que de quitter notre monde commun. Ils sont ceux qui abandonnent, « les quitteurs », comme les désigne Marisa Franco, cofondatrice de Mijente, un groupe de défense des migrants. La concentration du pouvoir militaire, financier et technologique leur permet de rendre la trajectoire vers l’apocalypse instoppable.
Pourtant, rappellent les essayistes, quelque soit leur puissance, ces fascistes de la fin des temps sont et restent une minorité. Tous les chefs d’entreprises ne sont pas Musk, tous les chrétiens conservateurs ne sont pas nationalistes, tous les gens des classes populaires qui ont voté Trump n’attendent pas la fin des temps. La plupart veulent juste secouer le statu quo, espèrent de meilleurs jobs et une vie moins chère, et pensent que de meilleures frontières pourraient leur apporter cela. Nombre de ceux qui ont voté Trump ont très vite déchanté et se sont rendu compte que la cruauté à l’oeuvre n’a pas fait baisser les prix, que la plupart des nouveaux emplois consiste soit à pointer des armes contre les autres, soit à construire des centre de données qui risquent bien plus de faire disparaître les derniers emplois qui restent qu’en ramener. Les ravages opérés dans les services publics ont affecté tous ceux qui ne sont pas riches. Ce fascisme de la fin des temps n’a pas encore gagné et il peut être défait, veulent encore croire Klein et Taylor.
La convergence des fanatismes apocalyptiques
Ce fascisme est une conjonction de trois composantes qui renforcent sa puissance. C’est l’alliance d’un fanatisme religieux, d’un fanatisme technologique et d’un ethno-nationalisme débridé. Et sa faiblesse, c’est que ces trois composantes sont en proie à de nombreux désaccords qui pourrait bien faire éclater cette coalition. Le très influent Steve Bannon par exemple déteste les « psychopathes » de la Silicon Valley. Et parmi le mouvement Maga, si certains pensent que Trump est l’instrument de Dieu, d’autres qu’il est l’instrument dissimulé des Jeffrey Epstein de ce monde. End Times Fascism explore tour à tour ces trois composantes. L’extrémisme religieux, les extrémistes de la tech et ceux qui aspirent à ce que la Nation toute entière devienne le bunker ultime. Ces trois visions bunkerisées de l’avenir cherchent à déchirer l’égalité et l’empathie. Ces trois extrémismes partagent le même rejet de la démocratie et partagent la même croyance en leur impunité. Pour Klein et Taylor, le combat à venir ne consiste pas tant à combattre ces personnes qui sont à la racine des problèmes, que les systèmes qui leurs permettent de concentrer tant de pouvoir et de richesses.
Taylor et Klein rappellent que le nazisme n’a pas été la rupture politique que l’on croit. Comme le disait Nehru, l’une des grandes figures de la lutte pour l’indépendance de l’Inde, après avoir traversé l’Europe avant la seconde guerre mondiale, le fascisme a mis à jour les méthodes de l’impérialisme européen. Même constat pour le défenseur des droits civiques américain W.E.B. Du Bois : les nazis ont mobilisé les méthodes que la civilisation chrétienne a pratiqué en Europe puis dans le reste du monde avec le colonialisme, visant à défendre la capacité de l’Occident, cette race qui se voulait supérieure, à gouverner le monde. Nombre de pays ont été profondément fascistes dans leurs colonies, alors qu’elles se montraient libérales et démocratiques chez elles. D’ailleurs, le fascisme d’aujourd’hui se comprend mal à l’aune du nazisme d’hier. Ceux d’aujourd’hui sont bien plus individualistes. La suprématie à laquelle ils croient tient bien plus d’une supériorité de l’extrême richesse,« d’un eugénisme des marchés ». Le fascisme d’aujourd’hui vise plus à chasser les clics que les personnes (même si chasser les clics conduit à déporter et violenter des personnes). Les étoiles jaunes d’hier se cachent désormais derrière les bases de données de la reconnaissance faciale et les scores de risques algorithmiques, appuient-elles.
Les tendances fascistes s’amplifient toujours dans les moments de crises, notamment les périodes de dépression économique et d’hyperinflation. « Le fascisme est la réponse la plus féroce du capitalisme face aux menaces ; c’est un moyen de s’assurer que la colère publique, qui monte en période de crise profonde, soit dirigée vers le bas – contre les plus vulnérables – plutôt que vers le haut, contre le système lui-même ainsi que ses gardiens et bénéficiaires les plus privilégiés ». Dans les années 30, le nazisme a été la réponse capitaliste à la menace communiste, tout comme les dictatures des années 70 en Amérique Latine ont été la conséquence des prises de pouvoir des gauches. Comme le disait le politicien antifasciste Ignazio Stilone : « le facisme est une contre-révolution contre une révolution qui n’a pas eu lieu ». Et aux Etats-Unis, d’Occupy Wall Street à Black Lives Matter, Trump a été la réponse à la montée de la contestation de gauche. Entre la solidarité et le fascisme, les plus puissants ont agi comme leurs prédécesseurs l’ont fait avant eux. Ils ont choisi la contre-révolution contre la révolution qui n’a pas eu lieu.
La première partie du livre, sur l’extrémisme religieux est certainement la plus originale. Elle commence en revenant sur l’attentat perpétré par le fondamentaliste chrétien Denis Michael Rohan en 1969 qui met le feu à la mosquée al-Aqsa sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem, afin de reconstruire le Troisième Temple de Jérusalem, qui assure d’une rédemption totale à ceux qui le bâtiront puisqu’il accueillera Dieu pour l’éternité. L’extrémisme religieux consomme et produit beaucoup de ce qui relève de fantaisies eschatologiques. Pour beaucoup de fondamentalistes, la fin des temps est imminente et nécessite à la fois de la faire advenir et de s’y préparer. Dans nombre de religions, le messianisme est vivace. Sur l’esplanade des mosquées, depuis 2025, le ministre israélien de la Sécurité nationale, du parti d’extrême droite ultranationaliste, suprémaciste et néosioniste, Itamar Ben-Gvir, multiplie les visites provocatrices et les prières, en violation directe du statu quo historique.
Mais il n’y a pas qu’Israël qui est gangrénée par le fondamentalisme. Le parti Républicain américain lui-même est noyauté par un très influent bloc évangélique qui soutient le fondamentalisme israélien et l’annonce du retour du messie. Ces chrétiens sionistes sont en conflit avec un autre courant évangélique : les nationalistes chrétiens. Trump comme Netanyahou ont l’un comme l’autre parfaitement compris que ces courants messianiques ont beaucoup d’influence et sont déterminés à les utiliser pour leurs propres buts. Les deux autrices nous éclairent sur l’impact profond du fondamentalisme chrétien aux Etats-Unis, nous montrant qu’il est partout et que les idées qu’ils professent sont profondément problématiques et simplistes. Ces Églises qui tiennent toutes des propos apocalyptiques disposent de beaucoup d’argent et donc de beaucoup de pouvoir. Elles publient des livres sur la fin des temps à venir qui se vendent par millions, inondent leurs ouailles de sermons sur la rédemption. « Les plus grandes églises évangéliques aux Etats-Unis et dans le reste du monde sont convaincus de l’imminence de la fin des temps ». Ces pasteurs, à l’image d’un des plus suivis, John Hagee, dispensent à longueur d’homélies des théories totalement problématiques et extrêmement politiques. Dans la logique des chrétiens sionistes, en Israël, le danger n’est pas la guerre, mais la paix. Les propos que les deux journalistes rapportent font froid dans le dos, tant ces pasteurs dont l’audience est très forte, racontent n’importe quoi, partageant des vidéos et des propos claqués au sol, assurant détenir des moyens de guérir Alzheimer ou de rendre la vue aux aveugles. Derrière ces absurdités, les dangers ne peuvent être ignorés, tant ces propos ont des implications politiques. Ces églises soutiennent très largement le droit d’Israël à annexer les territoires Palestiniens et toutes« partagent le désir que la loi religieuse remplace le droit civil ». Ces églises s’en prennent à longueur de sermons aux mêmes ennemis : les musulmans, les LGBTQ+, les Nations Unies et la gauche. Ces églises enfin vivent souvent en communauté fermées, avec leurs écoles, leurs quartiers, leur culture… Mais plus seulement. Beaucoup sont désormais prosélytes et pensent que la religion doit dominer toute la société. En 2024, c’est quelque 41% des chrétiens Américains qui sont convaincus qu’ils ne doivent pas seulement prier, mais gouverner le monde. A l’image de la fondation Heritage qui défend rien de moins qu’un agenda théocratique et cherche à imposer une culture chrétienne capitaliste dans toutes les strates de la société, à l’image d’un de ses principaux architectes, le nationaliste chrétien Russell Vought, l’un des plus influent personnage de l’administration Trump. Alors que lors de la première présidence de Trump, la relation du président américain avec les églises évangélistes semblait surtout transactionnelle, depuis qu’il a échappé à une tentative d’assassinat en 2024, il semble bien plus convaincu de sa propre déification.
Les deux journalistes rappellent que ce fondamentalisme chrétien essaime bien au-delà des Etats-Unis, notamment en Amérique du Sud et en Afrique. Le risque est de voir s’imposer partout des formes d’État théocratiques. « La religion fonctionne bien plus comme une amphétamine que comme un opium, agitant bien plus qu’apaisant les âmes anxieuses ». Là où elle se dissémine, dans les recoins de l’extrême-droite, la foi est un accélérateur, de l’essence jetée sur un monde déjà en flamme. Les idéologies suprémacistes rejoignent désormais la ferveur apocalyptique et la moindre crise leur donne du carburant. Et les réseaux sociaux à leur tour alimentent la ferveur, à l’image du RaptureTok de septembre 2025, une des innombrables rumeurs qui y circulent promettant une fin du monde imminente.
« Le fascisme est une réponse morbide à des menaces et crises bien réelles » et vise à diriger la peur et la colère loin des systèmes qui conduisent à ces crises. Face aux crises, la promesse d’une bataille finale entre le bien et le mal promet à certains d’être sauvés. Pour Klein et Taylor, le facisme de la fin des temps est la conséquence du déni du dysfonctionnement du capitalisme. C’est une forme de réinterprétation des crises bien réelles que nous traversons (comme le réchauffement climatique) à l’aune des écritures.
Toutes les crises, comme le Covid ou les attaques du 7 octobre 2023 en Israël, deviennent des occasions d’accélérer la culture conspirationniste, facsciste et religieuse qui infecte la politique. Ce conspirationnisme anti-vaccin par exemple, qui s’en est pris tant à Bill Gates qu’à Anthony Fauci ou qu’à l’organisation mondiale de la santé, tient d’une mise à jour d’une longue hostilité de l’extrême-droite évangélique à l’encontre du New Deal et des politiques sociales, vues comme l’Antéchrist. La vraie menace pour ceux qui ont une vision paranoïaque du monde n’était pas le virus, mais plutôt les mesures de sécurité publique adoptées pour protéger les personnes vulnérables. Pour Klein et Taylor, la culture religieuse a été dévorée par la culture conspirationniste. Pour les chrétiens évangélistes américains, leur déclin, en nombre, les conduit à des positions de plus en plus extrêmes, à l’image du délirant Charlie Kirk, qui dans ses propos, comme dans son pamphlet (The Christian Response to the Great Reset), accusait le Forum économique mondial d’avoir produit le virus pour assouvir le monde et en appelait au retour aux valeures bibliques. Même l’insurrection du capitole du 6 janvier 2021 est vue comme un soulèvement chrétien. Pour Kirk, dans ses homélies fascisantes, les opposants à Trump devaient recevoir la peine de mort, de saintes exécutions.
Les attaques du 7 octobre 2023 ont été vécues par nombre de fondamentalistes juifs comme un signe de plus de la fin des temps. Elle les a radicalisés. Pour eux, l’occupation des territoires palestinien ne suffisant plus à protéger Israël, il fallait passer à l’étape suivante : l’expulsion, l’annexion voire l’annihilation. Nombre de télévangélistes ont utilisé les attaques pour annoncer la fin des temps. « L’eschatologie inverse le signal pour lui donner le sens opposé : le mal est le bien, les fléaux sont des remèdes, la guerre est la paix. » Quand Marco Rubio défend l’attaque contre l’Iran en expliquant que le régime est théocratique et apocalyptique, on peut se demander s’il ne parle pas plus des Etats-Unis que de l’Iran. Dans l’armée israélienne comme dans l’armée américaine, la plupart des soldats et des gradés sont convaincus d’avoir une mission messianique à accomplir, et que l’armée est un outil pour la rédemption. Le télévangéliste Texan, Byron Stinson, a défendu la venue de la fin du monde… puisqu’elle signifie le retour du messie.
Les deux journalistes rappellent pourtant que le christianisme n’a pas toujours été aussi radical. Dans les années 60, était même apparue une théologie de gauche, en réaction au soutien problématique de l’Église catholique à nombre de gouvernements autoritaires, comme les dictatures d’Amérique du Sud. Mais la montée des théologies de la libération ont conduit à une réaction renforçant un clergé conservateur, dénonçant l’égalité, au motif que c’est à Dieu de distribuer récompenses et punitions, comme dans le Pentecôtisme qui est venu occuper le vide laissé par les retraits de la gauche catholique. Pourtant, la solidarité n’a pas totalement disparu des églises. Lors du soulèvement contre les exactions de l’ICE à Minneapolis, les églises, synagogues et mosquées sont souvent devenues des lieux d’organisation. Les préceptes religieux de bienveillance, soin aux malades, aide aux plus pauvres, accueil des étrangers n’ont pas totalement disparu… mais ils semblent avoir été partout recouverts par l’espérance d’une rédemption terminale.
L’extrême-tech, le radicalisme des dieux numériques
Une semaine avant l’élection présidentielle de 2024, la société de capital-risque Founders Fund a organisé à Miami deux jours de fêtes et de conférences VIP sur le thème des pensées interdites sous le nom de « bal des l’apocalypse » ! Un évènement pour le moins cynique qui invitait les participants à discuter de comment détruire le monde. Au programme de ces conférences très classiques, nombre de hérauts de la tech, souvent sous pseudonymes, parmi lesquels bien sûr, l’inaltérable Peter Thiel, Curtis Yarvin, les fondateurs d’Anduril, Bryan Johnson, l’entrepreneur qui défit la mort, l’ex-acteur Kevin Spacey… Deux jours à célébrer les vertus de la hiérarchie, de la domination, des technologies ségrégatives… avec des sessions sur la colonisation de mars, l’invasion du Groenland, ou sur comment brûler le plus de pétrole et de charbon possible et bien sûr des odes aux communautés fermées portées par Patri Friedman invitant les entrepreneurs à abandonner leurs obligations sociales (« une façon d’être responsable de sa propre propulsion vers le paradis, sans qu’aucune intervention divine ne soit nécessaire », sic). Bref, un ensemble incohérent d’amalgames idéologiques, traversé de quelques valeurs partagées, comme l’eugénisme, l’anti-démocratie, la célébration de l’entrepreneuriat… Pour tous ces gens, les ennemis sont tous ceux qui cherchent à entraver la maximisation du profit auquel ils aspirent.
« Les idées de cette tech d’extrême-droite sont intensivement impopulaires », rappellent Klein et Taylor, cela ne les empêche pas d’être influents et de rassembler un grand nombre d’entrepreneurs autour d’eux. Ici, les deux journalistes documentent des choses sur lesquelles nous sommes plus éveillés : la bascule fasciste des milliardaires de la tech, comme le documentent par exemple, en France, Thibault Prévost, Olivier Tesquet et Natasha Hadjadji dans leurs livres, Technologie du coup d’Etat et Apocalypse Nerds. Avec la seconde élection de Trump, le monde de la Tech s’est rangé à la défense de ses intérêts. Pour Astra Taylor et Naomi Klein, c’est l’IA qui les a fait basculer, avancent-elles. Ils sont convaincus que l’IA aujourd’hui et l’IA générative demain vont remplacer la grande majorité des activités économiques jusqu’à là accomplies par les humains : de la conduite des véhicules à l’art, du traitement des maladies à l’enseignement… promettant d’étendre sans fin la disruption et la génération de profit.
Les financiers de la tech et les entrepreneurs qui ont rejoint l’orbite de Trump partagent plusieurs choses en commun : « ils cherchent désespérément à nous vendre ce futur post-humain soi-disant glorieux, et ils brûlent d’envie que leurs entreprises dominent ce paradis imaginaire peuplé de machines ». Mais ces croyances dans l’avènement d’une intelligence artificielle générale ont bien plus en commun avec la croyance religieuse et le complotisme, qu’à des projections basées sur la science ou les marchés. En cela, ils se révèlent très proches des dérives eschatologiques des courants religieux fondamentalistes, assurent Taylor et Klein. En fait, eux-aussi, prédisent la fin du monde, en dépensant sans compter pour créer leurs industries de données quitte à détruire l’économie et à détruire l’habitabilité même de notre monde physique. Enfin, l’IA promet de consolider le pouvoir des entreprises de la tech à un niveau sans précédent au prix d’une extension sans limite de la surveillance. Leur technologie promet surtout de renforcer les pouvoirs de ceux qui la contrôlent au détriment de tous les autres. Pour eux, l’IAG s’annonce comme la technologie ultime, la dernière invention, qui annoncera « le début de la fin des temps, ou du moins la fin de la concurrence sur les marchés ». Celui qui remportera la course deviendra tout puissant, ayant droit de vie ou de mort sur toutes les autres entreprises qui dépenderont de sa puissance.
Face à ces enjeux, la délibération démocratique ou la régulation ne sont que entraves à l’avènement du glorieux avenir que représente à la fois la fin du monde et l’avènement d’une IA omnisciente et toute puissante. Finalement, le ralliement de la tech à la politique de Trump tient des mêmes raisons que celui des fanatiques religieux, en proie à leurs propres rêves apocalyptiques : « ils avaient besoin d’un dirigeant assez téméraire et dépourvu de cœur pour les aider à jouer le sort du monde sur une violente fantasmagorie millénariste ». En cela, les conceptions apocalyptiques ou messianiques de l’IA se rejoignent, rappellent les journalistes, nombre de leurs thuriféraires passant allègrement du risque à l’enchantement. La version messiannique promet l’IA qui soignera toutes les maladies, qui résoudra le changement climatique, qui créera une abondance matérielle sans limite et rendra le gouvernement rationnel… C’est l’IA pour sauver le monde, qui donnera naissance à un pays de génies capables de doubler l’espérance de vie, comme l’a promis Dario Amodei par exemple. De l’autre, c’est l’IA qui s’apprête à détruire le monde, les emplois, la vie sur terre… Mais comme dans les fondamentalismes religieux, cette double vision, souvent imbriquée, n’est que l’autre face d’une même idée, celle de l’apocalypse qui conduit à la rédemption. La promesse que l’IA offre la sagesse infinie aux plus riches rejoint la promesse de l’arrivée de dieu sur terre : dans un cas comme dans l’autre, le salut est seulement destiné aux rares élus. En ce sens, la technologie est aussi inévitable que l’arrivée de dieu sur terre.
En réalité, la superintelligence relève bien plus d’un discours marketing, qui vise à faire gonfler la bulle du profit, comme le montraient Alex Hanna et Emily Bender dans leur livre. Les entreprises d’IA ne cessent d’affirmer que leurs machines sont conscientes, pavant la voie dans la croyance en leur supériorité voire leur divinité. Comme le montre la réalisatrice Valerie Veatch dans son film, Ghost in the Machine, des hommes puissants célèbrent leur capacité à créer la vie. Et comme chez les fondamentalistes religieux, aucune femme n’est plus nécessaire.
Désormais, tout ce qui compte, pour les entrepreneurs de la tech, c’est de sécuriser l’accès aux capacités de calcul, à l’électricité, à l’investissement et donc aux revenus. D’ici 2035, le secteur pourrait représenter 44% des émissions d’électricité des Etats-Unis. Les géants de la Tech bataillent pour construire des centres de données toujours plus grands et puissants et vendre leurs produits aux entreprises et aux autorités pour qu’elles les utilisent pour faire toutes les tâches qu’elles faisaient, des soins de santé à la police. C’est oublier bien vite que les gens ont besoin de leur travail, qu’ils préfèrent les médecins humains et plus encore une planète habitable, rappellent Klein et Taylor. Pas étonnant donc qu’en transformant l’IA en système d’exploitation pour toute l’économie, ces entreprises se confrontent à des contestations et des résistances inédites.
Pour balayer toutes les oppositions, ils ont donc besoin d’un pouvoir fort et d’un homme fort, que Trump et ses sbires incarnent parfaitement. C’est JD Vance qui a scellé l’accord entre la coalition Maga et la Silicon Valley, rappellent les essayistes, quand le protégé de Thiel a permis le rapprochement avec les empereurs de la Tech et Trump sur le dos d’une administration Biden qui tentait de réguler les cryptomonnaies et l’IA. Depuis, les projets d’alliance vont bon train. Les géants de la tech ont colonisé les marchés publics, à l’image de Palantir. Trump a fait tomber les régulations. « Toute ruée vers l’or nécessite son Far West, c’est-à-dire une frontière, une zone d’exception où les règles et les lois habituelles ne s’appliquent pas. Et c’est précisément ce que Trump a apporté ». Les dépenses dans les data centers pourraient totaliser 7 000 milliards d’ici 2030. Les entreprises de la tech atteignent des niveaux de financements jamais atteint. Les entreprises de la tech sont désormais les seules responsables de la croissance américaine, même si nul ne sait comment elles vont générer suffisamment de revenus en regard. Seulement 17% des Américains pensent que l’IA va avoir un impact positif sur les Etats-Unis d’ici 20 ans… La résistance du public annonce qu’une correction pourrait bien advenir.
Quant au déploiement de l’IA dans l’administration américaine, les deux autrices en soulignent l’aporie partout. Des efforts du Doge aux exactions de l’ICE en passant par la montée de la surveillance via les outils de Palantir… Peu importe les défaillances de la technologie : « créer un appareil administratif qui fonctionne bien ne figure pas à l’ordre du jour ». Le but est bien plus de sécuriser les investissements, de vendre des produits aux gouvernements étrangers et de sécuriser les législations favorables à la tech américaine. De sécuriser l’accès aux ressources via des droits de douanes chaotiques. « Promouvoir et défendre la révolution mondiale de l’IA portée par la Silicon Valley constitue désormais la mission primordiale du gouvernement américain ». Ce qui s’impose en Amérique, c’est la couche technique autoritaire. « Le fascisme est toujours un système de racket au profit du capital : il protège un groupe restreint d’entreprises et d’intérêts, tant face aux travailleurs que face à la concurrence ; en retour, ces entreprises apportent leur soutien au projet de l’État ».
Taylor et Klein parlent à leur tour d’État mafieux, de gangstérisme, en rappelant que depuis 2025, Trump lui-même n’a pas été le dernier à s’enrichir éhontément comme le pointaient le Financial Times et le New York Times cet été. « Les élites de la tech ont atteint une nouvelle stratosphère de richesse grâce à une technologie qui, selon leurs prévisions, provoquera un véritable cataclysme pour l’emploi ». Et l’annonce sans cesse renouvelée de cette apocalypse, permet de rallier les derniers investisseurs qui hésiteraient encore.
Le gouvernement de Trump et Vance leur a permis d’aller plus loin encore dans cette violence économique à l’égard des citoyens américains. En échange, ces entreprises sont venues équiper l’administration pour que la technologie vienne équiper le gouvernement, que ce soit pour combattre les ennemis étrangers comme domestiques. La surveillance de masse en est à la fois la condition et la conséquence.«Quand votre modèle économique est de détruire l’emploi de classes entières d’actifs, il est nécessaire de pointer les caméras, les données et les robots contre ces mêmes usagers». Thiel comme Karp rêvent de villes réservées aux seuls riches, ce que Balaji Srinivasan appelle le sionisme technologique, le fait d’utiliser la technologie pour développer un apartheid social. A mesure que se déploie l’empilement de technologies autoritaires, chaque contrat approfondi le piège pour se refermer sur chacun d’entre nous. A mesure que Palantir devient indispensable, que les drones d’Anduril deviennent le standard de l’Otan, que les centrales nucléaires font tourner les data centers, la transformation devient peu à peu irréversible. « Sous la bannière d’une technologie patriotique, ce bloc construit une infrastructure de contrôle… Un régime où les entreprises font les règles, plus que les politiques publiques ». Plutôt que de convaincre les électeurs, les technologies autoritaires souhaitent contrôler les infrastructures, en pillant et privatisant tous les aspects du régalien. Pour Trump comme pour Thiel, l’administration n’est qu’un territoire pour l’extraction de valeur. Pas étonnant alors que ces gens se sentent assaillis par les centres de données, les caméras de surveillance ou les transformations éducatives.
Les entrepreneurs de la tech construisent leurs bunkers. Tous se préparent à survivre à l’apocalypse qu’ils fabriquent. « Les plans d’évacuation qui accaparent nos élites nous indiquent que ces hommes sont terrifiés par le monde qu’ils construisent ». S’ils sont aussi obnubilés par l’eugénisme, la suprématie cognitive ou les hiérarchies sociales, c’est d’abord parce que leurs rêves suprémacistes cherchent à les protéger du reste du monde. Et leur obsession est d’autant plus vive que la résistance au futur qu’ils proposent se renforce comme jamais.
Dans leur livre, Taylor et Klein documentent la contestation contre les data centers et contre l’IA, à l’image des Colossus que Musk déploie dans le Tennessee. Ces vampires énergétiques, comme les appellent les opposants, se proposent de sacrifier la vie des gens. Ces industries IA, sont d’abord des industries sans personnel, rappellent les autrices qui parlent de « machines d’élimination humaines ». Comme le prophétisait Musk, à l’avenir, le travail sera optionnel.
Pour Klein et Taylor, cette nouvelle industrialisation ne ressemble donc pas aux précédentes. Les habitants ont souvent accepté les effets néfastes des vagues d’industrialisation précédentes, parce qu’en retour, ils bénéficiaient de boulots, de taxes et de produits. Ce n’est plus ce que promettent ces entrepôts vides, qui semblent venir donner le coup de grâce à la désindustrialisation occidentale. Ils ne promettent même plus un monde commun, à l’image de l’abandon par les grands acteurs de la tech de leurs objectifs climatiques. Bill Gates lui-même, qui avait publié un livre alarmiste sur le risque de désastre climatique, estime désormais que le réchauffement a été surévalué ! « Le moment où les Big Tech déclaraient vouloir sauver le monde est passé. Désormais, il est temps de le consommer ». Mais ne vous inquiétez pas ! Les entreprises ont déjà la réponse à ces critiques : l’IA va réparer la crise climatique, même s’il l’empire, ironisent Klein et Taylor. Pour cela, finalement, il suffit à ces entreprises de contrôler la vérité. Et n’est-ce pas finalement ce que font leurs machines, par exemple en déployant des IA non woke, c’est-à-dire contre la justice sociale. Les outils qu’ils déploient permettent comme nulle autre d’accomplir le rêve fasciste ultime, celui de contrôler et déformer notre perception collective de la réalité.
Avant, pour contrôler le monde, il fallait emprisonner et exécuter ses opposants, produire de la propagande, dénigrer les opposants. Les outils d’IA permettent désormais d’automatiser la désinformation et la manipulation. « Désormais, ils ont le pouvoir de programmer le fascisme dans leurs machines ». Les données collectées excluent de vastes pans de connaissances de l’humanité dont il n’existe pas de versions numériques. L’IA générative promet un point de vue unique, comme une vérité divine. Comme le dit Yanis Varoufakis, le business model que la Big Tech déploie consiste en « un droit divin où la vérité est la propriété brevetée de la puissance ». L’IA dégrade la réalité. « Quand vos flux d’informations sont remplis de productions synthétiques racistes, misogynes, que les robots génèrent les réponses, le résultat est que les gens finissent par abandonner tout espoir de distinguer les faits de la fiction ». Les attaques de l’administration Trump contre l’éducation, l’université, la presse, la recherche répondent aux licenciements des modérateurs, des vérificateurs de faits et éthiciens de la tech. L’IA n’a pas vocation à compléter les connaissances, mais bien à les supplanter. « Les fascistes de l’IA ne cherchent plus à fabriquer du consentement, mais à fabriquer de la confusion, à saper la délibération démocratique en déchaînant l’intolérance et la désinformation à une vitesse et une échelle sans précédent dans l’histoire moderne ». Les chatbots n’ont pas besoin d’être particulièrement intelligents pour parvenir à remplir nos têtes de leurs biais racistes.
Reste que ces perspectives commencent à battre de l’aile, dans le camp Républicain lui-même. Des comtés Maga s’opposent au déploiement de data centers. Dans des États où le discours antiavortement est dominant et divise la population, l’opposition aux data centers, lui aussi sous bannière pro-humaines, rassemblent les citoyens contre les machines vampires.
Vers une nation survivaliste et bunkerisée ?
Trump avait promis à ses électeurs une renaissance de l’industrie. Elle n’a pas eu lieu. A la place, les Etats-Unis connaissent une forte inflation et un PIB atone, porté uniquement par le boom de la tech.
Lors du passage de l’ouragan Helene, en 2024, 73 000 maisons ont été détruites. Comme toujours, la solidarité s’est structurée pour venir en aide aux victimes. Quelque soient leurs couleurs politiques, les gens se sont mutuellement entraidés. Mais cela n’a pas duré. Une armée d’opportunistes du clic sont venus déverser leurs jugements conspirationnistes en estimant par exemple que les électeurs Républicains n’étaient pas aidés. Les dénégations du sénateur Républicain local n’ont pas réussi à faire refluer ces histoires absurdes. Trump a rapidement fini par relayer ces absurdités, les amplifiant encore. Trump, Musk et consoeurs sont les premiers à relayer d’innombrables conspirations, d’innombrables contre-vérités. Avec des conséquences bien réelles, comme quand Trump finit par couper dans les budgets de santé, d’aide alimentaire pour les rediriger vers le développement de centres de détentions. Au Doge, Musk a licencié des centaines de milliers d’agents fédéraux au profit des petits soldats fascistes de l’ICE (300 000 fonctionnaires sur 2 millions ont été licenciés depuis le début de la présidence Trump).
Pourtant, rappellent les deux journalistes, au XXe siècle, les régimes fascistes ont soutenu comme rarement l’assistance sociale aux classes populaires qui servaient le régime. Ils ont soutenu des projets de constructions pour employer les actifs, comme de construire des autoroutes, des gares ou des barrages… Rien de tel avec l’administration Trump qui a attaqué comme rarement les infrastructures conçues pour apporter des protections universelles à tous. « Le fascisme de la fin des temps est le symptôme de la manière dont le capitalisme repousse les limites de notre planète. Mais au lieu de s’attaquer aux crises sous-jacentes, ses dirigeants répliquent par des mots d’ordre brutaux : « Construisez le mur » ! « Repoussez les envahisseurs ! »». Un tiers des américain et deux tiers des Républicains approuvent certains aspects de la théorie du grand remplacement. Pour Klein et Taylor, le grand remplacement n’est pas la vérité. Cela n’a pas empêché l’administration Trump d’en faire une pièce centrale de sa politique notamment dans sa Stratégie de sécurité nationale, désignant la migration de masse comme la plus grande menace du monde occidentale. Les migrants ne sont plus, nulle part, les bienvenus. Partout, les difficultés à payer ses factures ou à trouver des emplois décents, n’est pas la responsabilité des banquiers ou des spéculateurs ou des politiciens, mais des migrants. C’est là le vrai grand remplacement, ironisent les autrices, « la substitution des banquiers par les migrants ». La droite ethnonationaliste invite les peuples à reprendre le contrôle, non pas des oligarques, mais de l’immigration. Les droites extrêmes proposent toutes la révocation de la citoyenneté et la déportation de masse (qu’ils appellent remigration). Ils créent partout un ennemi, là où il n’y en a pas. La faction Maha du mouvement Maga estime qu’il est plus important de contrôler les réfugiés climatiques que de réguler les émissions carbone.« L’obsession de l’extrême-droite pour le grand remplacement n’est pas seulement une pensée conspirationniste ou une diversion cynique, elle est aussi une confession », celle d’un« survivalisme nationaliste ». Les colporteurs de cette théorie savent parfaitement que la planète s’effondre, détruisant le territoire de ceux qui ne comptent pas et qui n’ont rien fait pour provoquer cette crise. « Pour les éco-fascistes, la nation elle-même doit être le bunker, avec des armes pointées vers l’intérieur comme l’extérieur. »« Anticipant un avenir déstabilisé aux ressources en déclin et se percevant comme les véritables victimes d’un nettoyage ethnique, les suprémacistes sont prêts à se livrer à des massacres innommables pour protéger leur minorité à la peau claire, les élus ». D’où les délires sur le réarmement démographique (les femtechs), les forteresses militaires (le golden dome), la sécurisation des ressources (le projet Vault qui vise à constituer une réserve stratégie de ressources)… Plus qu’un déni du réchauffement, soulignent Klein et Taylor, la prise de conscience du dérèglement climatique imminent est claire et explique toutes les volonté expansionnistes sur le contrôle des ressources. « Nous devons mettre à jour nos modèles mentaux : comme les dirigeants de la tech ont abandonné leurs engagements écologiques, les politiciens d’extrême-droite, comme ceux qui votent pour eux, ne sont plus dans le déni climatique. Ce sont des incendiaires qui laissent sciemment le monde brûler. »
En 1961, un an avant la crise des missiles à Cuba, les américains étaient persuadés qu’une guerre nucléaire allait éclater. Les autorités appelèrent les Américains à construire des abris anti-atomiques. Peu furent réellement construits. Ceux qui n’en construisirent pas, ont même dénoncé la pratique, la trouvant honteuse et égoïste. Pour Kenneth Rose, auteur d’un essai sur le sujet, One nation underground, le rejet des abris anti-atomiques était plutôt la marque d’une certaine maturité. « La probabilité de survivre à l’apocalypse ne valait pas le risque de perdre son humanité » en se réfugiant dans la construction de refuges qui prenaient comme ennemis ses propres voisins, plutôt que l’ennemi extérieur. En fait, ce sont surtout des gens qui en avaient les moyens qui ont construit ces bunkers. Le bunker privé est un état d’esprit, une façon de se protéger soi-même face à un monde gorgé de risques et d’incertitudes. Le problème n’est pas tant de se préparer à une crise, explique les autrices, que de le faire en pensant que les désastres peuvent être affrontés isolément. Le fascisme actuel a pour but de nous faire croire en cette posture défensive et solitaire. Mais la très grande majorité des gens rejettent ce « survivalisme brutal ». Kennedy lui-même a fini par rejeter ces projets, en invitant plutôt à se concentrer à trouver des moyens pour que les bombes et les missiles ennemis ne parviennent jamais jusqu’en Amérique. Ceux qui ont vendu des abris étaient bien plus des profiteurs de crise qu’autre chose.
Pour Klein et Taylor, c’est peut-être sous cet angle qu’il faut d’ailleurs lire le fascisme américain d’aujourd’hui. Un fascisme qui ne cherche que son propre profit. Ce profit, d’ailleurs, est bien souvent la motivation première des systèmes de désinformation en ligne. Des arnaques cryptos aux influenceurs de la désinformation, nous sommes confrontés à un monde, à un ensemble de personnes, qui tirent profit de la désinformation qu’ils répandent, expliquent-elles en prenant l’exemple de Nick Shirley, un influenceur d’extrême droite américain participant très activement à alimenter la désinformation raciste que des émigrés haïtiens dévoreraient les animaux de compagnie du voisinage. Ses vidéos ont été particulièrement amplifiées sur les réseaux sociaux. Même débunkées, cela n’a pas empêché l’influenceur d’extrême-droite de prendre son envol. Notamment via une vidéo de 42 minutes où il se montre visitant des centres sociaux vides dans le Minnesota déclenche de nouvelles polémiques sur leurs financements, les accusant de fraude. Ces vidéos, reprises par Vance, Musk et Trump eux-mêmes, ont servi d’accélérateur viral pour une escalade inédite. L’administration Trump a gelé les fonds fédéraux pour les programmes d’aide sociale du Minnesota, puis a envoyé les troupes de l’ICE occuper Minneapolis et Saint-Paul, donnant lieu aux dramatiques événements entre l’ICE et la population. Quand l’agent de l’ICE, Jonathan Ross a tué Renee Good dans sa voiture, la vidéo de l’agent a été très vite libérée par les autorités pour entériner la version officielle. Pour Klein et Taylor, Minneapolis a été transformé en laboratoire, en showroom de la désinformation où vidéo virales et montages à l’IA ont tenté de damer le pion de l’information.
La nation bunkerisée n’était pas seulement une idée politique et raciste, mais également un business modèle. Chaque événement a été exploité au profit de quelqu’un. « Alors que les influenceurs extrayaient du contenu pour leurs vidéos virales, des entreprises technologiques sous contrat avec le département de la sécurité intérieure collectaient des données sur les manifestants et les transmettaient simultanément à l’ICE, permettant ainsi à l’agence de localiser précisément des immigrés à leur domicile ou sur leur lieu de travail. Plus de 3 700 immigrés ont été interpellés lors del’opération Metro Surge; une fois arrêtés, nombre d’entre eux ont basculé dans un autre type de réseau à but lucratif : celui des prisons et centres de détention privés. »Minneapolis a été le lieu de démonstration de l’essor économique de la surveillance de masse, dans une forme de chaîne d’approvisionnement sans fin.
Bien évidemment, les habitants de Minneapolis, ont envoyé, eux, un autre message. Par leurs actions, ils ont montré que nombre d’Américains ne veulent pas que leur pays devienne un bunker high-tech, ne veulent pas de la terreur d’une police sans garde-fous, ni que leurs moindres mouvements soient traqués par des capteurs et des drones. Le fascisme est toujours une alliance d’intérêts, mais a Minneapolis, elle a commencé à craquer, rappellent Klein et Taylor. La traque des personnes d’origine étrangère à Minneapolis a montré à tous combien les outils numériques et notamment les outils des grandes firmes privées, étaient utilisés pour identifier et traquer les personnes. Les acteurs technologiques alliés aux politiques répressives, ont montré combien leurs relations étaient symbiotiques, entre eux et avec la catastrophe. Ils sont les premiers à investir dans un état d’urgence permanent.C’est en cela que pour Klein, le fascisme est l’accélération du capitalisme du désastre. Les chocs ne sont plus isolés, comme elle les décrivait dansLa Stratégie du choc, mais continus.
Les deux autrices rappellent la filiation de Palantir avec le 11 septembre, avec le programme total information awareness, ce projet de collecte d’information totale pour surveiller la menace terroriste partout. Si ce programme a été débranché officiellement en 2003, nombre de ses fonctions ont continué sous d’autres noms. Dans le Minnesota, il était clair que le programme était de retour. « Le vieux rêve d’une surveillance totale était désormais effectif ». L’ennemi n’était plus le terroriste extérieur planifiant des attaques violentes contres les Etats-Unis, mais des immigrés de couleurs. Comme n’a cessé de le répéter Alex Karp, Palantir a été construit pour affronter les temps difficiles. L’entreprise a surtout pivoté. D’un modèle contre le terrorisme extérieur, elle est devenue l’entreprise qui surveille tout le monde. Comme on pivoté les vendeurs d’abri anti-atomiques en devant les bâtisseurs de centres de détentions des migrants…
Pour tous ces gens« la paix et la stabilité écologique sont désormais vus comme des menaces ». Les acteurs qui vendent des logiciels de reconnaissance faciale ou construisent des camps ou des drones construisent « le complexe industriel pour l’armageddon ». L’une des branches de ce complexe reste assurément la production et la dissémination de la propagande, notamment via les réseaux sociaux qu’ont produit les grands acteurs de la tech, qui sont aussi les grands acteurs de l’IA et qui sont aussi les grands acteurs de la surveillance. En 2022, Musk a racheté Twitter. Trump lançait TruthSocial, et le TikTok américain a été repris en main par la famille Ellison. Vance a investi dans Rumble, le service de Streaming ultra-conservateur où s’expriment Bannon, Alex Jones, Andrew Tate ou l’adorateur d’Hitler, Nick Fuentes. Pour John Ganz, c’est là l’alliance entre une fraction ultra-réactionnaire et le secteur de la technologie, autour du déploiement de systèmes de défense, de surveillance, de sécurité. L’ICE est devenu le programme d’embauche de la meute du « Trumpenprolétariat ». L’extrême-droite est d’abord un rassemblement d’intérêts économiques, et pas seulement politiques. Les réseaux sociaux s’alimentent à la rage, au conspirationnisme et au conflit. Être un marchand de drame est devenu le business modèle. Pour Stephen Miller, la mort de Charlie Kirk a été le début d’une « guerre sainte » contre les ennemis de l’intérieur. Trump a indiqué au FBI qu’il fallait désormais s’en prendre aux antifa, devenus organisations terroristes. « Le cerveau collectif de la droite a fondu dans une cuve de slop, de conspirationnisme et de chaînes algorithmiques. Au risque que leur audience souhaite toujours plus de transgressions, de conspirations, d’apocalypses… » Hannah Arendt rappelait que le nazi idéal n’était pas quelqu’un avec des convictions profondes, mais plutôt un individu pour qui la distinction entre les faits et la fiction, entre le vrai et le faux n’existait plus. Et c’est tout à fait le cas des gens coincés dans les chambres d’échos de l’extrême-droite américains.
La convergence des fanatiques de l’apocalypse peut-elle se désagréger ?
Pour Klein et Taylor, reste que cette escalade pourrait aussi conduire à la désagrégation de cette coalition ultra-conservatrice. Les hommes y détestent de plus en plus les femmes et notamment les femmes puissantes, comme Megyn Kelly. Thiel estime que tout le monde est l’antechrist, mais, en tant que gay, il est détesté de la droite chrétienne qu’il courtise. Stephen Miller qui déteste les étrangers pourrait demain être désigné comme l’un d’entre eux. Sans compter que cette coalition d’hyper droite est traversée par de profonds désaccords sur Israël, sur l’IA et même sur la nature de la Nation elle-même. Mais les sectes messianiques, l’extrême-droite suprémaciste et les nationalistes du grand remplacement partagent également beaucoup en commun, notamment leur détestation pour l’égalité, pour la démocratie. La fracture pourrait bien venir du rejet de plus en plus marqué des femmes, et notamment de ces Trad Wives qui structurent le mouvement Maga. Celles qui apprécient l’idée de dévouer leur vies à leurs enfants et leurs familles, ne sont pas très enthousiastes à l’idée que leur droit de vote leur soit dénié, ni très sensibles à la misogynie ambiante.
Mais surtout, soulignent Klein et Taylor, la réalité sait très vite reprendre ses droits. La stratégie du champ de bataille en ligne reposait sur la croyance que ceux qui ont soutenu Trump pour renforcer la politique migratoire viendraient soutenir la police et applaudirait aux expulsions. Ils ont été bien moins nombreux qu’espéré. Dans le Minnesota nombre d’habitants se sont dressés contre l’ICE. Ils se sont baptisés les helpers, ceux qui aident. Pas des militants, ni des protestataires, ni des activistes, mais plus simplement, des gens qui sont venus apporter leur aide à leurs voisins menacés. Ils ont apporté de la nourriture, des vêtements, des protections. Ils ont suivi les déplacements de l’ICE pour prévenir avant qu’ils ne débarquent dans certains endroits et quartiers. Pour eux, les immigrés que l’ICE tentait d’arrêter n’étaient pas des abstractions, mais des connaissances, des amis, des collègues, des personnes réelles et appréciées. L’intensification des violences de l’ICE n’a fait que renforcer leur détermination. L’ICE a perdu le contrôle. A Minneapolis, l’extrême-droite a perdu la bataille du récit. Ses habitants ont tous ressenti avoir été envahis par une force extérieure. Deux tiers des américains estiment que l’ICE est allé trop loin et la moitié sont pour son abolition.
Klein et Taylor terminent leur ouvrage sur les résistances au déploiement de l’extrême droite. Des contestations de la privatisation de Venise par Jeff Bezos pour son mariage, à l’obscénité de la salle de bal de Trump… C’est un combat entre ceux qui peuvent tout et ceux qui n’ont aucune échappatoire. Entre ceux qui n’entretiennent que des relations transactionnelles et les autres. Entre leshelperset lesquitters, entre ceux qui restent et ceux qui partent, entre ceux qui sont de quelque part et ceux qui sont de nulle part (inversant la typologie que faisait le sociologue Benoît Coquart dans son livre, Ceux qui restent (La découverte, 2019) puisque pour le sociologue français, ceux qui restent sont ceux qui rejoignent l’extrême-droite). « L’aspect le plus dangereux du projet des oligarques de la tech visant à délaisser le monde réside dans le fait que les outils qu’ils conçoivent sont destinés à nous remodeler à leur propre image, une image altérée. Les plateformes et applications populaires nous habituent à partager le rêve de la Silicon Valley d’une liberté désincarnée, nous incitant sans cesse à délaisser les lieux réels et les interactions en face à face au profit de simulations – et à percevoir la Terre, nos corps et nos relations comme des prisons qu’il s’agirait de pirater et de fuir. » Sam Altman est convaincu qu’il y a des avantages à être une machine et est persuadé que ses propres enfants ne seront jamais aussi intelligents qu’une IA. ChatGPT est entraîné pour exploiter notre empathie et lui conférer plus d’importance qu’il ne le mérite. « Les Big Tech, habitués de longue date à fracturer notre attention via les réseaux sociaux, ont trouvé de nouveaux moyens lucratifs de fracturer notre affection et de manipuler nos attachements, flattant leurs usagers pour les garder engager et dépendants ». L’IA paraît bien plus un service de psychose qu’autre chose. Ceux qui les utilisent, peu à peu, sont saisis par des croyances messianiques ou des délires de persécution. Ou finissent pas être convaincus que l’IA est consciente ou qu’elle est un dieu. Les hallucinations grandioses et paranoïaques que ces systèmes distillent chez ceux qui les surutilisent s’accordent au monde que projettent les fascistes de la fin des temps. « Les géants de la technologie sont prêts à détruire notre santé mentale et à démanteler nos communautés, car ils se perçoivent comme engagés dans une course pour dominer une nouvelle étape de l’évolution humaine. Ils comprennent également qu’ils sont désormais en concurrence avec toutes les activités ordinaires que nous, humains, pratiquions autrefois par nous-mêmes et entre nous, sans avoir besoin de leur médiation.»Leur business model est l’aliénation. Comme le disait le président de Spotify, Daniel Ek : notre concurrent est le silence. Le concurrent des outils de la tech sont les églises, nos voisinages, les pubs. Tous les endroits où l’on se rassemble, tous les endroits encore bien réels, comme l’ont été les rues de Minneapolis. Leurs services produisent d’abord de la solitude, c’est-à-dire« l’expérience de ne pas appartenir au monde ». Arendt ne disait-elle pas que le totalitarisme est d’abord une solitude organisée ? « La combinaison de robots ravageurs et de saisons déréglées, associée à des inégalités toujours plus criantes et à des protections sociales défaillantes, rend le monde déséquilibré et isolant pour beaucoup d’entre nous. » Le philosophe Glenn Albrecht parle de solastalgie pour évoquer cette détresse particulière qu’évoque l’idée d’un monde qui ne ressemble plus à ce que nous connaissions. Ce « mal le mal du pays que l’on ressent alors que l’on est encore chez soi ». Or la raison pour laquelle nous ne nous sentons plus chez nous n’est pas liée au fait que des migrants viennent prendre nos emplois ou que des enfants demandent à ce qu’on les appelle autrement. Elle est d’abord le fait d’accaparements qui nous conduisent nulle part. Les fascistes proposent de revenir à un passé idéalisé, refermant la possibilité de construire un futur plus inclusif, plus protecteur et moins déconcertant. Ils ne proposent pas d’affronter les changements qui sont les nôtres. Or, la seule option devant nous, défendent Klein et Taylor, consiste à mieux s’opposer à l’accaparement du monde par ses élites.
« Les visions du monde violent au cœur du fascisme apocalyptique résonnent parce qu’elles puisent dans des récits profondément inscrits dans notre ADN culturel ; elles colorent notre perception du monde environnant et imprègnent notre conception du possible. La quête d’une rédemption messianique en Terre sainte, le rêve d’une transcendance numérique grâce à l’IA générale et les agissements des ethno-nationalistes transformant les villes en zones de guerre au nom de la purification et du retranchement de la patrie – tous ces phénomènes jouent sur des ressorts similaires : le Bien contre le Mal, les grandes batailles, les cités radieuses, le salut éternel pour les élus seulement.» Mais malgré les efforts des extrémistes à n’extraire que les plus violents passages de leurs textes sacrés, toutes les cultures proposent d’autres messages, rappellent pourtant Klein et Taylor. Notamment celui que nous avons une responsabilité à prendre soin du monde, des autres, des étrangers, à étendre le soin aux autres, à toute forme de vie. Les manifestations contre l’ICE ont montré la force de la résistance communautaire, l’enjeu qui traverse nombre d’entre nous à protéger les gens autour de nous, qui qu’ils soient, d’où qu’ils viennent. Notre humanité depuis l’origine consiste à refuser la violence à l’encontre de nos proches. « Si le Minnesota a été une cible de choix, c’est parce que l’Etat représente, plus que d’autres, la plus grande menace qui soit pour l’agenda fasciste : la démonstration d’une société démocratique multiraciale. »Distiller la crainte des étrangers permet de déconstruire les communautés qui sont le cœur de la société démocratique américaine. L’austérité qui réduit les services publics et les démantèle permet justement de faire monter les peurs et d’orienter les votes.
Reconquérir… ceux qui n’ont pas d’autres mondes à conquérir
Résister au fascisme nécessite de rebâtir des résistances communautaires, locales. « Cela nécessite aussi de partager un récit sur comment survivre aux temps difficiles à venir sans laisser personne derrière. Une histoire non pas d’apocalypse et de fins des temps, mais de temps meilleurs, une histoire non pas de séparation et de suprématie, mais d’interdépendance et d’attachement, une histoire non pas d’échappement, mais qui consiste bien plus à résister et à rester sur place et demeurer fidèle à la réalité terrestre problématique dans laquelle nous sommes enchevêtrés et liés. La terre promise n’est pas la fin du monde, elle est là, maintenant, ici, et ne peut reposer que sur la justice qu’il faut rendre toujours plus universelle et disponible à tous. »
Pour Klein et Taylor, les quitters, ceux qui veulent partir, télécharger leurs cerveau dans les ordinateurs, conquérir Mars, se dégager du reste du monde, confisquer la démocratie, sont ceux qui ont les moyens. De l’autre, ceux qui restent, sont ceux qui n’ont pas d’autres choix que de faire bouger le monde ne pouvant bouger eux-mêmes. Ceux qui restent, ce sont les habitants de Minneapolis qui se sont opposés à l’ICE. Les habitants de Venise qui se sont opposés à Bezos. Ceux qui n’ont pas d’autre monde à conquérir. Et qui donc, doivent prendre soin du leur.
Klein et Taylor tirent cette métaphore en concluant leur très sombre livre d’une dernière partie lumineuse et très enthousiasmante qui se concentre sur la façon dont Zohran Mamdani à conquis la ville de New York. Elles rappellent qu’il n’était dans le radar de personne. En 2024, 30% des votes de New York sont allés à Trump, contre 23%, 4 ans plus tôt, notamment provenant des quartiers qui concentraient le plus d’immigrés et de gens en difficulté. Klein et Taylor décrivent par le détail comment Mamdani s’y est pris pour conquérir ces publics et la ville. Son travail de terrain, son invitation aux new yorkais à les écouter et à reconstruire une politique pour tous, inclusive. Comme il le disait dans l’une de ses premières vidéos de campagne : « les travailleurs sont de plus en plus exclus de la ville. Un maire doit pouvoir changer cela. C’est ce pourquoi je suis candidat ».
Mamdani à rallié les gens en leur donnant le droit de pouvoir rester là. Il a répondu aux discriminations de droite par une célébration du droit de tous à pouvoir être là. Pour Klein et Taylor, sa politique est l’antithèse du fascisme. Sa compagne a été multiculturelle, multiraciale, polyglotte. Plus qu’un rejet de la haine, sa politique a été une invitation à la gentillesse. Il a célébré les classes laborieuses et immigrées qui permettent à la ville de fonctionner. Il a mené une politique joyeuse, célébrant le plaisir constant à être une part de quelque chose de plus large et de plus fort que soi. Il a invité les gens à cesser d’être spectateurs, et à proposer et participer. Il a passé des mois à faire se souvenir aux new yorkais pourquoi ils aimaient leur ville et à leur rappeler qu’ils avaient droit à une vie décente dans cette ville. Beaucoup ont raconté n’importe quoi, comme le fait qu’il y aurait des pogroms si Mamdani l’emportait. « Mamdani a remplacé la froideur de l’individualisme par la chaleur du collectivisme ». Toute ville devrait pouvoir être défendue avec la même ferveur que Mamdani a défendu New York. « Partout dans le monde, les forces fascistes canalisent la colère vers le bas – en la dirigeant contre ceux qui sont le moins responsables de nos maux de société – et persuadent les électorats qu’ils ne peuvent plus se permettre de se soucier d’autre chose que d’eux-mêmes. Nous pensons qu’il est possible de détourner nombre de nos concitoyens de ces tentations violentes, mais cela ne se fera pas par des leçons de morale culpabilisantes. Il faut proposer une alternative, une vision convaincante : une meilleure façon de vivre ensemble.»
Dans les années 60, beaucoup de gens refusèrent de s’installer dans les abris anti-atomiques et sont plutôt aller se battre pour l’abolition des armes nucléaires. Ce mouvement n’a pas été un total succès, mais il a aidé à apaiser la guerre froide. La meilleure façon d’assurer notre survie collective consiste à éliminer les armes qui nous menacent, concluent Naomi Klein et Astra Taylor. Aujourd’hui, nous sommes face à un moment où l’impunité des élites est totale. « Les gens les plus puissants du monde, à travers la religion, le gouvernement et la technologie, partagent la conviction que nos lois ne s’appliquent pas à eux. Ni les lois des nations où ils vivent. ni les lois internationales. ni les lois de la biologie ou de la physique. (…) Ce sentiment d’impunité omniprésent au sein des élites politiques et économiques est intimement lié à leur volonté d’exposer le reste d’entre nous à des niveaux de vulnérabilité et de risque extraordinaires et croissants. » Comme nous avons réclamé le désarmement nucléaire, il nous faut désormais réclamer la fin d’une tech sans limite, la fin d’une concentration des richesses, la fin de l’impunité. « Notre sécurité collective ne sera assurée que lorsque nos élites seront contraintes d’envisager de vivre et de survivre ici, avec le reste d’entre nous. »
Aujourd’hui, les oligarques sabotent la démocratie pour s’accaparer le pouvoir. Notre seule réponse rationnelle est de les désarmer, de réguler la tech bien plus strictement que nous ne l’avons fait, de réguler leurs richesses, et de redistribuer leurs richesses bien mal acquises. Taylor et Klein souhaitent « abolir les milliardaires ». L’IA générative n’est possible que parce que ces gens ont tout volé, rappellent-elles. Et d’en appeler à nationaliser leur technologie. A nous assurer qu’elle est conçue et opérée dans l’intérêt du public. Elles prônent un confinement de l’IA, semblable aux traités de non prolifération nucléaire. A établir des interdiction claires, notamment pour restreindre considérablement la surveillance. Nous n’avons pas d’option autre que construire un secteur public fort, qu’à améliorer toujours et partout la redistribution pour qu’elle soit le plus équitable possible. A faire un New deal pour la transition (comme nous y invitait déjà Naomi Klein dans son livre, Plan B pour la planète : le new deal vert), plutôt que de dépenser des milliards dans les armes et l’infrastructure IA.
Les régimes fascistes deviennent plus violents, désespérés et dangereux à mesure qu’ils gardent le pouvoir. Les Nations-Unis ne sont pas l’antechrist : elles sont notre meilleur recours contre la guerre où qu’elle soit. Les fascistes ne sont pas invincibles. Nombre de dictateurs finissent là où ils doivent finir, en prison.
Pour Taylor et Klein, la construction des démocraties n’est pas terminée. Le pire que nous puissions faire, c’est de croire qu’elles ne doivent plus être améliorées. La réponse fasciste à la crise climatique consiste à accepter des sacrifices de masse en espérant que d’autres seront sauvés. La réponse antifasciste à la crise climatique consiste à prendre soin de tous pour construire un monde pour tous. Nous devons limiter la violence, l’exploitation, la richesse, le pouvoir. Ce sont les forces qui rendent la coexistence de tous impossible.
End Times Fascism, est à la fois un livre glaçant et revigorant. Un livre pour se remettre la tête à l’endroit.
Hubert Guillaud
La couverture du livre de Naomi Klein et Astra Taylor, End Times Fascism.
Comme vous le savez peut-être, des délégations issues des neuf principales organisations syndicales du Québec1 se sont réunies en mars dernier pour entamer une grande réflexion collective autour de certains thèmes : le syndicalisme dans la société québécoise, la vigueur syndicale, le modèle des relations de travail, le rôle politique des syndicats, l’évolution des relations intersyndicales, les syndicats et les groupes historiquement discriminés.
L’événement a débuté par une conférence réunis
Comme vous le savez peut-être, des délégations issues des neuf principales organisations syndicales du Québec1 se sont réunies en mars dernier pour entamer une grande réflexion collective autour de certains thèmes : le syndicalisme dans la société québécoise, la vigueur syndicale, le modèle des relations de travail, le rôle politique des syndicats, l’évolution des relations intersyndicales, les syndicats et les groupes historiquement discriminés.
L’événement a débuté par une conférence réunissant cinq panélistes2, animée par la journaliste Françoise Guénette. L’exercice avait pour objectif de cerner les forces et les faiblesses du mouvement syndical québécois.
Voici une synthèse des éléments qui m’ont paru les plus pertinents. En somme, le mouvement syndical québécois figure parmi les mieux positionnés en Amérique et joue un rôle social important. Il fait toutefois face à une résistance notable, portée par un gouvernement déterminé à reléguer le personnel syndiqué dans une position défavorable aux yeux de l’opinion publique. Dans ce contexte, l’enjeu de la communication devient central : il s’agit d’informer adéquatement la population et de déconstruire la désinformation entretenue par un discours gouvernemental parfois revanchard, qui prétend « protéger les travailleuses et les travailleurs des syndicats», une affirmation pour le moins discutable sinon douteuse.
On observe également que les syndicats agissent trop souvent en réaction plutôt que de manière proactive sur divers enjeux sociaux, comme l’immigration, et qu’ils se retrouvent fréquemment à la remorque d’organismes communautaires plus prompts à se mobiliser. Il apparaît donc nécessaire de repenser l’organisation du mouvement syndical afin d’en accroître la flexibilité et la rapidité d’intervention. Pourtant, les syndicats disposent de ressources considérables : ils constituent, de loin, les mouvements sociaux les mieux financés et les plus structurés. Néanmoins, leurs actions sont parfois freinées par des lourdeurs administratives et procédurales qui limitent leur capacité à soutenir efficacement des organismes plus agiles, mais financièrement moins bien nantis. Il convient également de souligner que les syndicats répondent présents lorsque leur appui est sollicité, et que ce soutien s’avère souvent déterminant dans la défense des enjeux sociaux.
À titre comparatif, aux États-Unis, malgré un taux de syndicalisation nettement inférieur, le personnel syndiqué apparaît généralement plus dynamique et proactif, ce qui contribue à projeter une image plus positive du mouvement.
Enfin, bien que les relations de travail soient généralement harmonieuses au Québec, on constate une montée marquée de l’individualisme ainsi qu’un affaiblissement de l’adhésion aux mouvements collectifs. De plus, le mouvement syndical fait face à une concurrence accrue sur le plan des communications, notamment en raison de l’occupation croissante de l’espace médiatique par des discours antisyndicaux diffusés via les réseaux sociaux et portés par certaines figures influentes (influenceurs et influenceuses).
À la lumière de ces constats, les personnes déléguées se sont ensuite réunies dans des ateliers thématiques dont la mission était de dégager des pistes de solutions en regard de ces divers enjeux. Différentes propositions issues de ces travaux ont été mises en ligne3.
À la fin de la seconde journée, l’ensemble des délégations s’est regroupé pour une plénière finale où les éléments les plus communs ont été discutés. En résumé, plusieurs propositions ont été formulées pour assurer la pérennité du mouvement syndical et pour en revamper la vitalité :
améliorer les structures de communication en les modernisant;
mutualiser les plateformes d’éducation tant syndicale que populaire;
générer une dynamique intersyndicale en commençant par une meilleure organisation locale et régionale;
fédérer les enjeux communs (hyperproductivité, surcharge de travail, etc.) pour susciter une plus grande indignation populaire et, ainsi, une meilleure adhésion au mouvement;
créer des espaces de co-construction des objets de lutte avec les membres afin de les mobiliser davantage;
baliser le maraudage pour se focaliser sur le recrutement de personnes non syndiquées au lieu de créer des luttes intestines entre nos organisations;
ne pas limiter le mouvement ouvrier à la seule question de l’amélioration des conditions de travail, mais l’utiliser comme levier de transformation sociale;
ne pas réserver les actions sociopolitiques aux membres des équipes exécutives;
promouvoir le fait que les syndicats sont les derniers bastions de la démocratie directe dans notre société;
considérer le pluralisme syndical comme une richesse et mettre de l’avant l’union de ces unités diversifiées pour augmenter le rapport de force avec l’employeur-législateur.
Parmi ces propositions, deux ont fait consensus:
Mieux éduquer les membres et la population en regard des gains liés aux luttes syndicales et des bienfaits sociétaux amenés par les organisations, de façon à mieux illustrer la portée sociale du mouvement et ainsi contrecarrer le discours antisyndical du patronat et du gouvernement;
Baliser les opérations de maraudage pour éviter l’entre-déchirement et le gaspillage de précieuses ressources susceptibles de faire avancer les causes soutenues.
L’exercice était certes nécessaire, mais le tenir sur une période restreinte de deux jours a certainement limité la portée des réflexions. Notons également que certaines délégations se sont prêtées au jeu de mauvaise grâce en affirmant que l’exercice ne servait qu’à « pelleter des nuages », alors que d’autres ont accueilli de manière assez froide l’idée de mieux encadrer les opérations de maraudage. Bref, il y a encore du travail à faire pour arriver à une meilleure adhésion aux principes dégagés, et ce travail devra commencer à l’intérieur des organisations.
Les états généraux sur le syndicalisme culmineront en février prochain (malheureusement après les élections provinciales de l’automne) après la consultation des membres quant aux orientations retenues.
2. Manon Poirier, directrice de l’Ordre des CRHA; Françoise David, ex-politicienne solidaire; Barry Eidlin, professeur associé de sociologie à l’Université McGill; Pascale St-Onge, ex-politicienne libérale; Vincent Chevarie, organisme Au bas de l’échelle.
3. États généraux du syndicalisme : constats émanant des consultations, 2026, https://syndicalisme.com/wp-content/uploads/2026/02/etats_generaux_du_syndicalisme_uf.pdf
Ce qu’on nomme « maintenant » est arrivé dans les parages du 22e siècle; la date exacte s’est, semble-t-il, dissipée dans la transmission du récit que je vais tenter de reconstituer avec les bribes éparses que j’ai glanées ici et là, et, pour tout dire, cette date n’a aucune importance. Il y eut, certes, un « avant » qui n’a plus aujourd’hui d’intérêt sauf peut-être pour nous rappeler, par les ruines en désuétude et les artéfacts, que nous n’étions pas bien différents d’eux en fin de compte. Che
Ce qu’on nomme « maintenant » est arrivé dans les parages du 22e siècle; la date exacte s’est, semble-t-il, dissipée dans la transmission du récit que je vais tenter de reconstituer avec les bribes éparses que j’ai glanées ici et là, et, pour tout dire, cette date n’a aucune importance. Il y eut, certes, un « avant » qui n’a plus aujourd’hui d’intérêt sauf peut-être pour nous rappeler, par les ruines en désuétude et les artéfacts, que nous n’étions pas bien différents d’eux en fin de compte. Cher survivant, chère survivante, je te raconte tout ce que je sais sur l’hier et l’aujourd’hui.
La guerre, si on peut dire, fut brève et dévastatrice : notre civilisation était, pour les Insectes, primitive et sauvage. Loin d’être des adversaires légitimes, nous n’avons jamais été plus qu’une simple ressource biologique réfractaire à son exploitation. Cette réification demeure. Aucune de nos tentatives, dit-on, n’a réussi à leur infliger la moindre écorchure. Nous ne pouvions simplement pas rivaliser avec des « forces » qui dépassent de loin notre entendement, puisqu’on ne peut qualifier de technologiques leurs moyens de coercition; leur puissance semble plutôt pour nous d’ordre divin ou magique. Jamais la possibilité de dialoguer ne nous a été accordée par les Insectes. Pour eux, nous avons toujours été des êtres inférieurs – voire des choses – dénués de cette caractéristique qui mettrait en évidence notre valeur intrinsèque. Et pourtant, nous ressentons l’affliction et la terreur qu’ils nous infligent, cette capacité de sentience ne devrait-elle pas suffire à légitimer la considération morale de nos intérêts fondamentaux qu’ils partagent sans nul doute. Peu importe : nous, les survivants, survivons…
On raconte qu’« avant » nous étions plus de 12 milliards! On aime mieux ne pas y penser, mais le carnage dut être abominable. L’extermination permit l’établissement des zones sur les ruines des anciennes sociétés. Environ la moitié de notre espèce fut prélevée dans les premières années, l’autre moitié – beaucoup moins chanceuse – fut capturée pour l’élevage. Ce que nous en savons est fragmentaire puisque depuis quelques centaines d’années, aucun humain n’a réussi à s’échapper. Nous craignions que les transformations génétiques, ayant pour but de sélectionner les traits tels que la docilité et l’obésité morbide, ne le permettent plus. Elles et ils naissent et meurent dans les fermes-usines. Nous savons que les femmes sont constamment en gestation forcée par insémination artificielle jusqu’à leur réforme précoce due à l’épuisement : peu d’entre elles dépassent l’âge de 20 ans… Tous leurs bébés leur sont enlevés à la naissance, les filles sont placées en niche, genre de petite cage, où, seules et sans doute terrorisées, elles seront nourries jusqu’aux premières saignées. Elles passent par la suite le reste de leur « vie » attachées en enclos, trayeuse mécanique aux seins pour pomper le lait maternel, et sont évidemment violées à leur tour à répétition pour les garder productives. Les garçons eux sont placés dans des cages d’engraissement si petites qu’ils peinent à seulement se retourner afin de faciliter le gavage forcé. Certaines mutilations sont pratiquées « à froid », comme l’ablation des cordes vocales et la castration, dans le but d’assurer leur docilité et minimiser les crises de panique. Ils y resteront, sur des grillages parmi leurs excréments, jusqu’à l’adolescence après quoi ils seront renouvelés. Cette vérité est difficile à accepter, à comprendre ou même à imaginer – comment peut-on en venir à une telle cruauté, à une telle indifférence à la souffrance d’autrui – et pourtant… Nous savons qu’après l’abattage mécanique, les cadavres sont vidés et démembrés afin de devenir un produit alimentaire. Il est difficile d’estimer le nombre de nos confrères et consœurs de la filière humaine qui sont exploités, torturés et mangés chaque soleil, toutefois on croit que ce chiffre serait de l’ordre du milliard.
Le monde est devenu la scène d’une abomination meurtrière sans mesure, cette torture est sadique par essence de par le plaisir recherché dans la chair de nos sœurs et de nos frères : l’esclavage d’êtres vivants sentients constitue un crime contre la vie. Si l’enfer existe, il est ici.
Les communautés d’humains sauvages sont sans doute très peu nombreuses, nous tentons de survivre tant bien que mal, tapis dans l’ombre de ce qu’il reste d’espace non aménagé et qui s’étiole comme peau de chagrin par l’agrandissement des zones. L’effectif de notre ravage ne peut croître dû aux récoltes incessantes : un été sur deux, les femmes et les enfants sont eux aussi récoltés par les utilisateurs, on croit qu’il doit s’agir d’une forme de gestion de la faune par un tirage au sort permettant aux Insectes le meurtre du segment reproducteur et des juvéniles. Les jeunes filles et garçons qui voient leur mère et leur père se faire assassiner sombrent toujours – si elles et ils survivent – dans une dépression horrible qui ne guérit jamais. Étonnamment, la fuite peut – avec beaucoup de chance – nous permettre de sauver notre vie. En effet, lors des chasses, les Insectes semblent utiliser des forces rudimentaires afin, croit-on, de faire perdurer le plaisir sadique que procure la cueillette et conserver le stock d’humains afin de maintenir un bon taux de succès. Nous vivons dans l’effroyable césure entre la mort et la mort, entre la terreur de demain et l’horreur d’hier.
À toi qui lis cette lettre, je t’offre tout mon amour dans ce monde de haine, d’exactions et d’oppression suprémaciste. Rien ne peut justifier cette discrimination basée sur le seul critère que nous appartenons à une espèce différente de la leur. En effet, bien que l’espèce humaine soit moins intelligente et avancée sur plusieurs plans, nous sommes tout de même sentients : nous ressentons les affects comme la tristesse et la peur en plus d’être sensibles aux douleurs. Pourquoi notre souffrance serait-elle moralement acceptable alors que les Insectes pourraient très bien se passer de notre exploitation? Cette question nous hante douloureusement puisque nous avons fait autrefois exactement la même chose à ceux qu’on nommait les animaux. Torturés, chassés, exterminés, exploités par milliards pour assouvir notre plaisir.
Je travaille dans le milieu de l’itinérance depuis un peu plus de trois ans. Même si plusieurs croyaient cette réalité impossible, la région du Bas-Saint-Laurent n’est pas épargnée par le phénomène de l’itinérance. Quand on ne le côtoie pas ou peu, ce n’est pas facile à croire, ni à comprendre… Néanmoins, nous avons accès comme tout le monde à certaines couvertures médiatiques scandaleuses, ou aux vils créateurs de contenu qui font de l’itinérance un spectacle. C’est un outrage aux droits humain
Je travaille dans le milieu de l’itinérance depuis un peu plus de trois ans. Même si plusieurs croyaient cette réalité impossible, la région du Bas-Saint-Laurent n’est pas épargnée par le phénomène de l’itinérance. Quand on ne le côtoie pas ou peu, ce n’est pas facile à croire, ni à comprendre… Néanmoins, nous avons accès comme tout le monde à certaines couvertures médiatiques scandaleuses, ou aux vils créateurs de contenu qui font de l’itinérance un spectacle. C’est un outrage aux droits humains.
Ainsi, lorsqu’on voit des images sensationnalistes et qu’on est confronté à des discours accusateurs, voire provocateurs, certaines idées préconçues se cristallisent. Ils alimentent le sentiment d’insécurité et de mépris, mais ramènent surtout le problème à un plan individuel. Pour quelles raisons les personnes vivent-elles des situations d’itinérance?
Point de rupture
Je ne veux pas déresponsabiliser les personnes de leurs actions. Des gestes violents ont été commis et c’est inacceptable. Je souhaite toutefois apporter humblement des pistes de réflexion sur les causes véritables du phénomène. Parfois, les situations d’itinérance commencent en raison d’un événement ou d’un point de rupture dans les parcours de vie : éviction, sinistre, perte d’emploi, décès, rupture familiale, accident de la route ou de travail, etc. Certaines personnes ont des troubles de santé mentale et physique, des enjeux relationnels, de la dépendance, des niveaux d’énergie et des valeurs très différentes de ce qu’on connaît. Mais est-ce des personnes problématiques ou s’agit-il plutôt des effets de ce qui est transmis et de ce qu’on construit collectivement? En 2012, l’Observatoire canadien sur l’itinérance publiait un rapport fort intéressant, où on pouvait lire :
« Le problème de l’itinérance et de l’exclusion liée au logement est le résultat de la rupture de notre contrat social; le manquement de la société à assurer que des systèmes, un financement et des soutiens adéquats sont en place de telle sorte que tous les individus, même dans des situations de crise, aient accès au logement et aux soutiens dont ils ont besoin1. »
Il existe aussi d’autres causes beaucoup moins visibles. Leurs effets sont banalisés, voire invisibilisés, et proviennent des différentes violences systémiques vécues au quotidien par trop de personnes, souvent déjà vulnérables ou marginalisées : crise du logement, manque d’accessibilité aux soins de santé physique et mentale, violence entre partenaires intimes, statuts d’immigration précaires, racisme, aides financières gouvernementales insuffisantes et j’en passe. Ces personnes se taisent trop souvent par peur d’être jugées, de ne pas être prises au sérieux, ou d’être exclues.
Pour moi, ce sont les gouvernements néolibéraux qui ont provoqué les différentes crises. Le filet social n’étant pas un investissement lucratif, un refinancement s’est opéré, au profit du secteur privé. Ils ont alors mené une série de réformes dans les services de santé et des services sociaux qui ont bouleversé à la fois l’accès au filet social, sa proximité et sa qualité. Les CLSC ont fermé et l’approche préventionniste a laissé sa place à une logique clientéliste. Ainsi, les intervenants et les membres du personnel médical ne pouvaient plus suivre la santé des membres d’une famille en apprenant à les connaître globalement dans leur milieu. Plusieurs personnes ont alors perdu des outils et un accompagnement précieux.
L’augmentation et la complexification de l’itinérance démontrent bien l’iniquité et l’injustice liées à cette doctrine qui finit par fragiliser et vulnérabiliser de plus en plus de personnes. Par exemple, les demandes d’aide à Repaires-BSL, un organisme régional en itinérance, se chiffrent à 97 pour l’année 2025-2026. C’est dans la MRC de Rivière-du-Loup que l’augmentation a été la plus significative pour l’organisme, passant de 27 références en 2024, à un peu plus d’une quarantaine. Au Témiscouata, selon des données de 2025 de partenaires communautaires, les organismes ont eu 84 interactions avec des personnes en situation d’itinérance ou en forte instabilité résidentielle. Bien qu’il soit difficile d’avoir des chiffres exacts, ces quelques statistiques montrent une forte tendance à la hausse.
Subir la rue
Les récits de vie auxquels j’ai accès vont tous dans le même sens : les gens subissent la rue. Plusieurs témoignages mettent en lumière un noyau familial persécutant, des traumas, des événements tragiques ou des violences systémiques. Malheureusement, personne n’est à l’abri de subir de telles épreuves, ni de prévoir sa propre réaction dans de telles circonstances. Avec peu d’outils et des perspectives de plus en plus restreintes, les personnes en situation d’itinérance font leur possible pour survivre à un milieu où la marginalisation, l’insécurité, l’hypervigilance et les traumatismes sont constants. Avec cette perspective, il me semble que l’humilité et l’entraide doivent remplacer l’arrogance et l’indifférence.
1. S . Gaetz, C. Barr, A. Friesen, B. Harris, C. Hill, K. Kovacs-Burns, B. Pauly, B. Pearce, A. Turner, A. Marsolais, Définition canadienne de l’itinérance, Publications de l’Observatoire canadien sur l’itinérance, 2012.
Élu pour un septième mandat consécutif, le député de Matane-Matapédia-Mitis, Pascal Bérubé, ne tient rien pour acquis et il veut être le meilleur député possible pour les citoyens de sa circonscription. Il compte prioriser la santé et les transports.
Tout comme son collègue de la circonscription de Rimouski, Yohann St-Pierre, monsieur Bérubé soutient que les travaux pour le prolongement de l’autoroute 20 entre Trois-Pistoles et Rimouski commenceront d’ici 2030.
« C’est l’engagement forme
Élu pour un septième mandat consécutif, le député de Matane-Matapédia-Mitis, Pascal Bérubé, ne tient rien pour acquis et il veut être le meilleur député possible pour les citoyens de sa circonscription. Il compte prioriser la santé et les transports.
Tout comme son collègue de la circonscription de Rimouski, Yohann St-Pierre, monsieur Bérubé soutient que les travaux pour le prolongement de l’autoroute 20 entre Trois-Pistoles et Rimouski commenceront d’ici 2030.
« C’est l’engagement formel du chef du Parti québécois qui l’a affirmé haut et fort à Rimouski pendant la campagne. Nous allons tenir nos engagements. »
Le politicien veut également s’attaquer au transport de façon générale, dont le transport aérien en travaillant à rétablir des liaisons vers Québec et Montréal.
« Il y a aussi l’accès à la santé avec l’urgence de l’hôpital de Mont-Joli. Notre demande d’accès à des médecins dépanneurs a été refusée. Il faut que ça change pour rétablir les heures normales, dont les fins de semaine. Il y a le dossier du palais de justice de Mont-Joli ainsi que des enjeux très locaux dans les municipalités. »
Le député compte entreprendre une tournée des 45 municipalités de sa circonscription prochainement et rencontrer les représentants des MRC.
Choisi par les électeurs pour la première fois en 2007, Pascal Bérubé est maintenant le doyen de l’Assemblée nationale.
« D’être élu à l’intérieur d’un caucus du Parti québécois, ça me rend heureux et fier. L’objectif demeure le même, soit d’être le meilleur député possible pour ma circonscription et le plus utile possible pour mon équipe. Dès le lendemain matin de l’élection, j’étais à mon bureau pour répondre aux citoyens. Le travail se poursuit », dit-il.
Autant du côté du Bas-Saint-Laurent que de la Gaspésie, monsieur Bérubé sera entouré de collègues péquistes. Il a l’intention de travailler avec eux pour faire avancer les dossiers régionaux.
« Il va y avoir une excellente collaboration. Nous avons déjà commencé à échanger de façon plus formelle sur la suite. Nous nous entendons très bien. Nous avons des profils très différents, mais nous allons travailler collectivement au service de la région. »
« Il y a beaucoup de gens qui pensent plus à ça que moi. Je n’ai rien demandé et on ne m’a rien offert. Ce n’est pas une préoccupation pour moi. Ma préoccupation est de poursuivre le travail de député. »
Pascal Bérubé, entouré des nouveaux députés de Rimouski et Rivière-du-Loup-Témiscouata-Les Basques, Yohann St-Pierre et d’Ariane Boyer. (Photo Le Soir.ca-Annie Levasseur)
Le fait d’être au sein d’un parti au pouvoir amène des attentes supplémentaires de la part des électeurs, selon le député. Il ajoute que son travail demeure le même, peu importe la configuration de l’Assemblée nationale.
« Je le constate depuis le lendemain de l’élection dans les demandes que je reçois déjà. Le fait d’être dans un gouvernement minoritaire n’est pas un obstacle. Ça va nous permettre d’échanger davantage avec les autres formations politiques. Nos décisions vont s’inscrire dans un contexte minoritaire, mais aussi dans un contexte budgétaire difficile. »
Un appui fort
Lors de l’élection du 5 octobre dernier, le péquiste a récolté 67,8 % des votes.
« Je suis touché du résultat. C’est plus de deux électeurs sur trois qui m’ont appuyé dans la circonscription. C’est le deuxième meilleur résultat au Québec sur 127 circonscriptions. C’est une marque de confiance qui me touche beaucoup. Je veux être le député de tout le monde, y compris les gens qui n’ont pas voté pour moi. Il y a de bonnes idées dans l’ensemble des partis politiques. »
Autant le transport collectif que le prolongement de l’autoroute 20 seront des dossiers prioritaires pour le député élu de Rimouski, Yohann St-Pierre. Il a l’intention de s’y attaquer dès que possible après son assermentation.
Monsieur St-Pierre réitère l’engagement du Parti québécois de commencer les travaux pour le prolongement de l’autoroute 20 entre Trois-Pistoles et Rimouski d’ici 2030.
« Je comprends que pour la population ce n’est jamais assez tôt, mais il reste qu’il faut respect
Autant le transport collectif que le prolongement de l’autoroute 20 seront des dossiers prioritaires pour le député élu de Rimouski, Yohann St-Pierre. Il a l’intention de s’y attaquer dès que possible après son assermentation.
Monsieur St-Pierre réitère l’engagement du Parti québécois de commencer les travaux pour le prolongement de l’autoroute 20 entre Trois-Pistoles et Rimouski d’ici 2030.
« Je comprends que pour la population ce n’est jamais assez tôt, mais il reste qu’il faut respecter la façon de faire avec les études et l’allocation des contrats, entre autres. C’est une date qui est réaliste. Tous les députés élus de l’Est-du-Québec sont en accord avec le plan de match. »
D’ici là, le péquiste mentionne vouloir trouver des moyens temporaires pour sécuriser le tronçon.
« On ne le souhaite pas, mais d’ici 2030 il peut y avoir des accidents graves et il faut limiter le nombre. Sans de gros investissements, il faut trouver une façon de sensibiliser les utilisateurs pour diminuer les risques, notamment avec de la signalisation. »
Yohann St-Pierre a également l’intention de contribuer à trouver du financement pour éviter la suspension du service de transport collectif de la MRC de Rimouski-Neigette pour une durée indéterminée à compter du 1er janvier 2027.
« On ne parle pas d’une grosse somme, ça représente environ 50 000 $. C’est une solution à court terme de trouver ce financement, mais nous voulons travailler pour des solutions à long terme. Il faut s’y attaquer cet automne. Il y a aussi le soutient à la relève agricole qui va se faire progressivement », mentionne-t-il.
Hémodynamie
Ayant à cœur la santé, monsieur St-Pierre soutient que le dossier de la création d’un service d’hémodynamie à l’Hôpital régional de Rimouski pourrait aller assez rondement dans la prochaine année. En cas d’urgence ou d’infarctus, l’hémodynamie est une technique permettant de débloquer les artères du cœur.
« C’est un dossier qui est très bien ficelé et qui ne demande qu’un geste politique. Le financement, les locaux et les ressources humaines sont là. Il y a l’hémodynamie, mais il y a aussi tout l’accès à la première ligne. Ça va avec la volonté du gouvernement du Parti québécois de mettre la santé de l’avant. Il faut faire mieux pour les soins de santé en région. L’accès aux soins dentaires est aussi une priorité pour moi. »
Au pouvoir
Selon Yohann St-Pierre, le fait que le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie soient presque entièrement représentés par des députés péquistes facilitera les canaux de communication même si le gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon est minoritaire.
Yohann St-Pierre est le nouveau député de Rimouski. (Photo Le Soir.ca- Annie Levasseur)
« Il faut respecter la décision démocratique. Nous serons un parti autour de notre premier ministre qui va être rassembleur, qui va travailler avec les autres partis politiques. C’est un défi supplémentaire d’être minoritaire, mais il reste que nous sommes capables, dans plusieurs dossiers, de nous asseoir et de réussir à trouver des solutions », dit-il.
43 % des votes
Quelques jours après sa victoire avec 43 % des votes, le nouveau député était toujours très reconnaissant envers les citoyens de la circonscription.
« Je me sens honoré. C’est une grande fierté d’être député et c’est un privilège que les Rimouskois et Rimouskoises aient décidé de faire le choix de la confiance avec notre chef, le Parti québécois et moi-même. Je n’ai pas pu gagner une élection seul, une centaine des bénévoles étaient avec moi. C’est un succès d’équipe. »
Dans les prochaines semaines, monsieur St-Pierre s’affairera à montrer l’équipe qui va l’entourer pendant son mandat et à trouver un bureau accessible à tous.
« Je veux que les gens connaissent le bureau du député pour que ceux qui ont des besoins ou des demandes particulières ne soient pas limités. Il doit y avoir une accessibilité par transport collectif et transport adapté. Pendant la campagne, ma partie préférée a été d’être proche des gens, d’échanger avec eux et d’aller à leur rencontre. C’est la base du travail d’un député. »
Dans les derniers mois, le pédiatre a vu tous ses patients pour assurer une transition vers un autre professionnel pour ceux qui en avaient besoin ou pour fermer les dossiers dans d’autres cas.
« J’aidais les enfants, maintenant je les aide d’une autre façon un peu plus large. Je n’arrête plus à 18 ans, j’aide les 0-100 ans », conclut le politicien.
Cuits de bord en bord comme une boulette de steak haché oubliée sur les grilles d’un barbecue qui carbure à cent mille BTU, cuits comme une forêt de térébenthine qui s’éclate dans le ciel boucané en dotant notre vocabulaire d’un savant néologisme – pyrocumulonimbus – qui aurait tout de poétique s’il ne révélait en même temps un des multiples travestissements jusque-là méconnus dont peut se vêtir l’apocalypse, ça vous apprendra à combler les marais, à débroussailler les terres dites incultes, ma
Cuits de bord en bord comme une boulette de steak haché oubliée sur les grilles d’un barbecue qui carbure à cent mille BTU, cuits comme une forêt de térébenthine qui s’éclate dans le ciel boucané en dotant notre vocabulaire d’un savant néologisme – pyrocumulonimbus – qui aurait tout de poétique s’il ne révélait en même temps un des multiples travestissements jusque-là méconnus dont peut se vêtir l’apocalypse, ça vous apprendra à combler les marais, à débroussailler les terres dites incultes, mais naturelles, pour y implanter une monoculture plus rentable selon vos critères capitalistes mais qui comme tout le reste de votre édifice peur partir en fumée au gré du mistral ou de quelque débile jetant son mégot aux orties et on n’est pas en reste ici dans la pas si belle province à chaque fois que le boréal disparaît ou que les coupes à blanc blanchissent les goussets de gros bonnets industrieux qui après avoir sabré dans la biodiversité plantent rangs d’épinettes noires par-dessus rangs d’épinettes noires, une essence si bien nommée qui lorsque le prochain tarla n’aura pas éteint son feu de camp à deux pas de sa caravane de 40 pieds, télé couleur, air climatisé, salon et chambre à coucher télescopiques, se fera un plaisir le feu de camp de larguer ses étincelles et de lécher jusqu’aux sommets les cimes de cette forêt frelatée, forçant les grenouilles, les chevreux, les orignacs et les zours à migrer vers vos banlieues, chier sur vos patios, pisser dans vos platebandes, chercher refuge dans votre piscine pendant que derrière l’écran de votre smartphone vous essayerez de faire les smarts en instagrammant cet instant unique où la faune vient enfin lécher ses babines dans votre cour, mais méfiez-vous, la rage peut à juste titre couver sous le masque enchanteur du raton, c’est arrivé y a pas si longtemps à Godmanchester où un vulgaire minou a attaqué une pauvre citoyenne qui n’était pas sur ses gardes, c’est comme ça quand la nature se tourne contre vous peut-être parce que vous vous êtes trop détournée de la nature avec votre botox, vos faux seins, votre faux cul, la chirurgie esthétique, votre fausse allure de star dégingandée de cinquante ans qui voudrait encore faire briller les paillettes de son adolescence jusque dans les faux plis de sa conscience, et surtout pendant que vous filmez cette scène unique, ne pas oublier le barbecue – ça vient presque de m’arriver – qui risque de faire cramer ce juteux T-bone qui a nécessité je ne sais plus combien de litres d’eau – si utile pour éteindre les feux – et des prairies entières de fourrage et de céréales, cuits, vous dis-je, on est cuits, avec un Carney désincarné qui vend le peu d’âme qui nous restait aux mégapoches du capitalisme et aux multinationales du pétrole, trace le sillon de merveilleux oléoducs lesquels, olé, olé, tout en dévastant l’environnement sur leur passage bituminisent l’atmosphère au détriment de ces malingres alvéoles qui se carbonisent dans nos poumons, et comme si ce n’était pas assez ce même retraité de la Haute Finance poursuit l’œuvre de ses prédécesseurs, de Lawrence à Winslow à Monckton, de Amherst à Dunham, de MacDonald à Trudeau à Chrétien à Sheila Copps, des assassins de Riel aux bourreaux des Patriotes, éradiquer tout ce qui ne parle pas anglais, faire disparaître tout ce qui n’est pas Blanc et ne s’exprime pas dans la langue du Big Money, Speak White bandes de morons et laissez la libre concurrence, Netflix, Meta, Spotify, Bezos, Musk et autres oligarques régenter l’univers, engranger les profits, dévaster les derniers bastions de la vie sur terre, et nous, pauvre petit peuple de demeurés, nous nous apprêtons encore une fois à nous dire NON à nous-mêmes, à nous refuser cette si faible lueur qui nous permettrait peut-être de sauver les meubles, de circonscrire et de protéger ce si minuscule segment d’univers que nous partageons et où nous nous identifions cependant comme une entité propre, historiquement définie, partageant des valeurs communes, désunis parce que déchirés entre fabulations wokistes, idées de gauche, idées de droite, paranoïa identitaire, peur de notre ombre et de l’ombre des Autres, insécurité affective, morbidité patriotique, fatigue culturelle, insuffisance de guts et de courage, complaisance peinarde entre les quatre murs de nos bungalows et de nos condos chromés qui risquent cependant de partir en fumée, car nous sommes cuits, hosties toastées des deux bords, relish pourrie entre le chou et la chèvre, cérumen figé dans la crevasse de l’oreille, feu couvant entre l’arbre et l’écorce, nous sommes cuits, et nous mourrons en anglais avec un baril de pétrole enflammé à la place du cœur.
(Ce texte a été rédigé sans l’assistance d’aucune IA. Asseye-toé pour voir!)
L’ex-députée de Rimouski, Maïté Blanchette Vézina, reviendra à l’Assemblée nationale comme leader parlementaire du Parti conservateur du Québec.
Éric Duhaime a confirmé sa nomination mercredi matin (7 octobre), moins de 48 heures après sa victoire dans la circonscription de La Peltrie, dans la région de Québec.
L’ancienne ministre de la CAQ aura la responsabilité d’agir comme principale stratège du chef conservateur, en plus de lui servir de conseillère en matière de procédure parlementair
L’ancienne ministre de la CAQ aura la responsabilité d’agir comme principale stratège du chef conservateur, en plus de lui servir de conseillère en matière de procédure parlementaire, de planification des travaux et d’élaboration des stratégies à adopter au cours des débats.
« Cette nomination, je la reçois avec humilité et avec toute la responsabilité qu’elle représente : celle de défendre vos convictions avec détermination à l’Assemblée nationale. Les Québécois nous ont confié le mandat de faire les choses autrement, de défendre les intérêts du vrai monde et de ne jamais avoir peur de défendre les valeurs conservatrices », a-t-elle écrit sur sa page Facebook.
Ouvrir la porte aux conservateurs
À titre de députée de Rimouski, madame Blanchette Vézina avait ouvert la porte à Éric Duhaime afin qu’il puisse tenir ses points de presse dans l’enceinte du Parlement avant l’élection de lundi dernier (5 octobre).
Devenue indépendante, elle s’était finalement jointe aux conservateurs. Monsieur Duhaime justifie sa nomination par son expérience.
Pour cette nouvelle responsabilité, Maïté Blanchette Vézina touchera une indemnité de 36 647 $ par année, ce qui fera passer son salaire annuel à 183 236 $.
L’idéologie libertarienne prend racine dans une théorie extrémiste de l’organisation de la société et de l’économie. Après avoir pris d’assaut des formations politiques de droite et de centre droit à l’international, voilà qu’elle chemine au sein de formations politiques conservatrices au Canada et au Québec. Comment réagir à cette radicalisation de nos formations politiques de droite?
Le paradis libertarien
Le libertarianisme est une théorie économique issue du libéralisme économique mode
L’idéologie libertarienne prend racine dans une théorie extrémiste de l’organisation de la société et de l’économie. Après avoir pris d’assaut des formations politiques de droite et de centre droit à l’international, voilà qu’elle chemine au sein de formations politiques conservatrices au Canada et au Québec. Comment réagir à cette radicalisation de nos formations politiques de droite?
Le paradis libertarien
Le libertarianisme est une théorie économique issue du libéralisme économique moderne qui remet en cause les fondements mêmes de la société et de la sociologie contemporaines. Il remet en question l’existence de la « société », qu’il remplace par le concept central de « marché », où la concurrence libre entre les individus et les entreprises suffirait à assurer la régulation des rapports sociaux et économiques. Selon les libertariens, tous les individus naissent égaux et auraient les mêmes chances de s’émanciper personnellement et économiquement. C’est un peu comme l’American Dream, mais sur les stéroïdes. Pour ces derniers, la quête de l’égalité est non seulement erronée, mais les réglementations qu’elle requiert sont défavorables à l’exercice de la liberté individuelle. L’État, qui joue aujourd’hui un rôle d’intervention économique et sociale, devrait ainsi limiter au minimum ses interventions pour laisser le marché innover et apporter des solutions à tous les maux de la terre.
Au paradis libertarien, le citoyen n’est ainsi plus un citoyen, mais plutôt un consommateur. Son émancipation n’est plus civique et ses fonctions ne sont plus sociales. Il ne coopère plus avec son prochain, ne participe plus à une communauté d’intérêts organisée, que ce soit autour d’une classe sociale ou d’une identité. Il trouve tout ce dont il a besoin sur le marché : statut social, biens de consommation et services privés. Ses objectifs sont exclusivement rationnels et fondés prioritairement sur la quête du rendement et du gain personnel. C’est ainsi que l’on se retrouve avec des parvenus millionnaires qui proposent de moduler le droit de vote en fonction de la propriété et du capital.
Le libertarianisme s’oppose par ailleurs farouchement aux avancées économiques et sociales issues de l’après-guerre, période pendant laquelle nous sommes parvenus collectivement à assurer une meilleure redistribution des richesses, à améliorer la qualité de vie grâce à d’importants programmes sociaux et à bâtir un cadre réglementaire visant à protéger les plus vulnérables et les sans-voix, à commencer par les enfants, ainsi que la faune et la flore.
Des contraintes?
Ce courant idéologique cherche à désarticuler nos institutions, le droit et la réglementation au profit d’un capitalisme sans contraintes qui produirait par essence de meilleurs résultats, malgré le fait que cela soit contraire aux enseignements tirés des expériences historiques du capitalisme depuis deux siècles. Le libertarianisme a donc besoin d’un État de droit pour fonctionner, mais celui-ci devrait être évincé de toute reconnaissance des droits collectifs et se limiter à faciliter le bon fonctionnement du marché. C’est d’ailleurs ainsi que le parti conservateur d’Éric Duhaime a mené une farouche bataille contre la Loi encadrant le travail des enfants, au nom de la liberté de choix des parents en 2023.
Au Québec, de telles idées prennent difficilement racine. L’attachement au modèle québécois et l’héritage de la Révolution tranquille sont encore trop présents pour que ces idées puissent atteindre un statut majoritaire. C’est sans doute pourquoi les conservateurs fédéraux et provinciaux éprouvent autant de difficultés auprès des personnes de 60 ans et plus dans les intentions de vote. Et c’est précisément pour cette raison que nos libertariens sortent leurs petits souliers cirés et adoptent des airs inoffensifs.
Pire encore, ils se placent très régulièrement dans une posture victimaire. Victimes du « gouvernemaman », des monopoles publics, des wokes, des groupes de défense des droits, des syndicats, des écolos radicaux en sandales, des taxes, des communistes, des antifas et j’en passe. Tous des gens qui, selon eux, jouissent d’un trop grand pouvoir et d’une dangereuse influence. Pour la crédibilité, on repassera.
Systématiquement, cependant, ils cherchent à s’attirer la sympathie du monde ordinaire en jouant au caméléon. Ils se greffent ainsi à un enjeu irritant ou important pour la majorité et cherchent à en tirer profit. Dans la nature, nous qualifierions ces comportements de « parasitaire ». En politique, on appelle cela de l’opportunisme, c’est plus poli.
Cela se remarque particulièrement lorsque les libertariens dénoncent les taxes sur l’essence auprès de personnes qui croulent sous le poids de l’augmentation du coût du carburant, lorsqu’ils critiquent l’incidence de l’impôt sur le revenu des ménages en pleine crise du coût de la vie ou lorsqu’ils remettent en question l’impact des réglementations en habitation qui ralentissent certains projets de construction en pleine crise du logement. Les libertariens ne cherchent pourtant à régler aucune de ces trois crises. Ils ne proposent rien pour s’assurer que les solutions profiteront d’abord et avant tout à la majorité. Ils cherchent prioritairement à éliminer des taxes et des réglementations, en cohérence avec leur agenda idéologique.
Les conservateurs provinciaux et fédéraux proposent ainsi de moins en moins timidement d’incarner une solution de rupture avec le système, et non plus seulement une solution de rechange. Ce nouveau conservatisme, investi par ses éléments les plus radicaux, n’a plus grand-chose de véritablement conservateur.
En mettant l’accent sur quelques éléments qu’ils savent populaires, les libertariens projettent l’idée d’une proximité sincère avec les intérêts de la classe ouvrière. Ils ne présentent pourtant qu’un portrait partiel de leur agenda. À la lumière des exemples observés à l’international, voici quelques composantes du projet libertarien : liquidation des sociétés d’État et de programmes sociaux, abolition de milliers d’hectares d’aires protégées et de zones de conservation, déréglementation en matière d’inspection des aliments, d’hygiène, d’environnement et de santé publique, abolition de protections en santé et sécurité du travail, suppression de centaines de milliers d’emplois publics, disparition des sociétés publiques de transport collectif, marginalisation des organisations sociales, syndicales et des groupes de défense des droits par voie législative, privatisation des arts, de la culture, des loisirs et des communications, abolition des subventions aux PME tout en maintenant les avantages fiscaux des grandes entreprises, abolition des programmes scolaires publics, souvent au profit de groupes religieux organisés, abolition des normes environnementales et réduction des contrôles imposés aux entreprises polluantes, et bien plus encore.
Tout cela ne figurera probablement pas dans le programme d’un premier mandat. Cela n’en demeure pas moins l’idéal à atteindre pour les tenants de cette idéologie.
Il faudra redoubler de vigilance pour déceler ce qui se cache derrière les propositions libertariennes et conservatrices. Pour le moment, nos élites politiques et médiatiques échouent lamentablement à remettre en question cette idéologie et à en exposer les limites, les contradictions et les conséquences. Espérons que l’arrivée au pouvoir d’une poignée d’élus libertariens au Québec servira au moins à démontrer les failles et les impasses de ce projet antisocial.
L’enseignant en sciences politiques au Cégep de Rimouski, Jean-François Fortin, est convaincu que l’Est-du-Québec comptera au moins deux députés dans le prochain conseil des ministres du nouveau gouvernement péquiste. Pascal Bérubé et Méganne Perry Mélançon devraient avoir des rôles importants.
Élu pour un septième mandant consécutif, le député de Matane-Matapédia-Mitis, Pascal Bérubé, sera un incontournable pour le premier ministre Paul St-Pierre Plamondon, selon monsieur Fortin.
« Avec
L’enseignant en sciences politiques au Cégep de Rimouski, Jean-François Fortin,est convaincu que l’Est-du-Québec comptera au moins deux députés dans le prochain conseil des ministres du nouveau gouvernement péquiste. Pascal Bérubé et Méganne Perry Mélançon devraient avoir des rôles importants.
Élu pour un septième mandant consécutif, le député de Matane-Matapédia-Mitis, Pascal Bérubé, sera un incontournable pour le premier ministre Paul St-Pierre Plamondon, selon monsieur Fortin.
« Avec 19 ans d’expérience parlementaire, un passage au conseil des ministres et sa connaissance très fine de l’appareil politique, je ne serais pas surpris qu’il se retrouve avec un ministère important. Lors de la vague de 2022, qui a laissé seulement trois députés au Parti québécois (PQ), Pascal Bérubé a gardé le cap. Sa fidélité, son engagement, sa ténacité et sa résilience font qu’il aura à occuper une fonction d’importance. »
L’enseignant en sciences politiques ajoute que la région devrait tirer profit de la proximité qu’entretient le député avec monsieur St-Pierre Plamondon.
« Il a l’oreille attentive du premier ministre et c’est vraiment très bon pour la région. Pascal Bérubé a toujours eu une approche régionaliste et collaborative dans ses engagements. Méganne Perry Mélançon a été la co-porte-parole du parti pendant toute la période de traversée du désert. C’est également une très proche de Paul St-Pierre Plamondon. »
Une équipe régionale forte
Pour Jean-François Fortin, la vague péquiste qui a atteint le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie n’est pas une surprise. Il soutient que l’équipe de députés sera liée et compétente.
Jean-François Fortin (Photo courtoisie)
« On peut être fier de la qualité des candidats qui ont été choisis par le peuple. Yohann St-Pierre, dans Rimouski, est un homme compétent, affairé et qui veut défendre les intérêts de la région. Il s’inscrit dans une équipe régionale forte. Il va pouvoir bénéficier de cette expertise et contribuer à la prise de décisions gouvernementales. »
Les priorités
Le fait d’avoir des députés au pouvoir sera assurément avantageux pour la région, estime celui qui est également maire de Sainte-Flavie. Les engagements pris par les nouveaux députés pendant la dernière campagne électorale en santé, en transports et en infrastructures devront maintenant être respectés.
« Les candidats du Parti québécois ont défendu des positions, dont le prolongement de l’autoroute 20 jusqu’à Rimouski. Ça a été un engagement formel, donc le nouveau ministre des Transports aura à réinscrire des priorités au sein de sa planification. Ça ne se fait pas en claquant des doigts, mais l’équipe va commencer à énoncer ses priorités. »
Jean-François Fortin explique que le prochain mois servira de transition démocratique entre les équipes de la Coalition avenir Québec (CAQ) et du Parti québécois jusqu’à l’assermentation des nouveaux députés.
Le nouveau premier ministre devra aussi prendre des décisions sur la composition de son conseil des ministres et les députés auront des formations par l’Assemblée nationale ainsi que les différents partis politiques. Une session parlementaire devrait commencer en novembre.
Invités à se prononcer comme les adultes sur leur choix politique, les élèves des écoles Paul-Hubert de Rimouski et du Mistral de Mont-Joli ont voté massivement pour le Parti québécois en vue de l’élection du 5 octobre.
Des simulations de vote ont été organisées au cours des dernières semaines dans le cadre du programme « Électeurs en herbe ».
Au Paul-Hubert, le candidat péquiste dans Rimouski, Yohann St-Pierre, a obtenu 543 votes, soit environ 41 % des 1 320 voix enregistrées.
Virginie
Invités à se prononcer comme les adultes sur leur choix politique, les élèves des écoles Paul-Hubert de Rimouski et du Mistral de Mont-Joli ont voté massivement pour le Parti québécois en vue de l’élection du 5 octobre.
Des simulations de vote ont été organisées au cours des dernières semaines dans le cadre du programme « Électeurs en herbe ».
Virginie Chevalier-Archambault et Québec solidaire arrivent deuxièmes avec 279 votes (21 %), suivis du Parti conservateur du Québec, représenté par Cédric Gauthier, avec 211 voix (16 %).
Le Parti libéral du Québec et Michel Bienvenue ainsi que la Coalition avenir Québec et Julia Brillant Ruest suivent dans l’ordre. Le Parti nul et Climat Québec ont aussi reçu des votes des élèves.
Domination à Mont-Joli
À l’image du résultat enregistré chez les électeurs majeurs, Pascal Bérubé a dominé le vote à l’école du Mistral en récoltant 279 voix sur les 454 enregistrées, soit 61 % des suffrages.
Le Parti conservateur du Québec et Patrice Caron ont terminé deuxièmes avec 59 votes (13 %), alors que Gabriel Plante et Québec solidaire ont récolté 51 voix (11 %).
André Côté et le Parti libéral du Québec ainsi qu’Henry Maclaren et la CAQ complètent le tableau des grands partis. Le Parti nul et Démocratie Québec ont également obtenu des appuis.
Le programme « Électeurs en herbe » permet l’organisation de simulations électorales où les jeunes peuvent voter pour les candidats qui se présentent dans leur circonscription ou dans leur municipalité.
Il comprend aussi des activités d’apprentissage pour sensibiliser les jeunes à l’exercice du droit de vote et à l’engagement citoyen.
Dans un Québec où l’information circule à grande vitesse, où les réseaux sociaux imposent leur rythme et où les grands groupes médiatiques rationalisent leurs activités, les médias écrits communautaires jouent un rôle plus important que jamais. Pourtant, ces journaux et magazines locaux vivent une crise financière profonde. Leur situation est paradoxale : ils sont indispensables à la vitalité démocratique et culturelle des communautés, mais ils disposent de moins en moins des moyens nécessaires
Dans un Québec où l’information circule à grande vitesse, où les réseaux sociaux imposent leur rythme et où les grands groupes médiatiques rationalisent leurs activités, les médias écrits communautaires jouent un rôle plus important que jamais. Pourtant, ces journaux et magazines locaux vivent une crise financière profonde. Leur situation est paradoxale : ils sont indispensables à la vitalité démocratique et culturelle des communautés, mais ils disposent de moins en moins des moyens nécessaires pour remplir leur mission.
Les médias écrits communautaires ne sont pas de simples entreprises qui produisent du contenu. Ils sont des lieux de proximité, de mémoire et de participation citoyenne. Dans les quartiers, les municipalités rurales, les communautés culturelles, les régions éloignées et les milieux linguistiques minoritaires, ils racontent des réalités souvent absentes des grands médias. Ils donnent la parole aux organismes locaux, couvrent les conseils municipaux, annoncent les activités communautaires et rendent visibles les enjeux qui touchent directement les citoyens.
Or, cette présence a un prix. Depuis plusieurs années, les revenus publicitaires traditionnels diminuent. Les commerces locaux, eux-mêmes soumis à des contraintes économiques, disposent de budgets limités. Une part importante des dépenses publicitaires se dirige désormais vers les grandes plateformes numériques, qui captent l’attention et les revenus sans produire nécessairement de contenu journalistique local. Les médias communautaires doivent donc rivaliser avec des entreprises internationales qui disposent de moyens considérables et d’outils technologiques sophistiqués.
Cette concurrence est profondément inégale. Un journal local peut consacrer des heures à une enquête sur un enjeu municipal ou à un reportage sur une école de quartier. En face, les plateformes numériques offrent une visibilité immédiate, des statistiques détaillées et des tarifs publicitaires parfois très faibles. Elles profitent pourtant du contenu et de l’attention générés par l’écosystème médiatique sans assumer les mêmes responsabilités envers les communautés.
À cette baisse des revenus s’ajoutent la hausse des coûts d’impression, du papier, du transport, des loyers et des salaires. Pour plusieurs médias, chaque numéro devient un exercice d’équilibre. Réduire la pagination permet de diminuer les dépenses, mais affaiblit aussi la diversité du contenu. Publier moins souvent réduit les coûts, mais diminue la présence dans la communauté. Réduire les effectifs peut sembler inévitable, mais augmente la pression sur les journalistes restants et limite la capacité de couvrir les dossiers en profondeur.
Le danger ne concerne pas seulement les propriétaires ou les employés de ces publications. Il touche l’ensemble de la société québécoise. Lorsqu’un média communautaire disparaît, ce n’est pas uniquement un titre qui s’éteint : c’est une partie de la mémoire collective qui disparaît avec lui. Ce sont des archives, des visages, des débats et des récits locaux qui risquent de ne jamais être documentés. Dans plusieurs collectivités, personne ne possède la même connaissance du terrain ni la même relation de confiance avec les citoyens.
La disparition de ces médias fragilise également la démocratie. Une communauté mal informée participe moins aux décisions qui la concernent. Sans journal local pour suivre les élus, expliquer les projets d’aménagement ou questionner la gestion municipale, le pouvoir devient plus difficile à surveiller. La démocratie ne peut pas reposer uniquement sur les grands médias nationaux ou sur les publications des institutions elles-mêmes. Elle a besoin d’une information indépendante, régulière et enracinée dans les milieux de vie.
Il serait toutefois insuffisant de présenter les médias communautaires comme des organisations condamnées à attendre une aide extérieure. Ils doivent continuer à se transformer. La présence numérique, les infolettres, les balados, les médias sociaux et les abonnements en ligne offrent des avenues intéressantes.
C’est pourquoi les gouvernements, les municipalités, les entreprises et les citoyens doivent reconnaître la valeur collective de ces médias. Le soutien public ne doit pas servir à contrôler leur ligne éditoriale, mais à protéger leur capacité d’exister. Des programmes de financement prévisibles, des mesures fiscales adaptées, un meilleur accès aux revenus publicitaires institutionnels et des partenariats avec les organismes locaux pourraient contribuer à stabiliser leur situation.
Les citoyens ont aussi un rôle à jouer. S’abonner, acheter une publication, partager ses articles et soutenir ses annonceurs sont des gestes simples, mais essentiels.
Laisser ces médias disparaître serait une économie à courte vue. Leur disparition coûterait beaucoup plus cher que leur soutien : elle appauvrirait le débat public, isolerait les communautés et affaiblirait la capacité des citoyens à comprendre le monde qui les entoure. Au Québec, défendre les médias communautaires, c’est donc défendre le droit de chaque collectivité à raconter sa propre histoire.
Après une éclipse de quatre ans où les électeurs avaient élu la caquiste Maïté Blanchette Vézina, devenue indépendante avant de se joindre au Parti conservateur, la circonscription de Rimouski retourne au Parti québécois (PQ). Yohann St-Pierre a été élu, lundi soir, comme député de la circonscription.
« C’est la surprise, l’énergie. Nous y avons cru en ce projet et nous nous préparions depuis six mois. Nous sommes allés sur le terrain et nous étions à l’écoute des gens. Ils voulaient le
Après une éclipse de quatre ans où les électeurs avaient élu la caquiste Maïté Blanchette Vézina, devenue indépendante avant de se joindre au Parti conservateur, la circonscription de Rimouski retourne au Parti québécois (PQ). Yohann St-Pierre a été élu, lundi soir, comme député de la circonscription.
« C’est la surprise, l’énergie. Nous y avons cru en ce projet et nous nous préparions depuis six mois. Nous sommes allés sur le terrain et nous étions à l’écoute des gens. Ils voulaient le changement et ce sont les résultats ce soir. Je dis encore merci à toute mon équipe électorale », a exprimé le nouveau député de Rimouski quelques minutes après l’annonce de sa victoire.
Selon monsieur St-Pierre, l’intégrité, la transparence et la rigueur ont fait la différence pendant les 39 jours de la campagne électorale.
Yohann St-Pierre s’est adressé à ses partisans après avoir été élu. (Photo Le Soir.ca-Annie Levasseur)
« Nous sommes une équipe au Parti québécois. Nous sommes une équipe de leaders et nous allons démontrer aux Québécois qu’ils ont fait le bon choix en nous accordant leur confiance. C’est extraordinaire et je tiens à souligner le travail de tous les candidats sur le terrain. Notre chef est la locomotive du Parti québécois et de cette élection. »
« Nous sommes très solidaires entre candidats dans l’Est-du-Québec. Nous avons déjà développé une synergie pendant la campagne. Ce sont des amis pour moi et nous allons travailler ensemble pour faire avancer les dossiers de la région. Les gens voulaient le changement. Le Parti québécois est le parti du changement et les citoyens de l’Est-du-Québec le savent », mentionne le pédiatre.
Le nouveau député, Yohann St-Pierre, entouré de ses parents, Lisette Marchand et Yvon St-Pierre, ainsi que de sa conjointe, Maude Bernier. (Photo Le Soir.ca-Annie Levasseur)
Yohann St-Pierre à l’intention de commencer son mandat en étant à l’écoute des citoyens de la circonscription de Rimouski.
« C’est la meilleur façon d’être au diapason avec les citoyens et les citoyennes. Nous avons été à l’écoute et nous allons continuer de le faire. Bien sûr, il y aura une période de transition, mais nous allons être au travail dès les premiers jours. »
Yohann St-Pierre détenait 43 % des votes devançant la caquiste Julia Brillant-Ruest, à 15 %. Virginie Chevalier-Archambault de Québec solidaire, Cédric Gauthier du Parti conservateur et Michel Bienvenu du Parti libéral du Québec suivent dans l’ordre.
Le taux de participation était de 71 % dans la circonscription de Rimouski.
Ariane Boyer déloge la ministre sortante du Bas-Saint-Laurent, Amélie Dionne, en l’emportant dans Rivière-du-Loup-Témiscouata-Les Basques. L’ancienne journaliste de TVA Nouvelles fera son entrée à l’Assemblée nationale.
Après les 192 bureaux de scrutin dépouillés, madame Boyer détient une avance de plus de 3 400 voix sur la conservatrice Louise Moreault.
La ministre sortante responsable du Bas-Saint-Laurent, Amélie Dionne, termine troisième, devant Karine Malenfant du Parti libéral du Qué
Ariane Boyer déloge la ministre sortante du Bas-Saint-Laurent, Amélie Dionne, en l’emportant dans Rivière-du-Loup-Témiscouata-Les Basques. L’ancienne journaliste de TVA Nouvelles fera son entrée à l’Assemblée nationale.
Après les 192 bureaux de scrutin dépouillés, madame Boyer détient une avance de plus de 3 400 voix sur la conservatrice Louise Moreault.
La ministre sortante responsable du Bas-Saint-Laurent, Amélie Dionne, termine troisième, devant Karine Malenfant du Parti libéral du Québec et de Pierre-Érik Isabelle de Québec solidaire.
Le taux de participation a atteint 70 % dans Rivière-du-Loup-Témiscouata-Les Basques.
Le Parti québécois remporte les élections générales 2026. Paul St-Pierre Plamondon deviendra le 34e premier ministre du Québec. Il dirigera un gouvernement minoritaire avec 59 députés élus.
Le vent de changement souhaité par les Québécois ramène le PQ revient au pouvoir depuis l’équipe de Pauline Marois, qui avait aussi été à la tête d’un gouvernement minoritaire entre 2012 et 2014.
Les péquistes ont récolté près de 28 % d’appui dans la population, n’atteignant pas le chiffre magique de d
Le Parti québécois remporte les élections générales 2026. Paul St-Pierre Plamondon deviendra le 34e premier ministre du Québec. Il dirigera un gouvernement minoritaire avec 59 députés élus.
Le vent de changement souhaité par les Québécois ramène le PQ revient au pouvoir depuis l’équipe de Pauline Marois, qui avait aussi été à la tête d’un gouvernement minoritaire entre 2012 et 2014.
Les péquistes ont récolté près de 28 % d’appui dans la population, n’atteignant pas le chiffre magique de de 64 représentants pour obtenir une majorité.
Le Parti libéral de Charles Milliard poursuivra son travail d’opposition officielle avec l’élection de 40 députés. Le Parti conservateur d’Éric Duhaime fait son entrée à l’Assemblée nationale avec 19 élus, tandis que Québec solidaire reviendra à Québec avec une équipe de neuf députés.
La population a chassé la CAQ du gouvernement. Le parti de Christine Fréchette a été rayé de la carte.
Maïté Blanchette Vézina a gagné son pari. Après avoir quitté le Bas-Saint-Laurent pour se présenter chez les conservateurs dans La Peltrie, dans la région de Québec, l’ex-députée de Rimouski l’a emporté dans sa nouvelle circonscription avec une confortable avance.
Elle succède ainsi à Éric Caire, en place depuis 2007. L’ancien ministre de la Cybersécurité et du Numérique avait annoncé qu’il ne solliciterait pas un nouveau mandat, en février 2025, à la suite du fiasco SAAQclic.
L’ex-mairess
Maïté Blanchette Vézina a gagné son pari. Après avoir quitté le Bas-Saint-Laurent pour se présenter chez les conservateurs dans La Peltrie, dans la région de Québec, l’ex-députée de Rimouski l’a emporté dans sa nouvelle circonscription avec une confortable avance.
Elle succède ainsi à Éric Caire, en place depuis 2007. L’ancien ministre de la Cybersécurité et du Numérique avait annoncé qu’il ne solliciterait pas un nouveau mandat, en février 2025, à la suite du fiasco SAAQclic.
L’ex-mairesse de Sainte-Luce avait mis fin à 28 ans de domination du Parti québécois dans la circonscription de Rimouski, le 3 octobre 2022, en gagnant l’élection sous la bannière de la Coalition avenir Québec.
Elle avait obtenu 13 761 voix, soit 41,8 % des suffrages, devançant le candidat péquiste Samuel Ouellet par plus de 4 300 voix.
Quelques semaines après son élection, François Legault lui confiait le portefeuille des Ressources naturelles et des Forêts ainsi que la responsabilité ministérielle du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine.
Au lendemain de sa victoire, madame Blanchette Vézina identifiait la crise du logement comme sa priorité immédiate.
La députée de Rimouski a notamment participé aux démarches ayant mené à la construction de plus de 2 000 unités de logement dans la capitale du Bas-Saint-Laurent au cours des dernières années.
« On a fait de Rimouski, en travaillant tous ensemble, l’une des villes affichant le plus haut taux de construction résidentielle au Québec et au Canada », dit-elle avec fierté.
Sortie du Conseil des ministres
Après près de trois ans au sein du gouvernement Legault, Maïté Blanchette Vézina a perdu son poste de ministre lors du remaniement ministériel de septembre 2025.
Sa réforme du régime forestier avait alors suscité une forte opposition de plusieurs groupes environnementaux, autochtones et citoyens. Devant les critiques, le gouvernement avait été contraint de repousser l’adoption du projet de loi afin d’y apporter d’importants amendements.
La députée de Rimouski, Maïté Blanchette Vézina et le premier ministre François Legault (Photo courtoisie)
À la suite de sa rétrogradation, madame Blanchette Vézina avait indiqué vouloir poursuivre son travail comme députée indépendante.
« Mon attachement à notre comté et à nos régions demeure intact et plus fort que jamais », avait-elle soutenu.
Adhésion au Parti conservateur
Son parcours politique a pris une nouvelle direction, en mars dernier, lorsqu’elle a adhéré au Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime.
Après avoir longtemps nié les rumeurs entourant son avenir politique, elle a annoncé qu’elle serait candidate dans la circonscription de La Peltrie lors des prochaines élections générales.
« Le Québec doit recommencer à créer de la richesse, à faire confiance à ses régions et à livrer des résultats concrets pour les citoyens », expliquait-elle lors de son adhésion au Parti conservateur, aux côtés d’Éric Duhaime.
Pascal Bérubé obtient un septième mandat à l’Assemblée nationale. Le député du Parti québécois l’emporte dans Matane-Matapédia-Mitis.
Après les 158 bureaux de scrutin dépouillés, monsieur Bérubé a obtenu 68 % du vote avec une avance de près de 16 000 voix sur son plus proche poursuivant, le conservateur Patrice Caron.
Henry Maclaren de la Coalition avenir Québec, André Côté du Parti libéral du Québec et Gabriel Plante de Québec solidaire suivent dans l’ordre.
« On était trois (à l’issu
Pascal Bérubé obtient un septième mandat à l’Assemblée nationale. Le député du Parti québécois l’emporte dans Matane-Matapédia-Mitis.
Après les 158 bureaux de scrutin dépouillés, monsieur Bérubé a obtenu 68 % du vote avec une avance de près de 16 000 voix sur son plus proche poursuivant, le conservateur Patrice Caron.
Henry Maclaren de la Coalition avenir Québec, André Côté du Parti libéral du Québec et Gabriel Plante de Québec solidaire suivent dans l’ordre.
« On était trois (à l’issue de l’élection de 2022). Après, on a remporté quatre élections partielles. Avec cette petite équipe, on s’est laissé porter par nos convictions et par notre enthousiasme. On partait de loin. Ça me touche énormément, le chemin parcourru. Il fallait rester et conserver ses convictions pour le Québec. Je suis tellement fier des gens de chez nous qui me permettent de poursuivre mon action », a déclaré Pascal Bérubé.
Le taux de participation a atteint 63 % dans Matane-Matapédia-Mitis.
Même si 50 % des Québécois croient toujours qu’il est « le plus meilleur » pour affronter Trump, Mark Carney n’en est pas moins une sorte de cheval de Troie qui cache de plus en plus mal, derrière sa cravate, le banquier pragmatique – c’est-à-dire sans conscience – prêt à écarter tout irritant pouvant nuire à l’efficacité économique, que ce soient l’urgence écologique et climatique, les institutions démocratiques, l’autonomie des provinces ou même les droits de la personne.
L’homme du pétrole
Même si 50 % des Québécois croient toujours qu’il est « le plus meilleur » pour affronter Trump, Mark Carney n’en est pas moins une sorte de cheval de Troie qui cache de plus en plus mal, derrière sa cravate, le banquier pragmatique – c’est-à-dire sans conscience – prêt à écarter tout irritant pouvant nuire à l’efficacité économique, que ce soient l’urgence écologique et climatique, les institutions démocratiques, l’autonomie des provinces ou même les droits de la personne.
L’homme du pétrole de l’Ouest
Mark Carney, c’est un homme de l’Ouest, du Canada pétrolier. Né dans les Territoires du Nord-Ouest, il a grandi à Edmonton en Alberta, dans les vapeurs des sables bitumineux. Pour lui, la richesse première du Canada, ce n’est pas la forêt de Colombie-Britannique, les céréales et le bœuf de l’Ouest, l’industrie automobile de l’Ontario, l’électricité et l’aluminium du Québec, les pêches des Maritimes : c’est le pétrole d’Alberta, menacé par les écologistes et la fermeture des frontières américaines.
Dès son arrivée au pouvoir, après s’être bricolé une majorité avec des transfuges, son premier geste fut de supprimer la taxe carbone pour les consommateurs et d’écarter son créateur, le ministre de l’Environnement Steven Guilbault, qui en avait fait le pivot d’une stratégie qui semblait en voie d’assurer une réduction de nos GES de 40 % d’ici 2030. Avec le retour en force des lobbyistes de l’industrie pétrolière (1 318 rencontres avec les membres du gouvernement en un an), toute la stratégie est tombée à l’eau, sous prétexte de diminuer notre dépendance aux États-Unis : abandon des cibles et du plafonnement des émissions, émasculation de la taxe carbone pour les industries par des diminutions substantielles du prix du carbone, simplification et accélération des processus d’évaluation environnementale refilés aux provinces, retour en force des subventions aux pétrolières – notamment pour des programmes de captage de carbone que tout le monde sait inefficaces –, délais pour la réduction des émissions de méthane, projets d’oléoducs à l’Est comme à l’Ouest, et finalement, un deuxième oléoduc de 40 milliards vers la côte sud-ouest, financé à 90 % par nos impôts, pour calmer les velléités séparatistes de la première ministre d’Alberta – le clou qui a crucifié Steven Guilbault.
Le loup déguisé en berger
Il est habile, notre premier ministre; fin renard et même loup déguisé en berger. Il ne s’embarrasse pas du Parlement. Il parle au peuple, aux grands patrons et aux dirigeants du monde. Il est pragmatique, hyperactif. C’est nécessaire face aux tarifs. Il faut supprimer les irritants. Les pesticides bannis pour leur toxicité sont réautorisés… pour assurer notre autonomie alimentaire… et du même coup plaire aux céréaliers de l’Ouest. Les procédures d’approbation des grands projets sont trop longues : il les simplifie et les abrège. La protection des espèces menacées, comme le caribou, le béluga ou le chevalier cuivré, « menace » les entreprises forestières, le transport maritime, les ports méthaniers : leur protection sera désormais laissée au bon vouloir des provinces. Les subventions à l’achat d’une auto électrique sont inutiles, car nous avons beaucoup de pétrole : il les supprime. Et pour flatter le Québec et l’Ontario : un TGV pour riches qui ne verra sans doute jamais le jour.
Bref, en un an de règne, le banquier adulé de Davos a rétabli la primauté absolue de l’économie, de la croissance et du pétrole. Il veut être à la table, pas au menu. Il pactise sans remords avec Mohammed ben Salmane, le roi assassin de l’Arabie saoudite, sans souffler mot des droits de la personne et de la crise climatique. Les forêts brûlent, les habitants suffoquent, l’eau se fait rare et, quand elle tombe, elle emporte tout, les glaces fondent, les océans se réchauffent, les tempêtes se multiplient, les victimes climatiques sont laissées à elles-mêmes, les migrants sont refoulés, la démocratie tourne à droite, les cultures nationales sont ébranlées par le flot des plateformes numériques : pour ne pas déplaire à Trump, Carney ignore tous ces nuages noirs qui s’accumulent sur nos têtes. Pire, il nous militarise pour accélérer la cadence.
Trump plus civilisé
Au fond, Carney, c’est notre Trump à nous, plus civilisé, plus propre, plus sournois, anti-Trump, mais à peine moins dévastateur que l’autre pour les véritables priorités, pour le véritable développement, pour notre démocratie et pour notre avenir. « Quiconque est loup agit en loup », disait Lafontaine en conclusion de sa fable Le loup devenu berger.
Le plus affligeant de ce mauvais rêve, c’est que les Québécois se laissent prendre au jeu, à la peur. Toute leur angoisse écologique semble s’être évaporée d’un coup. En juin dernier, selon un sondage Pallas, 47 % des Québécois auraient encore voté pour les libéraux contre 25 % pour le Bloc, 17 % pour les conservateurs, 6% pour le NPD, 4% pour les verts, et 55 % se disaient satisfaits du gouvernement Carney. L’illusion est parfaite. Pourtant, en un an, le PIB du Canada est passé de 1,7 à 1,1, et l’inflation, de 2,3 à 2,8. Mais c’est la faute à Trump.
Note de dernière heure: Carney vient d’annoncer l’abolition de la cible de 100 % pour la vente d’autos électriques d’ici 2035, et un récent sondage Abacus enregistre une baisse de 11 points dans les intentions de vote des Québécois en faveur des libéraux de Carney, soit 36 % au lieu de 47 %.
En ce 5 octobre, les Bas-Laurentiens sont appelés aux urnes pour choisir leur prochain gouvernement. Les citoyens de Rimouski et de Matane-Matapédia-Mitis ont jusqu’à 20 h pour se prononcer.
Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes à 9 h 30, lundi. Les électeurs peuvent vérifier leur lieu de vote sur le site d’Élections Québec ou à l’aide de leur carte de rappel reçue par la poste.
À Rimouski, les principaux partis politiques tiendront des rassemblements pour suivre les résultats de la
En ce 5 octobre, les Bas-Laurentiens sont appelés aux urnes pour choisir leur prochain gouvernement. Les citoyens de Rimouski et de Matane-Matapédia-Mitis ont jusqu’à 20 h pour se prononcer.
Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes à 9 h 30, lundi. Les électeurs peuvent vérifier leur lieu de vote sur le site d’Élections Québec ou à l’aide de leur carte de rappel reçue par la poste.
À Rimouski, les principaux partis politiques tiendront des rassemblements pour suivre les résultats de la soirée électorale.
Le Parti québécois accueillera ses partisans au restaurant La Brigade 225 de l’Hôtel Rimouski, tandis que la Coalition avenir Québec se rendra au Club Bud du Colisée Financière Sun Life. Québec solidaire tiendra un événement à la Brasserie Le Bien, Le Malt, tandis que les conservateurs se réuniront à la brasserie La Baraque.
Pour sa part, le député sortant du PQ dans Matane-Matapédia-Mitis, Pascal Bérubé, organise sa soirée électorale au bar sportif O’2 Temps, situé au centre commercial Promenade du Saint-Laurent de Matane.
Vous pourrez suivre tous les résultats régionaux et les réactions des différents candidats sur Le Soir.ca ainsi que sur l’application Le Soir.
Apple et Google mènent une importante campagne de lobbying auprès de plusieurs États américains afin d’influencer les futures lois sur la vérification de l’âge dans les boutiques d’applications. Selon une enquête de POLITICO, les deux entreprises proposent des textes qui imposeraient certaines obligations pour identifier les utilisateurs mineurs, tout en empêchant les particuliers d’intenter directement […]
Apple et Google mènent une importante campagne de lobbying auprès de plusieurs États américains afin d’influencer les futures lois sur la vérification de l’âge dans les boutiques d’applications. Selon une enquête de POLITICO, les deux entreprises proposent des textes qui imposeraient certaines obligations pour identifier les utilisateurs mineurs, tout en empêchant les particuliers d’intenter directement […]
Le premier ministre Mark Carney met sur pied un Conseil national sur l’intelligence artificielle réunissant chercheurs, entrepreneurs, investisseurs et dirigeants afin de conseiller directement le gouvernement sur sa politique en matière d’IA. Parmi les 13 membres annoncés figurent deux personnalités importantes de l’écosystème québécois, Yoshua Bengio et Valérie Pisano, de Mila. Le Conseil devra notamment […]
Le premier ministre Mark Carney met sur pied un Conseil national sur l’intelligence artificielle réunissant chercheurs, entrepreneurs, investisseurs et dirigeants afin de conseiller directement le gouvernement sur sa politique en matière d’IA. Parmi les 13 membres annoncés figurent deux personnalités importantes de l’écosystème québécois, Yoshua Bengio et Valérie Pisano, de Mila. Le Conseil devra notamment […]
Donald Trump voulait changer le vocabulaire de l’intelligence artificielle. Il semble avoir, du même coup, donné un sérieux coup de pouce à l’extension Internet nationale de la Slovénie. Depuis que le président américain pousse l’expression « Super Intelligence », abrégée SI, les enregistrements de noms de domaine se terminant par .si connaissent une hausse spectaculaire. […]
Donald Trump voulait changer le vocabulaire de l’intelligence artificielle. Il semble avoir, du même coup, donné un sérieux coup de pouce à l’extension Internet nationale de la Slovénie. Depuis que le président américain pousse l’expression « Super Intelligence », abrégée SI, les enregistrements de noms de domaine se terminant par .si connaissent une hausse spectaculaire. […]
Dans Technologie du coup d’Etat, les programmeurs de l’Apocalypse (Lux éditeur), le journaliste Thibault Prévost (qui avait déjà signé en 2024, Les prophètes de l’IA – voir notre lecture) dissèque le putsch numérique qui a eu lieu depuis le début du second mandat de Donald Trump, comme une recette, désormais disponible à qui voudra transformer à jamais d’autres régimes politiques. Pour tout comprendre au technofascisme à l’œuvre, ce qu’il transforme, il faut dévorer ce petit livre. On vous en p
Dans Technologie du coup d’Etat, les programmeurs de l’Apocalypse (Lux éditeur), le journaliste Thibault Prévost (qui avait déjà signé en 2024, Les prophètes de l’IA – voir notre lecture) dissèque le putsch numérique qui a eu lieu depuis le début du second mandat de Donald Trump, comme une recette, désormais disponible à qui voudra transformer à jamais d’autres régimes politiques. Pour tout comprendre au technofascisme à l’œuvre, ce qu’il transforme, il faut dévorer ce petit livre. On vous en propose l’introduction. Pour lire les pages suivantes, il faudra vous rendre jusqu’à une librairie. Vous ne le regretterez pas.
Le problème du coup d’État moderne est un problème d’ordre technique. L’insurrection est une machine […] : il faut des techniciens pour la mettre en mouvement, et seuls des techniciens peuvent l’arrêter. Curzio Malaparte, Technique du coup d’État
Six janvier 2021, Washington, D.C. Près de 30 000 personnes sont rassemblées sur la pelouse du parc de l’Ellipse, face à la Maison-Blanche. La foule est là, scande-t-elle, pour « sauver l’Amérique » – comme l’y a exhorté Donald Trump en choisissant d’appeler ce meeting « Save America ». Il est 10 heures du matin, la masse trépigne, sent que quelque chose va se jouer. Depuis la victoire de Joe Biden, annoncée tardivement le 7 novembre, Trump prétend que l’élection a été truquée et que le président légitime, c’est lui. Pour que « cesse le braquage » (« Stop the Steal », un autre slogan), il a rassemblé sa base dans la capitale. L’objectif : faire pression sur le vice-président Mike Pence et le Congrès afin qu’ils invalident la victoire de Joe Biden. C’est sa dernière chance de révoquer le scrutin.
L’atmosphère politique du pays est irrespirable. Depuis plusieurs semaines, les têtes de gondole de l’alt-right – l’animateur complotiste Alex Jones et le militant néonazi Nick Fuentes, pour ne nommer qu’eux – entretiennent le délire trumpiste d’une élection volée et galvanisent les soutiens du président sortant. Le 5 janvier, on a trouvé deux bombes devant les sièges des partis démocrate et républicain. Le matin du 6, les omniprésentes casquettes rouge pompier siglées MAGA (« Make America Great Again ») côtoient les équipements tactiques des milices d’extrême droite Proud Boys et Oath Keepers, dont les états-majors ont annoncé qu’ils viendraient armés au rassemblement, avec l’intention d’en découdre.
Quelques minutes avant midi, Trump prend la parole, protégé par une vitre pare-balles. Il multiplie les appels à se « battre » et à « marcher vers le Capitole », prévient que « si nous ne nous battons pas comme des chiens, nous n’aurons plus de pays »1. À 13 h 12, après quatre-vingt-quatre minutes de discours, la foule d’Ellipse Park scande « prenons le Capitole ». Son voeu est en train d’être exaucé : à quelques encablures de la Maison-Blanche, 200 à 300 membres des Proud Boys viennent de franchir les barrières de police qui protégeaient l’entrée ouest du siège du Congrès. L’attaque est préméditée : on apprendra plus tard qu’un document intitulé « 1776 Returns » et appelant entre autres à « prendre d’assaut le palais d’Hiver », curieuse référence à la Révolution bolchevique de 1917, avait été distribué dès le 30 décembre dans les rangs de la milice.
À 14 heures, les premiers émeutiers pénètrent dans un bâtiment presque vide. Alors que les derniers députés se retranchent sous la protection des services secrets, 2 000 à 2 500 personnes pillent l’aile nord qui abrite le Sénat et retransmettent l’émeute en direct sur les réseaux sociaux. À 17 heures, le « crime le plus filmé de l’histoire des États-Unis » a été commis. Bilan : 174 blessés dans les rangs de la police, et 5 morts.
Pour la presse états-unienne, le pays vient de vivre une « insurrection », une « émeute », un « soulèvement ». En 2023, le FBI parlera « d’acte de terrorisme intérieur ». Mais, s’il y avait une formule à retenir, ce serait celle de Steve Bannon, qui claironnait dès le 4 janvier son intention d’organiser un « coup d’État sans effusion de sang ». Double échec : le sang a coulé, et le coup d’État a échoué.
La doctrine politique de Steve Bannon, le Raspoutine du premier mandat de Trump, est fortement influencée par ses années passées dans le monde du jeu vidéo et les communautés en ligne. Cet univers repose sur un principe fondateur : politics is downstream from culture – la politique découle de la culture, et particulièrement de la culture web. Et sur une méthode simple : flood the zone with shit – saturez l’espace de contenus viraux, pour entretenir la confusion, arracher de ses gonds la fenêtre d’Overton et sidérer les gardiens habituels de l’acceptabilité politique.
En réalité, Bannon n’a pas inventé la roue. Il s’est contenté de réaffecter à l’extrême droite deux tactiques issues du marxisme – la « bataille culturelle » d’Antonio Gramsci et la « révolution permanente » de Léon Trotski. Sa seule innovation aura été de les adapter à l’ère de la mémétique, en faisant le pari que les extrémistes anonymes et organisés du forum 4chan parviendraient, à force de troller à tout vent, à imposer le régime postdémocratique qu’il appelait de ses vœux.
Mais, en 2020, le monde physique n’est pas encore contraint de refléter le monde numérique. La mascarade finale, gueularde, désordonnée et brutale du premier mandat de Trump en est la preuve. Le chaos, même entretenu, ne fait pas le poids face aux institutions du plus puissant appareil d’État occidental. On ne renverse pas le gouvernement des États-Unis avec des mèmes, un clown venu de la téléréalité et une jacquerie complotiste. À l’agitation et aux effets de manches postmodernes faisaient encore défaut un art du coup d’État. On ne perdait rien pour attendre.
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Vingt janvier 2025, Washington D.C.
L’investiture de Trump II s’ouvre sur un paysage politique radicalement différent de celui de 2021. Les rues, cette fois-ci, sont parfaitement calmes. Les milliardaires de la Silicon Valley, qui avaient préféré garder le silence pendant la campagne, sont venus docilement, en ligne, prêter allégeance au nouveau président. Ils ont renoncé à la stratégie de résistance performative qu’ils avaient suivie lors du premier mandat Trump et qui avait culminé, juste après l’assaut du Capitole, avec la désactivation de plusieurs comptes de réseaux sociaux du président déchu. Ayant retourné leur veste moins d’un an plus tard, les chefs du cartel de la tech, ouvertement favorables au projet autoritaire trumpiste, annoncent qu’ils mettront désormais leurs infrastructures numériques au service du nouveau régime, avec zèle et jubilation. Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, a investi pas loin de 300 millions de dollars dans la campagne de Trump, s’achetant ainsi un poste de bras droit du président. Ce mariage incongru entre les paléolibertariens du monde MAGA et les transhumanistes mystiques de la Silicon Valley a désormais un nom : le technofascisme2.
Steve Bannon et son idéal insurrectionnel, celui d’un petit peuple radicalisé prenant les institutions par les armes, sont dès lors ringardisés. Le populisme et l’autoritarisme ont appris de leurs insuccès. Cette fois-ci, l’objectif est de changer le système de l’intérieur. Et la méthode est nettement mieux aiguisée.
Le changement de régime se fait immédiatement sentir. Dès le premier jour de son mandat, le 47e président des États-Unis signe 26 décrets présidentiels, dont certains particulièrement symboliques. Abolition du droit du sol. Fin du télétravail pour les fonctionnaires. Retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat et de l’Organisation mondiale de la Santé. Annulation des programmes « Égalité, diversité, inclusion » (EDI) mis en place par l’administration Biden. Sursis et peines commuées pour les émeutiers du 6 janvier 20213. Création du Department of Government Efficiency, le ministère de l’Efficacité gouvernementale, en réalité une sorte de ministère de la démolition, réclamé et dirigé par Elon Musk. Son acronyme, DOGE, n’évoque que par hasard la figure de l’autocrate de la cité-État vénitienne : dans le pur style muskien, il est plutôt censé rappeler le dogecoin, une cryptomonnaie dérivée d’une photo de chien devenue un mème.
Le ton est donné : le Donald Trump ahuri de 2016 et ses bouffons d’extrême droite ont cédé la place à une machine de guerre qui a eu quatre ans pour se préparer à prendre, exercer, et surtout garder le pouvoir. Dans les cercles MAGA, on parle désormais ouvertement de la théorie de l’exécutif unitaire – un fantasme autoritaire et soi-disant antibureaucratique de l’ère Reagan qui s’inspire d’une interprétation maximaliste de l’article 2 de la Constitution pour prétendre que le pouvoir exécutif peut être exercé intégralement et exclusivement par le chef de l’État. Ce pouvoir présidentiel serait ainsi hors de portée de l’« État administratif » honni par le parti Républicain, et très au-dessus du pouvoir législatif. Pour son second mandat, Trump, on le sait maintenant, a adopté d’emblée ce mode opératoire : en janvier 2026, après un an de règne jour pour jour, il avait signé 229 décrets exécutifs – soit 9 de plus que durant les quatre années qu’a duré son premier mandat4.
Pour Trump et sa nouvelle équipe, hors de question de répéter les erreurs du précédent mandat. Il s’agit, en premier lieu, de ne pas laisser la machinerie fédérale et ses plus de deux millions de fonctionnaires les freiner5. Cette fois-ci, il y a un plan. Son nom : Project 2025, une « Mag(n)a carta » contre-révolutionnaire mitonnée par les cerveaux néoconservateurs du lobby Heritage Foundation, un organe « ouvertement autoritariste6 », selon la spécialiste du fascisme Ruth Ben-Ghiat. Son président, Kevin Roberts, considère que le premier mandat de Trump, « malgré de bonnes intentions, a démarré trop lentement, tout simplement7 ». Le document principal du Project 2025, Mandate for Leadership, explique en plus de 900 pages et 320 objectifs comment « démanteler l’État administratif » pour ensuite « décentraliser et privatiser autant que possible »8 ses fonctions, avant d’utiliser les agences restantes pour institutionnaliser le trumpisme.
L’un de ses leviers les plus médiatisés et critiqués est la classification professionnelle Schedule F, mise en place par Trump en 2020, immédiatement annulée par Joe Biden en 2021 puis réinstaurée dès les premiers jours du mandat Trump II. Elle permet de remplacer jusqu’à 50 000 fonctionnaires de carrière par une armée de bureaucrates-activistes loyaux au régime, formés à la guerre contre le deep state (l’État profond) dans une « académie » de Heritage Foundation9. Selon des documents internes révélés fin novembre 2025 par le collectif de lanceurs d’alerte DDoSecrets, près de 13 000 candidats avaient suivi la formation10 pour s’enrôler comme fantassins d’un véritable putsch administratif. La consigne est claire : frapper vite, fort, partout à la fois, from day one, et faire passer un maximum de réformes durant la lune de miel des cent premiers jours.
Message reçu. Les premiers mois du nouveau régime ont fait l’effet d’une effroyable tempête. Chaque jour, pendant que Trump multipliait les décrets et les appels à la haine, de nouvelles agences fédérales étaient pillées par Musk et ses « gardes rouges » du DOGE. D’entières bases de données ont été mises à sac, les employés limogés en masse. La vitesse et l’ampleur de la destruction étaient sidérantes. Un an après le début de l’exercice, 50 % des objectifs du Project 2025 ont été atteints11. Aux yeux des observateurs internationaux, les États-Unis ne sont plus une démocratie fonctionnelle12.
La presse états-unienne, désorientée, utilise le langage de Wall Street pour décrire une « OPA hostile »13 du pays par le duo Trump/Musk. D’autres, plus malicieux, parlent d’un « désassemblage rapide et imprévu14 » de l’État fédéral – reprenant l’euphémisme utilisé par SpaceX, l’entreprise aérospatiale de Musk, lorsqu’une fusée explose en vol.
Un an pile après le retour de Donald Trump au Bureauovale, tout est en ruines – y compris la Maison-Blanche, dont l’aile est a été rasée en octobre 2025 pour être remplacée par une monstrueuse salle de bal dorée à 400 millions de dollars, largement financée par l’industrie de la tech et des cryptomonnaies. Une allégorie architecturale du nouveau régime : brutal, oligarchique, grotesque, mégalomane15.
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« L’histoire enseigne, a dit Antonio Gramsci, mais elle n’a pas d’élèves. »
Ce que nous prenons pour un phénomène inédit – la désintégration programmée de l’administration fédérale des États-Unis par son propre gouvernement et l’installation d’un nouveau type de régime autoritaire à partir d’une élection démocratique – n’est peut-être en réalité que la réitération d’un événement historique pas si lointain. Pour comprendre le présent, il est souvent nécessaire de regarder par-dessus son épaule. Dans ce cas-ci, on gagne à se pencher sur un court et brillant essai de Curzio Malaparte, publié en France en 1931 et intitulé Technique du coup d’État. Preuve de sa justesse, le livre sera honni par trois de ses protagonistes : censuré par Hitler et brûlé en place publique dans l’Allemagne nazie, condamné par Trotski et banni en URSS, il vaudra aussi à Malaparte d’être confiné sur l’île de Lipari par Mussolini. Qu’a bien pu faire l’intellectuel italien pour mériter un tel traitement ? Rien de moins que de révéler, à travers l’analyse de huit coups d’État modernes, ce que l’on pourrait appeler aujourd’hui le code source du pouvoir au xxe siècle – et, par extension, la méthode pour renverser les dictateurs de l’époque.
La bonne vieille insurrection armée qui prenait d’assaut les écrins traditionnels du pouvoir (palais présidentiel, parlement, palais de justice) et s’appuyait sur la puissance d’une foule galvanisée est déjà désuète en 1931. Cette tactique, écrit Malaparte, « ôte tout caractère révolutionnaire aux séditions militaires. La police défend l’État comme si c’était une ville ; les militaires attaquent l’État comme si c’était une forteresse16 ». Il s’agit d’un type de soulèvement largement performatif et violent, et surtout, qui s’adapte mal à la réalité du pouvoir dans les sociétés industrielles.
De la même façon, les images comme celles de « QAnon Shaman » dans la salle du Congrès, torse nu, avec sa coiffe de fourrure surmontée de cornes de bison, et son visage bariolé d’un drapeau des États-Unis, peinent à dépasser le saugrenu parce qu’elles montrent un assaut du symbolique. Le 6 janvier 2021, tout n’était que spectacle, mais c’était une performance. « Il s’agissait avant tout de faire acte de présence et de se faire remarquer. […] Les véritables trophées de la journée furent les selfies », résume le professeur d’histoire Nicolas Guilhot17. Les victimes de cette attaque, en revanche, étaient bien réelles.
Ce jour-là, Trump n’a été qu’un Lénine de bas étage sans son Trotski. On peut imaginer qu’il ait voulu être « le stratège, l’idéologue, l’animateur, le deus ex machina de la révolution »18, comme l’écrit Malaparte au sujet de Lénine, mais il lui manquait un véritable « créateur de la technique du coup d’État bolchevique ».
Dans les sociétés modernes, imposer un régime et le maintenir, nous dit Malaparte, n’est pas une affaire de circonstances ou d’agitation idéologique. C’est une affaire de méthode. Il faut trouver les moyens appropriés aux conditions du moment. Ainsi, la tactique du 18 Brumaire, le putsch mené par Napoléon Bonaparte, n’est pas celle d’une sédition militaire. Le futur empereur apporte un élément nouveau : « la préoccupation de rester dans la légalité », et le 18 Brumaire représente « le premier coup d’État où l’on voit se poser les problèmes de la tactique révolutionnaire moderne »19. Mais ce n’est qu’avec la révolution d’octobre 1917 que se révèle la technique moderne du coup d’État.
Le coup de génie de Trotski est simple : ne pas viser le lieu du pouvoir ou les symboles de sa majesté, mais s’emparer de son infrastructure stratégique. Pour la première fois, la sédition n’attaque pas le pouvoir directement chez lui, mais sabote la tuyauterie qui le maintient en place. En amont de son insurrection, raconte Malaparte, Trotski « est parvenu à se procurer le plan des services techniques de la ville » de Petrograd. Ses gardes rouges « étudient sur place la disposition des conduites souterraines d’eau et de gaz, des câbles d’énergie électrique, de téléphone et de télégraphe. Deux d’entre eux ont exploré les égouts qui passent sous la résidence de l’État-major général. […] Il faut être en mesure d’isoler un quartier ou même un simple groupe de maisons en quelques minutes ; Trotski partage donc la ville en secteurs, fixe les points stratégiques, distribue les tâches »20.
Un millier d’hommes, répartis en équipes « d’ouvriers spécialisés, mécaniciens, électriciens, radiotélégraphistes, aux ordres d’ingénieurs, de techniciens connaissant le fonctionnement technique de l’État », infiltrent patiemment « les corridors des centraux téléphoniques et télégraphiques, de l’Hôtel des Postes, des Ministères, de l’État-major général, pour observer la distribution des bureaux, l’installation de la lumière électrique et du téléphone, garder dans les yeux et la mémoire le plan des édifices, et […] chercher dans l’organisation défensive de la machine technique, bureaucratique et militaire de l’État les lieux de moindre résistance, les côtés faibles, les points vulnérables ». Ils « tâtent les rouages de l’organisation technique, provoquent de temps en temps la paralysie partielle des organes les plus délicats ». Selon Malaparte, ce sont « les escarmouches préliminaires de l’insurrection »21.
Puis vient l’offensive. Dans la nuit du 6 au 7 novembre, les discrètes troupes d’assaut de Trotski s’emparent des centres névralgiques sans se voir opposer la moindre résistance. Les opérations, écrit Malaparte, « se sont déroulées avec une rapidité et une régularité surprenantes ». Petrograd continue de fonctionner normalement. Les tramways circulent, les magasins restent ouverts, chacun vaque à ses occupations. L’un des événements politiques les plus décisifs du xxe siècle s’est produit dans une indifférence quasi totale.
Qu’en déduit Malaparte ? Plusieurs observations contre-intuitives, mais terriblement justes sur la nature du pouvoir au xxe siècle et la manière la plus efficace de s’en emparer. Contrairement à la vision romantique répandue encore à ce jour, on ne prend pas le pouvoir grâce au soutien populaire ni grâce au charisme surnaturel d’un Grand Homme guidant le peuple. L’écrivain italien affirme que « le problème du coup d’État moderne est un problème d’ordre technique. L’insurrection est une machine […] : il faut des techniciens pour la mettre en mouvement, et seuls des techniciens peuvent l’arrêter ». Il assure que « l’insurrection ne se fait pas avec des masses, mais avec une poignée d’hommes prêts à tout, entraînés à la tactique insurrectionnelle, exercés à frapper rapidement, durement, les centres vitaux et l’organisation technique de l’État ». Qu’elle frappe loin des palais, car « la clef de l’État, ce n’est pas l’organisation bureaucratique et politique […] mais l’organisation technique, c’est-à-dire les centrales électriques, les chemins de fer, les téléphones, les télégraphes, les ports, les gazomètres, les aqueducs ». Enfin, qu’elle est reproductible puisqu’elle « ne dépend pas des conditions politiques, sociales, économiques du pays »22.
Infiltration de l’appareil technique de l’État, occupation des centres névralgiques de communication, sabotage des institutions récalcitrantes par des brigades d’ingénieurs spécialisés : les parallèles avec l’actualité deviennent difficiles à ignorer.
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Plus de cent ans après le coup d’État bolchevique, Trump et ses nouveaux stratèges font une mise à jour de la technique malapartienne à l’ère de la numérisation et de l’algorithmie : une technologie du coup d’État parfaitement adaptée à la dématérialisation du pouvoir contemporain dans l’éther de la donnée. Mais alors que Malaparte mettait en scène des
insurgés-techniciens, le modèle Trump II a ceci d’inédit qu’il prône une insurrection programmée par l’exécutif lui-même. Une contre-élite, élue démocratiquement, qui démolit brutalement et méthodiquement les institutions qui lui confèrent sa légitimité. L’éphémère DOGE, aboli après six mois d’(hyper)activité, en est évidemment la manifestation la plus agressive et la plus transparente. Véritable matérialisation technique des préceptes du Project 2025, il a parfaitement rempli sa mission – choquer, démolir, paralyser. Tel un ver informatique, les voilà encodés, lui et ses principes, au plus profond de la nouvelle administration. Fin du premier chapitre du coup d’État technologique.
Une fois l’ancien régime fédéral renversé, place à la consolidation de son successeur. En l’an 2 du trumpisme, la révolution (permanente) est avant tout l’oeuvre de deux proches collaborateurs de Trump. Ce sont eux qui définissent le mode opératoire du régime. Eux qui tracent le double horizon idéologique – la mort de l’État social et la « régénération » raciale des États-Unis – pour un exécutif qui, sans cela, ne serait que pure action. En effet, loin d’être un idéologue cohérent, Trump agit comme un générateur, un soleil noir auprès duquel ses lieutenants plus capables viennent s’alimenter en énergie. En arbitrant au minimum les disputes lorsque la situation l’exige, il assure un semblant de cohésion entre les multiples factions concurrentes de la coalition MAGA, aux objectifs politiques parfois incompatibles. Le reste du temps, il entretient le chaos d’une outrance, d’une insulte ou d’une pulsion.
Le technicien en chef, que Trump et son équipe ont affublé du sobriquet de « Grim Reaper » (grande faucheuse), s’appelle en vérité Russell Vought. Responsable, pour la seconde fois sous Trump, du Bureau de la gestion et du budget, c’est lui qui répartit aux quatre coins de l’État fédéral l’argent alloué par le Congrès. Bureaucrate discret, vétéran de Washington mû par une haine tenace de l’« État profond », il est à l’origine d’une partie des propositions de Project 2025.
Alors que Vought agit comme président de l’ombre, l’omniprésent et hyperactif Stephen Miller est perçu comme son premier ministre officieux. Chef de cabinet adjoint chargé des politiques, il assure le déploiement de l’industrie technopolicière de surveillance, ordonne les enlèvements de masse, accélère perpétuellement la concentration et la déportation des étrangers. Agent commercial de la xénophobie trumpiste au crâne toujours impeccablement rasé, il n’hésite pas à s’afficher en tenant du suprémacisme blanc comme en septembre 2025, lorsqu’il a affirmé ce qui suit lors de l’oraison funèbre du défunt Charlie Kirk : « Notre lignée, notre héritage remonte à Athènes, à Rome, à Philadelphie, à Monticello. […] Vous n’avez pas idée à quel point nous sommes déterminés à sauver cette civilisation, sauver l’Occident, et sauver cette république23. » En fait, une idée, on peut s’en faire une, sur la base de quelques statistiques éloquentes : sous ses ordres, l’agence fédérale ICE (Immigration and Customs Enforcement, soit le Service de l’immigration et des douanes), est devenue le bras armé du régime. Les 350 000 personnes déportées en un an et les 70 000 personnes détenues dans les camps de concentration (administrés, en grande majorité, par des entreprises privées comme GEO Group ou CoreCivic) ne suffisent pas : Miller et Trump visent un million de déportations par an. Sans se soucier une seconde de l’État de droit.
Ce qui relie entre elles les diverses et parfois contradictoires manifestations du trumpisme, c’est la technologie matricielle qui a permis le coup d’État technofasciste, oeuvre de la Silicon Valley devenue de facto le système nerveux central des États-Unis et d’autres gouvernements autoritaires ou en passe de le devenir. On peut observer le régime de Trump sous toutes ses coutures, on trouve partout la patte de la Silicon Valley. Ce sont ses entreprises, des béhémoths comme Alphabet, Meta ou Amazon, et les nouvelles (et déjà gigantesques) startups faiseuses d’IA comme OpenAI, Palantir ou Anduril, qui fournissent les technologies de calcul, d’analyse, de prédiction et de contrôle, indispensables à la reconfiguration organisationnelle du pays. Ce sont ses patrons mystiques – le trio sud-africain de la « PayPal Mafia » formé par Elon Musk, Peter Thiel et David Sacks, ou les nouvelles figures du complexe « militaro-industriel numérique » comme Alex Karp ou Palmer Luckey –, conscrits dans une administration Trump avec qui ils forment une « broligarchie » (l’oligarchie version tech bros), qui font le lien entre l’exécutif et l’infrastructure technofasciste sur le terrain24.
Le trumpisme du second mandat n’aurait jamais pu exister sans l’architecture logicielle et matérielle d’une industrie numérique dont l’appétit expansionniste et le mépris des normes démocratiques laissaient déjà craindre, en 2024, un « coup d’État permanent »25. Les fantassins de Trump n’auraient jamais pu neutraliser les agences fédérales, pas plus qu’ils n’auraient pu traquer les fonctionnaires récalcitrants, ficher les « ennemis de l’intérieur » toujours plus nombreux, maintenir le panoptique technopolicier et la machine à déportation ou anéantir l’unité fédérale pour satisfaire les désirs sécessionnistes de cette contre-élite et de son projet d’« accélération réactionnaire »26. Et la clé de voûte technologique de ce régime est indéniablement ce que l’on appelle désormais « intelligence artificielle » : des systèmes de calcul « construits pour fonctionner de manière à dégrader et potentiellement détruire les institutions civiques indispensables27 » comme l’État de droit, la presse ou l’université. Des machines à asphyxier le corps social, en l’amputant de ses mécanismes de délibération et de production de connaissances.
En 2026, les États-Unis et la Chine sont deux itérations d’un même système d’exploitation, que la chercheuse Jennifer Lind nomme « smart authoritarianism28 » (autoritarisme intelligent) : des régimes antidémocratiques qui, consolidés par les technologies de répression numériques du capitalisme de surveillance, peuvent désormais se permettre de maintenir une apparence parlementaire tout en exerçant une oppression constante et réticulaire sur leur population. La Silicon Valley, bassin de l’industrie la plus puissante de la planète, est le socle du nouveau fascisme états-unien. Ses multinationales, ses PDG, ses logiciels, son ethos, son matériel et ses fonds d’investissement sont intégrés à l’appareil d’État trumpiste qui réécrit les lois et réaffecte l’argent public en faveur de ces champions du « patriotisme technologique ». L’alliance est rentable pour les deux parties, qui fonctionnent comme un duopole immuable. Pouvoir, argent et infrastructures se concentrent toujours plus entre les mêmes mains.
L’économiste italienne Francesca Bria a récemment cartographié ce réseau de collaborations mutuellement bénéfiques, de contrats publics et de capture réglementaire. Empruntant au vocabulaire des réseaux informatiques, elle décrit le résultat de cette intégration réciproque entre puissance publique et technocapital comme une « stack autoritaire »29 – une pile cohérente d’entités techniques, juridiques, financières et politiques, qui n’oeuvre plus qu’à la consolidation de son propre monopole. Une oligarchie de droit technologique dont le maillage se resserre à chaque nouveau contrat public, et qui pourrait devenir, à l’instar de Palantir, totalement indélogeable, quand bien même Trump et ses « gardes rouges » seraient éjectés du pouvoir par les urnes. Là où Trotski et ses hommes se contentaient de prendre le contrôle des infrastructures, les technofascistes et leurs soutiens MAGA deviennent l’État. Entrés par effraction puis progressivement métastasés dans l’organisme public, ils deviennent impossibles à extraire.
Ou, pour reprendre les mots d’un Donald Trump ahuri, qui philosophait durant les premiers jours de son second mandat, assis au volant d’une Tesla rouge devant la Maison-Blanche : everything’s computer (tout est ordinateur)30.
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Comment lutter contre une technologie du coup d’État qui forme simultanément un coup d’État technologique ? Quelles stratégies, quelles technologies mobiliser en retour pour freiner la propagation de l’infection trumpiste aux autres pays néolibéraux, notamment européens, dont les appareils d’État sont déjà affaiblis par leur dépendance structurelle aux logiciels de la Silicon Valley ? Comment empêcher le coup d’État lorsque les administrations contemporaines barbotent dans l’environnement logiciel fourni par Microsoft, lorsque leurs données dorment sur des serveurs Amazon, lorsque leurs employés communiquent grâce à Gmail, Teams et WhatsApp, et lorsque les ministères communiquent en priorité sur X ?
Pour nos nations vassalisées, repenser les structures de gouvernance au xxie siècle n’est plus seulement une question de souveraineté, mais de survie. Car les parasites des extrêmes droites européennes ont bien compris une chose : dans un pouvoir informatisé, le coup d’État prend lui-même la forme d’un logiciel, un algorithme – au sens générique du mot, un « ensemble de règles opératoires dont l’application permet de résoudre un problème énoncé au moyen d’un nombre fini d’opérations » – c’est ce que l’on constatera dans l’analyse méthodique de la « méthode DOGE », théorisée bien avant l’arrivée d’Elon Musk sous le chapiteau trumpiste. L’exemple MAGA leur a fourni un tutoriel pas à pas, exportable et potentiellement transposable à toute situation et toute entité politique – puisque, rappelons-nous Malaparte, le coup d’État ne dépend ni de conditions politiques et sociales préalables ni du charisme d’un idéologue particulier. En conséquence, avec l’appui logistique de son fournisseur états-unien, une internationale réactionnaire planétaire, allant de l’Argentin Javier Milei jusqu’à l’Italienne Giorgia Meloni, reprend, affine et met à jour la recette insurrectionnelle contemporaine, à l’intention des prochains qui passeront devant les urnes.
L’algorithme s’exporte, se partage, se télécharge. D’autres autocrates en puissance, souvent députés de la nation, trépignent dans leurs starting-blocks ; au Royaume-Uni, en France, au Canada et ailleurs. À leur tour, ils planifient, cartographient, testent les vulnérabilités. Comme ces puissants groupes de hackers invisibles, que le monde de la cybersécurité appelle génériquement un APT (advanced persistent threat, menace persistante avancée), qui s’infiltrent durant des années dans des systèmes informatiques massifs, sans déclencher d’alerte, jusqu’à en posséder virtuellement le contrôle. Partout en Europe, le technofascisme se veut l’APT tapi dans les serveurs de la démocratie numérisée.
Ce livre, pensé comme une mise à jour de l’essai de Malaparte, propose une analyse des dix-huit premiers mois du coup d’État trumpiste. Son auteur n’est pas historien, mais journaliste technocritique. L’ambition de cet essai : dévoiler, sous la cacophonie virale du trumpisme, cette nouvelle technique du coup d’État devenue une technologie – un ensemble d’outils numériques de calcul et de prédiction, mis au service d’un projet de reconfiguration radicale de la puissance publique –, dont le mode opératoire rompt avec notre perception historique de l’autoritarisme. Malaparte a été condamné à l’exil et son livre brûlé parce que, en dévoilant la manière optimale de prendre le pouvoir sans passer par les urnes ou prendre d’assaut les lieux visibles du pouvoir, il a simultanément dévoilé la meilleure manière de protéger l’État… et de renverser un pouvoir autocratique. Ce qui a provoqué l’ire de Hitler et Mussolini, c’est que Malaparte laissait entendre que n’importe quel groupe un tant soit peu organisé pouvait renverser le Duce et le Troisième Reich. C’était vrai hier, et ce l’est encore aujourd’hui.
Tout en tirant les leçons de l’histoire, l’antifascisme doit adapter ses tactiques aux mutations de l’ennemi, le poursuivre et l’affronter sur son nouvel espace de lutte qu’est l’infrastructure numérique. Les stratégies sont variées. Qu’il s’agisse d’une action comme Occupy Bureaucracy31, une armée de fonctionnaires « rouges » désobéissant et sabotant leur propre engin de travail, d’une suite logicielle pirate, étanche aux control freaks de la Silicon Valley, d’une caste d’ingénieurs choisissant la désertion32, l’archipel des résistances ne peut pas se contenter d’être le sable dans la machine de l’oppression : il doit à son tour déployer un algorithme. Devenir le bug, le ver informatique qui anéantira la monstrueuse entreprise du fascisme contemporain technicisé.
L’analyse à froid de la technologie du coup d’État trumpiste et de ses programmeurs nous fournit, en creux, l’antidote au poison de l’autoritarisme, aux États-Unis et dans le reste des démocraties occidentales malades du néolibéralisme. Le phénomène technofasciste n’est pas une rupture, mais une culmination. Trump, Milei et les autres ne sont pas implacables ; Musk, Thiel et les techno-oligarques ne détiennent pas les clés du futur. Leur hégémonie actuelle est artificielle, bâtie sur trente ans de dérégulation et d’impunité légale manufacturées par une classe politique complice. Pour mettre fin à leur règne, il est donc impératif d’observer leur mode opératoire et d’en identifier les vulnérabilités.
Couverture du livre de Thibault Prévost, Technologie du Coup d’Etat.
NOTES
1 Tom Dreisbach et Barbara Van Woerkom, « “This Is Not a Peaceful Protest!” », NPR, 4 janvier 2026. 2 Sur cette question, lire Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, Apocalypse Nerds. Comment les technofascistes ont pris le pouvoir, Quimperlé, Divergences, 2025. 3 « Here Are the Executive Actions and Orders Trump Signed on Day 1 », The Washington Post, 20 janvier 2025. 4 Gerhard Peters et John T. Woolley (dir.), « Executive Orders: Washington – Trump II », The American Presidency Project, 20 mai 2026. 5 « Workforce Size & Composition », U.S. Office of Personnel Management, mars 2026. 6 Ruth Ben-Ghiat, « The Permanent Counterrevolution », The New Republic, 16 mai 2024. 7 Lulu Garcia-Navarro, « Inside the Heritage Foundation’s Plans for “Institutionalizing Trumpism” », The New York Times, 21 janvier 2024. 8 Paul Dans et Steven Groves (dir.), Mandate for Leadership: The Conservative Promise. Project 2025, Washington, The Heritage Foundation, 2023, p. 3 et 83. 9 Andy Kroll et Nick Surgey, « Watch: 14 Hours of Never-Before-Published Videos from Project 2025’s Presidential Administration Academy », ProPublica, 10 août 2024. 10 Jason Wilson, « Leaked Files Show Far-Right Influences Among Project 2025 Applicants », The Guardian, 28 novembre 2025. 11 Voir le site web Project 2025 Tracker, s. d. 12 Lauren Gambino, « American Democracy on the Brink a Year After Trump’s Inauguration, Experts Say », The Guardian, 21 janvier 2026. 13 Thomas B. Edsall, « Elon Musk Is Leading a “Hostile Takeover of the Federal Government” », The New York Times, 18 février 2025. 14 Charlie Warzel, « The “Rapid Unscheduled Disassembly” of the United States Government », The Atlantic, 3 février 2025. 15 Luke Broadwater et Zach Montague, « Fine Arts Panel, Remade by Trump, Indicates Support for His Ballroom Plan », The New York Times, 22 janvier 2026. 16 Curzio Malaparte, Technique du coup d’État, Paris, Grasset, coll. « Les Cahiers rouges », 2022 [1931], p. 84. 17 Nicolas Guilhot, « D’un chaman à l’autre : théories du complot et impasses du debunking », AOC, 9 novembre 2021. 18 Malaparte, Technique du coup d’État, op. cit., p. 27. 19 Ibid., p. 90. 20 Ibid., p. 40-41. 21 Ibid., p. 40, 56 et 62. 22 Ibid., p. 42 et 56. 23 Robert McCoy, « Stephen Miller’s Charlie Kirk Tribute Was as Sinister as It Gets », The New Republic, 22 septembre 2025. 24 Carole Cadwalladr, « How to Survive the Broligarchy: The Trump- Musk Crackdown Is Coming. Here’s 20 Lessons in How to Survive It », How to Survive the Broligarchy, 17 novembre 2024. 25 Marietje Schaake, « Le coup d’État permanent de la Silicon Valley » dans Giuliano Da Empoli (dir.), L’empire de l’ombre. Guerre et terre au temps de l’IA, Paris, Gallimard, 2025. 26 Lorenzo Castellani, « L’ère de l’accélération réactionnaire », Le Grand Continent, 8 novembre 2024. 27 Woodrow Hartzog et Jessica M. Silbey, « How AI Destroys Institutions », UC Law Journal, vol. 77, no 4, mai 2026, p. 727-770. 28 Justin Hendrix, « Unpacking the Rise of “Smart Authoritarianism” in China », Tech Policy Press, 25 janvier 2026. 29 Francesca Bria, The Authoritarian Stack, site web, 2025. 30 wirelyss, sakshi et Zach, « Everything Is Computer », Know Your Meme, 12 mars 2025. 31 Ned Resnikoff, « The Left Needs Bureaucrats », Dissent, 2026. 32 Jeanne Mermet, Désertons, Paris/Marseille, Les Liens qui Libèrent/Wildproject, 2025.
Dans Technologie du coup d’Etat, les programmeurs de l’Apocalypse (Lux éditeur), le journaliste Thibault Prévost (qui avait déjà signé en 2024, Les prophètes de l’IA – voir notre lecture) dissèque le putsch numérique qui a eu lieu depuis le début du second mandat de Donald Trump, comme une recette, désormais disponible à qui voudra transformer à jamais d’autres régimes politiques. Pour tout comprendre au technofascisme à l’œuvre, ce qu’il transforme, il faut dévorer ce petit livre. On vous en p
Dans Technologie du coup d’Etat, les programmeurs de l’Apocalypse (Lux éditeur), le journaliste Thibault Prévost (qui avait déjà signé en 2024, Les prophètes de l’IA – voir notre lecture) dissèque le putsch numérique qui a eu lieu depuis le début du second mandat de Donald Trump, comme une recette, désormais disponible à qui voudra transformer à jamais d’autres régimes politiques. Pour tout comprendre au technofascisme à l’œuvre, ce qu’il transforme, il faut dévorer ce petit livre. On vous en propose l’introduction. Pour lire les pages suivantes, il faudra vous rendre jusqu’à une librairie. Vous ne le regretterez pas.
Le problème du coup d’État moderne est un problème d’ordre technique. L’insurrection est une machine […] : il faut des techniciens pour la mettre en mouvement, et seuls des techniciens peuvent l’arrêter. Curzio Malaparte, Technique du coup d’État
Six janvier 2021, Washington, D.C. Près de 30 000 personnes sont rassemblées sur la pelouse du parc de l’Ellipse, face à la Maison-Blanche. La foule est là, scande-t-elle, pour « sauver l’Amérique » – comme l’y a exhorté Donald Trump en choisissant d’appeler ce meeting « Save America ». Il est 10 heures du matin, la masse trépigne, sent que quelque chose va se jouer. Depuis la victoire de Joe Biden, annoncée tardivement le 7 novembre, Trump prétend que l’élection a été truquée et que le président légitime, c’est lui. Pour que « cesse le braquage » (« Stop the Steal », un autre slogan), il a rassemblé sa base dans la capitale. L’objectif : faire pression sur le vice-président Mike Pence et le Congrès afin qu’ils invalident la victoire de Joe Biden. C’est sa dernière chance de révoquer le scrutin.
L’atmosphère politique du pays est irrespirable. Depuis plusieurs semaines, les têtes de gondole de l’alt-right – l’animateur complotiste Alex Jones et le militant néonazi Nick Fuentes, pour ne nommer qu’eux – entretiennent le délire trumpiste d’une élection volée et galvanisent les soutiens du président sortant. Le 5 janvier, on a trouvé deux bombes devant les sièges des partis démocrate et républicain. Le matin du 6, les omniprésentes casquettes rouge pompier siglées MAGA (« Make America Great Again ») côtoient les équipements tactiques des milices d’extrême droite Proud Boys et Oath Keepers, dont les états-majors ont annoncé qu’ils viendraient armés au rassemblement, avec l’intention d’en découdre.
Quelques minutes avant midi, Trump prend la parole, protégé par une vitre pare-balles. Il multiplie les appels à se « battre » et à « marcher vers le Capitole », prévient que « si nous ne nous battons pas comme des chiens, nous n’aurons plus de pays »1. À 13 h 12, après quatre-vingt-quatre minutes de discours, la foule d’Ellipse Park scande « prenons le Capitole ». Son voeu est en train d’être exaucé : à quelques encablures de la Maison-Blanche, 200 à 300 membres des Proud Boys viennent de franchir les barrières de police qui protégeaient l’entrée ouest du siège du Congrès. L’attaque est préméditée : on apprendra plus tard qu’un document intitulé « 1776 Returns » et appelant entre autres à « prendre d’assaut le palais d’Hiver », curieuse référence à la Révolution bolchevique de 1917, avait été distribué dès le 30 décembre dans les rangs de la milice.
À 14 heures, les premiers émeutiers pénètrent dans un bâtiment presque vide. Alors que les derniers députés se retranchent sous la protection des services secrets, 2 000 à 2 500 personnes pillent l’aile nord qui abrite le Sénat et retransmettent l’émeute en direct sur les réseaux sociaux. À 17 heures, le « crime le plus filmé de l’histoire des États-Unis » a été commis. Bilan : 174 blessés dans les rangs de la police, et 5 morts.
Pour la presse états-unienne, le pays vient de vivre une « insurrection », une « émeute », un « soulèvement ». En 2023, le FBI parlera « d’acte de terrorisme intérieur ». Mais, s’il y avait une formule à retenir, ce serait celle de Steve Bannon, qui claironnait dès le 4 janvier son intention d’organiser un « coup d’État sans effusion de sang ». Double échec : le sang a coulé, et le coup d’État a échoué.
La doctrine politique de Steve Bannon, le Raspoutine du premier mandat de Trump, est fortement influencée par ses années passées dans le monde du jeu vidéo et les communautés en ligne. Cet univers repose sur un principe fondateur : politics is downstream from culture – la politique découle de la culture, et particulièrement de la culture web. Et sur une méthode simple : flood the zone with shit – saturez l’espace de contenus viraux, pour entretenir la confusion, arracher de ses gonds la fenêtre d’Overton et sidérer les gardiens habituels de l’acceptabilité politique.
En réalité, Bannon n’a pas inventé la roue. Il s’est contenté de réaffecter à l’extrême droite deux tactiques issues du marxisme – la « bataille culturelle » d’Antonio Gramsci et la « révolution permanente » de Léon Trotski. Sa seule innovation aura été de les adapter à l’ère de la mémétique, en faisant le pari que les extrémistes anonymes et organisés du forum 4chan parviendraient, à force de troller à tout vent, à imposer le régime postdémocratique qu’il appelait de ses vœux.
Mais, en 2020, le monde physique n’est pas encore contraint de refléter le monde numérique. La mascarade finale, gueularde, désordonnée et brutale du premier mandat de Trump en est la preuve. Le chaos, même entretenu, ne fait pas le poids face aux institutions du plus puissant appareil d’État occidental. On ne renverse pas le gouvernement des États-Unis avec des mèmes, un clown venu de la téléréalité et une jacquerie complotiste. À l’agitation et aux effets de manches postmodernes faisaient encore défaut un art du coup d’État. On ne perdait rien pour attendre.
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Vingt janvier 2025, Washington D.C.
L’investiture de Trump II s’ouvre sur un paysage politique radicalement différent de celui de 2021. Les rues, cette fois-ci, sont parfaitement calmes. Les milliardaires de la Silicon Valley, qui avaient préféré garder le silence pendant la campagne, sont venus docilement, en ligne, prêter allégeance au nouveau président. Ils ont renoncé à la stratégie de résistance performative qu’ils avaient suivie lors du premier mandat Trump et qui avait culminé, juste après l’assaut du Capitole, avec la désactivation de plusieurs comptes de réseaux sociaux du président déchu. Ayant retourné leur veste moins d’un an plus tard, les chefs du cartel de la tech, ouvertement favorables au projet autoritaire trumpiste, annoncent qu’ils mettront désormais leurs infrastructures numériques au service du nouveau régime, avec zèle et jubilation. Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, a investi pas loin de 300 millions de dollars dans la campagne de Trump, s’achetant ainsi un poste de bras droit du président. Ce mariage incongru entre les paléolibertariens du monde MAGA et les transhumanistes mystiques de la Silicon Valley a désormais un nom : le technofascisme2.
Steve Bannon et son idéal insurrectionnel, celui d’un petit peuple radicalisé prenant les institutions par les armes, sont dès lors ringardisés. Le populisme et l’autoritarisme ont appris de leurs insuccès. Cette fois-ci, l’objectif est de changer le système de l’intérieur. Et la méthode est nettement mieux aiguisée.
Le changement de régime se fait immédiatement sentir. Dès le premier jour de son mandat, le 47e président des États-Unis signe 26 décrets présidentiels, dont certains particulièrement symboliques. Abolition du droit du sol. Fin du télétravail pour les fonctionnaires. Retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat et de l’Organisation mondiale de la Santé. Annulation des programmes « Égalité, diversité, inclusion » (EDI) mis en place par l’administration Biden. Sursis et peines commuées pour les émeutiers du 6 janvier 20213. Création du Department of Government Efficiency, le ministère de l’Efficacité gouvernementale, en réalité une sorte de ministère de la démolition, réclamé et dirigé par Elon Musk. Son acronyme, DOGE, n’évoque que par hasard la figure de l’autocrate de la cité-État vénitienne : dans le pur style muskien, il est plutôt censé rappeler le dogecoin, une cryptomonnaie dérivée d’une photo de chien devenue un mème.
Le ton est donné : le Donald Trump ahuri de 2016 et ses bouffons d’extrême droite ont cédé la place à une machine de guerre qui a eu quatre ans pour se préparer à prendre, exercer, et surtout garder le pouvoir. Dans les cercles MAGA, on parle désormais ouvertement de la théorie de l’exécutif unitaire – un fantasme autoritaire et soi-disant antibureaucratique de l’ère Reagan qui s’inspire d’une interprétation maximaliste de l’article 2 de la Constitution pour prétendre que le pouvoir exécutif peut être exercé intégralement et exclusivement par le chef de l’État. Ce pouvoir présidentiel serait ainsi hors de portée de l’« État administratif » honni par le parti Républicain, et très au-dessus du pouvoir législatif. Pour son second mandat, Trump, on le sait maintenant, a adopté d’emblée ce mode opératoire : en janvier 2026, après un an de règne jour pour jour, il avait signé 229 décrets exécutifs – soit 9 de plus que durant les quatre années qu’a duré son premier mandat4.
Pour Trump et sa nouvelle équipe, hors de question de répéter les erreurs du précédent mandat. Il s’agit, en premier lieu, de ne pas laisser la machinerie fédérale et ses plus de deux millions de fonctionnaires les freiner5. Cette fois-ci, il y a un plan. Son nom : Project 2025, une « Mag(n)a carta » contre-révolutionnaire mitonnée par les cerveaux néoconservateurs du lobby Heritage Foundation, un organe « ouvertement autoritariste6 », selon la spécialiste du fascisme Ruth Ben-Ghiat. Son président, Kevin Roberts, considère que le premier mandat de Trump, « malgré de bonnes intentions, a démarré trop lentement, tout simplement7 ». Le document principal du Project 2025, Mandate for Leadership, explique en plus de 900 pages et 320 objectifs comment « démanteler l’État administratif » pour ensuite « décentraliser et privatiser autant que possible »8 ses fonctions, avant d’utiliser les agences restantes pour institutionnaliser le trumpisme.
L’un de ses leviers les plus médiatisés et critiqués est la classification professionnelle Schedule F, mise en place par Trump en 2020, immédiatement annulée par Joe Biden en 2021 puis réinstaurée dès les premiers jours du mandat Trump II. Elle permet de remplacer jusqu’à 50 000 fonctionnaires de carrière par une armée de bureaucrates-activistes loyaux au régime, formés à la guerre contre le deep state (l’État profond) dans une « académie » de Heritage Foundation9. Selon des documents internes révélés fin novembre 2025 par le collectif de lanceurs d’alerte DDoSecrets, près de 13 000 candidats avaient suivi la formation10 pour s’enrôler comme fantassins d’un véritable putsch administratif. La consigne est claire : frapper vite, fort, partout à la fois, from day one, et faire passer un maximum de réformes durant la lune de miel des cent premiers jours.
Message reçu. Les premiers mois du nouveau régime ont fait l’effet d’une effroyable tempête. Chaque jour, pendant que Trump multipliait les décrets et les appels à la haine, de nouvelles agences fédérales étaient pillées par Musk et ses « gardes rouges » du DOGE. D’entières bases de données ont été mises à sac, les employés limogés en masse. La vitesse et l’ampleur de la destruction étaient sidérantes. Un an après le début de l’exercice, 50 % des objectifs du Project 2025 ont été atteints11. Aux yeux des observateurs internationaux, les États-Unis ne sont plus une démocratie fonctionnelle12.
La presse états-unienne, désorientée, utilise le langage de Wall Street pour décrire une « OPA hostile »13 du pays par le duo Trump/Musk. D’autres, plus malicieux, parlent d’un « désassemblage rapide et imprévu14 » de l’État fédéral – reprenant l’euphémisme utilisé par SpaceX, l’entreprise aérospatiale de Musk, lorsqu’une fusée explose en vol.
Un an pile après le retour de Donald Trump au Bureauovale, tout est en ruines – y compris la Maison-Blanche, dont l’aile est a été rasée en octobre 2025 pour être remplacée par une monstrueuse salle de bal dorée à 400 millions de dollars, largement financée par l’industrie de la tech et des cryptomonnaies. Une allégorie architecturale du nouveau régime : brutal, oligarchique, grotesque, mégalomane15.
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« L’histoire enseigne, a dit Antonio Gramsci, mais elle n’a pas d’élèves. »
Ce que nous prenons pour un phénomène inédit – la désintégration programmée de l’administration fédérale des États-Unis par son propre gouvernement et l’installation d’un nouveau type de régime autoritaire à partir d’une élection démocratique – n’est peut-être en réalité que la réitération d’un événement historique pas si lointain. Pour comprendre le présent, il est souvent nécessaire de regarder par-dessus son épaule. Dans ce cas-ci, on gagne à se pencher sur un court et brillant essai de Curzio Malaparte, publié en France en 1931 et intitulé Technique du coup d’État. Preuve de sa justesse, le livre sera honni par trois de ses protagonistes : censuré par Hitler et brûlé en place publique dans l’Allemagne nazie, condamné par Trotski et banni en URSS, il vaudra aussi à Malaparte d’être confiné sur l’île de Lipari par Mussolini. Qu’a bien pu faire l’intellectuel italien pour mériter un tel traitement ? Rien de moins que de révéler, à travers l’analyse de huit coups d’État modernes, ce que l’on pourrait appeler aujourd’hui le code source du pouvoir au xxe siècle – et, par extension, la méthode pour renverser les dictateurs de l’époque.
La bonne vieille insurrection armée qui prenait d’assaut les écrins traditionnels du pouvoir (palais présidentiel, parlement, palais de justice) et s’appuyait sur la puissance d’une foule galvanisée est déjà désuète en 1931. Cette tactique, écrit Malaparte, « ôte tout caractère révolutionnaire aux séditions militaires. La police défend l’État comme si c’était une ville ; les militaires attaquent l’État comme si c’était une forteresse16 ». Il s’agit d’un type de soulèvement largement performatif et violent, et surtout, qui s’adapte mal à la réalité du pouvoir dans les sociétés industrielles.
De la même façon, les images comme celles de « QAnon Shaman » dans la salle du Congrès, torse nu, avec sa coiffe de fourrure surmontée de cornes de bison, et son visage bariolé d’un drapeau des États-Unis, peinent à dépasser le saugrenu parce qu’elles montrent un assaut du symbolique. Le 6 janvier 2021, tout n’était que spectacle, mais c’était une performance. « Il s’agissait avant tout de faire acte de présence et de se faire remarquer. […] Les véritables trophées de la journée furent les selfies », résume le professeur d’histoire Nicolas Guilhot17. Les victimes de cette attaque, en revanche, étaient bien réelles.
Ce jour-là, Trump n’a été qu’un Lénine de bas étage sans son Trotski. On peut imaginer qu’il ait voulu être « le stratège, l’idéologue, l’animateur, le deus ex machina de la révolution »18, comme l’écrit Malaparte au sujet de Lénine, mais il lui manquait un véritable « créateur de la technique du coup d’État bolchevique ».
Dans les sociétés modernes, imposer un régime et le maintenir, nous dit Malaparte, n’est pas une affaire de circonstances ou d’agitation idéologique. C’est une affaire de méthode. Il faut trouver les moyens appropriés aux conditions du moment. Ainsi, la tactique du 18 Brumaire, le putsch mené par Napoléon Bonaparte, n’est pas celle d’une sédition militaire. Le futur empereur apporte un élément nouveau : « la préoccupation de rester dans la légalité », et le 18 Brumaire représente « le premier coup d’État où l’on voit se poser les problèmes de la tactique révolutionnaire moderne »19. Mais ce n’est qu’avec la révolution d’octobre 1917 que se révèle la technique moderne du coup d’État.
Le coup de génie de Trotski est simple : ne pas viser le lieu du pouvoir ou les symboles de sa majesté, mais s’emparer de son infrastructure stratégique. Pour la première fois, la sédition n’attaque pas le pouvoir directement chez lui, mais sabote la tuyauterie qui le maintient en place. En amont de son insurrection, raconte Malaparte, Trotski « est parvenu à se procurer le plan des services techniques de la ville » de Petrograd. Ses gardes rouges « étudient sur place la disposition des conduites souterraines d’eau et de gaz, des câbles d’énergie électrique, de téléphone et de télégraphe. Deux d’entre eux ont exploré les égouts qui passent sous la résidence de l’État-major général. […] Il faut être en mesure d’isoler un quartier ou même un simple groupe de maisons en quelques minutes ; Trotski partage donc la ville en secteurs, fixe les points stratégiques, distribue les tâches »20.
Un millier d’hommes, répartis en équipes « d’ouvriers spécialisés, mécaniciens, électriciens, radiotélégraphistes, aux ordres d’ingénieurs, de techniciens connaissant le fonctionnement technique de l’État », infiltrent patiemment « les corridors des centraux téléphoniques et télégraphiques, de l’Hôtel des Postes, des Ministères, de l’État-major général, pour observer la distribution des bureaux, l’installation de la lumière électrique et du téléphone, garder dans les yeux et la mémoire le plan des édifices, et […] chercher dans l’organisation défensive de la machine technique, bureaucratique et militaire de l’État les lieux de moindre résistance, les côtés faibles, les points vulnérables ». Ils « tâtent les rouages de l’organisation technique, provoquent de temps en temps la paralysie partielle des organes les plus délicats ». Selon Malaparte, ce sont « les escarmouches préliminaires de l’insurrection »21.
Puis vient l’offensive. Dans la nuit du 6 au 7 novembre, les discrètes troupes d’assaut de Trotski s’emparent des centres névralgiques sans se voir opposer la moindre résistance. Les opérations, écrit Malaparte, « se sont déroulées avec une rapidité et une régularité surprenantes ». Petrograd continue de fonctionner normalement. Les tramways circulent, les magasins restent ouverts, chacun vaque à ses occupations. L’un des événements politiques les plus décisifs du xxe siècle s’est produit dans une indifférence quasi totale.
Qu’en déduit Malaparte ? Plusieurs observations contre-intuitives, mais terriblement justes sur la nature du pouvoir au xxe siècle et la manière la plus efficace de s’en emparer. Contrairement à la vision romantique répandue encore à ce jour, on ne prend pas le pouvoir grâce au soutien populaire ni grâce au charisme surnaturel d’un Grand Homme guidant le peuple. L’écrivain italien affirme que « le problème du coup d’État moderne est un problème d’ordre technique. L’insurrection est une machine […] : il faut des techniciens pour la mettre en mouvement, et seuls des techniciens peuvent l’arrêter ». Il assure que « l’insurrection ne se fait pas avec des masses, mais avec une poignée d’hommes prêts à tout, entraînés à la tactique insurrectionnelle, exercés à frapper rapidement, durement, les centres vitaux et l’organisation technique de l’État ». Qu’elle frappe loin des palais, car « la clef de l’État, ce n’est pas l’organisation bureaucratique et politique […] mais l’organisation technique, c’est-à-dire les centrales électriques, les chemins de fer, les téléphones, les télégraphes, les ports, les gazomètres, les aqueducs ». Enfin, qu’elle est reproductible puisqu’elle « ne dépend pas des conditions politiques, sociales, économiques du pays »22.
Infiltration de l’appareil technique de l’État, occupation des centres névralgiques de communication, sabotage des institutions récalcitrantes par des brigades d’ingénieurs spécialisés : les parallèles avec l’actualité deviennent difficiles à ignorer.
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Plus de cent ans après le coup d’État bolchevique, Trump et ses nouveaux stratèges font une mise à jour de la technique malapartienne à l’ère de la numérisation et de l’algorithmie : une technologie du coup d’État parfaitement adaptée à la dématérialisation du pouvoir contemporain dans l’éther de la donnée. Mais alors que Malaparte mettait en scène des
insurgés-techniciens, le modèle Trump II a ceci d’inédit qu’il prône une insurrection programmée par l’exécutif lui-même. Une contre-élite, élue démocratiquement, qui démolit brutalement et méthodiquement les institutions qui lui confèrent sa légitimité. L’éphémère DOGE, aboli après six mois d’(hyper)activité, en est évidemment la manifestation la plus agressive et la plus transparente. Véritable matérialisation technique des préceptes du Project 2025, il a parfaitement rempli sa mission – choquer, démolir, paralyser. Tel un ver informatique, les voilà encodés, lui et ses principes, au plus profond de la nouvelle administration. Fin du premier chapitre du coup d’État technologique.
Une fois l’ancien régime fédéral renversé, place à la consolidation de son successeur. En l’an 2 du trumpisme, la révolution (permanente) est avant tout l’oeuvre de deux proches collaborateurs de Trump. Ce sont eux qui définissent le mode opératoire du régime. Eux qui tracent le double horizon idéologique – la mort de l’État social et la « régénération » raciale des États-Unis – pour un exécutif qui, sans cela, ne serait que pure action. En effet, loin d’être un idéologue cohérent, Trump agit comme un générateur, un soleil noir auprès duquel ses lieutenants plus capables viennent s’alimenter en énergie. En arbitrant au minimum les disputes lorsque la situation l’exige, il assure un semblant de cohésion entre les multiples factions concurrentes de la coalition MAGA, aux objectifs politiques parfois incompatibles. Le reste du temps, il entretient le chaos d’une outrance, d’une insulte ou d’une pulsion.
Le technicien en chef, que Trump et son équipe ont affublé du sobriquet de « Grim Reaper » (grande faucheuse), s’appelle en vérité Russell Vought. Responsable, pour la seconde fois sous Trump, du Bureau de la gestion et du budget, c’est lui qui répartit aux quatre coins de l’État fédéral l’argent alloué par le Congrès. Bureaucrate discret, vétéran de Washington mû par une haine tenace de l’« État profond », il est à l’origine d’une partie des propositions de Project 2025.
Alors que Vought agit comme président de l’ombre, l’omniprésent et hyperactif Stephen Miller est perçu comme son premier ministre officieux. Chef de cabinet adjoint chargé des politiques, il assure le déploiement de l’industrie technopolicière de surveillance, ordonne les enlèvements de masse, accélère perpétuellement la concentration et la déportation des étrangers. Agent commercial de la xénophobie trumpiste au crâne toujours impeccablement rasé, il n’hésite pas à s’afficher en tenant du suprémacisme blanc comme en septembre 2025, lorsqu’il a affirmé ce qui suit lors de l’oraison funèbre du défunt Charlie Kirk : « Notre lignée, notre héritage remonte à Athènes, à Rome, à Philadelphie, à Monticello. […] Vous n’avez pas idée à quel point nous sommes déterminés à sauver cette civilisation, sauver l’Occident, et sauver cette république23. » En fait, une idée, on peut s’en faire une, sur la base de quelques statistiques éloquentes : sous ses ordres, l’agence fédérale ICE (Immigration and Customs Enforcement, soit le Service de l’immigration et des douanes), est devenue le bras armé du régime. Les 350 000 personnes déportées en un an et les 70 000 personnes détenues dans les camps de concentration (administrés, en grande majorité, par des entreprises privées comme GEO Group ou CoreCivic) ne suffisent pas : Miller et Trump visent un million de déportations par an. Sans se soucier une seconde de l’État de droit.
Ce qui relie entre elles les diverses et parfois contradictoires manifestations du trumpisme, c’est la technologie matricielle qui a permis le coup d’État technofasciste, oeuvre de la Silicon Valley devenue de facto le système nerveux central des États-Unis et d’autres gouvernements autoritaires ou en passe de le devenir. On peut observer le régime de Trump sous toutes ses coutures, on trouve partout la patte de la Silicon Valley. Ce sont ses entreprises, des béhémoths comme Alphabet, Meta ou Amazon, et les nouvelles (et déjà gigantesques) startups faiseuses d’IA comme OpenAI, Palantir ou Anduril, qui fournissent les technologies de calcul, d’analyse, de prédiction et de contrôle, indispensables à la reconfiguration organisationnelle du pays. Ce sont ses patrons mystiques – le trio sud-africain de la « PayPal Mafia » formé par Elon Musk, Peter Thiel et David Sacks, ou les nouvelles figures du complexe « militaro-industriel numérique » comme Alex Karp ou Palmer Luckey –, conscrits dans une administration Trump avec qui ils forment une « broligarchie » (l’oligarchie version tech bros), qui font le lien entre l’exécutif et l’infrastructure technofasciste sur le terrain24.
Le trumpisme du second mandat n’aurait jamais pu exister sans l’architecture logicielle et matérielle d’une industrie numérique dont l’appétit expansionniste et le mépris des normes démocratiques laissaient déjà craindre, en 2024, un « coup d’État permanent »25. Les fantassins de Trump n’auraient jamais pu neutraliser les agences fédérales, pas plus qu’ils n’auraient pu traquer les fonctionnaires récalcitrants, ficher les « ennemis de l’intérieur » toujours plus nombreux, maintenir le panoptique technopolicier et la machine à déportation ou anéantir l’unité fédérale pour satisfaire les désirs sécessionnistes de cette contre-élite et de son projet d’« accélération réactionnaire »26. Et la clé de voûte technologique de ce régime est indéniablement ce que l’on appelle désormais « intelligence artificielle » : des systèmes de calcul « construits pour fonctionner de manière à dégrader et potentiellement détruire les institutions civiques indispensables27 » comme l’État de droit, la presse ou l’université. Des machines à asphyxier le corps social, en l’amputant de ses mécanismes de délibération et de production de connaissances.
En 2026, les États-Unis et la Chine sont deux itérations d’un même système d’exploitation, que la chercheuse Jennifer Lind nomme « smart authoritarianism28 » (autoritarisme intelligent) : des régimes antidémocratiques qui, consolidés par les technologies de répression numériques du capitalisme de surveillance, peuvent désormais se permettre de maintenir une apparence parlementaire tout en exerçant une oppression constante et réticulaire sur leur population. La Silicon Valley, bassin de l’industrie la plus puissante de la planète, est le socle du nouveau fascisme états-unien. Ses multinationales, ses PDG, ses logiciels, son ethos, son matériel et ses fonds d’investissement sont intégrés à l’appareil d’État trumpiste qui réécrit les lois et réaffecte l’argent public en faveur de ces champions du « patriotisme technologique ». L’alliance est rentable pour les deux parties, qui fonctionnent comme un duopole immuable. Pouvoir, argent et infrastructures se concentrent toujours plus entre les mêmes mains.
L’économiste italienne Francesca Bria a récemment cartographié ce réseau de collaborations mutuellement bénéfiques, de contrats publics et de capture réglementaire. Empruntant au vocabulaire des réseaux informatiques, elle décrit le résultat de cette intégration réciproque entre puissance publique et technocapital comme une « stack autoritaire »29 – une pile cohérente d’entités techniques, juridiques, financières et politiques, qui n’oeuvre plus qu’à la consolidation de son propre monopole. Une oligarchie de droit technologique dont le maillage se resserre à chaque nouveau contrat public, et qui pourrait devenir, à l’instar de Palantir, totalement indélogeable, quand bien même Trump et ses « gardes rouges » seraient éjectés du pouvoir par les urnes. Là où Trotski et ses hommes se contentaient de prendre le contrôle des infrastructures, les technofascistes et leurs soutiens MAGA deviennent l’État. Entrés par effraction puis progressivement métastasés dans l’organisme public, ils deviennent impossibles à extraire.
Ou, pour reprendre les mots d’un Donald Trump ahuri, qui philosophait durant les premiers jours de son second mandat, assis au volant d’une Tesla rouge devant la Maison-Blanche : everything’s computer (tout est ordinateur)30.
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Comment lutter contre une technologie du coup d’État qui forme simultanément un coup d’État technologique ? Quelles stratégies, quelles technologies mobiliser en retour pour freiner la propagation de l’infection trumpiste aux autres pays néolibéraux, notamment européens, dont les appareils d’État sont déjà affaiblis par leur dépendance structurelle aux logiciels de la Silicon Valley ? Comment empêcher le coup d’État lorsque les administrations contemporaines barbotent dans l’environnement logiciel fourni par Microsoft, lorsque leurs données dorment sur des serveurs Amazon, lorsque leurs employés communiquent grâce à Gmail, Teams et WhatsApp, et lorsque les ministères communiquent en priorité sur X ?
Pour nos nations vassalisées, repenser les structures de gouvernance au xxie siècle n’est plus seulement une question de souveraineté, mais de survie. Car les parasites des extrêmes droites européennes ont bien compris une chose : dans un pouvoir informatisé, le coup d’État prend lui-même la forme d’un logiciel, un algorithme – au sens générique du mot, un « ensemble de règles opératoires dont l’application permet de résoudre un problème énoncé au moyen d’un nombre fini d’opérations » – c’est ce que l’on constatera dans l’analyse méthodique de la « méthode DOGE », théorisée bien avant l’arrivée d’Elon Musk sous le chapiteau trumpiste. L’exemple MAGA leur a fourni un tutoriel pas à pas, exportable et potentiellement transposable à toute situation et toute entité politique – puisque, rappelons-nous Malaparte, le coup d’État ne dépend ni de conditions politiques et sociales préalables ni du charisme d’un idéologue particulier. En conséquence, avec l’appui logistique de son fournisseur états-unien, une internationale réactionnaire planétaire, allant de l’Argentin Javier Milei jusqu’à l’Italienne Giorgia Meloni, reprend, affine et met à jour la recette insurrectionnelle contemporaine, à l’intention des prochains qui passeront devant les urnes.
L’algorithme s’exporte, se partage, se télécharge. D’autres autocrates en puissance, souvent députés de la nation, trépignent dans leurs starting-blocks ; au Royaume-Uni, en France, au Canada et ailleurs. À leur tour, ils planifient, cartographient, testent les vulnérabilités. Comme ces puissants groupes de hackers invisibles, que le monde de la cybersécurité appelle génériquement un APT (advanced persistent threat, menace persistante avancée), qui s’infiltrent durant des années dans des systèmes informatiques massifs, sans déclencher d’alerte, jusqu’à en posséder virtuellement le contrôle. Partout en Europe, le technofascisme se veut l’APT tapi dans les serveurs de la démocratie numérisée.
Ce livre, pensé comme une mise à jour de l’essai de Malaparte, propose une analyse des dix-huit premiers mois du coup d’État trumpiste. Son auteur n’est pas historien, mais journaliste technocritique. L’ambition de cet essai : dévoiler, sous la cacophonie virale du trumpisme, cette nouvelle technique du coup d’État devenue une technologie – un ensemble d’outils numériques de calcul et de prédiction, mis au service d’un projet de reconfiguration radicale de la puissance publique –, dont le mode opératoire rompt avec notre perception historique de l’autoritarisme. Malaparte a été condamné à l’exil et son livre brûlé parce que, en dévoilant la manière optimale de prendre le pouvoir sans passer par les urnes ou prendre d’assaut les lieux visibles du pouvoir, il a simultanément dévoilé la meilleure manière de protéger l’État… et de renverser un pouvoir autocratique. Ce qui a provoqué l’ire de Hitler et Mussolini, c’est que Malaparte laissait entendre que n’importe quel groupe un tant soit peu organisé pouvait renverser le Duce et le Troisième Reich. C’était vrai hier, et ce l’est encore aujourd’hui.
Tout en tirant les leçons de l’histoire, l’antifascisme doit adapter ses tactiques aux mutations de l’ennemi, le poursuivre et l’affronter sur son nouvel espace de lutte qu’est l’infrastructure numérique. Les stratégies sont variées. Qu’il s’agisse d’une action comme Occupy Bureaucracy31, une armée de fonctionnaires « rouges » désobéissant et sabotant leur propre engin de travail, d’une suite logicielle pirate, étanche aux control freaks de la Silicon Valley, d’une caste d’ingénieurs choisissant la désertion32, l’archipel des résistances ne peut pas se contenter d’être le sable dans la machine de l’oppression : il doit à son tour déployer un algorithme. Devenir le bug, le ver informatique qui anéantira la monstrueuse entreprise du fascisme contemporain technicisé.
L’analyse à froid de la technologie du coup d’État trumpiste et de ses programmeurs nous fournit, en creux, l’antidote au poison de l’autoritarisme, aux États-Unis et dans le reste des démocraties occidentales malades du néolibéralisme. Le phénomène technofasciste n’est pas une rupture, mais une culmination. Trump, Milei et les autres ne sont pas implacables ; Musk, Thiel et les techno-oligarques ne détiennent pas les clés du futur. Leur hégémonie actuelle est artificielle, bâtie sur trente ans de dérégulation et d’impunité légale manufacturées par une classe politique complice. Pour mettre fin à leur règne, il est donc impératif d’observer leur mode opératoire et d’en identifier les vulnérabilités.
Couverture du livre de Thibault Prévost, Technologie du Coup d’Etat.
NOTES
1 Tom Dreisbach et Barbara Van Woerkom, « “This Is Not a Peaceful Protest!” », NPR, 4 janvier 2026. 2 Sur cette question, lire Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, Apocalypse Nerds. Comment les technofascistes ont pris le pouvoir, Quimperlé, Divergences, 2025. 3 « Here Are the Executive Actions and Orders Trump Signed on Day 1 », The Washington Post, 20 janvier 2025. 4 Gerhard Peters et John T. Woolley (dir.), « Executive Orders: Washington – Trump II », The American Presidency Project, 20 mai 2026. 5 « Workforce Size & Composition », U.S. Office of Personnel Management, mars 2026. 6 Ruth Ben-Ghiat, « The Permanent Counterrevolution », The New Republic, 16 mai 2024. 7 Lulu Garcia-Navarro, « Inside the Heritage Foundation’s Plans for “Institutionalizing Trumpism” », The New York Times, 21 janvier 2024. 8 Paul Dans et Steven Groves (dir.), Mandate for Leadership: The Conservative Promise. Project 2025, Washington, The Heritage Foundation, 2023, p. 3 et 83. 9 Andy Kroll et Nick Surgey, « Watch: 14 Hours of Never-Before-Published Videos from Project 2025’s Presidential Administration Academy », ProPublica, 10 août 2024. 10 Jason Wilson, « Leaked Files Show Far-Right Influences Among Project 2025 Applicants », The Guardian, 28 novembre 2025. 11 Voir le site web Project 2025 Tracker, s. d. 12 Lauren Gambino, « American Democracy on the Brink a Year After Trump’s Inauguration, Experts Say », The Guardian, 21 janvier 2026. 13 Thomas B. Edsall, « Elon Musk Is Leading a “Hostile Takeover of the Federal Government” », The New York Times, 18 février 2025. 14 Charlie Warzel, « The “Rapid Unscheduled Disassembly” of the United States Government », The Atlantic, 3 février 2025. 15 Luke Broadwater et Zach Montague, « Fine Arts Panel, Remade by Trump, Indicates Support for His Ballroom Plan », The New York Times, 22 janvier 2026. 16 Curzio Malaparte, Technique du coup d’État, Paris, Grasset, coll. « Les Cahiers rouges », 2022 [1931], p. 84. 17 Nicolas Guilhot, « D’un chaman à l’autre : théories du complot et impasses du debunking », AOC, 9 novembre 2021. 18 Malaparte, Technique du coup d’État, op. cit., p. 27. 19 Ibid., p. 90. 20 Ibid., p. 40-41. 21 Ibid., p. 40, 56 et 62. 22 Ibid., p. 42 et 56. 23 Robert McCoy, « Stephen Miller’s Charlie Kirk Tribute Was as Sinister as It Gets », The New Republic, 22 septembre 2025. 24 Carole Cadwalladr, « How to Survive the Broligarchy: The Trump- Musk Crackdown Is Coming. Here’s 20 Lessons in How to Survive It », How to Survive the Broligarchy, 17 novembre 2024. 25 Marietje Schaake, « Le coup d’État permanent de la Silicon Valley » dans Giuliano Da Empoli (dir.), L’empire de l’ombre. Guerre et terre au temps de l’IA, Paris, Gallimard, 2025. 26 Lorenzo Castellani, « L’ère de l’accélération réactionnaire », Le Grand Continent, 8 novembre 2024. 27 Woodrow Hartzog et Jessica M. Silbey, « How AI Destroys Institutions », UC Law Journal, vol. 77, no 4, mai 2026, p. 727-770. 28 Justin Hendrix, « Unpacking the Rise of “Smart Authoritarianism” in China », Tech Policy Press, 25 janvier 2026. 29 Francesca Bria, The Authoritarian Stack, site web, 2025. 30 wirelyss, sakshi et Zach, « Everything Is Computer », Know Your Meme, 12 mars 2025. 31 Ned Resnikoff, « The Left Needs Bureaucrats », Dissent, 2026. 32 Jeanne Mermet, Désertons, Paris/Marseille, Les Liens qui Libèrent/Wildproject, 2025.
L’achat de livres et l’accès à des sorties éducatives culturelles scolaires ont été sujets à des remises en question répétées au fil des budgets partisans, des déclarations et des moyens de pression syndicaux. Pourtant, la culture et les livres sont primordiaux. Voici le survol d’une trentaine d’années qui ont fait et défait le rapport aux livres et à la culture dans le monde scolaire.
À la fin des années 1990, les compressions budgétaires sous les gouvernements Bouchard et Landry forcent la
L’achat de livres et l’accès à des sorties éducatives culturelles scolaires ont été sujets à des remises en question répétées au fil des budgets partisans, des déclarations et des moyens de pression syndicaux. Pourtant, la culture et les livres sont primordiaux. Voici le survol d’une trentaine d’années qui ont fait et défait le rapport aux livres et à la culture dans le monde scolaire.
À la fin des années 1990, les compressions budgétaires sous les gouvernements Bouchard et Landry forcent la réorganisation des services dans les commissions scolaires. La réduction, la fusion ou la suppression de postes d’enseignants spécialistes en musique et en arts plastiques se multiplient.
Après une accalmie toute relative de quelques années, Couillard et son ministre Coiteux, de 2014 à 2016, réduisent directement les budgets consacrés aux activités culturelles et aux sorties éducatives sans hésiter. Parallèlement, des syndicats (FAE, FSE-CSQ) suspendent les activités « non prioritaires » dans les écoles. Conséquemment, de nombreuses représentations théâtrales et visites de musées seront annulées ou reportées partout au Québec, en raison tant des coupes budgétaires que des moyens de pression.
De 2023 à 2024, les grèves de la FAE et du Front commun provoquent la suspension des sorties éducatives dans plusieurs établissements causant rapidement d’importantes pertes financières pour les organismes culturels.
À la fin 2025, le gouvernement de la CAQ annonce son intention de couper le financement de l’accès à la culture. Il y renoncera toutefois temporairement en mars 2026 sous la pression des organismes culturels et syndicaux. Néanmoins, en mai 2026, le regroupement des mesures budgétaires finançant l’éducation retire la protection spécifique accordée aux programmes La culture à l’école et Sorties scolaires en milieu culturel. Les sommes autrefois réservées sont dorénavant à la discrétion des milieux scolaires.
Ce n’est pas plus rose du côté des livres…
Entre 1996 et 1998, faute de directives protégeant les bibliothèques scolaires lors de la recherche du déficit zéro, ces dernières deviennent des soupapes d’ajustement locales pour équilibrer les budgets via le renouvellement ou non des collections.
Quelques années plus tard dans la foulée de compressions de 150 millions de dollars, le ministère de l’Éducation lève en 2014 l’obligation minimale d’investir 7 $ par élève dans l’achat de nouveaux livres. Le ministre Yves Bolduc (du gouvernement Couillard) justifie ce recul en affirmant que les bibliothèques sont déjà « bien garnies ».
À l’été 2025, Bernard Drainville prend une décision qui entraîne une chute documentée de 11,9 % des achats de livres par les écoles et les bibliothèques.
Puis en 2026, la ministre Sonia LeBel annonce une réforme des règles budgétaires des centres de services scolaires. La mesure d’acquisition d’œuvres littéraires et documentaires perd son statut protégé : plus aucune obligation légale ne force désormais les centres de services scolaires à consacrer des sommes précises à l’achat de livres.
Mais pourquoi donc?
Cette démonstration montre bien combien culture et livres deviennent rapidement les premières victimes des arbitrages budgétaires, localement et nationalement.
Une telle succession de décisions soulève une question plus fondamentale : qu’est-ce que l’on retire réellement aux enfants lorsqu’on réduit leur accès aux livres et aux arts?
Fondamentalement, les livres et les arts permettent à l’humain, et au premier chef aux enfants et aux enseignants, de renouveler la vision qu’ils ont de leur monde. Ils provoquent le dépaysement ou la « défamiliarisation ». La vie quotidienne émousse nos sens par l’habitude. L’art brise cet automatisme perceptif pour nous faire ressentir les choses au lieu de simplement les reconnaître machinalement par une sorte d’habituation. L’écrivain Chklovski a inventé la notion d’ostranénie pour désigner le processus qui repousse cet émoussement.« L’artrend les objets étranges, il rend la pierre pierreuse et restaure la sensation de vivre contre l’automatisation perceptive ». Il faut de l’art, dira-t-il, autrement le monde disparaît à nos yeux tellement notre cerveau se met en mode automatique et insensible.
Alors je pose la question : pourquoi prendre des décisions budgétaires qui privent les enfants de l’ostranénie émanant des arts et de la culture? Pourquoi permettre que petit à petit ils deviennent étrangers à leur monde, apathiques parce qu’habitués?
Sir Ken Robinson, anglais reconnu mondialement pour ses propos et sa sagacité à propos de l’éducation, est devenu célèbre à l’échelle mondiale grâce à sa conférence TED de 2006, « Do schools kill creativity? ». Sa réponse était claire : l’école tue la créativité. Pour lui, la solution passe par du temps obligatoirement dédié aux arts (musique, théâtre, arts visuels) auxquels on accorderait le même statut que celui réservé aux maths ou au français, sans mettre ces activités en périphérie.
C’est tellement convenu comme solution qu’on oublie qu’elle relève de l’évidence même. Malheureusement la productivité, la compétitivité, la standardisation recherchées imprègnent notre monde.
Une société qui choisit d’économiser sur les livres et les arts ne devrait pas s’étonner ensuite de voir s’éroder graduellement la curiosité, l’imagination et la capacité de ses enfants à regarder le monde autrement. L’ostranénie n’est pas qu’un luxe culturel. Elle est peut-être l’une des conditions essentielles d’une société vivante.
À quelques jours des élections provinciales du 5 octobre, Hackfest propose un outil pour comparer les engagements numériques des partis politiques québécois. Le site examine leurs promesses en matière de cybersécurité, de protection des renseignements personnels, d’intelligence artificielle, de souveraineté numérique et de gestion des grands projets technologiques. La principale conclusion est sévère : aucun […]
À quelques jours des élections provinciales du 5 octobre, Hackfest propose un outil pour comparer les engagements numériques des partis politiques québécois. Le site examine leurs promesses en matière de cybersécurité, de protection des renseignements personnels, d’intelligence artificielle, de souveraineté numérique et de gestion des grands projets technologiques. La principale conclusion est sévère : aucun […]
Le gouvernement américain vient de franchir une nouvelle étape dans l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les services publics. Donald Trump a officiellement lancé America.gov, un portail destiné à devenir une porte d’entrée unique vers les informations et les services du gouvernement fédéral. L’objectif annoncé est simple : permettre aux citoyens de poser une question en […]
Le gouvernement américain vient de franchir une nouvelle étape dans l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les services publics. Donald Trump a officiellement lancé America.gov, un portail destiné à devenir une porte d’entrée unique vers les informations et les services du gouvernement fédéral. L’objectif annoncé est simple : permettre aux citoyens de poser une question en […]
Bien que le scrutin général pour l’élection au Québec ait lieu le lundi 5 octobre, les votes ont officiellement débuté ce vendredi 25 septembre au bureau du directeur du scrutin de la circonscription de Rimouski, ainsi qu’au Cégep de Rimouski, au Centre de formation Rimouski-Neigette et à l’UQAR pour les étudiants.
Le vote à ces endroits sera également possible de mardi à jeudi de la semaine prochaine (29 au 31 septembre). Le vote par anticipation se tient dimanche et lundi dans 15 bureaux de
Bien que le scrutin général pour l’élection au Québec ait lieu le lundi 5 octobre, les votes ont officiellement débuté ce vendredi 25 septembre au bureau du directeur du scrutin de la circonscription de Rimouski, ainsi qu’au Cégep de Rimouski, au Centre de formation Rimouski-Neigette et à l’UQAR pour les étudiants.
Le vote à ces endroits sera également possible de mardi à jeudi de la semaine prochaine (29 au 31 septembre). Le vote par anticipation se tient dimanche et lundi dans 15 bureaux de vote sur le territoire de la circonscription. Les bureaux seront accessibles de 9 h 30 à 20 h.
Enfin, le 5 octobre, 119 bureaux de vote seront ouverts de 9 h 30 à 20 h.
« Nous aurons 600 travailleurs à la tâche sur le territoire pour cette journée. Le recrutement s’est bien passé dans notre circonscription, contrairement à certains endroits au Québec où il a été plus difficile. En nouveauté cette année, nous avons embauché 40 jeunes de 16 ans intéressés à travailler le jour du vote via un nouveau programme d’Élections Québec. Nous avons fait une présentation à l’école Paul-Hubert pour recruter des jeunes qui seront affectés à différents postes, que ce soit comme secrétaire à une table de vote ou à l’accueil des gens dans les bureaux », indique Gaétan Vaillancourt, qui en est à une 3e élection en tant que directeur de scrutin à Rimouski après celles de 2018 et de 2022.
« C’est un défi à chaque fois, notamment pour le recrutement, mais si nous sommes assez chanceux dans Rimouski. Il y a beaucoup d’intérêt dans la population pour travailler », précise monsieur Vaillancourt.
Changements pour l’affichage
Le directeur de scrutin souligne un changement au plan de l’affichage des pancartes des candidats. « Avant, on ne pouvait pas voir de pancartes à partir du bureau de vote.
Si le responsable de la salle en voyait une, il devait la faire enlever. Maintenant, c’est permis, mais la pancarte ne doit pas être sur le terrain du bureau de vote. Elle peut par exemple être de l’autre côté de la rue et visible du bureau de vote », explique-t-il.
Les électeurs ont invité à exercer leur droit de vote en grand nombre. (Photo courtoisie Élections Québec- Patrick Dion)
Le 5 octobre sera une journée chargée pour les 600 personnes embauchées pour le vote.
« Les bureaux de vote seront ouverts de 9 h 30 à 20 h. Les portes de chacun des bureaux fermeront à 20 h. Les gens en attente pourront voter même s’il est plus tard que 20 h. Ensuite, le dépouillement des votes se fera sur place, sauf les votes par anticipation ou étudiants qui seront dépouillés au Complexe Léonidas à partir de 18 h », indique monsieur Vaillancourt.
La liste électorale
Gaétan Vaillancourt rappelle que pour exercer leur droit de vote, les gens doivent être inscrits sur la liste électorale. Il est encore possible de s’inscrire au bureau du directeur de scrutin à Rimouski jusqu’au 30 septembre.
« Les gens qui n’ont pas reçu leur carte d’électeur par la poste peuvent aller sur le site d’Élections Québec où ils trouveront l’information pour savoir où aller voter et savoir s’ils sont inscrits ou non ».
« Les gens qui n’ont pas reçu leur carte d’électeur par la poste peuvent aller sur le site d’Élections Québec où ils trouveront l’information pour savoir où aller voter et savoir s’ils sont inscrits ou non ».
Il y a sept candidats sur les bulletins de vote dans la circonscription de Rimouski, soit Michel Bienvenu (PLQ), Julia Brillant-Ruest (CAQ), Vir-ginie Chevalier-Archambault (QS), Gilles Gagné (Climat Québec), Cé-dric Gauthier (PCQ), Thomas Guay-Vachon (Parti Nul) et Yohann St-Pierre (PQ).
Dans Matane-Matapédi-Mitis, Pas-cal Bérubé (PQ) fait la lutte à Patrice Caron (PCQ), Alexandre Cossette (Parti nul), André Côté (PLQ), Michel Lefrançois (Démocratie directe), Henry Maclaren (CAQ) et Gabriel Plante (QS).
Le candidat pour Québec solidaire dans Rivière-du-Loup-Témiscouata-Les Basques, Pierre-Érik Isabelle, se dit contre le prolongement de l’autoroute 20 pour des raisons environnementales.
Il rappelle d’ailleurs que les membres de l’association solidaire de la circonscription ont voté l’année dernière contre la 20, un des enjeux majeurs pour la MRC des Basques.
« Le prolongement de la 20 va défigurer notre magnifique rivière des Trois Pistoles. Nous sommes le seul parti qui s’oppose au prolon
Le candidat pour Québec solidaire dans Rivière-du-Loup-Témiscouata-Les Basques, Pierre-Érik Isabelle, se dit contre le prolongement de l’autoroute 20 pour des raisons environnementales.
Il rappelle d’ailleurs que les membres de l’association solidaire de la circonscription ont voté l’année dernière contre la 20, un des enjeux majeurs pour la MRC des Basques.
« Le prolongement de la 20 va défigurer notre magnifique rivière des Trois Pistoles. Nous sommes le seul parti qui s’oppose au prolongement de cette autoroute. On veut aussi que les gens puissent circuler de façon sécuritaire et on souhaite que la route 132 soit plus sécuritaire. On veut aussi que l’autoroute 20 soit sécurisée dans ses portions où elle a une seule voie de chaque côté. Pour ce qui est de prolonger une autoroute, et d’étaler du bitume à des prix faramineux juste pour gagner 10 minutes, nous sommes contre », affirme monsieur Isabelle.
Chercheur en environnement
Le candidat est chercheur en environnement à l’Université Laval depuis 2020. Il a auparavant travaillé chez Premier Tech à Rivière-du-Loup, où il réside depuis 2017.
C’est à son arrivée à Rivière-du-Loup qu’il a commencé à s’impliquer en politique avec Québec solidaire, la formation qui correspond le plus à ses idées.
Le candidat de Québec solidaire dans Rivière-du-Loup-Témiscouata-Les Basques, Pierre-Érik Isabelle (Photo courtoisie)
En ce qui concerne l’urgence de Trois-Pistoles, Pierre-Érik Isabelle, souligne que Québec solidaire est favorable à la décentralisation du système de santé. « Une de nos propositions, c’est d’ajouter 400 points d’entrée de première ligne pour les gens qui veulent avoir des soins.
C’est évident pour nous que les urgences de Trois-Pistoles et de Pohénégamook doivent être maintenues. C’est non négociable, parce que ça sauve des vies. »
Un récent sondage régional Segma – Radio-Canada – Le Soleil, réalisé dans le cadre des élections générales du 5 octobre, révèle que 86 % des Bas-Laurentiens sondés se disaient en faveur du prolongement de l’autoroute 20 entre Notre-Dame-des-Neiges et Rimouski
S’il l’emporte le 5 octobre prochain, le candidat du Parti québécois dans Rimouski, Yohann St-Pierre, promet de créer une fois pour toute le service d’hémodynamie à l’Hôpital régional de Rimouski.
En cas d’urgence ou d’infarctus, l’hémodynamie est une technique permettant de débloquer les artères du cœur.
Son département, composé d’un regroupement de médecins, d’infirmières et de technologues, offre des examens spécialisés afin de déterminer l’état des artères du cœur, du muscle cardiaque
S’il l’emporte le 5 octobre prochain, le candidat du Parti québécois dans Rimouski, Yohann St-Pierre, promet de créer une fois pour toute le service d’hémodynamie à l’Hôpital régional de Rimouski.
En cas d’urgence ou d’infarctus, l’hémodynamie est une technique permettant de débloquer les artères du cœur.
Son département, composé d’un regroupement de médecins, d’infirmières et de technologues, offre des examens spécialisés afin de déterminer l’état des artères du cœur, du muscle cardiaque et des valves cardiaques.
« Nous avons l’expertise, nous avons l’étude des dossiers, nous avons l’avis des experts. Nous sommes capables ici d’avoir ce service. Il suffit d’un geste politique pour le faire, ce que l’ancien gouvernement n’a pas voulu faire. Je m’engage formellement à réaliser ce service. Ce n’est pas un luxe en 2026, nous en avons besoin », a indiqué monsieur St-Pierre dans une publication Facebook.
En mai 2023, l’ex-ministre de la Santé, Christian Dubé, avait ouvert la porte à l’instauration d’un service d’hémodynamie à Rimouski afin d’assurer une couverture adéquate de l’Est-du-Québec.
Or, un peu plus d’un an plus tard, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) du Bas-Saint-Laurent a mis fin au contrat du chargé de projet travaillant à la mise en place du service.
Un des membres du comité pour l’implantation d’une salle d’hémodynamie à l’Hôpital régional de Rimouski était d’avis que le projet ne verrait jamais le jour.
L’ex-ministre de la Santé, Christian Dubé, accompagné de l’ancienne députée-ministre de Rimouski, Maïté Blanchette Vézina. (Photo courtoisie)
« Il y a juste la salle de spectacle qui a pris le plus de temps à se concrétiser à Rimouski », image monsieur Henry. « Ça fait des années qu’on nous dit qu’on va faire ci et qu’on va faire ça. À la dernière campagne électorale, la CAQ et le PQ nous ont promis de l’aide, mais on n’a jamais eu de contacts par la suite avec la députée-ministre Maïté Blanchette Vézina. On a demandé d’aller la rencontrer et nous n’avons pas eu de retour », avait-il mentionné.
« Le ministère nous avait demandé de revoir le projet que nous avions déposé en septembre 2022 pour l’achat d’une dizaine d’appareils permettant l’hémodialyse à la maison. Ce sont des appareils semblables à ceux qu’on trouve dans les hôpitaux. Nous avons commencé à réviser le projet et nous allons continuer à le faire pour être prêts quand on pourra le redéposer. Aucun projet d’investissement ne sera autorisé pour l’instant tant que nous n’aurons pas atteint l’équilibre budgétaire. Le projet va se faire, mais on ne peut pas dire à quel moment », indique monsieur Turmel.
S’il l’emporte le 5 octobre prochain, le candidat du Parti québécois dans Rimouski, Yohann St-Pierre, promet de rouvrir le service d’hémodynamie à l’Hôpital régional de Rimouski.
En cas d’urgence, l’hémodynamie est une technique permettant de débloquer les artères du cœur en cas d’infarctus.
Son département, composé d’un regroupement de médecins, d’infirmières et de technologues, offre des examens spécialisés afin de déterminer l’état des artères du cœur, du muscle cardiaque et des valves
S’il l’emporte le 5 octobre prochain, le candidat du Parti québécois dans Rimouski, Yohann St-Pierre, promet de rouvrir le service d’hémodynamie à l’Hôpital régional de Rimouski.
En cas d’urgence, l’hémodynamie est une technique permettant de débloquer les artères du cœur en cas d’infarctus.
Son département, composé d’un regroupement de médecins, d’infirmières et de technologues, offre des examens spécialisés afin de déterminer l’état des artères du cœur, du muscle cardiaque et des valves cardiaques.
« Nous avons l’expertise, nous avons l’étude des dossiers, nous avons l’avis des experts. Nous sommes capables ici d’avoir ce service. Il suffit d’un geste politique pour le faire, ce que l’ancien gouvernement n’a pas voulu faire. Je m’engage formellement à réaliser ce service. Ce n’est pas un luxe en 2026, nous en avons besoin », a indiqué monsieur St-Pierre dans une publication Facebook.
En mai 2023, l’ex-ministre de la Santé, Christian Dubé, avait ouvert la porte à l’instauration d’un service d’hémodynamie à Rimouski afin d’assurer une couverture adéquate de l’Est-du-Québec.
Or, un peu plus d’un an plus tard, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) du Bas-Saint-Laurent a mis fin au contrat du chargé de projet travaillant à la mise en place du service.
Un des membres du comité pour l’implantation d’une salle d’hémodynamie à l’Hôpital régional de Rimouski était d’avis que le projet ne verrait jamais le jour.
L’ex-ministre de la Santé, Christian Dubé, accompagné de l’ancienne députée-ministre de Rimouski, Maïté Blanchette Vézina. (Photo courtoisie)
« Il y a juste la salle de spectacle qui a pris le plus de temps à se concrétiser à Rimouski », image monsieur Henry. « Ça fait des années qu’on nous dit qu’on va faire ci et qu’on va faire ça. À la dernière campagne électorale, la CAQ et le PQ nous ont promis de l’aide, mais on n’a jamais eu de contacts par la suite avec la députée-ministre Maïté Blanchette Vézina. On a demandé d’aller la rencontrer et nous n’avons pas eu de retour », avait-il mentionné.
« Le ministère nous avait demandé de revoir le projet que nous avions déposé en septembre 2022 pour l’achat d’une dizaine d’appareils permettant l’hémodialyse à la maison. Ce sont des appareils semblables à ceux qu’on trouve dans les hôpitaux. Nous avons commencé à réviser le projet et nous allons continuer à le faire pour être prêts quand on pourra le redéposer. Aucun projet d’investissement ne sera autorisé pour l’instant tant que nous n’aurons pas atteint l’équilibre budgétaire. Le projet va se faire, mais on ne peut pas dire à quel moment », indique monsieur Turmel.
L’intelligence artificielle a occupé mercredi une place inhabituelle au cœur du Conseil de sécurité des Nations unies. Réunis à New York à l’initiative de la France, qui préside le Conseil en septembre, les quinze membres ont consacré leur 10 228e séance à « l’intelligence artificielle et la sécurité internationale ». Autour de la table figuraient […]
L’intelligence artificielle a occupé mercredi une place inhabituelle au cœur du Conseil de sécurité des Nations unies. Réunis à New York à l’initiative de la France, qui préside le Conseil en septembre, les quinze membres ont consacré leur 10 228e séance à « l’intelligence artificielle et la sécurité internationale ». Autour de la table figuraient […]
Washington political analyst Eric Ham argues that Prime Minister Mark Carney is neutralizing Donald Trump’s aggressive trade shakedown by leveraging his middle powers doctrine to secure an alliance with the European Union.
— Permalien
Washington political analyst Eric Ham argues that Prime Minister Mark Carney is neutralizing Donald Trump’s aggressive trade shakedown by leveraging his middle powers doctrine to secure an alliance with the European Union.
— Permalien
Un candidat s’est ajouté dans la circonscription de Rimouski pour l’élection provinciale du 5 octobre prochain. Il s’agit de Thomas Guay-Vachon, pour le Parti Nul. La période de mise en candidature prenait fin jeudi à 14 h.
Il rejoint Michel Bienvenu (Libéral), Julia Brillant-Ruest (CAQ), Virginie Chevalier-Archambault (Québec solidaire), Gilles Gagné (Climat Québec), Cédric Gauthier (Conservateur) et Yohann St-Pierre (PQ).
Dans Matane-Matapédia, on compte sept candidats, soit Pascal Béru
Un candidat s’est ajouté dans la circonscription de Rimouski pour l’élection provinciale du 5 octobre prochain. Il s’agit de Thomas Guay-Vachon, pour le Parti Nul.La période de mise en candidature prenait fin jeudi à 14 h.
Il rejoint Michel Bienvenu (Libéral), Julia Brillant-Ruest (CAQ), Virginie Chevalier-Archambault (Québec solidaire), Gilles Gagné (Climat Québec), Cédric Gauthier (Conservateur) et Yohann St-Pierre (PQ).
Dans Matane-Matapédia, on compte sept candidats, soit Pascal Bérubé (PQ), Patrice Caron (Conservateur), Alexandre Mari0 Br0s Cossette (Parti Nul), André Côté (Libéral), Michel Lefrançois (Démocratie directe), Henry Maclaren (CAQ) et Gabriel Plante (Québec solidaire).
Plus à l’Ouest, on retrouve six candidats dans la circonscription de Rivière-du-Loup-Témiscouata-Les Basques. Il s’agit d’Ariane Boyer (PQ), Amélie Dionne (CAQ), Pierre-Érik Isabel (Québec solidaire), Karine Malenfant (Libéral), Louise Moreault (Conservateur) et Carole Sierpien (Climat Québec).
Olivier Primeau a fait un arrêt à Rimouski mercredi pour prêter main-forte à la candidate de la Coalition avenir Québec, Julia Brillant-Ruest.
Après une visite chez Cotech, à L’Isle-Verte, l’entrepreneur et influenceur a poursuivi sa tournée auprès de PME rimouskoises. Il a rencontré Tommy Cloutier, de La Maison du Spaghetti et du Bistro de la Forge, Nicolas Beaulieu, du CMS Rimouski, ainsi que Josiane Pouliot, de PMI Structures.
Sur sa page Facebook, Olivier Primeau est surtout revenu sur
Olivier Primeau a fait un arrêt à Rimouski mercredi pour prêter main-forte à la candidate de la Coalition avenir Québec, Julia Brillant-Ruest.
Après une visite chez Cotech, à L’Isle-Verte, l’entrepreneur et influenceur a poursuivi sa tournée auprès de PME rimouskoises. Il a rencontré Tommy Cloutier, de La Maison du Spaghetti et du Bistro de la Forge, Nicolas Beaulieu, du CMS Rimouski, ainsi que Josiane Pouliot, de PMI Structures.
Sur sa page Facebook, Olivier Primeau est surtout revenu sur sa rencontre avec Tommy Cloutier et sur la quantité de paperasse imposée, selon lui, aux restaurateurs.
« MAPAQ, CNESST, RACJ (Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec), permis d’alcool, timbrage des bouteilles, inspections, normes sanitaires, santé et sécurité, gestion des employés, renouvellements, formulaires… chaque règle prise individuellement peut avoir sa raison d’être, mais quand on additionne tout, ça devient extrêmement lourd », écrit-il.
Olivier Primeau souligne que les groupes de restauration plus importants peuvent se permettre d’avoir un employé qui s’occupe en bonne partie de ces tâches. Selon lui, la réalité est différente pour un propriétaire qui exploite un seul établissement.
« Imaginez quelqu’un qui ouvre son premier restaurant. Même si son restaurant fonctionne, même s’il a du succès et que les clients sont au rendez-vous, il n’a pas nécessairement les moyens d’engager quelqu’un uniquement pour gérer la bureaucratie. C’est donc lui qui doit le faire, souvent le soir ou la fin de semaine, après avoir géré ses employés, sa cuisine, ses fournisseurs, ses coûts et ses clients », souligne-t-il.
En tournée pour la CAQ
La Coalition avenir Québec a recruté monsieur Primeau pendant la campagne afin qu’il sillonne le Québec et rencontre des propriétaires de PME.
Or, selon plusieurs analystes politiques, il rendra service à la CAQ en visitant des circonscriptions où elle espère faire des gains ou consolider des positions de tête
Olivier Primeau doit recevoir 20 000 $ de la CAQ pour son travail pendant la campagne. Il a indiqué que cette somme serait remise à des œuvres caritatives.
L’essai que signe Irénée Régnauld à la Fabrique, La sommation technologique se veut une rapide cartographie politique de la tech française. Le cofondateur de l’association technocritique le Mouton numérique, le blogueur (Mais où va le web), l’essayiste (avec Yaël Benayoun puis avec Arnaud Saint-Martin), désormais chercheur observant le rapport des développeurs à l’IA, signe une mise à distance des discours contemporains autour de la tech, renvoyant dos à dos, les simplismes de droite et de gauch
L’essai que signe Irénée Régnauld à la Fabrique, La sommation technologique se veut une rapide cartographie politique de la tech française. Le cofondateur de l’association technocritique le Mouton numérique, le blogueur (Mais où va le web), l’essayiste (avec Yaël Benayoun puis avec Arnaud Saint-Martin), désormais chercheur observant le rapport des développeurs à l’IA, signe une mise à distance des discours contemporains autour de la tech, renvoyant dos à dos, les simplismes de droite et de gauche sur ces sujets. Ce faisant, il permet justement de dépasser les impuissances que mobilisent tant les discours protech que leurs exacts envers, antitech. Le livre permet d’éclairer les positions et de resituer la critique pour mieux dépasser les simplifications des uns comme des autres.
Protech : la radicalisation capitaliste ordinaire
La première partie du livre cartographie les positions techno autoritaires françaises. Ce panorama rapide, qui égratigne quelques figures médiatiques, passe en revue la galaxie protech. Il rappelle que les évangélistes de la tech ont les mêmes profils ici qu’ailleurs. Ce sont d’abord des patrons et des cadres pro business, ultra libéraux, très alignés avec l’obsession sécuritaire qui a d’ailleurs prospéré avec la montée de l’autoritarisme politique. Sous couvert de soutien à l’innovation, a prospéré un secteur techno sécuritaire, composé d’instruments de surveillance et de répression, ainsi qu’un secteur numérique à qui l’on a délégué nombre de missions publiques depuis une logique austéritaire. Pour Régnauld, il n’y a pas tant un techno-fascisme, c’est-à-dire un déterminisme technique intrinsèque au numérique, qu’une« fascisation ordinaire de l’Etat (…) contenue dans des dynamiques plus générales déjà à l’oeuvre : centralité de l’Etat régalien, culture administrative du fichier, extension des pouvoirs policiers, durcissement du droit migratoire et de la chasse aux pauvres ».
Ce conservatisme radical a été prolongé par des entreprises, des discours et des personnes, venant appuyer et défendre le solutionnisme technologique comme l’homélie néolibérale toujours présentées sans alternatives ni espaces de compromis. Un solutionnisme orienté vers un déploiement technologique sans limite, porté par des entreprises, des personnalités et des thinks tanks, capables de cultiver thèses délirantes et discours médiatiquement simplistes et vendeurs. Des formes de discours venant accompagner les déploiements technologiques à l’œuvre, teinté de propos problématiques, à l’image de l’eugénisme et de la focalisation sur le QI, quand ce ne sont pas des discours de pur racisme. Régnauld tire le portrait problématique de nombre d’entre eux, à l’image de Laurent Alexandre, d’Olivier Babeau, de Carlos Diaz et leur clique de freaks illuminés. Entrepreneurs obsédés provenant de cercles très libéraux voire de plus en plus extrémistes. « Experts autoproclamés, courtiers du monde des startups, chercheurs reconvertis dans l’influence »… Ces discours et ces solutions techniques permettent de réaliser et diffuser un travail de cadrage qui célèbre le progrès technologique, valorise l’innovation entrepreneuriale, la dérégulation, tapant en continue sur l’assistanat et les défaillances du secteur publique…Ils déroulent tous les mêmes éléments de langages, comme le rejet de la régulation accusé de freiner l’innovation… Le but de cet épanchement sans fin :« changer le climat d’opinion »pour distiller l’idée que face à la techno, nous n’avons pas d’autre choix que de nous adapter, d’embrasser l’injonction technologique… ou disparaître.
Des discours en roue libre, qui ressemblent aux propos que l’on entend ailleurs, qui vantent tant le miracle du numérique et de l’IA que les coupes à la tronçonneuse des services publics, éblouis par les miracles du Doge, de Musk, de Google comme de Palantir… Les financeurs ici comme ailleurs, imposent avec leur argent des produits problématiques, que ce soient ceux promus par Pierre-Edouard Stérin, Charles Beigbeder ou Pierre Entremont (ce dernier promettant de financer d’abord des entrepreneurs dont le QI serait supérieur à 130, ou investissant dans Orasio, qui veut s’imposer comme le Palantir de la vidéo surveillance intelligente). Régnauld décrit ainsi un petit monde où les financements vont beaucoup à des projets problématiques. L’investissement est de plus en plus un outil idéologique au service du profit, mais également d’un agenda politique qui ne se cache plus vraiment, comme le décrivait la sociologue Marlène Benquet dans La finance aux extrêmes (voir notre compte-rendu). Il sert des projets en phase avec les valeurs de cet entrepreneuriat ultra-libéral, autoritaire quand ce n’est pas clairement d’extrême-droite. Il finance d’abord des outils de contournement de droit, comme quand Thiel et les siens ont financé Paypal, Uber, Clearview ou Palantir… Le modèle a fait école.
Autant de discours qui instillent l’idée que l’économie doit être pilotée par le privé, toujours jugé plus efficace, sans que les preuves ne soient saillantes, bien au contraire. Tous encapsulent une idéologie où la compétence serait uniquement celle des plus riches et de leurs ingénieurs. Au final, le monde patronal en se radicalisant, comme le montrait Benquet, adhère de plus en plus à des idéaux libertariens, allant de la primauté des choix individuels à la détestation du moindre contre pouvoir, notamment syndical, en passant par une célébration d’un mérite en roue libre qui n’abouberait que les plus nantis…
Face à ces orientations de plus en plus problématiques d’une grande partie de la tech, Régnauld souligne le grand silence des entrepreneurs qui ne les partagent pas. « Une partie de la bourgeoisie bon teint, unanimement qualifiée de libérale, est acquise à un idéal répressif, hostile à l’Etat et aux migrants, et a déjà dans les faits rallié l’extrême-droite ». Les positions politiques du monde entrepreneurial se radicalisent et se cristallisent sur des postures en passe de devenir des dogmes indéboulonnables, débités en continue d’une tribune l’autre. Le symbole le plus marquant en étant certainement, récemment, les rires du membres du Medef quand le candidat insoumis à la présidentielle déclarait qu’il fallait augmenter les salaires. Cette expression uniforme par le rire de convictions enracinées soulignait parfaitement les blocages idéologiques à l’œuvre, indifférente à la récession qui se profile, alors que les marges des entreprises continuent de s’améliorer.
Reste que le discours protech est emplit de confusion, souligne Régnauld. Avec par exemple des discours à géométrie variable autour de la souveraineté numérique, qui « dénonce(nt) la dépendance aux plateformes américaines, mais s’en inquiète(nt) lorsque l’État entreprend de construire lui-même, en logiciel libre, des outils adaptés à ses propres besoins », pour défendre au final un capitalisme national poreux aux intérêts des géants de la tech et au profit, quand ce n’est aligné aux thématiques nationalistes. Le souverainisme numérique se réduit à un« rejet de façade des Gafams et à la promesse d’un soutien massif aux entreprises françaises », pour dérouler les mêmes projets : faire fructifier leurs produits de surveillance. Pour tous, l’Etat semble n’avoir plus d’autres fonctions que de devoir devenir un « levier d’entraînement pour les marchés » : privatiser les profits et socialiser les risques. Les discours protechs tournent en boucle sur eux-mêmes, indifférents aux surveillances mises en place au profit de leurs affaires, indifférents aux échecs de leurs solutions et plus encore indifférents aux protections publiques. Les discours pro-IA ne présentent l’ultime innovation du capitalisme que comme un levier de relance productive alors que ses effets sur la productivité peinent à apporter des preuves concrètes. Les conséquences écologiques ou sociales sont minorées. Le milieu protech se fige dans son rêve probusiness quelles que soient les conséquences. Et chante désormais les louanges de l’IA, une technologie au service du capital pour enraciner plus encore un technosolutisme toujours plus simpliste.
AntiTech : la dérive moraliste
La seconde partie du livre, plus éclairante encore, nous invite à mettre la même distance face aux positions antitech tout aussi radicalisées. « A la radicalisation des technocapitalismes états-uniens et français, répond depuis une vingtaine d’années un durcissement des critiques auxquelles le numérique fait face », qu’elles soient anti-industrielles ou anti-modernistes. Régnauld décortique les positions des fronts radicaux dits de gauche, comme ceux d’Anti-Tech Résistance devenu Anti-Tech Revolution ou de Pièces et main d’œuvre, bien plus réactionnaires qu’ils ne s’en donnent l’air. Cet anti-industrialisme radical fonctionne lui aussi depuis un regard simpliste sur la technologie et son déterminisme. Aux libertariens obtus répond des antitechs à courte vue, qui finissent par rejeter en bloc la machine industrielle, y compris le système de santé et de médecine moderne.« Les dispositifs de réanimation sont renvoyés au même registre que les pesticides ou les data centers ». Ces mouvements anti-industriels sont particulièrement virulents à l’encontre de tous ceux qui viennent proposer d’autres critiques du numérique que la leur et s’en prend à « tout ce qui introduit de l’ambivalence ou du compromis ». La critique réactionnaire du progrès n’a rien a envié au simplisme pro-business. Régnauld égratigne jusqu’à Jacques Ellul lui-même qui, s’il a montré que la technique appelle toujours plus de technique, a fini par caricaturer cette mise en avant, en la décorrélant du capitalisme et en nous faisant croire qu’il n’y a pas d’oppositions ou de régulation possibles. Ellul n’était pas étanche pourtant à des propos moralistes voire racistes, homophobes ou antisanitaires. Aux totalisations des uns répondent donc celles des autres. Pour Régnauld, ces fronts technocritiques distribuent« les usages sur un axe moral plutôt que de les politiser ». Les ambivalences et les compromis deviennent des fautes morales ou de conduite, comme s’il n’y avait aucune issue qu’un rejet total de la technologie de ce côté, exact pendant de l’asservissement sans discussion que proposent les protechs.
En réalité, la technocritique est plus diverse et souvent bien moins radicale. Elle est composée de courants anarchistes, de sciences participatives, de mouvements libristes ou écologiques, de mobilisations syndicales ou citoyennes qui se parlent. Si de nombreux thèmes technocritiques se sont imposés dans l’espace public (de la place des écrans, au rapport à l’IA, à la critique de la surnumérisation), la technocritique est plus diffuse que radicale. Personne ne souhaite retourner à la vie de chasseur-cueilleur. « Les critiques qui appellent au grand débranchement ne proposent ni cap ni méthode crédible. Dans les faits, très peu de gens veulent réellement tout éteindre ». « Un récit qui se contente d’énoncer le retrait sans se donner les moyens matériels d’une substitution graduelle ne fait pas obstacle aux technofascistes : il leur abandonne l’initiative ». La critique antitech est certes pure, mais faiblement opérante, constate Régnauld. Peu reliée aux réalités situées de ceux qui luttent contre le développement du techno-capitalisme. Comme l’explique l’anthropologue Payal Arora dans From Pessimism to Promise (MIT Press, 2024 – dont Régnauld avait produit un compte-rendu sur son blog), il est plus que nécessaire de « déplacer la critique du registre moral vers le registre matériel ».
Dans cette même critique antitech, Régnauld renvoie également les doomers, ces critiques des milieux rationalistes qui pensent que l’IA fait peser un risque existentiel sur l’humanité. Une critique où grenouille à la fois nombre de grands patrons de la tech, qui sous couvert d’annonce de l’apocalypse, invisibilisent les relations de pouvoirs, les conflits sociaux et environnementaux de cette industrie. De Pause AI aux associations transhumanistes, ces alertes sur l’IA semblent surtout reprendre les discours qu’ils prétendent combattre. Pour Régnauld, tous ces mouvements ne sont pas tant des alliés que des gens qui servent la confusion. Que proposent-ils vraiment ?« Un moratoire. Sur quels systèmes exactement ? » Le risque est fort que ces encadrements de l’IA orientent le débat vers des questions d’ingénieurs « désirant gérer a posteriori les risques, sans discuter des finalités, des usages, des rapports de pouvoir ». Une régulation par les risques qui risque surtout de« préempter la discussion politique », la confisquer.
Ce qui me semble marquant d’ailleurs, dans les discours pro comme anti tech, c’est la façon dont tout ces mondes semblent nier les conflits sociaux autour de la tech. Comme s’ils n’existaient pas, comme s’ils n’étaient pas innombrables, au profit de recadrages moraux ou économiques. Un peu comme si, pour les uns comme pour les autres, la société et la politique n’existaient pas.
Pour une critique de la tech démocratique et située
Après avoir rejeté les simplismes, le binarisme paresseux des uns et des autres, Régnauld livre une perspective parfois brouillonne mais stimulante, en appelant une critique de la tech démocratique et située, multiple, prolifique, désordonnée même, telle qu’elle est le plus souvent, tout en appelant à gouverner autrement la technologie. Si certains problèmes de la tech pourraient être expédiés (l’interdiction de la reconnaissance faciale sans exception, l’obligation à la réparabilité par exemple), nous avons besoin d’une transformation critique et maîtrisée du développement technologique, qui ouvre la voie aux compromis, à la délibération. L’idolâtrie de la tech comme son rejet sans concession est surtout « aveugle à la variété des artefacts et des contextes ». Pour Régnauld, le chemin technologique n’est jamais tout tracé. « Les technologies gagnantes sont le produit de compromis, de normes ou de rapports de force ». « Si historiquement, capitalisme comme communisme réel ont poursuivi la productivité par le machinisme, ce n’est pas parce que la technique l’exigeait en soi : c’est parce qu’ils ont érigé la productivité en boussole politique, en centralisant les décisions et en restant indifférents aux conditions de travail ». Pour Régnauld, il n’y a pas de technologie sans contrôle social : « la technocritique sans la lutte des classes, c’est du bricolage » ! Cela ne signifie pas qu’il y a des formes de réappropriation démocratiques pour toutes les technologies : il n’y a pas de surveillance de masse démocratique par exemple, ni d’extractivisme des ressources qui ne soit pas problématique. La démocratie n’est pas le seule réponse dans l’arsenal des réponses : la régulation drastique, les compensations fortes, le démantèlement, la redirection, l’abolition en sont d’autres. Pour Régnauld, il nous faut discuter au cas par cas plutôt que de refuser en bloc. Si les technologies ne sont pas neutres, ce n’est pas pour autant que tout se vaut.
Pour Régnauld, il nous faut discuter, comme le montrait David Robinson dans son livre ou comme le défendaient Nicolas Rio et Manon Loisel dans le leur. D’ailleurs, souligne-t-il également, le marché n’est pas la seule réponse technologique disponible, contrairement à ce que voudraient nous faire croire les protechs. Coopératives, Communs, structures associatives et infrastructures publiques devraient encore avoir un espace. Régnauld rappelle pourtant que les débats sur le rôle et la place des technologies sont innombrables, comme le montre notamment l’historien François Jarrige dans ses livres, notamment Technocritiques. Dès l’apparition de l’informatisation, les conflits étaient déjà là, même si ces séquences ont souvent été écrasées par les vagues néolibérales. La privatisation a réduit les capacités de reprise collective. Pourtant, aujourd’hui encore, les argumentaires les plus offensifs contre l’IA émanent toujours des travailleurs qui y sont confrontés et des syndicats qui les défendent, rappelle Régnauld. « Lorsque que les travailleurs parlent, ils démontent la propagande des industriels ». « Sans rapport de force, la technologie s’aligne sur le pouvoir ». Pour Irénée Régnauld, les configurations humains machines sont plurielles et ne débouchent pas fatalement sur la surveillance et la réduction des compétences, comme le défendent par exemple Daron Acemoglu, David Autor et Simon Johnson en plaidant pour pour une IA pro-travailleurs (et qui s’inquiète, par ailleurs, des liens entre l’automatisation et la répression).
Pour cela, plaide Irénée Régnauld, nous avons besoin de« réinstituer »la technologie, c’est-à-dire faire advenir les structures de discussions et de décisions. Alors que ce devrait être le rôle de l’Etat d’organiser les espaces pour trouver les compromis et d’organiser les espaces de refus, les citoyens se retrouvent pris au dépourvu dans des espaces où la discussion démocratique finalement semble escamotée, comme l’ont été les propositions de la convention citoyenne sur le climat. Réinstituer le débat sur les orientations et les développements technologiques semble à la fois urgent et impossible, notamment parce que nombre d’entre eux, comme les tentatives de régulation, semblent n’aboutir nulle part. Ces formes de réinstitutions peuvent être multiples, elle peuvent se déplacer selon les enjeux, les situations, pour autant qu’elles produisent des déplacements, comme quand le maire de New York valide la décision du département de l’Éducation, qui, après des consultations nourries, interdit l’utilisation de l’IA en primaire et au collège et limite la durée de temps passé devant les écrans à l’école, rapporte le New York Times.
Le problème, rappelle Régnauld, c’est que nos besoins sont dynamiques et peu stables. Nous avons passé des milliers d’années sans réfrigérateurs, mais qui pourrait désormais sans passer ? L’IA semble inutile à la plupart d’entre nous, mais en sera-t-il de même demain ? Ou pourrions-nous en avoir besoin et où est-ce inutile ? Régnauld invite à réinterroger nos besoins à l’aune des enjeux, à interroger les trajectoires de nos choix possibles, à délibérer collectivement et cela nécessite de trouver la bonne échelle de discussion. Localement, discuter de l’installation de centres de données risque surtout de favoriser l’acceptation des projets, quand c’est leur déploiement d’ensemble qui devraient discuter de l’adaptation aux scénarios de besoins. Nous devrions privilégier une logique des besoins, pour discuter des ressources mobilisées et politiser les usages, comme le proposaient par exemple Cédric Durand et Razmig Keucheyan dans Comment bifurquer.
Toutes les technologies n’ont pas vocation à devenir démocratiques, prévient néanmoins Régnauld. Des diplomaties s’imposent pour assurer la concurrence, l’interopérabilité, la portabilité comme les alternatives et éviter l’intégration unique et par défaut. « Si on n’interdit pas, au moins empêcher qu’ils règnent sans partage ». Limiter les abus, toujours. Démanteler parfois. Limiter l’invasion. Dénumériser même.« Le vivier de technologies financées pour rien où déployées inutilement et immense ». Même les promesses les plus enthousiastes se fracassent bien souvent contre la réalité. Régnault prend l’exemple des robots soignants japonais décortiqués par l’anthropologue James Wright dans un livre. « Plus la promesse est tapageuse, plus la vigilance critique devrait être grande ».
« Que retirer ? Dans quel ordre ? A quelle vitesse ? Que mettre en place ? » Si ces enjeux ne sont pas posés institutionnellement, ce seront les luttes sociales qui s’y attaqueront pour tenter de « décapitaliser la production technique » et son monde, pour réinscrire l’informatique et le numérique dans nos limites planétaires, économiques et sociales.
Régnauld ne propose ni grande solution ni grand soir. Juste de trouver les possibilités d’ajustement, qui nécessiteront parfois de démanteler, d’autres de domestiquer. Consolider ce que les ingénieurs du chaos abhorrent :« des infrastructures socialisées, gouvernées en commun et orientées vers des finalités délibérées ». Disputer des fins plutôt qu’y être soumis. Renforcer la démocratie partout où l’on fait de la technique. Refuser la sommation. Dans un essai qui lance un appel à la discussion, pour dépasser les positions de principes, en montrant nombres d’endroits où elle a déjà lieu et où elle pourrait fleurir.
Pour stimulante qu’elle soit, la perspective d’élargir la démocratie technique reste la seule réponse face au renforcement du technocapital. La limite de cette perspective est que l’autoritarisme de la tech comme la seule boussole pro-business, n’ont que faire des espaces de débats. En continuant de nier les débats, les conflits, le risque est de les radicaliser et de les rendre toujours moins possibles. Pour résister au fascisme qui vient, il est assurément certain que nous avons besoin plus que jamais d’ouvrir non seulement des arènes de débats, mais bien des arènes de décision, de confier à la diversité des publics l’enjeu de faire leurs compromis. Or, ici, les autorités n’ont pas un rôle clair, orientant les débats plutôt que d’en être les garants. C’est peut-être la grande limite du rêve de démocratie technique. Mais son abandon ne nous propose qu’un cauchemar sans fin.
Hubert Guillaud
La couverture du livre d’Irénée Régnauld, La sommation technologique.