Bilan, finances, énergies fossiles... les enjeux de la COP17 biodiversité d’Erevan



Une quarantaine d’acteurs des milieux municipal, communautaire, forestier, de la santé et des milieux naturels se sont réunis à Amqui, le 24 septembre dernier, pour faire progresser le Plan climat et la transition socioécologique (TSÉ) de La Matapédia.
Avec le Plan climat, les résultats souhaités sont de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), amener les communautés à s’adapter aux changements climatiques et intégrer la transition socioécologique à travers les actions.
Si la MRC de La Matapédia agit comme responsable pour planifier, sécuriser et accompagner les 18 municipalités, la participation de l’ensemble des partenaires est essentielle pour réussir cette transition.
La démarche vise à prendre en compte autant les infrastructures que les personnes pour chaque décision à prendre.
Pour illustrer les possibilités de la transition socioécologique, les participants ont visité le stationnement du nouveau complexe municipal de la Ville d’Amqui.
Ce projet démontre qu’il est possible de répondre aux besoins de la population tout en luttant contre les aléas climatiques, notamment avec l’utilisation de toitures blanches pour réduire la chaleur, la plantation d’arbres pour créer des zones d’ombre et des aménagements adaptés pour gérer les fortes pluies.
Tout au long de la journée, les participants ont identifié des exemples concrets dans le cadre d’ateliers de travail collaboratifs inspirés des « Ateliers des savoirs partagés » et animés par Nancy Bérubé, conseillère en développement social à la MRC.
Les exemples recueillis seront étudiés pour être ajoutés comme de nouvelles idées au plan d’action en construction.
La réalisation du Plan climat de la MRC de La Matapédia est soutenue financièrement par le gouvernement du Québec.

C’était en juillet, à Tadoussac, entre deux embarquements. Le journaliste Gilles Gougeon m’avait demandé de rejoindre son équipe à Tadoussac pour un documentaire de Radio-Canada sur le fleuve Saint-Laurent. Nous étions sortis en mer à bord d’un navire de la Garde côtière.
Je me souviens d’avoir raconté un souvenir : après trois mois en mer, le navire sur lequel je travaillais venait de prendre son pilote, on passait près du Haut-Fond-Prince. Il y avait soudain eu cette odeur saline particulière, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Alors j’avais su que j’étais vraiment de retour chez moi. Dans mon fleuve. Dans mon pays. Il y a des appartenances qui passent par l’air, le vent, le sel et la mémoire du corps.
On parle souvent du Saint-Laurent comme d’un corridor économique. Un axe de transport. Une voie navigable. Une infrastructure stratégique. Ça correspond à une réalité, mais ça reste incomplet.
Vu de la timonerie d’un navire ou du haut d’un cap, à Cap-Chat ou à Mont-Saint-Pierre, il est beaucoup plus que cela. Sa couleur change avec les marées, les saisons et les moments de la journée. Ses courants dessinent des lignes courbes, et au changement de marée, on peut parfois sentir, directement sur la peau, ce que signifie « le passage d’un front froid ».
À Montréal, il s’appelle en anglais « The River ». Mais à partir de Sainte-Flavie il devient bien plus qu’une rivière et il est même plus large qu’un fleuve. On l’appelle d’ailleurs plutôt « la mer », en Gaspésie. Avant tout, c’est un milieu vivant. Une mémoire. Une force qui depuis des millénaires façonne les paysages, les métiers, les corps, les imaginaires et les communautés.
J’ai connu le fleuve par plusieurs chemins : la navigation, l’opération des navires, les technologies maritimes, les régions côtières, mais aussi la création. Ce sont des mondes qui peuvent sembler complètement séparés. D’un côté, les navires, les cartes marines, les horaires, les opérations portuaires, les réglementations et les décisions à prendre. De l’autre, l’art, le silence, le paysage, l’intuition, le corps, la lenteur.
Pourtant, il y a un apprentissage qui est le même : être complètement présent et prêt à entrer en action à partir de ce qui est là dans l’instant.
Naviguer, c’est lire ce qui change. La lumière, le vent, la hauteur des vagues, la fatigue de l’équipage, la réaction et les bruits du navire, les courants, les glaces, la brume. Les signaux les plus subtils peuvent être l’indicateur le plus important, celui qui fait changer la décision. En mer, on ne maîtrise jamais tout. Le fleuve est toujours plus grand et plus puissant que nous.
Mon travail en art performance et installation part du même point : la présence. Dans le corps, en lien avec la mer dans toute sa force mouvante, avec les côtes rocheuses et les épinettes tortueuses qui s’accrochent aux rochers. C’est un travail d’alignement. Comme les bouées qui jalonnent les routes maritimes. Un processus qui tient compte de multiples éléments, un parcours dont la route finale n’apparaît qu’à l’arrivée.
J’ai choisi d’habiter les régions maritimes parce que cette relation de proximité avec le fleuve y est encore bien vivante. Ce territoire connaît encore le rythme du fleuve, son pouls changeant et mouvant. Il se souvient de l’histoire des goélettes qui apportaient l’épicerie dans les villages et ramenaient du bois vers Montréal. Il se souvient des navires étrangers qui ouvraient leurs cales pour apporter des produits nouveaux ici : sucre, bananes, rhum. Et il se souvient des chantiers navals et de l’expertise exceptionnelle de ces constructeurs de bateaux de bois, puis d’acier, qui ont mis à l’eau des centaines de milliers de navires. Le fleuve nous a construits. Il a beaucoup contribué à faire du Québec ce qu’il est devenu. On estime régulièrement que près de 80 % des biens que nous consommons ont voyagé, à un moment ou à un autre, par navire. Sans cet axe maritime, nos communautés n’existeraient pas dans leur forme actuelle.
Aujourd’hui, nous parlons beaucoup de transition. Transition écologique, énergétique, économique, numérique. Ces éléments de solution sont importants, tout comme les plans, les indicateurs, les investissements et les politiques publiques. Mais les décisions et les choix seront incomplets sans une sensibilité à ce que porte profondément ce territoire maritime.
On ne peut pas prendre soin du vivant uniquement avec des tableaux de bord. On ne peut pas protéger un fleuve que l’on ne regarde pas quotidiennement, que l’on ne connaît plus. On ne peut pas non plus imaginer l’avenir des régions maritimes et du fleuve sans les connaissances intrinsèques du territoire, sans ce qui vient de l’observation, autant scientifique qu’humaine.
Bien sûr, les territoires maritimes connaissent aussi la fragilité, le manque de main-d’œuvre après des années d’exode, les conflits d’usage, la pression touristique, la dépendance aux décisions prises ailleurs, les blessures laissées par certains développements. Mais habiter un territoire, c’est accepter sa complexité, apprendre du passé et continuer de construire.
Comme artiste, je crois que la création peut contribuer à cette écoute en ouvrant un autre espace de perception. L’art peut rendre sensible ce que les indicateurs ne montrent pas toujours. Il peut redonner une présence à ce qui est abstrait : le vivant, le lien, la mémoire, la perte, la beauté.
Comme navigatrice et femme issue du secteur maritime, je crois que nous avons besoin de tenir compte de paramètres techniques et scientifiques en temps réel mais aussi des récits et de l’expérience des marins et des gens qui vivent près du fleuve pour mieux saisir sa réalité changeante et mouvante.
Le Saint-Laurent nous oblige à penser autrement. Il ne répond pas à la vitesse de nos échéances. Il a ses marées, ses glaces, ses tempêtes, ses embâcles, ses brumes et ses pieds de vent. Il nous rappelle que les écosystèmes naturels et humains sont complexes et demandent une présence attentive et multiple.
En regardant le bel orangé du coucher de soleil, juste au bout de l’île Saint-Barnabé, là où passent les cargos étrangers en route vers le large, je vous propose de humer l’air salin et d’imaginer l’avenir de notre fleuve, pour qu’il puisse continuer de porter nos rêves.

Même si 50 % des Québécois croient toujours qu’il est « le plus meilleur » pour affronter Trump, Mark Carney n’en est pas moins une sorte de cheval de Troie qui cache de plus en plus mal, derrière sa cravate, le banquier pragmatique – c’est-à-dire sans conscience – prêt à écarter tout irritant pouvant nuire à l’efficacité économique, que ce soient l’urgence écologique et climatique, les institutions démocratiques, l’autonomie des provinces ou même les droits de la personne.
L’homme du pétrole de l’Ouest
Mark Carney, c’est un homme de l’Ouest, du Canada pétrolier. Né dans les Territoires du Nord-Ouest, il a grandi à Edmonton en Alberta, dans les vapeurs des sables bitumineux. Pour lui, la richesse première du Canada, ce n’est pas la forêt de Colombie-Britannique, les céréales et le bœuf de l’Ouest, l’industrie automobile de l’Ontario, l’électricité et l’aluminium du Québec, les pêches des Maritimes : c’est le pétrole d’Alberta, menacé par les écologistes et la fermeture des frontières américaines.
Dès son arrivée au pouvoir, après s’être bricolé une majorité avec des transfuges, son premier geste fut de supprimer la taxe carbone pour les consommateurs et d’écarter son créateur, le ministre de l’Environnement Steven Guilbault, qui en avait fait le pivot d’une stratégie qui semblait en voie d’assurer une réduction de nos GES de 40 % d’ici 2030. Avec le retour en force des lobbyistes de l’industrie pétrolière (1 318 rencontres avec les membres du gouvernement en un an), toute la stratégie est tombée à l’eau, sous prétexte de diminuer notre dépendance aux États-Unis : abandon des cibles et du plafonnement des émissions, émasculation de la taxe carbone pour les industries par des diminutions substantielles du prix du carbone, simplification et accélération des processus d’évaluation environnementale refilés aux provinces, retour en force des subventions aux pétrolières – notamment pour des programmes de captage de carbone que tout le monde sait inefficaces –, délais pour la réduction des émissions de méthane, projets d’oléoducs à l’Est comme à l’Ouest, et finalement, un deuxième oléoduc de 40 milliards vers la côte sud-ouest, financé à 90 % par nos impôts, pour calmer les velléités séparatistes de la première ministre d’Alberta – le clou qui a crucifié Steven Guilbault.
Le loup déguisé en berger
Il est habile, notre premier ministre; fin renard et même loup déguisé en berger. Il ne s’embarrasse pas du Parlement. Il parle au peuple, aux grands patrons et aux dirigeants du monde. Il est pragmatique, hyperactif. C’est nécessaire face aux tarifs. Il faut supprimer les irritants. Les pesticides bannis pour leur toxicité sont réautorisés… pour assurer notre autonomie alimentaire… et du même coup plaire aux céréaliers de l’Ouest. Les procédures d’approbation des grands projets sont trop longues : il les simplifie et les abrège. La protection des espèces menacées, comme le caribou, le béluga ou le chevalier cuivré, « menace » les entreprises forestières, le transport maritime, les ports méthaniers : leur protection sera désormais laissée au bon vouloir des provinces. Les subventions à l’achat d’une auto électrique sont inutiles, car nous avons beaucoup de pétrole : il les supprime. Et pour flatter le Québec et l’Ontario : un TGV pour riches qui ne verra sans doute jamais le jour.
Bref, en un an de règne, le banquier adulé de Davos a rétabli la primauté absolue de l’économie, de la croissance et du pétrole. Il veut être à la table, pas au menu. Il pactise sans remords avec Mohammed ben Salmane, le roi assassin de l’Arabie saoudite, sans souffler mot des droits de la personne et de la crise climatique. Les forêts brûlent, les habitants suffoquent, l’eau se fait rare et, quand elle tombe, elle emporte tout, les glaces fondent, les océans se réchauffent, les tempêtes se multiplient, les victimes climatiques sont laissées à elles-mêmes, les migrants sont refoulés, la démocratie tourne à droite, les cultures nationales sont ébranlées par le flot des plateformes numériques : pour ne pas déplaire à Trump, Carney ignore tous ces nuages noirs qui s’accumulent sur nos têtes. Pire, il nous militarise pour accélérer la cadence.
Trump plus civilisé
Au fond, Carney, c’est notre Trump à nous, plus civilisé, plus propre, plus sournois, anti-Trump, mais à peine moins dévastateur que l’autre pour les véritables priorités, pour le véritable développement, pour notre démocratie et pour notre avenir. « Quiconque est loup agit en loup », disait Lafontaine en conclusion de sa fable Le loup devenu berger.
Le plus affligeant de ce mauvais rêve, c’est que les Québécois se laissent prendre au jeu, à la peur. Toute leur angoisse écologique semble s’être évaporée d’un coup. En juin dernier, selon un sondage Pallas, 47 % des Québécois auraient encore voté pour les libéraux contre 25 % pour le Bloc, 17 % pour les conservateurs, 6% pour le NPD, 4% pour les verts, et 55 % se disaient satisfaits du gouvernement Carney. L’illusion est parfaite. Pourtant, en un an, le PIB du Canada est passé de 1,7 à 1,1, et l’inflation, de 2,3 à 2,8. Mais c’est la faute à Trump.
Note de dernière heure: Carney vient d’annoncer l’abolition de la cible de 100 % pour la vente d’autos électriques d’ici 2035, et un récent sondage Abacus enregistre une baisse de 11 points dans les intentions de vote des Québécois en faveur des libéraux de Carney, soit 36 % au lieu de 47 %.
On a besoin des artistes, des objecteurs de conscience; on a besoin de ce très large spectre des parties prenantes de la société pour être capables d’avancer collectivement.
– Jérôme Dupras, nouveau scientifique en chef et membre des Cowboys Fringants
L’été est là. Vous vous apprêtez peut-être à vous fondre dans les paysages bas-laurentiens. Mais savez-vous que des mégaprojets de développement éolien transformeront ces paysages?
Depuis qu’au nom d’une « transition énergétique », le gouvernement a décidé d’ajouter 10 000 MW d’énergie éolienne dans son réseau, tout le Québec est touché par l’éolien, sauf la riche région de Memphrémagog qui aurait défendu que ses paysages méritaient d’être préservés : hors de notre champ de vision les paysages aux allures industrielles!
Ça veut dire quoi?
En plus des 482 éoliennes déjà installées au Bas-Saint-Laurent et dont certaines arrivent en fin de vie (Que faire des tonnes de pâles usées? Recherches de solutions toujours en cours…), on doit bientôt compter 103 éoliennes pour Pohénégamook, Picard, Saint-Antonin et Wolastokuk (phases 1 et 2), 45 éoliennes pour Dégelis et Saint-Jean-de-la-Lande, 20 éoliennes pour Saint-Damase et Saint-Noël.
Ça, c’est ce qui est déjà dans « la machine », il faut ajouter des zones très sérieusement à l’étude : Wocawson (150 éoliennes?), Wetsok : MRC de Montmagny, L’Islet, Kamouraska, Rivière-du-Loup et Témiscouata (240 éoliennes?); Gespe’gewa’gi qui correspond à la Gaspésie et à l’Est du Bas-Saint-Laurent (1000 éoliennes?).
Résister
Un soir de mai, une quarantaine de personnes sont réunies à Témiscouata-sur-le-Lac pour écouter Tina et Étienne, tous deux engagés dans Éoloin, un des nombreux groupes qui s’activent dans différentes régions dans le but de susciter la réflexion à propos de l’implantation de l’éolien, des groupes qui veillent, qui tentent de se faire entendre et de combler le déficit démocratique que le développement éolien a tout simplement soufflé. La dense présentation du comité Éoloin, que tout le monde devrait voir et dont je ramènerai ici quelques fragments, dessine le revers de la médaille.
« Notre économie dans le Témiscouata repose sur l’acériculture, la foresterie et la villégiature. Et l’éolien fragilise tous nos moteurs économiques, dira avec assurance Tina. S’il y avait de véritables consultations, on pourrait peut-être décider ensemble que sur telle partie du territoire on accepte qu’il y ait des éoliennes. Mais de la façon dont ça se fait présentement, sans vue d’ensemble, sans BAPE générique, en laissant les partenaires privés aller frapper aux portes pour offrir de l’argent en échange d’une éolienne, c’est non. Ça ne peut pas se faire comme ça. » Bienvenue au Far-West des gisements de vent. Le bar est ouvert. En plus, l’Alliance de l’énergie de l’Est, partenaire de tous les projets avec des promoteurs privés (de Montmagny jusqu’aux îles de la Madeleine) et dont le conseil d’administration est formé uniquement d’élus (où sont passés les acteurs de la société civile?), assure que l’acceptabilité sociale est là. Ah bon? À voir tous les articles qui s’écrivent, tous les regroupements qui se forment, même des élus déçus se regroupent, il est évident que le consensus en regard de la façon dont les projets se déploient, non il n’y en a pas….
D’ailleurs, en cherchant un peu, on est choqué d’apprendre que c’est l’Alliance qui a insisté auprès d’Hydro-Québec pour obtenir une ligne de transport électrique qui allait permettre le développement de tous les nouveaux parcs dans l’est. Dans la démesure qui semble être sa ligne d’approche, l’Alliance était même prête à construire elle-même la ligne… alors qu’Hydro-Québec avait des réserves1.
Dans cette course à l’éolien, on fait reposer l’acceptabilité sociale sur la promesse d’une transition énergétique, mais on ne peut faire l’équation que par exemple des emprises dans les précieuses érablières sont « le prix à payer, un sacrifice à faire » pour atteindre la carboneutralité. En fait, comme il n’y a pas de lignes directrices pour diminuer le recours aux énergies fossiles, les MW éoliens ne viendront que s’ajouter à l’offre2 (pour que prennent forment plus de projets énergivores comme des centres de données?). Le gouvernement vient d’ailleurs de repousser de 2030 à 2035 sa cible de réduction de GES et de diminuer les sommes pour y arriver. L’engagement dans une transition énergétique, c’est du vent… De plus, l’efficacité et la sobriété énergétiques qui pourraient nous permettre de développer moins de nouveaux projets ne sont pas mises de l’avant3.
« On veut nous enfoncer un projet dans la gorge, mais le fait que l’éolien, c’est mieux que l’énergie fossile ne peut justifier la catastrophe qui s’annonce », dira avec colère un participant au Témiscouata. La catastrophe, elle est économique, en raison de la diminution de la valeur des propriétés, en raison des sommes colossales que les MRC empruntent pour devenir partenaires des projets, en raison du portefeuille de tous les Québécois qui s’alourdit pour financer le déploiement.
La catastrophe, elle est environnementale. On parle de fragmentation du territoire, de compactage des sols, de multiplication de bases de béton (environ 1500 tonnes par éolienne), du bruit, de risques pour les puits, des avions de la SOPFEU qui pourront difficilement circuler dans certaines zones, de fragilisation de milieux humides, de chemins forestiers fraîchement déboisés assez larges et droits (de 21 mètres) pour faire circuler pâles et turbines. Et comme on refuse une analyse d’ensemble, on ne cherchera pas à connaître les effets de la multiplication des parcs sur la faune, la flore, les écosystèmes, l’économie, les communautés, les paysages. Que se passe-t-il? A-t-on pris goût à foncer droit dans le mur comme on l’a fait avec d’autres filières?
Le développement éolien et les revenus qu’il génère pour le Bas-Saint-Laurent doivent être présentés pour ce qu’ils sont : un déploiement qui se fait dans une logique économique capitaliste pour simplement produire plus d’énergie et dont certains tireront de gros profits.
Faire entendre sa voix
À un citoyen du Témiscouata qui demandait « Qu’est-ce qu’on peut faire? », on pourrait répondre : combattons le sentiment d’impuissance. Ne soyons pas ce peuple qui a trop souvent « l’habitude des ruines » (Marie-Hélène Voyer) et ayons le courage de reconnaître que ce développement éolien tous azimuts, précipité et à l’aveugle ne nous représente pas, qu’il dégradera notre milieu alors que l’ère, on le sait, est à la préservation. Dans Charlevoix, on s’apprête d’ailleurs à empiéter sur le maigre territoire du caribou… C’est pour de « l’énergie verte », pourquoi on se gênerait?
Veillons sur notre territoire. Faisons entendre nos voix de toutes les manières, dans toutes les MRC. Signons la pétition pour un BAPE générique, exigeons une vue d’ensemble. Joignons des groupes4 qui essaient d’y voir clair. Un projet qui dépasse les mille éoliennes et qui ne garantit pas la carboneutralité, ça vaut bien mille questions!
1. « L’Alliance de l’énergie de l’Est explore l’idée de construire une ligne à haute tension », Radio-Canada, 2023, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1959219/eolien-transport-ligne-infrastructure-energie-electricite
2. Voir Iris, Projet de loi 69 : vers une transition énergétique?, 2024.
3. « Si le Québec choisissait la voie de la sobriété énergétique, il pourrait se décarboner en 2050 avec trois fois moins de nouvelle production d’électricité » Le Devoir, 31 janvier 2026.
4. Vigilance éolienne de l’est, Vent commun, Éoloin, Vent d’élus, Regroupement Vigilance Énergie Québec, Toujours Maîtres chez nous, etc.


À compter d’aujourd’hui, les entreprises qui exercent des activités industrielles présentant de grands risques pour l’environnement, comme les raffineries de pétrole ou les fonderies, devront payer des amendes plus élevées lorsqu’elles contreviennent à la Loi sur la qualité de l’environnement.
Par exemple, si une entreprise rejette un contaminant, elle sera désormais passible d’une amende minimale de 300 000 $, contre 30 000 $ jusqu’ici.
Le gouvernement Fréchette soutient que ces hausses substantielles visent à encourager les entreprises à investir dans:
[L'article Québec multiplie par dix les amendes minimales des industries à risque environnemental élevé a d'abord été publié dans InfoBref.]


David Eby, premier ministre britanno-colombien, a décrété samedi l’état d’urgence alors que la province lutte contre de violents incendies.
Plus de 20 000 personnes ont reçu cette fin de semaine l’ordre d’évacuer leur habitation à Summerland et Peachland, sur la rive ouest du lac Okanagan, dans le sud de la Colombie-Britannique.
Une centaine de feux sont actifs dans la province.
Une personne aurait perdu la vie dans un incendie.
[L'article Feux de forêt: la Colombie-Britannique est en état d’urgence a d'abord été publié dans InfoBref.]


C’est économiquement rentable de réduire la consommation d’électricité pour nos besoins actuels afin de mieux répondre à nos besoins futurs, explique à InfoBref le professeur Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal.
Selon une étude commandée par le Conseil québécois des entreprises en efficacité énergétique, dont Pierre-Olivier Pineau est un des auteurs:
Miser sur l’efficacité énergétique est donc plus rentable, constate Pierre-Olivier Pineau.
Les kilowattheures économisés peuvent de plus alimenter de nouveaux bâtiments, de nouvelles entreprises ou des véhicules.
Par ailleurs, l’efficacité énergétique réduit la vulnérabilité du réseau, parce qu’elle n’ajoute pas de nouvelles infrastructures à entretenir.
Pourtant, selon l’étude, 60% de l’énergie consommée par le secteur industriel est perdue sans être valorisée.
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Si l’efficacité énergétique est rentable, pourquoi n’est-elle pas plus mise en pratique?
«L’un des éléments est qu’il faut investir de l’argent immédiatement pour des bénéfices qui n’arriveront que dans plusieurs années», répond le professeur.
Aussi, la mise en place de nouvelles technologies peut temporairement perturber les activités d’une entreprise.
Par ailleurs, «ce n’est pas toujours facile de savoir à qui faire appel».
[Pour aller plus loin: Portrait de l’industrie de l’efficacité énergétique au Québec (PDF)]
[L'article L’efficacité énergétique couterait trois à cinq fois moins cher que produire de la nouvelle électricité a d'abord été publié dans InfoBref.]
Ne vous êtes-vous jamais dit : « À quoi bon? » Vous savez, en parcourant par exemple les rangées d’une bibliothèque où des milliers de livres d’autrices et d’auteurs, ayant depuis longtemps sombré dans l’oubli, accumulent la poussière. À cette vue, il est difficile de ne pas être confronté à l’idée qu’après notre trépas, nous sombrerons inéluctablement dans cet abysse des oubliés… Épris sans doute par un désir d’immortalité, on peut se demander quel est le but de l’existence et a fortiori ce que notre si succinct passage aura apporté au monde. Et si ce but était aussi trivial que déféquer dans la forêt?
Cette idée extravagante a éclos au sortir de la lecture du très inspirant livre La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben; ma conception de ce qu’est une forêt s’est alors métamorphosée. Aidé par mes études en biologie, j’ai compris qu’une forêt est holistique, c’est-à-dire qu’elle est plus que la somme des arbres, des plantes et des animaux qui y vivent autant que notre individualité est bien plus que la somme de nos organes, de nos cheveux et des bactéries qui cohabitent en symbiose avec nous. Ce que nous apprend Darwin dans L’Origine des espèces est que, depuis plusieurs millions d’années, les êtres vivants ont évolué par sélection naturelle en fonction de leur écosystème et des autres vivants qui le partagent. Les fleurs, par exemple, ont besoin des insectes pollinisateurs — une espèce radicalement différente — pour assurer leur reproduction, tandis que les champignons mycorhiziens, qui innervent les forêts et permettent aux arbres de communiquer entre eux, requièrent le soutien de ceux-ci pour se nourrir. En d’autres mots, une forêt, c’est avant tout un ensemble de relations symbiotiques interreliées et formant un réseau de connivence nécessaire à la survie du collectif.
Ce n’est pas une coïncidence si la première mesure prise par le médecin lors d’un rendez-vous est notre pression artérielle. En effet, la communication entre les organes est nodale pour le bon fonctionnement de l’organisme. Chaque organe avec sa fonction propre collabore avec les autres dans le but commun de persévérer l’être. La forêt, eh bien, c’est pareil! Chaque arbre, plante, champignon ou animal collabore afin de persévérer l’organisme forêt. Chaque être vivant la constituant et ayant sa fonction permet la survie de l’organisme-forêt comme le font d’office les organes. On peut en déduire qu’il n’y a pas « d’êtres qui vivent dans la forêt » : habiter la forêt, c’est en fait être la forêt.
Il n’y a pas seulement les forêts que nous pouvons voir comme des organismes : les relations symbiotiques au sein des lacs et des océans autant que celles des plaines, des montagnes et des déserts évoluent de manière analogue. Avec un peu d’altitude, on prend conscience que chacun de ces systèmes biologiques est interrelié. Le phytoplancton par exemple, cette algue marine photosynthétique, produit à lui seul 50 % de l’oxygène sur Terre1. Cet oxygène est un déchet pour ces algues, mais est absolument nécessaire à tous les êtres vivants terrestres. De la même manière, des poussières de diatomées, vestiges sédimentaires d’un ancien lac aujourd’hui asséché et désertique au cœur du Sahara, traversent l’océan pour fertiliser la forêt amazonienne. Cette interdépendance nous convie de manière frappante vers la même déduction allégorique où chaque écosystème fait office d’organe permettant au grand organisme des vivants de persévérer.
Cette conception de l’ensemble des vivants sur Terre comme un grand et unique organisme, je la nomme « l’holobiotisme », mot provenant du terme holobionte qui désigne un superorganisme. Inéluctablement, cette manière audacieuse d’interpréter le vivant entraîne d’importantes considérations philosophiques. La plus cardinale est sans doute celle de l’Autre, cet autrui qui, héritier de notre culture naturaliste occidentale, s’est vu réifié et exploité jusqu’à l’extermination presque achevée. Cet Autre objectivé se transmute — lorsqu’il n’y a plus « la Nature » comme entité extérieure mais plutôt comme un tout duquel nul vivant ne peut se destituer — en subjectivité. Formant un seul et même organisme, que peut devenir l’Autre si ce n’est une part de nous-mêmes? Aussi différent peut-il être, tel un muscle de l’iris et une méninge du cerveau, ayant chacun leur fonction propre et travaillant conjointement pour que l’organisme puisse persévérer dans l’être, l’Autre ne peut que se singulariser. L’Autre n’est plus « autre » : il est nous, il est « Je » … Être au monde, c’est donc être Un : je suis l’arbre, le champignon et l’abeille, je suis la forêt, la nature et l’holobiote.
De plus, puisque notre espèce, comme toute autre, est pourvue d’une fonction inhérente, celle-ci doit être en adéquation avec celles des autres espèces et permettre à l’organisme des vivants de persévérer. Est-ce là peut-être le but a minima de l’existence humaine? Loin d’être les prédateurs que nous croyons être, notre espèce, par sa physiologie naturelle, se range plutôt dans la branche des frugivores/charognards/opportunistes2. Aussi trivial que cela puisse paraître, peut-être que notre fonction au sein de l’écosystème consiste à disséminer, par l’entremise de nos selles, des graines appartenant aux fruits que l’on consomme, comme c’est le cas pour de nombreux autres mammifères.
Toutefois, il n’en est rien. Notre civilisation a l’une des plus insignifiantes fonctions et sape celle des autres, nécrosant, tel un cancer, ce que Spinoza définit comme étant Dieu3. Notre lien-vie à « l’Autre » se meurt, se refroidit comme une roche inerte, qui, par folie de verticalité, se perd dans le firmament. L’extermination de la vie sur Terre ne pourrait pas être autre chose qu’un suicide au sens propre.
Ce serait cela, le progrès?
1. National Oceanic and Atmospheric Administration, « How much oxygen comes from the ocean? » National Ocean Service, 16 juin 2024.
2. K. Milton, « Nutritional characteristics of wild primate foods: do the diets of our closest living relatives have lessons for us? », Nutrition, vol. 15, no 6, 1999, p. 488-498.
3. Pour Spinoza, Dieu et la Nature ne sont que deux modes d’une même substance.
Ça s’est un peu produit un soir de mai 2024. Un promoteur éolien débarque à la maison pour savoir si nous sommes intéressés à recevoir une éolienne sur la terre que nous habitons. Il n’a rien dans les mains, pas de carte à nous montrer, « c’est embryonnaire », qu’il dit. Pourtant, c’est chez nous qu’il cogne, il sait où il va.
En quête d’information, notre conseil municipal nous rassure : il ne se passera rien sans que toute la population ne le sache, c’est embryonnaire, c’est normal, il n’y a pas de projet.
Pourtant, ça nous est vraiment tombé dessus un soir de février 2025, alors qu’un autre promoteur éolien, qui a pris rendez-vous celui-là, nous informe que nous pourrions signer un contrat pour peut-être avoir une éolienne. Là, maintenant. Une éolienne de 200 mètres, 656 pieds de hauteur. À 750 mètres de notre maison et de celle du voisin. C’est « bien raisonnable » qu’il dit, parce que la réglementation de notre MRC, c’est 500 mètres. 500 mètres! À peine quelques feuilles de papier, qu’il ne nous laisse pas, pour appuyer ses explications. Il préfère ne pas nous montrer de carte, mais accepte finalement d’ouvrir brièvement son ordinateur : les éoliennes projetées sont éparpillées sur tout le territoire de la municipalité. Il n’y a pas moyen de voir le contrat d’option d’octroi, on ne se montre pas assez intéressé à signer. Nous avons la chance exceptionnelle d’avoir un environnement silencieux. C’est vrai qu’il « ne connaît pas ce que c’est », il « habite Montréal ». Le BAPE? « Disons que ça oblige les entreprises à sophistiquer leur narration. »
De pareils propos, une pareille situation, ça ne s’invente pas.
Dans les jours, les semaines qui suivent, nous constatons que nos voisins et la majorité des résidents de la municipalité n’ont jamais entendu parler de projet éolien chez nous, nous les en informons. Du même coup, nous apprenons que plusieurs contrats sont déjà signés. C’est fait, il y a une fracture dans le tissu social de ma communauté.
Pour prétendre à une acceptabilité sociale, la population doit avoir l’information lui permettant de prendre une décision libre et éclairée. Dans les faits, tout débat public est évité, les propriétaires terriens sont approchés et, avec très peu d’information en main, décident chacun pour soi. Les contrats sont confidentiels et ça se passe dans chaque cuisine. Avec suffisamment de signatures en main, un promoteur peut remporter un appel d’offres d’Hydro-Québec et ensuite, les étapes suivent inévitablement leurs cours, chaque case du processus sera cochée. Les dés sont jetés.
Comble de chance, le premier ministre, François Legault, se déplace au Bas-Saint-Laurent en novembre 2025 pour annoncer une entente de 1 500 mégawatts signée entre Hydro-Québec et l’Alliance de l’énergie de l’Est. Notre MRC fait partie de cette entente. Au BSL, « il y a de l’acceptabilité sociale pour les projets éoliens ». Ah ben, voilà! La population aurait donné son accord avant même de connaître l’entente? La PDG d’Hydro-Québec, Claudine Bouchard, tient à rassurer, il y aura des consultations. Euh, pardon, mais vous venez bien d’annoncer que l’entente est signée, non?
Cela représente une très petite portion de la façon dont l’acceptabilité sociale est traitée. Depuis des mois, nous ne comptons pas les heures pour lire et comprendre, documenter, partager de l’information, réseauter, poser des questions… Les surprises ne cessent de s’accumuler sur les façons de manipuler l’opinion publique, les faits, les chiffres pour que les projets de développement éolien puissent aller de l’avant. Jamais nous n’aurions pensé qu’une telle force de lobby était en place.
En quelques minutes, comment arriver à partager à nos concitoyens ce que nous avons mis des heures à débusquer? La contribution du développement éolien à la transition énergétique n’est qu’un mirage. Les bienfaits pour la région sont beaucoup moindres qu’on le prétend et, surtout, ne tiennent pas compte des coûts. Coûts sociaux, environnementaux, économiques futurs. Au rythme actuel des annonces, on peut même parler de coût identitaire, notre identité rurale. Non seulement il faut donner de son temps, de son énergie, de son argent aussi pour ces démarches, mais il faut encore accepter de prendre la parole et de se faire pointer du doigt par certains. Tout ça pour protéger notre milieu de vie, notre communauté, notre environnement, l’avenir de notre région.