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Apple et Google cherchent à limiter les poursuites liées à la vérification de l’âge
Apple et Google mènent une importante campagne de lobbying auprès de plusieurs États américains afin d’influencer les futures lois sur la vérification de l’âge dans les boutiques d’applications. Selon une enquête de POLITICO, les deux entreprises proposent des textes qui imposeraient certaines obligations pour identifier les utilisateurs mineurs, tout en empêchant les particuliers d’intenter directement […]
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Carney crée un conseil national pour orienter le Canada en matière d’IA
Le premier ministre Mark Carney met sur pied un Conseil national sur l’intelligence artificielle réunissant chercheurs, entrepreneurs, investisseurs et dirigeants afin de conseiller directement le gouvernement sur sa politique en matière d’IA. Parmi les 13 membres annoncés figurent deux personnalités importantes de l’écosystème québécois, Yoshua Bengio et Valérie Pisano, de Mila. Le Conseil devra notamment […]
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Trump fait exploser la demande pour les noms de domaine .si de la Slovanie
Donald Trump voulait changer le vocabulaire de l’intelligence artificielle. Il semble avoir, du même coup, donné un sérieux coup de pouce à l’extension Internet nationale de la Slovénie. Depuis que le président américain pousse l’expression « Super Intelligence », abrégée SI, les enregistrements de noms de domaine se terminant par .si connaissent une hausse spectaculaire. […]
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Programmer la prise de pouvoir
Dans Technologie du coup d’Etat, les programmeurs de l’Apocalypse (Lux éditeur), le journaliste Thibault Prévost (qui avait déjà signé en 2024, Les prophètes de l’IA – voir notre lecture) dissèque le putsch numérique qui a eu lieu depuis le début du second mandat de Donald Trump, comme une recette, désormais disponible à qui voudra transformer à jamais d’autres régimes politiques. Pour tout comprendre au technofascisme à l’œuvre, ce qu’il transforme, il faut dévorer ce petit livre. On vous en p
Programmer la prise de pouvoir
Dans Technologie du coup d’Etat, les programmeurs de l’Apocalypse (Lux éditeur), le journaliste Thibault Prévost (qui avait déjà signé en 2024, Les prophètes de l’IA – voir notre lecture) dissèque le putsch numérique qui a eu lieu depuis le début du second mandat de Donald Trump, comme une recette, désormais disponible à qui voudra transformer à jamais d’autres régimes politiques. Pour tout comprendre au technofascisme à l’œuvre, ce qu’il transforme, il faut dévorer ce petit livre. On vous en propose l’introduction. Pour lire les pages suivantes, il faudra vous rendre jusqu’à une librairie. Vous ne le regretterez pas.
Le problème du coup d’État moderne est un problème d’ordre technique.
L’insurrection est une machine […] : il faut des techniciens pour la mettre en mouvement,
et seuls des techniciens peuvent l’arrêter.
Curzio Malaparte, Technique du coup d’État
Six janvier 2021, Washington, D.C. Près de 30 000 personnes sont rassemblées sur la pelouse du parc de l’Ellipse, face à la Maison-Blanche. La foule est là, scande-t-elle, pour « sauver l’Amérique » – comme l’y a exhorté Donald Trump en choisissant d’appeler ce meeting « Save America ». Il est 10 heures du matin, la masse trépigne, sent que quelque chose va se jouer. Depuis la victoire de Joe Biden, annoncée tardivement le 7 novembre, Trump prétend que l’élection a été truquée et que le président légitime, c’est lui. Pour que « cesse le braquage » (« Stop the Steal », un autre slogan), il a rassemblé sa base dans la capitale. L’objectif : faire pression sur le vice-président Mike Pence et le Congrès afin qu’ils invalident la victoire de Joe Biden. C’est sa dernière chance de révoquer le scrutin.
L’atmosphère politique du pays est irrespirable. Depuis plusieurs semaines, les têtes de gondole de l’alt-right – l’animateur complotiste Alex Jones et le militant néonazi Nick Fuentes, pour ne nommer qu’eux – entretiennent le délire trumpiste d’une élection volée et galvanisent les soutiens du président sortant. Le 5 janvier, on a trouvé deux bombes devant les sièges des partis démocrate et républicain. Le matin du 6, les omniprésentes casquettes rouge pompier siglées MAGA (« Make America Great Again ») côtoient les équipements tactiques des milices d’extrême droite Proud Boys et Oath Keepers, dont les états-majors ont annoncé qu’ils viendraient armés au rassemblement, avec l’intention d’en découdre.
Quelques minutes avant midi, Trump prend la parole, protégé par une vitre pare-balles. Il multiplie les appels à se « battre » et à « marcher vers le Capitole », prévient que « si nous ne nous battons pas comme des chiens, nous n’aurons plus de pays »1. À 13 h 12, après quatre-vingt-quatre minutes de discours, la foule d’Ellipse Park scande « prenons le Capitole ». Son voeu est en train d’être exaucé : à quelques encablures de la Maison-Blanche, 200 à 300 membres des Proud Boys viennent de franchir les barrières de police qui protégeaient l’entrée ouest du siège du Congrès. L’attaque est préméditée : on apprendra plus tard qu’un document intitulé « 1776 Returns » et appelant entre autres à « prendre d’assaut le palais d’Hiver », curieuse référence à la Révolution bolchevique de 1917, avait été distribué dès le 30 décembre dans les rangs de la milice.
À 14 heures, les premiers émeutiers pénètrent dans un bâtiment presque vide. Alors que les derniers députés se retranchent sous la protection des services secrets, 2 000 à 2 500 personnes pillent l’aile nord qui abrite le Sénat et retransmettent l’émeute en direct sur les réseaux sociaux. À 17 heures, le « crime le plus filmé de l’histoire des États-Unis » a été commis. Bilan : 174 blessés dans les rangs de la police, et 5 morts.
Pour la presse états-unienne, le pays vient de vivre une « insurrection », une « émeute », un « soulèvement ». En 2023, le FBI parlera « d’acte de terrorisme intérieur ». Mais, s’il y avait une formule à retenir, ce serait celle de Steve Bannon, qui claironnait dès le 4 janvier son intention d’organiser un « coup d’État sans effusion de sang ». Double échec : le sang a coulé, et le coup d’État a échoué.
La doctrine politique de Steve Bannon, le Raspoutine du premier mandat de Trump, est fortement influencée par ses années passées dans le monde du jeu vidéo et les communautés en ligne. Cet univers repose sur un principe fondateur : politics is downstream from culture – la politique découle de la culture, et particulièrement de la culture web. Et sur une méthode simple : flood the zone with shit – saturez l’espace de contenus viraux, pour entretenir la confusion, arracher de ses gonds la fenêtre d’Overton et sidérer les gardiens habituels de l’acceptabilité politique.
En réalité, Bannon n’a pas inventé la roue. Il s’est contenté de réaffecter à l’extrême droite deux tactiques issues du marxisme – la « bataille culturelle » d’Antonio Gramsci et la « révolution permanente » de Léon Trotski. Sa seule innovation aura été de les adapter à l’ère de la mémétique, en faisant le pari que les extrémistes anonymes et organisés du forum 4chan parviendraient, à force de troller à tout vent, à imposer le régime postdémocratique qu’il appelait de ses vœux.
Mais, en 2020, le monde physique n’est pas encore contraint de refléter le monde numérique. La mascarade finale, gueularde, désordonnée et brutale du premier mandat de Trump en est la preuve. Le chaos, même entretenu, ne fait pas le poids face aux institutions du plus puissant appareil d’État occidental. On ne renverse pas le gouvernement des États-Unis avec des mèmes, un clown venu de la téléréalité et une jacquerie complotiste. À l’agitation et aux effets de manches postmodernes faisaient encore défaut un art du coup d’État. On ne perdait rien pour attendre.
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Vingt janvier 2025, Washington D.C.
L’investiture de Trump II s’ouvre sur un paysage politique radicalement différent de celui de 2021. Les rues, cette fois-ci, sont parfaitement calmes. Les milliardaires de la Silicon Valley, qui avaient préféré garder le silence pendant la campagne, sont venus docilement, en ligne, prêter allégeance au nouveau président. Ils ont renoncé à la stratégie de résistance performative qu’ils avaient suivie lors du premier mandat Trump et qui avait culminé, juste après l’assaut du Capitole, avec la désactivation de plusieurs comptes de réseaux sociaux du président déchu. Ayant retourné leur veste moins d’un an plus tard, les chefs du cartel de la tech, ouvertement favorables au projet autoritaire trumpiste, annoncent qu’ils mettront désormais leurs infrastructures numériques au service du nouveau régime, avec zèle et jubilation. Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, a investi pas loin de 300 millions de dollars dans la campagne de Trump, s’achetant ainsi un poste de bras droit du président. Ce mariage incongru entre les paléolibertariens du monde MAGA et les transhumanistes mystiques de la Silicon Valley a désormais un nom : le technofascisme2.
Steve Bannon et son idéal insurrectionnel, celui d’un petit peuple radicalisé prenant les institutions par les armes, sont dès lors ringardisés. Le populisme et l’autoritarisme ont appris de leurs insuccès. Cette fois-ci, l’objectif est de changer le système de l’intérieur. Et la méthode est nettement mieux aiguisée.
Le changement de régime se fait immédiatement sentir. Dès le premier jour de son mandat, le 47e président des États-Unis signe 26 décrets présidentiels, dont certains particulièrement symboliques. Abolition du droit du sol. Fin du télétravail pour les fonctionnaires. Retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat et de l’Organisation mondiale de la Santé. Annulation des programmes « Égalité, diversité, inclusion » (EDI) mis en place par l’administration Biden. Sursis et peines commuées pour les émeutiers du 6 janvier 20213. Création du Department of Government Efficiency, le ministère de l’Efficacité gouvernementale, en réalité une sorte de ministère de la démolition, réclamé et dirigé par Elon Musk. Son acronyme, DOGE, n’évoque que par hasard la figure de l’autocrate de la cité-État vénitienne : dans le pur style muskien, il est plutôt censé rappeler le dogecoin, une cryptomonnaie dérivée d’une photo de chien devenue un mème.
Le ton est donné : le Donald Trump ahuri de 2016 et ses bouffons d’extrême droite ont cédé la place à une machine de guerre qui a eu quatre ans pour se préparer à prendre, exercer, et surtout garder le pouvoir. Dans les cercles MAGA, on parle désormais ouvertement de la théorie de l’exécutif unitaire – un fantasme autoritaire et soi-disant antibureaucratique de l’ère Reagan qui s’inspire d’une interprétation maximaliste de l’article 2 de la Constitution pour prétendre que le pouvoir exécutif peut être exercé intégralement et exclusivement par le chef de l’État. Ce pouvoir présidentiel serait ainsi hors de portée de l’« État administratif » honni par le parti Républicain, et très au-dessus du pouvoir législatif. Pour son second mandat, Trump, on le sait maintenant, a adopté d’emblée ce mode opératoire : en janvier 2026, après un an de règne jour pour jour, il avait signé 229 décrets exécutifs – soit 9 de plus que durant les quatre années qu’a duré son premier mandat4.
Pour Trump et sa nouvelle équipe, hors de question de répéter les erreurs du précédent mandat. Il s’agit, en premier lieu, de ne pas laisser la machinerie fédérale et ses plus de deux millions de fonctionnaires les freiner5. Cette fois-ci, il y a un plan. Son nom : Project 2025, une « Mag(n)a carta » contre-révolutionnaire mitonnée par les cerveaux néoconservateurs du lobby Heritage Foundation, un organe « ouvertement autoritariste6 », selon la spécialiste du fascisme Ruth Ben-Ghiat. Son président, Kevin Roberts, considère que le premier mandat de Trump, « malgré de bonnes intentions, a démarré trop lentement, tout simplement7 ». Le document principal du Project 2025, Mandate for Leadership, explique en plus de 900 pages et 320 objectifs comment « démanteler l’État administratif » pour ensuite « décentraliser et privatiser autant que possible »8 ses fonctions, avant d’utiliser les agences restantes pour institutionnaliser le trumpisme.
L’un de ses leviers les plus médiatisés et critiqués est la classification professionnelle Schedule F, mise en place par Trump en 2020, immédiatement annulée par Joe Biden en 2021 puis réinstaurée dès les premiers jours du mandat Trump II. Elle permet de remplacer jusqu’à 50 000 fonctionnaires de carrière par une armée de bureaucrates-activistes loyaux au régime, formés à la guerre contre le deep state (l’État profond) dans une « académie » de Heritage Foundation9. Selon des documents internes révélés fin novembre 2025 par le collectif de lanceurs d’alerte DDoSecrets, près de 13 000 candidats avaient suivi la formation10 pour s’enrôler comme fantassins d’un véritable putsch administratif. La consigne est claire : frapper vite, fort, partout à la fois, from day one, et faire passer un maximum de réformes durant la lune de miel des cent premiers jours.
Message reçu. Les premiers mois du nouveau régime ont fait l’effet d’une effroyable tempête. Chaque jour, pendant que Trump multipliait les décrets et les appels à la haine, de nouvelles agences fédérales étaient pillées par Musk et ses « gardes rouges » du DOGE. D’entières bases de données ont été mises à sac, les employés limogés en masse. La vitesse et l’ampleur de la destruction étaient sidérantes. Un an après le début de l’exercice, 50 % des objectifs du Project 2025 ont été atteints11. Aux yeux des observateurs internationaux, les États-Unis ne sont plus une démocratie fonctionnelle12.
La presse états-unienne, désorientée, utilise le langage de Wall Street pour décrire une « OPA hostile »13 du pays par le duo Trump/Musk. D’autres, plus malicieux, parlent d’un « désassemblage rapide et imprévu14 » de l’État fédéral – reprenant l’euphémisme utilisé par SpaceX, l’entreprise aérospatiale de Musk, lorsqu’une fusée explose en vol.
Un an pile après le retour de Donald Trump au Bureauovale, tout est en ruines – y compris la Maison-Blanche, dont l’aile est a été rasée en octobre 2025 pour être remplacée par une monstrueuse salle de bal dorée à 400 millions de dollars, largement financée par l’industrie de la tech et des cryptomonnaies. Une allégorie architecturale du nouveau régime : brutal, oligarchique, grotesque, mégalomane15.
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« L’histoire enseigne, a dit Antonio Gramsci, mais elle n’a pas d’élèves. »
Ce que nous prenons pour un phénomène inédit – la désintégration programmée de l’administration fédérale des États-Unis par son propre gouvernement et l’installation d’un nouveau type de régime autoritaire à partir d’une élection démocratique – n’est peut-être en réalité que la réitération d’un événement historique pas si lointain. Pour comprendre le présent, il est souvent nécessaire de regarder par-dessus son épaule. Dans ce cas-ci, on gagne à se pencher sur un court et brillant essai de Curzio Malaparte, publié en France en 1931 et intitulé Technique du coup d’État. Preuve de sa justesse, le livre sera honni par trois de ses protagonistes : censuré par Hitler et brûlé en place publique dans l’Allemagne nazie, condamné par Trotski et banni en URSS, il vaudra aussi à Malaparte d’être confiné sur l’île de Lipari par Mussolini. Qu’a bien pu faire l’intellectuel italien pour mériter un tel traitement ? Rien de moins que de révéler, à travers l’analyse de huit coups d’État modernes, ce que l’on pourrait appeler aujourd’hui le code source du pouvoir au xxe siècle – et, par extension, la méthode pour renverser les dictateurs de l’époque.
La bonne vieille insurrection armée qui prenait d’assaut les écrins traditionnels du pouvoir (palais présidentiel, parlement, palais de justice) et s’appuyait sur la puissance d’une foule galvanisée est déjà désuète en 1931. Cette tactique, écrit Malaparte, « ôte tout caractère révolutionnaire aux séditions militaires. La police défend l’État comme si c’était une ville ; les militaires attaquent l’État comme si c’était une forteresse16 ». Il s’agit d’un type de soulèvement largement performatif et violent, et surtout, qui s’adapte mal à la réalité du pouvoir dans les sociétés industrielles.
De la même façon, les images comme celles de « QAnon Shaman » dans la salle du Congrès, torse nu, avec sa coiffe de fourrure surmontée de cornes de bison, et son visage bariolé d’un drapeau des États-Unis, peinent à dépasser le saugrenu parce qu’elles montrent un assaut du symbolique. Le 6 janvier 2021, tout n’était que spectacle, mais c’était une performance. « Il s’agissait avant tout de faire acte de présence et de se faire remarquer. […] Les véritables trophées de la journée furent les selfies », résume le professeur d’histoire Nicolas Guilhot17. Les victimes de cette attaque, en revanche, étaient bien réelles.
Ce jour-là, Trump n’a été qu’un Lénine de bas étage sans son Trotski. On peut imaginer qu’il ait voulu être « le stratège, l’idéologue, l’animateur, le deus ex machina de la révolution »18, comme l’écrit Malaparte au sujet de Lénine, mais il lui manquait un véritable « créateur de la technique du coup d’État bolchevique ».
Dans les sociétés modernes, imposer un régime et le maintenir, nous dit Malaparte, n’est pas une affaire de circonstances ou d’agitation idéologique. C’est une affaire de méthode. Il faut trouver les moyens appropriés aux conditions du moment. Ainsi, la tactique du 18 Brumaire, le putsch mené par Napoléon Bonaparte, n’est pas celle d’une sédition militaire. Le futur empereur apporte un élément nouveau : « la préoccupation de rester dans la légalité », et le 18 Brumaire représente « le premier coup d’État où l’on voit se poser les problèmes de la tactique révolutionnaire moderne »19. Mais ce n’est qu’avec la révolution d’octobre 1917 que se révèle la technique moderne du coup d’État.
Le coup de génie de Trotski est simple : ne pas viser le lieu du pouvoir ou les symboles de sa majesté, mais s’emparer de son infrastructure stratégique. Pour la première fois, la sédition n’attaque pas le pouvoir directement chez lui, mais sabote la tuyauterie qui le maintient en place. En amont de son insurrection, raconte Malaparte, Trotski « est parvenu à se procurer le plan des services techniques de la ville » de Petrograd. Ses gardes rouges « étudient sur place la disposition des conduites souterraines d’eau et de gaz, des câbles d’énergie électrique, de téléphone et de télégraphe. Deux d’entre eux ont exploré les égouts qui passent sous la résidence de l’État-major général. […] Il faut être en mesure d’isoler un quartier ou même un simple groupe de maisons en quelques minutes ; Trotski partage donc la ville en secteurs, fixe les points stratégiques, distribue les tâches »20.
Un millier d’hommes, répartis en équipes « d’ouvriers spécialisés, mécaniciens, électriciens, radiotélégraphistes, aux ordres d’ingénieurs, de techniciens connaissant le fonctionnement technique de l’État », infiltrent patiemment « les corridors des centraux téléphoniques et télégraphiques, de l’Hôtel des Postes, des Ministères, de l’État-major général, pour observer la distribution des bureaux, l’installation de la lumière électrique et du téléphone, garder dans les yeux et la mémoire le plan des édifices, et […] chercher dans l’organisation défensive de la machine technique, bureaucratique et militaire de l’État les lieux de moindre résistance, les côtés faibles, les points vulnérables ». Ils « tâtent les rouages de l’organisation technique, provoquent de temps en temps la paralysie partielle des organes les plus délicats ». Selon Malaparte, ce sont « les escarmouches préliminaires de l’insurrection »21.
Puis vient l’offensive. Dans la nuit du 6 au 7 novembre, les discrètes troupes d’assaut de Trotski s’emparent des centres névralgiques sans se voir opposer la moindre résistance. Les opérations, écrit Malaparte, « se sont déroulées avec une rapidité et une régularité surprenantes ». Petrograd continue de fonctionner normalement. Les tramways circulent, les magasins restent ouverts, chacun vaque à ses occupations. L’un des événements politiques les plus décisifs du xxe siècle s’est produit dans une indifférence quasi totale.
Qu’en déduit Malaparte ? Plusieurs observations contre-intuitives, mais terriblement justes sur la nature du pouvoir au xxe siècle et la manière la plus efficace de s’en emparer. Contrairement à la vision romantique répandue encore à ce jour, on ne prend pas le pouvoir grâce au soutien populaire ni grâce au charisme surnaturel d’un Grand Homme guidant le peuple. L’écrivain italien affirme que « le problème du coup d’État moderne est un problème d’ordre technique. L’insurrection est une machine […] : il faut des techniciens pour la mettre en mouvement, et seuls des techniciens peuvent l’arrêter ». Il assure que « l’insurrection ne se fait pas avec des masses, mais avec une poignée d’hommes prêts à tout, entraînés à la tactique insurrectionnelle, exercés à frapper rapidement, durement, les centres vitaux et l’organisation technique de l’État ». Qu’elle frappe loin des palais, car « la clef de l’État, ce n’est pas l’organisation bureaucratique et politique […] mais l’organisation technique, c’est-à-dire les centrales électriques, les chemins de fer, les téléphones, les télégraphes, les ports, les gazomètres, les aqueducs ». Enfin, qu’elle est reproductible puisqu’elle « ne dépend pas des conditions politiques, sociales, économiques du pays »22.
Infiltration de l’appareil technique de l’État, occupation des centres névralgiques de communication, sabotage des institutions récalcitrantes par des brigades d’ingénieurs spécialisés : les parallèles avec l’actualité deviennent difficiles à ignorer.
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Plus de cent ans après le coup d’État bolchevique, Trump et ses nouveaux stratèges font une mise à jour de la technique malapartienne à l’ère de la numérisation et de l’algorithmie : une technologie du coup d’État parfaitement adaptée à la dématérialisation du pouvoir contemporain dans l’éther de la donnée. Mais alors que Malaparte mettait en scène des
insurgés-techniciens, le modèle Trump II a ceci d’inédit qu’il prône une insurrection programmée par l’exécutif lui-même. Une contre-élite, élue démocratiquement, qui démolit brutalement et méthodiquement les institutions qui lui confèrent sa légitimité. L’éphémère DOGE, aboli après six mois d’(hyper)activité, en est évidemment la manifestation la plus agressive et la plus transparente. Véritable matérialisation technique des préceptes du Project 2025, il a parfaitement rempli sa mission – choquer, démolir, paralyser. Tel un ver informatique, les voilà encodés, lui et ses principes, au plus profond de la nouvelle administration. Fin du premier chapitre du coup d’État technologique.
Une fois l’ancien régime fédéral renversé, place à la consolidation de son successeur. En l’an 2 du trumpisme, la révolution (permanente) est avant tout l’oeuvre de deux proches collaborateurs de Trump. Ce sont eux qui définissent le mode opératoire du régime. Eux qui tracent le double horizon idéologique – la mort de l’État social et la « régénération » raciale des États-Unis – pour un exécutif qui, sans cela, ne serait que pure action. En effet, loin d’être un idéologue cohérent, Trump agit comme un générateur, un soleil noir auprès duquel ses lieutenants plus capables viennent s’alimenter en énergie. En arbitrant au minimum les disputes lorsque la situation l’exige, il assure un semblant de cohésion entre les multiples factions concurrentes de la coalition MAGA, aux objectifs politiques parfois incompatibles. Le reste du temps, il entretient le chaos d’une outrance, d’une insulte ou d’une pulsion.
Le technicien en chef, que Trump et son équipe ont affublé du sobriquet de « Grim Reaper » (grande faucheuse), s’appelle en vérité Russell Vought. Responsable, pour la seconde fois sous Trump, du Bureau de la gestion et du budget, c’est lui qui répartit aux quatre coins de l’État fédéral l’argent alloué par le Congrès. Bureaucrate discret, vétéran de Washington mû par une haine tenace de l’« État profond », il est à l’origine d’une partie des propositions de Project 2025.
Alors que Vought agit comme président de l’ombre, l’omniprésent et hyperactif Stephen Miller est perçu comme son premier ministre officieux. Chef de cabinet adjoint chargé des politiques, il assure le déploiement de l’industrie technopolicière de surveillance, ordonne les enlèvements de masse, accélère perpétuellement la concentration et la déportation des étrangers. Agent commercial de la xénophobie trumpiste au crâne toujours impeccablement rasé, il n’hésite pas à s’afficher en tenant du suprémacisme blanc comme en septembre 2025, lorsqu’il a affirmé ce qui suit lors de l’oraison funèbre du défunt Charlie Kirk : « Notre lignée, notre héritage remonte à Athènes, à Rome, à Philadelphie, à Monticello. […] Vous n’avez pas idée à quel point nous sommes déterminés à sauver cette civilisation, sauver l’Occident, et sauver cette république23. » En fait, une idée, on peut s’en faire une, sur la base de quelques statistiques éloquentes : sous ses ordres, l’agence fédérale ICE (Immigration and Customs Enforcement, soit le Service de l’immigration et des douanes), est devenue le bras armé du régime. Les 350 000 personnes déportées en un an et les 70 000 personnes détenues dans les camps de concentration (administrés, en grande majorité, par des entreprises privées comme GEO Group ou CoreCivic) ne suffisent pas : Miller et Trump visent un million de déportations par an. Sans se soucier une seconde de l’État de droit.
Ce qui relie entre elles les diverses et parfois contradictoires manifestations du trumpisme, c’est la technologie matricielle qui a permis le coup d’État technofasciste, oeuvre de la Silicon Valley devenue de facto le système nerveux central des États-Unis et d’autres gouvernements autoritaires ou en passe de le devenir. On peut observer le régime de Trump sous toutes ses coutures, on trouve partout la patte de la Silicon Valley. Ce sont ses entreprises, des béhémoths comme Alphabet, Meta ou Amazon, et les nouvelles (et déjà gigantesques) startups faiseuses d’IA comme OpenAI, Palantir ou Anduril, qui fournissent les technologies de calcul, d’analyse, de prédiction et de contrôle, indispensables à la reconfiguration organisationnelle du pays. Ce sont ses patrons mystiques – le trio sud-africain de la « PayPal Mafia » formé par Elon Musk, Peter Thiel et David Sacks, ou les nouvelles figures du complexe « militaro-industriel numérique » comme Alex Karp ou Palmer Luckey –, conscrits dans une administration Trump avec qui ils forment une « broligarchie » (l’oligarchie version tech bros), qui font le lien entre l’exécutif et l’infrastructure technofasciste sur le terrain24.
Le trumpisme du second mandat n’aurait jamais pu exister sans l’architecture logicielle et matérielle d’une industrie numérique dont l’appétit expansionniste et le mépris des normes démocratiques laissaient déjà craindre, en 2024, un « coup d’État permanent »25. Les fantassins de Trump n’auraient jamais pu neutraliser les agences fédérales, pas plus qu’ils n’auraient pu traquer les fonctionnaires récalcitrants, ficher les « ennemis de l’intérieur » toujours plus nombreux, maintenir le panoptique technopolicier et la machine à déportation ou anéantir l’unité fédérale pour satisfaire les désirs sécessionnistes de cette contre-élite et de son projet d’« accélération réactionnaire »26. Et la clé de voûte technologique de ce régime est indéniablement ce que l’on appelle désormais « intelligence artificielle » : des systèmes de calcul « construits pour fonctionner de manière à dégrader et potentiellement détruire les institutions civiques indispensables27 » comme l’État de droit, la presse ou l’université. Des machines à asphyxier le corps social, en l’amputant de ses mécanismes de délibération et de production de connaissances.
En 2026, les États-Unis et la Chine sont deux itérations d’un même système d’exploitation, que la chercheuse Jennifer Lind nomme « smart authoritarianism28 » (autoritarisme intelligent) : des régimes antidémocratiques qui, consolidés par les technologies de répression numériques du capitalisme de surveillance, peuvent désormais se permettre de maintenir une apparence parlementaire tout en exerçant une oppression constante et réticulaire sur leur population. La Silicon Valley, bassin de l’industrie la plus puissante de la planète, est le socle du nouveau fascisme états-unien. Ses multinationales, ses PDG, ses logiciels, son ethos, son matériel et ses fonds d’investissement sont intégrés à l’appareil d’État trumpiste qui réécrit les lois et réaffecte l’argent public en faveur de ces champions du « patriotisme technologique ». L’alliance est rentable pour les deux parties, qui fonctionnent comme un duopole immuable. Pouvoir, argent et infrastructures se concentrent toujours plus entre les mêmes mains.
L’économiste italienne Francesca Bria a récemment cartographié ce réseau de collaborations mutuellement bénéfiques, de contrats publics et de capture réglementaire. Empruntant au vocabulaire des réseaux informatiques, elle décrit le résultat de cette intégration réciproque entre puissance publique et technocapital comme une « stack autoritaire »29 – une pile cohérente d’entités techniques, juridiques, financières et politiques, qui n’oeuvre plus qu’à la consolidation de son propre monopole. Une oligarchie de droit technologique dont le maillage se resserre à chaque nouveau contrat public, et qui pourrait devenir, à l’instar de Palantir, totalement indélogeable, quand bien même Trump et ses « gardes rouges » seraient éjectés du pouvoir par les urnes. Là où Trotski et ses hommes se contentaient de prendre le contrôle des infrastructures, les technofascistes et leurs soutiens MAGA deviennent l’État. Entrés par effraction puis progressivement métastasés dans l’organisme public, ils deviennent impossibles à extraire.
Ou, pour reprendre les mots d’un Donald Trump ahuri, qui philosophait durant les premiers jours de son second mandat, assis au volant d’une Tesla rouge devant la Maison-Blanche : everything’s computer (tout est ordinateur)30.
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Comment lutter contre une technologie du coup d’État qui forme simultanément un coup d’État technologique ? Quelles stratégies, quelles technologies mobiliser en retour pour freiner la propagation de l’infection trumpiste aux autres pays néolibéraux, notamment européens, dont les appareils d’État sont déjà affaiblis par leur dépendance structurelle aux logiciels de la Silicon Valley ? Comment empêcher le coup d’État lorsque les administrations contemporaines barbotent dans l’environnement logiciel fourni par Microsoft, lorsque leurs données dorment sur des serveurs Amazon, lorsque leurs employés communiquent grâce à Gmail, Teams et WhatsApp, et lorsque les ministères communiquent en priorité sur X ?
Pour nos nations vassalisées, repenser les structures de gouvernance au xxie siècle n’est plus seulement une question de souveraineté, mais de survie. Car les parasites des extrêmes droites européennes ont bien compris une chose : dans un pouvoir informatisé, le coup d’État prend lui-même la forme d’un logiciel, un algorithme – au sens générique du mot, un « ensemble de règles opératoires dont l’application permet de résoudre un problème énoncé au moyen d’un nombre fini d’opérations » – c’est ce que l’on constatera dans l’analyse méthodique de la « méthode DOGE », théorisée bien avant l’arrivée d’Elon Musk sous le chapiteau trumpiste. L’exemple MAGA leur a fourni un tutoriel pas à pas, exportable et potentiellement transposable à toute situation et toute entité politique – puisque, rappelons-nous Malaparte, le coup d’État ne dépend ni de conditions politiques et sociales préalables ni du charisme d’un idéologue particulier. En conséquence, avec l’appui logistique de son fournisseur états-unien, une internationale réactionnaire planétaire, allant de l’Argentin Javier Milei jusqu’à l’Italienne Giorgia Meloni, reprend, affine et met à jour la recette insurrectionnelle contemporaine, à l’intention des prochains qui passeront devant les urnes.
L’algorithme s’exporte, se partage, se télécharge. D’autres autocrates en puissance, souvent députés de la nation, trépignent dans leurs starting-blocks ; au Royaume-Uni, en France, au Canada et ailleurs. À leur tour, ils planifient, cartographient, testent les vulnérabilités. Comme ces puissants groupes de hackers invisibles, que le monde de la cybersécurité appelle génériquement un APT (advanced persistent threat, menace persistante avancée), qui s’infiltrent durant des années dans des systèmes informatiques massifs, sans déclencher d’alerte, jusqu’à en posséder virtuellement le contrôle. Partout en Europe, le technofascisme se veut l’APT tapi dans les serveurs de la démocratie numérisée.
Ce livre, pensé comme une mise à jour de l’essai de Malaparte, propose une analyse des dix-huit premiers mois du coup d’État trumpiste. Son auteur n’est pas historien, mais journaliste technocritique. L’ambition de cet essai : dévoiler, sous la cacophonie virale du trumpisme, cette nouvelle technique du coup d’État devenue une technologie – un ensemble d’outils numériques de calcul et de prédiction, mis au service d’un projet de reconfiguration radicale de la puissance publique –, dont le mode opératoire rompt avec notre perception historique de l’autoritarisme. Malaparte a été condamné à l’exil et son livre brûlé parce que, en dévoilant la manière optimale de prendre le pouvoir sans passer par les urnes ou prendre d’assaut les lieux visibles du pouvoir, il a simultanément dévoilé la meilleure manière de protéger l’État… et de renverser un pouvoir autocratique. Ce qui a provoqué l’ire de Hitler et Mussolini, c’est que Malaparte laissait entendre que n’importe quel groupe un tant soit peu organisé pouvait renverser le Duce et le Troisième Reich. C’était vrai hier, et ce l’est encore aujourd’hui.
Tout en tirant les leçons de l’histoire, l’antifascisme doit adapter ses tactiques aux mutations de l’ennemi, le poursuivre et l’affronter sur son nouvel espace de lutte qu’est l’infrastructure numérique. Les stratégies sont variées. Qu’il s’agisse d’une action comme Occupy Bureaucracy31, une armée de fonctionnaires « rouges » désobéissant et sabotant leur propre engin de travail, d’une suite logicielle pirate, étanche aux control freaks de la Silicon Valley, d’une caste d’ingénieurs choisissant la désertion32, l’archipel des résistances ne peut pas se contenter d’être le sable dans la machine de l’oppression : il doit à son tour déployer un algorithme. Devenir le bug, le ver informatique qui anéantira la monstrueuse entreprise du fascisme contemporain technicisé.
L’analyse à froid de la technologie du coup d’État trumpiste et de ses programmeurs nous fournit, en creux, l’antidote au poison de l’autoritarisme, aux États-Unis et dans le reste des démocraties occidentales malades du néolibéralisme. Le phénomène technofasciste n’est pas une rupture, mais une culmination. Trump, Milei et les autres ne sont pas implacables ; Musk, Thiel et les techno-oligarques ne détiennent pas les clés du futur. Leur hégémonie actuelle est artificielle, bâtie sur trente ans de dérégulation et d’impunité légale manufacturées par une classe politique complice. Pour mettre fin à leur règne, il est donc impératif d’observer leur mode opératoire et d’en identifier les vulnérabilités.
Thibault Prévost
Technologie du coup d’Etat, Lux, 2026.

NOTES
1 Tom Dreisbach et Barbara Van Woerkom, « “This Is Not a Peaceful Protest!” », NPR, 4 janvier 2026.
2 Sur cette question, lire Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, Apocalypse Nerds. Comment les technofascistes ont pris le pouvoir, Quimperlé, Divergences, 2025.
3 « Here Are the Executive Actions and Orders Trump Signed on Day 1 », The Washington Post, 20 janvier 2025.
4 Gerhard Peters et John T. Woolley (dir.), « Executive Orders: Washington – Trump II », The American Presidency Project, 20 mai 2026.
5 « Workforce Size & Composition », U.S. Office of Personnel Management, mars 2026.
6 Ruth Ben-Ghiat, « The Permanent Counterrevolution », The New Republic, 16 mai 2024.
7 Lulu Garcia-Navarro, « Inside the Heritage Foundation’s Plans for “Institutionalizing Trumpism” », The New York Times, 21 janvier 2024.
8 Paul Dans et Steven Groves (dir.), Mandate for Leadership: The Conservative Promise. Project 2025, Washington, The Heritage Foundation, 2023, p. 3 et 83.
9 Andy Kroll et Nick Surgey, « Watch: 14 Hours of Never-Before-Published Videos from Project 2025’s Presidential Administration Academy », ProPublica, 10 août 2024.
10 Jason Wilson, « Leaked Files Show Far-Right Influences Among Project 2025 Applicants », The Guardian, 28 novembre 2025.
11 Voir le site web Project 2025 Tracker, s. d.
12 Lauren Gambino, « American Democracy on the Brink a Year After Trump’s Inauguration, Experts Say », The Guardian, 21 janvier 2026.
13 Thomas B. Edsall, « Elon Musk Is Leading a “Hostile Takeover of the Federal Government” », The New York Times, 18 février 2025.
14 Charlie Warzel, « The “Rapid Unscheduled Disassembly” of the United States Government », The Atlantic, 3 février 2025.
15 Luke Broadwater et Zach Montague, « Fine Arts Panel, Remade by Trump, Indicates Support for His Ballroom Plan », The New York Times, 22 janvier 2026.
16 Curzio Malaparte, Technique du coup d’État, Paris, Grasset, coll. « Les Cahiers rouges », 2022 [1931], p. 84.
17 Nicolas Guilhot, « D’un chaman à l’autre : théories du complot et impasses du debunking », AOC, 9 novembre 2021.
18 Malaparte, Technique du coup d’État, op. cit., p. 27.
19 Ibid., p. 90.
20 Ibid., p. 40-41.
21 Ibid., p. 40, 56 et 62.
22 Ibid., p. 42 et 56.
23 Robert McCoy, « Stephen Miller’s Charlie Kirk Tribute Was as Sinister as It Gets », The New Republic, 22 septembre 2025.
24 Carole Cadwalladr, « How to Survive the Broligarchy: The Trump- Musk Crackdown Is Coming. Here’s 20 Lessons in How to Survive It », How to Survive the Broligarchy, 17 novembre 2024.
25 Marietje Schaake, « Le coup d’État permanent de la Silicon Valley » dans Giuliano Da Empoli (dir.), L’empire de l’ombre. Guerre et terre au temps de l’IA, Paris, Gallimard, 2025.
26 Lorenzo Castellani, « L’ère de l’accélération réactionnaire », Le Grand Continent, 8 novembre 2024.
27 Woodrow Hartzog et Jessica M. Silbey, « How AI Destroys Institutions », UC Law Journal, vol. 77, no 4, mai 2026, p. 727-770.
28 Justin Hendrix, « Unpacking the Rise of “Smart Authoritarianism” in China », Tech Policy Press, 25 janvier 2026.
29 Francesca Bria, The Authoritarian Stack, site web, 2025.
30 wirelyss, sakshi et Zach, « Everything Is Computer », Know Your Meme, 12 mars 2025.
31 Ned Resnikoff, « The Left Needs Bureaucrats », Dissent, 2026.
32 Jeanne Mermet, Désertons, Paris/Marseille, Les Liens qui Libèrent/Wildproject, 2025.
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Dans les algorithmes

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Programmer la prise de pouvoir
Dans Technologie du coup d’Etat, les programmeurs de l’Apocalypse (Lux éditeur), le journaliste Thibault Prévost (qui avait déjà signé en 2024, Les prophètes de l’IA – voir notre lecture) dissèque le putsch numérique qui a eu lieu depuis le début du second mandat de Donald Trump, comme une recette, désormais disponible à qui voudra transformer à jamais d’autres régimes politiques. Pour tout comprendre au technofascisme à l’œuvre, ce qu’il transforme, il faut dévorer ce petit livre. On vous en p
Programmer la prise de pouvoir
Dans Technologie du coup d’Etat, les programmeurs de l’Apocalypse (Lux éditeur), le journaliste Thibault Prévost (qui avait déjà signé en 2024, Les prophètes de l’IA – voir notre lecture) dissèque le putsch numérique qui a eu lieu depuis le début du second mandat de Donald Trump, comme une recette, désormais disponible à qui voudra transformer à jamais d’autres régimes politiques. Pour tout comprendre au technofascisme à l’œuvre, ce qu’il transforme, il faut dévorer ce petit livre. On vous en propose l’introduction. Pour lire les pages suivantes, il faudra vous rendre jusqu’à une librairie. Vous ne le regretterez pas.
Le problème du coup d’État moderne est un problème d’ordre technique.
L’insurrection est une machine […] : il faut des techniciens pour la mettre en mouvement,
et seuls des techniciens peuvent l’arrêter.
Curzio Malaparte, Technique du coup d’État
Six janvier 2021, Washington, D.C. Près de 30 000 personnes sont rassemblées sur la pelouse du parc de l’Ellipse, face à la Maison-Blanche. La foule est là, scande-t-elle, pour « sauver l’Amérique » – comme l’y a exhorté Donald Trump en choisissant d’appeler ce meeting « Save America ». Il est 10 heures du matin, la masse trépigne, sent que quelque chose va se jouer. Depuis la victoire de Joe Biden, annoncée tardivement le 7 novembre, Trump prétend que l’élection a été truquée et que le président légitime, c’est lui. Pour que « cesse le braquage » (« Stop the Steal », un autre slogan), il a rassemblé sa base dans la capitale. L’objectif : faire pression sur le vice-président Mike Pence et le Congrès afin qu’ils invalident la victoire de Joe Biden. C’est sa dernière chance de révoquer le scrutin.
L’atmosphère politique du pays est irrespirable. Depuis plusieurs semaines, les têtes de gondole de l’alt-right – l’animateur complotiste Alex Jones et le militant néonazi Nick Fuentes, pour ne nommer qu’eux – entretiennent le délire trumpiste d’une élection volée et galvanisent les soutiens du président sortant. Le 5 janvier, on a trouvé deux bombes devant les sièges des partis démocrate et républicain. Le matin du 6, les omniprésentes casquettes rouge pompier siglées MAGA (« Make America Great Again ») côtoient les équipements tactiques des milices d’extrême droite Proud Boys et Oath Keepers, dont les états-majors ont annoncé qu’ils viendraient armés au rassemblement, avec l’intention d’en découdre.
Quelques minutes avant midi, Trump prend la parole, protégé par une vitre pare-balles. Il multiplie les appels à se « battre » et à « marcher vers le Capitole », prévient que « si nous ne nous battons pas comme des chiens, nous n’aurons plus de pays »1. À 13 h 12, après quatre-vingt-quatre minutes de discours, la foule d’Ellipse Park scande « prenons le Capitole ». Son voeu est en train d’être exaucé : à quelques encablures de la Maison-Blanche, 200 à 300 membres des Proud Boys viennent de franchir les barrières de police qui protégeaient l’entrée ouest du siège du Congrès. L’attaque est préméditée : on apprendra plus tard qu’un document intitulé « 1776 Returns » et appelant entre autres à « prendre d’assaut le palais d’Hiver », curieuse référence à la Révolution bolchevique de 1917, avait été distribué dès le 30 décembre dans les rangs de la milice.
À 14 heures, les premiers émeutiers pénètrent dans un bâtiment presque vide. Alors que les derniers députés se retranchent sous la protection des services secrets, 2 000 à 2 500 personnes pillent l’aile nord qui abrite le Sénat et retransmettent l’émeute en direct sur les réseaux sociaux. À 17 heures, le « crime le plus filmé de l’histoire des États-Unis » a été commis. Bilan : 174 blessés dans les rangs de la police, et 5 morts.
Pour la presse états-unienne, le pays vient de vivre une « insurrection », une « émeute », un « soulèvement ». En 2023, le FBI parlera « d’acte de terrorisme intérieur ». Mais, s’il y avait une formule à retenir, ce serait celle de Steve Bannon, qui claironnait dès le 4 janvier son intention d’organiser un « coup d’État sans effusion de sang ». Double échec : le sang a coulé, et le coup d’État a échoué.
La doctrine politique de Steve Bannon, le Raspoutine du premier mandat de Trump, est fortement influencée par ses années passées dans le monde du jeu vidéo et les communautés en ligne. Cet univers repose sur un principe fondateur : politics is downstream from culture – la politique découle de la culture, et particulièrement de la culture web. Et sur une méthode simple : flood the zone with shit – saturez l’espace de contenus viraux, pour entretenir la confusion, arracher de ses gonds la fenêtre d’Overton et sidérer les gardiens habituels de l’acceptabilité politique.
En réalité, Bannon n’a pas inventé la roue. Il s’est contenté de réaffecter à l’extrême droite deux tactiques issues du marxisme – la « bataille culturelle » d’Antonio Gramsci et la « révolution permanente » de Léon Trotski. Sa seule innovation aura été de les adapter à l’ère de la mémétique, en faisant le pari que les extrémistes anonymes et organisés du forum 4chan parviendraient, à force de troller à tout vent, à imposer le régime postdémocratique qu’il appelait de ses vœux.
Mais, en 2020, le monde physique n’est pas encore contraint de refléter le monde numérique. La mascarade finale, gueularde, désordonnée et brutale du premier mandat de Trump en est la preuve. Le chaos, même entretenu, ne fait pas le poids face aux institutions du plus puissant appareil d’État occidental. On ne renverse pas le gouvernement des États-Unis avec des mèmes, un clown venu de la téléréalité et une jacquerie complotiste. À l’agitation et aux effets de manches postmodernes faisaient encore défaut un art du coup d’État. On ne perdait rien pour attendre.
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Vingt janvier 2025, Washington D.C.
L’investiture de Trump II s’ouvre sur un paysage politique radicalement différent de celui de 2021. Les rues, cette fois-ci, sont parfaitement calmes. Les milliardaires de la Silicon Valley, qui avaient préféré garder le silence pendant la campagne, sont venus docilement, en ligne, prêter allégeance au nouveau président. Ils ont renoncé à la stratégie de résistance performative qu’ils avaient suivie lors du premier mandat Trump et qui avait culminé, juste après l’assaut du Capitole, avec la désactivation de plusieurs comptes de réseaux sociaux du président déchu. Ayant retourné leur veste moins d’un an plus tard, les chefs du cartel de la tech, ouvertement favorables au projet autoritaire trumpiste, annoncent qu’ils mettront désormais leurs infrastructures numériques au service du nouveau régime, avec zèle et jubilation. Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, a investi pas loin de 300 millions de dollars dans la campagne de Trump, s’achetant ainsi un poste de bras droit du président. Ce mariage incongru entre les paléolibertariens du monde MAGA et les transhumanistes mystiques de la Silicon Valley a désormais un nom : le technofascisme2.
Steve Bannon et son idéal insurrectionnel, celui d’un petit peuple radicalisé prenant les institutions par les armes, sont dès lors ringardisés. Le populisme et l’autoritarisme ont appris de leurs insuccès. Cette fois-ci, l’objectif est de changer le système de l’intérieur. Et la méthode est nettement mieux aiguisée.
Le changement de régime se fait immédiatement sentir. Dès le premier jour de son mandat, le 47e président des États-Unis signe 26 décrets présidentiels, dont certains particulièrement symboliques. Abolition du droit du sol. Fin du télétravail pour les fonctionnaires. Retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat et de l’Organisation mondiale de la Santé. Annulation des programmes « Égalité, diversité, inclusion » (EDI) mis en place par l’administration Biden. Sursis et peines commuées pour les émeutiers du 6 janvier 20213. Création du Department of Government Efficiency, le ministère de l’Efficacité gouvernementale, en réalité une sorte de ministère de la démolition, réclamé et dirigé par Elon Musk. Son acronyme, DOGE, n’évoque que par hasard la figure de l’autocrate de la cité-État vénitienne : dans le pur style muskien, il est plutôt censé rappeler le dogecoin, une cryptomonnaie dérivée d’une photo de chien devenue un mème.
Le ton est donné : le Donald Trump ahuri de 2016 et ses bouffons d’extrême droite ont cédé la place à une machine de guerre qui a eu quatre ans pour se préparer à prendre, exercer, et surtout garder le pouvoir. Dans les cercles MAGA, on parle désormais ouvertement de la théorie de l’exécutif unitaire – un fantasme autoritaire et soi-disant antibureaucratique de l’ère Reagan qui s’inspire d’une interprétation maximaliste de l’article 2 de la Constitution pour prétendre que le pouvoir exécutif peut être exercé intégralement et exclusivement par le chef de l’État. Ce pouvoir présidentiel serait ainsi hors de portée de l’« État administratif » honni par le parti Républicain, et très au-dessus du pouvoir législatif. Pour son second mandat, Trump, on le sait maintenant, a adopté d’emblée ce mode opératoire : en janvier 2026, après un an de règne jour pour jour, il avait signé 229 décrets exécutifs – soit 9 de plus que durant les quatre années qu’a duré son premier mandat4.
Pour Trump et sa nouvelle équipe, hors de question de répéter les erreurs du précédent mandat. Il s’agit, en premier lieu, de ne pas laisser la machinerie fédérale et ses plus de deux millions de fonctionnaires les freiner5. Cette fois-ci, il y a un plan. Son nom : Project 2025, une « Mag(n)a carta » contre-révolutionnaire mitonnée par les cerveaux néoconservateurs du lobby Heritage Foundation, un organe « ouvertement autoritariste6 », selon la spécialiste du fascisme Ruth Ben-Ghiat. Son président, Kevin Roberts, considère que le premier mandat de Trump, « malgré de bonnes intentions, a démarré trop lentement, tout simplement7 ». Le document principal du Project 2025, Mandate for Leadership, explique en plus de 900 pages et 320 objectifs comment « démanteler l’État administratif » pour ensuite « décentraliser et privatiser autant que possible »8 ses fonctions, avant d’utiliser les agences restantes pour institutionnaliser le trumpisme.
L’un de ses leviers les plus médiatisés et critiqués est la classification professionnelle Schedule F, mise en place par Trump en 2020, immédiatement annulée par Joe Biden en 2021 puis réinstaurée dès les premiers jours du mandat Trump II. Elle permet de remplacer jusqu’à 50 000 fonctionnaires de carrière par une armée de bureaucrates-activistes loyaux au régime, formés à la guerre contre le deep state (l’État profond) dans une « académie » de Heritage Foundation9. Selon des documents internes révélés fin novembre 2025 par le collectif de lanceurs d’alerte DDoSecrets, près de 13 000 candidats avaient suivi la formation10 pour s’enrôler comme fantassins d’un véritable putsch administratif. La consigne est claire : frapper vite, fort, partout à la fois, from day one, et faire passer un maximum de réformes durant la lune de miel des cent premiers jours.
Message reçu. Les premiers mois du nouveau régime ont fait l’effet d’une effroyable tempête. Chaque jour, pendant que Trump multipliait les décrets et les appels à la haine, de nouvelles agences fédérales étaient pillées par Musk et ses « gardes rouges » du DOGE. D’entières bases de données ont été mises à sac, les employés limogés en masse. La vitesse et l’ampleur de la destruction étaient sidérantes. Un an après le début de l’exercice, 50 % des objectifs du Project 2025 ont été atteints11. Aux yeux des observateurs internationaux, les États-Unis ne sont plus une démocratie fonctionnelle12.
La presse états-unienne, désorientée, utilise le langage de Wall Street pour décrire une « OPA hostile »13 du pays par le duo Trump/Musk. D’autres, plus malicieux, parlent d’un « désassemblage rapide et imprévu14 » de l’État fédéral – reprenant l’euphémisme utilisé par SpaceX, l’entreprise aérospatiale de Musk, lorsqu’une fusée explose en vol.
Un an pile après le retour de Donald Trump au Bureauovale, tout est en ruines – y compris la Maison-Blanche, dont l’aile est a été rasée en octobre 2025 pour être remplacée par une monstrueuse salle de bal dorée à 400 millions de dollars, largement financée par l’industrie de la tech et des cryptomonnaies. Une allégorie architecturale du nouveau régime : brutal, oligarchique, grotesque, mégalomane15.
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« L’histoire enseigne, a dit Antonio Gramsci, mais elle n’a pas d’élèves. »
Ce que nous prenons pour un phénomène inédit – la désintégration programmée de l’administration fédérale des États-Unis par son propre gouvernement et l’installation d’un nouveau type de régime autoritaire à partir d’une élection démocratique – n’est peut-être en réalité que la réitération d’un événement historique pas si lointain. Pour comprendre le présent, il est souvent nécessaire de regarder par-dessus son épaule. Dans ce cas-ci, on gagne à se pencher sur un court et brillant essai de Curzio Malaparte, publié en France en 1931 et intitulé Technique du coup d’État. Preuve de sa justesse, le livre sera honni par trois de ses protagonistes : censuré par Hitler et brûlé en place publique dans l’Allemagne nazie, condamné par Trotski et banni en URSS, il vaudra aussi à Malaparte d’être confiné sur l’île de Lipari par Mussolini. Qu’a bien pu faire l’intellectuel italien pour mériter un tel traitement ? Rien de moins que de révéler, à travers l’analyse de huit coups d’État modernes, ce que l’on pourrait appeler aujourd’hui le code source du pouvoir au xxe siècle – et, par extension, la méthode pour renverser les dictateurs de l’époque.
La bonne vieille insurrection armée qui prenait d’assaut les écrins traditionnels du pouvoir (palais présidentiel, parlement, palais de justice) et s’appuyait sur la puissance d’une foule galvanisée est déjà désuète en 1931. Cette tactique, écrit Malaparte, « ôte tout caractère révolutionnaire aux séditions militaires. La police défend l’État comme si c’était une ville ; les militaires attaquent l’État comme si c’était une forteresse16 ». Il s’agit d’un type de soulèvement largement performatif et violent, et surtout, qui s’adapte mal à la réalité du pouvoir dans les sociétés industrielles.
De la même façon, les images comme celles de « QAnon Shaman » dans la salle du Congrès, torse nu, avec sa coiffe de fourrure surmontée de cornes de bison, et son visage bariolé d’un drapeau des États-Unis, peinent à dépasser le saugrenu parce qu’elles montrent un assaut du symbolique. Le 6 janvier 2021, tout n’était que spectacle, mais c’était une performance. « Il s’agissait avant tout de faire acte de présence et de se faire remarquer. […] Les véritables trophées de la journée furent les selfies », résume le professeur d’histoire Nicolas Guilhot17. Les victimes de cette attaque, en revanche, étaient bien réelles.
Ce jour-là, Trump n’a été qu’un Lénine de bas étage sans son Trotski. On peut imaginer qu’il ait voulu être « le stratège, l’idéologue, l’animateur, le deus ex machina de la révolution »18, comme l’écrit Malaparte au sujet de Lénine, mais il lui manquait un véritable « créateur de la technique du coup d’État bolchevique ».
Dans les sociétés modernes, imposer un régime et le maintenir, nous dit Malaparte, n’est pas une affaire de circonstances ou d’agitation idéologique. C’est une affaire de méthode. Il faut trouver les moyens appropriés aux conditions du moment. Ainsi, la tactique du 18 Brumaire, le putsch mené par Napoléon Bonaparte, n’est pas celle d’une sédition militaire. Le futur empereur apporte un élément nouveau : « la préoccupation de rester dans la légalité », et le 18 Brumaire représente « le premier coup d’État où l’on voit se poser les problèmes de la tactique révolutionnaire moderne »19. Mais ce n’est qu’avec la révolution d’octobre 1917 que se révèle la technique moderne du coup d’État.
Le coup de génie de Trotski est simple : ne pas viser le lieu du pouvoir ou les symboles de sa majesté, mais s’emparer de son infrastructure stratégique. Pour la première fois, la sédition n’attaque pas le pouvoir directement chez lui, mais sabote la tuyauterie qui le maintient en place. En amont de son insurrection, raconte Malaparte, Trotski « est parvenu à se procurer le plan des services techniques de la ville » de Petrograd. Ses gardes rouges « étudient sur place la disposition des conduites souterraines d’eau et de gaz, des câbles d’énergie électrique, de téléphone et de télégraphe. Deux d’entre eux ont exploré les égouts qui passent sous la résidence de l’État-major général. […] Il faut être en mesure d’isoler un quartier ou même un simple groupe de maisons en quelques minutes ; Trotski partage donc la ville en secteurs, fixe les points stratégiques, distribue les tâches »20.
Un millier d’hommes, répartis en équipes « d’ouvriers spécialisés, mécaniciens, électriciens, radiotélégraphistes, aux ordres d’ingénieurs, de techniciens connaissant le fonctionnement technique de l’État », infiltrent patiemment « les corridors des centraux téléphoniques et télégraphiques, de l’Hôtel des Postes, des Ministères, de l’État-major général, pour observer la distribution des bureaux, l’installation de la lumière électrique et du téléphone, garder dans les yeux et la mémoire le plan des édifices, et […] chercher dans l’organisation défensive de la machine technique, bureaucratique et militaire de l’État les lieux de moindre résistance, les côtés faibles, les points vulnérables ». Ils « tâtent les rouages de l’organisation technique, provoquent de temps en temps la paralysie partielle des organes les plus délicats ». Selon Malaparte, ce sont « les escarmouches préliminaires de l’insurrection »21.
Puis vient l’offensive. Dans la nuit du 6 au 7 novembre, les discrètes troupes d’assaut de Trotski s’emparent des centres névralgiques sans se voir opposer la moindre résistance. Les opérations, écrit Malaparte, « se sont déroulées avec une rapidité et une régularité surprenantes ». Petrograd continue de fonctionner normalement. Les tramways circulent, les magasins restent ouverts, chacun vaque à ses occupations. L’un des événements politiques les plus décisifs du xxe siècle s’est produit dans une indifférence quasi totale.
Qu’en déduit Malaparte ? Plusieurs observations contre-intuitives, mais terriblement justes sur la nature du pouvoir au xxe siècle et la manière la plus efficace de s’en emparer. Contrairement à la vision romantique répandue encore à ce jour, on ne prend pas le pouvoir grâce au soutien populaire ni grâce au charisme surnaturel d’un Grand Homme guidant le peuple. L’écrivain italien affirme que « le problème du coup d’État moderne est un problème d’ordre technique. L’insurrection est une machine […] : il faut des techniciens pour la mettre en mouvement, et seuls des techniciens peuvent l’arrêter ». Il assure que « l’insurrection ne se fait pas avec des masses, mais avec une poignée d’hommes prêts à tout, entraînés à la tactique insurrectionnelle, exercés à frapper rapidement, durement, les centres vitaux et l’organisation technique de l’État ». Qu’elle frappe loin des palais, car « la clef de l’État, ce n’est pas l’organisation bureaucratique et politique […] mais l’organisation technique, c’est-à-dire les centrales électriques, les chemins de fer, les téléphones, les télégraphes, les ports, les gazomètres, les aqueducs ». Enfin, qu’elle est reproductible puisqu’elle « ne dépend pas des conditions politiques, sociales, économiques du pays »22.
Infiltration de l’appareil technique de l’État, occupation des centres névralgiques de communication, sabotage des institutions récalcitrantes par des brigades d’ingénieurs spécialisés : les parallèles avec l’actualité deviennent difficiles à ignorer.
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Plus de cent ans après le coup d’État bolchevique, Trump et ses nouveaux stratèges font une mise à jour de la technique malapartienne à l’ère de la numérisation et de l’algorithmie : une technologie du coup d’État parfaitement adaptée à la dématérialisation du pouvoir contemporain dans l’éther de la donnée. Mais alors que Malaparte mettait en scène des
insurgés-techniciens, le modèle Trump II a ceci d’inédit qu’il prône une insurrection programmée par l’exécutif lui-même. Une contre-élite, élue démocratiquement, qui démolit brutalement et méthodiquement les institutions qui lui confèrent sa légitimité. L’éphémère DOGE, aboli après six mois d’(hyper)activité, en est évidemment la manifestation la plus agressive et la plus transparente. Véritable matérialisation technique des préceptes du Project 2025, il a parfaitement rempli sa mission – choquer, démolir, paralyser. Tel un ver informatique, les voilà encodés, lui et ses principes, au plus profond de la nouvelle administration. Fin du premier chapitre du coup d’État technologique.
Une fois l’ancien régime fédéral renversé, place à la consolidation de son successeur. En l’an 2 du trumpisme, la révolution (permanente) est avant tout l’oeuvre de deux proches collaborateurs de Trump. Ce sont eux qui définissent le mode opératoire du régime. Eux qui tracent le double horizon idéologique – la mort de l’État social et la « régénération » raciale des États-Unis – pour un exécutif qui, sans cela, ne serait que pure action. En effet, loin d’être un idéologue cohérent, Trump agit comme un générateur, un soleil noir auprès duquel ses lieutenants plus capables viennent s’alimenter en énergie. En arbitrant au minimum les disputes lorsque la situation l’exige, il assure un semblant de cohésion entre les multiples factions concurrentes de la coalition MAGA, aux objectifs politiques parfois incompatibles. Le reste du temps, il entretient le chaos d’une outrance, d’une insulte ou d’une pulsion.
Le technicien en chef, que Trump et son équipe ont affublé du sobriquet de « Grim Reaper » (grande faucheuse), s’appelle en vérité Russell Vought. Responsable, pour la seconde fois sous Trump, du Bureau de la gestion et du budget, c’est lui qui répartit aux quatre coins de l’État fédéral l’argent alloué par le Congrès. Bureaucrate discret, vétéran de Washington mû par une haine tenace de l’« État profond », il est à l’origine d’une partie des propositions de Project 2025.
Alors que Vought agit comme président de l’ombre, l’omniprésent et hyperactif Stephen Miller est perçu comme son premier ministre officieux. Chef de cabinet adjoint chargé des politiques, il assure le déploiement de l’industrie technopolicière de surveillance, ordonne les enlèvements de masse, accélère perpétuellement la concentration et la déportation des étrangers. Agent commercial de la xénophobie trumpiste au crâne toujours impeccablement rasé, il n’hésite pas à s’afficher en tenant du suprémacisme blanc comme en septembre 2025, lorsqu’il a affirmé ce qui suit lors de l’oraison funèbre du défunt Charlie Kirk : « Notre lignée, notre héritage remonte à Athènes, à Rome, à Philadelphie, à Monticello. […] Vous n’avez pas idée à quel point nous sommes déterminés à sauver cette civilisation, sauver l’Occident, et sauver cette république23. » En fait, une idée, on peut s’en faire une, sur la base de quelques statistiques éloquentes : sous ses ordres, l’agence fédérale ICE (Immigration and Customs Enforcement, soit le Service de l’immigration et des douanes), est devenue le bras armé du régime. Les 350 000 personnes déportées en un an et les 70 000 personnes détenues dans les camps de concentration (administrés, en grande majorité, par des entreprises privées comme GEO Group ou CoreCivic) ne suffisent pas : Miller et Trump visent un million de déportations par an. Sans se soucier une seconde de l’État de droit.
Ce qui relie entre elles les diverses et parfois contradictoires manifestations du trumpisme, c’est la technologie matricielle qui a permis le coup d’État technofasciste, oeuvre de la Silicon Valley devenue de facto le système nerveux central des États-Unis et d’autres gouvernements autoritaires ou en passe de le devenir. On peut observer le régime de Trump sous toutes ses coutures, on trouve partout la patte de la Silicon Valley. Ce sont ses entreprises, des béhémoths comme Alphabet, Meta ou Amazon, et les nouvelles (et déjà gigantesques) startups faiseuses d’IA comme OpenAI, Palantir ou Anduril, qui fournissent les technologies de calcul, d’analyse, de prédiction et de contrôle, indispensables à la reconfiguration organisationnelle du pays. Ce sont ses patrons mystiques – le trio sud-africain de la « PayPal Mafia » formé par Elon Musk, Peter Thiel et David Sacks, ou les nouvelles figures du complexe « militaro-industriel numérique » comme Alex Karp ou Palmer Luckey –, conscrits dans une administration Trump avec qui ils forment une « broligarchie » (l’oligarchie version tech bros), qui font le lien entre l’exécutif et l’infrastructure technofasciste sur le terrain24.
Le trumpisme du second mandat n’aurait jamais pu exister sans l’architecture logicielle et matérielle d’une industrie numérique dont l’appétit expansionniste et le mépris des normes démocratiques laissaient déjà craindre, en 2024, un « coup d’État permanent »25. Les fantassins de Trump n’auraient jamais pu neutraliser les agences fédérales, pas plus qu’ils n’auraient pu traquer les fonctionnaires récalcitrants, ficher les « ennemis de l’intérieur » toujours plus nombreux, maintenir le panoptique technopolicier et la machine à déportation ou anéantir l’unité fédérale pour satisfaire les désirs sécessionnistes de cette contre-élite et de son projet d’« accélération réactionnaire »26. Et la clé de voûte technologique de ce régime est indéniablement ce que l’on appelle désormais « intelligence artificielle » : des systèmes de calcul « construits pour fonctionner de manière à dégrader et potentiellement détruire les institutions civiques indispensables27 » comme l’État de droit, la presse ou l’université. Des machines à asphyxier le corps social, en l’amputant de ses mécanismes de délibération et de production de connaissances.
En 2026, les États-Unis et la Chine sont deux itérations d’un même système d’exploitation, que la chercheuse Jennifer Lind nomme « smart authoritarianism28 » (autoritarisme intelligent) : des régimes antidémocratiques qui, consolidés par les technologies de répression numériques du capitalisme de surveillance, peuvent désormais se permettre de maintenir une apparence parlementaire tout en exerçant une oppression constante et réticulaire sur leur population. La Silicon Valley, bassin de l’industrie la plus puissante de la planète, est le socle du nouveau fascisme états-unien. Ses multinationales, ses PDG, ses logiciels, son ethos, son matériel et ses fonds d’investissement sont intégrés à l’appareil d’État trumpiste qui réécrit les lois et réaffecte l’argent public en faveur de ces champions du « patriotisme technologique ». L’alliance est rentable pour les deux parties, qui fonctionnent comme un duopole immuable. Pouvoir, argent et infrastructures se concentrent toujours plus entre les mêmes mains.
L’économiste italienne Francesca Bria a récemment cartographié ce réseau de collaborations mutuellement bénéfiques, de contrats publics et de capture réglementaire. Empruntant au vocabulaire des réseaux informatiques, elle décrit le résultat de cette intégration réciproque entre puissance publique et technocapital comme une « stack autoritaire »29 – une pile cohérente d’entités techniques, juridiques, financières et politiques, qui n’oeuvre plus qu’à la consolidation de son propre monopole. Une oligarchie de droit technologique dont le maillage se resserre à chaque nouveau contrat public, et qui pourrait devenir, à l’instar de Palantir, totalement indélogeable, quand bien même Trump et ses « gardes rouges » seraient éjectés du pouvoir par les urnes. Là où Trotski et ses hommes se contentaient de prendre le contrôle des infrastructures, les technofascistes et leurs soutiens MAGA deviennent l’État. Entrés par effraction puis progressivement métastasés dans l’organisme public, ils deviennent impossibles à extraire.
Ou, pour reprendre les mots d’un Donald Trump ahuri, qui philosophait durant les premiers jours de son second mandat, assis au volant d’une Tesla rouge devant la Maison-Blanche : everything’s computer (tout est ordinateur)30.
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Comment lutter contre une technologie du coup d’État qui forme simultanément un coup d’État technologique ? Quelles stratégies, quelles technologies mobiliser en retour pour freiner la propagation de l’infection trumpiste aux autres pays néolibéraux, notamment européens, dont les appareils d’État sont déjà affaiblis par leur dépendance structurelle aux logiciels de la Silicon Valley ? Comment empêcher le coup d’État lorsque les administrations contemporaines barbotent dans l’environnement logiciel fourni par Microsoft, lorsque leurs données dorment sur des serveurs Amazon, lorsque leurs employés communiquent grâce à Gmail, Teams et WhatsApp, et lorsque les ministères communiquent en priorité sur X ?
Pour nos nations vassalisées, repenser les structures de gouvernance au xxie siècle n’est plus seulement une question de souveraineté, mais de survie. Car les parasites des extrêmes droites européennes ont bien compris une chose : dans un pouvoir informatisé, le coup d’État prend lui-même la forme d’un logiciel, un algorithme – au sens générique du mot, un « ensemble de règles opératoires dont l’application permet de résoudre un problème énoncé au moyen d’un nombre fini d’opérations » – c’est ce que l’on constatera dans l’analyse méthodique de la « méthode DOGE », théorisée bien avant l’arrivée d’Elon Musk sous le chapiteau trumpiste. L’exemple MAGA leur a fourni un tutoriel pas à pas, exportable et potentiellement transposable à toute situation et toute entité politique – puisque, rappelons-nous Malaparte, le coup d’État ne dépend ni de conditions politiques et sociales préalables ni du charisme d’un idéologue particulier. En conséquence, avec l’appui logistique de son fournisseur états-unien, une internationale réactionnaire planétaire, allant de l’Argentin Javier Milei jusqu’à l’Italienne Giorgia Meloni, reprend, affine et met à jour la recette insurrectionnelle contemporaine, à l’intention des prochains qui passeront devant les urnes.
L’algorithme s’exporte, se partage, se télécharge. D’autres autocrates en puissance, souvent députés de la nation, trépignent dans leurs starting-blocks ; au Royaume-Uni, en France, au Canada et ailleurs. À leur tour, ils planifient, cartographient, testent les vulnérabilités. Comme ces puissants groupes de hackers invisibles, que le monde de la cybersécurité appelle génériquement un APT (advanced persistent threat, menace persistante avancée), qui s’infiltrent durant des années dans des systèmes informatiques massifs, sans déclencher d’alerte, jusqu’à en posséder virtuellement le contrôle. Partout en Europe, le technofascisme se veut l’APT tapi dans les serveurs de la démocratie numérisée.
Ce livre, pensé comme une mise à jour de l’essai de Malaparte, propose une analyse des dix-huit premiers mois du coup d’État trumpiste. Son auteur n’est pas historien, mais journaliste technocritique. L’ambition de cet essai : dévoiler, sous la cacophonie virale du trumpisme, cette nouvelle technique du coup d’État devenue une technologie – un ensemble d’outils numériques de calcul et de prédiction, mis au service d’un projet de reconfiguration radicale de la puissance publique –, dont le mode opératoire rompt avec notre perception historique de l’autoritarisme. Malaparte a été condamné à l’exil et son livre brûlé parce que, en dévoilant la manière optimale de prendre le pouvoir sans passer par les urnes ou prendre d’assaut les lieux visibles du pouvoir, il a simultanément dévoilé la meilleure manière de protéger l’État… et de renverser un pouvoir autocratique. Ce qui a provoqué l’ire de Hitler et Mussolini, c’est que Malaparte laissait entendre que n’importe quel groupe un tant soit peu organisé pouvait renverser le Duce et le Troisième Reich. C’était vrai hier, et ce l’est encore aujourd’hui.
Tout en tirant les leçons de l’histoire, l’antifascisme doit adapter ses tactiques aux mutations de l’ennemi, le poursuivre et l’affronter sur son nouvel espace de lutte qu’est l’infrastructure numérique. Les stratégies sont variées. Qu’il s’agisse d’une action comme Occupy Bureaucracy31, une armée de fonctionnaires « rouges » désobéissant et sabotant leur propre engin de travail, d’une suite logicielle pirate, étanche aux control freaks de la Silicon Valley, d’une caste d’ingénieurs choisissant la désertion32, l’archipel des résistances ne peut pas se contenter d’être le sable dans la machine de l’oppression : il doit à son tour déployer un algorithme. Devenir le bug, le ver informatique qui anéantira la monstrueuse entreprise du fascisme contemporain technicisé.
L’analyse à froid de la technologie du coup d’État trumpiste et de ses programmeurs nous fournit, en creux, l’antidote au poison de l’autoritarisme, aux États-Unis et dans le reste des démocraties occidentales malades du néolibéralisme. Le phénomène technofasciste n’est pas une rupture, mais une culmination. Trump, Milei et les autres ne sont pas implacables ; Musk, Thiel et les techno-oligarques ne détiennent pas les clés du futur. Leur hégémonie actuelle est artificielle, bâtie sur trente ans de dérégulation et d’impunité légale manufacturées par une classe politique complice. Pour mettre fin à leur règne, il est donc impératif d’observer leur mode opératoire et d’en identifier les vulnérabilités.
Thibault Prévost
Technologie du coup d’Etat, Lux, 2026.

NOTES
1 Tom Dreisbach et Barbara Van Woerkom, « “This Is Not a Peaceful Protest!” », NPR, 4 janvier 2026.
2 Sur cette question, lire Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, Apocalypse Nerds. Comment les technofascistes ont pris le pouvoir, Quimperlé, Divergences, 2025.
3 « Here Are the Executive Actions and Orders Trump Signed on Day 1 », The Washington Post, 20 janvier 2025.
4 Gerhard Peters et John T. Woolley (dir.), « Executive Orders: Washington – Trump II », The American Presidency Project, 20 mai 2026.
5 « Workforce Size & Composition », U.S. Office of Personnel Management, mars 2026.
6 Ruth Ben-Ghiat, « The Permanent Counterrevolution », The New Republic, 16 mai 2024.
7 Lulu Garcia-Navarro, « Inside the Heritage Foundation’s Plans for “Institutionalizing Trumpism” », The New York Times, 21 janvier 2024.
8 Paul Dans et Steven Groves (dir.), Mandate for Leadership: The Conservative Promise. Project 2025, Washington, The Heritage Foundation, 2023, p. 3 et 83.
9 Andy Kroll et Nick Surgey, « Watch: 14 Hours of Never-Before-Published Videos from Project 2025’s Presidential Administration Academy », ProPublica, 10 août 2024.
10 Jason Wilson, « Leaked Files Show Far-Right Influences Among Project 2025 Applicants », The Guardian, 28 novembre 2025.
11 Voir le site web Project 2025 Tracker, s. d.
12 Lauren Gambino, « American Democracy on the Brink a Year After Trump’s Inauguration, Experts Say », The Guardian, 21 janvier 2026.
13 Thomas B. Edsall, « Elon Musk Is Leading a “Hostile Takeover of the Federal Government” », The New York Times, 18 février 2025.
14 Charlie Warzel, « The “Rapid Unscheduled Disassembly” of the United States Government », The Atlantic, 3 février 2025.
15 Luke Broadwater et Zach Montague, « Fine Arts Panel, Remade by Trump, Indicates Support for His Ballroom Plan », The New York Times, 22 janvier 2026.
16 Curzio Malaparte, Technique du coup d’État, Paris, Grasset, coll. « Les Cahiers rouges », 2022 [1931], p. 84.
17 Nicolas Guilhot, « D’un chaman à l’autre : théories du complot et impasses du debunking », AOC, 9 novembre 2021.
18 Malaparte, Technique du coup d’État, op. cit., p. 27.
19 Ibid., p. 90.
20 Ibid., p. 40-41.
21 Ibid., p. 40, 56 et 62.
22 Ibid., p. 42 et 56.
23 Robert McCoy, « Stephen Miller’s Charlie Kirk Tribute Was as Sinister as It Gets », The New Republic, 22 septembre 2025.
24 Carole Cadwalladr, « How to Survive the Broligarchy: The Trump- Musk Crackdown Is Coming. Here’s 20 Lessons in How to Survive It », How to Survive the Broligarchy, 17 novembre 2024.
25 Marietje Schaake, « Le coup d’État permanent de la Silicon Valley » dans Giuliano Da Empoli (dir.), L’empire de l’ombre. Guerre et terre au temps de l’IA, Paris, Gallimard, 2025.
26 Lorenzo Castellani, « L’ère de l’accélération réactionnaire », Le Grand Continent, 8 novembre 2024.
27 Woodrow Hartzog et Jessica M. Silbey, « How AI Destroys Institutions », UC Law Journal, vol. 77, no 4, mai 2026, p. 727-770.
28 Justin Hendrix, « Unpacking the Rise of “Smart Authoritarianism” in China », Tech Policy Press, 25 janvier 2026.
29 Francesca Bria, The Authoritarian Stack, site web, 2025.
30 wirelyss, sakshi et Zach, « Everything Is Computer », Know Your Meme, 12 mars 2025.
31 Ned Resnikoff, « The Left Needs Bureaucrats », Dissent, 2026.
32 Jeanne Mermet, Désertons, Paris/Marseille, Les Liens qui Libèrent/Wildproject, 2025.
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Journal le Mouton Noir
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LA CULTURE À L’ÉCOLE : OTAGE DES COMPRESSIONS ET DES CONFLITS
L’achat de livres et l’accès à des sorties éducatives culturelles scolaires ont été sujets à des remises en question répétées au fil des budgets partisans, des déclarations et des moyens de pression syndicaux. Pourtant, la culture et les livres sont primordiaux. Voici le survol d’une trentaine d’années qui ont fait et défait le rapport aux livres et à la culture dans le monde scolaire. À la fin des années 1990, les compressions budgétaires sous les gouvernements Bouchard et Landry forcent la
LA CULTURE À L’ÉCOLE : OTAGE DES COMPRESSIONS ET DES CONFLITS
L’achat de livres et l’accès à des sorties éducatives culturelles scolaires ont été sujets à des remises en question répétées au fil des budgets partisans, des déclarations et des moyens de pression syndicaux. Pourtant, la culture et les livres sont primordiaux. Voici le survol d’une trentaine d’années qui ont fait et défait le rapport aux livres et à la culture dans le monde scolaire.
À la fin des années 1990, les compressions budgétaires sous les gouvernements Bouchard et Landry forcent la réorganisation des services dans les commissions scolaires. La réduction, la fusion ou la suppression de postes d’enseignants spécialistes en musique et en arts plastiques se multiplient.
Après une accalmie toute relative de quelques années, Couillard et son ministre Coiteux, de 2014 à 2016, réduisent directement les budgets consacrés aux activités culturelles et aux sorties éducatives sans hésiter. Parallèlement, des syndicats (FAE, FSE-CSQ) suspendent les activités « non prioritaires » dans les écoles. Conséquemment, de nombreuses représentations théâtrales et visites de musées seront annulées ou reportées partout au Québec, en raison tant des coupes budgétaires que des moyens de pression.
De 2023 à 2024, les grèves de la FAE et du Front commun provoquent la suspension des sorties éducatives dans plusieurs établissements causant rapidement d’importantes pertes financières pour les organismes culturels.
À la fin 2025, le gouvernement de la CAQ annonce son intention de couper le financement de l’accès à la culture. Il y renoncera toutefois temporairement en mars 2026 sous la pression des organismes culturels et syndicaux. Néanmoins, en mai 2026, le regroupement des mesures budgétaires finançant l’éducation retire la protection spécifique accordée aux programmes La culture à l’école et Sorties scolaires en milieu culturel. Les sommes autrefois réservées sont dorénavant à la discrétion des milieux scolaires.
Ce n’est pas plus rose du côté des livres…
Entre 1996 et 1998, faute de directives protégeant les bibliothèques scolaires lors de la recherche du déficit zéro, ces dernières deviennent des soupapes d’ajustement locales pour équilibrer les budgets via le renouvellement ou non des collections.
Quelques années plus tard dans la foulée de compressions de 150 millions de dollars, le ministère de l’Éducation lève en 2014 l’obligation minimale d’investir 7 $ par élève dans l’achat de nouveaux livres. Le ministre Yves Bolduc (du gouvernement Couillard) justifie ce recul en affirmant que les bibliothèques sont déjà « bien garnies ».
À l’été 2025, Bernard Drainville prend une décision qui entraîne une chute documentée de 11,9 % des achats de livres par les écoles et les bibliothèques.
Puis en 2026, la ministre Sonia LeBel annonce une réforme des règles budgétaires des centres de services scolaires. La mesure d’acquisition d’œuvres littéraires et documentaires perd son statut protégé : plus aucune obligation légale ne force désormais les centres de services scolaires à consacrer des sommes précises à l’achat de livres.
Mais pourquoi donc?
Cette démonstration montre bien combien culture et livres deviennent rapidement les premières victimes des arbitrages budgétaires, localement et nationalement.
Une telle succession de décisions soulève une question plus fondamentale : qu’est-ce que l’on retire réellement aux enfants lorsqu’on réduit leur accès aux livres et aux arts?
Fondamentalement, les livres et les arts permettent à l’humain, et au premier chef aux enfants et aux enseignants, de renouveler la vision qu’ils ont de leur monde. Ils provoquent le dépaysement ou la « défamiliarisation ». La vie quotidienne émousse nos sens par l’habitude. L’art brise cet automatisme perceptif pour nous faire ressentir les choses au lieu de simplement les reconnaître machinalement par une sorte d’habituation. L’écrivain Chklovski a inventé la notion d’ostranénie pour désigner le processus qui repousse cet émoussement. « L’art rend les objets étranges, il rend la pierre pierreuse et restaure la sensation de vivre contre l’automatisation perceptive ». Il faut de l’art, dira-t-il, autrement le monde disparaît à nos yeux tellement notre cerveau se met en mode automatique et insensible.
Alors je pose la question : pourquoi prendre des décisions budgétaires qui privent les enfants de l’ostranénie émanant des arts et de la culture? Pourquoi permettre que petit à petit ils deviennent étrangers à leur monde, apathiques parce qu’habitués?
Sir Ken Robinson, anglais reconnu mondialement pour ses propos et sa sagacité à propos de l’éducation, est devenu célèbre à l’échelle mondiale grâce à sa conférence TED de 2006, « Do schools kill creativity? ». Sa réponse était claire : l’école tue la créativité. Pour lui, la solution passe par du temps obligatoirement dédié aux arts (musique, théâtre, arts visuels) auxquels on accorderait le même statut que celui réservé aux maths ou au français, sans mettre ces activités en périphérie.
C’est tellement convenu comme solution qu’on oublie qu’elle relève de l’évidence même. Malheureusement la productivité, la compétitivité, la standardisation recherchées imprègnent notre monde.
Une société qui choisit d’économiser sur les livres et les arts ne devrait pas s’étonner ensuite de voir s’éroder graduellement la curiosité, l’imagination et la capacité de ses enfants à regarder le monde autrement. L’ostranénie n’est pas qu’un luxe culturel. Elle est peut-être l’une des conditions essentielles d’une société vivante.
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Cybersécurité : Hackfest passe au crible les promesses numériques des partis québécois
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Québec 2026 : tout est prêt dans Rimouski
Bien que le scrutin général pour l’élection au Québec ait lieu le lundi 5 octobre, les votes ont officiellement débuté ce vendredi 25 septembre au bureau du directeur du scrutin de la circonscription de Rimouski, ainsi qu’au Cégep de Rimouski, au Centre de formation Rimouski-Neigette et à l’UQAR pour les étudiants. Le vote à ces endroits sera également possible de mardi à jeudi de la semaine prochaine (29 au 31 septembre). Le vote par anticipation se tient dimanche et lundi dans 15 bureaux de
Québec 2026 : tout est prêt dans Rimouski

Bien que le scrutin général pour l’élection au Québec ait lieu le lundi 5 octobre, les votes ont officiellement débuté ce vendredi 25 septembre au bureau du directeur du scrutin de la circonscription de Rimouski, ainsi qu’au Cégep de Rimouski, au Centre de formation Rimouski-Neigette et à l’UQAR pour les étudiants.
Le vote à ces endroits sera également possible de mardi à jeudi de la semaine prochaine (29 au 31 septembre). Le vote par anticipation se tient dimanche et lundi dans 15 bureaux de vote sur le territoire de la circonscription. Les bureaux seront accessibles de 9 h 30 à 20 h.
Enfin, le 5 octobre, 119 bureaux de vote seront ouverts de 9 h 30 à 20 h.
« Nous aurons 600 travailleurs à la tâche sur le territoire pour cette journée. Le recrutement s’est bien passé dans notre circonscription, contrairement à certains endroits au Québec où il a été plus difficile. En nouveauté cette année, nous avons embauché 40 jeunes de 16 ans intéressés à travailler le jour du vote via un nouveau programme d’Élections Québec. Nous avons fait une présentation à l’école Paul-Hubert pour recruter des jeunes qui seront affectés à différents postes, que ce soit comme secrétaire à une table de vote ou à l’accueil des gens dans les bureaux », indique Gaétan Vaillancourt, qui en est à une 3e élection en tant que directeur de scrutin à Rimouski après celles de 2018 et de 2022.
« C’est un défi à chaque fois, notamment pour le recrutement, mais si nous sommes assez chanceux dans Rimouski. Il y a beaucoup d’intérêt dans la population pour travailler », précise monsieur Vaillancourt.
Changements pour l’affichage
Le directeur de scrutin souligne un changement au plan de l’affichage des pancartes des candidats. « Avant, on ne pouvait pas voir de pancartes à partir du bureau de vote.
Si le responsable de la salle en voyait une, il devait la faire enlever. Maintenant, c’est permis, mais la pancarte ne doit pas être sur le terrain du bureau de vote. Elle peut par exemple être de l’autre côté de la rue et visible du bureau de vote », explique-t-il.

Le 5 octobre sera une journée chargée pour les 600 personnes embauchées pour le vote.
« Les bureaux de vote seront ouverts de 9 h 30 à 20 h. Les portes de chacun des bureaux fermeront à 20 h. Les gens en attente pourront voter même s’il est plus tard que 20 h. Ensuite, le dépouillement des votes se fera sur place, sauf les votes par anticipation ou étudiants qui seront dépouillés au Complexe Léonidas à partir de 18 h », indique monsieur Vaillancourt.
La liste électorale
Gaétan Vaillancourt rappelle que pour exercer leur droit de vote, les gens doivent être inscrits sur la liste électorale. Il est encore possible de s’inscrire au bureau du directeur de scrutin à Rimouski jusqu’au 30 septembre.
« Les gens qui n’ont pas reçu leur carte d’électeur par la poste peuvent aller sur le site d’Élections Québec où ils trouveront l’information pour savoir où aller voter et savoir s’ils sont inscrits ou non ».
« Les gens qui n’ont pas reçu leur carte d’électeur par la poste peuvent aller sur le site d’Élections Québec où ils trouveront l’information pour savoir où aller voter et savoir s’ils sont inscrits ou non ».
Il y a sept candidats sur les bulletins de vote dans la circonscription de Rimouski, soit Michel Bienvenu (PLQ), Julia Brillant-Ruest (CAQ), Vir-ginie Chevalier-Archambault (QS), Gilles Gagné (Climat Québec), Cé-dric Gauthier (PCQ), Thomas Guay-Vachon (Parti Nul) et Yohann St-Pierre (PQ).
Dans Matane-Matapédi-Mitis, Pas-cal Bérubé (PQ) fait la lutte à Patrice Caron (PCQ), Alexandre Cossette (Parti nul), André Côté (PLQ), Michel Lefrançois (Démocratie directe), Henry Maclaren (CAQ) et Gabriel Plante (QS).
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Québec solidaire contre le prolongement de la 20
Le candidat pour Québec solidaire dans Rivière-du-Loup-Témiscouata-Les Basques, Pierre-Érik Isabelle, se dit contre le prolongement de l’autoroute 20 pour des raisons environnementales. Il rappelle d’ailleurs que les membres de l’association solidaire de la circonscription ont voté l’année dernière contre la 20, un des enjeux majeurs pour la MRC des Basques. « Le prolongement de la 20 va défigurer notre magnifique rivière des Trois Pistoles. Nous sommes le seul parti qui s’oppose au prolon
Québec solidaire contre le prolongement de la 20

Le candidat pour Québec solidaire dans Rivière-du-Loup-Témiscouata-Les Basques, Pierre-Érik Isabelle, se dit contre le prolongement de l’autoroute 20 pour des raisons environnementales.
Il rappelle d’ailleurs que les membres de l’association solidaire de la circonscription ont voté l’année dernière contre la 20, un des enjeux majeurs pour la MRC des Basques.
« Le prolongement de la 20 va défigurer notre magnifique rivière des Trois Pistoles. Nous sommes le seul parti qui s’oppose au prolongement de cette autoroute. On veut aussi que les gens puissent circuler de façon sécuritaire et on souhaite que la route 132 soit plus sécuritaire. On veut aussi que l’autoroute 20 soit sécurisée dans ses portions où elle a une seule voie de chaque côté. Pour ce qui est de prolonger une autoroute, et d’étaler du bitume à des prix faramineux juste pour gagner 10 minutes, nous sommes contre », affirme monsieur Isabelle.
Chercheur en environnement
Le candidat est chercheur en environnement à l’Université Laval depuis 2020. Il a auparavant travaillé chez Premier Tech à Rivière-du-Loup, où il réside depuis 2017.
C’est à son arrivée à Rivière-du-Loup qu’il a commencé à s’impliquer en politique avec Québec solidaire, la formation qui correspond le plus à ses idées.

En ce qui concerne l’urgence de Trois-Pistoles, Pierre-Érik Isabelle, souligne que Québec solidaire est favorable à la décentralisation du système de santé. « Une de nos propositions, c’est d’ajouter 400 points d’entrée de première ligne pour les gens qui veulent avoir des soins.
C’est évident pour nous que les urgences de Trois-Pistoles et de Pohénégamook doivent être maintenues. C’est non négociable, parce que ça sauve des vies. »
Un récent sondage régional Segma – Radio-Canada – Le Soleil, réalisé dans le cadre des élections générales du 5 octobre, révèle que 86 % des Bas-Laurentiens sondés se disaient en faveur du prolongement de l’autoroute 20 entre Notre-Dame-des-Neiges et Rimouski
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Hémodynamie à Rimouski : Yohann St-Pierre promet son ouverture
S’il l’emporte le 5 octobre prochain, le candidat du Parti québécois dans Rimouski, Yohann St-Pierre, promet de créer une fois pour toute le service d’hémodynamie à l’Hôpital régional de Rimouski. En cas d’urgence ou d’infarctus, l’hémodynamie est une technique permettant de débloquer les artères du cœur. Son département, composé d’un regroupement de médecins, d’infirmières et de technologues, offre des examens spécialisés afin de déterminer l’état des artères du cœur, du muscle cardiaque
Hémodynamie à Rimouski : Yohann St-Pierre promet son ouverture

S’il l’emporte le 5 octobre prochain, le candidat du Parti québécois dans Rimouski, Yohann St-Pierre, promet de créer une fois pour toute le service d’hémodynamie à l’Hôpital régional de Rimouski.
En cas d’urgence ou d’infarctus, l’hémodynamie est une technique permettant de débloquer les artères du cœur.
Son département, composé d’un regroupement de médecins, d’infirmières et de technologues, offre des examens spécialisés afin de déterminer l’état des artères du cœur, du muscle cardiaque et des valves cardiaques.
« Nous avons l’expertise, nous avons l’étude des dossiers, nous avons l’avis des experts. Nous sommes capables ici d’avoir ce service. Il suffit d’un geste politique pour le faire, ce que l’ancien gouvernement n’a pas voulu faire. Je m’engage formellement à réaliser ce service. Ce n’est pas un luxe en 2026, nous en avons besoin », a indiqué monsieur St-Pierre dans une publication Facebook.
En mai 2023, l’ex-ministre de la Santé, Christian Dubé, avait ouvert la porte à l’instauration d’un service d’hémodynamie à Rimouski afin d’assurer une couverture adéquate de l’Est-du-Québec.
Or, un peu plus d’un an plus tard, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) du Bas-Saint-Laurent a mis fin au contrat du chargé de projet travaillant à la mise en place du service.
Un des membres du comité pour l’implantation d’une salle d’hémodynamie à l’Hôpital régional de Rimouski était d’avis que le projet ne verrait jamais le jour.

« Il y a juste la salle de spectacle qui a pris le plus de temps à se concrétiser à Rimouski », image monsieur Henry. « Ça fait des années qu’on nous dit qu’on va faire ci et qu’on va faire ça. À la dernière campagne électorale, la CAQ et le PQ nous ont promis de l’aide, mais on n’a jamais eu de contacts par la suite avec la députée-ministre Maïté Blanchette Vézina. On a demandé d’aller la rencontrer et nous n’avons pas eu de retour », avait-il mentionné.
Pause du projet à la maison
En novembre 2024, en raison de son obligation de revenir à l’équilibre budgétaire d’ici le 31 mars 2025, le CISSS du Bas-Saint-Laurent avait aussi mis sur pause son projet d’hémodialyse à la maison.
« Le ministère nous avait demandé de revoir le projet que nous avions déposé en septembre 2022 pour l’achat d’une dizaine d’appareils permettant l’hémodialyse à la maison. Ce sont des appareils semblables à ceux qu’on trouve dans les hôpitaux. Nous avons commencé à réviser le projet et nous allons continuer à le faire pour être prêts quand on pourra le redéposer. Aucun projet d’investissement ne sera autorisé pour l’instant tant que nous n’aurons pas atteint l’équilibre budgétaire. Le projet va se faire, mais on ne peut pas dire à quel moment », indique monsieur Turmel.
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Journal Le Soir

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Hémodynamie à Rimouski : Yohann St-Pierre promet son retour
S’il l’emporte le 5 octobre prochain, le candidat du Parti québécois dans Rimouski, Yohann St-Pierre, promet de rouvrir le service d’hémodynamie à l’Hôpital régional de Rimouski. En cas d’urgence, l’hémodynamie est une technique permettant de débloquer les artères du cœur en cas d’infarctus. Son département, composé d’un regroupement de médecins, d’infirmières et de technologues, offre des examens spécialisés afin de déterminer l’état des artères du cœur, du muscle cardiaque et des valves
Hémodynamie à Rimouski : Yohann St-Pierre promet son retour

S’il l’emporte le 5 octobre prochain, le candidat du Parti québécois dans Rimouski, Yohann St-Pierre, promet de rouvrir le service d’hémodynamie à l’Hôpital régional de Rimouski.
En cas d’urgence, l’hémodynamie est une technique permettant de débloquer les artères du cœur en cas d’infarctus.
Son département, composé d’un regroupement de médecins, d’infirmières et de technologues, offre des examens spécialisés afin de déterminer l’état des artères du cœur, du muscle cardiaque et des valves cardiaques.
« Nous avons l’expertise, nous avons l’étude des dossiers, nous avons l’avis des experts. Nous sommes capables ici d’avoir ce service. Il suffit d’un geste politique pour le faire, ce que l’ancien gouvernement n’a pas voulu faire. Je m’engage formellement à réaliser ce service. Ce n’est pas un luxe en 2026, nous en avons besoin », a indiqué monsieur St-Pierre dans une publication Facebook.
En mai 2023, l’ex-ministre de la Santé, Christian Dubé, avait ouvert la porte à l’instauration d’un service d’hémodynamie à Rimouski afin d’assurer une couverture adéquate de l’Est-du-Québec.
Or, un peu plus d’un an plus tard, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) du Bas-Saint-Laurent a mis fin au contrat du chargé de projet travaillant à la mise en place du service.
Un des membres du comité pour l’implantation d’une salle d’hémodynamie à l’Hôpital régional de Rimouski était d’avis que le projet ne verrait jamais le jour.

« Il y a juste la salle de spectacle qui a pris le plus de temps à se concrétiser à Rimouski », image monsieur Henry. « Ça fait des années qu’on nous dit qu’on va faire ci et qu’on va faire ça. À la dernière campagne électorale, la CAQ et le PQ nous ont promis de l’aide, mais on n’a jamais eu de contacts par la suite avec la députée-ministre Maïté Blanchette Vézina. On a demandé d’aller la rencontrer et nous n’avons pas eu de retour », avait-il mentionné.
Pause du projet à la maison
En novembre 2024, en raison de son obligation de revenir à l’équilibre budgétaire d’ici le 31 mars 2025, le CISSS du Bas-Saint-Laurent avait aussi mis sur pause son projet d’hémodialyse à la maison.
« Le ministère nous avait demandé de revoir le projet que nous avions déposé en septembre 2022 pour l’achat d’une dizaine d’appareils permettant l’hémodialyse à la maison. Ce sont des appareils semblables à ceux qu’on trouve dans les hôpitaux. Nous avons commencé à réviser le projet et nous allons continuer à le faire pour être prêts quand on pourra le redéposer. Aucun projet d’investissement ne sera autorisé pour l’instant tant que nous n’aurons pas atteint l’équilibre budgétaire. Le projet va se faire, mais on ne peut pas dire à quel moment », indique monsieur Turmel.
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L’IA devant le Conseil de sécurité de l’ONU : Bengio, Altman et Amodei sonnent l’alarme
L’intelligence artificielle a occupé mercredi une place inhabituelle au cœur du Conseil de sécurité des Nations unies. Réunis à New York à l’initiative de la France, qui préside le Conseil en septembre, les quinze membres ont consacré leur 10 228e séance à « l’intelligence artificielle et la sécurité internationale ». Autour de la table figuraient […]
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Eric Ham: Canada pivots to EU as Trump goes ballistic
Washington political analyst Eric Ham argues that Prime Minister Mark Carney is neutralizing Donald Trump’s aggressive trade shakedown by leveraging his middle powers doctrine to secure an alliance with the European Union. — Permalien
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Québec 2026 : un candidat du Parti Nul s’ajoute à Rimouski
Un candidat s’est ajouté dans la circonscription de Rimouski pour l’élection provinciale du 5 octobre prochain. Il s’agit de Thomas Guay-Vachon, pour le Parti Nul. La période de mise en candidature prenait fin jeudi à 14 h. Il rejoint Michel Bienvenu (Libéral), Julia Brillant-Ruest (CAQ), Virginie Chevalier-Archambault (Québec solidaire), Gilles Gagné (Climat Québec), Cédric Gauthier (Conservateur) et Yohann St-Pierre (PQ). Dans Matane-Matapédia, on compte sept candidats, soit Pascal Béru
Québec 2026 : un candidat du Parti Nul s’ajoute à Rimouski

Un candidat s’est ajouté dans la circonscription de Rimouski pour l’élection provinciale du 5 octobre prochain. Il s’agit de Thomas Guay-Vachon, pour le Parti Nul. La période de mise en candidature prenait fin jeudi à 14 h.
Il rejoint Michel Bienvenu (Libéral), Julia Brillant-Ruest (CAQ), Virginie Chevalier-Archambault (Québec solidaire), Gilles Gagné (Climat Québec), Cédric Gauthier (Conservateur) et Yohann St-Pierre (PQ).
Dans Matane-Matapédia, on compte sept candidats, soit Pascal Bérubé (PQ), Patrice Caron (Conservateur), Alexandre Mari0 Br0s Cossette (Parti Nul), André Côté (Libéral), Michel Lefrançois (Démocratie directe), Henry Maclaren (CAQ) et Gabriel Plante (Québec solidaire).
Plus à l’Ouest, on retrouve six candidats dans la circonscription de Rivière-du-Loup-Témiscouata-Les Basques. Il s’agit d’Ariane Boyer (PQ), Amélie Dionne (CAQ), Pierre-Érik Isabel (Québec solidaire), Karine Malenfant (Libéral), Louise Moreault (Conservateur) et Carole Sierpien (Climat Québec).

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Journal Le Soir

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Olivier Primeau prête main-forte à la CAQ dans Rimouski
Olivier Primeau a fait un arrêt à Rimouski mercredi pour prêter main-forte à la candidate de la Coalition avenir Québec, Julia Brillant-Ruest. Après une visite chez Cotech, à L’Isle-Verte, l’entrepreneur et influenceur a poursuivi sa tournée auprès de PME rimouskoises. Il a rencontré Tommy Cloutier, de La Maison du Spaghetti et du Bistro de la Forge, Nicolas Beaulieu, du CMS Rimouski, ainsi que Josiane Pouliot, de PMI Structures. Sur sa page Facebook, Olivier Primeau est surtout revenu sur
Olivier Primeau prête main-forte à la CAQ dans Rimouski

Olivier Primeau a fait un arrêt à Rimouski mercredi pour prêter main-forte à la candidate de la Coalition avenir Québec, Julia Brillant-Ruest.
Après une visite chez Cotech, à L’Isle-Verte, l’entrepreneur et influenceur a poursuivi sa tournée auprès de PME rimouskoises. Il a rencontré Tommy Cloutier, de La Maison du Spaghetti et du Bistro de la Forge, Nicolas Beaulieu, du CMS Rimouski, ainsi que Josiane Pouliot, de PMI Structures.
Sur sa page Facebook, Olivier Primeau est surtout revenu sur sa rencontre avec Tommy Cloutier et sur la quantité de paperasse imposée, selon lui, aux restaurateurs.
« MAPAQ, CNESST, RACJ (Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec), permis d’alcool, timbrage des bouteilles, inspections, normes sanitaires, santé et sécurité, gestion des employés, renouvellements, formulaires… chaque règle prise individuellement peut avoir sa raison d’être, mais quand on additionne tout, ça devient extrêmement lourd », écrit-il.
Olivier Primeau souligne que les groupes de restauration plus importants peuvent se permettre d’avoir un employé qui s’occupe en bonne partie de ces tâches. Selon lui, la réalité est différente pour un propriétaire qui exploite un seul établissement.
« Imaginez quelqu’un qui ouvre son premier restaurant. Même si son restaurant fonctionne, même s’il a du succès et que les clients sont au rendez-vous, il n’a pas nécessairement les moyens d’engager quelqu’un uniquement pour gérer la bureaucratie. C’est donc lui qui doit le faire, souvent le soir ou la fin de semaine, après avoir géré ses employés, sa cuisine, ses fournisseurs, ses coûts et ses clients », souligne-t-il.
En tournée pour la CAQ
La Coalition avenir Québec a recruté monsieur Primeau pendant la campagne afin qu’il sillonne le Québec et rencontre des propriétaires de PME.
Or, selon plusieurs analystes politiques, il rendra service à la CAQ en visitant des circonscriptions où elle espère faire des gains ou consolider des positions de tête
Olivier Primeau doit recevoir 20 000 $ de la CAQ pour son travail pendant la campagne. Il a indiqué que cette somme serait remise à des œuvres caritatives.

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Dans les algorithmes

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Dépasser les binarismes de la tech
L’essai que signe Irénée Régnauld à la Fabrique, La sommation technologique se veut une rapide cartographie politique de la tech française. Le cofondateur de l’association technocritique le Mouton numérique, le blogueur (Mais où va le web), l’essayiste (avec Yaël Benayoun puis avec Arnaud Saint-Martin), désormais chercheur observant le rapport des développeurs à l’IA, signe une mise à distance des discours contemporains autour de la tech, renvoyant dos à dos, les simplismes de droite et de gauch
Dépasser les binarismes de la tech
L’essai que signe Irénée Régnauld à la Fabrique, La sommation technologique se veut une rapide cartographie politique de la tech française. Le cofondateur de l’association technocritique le Mouton numérique, le blogueur (Mais où va le web), l’essayiste (avec Yaël Benayoun puis avec Arnaud Saint-Martin), désormais chercheur observant le rapport des développeurs à l’IA, signe une mise à distance des discours contemporains autour de la tech, renvoyant dos à dos, les simplismes de droite et de gauche sur ces sujets. Ce faisant, il permet justement de dépasser les impuissances que mobilisent tant les discours protech que leurs exacts envers, antitech. Le livre permet d’éclairer les positions et de resituer la critique pour mieux dépasser les simplifications des uns comme des autres.
Protech : la radicalisation capitaliste ordinaire
La première partie du livre cartographie les positions techno autoritaires françaises. Ce panorama rapide, qui égratigne quelques figures médiatiques, passe en revue la galaxie protech. Il rappelle que les évangélistes de la tech ont les mêmes profils ici qu’ailleurs. Ce sont d’abord des patrons et des cadres pro business, ultra libéraux, très alignés avec l’obsession sécuritaire qui a d’ailleurs prospéré avec la montée de l’autoritarisme politique. Sous couvert de soutien à l’innovation, a prospéré un secteur techno sécuritaire, composé d’instruments de surveillance et de répression, ainsi qu’un secteur numérique à qui l’on a délégué nombre de missions publiques depuis une logique austéritaire. Pour Régnauld, il n’y a pas tant un techno-fascisme, c’est-à-dire un déterminisme technique intrinsèque au numérique, qu’une « fascisation ordinaire de l’Etat (…) contenue dans des dynamiques plus générales déjà à l’oeuvre : centralité de l’Etat régalien, culture administrative du fichier, extension des pouvoirs policiers, durcissement du droit migratoire et de la chasse aux pauvres ».
Ce conservatisme radical a été prolongé par des entreprises, des discours et des personnes, venant appuyer et défendre le solutionnisme technologique comme l’homélie néolibérale toujours présentées sans alternatives ni espaces de compromis. Un solutionnisme orienté vers un déploiement technologique sans limite, porté par des entreprises, des personnalités et des thinks tanks, capables de cultiver thèses délirantes et discours médiatiquement simplistes et vendeurs. Des formes de discours venant accompagner les déploiements technologiques à l’œuvre, teinté de propos problématiques, à l’image de l’eugénisme et de la focalisation sur le QI, quand ce ne sont pas des discours de pur racisme. Régnauld tire le portrait problématique de nombre d’entre eux, à l’image de Laurent Alexandre, d’Olivier Babeau, de Carlos Diaz et leur clique de freaks illuminés. Entrepreneurs obsédés provenant de cercles très libéraux voire de plus en plus extrémistes. « Experts autoproclamés, courtiers du monde des startups, chercheurs reconvertis dans l’influence »… Ces discours et ces solutions techniques permettent de réaliser et diffuser un travail de cadrage qui célèbre le progrès technologique, valorise l’innovation entrepreneuriale, la dérégulation, tapant en continue sur l’assistanat et les défaillances du secteur publique…Ils déroulent tous les mêmes éléments de langages, comme le rejet de la régulation accusé de freiner l’innovation… Le but de cet épanchement sans fin : « changer le climat d’opinion » pour distiller l’idée que face à la techno, nous n’avons pas d’autre choix que de nous adapter, d’embrasser l’injonction technologique… ou disparaître.
Des discours en roue libre, qui ressemblent aux propos que l’on entend ailleurs, qui vantent tant le miracle du numérique et de l’IA que les coupes à la tronçonneuse des services publics, éblouis par les miracles du Doge, de Musk, de Google comme de Palantir… Les financeurs ici comme ailleurs, imposent avec leur argent des produits problématiques, que ce soient ceux promus par Pierre-Edouard Stérin, Charles Beigbeder ou Pierre Entremont (ce dernier promettant de financer d’abord des entrepreneurs dont le QI serait supérieur à 130, ou investissant dans Orasio, qui veut s’imposer comme le Palantir de la vidéo surveillance intelligente). Régnauld décrit ainsi un petit monde où les financements vont beaucoup à des projets problématiques. L’investissement est de plus en plus un outil idéologique au service du profit, mais également d’un agenda politique qui ne se cache plus vraiment, comme le décrivait la sociologue Marlène Benquet dans La finance aux extrêmes (voir notre compte-rendu). Il sert des projets en phase avec les valeurs de cet entrepreneuriat ultra-libéral, autoritaire quand ce n’est pas clairement d’extrême-droite. Il finance d’abord des outils de contournement de droit, comme quand Thiel et les siens ont financé Paypal, Uber, Clearview ou Palantir… Le modèle a fait école.
Autant de discours qui instillent l’idée que l’économie doit être pilotée par le privé, toujours jugé plus efficace, sans que les preuves ne soient saillantes, bien au contraire. Tous encapsulent une idéologie où la compétence serait uniquement celle des plus riches et de leurs ingénieurs. Au final, le monde patronal en se radicalisant, comme le montrait Benquet, adhère de plus en plus à des idéaux libertariens, allant de la primauté des choix individuels à la détestation du moindre contre pouvoir, notamment syndical, en passant par une célébration d’un mérite en roue libre qui n’abouberait que les plus nantis…
Face à ces orientations de plus en plus problématiques d’une grande partie de la tech, Régnauld souligne le grand silence des entrepreneurs qui ne les partagent pas. « Une partie de la bourgeoisie bon teint, unanimement qualifiée de libérale, est acquise à un idéal répressif, hostile à l’Etat et aux migrants, et a déjà dans les faits rallié l’extrême-droite ». Les positions politiques du monde entrepreneurial se radicalisent et se cristallisent sur des postures en passe de devenir des dogmes indéboulonnables, débités en continue d’une tribune l’autre. Le symbole le plus marquant en étant certainement, récemment, les rires du membres du Medef quand le candidat insoumis à la présidentielle déclarait qu’il fallait augmenter les salaires. Cette expression uniforme par le rire de convictions enracinées soulignait parfaitement les blocages idéologiques à l’œuvre, indifférente à la récession qui se profile, alors que les marges des entreprises continuent de s’améliorer.
Reste que le discours protech est emplit de confusion, souligne Régnauld. Avec par exemple des discours à géométrie variable autour de la souveraineté numérique, qui « dénonce(nt) la dépendance aux plateformes américaines, mais s’en inquiète(nt) lorsque l’État entreprend de construire lui-même, en logiciel libre, des outils adaptés à ses propres besoins », pour défendre au final un capitalisme national poreux aux intérêts des géants de la tech et au profit, quand ce n’est aligné aux thématiques nationalistes. Le souverainisme numérique se réduit à un « rejet de façade des Gafams et à la promesse d’un soutien massif aux entreprises françaises », pour dérouler les mêmes projets : faire fructifier leurs produits de surveillance. Pour tous, l’Etat semble n’avoir plus d’autres fonctions que de devoir devenir un « levier d’entraînement pour les marchés » : privatiser les profits et socialiser les risques. Les discours protechs tournent en boucle sur eux-mêmes, indifférents aux surveillances mises en place au profit de leurs affaires, indifférents aux échecs de leurs solutions et plus encore indifférents aux protections publiques. Les discours pro-IA ne présentent l’ultime innovation du capitalisme que comme un levier de relance productive alors que ses effets sur la productivité peinent à apporter des preuves concrètes. Les conséquences écologiques ou sociales sont minorées. Le milieu protech se fige dans son rêve probusiness quelles que soient les conséquences. Et chante désormais les louanges de l’IA, une technologie au service du capital pour enraciner plus encore un technosolutisme toujours plus simpliste.
AntiTech : la dérive moraliste
La seconde partie du livre, plus éclairante encore, nous invite à mettre la même distance face aux positions antitech tout aussi radicalisées. « A la radicalisation des technocapitalismes états-uniens et français, répond depuis une vingtaine d’années un durcissement des critiques auxquelles le numérique fait face », qu’elles soient anti-industrielles ou anti-modernistes. Régnauld décortique les positions des fronts radicaux dits de gauche, comme ceux d’Anti-Tech Résistance devenu Anti-Tech Revolution ou de Pièces et main d’œuvre, bien plus réactionnaires qu’ils ne s’en donnent l’air. Cet anti-industrialisme radical fonctionne lui aussi depuis un regard simpliste sur la technologie et son déterminisme. Aux libertariens obtus répond des antitechs à courte vue, qui finissent par rejeter en bloc la machine industrielle, y compris le système de santé et de médecine moderne. « Les dispositifs de réanimation sont renvoyés au même registre que les pesticides ou les data centers ». Ces mouvements anti-industriels sont particulièrement virulents à l’encontre de tous ceux qui viennent proposer d’autres critiques du numérique que la leur et s’en prend à « tout ce qui introduit de l’ambivalence ou du compromis ». La critique réactionnaire du progrès n’a rien a envié au simplisme pro-business. Régnauld égratigne jusqu’à Jacques Ellul lui-même qui, s’il a montré que la technique appelle toujours plus de technique, a fini par caricaturer cette mise en avant, en la décorrélant du capitalisme et en nous faisant croire qu’il n’y a pas d’oppositions ou de régulation possibles. Ellul n’était pas étanche pourtant à des propos moralistes voire racistes, homophobes ou antisanitaires. Aux totalisations des uns répondent donc celles des autres. Pour Régnauld, ces fronts technocritiques distribuent « les usages sur un axe moral plutôt que de les politiser ». Les ambivalences et les compromis deviennent des fautes morales ou de conduite, comme s’il n’y avait aucune issue qu’un rejet total de la technologie de ce côté, exact pendant de l’asservissement sans discussion que proposent les protechs.
En réalité, la technocritique est plus diverse et souvent bien moins radicale. Elle est composée de courants anarchistes, de sciences participatives, de mouvements libristes ou écologiques, de mobilisations syndicales ou citoyennes qui se parlent. Si de nombreux thèmes technocritiques se sont imposés dans l’espace public (de la place des écrans, au rapport à l’IA, à la critique de la surnumérisation), la technocritique est plus diffuse que radicale. Personne ne souhaite retourner à la vie de chasseur-cueilleur. « Les critiques qui appellent au grand débranchement ne proposent ni cap ni méthode crédible. Dans les faits, très peu de gens veulent réellement tout éteindre ». « Un récit qui se contente d’énoncer le retrait sans se donner les moyens matériels d’une substitution graduelle ne fait pas obstacle aux technofascistes : il leur abandonne l’initiative ». La critique antitech est certes pure, mais faiblement opérante, constate Régnauld. Peu reliée aux réalités situées de ceux qui luttent contre le développement du techno-capitalisme. Comme l’explique l’anthropologue Payal Arora dans From Pessimism to Promise (MIT Press, 2024 – dont Régnauld avait produit un compte-rendu sur son blog), il est plus que nécessaire de « déplacer la critique du registre moral vers le registre matériel ».
Dans cette même critique antitech, Régnauld renvoie également les doomers, ces critiques des milieux rationalistes qui pensent que l’IA fait peser un risque existentiel sur l’humanité. Une critique où grenouille à la fois nombre de grands patrons de la tech, qui sous couvert d’annonce de l’apocalypse, invisibilisent les relations de pouvoirs, les conflits sociaux et environnementaux de cette industrie. De Pause AI aux associations transhumanistes, ces alertes sur l’IA semblent surtout reprendre les discours qu’ils prétendent combattre. Pour Régnauld, tous ces mouvements ne sont pas tant des alliés que des gens qui servent la confusion. Que proposent-ils vraiment ? « Un moratoire. Sur quels systèmes exactement ? » Le risque est fort que ces encadrements de l’IA orientent le débat vers des questions d’ingénieurs « désirant gérer a posteriori les risques, sans discuter des finalités, des usages, des rapports de pouvoir ». Une régulation par les risques qui risque surtout de « préempter la discussion politique », la confisquer.
Ce qui me semble marquant d’ailleurs, dans les discours pro comme anti tech, c’est la façon dont tout ces mondes semblent nier les conflits sociaux autour de la tech. Comme s’ils n’existaient pas, comme s’ils n’étaient pas innombrables, au profit de recadrages moraux ou économiques. Un peu comme si, pour les uns comme pour les autres, la société et la politique n’existaient pas.
Pour une critique de la tech démocratique et située
Après avoir rejeté les simplismes, le binarisme paresseux des uns et des autres, Régnauld livre une perspective parfois brouillonne mais stimulante, en appelant une critique de la tech démocratique et située, multiple, prolifique, désordonnée même, telle qu’elle est le plus souvent, tout en appelant à gouverner autrement la technologie. Si certains problèmes de la tech pourraient être expédiés (l’interdiction de la reconnaissance faciale sans exception, l’obligation à la réparabilité par exemple), nous avons besoin d’une transformation critique et maîtrisée du développement technologique, qui ouvre la voie aux compromis, à la délibération. L’idolâtrie de la tech comme son rejet sans concession est surtout « aveugle à la variété des artefacts et des contextes ». Pour Régnauld, le chemin technologique n’est jamais tout tracé. « Les technologies gagnantes sont le produit de compromis, de normes ou de rapports de force ». « Si historiquement, capitalisme comme communisme réel ont poursuivi la productivité par le machinisme, ce n’est pas parce que la technique l’exigeait en soi : c’est parce qu’ils ont érigé la productivité en boussole politique, en centralisant les décisions et en restant indifférents aux conditions de travail ». Pour Régnauld, il n’y a pas de technologie sans contrôle social : « la technocritique sans la lutte des classes, c’est du bricolage » ! Cela ne signifie pas qu’il y a des formes de réappropriation démocratiques pour toutes les technologies : il n’y a pas de surveillance de masse démocratique par exemple, ni d’extractivisme des ressources qui ne soit pas problématique. La démocratie n’est pas le seule réponse dans l’arsenal des réponses : la régulation drastique, les compensations fortes, le démantèlement, la redirection, l’abolition en sont d’autres. Pour Régnauld, il nous faut discuter au cas par cas plutôt que de refuser en bloc. Si les technologies ne sont pas neutres, ce n’est pas pour autant que tout se vaut.
Pour Régnauld, il nous faut discuter, comme le montrait David Robinson dans son livre ou comme le défendaient Nicolas Rio et Manon Loisel dans le leur. D’ailleurs, souligne-t-il également, le marché n’est pas la seule réponse technologique disponible, contrairement à ce que voudraient nous faire croire les protechs. Coopératives, Communs, structures associatives et infrastructures publiques devraient encore avoir un espace. Régnauld rappelle pourtant que les débats sur le rôle et la place des technologies sont innombrables, comme le montre notamment l’historien François Jarrige dans ses livres, notamment Technocritiques. Dès l’apparition de l’informatisation, les conflits étaient déjà là, même si ces séquences ont souvent été écrasées par les vagues néolibérales. La privatisation a réduit les capacités de reprise collective. Pourtant, aujourd’hui encore, les argumentaires les plus offensifs contre l’IA émanent toujours des travailleurs qui y sont confrontés et des syndicats qui les défendent, rappelle Régnauld. « Lorsque que les travailleurs parlent, ils démontent la propagande des industriels ». « Sans rapport de force, la technologie s’aligne sur le pouvoir ». Pour Irénée Régnauld, les configurations humains machines sont plurielles et ne débouchent pas fatalement sur la surveillance et la réduction des compétences, comme le défendent par exemple Daron Acemoglu, David Autor et Simon Johnson en plaidant pour pour une IA pro-travailleurs (et qui s’inquiète, par ailleurs, des liens entre l’automatisation et la répression).
Pour cela, plaide Irénée Régnauld, nous avons besoin de « réinstituer » la technologie, c’est-à-dire faire advenir les structures de discussions et de décisions. Alors que ce devrait être le rôle de l’Etat d’organiser les espaces pour trouver les compromis et d’organiser les espaces de refus, les citoyens se retrouvent pris au dépourvu dans des espaces où la discussion démocratique finalement semble escamotée, comme l’ont été les propositions de la convention citoyenne sur le climat. Réinstituer le débat sur les orientations et les développements technologiques semble à la fois urgent et impossible, notamment parce que nombre d’entre eux, comme les tentatives de régulation, semblent n’aboutir nulle part. Ces formes de réinstitutions peuvent être multiples, elle peuvent se déplacer selon les enjeux, les situations, pour autant qu’elles produisent des déplacements, comme quand le maire de New York valide la décision du département de l’Éducation, qui, après des consultations nourries, interdit l’utilisation de l’IA en primaire et au collège et limite la durée de temps passé devant les écrans à l’école, rapporte le New York Times.
Le problème, rappelle Régnauld, c’est que nos besoins sont dynamiques et peu stables. Nous avons passé des milliers d’années sans réfrigérateurs, mais qui pourrait désormais sans passer ? L’IA semble inutile à la plupart d’entre nous, mais en sera-t-il de même demain ? Ou pourrions-nous en avoir besoin et où est-ce inutile ? Régnauld invite à réinterroger nos besoins à l’aune des enjeux, à interroger les trajectoires de nos choix possibles, à délibérer collectivement et cela nécessite de trouver la bonne échelle de discussion. Localement, discuter de l’installation de centres de données risque surtout de favoriser l’acceptation des projets, quand c’est leur déploiement d’ensemble qui devraient discuter de l’adaptation aux scénarios de besoins. Nous devrions privilégier une logique des besoins, pour discuter des ressources mobilisées et politiser les usages, comme le proposaient par exemple Cédric Durand et Razmig Keucheyan dans Comment bifurquer.
Toutes les technologies n’ont pas vocation à devenir démocratiques, prévient néanmoins Régnauld. Des diplomaties s’imposent pour assurer la concurrence, l’interopérabilité, la portabilité comme les alternatives et éviter l’intégration unique et par défaut. « Si on n’interdit pas, au moins empêcher qu’ils règnent sans partage ». Limiter les abus, toujours. Démanteler parfois. Limiter l’invasion. Dénumériser même. « Le vivier de technologies financées pour rien où déployées inutilement et immense ». Même les promesses les plus enthousiastes se fracassent bien souvent contre la réalité. Régnault prend l’exemple des robots soignants japonais décortiqués par l’anthropologue James Wright dans un livre. « Plus la promesse est tapageuse, plus la vigilance critique devrait être grande ».
« Que retirer ? Dans quel ordre ? A quelle vitesse ? Que mettre en place ? » Si ces enjeux ne sont pas posés institutionnellement, ce seront les luttes sociales qui s’y attaqueront pour tenter de « décapitaliser la production technique » et son monde, pour réinscrire l’informatique et le numérique dans nos limites planétaires, économiques et sociales.
Régnauld ne propose ni grande solution ni grand soir. Juste de trouver les possibilités d’ajustement, qui nécessiteront parfois de démanteler, d’autres de domestiquer. Consolider ce que les ingénieurs du chaos abhorrent : « des infrastructures socialisées, gouvernées en commun et orientées vers des finalités délibérées ». Disputer des fins plutôt qu’y être soumis. Renforcer la démocratie partout où l’on fait de la technique. Refuser la sommation. Dans un essai qui lance un appel à la discussion, pour dépasser les positions de principes, en montrant nombres d’endroits où elle a déjà lieu et où elle pourrait fleurir.
Pour stimulante qu’elle soit, la perspective d’élargir la démocratie technique reste la seule réponse face au renforcement du technocapital. La limite de cette perspective est que l’autoritarisme de la tech comme la seule boussole pro-business, n’ont que faire des espaces de débats. En continuant de nier les débats, les conflits, le risque est de les radicaliser et de les rendre toujours moins possibles. Pour résister au fascisme qui vient, il est assurément certain que nous avons besoin plus que jamais d’ouvrir non seulement des arènes de débats, mais bien des arènes de décision, de confier à la diversité des publics l’enjeu de faire leurs compromis. Or, ici, les autorités n’ont pas un rôle clair, orientant les débats plutôt que d’en être les garants. C’est peut-être la grande limite du rêve de démocratie technique. Mais son abandon ne nous propose qu’un cauchemar sans fin.
Hubert Guillaud

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Dans les algorithmes

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Dépasser les binarismes de la tech
L’essai que signe Irénée Régnauld à la Fabrique, La sommation technologique se veut une rapide cartographie politique de la tech française. Le cofondateur de l’association technocritique le Mouton numérique, le blogueur (Mais où va le web), l’essayiste (avec Yaël Benayoun puis avec Arnaud Saint-Martin), désormais chercheur observant le rapport des développeurs à l’IA, signe une mise à distance des discours contemporains autour de la tech, renvoyant dos à dos, les simplismes de droite et de gauch
Dépasser les binarismes de la tech
L’essai que signe Irénée Régnauld à la Fabrique, La sommation technologique se veut une rapide cartographie politique de la tech française. Le cofondateur de l’association technocritique le Mouton numérique, le blogueur (Mais où va le web), l’essayiste (avec Yaël Benayoun puis avec Arnaud Saint-Martin), désormais chercheur observant le rapport des développeurs à l’IA, signe une mise à distance des discours contemporains autour de la tech, renvoyant dos à dos, les simplismes de droite et de gauche sur ces sujets. Ce faisant, il permet justement de dépasser les impuissances que mobilisent tant les discours protech que leurs exacts envers, antitech. Le livre permet d’éclairer les positions et de resituer la critique pour mieux dépasser les simplifications des uns comme des autres.
Protech : la radicalisation capitaliste ordinaire
La première partie du livre cartographie les positions techno autoritaires françaises. Ce panorama rapide, qui égratigne quelques figures médiatiques, passe en revue la galaxie protech. Il rappelle que les évangélistes de la tech ont les mêmes profils ici qu’ailleurs. Ce sont d’abord des patrons et des cadres pro business, ultra libéraux, très alignés avec l’obsession sécuritaire qui a d’ailleurs prospéré avec la montée de l’autoritarisme politique. Sous couvert de soutien à l’innovation, a prospéré un secteur techno sécuritaire, composé d’instruments de surveillance et de répression, ainsi qu’un secteur numérique à qui l’on a délégué nombre de missions publiques depuis une logique austéritaire. Pour Régnauld, il n’y a pas tant un techno-fascisme, c’est-à-dire un déterminisme technique intrinsèque au numérique, qu’une « fascisation ordinaire de l’Etat (…) contenue dans des dynamiques plus générales déjà à l’oeuvre : centralité de l’Etat régalien, culture administrative du fichier, extension des pouvoirs policiers, durcissement du droit migratoire et de la chasse aux pauvres ».
Ce conservatisme radical a été prolongé par des entreprises, des discours et des personnes, venant appuyer et défendre le solutionnisme technologique comme l’homélie néolibérale toujours présentées sans alternatives ni espaces de compromis. Un solutionnisme orienté vers un déploiement technologique sans limite, porté par des entreprises, des personnalités et des thinks tanks, capables de cultiver thèses délirantes et discours médiatiquement simplistes et vendeurs. Des formes de discours venant accompagner les déploiements technologiques à l’œuvre, teinté de propos problématiques, à l’image de l’eugénisme et de la focalisation sur le QI, quand ce ne sont pas des discours de pur racisme. Régnauld tire le portrait problématique de nombre d’entre eux, à l’image de Laurent Alexandre, d’Olivier Babeau, de Carlos Diaz et leur clique de freaks illuminés. Entrepreneurs obsédés provenant de cercles très libéraux voire de plus en plus extrémistes. « Experts autoproclamés, courtiers du monde des startups, chercheurs reconvertis dans l’influence »… Ces discours et ces solutions techniques permettent de réaliser et diffuser un travail de cadrage qui célèbre le progrès technologique, valorise l’innovation entrepreneuriale, la dérégulation, tapant en continue sur l’assistanat et les défaillances du secteur publique…Ils déroulent tous les mêmes éléments de langages, comme le rejet de la régulation accusé de freiner l’innovation… Le but de cet épanchement sans fin : « changer le climat d’opinion » pour distiller l’idée que face à la techno, nous n’avons pas d’autre choix que de nous adapter, d’embrasser l’injonction technologique… ou disparaître.
Des discours en roue libre, qui ressemblent aux propos que l’on entend ailleurs, qui vantent tant le miracle du numérique et de l’IA que les coupes à la tronçonneuse des services publics, éblouis par les miracles du Doge, de Musk, de Google comme de Palantir… Les financeurs ici comme ailleurs, imposent avec leur argent des produits problématiques, que ce soient ceux promus par Pierre-Edouard Stérin, Charles Beigbeder ou Pierre Entremont (ce dernier promettant de financer d’abord des entrepreneurs dont le QI serait supérieur à 130, ou investissant dans Orasio, qui veut s’imposer comme le Palantir de la vidéo surveillance intelligente). Régnauld décrit ainsi un petit monde où les financements vont beaucoup à des projets problématiques. L’investissement est de plus en plus un outil idéologique au service du profit, mais également d’un agenda politique qui ne se cache plus vraiment, comme le décrivait la sociologue Marlène Benquet dans La finance aux extrêmes (voir notre compte-rendu). Il sert des projets en phase avec les valeurs de cet entrepreneuriat ultra-libéral, autoritaire quand ce n’est pas clairement d’extrême-droite. Il finance d’abord des outils de contournement de droit, comme quand Thiel et les siens ont financé Paypal, Uber, Clearview ou Palantir… Le modèle a fait école.
Autant de discours qui instillent l’idée que l’économie doit être pilotée par le privé, toujours jugé plus efficace, sans que les preuves ne soient saillantes, bien au contraire. Tous encapsulent une idéologie où la compétence serait uniquement celle des plus riches et de leurs ingénieurs. Au final, le monde patronal en se radicalisant, comme le montrait Benquet, adhère de plus en plus à des idéaux libertariens, allant de la primauté des choix individuels à la détestation du moindre contre pouvoir, notamment syndical, en passant par une célébration d’un mérite en roue libre qui n’abouberait que les plus nantis…
Face à ces orientations de plus en plus problématiques d’une grande partie de la tech, Régnauld souligne le grand silence des entrepreneurs qui ne les partagent pas. « Une partie de la bourgeoisie bon teint, unanimement qualifiée de libérale, est acquise à un idéal répressif, hostile à l’Etat et aux migrants, et a déjà dans les faits rallié l’extrême-droite ». Les positions politiques du monde entrepreneurial se radicalisent et se cristallisent sur des postures en passe de devenir des dogmes indéboulonnables, débités en continue d’une tribune l’autre. Le symbole le plus marquant en étant certainement, récemment, les rires du membres du Medef quand le candidat insoumis à la présidentielle déclarait qu’il fallait augmenter les salaires. Cette expression uniforme par le rire de convictions enracinées soulignait parfaitement les blocages idéologiques à l’œuvre, indifférente à la récession qui se profile, alors que les marges des entreprises continuent de s’améliorer.
Reste que le discours protech est emplit de confusion, souligne Régnauld. Avec par exemple des discours à géométrie variable autour de la souveraineté numérique, qui « dénonce(nt) la dépendance aux plateformes américaines, mais s’en inquiète(nt) lorsque l’État entreprend de construire lui-même, en logiciel libre, des outils adaptés à ses propres besoins », pour défendre au final un capitalisme national poreux aux intérêts des géants de la tech et au profit, quand ce n’est aligné aux thématiques nationalistes. Le souverainisme numérique se réduit à un « rejet de façade des Gafams et à la promesse d’un soutien massif aux entreprises françaises », pour dérouler les mêmes projets : faire fructifier leurs produits de surveillance. Pour tous, l’Etat semble n’avoir plus d’autres fonctions que de devoir devenir un « levier d’entraînement pour les marchés » : privatiser les profits et socialiser les risques. Les discours protechs tournent en boucle sur eux-mêmes, indifférents aux surveillances mises en place au profit de leurs affaires, indifférents aux échecs de leurs solutions et plus encore indifférents aux protections publiques. Les discours pro-IA ne présentent l’ultime innovation du capitalisme que comme un levier de relance productive alors que ses effets sur la productivité peinent à apporter des preuves concrètes. Les conséquences écologiques ou sociales sont minorées. Le milieu protech se fige dans son rêve probusiness quelles que soient les conséquences. Et chante désormais les louanges de l’IA, une technologie au service du capital pour enraciner plus encore un technosolutisme toujours plus simpliste.
AntiTech : la dérive moraliste
La seconde partie du livre, plus éclairante encore, nous invite à mettre la même distance face aux positions antitech tout aussi radicalisées. « A la radicalisation des technocapitalismes états-uniens et français, répond depuis une vingtaine d’années un durcissement des critiques auxquelles le numérique fait face », qu’elles soient anti-industrielles ou anti-modernistes. Régnauld décortique les positions des fronts radicaux dits de gauche, comme ceux d’Anti-Tech Résistance devenu Anti-Tech Revolution ou de Pièces et main d’œuvre, bien plus réactionnaires qu’ils ne s’en donnent l’air. Cet anti-industrialisme radical fonctionne lui aussi depuis un regard simpliste sur la technologie et son déterminisme. Aux libertariens obtus répond des antitechs à courte vue, qui finissent par rejeter en bloc la machine industrielle, y compris le système de santé et de médecine moderne. « Les dispositifs de réanimation sont renvoyés au même registre que les pesticides ou les data centers ». Ces mouvements anti-industriels sont particulièrement virulents à l’encontre de tous ceux qui viennent proposer d’autres critiques du numérique que la leur et s’en prend à « tout ce qui introduit de l’ambivalence ou du compromis ». La critique réactionnaire du progrès n’a rien a envié au simplisme pro-business. Régnauld égratigne jusqu’à Jacques Ellul lui-même qui, s’il a montré que la technique appelle toujours plus de technique, a fini par caricaturer cette mise en avant, en la décorrélant du capitalisme et en nous faisant croire qu’il n’y a pas d’oppositions ou de régulation possibles. Ellul n’était pas étanche pourtant à des propos moralistes voire racistes, homophobes ou antisanitaires. Aux totalisations des uns répondent donc celles des autres. Pour Régnauld, ces fronts technocritiques distribuent « les usages sur un axe moral plutôt que de les politiser ». Les ambivalences et les compromis deviennent des fautes morales ou de conduite, comme s’il n’y avait aucune issue qu’un rejet total de la technologie de ce côté, exact pendant de l’asservissement sans discussion que proposent les protechs.
En réalité, la technocritique est plus diverse et souvent bien moins radicale. Elle est composée de courants anarchistes, de sciences participatives, de mouvements libristes ou écologiques, de mobilisations syndicales ou citoyennes qui se parlent. Si de nombreux thèmes technocritiques se sont imposés dans l’espace public (de la place des écrans, au rapport à l’IA, à la critique de la surnumérisation), la technocritique est plus diffuse que radicale. Personne ne souhaite retourner à la vie de chasseur-cueilleur. « Les critiques qui appellent au grand débranchement ne proposent ni cap ni méthode crédible. Dans les faits, très peu de gens veulent réellement tout éteindre ». « Un récit qui se contente d’énoncer le retrait sans se donner les moyens matériels d’une substitution graduelle ne fait pas obstacle aux technofascistes : il leur abandonne l’initiative ». La critique antitech est certes pure, mais faiblement opérante, constate Régnauld. Peu reliée aux réalités situées de ceux qui luttent contre le développement du techno-capitalisme. Comme l’explique l’anthropologue Payal Arora dans From Pessimism to Promise (MIT Press, 2024 – dont Régnauld avait produit un compte-rendu sur son blog), il est plus que nécessaire de « déplacer la critique du registre moral vers le registre matériel ».
Dans cette même critique antitech, Régnauld renvoie également les doomers, ces critiques des milieux rationalistes qui pensent que l’IA fait peser un risque existentiel sur l’humanité. Une critique où grenouille à la fois nombre de grands patrons de la tech, qui sous couvert d’annonce de l’apocalypse, invisibilisent les relations de pouvoirs, les conflits sociaux et environnementaux de cette industrie. De Pause AI aux associations transhumanistes, ces alertes sur l’IA semblent surtout reprendre les discours qu’ils prétendent combattre. Pour Régnauld, tous ces mouvements ne sont pas tant des alliés que des gens qui servent la confusion. Que proposent-ils vraiment ? « Un moratoire. Sur quels systèmes exactement ? » Le risque est fort que ces encadrements de l’IA orientent le débat vers des questions d’ingénieurs « désirant gérer a posteriori les risques, sans discuter des finalités, des usages, des rapports de pouvoir ». Une régulation par les risques qui risque surtout de « préempter la discussion politique », la confisquer.
Ce qui me semble marquant d’ailleurs, dans les discours pro comme anti tech, c’est la façon dont tout ces mondes semblent nier les conflits sociaux autour de la tech. Comme s’ils n’existaient pas, comme s’ils n’étaient pas innombrables, au profit de recadrages moraux ou économiques. Un peu comme si, pour les uns comme pour les autres, la société et la politique n’existaient pas.
Pour une critique de la tech démocratique et située
Après avoir rejeté les simplismes, le binarisme paresseux des uns et des autres, Régnauld livre une perspective parfois brouillonne mais stimulante, en appelant une critique de la tech démocratique et située, multiple, prolifique, désordonnée même, telle qu’elle est le plus souvent, tout en appelant à gouverner autrement la technologie. Si certains problèmes de la tech pourraient être expédiés (l’interdiction de la reconnaissance faciale sans exception, l’obligation à la réparabilité par exemple), nous avons besoin d’une transformation critique et maîtrisée du développement technologique, qui ouvre la voie aux compromis, à la délibération. L’idolâtrie de la tech comme son rejet sans concession est surtout « aveugle à la variété des artefacts et des contextes ». Pour Régnauld, le chemin technologique n’est jamais tout tracé. « Les technologies gagnantes sont le produit de compromis, de normes ou de rapports de force ». « Si historiquement, capitalisme comme communisme réel ont poursuivi la productivité par le machinisme, ce n’est pas parce que la technique l’exigeait en soi : c’est parce qu’ils ont érigé la productivité en boussole politique, en centralisant les décisions et en restant indifférents aux conditions de travail ». Pour Régnauld, il n’y a pas de technologie sans contrôle social : « la technocritique sans la lutte des classes, c’est du bricolage » ! Cela ne signifie pas qu’il y a des formes de réappropriation démocratiques pour toutes les technologies : il n’y a pas de surveillance de masse démocratique par exemple, ni d’extractivisme des ressources qui ne soit pas problématique. La démocratie n’est pas le seule réponse dans l’arsenal des réponses : la régulation drastique, les compensations fortes, le démantèlement, la redirection, l’abolition en sont d’autres. Pour Régnauld, il nous faut discuter au cas par cas plutôt que de refuser en bloc. Si les technologies ne sont pas neutres, ce n’est pas pour autant que tout se vaut.
Pour Régnauld, il nous faut discuter, comme le montrait David Robinson dans son livre ou comme le défendaient Nicolas Rio et Manon Loisel dans le leur. D’ailleurs, souligne-t-il également, le marché n’est pas la seule réponse technologique disponible, contrairement à ce que voudraient nous faire croire les protechs. Coopératives, Communs, structures associatives et infrastructures publiques devraient encore avoir un espace. Régnauld rappelle pourtant que les débats sur le rôle et la place des technologies sont innombrables, comme le montre notamment l’historien François Jarrige dans ses livres, notamment Technocritiques. Dès l’apparition de l’informatisation, les conflits étaient déjà là, même si ces séquences ont souvent été écrasées par les vagues néolibérales. La privatisation a réduit les capacités de reprise collective. Pourtant, aujourd’hui encore, les argumentaires les plus offensifs contre l’IA émanent toujours des travailleurs qui y sont confrontés et des syndicats qui les défendent, rappelle Régnauld. « Lorsque que les travailleurs parlent, ils démontent la propagande des industriels ». « Sans rapport de force, la technologie s’aligne sur le pouvoir ». Pour Irénée Régnauld, les configurations humains machines sont plurielles et ne débouchent pas fatalement sur la surveillance et la réduction des compétences, comme le défendent par exemple Daron Acemoglu, David Autor et Simon Johnson en plaidant pour pour une IA pro-travailleurs (et qui s’inquiète, par ailleurs, des liens entre l’automatisation et la répression).
Pour cela, plaide Irénée Régnauld, nous avons besoin de « réinstituer » la technologie, c’est-à-dire faire advenir les structures de discussions et de décisions. Alors que ce devrait être le rôle de l’Etat d’organiser les espaces pour trouver les compromis et d’organiser les espaces de refus, les citoyens se retrouvent pris au dépourvu dans des espaces où la discussion démocratique finalement semble escamotée, comme l’ont été les propositions de la convention citoyenne sur le climat. Réinstituer le débat sur les orientations et les développements technologiques semble à la fois urgent et impossible, notamment parce que nombre d’entre eux, comme les tentatives de régulation, semblent n’aboutir nulle part. Ces formes de réinstitutions peuvent être multiples, elle peuvent se déplacer selon les enjeux, les situations, pour autant qu’elles produisent des déplacements, comme quand le maire de New York valide la décision du département de l’Éducation, qui, après des consultations nourries, interdit l’utilisation de l’IA en primaire et au collège et limite la durée de temps passé devant les écrans à l’école, rapporte le New York Times.
Le problème, rappelle Régnauld, c’est que nos besoins sont dynamiques et peu stables. Nous avons passé des milliers d’années sans réfrigérateurs, mais qui pourrait désormais sans passer ? L’IA semble inutile à la plupart d’entre nous, mais en sera-t-il de même demain ? Ou pourrions-nous en avoir besoin et où est-ce inutile ? Régnauld invite à réinterroger nos besoins à l’aune des enjeux, à interroger les trajectoires de nos choix possibles, à délibérer collectivement et cela nécessite de trouver la bonne échelle de discussion. Localement, discuter de l’installation de centres de données risque surtout de favoriser l’acceptation des projets, quand c’est leur déploiement d’ensemble qui devraient discuter de l’adaptation aux scénarios de besoins. Nous devrions privilégier une logique des besoins, pour discuter des ressources mobilisées et politiser les usages, comme le proposaient par exemple Cédric Durand et Razmig Keucheyan dans Comment bifurquer.
Toutes les technologies n’ont pas vocation à devenir démocratiques, prévient néanmoins Régnauld. Des diplomaties s’imposent pour assurer la concurrence, l’interopérabilité, la portabilité comme les alternatives et éviter l’intégration unique et par défaut. « Si on n’interdit pas, au moins empêcher qu’ils règnent sans partage ». Limiter les abus, toujours. Démanteler parfois. Limiter l’invasion. Dénumériser même. « Le vivier de technologies financées pour rien où déployées inutilement et immense ». Même les promesses les plus enthousiastes se fracassent bien souvent contre la réalité. Régnault prend l’exemple des robots soignants japonais décortiqués par l’anthropologue James Wright dans un livre. « Plus la promesse est tapageuse, plus la vigilance critique devrait être grande ».
« Que retirer ? Dans quel ordre ? A quelle vitesse ? Que mettre en place ? » Si ces enjeux ne sont pas posés institutionnellement, ce seront les luttes sociales qui s’y attaqueront pour tenter de « décapitaliser la production technique » et son monde, pour réinscrire l’informatique et le numérique dans nos limites planétaires, économiques et sociales.
Régnauld ne propose ni grande solution ni grand soir. Juste de trouver les possibilités d’ajustement, qui nécessiteront parfois de démanteler, d’autres de domestiquer. Consolider ce que les ingénieurs du chaos abhorrent : « des infrastructures socialisées, gouvernées en commun et orientées vers des finalités délibérées ». Disputer des fins plutôt qu’y être soumis. Renforcer la démocratie partout où l’on fait de la technique. Refuser la sommation. Dans un essai qui lance un appel à la discussion, pour dépasser les positions de principes, en montrant nombres d’endroits où elle a déjà lieu et où elle pourrait fleurir.
Pour stimulante qu’elle soit, la perspective d’élargir la démocratie technique reste la seule réponse face au renforcement du technocapital. La limite de cette perspective est que l’autoritarisme de la tech comme la seule boussole pro-business, n’ont que faire des espaces de débats. En continuant de nier les débats, les conflits, le risque est de les radicaliser et de les rendre toujours moins possibles. Pour résister au fascisme qui vient, il est assurément certain que nous avons besoin plus que jamais d’ouvrir non seulement des arènes de débats, mais bien des arènes de décision, de confier à la diversité des publics l’enjeu de faire leurs compromis. Or, ici, les autorités n’ont pas un rôle clair, orientant les débats plutôt que d’en être les garants. C’est peut-être la grande limite du rêve de démocratie technique. Mais son abandon ne nous propose qu’un cauchemar sans fin.
Hubert Guillaud

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Dans les algorithmes
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De l’opposition d’extrême-droite aux data centers en Amérique
Molly Taft pour Wired revient sur la lutte d’extrême-droite contre les data centers aux Etats-Unis. Ces dernières décennies, des centres de données ont été construits en toute discrétion aux 4 coins des Etats-Unis sans vraiment déclencher de contestations, rappelle-t-elle. Discrets, on pouvait habiter à côté d’un centre de données sans jamais en entendre parler. Ils étaient construits dans des zones bénéficiant à la fois d’une connexion par fibre optique et d’un accès à l’énergie, comme la Silic
De l’opposition d’extrême-droite aux data centers en Amérique
Molly Taft pour Wired revient sur la lutte d’extrême-droite contre les data centers aux Etats-Unis. Ces dernières décennies, des centres de données ont été construits en toute discrétion aux 4 coins des Etats-Unis sans vraiment déclencher de contestations, rappelle-t-elle. Discrets, on pouvait habiter à côté d’un centre de données sans jamais en entendre parler. Ils étaient construits dans des zones bénéficiant à la fois d’une connexion par fibre optique et d’un accès à l’énergie, comme la Silicon Valley et la région de Washington DC. Mais, avec l’arrivée de l’IA, les data centers ont changé : désormais, on parle de versions gigantesques, qui se construisent rapidement après avoir obtenu des dérogations environnementales. Les gens ont commencé à se poser des questions sur ces constructions qui devenaient visibles par leur gigantisme même. Avec la montée de la contestation, de nombreux Etats ont introduit des moratoires voire interdit leur construction (sans compter les villes et comtés qui ont également pris des décisions en ce sens, y compris dans des zones très conservatrices comme le comté de Hill, au Texas). Des personnes ont été arrêtées, placées en détention ou expulsées alors qu’elles manifestaient contre des centres de données lors de réunions publiques dans le New Jersey, en Californie, dans le Wisconsin et dans l’Indiana.
Face à ces constructions, on évoque souvent la mobilisation de gauche, menée tant par des associations et des collectifs (cf. « Aux Etats-Unis, la résistance contre les data centers s’organise »), que par des politiciens, dont les démocrates Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, inspirateurs de moratoires sur l’IA qui essaiment depuis à travers les Etats-Unis. Paris Marx remarquait d’ailleurs, pertinemment, que si Sanders et AOC étaient d’actifs fourbisseurs de critiques de l’IA, ils n’ont pas la même approche. Alors que Sanders s’inquiète des potentialités de l’IA, reprenant les arguments de nombre des entrepreneurs de la Tech, AOC, elle met plutôt en garde contre les innombrables problèmes que génère déjà l’IA et notamment contre les dommages économiques susceptibles de découler de l’éclatement de la bulle financière entourant l’IA. Elle a également joué un rôle moteur pour fournir aux victimes de deepfakes générés par IA les moyens de tenir les auteurs responsables de leurs actes.
Mais, si la contestation de gauche des data centers et de l’IA est bien documentée, celle de l’extrême-droite américaine l’est beaucoup moins. Elle est pourtant vive. Molly Taft raconte que les premiers politiques américains qui se sont inquiétés de ces projets étaient des politiciens d’extrême droite, Marjorie Taylor Greene et Thomas Massie. Mais pour Taft, celui qui a beaucoup dénoncé la technologie et l’IA, c’est assurément Steve Bannon, l’ancien conseiller de Trump. Dans son émission War Room, Bannon explique que les hyperscalers sont des « laboratoires d’armement braqués contre la population ». Mais la critique est surtout portée par l’un de ses éditorialistes, Joe Allen, auteur de Dark Aeon: Transhumanism and the War Against Humanity (auto-édité). Joe Allen s’est fait connaître par un slogan : Humans First (l’humain d’abord) devenu un cri de ralliement sur les ondes de la War Room. Le moto s’est transformée en organisation et en tournée, visant à mobiliser le grand public à l’encontre de l’IA pour exiger un encadrement fort de l’IA. Comme le raconte NBC, l’organisation incite les responsables politiques à refuser les contributions financières des grandes entreprises de l’IA… Human First se définit comme apolitique, avec des membres tant progressistes que conservateurs. Ce qui a l’air de déplaire à Musk et quelques thuriféraires de l’IA. Dans une newsletter d’extrême-droite américaine, Jordan Schachtel a affirmé que l’organisation Humans First avait été créée pour attirer des sympathisants conservateurs par des personnes entretenant des liens étroits avec « l’altruisme efficace », un mouvement visant à soutenir des causes et à allouer des ressources en se fondant sur des preuves d’impact positif, dont la base de donateurs serait entièrement composée de progressistes de la région de la baie de San Francisco… (et notamment le Center for AI Safety fondateur de l’initiative Humans First) pour en faire une sorte de cheval de Troie, visant à rendre les questions de sécurité de l’IA plus acceptables pour un public politique conservateur. Joe Allen a rejeté avec véhémence ces accusations, mais a reconnu que la publication de Schachtel soulevait des questions d’influences opaques… alimentant la paranoïa complotiste, marque de fabrique des délires des conservateurs Maga. Mais on pourrait tout autant inverser la question et se demander si la droite ultraconservatrice américaine ne serait pas en train d’essayer de récupérer le succès de la contestation de gauche contre l’IA et les data centers.
Pour Molly Taft, la colère contre les data centers est en train de rejoindre celle contre le déploiement de l’IA partout. « La colère contre les centres de données et les inquiétudes du public concernant l’IA sont généralement traitées, dans les sondages et les politiques publiques, comme des sujets distincts : d’un côté, l’expression de préoccupations environnementales et civiques ; de l’autre, la crainte de pertes d’emplois et des inquiétudes liées aux chatbots. Pourtant, de plus en plus d’éléments indiquent que la frontière n’est pas si nette. Une étude publiée en juin, portant sur un échantillon restreint d’électeurs, montre par exemple que très peu de personnes opposées aux centres de données vivent à proximité de ces installations, et que la plupart de ceux qui s’y opposent sont également sceptiques à l’égard de l’IA » (d’autres données, dont nous avons rendu compte, montrent plutôt que la critique des data centers est au contraire, très située).
Molly Taft s’est rendue en Georgie, lors d’une des réunions de Human First, dans un amphithéâtre de l’université Georgia Tech. « On y trouvait des étudiants, notamment des membres d’un club naissant dédié à la sécurité de l’IA qui avait invité Allen. (Deux d’entre eux m’ont avoué n’être venus que grâce aux affiches placardées sur le campus.) Un caméraman de More Perfect Union – une chaîne de contenu progressiste devenue une plateforme incontournable pour les vidéos dénonçant les centres de données – rôdait dans la salle pour filmer la scène. »
Les conférences d’Allen suivent un schéma bien connu, explique Taft : « des arguments de droite qui détonnent mêlés à des descriptions cauchemardesques et hallucinatoires de notre avenir (l’idée qu’une cabale mondialiste d’oligarques de la tech voudrait remplacer toute l’humanité par des robots). Tout cela pourrait sembler totalement délirant, jusqu’à ce que l’on se rappelle que ce sont aussi des arguments qu’ont employés la plupart des grands patrons de la tech ». « Ah oui, c’est vrai. Elon Musk possède bien une entreprise d’implantation de puces cérébrales. Sam Altman a écrit sur un blog que les humains serviraient de programme d’amorçage biologique pour l’intelligence numérique avant de s’effacer au profit d’une nouvelle branche de l’arbre de l’évolution ».
« Même si l’on créait des machines plus intelligentes que vous, même si l’on créait des machines plus puissantes que vous, il vous faudrait continuer à vous battre ; car si vous ne le faites pas, vous êtes des mauviettes », lance Allen à l’assistance. « Si vous ne le faites pas, vous vous couchez par terre et vous laissez la machine vous écraser comme un monster truck dans une arène de beaufs, et personne – personne – ne veut de ça. Personne, sauf le plus masochiste des individus. »
Allen a conclu son discours par un cri du cœur : « Aux écolos présents dans la salle, je dis : la Terre d’abord ! Pas vrai, les écolos ? » (Je ne savais pas trop si c’était à moi qu’il s’adressait.) « Aux patriotes présents dans la salle, je dis : l’Amérique d’abord ! Et pour tous ceux qui ont du sang qui pulse dans les veines, pour tous ceux qui ont le feu au ventre et à l’esprit, n’oubliez jamais : à l’ère des machines, l’humain d’abord. »
Dans son livre, Allen raconte avec vivacité comment il est tombé sur le manifeste de Unabomber à la fin des années 1990, alors qu’il surfait sur le Web dans la salle d’écriture de son collège communautaire. Ted Kaczynski, mathématicien brisé par les travers du monde moderne, a rédigé La Société industrielle et son avenir tout en envoyant des bombes à des universités et à des dirigeants d’entreprise. « Le discours de « Oncle Ted » était plus sensé que ne veulent bien l’admettre les pacifistes ou les technophiles », écrit Allen.
« L’influence est manifeste. Dans War Room, Allen adopte l’attitude d’un prédicateur en chaire, nous mettant tous en garde contre l’ère dystopique à venir. Une grande partie de son œuvre flirte avec le « body horror » : que deviennent nos âmes, se demande-t-il, lorsque nos corps et nos environnements sont de plus en plus numérisés ? Je lui demande pourquoi, selon lui, les gens détestent les centres de données. Il répond : « Si vous observez le développement d’un fœtus, la croissance du cerveau et la formation des neurones, c’est fascinant. Les centres de données… si l’on considère qu’ils sont les neurones de l’Antéchrist, c’est bien ce à quoi nous assistons. Le faux messie ». » Le discours d’Allen, complètement claqué au sol, ressemble finalement énormément aux propos problématiques des patrons de la Tech qu’évoquait le journaliste Thibault Prévost dans Les prophètes de l’IA. Pour les soutiens de l’extrême droite américaine, le problème des centres de données n’est pas dans les injustices sociales qu’ils induisent, mais sont combattus parce qu’ils sont installés pour surveiller la population. Reste qu’ils le sont depuis une bouillie argumentative qui ressemble bien plus aux délires d’une IA qu’à un raisonnement argumentatif.
Les contestations de gauche, comme celle initiée par Gage Bailey au sud d’Atlanta, qui documente les problèmes énergétiques et les tensions sur les ressources que font peser les projets de data centers géants sur les populations locales, sont de plus en plus rejointes par de nouveaux gens également en colère, mais pas pour les mêmes raisons. Les militants de gauche font le travail de terrain pour faire adopter des arrêtés locaux, quand les arguties de droites brodent sur les visions cauchemardesques de notre avenir robotisé. Mais, si le groupe Facebook de Bailey n’a cessé de s’agrandir, les tensions politiques semblent rester minimes. « De droite comme de gauche, tous les membres s’opposent aux centres de données et la plupart d’entre eux sont très sceptiques quant à l’IA. Ces coalitions improbables semblent également tenir bon en dehors du comté de Bailey. Lors d’une récente manifestation contre les centres de données dans le New Jersey, j’ai interrogé un manifestant masqué – qui m’a dit accepter « tous » les pronoms et se préoccuper vivement de l’« éthique » de l’IA – au sujet de l’influence de la droite sur le mouvement. Il a haussé les épaules, visiblement mal à l’aise. « Tout ennemi de mon ennemi est, au moins, un allié temporaire », a-t-il répondu.»
Taft relit Kaczynski et se rappelle que celui-ci était particulièrement remonté contre la gauche moderne, celle de la défense des droits des homosexuels, du féminisme et autres causes similaires. S’il en avait autant après les conservateurs (qu’il qualifie « d’imbéciles, qui se lamentent sur le déclin des valeurs traditionnelles tout en soutenant avec enthousiasme le progrès technologique et la croissance économique »), pour Kaczynski, le gauchisme était un sous-produit inévitable de la société moderne, laquelle dresse l’être humain contre l’ordre naturel du monde ; une situation à laquelle il fallait résister. D’ailleurs, celui-ci est autant célébré à droite qu’à gauche de l’échiquier politique.
Pour Taft, les confusions politiques sont innombrables. On trouve des échos de la pensée de Kaczynski dans les résistances, nombreuses, aux énergies renouvelables. Dans le Vermont, cette opposition a même dressé des écologistes radicaux contre le solaire et l’éolien. Une étude de 2025 a révélé que plus de 450 comtés et municipalités, répartis dans la quasi-totalité des États, avaient mis en place des restrictions concernant l’énergie solaire ou éolienne, soit une augmentation de 16 % par rapport à l’année précédente. Le mouvement conservateur et complotiste, « Make America Healthy Again », « peut lui aussi être perçu comme l’expression d’un écologisme à la Kaczynski (qui tient surtout d’un anti-industrialisme radical, NDT) : l’idée que la société moderne empoisonne nos terres, notre air et notre eau, et que les inventions contemporaines telles que les vaccins ou les antidépresseurs sont en réalité néfastes pour nous. Bon nombre de ces idées se rejoignent parfois dans des contextes inattendus. Actuellement, l’un des auteurs les plus populaires de la catégorie « Climat et Environnement » sur la plateforme Substack est un agriculteur adepte d’un mode de vie écologique qui, ces derniers mois, s’en est pris aux installations solaires dans le nord de l’État de New York, affirmant (à tort) que les panneaux peuvent empoisonner les sols et détruire les terres agricoles. »
Le livre d’Allen est une lecture plus déconcertante encore que La Société industrielle et son avenir, confie Taft. « L’annexe, intitulée « Mon plan en 55 points pour rester humain » – qui propose notamment de « dire bonjour à ses voisins » ou d’« acheter un téléphone à clapet » – ferait pourtant un tabac lors de n’importe quelle lecture publique organisée par la gauche », ironise la journaliste, tout en soulignant la grande confusion dans laquelle il baigne.
Les centres de données, qui rapprochent des voisins aux profils très disparates dans toutes les régions du pays, pourraient offrir l’occasion de mener un combat véritable et unifié contre les oligarques de la tech. Un rêve se dessine ici, perceptible jusque dans les colonnes du New York Times qui, début mai, qualifiait les centres de données de sujet « faisant le plus consensus entre les deux partis depuis la bière ».
En tout cas, souligne la journaliste, la droite radicale est en train de s’emparer totalement du débat sur les centres de données. Des personnalités comme Tucker Carlson et Matt Walsh publient des vidéos virales remettant en question la construction de projets spécifiques. Nancy Mace, candidate au poste de gouverneure de Caroline du Sud, annonce qu’elle soutient un moratoire d’un an. Le gouverneur de Floride, Ron DeSantis – devenu un critique virulent de l’IA et des centres de données -, promulgue une loi inédite visant notamment à garantir « que les autorités locales conservent le pouvoir de refuser l’implantation de centres de données sur leur territoire ».
La politique a finit par rattraper Humans First également. Fin mars, une vive altercation éclate en ligne : des alliés de la Maison Blanche favorables à l’IA, comme Marc Andreessen et David Sacks, retweetent un article critique à l’égard de Humans First. Peu après, l’organisation se scinde selon des clivages partisans. L’aile conservatrice conserve le nom Humans First et nomme à sa tête Amy Kremer, militante politique d’ultra-droite, figure du Tea Party ayant contribué à l’organisation du rassemblement Save America du 6 janvier à Washington et ayant fondé les mouvements Women for Trump et Women for America First. Allen quitte le groupe. « Lorsque je l’interroge sur ce changement, il se montre curieusement évasif (tout en restant fidèle à son goût pour les métaphores liées aux horreurs corporelles) : le groupe était en train de « subir une mitose », dit-il. « Je suis désormais un organite solitaire flottant dans le cytoplasme résiduel. » (sic)
Convergence ou confusionnisme des luttes ?
La journaliste Shira Ovide pour le Washington Post, dresse le même constat. L’ampleur de la contestation des centres de données fait converger des Américains bien différents, qui s’en prennent aux symboles concrets d’un système politique et économique qu’ils perçoivent comme leur étant défavorable. « Les centres de données incarnent physiquement toute l’anxiété que les gens ressentent face à l’IA et à l’économie », a déclaré le gouverneur de l’Utah, Spencer Cox (Républicain), lors d’une interview. M. Cox, qui a essuyé des critiques pour son soutien à un projet de centre de données, a ajouté que les gens ont le sentiment de pouvoir combattre ces installations. « Le mouvement de contestation contre les centres de données estompe les clivages politiques et sociaux traditionnels. Le sénateur Bernie Sanders (indépendant, Vermont) souhaite interdire les centres de données, et Humans First, mouvement dirigé par Amy Kremer, ancienne figure du Tea Party, organise des manifestations nationales contre ces centres ce samedi. Le comté de Hill, au Texas, où Donald Trump a recueilli 82 % des voix en 2024, a interdit la construction de centres de données cette année. Les habitants de Monterey Park, en Californie, ville ouvrière à prédominance asiatique et latino-américaine située à l’est de Los Angeles, ont fait de même. »
Scott Babwah Brennen, directeur du Centre de politique technologique de l’université de New York, s’est dit stupéfait de la rapidité avec laquelle l’indignation populaire suscitée par les centres de données influence les politiques publiques. Pendant 15 ans, a-t-il déclaré, les collectivités locales ont déroulé le tapis rouge pour la construction de centres de données dans des régions comme l’est de l’État de Washington et le nord de la Virginie. Des entreprises telles que Google, Amazon, Meta et Microsoft ont souvent bénéficié d’allégements fiscaux, les élus estimant qu’ils garantiraient des recettes fiscales futures stables. La contestation depuis deux ans se focalise beaucoup sur le fait que les factures énergétiques des habitants à côté de centres de données s’envolent. L’opposition, tant dans les régions républicaines que démocrates, s’est envolé. « Il y a ici un clivage partisan bien plus marqué que l’an dernier », explique Babwah Brennen.
Shaena Crossland, originaire de Virginie-Occidentale, s’inquiète de voir les centres de données reproduire le schéma d’industries telles que l’extraction du charbon et l’exploitation forestière, qui ont exploité les ressources de Virginie-Occidentale tandis que l’État restait majoritairement pauvre. « J’espère que ce cycle d’exploitation et de manipulation des populations prendra fin », a déclaré Crossland. Avec une autre habitante, Amy Margolies, elle est à la pointe de l’opposition à un projet de complexe de centres de données dans l’est de l’État.
Partout aux États-Unis, la population se montre de plus en plus sceptique quant aux promesses de création d’emplois locaux et d’avantages technologiques offertes par les centres de données, explique Abre’ Conner, directrice du Centre pour la justice environnementale et climatique de la NAACP, l’Association nationale pour la promotion des gens de couleur, l’une des organisations ayant intenté une action en justice contre le projet d’expansion du complexe de centres de données d’Elon Musk dans la région de Memphis.
Les centres de données incitent désormais les citoyens à résister aux influences économiques et politiques. « C’est l’une des plus importantes manifestations de la prise de conscience du pouvoir citoyen », affirme Conner.
Katherine Levine Einstein, politologue à l’Université de Boston et spécialiste des résistances locales à la construction de nouveaux logements, explique que l’opposition aux centres de données partage certains points communs avec cette résistance de longue date, mais seulement jusqu’à un certain point. Comme les décisions en matière de zonage et de permis de construire sont généralement prises au niveau local aux États-Unis, explique-t-elle, « une vingtaine de voisins mécontents » peuvent bloquer la construction de maisons ou de centres de données à proximité, même si ces nouvelles constructions pourraient profiter à beaucoup d’autres. Mais si l’opinion à l’égard de nouveaux logements consiste à y être favorable sans en vouloir à proximité, « l’opinion publique sur les centres de données est différente : les gens n’en veulent nulle part.»
Pour la journaliste Gaby Del Valle de The Verge, dans le comté d’Hernando, en Floride, c’est Carole, une femme de 71 ans, qui mène la lutte contre le projet local. Animatrice de radio spécialisée dans la musique country, elle est une conservatrice convaincue et anime l’une des 150 manifestations liées au mouvement Humans First. Mais loin d’un mouvement rationnel, les contestations de Carol sont toutes plus hallucinantes les unes que les autres. « Elle a affirmé que les vaches élevées dans des fermes situées à proximité de ces installations mettaient bas des veaux mort-nés. Les infrastructures à très grande échelle (« hyperscale ») s’approvisionnent en composants auprès de la Chine – un adversaire des États-Unis -, ce qui menacerait la sécurité nationale. « Nous courons au désastre », m’a dit Carol. « Savez-vous ce que contiennent ces puces ? » Je lui ai répondu que non. « Nous faisons aveuglément confiance aux Chinois ? » a-t-elle poursuivi, incrédule. « Pour nous fournir des puces ? » De leur côté, les partisans conservateurs des centres de données soutiennent que la Chine finance des campagnes anti-IA aux États-Unis. »
Si les Américains sont peut-être plus polarisés que jamais, la levée de boucliers contre ces installations transcende les clivages partisans, au point de pouvoir sceller des alliances politiques inédites et surprenantes. Car malgré les délires dans lesquelles baignent les arguments de la contestation ultra-conservatrice, elles rejoignent celles des progressistes sur certains points : le coût environnemental de la construction et de la maintenance des centres de données ; les enjeux éthiques liés à l’IA, allant de son utilisation pour une surveillance gouvernementale de masse à ses répercussions sur la santé mentale des utilisateurs ; ainsi que la crainte des habitants de voir leur qualité de vie dégradée par la proximité d’une telle installation.
Toutefois, la levée de boucliers de la droite contre les centres de données est également motivée par des préoccupations partisanes, notamment la menace d’une infiltration chinoise dans les technologies américaines, dans un délire sinophobe qui traverse toute l’Amérique, des militaires aux milieux de la Tech.
Patti Zirhut, organisatrice de la rencontre et du groupe No Data Center de Hernando County, se confie : « « Je suis très conservatrice et je n’adhère absolument pas aux idées des démocrates », m’a expliqué Zirhut. Toutefois, elle se sent également trahie par la direction républicaine de la Floride. Elle soutenait ardemment le gouverneur Ron DeSantis – au début. Mais durant son second mandat, a-t-elle déploré, « il n’a fait que favoriser le développement immobilier, invitant tout le monde à s’installer ici et défigurant notre État ». DeSantis s’est positionné comme un sceptique vis-à-vis de l’IA et a promulgué, en mai, une loi obligeant les centres de données à prendre en charge leurs propres coûts énergétiques, tout en autorisant les autorités locales à réglementer la consommation d’eau pour ces projets. Cependant, son administration a accordé des millions de dollars d’allégements fiscaux aux promoteurs de centres de données, selon le Tampa Bay Times. » De quoi le faire détester de sa base, rapporte The Verge. « Zirhut s’inquiète également d’un amendement soutenu par DeSantis, qui viserait à supprimer la taxe foncière pour la plupart des propriétaires ; une telle mesure priverait les comtés de recettes indispensables, rendant potentiellement plus attrayants des projets tels que les centres de données. » Le favori Républicain local pour le poste de gouverneur, Byron Donalds, est lui aussi un fervent partisan de la construction de centres de données en Floride et souhaite attirer davantage d’investissements extérieurs en Floride. « Ce n’est pas du tout ce que nous voulons ici en Floride », explique Zirhut. Le soutien de Donalds aux centres de données lui fait désormais perdre des partisans au sein de son propre parti. « De récentes publicités hostiles ont mis l’accent sur le soutien qu’il a reçu du secteur technologique, notamment plus de 5 millions de dollars de dons de la part de « Leading the Future » – un super PAC pro-IA doté de 100 millions de dollars et financé entre autres par Andreessen Horowitz et Joe Lonsdale de Palantir. Or, « en Floride, l’opposition aux centres de données est généralisée dans tout l’État ». Plus de 20 comtés et municipalités ont débattu de moratoires sur la construction de centres de données ou les ont adoptés, rapporte Politico. « Dans certaines localités, la levée de boucliers a été suffisamment forte pour dissuader les promoteurs. En juin, le porteur d’un projet controversé de centre de données dans le comté de Citrus a abandonné son projet. « Les moratoires locaux sur les centres de données envoient le signal que la région est fermée aux affaires, tant pour les centres de données que pour d’autres projets de développement économique importants », a déclaré à The Verge Dan Diorio, vice-président exécutif chargé des politiques étatiques et des relations gouvernementales au sein de la Data Center Coalition, un groupe de pression du secteur ».
Patti Zirhut, elle, n’est pas opposée à la croissance, mais elle ne veut pas que les pouvoirs publics accordent des avantages à de grands promoteurs n’ayant aucun lien avec la communauté. « Si l’on pouvait privilégier le niveau local, avec des constructeurs de la région, ce serait très bien, car ils savent comment gérer les spécificités de la Floride ». Elle s’inquiète de la façon dont l’IA peut alimenter la surveillance de masse, une question devenue particulièrement brûlante après que le bureau du shérif du comté de Hernando a commencé à installer des dispositifs Flock sur les routes locales. « Nous ne voulons pas que les gens perdent leur emploi, que notre pays soit dirigé par l’IA, ni vivre comme en Chine, où notre argent est contrôlé et chacun de nos faits et gestes surveillé ». Bien que Mme Zirhut soit républicaine de longue date, la question du centre de données – et celle, plus vaste, du développement – l’a amenée à faire des choix politiques inattendus. « Si Byron Donalds remporte la primaire, je voterai pour les démocrates. Je ne voterai pas pour lui » a-t-elle confié. « Je pense que beaucoup de gens sont dans ce cas. Ce n’est pas une question de parti. Vraiment pas. C’est une question de vie humaine. »
Pour Ben Green, explique-t-il dans une tribune pour Tech Policy Press, « ce qui rend la question des centres de données particulièrement intéressante pour les démocrates, c’est sa capacité à séduire des électeurs au-delà de leur base électorale habituelle. De nombreuses contestations liées aux centres de données surviennent précisément dans les zones rurales et les États républicains ou disputés où les démocrates cherchent désespérément à gagner du terrain. Des communautés se sont mobilisées pour s’opposer à ces installations dans des États aux profils politiques très variés, tels que l’Indiana, le Michigan, le Missouri, le Nebraska, l’Ohio et la Virginie. Électeurs comme élus ont constaté que les centres de données constituent l’un des rares sujets capables d’amener les citoyens à voter en s’affranchissant des clivages partisans habituels. » Mais constatait-il également : « certains responsables républicains commencent eux aussi à adopter des positions fermes contre les centres de données. Si les démocrates n’agissent pas rapidement sur ce dossier, ils risquent de se faire devancer par leurs adversaires. »
Reste que les délires de la droite Maga sur les data centers ne vont pas disparaître demain. Comme s’en moque Cory Doctorow sur son blog dans un billet édifiant sur les risques de l’éclatement de la coalition trumpiste après Trump, toute cette sphère de droite réactionnaire est saisit d’une paranoïa folle. « Ils baignent dans les théories du complot et sont en permanence intoxiqués par leurs propres délires. Ils croient dur comme fer aux conneries sur le grand remplacement ou sur le fait que la Chine pousse l’Amérique à détester les centres de données.» Trump n’a pas inventé ces délires, il leur a simplement donné de l’assurance. Et les délires semblent n’avoir plus besoin de leur grand ordonnateur pour s’épancher. Trump peut tenter d’apaiser sa base électorale en renouvelant son soutien à l’industrie de l’IA, il est peu probable que cela permette aux délires complotistes Maga de s’éteindre.
Hubert Guillaud
PS : The Verge propose également un long et édifiant reportage sur ce qu’on appelle le Data Center Alley, le comté de Loudoun en Virginie, où les data centers sont arrivés il y a plus de 20 ans et où l’on trouve plus de 250 data centers. « En quelques années, les centres de données sont passés du statut d’élément banal du quotidien à celui de sujet de préoccupation quotidienne pour de nombreux résidents. » La contestation a fini par grimper en flèche, et si les data centers ont permis une certaine prospérité, les nuisances finissent par l’emporter. « L’expansion des centres de données à Loudoun a pris une telle ampleur qu’elle semble désormais échapper à tout contrôle ». Car si le comté annonce ne pas vouloir davantage de centres de données, de nouvelles installations voient le jour, malgré tout. L’opposition quant à elle, se constitue tardivement. Mais désormais, les propriétaires locaux sont confrontés non seulement au bruit des générateurs électriques mais également aux pylônes électriques en tout sens quand ce n’est pas à l’expropriation pour l’extension des projets. « On entend à peine les oiseaux désormais » confie une habitante et nombre d’arbres ont été abattus pour permettre aux fils électriques à haute tension de passer sans encombre.
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Dans les algorithmes
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De l’opposition d’extrême-droite aux data centers en Amérique
Molly Taft pour Wired revient sur la lutte d’extrême-droite contre les data centers aux Etats-Unis. Ces dernières décennies, des centres de données ont été construits en toute discrétion aux 4 coins des Etats-Unis sans vraiment déclencher de contestations, rappelle-t-elle. Discrets, on pouvait habiter à côté d’un centre de données sans jamais en entendre parler. Ils étaient construits dans des zones bénéficiant à la fois d’une connexion par fibre optique et d’un accès à l’énergie, comme la Silic
De l’opposition d’extrême-droite aux data centers en Amérique
Molly Taft pour Wired revient sur la lutte d’extrême-droite contre les data centers aux Etats-Unis. Ces dernières décennies, des centres de données ont été construits en toute discrétion aux 4 coins des Etats-Unis sans vraiment déclencher de contestations, rappelle-t-elle. Discrets, on pouvait habiter à côté d’un centre de données sans jamais en entendre parler. Ils étaient construits dans des zones bénéficiant à la fois d’une connexion par fibre optique et d’un accès à l’énergie, comme la Silicon Valley et la région de Washington DC. Mais, avec l’arrivée de l’IA, les data centers ont changé : désormais, on parle de versions gigantesques, qui se construisent rapidement après avoir obtenu des dérogations environnementales. Les gens ont commencé à se poser des questions sur ces constructions qui devenaient visibles par leur gigantisme même. Avec la montée de la contestation, de nombreux Etats ont introduit des moratoires voire interdit leur construction (sans compter les villes et comtés qui ont également pris des décisions en ce sens, y compris dans des zones très conservatrices comme le comté de Hill, au Texas). Des personnes ont été arrêtées, placées en détention ou expulsées alors qu’elles manifestaient contre des centres de données lors de réunions publiques dans le New Jersey, en Californie, dans le Wisconsin et dans l’Indiana.
Face à ces constructions, on évoque souvent la mobilisation de gauche, menée tant par des associations et des collectifs (cf. « Aux Etats-Unis, la résistance contre les data centers s’organise »), que par des politiciens, dont les démocrates Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, inspirateurs de moratoires sur l’IA qui essaiment depuis à travers les Etats-Unis. Paris Marx remarquait d’ailleurs, pertinemment, que si Sanders et AOC étaient d’actifs fourbisseurs de critiques de l’IA, ils n’ont pas la même approche. Alors que Sanders s’inquiète des potentialités de l’IA, reprenant les arguments de nombre des entrepreneurs de la Tech, AOC, elle met plutôt en garde contre les innombrables problèmes que génère déjà l’IA et notamment contre les dommages économiques susceptibles de découler de l’éclatement de la bulle financière entourant l’IA. Elle a également joué un rôle moteur pour fournir aux victimes de deepfakes générés par IA les moyens de tenir les auteurs responsables de leurs actes.
Mais, si la contestation de gauche des data centers et de l’IA est bien documentée, celle de l’extrême-droite américaine l’est beaucoup moins. Elle est pourtant vive. Molly Taft raconte que les premiers politiques américains qui se sont inquiétés de ces projets étaient des politiciens d’extrême droite, Marjorie Taylor Greene et Thomas Massie. Mais pour Taft, celui qui a beaucoup dénoncé la technologie et l’IA, c’est assurément Steve Bannon, l’ancien conseiller de Trump. Dans son émission War Room, Bannon explique que les hyperscalers sont des « laboratoires d’armement braqués contre la population ». Mais la critique est surtout portée par l’un de ses éditorialistes, Joe Allen, auteur de Dark Aeon: Transhumanism and the War Against Humanity (auto-édité). Joe Allen s’est fait connaître par un slogan : Humans First (l’humain d’abord) devenu un cri de ralliement sur les ondes de la War Room. Le moto s’est transformée en organisation et en tournée, visant à mobiliser le grand public à l’encontre de l’IA pour exiger un encadrement fort de l’IA. Comme le raconte NBC, l’organisation incite les responsables politiques à refuser les contributions financières des grandes entreprises de l’IA… Human First se définit comme apolitique, avec des membres tant progressistes que conservateurs. Ce qui a l’air de déplaire à Musk et quelques thuriféraires de l’IA. Dans une newsletter d’extrême-droite américaine, Jordan Schachtel a affirmé que l’organisation Humans First avait été créée pour attirer des sympathisants conservateurs par des personnes entretenant des liens étroits avec « l’altruisme efficace », un mouvement visant à soutenir des causes et à allouer des ressources en se fondant sur des preuves d’impact positif, dont la base de donateurs serait entièrement composée de progressistes de la région de la baie de San Francisco… (et notamment le Center for AI Safety fondateur de l’initiative Humans First) pour en faire une sorte de cheval de Troie, visant à rendre les questions de sécurité de l’IA plus acceptables pour un public politique conservateur. Joe Allen a rejeté avec véhémence ces accusations, mais a reconnu que la publication de Schachtel soulevait des questions d’influences opaques… alimentant la paranoïa complotiste, marque de fabrique des délires des conservateurs Maga. Mais on pourrait tout autant inverser la question et se demander si la droite ultraconservatrice américaine ne serait pas en train d’essayer de récupérer le succès de la contestation de gauche contre l’IA et les data centers.
Pour Molly Taft, la colère contre les data centers est en train de rejoindre celle contre le déploiement de l’IA partout. « La colère contre les centres de données et les inquiétudes du public concernant l’IA sont généralement traitées, dans les sondages et les politiques publiques, comme des sujets distincts : d’un côté, l’expression de préoccupations environnementales et civiques ; de l’autre, la crainte de pertes d’emplois et des inquiétudes liées aux chatbots. Pourtant, de plus en plus d’éléments indiquent que la frontière n’est pas si nette. Une étude publiée en juin, portant sur un échantillon restreint d’électeurs, montre par exemple que très peu de personnes opposées aux centres de données vivent à proximité de ces installations, et que la plupart de ceux qui s’y opposent sont également sceptiques à l’égard de l’IA » (d’autres données, dont nous avons rendu compte, montrent plutôt que la critique des data centers est au contraire, très située).
Molly Taft s’est rendue en Georgie, lors d’une des réunions de Human First, dans un amphithéâtre de l’université Georgia Tech. « On y trouvait des étudiants, notamment des membres d’un club naissant dédié à la sécurité de l’IA qui avait invité Allen. (Deux d’entre eux m’ont avoué n’être venus que grâce aux affiches placardées sur le campus.) Un caméraman de More Perfect Union – une chaîne de contenu progressiste devenue une plateforme incontournable pour les vidéos dénonçant les centres de données – rôdait dans la salle pour filmer la scène. »
Les conférences d’Allen suivent un schéma bien connu, explique Taft : « des arguments de droite qui détonnent mêlés à des descriptions cauchemardesques et hallucinatoires de notre avenir (l’idée qu’une cabale mondialiste d’oligarques de la tech voudrait remplacer toute l’humanité par des robots). Tout cela pourrait sembler totalement délirant, jusqu’à ce que l’on se rappelle que ce sont aussi des arguments qu’ont employés la plupart des grands patrons de la tech ». « Ah oui, c’est vrai. Elon Musk possède bien une entreprise d’implantation de puces cérébrales. Sam Altman a écrit sur un blog que les humains serviraient de programme d’amorçage biologique pour l’intelligence numérique avant de s’effacer au profit d’une nouvelle branche de l’arbre de l’évolution ».
« Même si l’on créait des machines plus intelligentes que vous, même si l’on créait des machines plus puissantes que vous, il vous faudrait continuer à vous battre ; car si vous ne le faites pas, vous êtes des mauviettes », lance Allen à l’assistance. « Si vous ne le faites pas, vous vous couchez par terre et vous laissez la machine vous écraser comme un monster truck dans une arène de beaufs, et personne – personne – ne veut de ça. Personne, sauf le plus masochiste des individus. »
Allen a conclu son discours par un cri du cœur : « Aux écolos présents dans la salle, je dis : la Terre d’abord ! Pas vrai, les écolos ? » (Je ne savais pas trop si c’était à moi qu’il s’adressait.) « Aux patriotes présents dans la salle, je dis : l’Amérique d’abord ! Et pour tous ceux qui ont du sang qui pulse dans les veines, pour tous ceux qui ont le feu au ventre et à l’esprit, n’oubliez jamais : à l’ère des machines, l’humain d’abord. »
Dans son livre, Allen raconte avec vivacité comment il est tombé sur le manifeste de Unabomber à la fin des années 1990, alors qu’il surfait sur le Web dans la salle d’écriture de son collège communautaire. Ted Kaczynski, mathématicien brisé par les travers du monde moderne, a rédigé La Société industrielle et son avenir tout en envoyant des bombes à des universités et à des dirigeants d’entreprise. « Le discours de « Oncle Ted » était plus sensé que ne veulent bien l’admettre les pacifistes ou les technophiles », écrit Allen.
« L’influence est manifeste. Dans War Room, Allen adopte l’attitude d’un prédicateur en chaire, nous mettant tous en garde contre l’ère dystopique à venir. Une grande partie de son œuvre flirte avec le « body horror » : que deviennent nos âmes, se demande-t-il, lorsque nos corps et nos environnements sont de plus en plus numérisés ? Je lui demande pourquoi, selon lui, les gens détestent les centres de données. Il répond : « Si vous observez le développement d’un fœtus, la croissance du cerveau et la formation des neurones, c’est fascinant. Les centres de données… si l’on considère qu’ils sont les neurones de l’Antéchrist, c’est bien ce à quoi nous assistons. Le faux messie ». » Le discours d’Allen, complètement claqué au sol, ressemble finalement énormément aux propos problématiques des patrons de la Tech qu’évoquait le journaliste Thibault Prévost dans Les prophètes de l’IA. Pour les soutiens de l’extrême droite américaine, le problème des centres de données n’est pas dans les injustices sociales qu’ils induisent, mais sont combattus parce qu’ils sont installés pour surveiller la population. Reste qu’ils le sont depuis une bouillie argumentative qui ressemble bien plus aux délires d’une IA qu’à un raisonnement argumentatif.
Les contestations de gauche, comme celle initiée par Gage Bailey au sud d’Atlanta, qui documente les problèmes énergétiques et les tensions sur les ressources que font peser les projets de data centers géants sur les populations locales, sont de plus en plus rejointes par de nouveaux gens également en colère, mais pas pour les mêmes raisons. Les militants de gauche font le travail de terrain pour faire adopter des arrêtés locaux, quand les arguties de droites brodent sur les visions cauchemardesques de notre avenir robotisé. Mais, si le groupe Facebook de Bailey n’a cessé de s’agrandir, les tensions politiques semblent rester minimes. « De droite comme de gauche, tous les membres s’opposent aux centres de données et la plupart d’entre eux sont très sceptiques quant à l’IA. Ces coalitions improbables semblent également tenir bon en dehors du comté de Bailey. Lors d’une récente manifestation contre les centres de données dans le New Jersey, j’ai interrogé un manifestant masqué – qui m’a dit accepter « tous » les pronoms et se préoccuper vivement de l’« éthique » de l’IA – au sujet de l’influence de la droite sur le mouvement. Il a haussé les épaules, visiblement mal à l’aise. « Tout ennemi de mon ennemi est, au moins, un allié temporaire », a-t-il répondu.»
Taft relit Kaczynski et se rappelle que celui-ci était particulièrement remonté contre la gauche moderne, celle de la défense des droits des homosexuels, du féminisme et autres causes similaires. S’il en avait autant après les conservateurs (qu’il qualifie « d’imbéciles, qui se lamentent sur le déclin des valeurs traditionnelles tout en soutenant avec enthousiasme le progrès technologique et la croissance économique »), pour Kaczynski, le gauchisme était un sous-produit inévitable de la société moderne, laquelle dresse l’être humain contre l’ordre naturel du monde ; une situation à laquelle il fallait résister. D’ailleurs, celui-ci est autant célébré à droite qu’à gauche de l’échiquier politique.
Pour Taft, les confusions politiques sont innombrables. On trouve des échos de la pensée de Kaczynski dans les résistances, nombreuses, aux énergies renouvelables. Dans le Vermont, cette opposition a même dressé des écologistes radicaux contre le solaire et l’éolien. Une étude de 2025 a révélé que plus de 450 comtés et municipalités, répartis dans la quasi-totalité des États, avaient mis en place des restrictions concernant l’énergie solaire ou éolienne, soit une augmentation de 16 % par rapport à l’année précédente. Le mouvement conservateur et complotiste, « Make America Healthy Again », « peut lui aussi être perçu comme l’expression d’un écologisme à la Kaczynski (qui tient surtout d’un anti-industrialisme radical, NDT) : l’idée que la société moderne empoisonne nos terres, notre air et notre eau, et que les inventions contemporaines telles que les vaccins ou les antidépresseurs sont en réalité néfastes pour nous. Bon nombre de ces idées se rejoignent parfois dans des contextes inattendus. Actuellement, l’un des auteurs les plus populaires de la catégorie « Climat et Environnement » sur la plateforme Substack est un agriculteur adepte d’un mode de vie écologique qui, ces derniers mois, s’en est pris aux installations solaires dans le nord de l’État de New York, affirmant (à tort) que les panneaux peuvent empoisonner les sols et détruire les terres agricoles. »
Le livre d’Allen est une lecture plus déconcertante encore que La Société industrielle et son avenir, confie Taft. « L’annexe, intitulée « Mon plan en 55 points pour rester humain » – qui propose notamment de « dire bonjour à ses voisins » ou d’« acheter un téléphone à clapet » – ferait pourtant un tabac lors de n’importe quelle lecture publique organisée par la gauche », ironise la journaliste, tout en soulignant la grande confusion dans laquelle il baigne.
Les centres de données, qui rapprochent des voisins aux profils très disparates dans toutes les régions du pays, pourraient offrir l’occasion de mener un combat véritable et unifié contre les oligarques de la tech. Un rêve se dessine ici, perceptible jusque dans les colonnes du New York Times qui, début mai, qualifiait les centres de données de sujet « faisant le plus consensus entre les deux partis depuis la bière ».
En tout cas, souligne la journaliste, la droite radicale est en train de s’emparer totalement du débat sur les centres de données. Des personnalités comme Tucker Carlson et Matt Walsh publient des vidéos virales remettant en question la construction de projets spécifiques. Nancy Mace, candidate au poste de gouverneure de Caroline du Sud, annonce qu’elle soutient un moratoire d’un an. Le gouverneur de Floride, Ron DeSantis – devenu un critique virulent de l’IA et des centres de données -, promulgue une loi inédite visant notamment à garantir « que les autorités locales conservent le pouvoir de refuser l’implantation de centres de données sur leur territoire ».
La politique a finit par rattraper Humans First également. Fin mars, une vive altercation éclate en ligne : des alliés de la Maison Blanche favorables à l’IA, comme Marc Andreessen et David Sacks, retweetent un article critique à l’égard de Humans First. Peu après, l’organisation se scinde selon des clivages partisans. L’aile conservatrice conserve le nom Humans First et nomme à sa tête Amy Kremer, militante politique d’ultra-droite, figure du Tea Party ayant contribué à l’organisation du rassemblement Save America du 6 janvier à Washington et ayant fondé les mouvements Women for Trump et Women for America First. Allen quitte le groupe. « Lorsque je l’interroge sur ce changement, il se montre curieusement évasif (tout en restant fidèle à son goût pour les métaphores liées aux horreurs corporelles) : le groupe était en train de « subir une mitose », dit-il. « Je suis désormais un organite solitaire flottant dans le cytoplasme résiduel. » (sic)
Convergence ou confusionnisme des luttes ?
La journaliste Shira Ovide pour le Washington Post, dresse le même constat. L’ampleur de la contestation des centres de données fait converger des Américains bien différents, qui s’en prennent aux symboles concrets d’un système politique et économique qu’ils perçoivent comme leur étant défavorable. « Les centres de données incarnent physiquement toute l’anxiété que les gens ressentent face à l’IA et à l’économie », a déclaré le gouverneur de l’Utah, Spencer Cox (Républicain), lors d’une interview. M. Cox, qui a essuyé des critiques pour son soutien à un projet de centre de données, a ajouté que les gens ont le sentiment de pouvoir combattre ces installations. « Le mouvement de contestation contre les centres de données estompe les clivages politiques et sociaux traditionnels. Le sénateur Bernie Sanders (indépendant, Vermont) souhaite interdire les centres de données, et Humans First, mouvement dirigé par Amy Kremer, ancienne figure du Tea Party, organise des manifestations nationales contre ces centres ce samedi. Le comté de Hill, au Texas, où Donald Trump a recueilli 82 % des voix en 2024, a interdit la construction de centres de données cette année. Les habitants de Monterey Park, en Californie, ville ouvrière à prédominance asiatique et latino-américaine située à l’est de Los Angeles, ont fait de même. »
Scott Babwah Brennen, directeur du Centre de politique technologique de l’université de New York, s’est dit stupéfait de la rapidité avec laquelle l’indignation populaire suscitée par les centres de données influence les politiques publiques. Pendant 15 ans, a-t-il déclaré, les collectivités locales ont déroulé le tapis rouge pour la construction de centres de données dans des régions comme l’est de l’État de Washington et le nord de la Virginie. Des entreprises telles que Google, Amazon, Meta et Microsoft ont souvent bénéficié d’allégements fiscaux, les élus estimant qu’ils garantiraient des recettes fiscales futures stables. La contestation depuis deux ans se focalise beaucoup sur le fait que les factures énergétiques des habitants à côté de centres de données s’envolent. L’opposition, tant dans les régions républicaines que démocrates, s’est envolé. « Il y a ici un clivage partisan bien plus marqué que l’an dernier », explique Babwah Brennen.
Shaena Crossland, originaire de Virginie-Occidentale, s’inquiète de voir les centres de données reproduire le schéma d’industries telles que l’extraction du charbon et l’exploitation forestière, qui ont exploité les ressources de Virginie-Occidentale tandis que l’État restait majoritairement pauvre. « J’espère que ce cycle d’exploitation et de manipulation des populations prendra fin », a déclaré Crossland. Avec une autre habitante, Amy Margolies, elle est à la pointe de l’opposition à un projet de complexe de centres de données dans l’est de l’État.
Partout aux États-Unis, la population se montre de plus en plus sceptique quant aux promesses de création d’emplois locaux et d’avantages technologiques offertes par les centres de données, explique Abre’ Conner, directrice du Centre pour la justice environnementale et climatique de la NAACP, l’Association nationale pour la promotion des gens de couleur, l’une des organisations ayant intenté une action en justice contre le projet d’expansion du complexe de centres de données d’Elon Musk dans la région de Memphis.
Les centres de données incitent désormais les citoyens à résister aux influences économiques et politiques. « C’est l’une des plus importantes manifestations de la prise de conscience du pouvoir citoyen », affirme Conner.
Katherine Levine Einstein, politologue à l’Université de Boston et spécialiste des résistances locales à la construction de nouveaux logements, explique que l’opposition aux centres de données partage certains points communs avec cette résistance de longue date, mais seulement jusqu’à un certain point. Comme les décisions en matière de zonage et de permis de construire sont généralement prises au niveau local aux États-Unis, explique-t-elle, « une vingtaine de voisins mécontents » peuvent bloquer la construction de maisons ou de centres de données à proximité, même si ces nouvelles constructions pourraient profiter à beaucoup d’autres. Mais si l’opinion à l’égard de nouveaux logements consiste à y être favorable sans en vouloir à proximité, « l’opinion publique sur les centres de données est différente : les gens n’en veulent nulle part.»
Pour la journaliste Gaby Del Valle de The Verge, dans le comté d’Hernando, en Floride, c’est Carole, une femme de 71 ans, qui mène la lutte contre le projet local. Animatrice de radio spécialisée dans la musique country, elle est une conservatrice convaincue et anime l’une des 150 manifestations liées au mouvement Humans First. Mais loin d’un mouvement rationnel, les contestations de Carol sont toutes plus hallucinantes les unes que les autres. « Elle a affirmé que les vaches élevées dans des fermes situées à proximité de ces installations mettaient bas des veaux mort-nés. Les infrastructures à très grande échelle (« hyperscale ») s’approvisionnent en composants auprès de la Chine – un adversaire des États-Unis -, ce qui menacerait la sécurité nationale. « Nous courons au désastre », m’a dit Carol. « Savez-vous ce que contiennent ces puces ? » Je lui ai répondu que non. « Nous faisons aveuglément confiance aux Chinois ? » a-t-elle poursuivi, incrédule. « Pour nous fournir des puces ? » De leur côté, les partisans conservateurs des centres de données soutiennent que la Chine finance des campagnes anti-IA aux États-Unis. »
Si les Américains sont peut-être plus polarisés que jamais, la levée de boucliers contre ces installations transcende les clivages partisans, au point de pouvoir sceller des alliances politiques inédites et surprenantes. Car malgré les délires dans lesquelles baignent les arguments de la contestation ultra-conservatrice, elles rejoignent celles des progressistes sur certains points : le coût environnemental de la construction et de la maintenance des centres de données ; les enjeux éthiques liés à l’IA, allant de son utilisation pour une surveillance gouvernementale de masse à ses répercussions sur la santé mentale des utilisateurs ; ainsi que la crainte des habitants de voir leur qualité de vie dégradée par la proximité d’une telle installation.
Toutefois, la levée de boucliers de la droite contre les centres de données est également motivée par des préoccupations partisanes, notamment la menace d’une infiltration chinoise dans les technologies américaines, dans un délire sinophobe qui traverse toute l’Amérique, des militaires aux milieux de la Tech.
Patti Zirhut, organisatrice de la rencontre et du groupe No Data Center de Hernando County, se confie : « « Je suis très conservatrice et je n’adhère absolument pas aux idées des démocrates », m’a expliqué Zirhut. Toutefois, elle se sent également trahie par la direction républicaine de la Floride. Elle soutenait ardemment le gouverneur Ron DeSantis – au début. Mais durant son second mandat, a-t-elle déploré, « il n’a fait que favoriser le développement immobilier, invitant tout le monde à s’installer ici et défigurant notre État ». DeSantis s’est positionné comme un sceptique vis-à-vis de l’IA et a promulgué, en mai, une loi obligeant les centres de données à prendre en charge leurs propres coûts énergétiques, tout en autorisant les autorités locales à réglementer la consommation d’eau pour ces projets. Cependant, son administration a accordé des millions de dollars d’allégements fiscaux aux promoteurs de centres de données, selon le Tampa Bay Times. » De quoi le faire détester de sa base, rapporte The Verge. « Zirhut s’inquiète également d’un amendement soutenu par DeSantis, qui viserait à supprimer la taxe foncière pour la plupart des propriétaires ; une telle mesure priverait les comtés de recettes indispensables, rendant potentiellement plus attrayants des projets tels que les centres de données. » Le favori Républicain local pour le poste de gouverneur, Byron Donalds, est lui aussi un fervent partisan de la construction de centres de données en Floride et souhaite attirer davantage d’investissements extérieurs en Floride. « Ce n’est pas du tout ce que nous voulons ici en Floride », explique Zirhut. Le soutien de Donalds aux centres de données lui fait désormais perdre des partisans au sein de son propre parti. « De récentes publicités hostiles ont mis l’accent sur le soutien qu’il a reçu du secteur technologique, notamment plus de 5 millions de dollars de dons de la part de « Leading the Future » – un super PAC pro-IA doté de 100 millions de dollars et financé entre autres par Andreessen Horowitz et Joe Lonsdale de Palantir. Or, « en Floride, l’opposition aux centres de données est généralisée dans tout l’État ». Plus de 20 comtés et municipalités ont débattu de moratoires sur la construction de centres de données ou les ont adoptés, rapporte Politico. « Dans certaines localités, la levée de boucliers a été suffisamment forte pour dissuader les promoteurs. En juin, le porteur d’un projet controversé de centre de données dans le comté de Citrus a abandonné son projet. « Les moratoires locaux sur les centres de données envoient le signal que la région est fermée aux affaires, tant pour les centres de données que pour d’autres projets de développement économique importants », a déclaré à The Verge Dan Diorio, vice-président exécutif chargé des politiques étatiques et des relations gouvernementales au sein de la Data Center Coalition, un groupe de pression du secteur ».
Patti Zirhut, elle, n’est pas opposée à la croissance, mais elle ne veut pas que les pouvoirs publics accordent des avantages à de grands promoteurs n’ayant aucun lien avec la communauté. « Si l’on pouvait privilégier le niveau local, avec des constructeurs de la région, ce serait très bien, car ils savent comment gérer les spécificités de la Floride ». Elle s’inquiète de la façon dont l’IA peut alimenter la surveillance de masse, une question devenue particulièrement brûlante après que le bureau du shérif du comté de Hernando a commencé à installer des dispositifs Flock sur les routes locales. « Nous ne voulons pas que les gens perdent leur emploi, que notre pays soit dirigé par l’IA, ni vivre comme en Chine, où notre argent est contrôlé et chacun de nos faits et gestes surveillé ». Bien que Mme Zirhut soit républicaine de longue date, la question du centre de données – et celle, plus vaste, du développement – l’a amenée à faire des choix politiques inattendus. « Si Byron Donalds remporte la primaire, je voterai pour les démocrates. Je ne voterai pas pour lui » a-t-elle confié. « Je pense que beaucoup de gens sont dans ce cas. Ce n’est pas une question de parti. Vraiment pas. C’est une question de vie humaine. »
Pour Ben Green, explique-t-il dans une tribune pour Tech Policy Press, « ce qui rend la question des centres de données particulièrement intéressante pour les démocrates, c’est sa capacité à séduire des électeurs au-delà de leur base électorale habituelle. De nombreuses contestations liées aux centres de données surviennent précisément dans les zones rurales et les États républicains ou disputés où les démocrates cherchent désespérément à gagner du terrain. Des communautés se sont mobilisées pour s’opposer à ces installations dans des États aux profils politiques très variés, tels que l’Indiana, le Michigan, le Missouri, le Nebraska, l’Ohio et la Virginie. Électeurs comme élus ont constaté que les centres de données constituent l’un des rares sujets capables d’amener les citoyens à voter en s’affranchissant des clivages partisans habituels. » Mais constatait-il également : « certains responsables républicains commencent eux aussi à adopter des positions fermes contre les centres de données. Si les démocrates n’agissent pas rapidement sur ce dossier, ils risquent de se faire devancer par leurs adversaires. »
Reste que les délires de la droite Maga sur les data centers ne vont pas disparaître demain. Comme s’en moque Cory Doctorow sur son blog dans un billet édifiant sur les risques de l’éclatement de la coalition trumpiste après Trump, toute cette sphère de droite réactionnaire est saisit d’une paranoïa folle. « Ils baignent dans les théories du complot et sont en permanence intoxiqués par leurs propres délires. Ils croient dur comme fer aux conneries sur le grand remplacement ou sur le fait que la Chine pousse l’Amérique à détester les centres de données.» Trump n’a pas inventé ces délires, il leur a simplement donné de l’assurance. Et les délires semblent n’avoir plus besoin de leur grand ordonnateur pour s’épancher. Trump peut tenter d’apaiser sa base électorale en renouvelant son soutien à l’industrie de l’IA, il est peu probable que cela permette aux délires complotistes Maga de s’éteindre.
Hubert Guillaud
PS : The Verge propose également un long et édifiant reportage sur ce qu’on appelle le Data Center Alley, le comté de Loudoun en Virginie, où les data centers sont arrivés il y a plus de 20 ans et où l’on trouve plus de 250 data centers. « En quelques années, les centres de données sont passés du statut d’élément banal du quotidien à celui de sujet de préoccupation quotidienne pour de nombreux résidents. » La contestation a fini par grimper en flèche, et si les data centers ont permis une certaine prospérité, les nuisances finissent par l’emporter. « L’expansion des centres de données à Loudoun a pris une telle ampleur qu’elle semble désormais échapper à tout contrôle ». Car si le comté annonce ne pas vouloir davantage de centres de données, de nouvelles installations voient le jour, malgré tout. L’opposition quant à elle, se constitue tardivement. Mais désormais, les propriétaires locaux sont confrontés non seulement au bruit des générateurs électriques mais également aux pylônes électriques en tout sens quand ce n’est pas à l’expropriation pour l’extension des projets. « On entend à peine les oiseaux désormais » confie une habitante et nombre d’arbres ont été abattus pour permettre aux fils électriques à haute tension de passer sans encombre.
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Manger à sa faim, sans honte
« Les gens pensent beaucoup à Moisson en novembre, décembre, des fois en janvier, mais […] on a faim à l’année », affirme Marie Ève St-Pierre, directrice de Moisson Rimouski-Neigette, lors de notre entretien se déroulant pendant l’une des distributions de denrées de l’organisme. Depuis un certain temps, tu te sens au bord du gouffre : ton panier d’épicerie rapetisse à vue d’œil et tu redoutes de nouveaux défis. Tu ne veux pas que la faim t’amène à signer la fin de ton autonomie financière. L’
Manger à sa faim, sans honte
« Les gens pensent beaucoup à Moisson en novembre, décembre, des fois en janvier, mais […] on a faim à l’année », affirme Marie Ève St-Pierre, directrice de Moisson Rimouski-Neigette, lors de notre entretien se déroulant pendant l’une des distributions de denrées de l’organisme.
Depuis un certain temps, tu te sens au bord du gouffre : ton panier d’épicerie rapetisse à vue d’œil et tu redoutes de nouveaux défis. Tu ne veux pas que la faim t’amène à signer la fin de ton autonomie financière. L’écart semble faible entre ces deux positions, et tu crains les jugements des autres.
Et si tu imaginais le pire scénario possible? Accepter l’aide des ressources qui se trouvent à ta disposition afin de perdre un peu moins de plumes pourrait-il devenir avantageux?
Face à la réalité
Lundi 11 mai 2026, 13 h
J’arrive chez Moisson Rimouski-Neigette. Une employée me guide vers le bureau de Marie Ève St-Pierre. Directrice de l’organisme depuis 2022, Mme St-Pierre mentionne d’emblée que le manque de ressources, autant financières qu’alimentaires, demeure le principal enjeu auquel elle fait face. Les chiffres vont dans le même sens : selon le Bilan-Faim 2025 publié en octobre par les Banques alimentaires du Québec, notre province bat des records en ce qui concerne l’augmentation de la demande d’aide alimentaire. Mme St-Pierre précise aussi devoir solliciter d’autres entreprises et organismes afin de faire connaître Moisson Rimouski-Neigette : « On existe depuis 30 ans, mais les gens ne nous connaissent pas beaucoup. » L’organisme travaille actuellement sur l’élaboration d’un plan d’action pour les années à venir.
Après l’entrevue, j’observe à la fois l’appel des bénéficiaires et la distribution des denrées. Dans la salle d’attente, l’une des clientes attire mon attention : elle est coiffée d’un chignon, porte un manteau noir et semble attendre son tour. En bref, elle est sans doute comme toi, une madame Tout-le-Monde. Je m’assois à côté d’elle et nous commençons à échanger. Elle indique fermement qu’elle désire faire l’entrevue sous le couvert de l’anonymat. Cela semble logique : Hélène Jolicoeur, directrice de la cuisine collective de Matane, mentionnait en entrevue que les gens recevant de l’aide alimentaire sont facilement victimes de préjugés.
Cette cliente soutient être généralement satisfaite des denrées qu’elle reçoit depuis maintenant six mois et n’hésite pas à faire des échanges avec d’autres bénéficiaires de l’organisme pour obtenir ce qui lui manque. Elle dit avoir une vision optimiste de son avenir et explique vouloir s’en sortir, bien que cette situation lui convienne pour le moment.
La fourmilière
13 h 45
Après cette discussion, je me dirige vers la salle où tu recevrais six à sept sacs de nourriture pour une durée d’un mois. L’endroit est propre, et les denrées sont bien classées dans des contenants bleus, noirs, rouges et jaunes, ceux-ci séparant produits non périssables, pains, viandes ainsi que produits laitiers, fruits et légumes.
La chaleur monte rapidement dans la pièce : les multiples bénévoles effectuent plusieurs allers-retours, se glissent quelques paroles entre les déplacements et, telles de petites fourmis ouvrières, lèvent les boîtes colorées remplies à ras bord. J’ai l’impression d’être superflue dans ce petit espace où l’organisation de la colonie n’est que trop bien structurée.
Le rôle des bénévoles ne se limite pas à du travail physique et à la gestion de denrées. Catherine Belzile, 32 ans, s’implique comme bénévole chez Moisson Rimouski depuis 2020. Sa tâche consiste entre autres à gérer le dossier des bénéficiaires. Étant inapte au travail, elle désire donner de son temps de manière judicieuse. Parmi les gens faisant partie de sa clientèle se trouvent des individus de tout type : autant des personnes seules que des familles nombreuses, autant des citoyens sur le marché du travail que des gens ne pouvant mener une vie professionnelle ou des étudiants. D’ailleurs, les difficultés financières que vivent ces personnes ne la laissent pas indifférente : « Souvent, quand je fais des inscriptions et que la personne me montre qu’elle a 2 $ dans son compte, je ne peux pas rester insensible », exprime-t-elle.
14 h 20
La visite se finit à l’entrepôt, cette fois en compagnie de Mme St-Pierre. L’endroit semble plus ouvert, et la fraîcheur se fait sentir. Mais un détail ne change pas : d’autres fourmis s’y cachent afin de trier les dons fraîchement reçus. Au fond de cet entrepôt, une montagne d’objets de tous genres empilés les uns par-dessus les autres me force à lever la tête pour en voir l’intégralité.
Mme St-Pierre conclut que les denrées varient principalement selon le temps de l’année, les dons reçus et, parfois, les achats faits directement par l’organisme. Elle dit aussi que certaines périodes sont plus propices à la réception de dons que d’autres, février étant leur principale période creuse.
En fin de compte, je ne peux te dire ce que tu devrais penser, mais après avoir vu les nombreux bénévoles et employés à l’œuvre, la sérénité de la bénéficiaire ou encore le cadre solide dans lequel Moisson Rimouski évolue malgré les difficultés, il me semble évident que cet organisme t’accueillera en toute bienveillance.
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Bad Bunny ou l’amour souverain comme acte de résistance
C’est le 8 février dernier qu’avait lieu la 60e édition du Super Bowl de la NFL. Cette année, ce sont plus de 128 millions de téléspectateurs qui étaient réunis devant leur écran pour ce rituel collectif alliant football, ailes de poulet et spectacle de la mi-temps, faisant du Super Bowl l’événement médiatique le plus suivi des États-Unis. Bien plus qu’un simple match de football, l’événement sportif incarne une véritable fenêtre sur la culture, l’économie et la politique américaine. Alors qu
Bad Bunny ou l’amour souverain comme acte de résistance
C’est le 8 février dernier qu’avait lieu la 60e édition du Super Bowl de la NFL. Cette année, ce sont plus de 128 millions de téléspectateurs qui étaient réunis devant leur écran pour ce rituel collectif alliant football, ailes de poulet et spectacle de la mi-temps, faisant du Super Bowl l’événement médiatique le plus suivi des États-Unis. Bien plus qu’un simple match de football, l’événement sportif incarne une véritable fenêtre sur la culture, l’économie et la politique américaine.
Alors que le pays est, sous la seconde administration de Trump, au cœur d’une véritable fracture sociopolitique, avec un climat de haine alimenté par le conservatisme à la « Make America Great Again », la polarisation et l’application massive des opérations de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) à l’encontre des communautés immigrantes, c’est la méga-star latine Bad Bunny qui a assuré le spectacle de la mi-temps. Et pour la première fois de l’histoire de la NFL, la performance était entièrement en espagnol. Dans ce contexte politique hautement chargé, la présence de l’artiste portoricain revêt une dimension symbolique forte : il était attendu avec fébrilité, et ses gestes, anticipés.
Bienvenue à Puerto Rico : 13 minutes pour résister autrement
Cette plateforme était l’occasion rêvée pour l’artiste de dénoncer haut et fort la haine dirigée envers les personnes migrantes, l’autoritarisme décomplexé et les injustices que subissent des individus toujours plus stigmatisés. Or Bad Bunny a fait encore mieux : il a troqué la confrontation pour l’affirmation, celle de son identité, des siens et de la place de l’amour comme force de résistance face à la haine.
Tout au long de sa performance, il y avait bien évidemment la danse, sa présence magnétique et les rythmes de ses plus grands succès. Mais surtout, Bad Bunny a transformé ses précieuses minutes de présence médiatique en une véritable célébration de son archipel natal et de toute la diaspora latine. Le terrain de football s’est alors mué en un village portoricain festif et dansant : ruelles animées, maisons colorées, commerces typiques, le tout entouré d’un champ de canne à sucre. C’était là le tour de force qu’a réussi Bad Bunny : non pas tenter de convaincre de la légitimité d’un peuple et de ses droits, mais plutôt d’en présenter le fait accompli dans la force, la joie et la conviction. C’est donc dans cette posture – celle de l’amour comme forme de résistance – que Bad Bunny, Benito Antonio Martínez Ocasio de son vrai nom, a clôturé son spectacle en scandant « Que Dieu bénisse l’Amérique », suivi des noms de tous les pays du continent, dont ses danseurs portaient les drapeaux bien haut. Au même moment, on pouvait apercevoir l’inscription « The only thing more powerful than hate is love » illuminant un panneau géant, question de bien graver cette conviction dans les esprits.
Je déteste donc je suis
Bien que le plaidoyer sincère et enivrant de Bad Bunny pour l’unité et l’amour de son prochain ait eu l’effet d’un vent d’espoir pour nombre d’entre nous, reste à savoir si cela peut réellement faire le poids face aux divisions qui se creusent dans les communautés de nos voisins du Sud. Plus fondamentalement, on peut s’interroger : l’amour peut-il réellement rivaliser avec la haine en tant que force mobilisatrice de changement social? Si on a voulu y croire le temps d’une soirée, les actualités sociopolitiques des derniers mois suggèrent plutôt – et c’est ce qui est le plus effrayant – que la haine, alimentée par la peur de l’autre, l’ignorance et conséquemment le besoin de sécurité, détient une redoutable capacité de fédérer. Mais qu’en est-il vraiment?
C’est là-dessus que s’est penché le sociologue Lewis Coser dans l’ouvrage classique The Functions of Social Conflict, dans lequel le conflit avec « l’autre » est décrit comme un déterminant social puissant pour la cohésion d’un groupe, dont l’identité s’articule et se consolide en opposition avec cet antagoniste. L’article Hate as Poison and Cure?1 suggère également qu’il n’y a rien comme la désignation d’un ennemi commun pour souder efficacement et rapidement des individus, en ce que la haine nous informe sur qui « nous » sommes en regard de ce que « eux » sont. Un bel exemple de ce type de structure identitaire? Le mouvement MAGA – lire ici : Make America Great Again – qui fonde littéralement sa raison d’être dans la négation de l’existence de l’autre. Or, si la haine peut mobiliser à court terme, les groupes qu’elle fédère sont fragiles, car dès que l’objet de leur haine commune disparaît, leur identité collective s’en trouve automatiquement fragilisée, et potentiellement défaite. Si la poudre de leurs canons effraie, elle se limite fondamentalement à de la poudre aux yeux.
« The only thing more powerful than hate is love »
L’amour – celui qu’on construit dans la solidarité et le soin de sa communauté –a quant à lui besoin de temps pour se forger, mais détient cette force : une fois établi, ses racines sont profondes, durables. La psychologue sociale Marilynn Brewer2 le démontre habilement : lorsque l’appartenance à un groupe se bâtit sur des valeurs et des expériences partagées, plutôt que sur une menace commune, la solidarité n’en est que plus forte et durable. Autrement dit, nul besoin d’un ennemi pour s’aimer. Et c’est exactement cela que Bad Bunny a réussi à démontrer de façon irrévocable lors de cette mi-temps historique.
Ce que l’artiste a réussi à créer, c’est ce que la politologue Elisabeth Wood appelle le pleasure of agency3, soit la joie souveraine d’exister. Ce concept, Wood l’a élaboré lors de recherches ethnographiques menées en pleine guerre civile au Salvador, en observant des paysans qui ont soutenu un combat mené au péril de leur vie, au nom de leur communauté, de leur morale et de leurs valeurs. La chercheuse a conclu que c’est l’engagement moral et l’implication émotionnelle – et non la haine – qui ont ultimement permis aux paysans de mener et de remporter leur lutte.
Ainsi, invoquer l’amour plutôt que la haine comme force mobilisatrice du changement social, c’est se donner les vrais moyens de résister et d’avancer. Et les données confirment la posture rassembleuse et pacifique de Benito Ocasio ce 8 février dernier. Les chercheuses Erica Chenoweth et Maria Stephan4 démontrent, sur la base de l’analyse de centaines de mouvements de résistance à travers le monde, que ce sont ceux qui sont fondés sur des valeurs de non-violence et de collaboration qui réussissent mieux dans l’atteinte de changements sociaux durables – deux fois plus que leurs homologues violents.
C’est là, peut-être, la leçon politique que nous devons retenir de la performance livrée par Bad Bunny lors de ce Super Bowl : dans une société menacée par la haine, choisir l’amour comme acte de résistance c’est non seulement bienfaiteur, c’est stratégique.
1. McCarthy-Jones et al. 2026.
2. « The Psychology of Prejudice: Ingroup Love or Outgroup Hate? », Journal of Social Issues, vol. 55, no 3, 1999.
3. Elisabeth J. Wood, Insurgent Collective Action and Civil War in El Salvador, Cambridge University Press, 2003.
4. Why Civil Resistance Works : The Strategic Logic of Nonviolent Conflict, Columbia University Press, 2011.
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L’Est en mouvement : une première édition pour penser l’avenir collectif des régions
Le 28 mai dernier, Matane a accueilli la première édition du forum interrégional L’Est en mouvement, un événement organisé conjointement par les pôles d’économie sociale du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et de la Côte-Nord ainsi que par la Commission de développement économique des Premières Nations du Québec et du Labrador. Ce rassemblement visait à créer un espace de réflexion et d’action autour des grands enjeux qui traversent les territoires de l’Est-du-Québec. Dan
L’Est en mouvement : une première édition pour penser l’avenir collectif des régions
Le 28 mai dernier, Matane a accueilli la première édition du forum interrégional L’Est en mouvement, un événement organisé conjointement par les pôles d’économie sociale du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et de la Côte-Nord ainsi que par la Commission de développement économique des Premières Nations du Québec et du Labrador.
Ce rassemblement visait à créer un espace de réflexion et d’action autour des grands enjeux qui traversent les territoires de l’Est-du-Québec. Dans un contexte marqué par la crise du logement, la fragilisation de certains services de proximité et les défis liés à la transition écologique, le forum a permis de mettre en commun des expériences et des pistes de solutions portées par les acteurs de l’économie sociale.
Plus qu’un simple événement, cette première édition se voulait un lieu de rencontre entre les personnes et les organisations qui, au quotidien, développent des réponses concrètes aux besoins de leurs communautés. Habitation, services de proximité, relève entrepreneuriale, participation citoyenne et transition écologique figuraient parmi les thèmes au cœur des échanges.
Les mots d’ouverture ont donné le ton à la journée. Philippe Dufort, président du conseil d’administration d’Économie sociale et solidaire Bas-Saint-Laurent, a rappelé l’importance de multiplier les espaces de dialogue entre les territoires afin de renforcer notre capacité à répondre collectivement aux défis actuels. Cette volonté de bâtir des ponts entre les régions a également été portée par la conférence d’ouverture de Béatrice Alain, directrice générale du Chantier de l’économie sociale, qui a invité les personnes présentes à réfléchir au rôle transformateur de l’économie sociale dans les grandes transitions en cours.
Tout au long de la journée, les participants et les participantes ont pris part à des ateliers et à des panels portant sur des enjeux majeurs pour l’avenir des territoires : financement des projets collectifs, habitation, services de proximité, transition socioécologique, engagement citoyen et relève entrepreneuriale. Au-delà de la diversité des thèmes abordés, les échanges ont fait ressortir une préoccupation commune : renforcer la capacité des communautés à répondre elles-mêmes à leurs besoins et à façonner leur développement.
Les discussions ont notamment mis en lumière le rôle croissant des entreprises collectives dans la réponse à des besoins que ni le marché ni l’État ne parviennent toujours à combler adéquatement. Plusieurs ont également souligné l’importance de réaffirmer la dimension collective et transformatrice de l’économie sociale, à un moment où les inégalités territoriales, la crise du logement et les enjeux environnementaux appellent des réponses qui dépassent la seule logique du marché.
La conférence d’Émilie Dupont, coordonnatrice en économie circulaire à la SADC du Kamouraska (la Société d’aide au développement de la collectivité), est venue enrichir ces réflexions en présentant des modèles économiques qui privilégient l’usage et la mutualisation des ressources plutôt que leur simple consommation. Cette approche rejoint plusieurs préoccupations exprimées au cours de la journée quant à la nécessité de repenser nos façons de produire, de consommer et d’habiter nos territoires.
Plusieurs interventions ont d’ailleurs convergé vers un même constat : les défis auxquels font face les régions dépassent souvent les capacités d’action d’une seule organisation ou d’un seul secteur. Habitation, mobilité, accès aux services ou transition écologique exigent désormais des approches plus concertées, où les populations, les entreprises collectives, les municipalités et les institutions publiques travaillent en complémentarité.
L’un des fils conducteurs du forum aura été la volonté de replacer l’économie au service des collectivités. Derrière la diversité des ateliers se dessinait une même conviction : les réponses aux défis de l’Est passeront par davantage de coopération, d’ancrage territorial et de participation citoyenne. Les initiatives présentées ont montré la capacité des communautés à innover lorsqu’elles disposent des outils et des espaces nécessaires pour agir.
La présence de l’Aile jeunesse du Chantier de l’économie sociale a également donné une voix à la relève. En soirée, une tribune leur a été offerte afin que des membres partagent leur vision du développement régional et expriment leur désir de contribuer activement à l’avenir de leurs communautés.
Au terme de cette journée, un constat s’imposait : malgré la diversité des réalités vécues d’une région à l’autre, les communautés de l’Est partagent des préoccupations communes et une volonté bien réelle d’agir collectivement. Les échanges ont également rappelé que plusieurs des solutions recherchées existent déjà sur le terrain, portées par des entreprises collectives, des organismes et des citoyens engagés.
Plus qu’un simple lieu de rencontre, cette première édition de L’Est en mouvement aura permis de renforcer les liens entre les territoires et d’alimenter une réflexion commune sur l’avenir de nos régions. Une réflexion qui, à en juger par l’enthousiasme des personnes présentes, ne fait que continuer de germer.
Pour le crédit photo : Louis-Philippe Cusson
Le nom des personnes de gauche à droite sur la photo de groupe :
- Stéfany Pelletier (agente de développement, ÉSSBSL)
- Karine Deschênes (agente de développement, Pôle d’économie sociale Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine)
- Noémie Bernier (Directrice, Pôle d’économie sociale Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine)
- Nedjma Achour (devant, veston vert – agente de développement, ÉSSBSL)
- Lyne-Alix Martin (derrière, le veston vert avec les cheveux noirs : chargée de projets SISMIC, Pôle d’économie sociale de la Côte-Nord)
- Valérye Tremblay (Conseillère en économie sociale, Commission de développement économique des Premières Nations du Québec et du Labrador)
- Stéphanie Larocque (Directrice générale du Réseau des pôles d’économie sociale du Québec)
- Jade Turgeon Desroches (Conseillère en économie sociale, Pôle d’économie sociale de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine
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Le gouvernement fédéral prolonge la suspension de la taxe sur l’essence
Ottawa avait en avril suspendu la taxe d’accise fédérale sur l’essence et le diesel. Cette mesure réduit le prix payé à la pompe de: 10 cents par litre pour l’essence ordinaire 4 cents par litre pour le diesel La suspension devait prendre fin lundi prochain. Le gouvernement Carney a indiqué qu’elle serait prolongée jusqu’à fin janvier. La taxe serait ensuite rétablie, mais réduite de moitié jusqu’à la fin mars. [L'article Le gouvernement fédéral prolonge la suspensio
Le gouvernement fédéral prolonge la suspension de la taxe sur l’essence

Ottawa avait en avril suspendu la taxe d’accise fédérale sur l’essence et le diesel.
Cette mesure réduit le prix payé à la pompe de:
- 10 cents par litre pour l’essence ordinaire
- 4 cents par litre pour le diesel
La suspension devait prendre fin lundi prochain.
Le gouvernement Carney a indiqué qu’elle serait prolongée jusqu’à fin janvier.
La taxe serait ensuite rétablie, mais réduite de moitié jusqu’à la fin mars.
[L'article Le gouvernement fédéral prolonge la suspension de la taxe sur l’essence a d'abord été publié dans InfoBref.]
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Mark Carney nomme un diplomate expert en affaires en charge d’attirer des investissements au Canada
Le premier ministre fédéral a annoncé hier la nomination de Dominic Barton comme président du conseil d’administration de l’organisme Investir au Canada. Barton a notamment: dirigé la firme de consultants américaine McKinsey; été ambassadeur du Canada en Chine. La nomination est intervenue deux semaines avant le premier Sommet canadien de l’investissement. Cet événement d’envergure doit réunir «les plus grands investisseurs du monde» à Toronto, les 14 et 15 septembre proc
Mark Carney nomme un diplomate expert en affaires en charge d’attirer des investissements au Canada
Le premier ministre fédéral a annoncé hier la nomination de Dominic Barton comme président du conseil d’administration de l’organisme Investir au Canada.
Barton a notamment:
- dirigé la firme de consultants américaine McKinsey;
- été ambassadeur du Canada en Chine.
La nomination est intervenue deux semaines avant le premier Sommet canadien de l’investissement.
Cet événement d’envergure doit réunir «les plus grands investisseurs du monde» à Toronto, les 14 et 15 septembre prochains.
L’objectif du gouvernement Carney est d’attirer d’ici 5 ans 1000 milliards $ d’investissements pour développer au pays de grands projets d’intérêt national.
[L'article Mark Carney nomme un diplomate expert en affaires en charge d’attirer des investissements au Canada a d'abord été publié dans InfoBref.]
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Un troisième sondage confirme la remontée de la Caq
Selon un sondage Léger-Québecor publié hier, le Parti québécois reste en tête avec 29% des intentions de vote. La Caq est deuxième avec 24%. Le Parti libéral est troisième, à 22%. Le Parti conservateur est quatrième, à 15%. Québec solidaire demeure dernier, à 10%. Deux autres sondages, publiés vendredi et lundi, avaient placé les partis dans le même ordre. Ils montraient la Caq en nette progression et en deuxième place. Dans le sondage de Synopsis, réalisé pour La
Un troisième sondage confirme la remontée de la Caq

Selon un sondage Léger-Québecor publié hier, le Parti québécois reste en tête avec 29% des intentions de vote.
La Caq est deuxième avec 24%.
Le Parti libéral est troisième, à 22%.
Le Parti conservateur est quatrième, à 15%.
Québec solidaire demeure dernier, à 10%.
Deux autres sondages, publiés vendredi et lundi, avaient placé les partis dans le même ordre.
Ils montraient la Caq en nette progression et en deuxième place.
Dans le sondage de Synopsis, réalisé pour La Presse, la Caq était même au coude à coude avec le PQ, à seulement 1 point de pourcentage.
[L'article Un troisième sondage confirme la remontée de la Caq a d'abord été publié dans InfoBref.]
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Comment les cinq principaux partis se positionnent en matière d’immigration
Québec solidaire a annoncé hier qu’un gouvernement solidaire accueillerait 70 000 immigrants permanents par an. Le Parti libéral souhaitait, jusqu’en 2024, en accueillir 70 000, mais son nouveau chef, Charles Milliard, ne s’est pas encore prononcé sur un nombre précis. La Caq maintiendrait le plan adopté en novembre dernier qui prévoit l’accueil de 45 000 résidents permanents par an. Le Parti québécois limiterait leur nombre à 35 000 par an. Le Parti conservateur n’a pas indiq
Comment les cinq principaux partis se positionnent en matière d’immigration
Québec solidaire a annoncé hier qu’un gouvernement solidaire accueillerait 70 000 immigrants permanents par an.
Le Parti libéral souhaitait, jusqu’en 2024, en accueillir 70 000, mais son nouveau chef, Charles Milliard, ne s’est pas encore prononcé sur un nombre précis.
La Caq maintiendrait le plan adopté en novembre dernier qui prévoit l’accueil de 45 000 résidents permanents par an.
Le Parti québécois limiterait leur nombre à 35 000 par an.
Le Parti conservateur n’a pas indiqué combien il souhaiterait en accueillir.
[L'article Comment les cinq principaux partis se positionnent en matière d’immigration a d'abord été publié dans InfoBref.]
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Le Parti Québécois propose, comme les conservateurs, de détaxer les biens usagés
Paul St-Pierre Plamondon s’est engagé hier à supprimer la taxe de vente du Québec sur les biens usagés. Cette taxe de près de 10% s’applique: à presque tous les biens usagés vendus par une entreprise; aux voitures d’occasion achetées à un commerçant ou un particulier. Le Parti conservateur avait déjà proposé cette mesure en 2022 et l’a réitérée dimanche. Québec solidaire retirerait la taxe de vente sur certains produits d’épicerie et sur des vêtements d’occasion pour en
Le Parti Québécois propose, comme les conservateurs, de détaxer les biens usagés

Paul St-Pierre Plamondon s’est engagé hier à supprimer la taxe de vente du Québec sur les biens usagés.
Cette taxe de près de 10% s’applique:
- à presque tous les biens usagés vendus par une entreprise;
- aux voitures d’occasion achetées à un commerçant ou un particulier.
Le Parti conservateur avait déjà proposé cette mesure en 2022 et l’a réitérée dimanche.
Québec solidaire retirerait la taxe de vente sur certains produits d’épicerie et sur des vêtements d’occasion pour enfants.
La Caq et le Parti libéral ne supprimeraient pas la TVQ sur les biens usagés.
[L'article Le Parti Québécois propose, comme les conservateurs, de détaxer les biens usagés a d'abord été publié dans InfoBref.]
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Élections fédérales partielles: au Saguenay, le candidat libéral l’a emporté
Daniel Gobeil, ancien président des Producteurs de lait du Québec, deviendra député libéral de la circonscription Chicoutimi—Le Fjord. Il est arrivé en tête hier devant ses adversaires du Bloc québécois et du Parti conservateur. Après les trois élections partielles qui se déroulaient hier, le gouvernement fédéral devra bientôt en organiser six autres à la suite du départ de députés, dont trois au Québec: Steven Guilbeault a officiellement démissionné vendredi de son siège de député
Élections fédérales partielles: au Saguenay, le candidat libéral l’a emporté
Daniel Gobeil, ancien président des Producteurs de lait du Québec, deviendra député libéral de la circonscription Chicoutimi—Le Fjord.
Il est arrivé en tête hier devant ses adversaires du Bloc québécois et du Parti conservateur.
Après les trois élections partielles qui se déroulaient hier, le gouvernement fédéral devra bientôt en organiser six autres à la suite du départ de députés, dont trois au Québec:
Steven Guilbeault a officiellement démissionné vendredi de son siège de député de Laurier – Sainte-Marie, à Montréal.
Alexandre Boulerice, député du NPD, se présente aux élections provinciales au Québec pour Québec solidaire à Montréal.
Simon-Pierre Savard-Tremblay, député du Bloc québécois, se présente aux élections provinciales pour le Parti québécois en Montérégie.
[L'article Élections fédérales partielles: au Saguenay, le candidat libéral l’a emporté a d'abord été publié dans InfoBref.]
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Campagne électorale au Québec: l’essentiel des promesses faites hier
La Caq permettrait aux médecins spécialistes d’exercer à la fois dans le réseau public et au privé. Christine Fréchette couperait 1 milliard $ dans les dépenses administratives de Santé Québec. Le Parti conservateur supprimerait l’interdiction d’explorer et d’exploiter les hydrocarbures. Éric Duhaime lancerait des projets pilotes de puits de gaz de schiste. Le Parti libéral miserait sur le préfabriqué pour construire, à terme, 100 000 logements par an. Charles Milliard insta
Campagne électorale au Québec: l’essentiel des promesses faites hier
La Caq permettrait aux médecins spécialistes d’exercer à la fois dans le réseau public et au privé.
Christine Fréchette couperait 1 milliard $ dans les dépenses administratives de Santé Québec.
Le Parti conservateur supprimerait l’interdiction d’explorer et d’exploiter les hydrocarbures.
Éric Duhaime lancerait des projets pilotes de puits de gaz de schiste.
Le Parti libéral miserait sur le préfabriqué pour construire, à terme, 100 000 logements par an.
Charles Milliard instaurerait un programme de prêts sans intérêt pour les entreprises du préfabriqué.
Le Parti québécois réduirait les coûts de rémunération du secteur public de 4,7 milliards $ en un mandat.
Paul St-Pierre Plamondon créerait un secrétariat à l’efficacité gouvernementale.
Québec solidaire réduirait de moitié le décrochage scolaire.
Ruba Ghazal embaucherait 1500 membres du personnel de soutien et 500 professionnels supplémentaires.
[L'article Campagne électorale au Québec: l’essentiel des promesses faites hier a d'abord été publié dans InfoBref.]
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Journal le Mouton Noir
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D’aucuns voteraient aucun…Éloge de l’abstention comme geste de rupture
Cette session de trop d’un gouvernement illégitime est enfin terminée. Le marathon législatif auquel les partis politiques se sont astreints s’est conclu par une inhabituelle collaboration transpartisane. Nos 125 dirigeants se sont entendus pour passer à la sauvette des projets de loi populistes qui n’apportent que des solutions partielles à des problématiques complexes. Heureusement sont tombées les monstruosités, comme cette constitution d’un seul homme et d’autres mesures qui auraient nui à l
D’aucuns voteraient aucun…Éloge de l’abstention comme geste de rupture
Cette session de trop d’un gouvernement illégitime est enfin terminée. Le marathon législatif auquel les partis politiques se sont astreints s’est conclu par une inhabituelle collaboration transpartisane. Nos 125 dirigeants se sont entendus pour passer à la sauvette des projets de loi populistes qui n’apportent que des solutions partielles à des problématiques complexes. Heureusement sont tombées les monstruosités, comme cette constitution d’un seul homme et d’autres mesures qui auraient nui à l’avancement du logement social.
Je cite ce projet de loi interdisant les boissons énergisantes aux moins de 16 ans. Je suis bien sûr de tout cœur avec les parents de ce gamin mort d’avoir consommé ces boissons caféinées en raison d’une interaction médicamenteuse mortelle. Plusieurs spécialistes appuyaient cette démarche, certes, mais malgré cette interdiction, les vendeurs de caféine vont pouvoir continuer de diffuser des publicités où les risques de ces produits pour la santé ne sont jamais abordés. Si ça donne des ailes, ça peut aussi te coûter la vie. Une démarche réussie pour encadrer la vente de ces produits se serait assurément attaquée au premier plan à l’enjeu publicitaire. Mais les politiciens ont plutôt choisi d’en faire un acte rapide de bonnes intentions. L’enfer en est pavé et, pour plusieurs, cet empressement aura laissé beaucoup d’amertume, genre pamplemousse.
Je cite aussi ce projet de loi qui change la carte électorale telle qu’elle a été définie par l’organisme à qui avec beaucoup de sagesse l’Assemblée nationale avait confié le mandat de la définir. Le poids de la dévitalisation et de la perte de population occasionne des disparités de représentation dont doit tenir compte la Commission de représentation électorale dans son travail. Mais comme les politiciens se souviennent trop peu que leur travail est de gérer l’ensemble d’un territoire pendant leur mandat, le travail de la Commission aura mis en lumière le manque total de vision de nos politiciens pour l’occupation du territoire. Heureusement ils se rappelleront les régions un peu tout de même comme ils le font toujours pendant les élections. Maintenant ils pourront redessiner les circonscriptions directement par un vote de l’Assemblée, selon des intérêts plus ou moins partisans. Énorme recul démocratique appuyé par tous les partis présents à l’Assemblée nationale.
À la veille de cet été électoral, le portrait donné par les sondages démontre que tout est possible. Tout sauf peut-être un gouvernement solidaire puisque les médias se plaisent à répéter qu’ils sont au plus bas et que la gauche est en crise au Québec. La gauche n’est pas en crise, elle n’est simplement pas assez en crisse. Opinion personnelle.
Au moment de préparer mon papier pour cette édition, j’ai en tête ce sondage de La Presse où on a demandé aux répondants qui ferait, parmi les chefs des formations politiques, le meilleur premier ministre. À mon grand plaisir, mon poulain, mon homme, mon candidat chauffe les fesses du petit homme fâché.
Non, je ne suis pas devenu libéral ou caquiste. Je suis, tout comme 23 % des répondants à ce sondage, convaincu qu’aucun candidat actuel ne ferait un bon premier ministre. Aucun n’inspire, aucun ne donne confiance comme aucun.
Au moment où cette crise de légitimité politique atteint des niveaux encore inédits et où l’abstention devient un choix politique conséquent et populaire, il faut souhaiter que ces politiciens ne réussissent pas, cet été, à convaincre ces 23 % d’appui éclairé à aucun candidat de les appuyer en se bouchant le nez. Ces braves doivent arrêter de voter pour le moins pire. Parce qu’avec le moins pire, on a quand même le pire.
À force que soient élus des gouvernements majoritaires déconnectés de la réalité, avec un peu plus de 20 % des votes exprimés et avec un taux de participation famélique, peut-être se poseront-ils la question de leur légitimité? En fait l’abstention est après tout la seule véritable façon de contester cette fausse légitimité.
Votez bien, votez rien, votez pour AUCUN!
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Campagne électorale: l’essentiel des mesures annoncées lors des premiers jours
Dimanche 30 août La Caq a dévoilé son cadre financier. Le Parti conservateur du Québec propose d’abolir la TVQ sur tous les biens usagés. Le Parti libéral du Québec s’engage à plafonner les loyers des résidences privées pour aînés. Le Parti québécois a présenté plusieurs mesures pour freiner le déclin du Français. Un gouvernement péquiste étendrait la loi 101 aux cégeps. Québec solidaire a présenté son plan pour régler la crise du logement. Le parti promet notamment
Campagne électorale: l’essentiel des mesures annoncées lors des premiers jours
Dimanche 30 août
La Caq a dévoilé son cadre financier.
Le Parti conservateur du Québec propose d’abolir la TVQ sur tous les biens usagés.
Le Parti libéral du Québec s’engage à plafonner les loyers des résidences privées pour aînés.
Le Parti québécois a présenté plusieurs mesures pour freiner le déclin du Français.
- Un gouvernement péquiste étendrait la loi 101 aux cégeps.
Québec solidaire a présenté son plan pour régler la crise du logement.
- Le parti promet notamment de plafonner les hausses annuelles de loyer à l’inflation sans jamais excéder 3%.
Samedi 29 août
La Caq investirait 1 milliard $ supplémentaire sur 4 ans pour bonifier les services de soutien à domicile destinés aux personnes âgées et aux personnes en situation de handicap.
Cet investissement vise notamment à:
- réduire les délais d’attente;
- offrir davantage de services.
Le Parti conservateur du Québec s’engage à:
- abolir le marché du carbone;
- suspendre pendant 5 mois la taxe sur l’essence, qui finance l’entretien des routes.
Le Parti libéral du Québec propose plusieurs mesures pour alléger les obligations réglementaires des PME, dont un moratoire immédiat sur toute nouvelle réglementation.
Le Parti québécois s’engage à faire baisser de façon importante le nombre d’immigrants, notamment en réduisant de moitié le nombre d’immigrants temporaires.
Québec solidaire investirait 23 milliards $ sur 10 ans pour réparer et développer le transport collectif.
Cet investissement viserait notamment à:
- rénover le métro de Montréal et le rendre accessible à tous;
- entretenir et moderniser le réseau de trains, d’autobus et les voies réservées.
Vendredi 28 août
La Caq propose de bonifier le Régime québécois d’assurance parentale.
Les changements proposés viseraient notamment à:
- allonger le congé de paternité de 5 à 7 semaines;
- accorder des prestations en cas de deuil périnatal aux deux parents pendant 4 semaines.
Le Parti conservateur du Québec a dévoilé les mesures qu’il compte mettre en place pour faire économiser à certains travailleurs jusqu’à 11 000 $ d’impôts sur cinq ans.
Un gouvernement conservateur ferait presque doubler la première tranche de revenus sur laquelle on ne paie pas d’impôts.
- Le montant non imposable passerait de 18 950 $ à 35 240 $.
Le Parti libéral du Québec veut créer de nouvelles alliances commerciales en vue de réduire d’au moins 15% la part des exportations québécoises vers les États-Unis.
Le PLQ souhaite notamment attirer des entreprises et des acheteurs étrangers au Québec pour créer de nouveaux «maillages économiques» qui permettraient aux entrepreneurs de diversifier leurs marchés.
Le Parti québécois s’engage à baisser de 20% les impôts des entreprises.
Un gouvernement péquiste ferait progressivement passer l’impôt des sociétés de 11,5% à 9,5%.
Pour financer cette baisse, le PQ compte abolir le Fonds de développement économique.
Québec solidaire propose de plafonner à 2% les marges des grandes chaines d’épicerie et d’interdire certaines pratiques jugées déloyales, comme la tarification dynamique.
[L'article Campagne électorale: l’essentiel des mesures annoncées lors des premiers jours a d'abord été publié dans InfoBref.]
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Cadres financiers des partis: la Caq
Christine Fréchette a présenté hier le cadre financier de ses promesses électorales. Nouvelles dépenses (sur 5 ans): 9,7 milliards $ Promesse la plus couteuse annoncée à ce jour: soutien à domicile (1 milliard $) Principale source de financement: puiser dans la réserve pour éventualités, un «coussin» budgétaire mis de côté par le gouvernement pour les imprévus Fonds des générations: les versements seraient maintenus Retour à l’équilibre budgétaire: toujours prévu pour 2029-
Cadres financiers des partis: la Caq

Christine Fréchette a présenté hier le cadre financier de ses promesses électorales.
Nouvelles dépenses (sur 5 ans): 9,7 milliards $
Promesse la plus couteuse annoncée à ce jour: soutien à domicile (1 milliard $)
Principale source de financement: puiser dans la réserve pour éventualités, un «coussin» budgétaire mis de côté par le gouvernement pour les imprévus
Fonds des générations: les versements seraient maintenus
Retour à l’équilibre budgétaire: toujours prévu pour 2029-2030
La Caq est le premier parti à avoir dévoilé son cadre financier.
[L'article Cadres financiers des partis: la Caq a d'abord été publié dans InfoBref.]
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Quelle unité pour les indépendantistes?
Il y a quelques semaines déjà, la sortie d’un rapport de l’organisation OUI Québec, qui critiquait sans la nommer la politique d’immigration du Parti québécois, faisait controverse dans les milieux indépendantistes. Avec elle était de retour la ritournelle de la « division1 » et de « l’unité » du mouvement. « Diviser le mouvement » est un reproche que l’on a surtout fait à la gauche indépendantiste dans les dernières décennies, ses ambitions progressistes ou écologistes étant accusées d’être
Quelle unité pour les indépendantistes?
Il y a quelques semaines déjà, la sortie d’un rapport de l’organisation OUI Québec, qui critiquait sans la nommer la politique d’immigration du Parti québécois, faisait controverse dans les milieux indépendantistes. Avec elle était de retour la ritournelle de la « division1 » et de « l’unité » du mouvement.
« Diviser le mouvement » est un reproche que l’on a surtout fait à la gauche indépendantiste dans les dernières décennies, ses ambitions progressistes ou écologistes étant accusées d’être des « conditions », qui limiteraient l’attrait d’une souveraineté qui devait plutôt « aller de soi », et qui ne changerait pas grand-chose sauf en termes de drapeaux et de transferts fédéraux.
Pendant des décennies, la question de « l’unité » servait le maintien au pouvoir de l’élite centriste et libérale des hauts échelons du PQ, mais aujourd’hui, avec le virage à droite de ce dernier, avec l’indépendantisme plus assumé de Québec solidaire et la montée d’acteurs critiques des politiques péquistes comme les Oui Québec, le socle idéologique sur lequel repose le mouvement indépendantiste, ce autour de quoi il « fait unité », est remis en question.
La question de l’unité
L’unité est l’ingrédient de base de tout mouvement social, il s’agit toujours d’un rassemblement d’acteurs différents autour d’un but commun. Or, sa construction n’est jamais politiquement neutre et ce autour de quoi un mouvement se construit a toujours l’effet d’exclure certaines personnes qui, même si elles se réclament du mouvement, peuvent s’opposer à la teneur de cette unité. Certes, un pays, mais comment, par la révolution ou le référendum? De quelle idéologie, socialiste, capitaliste, corporatiste?
Quand on regarde l’histoire du mouvement indépendantiste, on voit bien que c’est cette question de contenu du projet de pays qui l’a toujours fait se mouvoir. L’indépendance a toujours été attachée à des « conditions », et c’est le débat autour de ces conditions qui l’a construite. Du fascisme catholique de l’Alliance laurentienne, au socialisme de décolonisation du RIN, puis du FLQ, en passant par la souveraineté-association libérale de Lévesque, une lutte pour définir la spécificité de l’unité indépendantiste a toujours existé.
Ceux qui ont fini par prendre le contrôle de cette unité ont pendant longtemps voulu faire croire que l’indépendance et son projet étaient une idée d’une pureté qui dépassait les idéologies, que l’on devrait faire le pays avant d’en décider la nature et que la liberté d’un peuple est une cause au-dessus des courants de pensée. Ça peut presque se justifier dans des situations de crises, comme avec l’échec des négociations constitutionnelles qui a mené à 1995. Ça peut même se justifier par la force d’une effervescence politique, comme celle des années 1960 et 1970 qui ont mené au référendum de 80. Mais cela ne peut durer qu’un temps, et la question de l’objet de l’unité, du type de pays pour lequel s’accomplirait l’indépendance, revient comme le printemps.
Le temps des monstres ou la suite du monde
Le mouvement indépendantiste est aujourd’hui à un moment charnière : il n’y a plus de grande unité entre ses différentes factions comme c’était le cas en 1980 et 1995. Il est forcé, plus qu’à aucun autre moment de son histoire, de définir le genre de pays auquel il aspire.
Entre le discours populiste et droitisant du PQ, son projet anti-migratoire de social-démocratie forteresse, puis le discours et le projet des OUI Québec ou de Québec solidaire, qui disent vouloir être « inclusifs », « diversifiés » et même « plurinationaux » en ce qui concerne la question autochtone, les indépendantistes doivent faire leur choix.
On peut se demander quelle orientation est la plus « unitaire » et la plus réaliste. Les suspects habituels de la division apparaissent de plus en plus comme les acteurs les plus sensés. La gauche indépendantiste n’a peut-être pas l’unité de son mouvement, mais elle peut certainement l’imposer en ayant le projet le plus unitaire, en ayant le projet le mieux capable de faire vivre le Québec dans l’avenir qui nous attend.
L’indépendance doit redistribuer les richesses parce que chaque jour, plus de Québécois et de Québécoises sont jetés hors de la classe moyenne en raison du prix de l’épicerie, des loyers et de la vie en général. C’est ça la réalité.
L’indépendance doit non seulement convaincre, mais construire son projet avec les néo-Québécois et les peuples autochtones, car le 50 % + 1 d’un éventuel référendum est aujourd’hui pratiquement impossible sans l’appui des premiers, et que les revendications légitimes des deuxièmes sur le territoire sont là pour rester. C’est ça la réalité.
L’indépendance doit enclencher la transition socioécologique parce que l’avenir qui nous attend (et qui est déjà ici) est celui de la crise climatique, et l’adaptation aux changements qu’il causera ne peut se faire sans un questionnement profond de la croissance économique. C’est ça la réalité.
Le vieux monde se meurt, on peine à imaginer le nouveau, « dans ce clair-obscur surgissent les monstres », disait Gramsci.
Le choix est à faire entre une indépendance du camp des monstres ou une indépendance pour la suite du monde.
Cette suite du monde, où l’on cherchera peut-être à préserver le béluga plutôt qu’à chasser le marsouin, témoignera, d’un peuple qui n’aspire pas seulement à survivre, recroquevillé dans son coin d’Amérique, mais à faire pleinement partie de l’humanité pour la rendre meilleure.
1. « Sol Zanetti accuse Paul St-Pierre Plamondon de diviser les indépendantistes », Radio-Canada, octobre 2025.
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Journal le Mouton Noir
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Random référendum. Ou la trahison nationaliste
Quel temps fait-il sur notre monde libre? Le capitalisme fait-il la joie des familles – Béru Où étiez-vous le 26 octobre 1992. Avez-vous voté? Moi, j’étais chez le dentiste. On parle peu du référendum de 1992. Plusieurs l’oublient. Pourtant il est décisif dans l’histoire politique du Québec Ah oui, le monde était bien trouble, ce 26 octobre 1992 : la grande URSS vient à peine de s’effondrer; les USA de Bush s’embourbent dans leur petit Vietnam irakien (Desert Storm); le nationalis
Random référendum. Ou la trahison nationaliste
Quel temps fait-il sur notre monde libre?
Le capitalisme fait-il la joie des familles
– Béru
Où étiez-vous le 26 octobre 1992. Avez-vous voté? Moi, j’étais chez le dentiste.
On parle peu du référendum de 1992. Plusieurs l’oublient. Pourtant il est décisif dans l’histoire politique du Québec
Ah oui, le monde était bien trouble, ce 26 octobre 1992 : la grande URSS vient à peine de s’effondrer; les USA de Bush s’embourbent dans leur petit Vietnam irakien (Desert Storm); le nationaliste serbe Slebodan Milosevic bombarde la Bosnie.
Sur mon magnétophone à cassettes, j’écoute Tout pour le trash, nouvel album des Ludwig von 88 : « Ce soir trop cool j’irai griller mes 20 ans pour un baril de coke pour une ligne de brut. Twist à Koweit City ».
Au Québec, nos élites terminent un autre cycle d’interminables négociations constitutionnelles : celle sur l’Accord du lac Meech qui, faute d’unanimité provinciale, fait patate au fond du lac, et des choses.
Dans notre petite patrie provinciale, pas question alors de parler de justice, d’équité ou encore de bien-être, expression sur laquelle on colle encore tout le mépris de nos petites consciences post protestantes engraissées au capital. Que nenni! Le seul sujet dont se gargarise notre politique nationale est la constitution et la probable sécession de la province en pays.
On n’en a alors rien à faire que le PM fédéral surnomme homophobiquement son homologue provincial « le mangeux de hot dog ». Pas question de le défendre, il est du mauvais côté de la clôture et, comme un voisin chiant, on peut le nommer au gré de nos fantasmes et de nos préjugés dégradants. Il le mérite bien.
Pourtant, devant l’évidence de l’échec d’un renouveau fédéral, même lui, petit libéral fédéraliste parvenu, devenu ministrable par un mariage avec une famille ultra-riche, fait miroiter l’idée que le Québec peut se débrouiller seul.
Essoufflés par l’échec des négociations, on arrive au jour J, celui d’un référendum. Pas un référendum sur la séparation, mais plutôt sur l’union, sur le renouvellement de la si problématique constitution, un point d’arrêt potentiel à cet interminable onanisme qui apporte plus de douleur que de plaisir à un peuple en quête d’épanouissement.
Si le référendum sur la séparation était organisé par les péquistes provinciaux, celui sur l’union était l’œuvre des fédéralistes fédéraux. La question ne tenait pas debout, et nos ministres étaient clairs dans leur obscurantisme : il fallait voter non pour voter oui et voter oui pour voter non. Personne n’y comprenait rien. Les politiciens étaient très contents – c’est leur méthode.
Grâce à ce scrutin on pouvait remettre une bonne bûche dans le brasier du pathos national et rester les rejets de la constitution – position jugée avantageuse par les sbires de la sécession.
Du haut de mes 15 ans, je n’avais pas encore l’âge d’être admis dans les bureaux de vote. Et heureusement. Ayant passé la majeure partie de mon enfance sur un tapis péquiste à humer discrètement le café tiède des militants et, bien que punk aux idées universalistes, j’avais le cerveau bien mou et réceptif à la propagande nationaliste. Que voulez-vous? J’aimais l’art. Et notre gouvernement avait fait du financement de l’art un levier identitaire qui nous donnait l’envie de créer le pays, sorte de planète des singes avec une horde de barbus chantant – en français svp.
Le Parti québécois, alors à l’opposition, avait comme chef Abraracourcix Parizeau, un aristocrate en complet cinq pièces, flanqué d’un majordome, qui parlait d’un pays rêvé pour nous faire oublier que nous n’avions pas tous sa chance et sa fortune et que son parti avait été fondé sur des principes décoloniaux.
Le parti investit alors énergie et argent pour une campagne du Non. On nous disait qu’il fallait rejeter l’entente de Charlottetown, sans modération, afin d’éviter de faire partie d’une nouvelle constitution canadienne modernisée au risque de ne plus pouvoir pleurer dans notre coin. Vive le Québec rejected!
Mais on ne nous disait pas tout. Normal, c’est de la politique. Et en politique, le plus important, c’est souvent ce qu’on ne dit pas.
Pendant que nos bourgeois nationalistes du Québec inc. impriment des NON sur des pancartes, on nous en disait bien peu sur les conséquences probables d’un OUI. Ce n’est que des années plus tard, en 1996 – alors que j’avais l’âge de déserter les cursus du goulag national (gratuit, laïque et obligatoire) et de m’instruire par moi-même – que j’apprenais que si l’Accord de Charlottetown avait été accepté, les Premières Nations auraient enfin pu se débarrasser de l’archaïque Loi sur les Indiens pour devenir des citoyens à part entière et siéger à la Chambre des communes, officine du pouvoir centralisé.
C’est alors que la honte m’a pogné – pour citer Deschamps – et que je compris la déchéance idéologique du PQ qui était beaucoup moins lisible à cette époque qu’elle ne l’est aujourd’hui dans les propos de PSPP. Au moment de mon épiphanie, le PQ avait fait plusieurs pas vers la droite et avait élu à sa tête un certain Lulu Jambe-de-bois, un sinistre droitiste patroneux du genre qui nous fait penser en silence « y a des métastases qui se perdent ». Il faut dire que le bougre avait été recruté au Conseil des ministres du gouvernement conservateur de Brian Mulroney, de droite et fédéraliste. Dont acte. Après sa carrière politique, il devient lobbyiste pour l’industrie pétrolière. Un vrai larbin.
C’est à cette époque que je me détache du PQ et réalise qu’il n’existe pas de parti de gauche au Québec, province du consensus mou, unilatéralement à droite.
Et quand aujourd’hui PSPP ou Mathieu Bock-Côté délirent sur les dangers de la gauche radicale, je pouffe.
Il semble que dans cette province qui est la nôtre, le jeu de la politique ait un seul et unique but : conserver les privilèges d’une classe politique d’hommes blancs et riches qui tirent les ficelles du pouvoir.
S’il y avait vraiment une gauche au Québec, on en parlerait. C’est bien ce qu’ils craignent.
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NUMB - Baraka Books
Shocked and awed into submission, we are like captive animals in a zoo. What we see in zoo animals today may be a ghostly image of ourselves. — Permalien
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Ruines et mirages de la troisième voie
Plusieurs vulgarisateurs aiment comparer le Québec à un adolescent devenu assez grand pour voler de ses propres ailes. Mais une analogie plus fidèle et moins infantilisante serait plutôt celle de Robert Charlebois dans L’Indépendantriste : le Québec et le Canada sont un couple dysfonctionnel, un mariage arrangé devenu mariage de raison, mais dont l’un des partenaires n’a jamais vraiment accepté les conditions et se verrait systématiquement minorisé, aliéné, incapable d’une émancipation complète.
Ruines et mirages de la troisième voie
Plusieurs vulgarisateurs aiment comparer le Québec à un adolescent devenu assez grand pour voler de ses propres ailes. Mais une analogie plus fidèle et moins infantilisante serait plutôt celle de Robert Charlebois dans L’Indépendantriste : le Québec et le Canada sont un couple dysfonctionnel, un mariage arrangé devenu mariage de raison, mais dont l’un des partenaires n’a jamais vraiment accepté les conditions et se verrait systématiquement minorisé, aliéné, incapable d’une émancipation complète. Dans cette optique, les promesses de la troisième voie pourraient être comparées à celles d’un conjoint qui clame « je vais changer! » pour éviter que sa femme ne fasse ses valises.
On a beau rire de la blague de Deschamps sur le Québec indépendant dans un Canada uni, mais force est d’admettre que ce genre de proposition est toujours très populaire. Le grand défi du mouvement souverainiste est là : faire comprendre aux indécis que la troisième voie ne fonctionnera jamais, que le régime fédéral est fait pour concentrer toujours plus le pouvoir, qu’il n’y a pas de différence réelle entre le fédéralisme que nous subissons depuis trop longtemps et l’autonomie qu’on nous promet depuis à peu près aussi longtemps. Le mouvement souverainiste doit jouer le rôle de l’amie qui aide une conjointe malheureuse à comprendre que son partenaire ne changera pas.
Les appuis au projet souverainiste sont étonnamment stables depuis les dernières décennies : un peu plus du tiers de la population y est favorable. Plusieurs opposants en concluent abusivement que les deux tiers des Québécois désirent rester dans le Canada tel qu’il est actuellement. Mais en réalité, les véritables fédéralistes, au Québec, sont plutôt rares. Personne ne serait assez fantasque pour proposer de signer la Constitution qui nous a été imposée, et la plupart des gens semblent vouloir oublier l’anormalité de cette situation. Même au PLQ, l’attachement au régime actuel ne peut se justifier que par l’affirmation du caractère distinct de notre nation et la défense d’une certaine autonomie, ce qui s’éloigne beaucoup du modèle centralisateur de son grand-frère fédéral, du moins en théorie.
Si tant de gens sont frileux face à l’indépendance, c’est qu’ils croient encore qu’il doit exister une possibilité de compromis entre cette option trop radicale et celle du statu quo. On voit là une tendance typiquement québécoise à chercher un moyen de moyenner. Or l’idée d’un « beau risque », d’un fédéralisme « renouvelé », « d’ouverture » ou « asymétrique » a déjà été tentée. L’autonomisme qui nous avait été promis par Legault, et qui est aujourd’hui repris par Fréchette et Duhaime, n’est pas bien différent de ce qu’ont pu proposer Bourassa, Layton, Mulroney, Dumont, Duplessis ou Harper. Même des Charest et des Couillard ont prétendu vouloir assurer au gouvernement québécois une certaine autonomie dans certains champs de compétence. Toutes ces tentatives ont été des échecs, et une province dont la devise est Je me souviens gagnerait à en tirer des leçons.
Ce sera probablement le principal obstacle du camp du Oui lors d’un prochain référendum : des députés promettront de « mettre leurs sièges en jeu » pour que le Québec puisse s’épanouir au sein de la fédération. Des citoyens de bonne foi voudront « donner une dernière chance au Canada », en oubliant toutes les fois où ces dernières chances ont été gâchées. Des militants souverainistes tenteront de combattre les arguments fédéralistes en oubliant que leur principal adversaire n’est pas le régime canadien actuel, mais le fantasme qu’un trop grand nombre d’entre nous entretiennent de voir le Canada nous accorder l’autonomie à laquelle nous aspirons sans que nous ayons à assumer pleinement toutes nos responsabilités.
Plusieurs militants aiment perdre leur temps en querelles intestines et en procès de pureté, remettant en question la réelle ferveur souverainiste de tel parti, de telle organisation ou de telle personne. Une approche plus constructive serait plutôt d’aller voir les deux tiers de nos concitoyens pour questionner leur ardeur fédéraliste : es-tu vraiment attaché au Canada tel qu’il est? Ou au Canada tel que tu crois qu’il pourrait être? Ou tel que tu voudrais qu’il soit?
On reproche souvent aux indépendantistes de vendre du rêve. Il est temps de renverser ce reproche en faisant la démonstration que la véritable illusion est celle d’un Canada respectueux des aspirations du Québec.
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Élections au Québec: qu’ont-elles de particulier cette année? Quels sont les enjeux?
À compter d’aujourd’hui et jusqu’à la fin de la campagne électorale qui vient de commencer, InfoBref vous présente chaque vendredi un épisode Éclairage du balado InfoBref pour en suivre les événements, débats et tendances essentiels. En 10 à 15 minutes, notre collaborateur Patrick White, politologue, ancien journaliste politique et actuellement professeur à l’École des médias de l’Uqam, nous résume chaque semaine les grandes lignes de ce qu’il faut savoir d’ici le vote du 5 octobre. À
Élections au Québec: qu’ont-elles de particulier cette année? Quels sont les enjeux?

À compter d’aujourd’hui et jusqu’à la fin de la campagne électorale qui vient de commencer, InfoBref vous présente chaque vendredi un épisode Éclairage du balado InfoBref pour en suivre les événements, débats et tendances essentiels.
En 10 à 15 minutes, notre collaborateur Patrick White, politologue, ancien journaliste politique et actuellement professeur à l’École des médias de l’Uqam, nous résume chaque semaine les grandes lignes de ce qu’il faut savoir d’ici le vote du 5 octobre.
À regarder dans la chaine YouTube d’InfoBref
À écouter à InfoBref.com/audio | Apple Podcasts | Spotify
[L'article Élections au Québec: qu’ont-elles de particulier cette année? Quels sont les enjeux? a d'abord été publié dans InfoBref.]
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Voici comment les chefs des cinq partis ont entamé leur campagne
Caq Christine Fréchette était à Québec. Elle fait de la guerre commerciale avec les États-Unis la question de l’urne, et a désigné Donald Trump comme son «véritable adversaire». Parti conservateur du Québec Éric Duhaime était dans Bellechasse, dans Chaudière-Appalaches, où il se présente. Il soutient que les Québécois ne s’intéressent pas aux positions de ses candidats – l’un d’entre eux s’était dit en faveur de l’annexion du Canada par les États-Unis – mais plutôt aux
Voici comment les chefs des cinq partis ont entamé leur campagne
Caq
Christine Fréchette était à Québec.
Elle fait de la guerre commerciale avec les États-Unis la question de l’urne, et a désigné Donald Trump comme son «véritable adversaire».
Parti conservateur du Québec
Éric Duhaime était dans Bellechasse, dans Chaudière-Appalaches, où il se présente.
Il soutient que les Québécois ne s’intéressent pas aux positions de ses candidats – l’un d’entre eux s’était dit en faveur de l’annexion du Canada par les États-Unis – mais plutôt aux solutions pour «dégraisser» l’État québécois.
Parti libéral du Québec
Charles Milliard était à Québec.
Milliard affirme qu’il est temps d’offrir aux Québécois des solutions.
Il a fait plusieurs annonces pour la Capitale-Nationale, dont des mesures visant à améliorer la mobilité.
Parti québécois
Paul St-Pierre Plamondon était dans sa circonscription, Camille-Laurin, à Montréal.
Il refuse de laisser la guerre commerciale «confisquer» l’élection, et affirme que le Parti québécois est l’«équipe économique la plus solide» face à Donald Trump.
Québec solidaire
Ruba Ghazal et Sol Zanetti étaient au Vieux-Port de Montréal.
Ils placent le logement, le coût de l’épicerie, le transport collectif, la redistribution de la richesse et l’indépendance en tête de leurs priorités.
[L'article Voici comment les chefs des cinq partis ont entamé leur campagne a d'abord été publié dans InfoBref.]
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Le gouvernement fédéral modifie sa liste de futurs contre-tarifs douaniers
Joanna Thompson, ministre fédérale des pêches, a indiqué que les produits du secteur des fruits de mer et du poisson seraient retirés de la liste de contre-tarifs canadiens qui doivent entrer en vigueur le 8 septembre. Thompson a assuré que la riposte fédérale resterait toutefois «équivalente au dollar près et au taux près» aux droits de douane américains. Un porte-parole du gouvernement fédéral a dit à Bloomberg que les droits de douane sur les produits de la mer seraient remplacés
Le gouvernement fédéral modifie sa liste de futurs contre-tarifs douaniers

Joanna Thompson, ministre fédérale des pêches, a indiqué que les produits du secteur des fruits de mer et du poisson seraient retirés de la liste de contre-tarifs canadiens qui doivent entrer en vigueur le 8 septembre.
Thompson a assuré que la riposte fédérale resterait toutefois «équivalente au dollar près et au taux près» aux droits de douane américains.
Un porte-parole du gouvernement fédéral a dit à Bloomberg que les droits de douane sur les produits de la mer seraient remplacés par des tarifs de 50% sur le cuivre et le charbon de bois américains.
[L'article Le gouvernement fédéral modifie sa liste de futurs contre-tarifs douaniers a d'abord été publié dans InfoBref.]
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Le Canada a attiré des dizaines de chercheurs établis aux États-Unis
Le gouvernement Carney avait instauré l’an dernier un financement de 1,7 milliard $ pour attirer ou ramener au Canada «les meilleurs talents». Mélanie Joly, ministre fédérale de l’industrie, a annoncé hier que 540 millions $ avaient permis de recruter une première cohorte de 64 chercheurs. Ces chercheurs ont accepté un poste de titulaire de chaire de recherche au pays. Selon plusieurs médias, 48 d’entre eux travaillaient auparavant aux États-Unis. [L'article Le Canada a attiré
Le Canada a attiré des dizaines de chercheurs établis aux États-Unis

Le gouvernement Carney avait instauré l’an dernier un financement de 1,7 milliard $ pour attirer ou ramener au Canada «les meilleurs talents».
Mélanie Joly, ministre fédérale de l’industrie, a annoncé hier que 540 millions $ avaient permis de recruter une première cohorte de 64 chercheurs.
Ces chercheurs ont accepté un poste de titulaire de chaire de recherche au pays.
- Selon plusieurs médias, 48 d’entre eux travaillaient auparavant aux États-Unis.
[L'article Le Canada a attiré des dizaines de chercheurs établis aux États-Unis a d'abord été publié dans InfoBref.]
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Un LOUPerivois dans la bergerie
Mourir pour des idées À la fin de la Seconde Guerre mondiale et au fur et à mesure qu’étaient dévoilées les exactions et atrocités commises par Staline, nombre d’intellectuels français qui avaient adhéré aux idéaux du communisme ont commencé à déchanter et à quitter les rangs du parti. Désillusionnés, ils se sont sentis trompés ces poètes, chanteurs, peintres et consorts qui, en toute bonne foi, avaient cru à un monde meilleur, à une réelle prise en main de leur existence par les « prolétaire
Un LOUPerivois dans la bergerie
Mourir pour des idées
À la fin de la Seconde Guerre mondiale et au fur et à mesure qu’étaient dévoilées les exactions et atrocités commises par Staline, nombre d’intellectuels français qui avaient adhéré aux idéaux du communisme ont commencé à déchanter et à quitter les rangs du parti. Désillusionnés, ils se sont sentis trompés ces poètes, chanteurs, peintres et consorts qui, en toute bonne foi, avaient cru à un monde meilleur, à une réelle prise en main de leur existence par les « prolétaires de tous les pays ».
Ma propre génération n’a pas échappé à ce piège du miroir aux alouettes. Ainsi la formation des kibboutz en Israël a pu correspondre pour nous à un véritable renouveau, à une exaltante odyssée où un peuple presque décimé à peine quelques décennies plus tôt parvenait maintenant, au sein d’unités proches des idéaux collectivistes d’un Charles Fourier, à se redessiner un territoire, à enraciner un pays à même l’aridité du désert. Adamo chantait : « Requiem pour six millions d’âmes / […] qui malgré le sable infâme / ont fait pousser six millions d’arbres ».
À la même époque, en Chine, Mao Zedong s’acharnait à éradiquer ces dynasties de seigneurs de la guerre et autres roitelets qui avaient tenu des millions d’êtres humains sous leur férule pendant des siècles. Il faut pouvoir lire l’Histoire à rebours, éliminer les couches de sédiments qui s’y sont déposées et cristallisées au fil des ans. Il fut un temps où Mao était un héros, acclamé partout en Occident, son célèbre col (Mao) étant même devenu vêtement fétiche non seulement pour quelques rares aficionados mais au sein même des élites les plus huppées de la mode du moment. De même son Petit Livre rouge distribué à des millions d’exemplaires était un must au cœur des rayons de la bibliothèque de tout révolutionnaire de bon aloi.
Plus près de nous, dans la mer des Caraïbes, un jeune avocat du nom de Fidel Castro accompagné de son frère Raùl et de vaillants camarades dont Camilio Cienfuegos et Ernesto Che Guevara parvient à déloger un malfrat du nom de Fulgencio Batista, un dictateur corrompu qui à toutes fins utiles a vendu l’île à la Cosa Nostra, la pègre américaine. Encore là, Fidel est encensé par tous ceux et celles qui ont le cœur à gauche et la réussite de la révolution cubaine s’impose désormais à l’époque comme un modèle, la preuve tangible que le célèbre cri de ralliement pueblo unido jamas sera vencido n’est pas qu’un slogan creux et idéaliste mais s’impose comme une vérité : un peuple uni peut réellement parvenir à juguler les forces de l’obscurantisme qui le subjuguent. C’est cette fois Jean Ferrat qui se réjouit en s’écriant tout aussitôt Cuba si! Et le Che devient une icône internationale.
On connaît la suite et l’immonde traitement que fait subir à un peuple sans défense et sans moyens un empereur américain revanchard tout fier, du haut de sa dégoulinante bouffissure, de mâchouiller les derniers débris d’une révolution avortée. La Chine a resserré l’étau que Mao avait si laborieusement construit et, s’inspirant des plus lugubres cauchemars empruntés à Big Brother, circonscrit, fiche et catalogue aujourd’hui chacun de ses citoyens à l’aide d’un réseau de caméras omniprésentes, tout comme on le fait par ailleurs à Téhéran. Et se drapant derrière ce même voile d’opacité et de déréliction qui s’abat sur l’humanité, Israël en profite pour s’imposer comme le plus féroce prédateur au Moyen-Orient, déployant ses tentacules meurtrières et frappant sur tout ce qui bouge, de la bande de Gaza au Liban, en passant par la Cisjordanie.
Voilà comment les élans de libération des peuples sont pervertis, comment des groupuscules ou des entités voués à leur naissance à de nobles idéaux sont récupérés peu à peu, dévoyés de leurs légitimes objectifs premiers, broyés dans le collimateur de l’Histoire ou de la realpolitik à la faveur des lubies ou de l’inexpérience de leurs instigateurs, parce que ces derniers ont succombé aux sirènes ou aux vanités du pouvoir, ou simplement parce qu’ils n’ont pas su comment endiguer ces terribles et indomptables forces qu’ils s’étaient ingéniés à susciter.
Brassens chantait : « Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente » et, prudent, il ajoute aussitôt : « Car, à forcer l’allure, il arrive qu’on meure pour des idées n’ayant plus cours le lendemain ». Pour notre plus grand malheur cependant, il y en a une idée qui ne semble jamais mourir : celle de la prédation, de l’appât du gain, de la cupidité, de la soif de pouvoir, cette pulsion destructrice qui gangrène la vie et nous laissera tous bientôt exsangues, nous lamentant aux bords du gouffre.
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La campagne électorale débute officiellement aujourd’hui
Christine Fréchette rencontrera ce matin la lieutenante-gouverneure du Québec. Elle lui demandera, comme le veut la tradition, de dissoudre l’Assemblée nationale afin de déclencher les élections. Les Québécois sont appelés aux urnes le lundi 5 octobre. La campagne durera 39 jours, soit la plus longue période autorisée. 127 députés siégeront désormais à l’Assemblée nationale. Deux sièges ont été ajoutés lors du remaniement de la carte électorale. À la veille du déclen
La campagne électorale débute officiellement aujourd’hui
Christine Fréchette rencontrera ce matin la lieutenante-gouverneure du Québec.
Elle lui demandera, comme le veut la tradition, de dissoudre l’Assemblée nationale afin de déclencher les élections.
Les Québécois sont appelés aux urnes le lundi 5 octobre.
La campagne durera 39 jours, soit la plus longue période autorisée.
127 députés siégeront désormais à l’Assemblée nationale.
- Deux sièges ont été ajoutés lors du remaniement de la carte électorale.
À la veille du déclenchement des élections:
- la Caq avait 79 députés;
- le Parti libéral du Québec, 18;
- Québec solidaire, 11;
- le Parti québécois, 7;
- le Parti conservateur du Québec, 1;
- 9 députés étaient indépendants.
Fréchette tiendra une conférence de presse à 11 h avant d’entamer sa propre campagne.
[L'article La campagne électorale débute officiellement aujourd’hui a d'abord été publié dans InfoBref.]
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EN RAFALE
Paul Saint-Pierre-Plamondon a annoncé le retrait de la candidature de Vincent Marissal à Québec. Le chef péquiste a indiqué que Marissal aurait prêté, via un site d’échange de logements, l’appartement pour lequel il recevait une allocation de l’Assemblée nationale. Le Parti conservateur du Québec promet de réduire le taux de l’impôt sur le revenu des sociétés de 11,5% à 4,7% au cours du premier mandat d’un gouvernement conservateur. Québec solidaire s’engage à prendre en charge le m
EN RAFALE
Paul Saint-Pierre-Plamondon a annoncé le retrait de la candidature de Vincent Marissal à Québec. Le chef péquiste a indiqué que Marissal aurait prêté, via un site d’échange de logements, l’appartement pour lequel il recevait une allocation de l’Assemblée nationale.
Le Parti conservateur du Québec promet de réduire le taux de l’impôt sur le revenu des sociétés de 11,5% à 4,7% au cours du premier mandat d’un gouvernement conservateur.
Québec solidaire s’engage à prendre en charge le matériel scolaire, en remplaçant le supplément de fournitures scolaires de 127 $ par enfant par un achat groupé des fournitures effectué par le Centre d’acquisitions gouvernementales.
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Bill Gates plaide pour une réglementation plus stricte de l’IA
Le fondateur de Microsoft croit que l’intelligence artificielle présente un défi «monumental» pour l’humanité. Dans un long essai publié en ligne et dont la portée est amplifiée par une entrevue qu’il a donnée au New York Times, le célèbre entrepreneur devenu philanthrope fait plusieurs suggestions dont: imposer une taxe pour décourager les organisations de remplacer des employés par l’IA – et distribuer les fonds ainsi perçus aux travailleurs qui auront perdu leur emploi à cause de
Bill Gates plaide pour une réglementation plus stricte de l’IA

Le fondateur de Microsoft croit que l’intelligence artificielle présente un défi «monumental» pour l’humanité.
Dans un long essai publié en ligne et dont la portée est amplifiée par une entrevue qu’il a donnée au New York Times, le célèbre entrepreneur devenu philanthrope fait plusieurs suggestions dont:
- imposer une taxe pour décourager les organisations de remplacer des employés par l’IA – et distribuer les fonds ainsi perçus aux travailleurs qui auront perdu leur emploi à cause de l’IA;
- réserver certaines tâches aux humains en interdisant qu’elles soient confiées à l’IA ou à des robots.
[L'article Bill Gates plaide pour une réglementation plus stricte de l’IA a d'abord été publié dans InfoBref.]
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Riposte canadienne aux tarifs douaniers américains – voici l’essentiel
Le gouvernement fédéral a présenté des mesures en représailles aux droits de douane américains entrés en vigueur samedi dernier. À compter du 8 septembre, le Canada imposera des taxes à l’importation de 15%, 25% ou 50% sur environ 700 produits américains. Secteurs les plus touchés acier produits laitiers électroménagers matériel agricole pâtes et papiers électronique Ces contres-tarifs ne visent que des produits frappés par des tarifs américains. Ils s’ap
Riposte canadienne aux tarifs douaniers américains – voici l’essentiel

Le gouvernement fédéral a présenté des mesures en représailles aux droits de douane américains entrés en vigueur samedi dernier.
À compter du 8 septembre, le Canada imposera des taxes à l’importation de 15%, 25% ou 50% sur environ 700 produits américains.
Secteurs les plus touchés
- acier
- produits laitiers
- électroménagers
- matériel agricole
- pâtes et papiers
- électronique
Ces contres-tarifs ne visent que des produits frappés par des tarifs américains.
Ils s’appliqueront à presque 28 milliards $ d’exportations annuelles des États-Unis vers le Canada.
- C’est un montant équivalent à celui des exportations canadiennes vers les États-Unis visées par les nouveaux tarifs américains.
Réponse américaine à la riposte canadienne
Donald Trump avait dès lundi, avant qu’on connaisse le détail des contre-tarifs, menacé de porter à 50% en janvier prochain les tarifs américains sur les voitures, les camions, les pièces automobiles et l’acier canadiens.
[L'article Riposte canadienne aux tarifs douaniers américains – voici l’essentiel a d'abord été publié dans InfoBref.]
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Guerre commerciale: le gouvernement Carney a annoncé des mesures d’aide totalisant 7,5 milliards $
Principales mesures pour les entreprises créer un fonds de diversification doté de 2 milliards $ pour soutenir les entreprises touchées par les droits de douane qui ont des projets prêts à démarrer; bonifier de 1,5 milliard $ l’initiative qui aidait déjà les PME à faire face aux droits de douane; injecter 500 millions $ dans un programme de la Banque de développement du Canada. Principales mesures pour les travailleurs Ottawa compte prolonger plusieurs mesures de l’assuran
Guerre commerciale: le gouvernement Carney a annoncé des mesures d’aide totalisant 7,5 milliards $
Principales mesures pour les entreprises
- créer un fonds de diversification doté de 2 milliards $ pour soutenir les entreprises touchées par les droits de douane qui ont des projets prêts à démarrer;
- bonifier de 1,5 milliard $ l’initiative qui aidait déjà les PME à faire face aux droits de douane;
- injecter 500 millions $ dans un programme de la Banque de développement du Canada.
Principales mesures pour les travailleurs
Ottawa compte prolonger plusieurs mesures de l’assurance-emploi visant à:
- éliminer la période d’attente d’une semaine;
- permettre aux travailleurs de recevoir des prestations sans que les indemnités de cessation d’emploi ne soient d’abord épuisées;
- accorder 20 semaines supplémentaires de prestations aux travailleurs de longue date.
[L'article Guerre commerciale: le gouvernement Carney a annoncé des mesures d’aide totalisant 7,5 milliards $ a d'abord été publié dans InfoBref.]
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EN RAFALE
Pablo Rodriguez, ancien chef du Parti libéral du Québec, n’a commis aucune infraction lors de la course à la chefferie du PLQ de l’an dernier, selon l’enquête de l’Unité permanente anticorruption. Nicolas Marceau, ancien ministre des finances de Pauline Marois, sera candidat pour le Parti québécois dans la circonscription de Marie-Victorin, en Montérégie. Clodine Desrochers, ancienne animatrice de Radio-Canada et TVA, sera candidate pour la Caq dans la circonscription de Joliette, da
EN RAFALE
Pablo Rodriguez, ancien chef du Parti libéral du Québec, n’a commis aucune infraction lors de la course à la chefferie du PLQ de l’an dernier, selon l’enquête de l’Unité permanente anticorruption.
Nicolas Marceau, ancien ministre des finances de Pauline Marois, sera candidat pour le Parti québécois dans la circonscription de Marie-Victorin, en Montérégie.
Clodine Desrochers, ancienne animatrice de Radio-Canada et TVA, sera candidate pour la Caq dans la circonscription de Joliette, dans Lanaudière.
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Le gouvernement fédéral commande ses brise-glaces au Québec
Mark Carney a annoncé que le gouvernement fédéral avait confié à Chantier Davie, à Lévis, dans Chaudière-Appalaches, la construction de six brise-glaces. Le gouvernement veut remplacer les brise-glaces vieillissants de la Garde côtière canadienne. Ces imposants navires: ouvrent les voies commerciales maritimes; répondent aux appels de bateaux en détresse. Les nouveaux brise-glaces seront construits à partir d’acier et d’autres matériaux canadiens. Selon Ottawa, le premi
Le gouvernement fédéral commande ses brise-glaces au Québec

Mark Carney a annoncé que le gouvernement fédéral avait confié à Chantier Davie, à Lévis, dans Chaudière-Appalaches, la construction de six brise-glaces.
Le gouvernement veut remplacer les brise-glaces vieillissants de la Garde côtière canadienne.
Ces imposants navires:
- ouvrent les voies commerciales maritimes;
- répondent aux appels de bateaux en détresse.
Les nouveaux brise-glaces seront construits à partir d’acier et d’autres matériaux canadiens.
Selon Ottawa, le premier sera prêt dans 5 ans et l’ensemble de la flotte, avant 2038.
Le montant total du contrat s’élève à plus de 11 milliards $.
[L'article Le gouvernement fédéral commande ses brise-glaces au Québec a d'abord été publié dans InfoBref.]
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Presque tous les principaux partis au Québec adhèrent à un code de conduite sur l’IA
Ivado, un consortium de recherche en intelligence artificielle piloté par l’Université de Montréal, a créé l’automne dernier un code visant à encadrer un usage responsable de l’IA en politique. En adhérant au code, les partis s’engagent notamment à: favoriser la transparence; limiter les risques liés aux hypertrucages et aux contenus trompeurs. La Caq et Québec solidaire avaient adhéré à ce code de conduite en mars dernier. Le Parti québécois et le Parti libéral du Québ
Presque tous les principaux partis au Québec adhèrent à un code de conduite sur l’IA
Ivado, un consortium de recherche en intelligence artificielle piloté par l’Université de Montréal, a créé l’automne dernier un code visant à encadrer un usage responsable de l’IA en politique.
En adhérant au code, les partis s’engagent notamment à:
- favoriser la transparence;
- limiter les risques liés aux hypertrucages et aux contenus trompeurs.
La Caq et Québec solidaire avaient adhéré à ce code de conduite en mars dernier.
Le Parti québécois et le Parti libéral du Québec viennent de signer.
Le Parti conservateur du Québec est le seul à ne pas adhérer au code.
[L'article Presque tous les principaux partis au Québec adhèrent à un code de conduite sur l’IA a d'abord été publié dans InfoBref.]