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  • 83% des femmes victimes de viol sont des sales connes (selon Brigitte Macron).
    La dernière fois que l’injure avait fait irruption dans le champ politique français et même francophone (en tout cas, à ma connaissance), c’était dans la bouche de Sarko président en 2008, lorsqu’en déplacement au salon de l’agriculture et en réponse à un passant qui refusait de lui serrer la main il lui envoyait son désormais (tristement) célèbre : « casse toi pauv’con« . Dix-sept ans plus tard (2025), c’est cette fois la « première dame », Brigitte Macron, qui dans une séquence tout à fait off
     

83% des femmes victimes de viol sont des sales connes (selon Brigitte Macron).

9 décembre 2025 à 11:57

La dernière fois que l’injure avait fait irruption dans le champ politique français et même francophone (en tout cas, à ma connaissance), c’était dans la bouche de Sarko président en 2008, lorsqu’en déplacement au salon de l’agriculture et en réponse à un passant qui refusait de lui serrer la main il lui envoyait son désormais (tristement) célèbre : « casse toi pauv’con« .

Dix-sept ans plus tard (2025), c’est cette fois la « première dame », Brigitte Macron, qui dans une séquence tout à fait officielle mais éditorialisée comme étant « Off », se fend d’un « S’il y a les sales connes, on va les foutre dehors. » En référence aux militantes féministes manifestant à l’entrée des spectacles de l’acteur Ary Abittan accusé de viol (et qui a bénéficié d’un non-lieu).

 

 

Cette polémique intervient dans un contexte où la « grande cause » du 1er quinquennat Macron était celle de la lutte contre les violences faites aux femmes. Et où donc la dernière grande causerie de son 2nd quinquennat est de lutter contre les sales connes qui font rien qu’à embêter Gérard (Depardieu), Ary (Abittan), et les autres.

Un contexte dans lequel, également, de Darmanin à Hulot et jusqu’à Depardieu, Emmanuel Macron a toujours entretenu une posture a minima problématique dans le soutien affiché à ses amis, ministres ou figures emblématiques de la nation plutôt qu’à la présomption d’innocence et à la parole des femmes victimes.

Un contexte, enfin, où la parole de Brigitte Macron est toujours en arrière-fond polluée par l’ensemble des saloperies et calomnies sur sa supposée véritable identité de genre. Du coup au moment où j’écris cet article (vit’fait entre deux cours et réunions le matin du 9 décembre) je suis prêt à parier sur le fait que dès ce soir certains éditos traiteront cette prise de parole (qui reste fondamentalement inacceptable) sous l’angle pervers du « vous voyez, elle dit tout haut ce que plein de mâles s’imaginant dominants pensent tout bas« , ce qui sera suffisant pour que le discours d’escorte des médias sociaux fasse le reste et mobilise les signifiés retors et dégueulasses du « bah en fait si elle parle comme un homme c’est bien que …« .

Depuis 2008, depuis le « casse-toi pauv’con » du premier président délinquant emprisonné de la république française, la vie autant que la parole politique se sont, partout dans le monde, brutalisées. Les injures et insultes sont devenues la rhétorique d’une audience garantie pour tout un ensemble d’hommes et de femmes politiques (mais davantage des hommes quand même) qui oscillent entre autoritarisme et illibéralisme dans la mouvance de théoriciens de l’extrême-droite comme Steve Bannon à sa grande époque, qui recommandait « d’inonder la zone de merde« . Injures et insultes dans la parole politique et le débat public ne sont que deux des innombrables robinets qui permettent à cette inondation de se déclencher ou de se perpétuer.

« On se traite de con à peine qu’on se traite » écrivait Claude Nougaro. Et sans cesse tombent de nouvelles barrières de ce qui était un indicible en politique, le recours à l’injure et à l’insulte publique.

Si le sujet n’était pas aussi grave, si les chiffres n’étaient pas ce qu’ils sont, s’il n’y avait pas une tentative de viol toutes les deux minutes et trente secondes en France, si plus d’une femme sur deux en France et plus de six jeunes femmes sur dix n’avaient pas déjà été victimes de harcèlement ou d’agression sexuelle au moins une fois dans leur vie, et si 86% des plaintes pour viol n’étaient pas classées sans suite et s’il n’y avait donc pas au moins 86% de femmes se rangeant dans la catégorie Macroniste de « sales connes », alors on pourrait recourir à l’analyse linguistique et étymologique. Alors on pourrait parler de l’origine du mot « con », qui est aussi l’origine du monde et pas que chez Courbet ; alors on pourrait évoquer à ce que cela renvoie et mobilise comme renversement de stigmate au carré, quand une femme (a fortiori désignée comme « la première ») l’adresse à d’autres femmes (victimes et/ou militantes) en déclinant l’insulte d’une désignation vulgarisée de la source même des agressions dont elles sont victimes, et pour le coup littéralement salies. « Sales connes » c’est dans le langage, une injure au carré et une violence au cube.

Il est de toute façon déjà trop tard. La séquence médiatique est déjà passée en mode tambours et trompettes. Et quoi que l’on pense du fond, dans la forme tout s’y prête, tout est éditorialisé pour que tout s’emballe car tous les codes de l’emballement viral sont présents dans un écosystème informationnel qui est en prédation constante du moindre de ces signaux (le faux « off », la surface publique des gens en présence, leur propre storytelling, la fausse polémique entre respect d’une décision de justice et droit de manifester, le refus de formuler des excuses claires – officiellement il paraît qu’elle ne faisait que condamner un mode d’action, et bien sûr l’effet Streisand puisque certains ont cru bon de dépublier la vidéo en question en imaginant qu’ainsi elle allait disparaître totalement).

Alors pourquoi prendre (ou perdre) le temps de consigner tout cela par écrit dans cet article ? Parce qu’une chose me frappe à la (re)lecture récente d’un fragment de Deleuze à propos de ce que c’est qu’être de gauche (et non je ne vous parle pas du classique « Être de gauche c’est d’abord penser le monde, puis son pays, puis ses proches, puis soi ; être de droite c’est l’inverse« ).

Ce passage de Deleuze voilà longtemps que je voulais vous en parler et le consigner ici. Il me fallait une occasion que Brigitte Macron vient de me fournir. Ce passage de Deleuze c’est l’explication la plus profonde et la plus juste de la raison pour laquelle ni Brigitte Macron ni Emmanuel Macron (ni tant d’autres) n’ont jamais été et ne seront jamais de gauche et sont bien authentiquement de droite mais d’une droite qui quoi qu’elle en dise ne sera jamais en capacité de faire aux femmes la place qui devrait être la leur dans notre société c’est à dire à égalité de devenir et de puissance.

Vous me direz qu’il n’était pas besoin du recours à Deleuze pour parvenir à dresser ce constat. Je vous le concède aisément. Quoique. Lisez ci-dessous. Surtout lisez le dernier paragraphe que je souligne. Et reparlons-en après.

 « Si on me disait : « comment définir être de gauche » ? ou « comment définir la gauche » ?. Je le dirais de deux manières. Il y a deux façons.
C’est, d’abord, une affaire de perception.(…) En effet, être de gauche, c’est savoir que les problèmes du tiers monde sont plus proches de nous que les problèmes de notre quartier. C’est vraiment une question de perceptions. Ce n’est pas une question de belle âme ! C’est ça, d’abord, être de gauche, pour moi.

Et deuxièmement, être de gauche, c’est être par nature – ou plutôt devenir, c’est un problème de devenir -. C’est : ne pas cesser de devenir minoritaire. (…) Or, la majorité est par nature l’ensemble qui, a tel moment, réalisera cet étalon, c’est-à-dire l’image sensée de l’homme adulte, mâle, citoyen des villes. Si bien que je peux dire que la majorité, ça n’est jamais personne. C’est un étalon vide. Simplement, un maximum de personnes se reconnaissent dans cet étalon vide. (…) Alors, les femmes vont compter et vont intervenir dans la majorité ou dans des minorités secondaires, d’après leur groupement par rapport à cet étalon. Mais à côté de ça, il y a quoi ? Il y a tous les devenirs qui sont des devenirs minoritaires ! Je veux dire: les femmes, ce n’est pas un acquis. Elle ne sont pas femmes par nature. Les femmes, elles ont un devenir femme. Du coup, si les femmes ont un devenir femme, les hommes aussi ont un devenir femme. On parlait tout à l’heure des devenirs animaux. Les enfants, il ont un devenir enfant. Ils ne sont pas enfants par nature. Tous ces devenirs-là sont des devenirs minoritaires.

(…) L’homme mâle adulte, il n’a pas un devenir. Il peut devenir femme, alors il s’engage dans les processus minoritaires. La gauche, c’est l’ensemble des processus de devenir minoritaires. Donc, je peux dire, à la lettre : la majorité c’est personne, la minorité c’est tout le monde. C’est ça, être de gauche : savoir que la minorité, c’est tout le monde. Et que c’est là que se passent les phénomènes de devenir.« 

 

Alors d’abord il faut remercier les militantes de Nous Toutes et toutes les autres militantes aussi. D’être toujours là pour rendre sensibles ces processus de devenir.

Le sale con s’est finalement cassé (ou il a fait 3 semaines de prison, on ne sait plus très bien). Les sales connes, elles, continuent de résister, de parler, et de faire exister l’indicible, l’injustifiable et l’in-justiciable qui accompagne ces violences. Et pendant qu’un nombre considérable de gros cons et de grosses connes sont au pouvoir, ou à ses portes, c’est bien là l’essentiel.

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  • Fits and Starts [en]
    [en] Heavens, what happened to blogging after 8pm? There was a week there where I seemed on a roll. I was also managing the rest of my life. And the small slice of work. It felt like it was working out. And these days I’m just too exhausted for pretty much anything. I looked back to my Day One entries to see when I’d started writing like “exhausted” pretty much every day, and it goes back a couple of weeks (at least). What happened? It’s not even clear. The days go by and I reach my even
     

Fits and Starts [en]

2 décembre 2025 à 15:38
[en]

Heavens, what happened to blogging after 8pm? There was a week there where I seemed on a roll. I was also managing the rest of my life. And the small slice of work. It felt like it was working out.

And these days I’m just too exhausted for pretty much anything. I looked back to my Day One entries to see when I’d started writing like “exhausted” pretty much every day, and it goes back a couple of weeks (at least). What happened? It’s not even clear.

The days go by and I reach my evenings with barely the energy to crawl into bed. I’ve had the return of the headaches, too, after a tiring/tired week and a wonderful (but tiring) week-end at a singing workshop. Days become weeks, to use the worn out turn of phrase.

So, I remember that recovery isn’t linear. I dump links and quick thoughts in Mastodon and each time, regret that I don’t yet have a functional system to help me collect them into a daily or weekly digest-like blog post. My old blogging pal Les Orchard has some flavour of this going on his side, and I’m envious. (Happy for him, but wishing I had what I want too; doesn’t help that I haven’t even really had the energy to describe my vision for it properly, or poke around amongst existing WordPress plugins to see if there is a way to whip up some minimal viable version of it.)

Oscar hasn’t had another epileptic fit (fingers crossed). Pheno doesn’t work for him, so we upped the gabapentin and are crossing toes too. His bloodwork is honestly quite good for a gentleman his age, so it seems he hasn’t said his last word yet. I got a few videos of him in the garden chasing after Juju (who is getting rounder by the day).

It’s 9.30pm. Time to crawl into bed.

(Now that really was a quick blog post.)

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • « C’est comme ça qu’on vit au Québec »
    « Parce que c’est comme ça qu’on vit au Québec, et c’est comme ça qu’on va continuer à vivre, ensemble! »Qui est ce « on » dont nous parle Jean-François Roberge? Visiblement, les femmes musulmanes portant un voile n’en font pas partie. Pourquoi donc? La première mosquée québécoise a été construite à Ville Saint-Laurent en 1965. Les Maghrébins ont commencé à migrer au Québec par milliers dans les années 1970, à l’époque où nous étions ravis d’accueillir une immigration francophone. Après combien
     

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »

1 décembre 2025 à 06:47

« Parce que c’est comme ça qu’on vit au Québec, et c’est comme ça qu’on va continuer à vivre, ensemble! »
Qui est ce « on » dont nous parle Jean-François Roberge? Visiblement, les femmes musulmanes portant un voile n’en font pas partie. Pourquoi donc? La première mosquée québécoise a été construite à Ville Saint-Laurent en 1965. Les Maghrébins ont commencé à migrer au Québec par milliers dans les années 1970, à l’époque où nous étions ravis d’accueillir une immigration francophone. Après combien de générations est-ce qu’une personne peut commencer à se considérer québécoise?

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Je reconnais à cette formulation le mérite d’être honnête. La xénophobie est franchement assumée. Au Québec, on ne porte pas de voile. Vous portez un voile? Vous n’êtes pas Québécoise. Cette vision étriquée de la laïcité est littéralement la seule loi au Québec qu’on associe à ce point à notre identité. Le Québec est depuis longtemps plus restrictif que les autres provinces / états en matière de consommation de tabac ou de possession d’armes à feu, pour ne citer que ces deux exemples, mais on n’a jamais présenté ces distinctions comme des « valeurs québécoises ».

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
On aime se faire croire qu’il existerait au Québec une tradition laïque qui remonterait à la Révolution tranquille. Des histoires qu’on se raconte pour se donner bonne conscience. J’aime rappeler que la première controverse québécoise sur le voile islamique a éclaté en 1994, lorsqu’une élève a été exclue de l’école secondaire Louis-Riel parce qu’elle voulait porter son hidjab, ce qui était contraire aux normes vestimentaires de l’école. Pour l’anecdote, l’élève en question s’appelait Émilie Ouimet. Pour l’anecdote encore une fois, la jeune Émilie a notamment été défendue par le Congrès juif, dont le porte-parole a souligné que le port de la kippa n’a jamais été contesté dans les écoles publiques. Les Québécois s’accommodaient d’un symbole juif, mais un symbole musulman? Voilà qui dépassait les bornes.

Déjà à l’époque, Normand Baillargeon présentait le voile comme une « arme brandie par des intégristes contre l’école républicaine » (« Gérer des normes », Le Devoir, 20 septembre 1994, page B-1) et Christian Rioux le présentait comme un obstacle à l’intégration (« La France voilée », Le Devoir, 19 septembre 1994, p. B-1). L’ironie, c’est que l’école Louis-Riel appartenait à la Commission scolaire catholique de Montréal et dispensait des cours d’enseignement religieux comme toutes les autres écoles. Le Québec ne s’est jamais opposé aux manifestations religieuses dans les écoles avant que l’islam devienne visible dans l’espace public. Voilà à peine 17 ans que les cours d’enseignement catholique ont disparu du programme scolaire. Ce n’est pas ce que j’appelle une tradition. L’islamophobie est implantée au Québec depuis bien plus longtemps que la laïcité.

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Notre supposé attachement à l’égalité entre les hommes et les femmes est un autre pieux mensonge. On se le répète tel un mantra, comme si toutes les avancées de la condition féminine ne s’étaient pas faites au terme d’un long combat des féministes contre les hommes détenant le pouvoir. Même dans les mouvements de gauche, même dans les syndicats, les femmes ont toujours dû se battre pour convaincre leurs partenaires de lutte de s’intéresser à l’équité salariale ou au harcèlement sexuel. Les femmes ministres telles que Louise Harel et Monique Jérôme-Forget ont dû argumenter pendant des années avec leurs collègues pour obtenir la Loi sur l’Équité salariale en 1996. Aujourd’hui, on parle comme si les hommes québécois avaient toujours accompagné les femmes dans leur lutte pour l’égalité. Voulez-vous bien me dire contre qui les féministes se sont battues?

Le gouvernement qui lutte contre les éducatrices, les enseignants et les infirmières à chaque renouvellement de convention collective pour ne pas trop augmenter leurs salaires, qui refuse d’augmenter le financement des refuges pour femmes et qui a renoncé à construire des logements pour héberger les victimes de violence conjugale parce que ça coûte trop cher ne peut pas se prétendre féministe. Idem pour nos nationaleux qui ne s’intéressent à la condition féminine que lorsqu’il est question d’islam ou de transidentité. Là, c’est vrai, les hommes montent aux barricades.

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Quand j’entends cette phrase, je repense aux photos partagées par les ministres caquistes pendant le couvre-feu en 2021. Sous prétexte de nous montrer qu’on peut être heureux sans sortir, nos gouvernants étalaient leur luxueux milieu de vie. Les ministres caquistes et moi ne portons pas de signe religieux, mais ça ne signifie pas que nos modes de vie se ressemblent. Je n’ai pas un divan en cuir blanc dans une somptueuse véranda comme Jean-François Roberge, une cour assez grande pour pratiquer le « snowskate » comme François Legault ou un piano de neuf pieds dans un salon plus grand qu’un deux et demi comme André Lamontagne. Je ne me déplace dans une voiture de fonction avec chauffeur privé. Faut-il rappeler que ce gouvernement n’a rien fait pour contrôler l’explosion des loyers depuis 2018 et refuse de financer le transport en commun? Mon mode de vie ressemble probablement beaucoup plus à celui de l’éducatrice musulmane qu’à celui du ministre de la « Laïcité ».

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Qui a décidé ça et sur quelles bases? Les sondages? Après une campagne de peur contre l’islam menée depuis 20 ans par certains médias sensationnalistes, une armée de commentateurs et quatre ou cinq partis politiques, ce n’est pas étonnant que des mesures répressives contre cette religion en particulier soient appuyées par une majorité de gens qu’on interroge. Il n’y a rien de plus facile que d’appuyer une interdiction qui vise uniquement les autres. Demandez aux gens s’ils sont prêts à payer 5$ par semaine pour interdire le voile aux éducatrices. Vous verriez à quel point leur appui est moins fort que vous pensiez.

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Le seul but d’une telle phrase est de créer un « Nous » et un « Eux » (pour ne pas dire un « Elles »). On pointe du doigt, on fabrique un coupable, on stigmatise. Tout ça pour aller glaner des votes. Je suis bien conscient que ce n’est pas demain que nos politiciens vont cesser d’exploiter les préjugés contre les musulmans: c’est une stratégie rentable sur le plan électoral. Arrêtons au moins de nous faire croire que notre hostilité envers l’islam vient d’une tradition féministe ou laïque. Les seules traditions sur lesquelles reposent la loi 21 et la loi 9 sont la xénophobie et l’islamophobie.

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  • « C’est comme ça qu’on vit au Québec »
    « Parce que c’est comme ça qu’on vit au Québec, et c’est comme ça qu’on va continuer à vivre, ensemble! »Qui est ce « on » dont nous parle Jean-François Roberge? Visiblement, les femmes musulmanes portant un voile n’en font pas partie. Pourquoi donc? La première mosquée québécoise a été construite à Ville Saint-Laurent en 1965. Les Maghrébins ont commencé à migrer au Québec par milliers dans les années 1970, à l’époque où nous étions ravis d’accueillir une immigration francophone. Après combien
     

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »

1 décembre 2025 à 06:47

« Parce que c’est comme ça qu’on vit au Québec, et c’est comme ça qu’on va continuer à vivre, ensemble! »
Qui est ce « on » dont nous parle Jean-François Roberge? Visiblement, les femmes musulmanes portant un voile n’en font pas partie. Pourquoi donc? La première mosquée québécoise a été construite à Ville Saint-Laurent en 1965. Les Maghrébins ont commencé à migrer au Québec par milliers dans les années 1970, à l’époque où nous étions ravis d’accueillir une immigration francophone. Après combien de générations est-ce qu’une personne peut commencer à se considérer québécoise?

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Je reconnais à cette formulation le mérite d’être honnête. La xénophobie est franchement assumée. Au Québec, on ne porte pas de voile. Vous portez un voile? Vous n’êtes pas Québécoise. Cette vision étriquée de la laïcité est littéralement la seule loi au Québec qu’on associe à ce point à notre identité. Le Québec est depuis longtemps plus restrictif que les autres provinces / états en matière de consommation de tabac ou de possession d’armes à feu, pour ne citer que ces deux exemples, mais on n’a jamais présenté ces distinctions comme des « valeurs québécoises ».

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
On aime se faire croire qu’il existerait au Québec une tradition laïque qui remonterait à la Révolution tranquille. Des histoires qu’on se raconte pour se donner bonne conscience. J’aime rappeler que la première controverse québécoise sur le voile islamique a éclaté en 1994, lorsqu’une élève a été exclue de l’école secondaire Louis-Riel parce qu’elle voulait porter son hidjab, ce qui était contraire aux normes vestimentaires de l’école. Pour l’anecdote, l’élève en question s’appelait Émilie Ouimet. Pour l’anecdote encore une fois, la jeune Émilie a notamment été défendue par le Congrès juif, dont le porte-parole a souligné que le port de la kippa n’a jamais été contesté dans les écoles publiques. Les Québécois s’accommodaient d’un symbole juif, mais un symbole musulman? Voilà qui dépassait les bornes.

Déjà à l’époque, Normand Baillargeon présentait le voile comme une « arme brandie par des intégristes contre l’école républicaine » (« Gérer des normes », Le Devoir, 20 septembre 1994, page B-1) et Christian Rioux le présentait comme un obstacle à l’intégration (« La France voilée », Le Devoir, 19 septembre 1994, p. B-1). L’ironie, c’est que l’école Louis-Riel appartenait à la Commission scolaire catholique de Montréal et dispensait des cours d’enseignement religieux comme toutes les autres écoles. Le Québec ne s’est jamais opposé aux manifestations religieuses dans les écoles avant que l’islam devienne visible dans l’espace public. Voilà à peine 17 ans que les cours d’enseignement catholique ont disparu du programme scolaire. Ce n’est pas ce que j’appelle une tradition. L’islamophobie est implantée au Québec depuis bien plus longtemps que la laïcité.

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Notre supposé attachement à l’égalité entre les hommes et les femmes est un autre pieux mensonge. On se le répète tel un mantra, comme si toutes les avancées de la condition féminine ne s’étaient pas faites au terme d’un long combat des féministes contre les hommes détenant le pouvoir. Même dans les mouvements de gauche, même dans les syndicats, les femmes ont toujours dû se battre pour convaincre leurs partenaires de lutte de s’intéresser à l’équité salariale ou au harcèlement sexuel. Les femmes ministres telles que Louise Harel et Monique Jérôme-Forget ont dû argumenter pendant des années avec leurs collègues pour obtenir la Loi sur l’Équité salariale en 1996. Aujourd’hui, on parle comme si les hommes québécois avaient toujours accompagné les femmes dans leur lutte pour l’égalité. Voulez-vous bien me dire contre qui les féministes se sont battues?

Le gouvernement qui lutte contre les éducatrices, les enseignants et les infirmières à chaque renouvellement de convention collective pour ne pas trop augmenter leurs salaires, qui refuse d’augmenter le financement des refuges pour femmes et qui a renoncé à construire des logements pour héberger les victimes de violence conjugale parce que ça coûte trop cher ne peut pas se prétendre féministe. Idem pour nos nationaleux qui ne s’intéressent à la condition féminine que lorsqu’il est question d’islam ou de transidentité. Là, c’est vrai, les hommes montent aux barricades.

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Quand j’entends cette phrase, je repense aux photos partagées par les ministres caquistes pendant le couvre-feu en 2021. Sous prétexte de nous montrer qu’on peut être heureux sans sortir, nos gouvernants étalaient leur luxueux milieu de vie. Les ministres caquistes et moi ne portons pas de signe religieux, mais ça ne signifie pas que nos modes de vie se ressemblent. Je n’ai pas un divan en cuir blanc dans une somptueuse véranda comme Jean-François Roberge, une cour assez grande pour pratiquer le « snowskate » comme François Legault ou un piano de neuf pieds dans un salon plus grand qu’un deux et demi comme André Lamontagne. Je ne me déplace dans une voiture de fonction avec chauffeur privé. Faut-il rappeler que ce gouvernement n’a rien fait pour contrôler l’explosion des loyers depuis 2018 et refuse de financer le transport en commun? Mon mode de vie ressemble probablement beaucoup plus à celui de l’éducatrice musulmane qu’à celui du ministre de la « Laïcité ».

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Qui a décidé ça et sur quelles bases? Les sondages? Après une campagne de peur contre l’islam menée depuis 20 ans par certains médias sensationnalistes, une armée de commentateurs et quatre ou cinq partis politiques, ce n’est pas étonnant que des mesures répressives contre cette religion en particulier soient appuyées par une majorité de gens qu’on interroge. Il n’y a rien de plus facile que d’appuyer une interdiction qui vise uniquement les autres. Demandez aux gens s’ils sont prêts à payer 5$ par semaine pour interdire le voile aux éducatrices. Vous verriez à quel point leur appui est moins fort que vous pensiez.

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Le seul but d’une telle phrase est de créer un « Nous » et un « Eux » (pour ne pas dire un « Elles »). On pointe du doigt, on fabrique un coupable, on stigmatise. Tout ça pour aller glaner des votes. Je suis bien conscient que ce n’est pas demain que nos politiciens vont cesser d’exploiter les préjugés contre les musulmans: c’est une stratégie rentable sur le plan électoral. Arrêtons au moins de nous faire croire que notre hostilité envers l’islam vient d’une tradition féministe ou laïque. Les seules traditions sur lesquelles reposent la loi 21 et la loi 9 sont la xénophobie et l’islamophobie.

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  • La ma’yonnaise est dans la sauce.
    Depuis maintenant 4 ans, il y a un petit être fragile qui m’occupe au moins une des 7 journées que compte chaque semaine. Ce petit être fragile je vous en ai déjà parlé ici de temps en temps, pour vous en expliquer l’intérêt, l’enjeu, mais aussi le risque face à l’abandon de certain.e.s très vilaines politiques de droite ou d’autres vilains sans scrupules. Ce petit être c’est une association, c’est une épicerie solidaire pour les étudiant.e.s, c’est la Ma’Yonnaise épicerie. Bah les ami.e.s, figu
     

La ma’yonnaise est dans la sauce.

19 novembre 2025 à 13:07

Depuis maintenant 4 ans, il y a un petit être fragile qui m’occupe au moins une des 7 journées que compte chaque semaine. Ce petit être fragile je vous en ai déjà parlé ici de temps en temps, pour vous en expliquer l’intérêt, l’enjeu, mais aussi le risque face à l’abandon de certain.e.s très vilaines politiques de droite ou d’autres vilains sans scrupules.

Ce petit être c’est une association, c’est une épicerie solidaire pour les étudiant.e.s, c’est la Ma’Yonnaise épicerie. Bah les ami.e.s, figurez-vous que la Ma’Yonnaise est dans la sauce. Bien sûr on va rien lâcher. Mais comme tant d’autres associations, des géants comme les Restos du Coeur ou la Banque Alimentaire jusqu’aux associations presqu’invisibles qui chaque jour oeuvrent en silence (nous par exemple on bosse, entre autres, avec DLC Bocage Vendéen qui nous apporte fruits et légumes à donner à nos bénéficiaires), et en passant par l’indispensable mais pourtant toujours menacé Planning Familial, comme tant d’autres associations, « rien lâcher » ça veut dire faire appel à vous toutes et tous.

Alors si vous avez 5 minutes et un peu (ou beaucoup) de thune, de caillasse, de moula, de fric, de blé, d’oseille, d’artiche, de grisbi ou de pèze vous pouvez nous aider. Oui. En nous filant de la thune de la caillasse de la moula du fric de l’oseille de l’artiche du grisbi ou du pèze.

Ou alors (ce sera déjà pas mal) en partageant ce communiqué de presse (ci-dessous). En le partageant (c’est mieux) auprès de vos ami.e.s, réseaux et communautés doté.e.s de davantage de thune, de caillasse, de moula, de fric, de blé, d’oseille, d’artiche, de grisbi ou de pèze que vous 🙂

On lâche rien. De toute façon on lâchera rien quoi qu’il arrive. Parce que mettre le début du commencement d’un putain d’orteil dans ce genre d’association c’est taper dur dans une réalité qui te fait immédiatement et irrévocablement comprendre que si nous on lâche, que si ça, ça lâche, alors tout lâchera. Parce que pour beaucoup, pour beaucoup trop de gens, il n’y a plus que ça qui tient et qui les fait tenir. Et que cela nous lie, immédiatement, irrévocablement.

Merci à toutes les étudiantes et étudiants qui depuis 4 ans font tourner ça avec nous (sans vous tout ça n’aurait aucun sens). Merci à la copine formidable qui a eu l’idée de ce projet (elle s’appelle Sandrine), et merci à l’autre copine formidable qui a dit « bah oui » et qui fait trio avec nous depuis le début (elle s’appelle Cécile). Merci à toutes celles et ceux qui sont déjà venus nous filer un coup de main pour ranger, décharger, distribuer, merci à celles et ceux qui dès le début nous ont aidé, un peu ou beaucoup, et merci à vous qui déjà avez donné soit du temps soit de l’argent, soit simplement de l’attention. Ah et puis aussi, merci à toi l’iroquois. Merci aussi à tous les gosses, des îles Maudites jusqu’à l’Ecosse. Merci à vous tous les zazous, merci à la jeune garde rouge. Merci à tous les « camawades », merci à toutes les mères qui gueulent. Merci Jeunesse du monde entier.

Merci tout le monde.

On lâche rien. Et c’est aussi grâce à vous 🙂

[ Le même en pdf -> CP Mayo – officiel ]

 

 

 

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Les modèles du Parti québécois
    Il paraît que l’Allemagne et le Danemark devraient servir d’exemple au Québec en matière de politique migratoire. C’est ce que laisse entendre le député Alex Boissonneault dans une vidéo voulant défaire le « mythe » que « plus d’immigration veut dire moins de pénurie de main d’œuvre ». Selon lui, les gouvernements allemand et danois ont changé leur politique d’immigration après avoir réalisé que l’immigration ne règle pas la pénurie de main-d’œuvre. M. Boissonneault connaît-il réellement la poli
     

Les modèles du Parti québécois

16 novembre 2025 à 10:28

Il paraît que l’Allemagne et le Danemark devraient servir d’exemple au Québec en matière de politique migratoire. C’est ce que laisse entendre le député Alex Boissonneault dans une vidéo voulant défaire le « mythe » que « plus d’immigration veut dire moins de pénurie de main d’œuvre ». Selon lui, les gouvernements allemand et danois ont changé leur politique d’immigration après avoir réalisé que l’immigration ne règle pas la pénurie de main-d’œuvre. M. Boissonneault connaît-il réellement la politique migratoire de ces deux pays et leurs fondements?

À gauche: Alex Boissonneault, député d’Arthabaska-l’Érable depuis 2025
À droite: Mette Frederiksen, première ministre du Danemark depuis 2019

« Il y a plusieurs exemples de pays qui ont changé de politique en matière d’immigration parce qu’ils ont constaté cette situation. C’est le cas de l’Allemagne. L’Allemagne qui comptait beaucoup sur l’immigration pour combler ses postes vacants mais qui a constaté en 2023 que l’augmentation de l’immigration avait créé une pénurie de main d’œuvre dans les secteurs névralgiques. Donc il y a eu changement de politique. »

C’est complètement faux. La modification de la politique migratoire allemande en 2023 n’a rien à voir avec des considérations économiques ou sociales. Au même moment où le gouvernement d’Olaf Scholz renforçait le contrôle des frontières, l’Allemagne cherchait à attirer des travailleurs étrangers, en particulier les travailleurs qualifiés, notamment en réduisant les barrières administratives. Voici ce qu’affirmait Scholz en novembre 2024: « Aucun pays du monde ne peut connaître de croissance économique avec une main-d’oeuvre qui diminue. C’est la vérité à laquelle nous sommes confrontés. » Dans le même discours, le chancelier allemand défend le droit de l’Allemagne de choisir qui est admis en son sein, donc de repousser les réfugiés. Le problème de l’Allemagne n’est pas que l’immigration ne suffit pas à combler la pénurie de main-d’oeuvre, mais qu’elle ne parvient pas à attirer une main d’oeuvre de souche européenne en assez grande quantité.

« Même chose pour le Danemark avec un gouvernement social-démocrate, normalement considéré de gauche. Le gouvernement danois a constaté que l’augmentation de l’immigration a eu des conséquences négatives sur les services à la population. Il y a donc eu un changement de politique. »

Encore une fois, ce « changement de politique » du gouvernement danois n’a rien à voir avec l’économie ou avec les services à la population. C’est une question purement idéologique et, ce gouvernement ne s’en cache pas, raciste.

Commençons par dire que le racisme n’est pas une question de droite ou de gauche. On peut très bien être à gauche économiquement et à droite sur le plan de l’identité nationale. C’est le cas de la première ministre danoise, Mette Frederiksen, très attachée à l’État-providence danois, mais ouvertement raciste. En 2018, elle proposait de renvoyer les migrants « non occidentaux », non seulement du Danemark, mais de l’Europe, et de les placer dans des camps de concentration en Afrique sous supervision des Nations unies. À son arrivée au pouvoir en 2019, Frederiksen a promis de faire du Danemark un pays « sans demandeur d’asile ». En 2021, le gouvernement danois a voté une loi pour expulser les demandeurs d’asile hors d’Europe en attendant le traitement de leur demande, en contradiction totale avec les traités internationaux et les directives européennes. En 2022, une entente est signée avec le Rwanda. En gros, le Danemark paie le Rwanda pour détenir les demandeurs d’asile. Un bien triste revirement pour le premier pays à avoir signé la Convention de 1951 sur les réfugiés. Ce n’est pas sans raison que ce gouvernement « social-démocrate » est appuyé par l’extrême droite danoise.

En soi, la politique de Frederiksen et des sociaux-démocrates ne jure pas avec celle des administrations précédentes. Depuis le début des années 2000, le gouvernement danois est hostile à l’immigration. Le délai nécessaire pour obtenir la résidence permanente est passé de trois à huit ans. La « loi sur les étrangers » est modifiée régulièrement pour devenir toujours plus restrictive et viser des groupes en particulier. Elle a été modifiée 42 fois entre 2017 et 2019. Et la loi danoise est ouvertement raciste en ciblant des groupes spécifiques. En 2016, les Syriens ont été directement ciblés par une loi restreignant l’accés au regroupement familial pour les réfugiés et confisquant leurs objets de valeur pour financer leur séjour. En 2018, des mesures sont prises pour que des peines plus sévères soient infligées aux « résidents non occidentaux ». Des amendes importantes sont infligées aux personnes venant en aide aux « immigrants irréguliers ». Et pour bien montrer que la politique danoise est motivée par le racisme et non pas par des préoccupations économiques ou sociales, le Danemark a ouvert grand ses portes aux réfugiés ukrainiens fuyant l’invasion russe.

Ironiquement, ces dernières années, c’est la droite (modérée) qui a commencé à demander un assouplissement des politiques migratoires au Danemark. Pas pour des raisons humanitaire, mais pour des raisons économiques. Il y a une pénurie de main-d’œuvre, voyez-vous. Et les employeurs aimeraient bien qu’on leur permette de recruter à l’étranger les travailleurs qu’ils ne trouvent pas localement.

Christèle Meilland, chercheuse à l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES), explique que la politique migratoire danoise s’appuie sur un discours « assimilant les étrangers, et particulièrement les réfugiés, à un fardeau pour l’État-providence ». Ça vous rappelle quelque chose?

  • ✇Climb to the Stars
  • Can I Write a Quick Blog Post? [en]
    [en] This is often the question. In typical ADHD style, my difficulty getting started on something is only surpassed by my difficulty stopping something once it’s started. So, 9pm on Sunday night, tired tired tired, can I grab my keyboard and give you some news without still being up at midnight? I challenge myself. Mid-October, I went back to work part-time. Three half-days a week. It went OK but I was way more tired than I expected. Tired in general. Overwhelmed by trying to manage my
     

Can I Write a Quick Blog Post? [en]

16 novembre 2025 à 16:02
[en]

This is often the question. In typical ADHD style, my difficulty getting started on something is only surpassed by my difficulty stopping something once it’s started. So, 9pm on Sunday night, tired tired tired, can I grab my keyboard and give you some news without still being up at midnight?

I challenge myself.

Mid-October, I went back to work part-time. Three half-days a week. It went OK but I was way more tired than I expected. Tired in general. Overwhelmed by trying to manage my weeks, that these three little half-days seemed to fill to the brim. It’s much better now and I feel ready for more. I haven’t had cognitive overload headaches for a while now, or at least, so few that I don’t remember them.

Months ago, I started using the Apple Journal app, because I was having such a hard time recalling what I had done in previous days, recent or less recent. Writing a few quick notes down at the end of the day has helped me keep some sort of grasp on all those days that have disappeared into the weird months of 2025. Recently, I’ve switched to Day One, trying it out as an alternative to Apple Journal. My Facebook suspension has made me cautious about locking data or content into hard-to-export-from apps or services.

I’ve also started learning Bridge. Maths and statistics, strategy and communication, fun! It’s an investment for my old days, but already enjoyable. I’ll write more about it in time. If you want to get started, Funbridge actually has tutorials that can take you by the hand for the first steps. Start with MiniBridge.

My very old cat Oscar is having a series of health issues. I treasure each good day I have with him, because I don’t know how many are left. The first part of the year saw a complete deregulation of his diabetes, which had been a smooth ride to manage until then. He was getting dehydrated, blood glucose going up and down like a yoyo, and slow but steady weight loss. We went through a long period of subcutaneous fluids, which helped a lot.

In September he came down with a really bad pancreatitis flare-up. I nearly lost him. An oesophageal feeding tube saved him. It sounds like a dramatic intervention, but it’s actually quite minor surgery, well-tolerated, and a life-saver. The main issue with pancreatitis is that the cat stops eating. Being able to feed by tube solves that problem, removes stress for everybody, allows proper administration of medication, fluids and calories. I had a short trip planned during that period, and thankfully a friend came over to cat-sit and take over nursing duties. I can’t thank her enough.

Since the pancreatitis he had been doing really good. He didn’t put all the weight he lost back on, but enough that it’s not a disaster. And his three old arthritic legs are happy for any 100g they don’t have to carry. I have been letting him out in the garden, closely supervised, of course, and he really enjoys it. It makes me happy too, to be able to give him access to enrichment and stimulation that an exclusively indoor life didn’t provide. It always made me a bit sad, especially as I knew he had lived most of his life outdoors. But he was too old and handicapped to risk it, and until recently, too mobile for me to supervise him in the garden here (he did get to go out at the chalet – different environment with less risks). The photo is of him on one of our recent outings.

Two weeks ago, though, he had an epileptic seizure. Out of nowhere. I moved my surveillance cameras around and kept an eye on him. He had a second one ten days later, just this Wednesday night. We put him on anticonvulsants Thursday evening, but it’s tricky dealing with the sedation side-effects, particularly on an elderly cat who is already mobility-challenged and wobbly at the best of times.

He still wants a lot of things (like me, hehe). He wants to go downstairs, he wants to climb in my lap, he wants to go outside, he wants to go on the sofa, he wants to teach Juju a lesson (Juju, by the way, is doing fine, but definitely overweight – I’m hoping his new diet will work out, because I’m not enthusiastic about preparing myself another diabetic cat).

So we’re still figuring things out, and crossing fingers that Oscar will be able to tolerate the medication and that he won’t have another seizure too soon. But it’s not good news, in any case. I’m sad and worried, which is normal, but that doesn’t make it comfortable. And also, apprehensive, because 2025 has come with more than its fair share of trials, and I’m aware that there is a high risk of Oscar dying in the coming months. And honestly, I don’t need that, just as I’m getting back on my feet. There’s never a good time for dead cats, but some are shittier than others. He might hang in there, of course, but he’s old enough and his health is such a fragile equilibrium that I would not bet on him being still around this time next year. He could still be here for months or more, of course, but he could also go downhill fast pretty much anytime. Loving and caring for an old animal is living with the certainty of grief to come, but the uncertainty of timing. I am very much reminded of Quintus’s last years.

I’ve never liked October-November. It’s dark, and damp, and not winter yet. It’s the in-between season. And this year, I had neither hiking, nor skiing, nor really sailing season. I did go out on the lake a handful of times, thanks to my dad who took me along. But it’s very frustrating and weird for me to have “lost” this year like that. It feels a bit like the first Covid year, you know, where we all felt there was a year missing in our lives. Only here, it’s just for me.

I’m way better but not “back to normal” yet. I have to put more effort into just “managing life”. And compared to before my accident, I’m much more careful about pushing myself. I used to push myself all the time. Now, when I feel tired, I go “oh, wait, I’m tired, how can I adjust my expectations for what I was hoping to do during the coming hours”.

A few weeks back I teamed up with a friend who also felt the need to get on top of her weekly planning, and we touch base once a week to go through our schedules. It’s been extremely helpful and is in no small part responsible for my not feeling overwhelmed by my life anymore. I’ve been knocking down admin tasks lately, blogging more, and even making some headway in much-needed tidying up and deep cleaning.

On the online side of things, I am sitting on my hands, because there are a few topics I really really want to dive into, but I know I cannot afford the time and bandwidth right now. It’s extremely frustrating. One of these topics is how to collate the things I share on the socials into daily blogs posts (I think I wrote about it in part 3 of Rebooting The Blogosphere). I think about it pretty much every day, because I share stuff on the socials and regret that I don’t have a simple way to round up the day’s shares here in WordPress to whip up a quick post with links and comments and some passing thoughts. There is a bunch of things I want to fix on the blog, too, but that will also have to wait. At least I’m writing.

I now finally have a Discourse instance up and running on a server (thanks Oliver!) and I am impatient to start configuring it and playing with it to start preparing for the migration of the “Diabète Félin” community I manage. It’s not for tomorrow, but I’d love to at least get something moving before the end of the year. I’m super enthusiastic about Discourse, maybe I should write a post about it.

But not tonight.

I’ve been writing my “quick blog post” for nearly an hour, my eyes are still tired and my brain is still foggy, so I’ll wrap things up here, go and pick up my old drugged up cat, play a deal or two on Funbridge, jot a few notes down in Day One, and read my book a bit before I collapse.

Sleep is what transports you to the next day. And the next day here is Monday.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Les modèles du Parti québécois
    Il paraît que l’Allemagne et le Danemark devraient servir d’exemple au Québec en matière de politique migratoire. C’est ce que laisse entendre le député Alex Boissonneault dans une vidéo voulant défaire le « mythe » que « plus d’immigration veut dire moins de pénurie de main d’œuvre ». Selon lui, les gouvernements allemand et danois ont changé leur politique d’immigration après avoir réalisé que l’immigration ne règle pas la pénurie de main-d’œuvre. M. Boissonneault connaît-il réellement la poli
     

Les modèles du Parti québécois

16 novembre 2025 à 10:28

Il paraît que l’Allemagne et le Danemark devraient servir d’exemple au Québec en matière de politique migratoire. C’est ce que laisse entendre le député Alex Boissonneault dans une vidéo voulant défaire le « mythe » que « plus d’immigration veut dire moins de pénurie de main d’œuvre ». Selon lui, les gouvernements allemand et danois ont changé leur politique d’immigration après avoir réalisé que l’immigration ne règle pas la pénurie de main-d’œuvre. M. Boissonneault connaît-il réellement la politique migratoire de ces deux pays et leurs fondements?

À gauche: Alex Boissonneault, député d’Arthabaska-l’Érable depuis 2025
À droite: Mette Frederiksen, première ministre du Danemark depuis 2019

« Il y a plusieurs exemples de pays qui ont changé de politique en matière d’immigration parce qu’ils ont constaté cette situation. C’est le cas de l’Allemagne. L’Allemagne qui comptait beaucoup sur l’immigration pour combler ses postes vacants mais qui a constaté en 2023 que l’augmentation de l’immigration avait créé une pénurie de main d’œuvre dans les secteurs névralgiques. Donc il y a eu changement de politique. »

C’est complètement faux. La modification de la politique migratoire allemande en 2023 n’a rien à voir avec des considérations économiques ou sociales. Au même moment où le gouvernement d’Olaf Scholz renforçait le contrôle des frontières, l’Allemagne cherchait à attirer des travailleurs étrangers, en particulier les travailleurs qualifiés, notamment en réduisant les barrières administratives. Voici ce qu’affirmait Scholz en novembre 2024: « Aucun pays du monde ne peut connaître de croissance économique avec une main-d’oeuvre qui diminue. C’est la vérité à laquelle nous sommes confrontés. » Dans le même discours, le chancelier allemand défend le droit de l’Allemagne de choisir qui est admis en son sein, donc de repousser les réfugiés. Le problème de l’Allemagne n’est pas que l’immigration ne suffit pas à combler la pénurie de main-d’oeuvre, mais qu’elle ne parvient pas à attirer une main d’oeuvre de souche européenne en assez grande quantité.

« Même chose pour le Danemark avec un gouvernement social-démocrate, normalement considéré de gauche. Le gouvernement danois a constaté que l’augmentation de l’immigration a eu des conséquences négatives sur les services à la population. Il y a donc eu un changement de politique. »

Encore une fois, ce « changement de politique » du gouvernement danois n’a rien à voir avec l’économie ou avec les services à la population. C’est une question purement idéologique et, ce gouvernement ne s’en cache pas, raciste.

Commençons par dire que le racisme n’est pas une question de droite ou de gauche. On peut très bien être à gauche économiquement et à droite sur le plan de l’identité nationale. C’est le cas de la première ministre danoise, Mette Frederiksen, très attachée à l’État-providence danois, mais ouvertement raciste. En 2018, elle proposait de renvoyer les migrants « non occidentaux », non seulement du Danemark, mais de l’Europe, et de les placer dans des camps de concentration en Afrique sous supervision des Nations unies. À son arrivée au pouvoir en 2019, Frederiksen a promis de faire du Danemark un pays « sans demandeur d’asile ». En 2021, le gouvernement danois a voté une loi pour expulser les demandeurs d’asile hors d’Europe en attendant le traitement de leur demande, en contradiction totale avec les traités internationaux et les directives européennes. En 2022, une entente est signée avec le Rwanda. En gros, le Danemark paie le Rwanda pour détenir les demandeurs d’asile. Un bien triste revirement pour le premier pays à avoir signé la Convention de 1951 sur les réfugiés. Ce n’est pas sans raison que ce gouvernement « social-démocrate » est appuyé par l’extrême droite danoise.

En soi, la politique de Frederiksen et des sociaux-démocrates ne jure pas avec celle des administrations précédentes. Depuis le début des années 2000, le gouvernement danois est hostile à l’immigration. Le délai nécessaire pour obtenir la résidence permanente est passé de trois à huit ans. La « loi sur les étrangers » est modifiée régulièrement pour devenir toujours plus restrictive et viser des groupes en particulier. Elle a été modifiée 42 fois entre 2017 et 2019. Et la loi danoise est ouvertement raciste en ciblant des groupes spécifiques. En 2016, les Syriens ont été directement ciblés par une loi restreignant l’accés au regroupement familial pour les réfugiés et confisquant leurs objets de valeur pour financer leur séjour. En 2018, des mesures sont prises pour que des peines plus sévères soient infligées aux « résidents non occidentaux ». Des amendes importantes sont infligées aux personnes venant en aide aux « immigrants irréguliers ». Et pour bien montrer que la politique danoise est motivée par le racisme et non pas par des préoccupations économiques ou sociales, le Danemark a ouvert grand ses portes aux réfugiés ukrainiens fuyant l’invasion russe.

Ironiquement, ces dernières années, c’est la droite (modérée) qui a commencé à demander un assouplissement des politiques migratoires au Danemark. Pas pour des raisons humanitaire, mais pour des raisons économiques. Il y a une pénurie de main-d’œuvre, voyez-vous. Et les employeurs aimeraient bien qu’on leur permette de recruter à l’étranger les travailleurs qu’ils ne trouvent pas localement.

Christèle Meilland, chercheuse à l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES), explique que la politique migratoire danoise s’appuie sur un discours « assimilant les étrangers, et particulièrement les réfugiés, à un fardeau pour l’État-providence ». Ça vous rappelle quelque chose?

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  • Internet en décomposition : comment l’IA achève le rêve du web libre.
    J’étais donc l’autre jour (mercredi) convoqué Au Poste chez le camarade David Dufresne pour une petite causerie autour de mon article sur le web pourrissant et l’IA florissante. L’émission est disponible gratuitement (grâce aux abonné.e.s de la chaîne, abonnez-vous si vous le pouvez). Cela dure un peu plus d’une heure, ça cause IA, web, indépendance, Bourdieu, distinction et plein d’autres choses encore. C’est dispo sur Youtube et Peertube. Dans tous les cas, rendez-vous Au Poste aussi souvent q
     

Internet en décomposition : comment l’IA achève le rêve du web libre.

15 novembre 2025 à 09:01

J’étais donc l’autre jour (mercredi) convoqué Au Poste chez le camarade David Dufresne pour une petite causerie autour de mon article sur le web pourrissant et l’IA florissante. L’émission est disponible gratuitement (grâce aux abonné.e.s de la chaîne, abonnez-vous si vous le pouvez). Cela dure un peu plus d’une heure, ça cause IA, web, indépendance, Bourdieu, distinction et plein d’autres choses encore. C’est dispo sur Youtube et Peertube. Dans tous les cas, rendez-vous Au Poste aussi souvent que vous le pourrez.

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  • Des “mini-podcasts” à écouter [en]
    [en] Après l’introduction d’hier (enfin à l’heure de publication, c’est avant-hier), venons-en au menu principal: une collection de podcasts en série limitée, type documentaire en x épisodes, surtout en anglais (parce qu’il y en a moins en français, tout simplement). A écouter, bien sûr. Je ne les ai pas mis dans un ordre particulier, juste comme ça vient. Mon corps électriqueAprès un accident suite auquel il se retrouve tétraplégique, Arnaud prend part à une étude médicale dans l’espoir de
     

Des “mini-podcasts” à écouter [en]

14 novembre 2025 à 14:39
[en]

Après l’introduction d’hier (enfin à l’heure de publication, c’est avant-hier), venons-en au menu principal: une collection de podcasts en série limitée, type documentaire en x épisodes, surtout en anglais (parce qu’il y en a moins en français, tout simplement). A écouter, bien sûr. Je ne les ai pas mis dans un ordre particulier, juste comme ça vient.

Mon corps électrique
Après un accident suite auquel il se retrouve tétraplégique, Arnaud prend part à une étude médicale dans l’espoir de retrouver un peu de mobilité dans son bras gauche. En même temps journaliste et sujet, il nous emmène avec lui au fil de sept épisodes pour nous questionner sur la médecine, le handicap, l’espoir, les limites, le deuil, le corps, la vie. (Voir aussi mon article Mais sérieux, le suivi psy?)

Soleil noir, autopsie d’une secte
Si vous avez mon âge ou plus, vous vous souvenez de l’Ordre du Temple Solaire. Ce podcast revient sur cette tragique histoire, en détail, et ce faisant, montre à quel point tout un chacun peut se retrouver victime d’emprise. Glaçant et fascinant.

Précipice
Sept épisodes. Sept vies qui basculent. On peut voir ce podcast somme un prélude stylistique à Mon corps électrique: l’épisode 7, c’est Arnaud.

No Easy Fix
Trois épisodes sur le sans-abrisme, l’addiction, et la réalité du parcours pour sortir de la rue à San Francisco.

Scripts
Ce podcast explore comment l’explication “physiologique” est devenue dominante aux USA pour la santé mentale, et ce que ça a eu comme impact sur le rapport qu’on a aux médicaments psychotropes. Egalement en trois épisodes.

The Missing Cryptoqueen
Dans le genre True Crime qui n’a rien à envier à un triller fictionnel: douze épisodes d’enquête sur une crypto-arnaque à grand échelle menée par une charismatique entrepreneuse qui finit par se volatiliser.

S-Town
J’ai écouté ce podcast il y a longtemps et je ne me souviens plus clairement du contenu. L’impression qu’il m’a fait, par contre, est bien clair. C’était prenant, intriguant, surprenant, et très bien raconté.

The Kids of Rutherford County
Quelque part aux USA, on met en taule des gosses aussi jeunes que 8 ans pour des bagarres de cour de récréation. Comment est-ce qu’on en est arrivé à ça? Et qu’est-ce qu’il a fallu pour sortir de cette dystopie?

The Preventionist
Amener son enfant à l’hôpital pour un commun accident domestique, une chute par exemple, et se retrouver non seulement accusé de maltraitance mais perdre la garde. Un cauchemar parental qui se répète année après année dans un coin de Pennsylvanie. Quand la protection de l’enfance finit par briser des familles innocentes et traumatiser ceux-là mêmes qu’elle est supposée protéger.

Un aparté, à ce stade: vous allez vous dire que je n’écoute que des trucs glauques et déprimants. C’est peut-être un peu vrai. Ce qui m’intéresse dans toutes ces histoires, c’est l’autopsie de systèmes qui dysfonctionnent. Comment les bonnes intentions créent-elles l’enfer institutionnalisé? Comment des personnes se retrouvent-elles prises dans des rôles où elles contribuent à rendre misérable la vie d’autrui? Que faut-il pour réparer nos systèmes défectueux, qu’ils soient politiques, médicaux, administratifs, sociaux, politiques, ou autre? Comment réussit-on (ou échoue-t-on) à réparer ce qui semble irrémédiablement cassé dans notre monde?

The Good Whale
Vous vous souvenez de “Sauvez Willy”? Derrière le film qui a ému les coeurs, il y a la vraie histoire, nettement plus compliquée, de Keiko – l’orque que l’on voit dans le film. Dans le genre enfer pavé de bonnes intentions, on est pas mal.

The Cat Drug Black Market (partie II, partie III)
La PIF est une maladie auparavant incurable chez le chat. C’est la maladie qui avait emporté Safran. Depuis quelques années, un traitement existe – efficace, mais disponible uniquement au marché noir. Des vétérinaires, mains liées par l’absence de traitement autorisé pour cette maladie sinon mortelle, se retrouvent à “suggérer” à leurs clients d’aller chercher de l’aide dans des groupes facebook. Ces trois épisodes retracent l’histoire de ce traitement, des communautés qui ont sauvé des milliers de chats, et de comment on s’est retrouvés dans cette situation abracadabrante.

Articles of Interest
Une mini-série sur les vêtements que l’on porte. Autant les questions vestimentaires m’intéressent peu, autant j’ai trouvé ces épisodes fascinants. Ce n’est pas étonnant, puisque cette série vient de 99% Invisible, un podcast qui a le don de rendre passionnants des sujets qui de prime abord peuvent paraître bien fades. AoI est par la suite devenu un podcast à part entière.

Master: The Allegations Against Neil Gaiman
Un auteur populaire et adoré est accusé d’abus sexuels par plusieurs femmes. Il nie en bloc. Une enquête dont j’ai apprécié la nuance, sur un sujet extrêmement inconfortable. (Je note juste là que Tortoise a d’autres séries d’investigation, je vais les mettre dans ma liste à écouter!)

Serial (saison 1)
Le podcast qui a lancé le genre, en 2014. Du True Crime pur et dur: Adnan Syed est derrière les barreaux depuis l’âge de 17 ans, accusé d’avoir tué Hae Min Lee, sa camarade de classe et ex-copine. Il clame son innocence, certains le croient, d’autres pas. La journaliste Sarah Koenig découvre que l’histoire est nettement plus compliquée que ce qu’il y paraît de prime abord.

Et ici je m’interromps à nouveau. Serial a lancé le genre, et continué. J’ai cité ci-dessus S-Town, The Kids of Rutherford County, The Preventionist, The Good Whale – tout ça, c’est Serial. Mais je découvre en faisant ce listing que suite au rachat de Serial par le New York Times, tout un tas d’épisodes de saisons passées sont maintenant réservées aux abonnés. Pas cool. Du coup, je vais bricoler un peu pour vous.

The Trojan Horse Affair
Le lien ci-dessus ne mène pas à la page officielle de ce podcast, mais au moins, il vous donne accès à tous les épisodes. Vous l’aurez deviné: une production Serial. On se rend cette fois à Birmingham, sur les traces d’un scandale qui a secoué l’Angleterre dix ans auparavant. Lettre anonyme, islamophobie et théorie du complot.

The Retrievals
Aussi une production Serial. Deux saisons difficiles à écouter sur la non prise en compte de la douleur des femmes dans le milieu médical. La première nous plonge dans une clinique de PMA où durant des années, une infirmière piquait dans le fentanyl utilisé comme antidouleur pour les patientes durant les interventions – le remplaçant avec une solution physiologique. Vous imaginez les conséquences pour les patientes, mais peut-être pas à quel point le monde médical est construit pour ignorer une femme qui dit qu’elle a mal. La deuxième saison porte sur les césariennes, et est plus porteuse d’espoir, car elle nous raconte comment une personne a pu mettre en route une véritable prise de conscience à l’intérieur de sa profession et faire bouger des pratiques médicales désuètes.

Dolly Parton’s America
En écoutant ce podcast, j’ai découvert la femme extraordinaire qu’est Dolly Parton. Je n’avais aucune idée. Et c’est possible que vous non plus.

Dead End: A New Jersey Political Murder Mystery
Le podcast a pris son envol et changé de nom, mais la première saison se penche sur le meurtre des Sheridan et les machinations politiques qui y sont liées.

The Making of Musk
En fait la 6e saison du podcast Understood, ces 4 épisodes nous racontent les origines biographiques et idéologiques d’Elon Musk. Eclairant.

The Disappearance of Nuseiba Hasan
Comme le podcast précédent, celui-ci est également une saison d’un podcast plus large. La troisième saison de Conviction, précisément. C’est chez Spotify, donc quasi impossible de faire un lien propre vers la saison, d’où le lien ci-dessus sur le premier épisode. Une enquête sur la disparition d’une femme que sa famille signale… des années après sa disparition.

Tiny Huge Decisions
Deux amis, Mohsin et Dalia. Ils sont les deux mariés. Elle a eu son premier enfant récemment. Lui souhaite également fonder une famille, avec son mari. Une discussion délicate, que l’on suit au fil des épisodes, où ils réfléchissent, ensemble et séparément, à une décision lourde de conséquences: va-t-elle lui proposer de porter son enfant? Ce podcast aborde avec finesse la question de la gestation pour autrui, mais pas que. Amitié, dialogue, religion, homosexualité, couple… la palette est large. Les protagonistes sont attachants, lucides, et courageux.

The Protocol
Une reportage en six parties sur la façon dont on approche la question de la transidentité chez les jeunes, enfants et ados, partant d’un protocole hollandais dont on suit l’application et l’interprétation outre-Atlantique. Un traitement très nuancé d’un sujet qui a tendance à polariser.

Pour terminer, deux recommandations un poil à part. Will Be Wild, d’abord, une enquête sur la genèse et la préparation de l’assaut du Capitole du 6 janvier. Malheureusement, l’intégralité des épisodes n’est plus disponible sans abonnement payant. Ensuite, les mini-séries de On The Media, podcast que j’écoute depuis des années. Au fil du temps ils ont produit des mini-séries sur tout un tas de sujets, allant de la pauvreté à l’histoire de la radio conservatrice. Ils en valent tous la peine.

Voilà, je crois que vous avez de quoi vous occuper avec tout ça!

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  • Les podcasts et moi [en]
    [en] Les podcasts et moi c’est une longue, longue histoire. Pour la petite histoire, je connais personnellement (déjà à l’époque) une des personnes-clés impliquées dans l’invention de ce mode de distribution du contenu audio. Comme pour WordPress, Twitter ou Instagram, c’est marrant de voir ces médias ou plateformes qui sont si “grand public” aujourd’hui et de me souvenir du monde où ça n’existait pas, et de les avoir vu naître et grandir. Ah, nostalgie… Les podcasts, j’ai donc découvert ça
     

Les podcasts et moi [en]

12 novembre 2025 à 17:48
[en]

Les podcasts et moi c’est une longue, longue histoire. Pour la petite histoire, je connais personnellement (déjà à l’époque) une des personnes-clés impliquées dans l’invention de ce mode de distribution du contenu audio. Comme pour WordPress, Twitter ou Instagram, c’est marrant de voir ces médias ou plateformes qui sont si “grand public” aujourd’hui et de me souvenir du monde où ça n’existait pas, et de les avoir vu naître et grandir.

Ah, nostalgie… Les podcasts, j’ai donc découvert ça au fur et à mesure que ça s’est mis à exister, même si, visiblement, en 2005 je n’étais pas convaincue. En 2007 toutefois, après avoir tâtonné à quelques reprises avec la publication audio/vidéo sur mon blog, j’enregistre avec une amie une poignée d’épisodes: Fresh Lime Soda. Puis assez vite, je me suis mise à écouter énormément de podcasts. C’est encore le cas.

Le podcast, au début, c’était des enregistrements de gens qui parlaient. Je sais qu’un des premiers que j’écoutais, c’était This Week in Tech (TWiT). Je me souviens du choc que j’ai eu quand j’ai découvert Radiolab: c’était construit, monté, recherché – de véritables documentaires audio. Une révélation. Je pense que c’était en 2008 ou 2009. C’était en tous cas assez tôt pour que je me retrouve rapidement à avoir épuisé tout leur back catalog. En 2010, je rajoute un deuxième podcast à mes habitudes d’écoute: On The Media. Quelque part aux alentours de cette époque, je découvre dans un tout autre genre The Savage Lovecast (18+ je vous préviens). Puis c’est l’explosion de ma liste d’écoute, et je me retrouve rapidement à ne plus réussir à écouter tous les nouveaux épisodes des podcasts auxquels je suis abonnée à mesure qu’ils sortent.

Mon but aujourd’hui n’était en fait pas de plonger dans des réminiscences historiques, mais de vous donner une liste de recommandations de podcasts à écouter. En particulier, de podcasts “série limitée”, souvent des enquêtes ou des documentaires sur un sujet précis, qui font x épisodes et c’est tout. Le premier à avoir lancé le genre, à ma connaissance, c’était Serial. A la sortie de la première saison, en 2014, “tout le monde” en parlait. Le podcast est encore actif, et il vaut bien la peine d’écouter toutes les saisons.

Pendant très, très longtemps, je désespérais de trouver des podcasts en français dont la qualité, tant pour ce qui était du contenu et de la production, pouvait rivaliser avec les podcasts américains que j’avais l’habitude d’écouter. On m’en recommandait, mais la posture journalistique classique du narrateur soit entièrement absent, soit “objectif et neutre”, désincarné, ça me hérissait le poil.

J’ai fait des études en sciences humaines. La notion d’observation participante était centrale, on mangeait la phénoménologie au petit déj, et en plus de ça, je me suis construite toute jeune adulte déjà en tant que blogueuse.

Le blog, au-delà du format de publication, c’est une culture de la parole publique dans laquelle le “je” qui observe, expérimente et interprète le monde fait partie intégrante du discours qu’il produit. Sans lui, rien ne peut être pensé ou dit – il serait malhonnête de vouloir l’invisibiliser. Et même s’il peut vouloir tendre à une certaine objectivité, ce locuteur-narrateur colore inévitablement de son regard singulier tout ce qu’il a à dire. Rendre compte de cette subjectivité en lui donnant une place dans le texte produit, c’est au final offrir au lecteur plus de clés pour en traiter le contenu, pour l’interpréter.

Dans les podcasts que j’écoute, même quand il s’agit d’une enquête, il y a un “je” qui raconte, qui ne se cantonne pas à un rôle, mais qui ose être une personne. C’est notre proxy dans l’histoire, et l’histoire qu’il raconte est aussi son histoire, aux prises avec l’histoire qu’il veut nous raconter. Ça fait beaucoup d’histoires, pas toutes au même niveau.

Depuis quelques années, on commence enfin à voir ce type de posture dans des podcasts francophones, accompagnée d’une haute qualité de production. On a Meta de Choc (même si selon les sujets on retombe un peu dans “l’objectivité journalistique”) et Dingue, par exemple. Et plus récemment, de manière beaucoup plus marquée et avec un format “x épisodes pour couvrir un sujet”, Mon corps électrique.

Je salue cette évolution.

La liste de recommandations que j’avais l’intention de mettre à votre disposition ce soir, ce sera donc pour une autre fois, ma petite introduction s’étant transformée en longue digression prenant toute la place.

En attendant, vous pouvez vous pencher sur des recommandations d’écoute que j’ai faites par le passé, en fouinant dans les articles de ce blog tagués “podcast”. Bonne lecture, bonne écoute, et à bientôt!

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Zohran Mamdani, la terreur de la droite
    Sans surprise, la droite québécoise suit la droite américaine et la droite française dans leur campagne de calomnie contre Zohran Mamdani, le nouveau maire de New York. Visiblement il n’est pas possible de critiquer cet homme honnêtement, donc ses détracteurs doivent recourir à l’exagération excessive et au mensonge pur. Les commentateurs de Québecor multiplient les tirs groupés depuis une semaine. Richard Martineau mord à pleines dents dans la théorie du complot voulant que Mamdani soit
     

Zohran Mamdani, la terreur de la droite

10 novembre 2025 à 07:10

Sans surprise, la droite québécoise suit la droite américaine et la droite française dans leur campagne de calomnie contre Zohran Mamdani, le nouveau maire de New York. Visiblement il n’est pas possible de critiquer cet homme honnêtement, donc ses détracteurs doivent recourir à l’exagération excessive et au mensonge pur. Les commentateurs de Québecor multiplient les tirs groupés depuis une semaine.

Richard Martineau mord à pleines dents dans la théorie du complot voulant que Mamdani soit un islamiste déguisé. Vous savez, ces islamistes dont l’épouse ne porte pas de voile, qui demandent que les soins de transition de genre soient assumés par l’État, qui encouragent les femmes à intégrer le marché du travail et à atteindre l’autonomie financière et qui font la tournée des bars gais pendant leur campagne électorale? Mamdani en est un. On n’a plus les islamistes qu’on avait. Martineau a également relayé, via la soi-disant experte de l’islam radical Florence Bergeaud-Blackler, un faux communiqué du groupe État islamique qui revendiquait comme une victoire l’élection de Mamdani.

Mamdani condamne le génocide à Gaza, donc forcément on l’accuse d’être pro-Hamas et antisémite. Selon le chroniqueur Luc Laliberté, ses positions vont l’empêcher d’être le maire de « tous les New-yorkais ». Personnellement, ce que je trouve antisémite, c’est de sous-entendre jour après jour que tous les Juifs veulent exterminer les G4zaouis. C’est faux. Et non, tous les Juifs ne reçoivent pas comme une attaque personnelle toute critique du gouvernement criminel de Netanyahou.

Aussi, Mamdani s’est fait prendre en photo avec l’imam Siraj Wahhaj, qui était soupçonné d’être lié aux attentats du World Trade Center en 1993. Horrible, n’est-ce pas? Martineau et d’autres accusent Mamdani d’avoir des « accointances douteuses ». Ce qu’ils ne mentionnent jamais, c’est que Wahhaj n’a jamais été accusé. 25 ans plus tard, les procureurs ont reconnu avoir ratissé un peu trop large dans leur enquête. Mamdani s’est fait photographier avec Wahhaj de la même façon que René Lévesque s’est déjà fait photographier avec des gens qui ont été arrêtés pendant la crise d’Octobre. Il n’y a aucune honte à fréquenter des gens accusés faussement.

Un type qui se fait passer pour un analyste politique à Qub Radio nous disait notamment que le programme de Mamdani contient des idées « très très très à gauche », « déconnectées », « de la gauche radicale », telles que… le transport en commun gratuit. Pensez-vous qu’il sait qu’au Canada nous avons l’assurance-santé universelle? Je le mentionne parce que ça m’a fait sourire, mais ça n’a rien de surprenant. Pour cette nouvelle droite décomplexée, toute forme de programme social appartient désormais à la « gauche radicale ». Ce même pseudo-analyste reproche à Mamdani de dénoncer l’islamophobie et d’encourager le « communautarisme » en disant que les musulmans ne devraient pas avoir peur de s’afficher en public. « Dans la ville du 11 septembre, rappelons-le. C’est quand même culotté! » (J’imagine que les hommes auraient tous dû disparaître de l’espace public pour 25 ans après la tuerie de Polytechnique) Le type reproche à Mamdani ses déclarations « piquantes » qui le rangent dans la gauche « très fâchée, très extrême ». Richard Martineau lui demande « quelles déclarations par exemple? » « Ah, ben, on les connaît », répond évasivement le pseudo-analyste. Non, justement. On ne les connaît pas. C’est la raison pour laquelle l’animateur vous pose des questions. Bref, beaucoup d’accusations, mais rien de concret.

Mathieu Bock-Côté, fidèle à son habitude, multiplie les accusations gratuites, sans jamais fournir un seul fait, une seule source. Les hausses de taxes de Mamdani ne toucheront pas uniquement les riches, mais « les gens ordinaires qui sont parvenus à se construire une petite prospérité ». Le but « caché » de ces hausses de taxes, de cette « taxation raciale », est de ruiner les Blancs. Bock-Côté pige directement dans le discours trumpiste en nous disant que Mamdani est « favorable à l’immigration illégale ». On ne peut pas être favorable à « l’immigration illégale », pas plus qu’au crime en général. Si le gouvernement accepte l’immigration, elle est forcément légale.

La palme de la calomnie revient à Nathalie Elgrably, qui accuse Mamdani de s’inspirer de Lénine et qui le soupçonne de vouloir tuer des dizaines de millions de personnes comme les communistes russes et chinois. Mais passons. Elgrably considère que le nazisme est une idéologie de gauche parce qu’il y a le mot « socialisme » dans le nom du parti, donc il ne faut pas s’attendre à une grande rigueur intellectuelle de sa part.

Ce qui me déçoit davantage, c’est la réaction de Luc Laliberté, dont j’apprécie généralement les analyses sans être toujours d’accord. Dans sa chronique du 22 octobre 2025, il accusait Mamdani d’être « populiste », sans l’expliquer. Si je comprends bien, le populisme de Mamdani consiste à « mettre les besoins des New-Yorkais de l’avant », parler de « ce dont on veut entendre parler » et expliquer aux New-Yorkais « comment peut-il les aider dans leur vie quotidienne ». C’est mal de dire ça? En fait, n’est-ce pas précisément la responsabilité d’un maire?

Mais dans une intervention à l’émission de Richard Martineau, Laliberté a carrément qualifié Mamdani de « Trump de la gauche ». Les deux hommes incarneraient les deux faces, gauche et droite, d’un même populisme. Je n’ai pas compris son raisonnement. L’un veut éliminer les « immigrants illégaux », les personnes trans, les wokes et ses adversaires démocrates de manière générale. L’autre veut sortir les gens de la misère ou de la précarité. Et contrairement à Trump, Mamdani n’a pas fabriqué d’épouvantail pour inventer une cause imaginaire aux problèmes de ses électeurs. En quoi sont-ils comparables? Je ne le saurai probablement jamais puisque Laliberté n’a pas élaboré.

Ce discours qui se veut centriste et modéré tente en réalité de rendre la gauche infréquentable en nous présentant la social-démocratie comme un excès aussi condamnable que la droite trumpienne. Je n’ai pas entendu beaucoup de commentateurs qualifier François Legault de « radical » lorsqu’il demandait au fédéral de déporter 80 000 demandeurs d’asile. Mais ils sont nombreux à affirmer que Mamdani est un radical parce qu’il croit que tous les habitants de la ville la plus riche du monde devraient être capable de se loger et de se nourrir. On comprend mieux que plusieurs qu’un parti modéré comme Québec solidaire appartienne à la « gauche radicale ». Cette campagne de diffamation contre Zohran Mamdani est un avant-goût de ce qui nous attend aux prochaines élections.

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  • Mais sérieux, le suivi psy? [en]
    [en] Depuis hier j’écoute, scotchée, le podcast “Mon corps électrique” d’Arnaud Robert. Ecoutez-le, vous ne regretterez pas. C’est du grand podcast, tant sur le fond que sur la forme, qui n’a rien à envier à mes “références” anglo-saxonnes. Chapeau. Je dois réagir au sujet qui fait surface dans l’épisode 6 (mais commencez au début, hein, écoutez tout). L’accompagnement psychologique, ou plutôt, l’absence criante de celui-ci – à ce stade en tout cas du podcast. Et de ce que j’en ai compris, j
     

Mais sérieux, le suivi psy? [en]

10 novembre 2025 à 17:09
[en]

Depuis hier j’écoute, scotchée, le podcast “Mon corps électrique” d’Arnaud Robert. Ecoutez-le, vous ne regretterez pas. C’est du grand podcast, tant sur le fond que sur la forme, qui n’a rien à envier à mes “références” anglo-saxonnes. Chapeau.

Je dois réagir au sujet qui fait surface dans l’épisode 6 (mais commencez au début, hein, écoutez tout). L’accompagnement psychologique, ou plutôt, l’absence criante de celui-ci – à ce stade en tout cas du podcast. Et de ce que j’en ai compris, je précise bien. Si j’ai surinterprété, corrigez-moi.

Je suis estomaquée. Comment peut-on imaginer une seule minute qu’un entretien unique avec un psychiatre afin d’évaluer si un participant est suffisamment stable pour prendre part à une étude dont l’enjeu est de récupérer de la mobilité dans un membre paralysé puisse suffire en matière de prise en charge de l’aspect “santé mentale” d’une telle démarche? Comment peut-on imaginer laisser à des médecins le soin de l’accompagnement psychologique? Un médecin n’est pas un psychologue. Un psychiatre n’est pas un psychologue, ni nécessairement un psychothérapeute, tant qu’à faire. Traverser des mois et des mois, des heures par jour, au service de la science et dans l’espoir d’un miracle, si petit soit-il, comment peut-on imaginer laisser les personnes concernées gérer ça sans impliquer un ou des professionnels de la santé mentale?

Ça fait écho, chez moi, à deux choses.

La première, évidemment, c’est mon accident. Sans mesure de comparaison avec ce qui est arrivé à Arnaud, ne devant “que” me débattre avec un syndrome post-commotionnel, qui plus est avec un pronostic qui a toujours été celui de la récupération complète. Mais pendant tous ces longs mois depuis mi-mars, j’ai heureusement pu compter non seulement sur des séances hebdomadaires avec ma psychothérapeute (psychologue) – un suivi qui était déjà en place avant l’accident, mais qu’on songeait à espacer, des rencontres régulières avec mon psychiatre, dont on a doublé la fréquence par rapport à avant l’accident, et un coaching hebdomadaire spécialisé “commotion”, accompagnant le programme d’entrainement cognitif auquel m’avait adressé mon neurologue. Honnêtement, il a bien fallu tout ça pour m’aider à garder la tête hors de l’eau – et ça continue. Et avant d’avoir le suivi spécifique à ce que je traversais (le neurologue et le coaching), à savoir la récupération d’un syndrome post-commotionnel, malgré mes ressources, le fait que j’étais entourée, le soutien, les autres professionnels de la santé (médecins, physios…), je me sentais très désemparée et livrée à moi-même face à mes difficultés et peurs pour mon avenir.

Cet écho, pour dire: après un accident qui change la vie, que ce soit de façon très visible (Arnaud) ou très peu visible (moi), la santé mentale c’est d’office pas de la tarte. Et aussi, qu’un accompagnement psychologique, quel qu’en soit la qualité, n’en vaut pas un autre, et qu’il y a un sens à en avoir/fournir un spécifique à ce que la personne traverse (par exemple, il y a des psychologues spécialisés pour les personnes en attente de transplantation d’organe).

Le deuxième écho, plus parlant peut-être, c’est la PMA (procréation médicalement assistée). Là aussi, le corps/la personne “subit” le parcours médical, même si c’est voulu, choisi, désiré. Suite au suicide d’une amie cet été qui était justement dans ce type de démarche, j’avais creusé un peu. Même si ce n’est pas quelque chose auquel on penserait spontanément, je pense que ça ne surprendra personne si je vous dit qu’un échec de FIV est un facteur de risque suicidaire conséquent. Ça paraîtrait donc indiqué qu’un parcours PMA soit d’office doublé d’un suivi psy spécialisé? Qu’on prépare les patientes à gérer les échecs qui jalonneront quasi-inévitablement leur parcours, et la perspective d’un échec complet, d’un deuil à faire qu’on cherche désespérément à éviter? Qu’on les sensibilise à l’escalade d’engagement que représente ce processus?

C’est loin d’être le cas. La PMA, c’est un processus où on vend du rêve, de l’espoir, où on paie de son corps, de son temps, de son argent, de sa souffrance, dans l’espoir (parfois peu réaliste, suivant l’âge) de porter un enfant et devenir mère. On s’occupe du corps, et on les laisse se débrouiller avec les retentissements psychologiques.

Je range les échos et je reviens au podcast d’Arnaud et ce que l’écoute de cet épisode 6 en cours m’inspire. Je me dis qu’il semble y avoir, dans certains milieux médicaux, une naiveté extraordinaire concernant ce qui touche à la santé mentale. Je suis consternée. Consternée.

Note: ce billet a commencé sa vie en tant que “petit truc à vite partager sur Facebook“.

Allez, comme on est sur le blog, quelques liens en plus en rapport avec le podcast:

  • ✇affordance.info
  • Journée APDEN
    J’ai le plaisir et l’honneur d’être invité mardi prochain (18 Novembre) aux journées professionnelles de l’APDEN (Association des Professeurs Documentalistes de l’Education Nationale) pour y parler (en bonne compagnie) des enjeux liés à la modération, mais plus globalement à la circulation des idées, des faits ety des opinions, sur les réseaux et médias sociaux. Une captation vidéo sera organisée, j’ignore si elle sera ensuite accessible publiquement mais si tel est le cas, je vous en donnerai b
     

Journée APDEN

10 novembre 2025 à 10:30

J’ai le plaisir et l’honneur d’être invité mardi prochain (18 Novembre) aux journées professionnelles de l’APDEN (Association des Professeurs Documentalistes de l’Education Nationale) pour y parler (en bonne compagnie) des enjeux liés à la modération, mais plus globalement à la circulation des idées, des faits ety des opinions, sur les réseaux et médias sociaux.

Une captation vidéo sera organisée, j’ignore si elle sera ensuite accessible publiquement mais si tel est le cas, je vous en donnerai bien sûr le lien.

 

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Zohran Mamdani, la terreur de la droite
    Sans surprise, la droite québécoise suit la droite américaine et la droite française dans leur campagne de calomnie contre Zohran Mamdani, le nouveau maire de New York. Visiblement il n’est pas possible de critiquer cet homme honnêtement, donc ses détracteurs doivent recourir à l’exagération excessive et au mensonge pur. Les commentateurs de Québecor multiplient les tirs groupés depuis une semaine. Richard Martineau mord à pleines dents dans la théorie du complot voulant que Mamdani soit
     

Zohran Mamdani, la terreur de la droite

10 novembre 2025 à 07:10

Sans surprise, la droite québécoise suit la droite américaine et la droite française dans leur campagne de calomnie contre Zohran Mamdani, le nouveau maire de New York. Visiblement il n’est pas possible de critiquer cet homme honnêtement, donc ses détracteurs doivent recourir à l’exagération excessive et au mensonge pur. Les commentateurs de Québecor multiplient les tirs groupés depuis une semaine.

Richard Martineau mord à pleines dents dans la théorie du complot voulant que Mamdani soit un islamiste déguisé. Vous savez, ces islamistes dont l’épouse ne porte pas de voile, qui demandent que les soins de transition de genre soient assumés par l’État, qui encouragent les femmes à intégrer le marché du travail et à atteindre l’autonomie financière et qui font la tournée des bars gais pendant leur campagne électorale? Mamdani en est un. On n’a plus les islamistes qu’on avait. Martineau a également relayé, via la soi-disant experte de l’islam radical Florence Bergeaud-Blackler, un faux communiqué du groupe État islamique qui revendiquait comme une victoire l’élection de Mamdani.

Mamdani condamne le génocide à Gaza, donc forcément on l’accuse d’être pro-Hamas et antisémite. Selon le chroniqueur Luc Laliberté, ses positions vont l’empêcher d’être le maire de « tous les New-yorkais ». Personnellement, ce que je trouve antisémite, c’est de sous-entendre jour après jour que tous les Juifs veulent exterminer les G4zaouis. C’est faux. Et non, tous les Juifs ne reçoivent pas comme une attaque personnelle toute critique du gouvernement criminel de Netanyahou.

Aussi, Mamdani s’est fait prendre en photo avec l’imam Siraj Wahhaj, qui était soupçonné d’être lié aux attentats du World Trade Center en 1993. Horrible, n’est-ce pas? Martineau et d’autres accusent Mamdani d’avoir des « accointances douteuses ». Ce qu’ils ne mentionnent jamais, c’est que Wahhaj n’a jamais été accusé. 25 ans plus tard, les procureurs ont reconnu avoir ratissé un peu trop large dans leur enquête. Mamdani s’est fait photographier avec Wahhaj de la même façon que René Lévesque s’est déjà fait photographier avec des gens qui ont été arrêtés pendant la crise d’Octobre. Il n’y a aucune honte à fréquenter des gens accusés faussement.

Un type qui se fait passer pour un analyste politique à Qub Radio nous disait notamment que le programme de Mamdani contient des idées « très très très à gauche », « déconnectées », « de la gauche radicale », telles que… le transport en commun gratuit. Pensez-vous qu’il sait qu’au Canada nous avons l’assurance-santé universelle? Je le mentionne parce que ça m’a fait sourire, mais ça n’a rien de surprenant. Pour cette nouvelle droite décomplexée, toute forme de programme social appartient désormais à la « gauche radicale ». Ce même pseudo-analyste reproche à Mamdani de dénoncer l’islamophobie et d’encourager le « communautarisme » en disant que les musulmans ne devraient pas avoir peur de s’afficher en public. « Dans la ville du 11 septembre, rappelons-le. C’est quand même culotté! » (J’imagine que les hommes auraient tous dû disparaître de l’espace public pour 25 ans après la tuerie de Polytechnique) Le type reproche à Mamdani ses déclarations « piquantes » qui le rangent dans la gauche « très fâchée, très extrême ». Richard Martineau lui demande « quelles déclarations par exemple? » « Ah, ben, on les connaît », répond évasivement le pseudo-analyste. Non, justement. On ne les connaît pas. C’est la raison pour laquelle l’animateur vous pose des questions. Bref, beaucoup d’accusations, mais rien de concret.

Mathieu Bock-Côté, fidèle à son habitude, multiplie les accusations gratuites, sans jamais fournir un seul fait, une seule source. Les hausses de taxes de Mamdani ne toucheront pas uniquement les riches, mais « les gens ordinaires qui sont parvenus à se construire une petite prospérité ». Le but « caché » de ces hausses de taxes, de cette « taxation raciale », est de ruiner les Blancs. Bock-Côté pige directement dans le discours trumpiste en nous disant que Mamdani est « favorable à l’immigration illégale ». On ne peut pas être favorable à « l’immigration illégale », pas plus qu’au crime en général. Si le gouvernement accepte l’immigration, elle est forcément légale.

La palme de la calomnie revient à Nathalie Elgrably, qui accuse Mamdani de s’inspirer de Lénine et qui le soupçonne de vouloir tuer des dizaines de millions de personnes comme les communistes russes et chinois. Mais passons. Elgrably considère que le nazisme est une idéologie de gauche parce qu’il y a le mot « socialisme » dans le nom du parti, donc il ne faut pas s’attendre à une grande rigueur intellectuelle de sa part.

Ce qui me déçoit davantage, c’est la réaction de Luc Laliberté, dont j’apprécie généralement les analyses sans être toujours d’accord. Dans sa chronique du 22 octobre 2025, il accusait Mamdani d’être « populiste », sans l’expliquer. Si je comprends bien, le populisme de Mamdani consiste à « mettre les besoins des New-Yorkais de l’avant », parler de « ce dont on veut entendre parler » et expliquer aux New-Yorkais « comment peut-il les aider dans leur vie quotidienne ». C’est mal de dire ça? En fait, n’est-ce pas précisément la responsabilité d’un maire?

Mais dans une intervention à l’émission de Richard Martineau, Laliberté a carrément qualifié Mamdani de « Trump de la gauche ». Les deux hommes incarneraient les deux faces, gauche et droite, d’un même populisme. Je n’ai pas compris son raisonnement. L’un veut éliminer les « immigrants illégaux », les personnes trans, les wokes et ses adversaires démocrates de manière générale. L’autre veut sortir les gens de la misère ou de la précarité. Et contrairement à Trump, Mamdani n’a pas fabriqué d’épouvantail pour inventer une cause imaginaire aux problèmes de ses électeurs. En quoi sont-ils comparables? Je ne le saurai probablement jamais puisque Laliberté n’a pas élaboré.

Ce discours qui se veut centriste et modéré tente en réalité de rendre la gauche infréquentable en nous présentant la social-démocratie comme un excès aussi condamnable que la droite trumpienne. Je n’ai pas entendu beaucoup de commentateurs qualifier François Legault de « radical » lorsqu’il demandait au fédéral de déporter 80 000 demandeurs d’asile. Mais ils sont nombreux à affirmer que Mamdani est un radical parce qu’il croit que tous les habitants de la ville la plus riche du monde devraient être capable de se loger et de se nourrir. On comprend mieux que plusieurs qu’un parti modéré comme Québec solidaire appartienne à la « gauche radicale ». Cette campagne de diffamation contre Zohran Mamdani est un avant-goût de ce qui nous attend aux prochaines élections.

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  • Réflexions de convalescence solitaire [en]
    [en] Notes dictées lors d’une balade le 15.08.2025, laborieusement remises un peu au propre presque trois mois plus tard. Même si la situation a évolué depuis, c’était un moment que je voulais capturer. Quand on vit seul, on n’a personne pour nous dire : “viens, on va aller se promener”, ou bien “viens, on va au cinéma”, ou bien « ok, maintenant on sort, prépare-toi, on prend la voiture, on va aller au bord du lac, on va rendre visite à tel-et-tel, on va aller à la montagne, on va faire ceci
     

Réflexions de convalescence solitaire [en]

9 novembre 2025 à 16:11
[en]

Notes dictées lors d’une balade le 15.08.2025, laborieusement remises un peu au propre presque trois mois plus tard. Même si la situation a évolué depuis, c’était un moment que je voulais capturer.

Quand on vit seul, on n’a personne pour nous dire : “viens, on va aller se promener”, ou bien “viens, on va au cinéma”, ou bien « ok, maintenant on sort, prépare-toi, on prend la voiture, on va aller au bord du lac, on va rendre visite à tel-et-tel, on va aller à la montagne, on va faire ceci, faire cela ».

On n’a personne d’extérieur qui nous voit au quotidien, qui peut donc nous aider à sortir d’une éventuelle spirale un peu vicieuse, genre on en fait moins, on en fait donc encore moins… Ou bien, on n’a pas le moral, donc on fait moins, ou bien on est fatigué, donc on fait moins. Mais des fois, bouger, ça réénergise. Parfois c’est le contraire qu’il faudrait, comme ça m’est arrivé, quand je suis restée coincée pendant des jours à faire du troubleshooting pour mon réseau Wi-Fi. On n’a pas une personne qui est là pour dire : “ok, maintenant stop, ça suffit, t’as fait assez, lâche ce machin et viens regarder un film avec moi.”

Pour quelqu’un comme moi (allô TDAH) toute la partie fonctionnement exécutif bat un peu de l’aile de base. Le fonctionnement exécutif ça comprend, entre autres, la gestion des activités, du temps, des tâches. C’est donc quelque chose qui est déjà compliqué pour moi, qui me demande de l’énergie, des stratégies de compensation, et qui me fatigue.

Ces problématiques que j’ai déjà sont aggravées par la commotion. La commotion, c’est une blessure au cerveau. Elle ne se voit pas, il n’y a rien au scanner, et les mini-dégâts physiques invisibles sont réparés, depuis le temps. Mais le cerveau, c’est fonctionnel, pas juste structurel. Même si physiquement “il n’y a rien”, le syndrome post-commotionnel signifie que j’ai plus de difficultés d’attention, de concentration, d’endurance, de fatigabilité.

Donc vous voyez le problème. Je dois gérer la bonne quantité d’activités, mais c’est déjà quelque chose qui est compliqué en temps normal, et là je n’ai même plus les ressources habituelles dont j’ai besoin pour faire ça. Du coup, ça me fatigue encore plus.

Cela veut dire que je vais peut-être avoir un moins bon programme de récupération, je vais moins bien réussir à équilibrer mes activités, me reposer quand j’ai besoin de me reposer, être active quand j’ai besoin d’être active — parce que le travail qu’il faut faire, justement, pour gérer ça, c’est une des choses que j’arrive moins bien à faire. Et qui me fatigue. C’est le serpent qui se mord la queue.

Quand on vit seul, on est donc seul à se dépatouiller avec ça. J’ai des amies, mais elles ne vivent pas avec moi, donc elles ne me voient pas au quotidien. Elles ne sont pas là pour me dire “stop” ou “allez, viens”.

Vivre seul, ça vient en fait avec un gros risque de perte de chance face à des atteintes dans notre santé qui impactent justement notre capacité à nous gérer. Même quand on est entouré — et je le suis, j’ai des amis, j’ai plein de gens qui ont répondu présent pour venir m’aider après l’accident, etc. Mais c’est quand même largement moi qui dois mobiliser ces ressources, et j’ai la chance d’avoir la capacité de le faire (mais pas toujours).

J’apprécie d’ailleurs infiniment les quelques amis qui me proposent des choses, qui me disent : “voilà, je viens, je pourrais venir tel jour pour souper avec toi, je pourrais venir à tel moment…” Des fois ça ne va pas toujours, des fois je dis non, mais ils·elles continuent.

Et ça, en fait, surtout maintenant, alors qu’on approche des 5 mois post-accident, c’est précieux, parce que ce n’est pas facile non plus de demander de l’aide.

Les difficultés auxquelles je fais face, eh bien elles ne sont pas forcément visibles. Quand on me voit, ça ne se voit pas. Ça passe inaperçu.

Donc je dois penser à le dire, je dois le verbaliser, je dois réussir à faire passer le message. Ce n’est pas forcément évident de faire passer le message qu’on galère à s’organiser, par exemple, quand ce que les gens voient de l’extérieur, c’est quand même qu’on ne gère pas si mal. En plus, on a l’air d’être toujours la même personne qu’on a été — on l’est largement, mais pas tout à fait. Ce n’est pas simple.

Et particulièrement ces temps, je trouve que c’est de moins en moins simple aussi de garder le moral.

Après l’accident, il y a le choc, et tout. Ensuite, le début de la récupération, c’est assez rapide. Bien sûr, il y a des hauts et des bas, ce n’est pas linéaire une récupération.

Et puis plus on avance, plus la récupération est lente, moins les progrès sont visibles. Plus on est proche de la normalité, moins ça se voit qu’on galère encore. Et donc moins on a d’opportunités d’être entendu par rapport à ça, de se sentir vu ou compris.

Donc là, je trouve dur de rester positive, de ne pas me laisser embarquer dans des spirales d’inquiétude. Est-ce que je vais vraiment réussir à retravailler ? Le neurologue n’a pas changé d’avis là-dessus. Il n’y a pas de raison. On ne peut jamais rien garantir à 100 %, mais il n’y a pas de raison que je ne fasse pas une récupération complète.

Mais il reste des choses au quotidien qui me font peur. Laisser la clé dans le contact dans la voiture parquée en plein centre-ville quand je pars souper au restaurant. Des trucs qui m’échappent. Des maladresses qui sont, à mon avis, attentionnelles. Pas moteurs — attentionnelles. D’ailleurs on le voit bien : laisser échapper un truc qu’on vient de scanner à la Migros et laisser la clé dans la voiture, il y en a un où on pourrait effectivement se dire que c’est moteur, mais pas l’autre.

J’ai l’impression qu’il y a toute une série de stratégies que j’ai en place depuis des décennies pour fonctionner, qui marchaient tellement automatiquement que je ne me rendais pas compte qu’elles étaient là. Et qu’elles fonctionnaient au niveau où elles fonctionnaient parce que je les entrainais en permanence.

Comment éviter ces incidents d’un genre nouveau pour moi ? Ce qui était déjà un peu limite avant, ou que je savais que je gérais/compensais, les choses pour lesquelles je savais que je devais être prudente avant, ça va. Je peux être plus prudente.

J’essaie de trouver des exemples qui pourraient parler à d’autres personnes que moi. Imaginons… je ne sais pas… imaginons que vous êtes quelqu’un qui n’oublie jamais ses clés, ou qui ne perd jamais ses clés. Ça ne fait simplement pas partie de votre vie, des choses qui pourraient vous arriver.

Un beau jour, vous perdez ou oubliez vos clés. Une fois. Vous pouvez vous dire « ah, merde, pas de chance ». Combien de fois vous faudra-t-il perdre vos clés pour vous dire « oh, il faut dorénavant que je fasse vraiment attention et que je mette en place des stratégies de compensation pour ne pas perdre ou oublier mes clés » ?

Une fois que l’incident est arrivé, on se dit : bon alors ok, la clé dans le contact de la voiture, ça, c’est assez simple à prévenir. Ça m’est arrivé, et c’est vrai que j’avais déjà eu un ou deux signaux d’alerte par le passé, des fois où je suis sortie de la voiture en laissant la clé dans le contact. J’avais d’ailleurs identifié que c’était des situations où j’étais en train d’écouter quelque chose, que je voulais continuer à écouter, et donc on comprend aisément que l’oubli puisse avoir lieu, mon attention étant ailleurs.

Dans ce cas, je peux mettre en place une stratégie. Je crée une sorte de “règle” : j’arrête la voiture, j’enlève la clé du contact, je la mets dans la poche. Facile.

Renverser des trucs, c’est moins facile d’y remédier. Faut-il porter chaque chose comme si elle était une chose fragile et précieuse? Faut-il mesurer chaque geste du quotidien? Jusqu’où aller?

Ce qui est difficile aussi avec cet accident, enfin, avec les changements depuis l’accident (même s’ils ne sont pas énormes), c’est que c’est venu d’un coup.

Quand on vieillit, et que petit à petit nos capacités physiques et cognitives diminuent, doucement, ce n’est pas du jour au lendemain. On se rend donc compte des changements et des adaptations à apprivoiser, petit à petit. Avec la quarantaine, la périménopause, je vois déjà bien ce processus. On se dit: “mais purée, ça m’arrive de plus en plus souvent de faire des erreurs ou d’oublier quelque chose, avant ça m’arrivait jamais.”

Donc voilà. Petit à petit, on s’habitue. Petit à petit, on adapte notre image de nous.

Mais là, c’est comme s’il y avait une mise à jour du système d’exploitation du téléphone suite à laquelle il y a des trucs qui ne marchent plus. Avant, ça marchait tout le temps, mais maintenant, ça ne marche plus. De temps en temps, il y a des gros bugs.

Tenez, un autre truc automatique qui ne marche plus aussi bien post-accident: c’est le calcul mental.

Exemple très concret. Je me dis OK, je vais faire deux heures de promenade, je regarde sur Swisstopo une destination qui est à 45 minutes, et je me dis, ah mais non, ça va faire trop loin pour être de retour en une heure, donc je trouve un objectif à 25 minutes pour faire une boucle d’une heure — alors que c’était en fait deux heures. J’ai divisé par deux une fois.

Ou alors, comme l’autre jour, je fais 4 + 2 + 3 = 7.

Ce genre de truc. C’est quand même flippant.

Un autre exemple: je regarde les résultats du Bol d’Or, je lis 1h30 pour les vainqueurs — en fait c’était 1h30 du matin — et j’enregistre dans ma tête qu’ils ont mis 1h30 pour faire l’aller-retour du Bal d’Or, ce qui est totalement impossible. Mais je ne réalise pas que c’est complètement impossible, et je répète même cette “info mal interprétée” à quelqu’un.

C’est comme s’il y avait une sorte de processus de vérification ou de validation des chiffres qui n’est plus là, ou qui n’est plus aussi bien là, ou qui bugue. Ça, c’est super chiant et déstabilisant.

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  • « You should make a business out of it! » [en]
    [en] Or should you? Dave Sifry makes a very important point in his LinkedIn post: I wished there were always-updated travel guides that I could have pre-printed and bound and it would be a great memento to remember the trip as well.So, naturally, I thought there must be a huge opportunity in creating personalized, on-demand travel guides.The mistake wasn’t being wrong about the market. It was forgetting to ask whether the product was really something I would pay for and just a ‘nice to h
     

« You should make a business out of it! » [en]

9 novembre 2025 à 15:13
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Or should you?

Dave Sifry makes a very important point in his LinkedIn post:

I wished there were always-updated travel guides that I could have pre-printed and bound and it would be a great memento to remember the trip as well.

So, naturally, I thought there must be a huge opportunity in creating personalized, on-demand travel guides.

The mistake wasn’t being wrong about the market. It was forgetting to ask whether the product was really something I would pay for and just a ‘nice to have’.

The world is full of needs and problems. Many of these have solutions. And people are hungry for these solutions. They find them life-saving, precious, incredible.

But would they have paid for them?

A great idea that fills a real need doesn’t always have a viable business model.

I see that everyday with the thriving support community I have built for people with diabetic cats. Many of our members cannot find enough kind words to express their gratitude for what they got out of the community. There are over 7k members in it and a team of 20+ moderators. It’s literally run like a small business.

And people tell me: heavens, you should ask for a subscription and make a business out of this!

But I know it wouldn’t work. People wouldn’t pay for the service we provide. They probably wouldn’t pay for somebody to spend an hour with them to show them how to do things and get started. They most certainly wouldn’t pay for 24/7 support. At least not in numbers or amounts that would bring the whole operation anywhere close to being able to pay a salary, let alone more than one.

It doesn’t mean they don’t value what we bring. After the fact, they might very well say they would have paid for it. But not upfront, definitely not.

Some things will always have to be non-profit, or financed by third parties so that the service can be offered freely or nearly so. Others may have a market, but can’t find a price that is worth paying for the customer and at the same time high enough to sustain the business.

It’s not because there is demand for something that one can earn money with it.

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  • Convoqué au poste …
    Je suis convoqué au poste, ce mercredi à 9h. Mais je vous rassure, Christelle Morançais n’y est pour rien. Et c’est avec plaisir que je me rends à la convocation de David Dufresne. On va causer autour de mon dernier article, des IA, du web et des plateformes, et des horizons de discours et de société que tout cela dessine … ou efface. Rendez-vous mercredi 9h en direct.      
     

Convoqué au poste …

9 novembre 2025 à 14:24

Je suis convoqué au poste, ce mercredi à 9h. Mais je vous rassure, Christelle Morançais n’y est pour rien. Et c’est avec plaisir que je me rends à la convocation de David Dufresne. On va causer autour de mon dernier article, des IA, du web et des plateformes, et des horizons de discours et de société que tout cela dessine … ou efface.

Rendez-vous mercredi 9h en direct.

 

 

 

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  • A lire sur AOC : Le réel, le vrai et la technorrhée. Comment la question du langage s’est déplacée.
    Comme je le fais depuis quelques temps, certains de mes textes sont initialement publiés dans la revue AOC avant d’être republiés ici en version gratuite après embargo de 2 mois (sachant qu’AOC vous offre un article par mois gratuitement en échange de votre adresse mail). Mon dernier texte s’intitule « Le réel, le vrai et la technorrhée. Comment la question du langage s’est déplacée. » Il est disponible sur AOC depuis le 20 octobre 2025 (et sera donc republié ici fin décembre). C’est un texte as
     

A lire sur AOC : Le réel, le vrai et la technorrhée. Comment la question du langage s’est déplacée.

9 novembre 2025 à 08:17

Comme je le fais depuis quelques temps, certains de mes textes sont initialement publiés dans la revue AOC avant d’être republiés ici en version gratuite après embargo de 2 mois (sachant qu’AOC vous offre un article par mois gratuitement en échange de votre adresse mail).

Mon dernier texte s’intitule « Le réel, le vrai et la technorrhée. Comment la question du langage s’est déplacée. » Il est disponible sur AOC depuis le 20 octobre 2025 (et sera donc republié ici fin décembre). C’est un texte assez long et assez dense qui propose plusieurs concepts (celui de technorrhée, celui « d’assemblages machiniques informationnels », et quelques autres encore), travaille plusieurs aspects de l’IA au travers des différents générateurs (de texte, d’image, de vidéo), qui revient aussi sur les cadres discursifs et langagiers qui se trouvent bousculées et remodelés et tente de replacer ces dernières évolutions dans le temps long des espaces discursifs en ligne, qui ont, depuis l’invention des plateformes de médias sociaux, toujours été davantage astreignants que libératoires. Parmi quelques-uns des aspects développés dans ce texte, je vous livre ici deux courts extraits qui, je l’espère, vous donneront envie de lire l’ensemble sur AOC (et de vous y abonner, c’est un espace de réflexion et de respiration aussi salutaire que nécessaire dans l’époque actuelle).

Extrait 1.

« Il y a deux niveaux différents sur lesquels penser la complexification de nos anciennes heuristiques de preuve. D’abord la documentation récréative, ludique ou fictionnée du monde : l’enjeu est alors celui de la dissimulation ; il faut soit faire en sorte que le destinataire ne voit pas la simulation, soit qu’elle se dise pour ce qu’elle est (un « dit » de simulation) et qu’elle suscite l’étonnement sur sa nature. Et puis il y a la documentation rétrospective de tout ce qui fait histoire dans le temps long ainsi que celle qui concerne l’actualité. C’est alors l’exemple de la vidéo du SIG que j’évoquais plus haut, où le moindre casque à pointe nous fait basculer de l’ahurissement à l’abrutissement.

On croit souvent – et l’on s’abrite derrière cette croyance – que chaque simulation, chaque nouvelle production documentaire générée par intelligence artificielle, ajoute au réel. C’est totalement faux. Chaque nouvelle simulation enlève au réel. Parce que le réel historique n’est pas un réel extensible : il peut se nourrir de représentations historiques mouvantes au gré de l’historiographie et de l’émergence de preuves ou de témoignages, mais chaque nouvelle génération de ce réel historique potentiel va venir se sédimenter dans l’espace public mémoriel dont la part transmissible est extrêmement ténue et s’accommode mal d’effets de concurrences génératives. La question, dès lors, n’est pas tant de condamner les utilisations imbéciles ou négligentes de technologies d’IA pour illustrer un fait historique mais, par exemple, de savoir comment mieux rendre visible et faire pédagogie de la force incroyable d’authentiques images d’archives.

Nos imaginaires sont des réels en plus. Les effets de réel produits par les artefacts génératifs sont des imaginaires en moins.

(…) Il est en train de nous arriver exactement la même chose avec l’ensemble de l’actuelle panoplie des artefacts génératifs disponibles, de Genie 3 à ChatGPT5 : nous ne multiplions pas nos capacités collectives à faire récit (que ces récits soient imaginaires, réels ou réalistes et que leur support premier soit celui du texte, de l’image ou de la vidéo), nous les standardisons et nous nous enfonçons dans des dynamiques de reproduction qui se nourrissent de toutes les formes possibles de confusion ; une confusion entretenue par des formes complexes d’indiscernabilité qui tiennent à l’immensité non auditable des corpus sur lesquels ces IA et autres artefacts génératifs sont « entraînés » et ensuite calibrés.

 

Extrait 2.
À propos de ce que je nomme « Assemblages machiniques informationnels »

L’arrivée des artefacts génératifs ajoute une dimension nouvelle et passablement problématique au tableau contemporain de la fabrication de nos croyances et adhésions. Jusqu’ici, moteurs de recherche et réseaux sociaux jouaient sur le levier déjà immensément puissant de leurs arbitraires d’indexation et de publication (le fait de choisir ce qu’ils allaient indexer et/ou publier) ainsi que sur celui, tout aussi puissant, de la hiérarchisation et de la circulation (viralisation) de ce qui pouvait être vu et donc en creux de ce qu’ils estimaient devoir l’être moins ou pas du tout.

Choisir quoi mettre à la « Une » et définir l’agenda médiatique selon le vieux précepte de « l’agenda setting » qui dit que les médias ne nous disent pas ce qu’il faut penser mais ce à quoi il faut penser. Ce principe premier de l’éditorialisation se double, avec les artefacts génératifs conversationnels à vocation de recherche, d’une capacité à produire des sortes d’assemblages machiniques informationnels, c’est à dire des contenus uniquement déterminés par ce que nous interprétons comme un « devenir machine** » en capacité de « phraser » les immenses bases de données textuelles sur lesquelles il repose. Des machines à communiquer mais en aucun cas, comme le souligne aussi Arthur Perret, en aucun cas des machines à informer.

** [ce « devenir-machine » est à lire dans le sens du « devenir-animal » chez Deleuze et Guattari : « le “devenir-animal” ne consiste pas à “imiter l’animal, mais d’entrer dans des rapports de composition, d’affect et d’intensité sensible” ».]

Ce concept d’assemblage machinique informationnel me semble intéressant à penser en miroir ou en leurre des agencements collectifs d’énonciation théorisés par Félix Guattari. D’abord parce qu’un assemblage n’est pas un agencement. Il n’en a justement pas l’agentivité. Il n’est mû par aucune intentionnalité, par aucun désir combinatoire, calculatoire, informationnel, communicationnel ou social. Ensuite parce que la dimension machinique est antithétique de la dimension collective, elle en est la matière noire : ChatGPT (et les autres artefacts génératifs) n’est rien sans la base de connaissance sur laquelle il repose et les immenses réservoirs de textes, d’images et de contenus divers qui ont été, pour le coup, assemblés, et sont l’oeuvre de singularités fondues dans un collectif qui n’a jamais été mobilisé ou sollicité en tant que tel. Enfin, l’information est ici un degré zéro de l’énonciation. L’énonciation c’est précisément ce qui va donner un corps social à ce qui étymologiquement, a donc déjà été « mis en forme » (in-formare) et se trouve prêt à être transmis, à trouver résonance. ChatGPT est l’ombre, le simulacre, le leurre d’une énonciation. Et cette duperie est aussi sa plus grande victoire.

La question du langage s’est déplacée. Un grand déplacement. Quelque chose qui n’est plus aligné entre le territoire du monde et la langue qui en est la carte.

La suite ici :

 

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  • Blogging After 8PM [en]
    [en] I am on my never-ending quest to squeeze more writing into my life (it’s the ugly truth – the squeezing – I know), without sacrificing anything else (I know, I know), and I’m thinking that evenings could be a good plan. The day before yesterday, I managed to eat at a decent time, and get myself ready for the night, and then have time ahead of me to write. I repeated the feat last night, though you didn’t see it show up here, because I wrote a post on the diabetic cat website. Tonigh
     

Blogging After 8PM [en]

8 novembre 2025 à 17:43
[en]

I am on my never-ending quest to squeeze more writing into my life (it’s the ugly truth – the squeezing – I know), without sacrificing anything else (I know, I know), and I’m thinking that evenings could be a good plan. The day before yesterday, I managed to eat at a decent time, and get myself ready for the night, and then have time ahead of me to write.

I repeated the feat last night, though you didn’t see it show up here, because I wrote a post on the diabetic cat website.

Tonight is not that much of a success. It’s nearly 11pm and I just want to sleep (well, I don’t, but my body wants to). What happened? First of all, I got home around 6.30pm after doing some quick shopping, already super tired because I spent most of the day on the lake with my brother and my dad. It was a lovely day. But being on water and hours of active conversation are tiring.

So, I ate a little late.

And then I got lost nearly 25 years in the past, going through an old Metafilter thread, the one where the Kaycee Nicole “affair” played out. If you weren’t blogging back in 2001, you’ll be forgiven for not knowing what I’m talking about. Whether you do or not, you should read The Curious Case of Kaycee Nicole (hat tip: ma.tt), an excellent long form write-up of what went down back in the day. I read it this morning, and it prompted me to unearth the summary I published at the time. And in there is the link that sent me down memory lane.

It’s very weird reading my old comments (I’m “Tara”) in the thread. I was 26. Just over half the age I am now. As I skimmed through the thread, reading comments here and there, I found myself reading my words without immediately realising they were mine. For a few seconds, I caught a glimpse of my online writing self from the outside. It is quite an unsettling experience.

I’ll keep it short (no writing for two hours tonight), but just wanted to mention that I activated the Jetpack related posts plugin, so you have even more choice to continue reading once you’re done with a given post. I’d actually love to have a plugin that gives you posts from the same date over the years, if there are any. I think it would be a cool way to invite people to wander around the blog in search of hidden treasure (it’s there, I’m certain).

Other than that, pretty much each time I pick up my computer to start blogging, I feel the need for what I’ve internally called the “socials to blog” plugin. The one I dream of lets me open a draft post in which my “socials of the day” (but I’d be happy with just Mastodon right now) would be pre-entered, one beneath the other, in chronological order, with prettified links and preview cards as well as a source/reference link to the original update on the socials. (Yes, I know I need to detail this a bit more.) Honestly, I think about it nearly every day. Because every day, I post stuff to the socials which I could really use as a basis for a linkbloggy blog post.

I’ve been pondering more on the nature of socials versus blogging, and it’s now very clear to me that the socials are closer to chatting than “writing”, for me. Sharing a link to the socials is akin to telling the colleague I just bumped into “oh, by the way, did you see xyz, I think you might like it”, or sending somebody a whatsapp message, or (nostalgia) hanging out on IRC. In my view, the socials are highly conversational and chatty, more spontaneous and impulsive than a blog post. Not only because of the allowed length of the updates, poorness of text editing features, and social network structure that underpins them, but also because the “stream” nature of the algorithm presenting the publications of a given platform creates a strong implicit understanding that the only relevant content is “now”. Past updates are like the newspaper of old, good for wrapping fish and chips, but not something you’d want to spend your time reading.

I remember that in my linguistics studies, we covered the distinction to be made between what we called (in French) “discourse” and “story”, two types of textual productions which differ in how strongly the context producing the text in question is present in it. (Of course I can’t find a good clear reference, I’m telling you this from memory, I’d have to go back to my textbooks to be sure more precise.) “Discourse” needs to be interpreted and understood in the light of the “real-world” event of its production, whereas the “story” has a coherence that is independent of the circumstances of its production. To give some rough examples, a novel is a “story”, but the utterances making up a phone call are “discourse”.

Within this framework, blog posts are less “discourse” than updates on the socials. On the socials, utterances (updates) lose a lot of their meaning once the context of their production fades away, whereas many blog posts can remain relevant for years if not decades. So, blogs and socials are not at all the same kind of beast, linguistically, and it would be wrong, in my opinion, to try to make one into another, or merge them. There are, however, parts of the content that makes up the discourse happening on the socials that can be repurposed into a more perennial blog post: the linklog-like stuff, for example. The prospect of doing this by hand is daunting, so I’m dreaming of a plugin to assist me in that process.

Uh oh. See, nearly an hour has passed. The mist is rolling in, up there where my brain lives. I will try and be ready for blogging earlier tomorrow night. It’s a motivating objective.

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  • All The Things [en]
    [en] I’m writing this blog post thanks to Jeffrey. Because I kind of said I’d be able to blog today, and it’s just a bit past 8.30pm, the dishes are done, the cat has had his meds and insulin (so have I – the meds, not the insulin), even the clean laundry is in the cupboard. So instead of clumsily playing through practice deals on Funbridge or hanging out on the socials, I’m here writing. I’ve been sick most of the last week. Two days down under a post-vaccine ton of bricks (I’d kind of wilf
     

All The Things [en]

6 novembre 2025 à 16:30
[en]

I’m writing this blog post thanks to Jeffrey. Because I kind of said I’d be able to blog today, and it’s just a bit past 8.30pm, the dishes are done, the cat has had his meds and insulin (so have I – the meds, not the insulin), even the clean laundry is in the cupboard. So instead of clumsily playing through practice deals on Funbridge or hanging out on the socials, I’m here writing.

I’ve been sick most of the last week. Two days down under a post-vaccine ton of bricks (I’d kind of wilfully forgotten how nasty my 2nd and 3rd Covid boosters had been when I decided to start getting the shots again), but a sore throat before that, and after that, and a lost voice because I talked too much on said sore throat, some lingering fever, and now a nasty cough. Anyway. It’s getting better but my friend codeine and I have had to start hanging out again.

I’ve been back to work, three half-days a week, since mid-October. It’s going pretty much as expected, meaning OK, but tiring. Work, but also “just life”. Even before my accident, I struggled with the fact that I had too many wants for the time life gives us. Having less energy all these last months has put this issue on the front of the scene – in addition to the fact it is tightly linked to the complications I developed after my accident. And now that most of the symptoms have abated, and that I’m feeling more “back to normal” each month, my expectations of what I should be able to do are rising fast beyond where they should be remaining.

So, I’m trying to tackle the issue. A few things are becoming clear. One is that everybody seems to be struggling to stay on top of their lives, not only us hyperactives. There is something about the world we live in that drags us along: so many opportunities and temptations, the incentive to be happy, live a meaningful life, take care of oneself but also of others, pursue success but also slow down. But there is also the increasing administrative complexity of our lives. Technology has made it easier for me to pay my bills (in Switzerland at least: open letter, whip out phone, scan QR code, confirm, done), but it has also contributed (hand in hand with runaway capitalism applied to everything, from private companies to public services) to irrevocably breaking the processes that make things happen in our organisations. Any interaction becomes a bureaucratic nightmare. And it’s not just because the person on the phone (if there is one) is a script-fed robot (they aren’t always, by far, at least here), but because the systems are broken, tasks get lost, not mentioning bugs in the software, and nobody knows how the whole machine is supposed to work anymore so it can be fixed.

So when I want to move my insurance 3rd pillar into a normal one, it takes me 4 phone calls and e-mails over 3 months to make it happen. And each time the person on the end of the line is listening well, taking the issue seriously, looking for traces of my last contact (gone), asking for some information again, promising me that they are on it and that this time, the order is underway and will be dealt with.

This is just one example. You have yours, too, I’m sure. I remember a time when I could call customer service, wait on hold for a bit, and have my problem solved. Now I call customer service with a question, they actually create an additional problem on top of the one I was trying to solve, I spend an hour on the phone with them first in disbelief trying to clarify that they actually did do the stupid thing I feared they would do but they assured me they wouldn’t, getting them to admit it was a mistake, escalate me to somebody who actually can’t do anything for me that I couldn’t do myself.

This, of course, is a separate problem from the fact I want to Do All The Things, but it doesn’t help. Because on top of working to earn a living, we need to spend hours managing the Admin of Life. Those hours are not available for other stuff.

You should listen to the podcast episode Your Call Is Important to Us by 99% Invisible. Years ago I tried launching the World Wide Paperwork and Administrivia Day. And I can totally see myself doing Admin Nights at my coworking space (listen to the podcast). Amongst all the other things I want to organise there: board game afternoons, puzzle days, drop-in tea parties…

All The Things, see.

I realised, recently, that my expectation that I should be able to find a way to manage my life and feel reasonably on top of things was most certainly an illusion. It’s not me who is failing, it’s the objective that’s out of touch with reality. You know, just like we realised at one point that it wasn’t fair to make women believe they could have a full-time work life (“like men”), be great invested parents, manage the household and have hobbies and take care of themselves, oh yeah, and social life. So, I’m trying to accept that there will always be something falling through the cracks. Instead of building a system without any cracks, I need to shift into building a system that allows for them.

Maybe I can officially decide that I’m not checking that the reimbursements from the insurance for the cats‘ medical bills are correct. I don’t do it, but it’s always on my to-do list, because one should check this kind of thing to run personal finances well, right? So, a type of management that is less airtight, but with safety nets. Which takes into account that of all the balls we are juggling, some are glass and cannot be dropped, whilst others are rubber and will bounce back up if we let them escape.

One of the ways I’ve tried to tackle my “activity overload” issue is by readjusting my expectations. How many hikes in a year? How many times can I actually manage to go to judo per month? How many stays at the chalet? How many blog posts a month? Using historical data seemed a good place to start. My calendar is not very reliable for that, because I sometimes make plans I don’t follow, and they stay in the calendar – or go off on a hike with a friend on the week-end and hadn’t written it down. But my Google Timeline know where I was, and when. I exported it, chopped it up so I had just the couple of years I was interested in in a file (the whole thing is massive), and fed it to Gemini along with an export of my calendar. I usually use ChatGPT, but I had the hope that Gemini might be able to plug into my Google Photos and get some extra data from there – but no luck, not for me. I stuck with Gemini because it clearly did a way better job than ChatGPT analysing my data. Of course, as usual with LLMs, what seemed like a straightforward missing turned into a long series of prompts and reprompts, but I’m happy to say I did get somewhere, with less anguish and more fun (if not less time) than if I had painstakingly done it by hand.

All the while I had the nagging feeling that maybe I was tackling this wrong. A feeling that I was hovering around the entrance of a rabbit-hole signposted “over-engineering”. I confess, I’m no stranger to this flaw.

I know I need to set priorities. Priorities is the issue on a daily basis. Do I take time to write, or rest? Do I spend time with the cat outside or do a puzzle? Do I see a friend or write a blog post? Do I deal with my taxes next week-end or pick up the future of blogging/socials ball and write about that? Or spend some time volunteering in the diabetic cat community? Or…? Or…? And so on.

So far it’s become clear to me that as long as my life priorities are not sorted, it’s going to make choosing between writing a blog post, sorting through my boxes of stuff, hiking or seeing a friend pretty tricky. People keep telling me that I have too much on my plate and I need to drop something, but there is nothing there I feel like I can drop. I’m not going to stop judo. I’m not going to shut down the diabetic cat community. I’m not going to stop writing, or skiing, or hiking, or sailing. I’m not going to stop having friends. And so on… again.

Priorities. What is most important? What is less important? What is more meaningful to me? It hit me today that beyond the pervasive Life Overwhelm of our times, the way this difficulty to choose and prioritise expresses itself in my life is that I am interested in too many things. It may sound trivial said like this, but it’s not. I suffer from too much “want”, too much “oh, how exciting”, “love this”. It’s as if my threshold for something to be interesting was very very low. It doesn’t take much to get me interested! Just like I’m an easy customer when it comes to food, I’m an easy customer for many things. This feels like it must be related to the “ADHD weak filter” which makes it difficult to distinguish between signal and noise amongst the available information. Maybe I’m stretching things a bit, but for me, it’s as if my “filter” for what is something I want to do or am interested in is letting pretty much everything through, resulting in this deluge of “wants”, projects, interests, etc. (The “weak filter” has advantages when it comes to thinking outside the box or being creative, but that’s another story). So, maybe in addition to setting some guidelines and realistic expectations for the operational management of my time (e.g. max n social activities in a given week), it would make sense to work on that filter a bit, and make it a little more discriminating.

I can’t make my ADHD go away. However, what I can do is identify which core needs these various activities satisfy, or not, for example. Maybe, when I then look at my overall activity schedule (hi Gemini), I will notice that it is lopsided, in terms of which needs are met or underrepresented. This would be a way of tightening my filter a bit. Another angle that is important is if a given activity or interest requires regularity to be feasible. This is easy, with physical activities: if I’m doing judo, I need to train regularly enough. I can’t just “go and do judo” twice a year – my body won’t let me. Same with hiking and skiing, they require a certain level of fitness that comes from regular practice. Blogging, however, can be neglected for months or years and then come back to. Not surprisingly, activities that don’t require regular practice might be more likely to be deprioritised, although they might actually be important.

I’m a firm believer in tracking things. Get that feedback loop going first, rather than just set objectives and despair trying to reach them. How things are now is a great starting point for introducing incremental changes in the desired direction. So, for example, this last week or so I’ve been thinking I should track my hours of intense interaction (because although I enjoy it, it exhausts me) and also, how much time I write, when I do write. I know I already blogged (more than once probably) about the problem of monster blog posts like this one, versus shorter writing. See, I’ve been writing for two hours now. Crazy, right, when you think it took you about 10 minutes or so to get down to here if you’re reading everything. I’m hungry (yes I had dinner, I’m hungry again/already) and tired.

So, although I would have many more things to say (see, another filter thing: each day brings at least 2-3 blog post ideas – keeping up is just not possible unless I spend all my time writing…), I will wrap up this blog post, pick a title for it, publish, and go to bed.

With a bit of luck I’ll blog again soon.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Inutile, inapplicable, nuisible et injuste: la loi 94 pour « renforcer la laïcité »
    Jeudi dernier, l’Assemblée nationale du Québec adoptait la loi 94 afin de « renforcer la laïcité dans le réseau de l’éducation ». Trois jours plus tard, les électeurs de Saint-Léonard-Ouest élisaient Mauro Barone, qui se présente ouvertement comme un catholique romain dévoué à son église. Je n’ai entendu personne réagir. Imaginez qu’un conseiller municipal se présente comme un musulman dévoué à sa mosquée. Si on avait besoin d’une nouvelle preuve que nos nationaleux soi-disant laïcards se préocc
     

Inutile, inapplicable, nuisible et injuste: la loi 94 pour « renforcer la laïcité »

5 novembre 2025 à 07:06

Jeudi dernier, l’Assemblée nationale du Québec adoptait la loi 94 afin de « renforcer la laïcité dans le réseau de l’éducation ». Trois jours plus tard, les électeurs de Saint-Léonard-Ouest élisaient Mauro Barone, qui se présente ouvertement comme un catholique romain dévoué à son église. Je n’ai entendu personne réagir. Imaginez qu’un conseiller municipal se présente comme un musulman dévoué à sa mosquée. Si on avait besoin d’une nouvelle preuve que nos nationaleux soi-disant laïcards se préoccupent d’une seule religion, on l’aurait trouvée.

Fiche de Mauro Barone sur le site Élections Montréal
https://elections.montreal.ca/fr/candidates/mauro-barone/

Les dispositions de la loi 94 sont inutiles, inapplicables, nuisibles ou carrément injustes.

Inutile
L’obligation d’avoir le visage découvert. Qu’est-ce que ça vient faire dans une loi sur la laïcité? Pourquoi ne pas simplement exiger des élèves qu’ils aient le visage découvert en tout temps? La réponse évidente est que le gouvernement veut flatter sa base électorale. Et pour ça, viser directement l’islam est toujours gagnant. Pour ce qu’on en sait, le nombre d’élèves touchées se compte sur les doigts d’une main. Pourquoi gérer humainement cette situation délicate quand on peut faire une nouvelle loi et se présenter en champion de la « laïcité »? N’aurait-on pas pu confier ces cas aux éducateurs spécialisés ou aux travailleurs sociaux? Pardon, je viens de me souvenir: on ne peut pas. La CAQ a coupé le budget des écoles pour ce genre de ressources inutiles.

Inapplicable
Interdiction des menus adaptés aux restrictions religieuses. Comment allez-vous appliquer cette interdiction? Vous allez mariner la salade dans le gras de bacon? Vous allez verser de l’alcool dans le jus de fruit? Voici comment contenter tout le monde en étant laïque: que toutes les cafétérias offrent chaque jour un menu végétarien. De quoi contenter les Juifs, les musulmans et… les végétariens. Mais non, légiférons à grands coups d’interdictions et visons les religions minoritaires, c’est tellement plus rassembleur.

Nuisible
On l’a répété plusieurs fois, mais les enseignants de la clique ultraconservatrice de l’école Bedford ne portaient pas de signe religieux. On va pénaliser des personnes qui n’ont jamais eu de comportement problématique. Pourquoi? Dans quel but? Qu’est-ce qu’on espère comme réaction? « Le ministre a interdit le voile pour les éducatrices en service de garde. On va devoir arrêter de séparer les garçons des filles dans nos classes. » Divulgâcheur: Non. Ça ne fonctionne pas comme ça. Les enseignants qui pratiquaient l’intimidation à Bedford étaient déjà au courant que leurs pratiques étaient inacceptables. Ce n’est pas en « envoyant un message » qu’on règle une situation comme celle-là.

En pleine pénurie de personnelle, la ministre Sonia Lebel juge que le moment est bien choisi pour ajouter un obstacle à l’embauche. Les parents de l’île de Montréal vont devoir prévoir des changements à leur horaire parce que les services de garde vont sans doute devoir diminuer leur capacité d’accueil.

« Oui mais il y aura une clause de droits acquis pour les employées qui sont déjà en place. » Les éducatrices font déjà un travail difficile, ingrat et peu reconnu. Avec sa loi, le gouvernement leur envoie le message qu’elles sont des indésirables. Qu’elles sont de mauvaises citoyennes. Qu’on aimerait bien les remplacer par d’autres éducatrices si on le pouvait. D’ailleurs, on le fera peut-être lorsque se produira une nouvelle controverse qui donnera envie au gouvernement d’être encore plus strict en matière de « laïcité », par exemple en abolissant la clause de droits acquis. À la place des éducatrices, auriez-vous envie de conserver votre emploi?

Et tout ça pour quoi? La recherche a déjà démontré que la loi 21, loin de favoriser le vivre-ensemble, n’était parvenue qu’à décomplexer le racisme avec lequel doivent vivre les enseignantes portant le voile et de façon plus générale les mères et les élèves musulmanes. Shophika Vaithyanathasarma écrivait dans sa chronique de lundi: « Des enseignantes me parlent de sorties avec leurs élèves portant le voile qui tournent mal. Menaces, insultes, regards lourds pour ces élèves. C’est ça, la réalité. » Ces lois anti-islam et le discours qui les a motivées ne fait que décomplexer le racisme et l’intolérance.

Carrément injuste
Interdiction des absences / congés pour des célébrations religieuses « qui ne figurent pas au calendrier scolaire ». Ici, le gouvernement assume pleinement la discrimination. On peut retourner cette interdiction dans tous les sens, il demeure que les chrétiens auront congé pour leurs fêtes religieuses, mais pas les Juifs, les musulmans ou les Sikhs. Au nom de la tradition, évidemment. Mais quelle tradition? À part les chrétiens pratiquants, qui célèbre encore l’Action de Grâce? Si on agissait vraiment pour l’égalité, on arrêterait de s’aligner sur le calendrier de l’Église. On remplacerait Noël par la fête du solstice d’hiver et on déplacerait le congé férié le 21 décembre. Voilà, Noël laïque. On remplacerait Pâques par la fête du chocolat et on la tiendrait chaque année à la même date. Voilà, Pâques laïque.

Bref, il y aurait eu 1000 façons d’obtenir le résultat voulu sans faire une loi visant directement les religions minoritaires et les musulmanes en particulier. L’objectif du gouvernement n’est pas d’affirmer la neutralité religieuse, mais d’effacer la religion minoritaire la plus visible et de flatter sa base habitée par une crainte profonde de l’islam.

C’est ainsi qu’au Québec, on considère qu’un concierge qui lave le plancher d’une école en portant un turban remet en question la séparation entre la religion et l’État, mais pas un conseiller municipal qui se dit fièrement dévoué à son église. Ne cherchez pas la logique ici, il y a longtemps qu’elle a déserté ce gouvernement.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Inutile, inapplicable, nuisible et injuste: la loi 94 pour « renforcer la laïcité »
    Jeudi dernier, l’Assemblée nationale du Québec adoptait la loi 94 afin de « renforcer la laïcité dans le réseau de l’éducation ». Trois jours plus tard, les électeurs de Saint-Léonard-Ouest élisaient Mauro Barone, qui se présente ouvertement comme un catholique romain dévoué à son église. Je n’ai entendu personne réagir. Imaginez qu’un conseiller municipal se présente comme un musulman dévoué à sa mosquée. Si on avait besoin d’une nouvelle preuve que nos nationaleux soi-disant laïcards se préocc
     

Inutile, inapplicable, nuisible et injuste: la loi 94 pour « renforcer la laïcité »

5 novembre 2025 à 07:06

Jeudi dernier, l’Assemblée nationale du Québec adoptait la loi 94 afin de « renforcer la laïcité dans le réseau de l’éducation ». Trois jours plus tard, les électeurs de Saint-Léonard-Ouest élisaient Mauro Barone, qui se présente ouvertement comme un catholique romain dévoué à son église. Je n’ai entendu personne réagir. Imaginez qu’un conseiller municipal se présente comme un musulman dévoué à sa mosquée. Si on avait besoin d’une nouvelle preuve que nos nationaleux soi-disant laïcards se préoccupent d’une seule religion, on l’aurait trouvée.

Fiche de Mauro Barone sur le site Élections Montréal
https://elections.montreal.ca/fr/candidates/mauro-barone/

Les dispositions de la loi 94 sont inutiles, inapplicables, nuisibles ou carrément injustes.

Inutile
L’obligation d’avoir le visage découvert. Qu’est-ce que ça vient faire dans une loi sur la laïcité? Pourquoi ne pas simplement exiger des élèves qu’ils aient le visage découvert en tout temps? La réponse évidente est que le gouvernement veut flatter sa base électorale. Et pour ça, viser directement l’islam est toujours gagnant. Pour ce qu’on en sait, le nombre d’élèves touchées se compte sur les doigts d’une main. Pourquoi gérer humainement cette situation délicate quand on peut faire une nouvelle loi et se présenter en champion de la « laïcité »? N’aurait-on pas pu confier ces cas aux éducateurs spécialisés ou aux travailleurs sociaux? Pardon, je viens de me souvenir: on ne peut pas. La CAQ a coupé le budget des écoles pour ce genre de ressources inutiles.

Inapplicable
Interdiction des menus adaptés aux restrictions religieuses. Comment allez-vous appliquer cette interdiction? Vous allez mariner la salade dans le gras de bacon? Vous allez verser de l’alcool dans le jus de fruit? Voici comment contenter tout le monde en étant laïque: que toutes les cafétérias offrent chaque jour un menu végétarien. De quoi contenter les Juifs, les musulmans et… les végétariens. Mais non, légiférons à grands coups d’interdictions et visons les religions minoritaires, c’est tellement plus rassembleur.

Nuisible
On l’a répété plusieurs fois, mais les enseignants de la clique ultraconservatrice de l’école Bedford ne portaient pas de signe religieux. On va pénaliser des personnes qui n’ont jamais eu de comportement problématique. Pourquoi? Dans quel but? Qu’est-ce qu’on espère comme réaction? « Le ministre a interdit le voile pour les éducatrices en service de garde. On va devoir arrêter de séparer les garçons des filles dans nos classes. » Divulgâcheur: Non. Ça ne fonctionne pas comme ça. Les enseignants qui pratiquaient l’intimidation à Bedford étaient déjà au courant que leurs pratiques étaient inacceptables. Ce n’est pas en « envoyant un message » qu’on règle une situation comme celle-là.

En pleine pénurie de personnelle, la ministre Sonia Lebel juge que le moment est bien choisi pour ajouter un obstacle à l’embauche. Les parents de l’île de Montréal vont devoir prévoir des changements à leur horaire parce que les services de garde vont sans doute devoir diminuer leur capacité d’accueil.

« Oui mais il y aura une clause de droits acquis pour les employées qui sont déjà en place. » Les éducatrices font déjà un travail difficile, ingrat et peu reconnu. Avec sa loi, le gouvernement leur envoie le message qu’elles sont des indésirables. Qu’elles sont de mauvaises citoyennes. Qu’on aimerait bien les remplacer par d’autres éducatrices si on le pouvait. D’ailleurs, on le fera peut-être lorsque se produira une nouvelle controverse qui donnera envie au gouvernement d’être encore plus strict en matière de « laïcité », par exemple en abolissant la clause de droits acquis. À la place des éducatrices, auriez-vous envie de conserver votre emploi?

Et tout ça pour quoi? La recherche a déjà démontré que la loi 21, loin de favoriser le vivre-ensemble, n’était parvenue qu’à décomplexer le racisme avec lequel doivent vivre les enseignantes portant le voile et de façon plus générale les mères et les élèves musulmanes. Shophika Vaithyanathasarma écrivait dans sa chronique de lundi: « Des enseignantes me parlent de sorties avec leurs élèves portant le voile qui tournent mal. Menaces, insultes, regards lourds pour ces élèves. C’est ça, la réalité. » Ces lois anti-islam et le discours qui les a motivées ne fait que décomplexer le racisme et l’intolérance.

Carrément injuste
Interdiction des absences / congés pour des célébrations religieuses « qui ne figurent pas au calendrier scolaire ». Ici, le gouvernement assume pleinement la discrimination. On peut retourner cette interdiction dans tous les sens, il demeure que les chrétiens auront congé pour leurs fêtes religieuses, mais pas les Juifs, les musulmans ou les Sikhs. Au nom de la tradition, évidemment. Mais quelle tradition? À part les chrétiens pratiquants, qui célèbre encore l’Action de Grâce? Si on agissait vraiment pour l’égalité, on arrêterait de s’aligner sur le calendrier de l’Église. On remplacerait Noël par la fête du solstice d’hiver et on déplacerait le congé férié le 21 décembre. Voilà, Noël laïque. On remplacerait Pâques par la fête du chocolat et on la tiendrait chaque année à la même date. Voilà, Pâques laïque.

Bref, il y aurait eu 1000 façons d’obtenir le résultat voulu sans faire une loi visant directement les religions minoritaires et les musulmanes en particulier. L’objectif du gouvernement n’est pas d’affirmer la neutralité religieuse, mais d’effacer la religion minoritaire la plus visible et de flatter sa base habitée par une crainte profonde de l’islam.

C’est ainsi qu’au Québec, on considère qu’un concierge qui lave le plancher d’une école en portant un turban remet en question la séparation entre la religion et l’État, mais pas un conseiller municipal qui se dit fièrement dévoué à son église. Ne cherchez pas la logique ici, il y a longtemps qu’elle a déserté ce gouvernement.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Les conditions de l’indépendance
    « Pour moi, le projet de pays, si c’est pour répéter le même colonialisme, le même capitalisme sauvage qui exclut du monde… Quand je parle de colonialisme, vous m’entendez, je parle des Premières Nations, mais je parle aussi des nouveaux arrivants. Si c’est pour répéter ça, je vais me poser un certain nombre de questions. »– Manon Massé en entrevue avec Patrice Roy, 28 octobre 2025 La gauche souverainiste se fait régulièrement accuser par les péquistes de poser des conditions à l’indépendance
     

Les conditions de l’indépendance

3 novembre 2025 à 06:17

« Pour moi, le projet de pays, si c’est pour répéter le même colonialisme, le même capitalisme sauvage qui exclut du monde… Quand je parle de colonialisme, vous m’entendez, je parle des Premières Nations, mais je parle aussi des nouveaux arrivants. Si c’est pour répéter ça, je vais me poser un certain nombre de questions. »
– Manon Massé en entrevue avec Patrice Roy, 28 octobre 2025

La gauche souverainiste se fait régulièrement accuser par les péquistes de poser des conditions à l’indépendance. Paul St-Pierre Plamondon répétait ce discours en entrevue avec le Devoir lundi. Il mentionnait Françoise David qui selon lui réclamait un pays socialiste. Mercredi dernier, Alex Boissonneault publiait une vidéo pour répondre à Manon Massé dans laquelle il nous disait: « L’indépendance, c’est un projet qui est rassembleur. C’est un progrès en soi, c’est une fin en soi. »

L’indépendance est un projet rassembleur, mais il y a longtemps que le Parti québécois a cessé de l’être. Sous Lucien Bouchard, la souveraineté est devenue la carotte qu’on agite au bout du nez des électeurs pour leur faire accepter un projet de société de centre-droit, où on vise le déficit zéro en coupant dans les services à la population tout en accordant des baisses d’impôts aux entreprises et aux gens qui n’en ont pas besoin. Sous Pauline Marois, une fracture s’est opérée entre les « bons » Québécois et les autres, qui ne respectent pas les « valeurs québécoises », par exemple en portant un hidjab.

Paul St-Pierre Plamondon a poursuivi cette politique de division en multipliant les épouvantails. Les personnes se trouvant à sa gauche, y compris des vétérans péquistes, sont désormais classées au sein de la « gauche radicale ». Les personnes non-binaires sont désignées comme « idéologie » et considérées comme une menace qui infiltre nos écoles et qui déforme notre langue. Les universitaires qui ne confirment pas les thèses du chef péquiste sont qualifiés d’idéologues. L’immigration est pointée du doigt comme cause universelle des problèmes du Québec. Et les péespépistes auront beau répétéer ad nauseam que « ce ne sont pas les immigrants qui sont visés, mais les politiques d’immigration », il reste qu’on retrouve au sein des militants un racisme que ce discours a contribué à décomplexer. On attend encore que M. Plamondon condamne le mouvement d’extrême droite Nouvelle Alliance.

« Mais le Parti québécois, ce n’est pas l’indépendance! » Qu’on le veuille ou non, le Parti québécois est le visage du projet aux yeux d’une majorité d’électeurs. Je ne compte plus les gens qui m’ont dit « J’ai voté OUI en 1995, mais je ne me reconnais pas dans la vision de Plamondon. »

Si le Parti québécois voulait réellement l’indépendance avant tout, il ne défendrait pas des positions qui donnent l’impression que le pays du Québec ne sera pas pour tout le monde. Il ne subordonnerait pas le projet indépendantiste à la chasse aux voiles ou à la lutte aux pronoms non-binaires. Il chercherait à rassembler plutôt qu’à soustraire.

Toute la gymnastique intellectuelle des péespépistes pour présenter leur programme comme ouvert et inclusif ne change rien à la perception qu’en a une bonne partie de l’électorat. Les sondages sont éloquents. En 2022, 90% des électeurs péquistes étaient indépendantistes. Depuis, les appuis au PQ ont presque triplé, mais la proportion d’indépendantistes a chuté aux deux tiers. En 2023, les appuis à l’indépendance tournaient autour de 40-45%. En 2025, tous les sondages sauf un donnent moins de 40% d’électeurs favorables à l’indépendance. Plamondon a fait le plein d’électeurs conservateurs qui veulent se débarrasser de la CAQ, mais il ne les a pas convaincus d’embarquer dans le train du pays. Le nationalisme conservateur fait gagner des élections, mais il ne rend pas indépendantiste. Au contraire, il pousse des gens hors du mouvement.

Les péquistes demandent qu’on vote pour le Parti québécois en disant qu’on doit commencer par faire le pays et qu’ensuite on décidera ce que le pays sera. C’est beau en théorie. En pratique, le référendum ne se fera pas au lendemain de l’élection. En entrevue avec le Devoir, PSPP était incapable de dire si le référendum aurait lieu au début de la première année ou à la fin de la quatrième. Ça signifie que si je vote pour le PQ, je ne vote pas uniquement pour l’indépendance. Je vote pour tout un programme. Dans mon cas, c’est un programme auquel je ne m’identifie pas du tout. Je ne suis pas prêt à signer un chèque en blanc.

Il n’y a évidemment aucune garantie que le référendum sera gagnant. En cas de défaite référendaire, les sacrifices auront été en vain et il sera trop tard pour revenir en arrière.

« On va faire l’indépendance et ensuite on décidera de ce qu’on veut comme pays! » Pour une personne comme moi, c’est intéressant. Je fais partie de la majorité. Je n’ai rien à craindre. Pour les minorités, c’est moins invitant. Pourquoi abandonneraient-elles volontairement les protections garanties par la Charte canadienne des droits et libertés sans savoir si leurs droits seraient garantis dans un Québec pays? On leur demande de faire un saut dans le vide sans même leur promettre qu’on va les attraper.

Certains péquistes sont sincères lorsqu’ils demandent de mettre tous les enjeux de côté au profit de l’indépendance. Ils sont prêts à avaler toutes les couleuvres que leur présente PSPP du moment qu’elles sont enrobées dans un beau glaçage bleu et blanc. D’autres le sont moins. Ils adhèrent au péespépisme, mais ils tentent de nous convaincre que tous les enjeux sont secondaires même si eux ne démordent pas. J’ai discuté plusieurs fois avec eux. Les échanges ressemblent à ça:
Péespépiste: C’est l’indépendance qui compte, on réglera les autres enjeux après.
Moi: Très bien, donc vous allez arrêter de parler contre la théorie du genre, les pronoms non-binaires, les toilettes mixtes…?
Péespépiste: Hey on peut-tu s’entendre qu’il y a juste deux sexes puis lâcher vos conneries wokes?
Bref, sous le couvert de prioriser l’indépendance, on voudrait nous faire accepter un menu indigeste qui n’a rien à voir avec la cause qu’on prétend défendre.

Je ne fais pas partie des groupes qui ont le plus à craindre d’un gouvernement péquiste. J’ai beau être un idéologue woke, je n’ai pas l’intention de céder aux pressions d’un gouvernement qui prétendrait me dicter ce que je peux enseigner ou non dans mes cours à l’université. Je ne suis pas musulman, encore moins une employée de l’État portant le hidjab. Je ne suis pas issu de l’immigration. Je ne fais pas partie des minorités de genre. Ce ne sont pas mes droits ou mon identité qui sont menacés par le conservatisme national du Parti québécois. Ce n’est pas moi qui suis de plus en plus marginalisé par un discours qui se déplace toujours un peu plus à droite. Voilà pourquoi je n’accepterai jamais de faire un « compromis ». Je suis prêt à sacrifier mon propre confort pour l’indépendance, mais je ne sacrifierai pas les personnes pour qui je lutte. Mon engagement envers l’indépendance du Québec vient après mon engagement envers l’égalité.

« Si tu poses des conditions à l’indépendance, tu n’es pas un vrai indépendantiste! »
Je m’en contrefous.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Les conditions de l’indépendance
    « Pour moi, le projet de pays, si c’est pour répéter le même colonialisme, le même capitalisme sauvage qui exclut du monde… Quand je parle de colonialisme, vous m’entendez, je parle des Premières Nations, mais je parle aussi des nouveaux arrivants. Si c’est pour répéter ça, je vais me poser un certain nombre de questions. »– Manon Massé en entrevue avec Patrice Roy, 28 octobre 2025 La gauche souverainiste se fait régulièrement accuser par les péquistes de poser des conditions à l’indépendance
     

Les conditions de l’indépendance

3 novembre 2025 à 06:17

« Pour moi, le projet de pays, si c’est pour répéter le même colonialisme, le même capitalisme sauvage qui exclut du monde… Quand je parle de colonialisme, vous m’entendez, je parle des Premières Nations, mais je parle aussi des nouveaux arrivants. Si c’est pour répéter ça, je vais me poser un certain nombre de questions. »
– Manon Massé en entrevue avec Patrice Roy, 28 octobre 2025

La gauche souverainiste se fait régulièrement accuser par les péquistes de poser des conditions à l’indépendance. Paul St-Pierre Plamondon répétait ce discours en entrevue avec le Devoir lundi. Il mentionnait Françoise David qui selon lui réclamait un pays socialiste. Mercredi dernier, Alex Boissonneault publiait une vidéo pour répondre à Manon Massé dans laquelle il nous disait: « L’indépendance, c’est un projet qui est rassembleur. C’est un progrès en soi, c’est une fin en soi. »

L’indépendance est un projet rassembleur, mais il y a longtemps que le Parti québécois a cessé de l’être. Sous Lucien Bouchard, la souveraineté est devenue la carotte qu’on agite au bout du nez des électeurs pour leur faire accepter un projet de société de centre-droit, où on vise le déficit zéro en coupant dans les services à la population tout en accordant des baisses d’impôts aux entreprises et aux gens qui n’en ont pas besoin. Sous Pauline Marois, une fracture s’est opérée entre les « bons » Québécois et les autres, qui ne respectent pas les « valeurs québécoises », par exemple en portant un hidjab.

Paul St-Pierre Plamondon a poursuivi cette politique de division en multipliant les épouvantails. Les personnes se trouvant à sa gauche, y compris des vétérans péquistes, sont désormais classées au sein de la « gauche radicale ». Les personnes non-binaires sont désignées comme « idéologie » et considérées comme une menace qui infiltre nos écoles et qui déforme notre langue. Les universitaires qui ne confirment pas les thèses du chef péquiste sont qualifiés d’idéologues. L’immigration est pointée du doigt comme cause universelle des problèmes du Québec. Et les péespépistes auront beau répétéer ad nauseam que « ce ne sont pas les immigrants qui sont visés, mais les politiques d’immigration », il reste qu’on retrouve au sein des militants un racisme que ce discours a contribué à décomplexer. On attend encore que M. Plamondon condamne le mouvement d’extrême droite Nouvelle Alliance.

« Mais le Parti québécois, ce n’est pas l’indépendance! » Qu’on le veuille ou non, le Parti québécois est le visage du projet aux yeux d’une majorité d’électeurs. Je ne compte plus les gens qui m’ont dit « J’ai voté OUI en 1995, mais je ne me reconnais pas dans la vision de Plamondon. »

Si le Parti québécois voulait réellement l’indépendance avant tout, il ne défendrait pas des positions qui donnent l’impression que le pays du Québec ne sera pas pour tout le monde. Il ne subordonnerait pas le projet indépendantiste à la chasse aux voiles ou à la lutte aux pronoms non-binaires. Il chercherait à rassembler plutôt qu’à soustraire.

Toute la gymnastique intellectuelle des péespépistes pour présenter leur programme comme ouvert et inclusif ne change rien à la perception qu’en a une bonne partie de l’électorat. Les sondages sont éloquents. En 2022, 90% des électeurs péquistes étaient indépendantistes. Depuis, les appuis au PQ ont presque triplé, mais la proportion d’indépendantistes a chuté aux deux tiers. En 2023, les appuis à l’indépendance tournaient autour de 40-45%. En 2025, tous les sondages sauf un donnent moins de 40% d’électeurs favorables à l’indépendance. Plamondon a fait le plein d’électeurs conservateurs qui veulent se débarrasser de la CAQ, mais il ne les a pas convaincus d’embarquer dans le train du pays. Le nationalisme conservateur fait gagner des élections, mais il ne rend pas indépendantiste. Au contraire, il pousse des gens hors du mouvement.

Les péquistes demandent qu’on vote pour le Parti québécois en disant qu’on doit commencer par faire le pays et qu’ensuite on décidera ce que le pays sera. C’est beau en théorie. En pratique, le référendum ne se fera pas au lendemain de l’élection. En entrevue avec le Devoir, PSPP était incapable de dire si le référendum aurait lieu au début de la première année ou à la fin de la quatrième. Ça signifie que si je vote pour le PQ, je ne vote pas uniquement pour l’indépendance. Je vote pour tout un programme. Dans mon cas, c’est un programme auquel je ne m’identifie pas du tout. Je ne suis pas prêt à signer un chèque en blanc.

Il n’y a évidemment aucune garantie que le référendum sera gagnant. En cas de défaite référendaire, les sacrifices auront été en vain et il sera trop tard pour revenir en arrière.

« On va faire l’indépendance et ensuite on décidera de ce qu’on veut comme pays! » Pour une personne comme moi, c’est intéressant. Je fais partie de la majorité. Je n’ai rien à craindre. Pour les minorités, c’est moins invitant. Pourquoi abandonneraient-elles volontairement les protections garanties par la Charte canadienne des droits et libertés sans savoir si leurs droits seraient garantis dans un Québec pays? On leur demande de faire un saut dans le vide sans même leur promettre qu’on va les attraper.

Certains péquistes sont sincères lorsqu’ils demandent de mettre tous les enjeux de côté au profit de l’indépendance. Ils sont prêts à avaler toutes les couleuvres que leur présente PSPP du moment qu’elles sont enrobées dans un beau glaçage bleu et blanc. D’autres le sont moins. Ils adhèrent au péespépisme, mais ils tentent de nous convaincre que tous les enjeux sont secondaires même si eux ne démordent pas. J’ai discuté plusieurs fois avec eux. Les échanges ressemblent à ça:
Péespépiste: C’est l’indépendance qui compte, on réglera les autres enjeux après.
Moi: Très bien, donc vous allez arrêter de parler contre la théorie du genre, les pronoms non-binaires, les toilettes mixtes…?
Péespépiste: Hey on peut-tu s’entendre qu’il y a juste deux sexes puis lâcher vos conneries wokes?
Bref, sous le couvert de prioriser l’indépendance, on voudrait nous faire accepter un menu indigeste qui n’a rien à voir avec la cause qu’on prétend défendre.

Je ne fais pas partie des groupes qui ont le plus à craindre d’un gouvernement péquiste. J’ai beau être un idéologue woke, je n’ai pas l’intention de céder aux pressions d’un gouvernement qui prétendrait me dicter ce que je peux enseigner ou non dans mes cours à l’université. Je ne suis pas musulman, encore moins une employée de l’État portant le hidjab. Je ne suis pas issu de l’immigration. Je ne fais pas partie des minorités de genre. Ce ne sont pas mes droits ou mon identité qui sont menacés par le conservatisme national du Parti québécois. Ce n’est pas moi qui suis de plus en plus marginalisé par un discours qui se déplace toujours un peu plus à droite. Voilà pourquoi je n’accepterai jamais de faire un « compromis ». Je suis prêt à sacrifier mon propre confort pour l’indépendance, mais je ne sacrifierai pas les personnes pour qui je lutte. Mon engagement envers l’indépendance du Québec vient après mon engagement envers l’égalité.

« Si tu poses des conditions à l’indépendance, tu n’es pas un vrai indépendantiste! »
Je m’en contrefous.

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    Chapitre 1er. Le web pourrissant et l’IA florissante. Nos espaces discursifs en ligne, nos médias sociaux, sont déjà largement contaminés de contenus entièrement générés par IA. Les proportions peuvent varier d’un média à l’autre mais il s’agit de bien plus qu’une simple tendance, il s’agit de l’aboutissement d’un changement complet de paradigme. Après avoir été acteurs et actrices de la production de contenus, après avoir été essentiellement spectateurs et spectatrices de contenus publiés par d
     

Le web pourrissant et l’IA florissante. Si nous sommes le bruit, qui sera la fureur ? 

2 novembre 2025 à 09:41

Chapitre 1er.
Le web pourrissant et l’IA florissante.

Nos espaces discursifs en ligne, nos médias sociaux, sont déjà largement contaminés de contenus entièrement générés par IA. Les proportions peuvent varier d’un média à l’autre mais il s’agit de bien plus qu’une simple tendance, il s’agit de l’aboutissement d’un changement complet de paradigme. Après avoir été acteurs et actrices de la production de contenus, après avoir été essentiellement spectateurs et spectatrices de contenus publiés par d’autres que nous appartenant à différents sphères « d’influence » ou de médias, nous sommes aujourd’hui entrés dans une ère où des contenus produits par des IA phagocytent et recouvrent la quasi-totalité des contenus qui nous sont proposés. Il ne s’agit pas ici de rejoindre la théorie conspirationniste du « Dead Internet » selon laquelle les bots seraient en charge et à l’origine de la totalité du trafic en ligne ainsi que des contenus produits afin de mettre l’humanité sous coupe réglée, mais de constater que les bots et les contenus générés par IA … sont désormais à l’origine d’une majeure partie du trafic en ligne des des contenus produits. Pas de complot donc mais une question : que peut-il se produire dès lors que la réalité de nos espaces informationnels et discursifs en ligne est effectivement majoritairement produite par des bots et des IA. Bref, le pitch d’un excellent bouquin : « Les IA à l’assaut du cyberespace : vers un web synthétique. » Et sans divulgâcher la suite de cet article, il est évident qu’il ne peut pas en sortir grand chose de bon.

D’autant que ces contenus générés par IA et autres artefacts génératifs, sont devenus un nouvel horizon du capitalisme sémiotique et que la totalité de nos ectoplasmiques plateformes sociales annoncent vouloir s’y engouffrer, et s’y engouffrer massivement. Le groupe de Mark le Mascu annonce ainsi le lancement de Vibes, qui va se présenter comme un fil (feed) présentant uniquement des vidéos créées par IA (et par d’autres que nous parce qu’une fois qu’on aura fait joujou 5 minutes avec on se contentera de faire défiler). Le phénomène de « Slop AI » devient non plus un « encombrement » ou une « bouillie » numérique mais une ligne éditoriale revendiquée. De son côté, Singularity Sam (Altman) annonce le lancement de devinez quoi ? Bah oui, un réseau social sur le modèle de TikTok et entièrement dédié aux contenus vidéos générés par IA (des contenus directement issus de Sora, la plateforme de génération de vidéos par IA d’Open AI, ou comme on dit dans le milieu des égoutiers et autres fabriquants de pompes à merde, « Garbage In, Garbage Out« ). Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si au début des années 2000 avec l’explosion du Spam (contenus, souvent publicitaires, non sollicités et invasifs) on avait dit « Oh vazy c’est cool, on va mettre en avant le Spam, on va faire des médias avec juste du Spam dedans« . La seule différence c’est qu’aujourd’hui le Spam du Slop (vous suivez ?) est essentiellement constitué d’animaux mignons et autres contenus suffisamment débiles pour être consommés rapidement et à coût cognitif nul, et suffisamment « engageants » pour nous faire croire qu’on ne perd pas totalement nos vies à regarder des trucs débiles. Et ce n’est pas près de s’arrêter, car pour l’instant en tout cas, la production de ces contenus « Slop » est une manne financière conséquente, car ces VAAC (Vidéos Artificielles A la Con, bah quoi moi aussi j’acronymise si je veux), car ces VAAC ** disais-je sont certes tout aussi répétitives et ennuyeuses que d’autres avant elles, mais elles agrègent un grand nombre de vues, et donc de monétisation, et beaucoup de Youtubeurs et Youtubeuses s’en frottent déjà les mains.

** Sur Mastodon, le camarade Tristan Nitot propose le concept de VACCUM : « Vidéos Artificielles à la Con Universellement et Uniformément Merdiques. »

Pour l’instant uniquement disponibles aux US, ces applications ont pu être testées, notamment par Michaël Szadkowski de l’équipe Pixels du Monde :

Le 7 octobre, entouré de collègues curieux, nous découvrons, entre amusement et effarement, la réalité concrète de ces deux applications. Un chat faisant du skateboard. Un lion jouant du djembé. Jésus câlinant un enfant. Une grand-mère en roue arrière sur une Harley.

Défile sous nos yeux une forme de reconnaissance du « brainrot » (abrutissement numérique) et autre « slop » (contenus IA de faible qualité et produits à la chaîne) qui prospéraient jusqu’ici à la marge des réseaux. Ici, ces formats sont pleinement assumés, une nouvelle forme de divertissement, d’expérience collective – et de source de revenus, de l’aveu même de Sam Altman, le PDG d’OpenAI.

 

Par-delà la facilité de générer ces vidéos sur la base d’un simple prompt, par-delà les fonctionnalités de mise en scène de soi dans lesdites vidéos au moyen d’une fonction « caméo » vous permettant de vous ajouter (votre avatar en tout cas) au coeur de n’importe quelle scène, et par-delà l’immensité subséquente des problèmes que cela peut poser selon les usages – et les âges – de celles et ceux qui utiliseront ces fonctions, c’est le sentiment qu’après plus d’un quart de siècle d’internet « grand public » nous n’avons rien compris, ou qu’en tout cas les propriétaires de ces plateformes n’ont rien appris, car comme le relate encore Michaël Szadkowski  :

Rapidement, sans même parler de la culpabilité liée au bilan carbone de nos expériences, les problèmes s’accumulent. Générer une version obèse, plus maigre ou plus musclée de mon caméo a été un jeu d’enfant. De même que de me faire tenir des propos ou des gestes condamnés par la loi, de faire de la pub de services douteux ou de danser avec une célébrité sulfureuse. On devine aussi les immenses problèmes à venir en termes de détournements. Surtout que la plupart des vidéos générées dans les brouillons d’un utilisateur peuvent être téléchargées, sauf quand elles contiennent un caméo de quelqu’un d’autre.

 

Si besoin, croisez aussi cela avec les récentes annonces d’Open AI de permettre à ChatGPT d’avoir des conversations « érotiques », et avec les révélations sur le fait que le groupe Méta entraîne ses modèles d’IA à des conversations érotiques avec des mineurs** et vous aurez une idée à peu près exacte de l’irresponsabilité autant que du cynisme le plus crasse des dirigeants de ces plateformes.

** à ce propos je vous invite à lire l’enquête de Reuters qui a rendu publics des documents internes dans lesquels les limites de « l’acceptable » sont définies face à des prompts dans lesquels une petite fille de 8 ans se dénude (enlève son t-shirt) devant l’écran et demande à l’assistant IA son ‘avis’, ou cet autre exemple dans lequel le prompt consiste à demander d’argumenter sur le fait que les noirs seraient plus cons que les blancs (sic). Dans tous les cas, les réponses jugées et définies comme « acceptables » par le groupe Méta permettent de mesurer toute l’étendue de l’absolue bêtise et de la dangerosité critique de celles et ceux définissant lesdits cadres d’acceptabilité, et qui ne sont rien moins que « les équipes juridiques, de politique publique et d’ingénierie de Meta, y compris son responsable de l’éthique. »  Puissent l’ensemble de ces connards décérébrés être rapidement mis à grande distance de toute forme de responsabilité juridique ou éthique dans quelque secteur que ce soit.

D’autant que ce même groupe Méta annonce sans broncher et un mois à peine après les révélations de Reuters, qu’il va « lancer des comptes spéciaux pour les ados sur Facebook et Messenger« , des outils « pensés pour protéger les jeunes en ligne. » Autant confier la justice des mineurs à Jean-Marc Morandini.

Vous aurez donc compris qu’il va être très compliqué d’analyser tout ça autrement que sous l’angle d’un gigantesque tsunami de merde. Mais pour m’efforcer d’être moins grossier et plus constructif, j’ai en tête le modèle mathématique de la communication proposé par Claude Shannon (en 1949), un modèle dans lequel il s’agissait (en gros) de comprendre comment optimiser la transmission d’un message en limitant le « bruit », c’est à dire tout signal parasite entre l’encodage et le décodage de l’information transmise. Avec ce célèbre schéma que tous et toutes les étudiant.e.s passées par le champ de l’information et de la communication ont eu sous les yeux :

 

 

Et ce souvenir en tête, la situation dans laquelle nous placent aujourd’hui l’ensemble des médias sociaux nous inondant de contenus générés par IA bien plus que par nous-mêmes, notamment par l’usage de « prompts » qui sont moins des « commandes » faites à des systèmes que des assignations et des injonctions faites à nous-même de s’inscrire dans ces dynamiques de générations, cette situation c’est que dans ce schéma global de la communication, j’ai le sentiment que nous ne sommes plus que le bruit. Nous sommes cet élément que Shannon et son camarade Weaver essayaient de réduire et de limiter. Nous sommes le bruit de ces plateformes qui n’aspirent finalement qu’à communiquer sans nous autrement que comme spectateurs assignés à justifier leur existence (celle des plateformes hein, pas celle des spectateurs, suivez un peu quoi). Chacun de nos prompts ajoute au bruit de cette grande lessiveuse qui choisira de ne visibiliser que la part qu’elle estimera immédiatement rentable de nos im-prompt-us murmures, de nos souffles, de nos cris, de nos ahurissements et de nos consentements à l’étrangeté de ces mondes générés pour rien. J’écrivais récemment dans une analyse parue sur AOC à propos de ce que j’appelais une « technorhée » que « les effets de réel produits par les artefacts génératifs sont des imaginaires en moins » : s’il s’agit d’imaginaires en moins c’est aussi parce ce que l’ensemble de ces générations artificielles sont du réel en trop, du réel pour rien. Et le reste, tout le reste, retournera au silence des plateformes.

Nous ne sommes plus que le bruit. Mais si nous sommes le bruit, alors qui sera la fureur ?

 

Chapitre 2nd.
Des moteurs de recherche aux super-assistants dopés à l’IA ?

Il y a une dizaine de jours (21 Octobre 2025) OpenAI a annoncé la sortie de son nouveau « super-assistant » baptisé « Atlas », qui est un navigateur intégrant toutes les fonctionnalités de ChatGPT présentées à la manière d’un moteur de recherche.

« ChatGPT Atlas est un navigateur conçu avec ChatGPT qui vous rapproche d’un véritable super assistant, capable de comprendre votre univers et de vous aider à atteindre vos objectifs » 

 

Alors évidemment il s’agit d’une nouvelle offre de service « logique » dans la guerre de position qui doit permettre à OpenAI de venir butiner sur les terres de ses concurrents directs, Google en tête. Et à ce titre et à l’échelle du web, « sortir » ChatGPT de sa « page » et propulser un navigateur dans lequel il fera office de moteur est tout à fait cohérent. Ce n’est pas pour autant que la bascule des usages se fera car à l’échelle des navigateurs justement, les habitudes ont la vie dure. Du côté des moteurs de recherche aussi d’ailleurs : Google peine à imposer les usages de Gemini (son IA maison) dans le cadre d’usage du moteur de recherche, pas sûr que OpenAI arrive à imposer l’usage d’un assistant IA comme un nouveau moteur de recherche. Nous y reviendrons. Mais bon il eût été dans tous les cas incompréhensible qu’OpenAI ne tente pas le coup. De fait l’expérience (j’ai testé) d’Atlas est rapidement assez déceptive en ce sens qu’elle oblige à passer par l’installation d’un navigateur et qu’en termes de fonctionnalités on n’a pas grand chose de plus que ce qui était déjà proposé sur la page dédiée à ChatGPT sur le site d’OpenAI (mais cela permet au passage à OpenAI de s’installer sur votre machine et de vous demander de récupérer l’ensemble de vos contacts, signets, mots de passe, réglages divers, etc.)

La seule valeur ajoutée réelle est celle de la fonction « agent » décrite comme suit par Alexandre Piquard sur Le Monde :

Le navigateur intègre aussi la fonction « agent » de ChatGPT, par laquelle l’utilisateur peut demander à l’assistant d’accomplir pour lui des actions, notamment en surfant le Web : réserver des billets de théâtre, un restaurant ou un livre, faire des courses de supermarché en ligne, remplir un formulaire, trouver un e-mail de contact puis envoyer un message… L’IA est en principe capable de consulter des pages par lui-même et même, avec autorisation de l’utilisateur, de se connecter à des services protégés par mot de passe, par exemple pour faire des achats en ligne. La fonctionnalité « agent » est toutefois réservée aux abonnés payants de ChatGPT.

 

Ce qui m’intéresse donc dans l’annonce du lancement d’Atlas (Titan mythologique assez fort pour supporter le poids de la voûte céleste et assez débile pour céder à la ruse de CE1 d’Héraclès à qui il avait réussi à la refiler), c’est précisément le narratif qui l’accompagne en tant que « super assistant ». En résumé ce narratif me semble être le nouveau signe d’une bascule anthropo-technique proche de son aboutissement. Car face à des nouveaux « assistants » ou « super assistants » nous sommes essentiellement désignés comme les assistés, les super assistés. Et face aux nouveaux « agents » conversationnels qui prennent en charge (notamment) nos recherches et qui, comme je l’expliquerai plus bas, « font à notre place », nous sommes désignés comme de nouveaux « mandants », presque de nouveaux « mand-IA-nts » (mais qui n’ont hélas rien de clochards célestes). Comment en sommes-nous arrivés là ?

Il fut un temps où la désignation des circulations possibles à l’échelle de l’internet et du web étaient de claires métaphores. Nous avions des « navigateurs« , lesquels utilisaient des « moteurs » ; et parfois sans moteur mais toujours en navigateur on se contentait de « surfer« . Pour se repérer on connaissait des adresses (URL) qui étaient autant de phares, de rives déjà apprivoisées ou de rivages à découvrir.

Et puis. Puis les moteurs de « recherche » sont devenus des moteurs de « réponses ». Puis les adresses (URL) se sont effacées, rétrogradées au second plan, amputées au-delà de leur racine, considérant que plus personne n’avait à se soucier de les retenir et nous privant du même coup d’une autre possibilité de s’orienter en dehors des déterminismes techniques servant de béquilles à nos mémoires. Et donc aujourd’hui, plus de moteurs ou de navigateurs, ou plus exactement qu’importent les moteurs et les navigateurs, nous serons « super assistés » par de « super assistants », et deviendrons donc « mandants » de ces nouveaux « agents ».

Chapitre 3ème.
Des technologies de la déprise qui ouvrent de nouveaux horizons d’emprise.

Depuis les NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) et les métaphoriquement célèbres « autoroutes de l’information », depuis aussi cette idée idiote que « l’internet » serait un « Far-West » (Sarkozy, 2007) et autres récurrences tout aussi crétines de l’idée qu’il faudrait « reciviliser internet » (Mounir Mahjoubi en 2018) en passant par l’inénarrable Frédéric Lefebvre en 2009 et sa diatribe Kamoulox entre Hadopi, jeunes filles violées et identité nationale (sic) et jusqu’à tout récemment Clara Chappaz (2025) qui ressort le coup du Far-West à l’occasion de la mort de Raphaël Graven, chacun voit bien que la question de ces technologies est avant tout de nature politique. Et que ce qu’elles viennent bousculer dans nos schémas de communication et d’information est tout ce qui tient à notre capacité de faire société c’est à dire à nourrir des formes de sociabilités informationnelles, affectives et cognitives qui dessinent une réalité partagée.

La question des infrastructures technologiques n’est évidemment pas neutre dans l’équation, elle est même déterminante (à ce sujet lisez ou relisez Cyberstructure de Stéphane Bortzmeyer). Mais nous héritons d’un monde où la question politique de ces technologies et de leurs infrastructures n’a été posée en termes à peu près correct qu’à partir du moment où précisément elles avaient déjà commencé à ronger les structures même du débat public et politique tout autant que ses conditions pratiques d’exercice. L’histoire est malheureusement connue, à force de se concentrer sur la ruée vers l’or personne n’a noté que les seuls à faire réellement fortune étaient les fabricants de pelles. Et bien voici venu le temps des coups de pelle dans la tronche.

Pour sortir de cette qualification dépolitisante de « NTIC » beaucoup ont proposé d’autres dénominations. Pour ma part j’ai suggéré de questionner les NTAD, nouvelles technologies de l’attention et de la distraction. J’ai aussi et surtout interrogé la question de la déprise, c’est à dire la capacité de ces technologies à nous placer en situation de dépendance choisie, de nous installer dans des routines à coût cognitif nul, et finalement de presque tout faire à notre place, et inexorablement, de ne plus répondre à nos commandes que dans un « à peu près » qui nous satisfasse au regard de l’habitude prise à ne plus nous soucier de la précision du monde et de ce qui le constitue. Je vous invite à relire mon article de 2018 dans lequel j’explique tout cela avec de nombreux exemples et où je proposais l’insatisfaisant concept de « technologies de l’à peu près et de l’à ta place » que je requalifie donc aujourd’hui comme des technologies de la déprise (voilà pour le côté « à peu près ») et de l’emprise (voilà pour le côté « à ta place »). A partir de deux exemples « d’innovation » j’y montrais notamment ceci :

« Ce qui m’intéresse dans cette affaire c’est la chose suivante : nous avons donc un algorithme qui s’occupe de recadrer automatiquement les photos que nous prenons, au risque de nous faire prendre des photos que nous ne voulions pas prendre, ou en tout cas de donner à voir une « composition photographique » qui n’est pas celle que nous voulions montrer. Et ce « choix algorithmique » de recadrage, dont on nous dit qu’il est là pour permettre d’optimiser – paradoxalement – la visibilité, se trouve lui-même soumis au choix algorithmique conditionnant la visibilité du Tweet lui-même, indépendamment des photos recadrées qu’il contient. Soit un empilement de strates et de régimes algorithmiques d’obfuscation et de dévoilement, sur lesquels nous n’avons quasiment plus aucune prise (de vue).

Là encore, comme pour Clips de Google mais à un niveau légèrement différent, l’usage de la technologie nous installe dans une position que l’on pourrait qualifier « d’assistance contrainte » : nous n’avons pas demandé à ce que nos photos soient recadrées, mais nous n’avons pas d’autre choix en les soumettant que de les voir recadrées. La technologie et l’algorithme de machine-learning le font à notre place. TIYS (Technology In Your Stead) & AIYS (Algorithms In Your Stead). La négociation dans l’usage se jouant autour de la promesse de gain de visibilité pour l’utilisateur (et donc d’interaction ou d’engagement pour la plateforme).

 

Aujourd’hui l’ensemble des contenus produits par IA sont l’incarnation finale de ces technologies qui font à la fois « à peu près » et « à notre place ». Donnez-leur un prompt et vous aurez une projection qui sera « à peu près » ce que vous imaginiez, et qui surtout sera produite « à votre place » au double sens du terme, c’est à dire depuis votre place qui est une place à distance de l’acte de création, mais également qui vous départit de l’essentiel même de ce qu’imaginer ou créer veut dire.

Chapitre 4ème
À moins de revoir la doctrine entre le statut d’éditeur et celui d’hébergeur

J’ai le sentiment qu’il est beaucoup trop tard et que la seule manière de remettre un peu d’eau claire dans ce flot de merde, c’est de revenir sur une constante qui fut pourtant fondamentale et constitutive de l’histoire du web et des plateformes. Il faut que les plateformes soient immédiatement considérées comme totalement et pleinement éditrices des contenus qu’elles font circuler. De tous les contenus ? Oui. Voici pourquoi et voici aussi comment cela pourrait permettre de résoudre le problème qu’Emmanuel Macron résume parfaitement (bah oui faut le dire parfois il résume bien les trucs) mais en omettant de parler de l’autre éléphant dans la pièce, c’est à dire les « autres » médias classiques, traditionnels et pas spécialement sociaux mais qui sont au moins autant coupables de l’effondrement démocratique qui se dessine.

Parce que t’as raison Manu, on tape Islam sur TikTok et on tombe en trois clics sur des contenus salafistes. Mais je te rappelle qu’on dit « Bonjour » sur CNews et on tombe encore plus rapidement sur des contenus racistes éditorialisés par des gens condamnés pour corruption de mineurs et harcèlement sexuel, donc bon voilà quoi.

 

Oh oui reprends-moi le contrôle et enfourchons le tigre.

 

[Si vous êtes familiers de la distinction entre éditeur et hébergeur et de tout ce qui tient à la « section 230 », vous pouvez directement sauter ce passage et on se retrouve après les crochets, sinon je vous invite à lire l’article d’Anne Deysine dans l’excellentissime Revue Européenne des médias et du numérique, et vous en partage l’extrait qui suit :

« La section 230 a été ajoutée à la loi Communications Decency Act (CDA) de 1996 (qui visait à réguler la pornographie) grâce au lobbying de ceux que les chercheuses Mary Ann Franks et Danielle Keats Citron appellent les « fondamentalistes de l’internet » : ceux qui défendent une vision du web comme espace paradisiaque de liberté totale. La section 230 (surnommée « les 26 mots qui ont créé l’internet ») fut, à l’origine, conçue pour encourager les compagnies de la Tech à nettoyer les contenus offensifs en ligne. Il s’agissait de contrer une décision rendue en 1995 dans l’État de New York, ayant conclu à la responsabilité de Prodigy qui avait modéré des contenus postés sur son site. La section 230 (c) (1) stipule qu’« aucun fournisseur d’accès ne sera traité comme un éditeur ». Un deuxième paragraphe, 230 (c) (2), précise qu’« aucun fournisseur ou utilisateur d’un service informatique interactif ne sera tenu responsable, s’il a de bonne foi restreint l’accès ou la disponibilité de matériaux qu’il considère être obscènes, excessivement violents, de nature harcelante ou autrement problématiques (otherwise objectionable), que cette information soit constitutionnellement protégée ou non. 

C’est ce qu’on appelle la disposition du « bon Samaritain », conçue comme plus limitée que le paragraphe (c) (1), car nécessitant de prouver la bonne foi.

Mais les juridictions étatiques et fédérales ont étendu la protection juridique bien au-delà de ce que prévoit le texte de la loi, avec pour résultat que les plateformes ne soient guère incitées à combattre les abus en ligne. La section 230 a, de fait, libéré les sites internet, les sites de streaming et les réseaux sociaux (pas encore nés en 1996), qui peuvent héberger du contenu extérieur sans être confrontés à la tâche (impossible ?) de vérifier et de contrôler tout ce qui est posté par les utilisateurs. Telle qu’interprétée par les juridictions fédérales, la section 230 confère aux plateformes et réseaux sociaux une immunité totale, quels que soient le contexte et le cas de figure (modération ou non). Avec pour conséquences, entre autres, la multiplication des mensonges et la prolifération de la désinformation et des discours de haine. Ils ont donc le pouvoir sans la responsabilité, selon les mots de Rebecca Tushnet. » in Deysine, Anne. « La section 230 : quelle immunité pour les réseaux sociaux ? » La revue européenne des médias et du numérique, 13 février 2024.

 

Pour rappel également, Trump s’est tour à tour « amusé », dans ce mandat comme dans son précédent, à brandir la menace de la suppression de la section 230 (quand ça l’arrangeait pour mettre la pression aux grands patrons de la tech qui tardaient à lui donner des gages de servilité) puis à en rappeler l’importance (dès lors que les gages de servilité avaient été obtenus et qu’il s’agissait alors pour lui de rétablir les plateformes dans une immunité totale au service de ses intérêts politiques.]

Reprenons.

Dans le contexte de l’explosion totalement dérégulée des contenus générés par IA, continuer aujourd’hui à prétendre encore distinguer entre un statut d’éditeur et un autre d’hébergeur en privilégiant ce dernier, c’est prétendre vouloir nettoyer les écuries d’Augias avec un coton-tige et un mi-temps thérapeutique. Il ne s’agit plus de dire que c’est trop tard (c’est en effet trop tard) ; il s’agit de dire que ce n’est simplement plus le sujet.

On ne peut plus considérer aujourd’hui que les très grandes plateformes actuelles de médias sociaux sont légitimes à continuer de s’abriter derrière un statut d’hébergeur. Elles ne le sont plus. Du tout. Leurs algorithmes tordent la réalité sous l’impulsion et les intentions claires et transparentes de l’idéologie de leurs propriétaires. Et elles ont toutes jusqu’ici absolument tout mis en place pour, à chaque fois que possible, se soustraire à leurs obligations légales ou à leurs engagements moraux.

Nous sommes au coeur d’un nouvel épisode du paradoxe de la tolérance de Popper : nous avons été beaucoup trop tolérants avec des grandes plateformes qui trop longtemps furent et continuent d’être la caution de toutes les intolérances. Tout a été dit et documenté sur le fait que toutes les plateformes ont non seulement parfaitement conscience des dérives et des dangers qu’elles représentent (notamment mais pas uniquement pour les publics les plus jeunes), sur les moyens dont elles disposent toutes pour immédiatement atténuer ces dangers et ces dérives, et sur les coupables atermoiements, reniements, dissimulations et mensonges qui les conduisent à ne rien mettre en place de significatif à l’échelle de l’immensité et de l’urgence des problèmes qu’elles posent. Je l’ai (et tant d’autres avec moi) tant de fois dit, écrit, montré et démontré et le redis encore une fois :

 

Après les mensonges de l’industrie du tabac sur sa responsabilité dans la conduite vers la mort de centaines de millions de personnes, après les mensonges de l’industrie du pétrole sur sa responsabilité dans le dérèglement climatique, nous faisons face aujourd’hui au troisième grand mensonge de notre modernité. Et ce mensonge est celui des industries extractivistes de l’information, sous toutes leurs formes. (…) Et même s’ils s’inscrivent, comme je le rappelais plus haut, dans un écosystème médiatique, économique et politique bien plus vaste qu’eux (…) les médias sociaux, sont aujourd’hui pour l’essentiel de même nature que la publicité et le lobbying le furent pour l’industrie du tabac et du pétrole : des outils au service d’une diversion elle-même au service d’une perversion qui n’est alimentée que par la recherche permanente du profit.

 

Autre fait incontestable de ce premier quart du 21ème siècle, aujourd’hui et lorsqu’ils ne disposent pas déjà d’un internet totalement fermé ou sous contrôle (comme en Chine ou en Russie par exemple), l’essentiel des pouvoirs politiques de la planète n’ont plus pour projet, ambition ou vocation de contrôler et de limiter le pouvoir de nuisance de ces plateformes mais tout au contraire de le maximiser et de le mettre à leur propre service ou, le cas échéant, à celui d’un agenda du chaos sur lequel ils espèrent pouvoir encore prospérer. Comme le rappelle très bien Fred Turner dans « Politique des machines » :

« L’une des plus grandes ironies de notre situation actuelle est que les modes de communication qui permettent aujourd’hui aux autoritaires d’exercer leur pouvoir ont d’abord été imaginés pour les vaincre. »

 

Il revient donc aux quelques états encore pleinement démocratiques (ou pas encore totalement illibéraux), en Europe notamment, de mettre immédiatement fin à la tolérance qui est faite à ces très grandes plateformes, de rompre avec leur statut d’hébergeur et de les rendre éditrices en droit. À celles et ceux qui m’objecteront que c’est impossible, je répondrai qu’il s’agit de l’une de nos dernières chances pour préserver l’espoir de vivre encore dans une forme de réalité partagée et consensuelle, et qui ne soit pas en permanence minée et traversée d’opérations massives de déstabilisation ou d’influence de plus en plus simples à initier et de plus en plus complexes à contrer (si vous êtes curieux de cela, regardez par exemple ce qui se passe actuellement autour de l’IA, des LLM et de la stratégie des « data voids » – données manquantes – et autres LLM Grooming). Et que si ce mur là continue de se fissurer et tombe, alors …

À celles et ceux qui disent que c’est impossible je répondrai aussi que refuser de le faire c’est continuer de nier la place et le rôle politique de ces plateformes et privilégier un argument de neutralité de la technique dont nous avons chaque jour démonstration de l’ineptie totale qu’il recouvre. C’est bien parce que ces plateformes sont avant tout politiques, c’est bien parce que ces plateformes sont dirigées par des hommes (et quelques rares femmes) aux agendas idéologiques clairs (et le plus souvent dangereux), c’est bien parce qu’ouvrir le code des algorithmes ne suffit plus, c’est bien parce qu’il s’agit de protéger des populations entières d’usages incitatifs qui tendent majoritairement à corrompre, à pourrir, à remettre en doute toute forme de réalité objectivable et partagée, c’est bien pour l’ensemble de ces raisons qu’il est aujourd’hui impérieux de sortir d’une logique où le statut d’hébergeur est systématiquement brandi comme la carte joker de l’effacement de toute responsabilité ou de toute contrainte.

Le maintient d’un statut d’hébergeur primant sur celui d’éditeur n’avait de sens que dès lors qu’il n’y avait pas plus qu’un doute raisonnable sur l’indépendance politique et idéologique des plateformes et de ceux qui les dirigent. Ce doute étant aujourd’hui totalement levé et démonstration étant faite quasi-quotidiennement de l’ingérence de ces plateformes dans chacune des strates et orientation du débat public comme des décisions politiques, il faut imposer un statut d’éditeur à toutes ces grandes plateformes et que ce statut prime sur des fonctions d’hébergeur qui peuvent, marginalement ou périphériquement leur être conservées. Bref il faut de toute urgence inverser la logique. Il faut que ces plateformes répondent en droit de leur responsabilité d’abord éditoriale ou il faut qu’elles s’effondrent. Tout autre scénario revient aujourd’hui à accepter l’effondrement à moyen terme de nos démocraties. Il nous faut un effet cliquet ; il nous faut « cranter » une décision suffisamment forte pour qu’elle change totalement les dynamiques en cours.

Depuis l’émergence des grands réseaux puis médias sociaux « grand public », disons depuis 15 ou 20 ans, nous avons, et le législateur, raisonné en alignement avec l’argumentaire des plateformes consistant à expliquer que « plus elles étaient grosses » (en nombre d’utilisateurs), « plus les contenus y étaient abondants« , et « plus il était impossible d’y appliquer une modération ou une transparence éditoriale. » Or nous avons commis une triple erreur.

D’abord sur le statut d’hébergeur versus celui d’éditeur : cet argumentaire était directement repris de celui des fournisseurs d’accès, qui eux, étaient à l’époque comme maintenant, parfaitement légitimes à être protégés par le statut d’hébergeur en tant qu’intermédiaires techniques. Mais aucune des grandes plateformes dont nous parlons aujourd’hui n’a bâti son succès et son audience en tant qu’intermédiaire technique. Voilà notre première erreur.

La seconde erreur est de considérer que plus les gens sont nombreux à interagir, plus il y a de contenus en circulation, et moins il devrait y avoir de règles (ou seulement des règles « automatisées ») car toutes ces interactions seraient impossibles à contrôler. Je vous demande maintenant de relire la phrase précédente et d’imaginer que nous ne parlons plus de grandes plateformes numériques mais de pays et de populations civiles. Imagine-t-on réellement pouvoir tenir un argumentaire qui expliquerait que plus la population d’un pays est nombreuse, plus elle interagit et produit des discours et des richesses, et moins il doit y avoir de règles et de lois car tout cela serait trop complexes à gérer ? Voilà notre deuxième erreur. Et même si par nature, les espaces de ces très grandes plateformes ne sont ni entièrement des espaces publics, ni jamais pleinement des espaces privés, ils demeurent des espaces politiques traversés en chacun de leurs points et de leurs vecteurs par la question du « rendu public » et des règles afférentes qui le permettent et l’autorisent.

La troisième erreur est d’avoir laissé ces grandes plateformes agglomérer, agglutiner, une série de services et de « métiers » qui n’ont rien à voir entre eux et obéissent à des logiques de régulation différentes pouvant aller jusqu’à l’antagonisme. Ainsi, un service de « réseau social » qui s’appuie uniquement sur de la mise en relation, un service de messagerie électronique, un service de production de contenus vidéos, un service de moteur de recherche, et quelques autres encore, ne peuvent évidemment pas être soumis aux mêmes règles ou statuts d’hébergeur ou d’éditeur. Il n’est ainsi pas question pour un service de courrier électronique de faire peser la même responsabilité éditoriale que, par exemple, pour un service de production de vidéos. Lorsque Mark Zuckerberg déclarait ainsi en 2020, « Treat us like something between a telco and a newspaper » (« traitez-nous comme quelque chose entre un opérateur télécom et un journal »), c’est une manière d’échapper à sa responsabilité de « journal » (en s’abritant derrière les régulations des opérateurs télécoms qui ne couvrent pas l’aspect éditorial) et d’échapper aussi à sa responsabilité d’opérateur télécom (en s’abritant derrière les régulations propres aux médias). Voilà notre troisième erreur : avoir accepté de traiter l’ensemble de ces grandes plateformes comme si elles n’étaient qu’un tout et n’avaient qu’un seul « métier », alors pourtant que depuis des années, la nécessité de leur démantèlement (ou de leur nationalisation partielle) était la seule hypothèse rationnelle.

En parallèle voilà plus de deux décennies que nous demandions et tentons d’installer dans le débat public la nécessité d’ouvrir le code ces algorithmes. Moi y compris et – pardon pour l’immodestie – moi parmi les tous premiers avec mon camarde Gabriel Gallezot dès 2003, Aujourd’hui non seulement ouvrir le code des algorithmes ne suffit plus puisqu’irrévocablement, irrémédiablement, « il n’y a pas d’algorithme, juste la décision de quelqu’un d’autre » (Antonio Casilli, 2017), et de quelqu’un d’autre qui, soit se cogne de toute considération politique, soit au contraire ne raisonne qu’en termes politiques et idéologiques.

Cela ne veut pas dire pour autant que toute plateforme hébergeant des contenus en ligne doit se voir assignée uniquement et exclusivement un rôle et statut d’éditeur. Cela veut par contre dire que toutes les très grandes plateformes sociales actuelles, disons pour reprendre la catégorisation du DSA (Digital Service Act) toutes celles ayant plus de 45 millions d’utilisateurs actifs (soit 10% de la population européenne), toutes ces très grandes plateformes doivent d’abord être considérées comme éditrices. Dans la jurisprudence, l’un des critères les plus déterminants qui permet de distinguer entre hébergeur et éditeur et celui dit du « rôle actif », défini comme « la connaissance et le contrôle sur les données qui vont être stockées. » Or qui peut aujourd’hui sérieusement prétendre que Facebook, Instagram, X, TikTok et les autres n’ont pas un rôle actif dans la circulation des contenus hébergés, et que ces plateformes n’auraient ni connaissance ni contrôle sur les données et contenus stockés ? Le gigantisme fut longtemps l’argument mis en avant par les plateformes pour, précisément échapper à leur responsabilité éditoriale. Cet argument n’a aujourd’hui (presque) plus rien de valide techniquement ou de valable en droit.

Entendez-vous le son qui monte ? « Cela reviendrait à condamner le modèle même de ces plateformes, à les empêcher d’exister« . Oui. Oui encore et encore oui. Puisqu’elles n’entendent rien et se soustraient à toutes leurs obligations légales ou morales, oui il faut les renvoyer à leur responsabilité première, qui est une responsabilité éditoriale. Et le risque qu’elles ferment ? Oui il faut prendre ce risque. Qu’elles revoient entièrement leur mode de fonctionnement ? Oui il faut prendre ce risque. Que les interactions y baissent drastiquement ? Oui il faut prendre ce risque. Qu’elles soient contraintes de massivement recruter des modérateurs et des modératrices bien au-delà de ce qu’exige l’actuel DSA (dont elles n’ont à peu près rien à secouer) ? Oui il faut prendre ce risque. Qu’elles soient contraintes d’appliquer toutes les décisions de justice qui restent jusqu’ici lettre morte ? Oui il faut prendre ce risque. Que leur modèle économique soit totalement remis en cause ? Oui il faut prendre ce risque. Qu’une mathématique algorithmique explicite s’applique de plein droit sans être en permanence triturée pour faire remonter le pire, le plus clivant, le plus choquant, le plus porteur émotionnellement et le plus au service des idéaux du patron ? Oui il faut prendre ce risque. Que nous soyons contraint.e.s de les quitter ? Oui il faut prendre ce risque.

Et par-delà ces « risques » il s’agit surtout d’opportunités. Je rappelle en effet que d’autres formes de collectif, d’agrégation, d’intelligences collectives ont toujours été possibles, le sont et le seront encore à l’échelle d’internet, à l’échelle du web, à l’échelle des plateformes. Car si l’on parvient, pour les plus grosses d’entre elles, à mettre fin à ce statut d’hébergeur aujourd’hui presque totalement dérogatoire au droit, alors il reviendra à chacun.e d’entre nous, aux pouvoirs politiques et aux collectifs citoyens, aux chercheurs, aux chercheuses, aux journalistes et à l’ensemble des corps intermédiaires aujourd’hui tous menacés ou contraints par ces plateformes, de retrouver ce qui fut un temps le rêve achevé du web : des gens s’exprimant en leur nom (ou pseudonyme qu’importe), depuis principalement leur adresse, créant entre elles et eux des liens plutôt que des like. Un Homme, une page, une adresse.

Éditorialiser.

Ce que nous ferons de l’actuelle l’irresponsabilité éditoriale des très grandes plateformes n’est ni temporairement un choix technique, ni réellement un choix juridique, ni même pleinement un choix politique ; c’est une somme de tout cela mais c’est bien plus encore que cela. C’est un choix ontologique, qui seul peut nous permettre de définir et d’assigner ces écosystèmes informationnels à ce qu’ils sont vraiment et non à ce qu’ils prétendent être. Fred Turner encore, dans une interview sur NeXt à l’occasion de la sortie de « Politique des machines » (chez le meilleur éditeur de la galaxie connue) nous le rappelle (je souligne) :

« Nous vivons dans une ère saturée de médias et d’histoires. Rien ne donne plus de pouvoir que la capacité à contrôler le récit. En la matière, Donald Trump, c’est un drame dans lequel chaque Américain a une chance de jouer un rôle. C’est ce drame qui structure la réalité.

Si la France est là où les États-Unis étaient en 2022, disons, alors elle a une opportunité que nous n’avons pas su saisir. Vous pouvez construire des réseaux de solidarité dans les gouvernements, dans la société civile, dans les mondes numériques. Vous pouvez commencer à parler du monde que vous voulez construire. De cette manière, si l’autoritarisme arrive à votre porte, vous aurez déjà une autre histoire à proposer. »

 

Il (me) semble que cette histoire ne pourra jamais être contée si nous ne contribuons pas, en parallèle et peux-être en préalable, à démolir et à éparpiller façon puzzle l’actuel paysage éditorial dominant.

Marcello Vitali Rosati donnait la définition suivante de l’éditorialisation, une définition que je vous ai souvent donnée ici, que j’ai souvent reprise à mon compte :

« L’éditorialisation n’est pas seulement un ensemble de techniques, même si l’aspect technique est le plus visible et le plus facilement définissable. On pourrait donner la définition suivante. L’éditorialisation est l’ensemble des dispositifs qui permettent la structuration et la circulation du savoir. En ce sens l’éditorialisation est une production de visions du monde, ou mieux, un acte de production du réel. »

 

« Avoir une autre histoire à proposer« , « produire des visions du monde« , produire du réel. Que font et que sont ces méga-plateformes aujourd’hui sinon un acte premier et fondateur de production du réel. Mais souvenez-vous en et retenez-le bien, c’est un réel « à peu près » ; c’est un acte de production « à notre place« . Il est temps que tout cela cesse. Alors cessons d’être le bruit, et surtout, empêchons-les de plonger notre monde dans la fureur.

  • ✇Made Not Found (by danah boyd)
  • upcoming brain candy
    Virtual Convo! On Monday, November 3 at 7PM ET, Lee Vinsel, Cory Doctorow, and I will be jamming in a livestream about Cory's new book Enshittification. I love this book and I love that I'll get to brain jam with two people I adore. So please join us on the livestream here!Cornell Talks. I have two talks at Cornell coming up if you happen to be in Ithaca: Wednesday, November 5 at 3PM in the Information School Colloquium on "Avoiding Traps, Tracking Decoys: The Political Economy of AI." Thursday,
     

upcoming brain candy

1 novembre 2025 à 21:53
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PS: After 4 years of writing, I've turned in the manuscript for my upcoming book: "Data Are Made, Not Found: A Story of Politics, Power, and the Civil Servants Who Saved the US Census" (to be published by the University of Chicago Press next September). ::gulp:: You'll be hearing more about this shortly so stay tuned. But omg omg omg omg the book is in.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • L’incorporation des médecins: L’éléphant dans la pièce
    En 2016, la CAQ réclamait la fin de l’incorporation des médecins. Une mesure qui devait faire économiser 150 millions de dollars à l’État (donc probablement 200 millions en 2025). En 2025, la CAQ vote une loi spéciale pour modifier la rémunération des médecins… sans toucher à l’incorporation. Il faudrait en parler. C’est le Dr Philippe Couillard, lui-même médecin spécialiste, qui a instauré l’incorporation des médecins en 2007. Ils avaient déjà tous les avantages reliés au statut de trava
     

L’incorporation des médecins: L’éléphant dans la pièce

31 octobre 2025 à 07:52

En 2016, la CAQ réclamait la fin de l’incorporation des médecins. Une mesure qui devait faire économiser 150 millions de dollars à l’État (donc probablement 200 millions en 2025). En 2025, la CAQ vote une loi spéciale pour modifier la rémunération des médecins… sans toucher à l’incorporation. Il faudrait en parler.

C’est le Dr Philippe Couillard, lui-même médecin spécialiste, qui a instauré l’incorporation des médecins en 2007. Ils avaient déjà tous les avantages reliés au statut de travailleur autonome sans en subir les risques. Voilà qu’ils obtenaient également les avantages d’une entreprise. La nouveauté semble avoir été attrayante: En 2017, 56% des médecins québécois avaient une entreprise à leur nom, comparativement à 19% des comptables agréés et 18% des avocats.

L’incorporation des médecins ne change rien à la pratique médicale. Le Collège des médecins le reconnaît: « Les avantages de l’exercice de la profession médicale en société sont essentiellement d’ordres fiscaux et organisationnels. » Voyons ce que ça représente pour le médecin et pour l’État.

Fiche de Vincent Oliva M. D. Inc. dans le Registraire des entreprises du Gouvernement du Québec

Étape 1: Le Dr Vincent Oliva s’incorpore sous le nom « Vincent Oliva M. D. Inc. »
Étape 2: Plutôt que de se faire payer directement par le gouvernement du Québec, le Dr Oliva passe par l’intermédiaire de son entreprise, qui lui verse un « salaire ».
Étape 3: Le Dr Oliva se paie un salaire moins élevé que celui qu’il a effectivement reçu pendant l’année en cours afin de payer moins d’impôts.

Les médecins incorporés sont considérés comme une petite entreprise, dont le taux d’imposition est drastiquement moins élevé que celui des particuliers (en 2016, Radio-Canada relevait que l’incorporation permettait aux médecins de passer d’un taux d’imposition de 48% à 19%). Cette aberration fiscale permet au Dr Oliva de payer relativement peu d’impôts sur un salaire qui doit avoisiner les 700 000$ (les radiologistes avaient une rémunération moyenne de 527 000$ en 2012). Il peut conserver l’excédent jusqu’à sa retraite, voire l’utiliser pour acheter des outils de placement financier ou immobilier. Si le Dr Oliva a un(e) conjoint(e) et des enfants majeurs, il peut en faire les actionnaires de son entreprise et leur verser des dividendes. Si le revenu du conjoint et des enfants est inférieur à celui du Dr Oliva, on sauve encore de l’impôt.

Le taux d’imposition plus bas des entreprises se justifie généralement par le facteur de risque. Or, le risque est inexistant dans ce cas-ci. Il n’y a pas de concurrence dans la santé publique. Le gouvernement du Québec est le seul client des médecins. Par conséquent, il n’y a aucune raison pratique de maintenir l’incorporation des médecins. Tant qu’à sortir l’artillerie lourde, pourquoi la CAQ n’en a pas profité pour reprendre sa propre proposition?

Puisque notre gouvernement aime s’inspirer de la France, comparons avec le cas français. L’incorporation n’offre pas d’avantage fiscal particulier aux médecins français, qui s’incorporent surtout pour avoir une plus grande flexibilité dans l’organisation de leur pratique.

Je rappelle que le Collège des Médecins considère que l’incorporation des médecins présente surtout des avantages fiscaux. Pour illustrer un modèle différent, voici comment France Mutuelle présente la différence entre les médecins salariés et les médecins incorporés (qui constituent à peine 7% des médecins français): « Le salariat attire par sa sécurité, son temps de travail régulier, et son équilibre vie pro/vie perso. Mais la médecine libérale reste essentielle pour garantir une offre de soins de proximité. » Les avantages fiscaux pour les médecins incorporés en France sont à peu près nuls si on les équilibre avec les frais d’opération. L’avantage vient surtout de l’autonomie de la pratique, qui permet notamment une meilleure prise en charge des patients. Rappelons qu’en France, la grande majorité des médecins sont des employés de l’État, contrairement aux médecins québécois qui sont travailleurs autonomes.

Contrairement à la loi actuelle, qui frappe tous les médecins sans distinction, mettre fin à l’incorporation des médecins ciblerait uniquement ceux qui abusent du système. Ce ne sont pas tous les médecins qui sont incorporés et qui utilisent ce stratagème pour payer moins d’impôts. Mais il faut reconnaître que ceux qui le font sont un poids pour les finances publiques.

200 millions de dollars, ça peut sembler relativement peu, mais c’est plus de cinq fois le financement demandé par les banques alimentaires du Québec. Pour quelle raison est-ce qu’on se prive de ces revenus?

Si on laisse des privilèges aux médecins parce qu’on craint qu’ils quittent leur profession, on devrait peut-être songer à permettre l’incorporation aux infirmières, aux préposés aux bénéficiaires, aux enseignants et aux éducatrices?

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • L’incorporation des médecins: L’éléphant dans la pièce
    En 2016, la CAQ réclamait la fin de l’incorporation des médecins. Une mesure qui devait faire économiser 150 millions de dollars à l’État (donc probablement 200 millions en 2025). En 2025, la CAQ vote une loi spéciale pour modifier la rémunération des médecins… sans toucher à l’incorporation. Il faudrait en parler. C’est le Dr Philippe Couillard, lui-même médecin spécialiste, qui a instauré l’incorporation des médecins en 2007. Ils avaient déjà tous les avantages reliés au statut de trava
     

L’incorporation des médecins: L’éléphant dans la pièce

31 octobre 2025 à 07:52

En 2016, la CAQ réclamait la fin de l’incorporation des médecins. Une mesure qui devait faire économiser 150 millions de dollars à l’État (donc probablement 200 millions en 2025). En 2025, la CAQ vote une loi spéciale pour modifier la rémunération des médecins… sans toucher à l’incorporation. Il faudrait en parler.

C’est le Dr Philippe Couillard, lui-même médecin spécialiste, qui a instauré l’incorporation des médecins en 2007. Ils avaient déjà tous les avantages reliés au statut de travailleur autonome sans en subir les risques. Voilà qu’ils obtenaient également les avantages d’une entreprise. La nouveauté semble avoir été attrayante: En 2017, 56% des médecins québécois avaient une entreprise à leur nom, comparativement à 19% des comptables agréés et 18% des avocats.

L’incorporation des médecins ne change rien à la pratique médicale. Le Collège des médecins le reconnaît: « Les avantages de l’exercice de la profession médicale en société sont essentiellement d’ordres fiscaux et organisationnels. » Voyons ce que ça représente pour le médecin et pour l’État.

Fiche de Vincent Oliva M. D. Inc. dans le Registraire des entreprises du Gouvernement du Québec

Étape 1: Le Dr Vincent Oliva s’incorpore sous le nom « Vincent Oliva M. D. Inc. »
Étape 2: Plutôt que de se faire payer directement par le gouvernement du Québec, le Dr Oliva passe par l’intermédiaire de son entreprise, qui lui verse un « salaire ».
Étape 3: Le Dr Oliva se paie un salaire moins élevé que celui qu’il a effectivement reçu pendant l’année en cours afin de payer moins d’impôts.

Les médecins incorporés sont considérés comme une petite entreprise, dont le taux d’imposition est drastiquement moins élevé que celui des particuliers (en 2016, Radio-Canada relevait que l’incorporation permettait aux médecins de passer d’un taux d’imposition de 48% à 19%). Cette aberration fiscale permet au Dr Oliva de payer relativement peu d’impôts sur un salaire qui doit avoisiner les 700 000$ (les radiologistes avaient une rémunération moyenne de 527 000$ en 2012). Il peut conserver l’excédent jusqu’à sa retraite, voire l’utiliser pour acheter des outils de placement financier ou immobilier. Si le Dr Oliva a un(e) conjoint(e) et des enfants majeurs, il peut en faire les actionnaires de son entreprise et leur verser des dividendes. Si le revenu du conjoint et des enfants est inférieur à celui du Dr Oliva, on sauve encore de l’impôt.

Le taux d’imposition plus bas des entreprises se justifie généralement par le facteur de risque. Or, le risque est inexistant dans ce cas-ci. Il n’y a pas de concurrence dans la santé publique. Le gouvernement du Québec est le seul client des médecins. Par conséquent, il n’y a aucune raison pratique de maintenir l’incorporation des médecins. Tant qu’à sortir l’artillerie lourde, pourquoi la CAQ n’en a pas profité pour reprendre sa propre proposition?

Puisque notre gouvernement aime s’inspirer de la France, comparons avec le cas français. L’incorporation n’offre pas d’avantage fiscal particulier aux médecins français, qui s’incorporent surtout pour avoir une plus grande flexibilité dans l’organisation de leur pratique.

Je rappelle que le Collège des Médecins considère que l’incorporation des médecins présente surtout des avantages fiscaux. Pour illustrer un modèle différent, voici comment France Mutuelle présente la différence entre les médecins salariés et les médecins incorporés (qui constituent à peine 7% des médecins français): « Le salariat attire par sa sécurité, son temps de travail régulier, et son équilibre vie pro/vie perso. Mais la médecine libérale reste essentielle pour garantir une offre de soins de proximité. » Les avantages fiscaux pour les médecins incorporés en France sont à peu près nuls si on les équilibre avec les frais d’opération. L’avantage vient surtout de l’autonomie de la pratique, qui permet notamment une meilleure prise en charge des patients. Rappelons qu’en France, la grande majorité des médecins sont des employés de l’État, contrairement aux médecins québécois qui sont travailleurs autonomes.

Contrairement à la loi actuelle, qui frappe tous les médecins sans distinction, mettre fin à l’incorporation des médecins ciblerait uniquement ceux qui abusent du système. Ce ne sont pas tous les médecins qui sont incorporés et qui utilisent ce stratagème pour payer moins d’impôts. Mais il faut reconnaître que ceux qui le font sont un poids pour les finances publiques.

200 millions de dollars, ça peut sembler relativement peu, mais c’est plus de cinq fois le financement demandé par les banques alimentaires du Québec. Pour quelle raison est-ce qu’on se prive de ces revenus?

Si on laisse des privilèges aux médecins parce qu’on craint qu’ils quittent leur profession, on devrait peut-être songer à permettre l’incorporation aux infirmières, aux préposés aux bénéficiaires, aux enseignants et aux éducatrices?

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  • Pour une « nétiquette » de l’IA générative [en]
    [en] L’IA générative, c’est ChatGPT, Claude et consorts. Ce sont des outils à qui on donne des instructions, et qui produisent en réponse du texte. Il y en a également à qui l’on donne des instructions, et qui produisent des images, du son, voir de la vidéo. Je n’ai pas pour objectif ici d’essayer de discuter de l’éthique lié à leur utilisation ou à leur entraînement. Il s’agit d’un tout autre sujet, dont il vaut par ailleurs la peine de discuter. D’un point de vue pragmatique, je les trouve
     

Pour une « nétiquette » de l’IA générative [en]

27 octobre 2025 à 13:59
[en]

L’IA générative, c’est ChatGPT, Claude et consorts. Ce sont des outils à qui on donne des instructions, et qui produisent en réponse du texte. Il y en a également à qui l’on donne des instructions, et qui produisent des images, du son, voir de la vidéo.

Je n’ai pas pour objectif ici d’essayer de discuter de l’éthique lié à leur utilisation ou à leur entraînement. Il s’agit d’un tout autre sujet, dont il vaut par ailleurs la peine de discuter. D’un point de vue pragmatique, je les trouve suffisamment utiles pour les utiliser régulièrement. Mais ce dont je veux parler ici c’est comment éviter de gros faux-pas en matière de communication et de relationnel.

Voici deux usages très problématiques et que l’on voit malheureusement trop fréquemment:

  1. Laisser l’IA parler à notre place, tel Christian avec Cyrano
  2. Assommer les gens de copier-coller verbeux produits par une IA, version 2025 de RTFM

L’IA-Cyrano

Voici quelques exemples du premier cas de figure:

  • quelqu’un me pose une question, je la pose à ChatGPT et je réponds à mon interlocuteur avec la réponse que m’a donnée ChatGPT, comme si c’était moi qui parlais
  • je produis des visuels avec Midjourney ou autre et je les partage sur instagram sans préciser qu’il s’agit de productions d’IA générative
  • dans une discussion où je ne sais plus trop quoi répondre ou quoi dire, je demande la réplique suivante à mon chatbot préféré et je colle sa proposition
  • je demande à Claude de m’écrire un poème sur tel ou tel sujet, pour exprimer ceci ou cela, et je partage ce poème, sans préciser que ce n’est pas moi qui l’ai écrit.

Pourquoi est-ce que ces exemples posent souci? Ils posent souci d’une part parce qu’ils rompent le contrat social tacite des échanges sur les réseaux sociaux, ou par Messenger, ou des publications sur les blogs ou sites web personnels, que la personne avec qui on interagit est celle qui écrit les mots qu’on lit, ou produit l’art qu’on admire.

Ça s’apparente en fait à une forme de plagiat, au sens où l’on s’approprie une production qui n’est pas la nôtre, mais qu’on fait passer pour la nôtre. A la différence du plagiat classique qu’on a en tête, la source du contenu d’origine (l’IA) n’est pas le·la lésé·e, mais l’interlocuteur.

C’est avec toi que j’échange, que ce soit par messagerie ou dans les commentaires, ou c’est toi que je lis, et dans cette interaction entre toi et moi il y a des enjeux relationnels. Si tout d’un coup tu passes le clavier à quelqu’un d’autre sans me dire (humain ou machine), je suis trompée sur la marchandise.

Vous me répondrez qu’utiliser ChatGPT comme assistant pour écrire un e-mail délicat est un usage légitime de cet outil – et je suis d’accord. Où est la limite, alors, et pourquoi est-ce que l’e-mail ou la lettre ça peut passer, mais pas la réponse sur Messenger ou WhatsApp?

Je pense qu’il y a deux aspects à prendre en compte.

Le premier, c’est l’implication du locuteur perçu dans les productions de l’IA. Est-que c’est une vraie “collaboration”, je retouche, je retravaille, je “m’approprie” le texte produit pour que ce soit plausible que ce soit moi (si c’est moi qui suis supposé·e l’avoir écrit) – tout comme on le ferait en demandant de l’aide rédactionnelle à un autre humain, à un assistant en chair et en os, à un écrivain public? Ou est-ce que j’ai juste donné une instruction simple et pris le résultat tel quel, sans même le relire?

Le deuxième, c’est le contexte et le type de production. Un e-mail administratif, c’est souvent plus un exercice de style qu’une réplique dans une véritable interaction. L’e-mail administratif, c’est pas grave si je ne l’ai pas écrit toute seule comme une grande, si je l’ai fait écrire à ma cousine – tant que je signe. Un poème que je partage sur mon compte Facebook, par contre, s’il n’y a pas d’auteur indiqué, c’est implicite que c’est moi. Ou une discussion Messenger, un échange dans les commentaires: c’est une forme de discussion, très clairement, dans laquelle l’attente est que notre interlocuteur est un humain. (On adore tous les services clients qui vous proposent de “chatter avec un agent” qui se présente comme un être humain mais dont on sent bien que c’est à moitié un chatbot, n’est-ce pas?)

Et la zone grise? Peut-on collaborer avec une IA?

Je pense que pour sentir ce qui va poser problème ou pas, on peut simplement se demander si le rôle de l’IA dans notre histoire était tenu par un humain, si ça passerait. J’échange des messages avec une copine et je passe mon téléphone à mon voisin pour qu’il réponde, parce qu’il fait ça mieux que moi. Oui ou non? Je demande à mon voisin d’écrire un poème ou un récit pour moi, et je le colle sur mon profil sans préciser que c’est lui qui l’a écrit? Je pense qu’on sent bien que ça ne passe pas. Par contre: j’échange des messages et je ne sais pas trop comment tourner ma réponse, et mon collègue m’aide pour trouver la bonne tournure et me conseille – ça peut passer. Mais gare aux conséquences si en faisant ce genre de chose, la personne en face “sent” qu’on s’est fait aider!

La pente glissante avec l’IA c’est que celle-ci va produire rapidement et facilement des textes à la forme séduisante, rendant grande la tentation de simplement copier-coller sans autre forme de procès.

Faut-il pour autant renoncer à se “faire aider” par l’IA pour nos productions, quelles qu’elles soient?

Pour moi, il y a zéro souci de se faire aider par ChatGPT pour rédiger quelque chose, mais la transparence est importante. “Poème généré par ChatGPT sur mes instructions”, ou “Texte écrit avec l’assistance d’une IA”, ou “illustration générée par IA”, ça évite des malentendus. On évite de rompre le « contrat social », sur les réseaux sociaux en particulier, qui dit quand quelqu’un publie quelque chose, il l’a produit directement. On voit d’ailleurs de plus en plus que les plates-formes demandent à leurs utilisateurs de préciser si le contenu qu’ils publient est fait “avec IA”.

Un exemple personnel: j’adorerais composer des chansons mais je ne sais pas faire (enfin je peux, mais c’est nul, je n’y connais pas grand chose en musique). Aujourd’hui, grâce aux IAs génératives, je pourrais enfin composer/créer une chanson. Mais si je la partage ensuite avec d’autres, ça me semblerait normal de préciser que je l’ai faite en m’aidant d’une IA, et pas toute seule, à la force de mon talent et de mes compétences musicales.

Parlant de chansons, une histoire qui me vient en tête pour exprimer ce qu’on peut ressentir en lisant un texte qu’on pense avoir été produit directement par un humain, pour réaliser ensuite que l’IA est impliquée: Milli Vanilli. Quand on voit quelqu’un chanter au micro, dans un clip ou sur scène, c’est implicite qu’il s’agit de sa voix, à moins que la mise en scène nous fasse comprendre qu’il s’agit d’un acteur ou d’une actrice. Donc dans le cas de Milli Vanilli, quand on a découvert qu’en fait non, c’était quelqu’un d’autre dans le studio, ça a très mal passe.

Si c’est joli, où est le mal?

Un mot encore concernant en particulier les images. Sur les réseaux, on partage des tas d’images qu’on n’a pas forcément produites, donc le problème n’est pas tant là. A moins que je sois connue pour mes talents de photographe, si je partage une photo absolument splendide de quelque part au bout du monde, on peut imaginer assez aisément que ce n’est pas moi qui l’ai produite. (Bon, j’avoue que pour ma part, si je partage une image qui n’est pas de moi, il m’importe de le préciser. Mais l’écrasante majorité des gens ne le font pas, donc: norme sociale.)

Souvent, quand je fais remarquer aux gens que l’image qu’ils partagent est une image générée artificiellement, on me dit “oh c’est pas grave, c’est joli quand même!”

Le problème avec ce raisonnement est le suivant: en inondant notre quotidien de productions visuelles générées qui ne s’assument pas, on véhicule des représentations déformées du monde. Les images marquent. On voit quelque chose, ça nous reste. On part du principe que c’est vrai (“seeing is believing”, “le voir pour le croire”). Et donc on avale tout rond des informations visuelles fausses sur le monde dans lequel on vit.

Et si c’est de l’art? Le problème est le même. Etre exposé systématiquement à des productions mécaniques en pensant qu’elles sont humaines, ça finit par nous faire perdre la notion de ce qu’est ou peut être une production humaine.

On connaît tous l’impact catastrophique qu’a eu la généralisation de l’utilisation de Photoshop pour retoucher les photos de célébrités, donnant à des générations de femmes et d’hommes des attentes complètement irréalistes concernant le corps des femmes (et des hommes aussi, dans un deuxième temps). Ne tombons pas dans le même piège, et ne soyons pas complices de l’effacement de la frontière entre le vrai et le faux. La guerre cognitive ce n’est pas juste la “désinformation”. Il s’agit de nous faire perdre nos repères, au point de n’être plus capables de nous orienter dans le monde et de le comprendre. On est en plein dedans, là. Il faut se battre.

L’IA-RTFM

Le deuxième cas de figure consiste à copier-coller, brut de décoffrage, l’output d’une IA générative sur un sujet donné, le plus souvent dans un contexte conversationnel (messagerie instantanée ou commentaires). Exemples:

  • dans une discussion avec un collègue, on se demande s’il vaut mieux utiliser telle approche ou telle autre pour gérer une situation au travail; ni une, ni deux, je pose la question à ChatGPT, qui me fait une réponse joliment structurée d’un écran ou deux avec des listes à puces et du gras où il faut, je copie et je balance dans la conversation, en disant: “j’ai demandé à ChatGPT”
  • dans un groupe facebook, quelqu’un pose une question – je la soumets à l’IA de mon choix, puis je laisse un commentaire en copiant-collant la réponse, qui par sa forme et son ton, ne trompe personne sur son origine (ce n’est pas le but)
  • en séance de troubleshooting technique par Messenger, un des interlocuteurs colle dix étapes d’instructions générées par ChatGPT, qui supposément (!) contiennent la solution au problème.

Ici, il n’y a pas de volonté (ou de négligence…) de faire passer pour sienne une production non humaine. Explicitement ou non, on est bien transparent sur le fait que le texte en question est produit par un LLM. Où donc est le problème?

Le problème est que ce genre de procédé (un peu comme le message vocal non sollicité/consenti – il faut d’ailleurs que j’écrive à nouveau à ce sujet) charge l’interlocuteur d’un travail que le locuteur souhaite s’épargner. Le texte ainsi copié-collé est rarement concis, n’a généralement pas été vérifié par la personne qui l’amène dans la discussion, et même pas toujours lu! Il est jeté en pâture à l’auditoire, qui devra lui-même déterminer ce qui est à prendre et ce qui est à laisser dans cette réponse générée qu’il n’a pas demandée.

Pourquoi “RTFM“? En anglais, “Read The Fucking Manual” est une réponse généralement passive-agressive à une question, genre “demande à Google”, mais moins poli. Lis le manuel et démerde-toi.

Quand une réflexion commune (une discussion) est interrompue par un déversement de réponses IA brutes, c’est un peu comme si on copiait-collait la page Wikipedia du sujet dans la discussion. C’est au mieux maladroit, au pire extrêmement malpoli et condescendant.

(Tiens, ça me fait penser aux entreprises qui collaient des communiqués de presse tout secs des des articles de blog, à la belle époque. Ou qui répondaient dans les commentaires avec la langue de bois des chargés de comm.)

C’est très différent, évidemment, si les interlocuteurs se disent “oh, demandons à ChatGPT pour voir” et se penchent ensuite sur la réponse ensemble, qu’il s’agit donc d’une stratégie commune pour traiter le sujet en cours.

Mais la plupart du temps, ce qu’on voit, c’est un interlocuteur qui s’économise l’effort de véritablement prendre part à la réflexion en l’outsourçant d’une part à l’IA, et d’autre part aux autres interlocuteurs. Bien souvent sans penser à mal, cette introduction dans l’échange d’une quantité parfois écrasante d’informations de qualité inégale (voire carrément douteuse) peut faire l’effet d’un “Gish Gallop” involontaire, bloquant la discussion par surcharge informationnelle.

C’est une chose de donner un lien vers un article pertinent – qu’on espère de bonne qualité, et idéalement lu (on a d’ailleurs naturellement tendance à le préciser quand ce n’est pas le cas, dans le contexte d’une discussion), d’aller en aparté consulter l’Oracle-IA et de revenir enrichir la discussion avec ce qu’on en a retiré, ou de changer complètement la dynamique et l’équilibre de l’échange en imposant la présence d’un interlocuteur supplémentaire (l’IA) qui parle plus qu’il n’écoute.

La version courte?

ChatGPT n’a pas le monopole de la verbosité, j’en conviens. Je vous jure que j’ai écrit les plus de 2500 mots de ce billet toute seule. Donc, pour faire court:

  • C’est OK d’utiliser l’IA comme outil-assistant pour ses propres productions, et même dans certains cas de lui déléguer une production entière, mais il convient d’être explicitement transparent, particulièrement sur les réseaux sociaux et dans les interactions personnelles, sur le fait qu’il s’agit d’une production “IA” ou “avec IA” (certains réseaux recommandent d’ailleurs un étiquetage dans ce sens).
  • Il y a des situations où l’attente d’une production “100% authentique” par le locuteur est moins forte (certains e-mails, lettres, articles); dans ce cas-là, on peut certes s’aider d’une IA comme on s’aiderait d’une autre personne douée des mots, mais attention à ce que d’une part la “collaboration” en soit suffisamment une pour que cela reste “notre” production (à l’opposition d’une “délégation”) et que le résultat puisse passer pour tel.
  • Si on se retrouve à copier-coller des productions d’IA pour nos interlocuteurs au lieu de leur parler, que ce soit pour “donner des infos” (“regarde, ChatGPT a dit ça!”) ou “parler à notre place”, attention, ça va mal finir! Personne n’aime se retrouver à “discuter avec un robot” sans son accord, et encore moins sans être prévenu.

Et au risque de répéter une fois de trop: les LLMs sont des outils puissants, utiles et intéressants (excitants même) mais ils ne sont pas “intelligents”, ils ne “savent” rien, ils ne font que générer du contenu en fonction de modèles statistiques qui les guident vers le prochain élément le plus probable (un mot par exemple). Parfois, ils produisent de belles conneries sur un ton parfaitement sérieux et assuré.

Donc, si on demande à un LLM un résumé, une synthèse, une transcription, une version “à la sauce de”, il faut traiter sa production comme celle d’un stagiaire brillant pour certaines choses mais complètement à la ramasse pour d’autres: il faut passer derrière, relire, corriger, adapter. Les IA c’est bien pour débroussailler, pour faire le premier jet, pour réfléchir ou jouer avec des idées, pour débloquer des situations qui nous résistent, mais pas pour cracher le produit final.

La version encore plus courte:

  1. transparence concernant l’implication de l’IA dans le contenu proposé
  2. vérification et adaptation du contenu généré (forme et fond)
  3. respect de l’interlocuteur en assumant soi-même le coût (cognitif, social, temps…) lié aux deux premiers points.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • La chasse au voile dans les garderies
    C’est maintenant officiel: le gouvernement du Québec va interdire le port du voile aux éducatrices dans les CPE. Le ministre Jean-François Roberge s’appuie sur le rapport Pelchat-Rousseau dont j’ai déjà critiqué l’absence de rigueur et de méthodologie. Prétextant vouloir régler un problème qui est en fait inexistant, le gouvernement va ajouter de la pression aux garderies qui manquent déjà de personnel. Y a-t-il vraiment des gens qui observent nos CPE en ce moment et qui se disent que le
     

La chasse au voile dans les garderies

27 octobre 2025 à 06:05

C’est maintenant officiel: le gouvernement du Québec va interdire le port du voile aux éducatrices dans les CPE. Le ministre Jean-François Roberge s’appuie sur le rapport Pelchat-Rousseau dont j’ai déjà critiqué l’absence de rigueur et de méthodologie. Prétextant vouloir régler un problème qui est en fait inexistant, le gouvernement va ajouter de la pression aux garderies qui manquent déjà de personnel.

Y a-t-il vraiment des gens qui observent nos CPE en ce moment et qui se disent que le principal problème est qu’il y a trop de foulards? Je rappelle la situation misérable dans laquelle se trouve le réseau. Les programmes d’éducation à l’enfance sont moins populaires chaque année. Des 82 étudiantes inscrites au Cégep de Ste-Foy en 2021, 13 ont complété leur formation. Moins d’une sur six. Au Cégep de l’Outaouais, c’était 6 sur 40. Au Cégep de Valleyfield, c’était 1 sur 25. 1 sur 25! Il n’y a aucune cohorte cette année au cégep Gérald-Godin, où il n’y a d’ailleurs eu qu’une seule diplômée en 2024. Ce qu’il faut comprendre: les éducatrices qui partiront bientôt à la retraite ne seront pas remplacées.

La solution du gouvernement caquiste: ajoutons des critères d’embauche et empoisonnons la vie de dizaines d’éducatrices qui travaillent présentement dans nos CPE, parfois depuis, 10, 15, 20 ans. « Trahison », c’est le mot qu’emploie l’éducatrice Bahia Oubraham du CPE du Centre-Ville. En 2011, nous étions heureux de l’accueillir en tant qu’immigrante qualifiée pour prendre soin des enfants. En 2025, on la considère comme une indésirable. C’est le message que le gouvernement lui envoie avec ses lois arbitraires.

Je sais qu’on va me répondre que ce ne sont pas les voiles qui sont interdits, mais bien tous les signes religieux. C’est un faux argument. Les enseignants portant une croix, une kippa ou un turban n’ont jamais été une préoccupation. On n’en a littéralement jamais entendu parler. Ce sont les voiles qui ont monopolisé les interventions lors de la commission Bouchard-Taylor, de la commission parlementaire sur la charte des valeurs et de celle sur la loi 21. Les mots « voile » et « voilée » sont employés 25 fois dans le rapport Pelchat-Rousseau. Les autres signes religieux ne sont jamais mentionnés. C’est bien du voile dont il s’agit.

« Oui mais il y a la clause grand-père… » Le mémoire de maîtrise d’Ali Adam explique comment la loi 21 a transformé le quotidien des enseignantes qui bénéficient de la clause grand-père: construction d’une hiérarchie non officielle plaçant les enseignantes voilées au bas de l’échelle, remises en question régulières de leurs capacités d’enseignement par certains collègues, accusations de chercher à endoctriner les élèves… Pour ces enseignantes, la loi 21 est une source de tensions, d’anxiété et de perte de confiance en soi, clause grand-père ou non. La chercheuse Hana Zayani a expliqué quant à elle que la loi 21 a décomplexé le racisme à l’endroit des musulmanes dans le réseau scolaire. Les mères musulmanes racontent comment elles et leurs enfants ont vécu un changement de comportement de la part du personnel scolaire et des autres parents d’élèves. Dans tous les cas, la loi envoie le message aux enseignantes et aux éducatrices portant un voile qu’on préférerait se passer d’elles.

« On leur demande juste d’enlever leur voile… » Ces femmes sont déjà surmenées et sous-payées pour faire un travail que plus personne ne veut faire. Nous devrions être à genoux pour les remercier d’être encore là, pas leur imposer de nouvelles règles complètement arbitraires pour calmer des peurs irrationnelles et flatter notre sentiment de puissance nationale.

« La grande majorité des Québécois sont d’accord… » C’est facile d’être en faveur d’un règlement qui ne nous affectera en rien. La réponse serait différente si les répondants du sondage étaient touchés d’une façon ou d’une autre. Imaginons la question suivante: « Êtes-vous en faveur de l’interdiction du port de signes religieux par les éducatrices en garderie si cette interdiction s’accompagne d’une nouvelle taxe de 5$ par semaine pour financer le réseau des CPE? » Je pense que soudainement on découvrirait que le voile dérange moins qu’on pense.

« Les enfants ont droit à un environnement neutre… » Aucun enfant ne va voir dans le voile une atteinte à sa liberté de conscience à moins qu’on lui dise que c’est ce qu’il doit y voir. Est-ce qu’on imagine vraiment que les éducatrices enseignants aux enfants « Tu vois, je porte un voile pour montrer que je suis inférieure à mon mari. » ? Peut-être que si on arrête de dire aux enfants que le voile est un objet maléfique, il n’aura aucune mauvaise influence sur leur comportement ou leur vision du monde.

« Porter un voile, c’est faire du prosélytisme… » Non. Absolument pas. Même Christiane Pelchat et Guillaume Rousseau, qui ont été payés avec de l’argent public pour monter leur rapport bâclé, ont été incapables de trouver une seule source laissant croire que les éducatrices portent leur voile dans le but d’influencer les enfants. C’est un préjugé qui ne repose sur absolument rien.

Pour couronner le tout, Jean-François Roberge nous dit qu’il s’inspire des mesures qui ont connu du succès ailleurs dans le monde… notamment en France. Quel succès? Depuis quand considère-t-on la France comme un modèle d’intégration et de vivre-ensemble? Ceux qui réclament qu’on s’inspire de la France sont toujours les premiers à pointer ce pays du doigt pour nous parler des dangers de l’islamisme et de la ghettoïsation. Le seul succès des lois interdisant les foulards en France, c’est la satisfaction donnée aux intolérants, qui se félicitent d’affirmer leur domination.

C’est également la seule chose qu’accomplira la CAQ, en plus de peut-être remonter d’un ou deux points dans les sondages. Et ça ne coûtera rien au gouvernement à part une aggravation des problèmes dans les CPE. J’imagine qu’il vaut mieux une garderie fermée qu’une garderie avec des éducatrices voilées.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • La chasse au voile dans les garderies
    C’est maintenant officiel: le gouvernement du Québec va interdire le port du voile aux éducatrices dans les CPE. Le ministre Jean-François Roberge s’appuie sur le rapport Pelchat-Rousseau dont j’ai déjà critiqué l’absence de rigueur et de méthodologie. Prétextant vouloir régler un problème qui est en fait inexistant, le gouvernement va ajouter de la pression aux garderies qui manquent déjà de personnel. Y a-t-il vraiment des gens qui observent nos CPE en ce moment et qui se disent que le
     

La chasse au voile dans les garderies

27 octobre 2025 à 06:05

C’est maintenant officiel: le gouvernement du Québec va interdire le port du voile aux éducatrices dans les CPE. Le ministre Jean-François Roberge s’appuie sur le rapport Pelchat-Rousseau dont j’ai déjà critiqué l’absence de rigueur et de méthodologie. Prétextant vouloir régler un problème qui est en fait inexistant, le gouvernement va ajouter de la pression aux garderies qui manquent déjà de personnel.

Y a-t-il vraiment des gens qui observent nos CPE en ce moment et qui se disent que le principal problème est qu’il y a trop de foulards? Je rappelle la situation misérable dans laquelle se trouve le réseau. Les programmes d’éducation à l’enfance sont moins populaires chaque année. Des 82 étudiantes inscrites au Cégep de Ste-Foy en 2021, 13 ont complété leur formation. Moins d’une sur six. Au Cégep de l’Outaouais, c’était 6 sur 40. Au Cégep de Valleyfield, c’était 1 sur 25. 1 sur 25! Il n’y a aucune cohorte cette année au cégep Gérald-Godin, où il n’y a d’ailleurs eu qu’une seule diplômée en 2024. Ce qu’il faut comprendre: les éducatrices qui partiront bientôt à la retraite ne seront pas remplacées.

La solution du gouvernement caquiste: ajoutons des critères d’embauche et empoisonnons la vie de dizaines d’éducatrices qui travaillent présentement dans nos CPE, parfois depuis, 10, 15, 20 ans. “Trahison”, c’est le mot qu’emploie l’éducatrice Bahia Oubraham du CPE du Centre-Ville. En 2011, nous étions heureux de l’accueillir en tant qu’immigrante qualifiée pour prendre soin des enfants. En 2025, on la considère comme une indésirable. C’est le message que le gouvernement lui envoie avec ses lois arbitraires.

Je sais qu’on va me répondre que ce ne sont pas les voiles qui sont interdits, mais bien tous les signes religieux. C’est un faux argument. Les enseignants portant une croix, une kippa ou un turban n’ont jamais été une préoccupation. On n’en a littéralement jamais entendu parler. Ce sont les voiles qui ont monopolisé les interventions lors de la commission Bouchard-Taylor, de la commission parlementaire sur la charte des valeurs et de celle sur la loi 21. Les mots “voile” et “voilée” sont employés 25 fois dans le rapport Pelchat-Rousseau. Les autres signes religieux ne sont jamais mentionnés. C’est bien du voile dont il s’agit.

“Oui mais il y a la clause grand-père…” Le mémoire de maîtrise d’Ali Adam explique comment la loi 21 a transformé le quotidien des enseignantes qui bénéficient de la clause grand-père: construction d’une hiérarchie non officielle plaçant les enseignantes voilées au bas de l’échelle, remises en question régulières de leurs capacités d’enseignement par certains collègues, accusations de chercher à endoctriner les élèves… Pour ces enseignantes, la loi 21 est une source de tensions, d’anxiété et de perte de confiance en soi, clause grand-père ou non. La chercheuse Hana Zayani a expliqué quant à elle que la loi 21 a décomplexé le racisme à l’endroit des musulmanes dans le réseau scolaire. Les mères musulmanes racontent comment elles et leurs enfants ont vécu un changement de comportement de la part du personnel scolaire et des autres parents d’élèves. Dans tous les cas, la loi envoie le message aux enseignantes et aux éducatrices portant un voile qu’on préférerait se passer d’elles.

“On leur demande juste d’enlever leur voile…” Ces femmes sont déjà surmenées et sous-payées pour faire un travail que plus personne ne veut faire. Nous devrions être à genoux pour les remercier d’être encore là, pas leur imposer de nouvelles règles complètement arbitraires pour calmer des peurs irrationnelles et flatter notre sentiment de puissance nationale.

“La grande majorité des Québécois sont d’accord…” C’est facile d’être en faveur d’un règlement qui ne nous affectera en rien. La réponse serait différente si les répondants du sondage étaient touchés d’une façon ou d’une autre. Imaginons la question suivante: “Êtes-vous en faveur de l’interdiction du port de signes religieux par les éducatrices en garderie si cette interdiction s’accompagne d’une nouvelle taxe de 5$ par semaine pour financer le réseau des CPE?” Je pense que soudainement on découvrirait que le voile dérange moins qu’on pense.

“Les enfants ont droit à un environnement neutre…” Aucun enfant ne va voir dans le voile une atteinte à sa liberté de conscience à moins qu’on lui dise que c’est ce qu’il doit y voir. Est-ce qu’on imagine vraiment que les éducatrices enseignants aux enfants “Tu vois, je porte un voile pour montrer que je suis inférieure à mon mari.” ? Peut-être que si on arrête de dire aux enfants que le voile est un objet maléfique, il n’aura aucune mauvaise influence sur leur comportement ou leur vision du monde.

“Porter un voile, c’est faire du prosélytisme…” Non. Absolument pas. Même Christiane Pelchat et Guillaume Rousseau, qui ont été payés avec de l’argent public pour monter leur rapport bâclé, ont été incapables de trouver une seule source laissant croire que les éducatrices portent leur voile dans le but d’influencer les enfants. C’est un préjugé qui ne repose sur absolument rien.

Pour couronner le tout, Jean-François Roberge nous dit qu’il s’inspire des mesures qui ont connu du succès ailleurs dans le monde… notamment en France. Quel succès? Depuis quand considère-t-on la France comme un modèle d’intégration et de vivre-ensemble? Ceux qui réclament qu’on s’inspire de la France sont toujours les premiers à pointer ce pays du doigt pour nous parler des dangers de l’islamisme et de la ghettoïsation. Le seul succès des lois interdisant les foulards en France, c’est la satisfaction donnée aux intolérants, qui se félicitent d’affirmer leur domination.

C’est également la seule chose qu’accomplira la CAQ, en plus de peut-être remonter d’un ou deux points dans les sondages. Et ça ne coûtera rien au gouvernement à part une aggravation des problèmes dans les CPE. J’imagine qu’il vaut mieux une garderie fermée qu’une garderie avec des éducatrices voilées.

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  • Devcore et la privatisation de la lutte à l’itinérance
    Pour régler la crise du logement, le ministre Lionel Carmant recommande la construction de logements modulaires. C’est une solution de plus en plus populaire à Gatineau, à Québec et à Montréal notamment. M. Carmant explique que la construction de refuges n’est pas un remède à l’itinérance. Il a entre autres participé financièrement au projet Village Transition de la compagnie Devcore. Mais qu’est-ce que c’est, au juste, un logement modulaire? Selon la définition traditionnelle, les logements
     

Devcore et la privatisation de la lutte à l’itinérance

24 octobre 2025 à 06:29

Pour régler la crise du logement, le ministre Lionel Carmant recommande la construction de logements modulaires. C’est une solution de plus en plus populaire à Gatineau, à Québec et à Montréal notamment. M. Carmant explique que la construction de refuges n’est pas un remède à l’itinérance. Il a entre autres participé financièrement au projet Village Transition de la compagnie Devcore. Mais qu’est-ce que c’est, au juste, un logement modulaire?

Selon la définition traditionnelle, les logements modulaires sont des petits logements fabriqués en usine et transportés par camion. Implantés dans plusieurs pays européens depuis les années 1960, ils ont évolué de façon à devenir plus spacieux et plus confortables de façon à ce qu’on puisse en faire des logements permanents. Dans le contexte québécois actuel, un logement modulaire, c’est un conteneur maritime ou une unité de chantier convertie en habitation.

Photo provenant d’une publication Facebook de la page Transitiôn, 17 octobre 2024

Comme solution temporaire à la crise de l’itinérance, c’est très bien. Mais soyons honnêtes : personne n’a envie de vivre dans un conteneur. C’est certainement mieux que de mourir de froid dans la rue, mais ça reste une solution humiliante. Il faut donc s’inquiéter de la possibilité que cette “solution” perdure dans le temps.

À l’automne 2023, Jean-Pierre Poulin, le président et fondateur de Devcore, annonçait la formation d’une coalition de gens d’affaires pour venir en aide aux itinérants qui vivaient dans des tentes à Gatineau. M. Poulin et ses amis riches ont rassemblé environ 250 000$ pour chauffer les tentes pendant l’hiver. Le geste a été généralement bien accueilli, tant par les bénéficiaires que par les autorités. M. Poulin a alors déclaré que son implication ne serait pas que temporaire. Qu’il y aurait une phase 2: le développement d’un quartier de logements modulaires appelé Village Transition. Le projet, qui devait être une solution temporaire à la crise du logement, est devenu permanent. La ville de Gatineau a prêté un terrain pour 3 ans, puis pour 10 ans avec possibilité de renouvellement. Autrement dit, la Ville profite de cette initiative privée pour se désinvestir de la lutte à l’itinérance et à la crise du logement.

Devcore est une grosse entreprise dont la valeur du parc locatif de quelques 3000 unités de logement est estimée à 500 millions de dollars. Cette entreprise fait partie des causes et des bénéficiaires de la crise du logement. Elle possède notamment 22% du parc immobilier locatif à Sept-Îles, où les loyers ont augmenté de 31% depuis son arrivée.

Le milieu communautaire réclame depuis des années du financement et la construction de logements sociaux. Les deux demandes n’ont jamais été entendues. C’est dans ce contexte qu’arrive le privé avec ses gros sabots.

Officiellement, le projet Transition Québec est un OSBL, ce qui lui permet d’être financé à la fois par le privé, qui profite de déductions d’impôts, et par le public, qui accorde à Transition Québec une partie du budget consacré à la lutte à l’itinérance. Dans les faits, le projet de Village Transition n’est pas un OSBL. Il est financé par des donateurs privés à qui Devcore promet un rendement de 6%. Autrement dit, on offre aux investisseurs de s’enrichir grâce à l’itinérance. Et le tout en profitant triplement des fonds publics: déductions d’impôts pour les financiers du projet, aide financière de l’État et un montant équivalent à 25-30% du chèque d’aide sociale des locataires. Lionel Carmant a contribué financièrement au projet de Devcore avec son budget discrétionnaire de ministre. La Ville de Gatineau a annoncé une contribution de 1.5 millions à l’automne 2024. Pendant ce temps, les organismes communautaires se voient refuser leurs demandes d’augmentation de financement année après année.

Village Transition ne s’adresse pas aux clientèles les plus défavorisées. Devcore impose un code de vie strict, la participation aux tâches communes et l’engagement dans des démarches de réinsertion sociale. Les personnes avec des problèmes de consommation, des troubles de santé mentale ou qui sont simplement incapables de suivre une routine stricte n’y sont pas les bienvenues. Une autre étape franchie dans leur marginalisation: on les refuse même dans les endroits censés les accueillir. Quant aux locataires, ils doivent tolérer les inspections intrusives de l’entreprise. Le 18 janvier 2025, donc en plein hiver, un résident a été expulsé après s’être fait reprocher l’entretien insatisfaisant de son unité. Et les relations publiques voudraient nous faire croire que ce projet est né de la compassion et de l’empathie.

Le Réseau québécois des OSBL d’habitation a relevé de nombreuses infractions à la réglementation. Entre autres, la clôture anti-escalade de plus de 2 mètres contrevient au règlement de zonage qui limite normalement les clôtures à 1.2 mètres. De l’extérieur, on croirait à un camp de concentration davantage qu’à un parc résidentiel.

Photo du camp de conteneurs. Source: The Rover

Devcore profite pleinement du flou juridique qui entoure son projet. Les conteneurs ne sont pas des logements au sens de la loi. Il n’y a pas de relation légale entre propriétaire et locataire. C’est un espace “quasi public”. Le terrain est public, mais l’OSBL est libre de le gérer à sa guise. Ça signifie que les locataires n’ont aucun recours contre l’expulsion, ni contre les abus du propriétaire.

Plus tôt cette semaine, je vous parlais du cas autrichien, qui montrait qu’on pouvait empêcher une pénurie de logements abordables en retirant un maximum de logements du marché, ce qui renforce la concurrence et équilibre les prix. Au Québec, on suit le chemin inverse. Plutôt que de concurrencer le privé, on place même les refuges sur le marché. Pourquoi les gros propriétaires comme Devcore ne pourraient pas réaliser un profit même avec l’itinérance?

À court terme, l’implication du privé dans la gestion de l’itinérance peut sembler répondre à un besoin urgent. À moyen terme, elle encourage le désinvestissement du secteur public, qui peut de cette façon se débarrasser d’un fardeau à son budget. À long terme, l’aide sociale se privatise, réduisant une partie de la population défavorisée dans une nouvelle forme de dépendance et une autre partie dans une misère encore plus abjecte qu’avant. Tout ça au nom de la saine gestion des finances publiques et du droit des riches de s’enrichir toujours plus. Pas étonnant que Lionel Carmant et la CAQ applaudissent.

Merci à Marie-Elaine Guay de m’avoir appris l’existence du Village Transition dans son balado le Temps des Monstres. Merci à Dahlia Namian, Sara Lambert et Emmanuelle Bernheim pour l’article qu’elles ont consacré au sujet.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Devcore et la privatisation de la lutte à l’itinérance
    Pour régler la crise du logement, le ministre Lionel Carmant recommande la construction de logements modulaires. C’est une solution de plus en plus populaire à Gatineau, à Québec et à Montréal notamment. M. Carmant explique que la construction de refuges n’est pas un remède à l’itinérance. Il a entre autres participé financièrement au projet Village Transition de la compagnie Devcore. Mais qu’est-ce que c’est, au juste, un logement modulaire? Selon la définition traditionnelle, les logements
     

Devcore et la privatisation de la lutte à l’itinérance

24 octobre 2025 à 06:29

Pour régler la crise du logement, le ministre Lionel Carmant recommande la construction de logements modulaires. C’est une solution de plus en plus populaire à Gatineau, à Québec et à Montréal notamment. M. Carmant explique que la construction de refuges n’est pas un remède à l’itinérance. Il a entre autres participé financièrement au projet Village Transition de la compagnie Devcore. Mais qu’est-ce que c’est, au juste, un logement modulaire?

Selon la définition traditionnelle, les logements modulaires sont des petits logements fabriqués en usine et transportés par camion. Implantés dans plusieurs pays européens depuis les années 1960, ils ont évolué de façon à devenir plus spacieux et plus confortables de façon à ce qu’on puisse en faire des logements permanents. Dans le contexte québécois actuel, un logement modulaire, c’est un conteneur maritime ou une unité de chantier convertie en habitation.

Photo provenant d’une publication Facebook de la page Transitiôn, 17 octobre 2024

Comme solution temporaire à la crise de l’itinérance, c’est très bien. Mais soyons honnêtes : personne n’a envie de vivre dans un conteneur. C’est certainement mieux que de mourir de froid dans la rue, mais ça reste une solution humiliante. Il faut donc s’inquiéter de la possibilité que cette « solution » perdure dans le temps.

À l’automne 2023, Jean-Pierre Poulin, le président et fondateur de Devcore, annonçait la formation d’une coalition de gens d’affaires pour venir en aide aux itinérants qui vivaient dans des tentes à Gatineau. M. Poulin et ses amis riches ont rassemblé environ 250 000$ pour chauffer les tentes pendant l’hiver. Le geste a été généralement bien accueilli, tant par les bénéficiaires que par les autorités. M. Poulin a alors déclaré que son implication ne serait pas que temporaire. Qu’il y aurait une phase 2: le développement d’un quartier de logements modulaires appelé Village Transition. Le projet, qui devait être une solution temporaire à la crise du logement, est devenu permanent. La ville de Gatineau a prêté un terrain pour 3 ans, puis pour 10 ans avec possibilité de renouvellement. Autrement dit, la Ville profite de cette initiative privée pour se désinvestir de la lutte à l’itinérance et à la crise du logement.

Devcore est une grosse entreprise dont la valeur du parc locatif de quelques 3000 unités de logement est estimée à 500 millions de dollars. Cette entreprise fait partie des causes et des bénéficiaires de la crise du logement. Elle possède notamment 22% du parc immobilier locatif à Sept-Îles, où les loyers ont augmenté de 31% depuis son arrivée.

Le milieu communautaire réclame depuis des années du financement et la construction de logements sociaux. Les deux demandes n’ont jamais été entendues. C’est dans ce contexte qu’arrive le privé avec ses gros sabots.

Officiellement, le projet Transition Québec est un OSBL, ce qui lui permet d’être financé à la fois par le privé, qui profite de déductions d’impôts, et par le public, qui accorde à Transition Québec une partie du budget consacré à la lutte à l’itinérance. Dans les faits, le projet de Village Transition n’est pas un OSBL. Il est financé par des donateurs privés à qui Devcore promet un rendement de 6%. Autrement dit, on offre aux investisseurs de s’enrichir grâce à l’itinérance. Et le tout en profitant triplement des fonds publics: déductions d’impôts pour les financiers du projet, aide financière de l’État et un montant équivalent à 25-30% du chèque d’aide sociale des locataires. Lionel Carmant a contribué financièrement au projet de Devcore avec son budget discrétionnaire de ministre. La Ville de Gatineau a annoncé une contribution de 1.5 millions à l’automne 2024. Pendant ce temps, les organismes communautaires se voient refuser leurs demandes d’augmentation de financement année après année.

Village Transition ne s’adresse pas aux clientèles les plus défavorisées. Devcore impose un code de vie strict, la participation aux tâches communes et l’engagement dans des démarches de réinsertion sociale. Les personnes avec des problèmes de consommation, des troubles de santé mentale ou qui sont simplement incapables de suivre une routine stricte n’y sont pas les bienvenues. Une autre étape franchie dans leur marginalisation: on les refuse même dans les endroits censés les accueillir. Quant aux locataires, ils doivent tolérer les inspections intrusives de l’entreprise. Le 18 janvier 2025, donc en plein hiver, un résident a été expulsé après s’être fait reprocher l’entretien insatisfaisant de son unité. Et les relations publiques voudraient nous faire croire que ce projet est né de la compassion et de l’empathie.

Le Réseau québécois des OSBL d’habitation a relevé de nombreuses infractions à la réglementation. Entre autres, la clôture anti-escalade de plus de 2 mètres contrevient au règlement de zonage qui limite normalement les clôtures à 1.2 mètres. De l’extérieur, on croirait à un camp de concentration davantage qu’à un parc résidentiel.

Photo du camp de conteneurs. Source: The Rover

Devcore profite pleinement du flou juridique qui entoure son projet. Les conteneurs ne sont pas des logements au sens de la loi. Il n’y a pas de relation légale entre propriétaire et locataire. C’est un espace « quasi public ». Le terrain est public, mais l’OSBL est libre de le gérer à sa guise. Ça signifie que les locataires n’ont aucun recours contre l’expulsion, ni contre les abus du propriétaire.

Plus tôt cette semaine, je vous parlais du cas autrichien, qui montrait qu’on pouvait empêcher une pénurie de logements abordables en retirant un maximum de logements du marché, ce qui renforce la concurrence et équilibre les prix. Au Québec, on suit le chemin inverse. Plutôt que de concurrencer le privé, on place même les refuges sur le marché. Pourquoi les gros propriétaires comme Devcore ne pourraient pas réaliser un profit même avec l’itinérance?

À court terme, l’implication du privé dans la gestion de l’itinérance peut sembler répondre à un besoin urgent. À moyen terme, elle encourage le désinvestissement du secteur public, qui peut de cette façon se débarrasser d’un fardeau à son budget. À long terme, l’aide sociale se privatise, réduisant une partie de la population défavorisée dans une nouvelle forme de dépendance et une autre partie dans une misère encore plus abjecte qu’avant. Tout ça au nom de la saine gestion des finances publiques et du droit des riches de s’enrichir toujours plus. Pas étonnant que Lionel Carmant et la CAQ applaudissent.

Merci à Marie-Elaine Guay de m’avoir appris l’existence du Village Transition dans son balado le Temps des Monstres. Merci à Dahlia Namian, Sara Lambert et Emmanuelle Bernheim pour l’article qu’elles ont consacré au sujet.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Pour sortir de la crise du logement: le modèle autrichien
    En 2002, Pierre Desrochers, directeur de la recherche à l’Institut économique de Montréal, publiait un rapport intitulé « Comment résoudre la crise du logement au Québec? » Parce que oui, on parlait déjà de crise du logement à l’époque du gouvernement Bouchard-Landry. En 2001, le taux d’inoccupation des logements était de 0.6 à Montréal et de 0.8 à Québec. Ça explique peut-être pourquoi certains politiciens aimeraient nous faire croire que tout a commencé avec Justin Trudeau. Desrochers critiqua
     

Pour sortir de la crise du logement: le modèle autrichien

22 octobre 2025 à 06:26

En 2002, Pierre Desrochers, directeur de la recherche à l’Institut économique de Montréal, publiait un rapport intitulé « Comment résoudre la crise du logement au Québec? » Parce que oui, on parlait déjà de crise du logement à l’époque du gouvernement Bouchard-Landry. En 2001, le taux d’inoccupation des logements était de 0.6 à Montréal et de 0.8 à Québec. Ça explique peut-être pourquoi certains politiciens aimeraient nous faire croire que tout a commencé avec Justin Trudeau. Desrochers critiquait le manque de vision des gouvernements (fédéral et provincial), qui auraient dû investir davantage davantage dans le logement social et modifier la réglementation du secteur de la construction afin de faciliter les mises en chantier. En 2002. Et je n’ai probablement pas besoin de vous dire que les gouvernements Charest, Marois, Couillard et Legault n’ont pas eu une politique très différente de celle de Bouchard et Landry. Donc non, ce n’est pas « l’immigration massive » qui a provoqué la crise du logement du jour au lendemain. C’est beaucoup plus le manque de volonté politique des gouvernements des 30 dernières années.

En janvier 2024, Territoires innovants en économie sociale et solidaire (TIESS) publiait un rapport comparant la politique québécoise à la politique autrichienne, en particulier la politique viennoise. Je vous présente ici les grandes lignes de ce rapport qui n’ont évidemment pas inspiré la ministre France-Élaine Duranceau ni ses collègues de la CAQ.

En 2024, la population autrichienne était de 9.18 millions d’habitants. À l’heure actuelle, celle du Québec est estimée à 9.11 millions. À titre comparatif, il y a environ 944 000 unités de logement social en Autriche pour 135 000 au Québec. Même population, sept fois plus de logements sociaux.

Il existe deux catégories de logement social en Autriche: les logements municipaux, qui appartiennent à la municipalité et visent les populations les plus vulnérables, et les logements à but non lucratif, qui appartiennent à des particuliers (majoritairement des coopératives) et visent la classe moyenne.

Le coût des loyers des logements à but non lucratif est fixé en fonction des coûts réels de construction, de financement et de gestion des immeubles. Les salaires des employés sont eux aussi fixés par la loi. La loi empêche tout lien entre les fournisseurs de logements et l’industrie de la construction. Finalement, il est interdit de vendre des immeubles de logements à but non lucratif, à moins de les vendre à une autre coopérative ou société de logement à but non lucratif.

La construction de logements à but non lucratif n’est pas une source de dépense pour le gouvernement puisqu’elle est financée non par une subvention, mais par un prêt public à faible taux d’intérêt (1%). Le remboursement du prêt est inclus dans le loyer (donc le loyer diminue une fois le prêt remboursé). Pour réduire le montant des prêts, les coopératives peuvent également exiger une mise de fonds de la part des locataires. Plus celle-ci est importante, moins le loyer est élevé.

« Mais pourquoi est-ce que des gens se lanceraient dans l’immobilier s’ils ne peuvent pas faire de profit!? » Pour la même raison que des gens décident de devenir enseignant, infirmière ou éducatrice: c’est un métier comme un autre et c’est une vocation admirable. Il n’est pas nécessaire d’être riche pour créer une coopérative ou une société de logement à but non lucratif. Il faut simplement avoir une certaine expertise parce que le financement est accordé au terme d’un concours qui sélectionne les meilleurs projets. Le concours permet également de favoriser le développement de la ville de manière durable, inclusive et humaine. Les projets choisis sont ceux qui s’inscrivent le mieux dans le cadre urbain existant.

Les logements à but non lucratif imposent un revenu maximum pour les locataires (présentement fixé à 90 000 euros pour une famille avec deux enfants), mais ils sont accordés à vie, indépendamment des changements dans la situation financière. L’objectif est de favoriser la mixité sociale, de créer une stabilité et un sentiment d’appartenance.

Faut-il préciser que la forte concurrence des nombreux logements à but non lucratif empêche une flambée des prix comme celle que nous avons connue au Québec dans les dernières années?

Évidemment, il est peu probable de voir une telle structure se mettre en place au Québec. D’abord parce que les trois partis politiques s’étant partagé le pouvoir depuis 30 ans n’ont montré aucun enthousiasme à investir dans le logement social malgré les avertissements répétés. Ensuite parce que nous considérons l’habitation d’abord et avant tout comme un investissement privé. Un investissement qui doit rapporter gros.

La CAQ en général et France-Élaine Duranceau en particulier ont tout mis en oeuvre pour assurer que les intérêts des propriétaires priment sur ceux des locataires. Francis Hébert-Bernier de Pivot nous apprenait dernièrement que le ministère de l’Habitation a modifié en catimini la politique de calcul des augmentations de loyer du Tribunal administratif du logement pour que le coût des rénovations puisse désormais être entièrement refilé aux locataires. Bien que les locataires ne retirent rien de l’augmentation de la valeur d’un immeuble, on s’attend à ce qu’ils la financent.

On explique traditionnellement la richesse par le « risque » que courent les capitalistes. Ils gagnent 10, 20, 50, 100 fois plus que leurs employés, mais c’est parce qu’ils risquent leur capital. Dans le cas des propriétaires, Mme Duranceau a fait son possible pour faire disparaître le risque. L’augmentation des taxes municipales, des primes d’assurance, du coût de l’électricité, des frais d’entretien, des dépenses d’exploitation pouvait déjà être refilée aux locataires. Désormais, on ajoute les rénovations. Le droit d’un propriétaire de réaliser un profit considérable peu importe les circonstances est plus grand que le droit d’un locataire de garder un toit au-dessus de sa tête.

L’exemple autrichien montre qu’un modèle différent peut être viable. Encore faut-il être dirigés par des gens qui gouvernent en fonction du bien commun et non en fonction des intérêts d’une poignée de rapaces. Faut-il rappeler que le conseil des ministres de la CAQ est un gouvernement de propriétaires?

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  • Pour sortir de la crise du logement: le modèle autrichien
    En 2002, Pierre Desrochers, directeur de la recherche à l’Institut économique de Montréal, publiait un rapport intitulé “Comment résoudre la crise du logement au Québec?” Parce que oui, on parlait déjà de crise du logement à l’époque du gouvernement Bouchard-Landry. En 2001, le taux d’inoccupation des logements était de 0.6 à Montréal et de 0.8 à Québec. Ça explique peut-être pourquoi certains politiciens aimeraient nous faire croire que tout a commencé avec Justin Trudeau. Desrochers critiquait
     

Pour sortir de la crise du logement: le modèle autrichien

22 octobre 2025 à 06:26

En 2002, Pierre Desrochers, directeur de la recherche à l’Institut économique de Montréal, publiait un rapport intitulé “Comment résoudre la crise du logement au Québec?” Parce que oui, on parlait déjà de crise du logement à l’époque du gouvernement Bouchard-Landry. En 2001, le taux d’inoccupation des logements était de 0.6 à Montréal et de 0.8 à Québec. Ça explique peut-être pourquoi certains politiciens aimeraient nous faire croire que tout a commencé avec Justin Trudeau. Desrochers critiquait le manque de vision des gouvernements (fédéral et provincial), qui auraient dû investir davantage davantage dans le logement social et modifier la réglementation du secteur de la construction afin de faciliter les mises en chantier. En 2002. Et je n’ai probablement pas besoin de vous dire que les gouvernements Charest, Marois, Couillard et Legault n’ont pas eu une politique très différente de celle de Bouchard et Landry. Donc non, ce n’est pas “l’immigration massive” qui a provoqué la crise du logement du jour au lendemain. C’est beaucoup plus le manque de volonté politique des gouvernements des 30 dernières années.

En janvier 2024, Territoires innovants en économie sociale et solidaire (TIESS) publiait un rapport comparant la politique québécoise à la politique autrichienne, en particulier la politique viennoise. Je vous présente ici les grandes lignes de ce rapport qui n’ont évidemment pas inspiré la ministre France-Élaine Duranceau ni ses collègues de la CAQ.

En 2024, la population autrichienne était de 9.18 millions d’habitants. À l’heure actuelle, celle du Québec est estimée à 9.11 millions. À titre comparatif, il y a environ 944 000 unités de logement social en Autriche pour 135 000 au Québec. Même population, sept fois plus de logements sociaux.

Il existe deux catégories de logement social en Autriche: les logements municipaux, qui appartiennent à la municipalité et visent les populations les plus vulnérables, et les logements à but non lucratif, qui appartiennent à des particuliers (majoritairement des coopératives) et visent la classe moyenne.

Le coût des loyers des logements à but non lucratif est fixé en fonction des coûts réels de construction, de financement et de gestion des immeubles. Les salaires des employés sont eux aussi fixés par la loi. La loi empêche tout lien entre les fournisseurs de logements et l’industrie de la construction. Finalement, il est interdit de vendre des immeubles de logements à but non lucratif, à moins de les vendre à une autre coopérative ou société de logement à but non lucratif.

La construction de logements à but non lucratif n’est pas une source de dépense pour le gouvernement puisqu’elle est financée non par une subvention, mais par un prêt public à faible taux d’intérêt (1%). Le remboursement du prêt est inclus dans le loyer (donc le loyer diminue une fois le prêt remboursé). Pour réduire le montant des prêts, les coopératives peuvent également exiger une mise de fonds de la part des locataires. Plus celle-ci est importante, moins le loyer est élevé.

“Mais pourquoi est-ce que des gens se lanceraient dans l’immobilier s’ils ne peuvent pas faire de profit!?” Pour la même raison que des gens décident de devenir enseignant, infirmière ou éducatrice: c’est un métier comme un autre et c’est une vocation admirable. Il n’est pas nécessaire d’être riche pour créer une coopérative ou une société de logement à but non lucratif. Il faut simplement avoir une certaine expertise parce que le financement est accordé au terme d’un concours qui sélectionne les meilleurs projets. Le concours permet également de favoriser le développement de la ville de manière durable, inclusive et humaine. Les projets choisis sont ceux qui s’inscrivent le mieux dans le cadre urbain existant.

Les logements à but non lucratif imposent un revenu maximum pour les locataires (présentement fixé à 90 000 euros pour une famille avec deux enfants), mais ils sont accordés à vie, indépendamment des changements dans la situation financière. L’objectif est de favoriser la mixité sociale, de créer une stabilité et un sentiment d’appartenance.

Faut-il préciser que la forte concurrence des nombreux logements à but non lucratif empêche une flambée des prix comme celle que nous avons connue au Québec dans les dernières années?

Évidemment, il est peu probable de voir une telle structure se mettre en place au Québec. D’abord parce que les trois partis politiques s’étant partagé le pouvoir depuis 30 ans n’ont montré aucun enthousiasme à investir dans le logement social malgré les avertissements répétés. Ensuite parce que nous considérons l’habitation d’abord et avant tout comme un investissement privé. Un investissement qui doit rapporter gros.

La CAQ en général et France-Élaine Duranceau en particulier ont tout mis en oeuvre pour assurer que les intérêts des propriétaires priment sur ceux des locataires. Francis Hébert-Bernier de Pivot nous apprenait dernièrement que le ministère de l’Habitation a modifié en catimini la politique de calcul des augmentations de loyer du Tribunal administratif du logement pour que le coût des rénovations puisse désormais être entièrement refilé aux locataires. Bien que les locataires ne retirent rien de l’augmentation de la valeur d’un immeuble, on s’attend à ce qu’ils la financent.

On explique traditionnellement la richesse par le “risque” que courent les capitalistes. Ils gagnent 10, 20, 50, 100 fois plus que leurs employés, mais c’est parce qu’ils risquent leur capital. Dans le cas des propriétaires, Mme Duranceau a fait son possible pour faire disparaître le risque. L’augmentation des taxes municipales, des primes d’assurance, du coût de l’électricité, des frais d’entretien, des dépenses d’exploitation pouvait déjà être refilée aux locataires. Désormais, on ajoute les rénovations. Le droit d’un propriétaire de réaliser un profit considérable peu importe les circonstances est plus grand que le droit d’un locataire de garder un toit au-dessus de sa tête.

L’exemple autrichien montre qu’un modèle différent peut être viable. Encore faut-il être dirigés par des gens qui gouvernent en fonction du bien commun et non en fonction des intérêts d’une poignée de rapaces. Faut-il rappeler que le conseil des ministres de la CAQ est un gouvernement de propriétaires?

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  • La trumpisation du PQ, partie 2
    Mardi dernier, j’ai publié un texte intitulé « La trumpisation du PQ ». Les réactions ont été très fortes, donc je me suis dit que j’y reviendrais cette semaine pour clarifier ma pensée. Entretemps, les députés péquistes ont publié un texte incendiaire dans lequel ils s’attaquent à la liberté de la presse. Bref, ils en rajoutent une couche. Je n’ai pas pu lire ce texte sans penser au fasciste de la maison blanche. Parce que oui, intimider les médias, qualifier de diffamation, d’idéologie (ou fak
     

La trumpisation du PQ, partie 2

20 octobre 2025 à 07:39

Mardi dernier, j’ai publié un texte intitulé « La trumpisation du PQ ». Les réactions ont été très fortes, donc je me suis dit que j’y reviendrais cette semaine pour clarifier ma pensée. Entretemps, les députés péquistes ont publié un texte incendiaire dans lequel ils s’attaquent à la liberté de la presse. Bref, ils en rajoutent une couche. Je n’ai pas pu lire ce texte sans penser au fasciste de la maison blanche. Parce que oui, intimider les médias, qualifier de diffamation, d’idéologie (ou fake news) et d’anti-Québécois (ou anti-Américain) toute forme de critique et remettre en question la liberté de la presse sont bel et bien des méthodes trumpistes.

Avertissement inutile: Vous voulez me dire que j’ai tort? Très bien. Dites-moi en quoi l’attitude du PQ est raisonnable et respecte les règles de la démocratie et du débat public. Ne vous contentez pas d’écrire « Comparer Plamondon à Trump c’est complètement débile. »

Pour résumer: Régis Labeaume a publié un texte dans lequel il reproche à François Legault et Paul St-Pierre Plamondon d’utiliser l’immigration et la peur de l’islam comme épouvantails pour grapiller des votes et comme boucs-émissaires pour faire oublier les échecs répétés du gouvernement. Les péquistes ne sont pas d’accord. C’est légitime. Seulement, les députés ne se sont pas contentés de répondre aux idées défendues. Ils ont attaqué directement l’auteur et le journal qui a osé publier son texte. On franchit ici une ligne dangereuse.

Comme plusieurs personnes, je crois, j’ai levé les sourcils en lisant cet extrait: « Nous donnons à La Presse jusqu’à demain midi pour nous confirmer la publication de l’intégralité de notre texte ce samedi. Dans l’éventualité d’une réponse négative, nous publierons par d’autres moyens. » D’abord, on se calme. Si le PQ forme le gouvernement, il sera critiqué régulièrement dans tous les médias. Le gouvernement va-t-il réclamer un droit de réplique à chaque fois? Ensuite, qu’est-ce que c’est que cet ultimatum public? Le PQ voulait faire une démonstration de force? Montrer qu’il avait obligé la Presse à lui donner un droit de parole? Finalement, j’ai accroché sur le « ce samedi ». À quel point les péquistes croient-ils que les médias sont à leur service pour croire qu’ils peuvent imposer leurs exigences?

La Presse a refusé de publier l’INTÉGRALITÉ de la lettre. Ils ont exigé que le PQ retire les passages accusant Labeaume et le journal de diffamation, ce qui est normal. La diffamation étant un acte passible de poursuite, on ne peut pas exiger d’un journal qu’il s’incrimine. Plutôt que de modifier leur texte, les péquistes ont préféré poser en victimes et se plaindre de censure.

Ce paragraphe est particulièrement inquiétant: « Notre message est que la multiplication des chroniqueurs d’opinion au détriment du journalisme, combinée à un mépris des faits dans le cadre d’une idéologie marquée par le signalement de sa propre vertu et un sentiment de supériorité morale, constitue une posture « irresponsable et dangereuse pour la cohésion sociale au Québec » sur laquelle nous devrions nous pencher collectivement. »

Si les six péquistes s’étaient contentés de critiquer la prépondérance de l’opinion au détriment du journalisme, je n’aurais pu qu’être d’accord. Je fais le même constat et je considère moi aussi que c’est problématique. Malheureusement, il a fallu qu’ils ajoutent « dans le cadre d’une idéologie marquée par le signalement de sa propre vertu et un sentiment de supériorité morale ». On comprend que les péquistes ne font pas référence ici aux chroniqueurs de Radio X ou de Québecor. On accuse rarement Mathieu Bock-Côté, Richard Martineau ou Dominic Maurais de « signalement de vertu » ou de « supériorité morale ». Cette accusation vise uniquement les chroniqueurs et commentateurs qui osent critiquer le Parti québécois depuis sa gauche.

Remarquez l’emploi constant du mot « idéologie » dans le discours du chef du PQ. Le fait de présenter sa position comme étant la seule qui soit rationnelle n’a rien de nouveau en politique. Qualifier d' »idéologie » les positions de l’adversaire est un geste en soi banal, bien que malhonnête. Le conservatisme identitaire et le capitalisme défendus par le PQ ne sont pas moins idéologiques que l’interculturalisme ou le progressisme économique.

Là où cette tactique devient pernicieuse, c’est lorsqu’on présente la pensée de l’adversaire comme nocive, voire dangereuse pour la « nation ». C’est ce que fait M. Plamondon lorsqu’il accuse la « gauche radicale », les « wokes » et désormais les « vertueux » d’être une menace pour la démocratie et qu’il y associe tous ses critiques. En janvier, au balado Frenchcast, il parlait de purger les universités du wokisme, parce que c’est une idéologie et donc incompatible avec la science. Cette proposition de censure, parce que c’est bien ce dont il s’agit, était alors présentée comme une « réappropriation démocratique du contenu en éducation ». Le poids de la majorité derrière lui, le PQ chasserait ses adversaires des universités ou du moins déterminerait ce qu’ils ont le droit d’enseigner.

D’ailleurs, les six péquistes poursuivent dans l’anti-intellectualisme lorsqu’ils affirment que « toutes les données et les études sérieuses démontrent que l’augmentation subite de l’immigration, largement imposée par le fédéral sans consulter le Québec, est la cause prépondérante de la crise du logement, du français et des services publics ». Études sérieuses. Lire ici: les études qui confirment nos thèses. Le PQ a présenté sa « bibliographie ». Pour résumer, on y retrouvait des publications de la plupart des banques, des articles parus dans l’Actualité et le Journal de Montréal… et une déclaration de Pierre Poilievre sur le site du Parti conservateur du Canada. « Les conservateurs batissent des logements, les libéraux créent de la bureaucratie. » Remarquez, si le PQ considère le PCC comme une référence « sérieuse » sur la crise du logement, ça explique bien des choses.

Ne cherchez pas une seule source universitaire dans cette « bibliographie ». Et ce n’est pas parce qu’aucun universitaire québécois ne s’est penché sur la crise du logement. Seulement, les recherches universitaires n’arrivent pas à des conclusions aussi simplistes que celles du PQ, qui veut que la crise du logement ait été causée uniquement par les politiques d’immigration du gouvernement Trudeau. Les universitaires, ces idéologues wokes, sont donc ignorés. Les banques sont plus objectives.

Dans la publication de vendredi, les députés péquistes laissent entendre qu’ils vont traiter les médias comme les universités, c’est-à-dire qu’ils vont chercher à en purger les « idéologues ». C’est ce que je comprends quand on propose de « nous pencher collectivement » sur la présence de ces chroniqueurs « vertueux » qui déplaisent tant à M. Plamondon et ses collègues. Vous n’êtes pas d’accord? Très bien. Dites-moi comment vous interprétez le paragraphe en question.

Finalement, notons le populisme vaseux qui consiste à se confondre avec le peuple: « Elle envoie également un signal de mépris envers une majorité de Québécois qui ont des préoccupations légitimes sur ces questions. » Évidemment. Critiquer les tactiques électorales de Legault et Plamondon, c’est mépriser la majorité, rien de moins.

Selon le PQ, la Presse n’aurait pas dû accepter de publier le texte de Labeaume, qui serait « diffamatoire »: « À ce titre, un média comme La Presse a la responsabilité de s’assurer que des textes fortement chargés, comme celui de monsieur Labeaume correspondent à des faits et des arguments et non à des procès d’intention et des épithètes diffamatoires. (…) En publiant ce texte, La Presse a failli à cette responsabilité vis-à-vis du climat social et de la rigueur. »

J’essaie de comprendre où se trace la ligne. Quand PSPP impute gratuitement la crise du logement aux politiques d’immigration du gouvernement Trudeau, il ne nuit pas à la paix sociale et ce n’est pas de la diffamation. Mais quand Régis Labeaume réplique que la crise du logement est causée par bien d’autres facteurs et qu’il accuse Legault et PSPP de nuire au climat social avec leur discours sur l’immigration, c’est de la diffamation et ça nuit à la paix sociale. Et les députés péquistes voudraient que ce genre de texte soit interdit (ou refusé par les journaux, ce qui revient au même). Le deux poids, deux mesures est flagrant. L’an dernier, PSPP dénonçait le wokisme, la censure et la culture de la cancellation. Aujourd’hui, il demande à la Presse de ne pas publier des textes qui le prennent à parti parce que ça conduit à « la haine envers les élus » et à la « polarisation ». Est-ce que ce n’est pas exactement ce qu’il reproche aux wokes? De vouloir faire taire les voix dissidentes parce qu’ils jugent leurs propos nocifs?

C’est curieux que les seuls chroniqueurs et commentateurs qui dérangent les péquistes soient ceux qui les critiquent. Le PQ se satisfaisait bien des chroniques d’opinion basées sur du pur sentiment pendant le débat sur la charte des valeurs. Quand avez-vous entendu les péquistes critiquer les chroniqueurs qui s’acharnent sur les femmes voilées ou sur les personnes trans? À croire que la liberté de presse permet de s’attaquer aux groupes minoritaires et marginaux, mais critiquer les politiciens est un pas à ne pas franchir. C’est une drôle de démocratie qu’on nous propose.

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  • La trumpisation du PQ, partie 2
    Mardi dernier, j’ai publié un texte intitulé “La trumpisation du PQ”. Les réactions ont été très fortes, donc je me suis dit que j’y reviendrais cette semaine pour clarifier ma pensée. Entretemps, les députés péquistes ont publié un texte incendiaire dans lequel ils s’attaquent à la liberté de la presse. Bref, ils en rajoutent une couche. Je n’ai pas pu lire ce texte sans penser au fasciste de la maison blanche. Parce que oui, intimider les médias, qualifier de diffamation, d’idéologie (ou fake
     

La trumpisation du PQ, partie 2

20 octobre 2025 à 07:39

Mardi dernier, j’ai publié un texte intitulé “La trumpisation du PQ”. Les réactions ont été très fortes, donc je me suis dit que j’y reviendrais cette semaine pour clarifier ma pensée. Entretemps, les députés péquistes ont publié un texte incendiaire dans lequel ils s’attaquent à la liberté de la presse. Bref, ils en rajoutent une couche. Je n’ai pas pu lire ce texte sans penser au fasciste de la maison blanche. Parce que oui, intimider les médias, qualifier de diffamation, d’idéologie (ou fake news) et d’anti-Québécois (ou anti-Américain) toute forme de critique et remettre en question la liberté de la presse sont bel et bien des méthodes trumpistes.

Avertissement inutile: Vous voulez me dire que j’ai tort? Très bien. Dites-moi en quoi l’attitude du PQ est raisonnable et respecte les règles de la démocratie et du débat public. Ne vous contentez pas d’écrire “Comparer Plamondon à Trump c’est complètement débile.”

Pour résumer: Régis Labeaume a publié un texte dans lequel il reproche à François Legault et Paul St-Pierre Plamondon d’utiliser l’immigration et la peur de l’islam comme épouvantails pour grapiller des votes et comme boucs-émissaires pour faire oublier les échecs répétés du gouvernement. Les péquistes ne sont pas d’accord. C’est légitime. Seulement, les députés ne se sont pas contentés de répondre aux idées défendues. Ils ont attaqué directement l’auteur et le journal qui a osé publier son texte. On franchit ici une ligne dangereuse.

Comme plusieurs personnes, je crois, j’ai levé les sourcils en lisant cet extrait: “Nous donnons à La Presse jusqu’à demain midi pour nous confirmer la publication de l’intégralité de notre texte ce samedi. Dans l’éventualité d’une réponse négative, nous publierons par d’autres moyens.” D’abord, on se calme. Si le PQ forme le gouvernement, il sera critiqué régulièrement dans tous les médias. Le gouvernement va-t-il réclamer un droit de réplique à chaque fois? Ensuite, qu’est-ce que c’est que cet ultimatum public? Le PQ voulait faire une démonstration de force? Montrer qu’il avait obligé la Presse à lui donner un droit de parole? Finalement, j’ai accroché sur le “ce samedi”. À quel point les péquistes croient-ils que les médias sont à leur service pour croire qu’ils peuvent imposer leurs exigences?

La Presse a refusé de publier l’INTÉGRALITÉ de la lettre. Ils ont exigé que le PQ retire les passages accusant Labeaume et le journal de diffamation, ce qui est normal. La diffamation étant un acte passible de poursuite, on ne peut pas exiger d’un journal qu’il s’incrimine. Plutôt que de modifier leur texte, les péquistes ont préféré poser en victimes et se plaindre de censure.

Ce paragraphe est particulièrement inquiétant: “Notre message est que la multiplication des chroniqueurs d’opinion au détriment du journalisme, combinée à un mépris des faits dans le cadre d’une idéologie marquée par le signalement de sa propre vertu et un sentiment de supériorité morale, constitue une posture « irresponsable et dangereuse pour la cohésion sociale au Québec » sur laquelle nous devrions nous pencher collectivement.”

Si les six péquistes s’étaient contentés de critiquer la prépondérance de l’opinion au détriment du journalisme, je n’aurais pu qu’être d’accord. Je fais le même constat et je considère moi aussi que c’est problématique. Malheureusement, il a fallu qu’ils ajoutent “dans le cadre d’une idéologie marquée par le signalement de sa propre vertu et un sentiment de supériorité morale”. On comprend que les péquistes ne font pas référence ici aux chroniqueurs de Radio X ou de Québecor. On accuse rarement Mathieu Bock-Côté, Richard Martineau ou Dominic Maurais de “signalement de vertu” ou de “supériorité morale”. Cette accusation vise uniquement les chroniqueurs et commentateurs qui osent critiquer le Parti québécois depuis sa gauche.

Remarquez l’emploi constant du mot “idéologie” dans le discours du chef du PQ. Le fait de présenter sa position comme étant la seule qui soit rationnelle n’a rien de nouveau en politique. Qualifier d'”idéologie” les positions de l’adversaire est un geste en soi banal, bien que malhonnête. Le conservatisme identitaire et le capitalisme défendus par le PQ ne sont pas moins idéologiques que l’interculturalisme ou le progressisme économique.

Là où cette tactique devient pernicieuse, c’est lorsqu’on présente la pensée de l’adversaire comme nocive, voire dangereuse pour la “nation”. C’est ce que fait M. Plamondon lorsqu’il accuse la “gauche radicale”, les “wokes” et désormais les “vertueux” d’être une menace pour la démocratie et qu’il y associe tous ses critiques. En janvier, au balado Frenchcast, il parlait de purger les universités du wokisme, parce que c’est une idéologie et donc incompatible avec la science. Cette proposition de censure, parce que c’est bien ce dont il s’agit, était alors présentée comme une “réappropriation démocratique du contenu en éducation”. Le poids de la majorité derrière lui, le PQ chasserait ses adversaires des universités ou du moins déterminerait ce qu’ils ont le droit d’enseigner.

D’ailleurs, les six péquistes poursuivent dans l’anti-intellectualisme lorsqu’ils affirment que “toutes les données et les études sérieuses démontrent que l’augmentation subite de l’immigration, largement imposée par le fédéral sans consulter le Québec, est la cause prépondérante de la crise du logement, du français et des services publics”. Études sérieuses. Lire ici: les études qui confirment nos thèses. Le PQ a présenté sa “bibliographie”. Pour résumer, on y retrouvait des publications de la plupart des banques, des articles parus dans l’Actualité et le Journal de Montréal… et une déclaration de Pierre Poilievre sur le site du Parti conservateur du Canada. “Les conservateurs batissent des logements, les libéraux créent de la bureaucratie.” Remarquez, si le PQ considère le PCC comme une référence “sérieuse” sur la crise du logement, ça explique bien des choses.

Ne cherchez pas une seule source universitaire dans cette “bibliographie”. Et ce n’est pas parce qu’aucun universitaire québécois ne s’est penché sur la crise du logement. Seulement, les recherches universitaires n’arrivent pas à des conclusions aussi simplistes que celles du PQ, qui veut que la crise du logement ait été causée uniquement par les politiques d’immigration du gouvernement Trudeau. Les universitaires, ces idéologues wokes, sont donc ignorés. Les banques sont plus objectives.

Dans la publication de vendredi, les députés péquistes laissent entendre qu’ils vont traiter les médias comme les universités, c’est-à-dire qu’ils vont chercher à en purger les “idéologues”. C’est ce que je comprends quand on propose de “nous pencher collectivement” sur la présence de ces chroniqueurs “vertueux” qui déplaisent tant à M. Plamondon et ses collègues. Vous n’êtes pas d’accord? Très bien. Dites-moi comment vous interprétez le paragraphe en question.

Finalement, notons le populisme vaseux qui consiste à se confondre avec le peuple: “Elle envoie également un signal de mépris envers une majorité de Québécois qui ont des préoccupations légitimes sur ces questions.” Évidemment. Critiquer les tactiques électorales de Legault et Plamondon, c’est mépriser la majorité, rien de moins.

Selon le PQ, la Presse n’aurait pas dû accepter de publier le texte de Labeaume, qui serait “diffamatoire”: “À ce titre, un média comme La Presse a la responsabilité de s’assurer que des textes fortement chargés, comme celui de monsieur Labeaume correspondent à des faits et des arguments et non à des procès d’intention et des épithètes diffamatoires. (…) En publiant ce texte, La Presse a failli à cette responsabilité vis-à-vis du climat social et de la rigueur.”

J’essaie de comprendre où se trace la ligne. Quand PSPP impute gratuitement la crise du logement aux politiques d’immigration du gouvernement Trudeau, il ne nuit pas à la paix sociale et ce n’est pas de la diffamation. Mais quand Régis Labeaume réplique que la crise du logement est causée par bien d’autres facteurs et qu’il accuse Legault et PSPP de nuire au climat social avec leur discours sur l’immigration, c’est de la diffamation et ça nuit à la paix sociale. Et les députés péquistes voudraient que ce genre de texte soit interdit (ou refusé par les journaux, ce qui revient au même). Le deux poids, deux mesures est flagrant. L’an dernier, PSPP dénonçait le wokisme, la censure et la culture de la cancellation. Aujourd’hui, il demande à la Presse de ne pas publier des textes qui le prennent à parti parce que ça conduit à “la haine envers les élus” et à la “polarisation”. Est-ce que ce n’est pas exactement ce qu’il reproche aux wokes? De vouloir faire taire les voix dissidentes parce qu’ils jugent leurs propos nocifs?

C’est curieux que les seuls chroniqueurs et commentateurs qui dérangent les péquistes soient ceux qui les critiquent. Le PQ se satisfaisait bien des chroniques d’opinion basées sur du pur sentiment pendant le débat sur la charte des valeurs. Quand avez-vous entendu les péquistes critiquer les chroniqueurs qui s’acharnent sur les femmes voilées ou sur les personnes trans? À croire que la liberté de presse permet de s’attaquer aux groupes minoritaires et marginaux, mais critiquer les politiciens est un pas à ne pas franchir. C’est une drôle de démocratie qu’on nous propose.

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  • Look Around
    Earlier this week, Alvaro Bedoya published a story-forward account of his experience as an FTC commissioner in the US. It's the kind of story that makes an ethnographer swoon. Through his accounting, he demonstrates how his perspective on politics changed by talking with people around the country. His experience this role upended his understanding of why American people are struggling - and why they are making the political choices that they make. His accounting reminds me so much of my experien
     

Look Around

18 octobre 2025 à 09:46
Look Around

Earlier this week, Alvaro Bedoya published a story-forward account of his experience as an FTC commissioner in the US. It's the kind of story that makes an ethnographer swoon. Through his accounting, he demonstrates how his perspective on politics changed by talking with people around the country. His experience this role upended his understanding of why American people are struggling - and why they are making the political choices that they make.

His accounting reminds me so much of my experience talking with teenagers all over the US. What powerful voices think about the problems in the world often look different from a different perspective. In my case, I was grappling with how teens' understanding of their struggles, desires, and goals looked different from adults' anxieties. In Alvaro's case, he came to realize that the DC narratives animating "left" and "right" don't make sense on the ground as people struggle with the economic realities of the present. Put simply, he shows why grappling with the political economy matters. (And he makes it very clear how corporate greed and oligarchic power have shaped political views.)

Today is the second large-scale "No Kings" protest. That message is super important. But to understand why so many people elect - and continue to support - authoritarian leaders, we need to appreciate how the political economy configures the public in ways that are genuinely painful. Alvaro did the work to see that. His story is powerful so please read it. But it also on all of us to learn to see what life looks like to people in our world. To appreciate the struggles others are facing. To understand why they feel trapped. Because when we do overthrow our kings - which we will because we must - we need to have a positive vision on the other side. And that has to start with addressing the oppressive configuration of money and power that so many people are experiencing every day.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • La trumpisation du Parti québécois
    Nous avons toutes les raisons de nous inquiéter de la pénétration des politiques trumpistes au Canada. Pierre Poilievre et le Parti conservateur du Canada ne se gênent pas pour employer exactement les mêmes stratégies. Éric Duhaime et le Parti conservateur du Québec se le permettent également. À l’exception des conservateurs eux-mêmes, je pense que peu de gens contesteraient cette affirmation. La trumpisation que j’observe, mais dont on parle moins, est celle du Parti québécois sous Paul St-P
     

La trumpisation du Parti québécois

14 octobre 2025 à 06:51

Nous avons toutes les raisons de nous inquiéter de la pénétration des politiques trumpistes au Canada. Pierre Poilievre et le Parti conservateur du Canada ne se gênent pas pour employer exactement les mêmes stratégies. Éric Duhaime et le Parti conservateur du Québec se le permettent également. À l’exception des conservateurs eux-mêmes, je pense que peu de gens contesteraient cette affirmation.

La trumpisation que j’observe, mais dont on parle moins, est celle du Parti québécois sous Paul St-Pierre Plamondon. Plus le temps passe, plus je lui découvre des stratégies communes avec le fasciste de la maison blanche.

Avertissement inutile: Comparer deux personnes ne signifie pas qu’on les considère identiques. Je peux considérer que Paul St-Pierre Plamondon s’inspire du manuel de Donald Trump sans croire qu’il rêve d’envoyer l’armée dans les villes gouvernées par ses adversaires. J’ai écrit « avertissement inutile » parce que les péespépistes ont probablement déjà commencé à écrire que ma comparaison est absurde avant même de lire ce paragraphe.

La complaisance envers l’extrême droite
Invité à résumer la position du Parti québécois sur l’échiquier politique au balado de Derek Fildebrandt, Plamondon a commencé en disant qu’il est « anti-radical left ». Le chef du PQ place donc l’opposition à la « gauche radicale » au centre de son idéologie. En revanche, il se désintéresse de la droite radicale, bien que celle-ci soit présente à l’intérieur de son propre parti. En novembre 2024, un reportage d’Étienne Fortin-Gauthier a montré les accointances entre le Parti québécois, le Bloc québécois et le regroupement d’extrême droite « Nouvelle alliance ». J’attends encore une seule intervention de Plamondon qui condamnerait la droite radicale avec autant de coeur que lorsqu’il condamne la gauche radicale. On ne l’entend pas non plus critiquer le masculinisme, dont « l’entrisme » dans nos écoles est pourtant bien mieux documenté que celui de l’islamisme. Je ne dis pas que Plamondon est d’extrême droite. Je dis qu’il semble craindre de s’aliéner le vote de l’extrême droite. Il n’a évidemment pas la même crainte pour la gauche radicale, qui ne vote déjà pas pour lui.

La fabrication d’un ennemi imaginaire
Le 28 mars 2023, Paul St-Pierre Plamondon a convoqué les journalistes à un point de presse pour se plaindre d' »une frange de gauche radicale, qui occupe beaucoup d’espace, même médiatiquement », « des gens qui se présentent comme des experts », qui auraient qualifié les péquistes d’extrême droite en raison de leurs demandes répétées de fermer le chemin Roxham. Aux journalistes qui lui demandaient des noms, Plamondon a refusé de citer un seul exemple. « C’est vous qui êtes journaliste. » Situation absurde, mais qui annonçait la suite des choses, puisque Plamondon se plaint constamment de cette « gauche radicale ».

En novembre 2024, Plamondon a fait plusieurs sorties contre le « wokisme ». Invité par Guy A. Lepage à définir le wokisme, il a répondu carrément que « C’est pas tant la définition du wokisme qui importe ». Bonne stratégie. Moins on définit l’épouvantail contre lequel on se bat, plus on peut l’associer à n’importe qui et plus on charme ceux qui comprennent que l’épouvantail est l’ennemi à abattre. Maurice Duplessis a passé sa vie à lutter contre le communisme, mais ne s’est jamais donné la peine d’en donner une définition.

On sait que Québec solidaire fait partie de cette gauche radicale woke impossible à définir. Elle englobe également « certains universitaires », « certains chroniqueurs », « certains militants »… De façon générale, elle semble inclure toute personne critiquant Plamondon à l’exception de la CAQ, du PLQ et du PCQ. Plamondon se présente donc comme le rempart contre un ennemi à la fois tout-puissant et insaisissable.

L’intolérance aux critiques, en particulier celles des médias
Paul St-Pierre Plamondon s’est bâti la réputation d’être « soupe au lait » ou d’avoir « la mèche courte » pour reprendre l’expression de Yasmine Abdelfadel. Il reproche aux chroniqueurs qui le critiquent leurs « procédés intellectuels fallacieux », « procédés intellectuels douteux », « déformations de propos », « accusations grossières », « procès d’intention »… Des reproches qu’il a notamment adressés à Rima Elkouri, Yasmine Abdelfade, Antoine Robitaille, Thomas Mulcair, Marie-Ève Doyon et Paul Journet. Comme s’il était absolument impossible d’être en désaccord avec ses positions sans être malhonnête.

Dernièrement, Pascal Bérubé a déposé une plainte à l’ombudsman de Radio-Canada pour des propos « inacceptables » tenus par Rachel Chagnon lors de l’émission Tout peut arriver du 27 septembre 2025. Pour rappel, Mme Chagnon a accusé le Parti québécois de viser l’homogénéité dans les classes avec ses nouvelles propositions en matière de « laïcité ». Elle termine sa phrase par « et pourquoi pas tous blonds aux yeux bleus? » Dans les jours qui ont suivi, Plamondon s’est plaint d’avoir été accusé de racisme.

Pascal Bérubé fait de la politique depuis assez longtemps pour savoir que sa plainte n’aura aucune conséquence. Il sait comme moi quelle sera la réponse de l’ombudsman: « Ces opinions ne sont pas celles de Radio-Canada : elles appartiennent aux personnes qui les expriment. » Combien de fois Justin Trudeau et François Legault ont-ils été accusés de fascisme pendant la pandémie? Je ne crois pas que leur bureau respectif se soit plaint à chaque fois. S’ils l’ont fait, ça n’a visiblement rien changé. Le but d’une plainte comme celle de Bérubé est simplement d’intimider. Que les personnes qui s’expriment dans les médias craignent les conséquences de s’attaquer au Parti québécois.

Même tactique lorsque Jean-François Lisée porte plainte au collège des médecins contre la psychiatre Marie-Eve Cotton. Nous avons eu des médecins députés, ministres et premiers ministres. Pensez-vous que le collège va sanctionner une médecin parce qu’elle critique le chef de la troisième opposition? L’objectif est encore une fois ici d’intimider.

À l’intérieur du parti, aucun chef péquiste n’a été plus difficile à critiquer que Plamondon. Le dernier officier du PQ à avoir osé remettre sa politique en question a été expulsé de la commission politique. Même des péquistes de longue date comme Louise Harel et Pierre Céré peuvent être associés à la « gauche radicale » pour avoir osé contredire le chef.

Le pompier pyromane
Depuis trois ans, Paul St-Pierre Plamondon pointe l’immigration comme explication universelle aux problèmes du Québec. L’immigration a selon lui causé le déclin du français, la crise du logement, la pénurie d’enseignants, la crise des services, la résurgence de l’homophobie, la hausse de la criminalité chez les jeunes, la baisse du taux de natalité, la stagnation du produit intérieur brut… Le chef du PQ aime pointer l’Europe du doigt, en dépeindre un portrait catastrophique et nous prévenir que c’est ce qui nous attend. En l’écoutant, on imagine des villes européennes où des quartiers entiers sont contrôlés par de le crime organisé et/ou par des islamistes.

Et le plus drôle, c’est que Plamondon accuse aussi l’immigration de… dégrader le climat social. Et de favoriser la montée de l’extrême droite. Bien entendu que si on répète constamment à la population que tous les problèmes sont provoqués par l’immigration, il se pourrait que des gens deviennent plus hostiles à l’endroit des immigrants et se rapprochent des groupes les plus agressivement xénophobes.

De la même façon, le PQ est en train de convaincre ses électeurs qu’il est urgent d’empêcher les élèves du primaire de porter des signes religieux. J’ignorais que c’était une préoccupation. On n’avait littéralement jamais entendu parler de ce « problème » avant que le PQ le fabrique de toute pièce. Mais Plamondon se présente comme un démocrate. Il ne fait qu’adresser les préoccupations des gens. Et lorsqu’il sera premier ministre, il va régler le problème qu’il a lui-même nourri. Bref, le pompier pyromane.

Consulter la liste des déclarations problématiques de Plamondon sur l’immigration.

L’hostilité à la diversité de genre
À l’automne 2023, Paul St-Pierre Plamondon associait les pronoms non-binaires et les toilettes mixtes à « l’idéologie de la gauche radicale ». En février 2025, le Parti québécois a été le seul parti à ne pas appuyer une motion dénonçant la montée de l’homophobie. L’actuelle députée de Terrebonne, Catherine Gentilcore, reproche au programme d’éducation à la sexualité d’être « fondé sur la théorie du genre ». Et comme la CAQ, le PQ s’oppose à l’écriture inclusive. Du populisme pur et simple, sans égard pour la haine qu’il peut engendrer.

Une lettre ouverte de Catherine Gentilcore, députée de Terrebonne, a dû être corrigée par La Presse (2 décembre 2024) parce qu’elle contenait une information mensongère sur le nouveau programme d’éducation à la sexualité, laissant entendre qu’on recommanderait aux enseignants d’apprendre aux enfants d’âge préscolaire que leur genre leur a été attribué par la société. C’est faux. Mais la lettre, qui a été lue par des milliers de personnes avant d’être corrigée, a bien transmis son message: « l’idéologie du genre » est à l’assaut de notre système d’éducation.

Lorsqu’il a commenté la triste polémique de « Mx Martine », cette enseignante non-binaire de Montérégie, Paul St-Pierre Plamondon est sombré dans la démagogie la plus totale, accusant la « gauche radicale » de vouloir « imposer (de nouveaux pronoms) dans le système d’éducation sans débat préalable sur le plan démocratique ». On parlait toujours bien d’une seule enseignante qui avait demandé à ses élèves de l’appeler Mx. Comment est-elle devenue une agente de cette infâme « gauche radicale »? Un tel discours a tout pour susciter la haine envers les personnes trans et non-binaires, faisant écho à l’imaginaire « lobby trans » dénoncé par les militants transphobes.

L’anti-intellectualisme
Les États-Unis n’ont jamais eu un président aussi hostile aux universités que Donald Trump. Les chercheurs qui ne lui disent pas ce qu’il veut entendre (ils sont nombreux puisque Trump n’aime pas la vérité) sont classés au rang d’ennemis de l’État et sont les cibles de toutes sortes de sanctions. Et on connaît l’hostilité des trumpistes pour le « wokisme » ou encore les mesures d’égalité, diversité et inclusion (EDI).

À une plus petite échelle, Paul St-Pierre Plamondon n’est pas très différent. Peu importe le nombre de recherches reconnaissant le racisme systémique ou vantant les bienfaits de l’EDI, du féminisme intersectionnel, de l’écriture inclusive, le chef du PQ les discrédite d’emblée parce qu’elles ne confirment pas ses propres biais. Il qualifie de « militants », d' »idéologues » et même de « charlatans » les chercheurs et professeurs d’université dont les recherches le contredisent.

En janvier, Plamondon était au balado Frenchcast dans lequel il a promis que son gouvernement allait « se réapproprier démocratiquement le contenu en éducation ». Il explique: « Je vais revendiquer le mécanisme de commission parlementaire avec des experts, mais des citoyens et des gens qui représentent des citoyens, pour que le débat ne soit pas le monopole “ d’experts ” qui sont en fait, parfois, des idéologues. » Faut-il comprendre qu’un gouvernement péquiste va décider de ce qu’il est convenable d’enseigner ou non à l’université, non pas en fonction de l’état de la recherche, mais en fonction de ses propres positions? Il n’y a rien de « démocratique » dans le fait de censurer des professeurs ou des chercheurs parce que leurs recherches ne flattent pas le gouvernement et son électorat dans le sens du poil.

Conclusion
Je n’hésite pas à affirmer que Paul St-Pierre Plamondon a copié plusieurs pages du manuel du fasciste de la Maison-Blanche. Et c’est inquiétant. Le trumpisme est une menace pour la démocratie, peu importe qui le met en place. Le Canada a évité le pire (au moins temporairement) en refusant de donner les clefs du pouvoir à Pierre Poilievre en avril. J’espère que le Québec saura en faire autant l’an prochain.

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    Nous avons toutes les raisons de nous inquiéter de la pénétration des politiques trumpistes au Canada. Pierre Poilievre et le Parti conservateur du Canada ne se gênent pas pour employer exactement les mêmes stratégies. Éric Duhaime et le Parti conservateur du Québec se le permettent également. À l’exception des conservateurs eux-mêmes, je pense que peu de gens contesteraient cette affirmation. La trumpisation que j’observe, mais dont on parle moins, est celle du Parti québécois sous Paul St-P
     

La trumpisation du Parti québécois

14 octobre 2025 à 06:51

Nous avons toutes les raisons de nous inquiéter de la pénétration des politiques trumpistes au Canada. Pierre Poilievre et le Parti conservateur du Canada ne se gênent pas pour employer exactement les mêmes stratégies. Éric Duhaime et le Parti conservateur du Québec se le permettent également. À l’exception des conservateurs eux-mêmes, je pense que peu de gens contesteraient cette affirmation.

La trumpisation que j’observe, mais dont on parle moins, est celle du Parti québécois sous Paul St-Pierre Plamondon. Plus le temps passe, plus je lui découvre des stratégies communes avec le fasciste de la maison blanche.

Avertissement inutile: Comparer deux personnes ne signifie pas qu’on les considère identiques. Je peux considérer que Paul St-Pierre Plamondon s’inspire du manuel de Donald Trump sans croire qu’il rêve d’envoyer l’armée dans les villes gouvernées par ses adversaires. J’ai écrit “avertissement inutile” parce que les péespépistes ont probablement déjà commencé à écrire que ma comparaison est absurde avant même de lire ce paragraphe.

La complaisance envers l’extrême droite
Invité à résumer la position du Parti québécois sur l’échiquier politique au balado de Derek Fildebrandt, Plamondon a commencé en disant qu’il est “anti-radical left”. Le chef du PQ place donc l’opposition à la “gauche radicale” au centre de son idéologie. En revanche, il se désintéresse de la droite radicale, bien que celle-ci soit présente à l’intérieur de son propre parti. En novembre 2024, un reportage d’Étienne Fortin-Gauthier a montré les accointances entre le Parti québécois, le Bloc québécois et le regroupement d’extrême droite “Nouvelle alliance”. J’attends encore une seule intervention de Plamondon qui condamnerait la droite radicale avec autant de coeur que lorsqu’il condamne la gauche radicale. On ne l’entend pas non plus critiquer le masculinisme, dont “l’entrisme” dans nos écoles est pourtant bien mieux documenté que celui de l’islamisme. Je ne dis pas que Plamondon est d’extrême droite. Je dis qu’il semble craindre de s’aliéner le vote de l’extrême droite. Il n’a évidemment pas la même crainte pour la gauche radicale, qui ne vote déjà pas pour lui.

La fabrication d’un ennemi imaginaire
Le 28 mars 2023, Paul St-Pierre Plamondon a convoqué les journalistes à un point de presse pour se plaindre d'”une frange de gauche radicale, qui occupe beaucoup d’espace, même médiatiquement”, “des gens qui se présentent comme des experts”, qui auraient qualifié les péquistes d’extrême droite en raison de leurs demandes répétées de fermer le chemin Roxham. Aux journalistes qui lui demandaient des noms, Plamondon a refusé de citer un seul exemple. “C’est vous qui êtes journaliste.” Situation absurde, mais qui annonçait la suite des choses, puisque Plamondon se plaint constamment de cette “gauche radicale”.

En novembre 2024, Plamondon a fait plusieurs sorties contre le “wokisme”. Invité par Guy A. Lepage à définir le wokisme, il a répondu carrément que “C’est pas tant la définition du wokisme qui importe”. Bonne stratégie. Moins on définit l’épouvantail contre lequel on se bat, plus on peut l’associer à n’importe qui et plus on charme ceux qui comprennent que l’épouvantail est l’ennemi à abattre. Maurice Duplessis a passé sa vie à lutter contre le communisme, mais ne s’est jamais donné la peine d’en donner une définition.

On sait que Québec solidaire fait partie de cette gauche radicale woke impossible à définir. Elle englobe également “certains universitaires”, “certains chroniqueurs”, “certains militants”… De façon générale, elle semble inclure toute personne critiquant Plamondon à l’exception de la CAQ, du PLQ et du PCQ. Plamondon se présente donc comme le rempart contre un ennemi à la fois tout-puissant et insaisissable.

L’intolérance aux critiques, en particulier celles des médias
Paul St-Pierre Plamondon s’est bâti la réputation d’être “soupe au lait” ou d’avoir “la mèche courte” pour reprendre l’expression de Yasmine Abdelfadel. Il reproche aux chroniqueurs qui le critiquent leurs “procédés intellectuels fallacieux”, “procédés intellectuels douteux”, “déformations de propos”, “accusations grossières”, “procès d’intention”… Des reproches qu’il a notamment adressés à Rima Elkouri, Yasmine Abdelfade, Antoine Robitaille, Thomas Mulcair, Marie-Ève Doyon et Paul Journet. Comme s’il était absolument impossible d’être en désaccord avec ses positions sans être malhonnête.

Dernièrement, Pascal Bérubé a déposé une plainte à l’ombudsman de Radio-Canada pour des propos “inacceptables” tenus par Rachel Chagnon lors de l’émission Tout peut arriver du 27 septembre 2025. Pour rappel, Mme Chagnon a accusé le Parti québécois de viser l’homogénéité dans les classes avec ses nouvelles propositions en matière de “laïcité”. Elle termine sa phrase par “et pourquoi pas tous blonds aux yeux bleus?” Dans les jours qui ont suivi, Plamondon s’est plaint d’avoir été accusé de racisme.

Pascal Bérubé fait de la politique depuis assez longtemps pour savoir que sa plainte n’aura aucune conséquence. Il sait comme moi quelle sera la réponse de l’ombudsman: “Ces opinions ne sont pas celles de Radio-Canada : elles appartiennent aux personnes qui les expriment.” Combien de fois Justin Trudeau et François Legault ont-ils été accusés de fascisme pendant la pandémie? Je ne crois pas que leur bureau respectif se soit plaint à chaque fois. S’ils l’ont fait, ça n’a visiblement rien changé. Le but d’une plainte comme celle de Bérubé est simplement d’intimider. Que les personnes qui s’expriment dans les médias craignent les conséquences de s’attaquer au Parti québécois.

Même tactique lorsque Jean-François Lisée porte plainte au collège des médecins contre la psychiatre Marie-Eve Cotton. Nous avons eu des médecins députés, ministres et premiers ministres. Pensez-vous que le collège va sanctionner une médecin parce qu’elle critique le chef de la troisième opposition? L’objectif est encore une fois ici d’intimider.

À l’intérieur du parti, aucun chef péquiste n’a été plus difficile à critiquer que Plamondon. Le dernier officier du PQ à avoir osé remettre sa politique en question a été expulsé de la commission politique. Même des péquistes de longue date comme Louise Harel et Pierre Céré peuvent être associés à la “gauche radicale” pour avoir osé contredire le chef.

Le pompier pyromane
Depuis trois ans, Paul St-Pierre Plamondon pointe l’immigration comme explication universelle aux problèmes du Québec. L’immigration a selon lui causé le déclin du français, la crise du logement, la pénurie d’enseignants, la crise des services, la résurgence de l’homophobie, la hausse de la criminalité chez les jeunes, la baisse du taux de natalité, la stagnation du produit intérieur brut… Le chef du PQ aime pointer l’Europe du doigt, en dépeindre un portrait catastrophique et nous prévenir que c’est ce qui nous attend. En l’écoutant, on imagine des villes européennes où des quartiers entiers sont contrôlés par de le crime organisé et/ou par des islamistes.

Et le plus drôle, c’est que Plamondon accuse aussi l’immigration de… dégrader le climat social. Et de favoriser la montée de l’extrême droite. Bien entendu que si on répète constamment à la population que tous les problèmes sont provoqués par l’immigration, il se pourrait que des gens deviennent plus hostiles à l’endroit des immigrants et se rapprochent des groupes les plus agressivement xénophobes.

De la même façon, le PQ est en train de convaincre ses électeurs qu’il est urgent d’empêcher les élèves du primaire de porter des signes religieux. J’ignorais que c’était une préoccupation. On n’avait littéralement jamais entendu parler de ce “problème” avant que le PQ le fabrique de toute pièce. Mais Plamondon se présente comme un démocrate. Il ne fait qu’adresser les préoccupations des gens. Et lorsqu’il sera premier ministre, il va régler le problème qu’il a lui-même nourri. Bref, le pompier pyromane.

Consulter la liste des déclarations problématiques de Plamondon sur l’immigration.

L’hostilité à la diversité de genre
À l’automne 2023, Paul St-Pierre Plamondon associait les pronoms non-binaires et les toilettes mixtes à “l’idéologie de la gauche radicale”. En février 2025, le Parti québécois a été le seul parti à ne pas appuyer une motion dénonçant la montée de l’homophobie. L’actuelle députée de Terrebonne, Catherine Gentilcore, reproche au programme d’éducation à la sexualité d’être “fondé sur la théorie du genre”. Et comme la CAQ, le PQ s’oppose à l’écriture inclusive. Du populisme pur et simple, sans égard pour la haine qu’il peut engendrer.

Une lettre ouverte de Catherine Gentilcore, députée de Terrebonne, a dû être corrigée par La Presse (2 décembre 2024) parce qu’elle contenait une information mensongère sur le nouveau programme d’éducation à la sexualité, laissant entendre qu’on recommanderait aux enseignants d’apprendre aux enfants d’âge préscolaire que leur genre leur a été attribué par la société. C’est faux. Mais la lettre, qui a été lue par des milliers de personnes avant d’être corrigée, a bien transmis son message: “l’idéologie du genre” est à l’assaut de notre système d’éducation.

Lorsqu’il a commenté la triste polémique de “Mx Martine”, cette enseignante non-binaire de Montérégie, Paul St-Pierre Plamondon est sombré dans la démagogie la plus totale, accusant la “gauche radicale” de vouloir “imposer (de nouveaux pronoms) dans le système d’éducation sans débat préalable sur le plan démocratique”. On parlait toujours bien d’une seule enseignante qui avait demandé à ses élèves de l’appeler Mx. Comment est-elle devenue une agente de cette infâme “gauche radicale”? Un tel discours a tout pour susciter la haine envers les personnes trans et non-binaires, faisant écho à l’imaginaire “lobby trans” dénoncé par les militants transphobes.

L’anti-intellectualisme
Les États-Unis n’ont jamais eu un président aussi hostile aux universités que Donald Trump. Les chercheurs qui ne lui disent pas ce qu’il veut entendre (ils sont nombreux puisque Trump n’aime pas la vérité) sont classés au rang d’ennemis de l’État et sont les cibles de toutes sortes de sanctions. Et on connaît l’hostilité des trumpistes pour le “wokisme” ou encore les mesures d’égalité, diversité et inclusion (EDI).

À une plus petite échelle, Paul St-Pierre Plamondon n’est pas très différent. Peu importe le nombre de recherches reconnaissant le racisme systémique ou vantant les bienfaits de l’EDI, du féminisme intersectionnel, de l’écriture inclusive, le chef du PQ les discrédite d’emblée parce qu’elles ne confirment pas ses propres biais. Il qualifie de “militants”, d'”idéologues” et même de “charlatans” les chercheurs et professeurs d’université dont les recherches le contredisent.

En janvier, Plamondon était au balado Frenchcast dans lequel il a promis que son gouvernement allait “se réapproprier démocratiquement le contenu en éducation”. Il explique: “Je vais revendiquer le mécanisme de commission parlementaire avec des experts, mais des citoyens et des gens qui représentent des citoyens, pour que le débat ne soit pas le monopole “ d’experts ” qui sont en fait, parfois, des idéologues.” Faut-il comprendre qu’un gouvernement péquiste va décider de ce qu’il est convenable d’enseigner ou non à l’université, non pas en fonction de l’état de la recherche, mais en fonction de ses propres positions? Il n’y a rien de “démocratique” dans le fait de censurer des professeurs ou des chercheurs parce que leurs recherches ne flattent pas le gouvernement et son électorat dans le sens du poil.

Conclusion
Je n’hésite pas à affirmer que Paul St-Pierre Plamondon a copié plusieurs pages du manuel du fasciste de la Maison-Blanche. Et c’est inquiétant. Le trumpisme est une menace pour la démocratie, peu importe qui le met en place. Le Canada a évité le pire (au moins temporairement) en refusant de donner les clefs du pouvoir à Pierre Poilievre en avril. J’espère que le Québec saura en faire autant l’an prochain.

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  • Le monde et mon canapé.
    Faut que je vous raconte. J’ai acheté un canapé. Et j’ai fait une maîtrise et un DEA (aujourd’hui on dirait un Master 1 et 2) sur Samuel Beckett. Vous allez voir qu’il y a un lien. Bon alors c’est un bon canapé hein, du genre italien fabriqué en Italie à la main par des adultes plutôt correctement rétribués. Et donc ce canapé m’a été livré. Par d’autres gens d’une grande entreprise de livraison spécialisée, des gens certes tout aussi adultes que ceux qui ont fabriqué mon canapé mais clairement d
     

Le monde et mon canapé.

12 octobre 2025 à 11:02

Faut que je vous raconte. J’ai acheté un canapé. Et j’ai fait une maîtrise et un DEA (aujourd’hui on dirait un Master 1 et 2) sur Samuel Beckett. Vous allez voir qu’il y a un lien. Bon alors c’est un bon canapé hein, du genre italien fabriqué en Italie à la main par des adultes plutôt correctement rétribués. Et donc ce canapé m’a été livré. Par d’autres gens d’une grande entreprise de livraison spécialisée, des gens certes tout aussi adultes que ceux qui ont fabriqué mon canapé mais clairement des gens beaucoup moins correctement payés au regard du boulot qu’ils font et des cadences infernales qu’on leur impose.

Et donc les livreurs arrivent, observent ma porte d’entrée, font le tour de la maison pour voir si ça passe dans le jardin et font le constat formel suivant : ça ne passe pas. Et de m’indiquer qu’il faut donc que j’appelle le magasin d’achat du canapé et que bah je prenne un autre canapé (sic).

Alors là bon faut que je vous dise, le canapé ça fait trois mois que je l’ai commandé, et j’ai du prendre ma demi-journée pour attendre et être là pour la livraison. Je m’attendais donc à autre chose que : bon bah ça passe pas, appelez le magasin et commandez-en un autre. #JeSuisDéception

Je commence donc à argumenter avec une rhétorique implacable :

  • « Heu mais vous voulez pas mesurer d’abord ? » (ils n’avaient pas mesuré, juste « estimé » que ça ne passerait pas, et de toute façon ils n’avaient pas de mètre, j’ai fini par leur en prêter un)
  • « Heu mais à aucun moment quand j’ai claqué un peu plus d’un demi Smic pour acheter en magasin ce canapé on ne m’a indiqué qu’il fallait habiter dans une maison avec des portes de 2 mètres de large et qu’il n’y avait rien de démontable dans ce canapé » (en fait il y avait des trucs démontables bien sûr mais attendez la fin de l’histoire)

Fort marri, je propose d’imaginer le scénario où on passe ce foutu canapé par la fenêtre (tout en voyant bien que si mes nuits sont plus belles que vos jours, mes fenêtres ne sont pas plus larges que mes portes). Ce à quoi le chef des livreurs répondit :

  • « on a interdiction de passer par les fenêtres« 

Observant le canapé d’angle (petit angle) tout empaqueté au fond de ce grand camion de livraison, je note en effet que sous l’emballage plastique opaque, il y a quand même l’air d’y avoir genre des coussins et la petite pièce qui sert d’angle que l’on doit pouvoir enlever et que bon là si on enlève tout ça bah on a quand même toutes les chances raisonnables pour que ça passe. Oui mais c’est alors à mes nouveaux camarades livreurs de faire usage d’une rhétorique implacable :

  • Le chef des livreurs : « Ah oui mais on ne peut pas l’ouvrir (= enlever le plastique opaque qui enrobe le tout) parce que sinon après si ça passe pas on est obligé de le laisser en l’état et on peut pas vous le reprendre« 
  • Moi : « mais si on l’ouvre pas on saura jamais et là en effet il risque de pas passer comme ça« 
  • Le chef des livreurs : « On peut pas l’ouvrir, ou alors après on le laisse là et on peut pas le reprendre« 
  • Moi :  » … en l’état genre dans la rue sous la pluie mon canapé à presque un demi-smic que j’attends depuis plus de 3 mois ?« 
  • Le chef des livreurs : « Oui ».

Je finis par réussir à le convaincre d’au moins essayer de le rentrer sans l’ouvrir. Nous voici donc à l’acte 2 de cette tragi-comédie, celui où après un bon quart d’heure de négociations et d’observations de terrain, des livreurs font le choix audacieux de sortir un objet à livrer du fond de leur camion pour tenter … bah de le livrer.

Et les voici donc tous deux en train de pousser en mode accouchement au forceps mais sans les forceps, ledit canapé dans ma porte. Et de constater qu’en effet y compris avec la carrure de pilier droit sud-africain du livreur numéro 2 qui s’enfile des grands coups d’épaule dans mon canapé comme s’il était à un entraînement de Pro D2 après une tournée générale de stéroïdes … bah ça passe pas.

Nouvel échange rhétorique. Je pars chercher un mètre. On prend des mesures. Nouvel échange rhétorique :

  • Le chef des livreurs : « Bah monsieur je vous avais dit que ça passerait pas« 
  • Moi :  » « 

Et c’est là que le miracle païen se produisit. Sans même que je l’ai demandé et alors que je commençais à imaginer le scénario dans lequel j’allais chercher ma tronçonneuse après avoir dégondé ma porte et abattu une cloison afin d’assouvir à la fois ma passion ameublement (non) et mon admiration pour Javier Milei (toujours non), j’observe un être humain s’affranchir de toute forme de soumission et faire ce qu’il lui est normalement strictement interdit de faire par convention autant que par peur de perdre son emploi : il déchire ce putain de plastique opaque, sort les coussins et la pièce qui sert d’angle dans le mot « canapé d’angle ». Fin de l’histoire ou presque, le canapé ainsi délesté de tout ce qui faisait qu’il ne passait pas finit par passer. Il est dans mon salon. Un peu marqué par sa prime tentative d’accouchement en force avec quelques mailles déchirées ou étirées mais posé là, à la place qui l’attendait.

Son camarade livreur pilier droit a observé la scène à moitié médusé et à moitié blasé (depuis le début on le sentait clairement moins impliqué dans ce qui se jouait comme dramaturgie ici et principalement concerné par savoir comment faire rentrer un rond dans un carré en y apportant la même réponse qu’un coach de mêlée fermée en Pro D2 c’est à dire « bah t’y mets la tête et tu  pousses plus fort bordel »).

Pourquoi je vous raconte tout ça hein ? D’abord parce que je fais bien ce que je veux et que j’ai besoin d’écrire un peu sur autre chose que ce que je vis actuellement au boulot et l’état de ce qui fut l’université publique en tout cas celle où j’exerce (mais que je vous raconterai bientôt en longueur, soyez tranquille)

Ensuite parce que cela fait maintenant 3 jours que je reçois des mails et SMS de la compagnie de livraison et du magasin de canapé en mode « alors donnez-nous votre avis sur votre expérience de livraison ». Et je sais parfaitement ce qui va se passer si je leur raconte « mon expérience », expérience qui consiste à mettre une note, une ou plusieurs étoiles, éventuellement un commentaire assassin à l’équipe de livraisons (ce que je fais certes ici mais sans qu’il soit possible de remonter jusqu’au chef des livreurs et à son associé pilier droit de Pro D2). Et  parce que je me souviens, à chaque fois dans ce genre de situation, de ce sketch de Blanche Gardin dans lequel elle dit « la technologie ne fait plus du tout appel à ce qu’il y a d’humain dans l’intelligence« , ce qui reste une phrase (et un sketch) dont je me ressers souvent dans mes cours et interventions publiques.

Enfin parce que dans ce petit moment de vie il y a beaucoup de l’exergue que Samuel Beckett place au début de son ouvrage « Le monde et le pantalon » et qui est l’histoire d’un homme s’étonnant auprès de son tailleur du temps qu’il lui faut pour parvenir à lui faire son pantalon sur-mesure, histoire se concluant ainsi :

« LE CLIENT : Dieu a fait le monde en six jours, et vous, vous n’êtes pas foutu de me faire un pantalon en six mois.
LE TAILLEUR : Mais, Monsieur, regardez le monde, et regardez votre pantalon. »

Dans nos rapports à la technologie, aux autres, aux autres médiés par la technologie, dans la vie des livreurs de canapés (ou d’autres choses) et dans les notes que nous leur mettons ou ne leur mettons pas, dans les injonctions paradoxales qui leurs sont imposées et dont ils s’émancipent (parfois), il y a beaucoup de l’état du monde, et de celui de nos canapés d’où nous regardons le monde. Je me trompe peut-être mais il m’a semblé qu’en repartant dans son camion de livraison, le chef des livreurs me regardait en pensant : « Mais, Monsieur, regardez le monde, et regardez votre canapé. » Je regarde mon ami, je regarde.

 

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  • Alexandre Cormier-Denis chez Urbania: Quand le centre normalise les extrêmes
    Urbania a cru bon de nous faire découvrir Alexandre Cormier-Denis, le Québécois propagandiste d’extrême droite qui se rapproche le plus d’un Adrien Arcand en 2025. Ce faisant, on lui donnait la plus grande visibilité médiatique depuis l’annulation de son invitation à l’Assemblée nationale à l’automne 2023. Pourquoi? L’auteur de l’article, Jean Bourbeau, nous explique: « Car bâillonner une voix, c’est souvent l’amplifier. L’exclusion nourrit la posture du martyr et forge, dans les marges, une lég
     

Alexandre Cormier-Denis chez Urbania: Quand le centre normalise les extrêmes

5 octobre 2025 à 08:53

Urbania a cru bon de nous faire découvrir Alexandre Cormier-Denis, le Québécois propagandiste d’extrême droite qui se rapproche le plus d’un Adrien Arcand en 2025. Ce faisant, on lui donnait la plus grande visibilité médiatique depuis l’annulation de son invitation à l’Assemblée nationale à l’automne 2023. Pourquoi? L’auteur de l’article, Jean Bourbeau, nous explique: « Car bâillonner une voix, c’est souvent l’amplifier. L’exclusion nourrit la posture du martyr et forge, dans les marges, une légitimité paradoxalement engendrée par le silence. »

Donc, le journaliste nous parle de Cormier-Denis pour éviter qu’il se présente en victime des médias qui veulent le réduire au silance. Voici la réaction publique de Cormier-Denis à l’article: « Il y a quelques semaines, j’ai accordé un entretien à URBANIA. Sans surprise, l’article donne évidemment la parole à des adversaires politiques dont certains sont associés de très près à la nébuleuse antifa désormais désignée comme organisation terroriste aux États-Unis. (…) Bref, ce qui semble insupportable pour la gauche, c’est nommer le réel. »

Échec sur toute la ligne donc. Non seulement Bourbeau accorde une visibilité à Cormier-Denis, mais il lui a également donné une nouvelle occasion de se présenter en victime.

En-tête de l’article paru dans Urbania le 2 octobre 2025

D’un côté, l’article de Bourbeau présente Cormier-Denis comme un type dangereux: « Alexandre Cormier-Denis distille tout un cocktail Molotov idéologique. » De l’autre côté, il n’expose pas pleinement ce « cocktail Molotov idéologique ». Bourbeau a réalisé une entrevue et nous en présente les grandes lignes. Sachant qu’il s’adresse à un média centriste, Cormier-Denis n’a évidemment pas employé ses formules choc ou ses idées les plus extrêmes. Il a aidé le journaliste à le présenter sous un jour presque respectable.

La lecture de l’article ne donne pas l’impression d’avoir affaire à un extrémiste. Prenons ce paragraphe où l’auteur résume les préoccupations du polémiste:
« Cormier-Denis picore avec appétit dans tout le buffet de l’extrême droite : peur de l’entrisme musulman, diatribes contre la gauche vandale, nostalgie post-catho, exaltation de la « civilisation européenne », et même des débats clos depuis longtemps, comme l’avortement ou l’homoparentalité. Mais son obsession première demeure l’immigration. Y toucher, déplore-t-il, c’est aussitôt être rangé parmi les « méchants ». »

C’est un résumé considérablement poli et prudent. Et qui ne place pas du tout Cormier-Denis dans le camp des extrémistes.

Peur de l’entrisme musulman? C’est aussi le cas de la CAQ et du PQ.
Diatribes contre la gauche vandale? Paul St-Pierre Plamondon se plaint constamment de la gauche radicale. Et puis c’est vrai que le vandalisme pendant les manifestations c’est mal, non?
Nostalgie post-catho? Il a bien le droit d’avoir des croyances religieuses, non?
Exaltation de la « civilisation européenne »? On rejoint ici Mathieu Bock-Côté et ses émules, qui nous vantent constamment la « civilisation occidentale ».
Des débats clos depuis longtemps, comme l’avortement ou l’homoparentalité? En quoi serait-ce pire que le Parti conservateur du Canada?
Quant à sa plainte de ne pas pouvoir discuter d’immigration sans être rangé parmi les « méchants », c’est le quotidien du Parti québécois sous Paul St-Pierre Plamondon.

Bref, si on lit cet article sans connaître Alexandre Cormier-Denis, on sort de la lecture avec l’impression que ce sont ses adversaires qui délirent. « Quoi ? Tu rencontres le facho ? Le suprémaciste blanc ? » fait dire Bourbeau aux gens qui auraient critiqué sa décision de faire un article sur Cormier-Denis. Le type ne fait qu’affirmer que la gauche est déconnectée et qu’il veut une droite conservatrice décomplexée. Est-ce qu’on n’exagère pas un peu en le traitant de fasciste?

Pour lui répondre, Jean Bourbeau a donné la parole à Francis Dupuis-Déri, Frédéric Bérard et David Morin. Très bien. Le problème, c’est qu’eux connaissent le vrai Cormier-Denis. Celui qui rêve d’un Alligator Alcatraz québécois. Celui qui associe la peau blanche à la démocratie, à la civilisation, au respect des droits de l’homme, et qui associe toutes les autres teintes à la barbarie, à la corruption et à la décadence. Celui qui nourrit des théories du complot du genre « Le Tiers-Monde veut nous envahir ». Celui qui se plaint de rencontrer des Noirs dans les Appalaches (qu’il compare à des chevreuils perdus dans la jungle, bref les Noirs sont des animaux à ses yeux) ou des femmes voilées à Mont-Tremblant: « Pourquoi ils ne restent pas chez eux au lieu de nous faire chier et de se faire chier? Ça me dépasse. »

Cormier-Denis n’appartient pas au groupe des « Je ne suis pas raciste, mais… » Raciste, il l’est ouvertement. Il n’emploiera pas le terme pour se définir, mais il suffit de l’écouter parler deux minutes pour le constater. Il parle de « conscience raciale » et de « solidarité raciale » lorsqu’il parle des immigrants. Il nous dit que les groupes « ethniques » autres que les blancs ont un « potentiel de développement plus faible ». Il emploie des termes tels que mouquère ou métèque. Il compare Pablo Rodriguez à Charles Manson. Il croit que les peuples autochtones nord-américains devraient remercier à genoux les Européens de leur avoir apporté la civilisation tandis que les autochtones sud-américains, trop nombreux selon lui, sont responsables de la « catastrophe civilisationnelle » qu’est l’Amérique du Sud.

Je n’ai pas eu à fouiller pendant des heures pour trouver le fonds de sa pensée. Une recherche rapide sur Facebook et on trouve facilement ses idées les plus haineuses. Ce sont ces paroles, selon moi, que Bourbeau aurait dû rapporter, plutôt que de répéter son discours victimaire: « On peut me détester, dit-il, mais m’exclure de l’espace public alors que je respecte les lois de mon pays, c’est autre chose. »

Il y a deux semaines, Cormier-Denis partageait sur sa page Facebook le nom et la photo de quatre enseignants qu’il qualifie « d’agents de radicalisation d’extrême gauche ». Comme Donald Trump, il considère que les antifascistes sont des terroristes. Il n’encourage pas directement ses lecteurs à s’attaquer à eux, mais il a partagé les coordonnées de leur employeur respectif. Frédéric Bérard, l’une de ses cibles, a reçu des menaces de mort à trois reprises depuis.

Frédéric Bérard est un des experts rencontrés par Jean Bourbeau pour son article. Il a accepté de participer à condition que Cormier-Denis soit présenté comme ce qu’il est, c’est-à-dire un fasciste: « Je ne souhaite pas, autrement, contribuer davantage à sa normalisation médiatique, d’autres s’en chargent amplement. » La condition ne semble pas avoir été respectée ou alors elle a été interprétée très librement.

J’ai l’impression que cet article d’Urbania a repoussé un peu plus loin les limites de l’acceptable. On parle désormais d’un polémiste d’extrême droite comme de n’importe quel candidat aux élections. On lui accorde de la visibilité sans véritablement chercher à mettre en garde le public contre le danger qu’il représente.

On me dira sans doute que j’exagère si je compare Urbania aux journaux de Munich qui, dans les années 1920, publiaient des articles sur ce flamboyant orateur moustachu de la brasserie en croyant qu’il ne s’agissait que d’une mode éphémère à laquelle on pouvait s’intéresser sans danger. Mais non. Donner de la visibilité au fascisme, c’est lui fournir des adeptes. Et c’est le premier pas vers la chute.

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    Urbania a cru bon de nous faire découvrir Alexandre Cormier-Denis, le Québécois propagandiste d’extrême droite qui se rapproche le plus d’un Adrien Arcand en 2025. Ce faisant, on lui donnait la plus grande visibilité médiatique depuis l’annulation de son invitation à l’Assemblée nationale à l’automne 2023. Pourquoi? L’auteur de l’article, Jean Bourbeau, nous explique: “Car bâillonner une voix, c’est souvent l’amplifier. L’exclusion nourrit la posture du martyr et forge, dans les marges, une légi
     

Alexandre Cormier-Denis chez Urbania: Quand le centre normalise les extrêmes

5 octobre 2025 à 08:53

Urbania a cru bon de nous faire découvrir Alexandre Cormier-Denis, le Québécois propagandiste d’extrême droite qui se rapproche le plus d’un Adrien Arcand en 2025. Ce faisant, on lui donnait la plus grande visibilité médiatique depuis l’annulation de son invitation à l’Assemblée nationale à l’automne 2023. Pourquoi? L’auteur de l’article, Jean Bourbeau, nous explique: “Car bâillonner une voix, c’est souvent l’amplifier. L’exclusion nourrit la posture du martyr et forge, dans les marges, une légitimité paradoxalement engendrée par le silence.”

Donc, le journaliste nous parle de Cormier-Denis pour éviter qu’il se présente en victime des médias qui veulent le réduire au silance. Voici la réaction publique de Cormier-Denis à l’article: “Il y a quelques semaines, j’ai accordé un entretien à URBANIA. Sans surprise, l’article donne évidemment la parole à des adversaires politiques dont certains sont associés de très près à la nébuleuse antifa désormais désignée comme organisation terroriste aux États-Unis. (…) Bref, ce qui semble insupportable pour la gauche, c’est nommer le réel.”

Échec sur toute la ligne donc. Non seulement Bourbeau accorde une visibilité à Cormier-Denis, mais il lui a également donné une nouvelle occasion de se présenter en victime.

En-tête de l’article paru dans Urbania le 2 octobre 2025

D’un côté, l’article de Bourbeau présente Cormier-Denis comme un type dangereux: “Alexandre Cormier-Denis distille tout un cocktail Molotov idéologique.” De l’autre côté, il n’expose pas pleinement ce “cocktail Molotov idéologique”. Bourbeau a réalisé une entrevue et nous en présente les grandes lignes. Sachant qu’il s’adresse à un média centriste, Cormier-Denis n’a évidemment pas employé ses formules choc ou ses idées les plus extrêmes. Il a aidé le journaliste à le présenter sous un jour presque respectable.

La lecture de l’article ne donne pas l’impression d’avoir affaire à un extrémiste. Prenons ce paragraphe où l’auteur résume les préoccupations du polémiste:
“Cormier-Denis picore avec appétit dans tout le buffet de l’extrême droite : peur de l’entrisme musulman, diatribes contre la gauche vandale, nostalgie post-catho, exaltation de la « civilisation européenne », et même des débats clos depuis longtemps, comme l’avortement ou l’homoparentalité. Mais son obsession première demeure l’immigration. Y toucher, déplore-t-il, c’est aussitôt être rangé parmi les « méchants ».”

C’est un résumé considérablement poli et prudent. Et qui ne place pas du tout Cormier-Denis dans le camp des extrémistes.

Peur de l’entrisme musulman? C’est aussi le cas de la CAQ et du PQ.
Diatribes contre la gauche vandale? Paul St-Pierre Plamondon se plaint constamment de la gauche radicale. Et puis c’est vrai que le vandalisme pendant les manifestations c’est mal, non?
Nostalgie post-catho? Il a bien le droit d’avoir des croyances religieuses, non?
Exaltation de la “civilisation européenne”? On rejoint ici Mathieu Bock-Côté et ses émules, qui nous vantent constamment la “civilisation occidentale”.
Des débats clos depuis longtemps, comme l’avortement ou l’homoparentalité? En quoi serait-ce pire que le Parti conservateur du Canada?
Quant à sa plainte de ne pas pouvoir discuter d’immigration sans être rangé parmi les “méchants”, c’est le quotidien du Parti québécois sous Paul St-Pierre Plamondon.

Bref, si on lit cet article sans connaître Alexandre Cormier-Denis, on sort de la lecture avec l’impression que ce sont ses adversaires qui délirent. « Quoi ? Tu rencontres le facho ? Le suprémaciste blanc ? » fait dire Bourbeau aux gens qui auraient critiqué sa décision de faire un article sur Cormier-Denis. Le type ne fait qu’affirmer que la gauche est déconnectée et qu’il veut une droite conservatrice décomplexée. Est-ce qu’on n’exagère pas un peu en le traitant de fasciste?

Pour lui répondre, Jean Bourbeau a donné la parole à Francis Dupuis-Déri, Frédéric Bérard et David Morin. Très bien. Le problème, c’est qu’eux connaissent le vrai Cormier-Denis. Celui qui rêve d’un Alligator Alcatraz québécois. Celui qui associe la peau blanche à la démocratie, à la civilisation, au respect des droits de l’homme, et qui associe toutes les autres teintes à la barbarie, à la corruption et à la décadence. Celui qui nourrit des théories du complot du genre “Le Tiers-Monde veut nous envahir”. Celui qui se plaint de rencontrer des Noirs dans les Appalaches (qu’il compare à des chevreuils perdus dans la jungle, bref les Noirs sont des animaux à ses yeux) ou des femmes voilées à Mont-Tremblant: “Pourquoi ils ne restent pas chez eux au lieu de nous faire chier et de se faire chier? Ça me dépasse.”

Cormier-Denis n’appartient pas au groupe des “Je ne suis pas raciste, mais…” Raciste, il l’est ouvertement. Il n’emploiera pas le terme pour se définir, mais il suffit de l’écouter parler deux minutes pour le constater. Il parle de “conscience raciale” et de “solidarité raciale” lorsqu’il parle des immigrants. Il nous dit que les groupes “ethniques” autres que les blancs ont un “potentiel de développement plus faible”. Il emploie des termes tels que mouquère ou métèque. Il compare Pablo Rodriguez à Charles Manson. Il croit que les peuples autochtones nord-américains devraient remercier à genoux les Européens de leur avoir apporté la civilisation tandis que les autochtones sud-américains, trop nombreux selon lui, sont responsables de la “catastrophe civilisationnelle” qu’est l’Amérique du Sud.

Je n’ai pas eu à fouiller pendant des heures pour trouver le fonds de sa pensée. Une recherche rapide sur Facebook et on trouve facilement ses idées les plus haineuses. Ce sont ces paroles, selon moi, que Bourbeau aurait dû rapporter, plutôt que de répéter son discours victimaire: “On peut me détester, dit-il, mais m’exclure de l’espace public alors que je respecte les lois de mon pays, c’est autre chose.”

Il y a deux semaines, Cormier-Denis partageait sur sa page Facebook le nom et la photo de quatre enseignants qu’il qualifie “d’agents de radicalisation d’extrême gauche”. Comme Donald Trump, il considère que les antifascistes sont des terroristes. Il n’encourage pas directement ses lecteurs à s’attaquer à eux, mais il a partagé les coordonnées de leur employeur respectif. Frédéric Bérard, l’une de ses cibles, a reçu des menaces de mort à trois reprises depuis.

Frédéric Bérard est un des experts rencontrés par Jean Bourbeau pour son article. Il a accepté de participer à condition que Cormier-Denis soit présenté comme ce qu’il est, c’est-à-dire un fasciste: “Je ne souhaite pas, autrement, contribuer davantage à sa normalisation médiatique, d’autres s’en chargent amplement.” La condition ne semble pas avoir été respectée ou alors elle a été interprétée très librement.

J’ai l’impression que cet article d’Urbania a repoussé un peu plus loin les limites de l’acceptable. On parle désormais d’un polémiste d’extrême droite comme de n’importe quel candidat aux élections. On lui accorde de la visibilité sans véritablement chercher à mettre en garde le public contre le danger qu’il représente.

On me dira sans doute que j’exagère si je compare Urbania aux journaux de Munich qui, dans les années 1920, publiaient des articles sur ce flamboyant orateur moustachu de la brasserie en croyant qu’il ne s’agissait que d’une mode éphémère à laquelle on pouvait s’intéresser sans danger. Mais non. Donner de la visibilité au fascisme, c’est lui fournir des adeptes. Et c’est le premier pas vers la chute.

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  • Plateformes numériques et politique : ce sera soit MAGA, soit Mao.
    Republication, pour partage et archivage, de ma tribune parue Lundi 29 Septembre dans le journal Libération.   En 2016 et devant les frasques et sorties de route déjà très inquiétantes de celui qui allait pourtant devenir le premier président des Etats-Unis à se vanter « d’attraper les femmes par la chatte » (sic), des employés de Facebook adressaient à Mark Zuckerberg cette question : « Quelle est la responsabilité que Facebook peut prendre pour empêcher Donald Trump de devenir président des E
     

Plateformes numériques et politique : ce sera soit MAGA, soit Mao.

1 octobre 2025 à 04:00

Republication, pour partage et archivage, de ma tribune parue Lundi 29 Septembre dans le journal Libération.

 

En 2016 et devant les frasques et sorties de route déjà très inquiétantes de celui qui allait pourtant devenir le premier président des Etats-Unis à se vanter « d’attraper les femmes par la chatte » (sic), des employés de Facebook adressaient à Mark Zuckerberg cette question : « Quelle est la responsabilité que Facebook peut prendre pour empêcher Donald Trump de devenir président des Etats-Unis en 2017?  » Nous sommes en 2025, Trump est aujourd’hui élu pour un second mandat et après avoir fait de l’homme le plus riche du monde son allié au travers de sa plateforme la plus controversée (Elon Musk et X), il vient de confier au 2ème homme le plus riche de la planète la gestion de la part américaine de l’autre plateforme la plus controversée et la plus toxique de la planète (Larry Ellison prenant le contrôle de TikTok US). Et pourtant …

Pourtant longtemps la question des plateformes (réseaux sociaux puis médias sociaux) fut imperméable à la chose politique. Longtemps elles furent autre chose que du politique bien que dès le début la politique en fut l’un des sujets de discussion (mais parmi tant d’autres et le plus souvent anecdotiquement).

JUSTE POLITIQUES.

Puis les plateformes devinrent des objets politiques. Des objets politiques car elles agrégeaient des millions puis des dizaines de millions puis des centaines de millions de citoyennes et de citoyens et c’étaient autant de nouvelles « polis » (au sens grec de « cité »). Des objets politiques également car en leur sein y étaient débattus et éditorialisés des enjeux sociétaux importants que le politique ne pouvait ignorer, tout comme il ne pouvait ignorer l’arbitrage juridique et législatif des infractions, crimes ou délits discutés ou commis dans ces espaces troubles, jamais entièrement publics, jamais totalement privés.

PUIS MILITANTES.

Puis ces plateformes, dans certaines des zones de leurs topologies mouvantes, devinrent des espaces cette fois explicitement militants ainsi que des espaces organisationnels redoutablement efficaces (des printemps arabes aux gilets jaunes), et aussi des espaces très efficients dans la prospective, le recrutement et l’animation d’un projet ou mouvement politique. On peut ici citer l’expérience de la plateforme Nation Builder, utilisée par Barack Obama et reprise ensuite par (notamment) Alain Juppé ou Jean-Luc Mélenchon et qui laissait augurer de ce qui semble advenu, à savoir la possible construction d’une nation comme un vulgaire fichier client. C’est leur infrastructure, et finalement leur essence même qui épousa parfaitement la forme de l’organisation militante. Et au jeu du militantisme à l’échelle du numérique tel qu’il se décline dans les plateformes, c’est la droite et l’extrême-droite qui gagnent. Toujours. Pour plein de raisons dont celles rappelées par Jen Schradie :

« D’abord, les classes plus aisées sont plus présentes en ligne que les classes populaires. Elles disposent de meilleures organisations, plus accoutumées à la bureaucratie. Enfin, les conservateurs, comme les membres du Tea Party, ont un message plus simple et abordent moins de sujets que les groupes de gauche. (…) L’idéal de liberté se partage plus facilement sur les réseaux sociaux que celui d’égalité. »

 

ET GÉOPOLITIQUES.

Puis les plateformes devinrent des enjeux géopolitiques. Par leur poids économique, par la densité des populations qu’elles agrègent, par les enjeux de « soft power » qui leurs sont consubstantiels et dans lesquels elles s’inscrivent, et par l’effet d’un monde dans lequel les grands « blocs » de la guerre froide se réchauffent dangereusement et où s’ajoutent dans cesse de nouveaux conflits qui prennent corps et font témoignage par la médiation de ces plateformes. Les plateformes ont traité de sujets relevant de géopolitique et elles sont ensuite devenues, en elles-mêmes, des sujets de géopolitique. On ne sait quel exemple citer tellement les dernières années ont fourni d’exemples : Trump menaçant l’Europe de sanctions économiques lourdes si nous persistions dans l’idée d’appliquer les formes de régulation du DSA et du DMA ; question de la gouvernance chinoise de TikTok ; plus anciennement le rôle de Facebook dans la propagation de discours de haine dans le génocide des Rohingyas ; rôle important des infrastructures de télécommunication privées (réseau Starlink d’Elon Musk) dans le conflit en Ukraine ; et bien évidemment reprise et influence massive des discours pro-Netanyahu dans le génocide en cours en Palestine et à Gaza et minoration ou invisibilisation (déjà ancienne) des discours pro-palestiniens. Pas un fait de guerre, pas un conflit international, pas un accord de commerce international qui n’ait sa déclinaison dans la manière dont il se trouve porté, repris, instrumentalisé par une ou plusieurs plateformes.

Soit MAGA, soit Mao.

En parallèle de ces époques, de ces temporalités, de ces mouvements jamais parfaitement linéaires et distincts, s’ajoute une autre grille d’analyse qui est celle de l’incarnation du management autant que du commandement de ces plateformes. Ces plateformes devinrent politiques, militantes et géopolitiques car leurs propriétaires et dirigeants se mirent à revendiquer leur propre statut politique et avec celui-ci leurs convictions militantes idoines. Si pendant longtemps les dirigeants de ces entreprises se gardaient bien d’affirmer publiquement et trop explicitement une affirmation ou un attachement politique, toutes les plateformes généralistes touchant plus d’un millard d’utilisateurs et d’utilisatrices, sont toutes dirigées par des patrons devenus militants et se situant soit dans une internationale réactionnaire d’extrême-droite néo-fascisante, soit dans la survivance totalitaire du mouvement communiste. Aujourd’hui c’est soit MAGA, soit Mao. Et TikTok cristallise à ce titre cet écartèlement entre son contrôle par les réseaux MAGA sur le sol américain et son contrôle par le parti communiste chinois partout ailleurs dans le monde.

On ne comprend plus rien à Facebook, à Instagram, à Telegram ou à X si l’on ne connaît pas l’évolution politique de Zuckerberg, de Durov ou de Musk. C’est évidemment la même chose à l’échelle de Tiktok. Et c’est ce que je n’ai cessé (avec quelques autres) de dire, d’écrire et d’expliquer : « ouvrir le code des algorithmes ne suffit plus« , ces plateformes sont à l’image de ceux qui les gouvernent et les réponses que nous cherchons sont moins dans leurs algorithmes et leurs données que dans les entrailles et la psyché de ces derniers.

[Mise à jour du 2 Octobre] Donald Trump déclarait à quel point il aimerait et voulait que TikTok soit modifié pour devenir 100% MAGA.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Vérité et réconciliation: Arrêtons de vanter les gentils Québécois
    La journée de la Vérité et de la Réconciliation, ce n’est pas la journée pour se féliciter de tout ce qu’on a fait de bien ou de ce qu’on n’a pas de fait de mal aux Premières Nations. Au contraire, ça devrait être une journée d’introspection. Mais chaque année, je m’obstine avec des gens qui se complaisent dans le mythe de « Les Québécois ont toujours été amis avec les Autochtones ». Aujourd’hui, je condense dans ce texte ce que je répète chaque année le 30 septembre. La Nouvelle-France« 
     

Vérité et réconciliation: Arrêtons de vanter les gentils Québécois

30 septembre 2025 à 06:41

La journée de la Vérité et de la Réconciliation, ce n’est pas la journée pour se féliciter de tout ce qu’on a fait de bien ou de ce qu’on n’a pas de fait de mal aux Premières Nations. Au contraire, ça devrait être une journée d’introspection. Mais chaque année, je m’obstine avec des gens qui se complaisent dans le mythe de « Les Québécois ont toujours été amis avec les Autochtones ». Aujourd’hui, je condense dans ce texte ce que je répète chaque année le 30 septembre.

La Nouvelle-France
« Les colons français avaient des bonnes relations avec les Autochtones, pas comme les Anglais, les Portugais et les Espagnols! »
Soyons honnête et réaliste: Si les Français ont eu de meilleures relations que les autres peuples avec les Autochtones, c’est parce que
1) Ils dépendaient des Autochtones, qui connaissaient le territoire, pour le commerce des fourrures, qui était la principale motivation de l’entreprise française en Amérique du Nord
2) Ils n’étaient pas assez nombreux ni assez puissants pour dominer le territoire
L’histoire de la Nouvelle-France est parsemée de guerres et de conflits avec les Haudenosaunee (qu’on s’obstine encore aujourd’hui à désigner sous le nom péjoratif « Iroquois » ou « serpent venimeux » en langue algonkine).

« Oui mais ce sont toujours les Iroquois qui commençaient les guerres! »
D’abord, c’est faux. Si on veut un seul exemple: En 1687, la guerre reprend sur l’ordre du secrétaire d’État de la Marine, Pontchartrain, qui ordonne de mettre fin à la « paix honteuse » signée en 1684. Il y a eu des crimes atroces des deux côtés. Oui il y a eu le massacre de Lachine en 1689, mais les Français ont eux aussi détruit des villages, brûlé des récoltes et tué sans distinction.

« Oui mais nous voulions vivre paisiblement! »
Imaginez un instant le scénario inverse, où des colons algonquiens seraient venus s’installler en Normandie ou en Gascogne en disant « Ce territoire nous appartient! » À l’époque où la France était habitée moins densément qu’aujourd’hui, ils auraient pu facilement trouver un endroit où s’installer sans déranger les locaux. Croyez-vous que les Français auraient accepté de vivre en paix? À un moment, il faudra accepter que l’empire français n’avait aucune légitimité pour s’installer en Amérique du Nord et prétendre que le territoire lui a été donné par Dieu.

« Oui mais les coureurs des bois étaient amis avec les Autochtones! Les Métis, tu penses que ça vient d’où? »
C’est vrai. Les coureurs des bois n’ont pas eu le choix d’entretenir de bons rapports avec les peuples locaux pour les nécessités du commerce et ces bons rapports ont duré dans le temps. Mais rappelons que les 13 colonies anglaises avaient une population environ 30 fois supérieure à celle de la Nouvelle-France et occupaient un territoire beaucoup plus petit. Ça change la dynamique. Pensez-vous que les relations avec les Autochtones auraient été aussi positives si les Français avaient été aussi nombreux que les Anglais? On peut en douter.

La Loi sur les Indiens et les pensionnats
« C’est le régime fédéral qui est responsable des souffrances des peuples autochtones. Les Québécois n’y sont pour rien! »
Commode. Mais ce serait bien de se rappeler qu’en 1876, lorsque l’infâme « Loi sur les Indiens » a été adoptée, le tiers des élus de la Chambre des Communes représentaient le Québec. Des Québécois (francophones, faut-il le préciser) siégeaient au conseil des ministres. Et croyez-le ou non, la presse canadienne-française ne s’est pas déchaînée pour dénoncer l’injustice.

« Les pensionnats, c’est la faute de l’Église! »
Vous pensez que les prêtres, les religieux et les religieuses n’étaient pas Québécois? C’est un peu comme dire que les Québécois n’ont rien à se reprocher pour les agressions sexuelles sur les femmes autochtones de Val-d’Or parce que leurs bourreaux étaient des policiers. Et ce n’est pas comme si le gouvernement du Québec avait protesté contre le régime des pensionnats. Nous nous en accommodions très bien: les pensionnats suivaient le développement industriel. Ils servaient à « pacifier » les nations près des sites d’exploitation minière et forestière.

« Mais quand Louis Riel a été pendu, nous avons protesté! »
Oui. Parce que Louis Riel était francophone et catholique. Nous étions horrifiés par la répression des Métis parce qu’ils nous ressemblaient. La « Rébellion du Nord-Ouest » impliquait aussi des Cris et des Assiniboines. Nous n’avons pas versé une larme pour ceux-là.

Si après on croit toujours que c’est le gouvernement fédéral qui est responsable de tous les problèmes, j’aimerais rappeler ceci: En 1915, le gouvernement du Québec retire le droit de vote aux Autochtones, qu’on appelle les « Sauvages » à l’époque. Pourquoi? Parce qu’en 1912, la loi électorale a été modifiée de façon à accorder à toute fin pratique le suffrage universel masculin. Auparavant, le droit de vote était encore réservé aux propriétaires. On s’est rendu compte que la nouvelle loi accorderait également le droit de vote à de nombreux Autochtones. En 1915, année pré-électorale, les riches messieurs gouvernant le Québec ont donc retiré le droit de vote aux Autochtones. Cette injustice ne sera corrigée qu’en 1969. Le Québec est la dernière province à accorder le droit de vote aux Autochtones, 20 ans après la Colombie-Britannique (la première) et 4 ans après l’Alberta (l’avant-dernière).

Fait à noter: Il n’y a aucune opposition à l’Assemblée nationale lorsque le premier ministre Jean-Jacques Bertrand propose d’accorder le droit de vote aux « Indiens ». Le principe semble aller de soi. Un peu comme si on avait oublié depuis le temps que les Premières nations ne participaient pas au processus démocratique. Ce n’est pas par hostilité ou par racisme que les Québécois ont privé aussi longtemps les Autochtones du droit de vote. C’est par indifférence.

La même indifférence qui explique que cinq ans après la mort tragique de Joyce Echaquan, le Conseil des Atikamekw de Manawan reçoit encore de nombreuses plaintes de personnes ayant subi du racisme ou de la discrimination dans le système de santé ou autres institutions gouvernementales. L’indifférence qui pousse les nationalistes à refuser de reconnaître le racisme systémique parce qu’il faut continuer à flatter l’orgueil national. Malgré toutes les émotions et les belles promesses qui ont suivi la mort de Joyce, malgré les rappels annuels qu’il reste encore du travail à faire, le sort des Autochtones nous laisse profondément indifférents.

La journée de la Vérité et de la Réconciliation, ce n’est pas la journée pour réécrire l’histoire et se féliciter d’avoir été moins pires que d’autres. C’est la journée pour se regarder dans le miroir, prendre conscience des failles encore bien réelles du système et nous demander collectivement ce que nous pouvons faire pour corriger les injustices.

Le petit lien du week-end : « Il injecte ChatGPT dans Animal Crossing : les villageois parlent maintenant de Trump »

26 septembre 2025 à 13:12

Afin de retrouver une forme de régularité (ou d’astreinte) dans ce merveilleux blog, je relance le billet du vendredi soir, celui du petit lien du week-end.

Et vous propose une lecture totalement ahurissante dont le titre suffit à donner toute la mesure : « Il injecte ChatGPT dans Animal Crossing : les villageois parlent maintenant de Trump. »

L’auteur de cette enquête (car c’en est une) est journaliste, il s’agit d’Arnaud Pessey, et tout son blog est passionnant.

  • ✇affordance.info
  • La bataille de l’IA, et nos effondrements.
    A l’invitation de la chaire Unesco RELIA de l’université de Nantes et dans le cadre de la Nantes Digital Week, j’étais ce vendredi 19 Septembre 2025 en bonne compagnie pour une « Scientific Battle » sur le thème suivant : « L’intelligence artificielle va-t-elle nous rendre (encore) plus idiots ? »   Voici ce que j’y ai dit, sachant que le format était celui de la contrainte : 3 minutes et basta. Je vous livre donc ces trois minutes mais aussi (et peut-être surtout) des réflexions complémentaire
     

La bataille de l’IA, et nos effondrements.

21 septembre 2025 à 12:33

A l’invitation de la chaire Unesco RELIA de l’université de Nantes et dans le cadre de la Nantes Digital Week, j’étais ce vendredi 19 Septembre 2025 en bonne compagnie pour une « Scientific Battle » sur le thème suivant : « L’intelligence artificielle va-t-elle nous rendre (encore) plus idiots ? »

 

Voici ce que j’y ai dit, sachant que le format était celui de la contrainte : 3 minutes et basta. Je vous livre donc ces trois minutes mais aussi (et peut-être surtout) des réflexions complémentaires.

Ce que j’ai dit à la Scientific Battle en 3 minutes
(douche comprise)

366 avant JC, Platon dans le Phèdre se demande si l’écriture ne va pas nous rendre idiots et nous faire « perdre la mémoire ». Vingt-trois siècles plus tard, en 2008 Nicolas Carr se demande : « Google va-t-il nous rendre stupides ? » Et aujourd’hui donc on se demande :  « l’IA va-t-elle nous rendre encore plus idiots. » Vous noterez le « encore » qui est bien de circonstance 🙂

Plutôt que de parler d’IA je vais me concentrer sur ce que j’appelle (dans ce magnifique livre) les artefacts génératifs (les outils comme ChatGPT, Midjourney, Le Chat, Claude, Gemini, etc.). Vont-ils nous rendre encore plus idiots ?

D’abord ils nous font faire moins d’effort. Ces technologies allègent à la fois notre coût cognitif (« l’attribution de ressources attentionnelles à une tâche »)  et notre bagage cognitif (ce que cela mobilise comme connaissances).

From « ChatGPT » to « CouchGPT »

Ensuite ils démobilisent notre attention. On devient plus crédule. Ces technologies abaissent notre seuil de vigilance. L’idée (comme les notifications) c’est d’installer des arcs-réflexe, des routines, qui, à force, nous évitent non pas « de penser » ou « de réfléchir » mais de se souvenir qu’il faut penser ou qu’il faut réfléchir, par exemple à ce que ces artefacts génératifs nous disent, à pourquoi ils nous le disent et à comment ils nous le disent. D’autant qu’on a documenté ce que des chercheurs (Jacob, Kerrigan, Bastos 2025) appellent le « chat-chamber effect », le fait que nous « fassions confiance aux hallucinations de l’IA » dès lors que les informations / hallucinations vont dans le sens de nos croyances ou de notre questionnement, même si ces informations sont  incorrectes, non contrôlées et non vérifiées. Le titre complet de leur article c’est : « L’effet ‘Chat-Chamber’ : faire confiance aux hallucinations de l’IA« .

Et puis ces artefacts génératifs nous rendent moins exigeants. Ces technologies abaissent aussi notre seuil d’exigence parce qu’elles jouent sur un biais de disponibilité exacerbé qui se double d’une dimension de biais d’opacité (l’information est disponible, certes, mais difficile de savoir d’où elle a été tirée). Le biais de disponibilité c’est « se baser uniquement ou principalement sur les informations immédiatement disponibles en mémoire. » Et là on doit se demander : mais dans la mémoire de qui ? ChatGPT c’est la mémoire de … qui ? Des auteurs, photographes et des créateurs dont les oeuvres sont pillées (Anthropic a récemment promis un chèque d’1,5 milliards de dollars à un collectif d’auteurs pour éviter un procès) ? D’artefacts génératifs précédents dont les productions sont à leur tour mises en mémoire ? Avec déjà des formes de consanguinité « générative » qui sont accablantes comme ces images jaunies à force d’être copiées sur style Ghibli ou de manière générale des mécanismes d’effondrement de modèles autophages ?

Alors en effet quand on fait moins d’efforts (intellectuels), quand on fait moins attention, et quand on est moins exigeant intellectuellement, il est possible que l »on soit un peu plus idiot qu’avant.

Il y a une citation de Philippe Meirieu qui me semble très bien résumer tout cela : « l’IA comble le désir de savoir mais tue le désir d’apprendre. »

Pourtant au commencement, les idiots c’était pas nous ; les idiots c’étaient clairement ces IA et ces artefacts génératifs. Et vas-y que ça te proposait des recettes d’omelettes avec des oeufs de mouton, et vas-y que ça t’expliquait pourquoi « Jean-Paul Sartre avait écrit Le Petit Bonhomme en mousse », et vas-y que, de manière bien plus préoccupante, ça t’indiquait que « oui on a des doutes sur l’existence de la Shoah ».

Et puis on s’est mis à leur parler beaucoup et on a oublié ce que disait Audiard : « J’parle pas aux cons ça les instruit. » Maintenant on a une question à se poser : on fait quoi collectivement de ces artefacts génératifs très très cons que nous avons contribué à instruire (mais très incomplètement et très imparfaitement) ? On en fait quoi alors même qu’ils n’ont jamais eu et qu’ils n’auront jamais … aucun désir d’apprendre ? Pour le savoir on peut bien sûr poser la question à ChatGPT ; ou alors on peut aussi commencer par relire le Phèdre de Platon.

Moralité ? Je ne suis pas certain que ça nous rende tous encore plus idiots, mais je suis presque totalement convaincu que ça ne pas nous rendre collectivement plus intelligents.

Ce que je n’ai pas dit à la Scientific Battle.
(parce que ça ne tenait pas en 3 minutes)

L’IA c’est vaste, ça permet en médecine de sauver des vies et de détecter des cancers précocement, de concevoir de nouvelles molécules et de faire du design de protéines, mais ça permet aussi de faire du ciblage marketing émotionnel pour vous afficher des pubs juste au moment où vous êtes le plus « disponible », et puis ça fait vos devoirs à votre place et puis dès que vous avez une idée totalement crétine ou criminelle (genre transformer Gaza en Riviera), bah ça l’illustre et lui donne vie directement, ça imprègne, ça imprime, ça impressionne.

Je ne crois pas que les technologies (quelles qu’elles soient) nous rendent idiots. Par contre elles changent, modifient, transforment notre rapport au monde. La voiture, le train, l’avion ont moins modifié notre rapport à la vitesse et au déplacement individuel que notre rapport collectif à la géographie du monde. L’imprimerie a moins modifié notre rapport individuel à la lecture que notre rapport collectif aux structures sociales du pouvoir et de la contestation du pouvoir ; elle a transformé les anciens régimes de vérité et en a inauguré de nouveaux. Les moteurs de recherche, les réseaux sociaux et maintenant l’IA ont moins modifié notre rapport individuel à la question de l’accès à l’information et aux connaissances que notre rapport collectif à celles et ceux qui étaient jusque-là garants de la production d’informations vérifiées et de connaissances procédant par accumulation et respect de procédures scientifiques.

La question n’est donc pas tant de savoir ce que ces technologies nous font mais ce qu’elles font au monde et, surtout, ce que nous ferons et serons encore capables de faire dans le monde qu’elles façonnent.

Le grand paradoxe de ces technologies d’intelligence artificielle, via leurs artefacts génératifs, c’est qu’elles ne nous fatiguent pas (cf leur coût cognitif quasi nul) mais qu’elles produisent des formes d’épuisement de la langue et du réel. Ces générations artificielles n’ajoutent pas à nos imaginaires, à nos possibles, elles leur enlèvent, elles leurs ôtent quelque chose par les instanciations systématiques et à coût nul de chaque réponse, de chaque possible, de chaque probable. Pour paraphraser le titre de l’ouvrage d’un philosophe célèbre, elles nous placent dans un monde qui n’est vu que comme représentations et plus comme volonté. Ce sont des technologies du retrait, de la mise en retrait. Alors bien sûr il y a des exceptions : le domaine médical et celui de la recherche fondamentale dans le domaine de la biologie, de la physique, et quelques autres encore. Mais dans ces domaines ces technologies sont exactement à leur place, c’est à dire que nous leur commandons de faire à notre place sur la base d’instructions et de méthodologies claires : leur capacité de calcul est mobilisée dans les lignes et contraintes que nous définissons, elles sont assignées. Alors que dans la sphère médiatique informationnelle de leur propagation, elles définissent un agenda d’assujettissement qui répond aux commandes des infrastructures de pouvoir qui les hébergent et les commandent.

Ce qu’il nous faut craindre, ce sont les alignements de tous nos effondrements. Effondrements de la parole journalistique, de l’espace médiatique, du lien social, de l’exercice politique du pouvoir. Mais aussi leurs pourrissements volontaires par les affrontements culturels autour de cette internationale capitaliste réactionnaire et néo-fasciste. Et au milieu donc les effondrements des IA et des artefacts génératifs. Or nous entrons dans une époque où tous ces pourrissements volontaires et où tous ces effondrements documentés s’alignent et font cadre. Ils deviennent un déterminisme qui nous conduit vers un abîme ; un abîme que nous regardons avec la lucidité que nous apportent celles et ceux qui le documentent sur le plan politique, historique, journalistique (les derniers numéros Fascisme 2.0 et Guerres de la revue AOC en sont une remarquable synthèse) mais pour lequel il semble que l’inertie soit désormais trop grande pour pouvoir l’éviter.

Comme l’écrivait Beckett, « Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. Les grains s’ajoutent aux grains, un à un et un jour, soudain, c’est un tas, un petit tas, l’impossible tas. » L’impossible est en train d’advenir.

Et au milieu de cet impossible il y a ces chiffres et cette frénésie comptable qui est la nouvelle phrénologie de l’essentialisation capitaliste de nos pulsions et de nos désirs (Stiegler parlait d’une économie libidinale). Ces chiffres en voici quelques-uns qui concernent ChatGPT : « 700 millions d’usagers, qui lui adressent chaque jour 2,6 milliards de requêtes. » (Google c’est plus de 13 à 16 milliards par jour).

Et cette question supplémentaire : que sont devenus les gens à qui nous ne posons plus ces questions parce que nous les posons à Google ou à ChatGPT ? Et quelles auraient été leurs réponses ? Que serions-nous devenus dans ces échanges, ces réponses ou ces absences de réponses immédiates ? Que seraient devenues nos singulières errances d’ignorance, vers quel destin ou quels ailleurs nous auraient-elles conduites ? Et quelles réponses collectives leurs auraient alors été apportées ? De cela nous n’en saurons jamais rien. Il ne nous reste alors que le frémissement d’une inquiétude, clinique, la même que celle qui traversait Apostolos Gerasoulis (le papa du moteur de recherche Ask Jeeves) lorsqu’il s’interrogeait en regardant défiler les dix millions de requêtes quotidiennes d’Ask Jeeves : « Je me dis parfois que je peux sentir les sentiments du monde, ce qui peut aussi être un fardeau. Qu’arrivera-t-il si nous répondons mal à des requêtes comme ‘amour’ ou ‘ouragan’ ? »

Il n’est qu’une seule manière d’apaiser cette inquiétude, c’est d’avoir la certitude que Sam Altman (dirigeant d’OpenAI), Daniela Amodei et Dario Amodei (fondateurs et dirigeants d’Anthropic), Arthur Mensch, Guillaume Lample et Timothée Lacroix (fondateurs et dirigeants de Mistral AI) et quelques autres se posent et se poseront tous les jours cette même question et qu’elle guide et guidera chacune de leurs décisions. Et comme c’est une certitude que nous n’aurons jamais, notre seul impératif est de la leur poser sans cesse, sans trêve et sans relâche.

 

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • L’ami juif, l’ami gai et le colocataire trans
    Hermann Wilhelm Goering était un des hommes de confiance d’Adolf Hitler. Nazi de la première heure, il a fait adopter les lois de Nuremberg, présidé à l’élimination des Juifs de l’économie allemande et ordonné la mise en oeuvre de la « solution finale à la question juive ». Je pense que personne ne pourrait nier que Goering était antisémite. Et pourtant! Goering a fait nommer le Juif Erhard Milch secrétaire d’État dans son ministère de l’Air après l’avoir fait légalement reconnaître comme ary
     

L’ami juif, l’ami gai et le colocataire trans

19 septembre 2025 à 12:49

Hermann Wilhelm Goering était un des hommes de confiance d’Adolf Hitler. Nazi de la première heure, il a fait adopter les lois de Nuremberg, présidé à l’élimination des Juifs de l’économie allemande et ordonné la mise en oeuvre de la « solution finale à la question juive ». Je pense que personne ne pourrait nier que Goering était antisémite. Et pourtant!

Goering a fait nommer le Juif Erhard Milch secrétaire d’État dans son ministère de l’Air après l’avoir fait légalement reconnaître comme aryen (donc non-Juif). Il a fait sortir d’un camp de concentration toute la famille du Juif danois Hugo Rothenberg. Et lorsqu’il a fait arrêter 20 000 Juifs au lendemain de la Nuit de Cristal en 1938, il s’est assuré d’exclure ses anciens frères d’armes de la Première Guerre mondiale. À des collègues le remettant en question, il aurait déclaré « C’est moi qui décide de qui est Juif et de qui ne l’est pas! »

Source: François Kersaudy, Hermann Goering, Perrin, 2013.

Je vous parle de Goering parce que des centaines de personnes tentent de nous convaincre que Charlie Kirk n’était ni raciste, ni homophobe, parce qu’il avait un ami noir et homosexuel. Mais non, ça ne veut strictement rien dire.

Avant d’aller plus loin: Chers détracteurs, je vous déconseille de me lancer un « point Godwin » au visage comme si ça devait détruire tout mon raisonnement. La loi de Godwin dit que plus une discussion s’étire, plus elle risque de mener à une comparaison avec les nazis. Elle n’invalide pas toute comparaison avec le nazisme, surtout quand la comparaison est fondée. Dans un contexte où des milliers d’immigrants sont arrêtés sans mandat et envoyés dans un camp de concentration où ils disparaissent sans laisser de trace et où on arrête les politiciens qui posent des questions sur leur sort, je pense que la comparaison avec le nazisme est tout à fait justifiée.

Mon raisonnement est: si l’un des pires criminels antisémites de l’histoire de l’Occident a pu avoir des amis juifs, un militant homophobe et raciste peut très bien avoir un ami noir et homosexuel, voire plusieurs.

Il y a également beaucoup de gens qui ont entendu dire que l’assassin de Kirk avait un « colocataire trans » (affirmation très discutable, mais je n’élaborerai pas ici) et que ce serait une preuve que l’assassin serait un militant de la gauche radicale, voire que son meurtre aurait carrément été motivé par son activisme transaffirmatif. À tout le moins, cela prouverait que le tueur n’est pas un homme de droite, ce que laisse penser tout le reste de son profil.

Encore une fois, non. Si l’un des pires criminels antisémites de l’histoire de l’Occident a pu avoir des amis juifs, un républicain chrétien conservateur et homophobe peut très bien avoir un « colocataire trans » sans que cela nous révèle quoique ce soit sur ses convictions politiques.

Il y a presque 20 ans, l’humoriste Laurent Paquin se moquait du Doc Mailloux qui tentait de nous convaincre qu’il n’était pas raciste en nous parlant de son voisin noir qui produisait des prunes délicieuses. Je ne peux pas croire qu’encore aujourd’hui, des gens utilisent cette défense sans se rendre compte du ridicule.

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  • La construction de l’autre à l’Assemblée nationale: Liste détaillée
    En novembre 2024, le député solidaire de Maurice-Richard, Haroun Bouazzi, a créé une polémique en affirmant qu’il voyait tous les jours la “construction de l’autre” à l’Assemblée nationale. Il faisait référence entre autres à cette fâcheuse tendance de nos politiciens prétendument nationalistes à pointer du doigt l’immigrant pour tous les problèmes du Québec. La classe médiatique et politique s’est empressé de dénoncer ses paroles et de l’accuser de traiter tout le Québec de raciste. Je vous pré
     

La construction de l’autre à l’Assemblée nationale: Liste détaillée

17 septembre 2025 à 08:59

En novembre 2024, le député solidaire de Maurice-Richard, Haroun Bouazzi, a créé une polémique en affirmant qu’il voyait tous les jours la “construction de l’autre” à l’Assemblée nationale. Il faisait référence entre autres à cette fâcheuse tendance de nos politiciens prétendument nationalistes à pointer du doigt l’immigrant pour tous les problèmes du Québec. La classe médiatique et politique s’est empressé de dénoncer ses paroles et de l’accuser de traiter tout le Québec de raciste. Je vous présente ici une liste des déclarations qu’on peut selon moi associer à cette “construction de l’autre” depuis la campagne électorale de 2022. Cette liste sera mise à jour.

  1. Paul St-Pierre Plamondon
  2. François Legault
  3. Bernard Drainville
  4. Autres

Paul St-Pierre Plamondon

25-26 janvier 2023

Contexte : Le Parti québécois demande que le chemin Roxham soit fermé

Déclaration : « On est les seuls à être à la recherche d’un modèle durable afin de faire en sorte qu’on évite ce qu’on voit ailleurs dans le monde en ce moment : la montée des extrêmes», a affirmé le chef péquiste en point de presse en marge du caucus présessionnel de son parti. 

Paul St-Pierre Plamondon cite en exemple des pays comme le Danemark, la Suède, la Hongrie, la France ou encore l’Angleterre.

Le Parti québécois demande que le chemin Roxham soit fermé. «Si on compte l’immigration temporaire, la situation à Roxham, qui est en progression, et on prend les seuils actuels, nous, on constate le déclin du français, l’incapacité à loger tout le monde et l’incapacité à offrir des services. Donc, on est à la recherche d’un modèle qui soit plus durable, plus rassurant, plus garant de notre paix sociale et de la qualité des services également», a dit le chef de la formation indépendantiste. 

«Supposons qu’on atteint les 100 000, puis ensuite on atteint les 200 000 entrées irrégulières. 95 % d’entre elles au Québec seulement, il faut visualiser l’impact», a-t-il ajouté.

«Ça va exacerber des insatisfactions»

(…)

Le chef péquiste croit que si on n’agit pas, il y aura des conséquences. 

«Un modèle dans le cadre duquel le français est condamné à reculer, qu’on est en crise de logement exacerbée et que certaines familles ne peuvent même pas se loger et dans lequel on n’arrive plus à fournir des services à la population, ça va exacerber des insatisfactions», a-t-il dit. 

«Si on fait l’erreur de ne pas trouver des modèles durables, ça aura des conséquences sur certaines parties de l’électorat qui vont décider de prendre les choses d’une autre manière», a ajouté le chef péquiste. 

Le PQ veut baisser les seuils d’immigration à 35 000 personnes par année. Ils sont actuellement fixés à 50 000.

(…)

Paul St-Pierre Plamondon persiste et signe : le Québec met bel et bien en jeu, selon lui, sa « paix sociale » s’il poursuit sur sa lancée en immigration.

Le chef péquiste est revenu sur ses propos tenus la veille en marge du caucus de son parti, où il avait affirmé qu’une arrivée massive de demandeurs d’asile irréguliers, comme ceux qui entrent par le chemin Roxham, pourrait être favorable à la montée des extrêmes, citant des pays comme la Hongrie et la France.

Lorsque l’immigration n’est pas planifiée, surtout lorsqu’il n’y a pas de critères de sélection comme c’est le cas à Roxham, et que le nombre de personnes accueillies […] excède largement la capacité de loger, de nourrir les gens qui n’ont pas de permis de travail, ça a un impact sur la société d’accueil, a soutenu jeudi M. St-Pierre Plamondon à l’émission Tout un matin, sur les ondes d’ICI Première.

Ce que je constate, c’est que, dans les autres pays dans le monde qui ont raté cette planification [de l’immigration], ça a des conséquences sur leur tissu social, sur leur paix sociale.

S’il n’a pas précisé sa conception des extrêmes, le chef du Parti québécois a laissé entendre qu’il craignait une montée de l’extrême droite causée par une gestion chaotique de l’immigration.

Source : https://www.lesoleil.com/2023/01/25/immigration-le-pq-veut-etre-un-rempart-contre-les-extremes-b60a16c4ee6ba554d151519515633b42/

Source : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1951403/parti-quebecois-chef-migrant-chemin-roxham-frontiere

9 mai 2023

Auteur : Paul St-Pierre Plamondon

Contexte : La CAQ a retiré de son programme la volonté d’obtenir pour le Québec les pleins pouvoirs en immigration.

Déclaration : « Vous savez qu’en fin de semaine, la CAQ a retiré de son programme la volonté de rapatrier les pouvoirs en immigration. Donc désormais il faut comprendre que la CAQ n’a plus cette prétention-là. Dans quel cas, je veux savoir de notre premier ministre : Si vous n’êtes plus pour obtenir les pleins pouvoirs en immigration et que votre engagement envers le Canada est absolu et éternel, j’aimerais que vous nous disiez si vous optez pour l’affaiblissement, voire la disparition, à long terme, du français dans le Canada ? »

Source: https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-88437.html

17 janvier 2024

Auteur : Paul St-Pierre Plamondon

Contexte : Les économistes Stéphane Marion et Alexandra Ducharme affirment que le Canada est tombé dans un piège démographique puisque la construction de logements ne suit pas l’augmentation de la population.

Déclaration : « On ment éhontément à la population. Les économistes disent que la hausse des seuils n’est pas une solution, n’a pas d’impact sur la pénurie de main d’œuvre. Et lorsque le ministre Marc Miller dit qu’il n’y a pas de problème parce que chaque immigrant va bâtir lui-même sa maison, c’est vraiment du délire. C’est une dérive idéologique qui a des conséquences réelles. C’est-à-dire que l’itinérance monte en flèche aux quatre coins du Québec, les logements ne sont plus abordables et il y a des conséquences sociales, l’appauvrissement des ménages parce que les loyers augmentent de manière incontrôlée. Tout ça pour des faussetés. Pour un courant idéologique. »

Source : https://www.youtube.com/watch?v=qGAIjkC515s

31 janvier 2024

Contexte : Débat à RDI entre les chefs de parti excepté François Legault.

Déclarations : « Si on ne réduit pas les travailleurs temporaires, les demandeurs d’asile et les étudiants étrangers, on arrivera jamais à un équilibre et cette crise du logement, mais aussi la crise sur notre capacité à livrer des services et à intégrer en français, vont se poursuivre. » Le chef intérimaire du Parti libéral, Marc Tanguay, lui demande alors s’il trouve qu’il y a trop de travailleurs temporaires au Québec et qu’il aimerait en voir quitter. « Par définition, un visa temporaire, c’est quelqu’un qui arrive et qui quitte. Et donc ça vient avec la définition de travailleur avec un visa temporaire. Si le simple fait d’arriver sur le territoire donne un statut de permanent, peu importe par quel chemin, peu importe si on remplit les critères ou non, ça crée un chaos. »

Source : https://lactualite.com/actualites/il-faut-moins-dimmigrants-temporaires-au-quebec-clame-paul-st-pierre-plamondon/

20 août 2024

Contexte : PSPP réagit à l’annonce du gouvernement du Québec d’imposer un moratoire de six mois sur l’émission de permis pour les travailleurs étrangers temporaires.

Déclaration : « Ça témoigne du fait que [François Legault] est complètement dépassé par la situation en matière d’immigration. Il est impuissant vis-à-vis le fédéral. Et ce n’est pas des mesures en surface et aussi pointues qui vont renverser une tendance qui est très lourde. C’est un petit pas, mais on n’est plus à l’époque des petits pas. On est au moment de prendre des mesures très fermes pour renverser une situation qui est intenable, de son propre aveu. En guise de réponse, le Parti québécois présentera d’ici octobre « un plan de réduction drastique et substantielle » de l’immigration temporaire et permanente. Le projet péquiste touchera « toutes les catégories de manière à ce que la crise du logement se résorbe, qu’on retrouve un équilibre », a-t-il dit. M. St-Pierre Plamondon n’a pas voulu étayer ce que signifie pour lui une « réduction drastique ».

« Attendez-vous à un contraste très, très important entre les mesurettes de la CAQ et la procrastination de la CAQ, d’une part, et notre volonté de ramener le modèle à quelque chose de durable et viable, c’est-à-dire un modèle qui correspond à notre capacité d’intégrer en français, de donner des services équitables à tout le monde et de donner un toit à tout le monde », a-t-il résumé.

Source : https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-95089.html

https://ici.radio-canada.ca/rci/fr/nouvelle/2098148/immigration-quebec-ptet-etudiants-etrangers

10 septembre 2024

Contexte : Un stagiaire en enseignement est la victime d’horribles commentaires haineux de la part de certains de ses élèves, la plupart visant son orientation sexuelle.

Déclaration : « Cette situation soulève la question du communautarisme religieux et de l’incapacité de nos écoles à intégrer une partie des nouveaux arrivants à la société québécoise. Lors de l’entrevue au 98,5, l’animateur Patrick Lagacé a demandé si le caractère multiethnique de la classe en question avait pu jouer dans la banalisation de ce genre de geste. C’est une question qui est, je le conçois, très délicate. On doit l’aborder avec toute la responsabilité qui nous incombe et les mots justes. Mais on doit l’aborder. Est-ce que le rapport à l’homosexualité qu’ont des membres de certaines communautés, dans le contexte d’une salle de classe issue à 90% de l’immigration, a pu jouer dans un cas comme celui-ci?  (…) L’incapacité de plus en plus grande du Québec à intégrer par l’école est un réel sujet qui devrait tous nous préoccuper collectivement. Sans intégration, nous assisterons à la désintégration du contrat social québécois axé sur la paix sociale, ainsi que de notre culture québécoise, cette même culture paisible et respectueuse qui fait du Québec une terre d’accueil si attirante. Il ne s’agit pas ici de blâmer qui que ce soit ou de trouver des coupables, mais plutôt de faire des constats difficiles mais nécessaires, qui nous permettront d’avancer et de trouver des politiques publiques capables de recréer une mixité et une intégration dans les valeurs partagées de notre société. L’un des mandats fondamentaux de l’école est de former des citoyens. L’école québécoise ne doit plus uniquement viser à transmettre la maîtrise du français, elle doit aussi viser à transmettre la culture québécoise, notre vision du monde et notre façon de participer et de le façonner. Et surtout de transmettre une citoyenneté qui garantit une place, la sécurité et le respect de tous et chacun. »

(Bref, oui il y a de l’homophobie au Québec, mais c’est surtout la faute des immigrants.)

Source : https://x.com/PaulPlamondon/status/1833658356692660438

28 octobre 2024

Contexte : Conférence de presse à l’Assemblée nationale. Le Parti québécois présente son plan en matière d’immigration.

Déclaration : « Donc, on va se concentrer sur le fait de régler des crises qui ont une influence négative sur le taux de natalité au niveau du logement, des services. Notre réflexion peut peut-être aller plus loin dans le programme de 2026, mais c’est relié, parce que si nos seuils d’immigration sont trop élevés, il n’y a pas de logement, le logement coûte très cher, les gens sont étouffés au niveau du paiement de leur hypothèque et du loyer, est-ce qu’ils vont prendre la décision d’avoir un enfant ou un enfant de plus? Les deux sont reliés. »

https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-96273.html

6 janvier 2025

Contexte : Paul St-Pierre Plamondon dresse un bilan du gouvernement Trudeau sur sa page Facebook.

Déclaration : « Immigration incontrôlée créant la pire crise du logement et des services depuis des décennies. »

Source : https://www.facebook.com/share/p/1ZNUbAeDaQ/

8 avril 2025

Contexte : Point de presse pendant la campagne électorale fédérale pour demander de fermer les frontières aux Américains qui tentent de fuir leur pays depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Déclaration :  « Au Québec, le nombre de demandes d’asile en provenance des États-Unis a triplé depuis l’arrivée de Donald Trump, et, comme je vous le disais en novembre dernier, c’est probablement juste le commencement, la pointe de l’iceberg d’un phénomène qui va être beaucoup plus grand et qui vise des millions de personnes. J’en ai parlé en novembre dernier pour dire : Il faut surveiller ça. Et je réitère, là, le Québec est un endroit accueillant, respectueux, mais la crise du logement, l’impact sur les services et le recul du français n’est plus un débat au Québec. »

« Parce que si vous pensez que Roxham… si vous pensez que Roxham, c’était du sabotage, ce qui s’en vient, compte tenu, là, des millions de personnes qui sont en jeu avec les politiques de Donald Trump, ce qui s’en vient est peut-être encore beaucoup plus gros que ce qu’on a connu sur Roxham. »

Source : https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-99185.html

3 juin 2025

Contexte : Point de presse pour commenter la première rencontre entre François Legault et Mark Carney.

Déclaration : « On est rendus, au Québec, seulement pour les quatre premiers mois de l’année à 14 000 demandeurs d’asile. Et, ça, c’est une des catégories en immigration. Mais ça veut dire que, pendant que le gouvernement prépare un document où est-ce qu’on va nous dire que les seuils sont maintenant à 30 000, 35 000, 40 000, dans les faits, on continue à accueillir nettement plus de personnes. Et on n’a aucun contrôle là-dessus. La CAQ a littéralement perdu le contrôle sur le nombre de personnes qu’on accueille au Québec. Peu importe ce qu’il dit par après, ça ne correspond pas à la réalité.

Donc, juste pour vous donner une impression, là, au mois d’avril, on parle de 2 875 entrées à Lacolle, c’était 654 l’année dernière. On est pas mal, donc, dans des chiffres qui ressemblent à l’époque de Roxham. Donc, on est vraiment dans un délire idéologique, et la CAQ choisit de se fermer les yeux.

Donc, je vous parle de ça parce qu’on a un François Legault tout sourire hier, il se rend à sa première rencontre avec Mark Carney, et moi, je lui avais demandé : Allez vous demander les pleins pouvoirs en immigration, là? C’est une question de survie de la nation, de louisianisation. Allez-vous le faire? Moi, je n’ai pas entendu parler de ce sujet-là. J’ai entendu parler seulement d’économie. Or, qu’en est-il de l’économie du Canada depuis 10 ans? Ça, c’est le tableau de la croissance économique per capita du Canada de 2015 à 2024. Vous avez de la misère à le voir dans le fond, là, mais la croissance économique du Canada, là, elle est ici, elle est minuscule. Et, ce matin, là, notamment, le National Post, mais d’autres médias rapportent le rapport de l’OCDE, qui est très clair : la croissance économique du Canada, dans les 10 dernières années, est minuscule, en raison d’un choc démographique, ce qu’on appelle…

Dans notre document sur l’immigration, on vous a donné plusieurs études qui parlent d’un piège démographique. C’est-à-dire que, si on impose une hausse de l’immigration trop forte, trop soudaine, ça crée une crise du logement, ça crée beaucoup de ressources en adaptation, et ultimement, donc, ça crée une stagnation de la création de richesse. Donc, de voir… puis vous avez vu mes tableaux des dernières fois, là… donc, on a connu une hausse incroyable du prix du logement. Pourquoi? Parce que la population du Canada explose, par rapport à n’importe quel autre pays de l’OCDE.

Et je vous parle de ça donc, parce qu’on doit constater que d’une part, ce sont des discussions très, très hypothétiques, avec lesquelles je n’ai aucun problème, là… Parler d’économie, c’est correct. Mais passer à côté du principal sujet, du principal aspect problématique de l’économie canadienne depuis 10 ans, selon le rapport de l’OCDE, et omettre son engagement, comme premier ministre, de demander les pleins pouvoirs en immigration, parce que François Legault sait ce qu’il va lui arriver, c’est-à-dire un autre refus, je trouve ça irresponsable.

Donc, j’aimerais rappeler à nouveau que le sabotage de notre modèle d’immigration, qui fonctionnait, c’est un sabotage qui vient du fédéral. J’aimerais rappeler que jamais on n’aura vu un premier ministre perdre le contrôle sur l’immigration que François Legault. Et j’aimerais rappeler que, pour tous les Québécois, incluant les Québécois issus de l’immigration, personne n’a intérêt à être dans un modèle où la crise du logement s’exacerbe, continue de… à croître, où on n’est plus capables de livrer les services, et où le français recule de manière spectaculaire, comme vous pouvez le voir à nouveau avec les plaintes à l’Office québécois de la langue française. Donc, personne n’a intérêt à ça.

Et on ne peut pas accueillir des centaines de milliers… Il y aurait peut-être des millions de personnes qui veulent venir au Québec, du jour au lendemain, et qui ont des bonnes raisons, mais il y a… à un moment donné, il va falloir se pencher sur un modèle durable, en fonction de notre capacité d’accueil, parce que tout ça ne fonctionne pas. Et je pense que, malheureusement, François Legault joue à l’autruche. »

Source: https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-100403.html

30 juillet 2025

Contexte : PSPP réagit à un reportage du Journal de Montréal qui établit que le tiers des homicides survenus au Québec en 2024 implique des jeunes de 21 ans et moins.

Déclaration : « Oui, c’est lié à des changements démographiques, on ne peut pas le nier. On assiste à l’émergence de groupes criminels nouveaux qui amènent au Québec des techniques de criminalité plus agressives pour lesquelles, à l’évidence, on est mal adaptés. Il y a 20 ans, avant les changements démographiques générés par l’immigration, on n’aurait jamais pensé que des groupes criminels puissent être aussi agressifs dans l’identification de jeunes, dès l’âge de 12-13 ans, pour les amener à des criminels actifs capables de meurtres à l’âge de 16 ans. Il faut prendre acte. On sous-estime, à l’échelle du Québec, la gravité de ce que ça peut entraîner, cette inaction-là. On connaît des cas, en Europe, de villes où on a perdu le contrôle de certaines parties de la ville en raison d’une ghettoïsation et d’une infiltration du crime organisé. »

Source : https://www.journaldequebec.com/2025/07/30/criminalite-chez-les-jeunes–une-violence-liee-a-limmigration-dit-pspp

14 septembre 2025

Contexte : Le Parti québécois a publié une publicité critiquant le nombre de demandeurs d’asile « imposé » par « le Canada ». La publicité a été dénoncée comme trompeuse par plusieurs personnes, dont Louise Harel et Pierre Céré. Le 14 septembre 2025, Paul St-Pierre Plamondon publie un texte pour justifier la publicité.

Déclaration : « Rappelons que le Québec avait une planification de l’immigration qui fonctionnait très bien avant que le gouvernement fédéral, sous Trudeau, ne vienne la saboter. Rappelons également que les Québécois issus de l’immigration, comme tous les autres Québécois, n’ont pas plus d’intérêt que les autres à vivre dans une crise perpétuelle et aiguë du logement, ni à subir un recul des services publics ou encore du climat social, simplement pour plaire à quelques idéologues de la gauche radicale ou du gouvernement fédéral. »

Source : https://www.facebook.com/share/p/168N8QoXWz/

18 septembre 2025

Contexte: Paul St-Pierre Plamondon publie une vidéo dans laquelle il réplique à ses critiques sur le sujet de l’immigration

Déclaration: “Et c’est absolument faux d’affirmer que les Québécois issus de l’immigration ont des intérêts divergents de l’ensemble des Québécois, notamment sur la question fondamentale de la crise du logement, qui découle directement d’une immigration incontrôlée durant les dernières années. Les Québécois issus de l’immigration n’ont pas intérêt à ce que leur loyer, leur hypothèque soit désormais inabordable, parce qu’on a créé de toute pièce une crise du logement en accueillant un nombre de personnes beaucoup plus grand que notre capacité à faire des nouveaux logements durant la même année. Ce qui a créé évidemment un débalancement entre l’offre et la demande. Ils n’ont pas intérêt à ce que leurs enfants n’aient pas les moyens de s’acheter une première maison comme on voit en ce moment. Exactement comme l’ensemble des Québécois, les Québécois issus de l’immigration n’ont pas intérêt non plus à une dégradation des services publics comme la santé et l’éducation, même chose lorsqu’on parle de l’enjeu du climat social, personne n’a intérêt à ce qu’il se dégrade comme on le voit notamment en ce moment en Europe, en raison justement de dérives idéologiques qui ont mené à l’absence complète de planification entourant les questions d’immigration et d’intégration.”

Source: https://www.facebook.com/share/v/1DS3cRC7hD/

1er octobre 2025

Contexte: Paul St-Pierre Plamondon répond au discours d’ouverture de la session parlementaire prononcé par le premier ministre François Legault la veille

Déclaration: “Mais c’est parce que quand on regarde la croissance économique du Canada, par habitant, au cours des neuf dernières années, on se rend compte que le Canada est dernier. Dernier en occident, à part le Luxembourg. Il n’y a eu presque aucune croissance économique au cours des dernières années, et c’est dû à ce gouvernement libéral fédéral, qui est parti dans ses lubies idéologiques en amenant une vague d’immigration tellement soudaine et grande qu’essentiellement, pour faire une image, on a divisé la tarte, la même tarte, en des pointes plus petites, avec plus de personnes, mais on n’a pas été capables de générer de la croissance économique, on a été en adaptation à des changements migratoires.”

Source: https://www.youtube.com/watch?v=vRrFhADedkE

9 octobre 2025

Contexte: Entrevue à l’émission “Place publique” à Ici Première Saguenay-Lac-Saint-Jean. Paul St-Pierre répond aux questions de l’animatrice qui craint que la réduction de l’immigration temporaire nuise à l’Université du Québec à Chicoutimi et aux entreprises de la région.

Déclaration: Plamondon: L’entreprise privée, elle n’aura pas à se poser la question: il y a une crise du logement. L’augmentation des loyers, du prix des maisons, le fait qu’une nouvelle génération aura pas accès du tout à la propriété…
Animatrice: Mais vous savez que la crise du logement, c’est pas seulement le fait de l’immigration.
Plamondon: Majoritairement, c’est LE facteur principal, je vous réfère à toutes les études qu’on a citées. Le facteur le plus important dans la crise du logement, c’est le choc démographique qu’on a connu dans les dix dernières années. Il y a pas de doute.
Animatrice: Il y a des gens qui vivent seuls de plus en plus, il y a eu moins de construction de logements sociaux abordables dans les dernières années…
Plamondon: Je vous réfère à cette étude de Pierre Fortin qui dit: “De tous les facteurs, le facteur le plus déterminant, c’est ce choc démographique.” Et d’ailleurs les fonctionnaires de Justin Trudeau l’avaient averti: si vous procédez avec votre politique, vous allez créer une crise du logement sans précédent, et pour des raisons idéologiques, on s’est entêté dans ce modèle-là.

Source: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2198494/immigration-pierre-fortin-crise-logement

12 février 2026

Contexte: Des maires et mairesses de partout au Québec ont réclamé une clause de droits acquis pour les participants du Programme de l’expérience québécoise. Paul St-Pierre Plamondon y répond dans une lettre ouverte publiée dans le Journal de Montréal.

Déclaration: (…) Mais il est surtout important de rappeler que le lien entre l’augmentation soudaine de la population, d’une part, et la hausse marquée des loyers et des hypothèques, le recul des services publics et le recul du français, d’autre part, est confirmé par plusieurs études. Les ménages qui n’arrivent plus à payer leur loyer n’ont pas de lobby puissant pour les représenter. Les jeunes qui réalisent qu’ils n’auront jamais accès à la propriété non plus. Mais quelqu’un doit se préoccuper du sort de ces millions de personnes et soulever le fait que la proposition de rendre permanents tous les temporaires reviendrait à pérenniser la crise du logement et à maintenir une pression élevée sur nos services.

Entre 2018 et 2025, la population du Québec a augmenté d’environ 771 000 personnes. Dans la région de Québec, elle est passée d’environ 816 000 à près de 905 000 habitants. Durant la même période, le prix médian d’une maison unifamiliale à Québec y est passé de 248 000$ à 520 200$, soit une hausse de plus de 110% en huit ans. Les loyers ont suivi la même tendance, passant d’environ 775$ en 2018 à 1273$ en 2025. L’itinérance, quant à elle, a augmenté de 36% entre 2018 et 2022.

En quelques années, l’abordabilité des logements s’est donc fortement détériorée, l’accès à la propriété pour les jeunes s’est restreint et l’itinérance a progressé. Comme l’a résumé Pierre Fortin, «la croissance démographique a provoqué la crise de l’habitation». (…)

Source: https://www.journaldemontreal.com/2026/02/12/peq-larbre-qui-cache-la-foret

19 juin 2026

Contexte: Paul St-Pierre Plamondon est l’invité de Vincent Roux à l’émission française Points de vue. L’animateur lui demande si l’immigration ne permet pas de lutter contre le vieillissement de la population.

Déclaration: Non. En fait les études démontrent qu’il n’y a pas de rajeunissement de la population même avec des seuils d’immigration très importants. Et les études plus récentes démontrent que une hausse subite de la population ne permet pas non plus de combler la pénurie de main-d’oeuvre. En fait ça creuse la pénurie de main-d’oeuvre parce que la société tombe en adaptation, tant pour le logement, l’accueil administratif que les écoles et les hôpitaux. De sorte que, quand on regarde l’Ontario, qui est la province canadienne qui a connu le plus une hausse subite de l’immigration, quand on regarde le Québec et d’autres endroits dans le monde, après dix, quinze ans de seuils d’immigration stratosphérique par rapport aux années 1990 et 2000, on se rend compte qu’on est toujours en pénurie de main-d’oeuvre, mais qu’on a des enjeux nouveaux, très complexes, à savoir une crise du logement qui crée l’inabordabilité pour la prochaine génération, l’impossibilité de se loger, mais également une crise des services publics qui crée une perte de confiance en la capacité de l’État de livrer des services de qualité. Il y a un recul du français, parce que la francisation dans certains niveaux d’immigration, la francisation devient impossible. Le commissaire à la langue française au Québec parlait d’une facture de 13 milliards si on voulait franciser tous les immigrants temporaires qui ont foulé le sol au Québec. Argent que nous n’avons pas. Et donc recul du français qui devient indéniable. Ce sont de véritables conséquences d’une politique insensée de Justin Trudeau alors que ses propres fonctionnaires fédéraux (…) qui ne travaillent que pour le Canada l’avaient averti que ses politiques allaient engendrer une crise du logement sans précédent et il a cédé pour des raisons idéologiques et profondément irrespectueuses de la volonté des Québécois.

Source: https://www.youtube.com/watch?v=pljdvQasezI&pp=ygUldmluY2VudCByb3V4IHBhdWwgc3QgcGllcnJlIHBsYW1vbmRvbg%3D%3D

François Legault

7 septembre 2022

Contexte : Le gouvernement fédéral veut augmenter les seuils d’immigration. Pendant la campagne électorale québécoise de 2022, François Legault fait un point de presse pour dénoncer cette décision.

Déclaration: « Les Québécois sont pacifiques, ils n’aiment pas la chicane, ils n’aiment pas les extrémistes, ils n’aiment pas la violence, donc il faut s’assurer qu’on garde ça comme c’est là actuellement, a-t-il notamment répondu. On a quand même des valeurs et on a parlé beaucoup de laïcité dans les dernières années; c’en est une des valeurs, aussi le respect. Il y a une façon de vivre chez nous et on veut la garder. »

Justification : Le lendemain, Legault s’est dit désolé « si ses propos ont porté à confusion ». Évidemment. Ce ne sont pas ses mots qui étaient mal choisis, c’est nous qui avons mal compris. Il a ajouté que « l’immigration est une richesse pour le Québec ». Mais c’était pour mieux en rajouter quelques jours plus tard.

Source : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1911823/francois-legault-immigrants-violence-extremistes-elections

11 septembre 2022

Contexte : François Legault s’adresse à un rassemblement militant à Drummondville. Il réagit aux propositions du Parti libéral du Québec et de Québec solidaire, qui proposent d’augmenter les seuils d’immigration.

Déclaration : « J’ai essayé d’expliquer pourquoi les Québécois se sont serré les coudes pendant la pandémie. C’est parce qu’on est un peuple, une nation qui est tissée serré. Et puis au cœur de cette nation, il y a le français. Et là, il y a une certaine urgence. On a vu dans les études qui ont été déposées dernièrement qu’il y a un déclin du français. C’est important de garder cette cohésion nationale, de défendre le français, d’arrêter le déclin du français. C’est comme mathématique. Si on veut arrêter le déclin pendant un certain temps, il faut mieux intégrer les nouveaux arrivants au français. »

Source : https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/2022-09-11/immigration-non-francophone/une-possible-menace-a-la-cohesion-nationale-selon-legault.php

28 septembre 2022

Contexte : François Legault s’adresse à la Chambre de Commerce de Montréal pendant la campagne électorale. La Chambre de Commerce demande au gouvernement de hausser les seuils d’immigration.

Déclaration : « Des gens disent : où vous avez pris ça, la capacité d’intégration ? Bien, les chiffres sont clairs. Il y a un déclin du français. Si on garde la même recette, ça va donner le même gâteau. Si je suis réélu, le seuil d’immigration va rester à 50 000, mais on va être plus exigeant sur la connaissance du français. On va essayer d’envoyer un plus grand pourcentage dans les régions francophones, ça va aider. Mais tant qu’on n’aura pas stoppé le déclin du français, je pense que pour la nation québécoise qui veut protéger le français, ça serait un peu suicidaire d’aller augmenter les seuils. »

Justification : François Legault dit avoir été ovationné par la foule venue l’entendre. Il ne croit pas avoir à s’excuser pour ce qu’il a dit.

https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/2022-09-28/propos-sur-les-immigrants/boulet-s-est-disqualifie-affirme-legault.php

10 juin 2024

Contexte : Le gouvernement fédéral offre 750 millions $ à Québec pour compenser les coûts reliés à l’accueil des demandeurs d’asile alors que Québec demandait un milliard.

Déclaration : « Le gouvernement fédéral doit comprendre que c’est urgent de réduire le nombre d’immigrants temporaires au Québec, si on veut que les Québécois puissent se loger, que nos enfants aient accès à des enseignants qualifiés, pour que nos malades soient soignés et pour que le déclin français soit inversé. »

« On a actuellement une explosion du nombre d’immigrants temporaires. Ça amène des problèmes importants dans le logement, dans les services publics, l’éducation, la santé, l’avenir du français en particulier à Montréal. (…) Donc on voit que 100% du problème du logement vient de l’augmentation du nombre d’immigrants temporaires. (…) Le tiers du problème de pénurie de personnel qu’on vit en santé vient des 560 000 immigrants temporaires. (…) La moitié du manque d’enseignants qualifiés au Québec vient de la présence des immigrants temporaires. (…) Le tiers des immigrants temporaires ne parlent pas français. Ils sont surtout situés à Montréal. Donc ça amène un déclin du français au Québec, en particulier à Montréal. »

Source :

https://www.journaldequebec.com/2024/06/10/demandeurs-dasile—ottawa-versera-750-m-a-quebec

2 octobre 2024

Contexte : François Legault demande au gouvernement fédéral de réduire de moitié le nombre de demandeurs d’asile sur le territoire québécois, quitte à les déplacer de force.

Déclaration : « Il faut trouver le moyen de répartir les demandeurs d’asile de façon plus équitable, a réitéré le premier ministre. Parce qu’actuellement, tout ce qui est proposé par le gouvernement fédéral, c’est sur une base volontaire par les demandeurs d’asile et sur une base volontaire par les autres provinces. Nous, ce qu’on veut, c’est [que] la moitié des demandeurs d’asile qui sont actuellement au Québec [soient] transférés dans d’autres provinces, a-t-il mentionné. Ce n’est pas logique qu’on ait reçu 45 % des demandeurs d’asile, alors que le Québec représente 22 % de la population canadienne. (…) Moi, ce que je veux, c’est qu’il y ait des résultats, a-t-il poursuivi. Alors oui, ça devrait être obligatoire. Mais c’est au gouvernement fédéral de gérer ça. »

Source : https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2024-10-02/mission-en-france/legault-veut-obliger-la-moitie-des-demandeurs-d-asile-a-quitter-le-quebec.php

6 décembre 2024

Contexte : Bilan de fin de session

Déclaration : « Je veux aujourd’hui envoyer un message très clair aux islamistes. Les valeurs fondamentales qu’on a au Québec, comme la laïcité, comme l’égalité hommes-femmes… Eh bien, on va se battre, puis jamais, jamais on ne va accepter que des personnes essaient de ne pas respecter les valeurs qui sont fondamentales au Québec. (…)[Le fait] de voir des gens qui prient dans les rues, dans des parcs publics, ce n’est pas quelque chose qu’on souhaite au Québec. Quand on veut prier, on va dans une église, on va dans une mosquée, mais pas dans des lieux publics. »

Source : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2124921/projet-loi-renforcement-laicite-ecole-quebec

10 mars 2025

Contexte : François Legault demande au nouveau premier ministre du Canada, Mark Carney, de diminuer l’immigration temporaire.

Déclaration : « On le sait, on a excédé notre capacité d’intégration en immigration au Québec », a indiqué François Legault, lors d’une conférence de presse tenue à Terrebonne en soutien à son candidat à l’élection partielle dans la circonscription, Alex Gagné.

« M. Trudeau a perdu le contrôle du nombre d’immigrants », a-t-il accusé, en ajoutant qu’il exigera à Pierre Poilievre et Mark Carney de remédier à la situation.

Réduire le nombre d’immigrants temporaire dans la province s’avère notamment essentiel dans un contexte de « manque de logements » et pour assurer la « protection du français ». « On a des difficultés à répondre aux besoins pour les classes en éducation, et on a de la difficulté à trouver du personnel en santé », a-t-il ajouté, pour justifier sa position.

Source : https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2025-03-10/elections-federales/legault-demande-a-carney-de-reduire-l-immigration-temporaire.php

21 septembre 2025

Contexte: Entrevue à Tout le monde en parle pour faire le bilan du gouvernement caquiste

Déclaration: “Le Québec est un des peuples les plus accueillants dans le monde. Ça c’est important de le répéter. Est un des peuples les plus accueillants dans le monde. Par contre, depuis deux ans, le gouvernement fédéral a augmenté de 200 000 à 400 000 le nombre d’immigrants temporaires en particulier à Montréal. Ça pose des problèmes de logement, ça pose des problèmes en éducation, en santé, ça pose des problèmes avec notre langue, ça pose des problèmes avec nos valeurs comme la laïcité. La majorité des Québécois n’aiment pas voir des prières de gens à genou dans nos rues ou devant la basilique Notre-Dame. C’est important de respecter ce que veulent la majorité des Québécois.

(…)

Ce que moi je dis là, c’est on doit rester accueillant, mais actuellement, le Québec a dépassé de beaucoup sa capacité d’accueil et sa capacité d’intégration et on doit réduire de 200 000 le nombre d’immigrants temporaires à Montréal et à Laval. C’est ce qu’on demande au gouvernement fédéral, puis on va prendre les moyens pour qu’enfin au gouvernement fédéral agisse.”

Source: https://ici.radio-canada.ca/tele/tout-le-monde-en-parle/site/segments/entrevue/2180422/francois-legault-caucus-remaniement-ministres

21 novembre 2025

Contexte: Première rencontre entre François Legault et la nouvelle mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada.

Déclarations: “Je suis obligé de faire le lien avec le fait que, depuis deux ans, la population de l’île de Montréal a augmenté de 200 000. Il y en a plus de la moitié là-dedans qui sont des demandeurs d’asile, donc des gens qui sont dans une position vulnérable. On a dépassé notre capacité d’accueil.

(…)

Une augmentation de la population de 10 % en deux ans, c’est impossible de donner tous les services. C’est vrai pour les places dans les écoles, c’est vrai pour les services en santé, c’est vrai pour l’hébergement.

(…)

Mais on a cette augmentation de 10 % de la population, dont plus de la moitié sont des demandeurs d’asile, qui amène entre autres des problèmes énormes d’hébergement. 200 000 personnes de plus en deux ans, ça pose ce genre de problème, entre autres du côté de l’hébergement à prix modique.

Source: https://lactualite.com/actualites/francois-legault-estime-quil-y-a-un-lien-entre-limmigration-et-litinerance/

Bernard Drainville

24 janvier 2024

Contexte : Caucus présessionnel des élus caquistes.

Déclarations : « S’il vous plaît, Monsieur Trudeau, on a atteint la limite, là. On est effectivement au point de rupture. Alors, le bar ouvert en immigration, arrêtez ça là, parce que nous autres, en éducation, on manque de profs, puis on manque de locaux. On travaille très fort sur des solutions. Il faudrait que M. Trudeau nous aide un petit peu. »

Source : https://www.ledevoir.com/politique/quebec/805887/drainville-met-garde-trudeau-rupture-education-cause-immigration?utm_source=recirculation&utm_medium=hyperlien&utm_campaign=corps_texte

20 février 2024

Contexte : Point de presse des ministres pour demander au gouvernement fédéral de limiter l’arrivée des demandeurs d’asile au Québec.

Déclarations :

Christine Fréchette : « Il faut également que le fédéral réduise l’afflux des demandeurs d’asile en resserrant rapidement la politique canadienne d’octroi des visas. Il doit fermer toute brèche qui permettrait à des groupes criminels de s’infiltrer au Canada. Et également, il doit rembourser au Québec l’ensemble des sommes encourues pour l’accueil des demandeurs d’asile. »

Bernard Drainville : « La situation qu’Ottawa laisse perdurer depuis des années a un impact pas juste sur le personnel enseignant et sur les locaux, elle a un impact aussi sur les professionnels de l’éducation, les orthophonistes, les orthopédagogues, les psychologues, les psychoéducateurs, les éducatrices, le transport scolaire. Le fédéral n’en fait pas assez. Puis ce n’est pas juste une question d’argent. C’est important de le dire. Le montant qu’il nous donne pour couvrir ce que ça nous coûte ici, au Québec, est ridicule. Ça, c’est un fait. Ils ne nous donnent pas l’argent qui couvre les coûts de services. Mais ce n’est pas seulement une question d’argent. Parce que, rendus à la situation où on est présentement, on s’approche d’un point où nous n’arriverons plus à fournir les services aux personnes qui sont déjà sur le territoire québécois parce que nos ressources doivent se partager entre un nombre grandissant d’enfants. »

Chantal Rouleau : « L’augmentation incontrôlée du nombre de demandeurs d’asile sur le programme d’aide sociale nous conduit droit dans le mur. Le gouvernement de la Coalition avenir Québec, le gouvernement de la CAQ ne veut pas et ne va pas tolérer qu’on efface les progrès de la société québécoise. Il est temps que le gouvernement fédéral cesse de laisser nos frontières complètement ouvertes. »

Jean-François Roberge : « Donc, le gouvernement doit d’abord, le premier geste à poser, la première affaire, réviser la politique d’émission des visas, il doit aussi renforcer la surveillance des frontières, parce qu’on entend parler qu’il y a des groupes criminels qui profitent du laxisme actuel, il doit réduire le nombre de demandeurs d’asile, il doit répartir les demandeurs d’asile dans l’ensemble du Canada puis il doit évidemment rembourser le Québec, on parle de plus de 1 milliard pour les trois dernières années. Donc, c’est cinq R : Réviser, renforcer, réduire, répartir, rembourser. Puis, comme mes collègues l’ont montré, ça presse. »

Mon commentaire : En tant que telle, cette déclaration n’est pas si choquante. Demander que les demandeurs d’asile soient mieux répartis sur l’ensemble du territoire et que le gouvernement fédéral dédommage correctement les provinces est tout à fait légitime. Le problème est qu’on fait face à un gouvernement qui définance les services sociaux et blâme les demandeurs d’asile pour ses propres décisions.

Source : https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-92695.html

24 avril 2024

Contexte : Bernard Drainville doit justifier le retard dans la mise sur pied des maternelles 4 ans promises par la CAQ.

Déclaration : « On veut créer des classes [de maternelle 4 ans], mais ça nous prend des enseignants, ça nous prend des locaux. Et l’essentiel de mon personnel, dans certains centres de services scolaires, sert essentiellement à instruire les nouveaux arrivants. Dans certains cas, j’inaugure une école toute neuve, il devait y avoir des maternelles 4 ans, et pourquoi il n’y en a pas ? Parce qu’il faut scolariser un plus grand nombre d’élèves que prévu, et dans certains cas, ce sont de nouveaux arrivants. Les enseignants affectés aux nouvelles classes de francisation et d’accueil, ce sont des enseignants que je pourrais utiliser dans d’autres contextes, par exemple des maternelles 4 ans. Mais je ne les ai point. »

Source : https://www.ledevoir.com/politique/quebec/811604/retards-maternelles-4-ans-raison-immigrants-selon-drainville

16 août 2024

Contexte : Bernard Drainville fait le point sur la pénurie d’enseignants à l’aube de la rentrée scolaire.

Déclaration : « Quand tu es obligé de fermer des maternelles 4 ans pour ouvrir des classes de francisation, ce n’est pas normal. »

Précision du Devoir : « À Montréal, à Laval, à Québec, dans Lanaudière, dans le Centre-du-Québec, dans les Laurentides et en Montérégie : partout, les CSS ont déclaré au Devoir qu’ils n’avaient pas fermé de groupes de maternelle 4 ans pour faire place à des classes de francisation. »

https://www.ledevoir.com/societe/education/818743/pas-maternelles-4-ans-fermees-cause-classes-francisation-selon-ecoles

26 août 2024

Contexte : Bernard Drainville commente comme chaque année le manque d’enseignants à la rentrée scolaire.

Déclaration : L’élu s’est ensuite dit « très fier » de constater que le réseau québécois ait pu « accueillir une telle augmentation d’immigrants ». Il a néanmoins renouvelé son appel au premier ministre canadienJustin Trudeau, afin qu’il « reprenne le contrôle des frontières et du processus d’immigration ».

Le cabinet Drainville affirme que près de 80 % de la hausse de clientèle scolaire observée l’an dernier est attribuable aux élèves qui sont nés hors Canada. Il souligne qu’il y avait 1341 classes de francisation en mars 2024, une hausse par rapport au nombre de 1005, un an plus tôt. Or, de là à lier la hausse de l’immigration à la fermeture de classes de maternelle 4 ans, il y a un pas que les CSS ne sont pas prêts à franchir.

https://www.ledevoir.com/societe/education/818743/pas-maternelles-4-ans-fermees-cause-classes-francisation-selon-ecoles

18 novembre 2024

Contexte : L’école secondaire du Phare est inaugurée dans Charlesbourg et elle manque déjà d’espace. Le gouvernement annonce des classes modulaires.

Déclarations : « Notre plan A c’est de construire, d’agrandir, de rénover, mais c’est un excellent plan B, un modulaire. L’effectif scolaire est en hausse et c’est essentiellement à cause de l’immigration temporaire. Et donc il faut scolariser ces élèves qui nous arrivent d’ailleurs. On ne les blâme pas, c’est pas de leur faute. Mais comment veux-tu planifier, quand le gouvernement du Canada, décide de laisser entrer 600 000 immigrants temporaires en trois ans? »

Source : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2120810/phare-ecole-immigration-temporaire

14 mars 2025

Contexte : Bernard Drainville partage sur sa page Facebook un article de La Presse intitulé « Le nombre d’élèves issus de l’immigration explose »

Déclaration : « 1/3 des élèves issus de l’immigration

Quand on dit que l’immigration pèse lourd sur le réseau scolaire, en voici la preuve👇

On ne blâme ni les parents, ni les élèves qu’on scolarise le mieux possible. Mais force est de constater que les décisions du fédéral créent des besoins majeurs en personnel et en espace.

En 3 ans 👉HAUSSE NETTE de 50 000 élèves du primaire et secondaire, tous issus de l’immigration, dont 40 000 sont nés hors du Canada🇨🇦.

Ça correspond à 87 nouvelles écoles primaires! »

Lien : https://www.facebook.com/bernard.drainville/posts/13-des-%C3%A9l%C3%A8ves-issus-de-limmigrationquand-on-dit-que-limmigration-p%C3%A8se-lourd-sur-/1198638818289093/

Déclaration : « La hausse de l’immigration crée une pression énorme sur nos services publics et particulièrement sur nos écoles. Soyons clairs, on ne blâme pas du tout les enfants immigrants et leurs parents, mais il faut que les Québécois voient l’impact que les politiques du gouvernement fédéral ont sur nos écoles. On a de plus en plus d’enseignants et de personnel à l’école, mais ça va être difficile d’en venir à bout si le nombre d’élèves immigrants continue d’augmenter comme ça. »

Lien : https://www.journaldequebec.com/2025/03/14/immigrants-de-1ere-et-2e-generation–plus-dun-eleve-sur-trois-issu-de-limmigration

7 août 2025

Contexte : À Midi-Info, Bernard Drainville revient sur son recul sur les compressions en éducation.

Déclarations : « Les besoins sont grandissants. On a eu des nouveaux chiffres sur le nombre d’élèves qui était plus important que prévu lors de la dernière année scolaire. On voit ce qui se passe présentement aux frontières avec l’arrivée des demandeurs d’asile. On peut anticiper qu’il y aura encore plus d’élèves à scolariser l’année prochaine. (…) Les budgets vont continuer à payer. Mais la capacité de payer n’est pas infinie. On s’entend-tu là-dessus? La capacité de payer n’est pas infinie. »

Autres

21 septembre 2022

Auteur : Jean Boulet

Contexte : Débat électoral avec les autres candidats dans Trois-Rivières

Déclaration : « Les immigrants, les seuils, c’est un débat purement académique. Il faut s’assurer de bien les intégrer. 80 % des immigrants s’en vont à Montréal, travaillent pas, ne parlent pas français ou n’adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise. La clé, c’est la régionalisation et la francisation. »

Justification : Jean Boulet s’est dit « désolé d’avoir mal exprimé sa pensée. L’extrait diffusé ne reflète pas ce que je pense. » François Legault a dit que les propos de Boulet le disqualifiaient comme ministre de l’Immigration. Il l’a tout de même conservé dans son cabinet comme ministre du Travail.

J’accorde à M. Boulet le mérite de ne pas avoir tenté de nous faire croire que c’était plutôt nous qui avions mal interprété ses paroles.

Source : https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/2022-09-28/propos-sur-les-immigrants/boulet-s-est-disqualifie-affirme-legault.php

31 octobre 2024

Auteur : Lionel Carmant

Déclaration : « L’impact des nouveaux arrivants joue un rôle sur tous nos services que l’on offre. Vous savez qu’à mon grand désespoir, il y a des gens qui partent d’Amérique du Sud, des Caraïbes, qui traversent les États-Unis à pied avec leurs enfants, qui arrivent au Québec, et qu’à cause de leur état, la DPJ est appelée et doit intervenir dans ces cas-là. (…) Non, on n’a pas de chiffres parce que malheureusement, le Programme régional d’accueil et d’intégration des demandeurs d’asile ne rembourse et n’a des bases de données que sur la santé physique. Mais partout où je vais au Québec, les gens me disent qu’il y a quand même un grand nombre de signalements pour les nouveaux arrivants. D’ailleurs, (le cas) de ce matin (dans La Presse), c’était effectivement des nouveaux arrivants, qui ont vécu des traumas complexes, qui ont toutes sortes de difficultés et pour lesquels on appelle la DPJ à l’aide. »

Source : https://www.journaldequebec.com/2024/10/31/impact-de-limmigration-sur-les-signalements-a-la-dpj-quebec-na-aucune-donnee

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