Vue normale

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • L’ami juif, l’ami gai et le colocataire trans
    Hermann Wilhelm Goering était un des hommes de confiance d’Adolf Hitler. Nazi de la première heure, il a fait adopter les lois de Nuremberg, présidé à l’élimination des Juifs de l’économie allemande et ordonné la mise en oeuvre de la « solution finale à la question juive ». Je pense que personne ne pourrait nier que Goering était antisémite. Et pourtant! Goering a fait nommer le Juif Erhard Milch secrétaire d’État dans son ministère de l’Air après l’avoir fait légalement reconnaître comme ary
     

L’ami juif, l’ami gai et le colocataire trans

19 septembre 2025 à 12:49

Hermann Wilhelm Goering était un des hommes de confiance d’Adolf Hitler. Nazi de la première heure, il a fait adopter les lois de Nuremberg, présidé à l’élimination des Juifs de l’économie allemande et ordonné la mise en oeuvre de la « solution finale à la question juive ». Je pense que personne ne pourrait nier que Goering était antisémite. Et pourtant!

Goering a fait nommer le Juif Erhard Milch secrétaire d’État dans son ministère de l’Air après l’avoir fait légalement reconnaître comme aryen (donc non-Juif). Il a fait sortir d’un camp de concentration toute la famille du Juif danois Hugo Rothenberg. Et lorsqu’il a fait arrêter 20 000 Juifs au lendemain de la Nuit de Cristal en 1938, il s’est assuré d’exclure ses anciens frères d’armes de la Première Guerre mondiale. À des collègues le remettant en question, il aurait déclaré « C’est moi qui décide de qui est Juif et de qui ne l’est pas! »

Source: François Kersaudy, Hermann Goering, Perrin, 2013.

Je vous parle de Goering parce que des centaines de personnes tentent de nous convaincre que Charlie Kirk n’était ni raciste, ni homophobe, parce qu’il avait un ami noir et homosexuel. Mais non, ça ne veut strictement rien dire.

Avant d’aller plus loin: Chers détracteurs, je vous déconseille de me lancer un « point Godwin » au visage comme si ça devait détruire tout mon raisonnement. La loi de Godwin dit que plus une discussion s’étire, plus elle risque de mener à une comparaison avec les nazis. Elle n’invalide pas toute comparaison avec le nazisme, surtout quand la comparaison est fondée. Dans un contexte où des milliers d’immigrants sont arrêtés sans mandat et envoyés dans un camp de concentration où ils disparaissent sans laisser de trace et où on arrête les politiciens qui posent des questions sur leur sort, je pense que la comparaison avec le nazisme est tout à fait justifiée.

Mon raisonnement est: si l’un des pires criminels antisémites de l’histoire de l’Occident a pu avoir des amis juifs, un militant homophobe et raciste peut très bien avoir un ami noir et homosexuel, voire plusieurs.

Il y a également beaucoup de gens qui ont entendu dire que l’assassin de Kirk avait un « colocataire trans » (affirmation très discutable, mais je n’élaborerai pas ici) et que ce serait une preuve que l’assassin serait un militant de la gauche radicale, voire que son meurtre aurait carrément été motivé par son activisme transaffirmatif. À tout le moins, cela prouverait que le tueur n’est pas un homme de droite, ce que laisse penser tout le reste de son profil.

Encore une fois, non. Si l’un des pires criminels antisémites de l’histoire de l’Occident a pu avoir des amis juifs, un républicain chrétien conservateur et homophobe peut très bien avoir un « colocataire trans » sans que cela nous révèle quoique ce soit sur ses convictions politiques.

Il y a presque 20 ans, l’humoriste Laurent Paquin se moquait du Doc Mailloux qui tentait de nous convaincre qu’il n’était pas raciste en nous parlant de son voisin noir qui produisait des prunes délicieuses. Je ne peux pas croire qu’encore aujourd’hui, des gens utilisent cette défense sans se rendre compte du ridicule.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Vers une nouvelle nuit des longs couteaux?
    Une élue locale démocrate de l’État du Minnesota a été assassiné avec son époux à son domicile. Un autre a été victime d’une tentative de meurtre. Si on ne s’inquiétait pas déjà, ce serait le bon moment est le bon moment de commencer. Pendant sa campagne en 2024, Donald Trump s’est engagé plusieurs fois à faire un mauvais sort à ses adversaires politiques. Il a promis des enquêtes sur Joe Biden, Kamala Harris, Barack Obama et Liz Cheney. Il a laissé entendre que la garde nationale pourrait de
     

Vers une nouvelle nuit des longs couteaux?

14 juin 2025 à 11:47

Une élue locale démocrate de l’État du Minnesota a été assassiné avec son époux à son domicile. Un autre a été victime d’une tentative de meurtre. Si on ne s’inquiétait pas déjà, ce serait le bon moment est le bon moment de commencer.

Pendant sa campagne en 2024, Donald Trump s’est engagé plusieurs fois à faire un mauvais sort à ses adversaires politiques. Il a promis des enquêtes sur Joe Biden, Kamala Harris, Barack Obama et Liz Cheney. Il a laissé entendre que la garde nationale pourrait devoir sévir contre les démocrates qui allaient voler l’élection. « They are so bad and frankly, they’re evil. They’re evil. » Cette semaine, il a déclaré que la police de l’immigration devrait arrêter Gavin Newsom, le gouverneur de la Californie, qui a osé critiquer son envoi de l’armée pour arrêter les manifestations à Los Angeles. Le sénateur Alex Padilla, démocrate, a été violemment expulsé d’une conférence de presse par des agents du FBI alors qu’il posait une question à la secrétaire de la Sécurité intérieure, Kristi Noem. Est-ce qu’on se dirige vers une Nuit des longs couteaux à l’américaine?

La Nuit des longs couteaux, c’est la première série de crimes publics du gouvernement nazi. C’est l’illustration de la fin définitive de l’état de droit en Allemagne hitlérienne.

Contexte: Nous sommes en juin 1934. Adolf Hitler est chancelier (premier ministre) de l’Allemagne depuis janvier 1933, mais il partage son pouvoir avec les conservateurs, qui dirigent la plupart des ministères. Il se retrouve coincé entre les révolutionnaires nazis, qui veulent accélérer la mise en place de l’ordre nouveau, et les conservateurs, qui dénoncent la violence et le culte grandissant de la personnalité hitlérienne.

Les révolutionnaires se trouvent principalement au sein de la Sturmabteilung (SA), des sections armées qui agressaient et intimidaient les adversaires politiques, les syndicats et les Juifs. Pour faciliter l’accession d’Hitler au pouvoir, les SA provoquaient et agressaient les militants communistes. Hitler blâmait les communistes pour la violence et promettait de ramener la paix.

La SA était détestée par une grande partie de la population. Les conservateurs détestaient cette école de révolutionnaires. Les militaires soupçonnaient (avec raison) la SA de vouloir s’instaurer comme armée allemande. Plusieurs chefs de la SA étaient ouvertement homosexuels, ce qui scandalisait les puritains. De manière générale, la population n’appréciait pas la barbarie de ce groupe paramilitaire. Hitler devait éliminer ce groupe qui l’avait amené au pouvoir mais qui était devenu encombrant.

Dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 1934, les chefs de la SA sont arrêtés et exécutés. Les nazis ont inventé de toute pièce un complot visant à assassiner Hitler et à renverser le gouvernement. Hitler profite de l’occasion pour éliminer des adversaires politiques, des rivaux et des éléments gênants. On retrouve parmi les victimes:

  • Franz von Papen, vice-chancelier et chef de la faction conservatrice, qui critiquait ouvertement les abus de pouvoir d’Hitler et la violence avec laquelle il exerçait son autorité. Placé en détention préventive. Il survit parce qu’il était une personnalité internationale et que son assassinat aurait eu des répercussions majeures.
  • Edgar Jung, intellectuel conservateur et rédacteur de discours pour Papen. Placé en détention préventive le 25 juin, puis assassiné.
  • Herbert von Bose, attaché de presse de Papen, assassiné lors d’une descente de la Gestapo au bureau du vice-chancelier.
  • Gregor Strasser, ancien organisateur du parti nazi qui s’est brouillé avec Hitler. Arrêté puis abattu dans sa cellule au siège de la Gestapo.
  • Kurt von Schleicher, prédécesseur d’Hitler comme chancelier d’Allemagne, politicien conservateur qui préparait son retour en politique. Assassiné avec sa femme à son domicile. Joseph Goebbels qualifie la mort d’Elisabeth von Schleicher de malheureux accident.
  • Le général Ferdinand von Bredow, qui préparait le retour en politique de Schleicher. Tiré à bout portant en répondant à la porte de sa maison.
  • Gustav Ritter von Kahr, ancien gouverneur de Bavière. Il avait quitté la politique depuis plusieurs années et s’était retiré dans l’anonymat, mais Hitler ne lui avait jamais pardonné son rôle dans l’échec du putsch de la Brasserie de Munich en 1923. Assassiné à Dachau.
  • Le journaliste Fritz Gerlich, un des principaux critiques d’Hitler dans la presse. Détenu à Dachau depuis mars 1933, il est exécuté pendant la Nuit des longs couteaux.

Toutes les victimes sont accusées de s’être impliquées dans le complot de la SA. Accusations farfelues, mais qui ont passé le test de l’opinion publique. Le président allemand, Paul von Hindenburg, adresse un télégramme à Hitler pour le remercier d’avoir « sauvé le peuple allemand d’un grave danger » (il est douteux que le président ait écrit le télégramme lui-même). La population se préoccupe peu des assassinats politiques. Elle se réjouit que la barbarie de la SA ait été mâtée. Hitler avait provoqué la violence et devenait maintenant le héros du peuple parce qu’il y avait mis fin.

Hitler incarnait désormais la nation. Ses ennemis étaient les ennemis de l’Allemagne, donc des traîtres qui ne méritaient aucun droit civil. La Nuit des longs couteaux, on le sait, n’était que le début de la violence qui allait s’emparer de l’Allemagne, puis de toute l’Europe. Ce qui est consternant, c’est l’indifférence, voire la satisfaction avec laquelle le peuple allemand a pris connaissance de ces terribles abus de pouvoir. Espérons que les Américains sachent mieux réagir.

❌