Russian President Vladimir Putin said Armenia's 2025 law launching the EU accession process "amounts to a declaration of withdrawal" from the Russia-led Eurasian Economic Union. Armenian Prime Minister Nikol Pashinyan replied that Armenia had filed no notice to leave and had violated none of the bloc's rules. The leaders met on 1 September in Bishkek, Kyrgyzstan, during a Shanghai Cooperation Organization summit.
The exchange turns Armenia's westward shift into an open
Russian President Vladimir Putinsaid Armenia's 2025 law launching the EU accession process "amounts to a declaration of withdrawal" from the Russia-led Eurasian Economic Union. Armenian Prime Minister Nikol Pashinyan replied that Armenia had filed no notice to leave and had violated none of the bloc's rules. The leaders met on 1 September in Bishkek, Kyrgyzstan, during a Shanghai Cooperation Organization summit.
The exchange turns Armenia's westward shift into an open dispute over how far it has already moved from Moscow. Yerevan is preparing an EU application and has frozen participation in Russia's military alliance, but it still belongs to the trade bloc. Russia remains Armenia's largest trade partner, accounting for about 35% of its foreign trade.
The disagreement
In the opening minutes, Putin acknowledged that Armenia's aspiration to join the EU was the country's "legitimate right," but said it "creates difficulties" given Armenia's membership in the bloc that links Russia, Belarus, Kazakhstan, Kyrgyzstan, and Armenia. He told Pashinyan that adopting a law launching the process of joining another organization "amounts to a declaration of withdrawal from ours."
Putin urged Armenia to decide quickly and repeated his call for a referendum on whether Armenia should remain in the trade bloc or pursue EU membership, telling Pashinyan to give the people a choice so the matter could be closed.
Pashinyan pushed back. He noted that the bloc's rules have no mechanism to expel a member state—only a voluntary withdrawal process requiring six months' notice—and that Armenia has filed no such notice. He told Putin the issue had not matured enough for a referendum, arguing that Armenia first needs to submit a formal EU application, receive a response, and agree on an accession roadmap.
How far Armenia has moved
Armenia's parliament passed a law launching the EU accession process in March 2025, though the government has said the law does not amount to a formal membership bid. On 24 August, Pashinyan told lawmakers that the government would begin preparing a formal application "in the near future." Armenia has also dropped the "strategic partner" label for Russia from its new government program and effectively frozen its participation in the Russian-led Collective Security Treaty Organization since early 2024.
Russia's response
Since May 2026, Moscow has imposed a series of bans on Armenian agricultural imports—including fruit, vegetables, and mineral water—citing phytosanitary concerns. The EU called the measures "economic coercion" and announced a support package of more than €50 million for Armenia in June.
Pashinyan says dialogue will continue
After the meeting, Pashinyan posted a video describing the talks as "very good" and saying the two leaders had agreed to continue a "sincere and constructive dialogue" during a future visit to Moscow. He said bilateral relations needed to be "rethought" under new circumstances.
Le rez-de-chaussée de la bibliothèque Gabrielle-Roy à Québec qui vient de remporter le prix de la bibliothèque publique de l’année de l’International Federation of Library Associations and Institutions
À noter : J’ai initialement entamé et publié cet article sur la plateforme Praxis de Projet collectif. Toutefois, consciente et soucieuse des aléas et des destins parfois incertains des plateformes numériques, je republie ces contenus également sur ma propre plateforme, afin d’en assurer la pér
Le rez-de-chaussée de la bibliothèque Gabrielle-Roy à Québec qui vient de remporter le prix de la bibliothèque publique de l’année de l’International Federation of Library Associations and Institutions
À noter : J’ai initialement entamé et publié cet article sur la plateforme Praxis de Projet collectif. Toutefois, consciente et soucieuse des aléas et des destins parfois incertains des plateformes numériques, je republie ces contenus également sur ma propre plateforme, afin d’en assurer la pérennité et l’accessibilité.
En 2024, l’Institut de la statistique du Québec a mené l’Enquête québécoise sur les loisirs culturels et le divertissement (EQLCD), une vaste étude auprès de plus de 16 000 personnes de 15 ans et plus. L’objectif est de mieux comprendre comment les Québécois et Québécoises pratiquent la culture aujourd’hui, dans un contexte caractérisé par l’essor du numérique et la diversification des usages. Ce rapport important mérite toute l’attention des acteurs et actrices œuvrant dans le milieu des bibliothèques incluant celleux qui les gouvernent.
Ce rapport attendu, qui vient d’être publié, s’inscrit dans la lignée des enquêtes réalisées depuis 1979 sur les pratiques culturelles. Il permet cette fois de capter l’ampleur des transformations numériques récentes : instantanéité, mobilité, interactivité, entre autres. Il donne à voir l’importance croissante des usages numériques, la variété des pratiques selon les secteurs (lecture, musique, audiovisuel, arts de la scène) et les déterminants sociaux, ainsi que la place des activités culturelles vécues dès l’enfance.
À travers ce portrait, se révèlent non seulement la vitalité culturelle du Québec, mais aussi les inégalités et les écarts générationnels qui continuent de structurer l’accès et la participation aux biens culturels et au capital culturel [1]. Je veux me pencher, plus particulièrement, sur les pratiques entourant les bibliothèques.
Les bibliothèques occupent une place singulière dans les pratiques culturelles des Québécois et des Québécoises. Elles se présentent à la fois comme des lieux de culture, de socialisation et d’apprentissage, mais aussi comme des portes d’entrée vers la lecture et les savoirs numériques. Plus que de simples dépôts de livres, on le répète souvent, elles constituent des espaces où se tissent des liens sociaux, des nouveaux tiers lieux (Jacobs, 1961 ; Putnam et Feldstein, 2003), où s’expérimentent des formes particulières de médiation culturelle et interculturelle (White et Martel, 2021). C’est en ce sens qu’elles peuvent être pensées comme de véritables infrastructures critiques (Mattern, 2014 ; Klinenberg, 2018), indispensables à la dynamique des communautés et à l’opérationnalisation de la justice sociale. Elles cristallisent cependant plus d’un paradoxe : très fréquentées, elles demeurent néanmoins largement invisibles dans le discours public sur la culture; conçues pour réduire les inégalités, elles tendent aussi, à certains égards, à les reproduire. Que nous apprend alors ce rapport dans ces circonstances?
Que nous apprend ce rapport au sujet des bibliothèques?
D’abord, il faut souligner que l’EQLCD jette un nouvel éclairage sur le portrait des bibliothèques déjà tracé par les données provenant du bulletin Optique culture, no 99 (décembre 2024), « Les bibliothèques publiques québécoises en 2022 », rédigé par Sylvie Marceau (Observatoire de la culture et des communications du Québec) [2]. On pouvait lire dans cette étude qu’en 2022, les bibliothèques publiques québécoises, présentes dans 932 municipalités, rejoignant 97 % de la population, offraient un accès à 56 millions de documents, soit environ sept par personne habitante. Leur fréquentation a atteint 20 millions d’entrées, en hausse marquée par rapport à 2021 (+34 %), mais toujours inférieure de 30 % aux niveaux pré-pandémiques. La participation aux activités (1,1 million de personnes) suivait la même tendance, en nette reprise mais en deçà des 1,7 million de 2019. Les prêts progressaient (+19 %), avec un maintien élevé des usages numériques, preuve de leur ancrage durable. Au plan financier, les revenus et dépenses indiquaient une augmentation, traduisant des investissements accrus, mais timides, en services et en personnel. Ces résultats montraient donc que les bibliothèques sortaient progressivement de la crise sanitaire. Elles se devaient, comprenait-on dès lors, de consolider leur rôle en tant que lieux physiques de fréquentation régulière tout en tirant parti de la généralisation du numérique pour renforcer leur capacité sociale et culturelle.
Ces résultats chiffrés prennent un nouveau sens lorsqu’on les relie aux tendances dégagées par l’EQLCD : la croissance du numérique, la fracture générationnelle et sociale des pratiques culturelles, et la tension entre inclusion et distinction.
Mais que nous apprend donc ce rapport au sujet des bibliothèques?
Le numérique en plein essor
Le contexte : La quasi-totalité (96%) de la population utilise internet à des fins personnelles; 74% utilisent des outils numériques pour faire des achats en ligne. Dans les douze mois précédant l’enquête, 29 % de la population a emprunté ou réservé des livres en ligne (p. 9; p. 33). Ce chiffre grimpe à 34 % chez les femmes (c. 24%), à 34 % chez les 15-29 ans, 36 % chez les 30-44 ans et à 40 % chez les diplômés universitaires (c. 29% pour l’ensemble de la population); ce qui illustre le rôle grandissant des services numériques de bibliothèque. Derrière ces données se lit et se consolide une transformation profonde : la bibliothèque se déploie dans nos écrans, se rend accessible à distance, et touche des publics pour qui la mobilité, le temps ou la langue (peut-être plus particulièrement depuis l’application de la loi 14 dans ce dernier cas), sont des obstacles.
En parallèle, 6 % des Québécois et Québécoises ont participé à une activité culturelle en ligne offerte par une bibliothèque (p.33). Ce taux est plus élevé chez les jeunes familles, les 30-44 ans (10%) et les personnes immigrantes (11%). On explique ces résultats, entre autres, par le type d’activités proposées et visant généralement les familles, notamment en contexte interculturel : capsules vidéo, cours et jeux en ligne, ateliers de français ou de clubs de lecture virtuels, ces pratiques rappellent que la bibliothèque est aussi un espace d’intégration et d’accompagnement. On précise, de surcroît, que l’enquête ne permet pas d’observer de différence notable selon le revenu du ménage en ce qui a trait à la participation à une activité en ligne organisée par une bibliothèque ou autre (p. 34).
Avant d’aller plus loin, présentons brièvement les principales données concernant la lecture et l’écoute de livres (papier, numérique et audio), la fréquentation des bibliothèques étant encore intimement liée à la lecture.
Lecture et écoute de livres : principaux résultats de l’EQLCD
Le chapitre 4 de l’EQLCD (pp. 68-79) consacré à la lecture et à l’écoute de livres permet de mieux comprendre les pratiques actuelles, qu’elles soient liées aux formats papier, numériques ou audio. Trois volets sont abordés : le profil sociodémographique du lectorat, la lecture numérique et l’écoute de livres audio.
L’écosystème québécois du livre est à la fois vaste et diversifié : plus de 200 librairies, une centaine de maisons d’édition publiant près de 7 700 titres par an, et surtout, comme on l’a dit plus tôt, plus de 1 000 bibliothèques publiques desservant 97 % de la population (p.69). Ces institutions occupent une place stratégique dans l’accès et la démocratisation de la lecture, tout en étant confrontées à des défis et à des tensions qui viennent nuancer ce rôle.
Par « lecture de livres », on entend « habitudes de lecture de livres (papier ou numérique) durant les temps libres, en dehors des obligations professionnelles et scolaires. Cela comprend la lecture faite à des enfants, mais exclut la lecture de journaux et de magazines » (p.69).
Le « lectorat » est défini comme « la population de 15 ans et plus qui a lu un livre (papier ou numérique) au cours des 12 mois précédant l’enquête » (p. 19).
Qui lit des livres au Québec et comment ?
Selon l’enquête, 82 % des personnes de 15 ans et plus ont lu au moins un livre papier ou numérique dans leurs temps libres au cours des 12 mois précédents (p.69). La lecture est plus fréquente chez les femmes (89 %) que chez les hommes (75 %), et elle augmente avec le niveau de scolarité : 93 % des diplômés universitaires lisent, contre 68 % des personnes sans diplôme. Les ménages à revenu élevé (89 %) et les personnes nées à l’extérieur du Québec (88 %) présentent aussi des taux plus élevés de lecture (p.69-70). À l’inverse, la lecture est moins répandue en région en dehors de la métropole (75 % contre 83–85 % en milieu plus urbain) et chez les personnes dont la langue parlée à la maison est uniquement le français (79 % contre 88–90 % pour les autres groupes linguistiques) (p.70).
Un quart de la population de 15 ans et plus (23 %) lisent tous les jours ou presque, tandis que 19 % lisent au moins une fois par semaine, 20 % une fois par mois, 18% n’ont pas lu de livre pendant cette période (p. 70). Les jeunes de 15 à 29 ans lisent proportionnellement autant que les autres groupes d’âge (86 %), mais leur lecture est moins quotidienne (17 % contre 27–30 % chez les 60 ans et plus). Les femmes et les diplômés universitaires se distinguent par une plus grande régularité de lecture (p. 70).
Genres littéraires
Les genres les plus populaires sont les suivants :
Romans et nouvelles (36 % du lectorat), particulièrement chez les personnes aînées (44 % des 75 ans et plus).
Livres de développement personnel (17 %), surtout chez les 45–59 ans.
Livres pratiques (16 %), prisés par les 45–74 ans.
Bandes dessinées (15 %) chez les 15–29 ans.
Livres jeunesse (20 %) chez les 30–44 ans, en lien avec la lecture faite aux enfants.
Biographies (19 %) chez les 75 ans et plus (p. 71).
Ce panorama illustre bien la segmentation générationnelle des goûts littéraires : les jeunes privilégient les genres visuels et ludiques (BD, jeunesse), les personnes adultes d’âge moyen s’orientent vers des ouvrages pratiques ou de développement personnel, tandis que les personnes aînées restent attachés aux formes plus classiques (romans, biographies). On retrouve ici une structuration des préférences en fonction des cycles de vie, mais aussi des rôles sociaux associés à chaque étape (parentalité, retraite, etc.).
Motivations et obstacles
Les principales motivations de lecture sont le plaisir et le divertissement (82 %), la détente (80 %) et l’apprentissage (71 %). Chez les 30-44 ans, la lecture revêt une dimension familiale marquée : une personne sur deux lit pour ses enfants, ce qui souligne le rôle de la lecture comme pratique de transmission intergénérationnelle (p. 72). Ici encore, la bibliothèque est susceptible d’agir comme médiatrice culturelle et éducative.
Du côté des personnes non-lectrices (18 % de la population), les raisons évoquées sont surtout le manque d’intérêt (71 %), le prix élevé des livres (61 %) et le manque de temps (44 %). Les difficultés de lecture comme frein à la pratique sont plus souvent évoquées par les 75 ans et plus (29 %) et, dans une moindre mesure, par les 15-29 ans (21 %), comparativement aux groupes intermédiaires (13 à 21 %) (p. 73). Ce constat suggère que les obstacles liés à la lecture touchent à la fois les âges avancés, souvent en raison de facteurs physiques et/ou cognitifs, et les plus jeunes, possiblement en lien avec des enjeux scolaires ou de littératie.
Seules de faibles proportions mentionnent l’absence de bibliothèque (9 %) ou la complexité des modalités d’emprunt (14 %) (p.73). Ceci souligne la valeur du réseau public déjà largement accessible, mais dont l’utilisabilité pourrait encore être améliorée.
Langues et provenance des auteurs
La langue de lecture illustre un clivage générationnel : 64 % du lectorat lit surtout en français, mais cette proportion chute à 48 % chez les 15–29 ans, qui lisent davantage en anglais (26 %) ou de manière bilingue (23 %) (p.74).
Quant à la provenance des personnes autrices, 18 % du lectorat privilégient surtout les autrices et auteurs québécois. Cette proportion grimpe à 22–26 % chez les 60 ans et plus, mais tombe à 15 % chez les 15–29 ans, qui se tournent majoritairement vers des auteurs et autrices non québécoises (54 %). Ce décalage générationnel met en lumière la difficulté pour la littérature québécoise de s’imposer auprès des plus jeunes, malgré la vitalité de l’édition locale (p.74).
Lecture numérique et audio
Depuis les années 2000, les livres numériques ont élargi l’accessibilité à la lecture, notamment grâce aux bibliothèques publiques qui contribuent à une offre en ligne généreuse. Ils favorisent la diversité des usages et, avec leurs fonctionnalités interactives, enrichissent l’expérience des personnes usagères.
La lecture numérique a été adoptée par 24 % de la population, principalement les jeunes (32 % des 15–29 ans) et les universitaires (32 %):
« La lecture de livres numériques semble être associée au diplôme obtenu. Les personnes n’ayant aucun diplôme ou celles ayant tout au plus un diplôme de niveau secondaire sont moins nombreuses en proportion à avoir lu des livres numériques (respectivement 17 % et 18 %) que les personnes détenant un diplôme de niveau collégial (23 %) ou universitaire (32 %) » (p. 76).
Ce serait aussi le cas en ce qui concerne le revenu. En outre, les personnes immigrantes lisent proportionnellement plus en numérique (34 %) que les natives du Québec (21 %) (p.77).
L’écoute de livres audio concerne 15 % de la population, avec une surreprésentation des 15–44 ans et des ménages à revenu élevé. Cette pratique serait également associée au diplôme et au revenu (pp. 78-79). Comme pour les livres numériques, les personnes vivant dans la région métropolitaine ou nées à l’extérieur du Québec sont plus nombreuses à adopter cette pratique (23 % contre 13 % des personnes natives)(p.79).
Il semble que les bibliothèques publiques évoluent dans un contexte où la lecture demeure une pratique culturelle majeure mais socialement différenciée. Elles contribuent à atténuer les inégalités d’accès, particulièrement face au prix élevé des livres, tout en ayant à relever le défi de la diversification des publics et des supports (numérique et audio).
La fréquentation physique, entre fidélité et comparaison
Considérons maintenant les résultats du chapitre 5 sur les lieux et événements culturels (pp. 80-86). On y apprend que près d’une personne sur deux (49 %) visite une bibliothèque au moins une fois par an, et que 24 % s’y rendent plusieurs fois (voir la capture d’écran du tableau 5.1). Ce taux est légèrement inférieur à celui des musées (51 %) et nettement en deçà de celui des librairies (62 %) (p.81).
Toutefois, les bibliothèques se démarquent par la régularité de leur fréquentation : un quart des Québécois et Québécoises y retournent plusieurs fois par an. Comparativement aux autres lieux culturels (seulement 11 % retournent plusieurs fois dans les musées par exemple), elles figurent parmi les rares institutions à maintenir une régularité d’usage « ordinaire ». Cette donnée souligne encore que les bibliothèques ne relèvent pas seulement d’une sortie culturelle ponctuelle, mais qu’elles s’imposent comme de véritables tiers lieux, des lieux de vie dont l’offre est intégrée aux routines sociales, éducatives et communautaires. Comme le rappelle l’EQLCD : « près du quart (24 %) des personnes de 15 ans et plus ont fréquenté plusieurs fois dans l’année des bibliothèques publiques, et 29 % ont visité plusieurs fois des librairies » (voir capture d’écran du tableau 5.1). Cette fidélité s’explique par l’offre particulière de ces lieux consacrés au livre et à la lecture (prêt de documents, activités culturelles et rencontres littéraires) qui contribue à ancrer durablement les bibliothèques dans leur communauté (p. 83).
En revanche, plus de la moitié des personnes répondantes déclarent ne pas avoir fréquenté une seule fois une bibliothèque au cours de cette période.
Qui fréquente les bibliothèques ?
Les profils révèlent des écarts persistants. Les femmes fréquentent davantage les bibliothèques (55 % contre 44 % des hommes), de même que les diplômés universitaires (63 % contre 36 % des personnes sans diplôme). On note, en outre, que les écarts de fréquentation liés au revenu sont nettement moins prononcés lorsqu’il s’agit des bibliothèques publiques (45 % à 53 %), contrairement à ce qu’on observe pour les librairies ou les musées. Cela met en évidence la fonction particulière des bibliothèques comme espaces culturels accessibles et inclusifs, capables d’atténuer certaines inégalités sociales dans l’accès à la culture :
« On observe de grandes disparités entre les personnes détenant un diplôme de niveau universitaire et celles n’ayant aucun diplôme, notamment en ce qui concerne la fréquentation d’une librairie (77 % c. 40 %), d’un musée, d’un centre d’exposition ou d’une exposition (67 % c. 31 %) ou d’une bibliothèque publique (63 % c. 36 %). Les personnes vivant dans un ménage à revenu élevé sont, en proportion, plus susceptibles que celles vivant dans un ménage à faible revenu de visiter régulièrement une librairie (70 % c. 50 %) ou un musée, un centre d’exposition ou une exposition (63 % c. 39 %). Cependant, les écarts selon le niveau de revenu du ménage sont moindres quant à la fréquentation des bibliothèques publiques (proportions variant de 45 % à 53 %), ce qui illustre l’importance de ces établissements dans la réduction des inégalités en matière d’accès à la culture » (p. 81).
Les personnes immigrantes affichent des taux de fréquentation plus élevés (63 % contre 45 % des personnes natives), confirmant que les bibliothèques jouent un rôle interculturel significatif dans les parcours d’intégration. De même, les personnes en milieu urbain fréquentent davantage les bibliothèques (56 % à Montréal contre 40 % en région) (p. 82).
Revenons sur cette fréquentation régulière de la bibliothèque en considérant l’âge (voir capture d’écran du tableau 5.2). On constate que l’analyse des groupes d’âge met en évidence une courbe en U inversé : la fréquentation est particulièrement élevée chez les jeunes adultes (26 %) et les familles en âge scolaire (31,3 % chez les 30-44 ans), diminue à l’âge actif (19,3 % chez les 45-59 ans, 18,9 % chez les 60-74 ans), puis remonte chez les aînés (23,2 %). Cette variation illustre ce que Bourdieu associe à l’habitus ou à la structuration des pratiques par les rythmes sociaux : les bibliothèques sont sollicitées différemment selon les étapes de la trajectoire de vie (études, parentalité, contraintes professionnelles, retraite).
Comparées aux librairies, qui demeurent les lieux consacrés au livre les plus fréquentés (29,2 % plusieurs fois par an), les bibliothèques se distinguent par une fonction égalisatrice. La librairie suppose un capital économique, alors que la bibliothèque repose sur la gratuité et l’accessibilité. La remontée de la fréquentation chez les aînés témoigne aussi de leur rôle de proximité et de socialisation, là où la consommation marchande du livre diminue vraisemblablement en importance.
L’EQLCD souligne aussi que le lien avec les bibliothèques s’enracine dès l’enfance : 78 % des adultes se rappellent y avoir participé entre 6 et 15 ans (p. 98). Cette expérience d’éveil culturel reste un point de passage majeur, mais elle n’assure pas à elle seule la fidélité à l’âge adulte : elle doit être relayée par le capital scolaire et social qui se transmet, s’incorpore et se consolide au fil de la vie et des trajectoires sociales.
Des défis
Il semble donc que L’EQLCD met en lumière une transformation des pratiques culturelles au Québec, fortement influencée par le numérique et la diversification des modes de consommation. Pour les bibliothèques publiques, plusieurs défis se profilent. Sur le plan de l’accessibilité, elles demeurent des espaces stratégiques pour la réduction des inégalités, mais elles doivent composer avec la fracture numérique, particulièrement marquée chez les personnes âgées, à faible revenu ou vivant hors des grands centres. Elles sont aussi confrontées à la concurrence des plateformes numériques, qui attirent par l’instantanéité et la personnalisation, les obligeant à repenser leur attractivité et à renforcer leur offre hybride assez fragile actuellement.
Par ailleurs, les bibliothèques jouent un rôle crucial dans la diversité culturelle et linguistique, en valorisant la production québécoise, francophone, autochtone et issue de l’immigration. Elles doivent aussi accompagner les cycles de vie, en consolidant la transmission culturelle dès l’enfance et en soutenant l’apprentissage et la lecture tout au long de la vie.
À la croisée des chemins, elles affrontent simultanément l’expansion du numérique, les attentes croissantes en matière de justice sociale et d’inclusion, ainsi que les défis environnementaux. Et, comme l’avait montré Bourdieu, l’institution culturelle, en l’occurrence ici la bibliothèque, demeure un espace à la fois d’inclusion et de distinction.
Une conclusion : Les bibliothèques, entre démocratie, distinction et care
Ces données, en effet, suggèrent fortement que les bibliothèques sont à la fois inclusives et sélectives. Inclusives, parce qu’elles desservent presque toute la population et réduisent certains écarts liés au revenu. Sélectives, parce que leur fréquentation demeure fortement corrélée au capital scolaire et culturel. Bourdieu rappelle, dans La Distinction (1979), que les pratiques culturelles ne sont jamais neutres : elles traduisent et reproduisent la distribution inégale des capitaux. Ce qui est une autre manière de questionner la neutralité de la bibliothèque.
L’ancrage précoce à la bibliothèque pendant l’enfance illustre également ce que Bourdieu et Passeron analysent dans La Reproduction (1970) – et aussi, mais autrement, dans Les Héritiers (1967) : les dispositions acquises tôt ne portent leurs fruits qu’en interaction avec les ressources scolaires et sociales ultérieures. Celleux qui accumulent le capital culturel nécessaire poursuivent la fréquentation, tandis que d’autres s’en éloignent.
À l’ère du numérique, l’inégalité ne disparaît pas, elle se reconfigure. L’accès aux nouvelles formes de culture suppose la maîtrise de codes et de compétences techniques spécifiques, inégalement distribuées (Bourdieu, 1989). Ainsi, si les personnes diplômées et les jeunes adoptent massivement les services numériques, ces outils ne gomment pas les hiérarchies : ils en dessinent de nouvelles.
Les bibliothèques apparaissent dès lors comme des infrastructures critiques de savoirs, mais aussi comme des institutions paradoxales prises dans une tension entre ouverture et distinction. Elles peuvent certes être vues comme des lieux de démocratisation, voire de démocratie culturelle, mais aussi comme des espaces où se rejouent les luttes symboliques du champ culturel (Bourdieu, 1992).
S’il faut parler d’avenir, à ce point, celui-ci dépendra de la capacité des bibliothèques à retrouver leurs publics, à redéfinir les formes de capital culturel qu’elles valorisent, à reconnaître la pluralité des savoirs et à se positionner comme actrices de justice sociale et environnementale dans un monde traversé par de multiples urgences – qu’il s’agisse de l’intelligence artificielle ou de la crise écologique. Redéfinir le capital culturel implique, par exemple, d’élargir la reconnaissance des pratiques légitimes en intégrant les littératies communautaires, numériques, médiatiques et informationnelles, mais aussi la culture populaire – mangas, balados ou jeux vidéo – au même titre que la littérature dite « classique » (Dufour et al., 2021). Cela suppose également de poursuivre le développement des espaces de création et de participation, tels que les fab labs ou les laboratoires citoyens, qui diversifient les pratiques reconnues et contribuent au soutien des cultures numériques. Reconnaître la pluralité des savoirs veut dire valoriser, dans la foulée des stratégies d’équité-diversité-inclusion-réconciliation en émergence (Martel et Dufour, 2024), les perspectives autochtones et interculturelles, comme celles des personnes issues de l’immigration dans les collections, mais aussi co-construire avec les communautés des ressources vivantes et accessibles, qu’il s’agisse d’archives communautaires ou de ressources éducatives libres, et ce, malgré un climat d’adversité.
Mais cet avenir repose aussi sur la responsabilité et la responsabilisation des gouvernements locaux et nationaux, qui ne peuvent se contenter d’ajustements marginaux. Ils doivent envisager le financement des bibliothèques comme un investissement structurant, stable et conséquent – car une augmentation ponctuelle n’aboutit pas forcément à un budget suffisant et durable, même bien géré – et reconnaître politiquement leur rôle stratégique pour la société, l’éducation, la démocratie culturelle.
Enfin, le rôle des bibliothèques dans la justice sociale et environnementale s’exprime déjà, à certains égards, dans leurs fonctions d’accueil – refuges climatisés en période de canicule ou chauffés en hiver – et pourrait s’élargir à des initiatives de sobriété numérique ou à l’organisation d’ateliers citoyens sur les enjeux écologiques et technologiques. Dans cette perspective, leur mission s’enrichit d’une véritable dimension de care, telle que définie par Joan Tronto dans Un monde vulnérable (2010), fondée sur la responsabilité éthique, la réciprocité et l’attention aux interdépendances. Prendre soin des communautés, c’est non seulement répondre à leurs besoins culturels et sociaux immédiats, mais aussi reconnaître leur vulnérabilité, soutenir leur agentivité et favoriser une participation inclusive. En ce sens, les bibliothèques apparaissent comme des infrastructures critiques et résilientes, mais aussi comme des institutions attentives, capables de contribuer activement à la justice sociale et écologique.
Notes
[1] Bourdieu, P. (1979). Les trois états du capital culturel. Actes de la recherche en sciences sociales, 30(1), 3-6. https://doi.org/10.3406/arss.1979.2654
[2] Les données proviennent de l’Enquête annuelle sur les bibliothèques publiques (EABP) réalisée par le MCC et BAnQ.
[3] L’article présente une parité dans les citations puisque presque autant de personnes identifiées comme hommes et femmes sont mentionnées; ce qui rappelle l’importance de la représentativité dans la production et la reconnaissance du savoir.
Références [3]
Bourdieu, P., et Passeron, J.-C. (1967). Les héritiers: Les étudiants et la culture. Paris: Éditions de Minuit.
Bourdieu, P., et Passeron, J.-C. (1970). La reproduction: Éléments pour une théorie du système d’enseignement. Paris: Éditions de Minuit.
Bourdieu, P. (1979). La distinction: Critique sociale du jugement. Paris: Les Éditions de Minuit.
Bourdieu, P. (1989). La noblesse d’État: Grandes écoles et esprit de corps. Paris: Éditions de Minuit.
Bourdieu, P. (1992). Les règles de l’art: Genèse et structure du champ littéraire. Paris: Seuil.
Dufour, C., Martel, M. D., Lacelle, N., Kiamé, S., Garneau-Gaudreault, L.-A. & Poulin, T. (2021). Littératie communautaire : analyse de la production documentaire et revue de la littérature. Revue de recherches en littératie médiatique multimodale, 14. https://doi.org/10.7202/1086911ar
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Klinenberg, E. (2018). Palaces for the people: How social infrastructure can help fight inequality, polarization, and the decline of civic life. New York, NY: Crown.
Marceau, S. (2024, décembre). Les bibliothèques publiques québécoises en 2022 (Optique culture, no 99). Observatoire de la culture et des communications du Québec. Ministère de la Culture et des Communications du Québec et Bibliothèque et Archives nationales du Québec. https://statistique.quebec.ca/fr/fichier/bibliotheques-publiques-quebecoises-2022.pdf
Martel, M. D., et Dufour, C. (2024, 31 octobre). Enquête RÉDI : Rapport final. Résultats des analyses des réponses au questionnaire RÉDI. Rapport préparé en collaboration avec le Comité ÉDI de la Fédération des milieux documentaires (FMD) et l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information (EBSI), Université de Montréal.
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At the G7 summit in Évian-les-Bains, France, in June, the leaders of the world's most powerful states again declared their intent to help Ukraine and to pressure Russia economically: "We commit to increase the pressure on the Russian war economy. In this context, we will strengthen our sanctions." But while G7 governments negotiate another round of political statements, the assembly lines of Russia's military-industrial complex keep turning out missiles and drones—from
At the G7 summit in Évian-les-Bains, France, in June, the leaders of the world's most powerful states again declared their intent to help Ukraine and to pressure Russia economically: "We commit to increase the pressure on the Russian war economy. In this context, we will strengthen our sanctions." But while G7 governments negotiate another round of political statements, the assembly lines of Russia's military-industrial complex keep turning out missiles and drones—from Western components and electronics.
A new analysis of Rostec—the giant of Russia's military-industrial complex—by the Independent Anti-Corruption Commission (NAKO) shows that the strategy of targeted strikes has reached a dead end. To make restrictive measures more effective, allies should consider wider use of export-control mechanisms against structures tied to Russia's defense-industrial complex. In many cases, export control can be a faster and more flexible instrument than full sanctions regimes.
Sanctions against Rostec
Workers assemble a T-72B3-series tank at Uralvagonzavod in Nizhny Tagil, part of Russia’s state-owned Rostec defense conglomerate, on 15 February 2024. Credit: Ramil Sitdikov/RIA Novosti via Kremlin.ru
What is Rostec?
Russia's largest defense and industrial holding, 100% state-owned
Its enterprises produce 80% of military equipment Russia uses in its war on Ukraine, Russian officials say
Accounts for about half of Russia's defense procurement
Employs 500,000–700,000 people at roughly 700–800 enterprises
Hitting the tip of the iceberg is not enough. Sanctions have been placed on Rostec itself, on its best-known holdings, and on individual plants caught manufacturing weapons. But this giant has many branches, visible and hidden, and the sanctioning process itself takes years. The result is that sanctions policy often looks ineffective—and it is easy to see why.
NAKO's analysts traced and identified 482 key legal entities within Rostec's structure. This is the most complete map of the conglomerate that currently exists, and even it covers only part of the concern. A vast network of subsidiaries operates in total secrecy: they hide financial reporting, classify tenders, and mask beneficial owners behind chains of fictitious founders.
Rostec subsidiaries identified by NAKO. Screenshot from NAKO report
And while the West spends months assembling evidence against a single plant, Rostec quickly spins up new "clean" shell firms or brings new enterprises and factories under its control.
Ukraine has imposed sanctions on 72% of the identified Rostec enterprises. The United States covers 45%. And here it gets interesting: the European Union has managed to sanction only 23% of the conglomerate's companies. The United Kingdom takes an even more "selective" approach.
The EU has sanctioned only 23% of Rostec's companies.
The analysis also found a huge asymmetry between jurisdictions. The US, the EU, the UK, Switzerland, and Asian states apply entirely different approaches. What is blocked in the EU can operate freely under British or Japanese law. And while sanctions from even one jurisdiction are a significant red flag for banks, manufacturers, and regulators, the legal gap itself lets Russia keep access to technology.
How Russia gets around the sanctions
This lack of coordination among allies, combined with a complex, multi-layered corporate structure, keeps feeding Russian weapons with Western microelectronics. A vivid example is KRET (Radio-Electronic Technologies Concern), which produces the electronic-warfare systems Russia uses to jam Ukrainian drones at the front. London has sanctioned not a single enterprise in this holding—and there are at least 40 of them.
The result? Legally, these smaller companies fall under restrictions purely by belonging to Rostec. In practice? British manufacturers or distributors are unlikely to spend time tracing the link between Rostec and one of its hundred-odd enterprises buried in corporate layers; seeing no risk, they simply sign the deal with an unremarkable plant.
Another example is the Shvabe holding, whose sights and thermal imagers sit on Russian equipment. It ships its products to international exhibitions in the UAE without difficulty.
Small-arms sights on display at the booth of Russia’s Shvabe Holding, part of state-owned Rostec, at the MILEX-2025 arms exhibition in Minsk, Belarus. Credit: Mikhail Voskresensky/RIA Novosti
Other enterprises and whole holdings are frequent guests at exhibitions in China and India—steadily present and visible to a range of countries that could be subject to secondary sanctions. With those same countries Russia signs deals to sell another batch of helicopters, or shows off upgraded drones that have "proven their effectiveness on the battlefield against Ukraine." And it is through such countries that Western components keep reaching Russia.
This matters because Russia's import-substitution program—including in microelectronics—has never worked. Not yet, at least. Ukrainian military institutes examining captured missiles and downed drones report that Russian high-tech electronics simply are not there, sources that study the missiles have told NAKO. What they find are chips from American, European, and Japanese giants.
What is more, even these foreign components are usually nothing remarkable technologically. Yet as of today Russia still cannot produce even these—certainly not at scale—so it works the gaps in sanctions, export control, and "business as usual" with great finesse.
The next step: strengthening export control
The direction is already shifting. On 23 July 2026, the European Union adopted its 21st sanctions package—its largest batch of individual listings in four years. Fifty-six of them target Russia's military-industrial complex, 37 tied directly to long-range drones, and 51 more entities, many in China, Kyrgyzstan, Türkiye, and the United Arab Emirates, were placed under tighter export controls for feeding Russia the microelectronics and CNC machine tools its weapons depend on. It is the right target. The limit is that it still proceeds one entity at a time—and Rostec is built to outrun exactly that.
Banning the supply of certain critical goods to Kyrgyzstan—where such exports suddenly grew by more than 800%—or issuing regular financial warnings to intermediaries in the UAE and China are the right steps, and they force Russia to pay more. More than that: over four years, sanctions policy has repeatedly caused delays in the production and delivery of weapons and military equipment. But it has not stopped that production—as Ukraine keeps seeing with its own eyes during every mass strike.
The main conclusion that follows from our map of 482 key Rostec entities is the need to change the very logic of restrictive measures against Russia's defense-industrial complex.
Sanctions remain an important instrument, but they often prove slow, selective, and politically difficult to implement. A far wider use of export-control mechanisms, by contrast, could cut off access to international technology, equipment, and components faster and more effectively.
There should no longer be any need to prove separately the role of every nominal LLC somewhere near Chelyabinsk in Russian military production.
If an enterprise is part of Rostec's production, procurement, or technological chains—or those of other structures in Russia's defense-industrial complex—it should automatically become a candidate for export-restriction lists.
This approach would make it substantially harder for Russian defense enterprises to reach Western technology and would narrow the room to evade restrictions through subsidiaries, intermediaries, or formally civilian structures. Western banks, exporters, and compliance teams should not have to identify each new shell firm on their own. Instead, they should get a clear signal: involvement in the production or supply chains of Russia's military-industrial complex means elevated regulatory risk and the need to apply restrictive measures.
Economic pressure on Russia's defense sector must stop being fragmentary and reactive. It has to become systematic, predictable, and capable of outpacing the adaptive mechanisms of Russia's war economy.
Viktoriia Vyshnivska is a Senior Researcher at the Independent Anti-Corruption Commission (NAKO). Her work mainly focuses on supply chains delivering critical components to Russia, the use of foreign technologies in weapons production, and the impact of sanctions regimes on the defence capabilities of aggressor states. Her additional focus also includes Ukraine’s state-owned defense industry and democratic resilience.
Kateryna Biesiedina is Communications Manager at the Independent Anti-Corruption Commission (NAKO), specialising in strategic communications and media with a professional background in journalism and television production.
The European Union has transferred an additional €30 million to the Ukraine Energy Support Fund, raising its total contribution to the mechanism to €279 million, First Deputy Prime Minister and Energy Minister Denys Shmyhal wrote on Telegram.
The transfer is the latest in a series of contributions to the fund from Ukraine's partners. Luxembourg also added funds to the same mechanism recently, and Denmark contributed more than €10 million, European Pravda reported.
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The European Union has transferred an additional €30 million to the Ukraine Energy Support Fund, raising its total contribution to the mechanism to €279 million, First Deputy Prime Minister and Energy Minister Denys Shmyhal wrote on Telegram.
The transfer is the latest in a series of contributions to the fund from Ukraine's partners. Luxembourg also added funds to the same mechanism recently, and Denmark contributed more than €10 million, European Pravda reported.
What the funding supports
In his Telegram post, Shmyhal described how the fund is used:
"The funds coming in through this financial instrument help us restore the energy infrastructure damaged by Russian attacks, purchase critically needed equipment for our energy companies, and ensure a reliable energy supply, above all for critical infrastructure," Shmyhal wrote.
Ukraine's Ministry of Agrarian Policy and Food has asked the European Commission for €220 million ($253 million) in grants to keep its small and medium farmers afloat, after Russian strikes on the Greater Odesa ports severed the sea route that carries most of the country's agricultural exports. The money would cover interest on loans issued under the state "Affordable Loans 5-7-9%" program, the ministry's press service said.
The request marks the point where Russia's Bl
Ukraine's Ministry of Agrarian Policy and Food has asked the European Commission for €220 million ($253 million) in grants to keep its small and medium farmers afloat, after Russian strikes on the Greater Odesa ports severed the sea route that carries most of the country's agricultural exports. The money would cover interest on loans issued under the state "Affordable Loans 5-7-9%" program, the ministry's press service said.
The request marks the point where Russia's Black Sea campaign stopped being a shipping story and became a farm-finance one. With the corridor all but stalled, the ministry projects exports for the 2026/2027 season could fall by almost half, from 64.4 million to about 29.6 million tonnes. Grain the farmers have already harvested is piling up in silos the ministry expects to be full by October, and without cash from those sales, producers cannot finance the autumn sowing that plants next year's crop.
How €220 million turns into €4 billion in loans
The grant is small next to the hole it is meant to plug. Ukraine estimates its farm sector will take in roughly €6.4 billion this season against €11.2 billion in operating costs, and will need about €4 billion in working capital just to keep running. The €220 million would not cover that gap directly. Instead, by subsidizing interest, it is designed to unlock a credit portfolio of up to €4 billion ($4.6 billion) at a rate to farmers of no more than 10%, open to small and medium producers that meet the program's environmental and social criteria. Wheat exports alone could otherwise drop from 17.6 million to 8.3 million tonnes.
The blockade behind the request
Through July, Russia intensified strikes on civilian cargo ships in the Black Sea corridor, killing crew members and, on 22 July, halting traffic entirely — not a single vessel passed that day, at the height of the harvest. Ukraine's government called it "deliberate economic and humanitarian terror." Around 90% of Ukraine's farm exports normally move through three Odesa Oblast ports, and Agriculture Minister Taras Vysotskyi has said the rail, road, and Danube routes that remain can carry only about half the lost volume.
The squeeze is already reaching the fields. Oilseed and grain prices have fallen about 30% as unsold stock backs up inside the country, and the ministry puts direct losses to the sector this year at between $1.5 billion and $3 billion. The government has lowered minimum export prices on some products to keep trade moving, and Prime Minister Serhii Koretskyi has said it is expanding a separate program of grain-backed loans so farmers can borrow against stored crops rather than sell them cheap.
Whether Brussels funds the €220 million request, and how fast, will help decide how much of this year's harvest gets planted — and how much stays stranded in silos while the ports stay shut.