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    « L’IA est un concentré de concepts d’organisations ratés, et l’apogée de l’ère des incompétents, une époque où nous sommes dirigés par des gens tellement déconnectés de la réalité du terrain qu’il était inévitable qu’une technologie soit créée spécifiquement pour exploiter leur incompétence », cingle Ed Zitron, dans un billet savoureux d’être si rageux.  « Si les PDG sont particulièrement vulnérables à la psychose de l’IA c’est parce qu’ils sont suffisamment éloignés du travail de terrain né
     

IA : la revanche des imbéciles

3 juin 2026 à 01:00

« L’IA est un concentré de concepts d’organisations ratés, et l’apogée de l’ère des incompétents, une époque où nous sommes dirigés par des gens tellement déconnectés de la réalité du terrain qu’il était inévitable qu’une technologie soit créée spécifiquement pour exploiter leur incompétence », cingle Ed Zitron, dans un billet savoureux d’être si rageux. 

« Si les PDG sont particulièrement vulnérables à la psychose de l’IA c’est parce qu’ils sont suffisamment éloignés du travail de terrain nécessaire pour générer de la valeur avec l’IA. Les LLM sont dangereux pour de nombreuses raisons, mais l’une des moins évoquées est leur capacité à manipuler les dirigeants les plus incompétents. L’IA générative est très douée pour imiter le travail, tout comme la plupart des managers et des dirigeants. Comme eux, même si elle est totalement incapable de faire quelque chose, elle prétendra le contraire et vous complimentera pour vos suggestions. Et c’est pour ça que les crétins du business l’adorent. » « Là où un humain dirait des choses agaçantes comme « c’est impossible dans ces délais » ou « on n’a pas les ressources nécessaires », l’IA répondra « bien sûr, tout de suite ! » et dépensera un maximum de ressources. »  

« Les entreprises ne dépensent pas des millions, voire des centaines de millions de dollars par an en IA parce que c’est une bonne chose, mais parce qu’elles sont dirigées par des personnes totalement incompétentes. L’IA générative est un véritable aimant pour les surveillants, les mouchards, les incapables, les flagorneurs et tous ceux qui détestent travailler et aiment rabaisser les autres. Autrement dit, elle flatte les ratés qui pensent qu’apprendre ou exceller dans un domaine est une perte de temps, car ils méritent de faire ce qu’ils veulent sans le moindre effort. » Les imbéciles de l’IA du monde des affaires sont des sortes d’escrocs, à l’heure où l’escroquerie est devenue la norme pour une part alarmante de la société. 

Si nous en sommes arrivés là, pour Zitron, c’est parce que la définition d’une bonne entreprise a évolué : nous sommes passés d’une entreprise fabriquant de bons produits à un prix juste, fidélisant sa clientèle et s’appuyant sur un marché durable, à une entreprise capable d’afficher la plus forte croissance boursière d’un trimestre à l’autre. C’est ce qu’il appelle, l’économie de la dégradation, une expression qui décrit bien comment les entreprises technologiques ont volontairement dénaturé leurs produits phares pour satisfaire leurs actionnaires, transformant des services utiles – et parfois appréciés – en une coquille vide, au nom de la croissance. Il est important de noter que cette transformation ne se limite pas au secteur technologique et n’est pas apparue uniquement lorsque ce secteur a pris sa forme actuelle, alimentée par le capital-risque et cotée en bourse. « Le management, en tant que concept, ne signifie plus « faire le travail », mais instaurer une culture de domination et d’extraction de valeur. » Un manager, à l’instar d’un PDG, n’occupe plus une fonction à responsabilités réelles : son rôle est de s’assurer que vous travaillez, de connaître suffisamment votre travail pour pouvoir vous donner des instructions, « mais ce rôle de « donner des ordres » ne s’accompagne d’aucun travail concret, et ces instructions n’ont pas besoin d’être utiles, ni même pertinentes.» « Les problèmes que Microsoft, Google, Meta et Amazon résolvent quotidiennement sont ceux liés à leurs actionnaires. Comment assurer notre croissance ? Comment maintenir l’engagement des utilisateurs avec nos produits ? Comment convaincre nos clients de payer plus cher pour nos services ? »

« Les machines à fabriquer du consentement promues par les imbéciles du monde des affaires servent à nous couper de la réalité, comme eux-mêmes le sont », explique Zitron avec sa verve habituelle. Comme si se déconnecter de la réalité était le principal moyen pour espérer devenir riche et occuper un poste de direction. 

« C’est pourquoi tant de patrons ont une réaction si anormale face à l’IA, la promouvant et la défendant comme s’il s’agissait de leur religion ou de leur patrie. Si beaucoup utilisent les LLM et les perçoivent comme une sorte de calculatrice ou de moteur de recherche, beaucoup d’autres y voient l’opportunité de s’élever au-dessus du peuple qui travaille ou qui crée, car ils trouvent le processus de travail ou d’effort absolument répugnant. Quand quelqu’un dénigre l’IA, l’idiot du Business se sent obligé de la défendre bec et ongles, car attaquer les LLM revient à attaquer leur production, ce qui revient à juger ceux qui tolèrent sa médiocrité et ses hallucinations inévitables. » « Les LLM impressionnent les écrivains qui rechignent à écrire, les développeurs qui rechignent à coder, les chercheurs qui rechignent à faire de la recherche et les juristes qui se désintéressent de la jurisprudence. Ceux qui vous vantent les mérites de l’IA et vous persuadent qu’il est indispensable de l’utiliser cherchent en réalité à justifier leur propre paresse ou leur aversion pour l’effort. Quant à ceux qui sont impressionnés par les travaux des LLM, ils ont généralement des exigences crasses ». 

« L’agressivité dont font preuve les promoteurs et les dirigeants de l’IA envers ceux qui ne sont pas convaincus révèle une véritable faiblesse intellectuelle et morale. Personne n’a jamais eu raison, avec une telle insistance, une telle agressivité et un tel discours péremptoire du type « c’est là, et si vous ne l’adoptez pas, vous êtes stupide et condamné ». Personne d’aussi désespéré, insistant et autoritaire n’a jamais eu de bonnes intentions ». 

Les zélotes de l’IA « ne défendent pas tant les LLM que la forme la plus aboutie du capitalisme », celle d’un capitalisme de corruption, de prédation, mafieux. « L’industrie de l’IA est fondamentalement une machine à escroquer », balance Zitron. « Quelqu’un qui n’aime rien d’autre que recevoir des éloges pour le travail des autres peut désormais exécuter plusieurs agents simultanément, modifier sans cesse les instructions et se faire passer pour un spécialiste en IA, ses IA lui donnant l’air occupé d’une manière difficile à contester tant il n’y a que mensonges ». 

« Quand toute votre économie est organisée autour de cadres intermédiaires, de vice-présidents et de dirigeants qui ne font aucun travail concret, l’IA paraît donc magique ». 

« Comme les modèles d’IA peuvent être intégrés à n’importe quel système, par extension, n’importe quel fondateur d’entreprise spécialisée en IA peut prétendre que n’importe quel secteur peut être automatisé grâce à l’IA. Et comme les investisseurs en capital-risque ne n’y connaissent rien, ils sont naturellement impressionnés par n’importe quelle démo ou promesse qui semble plausible, surtout lorsqu’un LLM peut créer quelque chose qui ressemble à un logiciel.»

Nous sommes confrontés au plus grand gaspillage de capital de l’histoire de l’humanité. Et l’industrie de l’IA est en train de perdre. Personne ne sait vraiment comment mesurer le retour sur investissement de l’IA, rappelle Zitron. « Les entreprises ignorent la valeur réelle de l’IA et le budget qu’elles devraient y consacrer. C’est pourquoi Uber et d’autres épuisent leurs budgets de jetons sans, semble-t-il, réduire leurs dépenses.» « Tout ce baratin sur l’IA, soi-disant inévitable, réelle et surpuissante, ne semble jamais se traduire par des profits. » L’expérience d’Uber – qui brûle beaucoup d’argent dans l’IA – est représentative de l’expérience de pratiquement toutes les entreprises avec l’IA. Des dirigeants incompétents, totalement déconnectés de la production, exigent que leurs employés consomment un maximum de ressources, les incitant à le faire pour des raisons qui n’ont de sens que pour quelqu’un qui ne travaille pas. « L’IA est censée être un outil de rationalisation ultra-puissant qui transformera le monde du travail à jamais. Or, le résultat concret semble être : nous avons dépensé des sommes considérables pour quelque chose qui enthousiasme nos managers les moins compétents », explique Zitron avant d’analyser la profondeur de la bulle économique de l’IA, son grand cheval de bataille, depuis longtemps. Le modèle économique de l’industrie de l’IA est totalement irrationnel, répète celui qui n’a cessé d’en documenter les terribles excès. Il n’y aura pas de méthodes miracles pour rendre profitables des services facturés 100 ou 200 dollars par an quand ils en coûtent des milliers. « L’une des plus grandes erreurs que nous puissions commettre est de croire que les riches et les puissants ont la moindre idée de ce que l’avenir leur réserve, ou qu’ils ont une quelconque stratégie. »

« L’intrusion brutale, voire harcelante, des services d’IA dans notre quotidien n’est pas un signe de leur puissance, mais plutôt le reflet du manque de confiance et de la peur de leurs créateurs. Les bons produits se vendent en expliquant leurs atouts ; les produits douteux se vendent en trompant et en effrayant, et en profitant de la naïveté des personnes qui pensent qu’utiliser un LLM pour rédiger des e-mails et passer 12 heures par jour sur Twitter constitue un véritable travail. »

La demande en IA demeure le fruit d’une psychose collective. Son effondrement sera présenté comme imprévisible, car personne au pouvoir n’aura pris la peine de s’y intéresser. Pour Zitron, « nous sommes arrivés à un point où le masque commence à tomber, et la classe dirigeante, composée d’imbéciles, affiche sans vergogne son mépris pour l’humain », en annonçant notamment des licenciements sans fin. « Les dirigeants du secteur croient pouvoir bourrer le système de promesses de gains si mirobolants que la tech préférera s’autodétruire plutôt que d’admettre son erreur. Sundar Pichai, Andy Jassy, ​​Larry Ellison, Elon Musk, Mark Zuckerberg et Satya Nadella n’hésiteront pas à dilapider des centaines de milliards de dollars pour éviter l’inévitable, mais une fois que ce sera le cas, le résultat sera catastrophique.» Ceux qui adorent l’IA parlent sans cesse de son incroyable puissance sans jamais montrer ce qu’elle a accompli ni, peut-être, à quoi leur a servi tout ce temps soi-disant gagné… 

Zitron veut croire que nous nous dirigeons vers un krach véritablement catastrophique, susceptible de bouleverser le secteur du capital-risque et de porter un coup fatal à un ou plusieurs géants du cloud, tout en divisant profondément la société à de nombreux niveaux entre ceux qui se sont laissés prendre au piège et ceux qui ne l’ont pas été. À court terme, les conséquences seront absolument désastreuses pour nos marchés et notre économie en général. C’est la conséquence de la bombe à retardement que représentent le crédit privé et le capital-investissement. « Ces gens ne savent plus construire des choses qui fonctionnent, et la seule chose qu’ils savent faire, c’est dépenser de l’argent et licencier. Ils ne croient qu’à la croissance, et on ne peut pas survivre uniquement ni indéfiniment grâce à des croyances et à des promesses illusoires. »

« Aucune industrie digne de ce nom n’a besoin de vous induire en erreur ni de vous culpabiliser de ne pas adopter sa technologie. Personne de confiance ne jugera nécessaire d’humilier ou d’attaquer quelqu’un qui n’est pas suffisamment enthousiaste à propos d’un produit. Aucun PDG qui parle d’un avenir hypothétique pour vous vendre un logiciel aujourd’hui ne mérite votre confiance. Aucune technologie qui commet des erreurs régulièrement ne devrait être défendue. Et une industrie qui exige tout de nous — notre terre, notre énergie, notre eau, nos emplois, notre art, notre écriture, notre attention et chaque dollar que nous possédons — ne devrait susciter que du dégoût. »

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    Ce que l’IA accélère Les promesses de l’IA pour découvrir de nouveaux matériaux ou révolutionner les découvertes scientifiques sont fortes. L’idée que l’IA serait l’avenir de la science comme on l’entend très souvent est bien plus un moyen d’orienter les investissements qu’une vérité scientifique, au risque d’augmenter la dépendance de la science à l’IA.  Dans le domaine de la fabrication de médicament, on attend là encore que l’IA permette de nouvelles percées, explique The Economist. Pou
     

L’IA appliquée à la science… rêve de progrès

2 juin 2026 à 01:00

Ce que l’IA accélère

Les promesses de l’IA pour découvrir de nouveaux matériaux ou révolutionner les découvertes scientifiques sont fortes. L’idée que l’IA serait l’avenir de la science comme on l’entend très souvent est bien plus un moyen d’orienter les investissements qu’une vérité scientifique, au risque d’augmenter la dépendance de la science à l’IA. 

Dans le domaine de la fabrication de médicament, on attend là encore que l’IA permette de nouvelles percées, explique The Economist. Pourtant, les partenariats entre entreprises pharmaceutiques et sociétés d’IA se multiplient, notamment dans l’espoir de mieux identifier des molécules, de raccourcir le temps de développement des essais cliniques et de diminuer le taux d’échec de ceux-ci (actuellement, « les médicaments candidats entrant en essais cliniques ont un taux d’échec de 90 %, ce qui porte le coût de développement d’un médicament efficace à la somme astronomique de 2,8 milliards de dollars »). « Même des gains d’efficacité marginaux représenteraient des avantages considérables. Des rapports provenant de l’ensemble du secteur suggèrent que l’IA a commencé à apporter ces gains. Elle a réduit la phase préclinique (celle qui précède les essais cliniques sur l’homme) à 12-18 mois, contre trois à cinq ans auparavant. Et elle a amélioré le taux de réussite. Une étude publiée en 2024, portant sur les performances de molécules proposées par l’IA lors des premiers essais cliniques, a révélé un taux de réussite de 80 à 90 %. À titre de comparaison, les moyennes historiques se situaient entre 40 et 65 %. »

« La conception d’un nouveau médicament commence généralement par le criblage de petites molécules organiques afin d’identifier celles présentant une activité biologique prometteuse afin de sélectionner les plus probables. L’IA peut analyser des bibliothèques de dizaines de milliards de molécules, en testant des propriétés telles que la puissance, la solubilité et la toxicité grâce à des émulations logicielles de ces molécules, sans qu’il soit nécessaire d’utiliser les molécules réelles en laboratoire. Jim Weatherall, l’un des responsables de cette activité chez AstraZeneca, une autre grande entreprise pharmaceutique, affirme que cette méthode permet de trier les molécules prometteuses deux fois plus vite qu’auparavant, et que plus de 90 % du processus de découverte de petites molécules de l’entreprise est désormais assisté par l’IA. »  

L’IA sert donc d’abord à optimiser les investissements. L’IA contribue également à améliorer la conception des essais cliniques. Par exemple en formulant une hypothèse sur une maladie et en tentant de confirmer ou d’infirmer ces hypothèses par une recherche bibliographique. 

L’IA se révèle également prometteuse dans la sélection des patients pour les essais cliniques. Elle peut analyser les dossiers médicaux, les biopsies et les examens d’imagerie des candidats afin d’identifier ceux qui pourraient tirer le meilleur parti d’un nouveau médicament. Une meilleure sélection des participants permet de réduire la taille des essais, et donc de les rendre plus rapides et moins coûteux. Un autre utilisation de l’IA consiste à créer des patients synthétiques permettant de comparer un patient réel et son double numérique pour comparer l’évolution prédite sans traitement par rapport au patient testé. A terme, les patients synthétiques permettrait de réduire les groupes témoins et leurs coûts (au risque tout de même que ces comparaisons aient une fiabilité relative). 

L’optimisation des essais cliniques via l’IA représente une réduction considérable des risques, avec une diminution concomitante des coûts de développement des médicaments. 

Mais si l’IA promet de produire de nouveaux médicaments, elle ne promet pas que nous ayons les capacités industrielles de le faire, comme le montrent les innombrables pénuries que nous traversons. Elle ne résout pas le risque d’abandon de la santé pour tous, qu’évoquait par exemple le philosophe Alexandre Monnin dans AOC il y a quelques mois (voire notre synthèse).

Au contraire. Dans le domaine de la médecine, comme le soulignaient l’avocate américaine des sans abris Leah Goodridge et la médecin et chercheuse, Oni Blackstock, directrice de l’association Health Justice, dans une tribune pour The Guardian, l’IA risque bien plus d’être utilisée pour refuser des soins que pour faire progresser la médecine. En Californie du Sud, où le nombre de personnes sans abris est l’un des plus élevé du pays, Akido Labs gère des cliniques pour les personnes sans domicile fixe et celles à faibles revenus. Mais ces patients sont vus par des assistants médicaux qui utilisent l’IA pour écouter les conversations, puis proposer des diagnostics et des plans de traitement potentiels, qui sont ensuite examinés par un médecin. L’objectif de l’entreprise, a déclaré son directeur technique à la Technology Review, est de « supprimer le médecin de la consultation ».

Cela s’inscrit dans une tendance plus large où l’IA générative est de plus en plus intégrée au système de santé, rappellent Goodridge et Blackstock. En 2025, une enquête de l’Association médicale américaine a révélé que deux médecins sur trois utilisaient l’IA dans leur travail quotidien, notamment pour diagnostiquer les patients. Une start-up spécialisée en IA (OpenEvidence, qui n’est pas accessible en Europe) a levé 200 millions de dollars pour fournir aux professionnels de santé un ChatGPT pour médecins. Et les législateurs américains examinent actuellement un projet de loi qui autoriserait l’IA à prescrire des médicaments. Bien que cette tendance à l’intelligence artificielle dans le secteur de la santé affecte presque tous les patients, son impact est plus profond sur les personnes à faibles revenus, qui rencontrent déjà d’importants obstacles à l’accès aux soins. « Les personnes sans domicile fixe et à faibles revenus ne devraient pas servir de cobayes pour l’IA dans le domaine de la santé. Au contraire, leurs voix et leurs priorités devraient déterminer si, comment et quand l’IA sera mise en œuvre dans leurs soins ». 

La saturation des hôpitaux, les coûts d’accès au soin… expliquent en grande partie ces développements. D’autant que ces contraintes « sont souvent amplifiées dans les communautés économiquement défavorisées, où les établissements de santé sont souvent sous-financés et les patients non assurés, avec un fardeau plus lourd de maladies chroniques dû au racisme et à la pauvreté ». Les très documentés biais des IA de santé, « qui diagnostiquent bien moins les problèmes des patients noirs et hispaniques, des femmes et des patients bénéficiant de l’assurance Medicaid, promettent surtout d’aggraver les inégalités de santé pour les patients qui rencontrent déjà des obstacles à l’accès aux soins ». Pire, comme on le lit dans la TR, les patients ne sont même pas informés que leur professionnel de santé ou leur système de santé utilise l’IA. Un assistant médical explique ainsi que ses patients savent qu’un système d’IA les écoute, mais qu’il ne leur dit pas qu’elle formule des recommandations diagnostiques. Ces discriminations sont renforcées par la tendance croissante à l’utilisation de l’IA pour déterminer les remboursements de santé des personnes à faibles revenus (voir ce que nous disions d’United HealthCare connu pour sa politique de refus de remboursement de soins de santé). Bref, si l’IA d’un côté promet une amélioration de la production de médicaments, elle risque bien plus d’empêcher les publics d’y accéder. 

Il y a d’autres domaines que l’IA accélère, comme le pointait Cade Metz dans le New York Times. Notamment la recherche en mathématiques, en biologie et en chimie. Mais là encore, bien des annonces tonitruantes se révèlent souvent assez décevantes une fois que les spécialistes les décortiquent. C’était le cas notamment lorsqu’une startup d’IA, Harmonic a annoncé avoir résolu un problème mathématique, avant que les experts ne constatent que ses solutions ne différaient guère des travaux antérieurs de mathématiciens. L’IA parvient à identifier des solutions existantes, enfouies dans des décennies d’articles de recherche plus qu’elle n’en invente. « On a l’impression d’être face à un élève brillant qui a tout mémorisé pour l’examen, mais qui ne comprend pas vraiment le concept », assène le mathématicien Terence Tao. L’IA permet bien plus de suggérer des hypothèses ou des expériences qui permettent de cibler les recherches, explique un spécialiste du cancer, qui constate lui aussi que cela permet d’accélérer les processus. Mais un chercheur expérimenté est toujours nécessaire pour guider le système. Pour Terence Tao, interviewé dans Nature, l’IA peut commettre des erreurs invérifiables dans nombre de domaines, mais en maths, elles sont vérifiables. Les inconvénients sont donc bien plus limités. « On commence à voir des exemples où l’IA – peut-être par chance – résout des problèmes importants pour les mathématiciens. C’est encore très rare et l’IA présente encore de nombreuses faiblesses ; elle ne remplace pas le travail humain. Mais il devient de plus en plus difficile de nier l’efficacité de ces outils. » Mais définir de nouveaux concepts et déterminer les problèmes à résoudre restera probablement du ressort des mathématiciens humains… au moins pendant un certain temps encore, estime le médaillé Fields. 

… au risque de réduire le champ d’investigation de la science

Si l’IA pour la recherche scientifique promet, elle pourrait aussi avoir des effets délétères, rappelle la journaliste Grace Huckins pour la Technology Review et réduire à terme le dynamisme de la science. Une étude publiée dans Nature a révélé que si certains scientifiques perçoivent des avantages professionnels à adopter l’IA, la science dans son ensemble pourrait en pâtir, car l‘IA réduit le champ d’investigation de la communauté scientifique. Cela pourrait s’expliquer par le fait que l’IA excelle particulièrement dans l’analyse de données et de publications existantes, ce qui incite les scientifiques qui l’utilisent à se concentrer sur des domaines établis où des données à grande échelle sont disponibles. Il pourrait en résulter un nombre réduit de scientifiques disponibles pour étudier des problèmes moins adaptés à l’IA. Intégrer efficacement l’IA dans la science est plus qu’un simple défi technique : préserver le dynamisme et la diversité de la science à l’ère de l’IA pourrait nécessiter un effort concerté de la part de la communauté scientifique. 

Dans un éditorial pour Science, Julio Ottino et Brian Uzzi enfoncent le clou et dénoncent le risque d’une « progression sans progrès ». « Les progrès réalisés dans l’utilisation de l’intelligence artificielle pour faire progresser la découverte scientifique rendent de plus en plus réaliste l’idée de systèmes automatisés de « science de bout en bout » : des chaînes de traitement intégrées capables de générer des hypothèses, de mener des expériences (in silico ou robotisées), d’analyser les résultats et de produire des résultats publiables avec une intervention humaine minimale. La question cruciale n’est pas de savoir si l’IA peut « faire » de la science, mais si la science – en tant que système social et évolutif produisant des connaissances fiables – peut survivre à la manière dont l’IA la pratique. »

Or, « la science n’est pas simplement une suite de tâches optimisables. Elle progresse par un processus analogue à l’évolution darwinienne : variation à travers de nombreux efforts indépendants ; sélection par la critique, la réplication et la compétition ; et conservation des résultats robustes. Cette structure distribuée permet à la science de s’autocorriger et de générer de la nouveauté. L’indépendance n’est pas fortuite ; elle est le mécanisme qui produit à la fois la fiabilité et la découverte. »

Mais, la science n’a jamais pleinement atteint cet idéal, rappellent-ils. Elle a aussi été façonnée par les biais, les erreurs et la fraude. Les partisans de l’intelligence artificielle arguent que l’automatisation pourrait atténuer certaines de ces limitations tout en accélérant les découvertes et en élargissant la participation. Reste donc à savoir si l’IA en science réduit ces imperfections ou les amplifie à l’échelle des machines.

L’intégration de l’IA à la science risque de modifier fondamentalement la structure de la science. Notamment en favorisant des plateformes dominantes, entraînées sur des données similaires et optimisées pour certains objectifs. « Comme sur d’autres marchés de technologies numériques, la concentration est un résultat plausible. Le risque est fort qu’une poignée de systèmes façonnent la majorité de la production scientifique (…). La diversité simulée au sein d’un système ne saurait se substituer à la diversité épistémique entre des approches véritablement concurrentes.»

La conséquence n’est pas seulement institutionnelle ; elle est bien épistémique, c’est-à-dire qu’elle concerne toutes les connaissances. « Le système scientifique prospère grâce à l’inefficacité : efforts redondants, tentatives infructueuses et chemins divergents. Il ne s’agit pas de coûts à éliminer, mais de sources de découverte. À l’inverse, les pressions d’optimisation favorisent la convergence. Il risque d’en résulter une production accrue, mais une exploration moindre de l’inattendu.»

« Ce rétrécissement a des implications sur la créativité. Une grande partie de la force de l’IA réside dans l’exploration combinatoire, le réarrangement des connaissances existantes en de nouvelles configurations. Or, nombre d’avancées majeures en science ne sont pas des combinaisons ; ce sont des ruptures, des changements conceptuels qui contredisent les hypothèses des cadres antérieurs. Parce que ces avancées s’écartent des schémas encodés dans les données existantes, elles sont les moins susceptibles d’émerger de systèmes entraînés sur le passé. »

« L’indépendance n’est pas seulement une garantie de fiabilité ; elle est la condition de la rupture conceptuelle. » A l’inverse, « l’optimisation de chaque composant ne garantit pas l’intégrité de l’ensemble. » Au contraire, elle peut la compromettre.

« Il ne s’agit pas de rejeter l’IA, mais de la considérer comme un simple progrès technique. Préserver les propriétés fondamentales d’un système scientifique évolutif devient désormais une contrainte de conception. Les résultats scientifiques doivent garantir une traçabilité claire – une chaîne de responsabilité identifiable qui ne se dissout pas dans des systèmes opaques. Les dispositifs institutionnels et techniques doivent assurer des approches véritablement distinctes, et non de simples variations au sein d’une architecture partagée. »

« Ces exigences ne sont pas des inefficacités à éliminer par l’ingénierie. Elles représentent les solutions accumulées au problème de la fiabilité des connaissances. Un système d’IA peut produire des résultats impressionnants. Mais s’il remplace un processus évolutif par un processus artificiel, il risque de restreindre non seulement le champ de nos découvertes, mais aussi notre capacité de découverte tout court. »

Le financement de la recherche : submergé par l’IA

Geraint Rees et James Wilsdon pour Nature tirent la sonnette d’alarme. L’IA est en train de submerger les appels à projets et demandes de financement de la recherche, améliorant le nombre, la qualité, le volume des demandes au risque de provoquer l’effondrement même du système. Les réponses générées par l’IA peuvent être entraînées sur les publications des chercheurs, sur les critères d’attribution des subventions et même sur les projets retenus pour ajuster les demandes aux résultats attendus. Et l’effet se constate déjà, pointent les chercheurs. Dans une étude qui a regardé les projets de 12 organismes de financement de la recherche de l’Union européenne, les chercheurs montrent une augmentation des candidatures depuis 2022. 

« Les décideurs politiques et les organismes de financement vont devoir repenser l’allocation des fonds de recherche avant que le système ne devienne ingérable. » Confrontés à un afflux de réponses de qualité, ils devront alors faire des choix largement arbitraires quant aux projets à financer et aux candidats. 

Jusqu’à présent, les organismes de financement de la recherche ont principalement réagi à ces évolutions en restreignant l’utilisation de l’IA par les candidats et les évaluateurs, certains déclarant les demandes inéligibles si elles sont élaborées avec de l’IA. Mais ces préconisations sont impossibles à appliquer car la probabilité de détection est faible et ne constitue pas une réponse au problème. Le risque est fort que toutes les propositions répondent aux critères de financement et que les différences entre elles soient minimes. « Lorsque les propositions et les évaluations sont toutes deux gérées par des agents entraînés sur le même corpus de travaux déjà financés, le système n’évaluera plus la qualité des idées, mais plutôt la capacité des agents à simuler les idées précédemment récompensées par les financeurs.» 

« Parmi les propositions visant à remédier à la surcharge des systèmes de financement figurent le recours à des tirages au sort (attribution aléatoire de fonds à des demandes de subvention correspondant à un certain niveau de qualité) et des modèles distribués d’évaluation par les pairs, où les chercheurs qui soumettent des demandes de subvention sont chargés d’évaluer celles d’autres chercheurs. Ces mesures permettent de lutter contre le volume de demandes, mais elles restent inefficaces si les indicateurs de qualité deviennent peu fiables. »

Geraint Rees et James Wilsdon proposent plutôt que les organismes de financement envisagent de recentrer l’évaluation non plus sur les propositions écrites, mais sur le chercheur principal, son équipe et ses programmes de recherche passés et en cours. « Les financeurs devraient investir dans la vérification des antécédents afin d’examiner la performance de recherche d’un individu ou d’un groupe sur une période prolongée, ainsi que dans des entretiens et des évaluations de portefeuilles de la performance d’équipe sur la durée. » Mais cette solution écarte de fait les plus petites ou plus jeunes équipes : les aides risquent alors d’aller uniquement aux projets les plus établis. 

En mars, le Conseil de la recherche médicale du Royaume-Uni a annoncé le rétablissement des entretiens pour tous les candidats présélectionnés : une approche chronophage et laborieuse et peu adaptée aux grands volumes de candidatures. Le NIH américain, regroupant l’ensemble des Instituts nationaux de la santé, lui, a limité à 6 dépôts par an le nombre de candidatures individuelles, après avoir constaté que certains chercheurs en soumettaient plus de 40. Les financeurs pourraient également envisager des approches plus radicales, suggèrent les deux chercheurs.Il pourrait s’agir d’instaurer un quota fixe de propositions par chercheur ou pour l’ensemble de sa carrière, toutes sources de financement confondues. Ils pourraient aussi répartir le budget disponible entre les chercheurs éligibles à l’échelle nationale et attribuer le même montant à tous, éliminant ainsi la concurrence. 

D’autres solutions proposent aux organismes de recherche de s’appuyer sur l’IA pour l’évaluation. « L’IA pourrait ensuite servir à prioriser et à présélectionner les candidatures, en comparant les données selon ces différents profils afin d’identifier les candidats dont le parcours est cohérent avec les informations fournies dans leur dossier. Ce processus de présélection serait transparent, auditable et conçu pour favoriser la diversité, et non la freiner, à travers les différentes étapes de carrière, disciplines et institutions. » Mieux (ou pire, c’est selon), certains modèles proposent de prédire l’impact d’un article ou d’une recherche, fléchant les financements vers les projets les plus porteurs. 

Quelque soient les solutions retenues, la nécessaire transformation du financement de la recherche risque de se faire dans la douleur et la contestation, estiment les chercheurs. La mise en place d’infrastructures IA nécessite des investissements soutenus, des tests rigoureux et une gouvernance continue. Les financeurs confrontés à des contraintes budgétaires pourraient hésiter. C’est oublier pourtant que le système gaspille déjà des ressources considérables en comités d’experts et en nouvelles soumissions, sans parler du temps consacré par les chercheurs à répondre aux appels. Un système basé sur l’IA native et bien conçu pourrait constituer un investissement judicieux, défendent les chercheurs. Reste que des systèmes d’évaluation entraînés sur des données de financement historiques intégreront les inégalités passées, risquant d’amplifier, plutôt que de corriger, l’effet Matthieu, c’est-à-dire la concentration au profit des plus dotés. « Il s’agit d’un risque réel, mais nous pensons que la conception et la gouvernance peuvent contribuer à l’atténuer. Les biais dans les systèmes d’IA sont mesurables, ce qui permet de les examiner et d’y remédier », soulignent-ils, certainement trop rapidement car les biais ne sont ni  mesurables ni corrigeables facilement. Troisièmement, les chercheurs et les institutions pourraient se montrer réticents face aux décisions façonnées par des algorithmes qu’ils ne peuvent pas interroger. La transparence et les mécanismes d’appel pourraient contribuer à instaurer la confiance, défendent-ils encore.

Le système de financement par subventions conçu pour un monde pré-IA est devenu défaillant. Les financeurs doivent s’adapter, estiment les chercheurs. Il pourrait en résulter un système plus performant : un système qui exploite la puissance de l’IA et la combine à des connaissances spécialisées, et qui réduit le temps et l’énergie gaspillés dans la rédaction de demandes de subventions improductives pour les réorienter vers une recherche novatrice. Un constat plus facile à déclamer qu’à mettre au point. 

Prédire les résultats de la science… au risque de l’y enfermer

Certains modèles proposent de prédire l’impact d’un article ou d’une recherche, fléchant les financements vers les projets les plus porteurs, expliquaient donc Geraint Rees et James Wilsdon. Qu’en est-il ? 

Savoir si une étude changera le monde ? C’est pourtant l’idée que propose Funding the Frontier : un tableau de bord pour prédire l’impact de la recherche. L’outil (non disponible) utilise le Big data pour retracer l’impact sociétal des projets de recherche sur les politiques, les médicaments ou les produits, explique Nature (voir également l’article de recherche qui montre des captures d’écran du tableau de bord et la vidéo promotionnelle). Le projet porté par Dashun Wang « intègre des données sur les publications de recherche, les brevets, les documents d’orientation et les essais cliniques, et présente ces informations de manière visuelle et intuitive. Ils ont également combiné cet outil à un algorithme prédictif basé sur l’apprentissage automatique pour prédire les études et les domaines susceptibles d’apporter les plus grands bénéfices sociétaux à l’avenir – par exemple, les subventions les plus susceptibles de déboucher sur un brevet ». « Même sans son aspect prédictif, disposer d’un outil permettant de rechercher l’impact des recherches sur la société » est déjà une information importante, estime un chercheur. 

Un chef de projet d’une importante agence de financement américaine l’a utilisée pour examiner les impacts sociaux généraux des subventions de l’agence, lui permettant de constater l’impact de certaines recherches ailleurs dans le monde. « Un autre utilisateur, investisseur dans le domaine de la recherche biomédicale, a constaté que dans le domaine de la recherche sur la maladie d’Alzheimer, l’impact clinique le plus important au cours des 20 dernières années provenait d’études visant à comprendre la maladie, mais que l’impact futur le plus important prévu se concentrait sur les études portant sur les systèmes de soutien social des personnes atteintes de la maladie, ce qui laisse entrevoir de nouvelles opportunités d’investissement ». 

L’aspect prédictif est pourtant préoccupant, estime le même James Wilsdon qui en évoquait les perspectives précédemment. Le spécialiste des politiques de recherche estime que ce tableau de bord pourrait créer des prophéties autoréalisatrices et des décisions d’investissements plus conservatrices, au détriment de recherches plus originales, capables d’ouvrir d’autres possibilités. 

Coincés dans l’Academic Slop ? 

En attendant, le travail académique commence à crouler sous la « prolifération métastatique de publications » truffées d’hallucinations et de distorsions de contenus, comme s’en plaint sur Facebook la philosophe du droit, Antoinette Rouvroy. L’Academic Slop est arrivé, constate également le chercheur Seva Gunitsky dans sa newsletter. Il raconte que dans la revue dont il s’occupait le nombre de soumission a doublé voire triplé depuis l’apparition de l’IA générative, et que le taux de rejet s’est envolé. Techniquement compétents, certains de ces articles respectent les normes et sont tout à fait convenables. Faciles à produire et exigeant peu de créativité, ils constituent néanmoins le type de travail incrémental légitime que le philosophe des sciences Thomas Kuhn appelait la fabrique de la « science normale ». Pour Gunitsky la valeur d’une théorie originale va continuer à prendre de l’importance. « Les travaux quantitatifs de qualité deviennent bon marché et abondants ; une bonne théorie reste difficile à élaborer ».

Mais l’effet le plus important est que l’évaluation par les pairs repose désormais davantage sur le discernement. Si n’importe qui peut produire un article empirique compétent sur n’importe quel sujet, le principal obstacle devient l’identification des questions importantes à poser. « Dans ce contexte, la question pour les évaluateurs et les éditeurs n’est plus tant « est-ce juste ?» que « pourquoi est-ce important ? ». Cette question est inévitablement subjective, mais pas totalement, car elle exige une solide connaissance des débats en cours. Elle nécessite néanmoins de connaître les tensions et les lacunes productives, les énigmes intéressantes et les idées reçues apparemment établies. »

« Ce concept porte un nom : la phronesis. C’était le terme employé par Aristote pour désigner la sagesse pratique, ou la capacité à discerner la conduite à tenir dans des circonstances particulières. Contrairement à l’épistémè (la connaissance scientifique) ou à la technè (le savoir-faire technique), la phronesis ne peut se réduire à des règles ou à des algorithmes. Elle requiert de l’expérience, du jugement et ce qu’Aristote appelait la « perception ». Cela signifie non seulement l’intelligence, mais aussi la capacité intellectuelle de percevoir les caractéristiques essentielles d’une situation donnée. »

La philosophe Isaiah Berlin appelait cette qualité « le sens du réel » dans le jugement politique : la capacité de percevoir ce qui est possible et ce qui compte à un moment historique donné. Or, il n’est pas certain que les IA possèdent cette capacité voire ne la possèdent jamais. « Si le discernement devient le critère ultime de qualité, nous nous dirigeons encore davantage vers un système à deux vitesses dans l’édition scientifique. Les revues les plus prestigieuses privilégieront les articles d’une originalité remarquable ou présentant des avancées théoriques ou empiriques majeures, tandis que toutes les autres publieront les articles produits par l’IA qui font progresser, de manière graduelle, notre compréhension de sujets spécifiques. Et peut-être que la théorie gagnera en prestige au détriment des méthodes sophistiquées d’analyse des données. »

Pas sûr que la théorie et l’empirisme puissent ainsi si facilement se scinder en deux. Le risque que les publications automatisées se transforment en matière noire scientifique, que personne ne lit ni ne consulte est fort. A nouveau, ici aussi, le risque est fort que s’accentue  davantage les hiérarchies de prestige comme critère d’importance. « Paradoxalement, l’effet uniformisant de l’IA pourrait rendre le monde universitaire plus élitiste encore ».

« La technologie qui nous a inondés de dissertations étudiantes façonnées avec l’IA va maintenant inonder de nos propres travaux, et nous aurons besoin de ce même discernement dont nous nous plaignons de l’absence chez nos étudiants. » Pas sûr que ce soit plus facile pour les experts. L’IA fait peut-être gagner beaucoup de temps à certains, mais la pollution des travaux de recherche qu’elle engendre en fait perdre énormément aux lectrices et lecteurs. Le goulot d’étranglement de la lecture et de la vérification s’annonce plus reserré que jamais. 

La seule chose dont on soit sûr, en observant toutes ces perspectives… ce n’est pas que l’IA apporte un progrès scientifique notable, c’est que l’IA en science renforce les inégalités dans toutes les couches de la science.  

Hubert Guillaud

MAJ du 02/06/2026 : Une analyse de 7,3 millions d’articles de revues scientifiques publiés entre 2020 et 2025 révèle qu’en 2025, un peu plus de la moitié présentent des signes d’influence des LLM, avec des variations importantes d’utilisation selon la région du monde, le prestige de l’établissement, l’éditeur et la discipline. « Le développement économique et la proximité de l’anglais comme langue principale sont des facteurs prédictifs clés de ces variations régionales. Les établissements moins bien classés affichent des taux d’adoption plus élevés que les universités d’élite, les jeunes éditeurs à but lucratif présentent des taux supérieurs à ceux de leurs concurrents, et l’adoption varie considérablement selon les disciplines universitaires. L’adoption des LLM dans la rédaction académique est répandue, mais socialement stratifiée. »

MAJ du 21/06/2026 : Dans leur newsletter, Tim O’Reilly et Ilan Strauss, proposent de garantir un exosquelette pour appliquer l’IA à la science. Cet exosquelette est constitué d’innombrables systèmes permettant de garantir les références, comme le DOI (l’identifiant d’objets numériques qui attribue un numéro à chaque publication scientifique), RetractationWatch (la base de données des articles scientifique dépubliés et rétractés), Orcid (qui founit un identifiant unique aux chercheurs), Open Alex (un graphe de connaissances scientifiques)… ou encore le projet Vraix du MIT (cherchant à créer une toile du savoir pour distinguer les contenus possiblement génératifs des autres)… et nombres d’autres, qui n’ont pas été intégrés aux systèmes d’IA, alors qu’ils pourraient permettre de résoudre de nombreux problèmes : diminuer les citations erronées, réduire l’emprise de la littérature scientifique non valide… une infrastructure fondée sur des principes ouverts qui cherchent à garantir que les contenus scientifiques ne puissent être ni accaparés ni dégradés. Ces infrastructures sont des biens publics que les entreprises d’IA ignorent pour la plupart ou, pire, fragilisent. « À l’heure actuelle, la relation entre l’IA et l’infrastructure scientifique est presque exclusivement extractive. Les entreprises d’IA entraînent leurs modèles sur des articles scientifiques. Elles créent des produits capables de générer et de manipuler des textes scientifiques. Elles se disputent le marché de l’« IA au service de la science ». Pourtant, elles ne contribuent pratiquement pas à l’infrastructure qui, à la base, garantit la fiabilité des connaissances scientifiques. »

Les entreprises d’IA consomment du contenu scientifique sans rien apporter en retour. Strauss et O’Reilly font une analogie avec Content ID de YouTube : face à l’utilisation non autorisée de leurs œuvres, la première réaction de l’industrie musicale a été d’exiger leur retrait. La réponse de YouTube a été : « Et si nous vous aidions plutôt à les monétiser ? » Cette approche a permis d’aligner les intérêts et de créer une économie dynamique pour les créateurs. Nous devrions appliquer le même raisonnement à la science. Les entreprises d’IA ne devraient pas seulement utiliser l’infrastructure scientifique pour améliorer leurs produits (elles le devraient pourtant), mais elles devraient surtout chercher à aider la science à gagner en valeur, en pérennité et en exhaustivité.

Pour cela, les systèmes d’IA devraient améliorer la validation de leurs sources et références. L’infrastructure existe, il leur suffit de l’utiliser. Ils pourraient également réinjecter les métadonnées extraites dans OpenAlex, améliorant ainsi le graphe de données pour tous. Ils pourraient utiliser et financer RetractationWatch pour améliorer leurs modèles et réponses. Les fournisseurs d’IA pourraient également financer cette infrastructure scientifique très fragile qui constitue le socle technique de la crédibilité de la science. « Les entreprises d’IA, qui génèrent des milliards de revenus grâce à des produits reposant sur la crédibilité scientifique, devraient contribuer à l’infrastructure qui garantit cette crédibilité. Il ne s’agit pas de philanthropie, mais d’un intérêt bien compris.» Elles pourraient également contribuer a améliorer cette chaîne qui identifie la provenance du contenu scientifique. « Lorsque l’IA contribue à un article scientifique, cette contribution doit être traçable : elle ne doit pas simplement faire l’objet d’une déclaration standard, mais être liée à des affirmations, des sources et des étapes de vérification précises. »

« Les entreprises d’IA qui s’appuieront sur cette infrastructure créeront de meilleurs produits. Mais surtout, elles investiront dans l’infrastructure civilisationnelle qui rend possible, à la base, l’existence de connaissances fiables. À condition toutefois que les entreprises d’IA cessent de considérer cette question comme le problème d’autrui et commencent à la voir comme un socle sur lequel bâtir — un socle dont dépend leur propre succès dans le domaine scientifique.»

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  • Faire porter sa chatte [en]
    [en] Je sais qu’il y a des tas de gens qui font le choix de ne pas stériliser leur chatte “pour avoir des petits”, et qui peut-être ne comprennent pas l’énervement des gens branchés “protection animale” face à ça. Si on est responsable, qu’on soigne bien les chatons, qu’on leur trouve de bons foyers, où est le problème? Le problème c’est qu’une chatte qui fait des petits, ce n’est pas quelque chose qu’il suffit de considérer de façon isolée. En effet, pour cette chatte-là et ces chatons-là,
     

Faire porter sa chatte [en]

1 juin 2026 à 13:06
[en]

Je sais qu’il y a des tas de gens qui font le choix de ne pas stériliser leur chatte “pour avoir des petits”, et qui peut-être ne comprennent pas l’énervement des gens branchés “protection animale” face à ça. Si on est responsable, qu’on soigne bien les chatons, qu’on leur trouve de bons foyers, où est le problème?

Le problème c’est qu’une chatte qui fait des petits, ce n’est pas quelque chose qu’il suffit de considérer de façon isolée. En effet, pour cette chatte-là et ces chatons-là, peut-être que tout va bien.

Mais il faut regarder plus loin que le bout de son nez. Il faut regarder l’écosystème entier auquel prend part la personne qui choisit de faire reproduire sa chatte.

Déjà, il y a le fait qu’il y a des chats errants en Suisse, même si on ne le voit pas tant que ça. Ces chats, souvent, ils étaient à quelqu’un. Juju, il est né dans une famille et il a appartenu à des gens, avant de se retrouver dehors livré à lui-même. Je le sais car si ce n’était pas le cas, il n’aurait pas les bases de sociabilité avec l’humain qu’il démontre tous les jours. Oscar, même histoire. Donc ces chats, ce sont des chats non identifiés qui pour une raison ou une autre, se sont retrouvés à la rue.

J’aimerais insister sur le fait que je ne crois pas que la majorité des chats “abandonnés”, comme on dit, ait été activement et sciemment “mis dehors”. Il y a tellement d’explications: la chute de la fenêtre et le chat qui file et qu’on ne retrouve jamais. Le chat d’intérieur qui fuit par la porte et qu’on ne retrouve jamais. Le chat qui vient de déménager, qui sort trop tôt, et s’installe ailleurs, et qu’on ne retrouve jamais. Le chat pas castré assez tôt (tant Oscar que Juju n’étaient pas castrés) et qui file courir la minette loin, loin de chez lui, et au final ne revient pas, car les minettes en chaleur sont ailleurs. Le chat vagabond qu’on nourrit “comme ça” et qui finit par préférer rester dans le coin plutôt que chez lui – mais c’est pas “notre” chat, alors il devient “le chat de personne”. Je pourrais continuer.

Il y a des chats errants. Il y a des chats en refuge. Des chats qui passent longtemps en refuge (Tounsi y est resté un an avant que je l’adopte, et c’est n’est pas une durée incroyable). Et détrompez-vous: chaque année, il y a des chatons qui peinent à trouver un foyer, parce que passée la fenêtre très courte du “chaton mignon”, eh bien les gens n’en veulent plus, et aussi parce que les refuges et les associations qui placent des chatons ou chats sont peut-être plus regardants que des particuliers qui ont “fait des petits”. Vous savez pourquoi j’ai gardé Juju? Parce qu’au bout de 2 semaines, je voyais son potentiel, ses besoins en matière d’espace de vie, et aussi le travail et les compétences qui allaient être nécessaires pour le resocialiser et lui permettre de surmonter sa peur après des années dehors, et que la conclusion c’était que ce serait moins de travail pour moi de le faire moi-même que de trouver un foyer qui coche les cases.

Tous cas chats, ils viennent de quelque part. Certes, il y a des minettes “ensauvagées” (qui elles aussi, étaient peut-être à quelqu’un, à la base) qui mettent bas dehors, donnant naissance à des petits qui ne seront pas socialisés, pas castrés, pas stérilisés, pas vaccinés, donc un grand nombre mourront (et pas paisiblement) et dont le reste occupe à plein temps les bénévoles des associations qui bossent nuit et jour pour, justement, réduire la quantité de mort miséreuse dans nos champs, nos haies et nos chantiers.

Donc, quand on fait porter sa chatte, on fait “sa part” pour contribuer à surcharger cet écosystème déjà en souffrance. Plus de chatons faciles à adopter, pour des gens qui du coup n’adopteront pas un chat (jeune ou vieux) qui n’est pas né exprès. Plus de chatons à adopter, pas identifiés pour beaucoup, probablement pas stérilisés (parce que ce serait cool de faire une portée à la minette, c’est mignon les chatons), qui peut-être se “perdront” et iront grossir les rangs des “chats abandonnés”.

On fait aussi “sa part” pour alimenter une norme sociale: que c’est OK voire normal de faire porter sa chatte, que la stérilisation c’est pas si important, ça fait des chatons mignons, que franchement les associations et SPA qui font payer (non mais vous vous rendez compte?!) quand on veut adopter un chaton, vraiment, c’est abuser, parce que ma voisine elle les donne, elle.

Et quelque part dans cet écosystème, il y a des chatons dans un sac poubelle.

Voilà pourquoi des fois, on manque de patience avec les gens qui ne voient que les adorables et craquants petits chatons auxquels donnera naissance leur gentille minette.

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  • La colère à venir de la Wired Belt
    Dans le Financial Times, l’économiste Bhaskar Chakravorti, estime également que la colère monte contre l’IA. La colère dans la Rust Belt (la ceinture de la rouille qui désigne les anciens bastions de l’industrie américaine du Nord-Est des Etats-Unis) a propulsé Trump à la victoire ; la rage des travailleurs du savoir des banlieues de la Wired Belt (la ceinture connectée) alimentera la réaction contre l’IA.  Mais qu’est-ce que la Wired Belt ? Cette idée s’appuie sur une étude produite par Chak
     

La colère à venir de la Wired Belt

1 juin 2026 à 01:00

Dans le Financial Times, l’économiste Bhaskar Chakravorti, estime également que la colère monte contre l’IA. La colère dans la Rust Belt (la ceinture de la rouille qui désigne les anciens bastions de l’industrie américaine du Nord-Est des Etats-Unis) a propulsé Trump à la victoire ; la rage des travailleurs du savoir des banlieues de la Wired Belt (la ceinture connectée) alimentera la réaction contre l’IA. 

Mais qu’est-ce que la Wired Belt ? Cette idée s’appuie sur une étude produite par Chakravorti et ses équipes à la Tufts University qui s’intéresse aux risques que l’IA fait peser sur l’emploi aux Etats-Unis, par secteurs et également par régions. Pour ses auteurs, outre le fait que l’IA fait peser des risques sur certaines catégories d’emploi (à savoir les métiers de l’information, de la finance et de l’assurance, la programmation et les concepteurs d’interfaces), l’étude est plus originale pour son aspect géographique. Ils mettent en avant que ce sont les grands pôles d’innovations urbains comme New York, Los Angeles, Washington D.C., San Francisco, Chicago, Dallas et Boston qui figurent parmi les plus exposés, ainsi que la Californie, le Texas, New York, la Floride et l’Illinois. Les auteurs soulignent d’ailleurs que ces États figurent également parmi les plus actifs en matière de réglementation de l’IA, ce qui souligne les dimensions politiques et d’économie politique des perturbations du marché du travail induites par l’IA et met en évidence d’importantes implications réglementaires et politiques au niveau des États.  

Pour les auteurs, les zones connectées seront les prochaines zones désaffectées. L’IA va s’en prendre aux régions abritant les emplois les mieux rémunérés des Etats-Unis. 

Pour Chakravorti, les cadres qui s’apprêtent à perdre leur emploi à cause de l’IA pourraient bien être à l’origine du prochain choc politique que connaîtra les États-Unis. « Les professions les plus menacées sont concentrées dans les « ceintures connectées » : des régions qui ont prospéré grâce aux données, au contenu et aux activités cognitives. Ces régions pourraient bien devenir les nouvelles « ceintures de rouille », s’étendant des pôles technologiques bien connus de la Silicon Valley, de Boston et de New York jusqu’à Philadelphie, Atlanta et Phoenix. Les corridors de connaissances périurbains entourant les grandes villes des États indécis (swing states) américains figurent parmi les plus vulnérables du pays.» 

L’IA pourrait donc avoir des conséquences très politiques, estime Chakravorti. « Lorsque les perturbations économiques frappent les communautés américaines et que la classe politique réagit avec indifférence, il en résulte un réalignement politique radical, mais cette fois-ci, il viendra des cols blancs des régions technologiques, et non des cols bleus des régions industrielles en déclin. »

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  • Entre la lame et la flamme. Chronique d’un « record »
    « Record ». « Record ». « Record ». « Record ». « Record ». Des mots il y en a d’autres. Mais celui-là est le plus chaud, le plus saillant, le plus repris. Nous en franchissons. Nous en battons. Nous en dépassons de précédents. Des records. De chaleur donc. Et donc comment dire autre chose de « record ». D’autres mots s’alignent derrière : « jamais vu« , « historique« , « inédit » … Mais toujours celui-là qui revient : « record. » Alors on y va au record, au rapport. Dire et redire le record de
     

Entre la lame et la flamme. Chronique d’un « record »

28 mai 2026 à 04:02

« Record ». « Record ». « Record ». « Record ». « Record ». Des mots il y en a d’autres. Mais celui-là est le plus chaud, le plus saillant, le plus repris. Nous en franchissons. Nous en battons. Nous en dépassons de précédents. Des records. De chaleur donc. Et donc comment dire autre chose de « record ».

D’autres mots s’alignent derrière : « jamais vu« , « historique« , « inédit » … Mais toujours celui-là qui revient : « record. » Alors on y va au record, au rapport. Dire et redire le record de chaleur pour ,ne pas dire le record de souffrance, le record d’épuisement, le record de sensation d’étouffement, le record d’irrespirabilité, le record de malaises, etc.

Dire et répéter sans cesse ce « record » c’est installer narrativement une dimension qui est celle du sport, du dépassement, de la médaille, bref, des valeurs presque toujours associées à quelque chose de positif dans notre imaginaire. Alors dire sans cesse ces records, est-ce franchir une limite ou s’affranchir des dernières supportables restantes ?

Dire et répéter sans cesse ce record c’est aussi marquer le moment d’un souvenir, s’inscrire donc dans une histoire, un record c’est un témoignage. Record nous dit le dictionnaire de l’académie c’est : « Emprunté de l’anglais record, ‘procès verbal, témoignage consigné’, déverbal de to record, ‘enregistrer’, lui-même emprunté du français recorder. » Alors on enregistre. La hausse des températures, les images de plage, de glaces, d’eau, d’espaces et de lieux et ressources qui aujourd’hui sont enregistrés comme ceux qui rafraîchissent, mais que l’on enregistre aussi comme ceux qui seront demain impraticables, inaccessibles, épuisés.

Et puis il y a les autres records, les autres enregistrements, les autres mémoires collectives qui se construisent et se fixent.

J’enregistre. Il faut aller à l’école, en cours. Il faut passer des examens, des épreuves. Bacheliers professionnels à l’épreuve d’un baccalauréat que le ministre ne voit aucune raison de décaler, de déplacer, d’aménager. Pourtant il n’y a pas si longtemps on avait déplacé, décalé, aménagé le brevet des collèges mais là ce sont des bacheliers professionnels. Alors il faut les habituer à la peine. Il faut les tordre.

Plus rien n’est adapté. Voilà des décennies que nous avons construit (et construisons encore contre toute logique) des bâtiments faits pour dire que nous aspirions à la chaleur : larges fenêtres, baies vitrées immenses, orientations plein sud. Let The Sun Shine In. Laissons entrer le soleil.

 

 

Et nous avons des villes entières, des gares, des lotissements, des écoles, des collèges, des lycées, des immeubles tout entiers tournés vers le soleil qui désormais écrase.

Parmi les images les plus fortes d’une littérature qui m’accompagne, il y a celle du tout début du roman de Kim Stanley Robinson, « Le ministère du futur« , la description d’une humanité écrasée d’une chaleur insoutenable, qui à la nuit se réfugie en quête de fraîcheur dans un lac lui-même déjà trop chaud mais pourtant seul supportable, et d’une partie de cette humanité qui y crève littéralement, et du narrateur qui s’y réveille à peine vivant au milieu de cadavres. Ce roman est une vraie claque. D’autres sciences et d’autres fictions bien sûr racontent l’inexorable qui vient.

Nous avons maintenant juste besoin de politique. Et des formes les plus abouties de radicalité, de redirection écologique, de de planification, appelez cela comme vous voulez mais puisqu’il est déjà trop tard, non pas tant pour nous que pour nos gosses, il faudra de la politique, et de la dure.

Il y a cette certitude sourde que deux choses ne nous sauverons pas : l’innovation et l’adaptation. Oui nous innoverons et oui certains trouveront encore à s’adapter, bien sûr qu’il le faudra. Mais ni l’innovation ni l’adaptation ne nous sauverons si nous considérons qu’elles deux seules peuvent encore nous sauver.

L’innovation ne nous sauvera pas. Elle ne fera que retarder certains pans d’un inéluctable dont la capacité mortifère est d’ores et déjà irréductible.

Notre capacité d’adaptation ne nous sauvera plus. Nous ne pourrons pas, nous ne pourrons plus (nous ne le pouvons presque déjà plus), ni à l’échelle de nos corps ni à l’échelle de nos lieux, de nos corporéités et de nos habitabilités, nous ne pourrons pas nous adapter davantage, ni en creusant plus bas sous terre, ni en avançant plus loin ou plus profond dans l’océan, ni en montant plus haut dans nos villes comme dans nos géographies ou dans nos conquêtes de l’espace.

Nous sommes depuis déjà trop longtemps entrés dans un cycle où les innovations et les adaptations effondrent les cohésions, les sociabilités, les cohabitations qu’elles soient de voisinage ou de destin. Entre ceux qui ont la clim et ceux qui ne l’ont pas. Entre ceux qui vivent là et ceux qui vivent ailleurs. Entre ceux qui peuvent financer leur adaptation et ceux qui ne le peuvent pas.

C’est à la fois enthousiasmant et désespérant mais il ne nous reste plus que du politique pour nous sauver la peau et que nos gosses et les gosses de nos gosses ne soient pas les accablés nomades de nos errances ou les assignés à résidence punitive de nos tardives repentances.

D’un record, l’autre. C’est désormais la seule et l’unique question, dont toutes les autres dépendent : nous visons dans un monde dont la géographie, l’espace, l’habitat, la circulation, ne sont plus du tout adaptés au climat que nous traversons et traverserons. Alors nous attendons. Nous attendons la lame, celle qui viendra de l’océan. Nous attendons la flamme, celle qui viendra de nos forêts. Entre la lame et la flamme. Juste du politique. 

  • ✇Assemblées populaires rimouskoises
  • Septième édition – Été 2026 🏖
    Les assemblées se mettent en mode été !!! Question de profiter du beau temps, des fleurs qui poussent et des oiseaux qui chantent , on vous invite à une assemblée populaire rimouskoise sous la forme d’un pique nique , au Parc Beauséjour. Le tout débutera par l’installation des plats, suivi d’une grande plénière et d’un projet artistique communautaire. Le reste de l’événement se prêtera autant à la discussion en sous-groupes, qu’à la rigolade sur le gazon et aux envies de jouer dehors !
     

Septième édition – Été 2026 🏖

24 mai 2026 à 11:11

Les assemblées se mettent en mode été ☀ !!! Question de profiter du beau temps, des fleurs qui poussent 🌻 et des oiseaux qui chantent 🦩, on vous invite à une assemblée populaire rimouskoise sous la forme d’un pique nique 😋 🧺, au Parc Beauséjour.

Le tout débutera par l’installation des plats, suivi d’une grande plénière et d’un projet artistique communautaire. Le reste de l’événement se prêtera autant à la discussion en sous-groupes, qu’à la rigolade sur le gazon 🌱 et aux envies de jouer dehors 🏸!

On teste une formule potluck, donc si l’envie vous prend de cuisiner et de partager, une table sera installée pour y mettre vos plats et la description de ce qu’ils contiennent (surtout pour les allergies) ! Rien ne vous empêche d’apporter votre propre lunch en alternative ou en complément.

On vous invite aussi fortement à apporter votre vaisselle (plats, ustensiles, verres), mais nous aurons une réserve sur place au cas où. Afin de se laisser le temps de respirer, la table sera prête à accueillir vos plats à 11h30, et quand tout semblera bien installé, la plénière commencera 📣 .

Invitez vos proches et tout le voisinage! ♥

INFO MÉTÉO : il fera beau, c’est certain, MAIS si jamais la température ne se prête pas à une assemblée, elle sera remise au lendemain. On vous fait un bulletin météo quelques jours avant.

INFO-ACCESSIBILITÉ 🧑‍🦽‍

Le parc Beauséjour, son stationnement et son pavillon de services sont pleinement accessibles aux personnes à mobilité réduite. Le Bilan 2024 du Comité favorisant l’intégration des personnes handicapées de la Ville indique que « Le prêt de matériel adapté est accessible au comptoir de prêt du parc Beauséjour« .

Si vous avez des contraintes ou des questionnements, n’hésitez pas à nous écrire pour qu’on s’assure de bien vous accueillir !!

  • ✇affordance.info
  • Le cauchemar de Lessig. If « Code Is Law », what da fuck is « Vibe Coding » ?
    Rapidement quelques réflexions construites en préparant mon intervention lors d’une journée autour de l’IAG organisée par l’APDEN de Poitiers. Merci à toute l’équipe pour l’invitation et l’organisation.   Ecrire du code. Arthur Mensch est Le PDG de Mistral AI, entreprise spécialisée dans l’IA et « licorne » française. Il vient d’être auditionné par l’assemblée nationale. Si vous vous intéressez au sujet, l’entretien est assez intéressant même s’il faut très souvent faire la part de ce qui relèv
     

Le cauchemar de Lessig. If « Code Is Law », what da fuck is « Vibe Coding » ?

20 mai 2026 à 12:27

Rapidement quelques réflexions construites en préparant mon intervention lors d’une journée autour de l’IAG organisée par l’APDEN de Poitiers. Merci à toute l’équipe pour l’invitation et l’organisation.

 

Ecrire du code.

Arthur Mensch est Le PDG de Mistral AI, entreprise spécialisée dans l’IA et « licorne » française. Il vient d’être auditionné par l’assemblée nationale. Si vous vous intéressez au sujet, l’entretien est assez intéressant même s’il faut très souvent faire la part de ce qui relève de la réalité de cette firme (et qui peut être étendu à d’autres semblables) et la dimension très prégnante de l’opportunité de lobbying qui lui est ainsi offerte (mais c’est le jeu, il fait son taff, et il le fait plutôt très bien).

Deux séquences, ou plus exactement deux phrases m’ont beaucoup frappé dans cette intervention de presque une heure trente.

« Aujourd’hui les ingénieurs chez Mistral n’écrivent plus de ligne de code. » Je répète et souligne : « Aujourd’hui les ingénieurs chez Mistral n’écrivent plus de ligne de code. »

Et il poursuit : « Aujourd’hui vous n’êtes plus un artisan, vous êtes un manager, donc vous demandez à des agents (IA) d’écrire le code pour vous. Vous donnez les spécifications ; vous êtes un donneur d’ordre. » (la séquence est accessible à partir de 1h 8 min et 41 sec.

Et là quand j’entends ça j’ai plein de questions.
Première question : est-ce que c’est vrai ? Alors disons oui et non. Pour en avoir échangé avec des collègues informaticien.ne.s dont certain.e.s ont également travaillé dans ces grands groupes (Google et Facebook), disons que oui c’est vrai il existe des ingénieurs / développeurs qui n’écrivent plus de ligne de code, mais il existe aussi toujours quand même qui codent les agents IA qui à leur tour vont coder à la place d’autres ingénieurs et/ou développeurs. Il y a d’ailleurs une expression dédiée, on appelle cela du « Vibe Coding » qui consiste à créer du code informatique (par des initiés ou des non-initiés) en utilisant du langage naturel grâce à l’IA.

Deuxième question : est-ce que c’est grave ? Je n’ai pas la réponse à court terme mais à moyen terme j’ai l’absolue certitude que cela l’est. Et que cela l’est éminemment.

Troisième question : est-ce que c’est une bonne nouvelle ? Pour répondre, je vous propose de transposer la situation du PDG d’une boite d’IA expliquant que ses ingénieurs n’écrivent plus de ligne de code pour … coder, à la situation, par exemple, d’un ou d’une responsable de formation, d’un ou d’une enseignante, qui dirait : « je n’ai plus aucun étudiant / élève qui ait besoin de comprendre les concepts et notions que je manipule pour leur transmettre un savoir et qu’ils soient en capacité d’en produire de nouveaux à leur tour. Et là c’est, convenez-en, tout à fait vertigineux. Alors oui bien sûr, comparaison n’est pas raison, les ingénieurs d’Arthur Mensch ne sont pas les élèves ou étudiants dans nos classes et nos amphis, et oui bien sûr le code est un langage mais on pourrait philosopher quelques heures (en relisant Saussure, Chomsky, Wittgenstein et quelques autres) sur le fait qu’il est ou non une langue. Mais vous voyez l’idée.

Quatrième question. Si l’on s’accorde sur le fait que le code est une langue ou à tout le moins un langage, quand vous n’écrivez ou ne parlez plus une langue, au bout de combien de temps cessez-vous de la comprendre et de la maîtriser ? Arthur Mensch le dit lui-même, il est de cette génération « d’artisans du code » (il a 33 ans), il a appris cet artisanat et il dit aussi que cela lui a plu. Mais une autre génération arrive, qui n’aura plus la nécessité d’apprendre, ou d’apprendre autant. Alors que feront-ils ? Et s’ils n’écrivent plus une ligne de code mais doivent continuer de fabriquer des applications, alors que feront-ils … sans code ? Autre vertige.

Alors oui je sais, entre ce que dit Arthur Mensch, et le contexte et la place depuis lesquels il dit cela, il y a tout de même une série de nuances à apporter. Pour autant, dans le champ scientifique qui est le mien (les sciences de l’information et de la communication), il nous appartient précisément de prendre des énoncés pour ce qu’ils disent dans l’instant, autant que pour ce qu’ils installent aussi en terme de narration sociale plus ou moins implicite. Et Arthur Mensch « incarnant » et portant le discours technophile, accélérationniste et dérégulateur autour de l’IA, ce qu’il dit (même si cela n’est que 2 minutes dans une vidéo d’une heure trente) est en soi un énoncé particulièrement performatif auprès de celles et ceux qui l’écoutent. Et ce que dit Arthur Mensch c’est que « aujourd’hui les ingénieurs chez Mistral n’écrivent plus de ligne de code. » Comprenez et entendez que donc tous les ingénieurs dans toutes les entreprises d’IA qui sont ou se rêvent en futures licornes, n’écrivent et n’écriront plus une ligne de code ou en tout cas n’ont et n’auront plus vocation à le faire. Juste du Vibe Coding.

Le cauchemar de Lessig.

« Code Is Law. » (traduit en français par Framasoft). « Le code c’est la loi. » C’est un livre (paru en 1999, « Code And Other Laws of Cyberspace« ) et un article (paru en 2000). C’est l’un des textes fondateurs de la culture numérique. Publié au début des années 2000, absolument fondamental et totalement visionnaire, Lawrence Lessig (professeur de droit, spécialiste de propriété intellectuelle, inventeur des licences Creative Commons, etc.), Lawrence Lessig y explique notamment que le code est un régulateur, que le code décide et que le code :

« définit la manière dont nous vivons le cyberespace. Il détermine s’il est facile ou non de protéger sa vie privée, ou de censurer la parole. Il détermine si l’accès à l’information est global ou sectorisé. Il a un impact sur qui peut voir quoi, ou sur ce qui est surveillé. Lorsqu’on commence à comprendre la nature de ce code, on se rend compte que, d’une myriade de manières, le code du cyberespace régule. »

 

Et il poursuit en expliquant que :

Des gens choisissent la manière dont le code effectue tout cela. Des gens écrivent ce code. Dès lors le choix n’est pas de savoir si les gens pourront choisir la manière de réguler le cyberespace. D’autres gens – les codeurs – le feront. Le seul choix est de savoir si nous jouerons collectivement un rôle dans leurs choix – et si nous pourrons alors déterminer la manière dont ces valeurs se régulent – ou si nous autoriserons collectivement ces codeurs à décider de ces valeurs à notre place. 

 

D’où ma dernière question : if « Code Is Law », then what da fuck is Vibe Coding ?

Le « Vibe Coding », un monde dans lequel les entreprises les plus puissantes en IA n’auraient que des ingénieurs et des développeurs n’écrivant plus de ligne de code, ce monde c’est le cauchemar de Lawrence Lessig et notre cauchemar à toutes et tous. Car si les codeurs eux-mêmes sont à distance du langage ou de la langue par laquelle ils installent des valeurs dans le code, s’ils ne parlent ou n’entendent plus cette langue et s’ils se réduisent à des fonctions de « managers d’agents IA – faussement – autonomes », alors comment elles et eux en première ligne, et surtout comment nous toutes et tous en première cible, comment serons-nous encore capables de jouer collectivement un rôle dans la circulation et l’établissement de ces valeurs, de ces agendas politiques, économiques, idéologiques, que le code véhicule et qui n’ont jamais été aussi puissants et déterminants, et dans le même temps jamais à ce point été inféodés à des intérêts presqu’uniquement marchands, mafieux et singuliers ?

Si le code se passe de développeurs autres que des agents non-humains, alors la question de la maîtrise des valeurs que le code véhicule devient une non-question, un inquestionnable.

« Un algorithme c’est la décision de quelqu’un d’autre » me faisait l’honneur d’écrire Antonio Casilli dans la préface à l’un de mes tout premiers ouvrages. Et ce quelqu’un n’était pas extrêmement compliqué à trouver, à isoler, et à questionner. Mais un algorithme « vibe codé » c’est la décision de … qui ?

« Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde » écrivait Wittgenstein.

L’intelligence c’est de l’énergie (et la connerie c’est de l’énergie moins chère).

Arthur Mensch dit aussi plein d’autres trucs qui installent des narratifs extrêmement clairs et puissants dans leur fonction d’agenda. Par exemple à plusieurs reprises il répète qu’il faut réfléchir ou considérer l’intelligence comme on réfléchit à l’énergie, à l’électricité. Alors bien sûr il parle de l’intelligence artificielle. Mais il ne dit pas « intelligence artificielle », il dit juste « intelligence ». Et ce n’est pas « juste » une omission ou un raccourci. C’est l’endroit d’où il parle, celui d’où il est situé, c’est l’énoncé de son futur probable et de son futur désiré, d’un futur qui répond à « son » agenda propre. Un mode dans lequel en effet l’intelligence se capte, se stocke, se transmet et se calcule comme l’énergie, comme l’électricité. D’ailleurs et c’est aussi extrêmement frappant, à plusieurs reprises et sur plusieurs questions, il commence toujours par répondre en nombre de kilowatts ou de mégawatts. C’est son unité de mesure, son mètre étalon et ce sur presque l’ensemble des questions qui lui sont posées et adressées. Tout se calcule en kilowatts ou mégawatts. Tout est là. Toutes les réponses sont là. Un mètre étalon. Qui est aussi son plus grand talon d’Achille (à lui et à l’ensemble de l’industrie extractiviste de l’IA).

 

 

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  • C’est pas le pied [en]
    [en] Je voulais écrire hier. Hier, deux semaines après la mort d’Oscar. Le choc a passé. Je suis de retour au travail – avec difficulté la semaine dernière, on verra ce que raconte celle-ci. Il reste le manque. Il me manque. Je commence tout juste à entrer parfois dans mon appartement sans ressentir très fort la présence de son absence. J’ouvre la porte et le vide me saute à la figure. Ça diminue un peu, mais c’est encore là. Le pire c’est le soir. Oscar, il m’attendait sur le lit. Je me cou
     

C’est pas le pied [en]

18 mai 2026 à 12:52
[en]

Je voulais écrire hier. Hier, deux semaines après la mort d’Oscar. Le choc a passé. Je suis de retour au travail – avec difficulté la semaine dernière, on verra ce que raconte celle-ci. Il reste le manque. Il me manque. Je commence tout juste à entrer parfois dans mon appartement sans ressentir très fort la présence de son absence. J’ouvre la porte et le vide me saute à la figure. Ça diminue un peu, mais c’est encore là.

Le pire c’est le soir. Oscar, il m’attendait sur le lit. Je me couchais, il s’installait contre moi. Avant Oscar, il y avait Quintus. Et Tounsi, moins longtemps. Avant, Bagha. La chose la plus étrange dans cette période de deuil c’est que le cri intérieur de ma peine disait souvent “Bagha” au lieu de “Oscar”, surtout les premiers jours. Pourquoi? La mort de Bagha, c’est tellement loin. Il y en a eu tant d’autres depuis.

Oscar, il a gagné mon coeur en étant lui, évidemment, mais aussi au début parce qu’il me rappelait Bagha. Un grand matou tigré et blanc, bien dans ses coussinets, qui ne se laisse pas démonter par la vie. Aussi, après la mort de Bagha, je me suis retrouvée “sans chat chez moi“, comme aujourd’hui. Voilà peut-être d’où vient cet écho.

Quelque part dans ma tête, j’ai “home is where the cat is”. C’est une de mes définitions du chez-soi. J’aimais rentrer chez moi, être chez moi, aussi parce que c’est là qu’est le chat (ou les chats). Et donc c’est tristounet, ici. C’est vide. Il n’y a plus que moi et les plantes. Il ne se passe rien en-dehors de moi. Un jour, Juju passera du temps ici, mais pas encore. Donc en attendant, c’est juste moi.

Au-delà de l’attachement que j’avais pour Oscar, il y avait le rôle structurant que jouait sa présence dans mon quotidien. Une structure lourde parfois, mais qui avait aussi beaucoup de positif, d’autant plus dans un contexte post-accident où mon fonctionnement exécutif galère encore plus qu’avant et où je ne travaille encore qu’à temps partiel, en télétravail la plupart du temps. Les ancrages externes des horaires des soins, des habitudes du chat, et même de l’impulsion d’aller voir comment il va: tout ça est loin. C’est une vraie perte de repères.

Le pire, c’est le soir, je disais. Ma gestion du temps nage la brasse, ma sensation du temps la brasse coulée. Dans une période où le sommeil est critique à ma convalescence, je n’arrive plus à tenir le rythme que je souhaite. Je me retrouve à me coucher à 2h, à 3h du matin. Je suis lente, désorganisée, coordonner les actions diverses d’une étape du quotidien me demande beaucoup plus d’efforts qu’il y a un mois. C’est normal. Un deuil, même sans commotion dessous, ça entraine des perturbations cognitives. Je le sais, je ne m’en alarme pas, je puise dans ce que j’ai comme patience avec moi-même et ce long processus de récupération. Mais c’est galère.

Le soir. En plus, une fois au lit, une fois qu’il s’agit d’éteindre, d’arrêter l’activité continue de la journée dans laquelle je me réfugie un peu malgré moi, qui ne me fait pas forcément du bien au fond mais qui soulage sur le moment, il ne reste plus que l’absence d’Oscar, qui une fois installé, retenait mon bras de sa patte si j’essayais de le bouger. Et je suis triste, et je n’aime pas me sentir triste, et donc j’ai encore moins envie d’aller me coucher. Tout ça, en plus du fait qu’aller dormir, ça signifie être demain matin, un nouveau jour où je vais me lever et où Oscar ne sera toujours pas là.

Le courage me fait défaut. Pas juste parce que ça fait mal, d’avoir le courage de sentir ce qu’il y a à sentir, mais aussi parce que ça fait plus d’un an que je fais des efforts, que j’en ai marre et que j’en suis fatiguée. Certes, on fait toujours des efforts dans la vie, ça fait partie de la vie. Mais ceux qu’on doit fournir quand un problème de santé bouleverse durablement notre vie, ce ne sont pas ceux de la vie de tous les jours. Alors j’ai moins de courage pour ce deuil que si je n’avais pas eu d’accident. C’est comme ça. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a quand on l’a.

Je voulais écrire hier, je me suis laissée prendre dans d’autres choses, sans trop me battre. Aujourd’hui, j’ai failli aussi. J’ai travaillé. Mon cerveau est fatigué. J’ai fait une sieste, au salon, sur mon canapé, sans Oscar, parce que demain je travaille et que je sais maintenant que même si la journée semble bien se passer, si j’ai fait pas mal bosser mon cerveau, ce n’est pas dit que demain ça aille. Donc repos. J’apprends à être proactive. C’est dur, moi qui aime faire, faire, faire. Qui avant mon accident étais déjà frustrée de tout ce que je n’avais pas le temps ou l’énergie de faire. Qu’est-ce que j’étais ingrate avec la vie!

Sieste, un exercice difficile pour moi. J’ai réussi, là, assez je trouve. Puis je me lève. Cerveau fatigué, coeur désoeuvré. Regarder ma série? J’aimerais éviter de repartir dans une longue séance de bricolage de mon assistant IA. J’ai beaucoup fait ça, ces dernières semaines. C’est prenant en tant que tel, c’est pas idéal pour mon cerveau (même si c’est pas la cata, j’ai vraiment appris à repérer quand je ralentis et ne pas lutter contre ça), et ça m’a donné du répit au milieu de ma peine. C’est un délicat équilibre, qui rappelle celui de ma convalescence: le bon équilibre entre activité et repos; le bon équilibre entre sentir et souffler. Là, ça fait un moment que je sens que je dois reprendre le temps de sentir. Il y a très longtemps, j’ai compris que quand je me voyais en train de chercher à échapper à quelque chose que je sentais, c’était signe qu’il fallait justement prendre le temps de le sentir. Et pour moi, un truc qui marche bien, c’est écrire. Dans ma cuisine, tout à l’heure, alors que je dérivais vers le frigo à la recherche un peu floue de quelque chose qui me réconforterait, j’ai bien reconnu le goût de cette volonté d’échapper.

Alors j’ai ouvert mon ordinateur et j’ai commencé à écrire.

C’est pas le pied, donc. C’est pas le pied parce qu’Oscar est mort et qu’il me manque. J’ai des moments où monte cette envie déchirante de faire machine arrière, de ne pas décider qu’il est temps, de faire autrement, d’attendre encore. Je la connais bien, cette envie, et je sais qu’elle ne dit rien de ma décision, juste de ma peine. Un exercice vain et désespéré de la pensée pour avoir moins mal. Oscar me manque sur le balcon, au salon, dans ma chambre à coucher et à l’eclau. Il me manque dans le jardin où on avait pris l’habitude de faire quelques sorties. Il me manque le matin à 8h et le soir à 20h à l’heure des médicaments et des injections, et aussi à 16h et le plus tard possible avant de dormir, l’heure des anti-épileptiques qu’il léchait mélangés à une friandise dans une petite coupelle.

C’est pas le pied parce que mes journées ont perdu leur structure, et une partie de mon espace aussi. Parce que mon cerveau vient de se prendre l’équivalent émotionnel d’un nouveau choc à la tête, et qu’il rame.

Et pour couronner le tout, c’est pas le pied parce que dans la nuit de mercredi à jeudi, à 2h30 du matin, mon cerveau diminué a pensé qu’un aller-retour au salon pouvait se faire dans le noir, en étant prudente de contourner l’immense photophore en verre que j’avais déplacé au milieu du chemin pour tenir un place une lame de parquet que je venais de recoller, et a ensuite promptement effacé le photophore de la carte pour le trajet du retour, 20 secondes plus tard. Croche-pattes, photophore en miettes, un pied brièvement reposé au milieu des briques de verre pour reprendre l’équilibre, un gros morceau de verre planté dans le pied, une coupure nette et profonde de 8mm qui pisse le sang, un pansement compressif improvisé avec un mouchoir sale et une chaussette qui trainait par là (merci en passant au 30 ans de judo, tout ça sur un pied), et un week-end de l’Ascension en béquilles. Tout fait sens, franchement.

Le pied n’a rien de grave et guérit bien, j’espère être en mesure de marcher un peu dans le quartier d’ici quelques jours. Oscar est toujours mort, et mon cerveau bat toujours de l’aile. L’eclau n’est pas rangé comme je l’aurais voulu – pas commode en béquilles ou à cloche-pied. Je suis allée voir les iris à Vuillerens, quand même, en béquilles et en bonne compagnie, sous la pluie.

J’essaie de reprendre le contrôle de mon sommeil. J’essaie de trouver le courage de ralentir, mais quand je vois comme je me sens maintenant, je comprends pourquoi c’est si dur. J’aimerais qu’Oscar soit là. Lui faire un massage d’oreille. Poser ma tête sur sa poitrine – a sa consternation sûrement, mais tant pis.

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  • L’overview effect de l’IA.
    Et si notre terre était notre langue ? Et si les IA conversationnelles étaient nos vaisseaux ? Et si nous étions des astronautes sociaux ?   L’Overview Effect ou « effet de vue d’ensemble » c’est « un choc cognitif, une prise de conscience dont témoignent certains astronautes lors d’un vol spatial qui se produit lorsque ceux-ci observent la Terre depuis l’orbite terrestre ou la Lune. Cet effet se produit par la mise en perspective directe de la situation de la Terre dans l’espace : la planète
     

L’overview effect de l’IA.

10 mai 2026 à 08:44

Et si notre terre était notre langue ?
Et si les IA conversationnelles étaient nos vaisseaux ?
Et si nous étions des astronautes sociaux ?

 

L’Overview Effect ou « effet de vue d’ensemble » c’est « un choc cognitif, une prise de conscience dont témoignent certains astronautes lors d’un vol spatial qui se produit lorsque ceux-ci observent la Terre depuis l’orbite terrestre ou la Lune. Cet effet se produit par la mise en perspective directe de la situation de la Terre dans l’espace : la planète est perçue comme une sphère fragile, un point bleu pâle « suspendu dans le vide », protégé par une fine atmosphère. »

Copie d’écran du compte Instagram de Sophie Adenot, en plein Overview Effect.

L’Overview Effect conduit donc à prendre conscience de la fragilité d’un écosystème en l’observant d’un point, d’une position qui ne nous est ni naturelle ni facilement accessible et qui introduit une grande distance impliquant un renversement de perspective.

Et bien – me semble-t-il en tout cas – c’est très caractéristique de ce qu’ont produit les premiers systèmes d’IA conversationnels, ces artefacts génératifs. Et de ce qu’ils continuent de produire actuellement. En même temps que ces « agencements machiniques informationnels » ont déplacé la question du langage, ces IA conversationnelles et leur insincères maïeutiques nous ont mis dans une situation d’observation tout sauf naturelle de processus discursifs en temps réel qu’ils effectuent, processus discursifs pour autant (essentiellement) crédibles et « satisfaisants » (en tout cas satisfaisants aux principaux codes d’un échange conversationnel entre deux êtres humains).

Voir des machines parler était déjà étonnant mais fut longtemps cantonné au seul imaginaire de science-fiction ; puis parler à des machines (via les interfaces vocales du World Wide Voice) devînt une forme de routine mais demeurait, quelque part, toujours une forme d’étonnement ; aujourd’hui, voir des machines avoir avec nous des conversations rationnelles en temps réel, produit un effet de décalage qui fait que c’est « notre » intelligence, « notre » capacité dialogique et rationnelle qui est vue comme immensément fragile et qui, par contraste, donne à ces machines et à ces artefacts, dans l’interaction que nous avons avec elles, une place différente de ce qu’elle devrait être. Un renversement de perspective.

Nous sommes dans la position de l’astronaute qui observe non pas la terre mais la capacité de langage et d’intellection (et parfois aussi d’imagination), et qui l’observe pour la première fois depuis la médiation artificielle et artefactuelle qu’en propose l’IA générative. Et si la distance de la terre à la station spatiale qui permet de l’observer est considérable et se mesure en kilomètres (autour de 400 pour être précis), la distance entre notre « engagement langagier » et l’écho conversationnel médié par les IA est tout aussi vertigineuse à ceci près qu’elle ne se mesure plus en kilomètres mais plutôt en dépliant l’ensemble des règles algorithmiques, corpus d’entraînement, processus de « fine-tuning » mais aussi infrastructures techniques (data centers) et autres opérations qui permettent aux machines de faire à la fois illusion de langage et leurre de conversation.

Soit la langue est fragile, soit c’est nous qui le sommes.
Et si la langue est aux machines …

Cette position tout sauf naturelle (au même titre que celle de l’astronaute Sophie Adenot ci-dessus) nous conduit, en partie au moins, à regarder et à mieux mesurer et prendre en compte toute la fragilité du langage et des interactions humaines qu’il permet et conditionne. Mais cette situation d’observation inédite produit également deux effets différents : certains cherchent à protéger ou à sanctuariser la nature ou à tout le moins la fonction du langage, et à ne pas entièrement et systématiquement les soumettre aux systèmes techno-politiques qui produisent et façonnent ces IA ; d’autres au contraire font de cette fragilité évidente l’occasion d’un renoncement sur l’autel de l’efficience ou de la rationalité économique, prétextant se démultiplier via des IA agentiques qui sont le Taylorisme d’une langue véhicule. Et puis bien sûr il y a les enjeux même de l’écriture et de la création, que décrit un récent et admirable texte de Gregory Chatonsky sur AOC : « Ce qui (me) permet d’écrire est ce qui (vous) empêche de lire. »

Dans les deux types de réaction possible à cet Overview Effect de l’IA sur le langage, certains initialement en garderont donc surtout un sentiment accru de connexion avec une entité non-humaine, là où d’autres n’y verront que l’instanciation de formes toujours plus abouties d’isolement et de solitude. Tout comme la littérature scientifique autour de l’Overview Effect (qui date des premiers vols à haute altitude dans les années 1950), documentait aussi bien « l’appréciation et la perception de la beauté, une émotion inattendue, voire bouleversante, et un sentiment accru de connexion avec les autres » (Wikipedia) qu’un effet paradoxal de « rupture » ; les aviateurs traversaient en effet un phénomène décrit comme un sentiment de séparation physique de la terre occasionnant des réactions individuelles allant qui pouvait soit les plonger dans un sentiment  « d’exaltation ou du sentiment de se sentir plus proche de Dieu » tout comme à des formes élevées d’anxiété, de peur ou de solitude (Wikipedia). Ce phénomène dit de « break-off » cessa d’être étudié en tant que tel au début des années 1970.

Dans l’histoire des technologies numériques, qu’il s’agisse du Cloud, des réseaux sociaux, ou désormais de l’IA, les effets de proximité sont presque toujours paradoxaux et ne font que masquer une distance de plus en plus grande. Le « Cloud Computing » permet une disponibilité immédiate de documents qui n’ont jamais été stockés physiquement aussi loin de nous ; les réseaux sociaux ont historiquement fait proximité (puis promiscuité) avec des individus géographiquement toujours plus éloignés. Sans toujours le mesurer ou l’éprouver, nous avons donc déjà traversé d’autres « Overview Effects » : celui de l’éloignement et d’une distension de nos mémoires documentaires, celui de l’éloignement et d’une distension de nos relations sociales, et désormais donc, celui de l’éloignement et d’une distension là encore paradoxale de notre rapport au langage.

Voilà pourquoi, aussi, la question des heuristiques de preuve, celle de savoir comment à l’échelle d’une société nous serons – ou non – encore capables de définir la valeur de vérité d’un énoncé ou d’un fait et que cette valeur soit partagée parce que démontrable, documentable, voilà pourquoi la question des heuristiques de preuve est devenue aussi essentielle : non pas seulement par l’industrialisation de la production du faux, non pas uniquement par la vitesse même à laquelle ce faux est créé et se diffuse mais parce que nous sommes placés à une distance lointaine, inédite, comme en « décrochage » de notre capacité à faire langage. Parce que pour filer cette métaphore au moins visuelle de l’Overview Effect, c’est un autre type de vaisseau que l’ISS qui nous mène à si grande distance d’un biotope (la langue) qui nous est habituellement si proche et qui à mesure qu’elle se rapproche des machines semble aussi comme proportionnellement s’éloigner de nous. Les IA, ou plus précisément leur cadre de déploiement technique (les LLM) et infrastructurel (Data Centers et processeurs), sont un vaisseau comme un vecteur de mise à distance, d’éloignement de ce qui fait la langue.

Nous arrivons aujourd’hui à un moment charnière dans lequel nous verrons si la massification de l’usage des IA (pour autant qu’elle continue d’augmenter de manière constante et ne soit pas soumise à divers aléas d’un modèle économique pour l’instant reposant sur la dynamique d’un gigantisme de l’épuisement – toujours plus de ressources et de consommation), nous verrons, disais-je, si la massification de l’usage des IA nous emmène plutôt vers la conscientisation de la fragilité de la langue ou s’il faut plutôt se résoudre, après sa marchandisation dans un capitalisme linguistique (Frédéric Kaplan), à sa presque totale servicialisation dans un cadre où ce que l’on appelait la novlangue et le néo-parler, seront l’essentiel de la langue collective circulante quand d’autres régimes discursifs et linguistiques, jusqu’ici principalement vecteurs de socialisations affectives fines, seront de plus en plus cantonnés aux seuls échanges entre humains et machines.

Je ne crois pas trop à l’avènement à moyen terme d’une société du silence qu’extrapole par exemple un éditorial du WSJ reposant sur un article scientifique qui montre que nous utilisons en moyenne chaque année, 300 mots de moins par jour. Un recul de la parole qui touche toutes les classes d’âge et que les chercheurs comptabilisent en indiquant que notre volume de parole a diminué de 28% en moins de 15 ans.

Je crois par contre que depuis l’avènement des médiations numériques, l’inflation de paroles et de discours directement monétisables d’une part (capitalisme linguistique), et en parallèle et d’autre part, l’artificialisation soutenue de formes discursives indigentes au seul renfort d’une nécessité d’interaction rendant la langue soluble dans sa fonction phatique, je crois que oui, tout cela fait qu’encore une fois la question du langage s’est déplacée et qu’elle continue de le faire toujours davantage, les IA conversationnelles augmentant la distance entre elle et nous à des échelles stratosphériques jusqu’ici jamais atteintes.

One More Thing.

Dans une interview au magazine Usbek & Rika à propos de son dernier livre, la question était posée à Nicholas Carr de savoir quelle serait sa première décision s’il était nommé à la tête d’un puissant ministère de la technologie et du numérique par un gouvernement éclairé. Et il répondait ceci : « Détruire tous les centres de données. »

Or que sont ces centres de données fondamentalement dans la perspective qui nous occupe ? Ce sont des centres d’accumulation de paroles et de discours ; de paroles et de discours retenus, en permanence recalculés, archivés non pas par vertu de conservation mais par nécessité de manipulation. Détruire tous les centres de données pourrait alors, en effet, redonner une chance à la parole d’exister, et que chaque occasion nouvelle de discourir soit aussi une occasion nouvelle de découvrir. Ce qui fût un temps l’essentiel de l’intérêt de ce que nous appelions le Web.

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  • Ghosts in the Heart [en]
    [en] In the days of early grief, the pull towards the being you lost is still there. It pulls at your heart but has nowhere to go. It is a ghost. A ghost of habits and rituals, a ghost of familiarity, who feeds on unmoored love – another name for grief.  Like a phantom limb in your life, it makes you feel, it makes you want, it can almost make you speak. You stop yourself, of course, because there’s nothing there, nothing left. Nobody to check on, nobody to touch, nobody to look at. Nobody t
     

Ghosts in the Heart [en]

8 mai 2026 à 02:47
[en]

In the days of early grief, the pull towards the being you lost is still there. It pulls at your heart but has nowhere to go. It is a ghost. A ghost of habits and rituals, a ghost of familiarity, who feeds on unmoored love – another name for grief. 

Like a phantom limb in your life, it makes you feel, it makes you want, it can almost make you speak. You stop yourself, of course, because there’s nothing there, nothing left. Nobody to check on, nobody to touch, nobody to look at. Nobody to love you back.

In the days where grief is young, where reality is ripped apart from what is true, the truth inside us hangs on to its last shuddering breaths, unwilling to fold into reality and offer peace. For truth is made of actions and feelings more than words or ideas, and keeps trying to draw us towards the one who is gone. The presence of absence takes up all the space.

The pull is sometimes so strong that we hear them speak or think we have seen them. These ghosts are within us, like rogue processes that have lost their purpose but will not stop running. 

They make for strange times, which don’t last that long. Sometimes a few weak echoes follow you down the weeks or even the years, but few and far between, nothing like those first few days in a foreign life. The life without.

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  • Les invités moins attendus en temps de deuil [en]
    [en] Voilà, il est là. Il est là, le soulagement. Je savais qu’il serait là. C’est normal, après des années de soins, d’inquiétude, de peur de ce qui allait arriver. C’est normal d’être soulagé de ne plus porter ce poids. Il est arrivé plutôt rapidement, le soulagement. Mais je n’ai pas fini d’être triste. Je ne suis pas vraiment prête à me sentir soulagée. En plus, le soulagement il arrive accompagné de sa copine la culpabilité. Bien sûr, parce que quand son chat vient de mourir, on ne va q
     

Les invités moins attendus en temps de deuil [en]

6 mai 2026 à 17:39
[en]

Voilà, il est là. Il est là, le soulagement. Je savais qu’il serait là. C’est normal, après des années de soins, d’inquiétude, de peur de ce qui allait arriver. C’est normal d’être soulagé de ne plus porter ce poids.

Il est arrivé plutôt rapidement, le soulagement. Mais je n’ai pas fini d’être triste. Je ne suis pas vraiment prête à me sentir soulagée. En plus, le soulagement il arrive accompagné de sa copine la culpabilité. Bien sûr, parce que quand son chat vient de mourir, on ne va quand même pas se sentir soulagée.

Alors que si, en fait.

Miss Culpabilité, elle veut te faire croire que quand elle débarque, c’est que tu as mal fait. Que tu es coupable de quelque chose, que tu as failli. Mais c’est pas vrai. Elle se pointe en opportuniste, histoire de voir. Elle surfe sur le sillage de M. Soulagement, parce qu’elle sait qu’il n’est pas vraiment prévu au programme, pas invité à la fête, quand on a encore la mort en travers de la gorge.

Je sais qu’elle est là juste comme ça, en passagère clandestine, en imposteur, même. Elle sait qu’on préfère souvent se donner des coups de pied que de sentir des choses difficiles ou moins familières. Je ne lui sers ni à manger ni à boire, mais voilà, elle est quand même là. Il faut faire avec, et c’est normal aussi.

Je ne veux pas de cette légèreté inhabituelle dans ma vie, même si elle est plaisante. C’est là qu’est la brèche dans laquelle elle se glisse.

Ne pas avoir à me soucier des horaires. Ne pas me demander où il est, ne pas aller voir comment il va, ne pas me demander s’il est confortable, s’il veut quelque chose, si je peux faire plus ou si je devrais faire moins. Ne pas faire les mille petits gestes du quotidien qu’on fait de bon coeur quand on aime un petit être fragile et vieillissant. Ne pas avoir peur, peur de le perdre, peur de faire faux, peur de me tromper, peur de ne pas faire ce qui est juste pour lui, peur qu’il souffre sans que je m’en rende compte, ou plus que je ne m’en rends compte, peur de l’après, où le soulagement et sa copine la culpabilité viendront essayer de me faire croire que s’ils sont là bien confortablement installés sur mon canapé à se partager un jus d’orange, c’est que je ne pouvais pas l’aimer tant que ça, mon vieux chat, et donc que ce n’est pas si grave, qu’il soit mort, alors que si – je l’aimais tant que ça, leur présence ne dit rien de mon amour et de mon attachement, dit en fait au contraire tout de combien il a fallu qu’il soit grand pour me permettre d’accueillir dans ma vie, avec enthousiasme malgré leur coût, les contraintes et les responsabilités qui se sont maintenant envolées avec lui, ce qui me vaut leur visite.

Je n’ai pas fini d’être triste, ni de me débattre avec la fin de l’existence pour tout être sur cette terre. Je n’ai pas fini de regretter son absence et d’avoir mal quand je pense à lui. Mais je commence à pouvoir, malgré tout, m’autoriser à apprécier un peu la légèreté retrouvée. Ce n’est pas incompatible, même si c’est très déroutant.

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    [en] C’est très déroutant. J’ai l’impression d’avoir été plongée dans un univers parallèle, à la fois familier mais pas tout à fait juste. Je suis régulièrement saisie par le sentiment d’avoir oublié quelque chose, par le besoin d’aller vérifier quelque chose, d’une absence anormale. Je sens le soulagement qui pointe le bout de son nez, une fois l’orage de tristesse passé, quand les nuages se dissipent, immédiatement remis à sa place par les doutes et la culpabilité, une impression diffuse d’av
     

Un univers parallèle sans Oscar [en]

4 mai 2026 à 06:38
[en]

C’est très déroutant. J’ai l’impression d’avoir été plongée dans un univers parallèle, à la fois familier mais pas tout à fait juste. Je suis régulièrement saisie par le sentiment d’avoir oublié quelque chose, par le besoin d’aller vérifier quelque chose, d’une absence anormale. Je sens le soulagement qui pointe le bout de son nez, une fois l’orage de tristesse passé, quand les nuages se dissipent, immédiatement remis à sa place par les doutes et la culpabilité, une impression diffuse d’avoir fait quelque chose de terrible.

Les gamelles dans l’évier, je leur en veux d’être là. Les sachets de nourriture dans la boîte dans le couloir, aussi. Les tiroirs pleins d’affaires, les paniers dans le salon, sur le lit, sur le balcon, les petits escaliers pour chat. Je les vois et je leur en veux. Je leur en veux d’être là alors qu’Oscar n’est plus là.

A la mort de Tounsi, je me souviens d’en avoir voulu à Quintus d’être encore en vie. C’était une réaction qui n’avait aucun sens pour moi. J’aimais Quintus. Certes, il aurait été dans l’ordre des choses qu’il meure avant Tounsi. Mais il n’avait rien à voir dans la mort de Tounsi, il n’y pouvait rien, pourquoi donc est-ce que je lui “en voulais”?

Je crois que je comprends, maintenant, face aux gamelles et aux boîtes de médicaments et au stylo d’insuline dans le frigo. L’existence de chacun de ces objets met en relief l’absence d’Oscar. Ils me renvoient aux gestes que je ne ferai plus, aux moments partagés que je n’aurai plus – ils sont les témoins très concrets, à travers leur présence et leur inutilité, de la part de mon quotidien arrachée par la mort. La mort d’Oscar, mon grand chat à la personnalité immense et à la volonté irrépressible, que j’ai amadoué, chéri, soigné, et qui en retour m’a offert sa confiance et un ancrage, un rythme, une présence.

Quintus et Tounsi étaient un duo. Quand il y avait l’un, il y avait l’autre. La vie de Quintus soulignait la mort de Tounsi. Je n’en voulais pas à Quintus, en réalité. C’était simplement ma réaction à la douleur que sa présence m’imposait – celle de l’absence de Tounsi.

C’est la même chose ici. Elles n’y peuvent rien, les gamelles. Pour la première fois, je crois que je comprends les personnes qui ressentent le besoin de faire disparaître toute trace de l’être aimé au plus vite. Je comprends aussi celles qui ne veulent toucher à rien, parce que la mort c’est déjà assez de chamboulement sans en plus défigurer l’espace familier dans lequel on vit, et aussi parce que tout ce qui reste, c’est aussi un moyen de rester en lien malgré l’absence.

Je suis quelque part au milieu. Hier soir j’ai rangé deux ou trois choses. J’ai poussé les escaliers qui mènent au lit, rassemblé dessus couvertures anti-chute, panier, jouets, le peigne qui trainait sur la table de nuit. J’ai empilé les dodos du salon et du balcon dans le fauteuil où Oscar aimait se tenir, jusqu’à ce qu’il y fasse une crise qui a fini par l’en faire tomber – pour ne plus jamais y remonter. Mais c’est tout. Le plus gros, ce qui est dans le chemin.

J’ai tellement d’affaires liées à Oscar. Où vais-je les ranger? Que vais-je faire de l’espace libéré? C’est là en toile de fond. Il n’y a pas d’urgence. Pas aujourd’hui, peut-être cette semaine.

Je suis très déboussolée, juste là. La quantité de messages de soutien reçus, que ce soit par WhatsApp, sur la page d’Oscar ou dans le groupe Diabète Félin, me vont droit au coeur même si juste maintenant, honnêtement, je n’arrive pas à répondre. J’ai besoin d’être seule et tranquille. Mode cocon. J’ai deux ou trois points de contact en place pour cette semaine. Ça me touche que vous pensiez à moi, et j’apprécie infiniment les offres de soutien. C’est important dans un moment comme ça. Proposer quelque chose, c’est la chose juste à faire, même si la personne en deuil n’y répond pas ou n’en a pas besoin juste là. Ne prenez pas mon silence pour du rejet ou du manque de considération – savoir que vous êtes là, que vous pensez à moi, ça compte, du fond de mon petit cocon.

Chaque chat est différent, chaque deuil aussi. Ce qui est valable un jour peut ne plus l’être le lendemain. Merci pour les bouteilles à la mer, merci d’être là.

J’ai pensé à Delphine ces derniers jours, et hier surtout. La vétérinaire qui est venue pour l’euthanasie d’Oscar la connaissait aussi, et la dernière fois qu’elle était venue ici en consultation, pour Oscar, c’était avant son décès, et on avait parlé d’elle.

Prendre la décision de faire endormir son animal adoré, c’est super dur. Mais je n’oublie jamais le ou la vétérinaire, dans l’histoire. Ce n’est pas anodin, comme acte. Ce n’est pas toujours facile – des fois plus ou moins que d’autres. Comment sont formés et accompagnés ces professionnels face à la question de la mort, avec laquelle ils sont si souvent aux prises, ça me travaille. D’autant plus après le décès de Delphine, car évidemment, on en a parlé, de l’impact de ce métier sur le rapport à la mort. Il y a certainement des exceptions, mais d’après ce que j’ai compris, c’est très largement “chacun se débrouille comme il peut”. C’est un autre sujet que celui de cet article, et qui mérite une place à lui. Mais c’était important pour moi de le dire.

J’ai mal à la tête et j’ai du brouillard dans le cerveau. Je tourne au ralenti – autant les dernières heures et minutes hier avec Oscar ont parfois semblé s’étirer à l’infini alors que je le caressais, lui parlais, ou le regardais dormir, autant depuis son décès les heures disparaissent en un clin d’oeil. Mon temps est une succession d’ellipses.

J’ai dormi, cette nuit, et celle d’avant aussi. Pas tout à fait assez, mais j’ai dormi. Je ne suis pas sortie, par contre. Il faudrait que j’aille au parc, au moins. Mais dans cet univers parallèle sans Oscar, le ciel est gris et l’orage menace. Le peu de batterie sert à me faire à manger, et il ne m’en reste plus pour braver les éléments. Il va falloir attendre que ça se recharge.

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  • Ce matin avec Oscar la Star [en]
    [en] Dernière nuit, dernier matin. Dernière injection d’insuline. Derniers médicaments du matin – je lui donne un Cerenia entier, parce que c’est le dernier de la boîte, et sait-on jamais, il sera peut-être un poil mieux qu’avec un demi. Et si c’est pas le cas, c’est pas comme si je devais garder la moitié pour demain. J’ai sorti mon pilulier, celui que j’ai acheté après mon accident, quand j’ai réalisé que mon pauvre cerveau n’était régulièrement plus au clair sur où j’en étais avec ma pris
     

Ce matin avec Oscar la Star [en]

3 mai 2026 à 05:41
[en]

Dernière nuit, dernier matin. Dernière injection d’insuline. Derniers médicaments du matin – je lui donne un Cerenia entier, parce que c’est le dernier de la boîte, et sait-on jamais, il sera peut-être un poil mieux qu’avec un demi. Et si c’est pas le cas, c’est pas comme si je devais garder la moitié pour demain.

J’ai sorti mon pilulier, celui que j’ai acheté après mon accident, quand j’ai réalisé que mon pauvre cerveau n’était régulièrement plus au clair sur où j’en étais avec ma prise de médicaments. Ça fait longtemps que je ne l’utilise plus. Mais là, tout comme hier à la Migros j’ai acheté ce que j’appelle de la “nourriture d’urgence”, je l’ai sorti, en me disant que peut-être cette prochaine semaine ce ne sera pas du luxe de ne pas avoir à me demander si j’ai bien pris mes médicaments ou pas.

Hier après-midi, après sa dernière crise, quand le Valium a commencé à faire effet, Oscar a fait un brin de toilette. Il a même passé la patte derrière l’oreille, quelque chose que je ne l’avais plus vu faire depuis au moins… un an? deux ans? plus?

Ce matin, après avoir mangé sa pâtée avec ses médics, il a léché son plastron un petit peu. Ça aussi, ça faisait longtemps. Quelques coups de langue.

Je suis contente qu’il semble “bien”. Contente pour lui. Mais c’est si dur pour moi. Il n’a pas l’air moins bien qu’il y a six mois, juste là sur le balcon, à s’étirer un coup après avoir observé le monde extérieur à travers la jungle de plantes accrochées à la balustrade. Après sa pancréatite de l’automne dernier, dont il s’est tiré de justesse, il a repris du poids.

Il est stable, là, si on fait abstraction de ce qui se trame dans son cerveau. Si on fait abstraction des moments où brutalement, il perd conscience, perd le contrôle de son corps, convulse, se fait dessus, crie parfois. Si on fait abstraction des minutes et parfois heures qui suivent où il est désorienté, agité, clairement incomfortable, anxieux ou irritable, pas sûr d’où il est, de ce qu’il veut, et peut-être même de qui il est.

Hormis les crises, il ne semble pas trop mal. Certes, la mobilité c’est vraiment compliqué. Trois pattes pour commencer, c’est déjà pas toujours évident. Mais je me souviens, quand il est arrivé ici, à l’automne 2019, juste avant la pandémie, avant mon opération au poignet. Il sautait sur la table. Ce sont les pattes arrières qui comptent pour ça, vous me direz, et vous aurez raison. Mais il sautait sur la table, il en descendait, il se débrouillait bien.

Cela faisait moins d’un an qu’il avait été amputé, et c’était déjà un chat vieillissant. Âge incertain, estimé à une quinzaine d’années. J’avais dit “nan, il a jamais quinze ans, plutôt dix”. Aujourd’hui, j’en sais rien. Cela fait des années qu’il a passé dans la catégorie “grands seniors”. Une chère amie qui connaît les chats mieux que personne m’avait dit “autour de 15 ans ils passent un cap, côté vieillissement”. Ou quelque chose comme ça. Il y a un moment où le vieux chat devient visiblement “très vieux”. Oscar a passé ce cap il y a longtemps.

La mobilité c’est compliqué, je disais. C’est pas juste le nombre de pattes. C’est l’arthrose qui déforme ses articulations, tellement que même moi je vois sur les radios que ça va pas. Il a toute une série de traitements pour la douleur, depuis des années. Elle est bien prise en charge – en tous cas je le crois.

La douleur, chez le chat, c’est un truc qui m’obsède. Parce que je sais qu’en tant que petit animal, même si c’est un chasseur redoutable, le chat a aussi des comportements de proie. Il cache sa douleur. Il ne la manifeste pas. Le chat n’est pas non plus un animal “social” au même titre que le chien ou l’humain. Il ne dépend pas des relations avec ses congénères pour sa survie. Cela colore la façon dont il apprend, entre en relation, et communique. Il ne se plaint pas. Quand il a mal, il fait moins, il bouge moins, il ne saute plus sur la table, il dort.

Quand on voit quelque chose, c’est qu’il a déjà très mal. Alors ça m’obsède: je ne veux pas que mes chats aient mal. Quand Tounsi est mort, je n’ai pas vu qu’il avait terriblement mal pendant une journée entière, alors même qu’il était paralysé par une thromboembolie aortique. Il ne criait pas, il semblait “normal” à mes yeux. C’est seulement quand j’ai mis l’oreille sur sa poitrine que j’ai entendu que sa respiration était un peu gémissante, et que j’ai pensé à en mesurer la fréquence, et que j’ai soudain compris qu’il souffrait.

Oscar se déplace avec difficulté, même les bons jours. Trois vieilles pattes frêles, déformées par l’arthrose, dont la musculature a fondu au fil des ans. Et par-dessus ça, des problèmes neurologiques qui rendent leur contrôle de plus en plus difficile. Il y a des chances que la source des difficultés avec ses pattes soit la même que celle des crises. On ne le saura jamais avec certitude, mais c’est probable. Les pattes ne font pas forcément ce qu’il veut. Elles vivent parfois leur propre vie. Se lever, c’est devenu de plus en plus compliqué pour lui. Ses gamelles sont surélevées. Se déplacer, faut que ça en vaille la peine.

Mais il ne lâche rien, il veut quand même. Il avance, il descend les deux étages d’escaliers qui mènent à l’eclau (que je ne m’avise pas de vouloir le porter), il monte sur le canapé, essaie même parfois d’en descendre direct sans utiliser ses petits escaliers, et est capable de piquer un sprint dans le jardin afin de pourchasser un autre chat, alors même qu’une minute avant il semblait ne plus réussir à tenir debout. Comme a dit une fois une de mes voisines, en le voyant foncer sur Juju: “heureusement qu’il n’a que trois pattes!”

Alors oui, Oscar est un très vieux chat et il a la vie qui va avec. Mobilité réduite, maladies chroniques et médicaments, visites chez le vétérinaire, beaucoup de siestes et surtout, ses petites habitudes. Différents moments de la journée, différents lieux de sieste. Le balcon, le salon, la chambre, et surtout, en bas sur le canapé, avec vue directe sur le jardin et Juju dans les parages.

Du temps d’Erica déjà, j’avais dû mettre une séparation à l’eclau. Oscar avait commencé à y descendre, et un jour j’ai réalisé qu’Erica venait de moins en moins dans la “partie bureau” de l’eclau. Petit à petit, Oscar était en train de le chasser. L’espace auquel Erica avait droit à l’eclau rétrécissait, rétrécissait encore, et on allait se retrouver dans la situation où Oscar ne le laissait même plus rentrer par la chatière. J’ai donc installé une séparation amovible, qu’Erica pouvait franchir s’il le souhaitait, mais pas Oscar – pour préserver un “safe space” intérieur pour Erica.

Après le décès d’Erica, Oscar a eu accès à l’ensemble de l’eclau, et il a très vite décrété que le meilleur spot c’était le perchoir devant la chatière. Il y passait de longues heures, même des journées entières. Le mari d’une amie avait bricolé auparavant pour moi une série de plate-formes au mur pour y faciliter l’accès, tant pour Erica qu’Oscar. C’est d’ailleurs en allant récupérer Oscar sur ce perchoir, un soir, que j’ai rencontré Juju.

La nuit, Oscar dort avec moi. Au creux de mon bras, comme le faisait Bagha. Je lui ai appris. Du vivant de Quintus, Oscar dormait au salon. Je les séparais quand j’étais absente ou que je dormais. Oscar, c’est le Roi. Quand le Roi arrive, on se pousse. C’est très clair, ça, chez lui. “Poussez-vous, le Roi arrive!” avait dit le vétérinaire comportementaliste que j’avais consulté suite a une altercation entre Oscar et Quintus dont le résultat avait été que Quintus n’osait plus aller au salon. A force de patience et de persévérance, j’avais pu raccommoder un peu la relation entre les deux, mais la surveillance était de mise.

Oscar le Roi: tout le monde fuit devant lui. Erica, Juju, les chats qu’il croise dans le jardin. Au chalet, une fois, il a croisé le matou qui régnait sur le quartier. Oscar n’a eu qu’à bomber le torse, se grandir un peu, regarder férocement son rival avec un grognement et celui-ci avait déjà déguerpi, avant même qu’Oscar ne se lance à sa poursuite, oubliant le temps de quelques mètres les trois pattes et l’arthrose ainsi que l’absence de dents. Il avait déguillé en bas du talus, dignité égarée dans les herbes montagnardes, mais l’autre n’en a jamais rien su, loin depuis longtemps.

Le Roi dort avec moi, au creux de mon bras, comme je lui ai appris. Après le décès de Quintus, Oscar a eu accès à ma chambre la nuit. Comme Tounsi avant lui, il avait choisi de s’installer contre mes jambes, ou même entre elles. Je ne sais pas vous, mais moi, je ne trouve pas ça super confortable, le chat qui coince les jambes pendant qu’on dort. Quintus, lui, dormait sur l’oreiller – il avait même le sien à la fin. Ça allait aussi bien. Mais entre les jambes, c’est bof. Donc petit à petit, je l’ai convaincu de tester le creux du bras. Et c’est comme ça qu’on s’endort chaque nuit depuis.

Dans les habitudes d’Oscar, qui persistent dans sa vie de petit vieux, il y a le massage d’oreille. Quand il est arrivé ici, Oscar faisait sa toilette. Certes, certaines régions étaient compliquées à atteindre avec une patte en moins, mais il faisait ce qu’il pouvait. Il toilettait d’ailleurs toujours soigneusement son plastron et la zone où manque la patte. Pour le museau, il faisait les deux côtés avec la patte qui restait. Mais l’oreille gauche… compliqué. Il a toujours aimé qu’on le caresse sur la zone d’amputation, et frotter son oreille dans la main. Il aimait aussi beaucoup venir frotter son museau contre les orteils qui trainaient.

Comme d’autres aspects de sa vie qui se sont rétrécis avec le temps, la toilette s’est réduite au point que maintenant, une “grande toilette” consiste à lécher la patte et la passer quelques fois sur le museau. Cela fait longtemps qu’il ne fait plus véritablement de toilette. Difficulté d’accès, difficultés de mobilité ensuite, maladies et vieillissement… Malgré l’absence de toilette, son poil n’est pas si catastrophique que ça. Il n’est pas magnifique, on s’entend. Mais là, couché à côté de moi à l’ombre du drap que j’ai suspendu pour le garder à l’ombre pendant que j’écris (au fil des paragraphes le soleil est sorti et avance dans le ciel), il n’a pas le poil d’un chat à l’article de la mort. Parce qu’il ne l’est pas, même s’il l’est, en fait.

Il y a eu des périodes où j’avais réussi à faire en sorte qu’il accepte d’être peigné. Ça n’a pas été simple, il a fallu de la patience, mais on y est quand même arrivé. Quelques coups de peigne, ici et là, au fil des jours, pour entretenir un peu le pelage et éviter les pire noeuds. Là, ça fait un moment que je ne le fais quasi plus, parce que ce n’est pas agréable pour lui, et qu’on est dans une perspective de temps de vie limité.

Quand il a eu sa pancréatite il y a maintenant plus de six mois, j’ai cru que c’était fini. J’ai aussi cru qu’il allait y rester en 2021, avec sa gingivostomatite. Il y a eu plein d’autres frayeurs, plus en toile de fond. Quand il a commencé à perdre du poids. Quand son diabète s’est déréglé. Quand l’insuffisance rénale s’est pointée et a commencé à évoluer. Mais on s’en est sortis à chaque fois.

Quand il est arrivé chez moi, son diabète était sous contrôle mais moyennement régulé. Il était vieux, il avait été malade peu avant, on le pensait plutôt sur la fin. Quelques semaines plus tard son diabète était parfaitement régulé, et au printemps 2020, après plusieurs fausses alertes, il est entré en rémission. Une année plus tard, les problèmes infectieux ont débarqué. D’abord une infection importante au nez, après le décès de Quintus, et six mois plus tard, la bouche, ce qui a résulté en une extraction totale de ses dents et une mise sous cortisone qui a nécessité une reprise de l’insuline. Je vous passe les détails, mais c’était une année vraiment difficile, j’ai cru le perdre plusieurs fois – jusqu’à ce qu’on se décide à passer à la cortisone. Il est resté dix-huit mois sous cortisone, et quand on a pu arrêter, il était “toujours” en rémission, dont il est sorti un peu moins d’un an plus tard, début 2024.

Je pense que personne n’aurait parié qu’il serait encore en train de chiller sur le balcon au printemps 2026. Mais à force qu’il surmonte tout ce que son corps mettait sur le chemin, on a presque fini par croire qu’il était immortel. “Il va tous nous enterrer,” avait dit une fois en riant sa vétérinaire.

Depuis novembre dernier toutefois, quand il a fait sa première crise convulsive, l’horizon s’est rétréci. Mais là aussi: en janvier, le vétérinaire neurologue disait prudemment “des mois, mais plutôt des semaines”. On est le 3 mai. C’est pas que je tienne à battre des records ou défier les pronostics. Et je sais que le chat est un animal coriace, qui peut revenir de très loin. Mais c’est mon vieux chat et je ne veux pas qu’il meure. Donc chaque bout en plus, c’est un bout en plus, même si c’est aussi douloureux de vivre au quotidien avec l’épée de Damoclès de la maladie incurable et de perspective de la décision à prendre, quand il sera temps.

On y est. Dans quelques heures. Oscar a quitté le balcon pour s’installer sur le lit. Un changement de lieu de sieste typique. Il commence à faire chaud, là dehors. Quand je regarde Oscar juste maintenant, à l’intérieur je crie non, je n’arrive pas à réconcilier l’animal vivant et “qui va”, qui respire, flaire mes doigts et s’y frotte, au poil doux et chaud sous ma main, avec sa mort à venir, prévue et nécessaire. Alors je repense à hier après-midi, sa dernière crise, au cri qu’il a poussé et qui m’a fait accourir, à sa confusion ensuite. Je pense à celle de la nuit de vendredi à samedi, à celle de jeudi matin, à celles qui ont précédé. Je sais que ça ne peut pas s’arranger. Je sais qu’il est temps.

Mais à l’intérieur mon coeur se débat et essaie de raconter qu’il y a peut-être encore de l’espoir, que c’est trop tôt aujourd’hui, qu’on pourrait attendre demain comme initialement prévu, qu’on pourrait peut-être attendre encore parce que qui sait, il y aura peut-être à nouveau une semaine ou dix jours ou deux semaines de répit, qu’il n’a pas fini de vivre, qu’on doit pouvoir faire quelque chose…

Mon coeur se débat parce que la fin de l’existence résiste à mon entendement d’être qui existe, parce que la mort qui délivre de la souffrance ça fait sens mais ici, la souffrance n’est pas sous mes yeux ou dans les yeux mouchetés de brun du vieux chat installé dans son panier, elle est dans le futur à la fois incertain et certain de la prochaine crise qui surviendra, et la suivante, et la suivante, jusqu’à celle qui ne s’arrêtera pas.

Alors je fais un compromis, je choisis pour Oscar une mort paisible et contrôlée, je choisis de ne pas repousser l’inévitable de quelques jours ou quelques heures parce que je sais que ce temps gagné serait au service de l’angoisse et de la peur, pas de la vie ni de l’amour. Ce temps serait une coquille vide.

Mais mon coeur n’est pas convaincu. La mort et la douleur lui font trop peur.

Pendant que j’écrivais ces dernières lignes, Oscar a commencé à s’agiter un peu. Il a quitté le lit pour le salon, il s’est levé, désorienté, recouché, relevé. Recouché, relevé. Retourné sur le lit.

Une part de moi espère presque que ce soit une crise qui se prépare, parce que ça rendrait les choses plus faciles, tout à l’heure. Mais évidemment qu’au fond je ne veux pas ça, parce que je préfère qu’on puisse passer ces dernières heures sereinement, déjà, et parce que je veux qu’il vive ce qui lui reste de vie le plus confortablement possible. Je suis sûre que vous comprenez ce genre de dissonance émotionnelle.

Ce soir, quand Oscar sera mort, je m’endormirai chez moi pour la première fois sans chat, à quelques exceptions près, depuis bientôt quinze ans. Je serai seule dans un appartement dont j’ai pensé l’aménagement pas juste pour moi, mais aussi pour mon vieux chat. Qui ne sera plus là. Il y a des escaliers pour chat avec des protections pour ne pas qu’il en tombe un peu partout. Il y a des paniers à chat un peu partout. Il y a des coussins et couvertures à côté du lit parce qu’il en est tombé une ou deux fois, ces derniers mois. Il y a dans la cuisine des étagères et tiroirs entièrement consacrés à sa nourriture, à ses médicaments. Il y a une litière aux WC et une gros conteneur pour les pellets. Il y a des gamelles, il y a même un tapis dans le couloir que j’ai mis pour lui, parce que le parquet a commencé à être trop glissant à un moment donné. Il y aura tout ça, mais il n’y aura plus de chat.

Oscar n’est pas mon premier chat, ni le premier chat que je vois mourir. Mais comme chacun des autres, il est unique. Il est une vie irremplaçable et précieuse, en particulier à mes yeux. Il est mon compagnon-témoin d’une tranche de vie, un lien affectif plus stable et long que beaucoup de relations humaines. Durant six ans et demi, il a été une constante dans ma vie. Pas le chat le plus câlin de la planète, pas le champion du ronron, mais un chat avec une très grande personnalité, un warrior, une histoire singulière dont une part restera toujours un mystère, et qui s’évaporera quand son coeur s’arrêtera de battre.

Ce soir, mon appartement sera vide. Il y a des années, j’ai une définition de ce qu’est “à la maison”, “home” en anglais. “Home is where the cat is.” Il me reste Juju, mais Juju ne vit pas ici. Il vit deux étages plus bas, et dehors dans tout le quartier, surtout la nuit. Un jour, il vivra aussi ici, mais ce n’est pas encore le cas. Il va me falloir du temps, comme il m’a fallu après Bagha, pour réapprivoiser ma vie sans chat. Sans chat chez moi, s’entend. Juju est mon chat – mais Juju vit sa vie, je peux partir trois jours, mes câlins lui manqueront bien sûr, mais il est autonome. Comme l’était Erica. Ce n’est pas le même genre de relation. Si j’ai de la chance, Juju aussi sera vieux un jour. Peut-être qu’il ne courra plus les rues du soir au matin et qu’il dormira quelque part sur mon lit. Très probablement, il me tiendra compagnie la journée quand je suis chez moi. Mais ça c’est l’avenir, pas immédiat.

Je n’ai prévu grand-chose pour “après”. Jusqu’ici, je n’ai pas été le genre de personne qui ressent le besoin de tout ranger les affaires du chat dès son décès. Mais qui sait, peut-être que cette fois ce sera différent. Ou pas. Je vais être prudente avec mon cerveau dans les jours qui viennent, parce que la charge émotionnelle est également cognitive, donc le risque d’en “faire trop” sans m’en rendre compte est très présent. Je vais regarder Grey’s Anatomy. Je vais passer câliner Juju. Je vais faire ce qui me semblera bon et utile, et ne pas faire ce qui ne m’aide pas. Je vais être indulgente avec moi-même. Je vais peut-être écrire encore.

La matinée a passé pendant que j’écrivais. Je vais publier cet article, manger quelque chose, donner à Oscar de la gabapentine pour qu’il soit relax et détendu le moment venu. Peut-être que je rajouterai des photos par la suite, ou pas. Merci à vous qui m’avez envoyé des gentils messages ou témoigné votre soutien d’une façon ou d’une autre. Je ne réponds pas toujours, mais sachez que ça me fait chaud au coeur.

Il est temps d’y aller.

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  • My Very Old Oscar [en]
    [en] So here we are, another cat blog post written through tears. Oscar had three seizures this last week. Sunday 2am, Thursday 7.30am, Saturday 2am. Before that, we had two weeks without seizures, following a small one on the 12th, a kind of aftershock from the one on the 7th, that signalled another clear “beginning to the end”. We’d increased medication a month and a half before that following breakthrough seizures, and although the side-effects were important enough that they prompted us to
     

My Very Old Oscar [en]

2 mai 2026 à 04:44
[en]

So here we are, another cat blog post written through tears. Oscar had three seizures this last week. Sunday 2am, Thursday 7.30am, Saturday 2am. Before that, we had two weeks without seizures, following a small one on the 12th, a kind of aftershock from the one on the 7th, that signalled another clear “beginning to the end”. We’d increased medication a month and a half before that following breakthrough seizures, and although the side-effects were important enough that they prompted us to decide we wouldn’t increase medication any further and make end-of-care plans, it did mean we got all that extra time, seizure-free.

But this is the end. The seizures are not going to stop or “get better”. We don’t know precisely what’s causing them but given his age and their presentation, it’s likely it’s a brain tumour, or some other brain lesion. He’s a very old man. We don’t know how old he is, because he’s a rescue, but it’s quite clear he’s very old. Eighteen, 19, 20? Even if it’s “just 17”, that’s already very old. He has old eyes, a string of old cat illnesses. He’s been through a lot and I know I’ve taken very good care of him.

If it weren’t for the seizures, he’d continue living his old man life: lots of napping, some ear-rubs, a stroll in the garden every now and again, telling Juju he’s the boss (as well as other cats if he spots them on a garden-walk), and keeping up with his little habits: this bed in the morning, that bed in the afternoon, take a little sun on the balcony, go down to the coworking space, meds 4 times a day, a rotation of wet food, trips to the litter-box, and sleeping in the crook of my arm at night.

But there are the seizures, and it’s not fair to him at this frequency. The one he had two days ago lasted a good three minutes, I got it on the surveillance camera. I don’t know about the two others, but the previous big ones were a minute. Three minutes is a long time for a grand mal seizure. He loses consciousness, he pees himself, he seizes, and then he’s out of it for hours – disoriented, uncomfortable. Then he’s OK again, like now, napping on the balcony. But that’s a lot of discomfort and hours of being unwell on top of a base quality of life that, even if it’s still acceptable, is clearly diminished. And the seizures will get worse. The more you seize, the worse it gets. The seizures breaking through the medication and increasing in intensity and frequency also indicate the underlying issue is progressing. Some of you may be wondering: no, brain surgery isn’t an option for an old cat like him, he wouldn’t survive it, and even if he did, he wouldn’t manage to recover. Even putting him under general anesthesia for an MRI is not an option.

This is the end, my friend.

When Quintus died, he was much more diminished than Oscar is. Quintus was fading away. Oscar is fighting every inch of the way. He has three legs, arthritis, and neurological issues in addition to the meds that make him wobbly. But he still wants. Wants to go out, wants to hit Juju, wants to go downstairs, wants this, wants that. He is still going ahead.

I find it really hard to be putting a cat to sleep who still has so much fight and apparent will to live in him. Of course, one mustn’t anthropomorphise. Living beings keep on going as long as they’re not suffering so much that they just want the suffering to go away. Oscar doesn’t care about his life the way I do. He doesn’t know about death, he doesn’t make plans for tomorrow or next month. He doesn’t wonder if his life is worth living or not. He just is.

It’s different for me. Since Quintus had his first pancreatitis in 2016, I’ve been living with cat death hanging over me. Tounsi and Erica died rather unexpectedly. But Quintus was already becoming old back then. We weren’t sure he’d make it. He did. In 2017 he became ill with diabetes, and it seemed like that would be it. He recovered, but from then on it was pretty clear we were living on borrowed time. Each year, I’d hope he’d make it to his next birthday, without daring to count on it. He slowly declined, year after year. Oscar joined us in 2019, already old and diabetic. Quintus died in 2020, and I almost lost Oscar in 2021. Borrowed time for him too since then. Of course, through all that borrowed time, there were stable periods – both for Quintus and Oscar. But you know it’s just a reprieve.

Caring for old sick cats also means daily medications, vet visits, and elderly-proofing the home. So much in my flat is “designed for Oscar”. There are kitty-stairs everywhere. Two feeding stations. The huge litter-box. The beddings. And since the seizures started in November, rectangular absorbent pads under each of them. When you need to give injections 12 hours apart, or anti-seizure medication 8 hours apart, that constrains your personal schedule. Being absent requires either making concessions with the treatment (which I have done at times for the insulin injections when he was doing well) or finding people to take over (which I’ve also done regularly). Then there’s the fact that having an old pet who might die pretty much any time kind of dampens the desire to be away.

Once Oscar is gone, which might be today, or sometime in the next few days, most probably, a whole lot of “stable” things my life revolves around will be gone too. No more medication schedules. Put away the kitty stairs and beddings and the feeding stations and the litter box. Sure, Juju will be coming to the flat in time (he doesn’t right now), but he won’t need all this. A bowl of water, a blanket or a small bed somewhere, but maybe even not that — he tends to prefer sleeping rough. His death will not just break my heart, as all deaths do, it will also break my living environment and my daily routines.

Then there are the vets. Oscar has had regular vet visits for years now – every four weeks, then every three weeks. His veterinary osteopath also comes by every month — she used to come for Quintus already back in the day. Juju might need some more osteo sessions, but he definitely won’t be going to the vet much. Travel is a major source of stress for him, and I have another vet who does home visits come for him. So here are two people, whom I really like and have been seing regularly for years, who will drop out of my life when Oscar dies. I won’t just be losing him, but them too. So, sure, you can drop in at the vet practice once in a while with a cake or some cookies, but it’s not like you can sit and have a cup of tea with your ex-vet every couple of months. I get it. It’s a professional relationship. But it’s a human relationship too, and I’m really sad about that too.

There will be relief of course, and freedom. But a lot of loss.

When I look at Oscar right now sleeping next to me on the pillow like he often does, it feels unreal. Life is perfectly normal in this instant, and it’s going to be upended, and I don’t yet know when, but I’m going to be making that decision soon with the vet. It feels like the moment before you tell somebody you’re breaking up with them, when they didn’t see it coming. It feels like being on the 10-metre platform and having to decide when to jump.

Edit: his vet called back. She’ll be coming Monday 5pm. I’m so grateful she can come for this – and so devastated too.
Edit again, 17:15: I don’t think we’ll last till Monday. He had another seizure a couple of hours ago. Am in contact with vet to see how we manage things.
Edit after vet call: organising it for tomorrow afternoon, 2-3pm or so.

I’m going to miss him. I feel so sad. I wish there was a way around this. But there isn’t. We all die. Everybody dies. Our pets die before we do, pretty much every time. Some part of me wishes he looked more like he was dying – but on the other hand, I don’t wish him to feel crummier than necessary for whatever time he has left. It’s clearly better for him this way, even if it’s harder for me.

As I finish writing this, he’s coming to rub his face on the corner of my screen, before heading down his kitty stairs to grab a bite – and then get on with his old-cat-day.

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  • Where Has Social Media Gone?
    tl;dr: Read "Social Media Is Now Parasocial Media"The lovely folks at the Social Media + Society journal asked me to contribute to their anniversary issue by reflecting on the trajectory of social media. Ooof. Snark exuded from my pores as I tried to figure out what I might say. But then I thought about how my students don't know about an era of social media without recommended content, algorithmically curated feeds, and an infinite scroll of cotton candy content. They never encountered a world
     

Where Has Social Media Gone?

27 avril 2026 à 12:21
Where Has Social Media Gone?

tl;dr: Read "Social Media Is Now Parasocial Media"

The lovely folks at the Social Media + Society journal asked me to contribute to their anniversary issue by reflecting on the trajectory of social media. Ooof. Snark exuded from my pores as I tried to figure out what I might say. But then I thought about how my students don't know about an era of social media without recommended content, algorithmically curated feeds, and an infinite scroll of cotton candy content. They never encountered a world of social media where people were focused on sharing with their friends rather than becoming influencers. They don't realize how much the "social" in social media has changed.

As I tried to unpack in my mind what social media has become, I kept coming back to how the dominant practice has shifted to consumption rather than production. Media scholars have always argued that consuming TV is social even if you watch alone because of the power of using TV content in social settings, like the water cooler. I don't want to negate this collective experience to TV, although the content we consume online is so fragmented that there is no unifying consumption pattern despite there being meaningful networked-based consumption practices. But still, there's something tangibly different about the social-ness of consuming to discuss vs. consuming in a dialogic engagement.

In putting pen-to-paper, I kept coming back to how odd the term "social media" now feels to me. And of course I'm biased because I lived through the contestations over how to label the various websites that we've come to know as social media. So I had a very particular understanding of the term, one that no longer exists.

"Social Media Is Now Parasocial Media" is my attempt to reckon with the evolution of social media into a format that I feel is no longer meaningfully social. It's open-access so check it out. And if you have feels, push back! I'd love to hear your thoughts!!!

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  • Parcoursup saison 8 : faites l’armée plutôt que l’université.
    Parcoursup est l’outil dont rêvait l’institution disciplinaire décrite par Foucault. Fondamentalement. Et chaque année davantage depuis déjà 8 ans que cette saloperie existe. Je vous ai déjà à de nombreuses reprises expliqué tout le mal que je pensais de cette plateforme (en 2020, en 2021, en 2025, en 2026 …) que j’ai vécu et expérimenté personnellement à trois reprises en tant que parent de 3 enfants et que je pratique également donc depuis 8 ans en tant que responsable de formation. Presque ch
     

Parcoursup saison 8 : faites l’armée plutôt que l’université.

24 avril 2026 à 12:17

Parcoursup est l’outil dont rêvait l’institution disciplinaire décrite par Foucault. Fondamentalement. Et chaque année davantage depuis déjà 8 ans que cette saloperie existe. Je vous ai déjà à de nombreuses reprises expliqué tout le mal que je pensais de cette plateforme (en 2020, en 2021, en 2025, en 2026 …) que j’ai vécu et expérimenté personnellement à trois reprises en tant que parent de 3 enfants et que je pratique également donc depuis 8 ans en tant que responsable de formation.

Presque chaque année c’est une nouvelle contrainte imbécile qui tombe ou s’impose dans cette plateforme sans que jamais il ne soit possible de la discuter ou de la remettre en cause. Et cette année j’avoue que lorsque j’ai appris qu’à terme les lettres de motivation allaient totalement disparaître et que si on voulait les garder c’était à chaque responsable de formation de fournir un argumentaire pour se justifier, j’ai vraiment eu envie de coller une grande soupe de phalange dans le cimetière à magret de mon ami Mister T. Mais j’étais très loin du climax de mon courroux (coucou) car je n’avais pas encore reçu le message ci-dessous.

Donc il y a quelques jours, alors que sur les 1600 dossiers que nous recevons pour 60 places je venais de finir de traiter les 200 qui me reviennent, j’ai eu la surprise de recevoir un petit mail de Parcoursup qui disait ceci :

 

Je vous remets le texte directement :

Dans la perspective de la rentrée 2026-2027, le dispositif de demande de césure prévu sur Parcoursup a évolué pour tenir compte de la mise en place du nouveau Service national annoncé par le président de la République.

Pour les candidats, la case à cocher « demande de césure » a été remplacée par deux cases distinctes « demande de césure pour réaliser un projet personnel ou professionnel » et « demande de césure pour réaliser un service national ». En effet, la césure pour service national sera une césure accordée de plein droit (projet de loi de programmation militaire) à la différence de la césure pour réaliser un projet personnel ou professionnel  qui est soumise à l’appréciation du chef d’établissement.

 

J’espère que tout cela est clair. Après la mise sous coupe algorithmique réglée de l’ensemble d’une classe d’âge, après l’empilement de réformes toutes plus débiles les unes que les autres à l’échelle du lycée et du baccalauréat, après la mise à sac programmatique de l’université publique, après les refus répétés en mode allegro obstinato de tenir compte de l’ensemble des retours des utilisateurs de cette p**** de plateforme qui chaque année expliquent que tout cela irait beaucoup plus vite et serait beaucoup moins stressant pour les lycéens et lycéennes s’ils et elles pouvaient classer leurs voeux dès le départ, voilà donc maintenant que Parcoursup se met au service d’un agenda politique national guerrier. Et voici Emmanuel Macron, le plutôt cadre ploutocrate enquillant son 2ème mandat à l’abri de toute mandale, qui d’une main nous incite à la chair du « réarmement démographique » et de l’autre anticipe le sort funeste de cette même chair.

Cette année on nous annonce donc que les demandes de césure pour faire son service militaire doivent être obligatoirement accordées. Et on nous l’annonce en plein milieu de la procédure et sans aucune concertation parce qu’il s’agit bien sûr aussi de nous discipliner.

Vu la situation et le contexte international, je ne suis pas le seul à nourrir d’immenses craintes pour ce que Parcoursup deviendra l’année prochaine et les suivantes. L’institution disciplinaire doit être vue, lue et comprise comme un continuum. Je rappelle que certains avaient déjà envisagé que celles et ceux qui avaient effectué le débilitant SNU puissent bénéficier de points supplémentaires dans Parcoursup. Une énième idée à la con qui avait heureusement été promptement identifiée comme telle mais qui avait aussi et surtout permis de préparer les esprits à ce qui adviendra inévitablement à l’horizon de quelques années.

Sans parler de la guerre, on observe cette année une augmentation très forte (et qui me semble inquiétante) de dossiers qui nous reviennent après avoir effectué une première année (en vérité quelques mois) dans une toute autre formation, preuve supplémentaire que la première orientation et la première expérience de la plateforme Parcoursup sont de plus en plus à côté de la plaque. Entendons-nous bien, on a bien sûr le droit de se réorienter et rien n’est dramatique, loin s’en faut, lorsque l’on est néo-bachelier. Ce qui est par contre inquiétant ce sont les choix qui semblent effectués en dépit de tout bon sens de la part de lycéens et lycéennes et de familles totalement égarés dans une offre surabondante et opaque, livrés au mieux à eux-mêmes et à la bonne volonté de professeurs principaux qui sont beaucoup de choses mais certainement pas des conseillers d’orientation ; lycéens, lycéennes et leurs familles qui sont surtout soumis, dès la fin du collège et durant toutes leurs années lycées, à une pression totalement inédite au regard des contraintes que l’on fait peser sur elles et eux.

Disciplinés très tôt par l’empilement de réformes aux temporalités imbéciles et sans aucune cohérence pédagogique ne serait-ce qu’interne, réformes totalement étanches aux rythmes de travail et de vie de nos sociétés et aux assignations parentales qui en découlent, ce ne sont pas les quelques ajustements cosmétiques annuels de l’interface Parcoursup qui permettront de régler le problème d’une plateforme qui semble n’avoir jamais été pensée ou même réfléchie pour accompagner des trajectoires mais qui donne hélas sa pleine mesure dès lors qu’il s’agit de sanctionner des parcours.

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  • La clé du véritable assistant IA: l’infrastructure IA personnelle (PAI) [en]
    [en] Même si je ne suis pas en train de vibe-coder à tour de bras, j’ai bien sauté dans le train côté IA. Depuis deux ans environ, je dis que ce que je ressens concernant l’importance et le potentiel de l’IA générative est quelque chose que je n’ai pas senti depuis ma découverte d’internet il y a 20-25 ans. Et là mes amis, j’ai l’impression de m’être pris un train en pleine figure. Enfin, je le vois arriver depuis un moment, le train, mais là il est sur moi. Mon vieux pote Jens-Christian vie
     

La clé du véritable assistant IA: l’infrastructure IA personnelle (PAI) [en]

17 avril 2026 à 16:01
[en]

Même si je ne suis pas en train de vibe-coder à tour de bras, j’ai bien sauté dans le train côté IA. Depuis deux ans environ, je dis que ce que je ressens concernant l’importance et le potentiel de l’IA générative est quelque chose que je n’ai pas senti depuis ma découverte d’internet il y a 20-25 ans.

Et là mes amis, j’ai l’impression de m’être pris un train en pleine figure. Enfin, je le vois arriver depuis un moment, le train, mais là il est sur moi. Mon vieux pote Jens-Christian vient de me montrer, en live (bon, par visio) à quoi ressemblait son assistant IA et l’infrastructure (PAI) qui le rendait possible. Je vais vous expliquer tout ça en français, ne vous en faites pas, mais sachez déjà qu’en gros, le fameux “assistant IA” qui est véritablement capable de nous aider à organiser nos vacances, choisir un menu pour ce soir, nous briefer pour préparer notre journée, garder le fil de nos multiples projets et évidemment, automatiser notre administratif récurrent, sans juste faire semblant qu’il en est capable – eh bien on y est.

Je précise d’emblée, parce que le dégueulis d’IA – je sais pas comment traduire mieux “AI slop” – envahit non seulement le web, les réseaux, nos conversations WhatsApp et les blogs, que j’écris ce texte avec mes dix petits doigts sur mon clavier. Le jour où je vous refile un truc “écrit avec IA”, je vous le dirai, et je vous dirai aussi “combien écrit avec l’IA” c’est.

OK. Maintenant j’explique pourquoi je suis en train de vous dire que l’ordinateur de Star Trek, c’est déjà aujourd’hui. Enfin avant, un petite digression préalable.

On le sait bien: ce qu’on appelle aujourd’hui “une IA”, c’est en fait un “LLM” (Large Language Model). C’est une intelligence artificielle (un type de programme) qui produit des mots. En très simplifié, c’est du texte prédictif dopé. Le LLM, il ne fait qu’une chose, à la base: il regarde le “contexte” (le texte déjà écrit) et fait une prédiction statistique sur le prochain mot. Et le prochain. Et le prochain. L’IA (le LLM) ne “sait” rien. C’est juste une machine à aligner des mots. Mais ce qui est dingue, c’est que cette machine est capable de produire du texte que l’on reconnaît comme “discours”, et qui nous donne le sentiment d’être en train de parler à une vraie personne. C’est le côté “chatbot” ou “interface conversationnelle”. Ça veut dire que pour faire faire des choses à une machine, aujourd’hui, on peut simplement lui expliquer avec nos mots – pas besoin de cliquer sur tel bouton, donner telle commande, utiliser un langage de programmation. On dit quelque chose, et quelque chose se passe.

Si vous avez déjà l’habitude de fréquenter Claude ou ChatGPT, vous savez comme ça va. On chatte avec, et on est tour à tour bluffé (quand ça marche) et désespéré (quand ça marche pas). On se casse vite le nez sur les limites du truc, il nous dit un truc qui est faux, et on se dit qu’il est bien con et que l’IA, ça ne marche pas si bien que ça. On pense aux rêves qu’on avait de pouvoir dire à notre IA “fais ma déclaration d’impôts” ou “planifie mon projet” (pourquoi pas “fais mon job”, pendant qu’on y est), ou plus modestement, “envoie les factures vétérinaires à l’assurance pour qu’ils remboursent”. L’IA nous promet monts et merveilles mais ne livre pas toujours – d’autant plus si on se contente de lui parler dans une conversation qui s’allonge à l’infini, qu’on ne comprend comment travailler avec la fenêtre de contexte, que les skills ça nous dépasse, qu’on ne maîtrise pas les subtilités du prompting et qu’on n’a pas encore fait le pas d’organiser nos interactions en projets ou d’essayer Cowork. On entend bien ceux qui développent des trucs incroyables à l’aide de l’IA, mais bon, on n’est pas tous développeurs, et franchement les résultats médiocres qu’on obtient nous laissent penser que c’est beaucoup de hype, toute cette histoire. On est d’accord?

Et là au milieu, je suis en train de vous dire (je vous promets j’ai pas fumé) qu’en fait oui, l’IA est bien capable de nous offrir cet “assistant digital” dont on rêve. Je crois franchement qu’on y est. Mais c’est pas “en chattant avec Claude”. Et il n’y a pas besoin non plus d’apprendre à programmer pour y arriver.

La clé, c’est cette infrastructure mentionnée en début d’article: PAI. C’est pas une “alternative” à Claude ou ChatGPT ou Gemini. C’est un système qui se construit dessus. Une collection d’instructions pour IA et de scripts (comme des mini-programmes) qui vont tourner sur l’ordinateur.

Comme dit plus haut, une IA ne “sait” rien. On peut lui donner une liste de tâches en début de conversation, en rajouter 3 nouvelles, parler de la pluie et du beau temps, et lui redemander les tâches 10 minutes plus tard, et il y a fort à parier qu’il y aura une erreur dans la liste. Qu’elle reconnaîtra de bonne grâce quand on la lui fera remarquer. Par contre, si au début de la conversation on lui demande de créer un fichier contenant cette liste, et que deux jours plus tard on lui demande nous lire la liste qui est sur le fichier, là, ça marche. Suivant quelle est votre expérience dans l’utilisation de l’IA, vous avez peut-être fait ce constat de vous-même: c’est vachement plus fiable de faire mettre des infos dans des fichiers, de faire écrire des scripts pour extraire de l’information d’un document ou d’un tableau de données. Et d’ailleurs, aujourd’hui, votre “Claude chatbot” le fera spontanément ou vous le proposera, suivant ce que vous lui demandez.

Donc: l’assistant IA de nos rêves, c’est pas “juste” une IA, c’est surtout des tas de scripts et des fichiers contenant des informations. Et bien sûr quand même une IA, pour interagir avec nous (la fameuse “interface conversationnelle”) et faire évoluer le système en fonction de nos besoins.

Vous êtes encore là? Soyons un peu concrets. PAI c’est donc un truc qu’on télécharge sur son ordi et qui une fois lancé, va premièrement installer ce dont il a besoin (y compris Claude Code si on ne l’a pas déjà). Ensuite, quand on le lance, il va nous prendre par la main (via l’interface conversationnelle, donc en discutant déjà avec l’IA) pour le configurer et démarrer avec. Oui, il faut taper un truc dans la ligne de commande, il y a un premier pas ou deux un peu geek, mais après, c’est “juste du blabla” comme on a l’habitude de faire normalement avec une IA.

Ce qui fait que PAI c’est pas “juste une IA”, c’est que c’est un système prévu pour créer ce dont vous avez besoin de votre assistant. On ne vous livre pas une voiture: on met à votre disposition tout ce qu’il faut pour concevoir et produire la voiture qui correspond exactement à vos besoins – les ingénieurs, les designers, les mécanos, l’usine de production, et aussi le chef de projet qui va vous prendre par la main pour vous aider à décrire la voiture dont vous avez besoin. PAI c’est ça.

L’infrastructure comprend un système et une structure pour stocker des infos de contexte vous concernant – pas juste la façon dont vous aimez que l’IA vous parle, mais aussi vos valeurs, vos domaines d’expertise, vos préoccupations et buts dans la vie. Et pas sous forme de laborieux champs texte à remplir. L’IA va vous interviewer, ou dans mon cas, avaler mon blog, et en tirer les informations pertinentes. Ou pas, si on veut pas. L’infrastructure comprend aussi des processus: en particulier, comment développer un système dont vous avez besoin.

Un exemple en guise de démo (on a fait ça en direct avec Jens-Christian et son assistant pendant notre visio): un truc dont je rêve, perso, ce serait un système qui est au courant de ce que j’ai dans mon frigo et mes armoires, de ce que j’aime manger et cuisiner, et qui puisse me dire “ah ben ce soir, tu pourrais te faire ceci ou cela”. Pour de vrai, c’est une grosse charge mentale chez moi ce genre de truc. Donc hop, on soumet cette idée à l’assistant. J’ai deux ou trois idées en plus: si je donne à l’assistant mes tickets de caisse de courses, il pourrait savoir ce que j’ai acheté comme nourriture. Et si je lui montre ce que je mange ou me cuisine, il pourrait en déduire ce que j’ai utilisé. Peut-être de temps en temps il faut lui faire une photo du frigo ou de l’armoire pour vérifier si son inventaire est à jour. Et il pourrait aussi avoir à dispo une collection de recettes que j’ai faites, et d’idées-repas (j’ai commencé à compiler ça, manuellement). On donne donc ces infos à l’assistant, et on observe. Honnêtement, c’est là que je me suis retrouvée sur le cul.

PAI comprend donc un processus, ou une méthode, pour approcher ce genre de demande: clarifier à quoi ressemblerait le système fini, puis, selon une logique similaire au “rétro-planning” (du reverse-engineering, en fait) il produit un concept, les différentes parties du système à créer, évalue de quelle façon les créer (scripts, IA, quels outils sont à disposition, parce que bien sûr il sait quels outils on a sur l’ordi et ce qu’on a l’habitude d’utiliser), à quoi ressemblerait une version minimale fonctionnelle du système (le “MVP”=minimum viable product du jargon dev/business), et (après feu vert bien entendu) produit un prototype. En dix minutes, on avait un prototype interactif à qui je pouvais demander quoi manger ce soir, après avoir rempli une liste bidon de ce qui était dans mon frigo – et surtout, un plan pour développer le reste du système.

Avant aujourd’hui, j’avais prévu d’écrire un article sur ce que j’étais en train de faire avec l’IA en ce moment. Je me suis mise à Cowork, et je suis en train de créer un système qui m’aide à garder le fil de mes multiples projets en cours. Pas juste à savoir où j’en étais et quelle était la prochaine chose à faire quand je reprends un dossier trois semaines après l’avoir laissé en plan, mais aussi à avoir une vue d’ensemble du “portfolio de projets”. Dans mon système, il y a un fichier dans lequel je note les unes derrières les autres toutes les idées qui me passent par la tête, et ensuite il y a un script (et un peu d’IA) qui avale ce fichier et qui dispatche chaque idée ou info dans une sorte de boîte de réception pour le projet en question.

Exemple (parce que c’est mieux les exemples). J’ai trois tonnes de fichiers d’archives pas mal en bordel sur deux disques durs externes. Ça prend beaucoup de place, et je sais qu’il y a du contenu dupliqué, mais pas où et lequel. Je suis donc en train d’utiliser Claude pour m’aider à faire ça de façon méthodique. Donc ça c’est un de mes projets avec Claude. Mettons que pendant qu’on est en train d’avancer dans ce projet, je me retrouve dans le dossier qui contient les sauvegardes des vidéos live que j’ai faites sur Facebook. Il y a celles des chats diabétiques, mais aussi des vidéos sur d’autres sujets et dont je voudrais faire un article dans le blog. Comme je suis en grande conversation avec Claude, je mentionne ça, et peut-être que j’évoque les 3-4 articles que j’ai en tête, pour qu’il en prenne note. Il va noter ça (parce que je lui ai donné des instructions dans ce sens à l’aide d’un skill) dans le fichier “de sortie” du projet, prêt à être importé dans le fichier d’entrée du projet “idées pour le blog”. Ou alors, je suis en train de faire à manger et une idée de génie pour l’aménagement de mon balcon me traverse le cerveau: je la note rapidement dans mon fichier central, sachant que Claude rangera cette info au bon endroit.

Donc créer ce genre de système, avec Cowork, c’est possible, mais je fais beaucoup manuellement. Je micro-manage beaucoup. Je dois être directive, parce que sinon Claude me dit “ouais ouais c’est bon je m’en charge, c’est super simple” et en fait… non.

Avec PAI, il y a déjà des instructions et des “compétences” (skills) dans l’infrastructure exprès pour que créer ce genre de système se fasse bien et simplement. C’est donc une boîte à outils, accessible via le chat, qui nous permet de “forger” le système dont nous avons besoin – créer l’assistant qui va simplifier les tâches à peu de valeur ajoutée de notre quotidien, ou celles qui sont difficiles pour nous, qui va nous permettre d’avoir plus d’énergie à disposition pour les choses qui comptent pour nous.

Je vais gentiment prendre congé de vous pour aujourd’hui, parce que ça devient un article-fleuve (qui plus est pas super bien structuré et clair peut-être) et que mon cerveau n’a plus beaucoup de batterie. On va en reparler quand je sauterai le pas (dès que j’ai un peu de temps à dispo) pour installer PAI chez moi.

Juste deux mots de prudence avant de clore:

  • Claude Code, Cowork, PAI: des outils puissants mais qui présentent également des risques côté sécurité. Ce n’est pas une bonne idée, aujourd’hui, de laisser votre IA contrôler votre navigateur web, de lui donner libre accès à vos fichiers ou à votre e-mail, surtout si vous ne comprenez pas bien les enjeux sécuritaires
  • faire tourner quelque chose comme PAI “coûte” en termes d’utilisation d’IA – tout comme ça coûte de faire produire des images par l’IA, des pages de code, de manipuler des fichiers sur un disque dur, de lire des PDFs de 500 pages… sur un plan gratuit, oubliez; même un plan à 20.-, c’est probablement bien chaud

Quelques liens (en vrac parce que je suis trop raide):

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • PSPP à Rebel News: Comme un poisson dans l’eau
    La décision du chef du Parti québécois d’accorder une entrevue à une spécialiste de la désinformation a été abondamment commentée. Le contenu de l’entrevue l’a été beaucoup moins. Je me suis donc donné le mandat d’analyser l’entrevue et de démonter la désinformation qu’on y entend, autant de l’intervieweuse que de l’interviewé. Je vous invite à écouter l’épisode spécial de mon balado, Woke tant qu’il faudra, consacré à cette entrevue. Si vous n’avez pas une heure à consacrer à cette entre
     

PSPP à Rebel News: Comme un poisson dans l’eau

15 avril 2026 à 11:23

La décision du chef du Parti québécois d’accorder une entrevue à une spécialiste de la désinformation a été abondamment commentée. Le contenu de l’entrevue l’a été beaucoup moins. Je me suis donc donné le mandat d’analyser l’entrevue et de démonter la désinformation qu’on y entend, autant de l’intervieweuse que de l’interviewé.

Je vous invite à écouter l’épisode spécial de mon balado, Woke tant qu’il faudra, consacré à cette entrevue. Si vous n’avez pas une heure à consacrer à cette entrevue, ce qui est compréhensible, voici quelques-uns des pires extraits et mon commentaire.

Les extraits cités viennent tous de l’entrevue mise en ligne le 10 avril 2026.

« Début des années 2000 à Montréal, il y a pas une crise du logement, le français recule pas, ça se passe bien, tout le monde est de bonne humeur. »
Au mieux, PSPP parle sans savoir. Au pire, il nous ment carrément. On peut le prouver facilement. En 2002, Pierre Desrochers, directeur de la recherche à l’Institut économique de Montréal, publiait déjà un rapport intitulé « Comment résoudre la crise du logement au Québec? » Parce que oui, on parlait déjà de crise du logement à l’époque du gouvernement Bouchard-Landry. Desrochers critiquait le manque de vision des gouvernements (fédéral et provincial), qui auraient dû investir davantage dans le logement social et modifier la réglementation du secteur de la construction afin de faciliter les mises en chantier. En 2002. Quand Plamondon nous dit qu’au début des années 2000, il n’y avait pas de crise du logement, c’est entièrement faux.

Je sais que mes amis péespépistes vont tenter de le rattraper et m’accuser de déformer ses propos. « Ce n’est pas ce qu’il voulait dire. Il voulait simplement dire que la situation était moins pire en 2001… » Non. En 2001, le taux d’inoccupation des logements était de 0.6% à Montréal. D’après la Société canadienne d’hypothèques et de logement, (SCHL) le taux d’inoccupation sur l’île de Montréal était de 3.1% en octobre 2025. Cinq fois supérieur. Il y a des limites à dire n’importe quoi pour nous faire croire que tous nos problèmes ont été causés par les politiques d’immigration du gouvernement Trudeau.

« Simplement aborder Roxham, à l’origine, je me faisais traiter d’extrême droite. Alors que quand le Parti libéral du Canada a fermé Roxham, ça c’était drôle, plus personne parlait d’extrême droite, c’était ben normal, aucune critique. Mais quand c’est le Parti québécois qui tente d’affirmer cette volonté de maintenir la paix sociale au nom des Québécois. Double standard. »
PSPP avait fait la même plainte à l’époque. Il avait convoqué un point de presse pour se plaindre de la « gauche radicale » qui tente d' »extrême-droitiser » le Parti québécois. Les journalistes ont tenté en vain d’obtenir des noms. Il leur a répondu de faire leur travail de journaliste. Que c’est très facile de trouver des noms en cherchant sur Google. 3 ans plus tard, il nous fait jouer la même cassette et espère que ses auditeurs le croiront sur parole.

« C’est dangereux ce qui se passe en ce moment. Parce que des dynamiques violentes à l’étranger peuvent rapidement devenir notre dynamique parce qu’on a saboté un modèle qui fonctionnait au niveau de l’immigration qui était fondé sur des critères, une marche à suivre. Il arrive un moment où rien ne va plus. Rien ne tient. Et on se retrouve avec une situation inimaginable où des Québécois de confession juive ou peut-être d’autres Québécois aussi voient leur sécurité menacée. On n’a pas parlé de la sécurité des femmes par exemple. ais tsé Montréal, là… depuis… j’ai grandi là, il y a pas ville plus sécuritaire, si t’es une femme, tu te demandes pas si tu vas te faire harceler. »
Bien sûr. Avant Justin Trudeau, les femmes pouvaient marcher seules dans la rue, la nuit, en toute sécurité. Elles pouvaient passer une veillée dans leur bar sans surveiller leur verre. Elles ne subissaient pas d’agression dans le métro. C’est « l’immigration massive » qui a amené le harcèlement sexuel au Québec.

Pour ce qui est des relations avec les États-Unis, PSPP reste dans le déni.
« Mais en même temps à l’inverse, je vois des politiciens suggérer que le Canada nous défend contre Trump… C’est pas sérieux. Si les États-Unis prennent des décisions… Ce qui arrivera pas, en passant. L’idée que l’armée canadienne est un rempart de défense pour les Québécois ça a été complètement galvaudé. Moi je suis confiant que comme n’importe quel pays européen de notre taille, on ferait la même chose. »
Ce qui arrivera pas, en passant? Sur quoi se base cette certitude? Est-ce qu’on suppose que Donald Trump a trop de bon sens pour attaquer le Québec ou le Canada? L’attaque contre l’Iran n’était pas suffisante pour convaincre que le fasciste américain fait n’importe quoi?

« Mais tsé c’est parce que le Canada en ce moment est identifié par ses voisins comme l’endroit où il y a le plus d’infiltration politique dans le monde. L’ingérence étrangère au Canada c’est devenu la norme. » « Les voisins » du Canada, ce sont les États-Unis. Le Canada n’a pas d’autre voisin. Peut-être certaines personnes croient-elles encore qu’on peut se fier au jugement du fasciste de la Maison blanche, mais généralement on reconnaît que ce n’est pas une référence en matière de politique internationale.

Alexa Lavoie demande à PSPP si le Québec devrait imiter l’Alberta, qui se prépare à mettre en place des lois pour protéger les écoles contre les « idéologies ». J’en ai discuté plus tôt cette semaine. Officiellement, le Bill 25 vise à sortir les « idéologies » et la politique des écoles albertaines. Officieusement, le gouvernement s’attaque principalement à la diversité de genre et sexuelle. Le gouvernement albertain de Danielle Smith a déjà limité l’accès aux livres pour enfants qui traitent d’enjeux LGBTQ+ parce que des associations de parents considèrent que c’est de la pornographie. Plusieurs villes albertaines ont interdit d’afficher le drapeau de la fierté dans l’espace public. Avec le Bill 25, le gouvernement va notamment interdire aux enseignants de discuter en classe d’identité de genre.

Sans hésitation, PSPP dit à la « journaliste » de Rebel News que les Albertains ont raison. Il considère que le gouvernement du Québec a également perdu le contrôle de ce qui s’enseigne dans nos écoles. On se souvient qu’il avait accusé la « gauche radicale » d’avoir infiltré les écoles à l’automne 2023, lorsqu’une enseignante avait demandé à ses élèves de l’appeler « Mx » plutôt que madame et qu’une école avait mis en place des toilettes non genrées. À l’automne 2024, la députée de Terrebonne, Catherine Gentilcore, alors présidente du Parti québécois avait accusé le nouveau programme de Culture et citoyenneté québécoise d’enseigner aux enfants de 3 à 7 ans que le genre est attribué par la société. Une accusation qui a été démentie par la suite.

PSPP mentionne quelques-unes des « dérives » dans les écoles québécoises: « Des groupes d’activistes de tout acabit. T’as eu des cas de soldats, des cas d’éducation sexuelle auprès de jeunes de 6 ans. Puis il y a eu plein de cas au Québec dans toutes sortes de sujets. » PSPP dénonce avec raison les soldats qui sont allés dans des écoles privées juives pour faire la promotion du génocide à Gaza. Mais qu’en est-il de ces « cas d’éducation sexuelle auprès de jeunes de 6 ans »? Les activistes dont il parle sont en fait des enseignants qui appliquent le programme du ministère de l’Éducation. En effet, depuis l’implantation du nouveau programme de CCQ en 2024, il y a de l’éducation sexuelle dès la première année du primaire. À 6 ans, on enseigne aux enfants à nommer les parties du corps, à développer une image corporelle positive donc à apprécier que les corps ont différents formats et que c’est correct, les notions de stéréotypes de genres auxquels ils n’ont pas l’obligation de se conformer, qu’ils doivent respecter les différences… Finalement, on leur enseigne la notion de consentement, une notion qu’il est à mon avis utile d’apprendre très tôt. Je n’ai pas l’impression qu’il s’agisse d’une dérive de notre système d’éducation.

Parmi les critiques du nouveau programme, on retrouvait nulle autre qu’Alexa Lavoie, qui accusait le gouvernement du Québec d’encourager la sexualisation des enfants. PSPP est-il d’accord avec cette vision? Son discours laisse à penser que oui.

« Donc dans quelle logique tu bloques la circulation pour prier? Il y en a pas. À part des signaux politiques. Ça devient des gestes politiques et non pas un geste de piété. Et ces gestes politiques-là, il faut les prendre au sérieux à mon avis si on a à coeur la paix sociale. »
L’entrevue s’attarde pendant plusieurs minutes sur la question des prières de rue, bien que la loi pour les interdire ait déjà été adoptée. PSPP entre tout à fait dans le narratif d’Alexa Lavoie, qui en fait des manifestations antisémites et pro-Hamas. À aucun moment, il ne mentionne que les prières avaient lieu pendant des manifestations contre le génocide à Gaza. Comme si c’était un détail. Évidemment, aucun des deux n’a mentionné que les manifestants protestent contre le soutien du Canada à Israël, encore moins que la Caisse de dépôt et de placement du Québec a des milliards investis dans ce que Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale de l’ONU, qualifie d' »économie du génocide« . De telles nuances risqueraient de donner l’impression que les manifestations étaient justifiées. On préfère laisser croire qu’il s’agit d’islamistes qui se sont rassemblés pour célébrer leur haine des Juifs. PSPP mentionne d’ailleurs que les Juifs montréalais ont raison d’être inquiets pour leur sécurité.

Pendant la discussion sur les prières de rue, Alexa Lavoie lui demande s’il faudrait expulser les immigrants temporaires qui incitent à la haine et participent à des manifestations qui glorifient le terrorisme.
PSPP: Ben oui parce que ce sont des actes criminels. Mais c’est parce qu’on n’a pas le pouvoir.
Alexa: Mais si admettons on deviendrait un pays.
PSPP: Bien sûr!

D’abord, on n’a pas besoin d’avoir les pleins pouvoirs en immigration pour agir là-dessus. L’incitation à la haine est déjà un crime au Canada. Rien n’empêche de poursuivre des gens qui incitent à la haine, peu importe leur statut d’immigration. Les immigrants temporaires ne bénéficient pas d’une immunité diplomatique qui leur permet de contourner les lois. S’il y a pas d’accusations qui sont déposées contre les manifestants, c’est parce que manifester contre un génocide, ce n’est pas une incitation à la haine et ça ne mérite pas de condamnation. Je m’inquiète d’un aspirant premier ministre qui voudrait expulser des immigrants temporaires parce qu’ils exercent leur droit de manifester, un droit des plus fondamentaux dans une société démocratique.

On ne peut pas avoir une entrevue avec PSPP sans qu’il accuse l’immigration de tous les maux. « S’ils sont d’accord avec des seuils d’immigration toujours plus élevés au point où on a une crise du logement puis on est plus capables d’offrir des services. » Discours habituel ici. Les seuils d’immigration sont encore une fois pointés comme les seuls responsables de la crise du logement et de la crise des services. En fin d’entrevue, il nous présente une donnée nouvelle et exclusive: « Certains hôpitaux se sont confiés à moi en disant: Mais tsé la proportion de nos tables opératoires qui sont pour les demandeurs d’asile c’est près de 20% à certains endroits. »
On ne peut pas lancer une telle affirmation sans élaborer. Qui lui a dit ça? Des infirmières? Des médecins? Des préposées à l’accueil? Des administrateur? Dans quels hôpitaux? Il est impossible de vérifier une déclaration comme celle-ci. On doit donc se fier à la bonne foi du chef du PQ et croire qu’effectivement, les demandeurs d’asile monopolisent une partie importante de notre système de santé.

Quand j’ai entendu dire que PSPP avait accordé une entrevue à Rebel News, ma première réaction a été de regretter qu’un chef de parti qui aspire à être premier ministre cautionne un média consacré à la désinformation. Après avoir entendu l’entrevue, je comprends mieux pourquoi il a accepté. PSPP se trouve à Rebel News comme un poisson dans l’eau.

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    [en] TL;DR: enter card details manually, not using Link, if you need to change your payment method and it’s stuck. Three days ago my Claude Pro subscription was up for renewal but I’d forgotten to top-up the prepaid credit card I use for this. It was (logically) declined and my subscription was suspended.  I was using Link as the payment method. No sweat, I thought, I’ll top up the credit card and “try again”. No luck, still declined.  Cool cucumber, I’ll just use another card this
     

Anthropic payment woes – resolved [en]

13 avril 2026 à 14:59
[en]

TL;DR: enter card details manually, not using Link, if you need to change your payment method and it’s stuck.

Three days ago my Claude Pro subscription was up for renewal but I’d forgotten to top-up the prepaid credit card I use for this. It was (logically) declined and my subscription was suspended. 

I was using Link as the payment method.

No sweat, I thought, I’ll top up the credit card and “try again”. No luck, still declined. 

Cool cucumber, I’ll just use another card this month. Clicked through to select an other payment method, but… once I was back on the Anthropic payment screen, the active payment method displayed was still the first card that had been declined.

What I did:

What I got:

Then I went a bit wild. I tried to change the payment method again. I went into Link and removed the card, leaving only the second one, but the payment was still attempted by Anthropic (Link?) with the card I had removed 🥴 

I logged out of Link and back in. I even tried Apple Pay. My card transaction statement shows a string of $0 card checks, and my inbox is full of e-mails telling me my payment was unsuccessful, but that is all that there is to show for these efforts. Whatever card I chose, Anthropic insisted on trying the same one again and again.

At some point, inspiration hit and I tried settling the open subscription invoice from inside Link directly, with my other card, instead of through the Anthropic billing screen. That worked! 

But I wasn’t out of the woods. I wanted to buy some extra usage (I know, I know). The same frustrating dance started again, to no avail. 

I decided to let it rest 24 hours and try again.

I tried again today. Same same.

In desperation (of course I’d already had a frustrating chat with Fin the Anthropic “support bot” and sent an e-mail to support) I tried chatting up the Link support chatbot. It confirmed that there was indeed a trace of the failed purchase on their side. At least something! I requested a human, and started chatting up my credit card’s support too, as I now had a clear indication that the purchase request had left Anthropic’s walls.

I’ll spare you the hour of slow, mind-numbing, half-chatbot-half-human support chats. You’ve been there I’m sure. There would be a lot to say.

In the end, after going around in many more circles, here is what worked:

  • I clicked to change the payment method on checkout on the Anthropic site
  • I disconnected Link in there
  • I entered my card details manually

What I did (notice how I’m not signing into Link here):

What I got (notice how this time I actually did manage to get it to switch to the Mastercard and drop the Visa!):

Lo and behold, the payment went through! 

(This is the second card, mind you, I’m not that crazy. Next step, before my next subscription invoice comes around, will be to try and make a purchase with the initial – preferred – card. Maybe by then the e-mail the service cyborg promised with details of why the transaction failed will have reached me.)

Sharing this in hope it can spare at least one other person some headaches.

See on Reddit.

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  • The Wild Magical World of AI (LLMs) [en]
    [en] End 2024 is when I really started to get going with “AI” (or LLMs – I know saying “AI” is kinda wrong, but there seems to be no good way to escape it right now). I’d been dabbling a bit before that: as a search engine, to help me with my excel formulas at work, or translating an e-mail here or there. But over that Christmas break, I realised it went further than that: helping me manage my tasks; keep lists updated; make sense of my investment portfolio; troubleshooting technical stuff that
     

The Wild Magical World of AI (LLMs) [en]

5 avril 2026 à 10:59
[en]

End 2024 is when I really started to get going with “AI” (or LLMs – I know saying “AI” is kinda wrong, but there seems to be no good way to escape it right now). I’d been dabbling a bit before that: as a search engine, to help me with my excel formulas at work, or translating an e-mail here or there. But over that Christmas break, I realised it went further than that: helping me manage my tasks; keep lists updated; make sense of my investment portfolio; troubleshooting technical stuff that’s above my pay-grade; and build actual systems to do stuff. I didn’t really know what I was doing, but I saw enough to find it really exciting. I was quite busy with work and life during that period, and not finding time to blog much.

And then I had a skiing accident. Everything stopped, but in time, as I started becoming more functional, I turned back to playing with AI some more, doing a little more vibe-coding too. Excitement grew. But I was also hitting limitations, fed up with the sycophancy, context bloat, hallucinations and endless rabbit-holes. Oh, and really sick of AI slop. (Really: nobody wants to read your AI slop, people.) But the exciting was still there, I was just biding my time. Integrations, agents and AI-powered browsers showed up, with the security risks that are bundled in. I was tempted but stopped myself. And a few loved ones.

Three articles amongst many that tell cautionary tales. I have more to say, particularly about the brain fry one, but not today.

https://brave.com/blog/comet-prompt-injection/ https://hbr.org/2026/03/when-using-ai-leads-to-brain-fry https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2026/mar/26/ai-chatbot-users-lives-wrecked-by-delusion

Recently, like many others, I jumped ship from ChatGPT to Claude. I’d been thinking about it for a while, because I have been working hard on migrating my diabetic cat community from Facebook to Discourse, and had come to the conclusion I would have to code a plugin or component or two, and it seemed obvious that Claude was the better AI assistant for that. Around that time, I read this article:

https://derekhanson.blog/tufte-blocks/

In it, the author describes one key aspect of working with AI that I had understood to be important, but that I didn’t know how to put into practice: using different conversations for different “roles” or aspects of the project. And here I had a real example.

I put that in practice (a bit as an exercise) in applying these instructions to migrate my personal context from ChatGPT to Claude. It was extremely satisfying and a great learning experience. I was itching to get going with Claude Cowork and Claude Code, but still a bit anxious. As I see it, Cowork is like being handed a powerboat when all you’re used to are the free permitless motorboats you can rent by the hour on a sunny Sunday afternoon like this one. You can really get in trouble if you’re not careful. And probably, even if you are.

I asked around a bit and Claire pointed me to this wonderful guide to Cowork. What she also explained to me is that Cowork is sandboxed, so it only has access to the folders you give it access to. That’s reassuring. And just a few days ago, Matt shipped Taxonomist, an AI-app (? what do we call these things?) that he used to cleanly recategorise all his blog posts. Unsurprisingly, categories here on CTTS have been a mess since time immemorial, and one of the things that has been clear for some time for me is that AI can help me clean things up a bit around here – in general, not just the categories. But that felt like a great way to get started seeing what the powerboat can do, with a trusted friend on board to keep me from crashing on the rocks.

So earlier today I installed Claude Desktop, downloaded the guide, and started it in Cowork. And wow. Honestly. It’s wild. My 3TB of archived files going back nearly three decades are now hopeful they will one day be deduplicated and cleaned up. Of course, I hit my usage limit (which is why I’m writing this instead of playing with my new AI friend), so I went to have a look at what something like Taxonomist really looks like under the hood. You know, open the files and read them. And it’s starting to come together in my mind. The powerboat is starting to feel like something I will be able to manage in time.

Of course, I’m not going to point Cowork at my external hard drive right now. There are still a lot of steps until I feel comfortable enough with the powerboat to attempt that. But doors are opening. My diabetic cat community migration feels more manageable. I’m hopeful I can tidy my files and clean up my blog. Come up with a system to make sharing links to the open web as easy as on Facebook. Reboot the blogosphere. And I’m sure other ideas will come along the way. I am also trying to be very, very careful about AI brain fry, as I already have my own concussion brain fry to deal with.

If you haven’t yet started learning how to use AI beyond as a proxy for Google or Wikipedia, really, it’s time to get cracking. I’m going back to Lesson 5 (honestly, just read through that page for starters if you don’t know what to do first), making a note to check out Cursor (I’m using Visual Studio Code for now) and read this article on Teaching AI to Design.

First, however: a nap.

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  • Titres, écriture, initiation de tâches, et IA [en]
    [en] Devoir mettre un titre à un article, c’est clairement un frein à l’initiation de la tâche “écrire un article”. Vous avez déjà remarqué ça? De mon point de vue, c’est aussi une des raisons pour lesquelles ce qui se racontait sur les blogs à gentiment migré vers les réseaux. Sur Facebook ou LinkedIn, nul besoin de choisir un titre pour ce qu’on va écrire. On ouvre notre cerveau et il se déverse sur la page. Pas besoin d’avoir un sujet, pas besoin d’avoir quelque chose de structuré. Juste une
     

Titres, écriture, initiation de tâches, et IA [en]

3 avril 2026 à 12:31
[en]

Devoir mettre un titre à un article, c’est clairement un frein à l’initiation de la tâche “écrire un article”. Vous avez déjà remarqué ça? De mon point de vue, c’est aussi une des raisons pour lesquelles ce qui se racontait sur les blogs à gentiment migré vers les réseaux. Sur Facebook ou LinkedIn, nul besoin de choisir un titre pour ce qu’on va écrire. On ouvre notre cerveau et il se déverse sur la page. Pas besoin d’avoir un sujet, pas besoin d’avoir quelque chose de structuré. Juste une pensée qui passe, et hop, on a publié quelque chose. Très souvent, une fois qu’on a commencé à écrire, le quelque chose prend de l’ampleur – enfin, si on est quelqu’un qui aime écrire et parler et qui a tendance à avoir des tas de choses à dire. Je ne compte plus le nombre “d’articles de blog” que j’ai en fait écrits dans Facebook ou LinkedIn, parce que je pensais que j’allais “vite partager un truc”.

Alors que sur le blog, ouh là là, on va écrire un article, faut savoir de quoi on va parler, d’ailleurs y’a qu’à voir, on commence par écrire un titre en haut de la page. Je pense que ça joue un rôle énorme dans la façon dont notre expression en ligne se déploie. Messagerie instantanée? Pas de titre, juste écrire, contrairement à un e-mail, ou un forum.

D’ailleurs, à ce moment précis, cet article n’a pas de titre. Je suis très consciente, pour ma part (TDAH oblige), à la question des freins à l’action. J’en parlais d’ailleurs tout à l’heure avec une amie alors que nous étions en balade. Ça ne date pas de mon diagnostic, cet intérêt, parce que j’avais perçu très tôt dans ma vie que “commencer était difficile”. Il y a d’ailleurs des tonnes d’articles dans ce blog sur ce sujet (si on arrive à les trouver). Mon intérêt pour la UX (avant “usability”) et le comportement animal sont deux branches de mon intérêt général pour cette problématique, en passant.

Donc cette histoire de titre, c’est sur mon radar de façon lointaine depuis des années, et de façon bien plus présente depuis la fin de l’été dernier, avec la suspension de mon compte Facebook, et le sentiment d’urgence à relancer la blogosphere et créer de véritables alternatives aux réseaux propriétaires. Je ne laisse donc plus ça m’arrêter. Soit j’écris un peu n’importe quoi, soit, comme aujourd’hui, si rien ne me vient, je laisse vide et je commence à écrire. Je trouverai bien un n’importe quoi à mettre une fois que j’aurai fini.

Parfois, évidemment, j’ai un article en tête à écrire qui a un titre. Mais souvent, j’ai des trucs à dire, pas forcément très bien organisés et très bien identifiés, mais je n’écris pas parce que ça ne fait pas “un article sur quelque chose”. J’essaie de changer ça. J’essaie de retrouver la liberté des débuts des blogs, du monde d’avant Facebook. Bien sûr, on n’est pas dans le monde d’avant Facebook. On est 20-25 ans plus tard, donc c’est clair qu’il y a des choses qui à l’époque allaient sur mon blog et qui n’y auraient plus leur place aujourd’hui.

Mais une chose demeure: écrire a toujours été, pour moi, un moyen de canaliser ma pensée (hyperactive), un moyen de faire sens de tout ce qui tourne dans ma tête en le lâchant dans le monde, comme une petite bouteille à la mer qui peut-être voudra dire quelque chose pour quelqu’un. Il y a un enjeu existentiel là-derrière. Ça compte pour moi que ces lignes puissent être lues par quelqu’un d’autre, dans une heure, dans un mois, dans un an ou même dix. Mais ce n’est pas juste le regard (ou l’oreille) qui compte, c’est aussi vraiment que ça réduit ma charge cognitive, de mettre des choses par écrit. Le processus m’aide à réfléchir, à sentir aussi. Les “articles sur quelque chose” sont peut-être un peu plus pour autrui, mais ils sont aussi pour moi, car ils couvrent souvent des idées ou informations que je me retrouve à répéter souvent à beaucoup de personnes différentes. Alors des fois, c’est pratique pour moi, de pouvoir dire “attends j’ai un article là-dessus”.

Je ne sais honnêtement plus si j’en ai parlé sur mon blog ou pas, mais ces dernières années j’ai beaucoup réfléchi à comment étaient structurées mes interactions sociales avec les gens. Ce qu’il y avait de satisfaisant là-dedans, et d’insatisfaisant, sur quoi j’avais prise et ce qui était hors de mon contrôle. J’ai pris conscience que j’étais souvent un peu la “sorcière de mon village” – et même si c’est un rôle qui me convient et que j’encourage, parce qu’être utile à autrui fait partie de mes valeurs et de mon sens, c’est pas toujours une bonne chose pour mes amitiés ni pour ma charge mentale ou mon emploi du temps (et post-accident, c’est encore plus clair). Donc écrire certaines choses sur mon blog, c’est – depuis toujours d’ailleurs, c’est l’impulsion qui m’a fait créer ma “homepage” en 1998 – une façon de faire ça.

Je vis avec un backlog permanent de choses à écrire et de choses à dire, tout comme il y a trop de choses que j’ai envie de faire. Je pense honnêtement qu’aujourd’hui je pourrais écrire non-stop pendant des jours ou même des semaines. Le hic c’est que l’écriture, pour moi, comme pour beaucoup d’autres tâches, c’est quelque chose qui vient facilement quand la motivation ou l’impulsion de m’y mettre est là, mais pas autrement. Et (TDAH toujours), la motivation et l’impulsivité sont, chez moi, des choses sur lesquelles je n’ai pas un très bon contrôle.

Je me suis donc dit, il y a quelque temps (un moment déjà en fait, mais vous savez comment c’est les prises de conscience et les décisions concernant “faire autrement”, souvent ça vient par couches de peinture successives, et il faut un moment pour que la couleur finale soit bien visible), bref je me suis dit que j’allais écrire plus sur mon blog, même si c’est désorganisé, même si c’est pas de jolis articles bien ficelés, pour réduire la pression mentale du backlog des choses à écrire. Juste là, réduire ma charge mentale c’est capital. Et en fait, quand j’écris pas, ça s’accumule, et plus ça s’accumule moins je m’y mets, bref (encore oui j’aime bien ce mot), vous voyez le truc.

C’est pas encore en place. Je me suis dit: “hop, timer 30 min, je ferai 45 min à une heure, j’écris ce qui tournicote dans ma tête, je fais ça chaque jour”. Evidemment, pas si simple à mettre en place. Mais aujourd’hui, voilà, j’ai attrapé l’ordi et je me suis mise sur le balcon (il commence à faire frisquet, je vais peut-être rentrer), et je vous parle de ce qui me passe par la tête, et du coup ça fait 30 minutes que je vous écris des histoires de titres et d’écriture alors que c’était pas du tout ça qui se promenait dans ma tête à la base. Bienvenue dans mon cerveau.

Cette histoire d’initiation de tâche, ça me fait penser à deux choses. Premièrement, ma vidéo sur le sujet. Je ne sais plus ce que j’y raconte, vous me direz – purée, en allant chercher le lien je vois que c’était il y a sept mois 😨, j’ai certainement dû en parler ici déjà. Mon sens du temps qui passe est complètement à l’ouest. Sept mois? C’était déjà pas terrible à la base, chez moi, mais post-accident c’est bien pire, et post-rechute encore plus. Heureusement que j’ai une bonne mémoire des dates, je compense avec ça. Mais bref, cette vidéo, c’est une parmi d’autres. Après la suspension de mon compte Facebook et sa récupération, j’ai pris la peine de faire une sauvegarde en bonne et due forme de mes données là-bas, y compris toutes mes vidéos Live. J’en ai surtout fait beaucoup pour la communauté Diabète Félin, mais aussi quelques-unes, de temps en temps, sur d’autres sujets. Je fais des vidéos comme j’écris des articles: je lance l’enregistrement, je cause, je publie. Le montage c’est pas mon truc, pas plus que la relecture et le travail minutieux de mes textes. Je suis une deverseuse. J’ai donc fait quelques vidéos ces derniers temps, après avoir décidé que mes vidéos live iraient pour le moment sur Youtube, et la plupart mériteraient un article ici, mais je ne l’ai pas encore fait. C’est dans le backlog. Mais en attendant, vous pouvez déjà aller sur mon compte YouTube, vous abonner, écouter, piocher dedans.

Là, je pourrais partir aussi sur tout ce qui est en route concernant Diabète Félin, et en particulier la mise en place de Discourse pour héberger la communauté. C’est encore le gros chantier mais vous pouvez déjà jeter un oeil. Si vous voulez une visite guidée, dites-moi – je compte à terme en faire un multi-site, comme j’ai fait avec mon installation WordPress, ce qui voudra dire que si quelqu’un veut profiter du fait que je me suis cassée les dents sur Discourse pour mettre plus facilement sur pied une communauté en ligne hors Facebook, ça devrait être possible, un fois ou l’autre.

Et maintenant je pourrais rebondir là-dessus pour vous raconter mes pérégrinations avec l’IA, parce que oui il y a un lien, ma migration de ChatGPT à Claude (comme tant d’autres), le potentiel que j’y vois mais aussi les risques, comment je pense en faire usage pour mes projets (dont DF, c’est le lien).

Mais je vais nous épargner ça car je suis sûre que comme moi, vous avez besoin d’aller manger à un moment où un autre.

Donc je vais juste mentionner la deuxième chose à laquelle me refait penser cette histoire d’initiation de tâche (vous aviez gardé le fil?) – parmi mes “articles à écrire sur un truc”, il y a quelque chose de l’ordre du “briefing TDAH”. Genre “tu penses que tu as peut-être un TDAH, ou tu sais que tu en as un mais t’en fais pas grand-chose, voici ce qui est important”. Mais pas ce soir, hein. J’ai aussi un article en souffrance sur les questions de sommeil et d’endormissement. Deux brouillons aussi dans WordPress qui sont écrits aux trois-quarts, quelque chose que j’évite vraiment de faire parce que franchement, c’est tellement dur de m’y remettre pour les terminer. (J’ai pas choisi les interruptions, en l’occurrence: une crise convulsive d’Oscar et l’inondation de mon espace coworking.) Puis tiens, je pourrais écrire un article sur ces histoires de difficulté d’initiation de tâche, vous pensez pas?

Je vais quand même vous parler d’un truc que je mijote avec Claude, parce que ça concerne quelque chose qui est un peu bête mais qui prend beaucoup de place dans ma tête. Dans mon quotidien, je découvre plein d’articles intéressants à lire. J’aime les partager, on ne sait jamais à qui ça peut servir. C’est une des choses que je fais avec Facebook: partager des liens. (Et peut-être qui m’a desservie, en passant.) Et j’aimerais, beaucoup, mais vraiment beaucoup, m’affranchir de Facebook pour ça et pouvoir publier ici (ou sur un blog parallèle) des sortes de pelotes de liens quotidiennes. Pas n’importe comment bien sûr: il faut que je puisse rajouter un petit mot d’explication concernant le lien si je veux, il faut que le lien soit présenté avec une “carte” de prévisualisation (comme c’est sur les réseaux), il faut que ce soit aussi facile pour moi de rajouter un lien à la collection que de le balancer dans Facebook, et il faut que les liens partagés soient également répercutés dans mes réseaux, parce qu’il faut être pragmatique et la réalité d’aujourd’hui c’est que tout le monde est encore sur Facebook ou Linkedin.

Ça, c’est typiquement le genre de projet qui est juste hors de ma portée. Je vois assez clair pour pouvoir dire que techniquement, ça devrait être faisable, mais je n’ai ni les connaissances ni les compétences techniques pour. C’est le genre de chose, pré-IA, qui me fait perdre un temps fou en recherche pour déterminer comment monter ce genre de système, avec quels outils, comprendre ce qui existe et si je peux l’adapter à mes besoins, identifier les pièces manquantes, réaliser tout ça une fois que j’ai un plan pour le faire, et régler les inévitables bugs qui surviendront. Une montagne.

Avec un assistant IA, c’est nettement plus accessible. En quelques échanges dans une conversation l’autre jour, j’ai déjà dégrossi les enjeux techniques et pu établir la faisabilité (vraiment) de mon idée. Je peux utiliser l’IA pour m’assister d’une part dans la gestion des différentes étapes (savoir où j’en suis et ce que je dois faire ensuite) et dans l’implémentation technique, sans que je me retrouve limitée par mes connaissances en matière d’administration système ou développement, qui même si elles sont plutôt bonnes pour une non-technicienne, ne sont pas suffisantes pour mes ambitions.

C’est un projet qui me démange, car chaque jour, je partage des liens, et ce système me manque. Evidemment, mon objectif est de vous tenir au courant de la solution que j’aurai trouvée et mise en place. Et aussi, de vous parler plus de comment j’utilise Claude et de ce à quoi je fais attention. Je suis encore en train d’apprendre, comme tout le monde d’ailleurs!

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  • Universités populaires. Cycle « La machine ». Thème : IA
    J’étais il y a quelques semaines l’invité des Universités Populaires du pays Yonnais (UPPY), pour une soirée conférence-débat autour du thème de l’IA. La captation de cette intervention est désormais disponible en ligne.          Moi qui fait des gestes avec mon bras devant un baby-foot. Mais en vrai je parle des grands enjeux de l’IA. SI vous résidez autour de La Roche sur Yon ne manquez pas les prochains rendez-vous de ces universités populaires (informations sur leur page Facebook)
     

Universités populaires. Cycle « La machine ». Thème : IA

29 mars 2026 à 10:49

J’étais il y a quelques semaines l’invité des Universités Populaires du pays Yonnais (UPPY), pour une soirée conférence-débat autour du thème de l’IA.

La captation de cette intervention est désormais disponible en ligne.

         Moi qui fait des gestes avec mon bras devant un baby-foot. Mais en vrai je parle des grands enjeux de l’IA.

SI vous résidez autour de La Roche sur Yon ne manquez pas les prochains rendez-vous de ces universités populaires (informations sur leur page Facebook)

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  • Today is Tomorrow [en]
    [en] A friendly colleague I share some geeky interests with told me today I was courageous to announce my blogging intentions yesterday. I told him “not that much”, because if I didn’t stick to my declaration of intent, it’s not something I’d feel terribly bad about. Writing that quick post yesterday made me feel a bit better, and announcing I would write today increased the probability I’d actually do it today. Making clear plans and public accountability aren’t binding, but they can help tip
     

Today is Tomorrow [en]

27 mars 2026 à 16:30
[en]

A friendly colleague I share some geeky interests with told me today I was courageous to announce my blogging intentions yesterday. I told him “not that much”, because if I didn’t stick to my declaration of intent, it’s not something I’d feel terribly bad about. Writing that quick post yesterday made me feel a bit better, and announcing I would write today increased the probability I’d actually do it today. Making clear plans and public accountability aren’t binding, but they can help tip the scales.

So, I set my timer and I didn’t dive into my open tabs before starting to write. I’m less all over the place today, but it doesn’t mean any of the underlying issues are dealt with. Oscar is still dying. I’m still unhappy about having to set aside so much of what I’d like to do. The one-year mark of my accident is behind me, and though I’m still confident about making a full recovery, that confidence is fragile and easily shaken, particularly when there are setbacks. I am starting to be afraid of “crashing” again like I did at Christmas.

I’ve lost other cats before Oscar, but in my post-accident world, there is no known territory anymore. I don’t know what it will do to me – because my brain is still very much in the process of recovering. I’m working 50% again but have set aside pretty much all my non-work activities and projects, and I’m exhausted. So, I’m on edge emotionally, and not dealing well with the usual/inevitable stuff life in our day and age throws at me, particularly the stuff that has to do with broken systems, bureaucracy, and people being a pain in the neck. I am stuck in between a rock and a hard place: either deal with it or let it go, and both are costly, and I don’t have spoons to spare these days.

On the sunny side, when I’m feeling kind of OK, I have to face the frustration of prioritising rest, when I have a pile of blog post ideas (I even have a couple of proper drafts that need finishing up), want to make progress with the migration of the diabetic cat community to Discourse (and write about it), finish setting up Claude so it’s properly usable for the half-dozen “top of mind” projects I want to work on with it, continue tidying/organising my flat, have a social life, go to judo, singing rehearsals, skiing and hiking, whatever, the stuff I used to do and took for granted before my accident. It sucks.

I have a ton of links to share, but no good system to do it in the way I want. I keep throwing them into the socials, which is better than nothing, but I’d like to collect them here or at least some place I control, and I have a path/plan to do that (thanks Claude) – but it’s going to take time and effort to do.

So here’s a small dump. The timer is going off.

That’ll be it for today. Grey’s Anatomy is waiting. I’m going to try and blog a bit more frequently (with timer) just to dump stuff out of my brain. Probability increased, certainty unavailable.

Bonus picture: the puzzle I was very tempted to continue working on tonight instead of writing.

  • ✇Climb to the Stars
  • I’ll Write Tomorrow [en]
    [en] I set a timer for 30 minutes, with the intent of churning out a quick blog post. I’m all over the place, I have stuff to dump. I’m struggling, but my head is still out of the water, thankfully. Well, I figured I’d close some tabs before writing, because I have windows full of tabs that are going nowhere. Close the tabs, decide to keep some (didn’t read), a few text messages, and here we go, the timer will ring in a few minutes and I want to watch my episode of Grey’s Anatomy (the deal: nee
     

I’ll Write Tomorrow [en]

26 mars 2026 à 16:23
[en]

I set a timer for 30 minutes, with the intent of churning out a quick blog post. I’m all over the place, I have stuff to dump. I’m struggling, but my head is still out of the water, thankfully. Well, I figured I’d close some tabs before writing, because I have windows full of tabs that are going nowhere. Close the tabs, decide to keep some (didn’t read), a few text messages, and here we go, the timer will ring in a few minutes and I want to watch my episode of Grey’s Anatomy (the deal: needs to be done by 10pm, so I had better get cracking on it).

Each day brings more stuff I want to do or write about than I can fit in that day. It’s kind of depressing.

  • ✇Made Not Found (by danah boyd)
  • Pre-Order "Data Are Made, Not Found"!
    There's something uniquely demoralizing about editing and editing and editing a book manuscript. The words all start to blur together and you start thinking that every sentence is crap, no one will ever want to read this, why bother completing the book. I was definitely in this state. And then... my publisher sent me the book cover and I squealed for joy at just how lovely it is. And it gave me hope. Check out this beauty! And yes... that's a wobbly Jenga tower comprised of pieces made from cens
     

Pre-Order "Data Are Made, Not Found"!

23 mars 2026 à 09:47
Pre-Order "Data Are Made, Not Found"!

There's something uniquely demoralizing about editing and editing and editing a book manuscript. The words all start to blur together and you start thinking that every sentence is crap, no one will ever want to read this, why bother completing the book. I was definitely in this state. And then... my publisher sent me the book cover and I squealed for joy at just how lovely it is. And it gave me hope. Check out this beauty!

And yes... that's a wobbly Jenga tower comprised of pieces made from census documentation cuz one of the core arguments in the book is that we're living in a world of "Jenga Politics" where different actors are pulling out pieces of our administrative infrastructure and putting pressure on top. Civil servants are exhausted, but they're trying to keep the tower from falling.

And now that I've seen the beautiful cover, I can't wait for you to read this book! And to come celebrate with me! I am starting to build a book tour so hopefully I will come to a city near you. But, in the meantime, here are some of the fun things I get to share:

  • My book won the J. Anthony Lukas Work-in-Progress Prize! Thank you to the kind people at Columbia Journalism School and the Nieman Foundation for Journalism at Harvard University for giving me wind beneath my wings!
  • Pre-Order the book! And if you order it from the University of Chicago Press website, you can save 30% by using the code UCPNEW. But feel free to order from your local bookstore or wherever else you want!
  • DC folks: Save the Date (9/25)! I am ecstatic that Politics & Prose is hosting me at their Wharf venue on September 25 at 7PM (the day after the book goes on sale!). I hope lots of folks will come out to celebrate! There will be books available! And a signing!
  • Virtual Folks: On the eve of the book launch (9/23), Dan Bouk and I will discuss the book in a virtual event hosted by Data & Society. More info on that will come shortly, but make sure to sign up to the D&S newsletter!

  • ✇Assemblées populaires rimouskoises
  • 1ère Assemblée – Se redonner du pouvoir pour protéger nos milieux naturels urbains
    Première Assemblée populaire rimouskoise Se redonner du pouvoir pour protéger nos milieux naturels urbains. Agissons dès maintenant! Cette première assemblée des Assemblées Populaires Rimouskoises est organisée en collaboration avec : Nous sommes préoccupé.e.s par… L’accélération des changements climatiques et le déclin rapide de la biodiversité? La destruction de boisés et de milieux humides en secteurs urbains et péri-urbains? Le manque d’éco
     

1ère Assemblée – Se redonner du pouvoir pour protéger nos milieux naturels urbains

19 octobre 2024 à 17:32

✨Première Assemblée populaire rimouskoise ✨

Se redonner du pouvoir pour protéger nos milieux naturels urbains. Agissons dès maintenant!

Cette première assemblée des Assemblées Populaires Rimouskoises est organisée en collaboration avec :

🤔 Nous sommes préoccupé.e.s par…

  • L’accélération des changements climatiques et le déclin rapide de la biodiversité?
  • La destruction de boisés et de milieux humides en secteurs urbains et péri-urbains?
  • Le manque d’écoute et le manque d’action des décideur·euses quant aux besoins d’une transition socio-écologique et de logements sociaux?
  • L’urgence d’agir pour mettre en œuvre des initiatives populaires?

➡ Nous reprenons ensemble notre pouvoir collectif !

Le déroulement de l’assemblée était divisé en 5 étapes :

  1. Identification des 🌿 milieux naturels menacés en sous-groupes puis mise en commun pour un portrait global.
  2. Invitation à réfléchir aux obstacles 🚧 vécus par rapport à la protection des milieux naturels et échanges (par visio) pour trouver des pistes de solutions 🤓 avec le Mouvement d’action régional en environnement (MARE).
  3. 💭 💬 🗯 Brassage d’idées en sous-groupes pour trouver des actions à mettre en place puis mise en commun et échanges (par visio) avec Jonathan Durand Folco, auteur du livre À nous la ville! Traité de municipalisme.
  4. Discussions en tables affinitaires selon les pistes d’actions identifiées 🤝
  5. Mise en commun des pistes d’actions retenues, et suites à donner pour la prochaine assemblée

Tous ces temps d’échanges ont permis de faire émerger des idées, de faire parler l’intelligence collective et l’imaginaire, sans se mettre de barrière. Puisqu’ensemble on voit mieux, nous avons discuté de solutions pour mieux protéger les milieux naturels, et de façons de reprendre du pouvoir populaire !

Première Assemblée populaire rimouskoise (1er décembre 2024)

Tableau de synthèse

Cliquez sur l’image pour l’agrandir:

  • ✇Assemblées populaires rimouskoises
  • 2ème édition – Agissons ensemble!
    La première assemblée avait fait ressortir une multitude de pistes d’action pour protéger les milieux naturels. Lors de cette deuxième assemblée, on s’est regroupé pour les mettre en œuvre! DÉROULEMENT Bloc 1 – État des lieux et rappel des stratégies identifiées à la première assemblée avec une présentation de mobilisations collectives qui ont porté fruit ! Bloc 2 – Ateliers en sous-groupes thématiques pour peaufiner les stratégies et établir un plan pour les mettre en action
     

2ème édition – Agissons ensemble!

15 janvier 2025 à 17:12

La première assemblée avait fait ressortir une multitude de pistes d’action pour protéger les milieux naturels. Lors de cette deuxième assemblée, on s’est regroupé pour les mettre en œuvre!

⏭ DÉROULEMENT ⏮

Bloc 1 – État des lieux et rappel des stratégies identifiées à la première assemblée

  • avec une présentation de mobilisations collectives qui ont porté fruit !

Bloc 2 – Ateliers en sous-groupes thématiques pour peaufiner les stratégies et établir un plan pour les mettre en action

  • avec outils de planification et d’organisation à s’approprier !

Bloc 3 – Mise en commun et choix du thème de la prochaine assemblée

  • pour maintenir le lien entre nos actions et favoriser la diversité des tactiques!

Tableau de synthèse

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  • ✇Assemblées populaires rimouskoises
  • 3ème Assemblée – Élargir le champ des possibles
    Un moment d’échange libre pour rêver, discuter et s’organiser afin de prendre soin du vivant collectivement, dans une ambiance conviviale et horizontale. Dans la continuité des deux premières assemblées, nous nous sommes rassemblé.e.s pour faire le point sur les initiatives lancées en février, échanger sur nos avancées et surtout ouvrir de nouvelles pistes de mobilisation autour des enjeux sociaux et environnementaux qui nous touchent collectivement. Tableau de synt
     

3ème Assemblée – Élargir le champ des possibles

11 avril 2025 à 16:41

Un moment d’échange libre pour rêver, discuter et s’organiser afin de prendre soin du vivant collectivement, dans une ambiance conviviale et horizontale.

Dans la continuité des deux premières assemblées, nous nous sommes rassemblé.e.s pour faire le point sur les initiatives lancées en février, échanger sur nos avancées et surtout ouvrir de nouvelles pistes de mobilisation autour des enjeux sociaux et environnementaux qui nous touchent collectivement.

3ème assemblée populaire rimouskoise (vue générale)

Tableau de synthèse

Cliquez sur l’image pour l’agrandir:

  • ✇Climb to the Stars
  • Il y a un an, l’accident [en]
    [en] Le 17 mars 2025, il y a un an jour pour jour, je passais la première nuit de mes vacances de ski tant attendues à l’hôpital de Rennaz. J’étais arrivée au chalet vers midi, plus tard que ce que j’avais voulu, j’avais posé bagages et Oscar et pris mes skis pour aller skier un peu avant de rentrer m’installer correctement. Il y avait peu de monde, neige de printemps mais bien dans ma zone de confort, j’ai skié quelques heures et mis le cap sur le chalet “avant d’être trop fatiguée”.
     

Il y a un an, l’accident [en]

17 mars 2026 à 16:43
[en]

Le 17 mars 2025, il y a un an jour pour jour, je passais la première nuit de mes vacances de ski tant attendues à l’hôpital de Rennaz.

J’étais arrivée au chalet vers midi, plus tard que ce que j’avais voulu, j’avais posé bagages et Oscar et pris mes skis pour aller skier un peu avant de rentrer m’installer correctement. Il y avait peu de monde, neige de printemps mais bien dans ma zone de confort, j’ai skié quelques heures et mis le cap sur le chalet “avant d’être trop fatiguée”.

Puis patatras, vers le début du schuss du Lac Noir, déséquilibrée par un tas de neige que je n’ai visiblement pas réussi à absorber, je suis tombée. Epaule gauche plantée dans la piste (tête aussi probablement), skis perdus, et tourneboulé en bas du talus direction le lac.

Je suis revenue à moi dans le brouillard et la douleur, bien désorientée. Je suis debout, dans la neige, hors piste. Il y a des sapins. Mes skis, mes skis? Il y en a un sous moi. Je regarde autour, la piste semble bien loin, là haut, mais il y a mon deuxième ski. Ouf, ça aurait été vraiment bête de perdre un ski dans la haute neige le premier jour de vacances. J’ai quand même rudement mal à l’épaule. J’ouvre ma veste, j’y glisse mon avant-bras, façon Napoléon. J’ai perdu mon gant droit, d’ailleurs, et j’ai très mal au pouce en plus d’avoir froid à la main.

Où suis-je? Je regarde autour de moi. Je ne sais pas. Il y a un départ de télésiège plus bas, avec un employé des remontées mécaniques qui me fait des signes, d’ailleurs. Ah, ça y est, je reconnais. Je suis en bas du Lac Noir. Quelque part entre la piste et le lac. Mon ski est sur la piste, mon gant est en bas vers le lac, je vais d’abord chercher le gant, ou d’abord le ski? Je retourne le signe au gars du télésiège, je fais pouce levé pour dire que tout va bien, je montre quand même mon épaule parce que là je me dis, mine de rien, ça fait vraiment vraiment mal, et je risque d’avoir de la peine à rentrer à skis.

Je regarde à nouveau la piste, en haut, je vois un secouriste avec la luge orange, je me dis que c’est peut-être pas une mauvaise idée, au final, puis– plus rien, parce que c’est le trou noir qu’il y a quand on perd connaissance.

Pas long, m’a-t-on dit, une dizaine de secondes. Le secouriste est très gentil, dans mon souvenir. Il m’appelle par mon nom. Je réponds. Vérifie si je sais que je suis moi. Je sais. Il me demande si je sais où on est. Oui, je sais aussi, parce que j’ai eu le temps de reconnaître les sapins, le lac, le télésiège, la piste! Je skie là depuis bientôt 50 ans mine de rien, donc je connais les lieux. “En bas de la piste du Lac Noir!”

Dernier test: la date?

Je peux vous assurer que c’est très, très désagréable, ce moment où on se rend compte qu’on ne sait pas la date. Ni la date, ni même l’année. Rien ne vient. Le flip. Mais bon, je ne me laisse pas démonter. Je sais quand je suis née, je sais qu’on est en hiver, j’essaie de me souvenir si j’ai déjà fêté mes cinquante ans, ce qui m’aidera à trouver une année. Je ne sais plus quelle réponse j’ai donnée, mais c’était pas ça, et j’ai été très perturbée d’apprendre qu’on était en 2025.

Je raccourcis la suite, parce qu’il commence à être tard, et qu’une année après accident, c’est ça: je voulais raconter l’histoire en vidéo, faire un chouette article, mais j’étais trop crevée, pas en état.

On m’a descendue en moto-neige et ambulance à Rennaz. J’ai répété de nombreuses fois aux secouristes qu’il fallait que j’aille au chalet faire l’injection d’Oscar. J’étais en boucle, en fait, je répétais les mêmes choses encore et encore, ça a commencé à se calmer dans la soirée. J’ai quand même réussi à appeler mes voisins de chalet depuis l’ambulance (je devais passer les voir en rentrant du ski, ils sont allés voir comment allait Oscar, du coup), et lancer un coup de fil à mon père. Je me souviens avoir eu froid sur la moto-neige, avoir ôté mes chaussures de ski dans l’ambulance. A l’hôpital, je prends la photo ci-dessus et la poste sur Facebook, je commence à réaliser que je vais avoir besoin d’aide. Je lance un appel dans ma communauté WhatsApp.

Mes amis répondent présent, les uns et les autres, le jour même ou dans les semaines et mois à venir, et c’est précieux, et je leur en suis infiniment reconnaissante, à toutes et à tous.

La suite sera pour une autre fois. Les gags à l’hôpital, le retour épique à la maison, la douleur, l’épaule à opérer ou non, la logistique administrative de l’accidentée vivant seule et qui n’arrive même pas à se doucher, la solidarité des tups à congeler et des copines venues improviser dans la cuisine avec mes réserves, l’échec de reprise de travail, se débattre pour obtenir une bonne prise en charge, comme au fil des longs, longs mois de convalescence, ce qui me semblait le plus dramatique au départ (l’épaule) finit par n’être qu’un petit détail face aux conséquences de la commotion – et c’est pas fini.

Peu après l’accident, je ne sais plus quand – à l’hôpital déjà, ou de retour chez moi? – je me suis demandé si cet accident allait être un de ceux qui donnent à la vie un avant et un après. Ce n’était pas du tout clair, à ce moment-là. Trois semaines d’arrêt de travail direct, ça me semblait bien long. J’étais inquiète pour mon épaule, pas pour mon cerveau. La réponse à cette question est très claire, aujourd’hui.

Un an. Juste là, les mots me manquent pour en dire plus.

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  • Oscar: planifier la fin [en]
    [en] Comment on fait, quand le déclin est lent, progressif, irrémédiable? Comment on fait pour dire: “la semaine passé ça allait, mais maintenant ça ne va plus”? Ou le mois passé, ou hier, et aujourd’hui? Ce sont des questions qui m’ont poursuivie concernant Quintus, et maintenant Oscar, de façon toutefois assez différente. Autre chat, autres maladies, et aussi autre contexte de vie pour moi. Oscar est vieux, très vieux, probablement. On ne connaît pas son âge vu que c’est un “chat trouvé
     

Oscar: planifier la fin [en]

14 mars 2026 à 07:49
[en]

Comment on fait, quand le déclin est lent, progressif, irrémédiable? Comment on fait pour dire: “la semaine passé ça allait, mais maintenant ça ne va plus”? Ou le mois passé, ou hier, et aujourd’hui?

Ce sont des questions qui m’ont poursuivie concernant Quintus, et maintenant Oscar, de façon toutefois assez différente. Autre chat, autres maladies, et aussi autre contexte de vie pour moi.

Oscar est vieux, très vieux, probablement. On ne connaît pas son âge vu que c’est un “chat trouvé”. On peut juste deviner. Il cumule les pathologies, chacune gérée du mieux qu’on peut. Mais parfois, même le mieux qu’on peut ne suffit pas.

Alors aujourd’hui j’en suis là: j’ai eu une longue discussion avec sa vétérinaire pour planifier sa fin de vie. Faire des directives anticipées. Pour les différents scénarios d’évolution de sa maladie, décider ce qu’on fait, ce qu’on fait pas. Si A, alors B. Planifier la mort.

Aimer un vieil animal malade, en être responsable, c’est lourd. C’est lourd pour ce qui est des contraintes logistiques. C’est lourd émotionnellement. Et c’est lourd aussi cognitivement, j’en ai une conscience particulièrement aigüe. Tenter de faire au mieux pour cet être vivant dont on tient la vie entre les mains, c’est se poser au quotidien un milliard de questions. Et beaucoup de ces questions appartiennent à “l’arbre des questions sans réponse”.

Souffre-t-il? Sa qualité de vie est-elle encore acceptable? A-t-on raté quelque chose? Faudrait-il faire plus, faire moins? Ai-je déjà trop attendu? Est-il temps? Est-il trop tôt? Comment est-il aujourd’hui par rapport à il y a une semaine, il y a un mois? Est-ce un mauvais jour ou bien le début de la dégringolade? A quand remonte la dernière fois qu’il a fait ceci ou cela? A-t-il encore assez de positif dans sa vie? A quelle vitesse respire-t-il? Est-ce un ronron ou est-il encombré? Que veut-il? Comment puis-je améliorer son confort? Est-ce que tel soin ou traitement a un sens ou est-ce que l’acharnement pointe le bout de son nez?

A cela s’ajoute évidemment la charge mentale de l’organisation logistique: les rendez-vous de vétérinaire, sécuriser ou adapter son espace de vie, les médicaments et le matériel – gestion des stocks, horaires, les préparer et les donner, les remplacements en cas d’absence, la surveillance des sorties et de la descente des escaliers, et la surveillance tout court – qu’est-ce qu’il fait, mange-t-il, est-il allé à la caisse, est-ce que ses habitudes changent…

A la simple peur de perdre un être aimé vient se greffer, plus particulièrement cette fois au vu de mes circonstances, l’inquiétude concernant ce que ça va me faire. Je suis encore en réparation. J’ai enchainé les deuils ces dernières années. Une part non-négligeable de ma routine quotidienne et de l’aménagement de mon espace de vie est consacrée à Oscar. Evidemment, j’ai une vie à moi aussi. Mais injections et médicaments deux fois par jour depuis des années (4 fois par jour maintenant), escaliers pour monter sur les canapés et le lit, tiroirs remplis de médicaments, de nourriture et de gamelles, dodos stratégiquement placés avec alèses glissées dessous pour limiter les dégâts en cas de nouvelle crise convulsive, litière et cages de transport, donner à manger et faire la caisse, et aussi les habitudes de vieux couples chat-humain, vers telle heure on descend, comment il s’installe au creux de mon bras chaque soir pour la nuit, est-ce qu’on joue aujourd’hui…?

C’est dur de sentir la transformation du lien quand le soin finit par occuper presque toute la place.

Et puis, quelque part tapi au fond de cette énorme jungle d’anxiété et de stress, il y a encore autre chose: le souhait presque inavouable, honteux, déchirant, d’être enfin soulagée de tout ça. D’être libre. Pas pour lui, mais pour moi.

Les gens pensent bien faire en disant “tu sauras quand c’est le moment”. C’est une idée confortable, mais c’est un mythe. Les émotions contradictoires, les bons jours et les mauvais jours, la difficulté d’évaluer la souffrance, la subjectivité intervenant dans la définition d’une “qualité de vie suffisamment bonne” et les challenges pour l’évaluer, tout ça fait que c’est compliqué, et qu’il vaut la peine d’avoir des critères objectifs et d’y réfléchir. Heureux ceux qui voient avec clarté – mais ce n’est de loin pas le cas de tout le monde. En véhiculant ce genre de message bien intentionné, rajoute une grosse louche de culpabilité à la tambouille émotionnelle dans laquelle on se débat, puisqu’on sous-entend qu’il serait normal de “savoir”. Si on ne “sait” pas, alors, qu’est-ce que ça veut dire? Qu’on est défectueux? Qu’on n’aime pas son animal? Qu’on n’est pas assez à l’écoute, pas assez en lien, pas assez en contact avec ses émotions? Et de grâce, épargnez-nous la “communication animale” (j’en ai d’ailleurs bien plus à dire à ce sujet, mais ce n’est pas le moment maintenant).

Donc, c’est dur. C’est dur parce que je ne sais pas – et c’est normal que ce soit compliqué. Suivant les jours, suivant les heures, suivant mon moral, je me dis “non mais ça va” ou alors “ça ne va plus” et même, la boule au ventre, “est-ce qu’en fait ça fait longtemps que ça ne va plus et je refuse de voir?”

Je suis très douée pour m’accrocher à l’espoir, mais ça ne rend pas toujours service. Ici, ça ne me rend pas service. Oscar va mourir, bientôt, qu’aujourd’hui soit un bon jour ou pas, que la semaine prochaine ressemble à celle-ci ou non. Il a certainement une lésion cérébrale, tumeur probablement. Il s’est mis à faire des crises convulsives en novembre, et il est sous traitement depuis janvier. On a dû augmenter le traitement il y a quelques semaines. Le traitement a des effets secondaires qui ont une conséquence négative sur sa qualité de vie. Des anti-épileptiques chez un vieux chat qui était déjà “sur le fil”, ce n’est pas un détail.

Qu’est-ce qu’une bonne qualité de vie? Qu’est-ce qu’une qualité de vie acceptable? Elle est où la limite? Pour un vieux chat, pour un jeune chat? Plus le déclin est progressif, plus c’est difficile. Parce qu’on s’habitue, aussi. Insensiblement, on court le risque de glisser, d’accepter aujourd’hui ce qu’on n’aurait pas accepté il y a trois ans.

Pour ma part, j’ai un certain nombre de critères clairs. Des “non-négociables”. En plus de la question de la gestion de la douleur et des symptômes, Oscar doit pouvoir:

  • utiliser sa litière de façon autonome (et être continent)
  • manger en suffisance de façon autonome (pour contrôler sa courbe de poids)
  • monter et descendre du lit, des canapés, de façon autonome
  • accepter ses traitements “de bonne grâce”
  • “vouloir” des choses: descendre, râper sur Juju, sortir, faire dodo ici plutôt que là…

Ça c’est des critères assez clairs et objectifs. Là où ça pèche un peu, c’est pour des choses moins faciles à évaluer objectivement, justement:

  • combien a-t-il mal? est-il suffisamment confortable?
  • quel est l’impact psychologique de ses difficultés de mobilité?
  • est-ce qu’il reste suffisamment “d’intérêt” dans sa vie? est-ce de la vie ou de la survie?
  • à quelle fréquence renonce-t-il à se lever ou à se déplacer parce que c’est laborieux pour lui?
  • ces derniers temps, il lui est arrivé de tomber du lit en essayant de se lever, ou de rater une marche sur ses petits escaliers pour accéder au canapé, d’avoir des difficultés à rester stable en mangeant ou dans la caisse: combien est “acceptable”? comment le vit-il?
  • il lui arrive de protester quand je le porte, douleur ou contrariété/frustration?
    • il ne fait presque plus sa toilette (depuis longtemps), j’arrive de moins en moins à le brosser, combien est-ce que ça réduit son confort?
    • et aussi, plusieurs de ses traitement on un effet/des effets secondaires qui ne sont pas constants au fil du temps, et donc il y a des fluctuations au fil de la journée et de la semaine qui viennent de ça, donc comment faire le tri?
    • il y a des tas de choses qui ne vont plus, mais il en veut encore et semble encore trop présent et vivant pour imaginer qu’il est au bout… mais est-ce que ça veut dire quelque chose, en vouloir encore, ou est-ce juste l’instinct de survie, un truc qui tire en avant aveuglément, malgré la souffrance?

Je pourrais continuer comme ça longtemps. Ça fait des semaines, des mois que je m’y entraine.

Mais d’ici quelques jours ou semaines, quelques mois tout au plus, il va mourir. La question c’est quand, et comment on va arriver jusque là. Donc j’ai pris rendez-vous pour discuter avec sa vétérinaire. Pour avoir un plan, et lever le pied sur les questionnements incessants au jour le jour. Plus encore qu’avec Quintus, ici c’est vraiment un “choix”.

Voici le plan, dans l’ordre:

  1. on n’augmentera pas la dose de levetiracetam (son anti-épileptique), même s’il refait une crise; l’impact sur sa mobilité à la dose actuelle est déjà trop important
  2. s’il n’y a pas de crise d’ici deux semaines, on fera le point côté “qualité de vie”, car les effets secondaires sur la mobilité diminuent normalement avec le temps; si on en est toujours au même point, on envisagera une très petite réduction de dose, sachant qu’il y a des chances que cela précipite une crise
  3. s’il refait une crise, on évaluera si elle est “pire” que celles qu’il a eues jusqu’à maintenant; si elle est pire, on arrête
  4. si la crise est “pas pire”, on verra quand est la suivante; si l’intervalle est trop proche, on arrête (et évidemment aussi si l’intensité augmente).

Il n’y a pas de sortie de secours. Les crises vont revenir. Elles vont s’intensifier. Elles vont se rapprocher. C’est une évolution inéluctable. Je sens que d’avoir posé ce cadre m’aide à sortir de la “pièce des réflexions” et à ouvrir la porte de la “pièce des émotions”. C’est le bordel là-dedans, je sais pas par où commencer. J’ai tellement envie d’un break avec la mort. Mais c’est pas pour maintenant.

Photo: Oscar qui observe les oiseaux dehors, avant-hier.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Le Québec sur la voie de l’autoritarisme
    Pour la majorité de la classe politique québécoise, les droits individuels semblent devenus un obstacle à contourner ou à supprimer. C’est ce que laisse croire la réaction des chefs des partis politiques québécois à la décision de la Cour suprême concernant l’accès des demandeurs d’asile aux services de garde. De manière de plus en plus décomplexée, les élus condamnent les contre-pouvoirs au nom de la démocratie. Se jugeant les seuls représentants légitimes du peuple, les politiciens considèr
     

Le Québec sur la voie de l’autoritarisme

10 mars 2026 à 06:50

Pour la majorité de la classe politique québécoise, les droits individuels semblent devenus un obstacle à contourner ou à supprimer. C’est ce que laisse croire la réaction des chefs des partis politiques québécois à la décision de la Cour suprême concernant l’accès des demandeurs d’asile aux services de garde.

De manière de plus en plus décomplexée, les élus condamnent les contre-pouvoirs au nom de la démocratie. Se jugeant les seuls représentants légitimes du peuple, les politiciens considèrent que nul ne devrait pouvoir contester leurs décisions.

Paul St-Pierre Plamondon reproche à la Cour suprême « d’empiéter sur le droit des Parlements, comme l’Assemblée nationale, de prendre leur décision sur une base démocratique ». La Cour suprême est ici seule visée, mais rappelons qu’elle n’a fait que confirmer les jugements de la Cour supérieure du Québec et de la Cour d’appel du Québec. Bernard Drainville, Christine Fréchette et Charles Milliard n’attaquent pas les tribunaux de manière aussi frontale, mais ils ouvrent tous trois la porte à l’utilisation de la clause dérogatoire. Nous ferions bien de commencer à nous inquiéter de ce nouvel automatisme. Il n’est pas normal que nos politiciens considèrent le respect des droits fondamentaux comme facultatif.

La CAQ et le PQ ont manifesté leur penchant pour l’autoritarisme en 2019, lorsqu’ils ont amendé à majorité simple la Charte québécoise des droits et libertés afin d’éviter qu’elle puisse être utilisée pour contester la loi 21. Adoptée à l’unanimité en 1975, la Charte québécoise avait toujours été amendée à l’unanimité. Toujours pour ajouter des droits, jamais pour en retirer.

Dès son arrivée en 2018, la CAQ s’est attaquée aux contre-pouvoirs. Réforme de la Régie de l’énergie pour laisser le champ libre à Hydro-Québec et au gouvernement en matière d’électricité. Abolition du Conseil de gestion du Fonds vert pour en faire un fonds discrétionnaire. Abolition des commissions scolaires. Gouvernance par décrets pendant la pandémie. Lois antisyndicales. Puis, finalement, la « constitution québécoise ».

Les constitutions existent pour limiter les pouvoirs des gouvernements. Le projet de constitution de Simon Jolin-Barrette a ceci de particulier qu’elle vise plutôt à protéger le gouvernement contre les recours citoyens. Faire en sorte que contester les lois du gouvernement soit plus difficilement accessible, voire impossible.

Du côté du Parti québécois, plusieurs déclarations témoignent du mépris pour les contre-pouvoirs juridiques. En colère contre une décision de la Cour d’appel du Québec concernant le redécoupage de la carte électorale, Paul St-Pierre Plamondon dénonçait un recul de la démocratie le 2 décembre 2025: « Parce que la démocratie, c’est l’expression de la volonté populaire à travers des élus qui vont vers le peuple et qui disent : Nous, on pense ça. Ensuite, exercez votre droit de vote. » Le député Pascal Paradis tenait le même discours le 10 février 2026. Les députés étant « l’expression de la démocratie, élus par la volonté du peuple québécois », les juges ne doivent pas avoir le dernier mot.

Encore hier, Plamondon se plaignait des juges qui « souhaitent de plus en plus décidér à la place des parlements, en ne considérant absolument pas les aspects financiers, économiques et sociaux des politiques publiques qu’ils imposent. » Il est pourtant normal que les juges ne tiennent pas compte des « aspects financiers, économiques et sociaux ». Les droits fondamentaux doivent être respectés en toutes circonstances. Pas uniquement lorsque le gouvernement affiche des surplus ou lorsque les sondages sont d’accord.

La démocratie ne se limite pas à choisir les gens à qui on accorde les pleins pouvoirs pour quatre ans. D’abord parce que rien ne contraint nos élus à respecter leurs engagements. Ensuite parce qu’un parlement disposant d’un pouvoir sans limite n’est pas une démocratie, mais un despotisme électif. Avoir la possibilité de choisir un tyran ne fait pas un régime démocratique. Une démocratie comporte forcément des contre-pouvoirs. Il n’existe pas au Canada de séparation entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Si on refuse en plus le pouvoir judiciaire, la population se retrouve complètement impuissante face à son gouvernement.

Quand Paul St-Pierre Plamondon nous dit que la décision de la Cour suprême « est un argument de plus pour l’indépendance », il nous dit qu’il veut créer un pays où le gouvernement pourra à loisir brimer les droits fondamentaux sans être rappelé à l’ordre par un contre-pouvoir. Les caquistes, les libéraux et les conservateurs veulent rester au Canada, mais ne veulent pas en suivre les règles. Les droits fondamentaux sont désormais considérés comme un luxe qu’on peut décider de brimer au besoin si on considère que ça aide à boucler le budget ou à engranger des votes.

Et non, ce n’est pas une défense du Canada. Pierre Poilievre serait enchanté de pouvoir harnacher la Cour suprême. Il l’a déclaré franchement. Mark Carney est moins catégorique, mais son bilan législatif jusqu’ici ne témoigne pas d’un grand intérêt pour les contre-pouvoirs. Sa loi sur les projets spéciaux ouvre grand la porte aux abus du gouvernement. En fait, la tentation autoritaire est observable dans la plupart des pays occidentaux.

Encore une fois, il n’est pas question ici de la légitimité de la Cour suprême du Canada. La question est de savoir si une instance peut invalider une loi lorsque celle-ci brime les droits fondamentaux. Si la réponse est non, cela signifie qu’il n’existe plus de limite au pouvoir des gouvernements. Nous devrions tous nous en inquiéter.

Et qu’on ne me parle pas de l’illégitimité de la Charte canadienne. La discrimination fondée sur le statut migratoire ou la condition sociale est interdite par la Charte québécoise des droits et libertés. Et faut-il rappeler que la Charte québécoise a été adoptée AVANT la Charte canadienne? Et adoptée à l’unanimité. C’était à l’époque où le Parti libéral du Québec et le Parti québécois s’intéressaient encore aux libertés individuelles.

Nous avons toutes les raisons de nous inquiéter de la dérive autoritaire vers laquelle tendent quatre des cinq principaux partis. Personne n’a intérêt à voir se construire un État tout puissant contre lequel ne peut plus nous protéger aucun contre-pouvoir. Aujourd’hui, les victimes sont des demandeurs d’asile. Demain, ce seront des syndiqués à qui le gouvernement veut empêcher de faire la grève, des municipalités qui veulent protéger leur territoire, des citoyens à qui on interdit d’émettre certaines opinions publiquement…

Ce ne sont pas les demandeurs d’asile, ni les immigrants de manière générale qui nous menacent présentement. Ce sont les politiciens qui les pointent du doigt pour nous faire oublier leur propre responsabilité et celle du système économique qu’ils défendent.

Limiter les pouvoirs du gouvernement nous semble peut-être inutile lorsque celui-ci prend des décisions qui nous conviennent. Souvenons-nous qu’un gouvernement n’est pas éternel et que le prochain, que nous apprécierons peut-être moins, sera autant libre d’ignorer nos droits.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Demandeurs d’asile et citoyenneté fiscale
    La Cour suprême du Canada a statué que les gouvernements ne peuvent pas discriminer les demandeurs d’asile dans l’accès aux garderies. Une décision inacceptable, jugent la CAQ, le Parti québécois et le Parti conservateur du Québec. Bernard Drainville, Paul St-Pierre Plamondon et Éric Duhaime semblent unanimes: les droits se méritent en fonction du lieu de naissance et de la quantité d’impôts payés. Commençons par rappeler que les demandeurs d’asile paient de l’impôt sur leur revenu au mêm
     

Demandeurs d’asile et citoyenneté fiscale

9 mars 2026 à 07:01

La Cour suprême du Canada a statué que les gouvernements ne peuvent pas discriminer les demandeurs d’asile dans l’accès aux garderies. Une décision inacceptable, jugent la CAQ, le Parti québécois et le Parti conservateur du Québec. Bernard Drainville, Paul St-Pierre Plamondon et Éric Duhaime semblent unanimes: les droits se méritent en fonction du lieu de naissance et de la quantité d’impôts payés.

Commençons par rappeler que les demandeurs d’asile paient de l’impôt sur leur revenu au même titre que tout autre travailleur en sol québécois. Soulignons ensuite que l’accès à un service de garde est souvent la porte vers le marché du travail. En priver une personne prête à travailler ne fait que la condamner à la dépendance, voire à l’itinérance. Finalement, s’il faut blâmer quelqu’un pour les places manquantes, il vaudrait mieux se tourner vers les gouvernements de la CAQ et du Parti libéral du Québec que vers les demandeurs d’asile. Ce ne sont pas les demandeurs d’asile qui font que les programmes d’Éducation à la petite enfance dans les cégeps accueillent chaque année moins d’étudiantes.

Mais revenons à cette fixation sur les impôts. Pour Éric Duhaime, ce n’est pas surprenant. Depuis toujours, il défend cette idée voulant que la citoyenneté se mesure à la contribution fiscale. Avant de se lancer en politique, il proposait que le droit de vote soit proportionnel au montant d’impôts payés, question de retirer le droit de vote aux assistés sociaux et de donner le contrôle de la société aux millionnaires. L’idée d’une citoyenneté fiscale n’est donc pas nouvelle dans son cas. Il est plus surprenant que le PQ et la CAQ adhèrent au même concept.

Paul St-Pierre Plamondon trace clairement une ligne entre les personnes nées au Québec et les personnes nées ailleurs : « Ce n’est donc pas de la discrimination, mais une différenciation légitime fondée sur le principe que les milliards de personnes (???) dans le monde qui auraient intérêt à immigrer au Québec pour améliorer leur qualité de vie ne peuvent avoir le même statut et le même droit à bénéficier des services publics que les citoyens québécois qui paient leurs impôts ici depuis le début de leur vie professionnelle. »

Arrêtons-nous ici sur « le début de leur vie professionnelle ». Il ne s’agit pas seulement de réserver certains droits aux citoyens payeurs d’impôts, mais à ceux qui en paient depuis longtemps. Et le fait de ne pas faire débuter ce privilège à un nombre d’années, mais au « début de leur vie professionnelle » montre clairement où se trace la ligne : le fait d’être né au Québec.

Bernard Drainville suit simplement le discours caquiste voulant que tous nos problèmes ne soient pas causés par la gestion catastrophique de son gouvernement, mais par le nombre d’immigrants. Et lui aussi trace cette ligne basée sur la quantité d’impôts payés : « Ces mêmes Québécois qui paient des taxes et des impôts depuis toujours et qui n’ont même pas un accès prioritaire aux services. » Discours particulièrement hypocrite de la part du ministre d’un gouvernement qui a contribué à rendre les services inaccessibles pour une grande partie de la population.

Lorsque Plamondon et Drainville parlent des gens qui paient des impôts au Québec « depuis toujours » ou « depuis le début de leur vie professionnelle », ils ne tracent plus la ligne entre citoyens et non-citoyens ou entre payeurs d’impôts et non-payeurs d’impôts, mais entre gens nés ici et gens nés ailleurs. On comprend qu’un citoyen québécois né au Québec, qui commence à travailler à 20 ans, ne se ferait pas dire à 21 ans qu’il ne paie pas d’impôt depuis assez longtemps pour bénéficier des services de l’État.

Christine Fréchette ne va pas aussi loin que les trois autres, mais elle aussi propose de recourir à la clause dérogatoire pour contourner la décision de la Cour suprême. Comme ses confrères, elle fait porter le blâme au gouvernement fédéral: « Les Québécois n’ont pas à payer pour le laxisme de l’ancien gouvernement Trudeau. » C’est un faux argument. Si nous avons des comptes à régler avec Ottawa, réglons-les avec Ottawa. Les demandeurs d’asile ne sont pas les jouets de notre grand frère qu’on peut casser pour se venger. Ce sont des êtres humains.

Charles Milliard est plus prudent. Il explique, avec raison, que la solution est de créer des places en garderie et d’exiger du gouvernement fédéral qu’il assume sa part des coûts. Il se dit tout de même prêt à utiliser la clause dérogatoire « s’il y avait des enjeux d’importances pour les familles québécoises ». On comprend que le nouveau chef du PLQ ne tient pas à désavouer l’ancien gouvernement Couillard, qui a été le premier à imposer cette loi discriminatoire à l’endroit des demandeurs d’asile.

Assistons-nous à la naissance d’une nouvelle hiérarchie? De la constitution d’une société de castes? Au sommet, les natifs québécois qui paient des impôts. À l’échelon inférieur, les natifs retraités, étudiants, inaptes au travail, parents à temps plein… Tout en bas de l’échelle, les gens nés ailleurs, qui paient des impôts, mais qui ne peuvent pas prétendre aux mêmes services que ceux qui paient les paient « depuis toujours ». Qu’un tel discours puisse être tenu publiquement sans être remis en question devrait nous inquiéter.

Il n’est pas question ici de la légitimité de la Cour suprême du Canada. La Cour supérieure du Québec et la Cour d’appel du Québec étaient arrivées au même jugement que la Cour suprême. Et qu’on ne me parle pas de l’illégitimité de la Charte canadienne. La discrimination fondée sur le statut migratoire ou la condition sociale est interdite par la Charte québécoise des droits et libertés. Et faut-il rappeler que la Charte québécoise a été adoptée AVANT la Charte canadienne? Et adoptée à l’unanimité. C’était à l’époque où le Parti libéral du Québec et le Parti québécois s’intéressaient encore aux droits individuels.

Ce ne sont pas les demandeurs d’asile, ni les immigrants de manière générale qui nous menacent présentement. Ce sont les politiciens qui les pointent du doigt pour nous faire oublier leur propre responsabilité et celle du système économique qu’ils défendent.

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  • Pourquoi il est impossible de gagner contre Mathieu Bock-Côté
    L’automne dernier, j’ai déploré que Mathieu Bock-Côté soit reçu sur le plateau de Tout le monde en parle en n’ayant personne face à lui pour lui donner la réplique. Les admirateurs du polémiste, qui se sont délectés de voir leur idole clouer le bec à l’animateur humoriste Jean-Sébastien Girard, ont cru y voir le triomphe d’un grand intellectuel. Mon mur a été pris d’assaut par une horde de MBCiles venus me dire que je suis jaloux et que je n’aurais jamais tenu le coup face à leur gourou. Ils ont
     

Pourquoi il est impossible de gagner contre Mathieu Bock-Côté

4 mars 2026 à 14:44

L’automne dernier, j’ai déploré que Mathieu Bock-Côté soit reçu sur le plateau de Tout le monde en parle en n’ayant personne face à lui pour lui donner la réplique. Les admirateurs du polémiste, qui se sont délectés de voir leur idole clouer le bec à l’animateur humoriste Jean-Sébastien Girard, ont cru y voir le triomphe d’un grand intellectuel. Mon mur a été pris d’assaut par une horde de MBCiles venus me dire que je suis jaloux et que je n’aurais jamais tenu le coup face à leur gourou. Ils ont probablement raison. En lisant le dernier livre de Bock-Côté, « Les Deux Occidents », j’ai compris pourquoi il était impossible de gagner un débat contre celui que la droite québécoise persiste à considérer comme un grand intellectuel.

Lorsqu’il est temps d’abandonner un débat stérile avec un interlocuteur de mauvaise foi, on dit souvent qu’il est inutile de jouer aux échecs avec un pigeon. L’oiseau se contenterait de renverser les pièces, de couvrir le plateau de ses fientes, puis de se pavaner comme s’il avait gagné. MBC a une stratégie plus subtile. Il déplace cinq de ses pièces avant que son adversaire ait eu le temps d’en déplacer une seule. Il joue si vite qu’on ne se rend même pas compte que quatre de ses cinq coups ne respectent pas les règles. Il déclare « Échec et mat » à un moment complètement aléatoire de la partie. Malgré tout, son public s’extasie. « Wow, quel excellent joueur! »

Mathieu Bock-Côté, Les Deux Occidents: de la contre-révolution trumpiste à la dérive néosoviétique de l’Europe occidentale, Presses de la Cité, 2025.

Je résumerais ainsi la stratégie de l’essayiste:
1. Ne jamais fournir un détail qui n’appuie pas la thèse qu’il veut transmettre et se fier sur l’imaginaire du lecteur pour remplir les cases vides.
Exemple : « Inversement, on l’a vu à l’été 2025, une campagne publicitaire mettant en avant une belle jeune femme blanche, Sydney Sweeney, sera assimilée par la gauche woke à une campagne de propagande au service de la suprématie blanche. » (p. 21)
Bock-Côté n’élabore pas du tout sur cette controverse. Il se garde bien de rappeler qu’au centre de la critique se trouvait le jeu de mots entre « jeans » et « genes ». Pour le lecteur qui n’a pas été témoin de la polémique ou l’a oubliée, la phrase donne l’impression que la « gauche woke » était en colère simplement parce que la vedette de la publicité était une « belle jeune femme blanche ».

Autre exemple : « Dans le même esprit, en Italie, Matteo Salvini s’est retrouvé devant les tribunaux en 2019 pour avoir appliqué son programme de refoulement des migrants – on l’a accusé alors de « séquestration » de personnes, cette accusation permettant de comprendre comment le régime interprétait ceux qui s’éloignaient de ses diktats idéologiques. » (p. 46-47) Séquestration? Une curieuse expression pour décrire le fait de refouler des immigrants à la frontière. La formulation donne l’impression que les tribunaux ont simplement invalidé une diminution des seuils migratoires et présenté le tout d’une manière dramatique.

Dans les faits, le procès de Salvini concernait sa décision d’empêcher 147 personnes, incluant des enfants, de débarquer à Malte après avoir été sauvés d’un naufrage dans les eaux territoriales libyennes. Les migrants en question sont restés coincés 19 jours sur le bateau de sauvetage. Au moment où la cour a ordonné au gouvernement d’accueillir les migrants, certains naufragés étaient désespérés au point de sauter à l’eau pour tenter de rejoindre la côte à la nage. Évidemment, blâmer les tribunaux pour avoir forcé un pays à accueillir des migrants est plus facile que de les blâmer pour avoir forcé un gouvernement à sauver de la faim et de la maladie des enfants qui n’avaient aucun moyen de repartir. Voilà comment on transforme une décision humanitaire en abus de pouvoir de la tyrannie woke.

2. Présenter des affirmations vagues afin d’empêcher toute contre-vérification
Quels sont ces « médias complaisants, même militants » qui nous présentent des « émeutes raciales à grande échelle » comme des « manifestations pacifiques »? D’abord, de quels événements est-il question? Et qui sont ces gens qui considèrent que la transidentité est le « nouveau symbole de l’émancipation »? (p. 22) On n’a pas besoin de préciser ou d’élaborer. L’important est que le lecteur croit que ces événements ont eu lieu et que des personnes importantes défendent ces théories farfelues.

Un livre que vous n’avez pas lu, écrit par des auteurs que vous ne connaissez pas, a été qualifié de transphobe. Ridicule, n’est-ce pas? Des personnalités politiques que vous ne connaissez pas ont été classées à l’extrême droite. Ne trouvez-vous pas ça absurde? La gauche va beaucoup trop loin.

Il est facile de porter de tels jugements quand on mise sur l’ignorance des lecteurs et qu’on ne leur donne aucun renseignement pour leur permettre de se faire leur propre opinion. Combien prendront la peine de s’informer eux-mêmes? Même si le lecteur souhaite s’informer, comment contre-vérifier de vagues affirmations qui font référence à des personnes et à des événements sans les nommer directement?

3. Mentir carrément.
L’auteur s’en donne à coeur joie. Je vais donner un seul exemple et vous comprendrez vite pourquoi je m’y limite.

En 2024-2025, le gouvernement britannique a devancé la libération de 38 000 prisonniers afin d’alléger la surpopulation carcérale, qui provoquait un nombre jamais vu de morts dans les prisons en raison des suicides et des mauvaises conditions sanitaires. La libération conditionnelle pouvait désormais être demandée après avoir purgé 40% de la peine plutôt que 50%. Décision contestable, mais qui s’explique.
Deux précisions importantes:
1) Environ 16 000 des prisonniers libérés purgeaient une peine de moins d’un an.
2) Les auteurs de crimes violents n’étaient pas admissibles à cette mesure.
2024-2025, c’est également la période où plusieurs hommes, dont l’humoriste Graham Linehan, ont été arrêtés pour propos haineux et incitations à la violence en ligne. Entre autres, deux hommes ont été arrêtés pour avoir encouragé à mettre le feu aux hôtels accueillant les réfugiés. Linehan a quant à lui invité ses abonnées sur X à agresser les femmes trans si elles en croisaient dans les toilettes.

Voici comment Bock-Côté établit un lien entre les arrestations pour incitation à la haine et la libération des prisonniers: « Le régime s’est alors permis non seulement de sanctionner les responsables de ces actes violents, mais aussi, mais surtout, ceux qui s’étaient permis des messages hostiles à l’immigration sur les réseaux sociaux et qui l’avaient exprimé trop vertement. Le gouvernement Starmer, au Royaume-Uni, a poussé cette logique jusqu’au bout à l’été 2024 en libérant de manière anticipée des criminels de droit commun pour faire de la place en prison pour les nouveaux délinquants numériques. Il est jugé plus important d’assurer les droits des déliquants que la sécurité de ceux qui subissent non seulement leur présence mais leurs actions. » On soulignera ici l’euphémisme outrancier. Inviter à mettre le feu à des hôtels accueillant des réfugiés est présenté comme une hostilité à l’immigration « exprimée trop vertement ».

On retrouve plusieurs niveaux de mensonge ici:

  • La décision de libérer les prisonniers était envisagée avant les émeutes racistes, mais Bock-Côté laisse entendre que la décision est directement motivée par les émeutes.
  • Bock-Côté ne mentionne pas la violence des propos qui ont conduit aux arrestations, laissant croire qu’il s’agit de simples critiques des politiques migratoires.
  • Il ne mentionne pas non plus que les auteurs de crimes violents n’étaient pas admissibles aux libérations. C’est doublement mensonger puisqu’il laisse entendre que les libérations anticipées représentaient un risque pour la sécurité de la population. Autrement dit, le gouvernement britannique libérait des criminels dangereux pour enfermer à leur place des prisonniers politiques.

En guise de « référence », Bock-Côté cite un article de Clément Marna dans le Journal du Dimanche, journal connu pour être un véhicule d’idées réactionnaires. L’ironie, c’est que même si l’auteur de l’article présente à tort la décision de libérer les prisonniers comme une décision motivée par la volonté d’emprisonner les participants des émeutes, il ne dit pas un mot sur les « délinquants numériques ». Il s’agit d’un ajout (ou d’une invention) de Bock-Côté.

J’ai mis une trentaine de minutes à contre-vérifier ce mensonge de Bock-Côté. Mais des affirmations gratuites et erronées comme celle-là, il y en a des dizaines. Imaginez le temps requis pour éplucher intégralement un seul volume de Bock-Côté et séparer le vrai du faux. Maintenant, pensez-vous que le lecteur moyen va se donner la peine de faire ce travail de moine? Bien sûr que non. Dans ce cas précis, le lecteur moyen lira que le gouvernement britannique a libéré des criminels dangereux pour enfermer des gens coupables d’avoir émis une opinion politique « dissidente », se dira que ça n’a pas de sens et poursuivra sa lecture. Et bien sûr, on dira que quiconque n’est pas d’accord est endoctriné ou un agent du régime. Voilà comment on radicalise.

Et voilà pourquoi il est impossible de gagner un débat contre Mathieu Bock-Côté. Il vous balancera une pluie de faits et d’anecdotes, certains vrais, certains partiellement vrais et d’autres complètement faux. Dans un débat en personne, vous n’aurez pas le loisir d’aller vérifier si ce qu’il affirme est fondé. Même dans le cas d’un livre, vérifier chaque fait est un mandat impossible. Il le sait et il en profite.

Bock-Côté n’est peut-être pas trumpiste, mais il adhère entièrement à sa doctrine des faits alternatifs. Un mensonge devient vérité si on trouve suffisamment de gens prêts à y croire. Et en 2026, des gens prêts à croire que l’immigration, l’islam et la transidentité sont responsables de tous nos maux, ce n’est pas ce qui manque. Alors quand un homme nous le dit avec de grands mots et de grandes phrases, on se dit « Quel brillant intellectuel! »

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  • La charge mentale du funambule [en]
    [en] Aujourd’hui j’ai compris que je devais laisser tomber ce jeu d’équilibriste qui consiste à essayer d’en faire autant que possible mais pas trop. On parle de baisser la barre, et j’ai beau l’avoir baissée tellement de fois que sa position initiale semble sur une autre galaxie, je me heurte encore et encore à la réalité qu’elle est trop haute. Je n’ai jamais eu l’impression de mettre la barre haute. Pour moi, mettre la barre haut, c’est vouloir faire bien, c’est être exigeant. Je ne me v
     

La charge mentale du funambule [en]

3 mars 2026 à 17:09
[en]

Aujourd’hui j’ai compris que je devais laisser tomber ce jeu d’équilibriste qui consiste à essayer d’en faire autant que possible mais pas trop. On parle de baisser la barre, et j’ai beau l’avoir baissée tellement de fois que sa position initiale semble sur une autre galaxie, je me heurte encore et encore à la réalité qu’elle est trop haute.

Je n’ai jamais eu l’impression de mettre la barre haute. Pour moi, mettre la barre haut, c’est vouloir faire bien, c’est être exigeant. Je ne me vois pas comme ça. Je choisis délibérément de mettre la barre quelque part autour de “juste assez bien”, “attentes modestes”, “y aller mollo”. Mais ça, c’est l’histoire que je me raconte. Même avec cette histoire, elle est bien haut, ma barre.

Essayer de régler la barre à la hauteur juste prend de l’énergie. C’est du travail. Me demander si c’est raisonnable de prévoir ceci, ou cela. Essayer d’évaluer si je suis assez en forme pour x ou y, ou si je ferais mieux d’annuler. Tenter de deviner si ça va le faire ou pas, pour ce projet posé il y a longtemps dans le calendrier, mais qui se rapproche, dans quelques semaines, dans quelques mois. Prévoir un plan B, un plan C. Peser l’agenda, revoir sans cesse les priorités et les plannings pour les ajuster à la réalité du moment. Et au final, me heurter quand même aux conséquences d’en avoir trop fait, d’avoir présumé de mes forces, d’avoir trop voulu, trop vite, trop tôt, pas assez de repos. La fatigue, le cerveau qui câle, la tête qui fait mal, la frustration et la déception, le moral qui finit par se casser la figure.

Alors j’ai compris que c’était le moment d’arrêter de faire le funambule. Arrêter de me dire que je vais faire ce x ou ce y, et que je verrai le moment venu si ça le fait ou si je dois renoncer, parce que c’est OK et bien de s’écouter et de dire “ouais, non, en fait là, j’arrive pas.” Oui c’est OK. Mais quand c’est le mode de fonctionnement de base du système, c’est s’exposer à l’échec encore et encore.

Il faut approcher les choses autrement. Partir du principe que le projet par défaut, c’est rien. Ôter tout ce qui traîne sur la table. N’y remettre que l’essentiel, pour avoir la place d’y travailler. M’épargner d’espérer que “la semaine prochaine ça va le faire”, pour juste être déçue, et en ayant grillé du carburant cérébrale dans l’exercice délicat d’évaluation et d’équilibrisme. Plutôt que de renoncer aux vacances une fois l’hôtel réservé et les bagages chargés dans la voiture, mieux vaut ne pas les organiser. Si on est trop fatigué et qu’il vaut mieux rester à la maison, autant avoir évité de se fatiguer en amont dans l’organisation et la préparation.

Je me sens plus sereine, cette décision prise, même si elle est loin d’être facile et extrêmement frustrante. Mais ma charge mentale vient de s’alléger considérablement, et ça, mine de rien, c’est un élément important dans le bon déroulement d’une convalescence. C’est compliqué de permettre à un cerveau de récupérer quand il est le terrain permanent de soucis, d’inquiétudes, de scénarios, d’hypothèses, d’espoirs et de déceptions.

Priorités absolues: le repos; prendre soin de ma santé (au-delà de l’accident) et de celle de mes chats; la reprise du travail; un minimum de vie sociale. Pour ça, nettoyage par le vide. Il vaut mieux, à ce stade, avoir dit non à quelque chose et me retrouver le moment venu suffisamment en forme pour me dire que j’aurais pu accepter, que le contraire.

Objectif: trop en forme pour me reposer, plutôt que pas assez en forme pour faire. On peut plus facilement bâtir sur du vide que s’il faut commencer par démolir d’abord. La charge mentale économisée en bonus.

Ce que je fais là, c’est m’assurer suffisamment de marge. M’ôter la pression de vouloir faire. Réduire les attentes au minimum. Poser la barre par terre. Ce n’est pas trivial. Il y a des deuils à faire. Mais je sens déjà que je respire mieux. Et je garde l’optimisme que dans le vide ainsi créé il y aura par moments des jolies choses qui n’auraient pas pu avoir lieu autrement.

Ça va le faire.

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  • All My Good Intentions [en]
    [en] Do you know the line? “All my good intentions don’t add up to very much…” It’s been coming and going in my mind since 1997, probably. There is a mismatch between intentions and actions. Always has been. Always will be. The world is too small for our intentions. They’re always struggling to get out there into reality, but there is not enough space, not enough time. It’s not just me. It’s me of course. It’s some of us more than others. But it’s everywhere. In our lives, in our companies,
     

All My Good Intentions [en]

2 mars 2026 à 10:42
[en]

Do you know the line? “All my good intentions don’t add up to very much…” It’s been coming and going in my mind since 1997, probably. There is a mismatch between intentions and actions. Always has been. Always will be.

The world is too small for our intentions. They’re always struggling to get out there into reality, but there is not enough space, not enough time. It’s not just me. It’s me of course. It’s some of us more than others. But it’s everywhere. In our lives, in our companies, our communities and societies. In our friendships and our governments.

It’s like inflation, in a way: if our wants and our intentions didn’t pull us onwards, beyond, further faster more, we would stagnate, or worse. We need this gap. It’s where action comes from, the desire for change and for better.

But when the gap becomes a chasm and intentions pile up in our heart right up to our throat faster than we can turn them into something real in the world, they start feeding off each other like hungry beasts and threaten to rip us open and smother our soul.

How do we set them free, all those good and worthy intentions that can’t find a place to bloom? Where can they go to find peace? I wish we had a way of letting them loose, all of us, and that I could sit on my balcony and watch them flutter across the sky like dancing clouds of coloured butterflies.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • La politique de la terre brûlée
    En septembre, lorsque François Legault a annoncé son remaniement ministériel et ses priorités pour sa dernière année au pouvoir, je prédisais que ce gouvernement allait pratiquer la politique de la terre brûlée. Sachant le combat pour la réélection perdue, la CAQ allait faire le maximum de dégats avant de partir. Le projet de loi 5, ou Loi visant à accélérer l’octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d’envergure nationale, le confirme. Le PL5 donne
     

La politique de la terre brûlée

2 mars 2026 à 07:01

En septembre, lorsque François Legault a annoncé son remaniement ministériel et ses priorités pour sa dernière année au pouvoir, je prédisais que ce gouvernement allait pratiquer la politique de la terre brûlée. Sachant le combat pour la réélection perdue, la CAQ allait faire le maximum de dégats avant de partir. Le projet de loi 5, ou Loi visant à accélérer l’octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d’envergure nationale, le confirme.

Le PL5 donne un extraordinaire pouvoir arbitraire au gouvernement, qui peut soustraire un projet de développement à la plupart des lois et règlements. Pour le moment, il est prévu que 32 lois et chartes puissent être ignorées. Le gouvernement se donne le droit d’en ajouter à volonté. Aucune contrainte sociale, économique ou environnementale ne pourra être opposée. Il suffit que le projet soit désigné comme étant « prioritaire et d’envergure nationale », qualificatif que la loi ne définit pas. En gros, la CAQ se donne des pouvoirs de monarque en décidant à qui les lois s’appliquent ou non.

Voici quelques lois que le gouvernement se donne le droit d’ignorer:

  • Loi sur l’acquisition de terres agricoles par des non-résidents (bonjour la Chine)
  • Loi sur la conservation du patrimoine naturel
  • Loi sur les espèces menacées ou vulnérables (comme disait Philippe Couillard, on ne sacrifiera pas des jobs pour les caribous)
  • Loi sur la qualité de l’environnement
  • Les chartes des Villes de Longueuil, Montréal et Québec
  • Loi concernant l’expropriation

J’attire votre attention sur cette dernière. La Loi concernant l’expropriation existe précisément pour protéger les citoyens contre les abus du gouvernement. La CAQ a déjà affaibli cette loi en 2023 en limitant les dédommagements à verser aux expropriés. Avec le PL5, le pouvoir d’expropriation du gouvernement du Québec n’aura plus de limite. Si votre maison se trouve sur le chemin du nouveau pipeline, le gouvernement pourra vous obliger à lui vendre votre propriété au prix qu’il considère juste.

Vous vous souvenez de la loi spéciale pour permettre à l’entreprise américaine Stablex d’enfouir des produits dangereux malgré l’opposition de la municipalité de Blainville? C’est le genre d’aberration qui pourrait se multiplier au cours des prochains mois avec le PL5. Le gouvernement n’aura plus la responsabilité de démontrer qu’il n’existe aucune alternative avant de piétiner la souveraineté des municipalités, de faire disparaître des espèces ou de permettre des constructions nocives pour la santé des populations environnantes.

Un oléoduc dans le Parc national de la Jacques-Cartier? Possible. Un puits de gaz de schiste sur des terres agricoles? Peut-être. Une mine de cuivre dans le Mont-Tremblant? Pourquoi pas? Une fonderie construite à proximité d’un quartier résidentiel? Ça existe déjà, mais on pourrait toujours en construire une deuxième.

« On se calme, le gouvernement ne ferait jamais ça! » Si le gouvernement n’en a pas l’intention, pourquoi s’en donne-t-il le pouvoir? Depuis 7 ans, la CAQ ne nous a pas donné de raison de lui accorder une confiance aveugle. Ce gouvernement en fin de vie nous demande de lui donner des allumettes et un bidon d’essence. Doit-on espérer que son bon jugement l’empêche de s’en servir?

Le gouvernement se donne le droit d’autoriser les travaux préalables à la réalisation des « projets prioritaires » avant même que leur impact soit évalué. L’entreprise norvégienne Marinvest Energy pourrait donc recevoir le feu vert pour son projet d’exploitation et d’exportation de gaz naturel liquéfié sans que nous ayons la moindre idée des dégâts potentiels.

L’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador s’y oppose. L’ordre des urbanistes du Québec s’inquiète. L’Union des producteurs agricoles s’inquiète. Pour diminuer l’inquiétude et l’opposition, la CAQ a refusé d’entendre la plupart des groupes voulant s’exprimer sur le sujet. Québec solidaire a demandé que Nature Québec et Équiterre soient entendus, sans succès.

Non seulement les contre-pouvoirs existants sont contournés, mais la loi ne prévoit aucun mécanisme de reddition de comptes. Encore une fois, il faudra se fier sur la bonne foi du gouvernement et des entreprises (ou sur la détermination des journalistes) pour suivre l’évolution des projets et leurs conséquences.

Si ça ne suffit pas pour nous inquiéter, le PL5 ouvre la porte à la corruption et au favoritisme. Puisqu’il n’y a pas de critères pour déterminer les projets qui seront acceptés, le gouvernement sera libre de donner le feu vert aux entreprises dont les lobbyistes entretiennent des bons rapports avec les ministres. C’est une aberration même d’un point de vue capitaliste. Le gouvernement pourra décider arbitrairement de favoriser une entreprise de préférence à une autre. Certains promoteurs bénéficieront d’un passe-droit tandis que d’autres devront passer par le processus habituel. Et les décideurs n’auront pas à justifier leurs décisions. Un nouveau Pierre Fitzgibbon pourrait accorder une autorisation spéciale en échange d’une partie de chasse au faisan et tout serait parfaitement légal.

Merci à Geneviève Paul, directrice générale du Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE), qui a répondu à mes questions sur ce projet de loi dangereux.

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  • Fed Up [en]
    [en] “I’m sick and tired of being sick and tired.” Yeah, that pretty much sums it up. I am not dealing with my Christmas relapse, or recovery setback, or whatever one calls it, very well. When you’re on a long recovery and finally feel like your head is starting to be above the water, life is starting to have a feel of normalcy, you’re back to work (part-time, and it’s tough, but still, beats 7 months completely off work) and you feel like the end of the tunnel is in sight, a few more months, a
     

Fed Up [en]

1 mars 2026 à 12:10
[en]

“I’m sick and tired of being sick and tired.” Yeah, that pretty much sums it up. I am not dealing with my Christmas relapse, or recovery setback, or whatever one calls it, very well. When you’re on a long recovery and finally feel like your head is starting to be above the water, life is starting to have a feel of normalcy, you’re back to work (part-time, and it’s tough, but still, beats 7 months completely off work) and you feel like the end of the tunnel is in sight, a few more months, all the efforts and frustration are paying off.

And then, a crappy sequence of events, some under my control, some not. Having to abandon my guests at the table on Christmas Eve. Reaching the end of my two-week vacation and thinking “there’s no way I can go back to work on Monday, I’m in worse shape than before my vacation”. OK, add another week. Reach the end of that one, and more crap (literal crap, threatening to engulf my coworking space) accumulates, so yeah, guess we had better add another week. And another. And another.

When does this stop?

In the end, I was off nearly two more months. I was able to crawl back to work three weeks ago, but of course, bad timing: I wasn’t expecting to be out of commission in February, I was expecting to be “nearly fine”. So I had days of training planned. A singing workshop. Cancel? Maintain? Use vacation days? Try to compromise? Never mind the details – the cycle of frustration continues. I can see I’m not yet back where I was at in October. I feel like I keep lowering the bar, and I keep hitting the wall that tells me it was still too high.

At some point after my accident, I told myself “OK, this will take 6 months to a year of my life. I’ll deal.” — now, in addition to being less well than I was 3 months ago, I have to face the fact it’s going to take longer than that. Longer than that to be back to work with my usual workload. And worse, I’m understanding that “back to normal work days” is not going to be the end of it – but the start of what comes next. Reconstruct the rest of my non-work life. Falls at judo? Not before I’m properly back to work, for example.

Right now I think I managed to get myself to judo once since my Christmas crash. I haven’t been back to my singing rehearsals. I’ve put most of my social life on hold. I keep saying “no, no, no” to myself.

Of course, I wouldn’t be painting a fair picture without mentioning everything I’m figuring out. I’m learning a lot. The importance of rest, the importance of sleep, the importance of going on a daily walk. The importance of not pushing myself, of saying no, of making cancellable plans, of leaving things on the back-burner. Yeah, I was doing that before. But this is a whole other coat of paint.

I’m bored, I’m frustrated. I miss my old life. Everybody is understanding, and I’m so grateful for that. Everyone gets it: health first, rest first, listen to your needs and limits, take it easy. But the problem is I don’t want to. I keep having to fight myself to not overdo it.

This afternoon I came home early from my singing workshop. Skipped the afternoon. I need to be able to work tomorrow. So I skipped the afternoon. Everybody was super supportive about my decision. Except for me, that is.

After a quick tour of the garden with Oscar (he’s still hanging in there, although he had two seizures this last week – we increased his meds) I did a bit of my jigsaw puzzle but it was quickly clear that even that was too much for my poor brain. So I flopped on the couch, wrote a bit in my journal, and lay down and closed my eyes, because I felt tired, brain a-buzzing.

And this is what I realised: needing to rest feels like punishment to me. It makes me miss out on the fun things of life. It feels like a failure in self-management. I overdid it again. And of course, as all this is in the “invisible illness” department, I get hit with a bout of imposter syndrome every now and again. Am I really that incapacitated? Am I maybe not as unwell as I think? Am I confusing tiredness with lack of motivation, a moral failure? That’s the story of my life regarding tiredness, by the way: I have spent decades (hi, undiagnosed ADHD) interpreting tiredness as lack of willpower or motivation. Pushing myself through it, because there’s no objective reason to be tired, right, so that can’t be it, it’s probably an excuse I’m giving myself because my mood is down or I just don’t want to face something that’s a bit uncomfortable.

The result is that today I really struggle to tell the difference between lack of motivation, where it can make sense to push oneself to get going (especially with ADHD) and tiredness, where it is absolutely not a good idea to push oneself (especially with post-concussion syndrome).

I’m fed up of having to manage all this. Fed up of crashing, fed up of making mistakes and forgetting things, fed up of brain bugs, fed up of not being able to do the things I enjoy, fed up of having to pay so much attention.

And all this, whilst being pretty much certain that I will make a full recovery. This is still what a typical recovery pattern for post-concussion syndrome looks like. The timeline is uncertain. But the destination is pretty well known. I feel extremely lucky that all this is expected to be temporary. That I will recover. That is not the case for people living with chronic illnesses or disabilities. It’s a different can of fish, but my experience this last year has clearly given me a greater understanding of what it is like to live with limitations that are “not expected” by the world around us. It sucks.

So, this is me being fed up with all this. I am out of patience. I am tired of the frustration. I’m sick of having to hold myself back. I want to fast-forward to when all this is done with.

I wish I were somebody who liked naps and idle time. Really. It would make things so much easier if when I felt tired, I could go “ooh lucky me, I’m allowed to take a nap!” — but unfortunately, my brand of hyperactivity pulls me clearly in the opposite direction. I want to do, do, do, and do more.

Taking care of myself is a difficult task. It is not easy. It actually takes a lot of energy. A lot of energy to not do. To stop. To be cautious. To say no – to myself, mostly. To watch the days and weeks and months go by and the pile of pots on the back-burner get larger and larger.

Here I need to insert something hopeful or optimistic or reassuring because I don’t want you to worry about me. I’m not going to stop doing everything I can to ensure my recovery goes as well as possible. I’m lucky to be in good medical hands. But I’m fed up. And right now, if you want to be supportive, I think that is what I most need recognised. How frustrating and discouraging it is that it’s taking so long, that I can still do so little, with March 17th just around the corner. This is not where I hoped I’d be.

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  • Un an de Juju [en]
    [en] Le 3 février 2025, je rentre du judo et je descends récupérer Oscar à l’eclau. Il aime rester installé sur la plate-forme devant la chatière condamnée: bonne vue sur le jardin, et effluves de l’extérieur. En arrivant, je suis surprise par un matou gris et blanc de l’autre côté de la vitre. Je le surprends aussi. Il a pas l’air commode: oreilles aplaties, balafré, bajoues de compét’ – et il souffle. “Toi, t’es pas castré, ça c’est sûr!” J’ai le réflexe de prendre une pho
     

Un an de Juju [en]

26 février 2026 à 13:48
[en]

Le 3 février 2025, je rentre du judo et je descends récupérer Oscar à l’eclau. Il aime rester installé sur la plate-forme devant la chatière condamnée: bonne vue sur le jardin, et effluves de l’extérieur.

En arrivant, je suis surprise par un matou gris et blanc de l’autre côté de la vitre. Je le surprends aussi. Il a pas l’air commode: oreilles aplaties, balafré, bajoues de compét’ – et il souffle. “Toi, t’es pas castré, ça c’est sûr!”

J’ai le réflexe de prendre une photo, je récupère Oscar, je laisse quelques croquettes de l’autre côté de la chatière et je braque la caméra de surveillance dessus. Le lendemain, je verrai qu’il a mangé les croquettes.

Les chats errants n’ont pas une belle vie, contrairement à ce que voudrait faire croire le mythe populaire de la liberté et de “la nature“. Les bonnes âmes qui mettent une gamelle dehors ont bonne conscience et sont tout attendries, mais la réalité est une vie de bagarres, de dangers, de kilomètres parcourus poussés par leurs hormones, un risque de maladies plus élevé et évidemment, pas de soins médicaux. Non, il n’y a pas de soins médicaux dans la nature, c’est vrai, et le résultat c’est de la souffrance, encore de la souffrance, des vies qui se terminent misérablement dans les buissons, oui, dans la souffrance.

Il y a quelques années, j’avais tenter d’attirer un des matous errants du quartier, les oreilles déformées par la gale, le pas boiteux vu son âge avançant, pour le castrer. J’ai échoué. Je ne sais pas ce qu’il est devenu. Sans doute mort dans un coin.

Donc quand j’ai vu Juju, j’ai passé à l’action. Quand j’ai vu qu’il revenait, j’ai lancé l’opération “rendez-vous croquettes sur le rebord de la fenêtre”.

J’ai vérifié s’il était pucé, j’ai mis des affiches dans le quartier, j’ai mis des annonces sur internet. J’ai vu que je pouvais le toucher, même s’il avait peur. Une voisine aussi. J’ai préparer le terrain pour qu’on puisse le castrer quand je l’attrapais – vétérinaire, WCs aménagés pour pouvoir l’y enfermer quelques heures le cas échéant. Quand tout était prêt, j’ai attendu que l’opportunité se présente.

Elle s’est présentée le mercredi 26 février 2025, vers midi et demie. Dire que ça s’est bien passé serait mentir. J’ai pu le saisir mais au moment de l’approcher de la cage de transport, il a commencé à se débattre comme un beau diable. Je ne sais pas combien de temps ça a duré, mais j’ai tenu bon et lui aussi. La fenêtre était ouverte, je savais que si je le lâchais, il y avait toutes les chances que l’opportunité ne se représente plus. Lui luttait pour sa vie. A un moment il a failli m’échapper et je l’ai rattrapé par une patte. Il m’a mordue. J’ai réussi à fermer la fenêtre avec le pied et je l’ai laissé filer dans l’espace coworking.

Par chance, il s’était planqué quelque part d’accessible et était plus paralysé de peur que bête sauvage. Après avoir pansé mes doigts, je l’ai attrapé et mis dans les WC. La suite a été moins aventureuse: un peu d’aide pour le choper avec une couverture et mettre le tout dans la grosse grosse cage de transport que j’avais achetée pour les trajets Lausanne-chalet avec Oscar, direction véto, récupération, convalescence, apprivoisement.

Direction véto.
Après le véto.

Je n’avais pas prévu de le garder. Mon projet était de le remettre dehors, avec abri et gamelle à puce (j’en avais profité pour le faire pucer). J’avais prévu de le relâcher. Une personne de l’immeuble était peut-être intéressée à tenter de l’adopter. On ferait les choses en douceur.

Mais vu comment s’était passée sa capture, je me suis dit qu’il valait mieux le garder quelques jours dedans avant de le laisser filer. Pas dit qu’il revienne, après avoir eu la peur de sa vie. En plus, c’était quand même mieux pour lui après l’intervention.

On me demande régulièrement pourquoi “Julius”. Avant sa capture, j’avais vaguement réfléchi à un nom temporaire pour lui. Oscar était mon premier chat à avoir un “nom d’humain”, et ça m’a un peu inspirée. Je voulais un nom qui colle pour un matou barreur et un peu patibulaire. Victor? Julius? Je n’y ai pas beaucoup pensé, je ne cherchais pas vraiment de nom, j’avais juste pris quelques secondes pour envisager des possibilités, puis je n’y ai plus repensé. En le récupérant chez le vétérinaire, l’assistante me demande “quel nom mettre sur le dossier”. Je suis prise de court, je me souviens de “Julius”, je me dis “bah, s’il est sympa on pourra dire Juju”. Autant vous dire que “Julius” est inusité, même ça reste son “vrai nom”.

Mon projet initial de le remettre dehors a été mis au rebut dès le premier soir. Juju était terré au fond de sa cage de transport, n’en était pas sorti. J’ai tenté une caresse. Sous ma main, j’ai vu se fermer ses yeux, sa posture se détendre, et sa tête se poser. J’ai gratté un peu sous le cou, et il a tendu le menton pour en profiter. Cet instant-là, j’ai décidé que je n’allais pas prendre le risque de le remettre dehors, et qu’il valait la peine de tenter de le resocialiser pour adoption. Surtout que j’avais quelqu’un sur les rangs. Je me suis dit qu’un chat qui se détendait sous les caresses d’une main inconnue après la journée qu’il avait eue, il avait du potentiel.

La tentative d’adoption n’a pas fonctionné. Juju est un nocturne — et aussi, ce que je n’avais pas réalisé à l’époque, il y avait certainement une minette en chaleur dehors, ce qui expliquait les bagarres terribles qui avaient déchiré nos nuits de février, et simplement, la présence de Juju, qui normalement ne venait pas par ici. Le jour, il restait planqué, craintif, prudent. La nuit, l’appel de l’extérieur et probablement des hormones l’amenait à miauler, miauler, miauler, miauler. De plus, après des années d’errance, il y avait quand même pas mal à reconstruire pour qu’il surmonte sa crainte de l’humain. C’est un gros investissement et mine de rien, ça nécessite des compétences en matière de comportement qui ne sont pas toujours simples à acquérir sur le tas.

Je l’ai récupéré, en bas dans ma salle de réunion, ou au moins, s’il passait la nuit à miauler, même si ce n’était pas rigolo pour lui, il n’empêchait personne de dormir.

Je ne prévoyais pas de le garder. J’avais Oscar, et j’avais décidé que tant qu’Oscar était là, je ne prendrais pas de deuxième chat. J’avais aussi décidé qu’après Oscar, je m’octroierais une “pause chat“, après avoir enchaîné des années de soins pour deux très vieux chats. J’ai donc commencé à réfléchir au profil de la maison d’accueil ou de l’adoptant qu’il lui faudrait. Et je suis arrivée à la conclusion, dans un contexte où choisir l’option la moins lourde pour moi était un critère important, que partir du principe que je gardais Juju serait paradoxalement beaucoup plus simple à gérer que de lui chercher un foyer à la hauteur de ses besoins.

Cette décision prise et sa garde organisée, je suis partie au chalet le 17 mars avec Oscar pour profiter de mes vacances tant attendues, les premières depuis bien trop longtemps… Mais ça, c’est une autre histoire 😅!

Juju s’est super bien bien adapté. C’est un chat super câlin, super tolérant, qui aime les caresses et les genoux. Il ronronne bien. Il est plutôt bonne pâte. Il me fait penser à Quintus, côté tempérament. Un peu plus craintif. Mais il apprend à faire confiance si on prend le temps de lui montrer qu’il n’a rien à craindre. Ses oreilles aplaties, c’est leur position naturelle. Elles doivent avoir été implantées bizarrement. Comme dit une copine “il est en mode avion”. Elle l’a aussi surnommé “le chavion”.

Il continue à courir le quartier chaque nuit, parfois jusqu’à Prilly Centre et même en-dessous, parfois juste autour du pâté d’immeubles. Son tracker m’a montré que son coeur de territoire n’était certainement pas ici, mais plus au sud. Avec le temps, il va moins par là-bas, et reste plus proche d’ici. Il n’aime pas les trajets en voiture, pas du tout. Il est plutôt chill avec les autres chats, pas dans le genre “je suis le roi” comme Oscar (qui le poursuit sans merci quand il en a l’occasion… Juju a appris qu’il suffisait de s’éloigner un peu vu la vitesse de déplacement de papy), mais si on vient le chercher dans son espace vital, il le défendra. J’ai déjà perdu le compte des abcès et mises sous antibios.

Seule ombre au tableau: il s’est bien enrobé. C’est un euphémisme. J’ai honte, vraiment. Comme dit sa véto “au moins vous êtes pas dans le déni, c’est déjà ça!” Comme je n’ai pas envie d’avoir un nouveau chat diabétique tout de suite (et aussi parce que le diabète n’est pas la seule menace qui pèse sur le chat obèse), on va prendre ça en main plus sérieusement. Il a déjà des croquettes Metabolic, mais cela ne semble pas tout à fait suffisant. Pour marquer le coup, ce matin je lui ai appris à monter sur la balance (merci les Churu).

Allez Juju: bon attrapiversaire!

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  • De Google Books à l’IA : l’histoire numérique repasse les plats.
    Contrairement à ce que pouvait écrire Céline, l’histoire, numérique en tout cas, repasse parfois les plats. A fortiori lorsque ceux-ci ont un goût amer. Au début des années 2005, j’ai suivi, chroniqué et établi l’un de mes terrains de terrain de recherche sur la manière dont le projet Google Books allait (et aujourd’hui, avait) définitivement modifié et remodelé à son avantage non seulement l’entièreté des « métiers du livre » (librairie, édition, bibliothèque), mais aussi initié et accompagné t
     

De Google Books à l’IA : l’histoire numérique repasse les plats.

25 février 2026 à 10:51

Contrairement à ce que pouvait écrire Céline, l’histoire, numérique en tout cas, repasse parfois les plats. A fortiori lorsque ceux-ci ont un goût amer. Au début des années 2005, j’ai suivi, chroniqué et établi l’un de mes terrains de terrain de recherche sur la manière dont le projet Google Books allait (et aujourd’hui, avait) définitivement modifié et remodelé à son avantage non seulement l’entièreté des « métiers du livre » (librairie, édition, bibliothèque), mais aussi initié et accompagné toutes les mutations ayant donné lieu à de nouveaux standards dans l’ensemble des industries culturelles. Vous trouverez trace de nombre de ces réflexions dans la rubrique éponyme de ce blog, ou bien dans cette version (qu’il faut que j’actualise) d’un cours que je donne sur le sujet à mes étudiantes et étudiants.

Je vous résume l’histoire en quelques mots.

Google débarque en 2005 avec un projet assez dingue de numérisation massive d’ouvrages du domaine public pris dans les bibliothèques avec leur accord, et en prenant tous les frais (colossaux) à sa charge. Au fur et à mesure on découvre qu’il n’a pas seulement numérisé des oeuvres libres de droits mais aussi des ouvrages sous droits et des oeuvres dites « orphelines » (oeuvres toujours sous droits mais commercialement épuisées et dont les ayants-droits ne se font pas connaître). Qu’il a fait tout cela en loucedé mais avec l’accord de certaines bibliothèques, accord couvert par des clauses de non-divulgation léonines. Et que toute sa stratégie était de venir concurrencer ses grands rivaux de l’époque (dont Amazon) en se positionnant rapidement sur la vente de livres numériques, mais aussi (et surtout) de prendre une colossale avance dans le domaine de l’IA en entraînant ses algorithmes sur ce que l’on ne nommait pas encore un « large modèle de langage » mais qui de fait, en était l’un des tous premiers et l’un des plus massifs. Après plein d’étapes et de rebondissements, de tentatives d’accord à l’amiable (et à grands coups de valises de billets), de coups fourrés y compris entre les plaignants où certains grands groupes éditoriaux firent cavalier seul pour négocier en direct avec Google, et après 10 ans de procès aux USA mais également en France, le verdict fut finalement rendu en faveur de Google au nom de l’argument du « Fair-Use », le juge américain considérant en effet que :

« Le but de la copie est hautement transformatif, l’affichage pour le public du texte est limité, et les passages ne fournissent pas un substitut aux œuvres originales protégées. La nature commerciale de Google et ses motivations lucratives ne permettent pas de rejeter l’argument du Fair Use. »

 

En 2010, lors de la sortie de l’excellent documentaire « Google and the world brain« , Amit Singhal (qui a rejoint Uber au début de l’année 2017) était interviewé en tant que grand chef de l’algorithmie chez Google et déclarait ceci : « Google Search is going to be assisted intelligence and not artificial intelligence.«  Une intelligence « assistée » par l’immensité d’un corpus construit dans la temporalité du procès. Alors que presque tous les regards étaient tournés vers l’exploitation d’un marché du livre numérique et les questions de droit d’auteur, la firme travaillait en réalité aussi et surtout sur l’optimisation de son immense corpus de textes dans l’optique du TALN (traitement automatique du langage naturel). L’invention de la technologie dite des « Transformers » en 2017 par huit chercheurs de Google dans l’article « Attention Is All You Need » allait métamorphoser ce corpus immense en l’un des tout premiers large modèle de langage et donner à Google un avantage concurrentiel colossal que l’on mesure aujourd’hui avec son modèle Gemini qui s’affirme comme l’un des plus puissants.

Et le rapport avec l’IA aujourd’hui?

Aujourd’hui (décembre 2024) des universités, les mêmes qui avaient initialement contractualisé avec Google pour le projet Google Books en 2005, Harvard en l’occurrence, mettent de la même manière gratuitement à disposition, non plus des corpus de livres papier pour qu’ils soient numérisés, mais des corpus de livres numérisés pour qu’ils puissent « entraîner des IA ». Quelques mois plus tard, en Mars 2025, Sam Altman (CEO d’Open AI) déclare que si sa boîte n’a pas le droit de s’entraîner comme elle le veut et sans rien demander à personne sur d’immenses corpus de textes (y compris protégés par le droit d’auteur), que si tout cela n’est pas reconnu comme du « Fair Use », alors la course à l’IA est terminée côté américain et que les Chinois et les Russes prendront la place (et gagneront la course). Quelques mois plus tard encore, en Septembre 2025, c’est la société Anthropic (dont nous reparlerons) qui, pour échapper à un procès initié par des auteurs sur le pillage et l’utilisation sans consentement de leurs oeuvres, sort le chéquier et débourse 1,5 milliard de dollars pour éviter l’action en justice. Pour vous donner un effet d’échelle, à l’époque du procès Google Books (démarré en 2005), la firme avait proposé aux plaignants (les auteurs et éditeurs) un dédommagement de 45 millions de dollars en échange de l’abandon de toute poursuite. Une somme qu’à l’époque tout le monde considérait comme « folle ». Nous étions alors en 2008. Moins de 20 ans plus tard, les 45 millions de dollars sont devenus 1,5 milliard. C’est bien plus que vertigineux.

Hier en plein procès Google Books la firme fixait aux auteurs et autrices un ultimatum pour retrouver et déclarer les oeuvres leur appartement et numérisées sans leur accord et soit réclamer leur retrait soit accepter un dédommagement et renoncer à poursuivre l’action en justice. On appelait ça le « règlement Google ».

Aujourd’hui en plein procès Anthropic on fait face à un scénario … rigoureusement identique au mot près.

Hier. A l’époque des débuts de la numérisation massive lancée par Google (2005 donc) et jusqu’à assez tard (2010 et au-delà) on trouvait fréquemment dans le moteur de recherche des ouvrages dont les informations de catalogage (date de parution notamment) étaient absolument fantaisistes et erronés. Comme la collecte de ces infos n’était pas faite par des gens (bibliothécaires) et de manière structurée mais par des algorithmes qui scannaient le texte et récupéraient ce qu’ils pouvaient, il était fréquent que Google Books vous indique que Notre Dame de Paris avait été écrit au 16ème siècle ou que Baudelaire était l’auteur du célèbre ouvrage « les fleurs et leurs parfums ». On y trouvait aussi, dans ces rayonnages numériques algorithmisés, tout un tas d’ouvrages pas du tout rangés au bon endroit, comme si un bibliothécaire fou ou rigolo avait décidé de ranger Le Château de Kafka au rayon moyen-âge, Les fleurs du mal au rayon horticulture, et Mein Kampf au rayon jeunesse (ce qui pour le coup n’est pas très rigolo j’en conviens). Et tout un tas d’autres erreurs qui pourraient prêter à rire s’il n’était pas question de forger des référents culturels stables.

Aujourd’hui. Et aujourd’hui dans les bibliothèques américaines des gens viennent chercher des livres qui n’existent pas. Qui n’existent pas parce que c’est ChatGPT ou l’un de ses copains qui a fabriqué de toute pièce ici un titre, ici une collection, ici un auteur, ici un mix des trois ne reposant sur rien d’autre de réel que le besoin de satisfaire le besoin de celui ou celle qui l’interrogeait. Dans le même genre et à l’instar des fausses dates de publication ou des fausses dates de naissance que le Google Books des années 2005-2015 attribuait parfois aux auteurs et autrices référencées, le Google de 2025 dopé à l’IA se met à citer des auteurs et des pages dont … l’IA de Google et l’auteur. Cela peut représenter (selon le type de requête) parfois plus de 10% des 100 premiers résultats organiques. Précisons que Google conteste les résultats de cette étude et présente des chiffres d’autres études qui situent plutôt cette proportion autour de 2 à 3,5%.

Google Books en 2005 ou Google Gemini en 2025, le problème n’est pas tant que la numérisation d’hier ou l’artificialisation d’aujourd’hui soient sources d’erreurs ; le problème tient dans le « statut » de ces erreurs, dans notre capacité à les identifier en tant que telles, et dans la possibilité effective qu’elles soient de nouveau traitées comme des informations fiables par des IA devenues autophages et plus souvent infra-visées que réellement supervisées.

La propriété (intellectuelle) c’est ce qui peut être volé. 

Je raconte souvent à mes étudiantes et étudiants la manière dont la bibliothèque d’Alexandrie s’est largement construite sur un mode confiscatoire. On récupérait toutes les oeuvres qui se trouvaient dans la cargaison des navires rentrant au port, si on en avait le temps, on en faisait une copie pour le musée et la bibliothèque d’Alexandrie puis on rendait tantôt l’original tantôt la copie, et si on n’avait pas temps, on gardait l’original. Tout cela parce qu’à l’époque déjà, en tout cas dans l’esprit de Ptolémée, la culture était une arme, et que faire collection c’était faire légion.

Rien de très étonnant donc à constater que de la même manière que Google Books vint littéralement piller des collections entières de livres ou d’articles de journaux pour alimenter et constituer son moteur de recherche aspirant à l’IA, ce sont aujourd’hui les IA contemporaines qui à leur tour viennent piller tout le savoir disponible sans le moindre égard pour le respect de la propriété intellectuelle.

Rien ou presque n’a changé depuis la bibliothèque d’Alexandrie : officiellement il s’agit d’en faire des « copies » pour hypothétiquement les rendre ensuite aux détenteurs des droits s’ils s’en aperçoivent et les réclament ; en réalité il s’agit de constituer un corpus confiscatoire sur lequel on appliquera des droits de propriété intellectuelle au seul bénéfice de la firme extractiviste qui l’a constitué par prédation. Concrètement ? Là encore l’histoire bégaie.Comme le révélait une enquête de The Atlantic, récemment reprise par Mediapart, « pour entraîner son modèle d’intelligence artificielle, la maison mère de Facebook a téléchargé illégalement, dès 2022, les ouvrages accumulés par le site pirate LibGen. Mediapart révèle l’implication centrale de Guillaume Lample, devenu l’un des patrons de Mistral AI, l’entreprise française phare de l’IA. » Le site pirate LibGen est loin d’avoir été le seul à être pillé. Et il faut rappeler que s’il est un site « pirate » c’est parce qu’historiquement 4 grands acteurs détiennent à eux seuls l’ensemble des revues scientifiques et y exercent un pouvoir de contrainte et de vérouillage tel, qu’il fallut le courage de gens comme Aaron Swartz ou Alexandra Elbakyan pour ramener, dans l’espace public et citoyen, des connaissances scientifiques produites sur fonds publics et qui à ce titre, appartiennent à toutes et tous et n’auraient jamais du en sortir au seul bénéfice d’éditeurs prédateurs jouant de leur monopole pour restreindre l’accès aux connaissances. En 2010 donc, Aaron Swartz téléchargea illégalement près de 5 millions d’articles scientifiques hébergés chez l’éditeur JSTOR pour les remettre dans l’espace public. Poursuivi par la justice et « pour l’exemple », il fit face à une amende de plus d’un million de dollars et à une peine de 35 ans de prison (sic). Face à un acharnement judiciaire sans précédent, il se suicida 3 ans plus tard.

Après Aaron Swartz qui le fit pour libérer l’accès au savoir, voici donc Guillaume Lample chez Meta puis chez Mistral AI qui vient cette fois piller et voler pour permettre à la firme qui l’emploie de dépasser rapidement la concurrence. Il vole, il pille, mais il ne le fait pas pour détruire un monopole, il le fait pour en créer un nouveau. Et il est malheureusement loin d’être le seul.

Mais aujourd’hui, l’état du droit a changé et ce sont des firmes à la trésorerie presqu’infinie que l’on poursuit plutôt que des individus isolés dont on cherche à faire un exemple. A l’époque où Aaron Swartz libéra ces 5 millions d’articles scientifiques, près de 70 GB de données, il fut poursuivi et menacé de 35 ans de prison et de plus d’un million de dollars d’amende. Aujourd’hui dans le procès « Kadrey VS Meta », du nom d’un auteur (Kadrey) s’opposant à l’utilisation sans consentement de ses oeuvres par la forme Meta pour alimenter son modèle d’IA, le juge n’a pas menacé Meta de 35 ans de prison et d’une amende à la hauteur de son chiffre d’affaire. Car entre Aaron Swartz et ce procès, il y eut un autre procès, celui qu’aux Etats-Unis la Guilde des Auteurs et l’association américaine des éditeurs intenta en 2005 à Google qui numérisait alors également à tout va et également sans consentement. Et le verdict de ce procès, en 2015, qui donna raison à Google considérant que les copies et usages produits à partir des oeuvres originales était « hautement transformatif » et donc conforme à la doctrine du Fair-Use en droit américain, y compris dans le cadre de la stratégie pourtant clairement commerciale de Google. Nous voici en 2025, dix ans après la fin de ce qui fut le plus grand procès de l’histoire des industries culturelles autour du droit d’auteur et de la numérisation, et dix ans plus tard, Meta (et Guillaume Lample) s’en tirent sans aucune condamnation, la justice estimant que là encore, la copie réalisée sur la base de ces plus de 80 GB de données de livres piratés, était « hautement transformative » (puisqu’elle permettait aux outils d’IA générative de recracher des textes … différents) et donc là encore conforme au Fair-Use en droit américain.

Les ennuis de Meta et de Zuckerberg ne sont pas pour autant terminés puisqu’il existe d’autres actions en justice initiées de la même manière, mais cette fois non plus sur des livres mais sur des films, plus précisément des films pour adultes. Un producteur de ces films accuse le groupe Meta d’en avoir téléchargé via Bittorrent pour alimenter les modèles de ses IA, le groupe Meta tente d’éviter d’aller au procès en arguant que des films ont certes été téléchargés sur les serveurs de la firme mais que c’était « pour des usages privés et personnels » (sic).

Les IA génératives s’attaquant à l’ensemble des industries culturelles (livre, film, musique, radio, télévision, jeux vidéo) ce sont autant de fronts ouverts en termes de batailles juridiques. Et là encore le passé jouera un rôle précieux d’analyse. Lorsqu’en Mars 2025 en France, le syndicat national de l’édition (SNE), la société des gens de lettres (SGDL), et le syndicat national des auteurs et compositeurs (SNAC) intentent un procès contre Méta au motif qu’ils y ont trouvé des oeuvres utilisées sans leur autorisation et permettant d’alimenter et d’entraîner les IA de la firme, c’est, à l’exception de la participation du SNAC, l’exacte redite du procès intenté par l’éditeur La Martinière en 2006 contre Google, qui fut ensuite rejoint par le SNE et la SGDL. Même procès, mêmes raisons d’aller en justice, mêmes acteurs et plaignants. Le résultat du procès de 2005 côté français fut que les auteurs et éditeurs renoncèrent aux poursuites contre Google, préférant des accords de gré à gré, et une avancée du droit dans les contrats d’éditions qui doivent aujourd’hui obligatoirement intégrer un volet sur l’exploitation numérique des oeuvres. Pendant qu’aux USA, le même procès (auteurs et éditeurs américains contre Google) se termina donc à l’entier bénéfice de Google, considérant que la copie produite était hautement transformative et s’inscrivant dans le cadre du Fair-Use. Un procès américain qui eut, en droit français sa traduction dans la directive pour l’exception « TDM (Text and Data Mining) » qui « autorise toute personne à procéder à des fouilles, quelle que soit la finalité, sous réserve que l’auteur n’ait pas exprimé son opposition de manière appropriée« , donnant ainsi aux firmes d’IA la possibilité d’accéder légalement à l’ensemble des oeuvres et documents disponibles quelque soit l’écosystème dans lequel elles sont hébergées et consultables, sauf si leurs auteurs et autrices s’y sont explicitement et « de manière appropriée » opposés. Autant vous dire que la plainte du SNE, de la SGDL et du SNAC est certes importante et courageuse mais qu’en l’état du droit, elle apparaît aussi totalement vaine. Mais il est vrai qu’indépendamment des intérêts des plaignants, certaines plaintes ont aussi pour vocation première de faire évoluer l’état du droit en multipliant les jurisprudences. Espérons qu’il en soit alors ainsi même si j’en doute profondément au moment où j’écris ces lignes.

Dans la série des procès qui se rejouent avec des similarités plus que troublantes à 15 ou 20 ans d’intervalle, après « l’AFP contre Google News » en 2005, voici aujourd’hui « les éditeurs de presse contre l’IA de Google« , une plainte venant en effet d’être déposée en Février 2026, à Bruxelles, par le European Publishers Council (EPC) sur la base du droit de la concurrence. Comme rappelé par Isabelle Szczepanski sur le site Electronlibre, « Les éditeurs dénoncent une captation de leurs contenus « sans autorisation, sans mécanismes de retrait effectifs et sans rémunération équitable », et alertent sur un risque structurel pour l’économie de la presse. Le conflit entre éditeurs européens et géants du numérique franchit un nouveau cap, du fait d’une urgence économique, puisque selon les dernières données, le trafic issu de Google vers les sites de presse a chuté d’un tiers à l’échelle mondiale entre novembre 2024 et novembre 2025. »

Prenez la plupart des titres de presse des années 2005 et ajoutez simplement IA devant les noms de grandes firmes technologiques, et vous aurez l’exact équivalent des titres de presse des années 2025 s’interrogeant sur le devenir de l’IA et son utilisation par ces firmes dans leur arsenal de services. En 2005 on se demandait sur Google News allait tuer le journalisme, en 2025 on s’interroge pour savoir si « L’IA de Google est-elle en train de tuer le journalisme ? » Vingt années on passé. Les prédateurs sont identiques. Les modes de prédation également. A croire que vingt années ne nous ont rien appris, ou si peu.

Autre exemple de procès cette fois centré sur une possible distorsion de concurrence autant que sur le respect du droit d’auteur, celui que la commission européenne a ouvert contre Google accusé de piller des contenus de créateurs sur Youtube pour alimenter son IA « Veo 3 ». Comme rappelé sur le site Presse-Citron :

« En ce qui concerne le moteur de recherche, la Commission européenne va examiner dans quelle mesure les aperçus IA de Google et les réponses de l’AI Mode reposent sur les contenus des éditeurs, “sans compensation appropriée et sans possibilité pour les éditeurs de refuser sans perdre l’accès à Google Search”, alors que le moteur de recherche est une source de trafic majeur pour ces éditeurs. En ce qui concerne YouTube, la Commission explique que “les créateurs de contenu qui publient des vidéos sur YouTube ont l’obligation d’autoriser Google à utiliser leurs données à différentes fins, notamment pour l’entraînement de modèles d’IA générative”, que ceux-ci ne sont pas rémunérés, et que Google interdit pourtant ses concurrents d’utiliser le contenu YouTube pour entraîner leurs modèles d’IA. »

 

Là encore et comme dans l’ensemble des procès que la firme a jusqu’ici déjà traversés, l’accusation d’abus de position dominante n’est pas une dérive, c’est une marque.

Alors certes au fur et à mesure que l’histoire avance et que les mêmes procès de rejouent avec pour l’essentiel les mêmes catégories d’acteurs, l’époque change, et la chaîne de valeur se modifie. Ce qui hier était l’intérêt premier de la presse dans un monde informationnel certes connecté mais non encore numériquement préempté, ce qui valait pour une économie des médias, vaut aujourd’hui pour un écosystème nouveau dans lequel la valeur d’une information n’est plus premièrement sa capacité à être certifiée comme vraie mais plutôt la garantie virale et circulatoire d’une information assemblée et produite industriellement.

Bibliothèques pirates et entreprises corsaires. 

J’ouvre une petite parenthèse. Dans l’histoire du web et des industries culturelles, et dès lors que son usage – celui du web – devînt massif, il a toujours existé des sites pirates (qui venaient historiquement compenser l’absence d’une offre légale) et des bibliothèques également pirates qui se constituaient principalement pour lutter contre des monopoles empêchant, entravant ou monnayant à l’excès et pour leur seul bénéfice la circulation des connaissances, notamment scientifiques. Parmi ces bibliothèques pirates on peut notamment citer LibGen, Z-Library (qui commença par être un site miroir de LibGen) mais aussi l’extraordinaire Sci-Hub fondé par la non moins extraordinaire Alexandra Elbakyan. On trouve aussi l’archive d’Anna qui est, pour faire simple, un moteur de recherche de bibliothèques clandestines, donnant accès l’une des plus grandes collections d’ouvrages numérisés du domaine public principalement.  Si ces bibliothèques pirates ont souvent mauvaise presse dans nos contrées, il ne faut jamais perdre de vue l’immensité du rôle scientifique et intellectuel qu’elles jouent dans des pays qui n’ont ni la chance ni les moyens d’être des démocraties garantissant l’accès aux savoirs et aux connaissances.

Et dans l’histoire des technologies numériques, donc pour faire simple dans le dernier quart de siècle que nous venons de traverser, il est tout à fait frappant et sidérant de voir comment ces bibliothèques pirates, après avoir été criminalisées par les monopoles qu’elles combattaient, sont aujourd’hui instrumentalisées par d’autres monopoles (souvent les mêmes) qui agissent en corsaires au bénéfice d’intérêts économiques et géo-politiques devenus majeurs dans la course à l’armement que représente le développement des outils dits d’intelligence artificielle. Voici par exemple Nvidia qui se trouve prise la main dans le pot de confiture, en train de négocier avec l’archive d’Anna pour accéder à des millions de livres numériques et combler son retard dans l’entraînement de ses modèles. Là encore, l’ombre et la mémoire de l’enfant d’internet sont tristement pesantes et présentes.

Panama (destructive) Papers.

Vous vous souvenez de l’affaire des Panama Papers ? Ok bah rien à voir 😉 Par contre je vais vous parler du Projet Panama de la société Anthropic. Que j’ai découvert dans la formidable enquête du Washington Post, reprise et résumée notamment par le site Actualitté. Avant cela je vais vous rappeler, qu’historiquement la numérisation a toujours eu comme un de ses principaux objectifs de protéger, via une copie numérique, des ouvrages anciens et fragiles tout en les offrant à la consultation d’un public bien plus large.

Le projet Panama consiste, lui, à s’adresser à des libraires, bouquinistes, et à des bibliothèques, je cite, « sous-financées », pour récupérer d’énormes volumes d’ouvrages, lesquels seraient ensuite désossés pour n’en récupérer que les feuillets qui seraient ensuite envoyés sur des bancs industriels de numérisation, numérisation permettant donc d’entraîner l’IA d’Anthropic, à la suite de quoi tout ce papier serait soit détruit (sic) soit recyclé. Au début y’avait un livre. Après y’a plus rien. Ce projet allie et synthétise à la fois tout le cynisme et la crapulerie dont ces acteurs industriels sont capables. Comme c’est trop compliqué ou trop long d’entrainer légalement des IA sur des corpus suffisamment denses, on n’a qu’à jouer l’appât du gain auprès d’acteurs dans le besoin pour récupérer des livres en loucedé et les détruire après désossage et numérisation. Et au passage nourrir l’IA maison en mode Chronos dévorant ses enfants.

Petite parenthèse ici nécessaire. La numérisation d’ouvrages dispose de modalités différentes. On peut numériser « en mode image » ou numériser « en mode texte » (c’est à dire ajouter sur la numérisation en mode image un logiciel de reconnaissance optique de caractère – OCR – qui nous permettra de chercher à l’intérieur du document). Mais on peut aussi faire de la numérisation « destructive » ou « non-destructive ». Et en général on prend l’option « non-destructive ». Mais la numérisation non-destructive est beaucoup plus coûteuse que la numérisation destructive. Et il existe (en gros) trois types de machines pour réaliser la numérisation d’ouvrages. Les machines « manuelles » dans lesquelles c’est un opérateur humain qui va tourner les pages avant chaque « flash » de numérisation (par exemple pour les ouvrages abîmés ou anciens ou fragiles) ; les machines automatiques dans lesquelles c’est un robot automate (sorte de bras articulé) qui va vernir tourner plus ou moins rapidement les pages à numériser. Et enfin les machines « bancs de numérisation » dans lesquelles défilent des pages préalablement découpées et qui va donc beaucoup plus vite (il est par ailleurs possible de « réassembler » les livres une fois ainsi numérisés). A l’époque du procès Google Books, on avait beaucoup parlé de ces techniques de numérisation. Celles de Google restaient secrètes mais dans les grands centres de numérisation qu’il faisait construire pour accomplir sa tâche, les bibliothèques envoyaient des livres, certains précieux, certains anciens, d’autres plus « banals », mais en aucun cas la numérisation « destructive » n’était pratiquée. Cette dernière est d’ailleurs réservée à certains ouvrages à gros tirage, certains secteurs de l’administration ou à certains documents par exemple commerciaux dont la « forme livre » importe peu.

Je le redis donc ici, le projet Panama d’Anthropic est l’exemple parfait de tout le cynisme et la crapulerie dont sont capables des acteurs industriels uniquement soucieux de construire ou de préserver un avantage concurrentiel. Et ceci est pourtant l’une de leurs moindres saloperies au regard de – par exemple – ces mêmes acteurs emploient ou plus exactement exploitent de manière dissimulée des travailleurs pauvres à l’autre bout de la planète, qu’ils exposent délibérément à des contenus d’une violence extrême, pour affiner et entraîner leurs larges modèles de langage.

L’acte de lire dans l’impensé.

Un autre des grands enjeux du premier grand procès des industries culturelles, le procès Google Books, était celui de la mise en danger et de la fin programmée de la confidentialité de l’acte de lecture. Un argument qui avait notamment été porté par l’EFF (Electronic Frontier Foundation) et d’autres militants des libertés numériques, et que le juge en charge avait reconnu comme « effectivement important » mais non suffisant pour permettre à lui seul de rendre une décision favorable aux plaignants dans l’affaire. Et pourtant. Et pourtant la confidentialité de l’acte de lecture est au fondement même de nos démocraties. Sans même parler des dictatures, il suffit de voir ce que chaque gouvernement autoritaire fait du choix et de la place des livres dans les premières mesures qu’il prend.

En 2005 on s’alarmait (insuffisamment) du fait que l’avènement du livre numérique propriétaire et d’une consultation sur le modèle du streaming, concentrée entre les mains de quelques plateformes hégémoniques, allait leur donner un pouvoir infini pour à la fois orienter mais surtout documenter chacun de nos choix de lecture et les retenir ensuite comme potentielles preuves à charge.

En 2025 c’est le New-York Times qui dans le cadre d’une plainte déposée en 2023, attend que ChatGPT lui fournisse le contenu de 20 millions de conversations avec le générateur de texte, pour prouver que l’IA a porté atteinte aux droits d’auteur du journal (en mobilisant sans les référencer ni les citer, de larges extraits de ses articles pour alimenter lesdites conversations). La confidentialité de nos conversations avait pourtant déjà été mise à mal dans les nombreuses affaires autour des enceintes connectées qui, même éteintes, continuaient d’enregistrer tout ce que nous disions pour ensuite le scripter et là encore, alimenter (notamment) différents modèles algorithmiques. Mais avec la capacité de ChatGPT et des autres à se nourrir de textes et donc de lectures pour en produire d’autres qui ne soient pas simplement des usages de lecture mais des composants structurels et structurants de chaque interaction simulée avec chacun et chacune d’entre nous, la confidentialité de l’acte de lecture est en quelque sorte mise à mal … au carré.

Comment tout cela va (probablement) finir.

Sur le plan juridique, certains tentent aujourd’hui d’éviter que les procès de 2025 ne se terminent tous comme celui de 2005, c’est à dire avec une décision favorable aux grandes entreprises de l’IA à qui l’on accorderait, nonobstant la prédation extractiviste torcheculatoire pour le droit d’auteur à laquelle elles se livrent, la reconnaissance d’un « usage équitable » (Fair Use) établi sur des copies (génératives) considérées comme « hautement transformatives ». Et pour ce faire, ils et elles essaient d’inverser la charge de la preuve en défendant un texte dans lequel, puisqu’il est impossible pour un auteur de prouver que son travail a été repris et utilisé par des IA, on considérerait que « Sauf preuve contraire, l’objet protégé par un droit d’auteur (…) est présumé avoir été exploité par le système d’IA, dès lors qu’un indice afférent au développement ou au déploiement de ce système ou au résultat généré par celui-ci rend vraisemblable cette exploitation ». Ce serait donc aux sociétés qui développent des IA de faire la preuve qu’elles n’ont pas pillé des oeuvres et des auteurs sans leur accord. Juridiquement cela tient la route. Et il existe d’ailleurs d’autres approches intéressantes qui visent à prouver que ces IA sont capables de réécrire certaines oeuvres presqu’intégralement et littéralement, ce qui rend la notion d’usage uniquement transformatif compliqué à défendre :

Pour Alexandra Bensamoun, professeure de droit à l’université Paris-Saclay et experte du droit d’auteur des IA, « cette étude apporte des éléments empiriques décisifs » pour les contentieux en cours dans ce domaine. Des éléments qui mettent en évidence une « absence de transformation [qui] pourrait exclure le bénéfice du fair use aux Etats-Unis, et en Europe, de l’exception TDM [fouille de textes et de données], laquelle suppose une utilisation aux fins d’analyse, et non de reproduction/stockage en vue de restitution », juge-t-elle.

 

Mais au vu de ce que je me suis efforcé de vous raconter dans cet article, je suis tout sauf optimiste sur les chances d’un tel texte et d’une telle approche d’aboutir aujourd’hui (ou demain). Car même si « une large coalition de représentants des auteurs, de la presse, du cinéma, de l’édition ou du disque ont salué l’initiative« , ils ont en face d’eux, en plus des acteurs de la tech, le gouvernement français et la commission européenne qui dans la roue des acteurs de la tech voit officiellement cette mesure comme un frein à l’innovation (sic).

Le scénario le plus probable ressemblera à mon avis trait pour trait au jugement rendu dans l’affaire Google Books après 10 ans de procès. C’est à dire que sur le plan juridique, le Fair Use et l’argument de copies hautement transformatives l’emportera. Ce qui, là encore comme dans l’affaire Google Books, n’empêchera pas, au contraire même, des accords de gré à gré entre les parties, accords qui comporteront à la fois des volets de compensations financières (comme les 1,5 milliards déjà versés par Anthropic) et d’autres davantage partenariaux (notamment avec les éditeurs de presse). La question qui qui reste ouverte est celle de l’évolution des usages et des pratiques (ainsi que du droit) que cela aura, dans l’intervalle, permis de sanctuariser.

Je veux conclure en trois temps.

D’abord avec les mots de Bruce Schneier qui dans une tribune à propos de l’affaire Anthropic parue dans le San Francisco Chronicle et reprise sur son blog, écrit :

« Aaron Swartz avait compris que l’accès au savoir est une condition préalable à la démocratie. La manière dont nous traitons le savoir – qui peut y accéder, qui peut en tirer profit et qui est puni pour le partager – est devenue un test de notre engagement démocratique. » 

 

« Un test de notre engagement démocratique. » Qui prend des allures de crash-test. Derrière ces questions de propriété intellectuelle, de copie transformative, d’usage équitable, de rémunération de la création, qui font la Une des journaux et sont le principal angle de traitement de ces sujets, il y a des enjeux beaucoup plus fondamentaux qui touchent à la transformation et à la réingénierie permanente d’une matière vivante que l’on appelle tantôt la culture, tantôt la connaissance, tantôt la création, tantôt l’information, tantôt tout cela à la fois. Une matière vivante qui définit ce que nous savons autant que ce que nous croyons, et une manière vivante qui à force de copies hautement transformatives (ou non) de ce qu’elle est, peut nous rendre davantage enclins à faire sécession qu’à faire société.

Ensuite en rappelant que ces questions aujourd’hui posées se posaient déjà dans l’esprit de l’un des pionniers visionnaires de l’internet et du Web, Ted Nelson, notamment connu pour avoir « inventé » le terme hypertexte mais qui dès avant qu’ils soient opérants (le web et l’hypertexte) réfléchissait à la question du « versioning ».

Définition courte : « Le versioning désigne l’ensemble des manières de gérer, indépendamment de tout niveau d’échelle, les procédures permettant de rattacher différentes versions d’un même document à un (des) auteur(s), tout en permettant à chacun de s’approprier tout ou partie des documents produits par d’autres ou par eux-mêmes, et en assurant un suivi des différentes modifications apportées. » (définition extraite du chapitre de ma thèse consacré au sujet, thèse disponible ici).

Définition un peu plus longue : « Le versioning désigne l’ensemble des manières de gérer, à l’échelle de l’hypertexte planétaire, les procédures permettant de rattacher un texte à un auteur (ou à un collectif d’auteurs), tout en permettant à chacun de s’approprier – de se ré-approprier – tout ou partie de documents produits par d’autres ou par eux-mêmes afin, premièrement, de limiter la prolifération « bruyante » des versions différentes d’une même information sur le réseau et deuxièmement, d’identifier la nature et les origines de ces modifications dans l’optique d’une gestion cohérente de l’ensemble des documents électroniques actuellement disponibles, indépendamment de leur format, de leur statut et en dehors de tout institution centralisée. Autant dire que plus qu’une problématique, il s’agit là d’un véritable « idéal ». » (définition toujours extraite du chapitre de ma thèse, toujours disponible ici).

Définition à rapprocher de celle qu’il [Ted Nelson] propose pour le terme document : « Un document est une collection arbitraire de versions disposant d’un nom propriétaire et de limites.« 

 

Les IA génératives sont essentiellement une version totalement dérégulée et spéculative de ce « versioning ». L’attachement aux textes et aux oeuvres, n’est rien, ou si peu, sans la possibilité de leur rattachement, à des auteurs, des époques, des contextes, des courants, des dynamiques ancrées dans le temps et dans l’espace dont certaines ont par ailleurs réussi à s’affranchir. Sans ces rattachements possibles, c’est toute une part forte de notre attachement aux oeuvres qui n’ayant plus d’objet, se dispense de la possibilité d’exprimer des subjectivités de lecture, d’analyse ou de compréhension qui soient en tant soit peu fécondes.

Enfin, loin, très très loin de la stratégie de Lisbonne définie au début des années 2000 et qui sanctuarisa l’idée mortifère d’une « économie de la connaissance » érigée en objectif, il aurait fallu se donner les moyens et les cadres pour bâtir non une économie mais une écologie de la connaissance (et par exemple creuser le sillon ouvert en 1972 par Bateson avec son écologie de l’esprit). Nous avons pris un chemin différent qui nous conduit aujourd’hui, pour toute la connaissance, la culture et l’information, qu’elles soient scientifiques, littéraires, ou de toute autre nature, à n’avoir comme possibilité que celle d’affronter économiquement des acteurs dont le coeur de métier est dépendant de leur capacité de prédation, d’extractivisme et de mépris des lois (ou de rapprochement avec celles et ceux qui les font). Dès que nous aurons fini nos réunions de Quichotte et nos atermoiements de pleureuses, peut-être nous concentrerons-nous sur les luttes et moyens d’action, légaux ou nécessaires, pour une écologie de la connaissance qui ne peut-être autre chose que désormais pleinement radicale.

Aaron Swartz l’avait payé de sa vie, mais il nous avait clairement montré le chemin.

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23 février 2026 à 06:56

Il semblerait que Paul St-Pierre Plamondon ait effectué un voyage politique très discret en France, cet hiver, où il aurait rencontré Éric Zemmour, politicien d’extrême droite bien connu. La rencontre aurait été organisée par Mathieu Bock-Côté, qui a remplacé Zemmour à CNews.

Je tiens l’information de deux sources différentes. J’ai contacté la permanence du Parti québécois le 11 février afin de leur offrir la possibilité de confirmer ou d’infirmer. Douze jours plus tard, je n’ai reçu aucune réponse.

Je ne suis pas journaliste et je ne peux pas me présenter aux points de presse de l’Assemblée nationale. Voici les questions que je poserais à M. Plamondon si je le pouvais:
1) Avez-vous fait un voyage en France cet hiver afin de rencontrer diverses personnalités politiques?
2) Si c’est le cas, pourquoi ne pas avoir parlé ouvertement et publiquement de ces démarches, comme vous l’avez fait lors de votre tournée européenne en 2023?
3) Au cours de ce voyage, avez-vous tenu une rencontre avec M. Zemmour? Si c’est le cas, quel est l’intérêt de rencontrer un chef politique d’extrême droite, le principal porte-voix de la théorie du grand remplacement, un chef condamné à maintes reprises pour incitation à la haine raciale et accusé par plusieurs femmes d’agressions sexuelles?

Ces questions sont d’intérêt public. J’aurai beaucoup à dire si ces informations qui m’ont été transmises de façon confidentielle sont avérées.

Si elles ne le sont pas, tant mieux. Il serait inconvenant que le chef d’un parti qui aspire à gouverner le Québec fréquente les cercles de l’extrême droite parisienne. Il n’y a aucune bonne raison de dialoguer avec l’extrême droite. Comme l’expliquait Bertrand Russell, les personnes sans conscience ne répondent pas aux arguments logiques.

Les condamnations d’Éric Zemmour:

  • Avoir affirmé que les mineurs isolés (enfants de moins de 18 ans, de nationalité étrangère, sans représentant légal) sont des violeurs, des assassins et des voleurs qui devraient être expulsés. Zemmour a été condamné à 10 000 euros d’amende et la chaîne CNews à 200 000 euros d’amende.
  • Avoir affirmé sans preuve que l’avocat Patrick Klugman voulait « absolument étouffer l’affaire Jérémie Cohen ». Zemmour affirmait que l’agression contre Jérémie Cohen était un crime antisémite bien que l’hypothèse ait rapidement été rejetée par les enquêteurs.
  • Avoir affirmé sans preuve que l’Institut national d’études démographiques avait « trafiqué » les chiffres de l’immigration.
  • Avoir dépeint les musulmans venus d’Afrique comme des « colonisateurs exterminateurs » et avoir comparé l’islam au nazisme. Zemmour a été condamné à 15 000 euros d’amende.
  • Avoir érigé Philippe Pétain en « sauveur » des Juifs français.

Pour l’anecdote, Mathieu Bock-Côté cite 11 fois les écrits d’Éric Zemmour comme référence dans sa thèse de doctorat. Les grands esprits se rencontrent.

Zemmour a également été accusé d’agressions sexuelles par huit femmes différentes. Le même homme qui affirme que 75% des agressions sexuelles commises dans les transports en commun sont le fait d’étrangers. Bref, qu’on soit de gauche ou de droite, ce n’est pas un homme qu’on veut fréquenter.

  • ✇Made Not Found (by danah boyd)
  • Fake Data, Upcoming Book, and the Political Economy of AI
    The world is on fire - and I've often been at a loss for how to constructively contribute to public discourse. For decades, I have shared knowledge gained through fieldwork to offer a different perspective on complex sociotechnical matters. Too often these days, I find myself banging my head against the wall while navigating the cacophony of anguish that is emerging in all directions. For better or worse, I chose this time to turn my attention locally. I have found joy trying to find my footing
     

Fake Data, Upcoming Book, and the Political Economy of AI

20 février 2026 à 12:19
Fake Data, Upcoming Book, and the Political Economy of AI

The world is on fire - and I've often been at a loss for how to constructively contribute to public discourse. For decades, I have shared knowledge gained through fieldwork to offer a different perspective on complex sociotechnical matters. Too often these days, I find myself banging my head against the wall while navigating the cacophony of anguish that is emerging in all directions. For better or worse, I chose this time to turn my attention locally. I have found joy trying to find my footing as a professor and think more directly about how to prepare the next generation. And amidst it all, I've also had a series of wins, which I thought I'd share.

  • "The State's Politics of 'Fake Data'" is a new paper that I wrote with Chuncheng Liu which starts from the premise that "all data are fake, but some are useful." We look at the various ways in which purportedly (and often pejoratively) so-called "fake" data serve a purpose. And we do it by comparing insights we gleaned from both Chinese and American bureaucrats. It's a fun paper!
  • My upcoming book has a title! - "Data Are Made, Not Found: A Story of Politics, Power, and the Civil Servants Who Saved the US Census." And I'm in the final throes of getting the book ready to share with all y'all. If all goes well, the book will be released in September! And thanks to Hervé Le Crosnier, it will be simultaneously launched in French! <grin> The lovely people at Columbia Journalism School and the Nielsen Foundation have also shortlisted my book for the J. Anthony Lukas Work-in-Progress Prize. And I'm starting to prep a book tour and some op-eds and other things so if you have ideas, please holler. If you want to support me, please pre-order the book from University of Chicago Press or Amazon. There's no book cover yet (and I'm fascinated that there's a page count given that there's still some editing to go), but omg omg omg it's starting to become more real!

While putting the finishing touches on the book, I've been working on three new research projects. I am super grateful to the Sloan Foundation for naming me as a 2026 Sloan Research Fellow to support this work.

  • Political Economy of AI. I have multiple collaborations underway to grapple with the world-building project that is underpinning the contemporary AI project. Cornell Global Hubs is supporting one facet (so I'll be coming to Edinburgh this summer). I also have two papers underway with amazing collaborators, an initiative at Cornell, and proposals out to a few venues to convene people. You'll hear more on this shortly. So if this tickles your fancy, ping me!
  • Participatory Privacy Protections. I'm working with a phenomenal team of scholars on an NSF-sponsored grant to reckon with what it takes to achieve meaningful participatory engagement when rolling out privacy-enhancing technologies like differential privacy in various data contexts. This is building on earlier work on the consequences of epistemic disconnects and divergent statistical imaginaries.
  • Youth, Mental Health, and Tech. After years of avoiding doing new research on this topic, I'm working with an amazing team on an NIH-sponsored project to collect new data about young people's relationship with tech, with mental health, and with their broader social world. Early focus groups are already super eye-opening. (Teaser: some youth see AI as yet-another example of how adults are trying to destroy their future.)

This semester, I'm going to keep chugging along on these different projects - while teaching "Theories to Think With" and "Trust & Safety in Online Platforms" - but I hope to have a lot more research and ideas to share shortly.

In the meantime, stay safe and protect your neighbors. And keep reading history... it's a good reminder that this too shall change. (My book this week was Overthrow - which is basically the history of US's obsession with regime change from the author who documented the CIA coup in Iran in 1953. Le sigh.)

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Le Bloc québécois et l’aliénation parentale
    Pour des raisons qui m’échappent complètement, le Bloc québécois se prépare à saboter une réforme visant à protéger des femmes de la violence conjugale et prévenir des infanticides. La Loi modifiant la Loi sur le divorce (projet de loi C-223) vise à protéger les enfants et les familles de la violence familiale et de l’abus post-séparation. Une des mesures les plus importantes, également la plus contestée, est de mettre fin aux accusations d’aliénation parentale employées pour discréditer les
     

Le Bloc québécois et l’aliénation parentale

8 février 2026 à 08:33

Pour des raisons qui m’échappent complètement, le Bloc québécois se prépare à saboter une réforme visant à protéger des femmes de la violence conjugale et prévenir des infanticides.

La Loi modifiant la Loi sur le divorce (projet de loi C-223) vise à protéger les enfants et les familles de la violence familiale et de l’abus post-séparation. Une des mesures les plus importantes, également la plus contestée, est de mettre fin aux accusations d’aliénation parentale employées pour discréditer les mères et les enfants qui dénoncent la violence familiale.

Campagne sur l’aliénation parentale de l’Association nationale Femmes et droit
https://nawl.ca/fr/alienation-parentale/

En gros: La mère porte plainte contre le père pour violence conjugale. En guise de représailles, le père allègue l’aliénation parentale. Résultat: l’enfant est enlevé à sa mère et confié à son père violent. Dans les cas les plus extrêmes, cela conduit à une vie infernale pour l’enfant, voire à sa mort. Le cas de la « fillette de Granby » en est un exemple récent. Le père avait porté plainte pour aliénation parentale contre la grand-mère qui avait dénoncé sa violence. L’enfant a été placée sous la garde du père. Elle en est morte.

Le projet de loi C-223 vise à prévenir ces situations. En gros, il s’agit de faire passer l’intérêt de l’enfant avant celui des parents. Sa sécurité ne pourrait plus être compromise pour forcer la « réconciliation ». Son opinion ne pourrait plus être discréditée sous prétexte qu’il a été « manipulé » ou « aliéné ».

Précisons: les comportements dénigrants existent. C-223 ne va pas empêcher les tribunaux d’en tenir compte, s’ils affectent l’enfant. Plutôt, la nouvelle loi empêchera les tribunaux d’assigner aux enfants une maladie mentale lorsqu’ils craignent leur père. Il s’assure que les tribunaux évaluent l’intérêt de l’enfant dans son ensemble, en tenant compte de ses désirs et opinions, sans pathologiser sa peur ou ses dénonciations de violence familiale.

Les mères sont deux fois plus susceptibles que les pères d’être accusés d’aliénation parentale. Au Québec, elles sont ciblées dans 68% des cas. Chercher à protéger son enfant d’un conjoint violent est souvent présenté en cour comme un comportement « aliénant ». Bref, c’est un moyen efficace pour un père violent de discréditer sa conjointe et son enfant. Bourreau dans les faits, il devient la victime sur papier. Sous prétexte de favoriser la bonne relation de l’enfant avec son père, la cour met la mère et son enfant en danger. Certains avocats recommandent même à leurs clientes de ne pas dénoncer la violence conjugale afin d’éviter les accusations d’aliénation parentale.

Ce n’est pas un phénomène exclusif au Québec ou au Canada. La Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la violence contre les femmes et les filles a soulevé le danger de l’invocation de l’aliénation parentale à l’été 2023.

Et le Bloc québécois dans tout ça?
Le comité permanent de la justice et des droits de la personne, qui étudie le projet de loi, est composé de dix membres (dont huit hommes). Cinq du Parti libéral (dont les deux femmes), quatre du Parti conservateur et un du Bloc québécois. Pour obtenir la majorité (le président libéral ne vote pas), le comité doit obligatoirement obtenir l’appui des conservateurs ou du bloquiste. Les conservateurs n’ont pas de position tranchée. Le Bloc québécois est le principal adversaire de C-223.

Gabriel Ste-Marie, député bloquiste de Joliette depuis 2015

Parmi les critiques du projet de loi, on retrouve Gabriel Ste-Marie, député bloquiste de Joliette, et Andréanne Larouche, députée bloquiste de Shefford. Les deux contestent le projet de loi en citant des références douteuses. Notamment, le Parental Alienation Study Group, un lobby qui a tenté de faire inscrire l’aliénation parentale au DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), sans succès. Pire encore, le Dr Hubert Van Gijseghem, « expert psycholégal » s’opposant à la criminalisation de la possession de pornographie infantile et qui a souvent remis en question la véracité des accusations de violence conjugale et d’abus sexuel dans les causes de divorce.

Gabriel Ste-Marie a affirmé que les fausses accusations d’aliénation parentale seraient un « phénomène marginal » et rejette l’idée qu’elles affectent les femmes de façon disproportionnée. Il a prononcé ces mots le 28 janvier 2026: « Soyons clairs: l’aliénation parentale, un phénomène observable et pouvant être mesuré par la médecine et utilisé par la majorité des avocats en droit familial, n’est pas abstrait et ne peut pas être retiré sous le prétexte qu’il ne correspond plus aux conclusions de quelques chercheurs ayant des avis divergents à son sujet. »

Plus de 250 organisations féministes demandent l’interdiction des accusations d’aliénation parentale. Au Québec, une centaine d’organismes (dont de nombreuses maisons d’hébergement) confirment que le phénomène est extrêmement commun. Si M. Ste-Marie considère que les « quelques chercheurs » (et chercheuses) n’ont pas de crédibilité, peut-être devrait-il au moins écouter les intervenantes qui semblent assez unanimes sur le sujet.

Je ne crois pas que ce soit une question électoraliste. Cet enjeu n’a guère retenu l’attention médiatique jusqu’ici et je ne crois pas que le Bloc s’attende à gagner des points dans les sondages avec ce dossier. Ce n’est pas non plus un enjeu « Québec VS Canada ». À aucun moment les bloquistes n’ont invoqué la particularité québécoise pour s’opposer à ce projet de loi. Alors pour quelle raison est-ce que le Bloc se montre hostile à cette réforme?

Si votre circonscription est représentée par le Bloc québécois, je vous encourage à écrire à votre député.e afin de l’encourager à appuyer C-223. Il en va de la sécurité des femmes et des enfants. Faisons tout ce qu’on peut pour empêcher qu’il y ait une deuxième « fillette de Granby ».

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  • Pruning My Domain Name Collection [en]
    [en] Just like my kitchen cupboards were full of old old food just sitting there in case I ever felt like eating it (let me reassure you: cereals and pulses and things that “last”), my registrar account is full of domain names that I used in the past and feel like I should keep “just in case”, or cool ones that I got at some point thinking I’d make something of them but never did. It’s time for a garage sale (or gifting). If you’re interested (or somebody you know) in one of these before I l
     

Pruning My Domain Name Collection [en]

6 février 2026 à 08:13
[en]

Just like my kitchen cupboards were full of old old food just sitting there in case I ever felt like eating it (let me reassure you: cereals and pulses and things that “last”), my registrar account is full of domain names that I used in the past and feel like I should keep “just in case”, or cool ones that I got at some point thinking I’d make something of them but never did.

It’s time for a garage sale (or gifting). If you’re interested (or somebody you know) in one of these before I let them go and risk seeing them fall into the hands of pornsters and spammers and scammers, let me know: edublogs.net, going-solo.net, going-far.com, coworking-leman.net, coworking-romand.ch, freshlimesoda.net, backupawareness.org, swissblogs.org/net/com.

And if you know of “marketplaces” where you can put domains up for “sale”, let me know too. Given the predatory market it seems to be, I’m wary.

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  • La baguette magique des conservateurs
    Éric Duhaime promet d’employer la même formule que Pierre Poilievre pour équilibrer les finances de l’État. Diminuer les revenus (baisser les taxes et les impôts pour les particuliers et les entreprises, diminuer la « taxe de bienvenue », éliminer le marché du carbone, diminuer les contraventions pour les automobilistes), augmenter les dépenses (construire des maisons, payer les parents pour rester à la maison, construire des prisons) et espérer que le déficit disparaisse par magie. Les proposit
     

La baguette magique des conservateurs

5 février 2026 à 06:08

Éric Duhaime promet d’employer la même formule que Pierre Poilievre pour équilibrer les finances de l’État. Diminuer les revenus (baisser les taxes et les impôts pour les particuliers et les entreprises, diminuer la « taxe de bienvenue », éliminer le marché du carbone, diminuer les contraventions pour les automobilistes), augmenter les dépenses (construire des maisons, payer les parents pour rester à la maison, construire des prisons) et espérer que le déficit disparaisse par magie. Les propositions du Parti conservateur du Québec pour réduire les dépenses de l’État n’en sont pas vraiment.

Ouvrir la porte au privé en santé
L’idée que le privé en santé fait économiser l’État est un mythe tenace, mais qui ne résiste pas à l’épreuve de la réalité. De tous les pays sur Terre, les États-Unis sont celui où l’État dépense le plus per capita en santé publique. D’après le Peterson Center of Healthcare, les dépenses en santé aux États-Unis étaient estimées à 13 432$ par personne en 2023. Le pays qui s’en rapproche le plus est la Suisse, où le système public est concurrencé par le secteur privé, avec 9 688$ par personne la même année. Le Canada a dépensé 7 013$ par personne en soins de santé en 2023. C’est moins que pratiquement tous les pays d’Europe. Sur quoi est-ce qu’on se base pour affirmer que le privé en santé fait économiser de l’argent à l’État?

Le privé en santé a un seul objectif: le profit. Le profit privé s’ajoute à la facture du public. Vous souvenez-vous des infirmières qui nous coûtaient 150$ de l’heure grâce aux agences de placement? Voilà un bon exemple de ressources drainées par le privé qu’il nous faut ensuite payer à gros prix. Et évidemment, la différence se retrouve dans les poches des actionnaires, pas dans celles des infirmières qui nous coûtent plus cher.

Plus de privé en santé, ça veut dire moins de prévention. Le privé n’a pas intérêt à ce que les gens soient en santé. C’est la maladie qui rapporte, pas la prévention. Une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) et du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) établit un lien direct entre le taux de mortalité et la place du privé dans le système de santé d’un pays.

Le privé en santé offre un seul avantage réel: Les délais d’attente sont beaucoup moins élevés. Normal. Quand les soins de santé sont inaccessibles parce que trop dispendieux, forcément la file d’attente est moins longue.

Réduire la fonction publique
Une autre chimère. Éric Duhaime a promis de couper 20 000 postes dans la fonction publique. Le chiffre, sorti du chapeau au moment où le chef du PCQ était en pamoison devant Elon Musk et son DOGE, est complètement irresponsable. Des dizaines de milliers de fonctionnaires en moins, ça signifie une expertise interne qui se perd. Vous savez ce qui arrive quand on n’a plus d’expertise à l’interne? On se tourne vers le privé avec les résultats qu’on connaît. L’informaticien qu’on payait 40$ de l’heure nous coûte désormais 150$ de l’heure qu’on verse à la firme qui l’emploie et qui le paie évidemment moins cher. On se retrouve avec un SAAQClic. Et les seuls gagnants sont les actionnaires de l’entreprise privée à qui on a décidé de sous-traiter.

Je rappelle un discours prononcé par Éric Duhaime en juin 2022: « Aujourd’hui quand on se demande comment ça se fait qu’il y a personne au Tim Hortons quand on arrive? C’est parce que François Legault leur a donné des meilleures conditions de travail et il a empêché ces entreprises-là de prospérer puis il est en train de cannibaliser le secteur privé. C’est ça qu’il est en train de faire. C’est épouvantable! »
M. Duhaime voudrait qu’il y ait un peu moins de classe moyenne et plus d’emplois précaires au salaire minimum. Il veut aussi qu’il y ait plus de millionnaires et de milliardaires, mais c’est une autre question.

Un fonctionnaire avec un bon salaire qui devient un chômeur ou un employé de Tim Hortons, c’est un consommateur de moins. Quand on consacre tout son revenu à se nourrir et se loger, on n’a plus les moyens de dépenser ensuite. Moins de consommation dans les commerces, donc moins de taxes, moins d’impôts, des entreprises qui ferment, d’autres bons emplois qui se perdent… Mais au moins, le service au Tim serait plus rapide.

Le programme du Parti conservateur du Québec s’appuie uniquement sur le populisme. Personne ne le prendrait au sérieux si ce n’était de l’hostilité d’une partie de la population envers l’État.

Il va falloir finir par accepter que l’entreprise privée ne veut pas notre bien. Les milliardaires ne sont pas nos amis. L’État est faillible et on peut élire un mauvais gouvernement, c’est un fait. Mais une économie laissée libre ne tient jamais compte de l’intérêt public. Demandez aux personnes qui ont vécu la Grande Dépression des années 1930 si un pays laissant l’économie se gérer elle-même est viable.

J’espère que les journalistes vont cuisiner Éric Duhaime et son équipe d’ici octobre. Mettez-les au défi de chiffrer leurs idées et essayez de ne pas rire quand ils vous répondront.

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  • Le « bar ouvert » de l’IVAC
    Jeudi dernier, l’émission Enquête consacrait un reportage aux failles de l’Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC). « L’IVAC a distribué 473 millions de dollars aux victimes l’an dernier. Cet argent va-t-il toujours vers les bonnes personnes? » Le reportage critique avec raison le calvaire administratif de certaines victimes qui doivent se battre pendant des années pour être indemnisées ainsi que les abus commis par certains professionnels de la santé. La moitié du documentaire est c
     

Le « bar ouvert » de l’IVAC

1 février 2026 à 13:23

Jeudi dernier, l’émission Enquête consacrait un reportage aux failles de l’Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC). « L’IVAC a distribué 473 millions de dollars aux victimes l’an dernier. Cet argent va-t-il toujours vers les bonnes personnes? » Le reportage critique avec raison le calvaire administratif de certaines victimes qui doivent se battre pendant des années pour être indemnisées ainsi que les abus commis par certains professionnels de la santé. La moitié du documentaire est consacrée à une « faille » dont le traitement m’a mis profondément mal à l’aise: La Prestation pour enfant né d’une agression à caractère sexuel.

La but de la Prestation est d’aider une femme à pourvoir aux besoins de son enfant. Il n’est pas nécessaire que l’agresseur ait été condamné ou qu’une accusation ait été déposée. On comprend pourquoi: Qu’une plainte n’ait pas été retenue ne signifie pas que l’agression n’a pas eu lieu. Il n’est pas non plus nécessaire que l’agression ait été dénoncée. Voilà qui fait sourciller. Sur quoi donc se base l’IVAC pour accepter une plainte? L’avocat Marc Bellemare explique pourquoi le programme n’exige pas de procédure légale: « Exiger que la victime aille à la police, obtienne une condamnation ou au minimum des accusations, c’est trop. C’est trop lourd. » Le reportage présente d’ailleurs une victime indemnisée par l’IVAC qui n’a jamais porté plainte par crainte des représailles de son agresseur.

La journaliste Pasquale Turbide a donné une entrevue à Patrick Lagacé pour parler de son reportage. Les 8 minutes de l’entrevue ont été consacrées à ce segment. Rien sur les deux autres sujets. « C’est le programme le plus facilement accessible de l’IVAC. C’est vraiment pas difficile d’obtenir ça », explique la journaliste. « Ça pourrait donner des idées à certaines personnes. Une façon facile d’aller faire de l’argent », répond l’animateur.

L’angle choisi par le reportage est celui de l’abus et du gaspillage: « Québec consacre un demi-milliard par an à l’indemnisation des victimes d’acte criminel. C’est trois fois plus d’argent pour deux fois plus de victimes qu’avant la réforme. La question n’est donc pas banale. Comment préserver la santé financière d’un régime unique en Amérique du Nord? »
Tout dans cet extrait semble indiquer que l’IVAC est un « bar ouvert », pour reprendre les mots de Patrick Lagacé pendant l’entrevue.
1) Il n’est pas innocent de parler d’un demi-milliard plutôt que du chiffre exact, c’est-à-dire 473 millions. Le mot « milliard » choque beaucoup plus.
2) Le but de la réforme étant de rendre l’IVAC plus accessible, que deux fois plus de victimes soient indemnisées devrait être présenté comme un succès plutôt que comme un potentiel gaspillage.
3) Un régime d’indemnisation, par définition, n’a pas de « santé financière ». À moins d’en faire un programme à cotisation comme l’Assurance-Emploi ou le Régime des rentes du Québec, l’IVAC sera toujours une dépense. Ensuite, pourquoi prendre pour acquis qu’il y a non seulement des abus, mais que ceux-ci sont un fardeau important pour le régime?

Si je me fie aux chiffres présentés dans le reportage, les abus semblent dérisoires au mieux. Sur 473 millions, la Prestation pour enfant né d’une agression à caractère sexuel ne représente que 10.7 millions, soit à peine plus de 2% des indemnités totales.

Le montant consacré à la prestation a été multiplié par 20 en 3 ans. C’est énorme, j’en conviens. Il n’y a toutefois rien d’étonnant dans un contexte où la violence à caractère sexuelle est de plus en plus dénoncée et de moins en moins stigmatisée. La fin du délai de 2 ans pour avoir droit à la prestation a dû également jouer pour beaucoup. De la même façon que la fin du délai de prescription pour les poursuites civiles contre un agresseur sexuel a augmenté le nombre de plaintes pour des raisons évidentes.

Mon malaise avec le reportage vient de l’exemple choisi pour montrer qu’il existe bien une « faille » dans le programme. On nous présente l’histoire de « Stéphane », qui a appris par son avocat que la mère de son fils reçoit la Prestation de l’IVAC bien que sa plainte pour agression sexuelle ait été rejetée. La mère en question a refusé de participer au reportage.

Une dramatisation de la version de « Stéphane » est présentée. On le voit abasourdi de constater qu’il est présenté comme un agresseur dans les dossiers de l’IVAC, visiblement secoué par le conflit avec son ex-conjointe, et passer de beaux moments avec son fils. En voyant cette scène, il est difficile de ne pas avoir l’impression que « Stéphane » est un bon gars qui a subi une injustice.

L’homme ne considérant pas avoir agressé son ex-conjointe, il est choqué d’être identifié comme agresseur dans un dossier du gouvernement. Je peux tout à faire comprendre. Toutefois, les interventions de « Stéphane » dépassent son cas personnel. Il questionne le fait qu’une mère puisse avoir droit à la Prestation de l’IVAC tout en recevant une pension alimentaire du père de l’enfant. « C’est comme si madame touche deux pensions alimentaires. » Le reportage présente la réponse du ministère de la Justice: « La prestation pour enfants issus d’une agression sexuelle et la pension alimentaire sont deux sommes qui ne visent pas les mêmes objecitfs. L’aide est versée pour les besoins de l’enfant, peu importe la situation de la personne qui y pourvoit. »

Le passage de l’entrevue de « Stéphane » qui m’a mis hors de moi: « On est dans une période où tout ce qui est agression sexuelle ou relève de l’agression sexuelle est mis au premier plan, est mis en lumière, puis à mon sens à moi, c’est une bonne chose. Par contre, ça peut peut-être faire en sorte que certaines personnes tentent de capitaliser là-dessus. »

Bien sûr que le père qui se bat en cour pour réduire le montant de la pension alimentaire va dire que Madame est une profiteuse. En quoi son opinion est-elle pertinente? Ça m’a fait penser au documentaire de Marie-France Bazzo où un chanteur accusé d’agression sexuelle disait que le mouvement des dénonciations était allé trop loin. Allez donc demander à Vincent Lacroix si l’Autorité des marchés financiers est trop sévère.

Je comprends la volonté de s’assurer que l’argent public soit bien administré et que les prestations soient versées aux personnes qui les méritent. Toutefois, pour une enveloppe totale de 10 millions de dollars, je pense qu’ajouter des barrières administratives serait plus coûteux que l’argent potentiellement économisé, en plus d’ajouter à l’épreuve subie par les victimes.

Je laisse le mot de la fin à Christine Labrie, avec qui je suis entièrement d’accord: « Christine Labrie: « Vaut mieux avoir quelques personnes qui se sont faufilées, qui ont abusé du sytème que d’avoir un filtre trop serré et qu’on ne réussisse pas à aider les personnes qui ont besoin d’un programme comme celle-là. »

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  • Works Together [en]
    [en] You know, sometimes words need to clash in the heavens of your mind to take you where you didn’t need to be. They could have been brought together on a whim or painstakingly chiselled into being. It doesn’t matter. Meaning rips through the cracks as you try to reconcile fireworks with reality. It’s the wave on the ocean in the depths of a cave. What is true about lipstick? Are eagles the future? A lightening bolt stretches through time and you are lost in the woods. You grasp at something
     

Works Together [en]

29 janvier 2026 à 17:53
[en]

You know, sometimes words need to clash in the heavens of your mind to take you where you didn’t need to be. They could have been brought together on a whim or painstakingly chiselled into being. It doesn’t matter. Meaning rips through the cracks as you try to reconcile fireworks with reality. It’s the wave on the ocean in the depths of a cave. What is true about lipstick? Are eagles the future? A lightening bolt stretches through time and you are lost in the woods. You grasp at something that has to be there because the words told you so – but they just might be lying. And you just might need to be precisely here. Or not.

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  • On meurt dans mon université.
    C’est une lettre absolument inédite, absolument dramatique, et absolument bouleversante aussi. La lettre d’une présidente d’université, Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul Valery, une lettre qu’elle adresse au président de la république. Aujourd’hui dans le journal Le Monde. Vingt piges que je suis titulaire dans l’enseignement supérieur et je n’ai jamais vu ça. Personne n’a jamais vu ça. Pourtant ce courrier, tous les présidents et toutes les présidentes d’université auraient déjà dû
     

On meurt dans mon université.

27 janvier 2026 à 12:51

C’est une lettre absolument inédite, absolument dramatique, et absolument bouleversante aussi. La lettre d’une présidente d’université, Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul Valery, une lettre qu’elle adresse au président de la république. Aujourd’hui dans le journal Le Monde. Vingt piges que je suis titulaire dans l’enseignement supérieur et je n’ai jamais vu ça. Personne n’a jamais vu ça. Pourtant ce courrier, tous les présidents et toutes les présidentes d’université auraient déjà dû l’écrire depuis 10 ans au moins.

Depuis des années, nous alertons sur la situation des universités. Si vous êtes lecteur et lectrice de ce blog vous m’avez souvent vu et lu en train d’utiliser un vocabulaire pas toujours très universitaire et très châtié pour décrire ce qui n’est que la réalité que chaque jour nous sommes des milliers à éprouver. Si la réalité c’est quand on se cogne (comme le formulait Lacan), alors je vous confirme qu’on se cogne. Et chaque année de plus en plus fort. Et de plus en plus dur.

Il y a presque 3 ans, je vous expliquais pourquoi à Nantes Université on ne sourcillait pas à l’idée de conjuguer le label du bien-être et la réalité de l’épuisement professionnel.

Il y a un mois et demi, mi-décembre 2025 j’écrivais « Regarde les universités crever. Regarde bien. »

Il y a à peine une semaine j’écrivais encore « Parcoursup est lancé. Et à l’université, c’est tous les jours le Doomsday. »

Tout en mesurant la difficulté de l’exercice qui est le leur, je rappelle régulièrement ce qui à mon sens est une faute des présidents et présidentes d’université qui plutôt que de se mobiliser et d’emmener avec elles et eux leurs personnels, n’ont jamais vraiment tiré la sonnette d’alarme autrement que poliment et de manière feutrée, quand pourtant tout appelait à une immense colère qu’il s’agissait « juste » de canaliser, de porter, et d’incarner. Toutes et tous ont alors choisi de répondre « Oui mais … ».

Discutez avec n’importe quel universitaire aujourd’hui, de n’importe quelle université, quelque soit son rang, son statut, sa discipline. Toutes et tous vous diront que oui, ils ont aussi vu, connu, observé, vécu, traversé, ce qui est enfin décrit, enfin porté, enfin affirmé par une présidente d’université.

Je vous partage cette lettre. Je vous incite à la lire attentivement, à la faire circuler aussi. Massivement.

Je forme le voeu que toutes les présidentes et présidents d’université auront le même courage que celui d’Anne Fraïsse. Et lui apporteront publiquement leur soutien (car elle va probablement prendre cher …) et qu’à leur tour, surtout, ils auront le courage de poser aussi les mots nécessaires à la description du réel qui cogne. Qui cogne. Et qui cogne encore.

La lettre d’Anne Fraïsse parle de gens qui meurent au travail. D’épuisement. De rage. De colère. Elle parle d’abandon et de mise à mort programmée et inscrite dans les « objectifs budgétaires ». Elle parle de travail forcé. Ces mots peuvent apparaître démesurés à l’échelle de l’image qui est portée sur l’université, principalement d’ailleurs par les mêmes salopards qui organisent sa mise à mort par discrédit autant que par assèchement de crédits. Ces mots sont pourtant les seuls qui vaillent. Sauf que jamais personne n’aurait dû ne serait-ce que pouvoir imaginer qu’ils puissent être tenus au 21ème siècle dans la 6ème puissance économique mondiale.

Lisez la lettre d’Anne Fraïsse. Partagez-là. Et prenez là pour ce qu’elle est, un ultime avertissement après lequel, si rien n’est fait, plus rien ne pourra être sauvé de ce que fut l’université. Chacun alors aura le choix entre la soumission, l’indifférence ou l’indignation.

« Savoir et se taire c’est être complice, je ne peux pas taire cette injustice. » Cent pour cent des universités françaises ont voté un budget en déficit. Les prochains silences des présidents et présidentes d’université ou leurs prochains atermoiements feutrés ne seront plus simplement complices. Ils seront pleinement coupables.

Et si vous croisez Anne Fraïsse, remerciez la pour son courage.

La lettre est directement accessible depuis le site de l’université. J’en reproduis ici une version.

Pourquoi il ne faut pas interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans (mais réfléchir à interdire CNews aux adultes avec le droit de vote).

26 janvier 2026 à 11:21

Depuis plusieurs mois, Emmanuel Macron tient un discours extrêmement offensif sur la nécessité d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans (malgré un premier taquet du conseil d’état). Et pousse très fort (en tout cas communique très fort) sur sa volonté de légiférer rapidement. Très rapidement. D’ailleurs c’est aujourd’hui (lundi 26 Janvier) que le projet de loi arrive à l’assemblée nationale pour un examen en « procédure accélérée » avec en ligne de mire (mais il a un peu de mal à viser en ce moment, huhuhu) une entrée en vigueur pour la rentrée de Septembre 2026.

        Topper Harley ou Pete « Maverick » Mitchell, je crois que la question elle est vite répondue. 

En plus de celui de baser l’essentiel de sa communication sur le sujet au travers de publications sur … X, cette interdiction pose au moins deux problèmes.

D’abord la rationalité d’une telle décision en termes de politique de santé publique. Car tout le monde (je parle ici de la communauté scientifique, pas des experts de plateaux télé ou de votre oncle Patrick) est d’accord pour indiquer qu’il n’existe pas de consensus scientifique sur le sujet d’une addiction (aux écrans et/ou aux réseaux sociaux). Or la démonstration de cette addiction serait pourtant la seule cause rationnelle d’une nécessité d’interdiction. Interdiction qui si une addiction était un jour réellement démontrée, et si on poussait alors la logique, devrait ne pas se limiter aux moins de 15 ans mais s’étendre aussi à l’ensemble de la société et donc aux publics y compris … adultes, ou à tout le moins, pour ces publics, faire l’objet de campagnes de sensibilisation au moins équivalentes à celle contre le tabac et l’alcool (toujours pour lesdits adultes).

Ensuite parce que, et je l’explique sur ce blog depuis des années, l’idée même d’une interdiction ou d’un couvre-feu est totalement idiote. Non pas que l’impact des médias sociaux sur les enfants et les adolescents soit nul, non pas qu’il faille le minorer, non pas que lesdits réseaux sociaux soient exempts de problèmes et ne causent aucune situation de souffrance ou de dépendance corrélées à des situations sans lien direct avec l’usage ou le non-usage des écrans ; mais cette interdiction telle qu’elle est imaginée aujourd’hui et au regard des dispositifs, des habitus technologiques partagés mais aussi de leurs failles inhérentes, cette interdiction porte en elle l’ensemble des possibilités de contournement qui seront (et sont déjà) à l’oeuvre pour s’en défaire et la rendre au mieux inopérante et au pire totalement contre-productive. Dans le seul pays (démocratique) qui l’a voté et tente de l’appliquer (l’Australie), les adolescents concernés détournent déjà les dispositifs de reconnaissance faciale supposés certifier l’âge. Et sur un autre sujet, depuis que l’on a interdit l’accès aux mineurs aux mastodontes du porno que sont Youporn ou Pornhub, on a vu croître et se multiplier les sites pornographiques se soustrayant à l’obligation de vérification d’âge et encore plus immondes en termes de violence de contenu et de pratiques que les deux sus-nommés.

La seule vertu d’une interdiction (pour autant qu’elle repose sur un consensus scientifique et qu’elle puisse s’appliquer sans atteinte aux libertés fondamentales ce qui n’est doublement pas le cas ce celle imaginée par Emmanuel Macron), la seule vertu d’une interdiction est de minorer les effets nocifs, malsains, « addictifs » qui auraient été démontrés.

Mais la seule chose qui est aujourd’hui démontrée, documentée et établie, et il faut donc encore une fois le marteler, c’est que les plateformes de médias sociaux sont non seulement parfaitement au courant des nuisances qu’elles produisent, mais qu’elles sont aussi parfaitement en capacité de les limiter voire de les réduire à néant (en cassant les chaînes de contamination virales, en supprimant la visibilité de certaines métriques, en embauchant en nombre suffisant des modérateurs, etc.). Et qu’elles ne le font pas parce que ce n’est pas bon pour leur modèle d’affaire. Et qu’après les industries du pétrole et du tabac, elles entretiennent de manière cynique et criminelle le troisième grand mensonge de notre modernité. Je vous remets ce que j’écrivais en Septembre 2023 dans l’article « Ouvrir le code des algorithmes ne suffit plus » :

« Après les mensonges de l’industrie du tabac sur sa responsabilité dans la conduite vers la mort de centaines de millions de personnes, après les mensonges de l’industrie du pétrole sur sa responsabilité dans le dérèglement climatique, nous faisons face aujourd’hui au troisième grand mensonge de notre modernité. Et ce mensonge est celui des industries extractivistes de l’information, sous toutes leurs formes. (…) Et même s’ils s’inscrivent, comme je le rappelais plus haut, dans un écosystème médiatique, économique et politique bien plus vaste qu’eux, leur part émergée, c’est à dire les médias sociaux, sont aujourd’hui pour l’essentiel de même nature que la publicité et le lobbying le furent pour l’industrie du tabac et du pétrole : des outils au service d’une diversion elle-même au service d’une perversion qui n’est alimentée que par la recherche permanente du profit. »

 

Depuis que j’écrivais ceci en Septembre 2023, la dérégulation totale de l’espace médiatique (des chaînes de télé aux médias sociaux et passant par la presse écrite) s’est encore accélérée alors qu’on l’imaginait pourtant déjà au maximum de sa vitesse, et chaque fait de notre réalité n’est aujourd’hui plus que le prétexte à un récit médiatique pour l’essentiel aussi totalement hors de contrôle que totalement asservi aux intérêts de puissances illibérales ou d’individus ayant fait le choix de les incarner ou de ramper à leurs pieds pour préserver leurs propres intérêts économiques. Ce ne sont pas « les médias sociaux » qui maintiennent à l’antenne un pédocriminel (Morandini) ; ce ne sont pas « les médias sociaux » qui donnent libre antenne à une personnalité politique multi-condamnée notamment pour complicité de provocation à la haine (Zemmour) ; ce ne sont pas « les médias sociaux » qui font d’un gigot mal cuit la source d’un complot du monde musulman autour de la nourriture Halal ; ce ne sont pas « les médias sociaux » qui laissent sans sourciller à l’antenne et en présence de journalistes, le fils d’un chasseur de Nazis parler de la nécessité d’établir aujourd’hui des rafles de population immigrée (Klarsfeld) ; ce ne sont pas « les médias sociaux » qui face à des images de l’ICE assassinant à bout portant des citoyens américains reprennent mot à mot les éléments de discours de l’administration Trump qui sont à l’opposé de l’évidence des faits et des images les documentant.

Vous me pardonnerez donc la comparaison mais l’impact (délétère, problématique) des médias sociaux sur les mineurs de moins de 15 ans est infiniment moins problématique que l’impact de l’écosystème de l’empire Bolloré (notamment) sur la santé mentale et le rapport aux faits et à la vérité de toute la population adulte en âge de voter.

Et je veux ici encore une fois le rappeler, à chaque fois qu’Emmanuel Macron (ou d’autres) vous parlent de l’urgence et de la nécessité de réguler les médias sociaux, il évite de traiter de la seule urgence qui vaille et qui serait de totalement repenser et rééquilibrer les forces du champ médiatique « classique » qui part totalement en vrille.

« Oui mais donc on fait quoi ? » me direz-vous.

On fait ce qui suit. Il est de toute évidence éminemment urgent et nécessaire d’astreindre les plateformes de médias sociaux à des régulations limitant leur pouvoir de nuisance. Et chacun sait aujourd’hui exactement comment faire. Tout comme chacun se rend aujourd’hui compte qu’il n’est qu’une seule et unique manière d’y parvenir. Tout cela aussi je l’ai déjà écrit, dit, expliqué. Il faut que l’ensemble de ces plateformes de médias sociaux soient reconnues comme pleinement éditrices des contenus qu’elles portent. Et il faut en finir avec l’hypocrisie du statut d’hébergeur qui continue aujourd’hui de leur être accordé. J’ai écrit un long article sur le sujet il y a peu, voyez le « chapitre 4 » du billet titré « Le web pourrissant  et l’IA florissante : si nous sommes le bruit, qui sera la fureur. » En résumé (mais vraiment allez lire mon article en entier si cela vous intéresse) :

Dans la jurisprudence, l’un des critères les plus déterminants qui permet de distinguer entre hébergeur et éditeur et celui dit du « rôle actif », défini comme « la connaissance et le contrôle sur les données qui vont être stockées. » Or qui peut aujourd’hui sérieusement prétendre que Facebook, Instagram, X, TikTok et les autres n’ont pas un rôle actif dans la circulation des contenus hébergés, et que ces plateformes n’auraient ni connaissance ni contrôle sur les données et contenus stockés ? Le gigantisme fut longtemps l’argument mis en avant par les plateformes pour, précisément échapper à leur responsabilité éditoriale. Cet argument n’a aujourd’hui (presque) plus rien de valide techniquement ou de valable en droit.

 

Alors certes c’est un changement de paradigme. Alors certes là pour le coup va falloir se doter en termes de volonté politique de toute la panoplie du courage sacrificiel de l’imaginaire de Top Gun et pas simplement des lunettes aviateur de kéké.

Mais dans le discours ambiant autour de cette interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, il y a encore un point, un élément, une conséquence, que jamais personne n’évoque ni ne discute et qui me semble pourtant déterminant. Heureusement que je suis là 🙂

Admettons que cette interdiction soit votée et admettons qu’elle s’applique.

Si l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans était votée ce serait alors le plus tonitruant signal envoyé à l’appui de toutes les formes de dérégulation que ces plateformes espèrent et attendent.

Et c’est assez simple à comprendre : si plus aucun mineur de moins de 15 ans, aux yeux de la loi, ne peut et ne doit y être présent, alors le peu de (re)tenue et de régulation auxquelles elles s’astreignaient jusqu’ici par crainte d’une atteinte trop profonde à leur image deviendra instantanément caduque.

La responsabilité, la seule responsabilité de l’accès de mineurs de moins de 15 ans à des contenus extrêmement violents ou problématiques pour cet âge reposerait alors intégralement soit sur une défaillance de la responsabilité parentale, soit sur une incapacité de l’État à garantir le respect du cadre législatif dont il s’est doté. En clair et quoi qu’il puisse se passer ce ne sera plus du tout la faute des plateformes.

Si cette interdiction était votée et s’appliquait, tout se jouerait donc autour de la charge de la preuve de la vérification d’âge. Si c’est aux plateformes de faire la chasse aux comptes de moins de 15 ans, cela impliquera aussi, pour être efficace, que l’État (via des tiers de confiance comme … la CNIL ou l’ANSSI ou l’ARCOM ou PHAROS ou ma tante …) que l’État donc soit lui-même en capacité de documenter leurs manquements, c’est à dire d’identifier des comptes de moins de 15 ans toujours actifs alors qu’ils auraient supposément dû être repérés et fermés. Autant vous dire que ça va être compliqué vu les moyens actuels de l’état et le dimensionnement des effectifs des tiers de confiance sus-mentionnés. Notez bien sûr que les plateformes n’ont absolument aucun intérêt à effectuer cette vérification ou en tout cas à l’effectuer de manière optimale et maximale. Et si c’est à l’État de faire les vérifications, on retombe alors dans le scénario que j’évoquais plus haut, c’est à dire que l’entièreté de la responsabilité et de la charge de la preuve reposerait alors sur les familles (ou sur l’État lui-même). Aucune de ces deux solutions n’est ni souhaitable ni envisageable à l’heure actuelle autrement que dans des contextes politiques totalement et dangereusement illibéraux ou aveugles.

Soyez attentifs et attentives aux prochaines semaines autour de ce projet de loi. Vous serez surpris de constater qu’un certain nombre de plateformes ne vont pas le combattre avec toute l’énergie et la détermination que l’on aurait pu supposer. Car ce projet de loi ne les desservira pas totalement, et il est même probable qu’il leur soit utile pour basculer dans de nouveaux régimes de dérégulation.

« Oui mais en Australie. »

Je vous vois et vous entend. Et j’entends aussi notre Topper Harley national et tout l’hémicycle de droite et d’extrême-droite me dire « Oui mais en Australie ils l’ont fait et ça marche !« . Ce à quoi je réponds : « Alors en Australie ce qui marche c’est surtout des kangourous. » En d’autres termes, alors oui ils l’ont fait, mais ils l’ont fait de manière quand même assez … étrange, et pour l’instant bah ça marche pas super super.

Ils l’ont fait c’est certain et ce sont près de 5 millions de comptes qui auraient été supprimés ou désactivés ou restreints, en tout cas, et c’est important, selon les autorités.

Ils l’ont fait et en effet ça nous a mis le Zuck en pétard (mouillé) et en mode, « vous voulez pas plutôt collaborer avec l’industrie » et « travailler à un relèvement collectif des standards de sécurité, avec la possibilité de proposer des expériences adaptées à l’âge« , arguant (ce qui est vrai, je l’ai moi-même fait dans l’argumentaire de ce billet) que l’un des risques était de voir migrer les adolescents (en Australie la majorité numérique est à 16 ans) vers d’autres plateformes (encore) moins régulées.

Mais ils ne l’ont pas fait pour toutes les plateformes (et du coup bah … on cherche un peu le sens de tout ça …). Ils l’ont fait pour Facebook, Instagram, Threads, TikTok, Snapchat, Kick, Reddit, X, Twitch et YouTube (c’est certes déjà pas mal), mais ils ne l’ont pas fait pour Messenger, WhatsApp, Discord ou Roblox (plateformes initialement de messagerie ou de jeux mais qui sont aujourd’hui fonctionnellement construites et pensée comme autant de médias sociaux, perméables notamment à de la publicité et à toute une liste de dérives déjà largement documentées).

L’esprit de la loi australienne est le suivant « La législation est formulée de manière à donner une définition assez large des réseaux sociaux, laissant à la discrétion de la commissaire à la sécurité numérique [Julie Inman Grant – ndlr] le soin de désigner les plateformes comme telles. » Et bon courage à Julie Inman Grant qui jouit ici d’un grand pouvoir que j’espère corrélé à de grandes responsabilités parce qu’elle va avoir du taff … #SpidermanAttitude

Et donc l’une des premières conséquences a été un déport vers trois plateformes dont la popularité à explosé : « Lemon8, une application qui appartient à ByteDance, propriétaire de TikTok, puis Yope et WhatsApp. » Faut bien avouer que si on ferme des comptes de mineurs sur Instagram ou Tiktok pour qu’ils se retrouvent sur Lemon8 qui appartient à Tiktok …

Autre problème ou effet cliquet que ces débats mal posés et mal arbitrés inaugurent partout dans l’écosystème des services numériques, c’est celui d’une vérification d’âge que personne n’est en capacité de faire sans porter atteinte aux libertés (en l’état en tout cas des services actuels) mais que tout le monde à intérêt de faire y compris des pires manières possibles pour s’affranchir de possibles réglementations inabouties et bancales. Et voici donc « OpenAi qui ient d’annoncer le déploiement dans les prochaines semaines dans l’Union européenne de son outil de prédiction de l’âge » qui reposera, je cite toujours, sur « une combinaison de signaux, notamment la durée d’existence du compte, les sujets de conversations, les moments de la journée où l’utilisateur se connecte ou encore l’âge déclaré, a expliqué l’entreprise. » Et pourquoi OpenAI fait-il cela : parce qu’OpenAI vient d’ouvrir sa boîte de Pandore en proposant des chatbots sexualisés (notamment) et constate (comme c’est étonnant …) les dégâts causés à l’échelle de population jeunes (mais pas uniquement).

Conclusion.

Il faut avoir et garder un élément en tête. Jamais les grandes plateformes de médias sociaux ne renonceront à capter ce public adolescent et même enfantin. Jamais. Pour une raison simple : c’est là leur dernier levier de croissance. Et c’est le seul. Je vous l’expliquais déjà il y a … onze ans, en vous chantant : « Voici venu le temps du web des enfants. » C’est la raison pour laquelle toutes ces plateformes sans exception ont déjà déployé ou tenté de déployer des offres calibrées pour capter ces audiences : Youtube Kids, Messenger Kids ou encore Instagram for Kids (projet mis en pause depuis 2021). Et elles vont continuer.

La seule « bonne approche » dans cette régulation des accès des mineurs à ces plateformes, et quand je dis « bonne approche » j’entends qu’elle soit applicable en droit sans éparpiller façon puzzle les libertés publiques associées, la seule « bonne approche » consiste donc soit à modifier le statut des plateformes pour les rendre pleinement éditrices (et marginalement hébergeuses), mais en effet c’est un. changement complet de paradigme. Et/ou à travailler à contraindre les plateformes pour faire en sorte d’augmenter leurs responsabilités (éditoriales) à destination des publics mineurs qu’elles sont tout à fait ne capacité de circonscrire et de cibler. C’est par exemple l’orientation qui avait été travaillée, en Californie, à l’occasion du vote d’une loi « The California Age-Appropriate Design Code Act« , proposée en 2021 pour une entrée en vigueur en 2024, mais qui s’était finalement vue barrée par le puissant lobby des entreprises derrière « Netchoice » qui milite pour une dérégulation totale du commerce en ligne et combat toute forme de régulation quelle qu’elle soit au nom du 1er amendement de la constitution américaine.

L’idée derrière le California Age Appropriate Design Code Act était pourtant assez vertueuse et bien dimensionnée puisqu’il s’agissait :

« d’obliger les réseaux sociaux – comme Instagram et TikTok – et les plateformes de jeux via Internet à faire passer l’intérêt des enfants avant leurs profits. Approuvé à l’unanimité, le « California Age-Appropriate Design Code Act » obligerait ces plateformes en ligne à examiner comment la conception de leurs produits, leurs algorithmes et leurs stratégies publicitaires pourraient constituer un danger pour les mineurs. (…) S’il est définitivement approuvé, ce texte n’entrera en vigueur qu’à partir de 2024. Les législateurs californiens ont renoncé à une autre mesure qui aurait permis aux autorités de poursuivre les réseaux sociaux s’ils développaient des produits addictifs pour les mineurs (sic). »
Source Les Echos. Août 2022

 

Mais ces approches de régulation concertée et centrée sur les plateformes ne sont envisageables que dans le cadre d’une sincérité législative qui est aujourd’hui malheureusement inenvisageable. Si les lobbies ne font pas entrave, si Donald Trump ne menace pas d’augmenter les droits de douane et d’envahir la Pologne, les détournements seront dans tous les cas massifs et pour l’essentiel invérifiables.

Interdire les médias sociaux aux moins de 15 ans est donc en l’état inapplicable, et l’applicabilité d’une telle mesure reviendrait à encore augmenter l’arsenal législatif entravant le respect de la vie privée et des libertés individuelles. Et au regard de ce qui se passe à l’étranger et se profile potentiellement en France pour les prochaines présidentielles, si on peut éviter de se tirer des balles dans le pied, ça permettra peut-être que la future « ICE » nous mette un peu. moins de balles dans la tête.

La seule décision raisonnable et rationnelle pour protéger les mineurs (mais pas uniquement) c’est que la responsabilité des plateformes soit engagée sur leur statut désormais clair d’éditeur de l’ensemble des contenus qu’elle agrègent et organisent éditorialement et que le recours à la mention d’hébergeur ne soit plus la règle mais l’exception.

Zuckeberg à l’époque où il faisait son tour du monde de convocations devant les représentations nationales pour une liste de manquements extrêmement graves et documentés de sa plateforme (c’était en 2020) avait eu cette phrase : « Treat us like something between a Telco and a Newspaper » (« traitez-nous comme quelque chose entre un opérateur télécom et un journal »). Et bien ne le traitons pas comme ça l’arrange mais comme ce qu’il est : avant tout un journal, avant tout un média. Et traitons tous les autres également et de la même manière.

 

Grain à moudre.

Petit recueil de textes pour réfléchir (‘sereinement) à tout ça (et comprendre pourquoi après y avoir réfléchi sereinement ça reste bien une idée à la con 😉

D’abord l’article très complet de Léo Roussel sur Mediapart à propos de l’expérience Australienne.

Ensuite l’interview d’Anne Cordier (la Queen sur ces sujets) et Grégoire Borst dans Usbek Et Rica : « Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes ? » (spoiler : bah non).

Bien sûr l’étude de l’ANSES dont tout le monde parle beaucoup mais que peu de personnes ont visiblement lu, et qui ne préconise pas d’interdire les réseaux sociaux mais de leur imposer des régulations suffisamment fortes pour désarmer leurs paramétrages toxiques (viralisation, biais de négativité, dark patterns, etc.)

Sans oublier les 3 articles d’Hubert Guillaud (le GOAT) sur la vérification d’âge, notamment le troisième (« un internet de moins en moins sûr« , « Impunité des géants et criminalisation des usagers« , « Panique morale en roue libre »)

Et parce qu’il traite d’une partie de ce sujet (autour de Grok qui déshabille les mineurs) mais aussi parce que chaque phrase de cet article est un coup de point dans la gueule des MAGA et de Musk (et une invitation à nous interroger sur ce que nous-mêmes tolérons et acceptons), le dernier papier de Thibault Prévost sur Arrêt sur Images, « Contre X », dont j’extraie cette citation, « Que faut-il attendre d’un président qui promet 109 milliards d’euros pour développer des IA génératives toxiques, et qui fête l’ouverture d’un sommet industriel pro-IA en publiant un deepfake de lui-même, sur X de surcroît ? »

[Mise à jour du lendemain] L’assemblée nationale a, malheureusement et sans trop de surprise, adopté le projet de loi d’interdiction des réseaux sociaux. Le sénat lui emboîtera probablement le pas.

Spoiler : en l’état du droit et comme le remarque Raphaël Grably, la capacité de cette interdiction relève du seul périmètre de la commission européenne. Plus précisément :

Spoiler again : il est plus que probable que le Conseil d’Etat (avant ou après le passage au Sénat) remette un taquet en expliquant que grosso modo y’a rien qui va (définition de ce qu’est un réseau social, périmètre législatif européen, risque constitutionnel …).

Spoiler for sure : La commission européenne depuis quelques temps ne se signale pas vraiment pas sa volonté d’appliquer ne serait-ce que les règlementations en vigueur (notamment rapport à l’homme orange qui menace d’envahir la Pologne à chaque fois qu’on touche à un cheveu de ses Techbros). C’est donc très très peu probable qu’elle valide quelque forme d’interdiction que ce soit.

Spoiler au carré : de source bien informée (ici notamment), le gouvernement s’apprêterait à sortir une appli de vérification d’âge, adossée à la carte d’identité et intégrée à France Identité. Pour autant que ça marche et que ça aille au bout (cf les spoilers précédents), c’est donc France Identité qui deviendrait le tiers certificateur de confiance. Et là je dis bah bon courage et surtout « Hold my Beer » dès lors que le RN (par exemple) accédera au pouvoir. Et bon courage (bis) au regard de la quotidienneté et de l’immensité des fuites de données, y compris sensibles, et y compris au ministère de l’intérieur qui pas plus tard qu’il y a un mois reconnaissait son « manque d’hygiène informatique » (sic). [Mise à jour de la mise à jour du lendemain] Car pour rappel le principe du tiers de confiance c’est qu’il ne soit pas capable de faire le lien entre vous (qui cherchez à accéder à tel ou tel site) et la plateforme ou le service ou le site (auquel vous voulez accéder). Or en l’état, France Identité accède aux deux bouts de la chaîne, en tout cas est en capacité de le faire.

 

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  • Où est le “case manager” du patient? [en]
    [en] Encore un truc que j’ai mis sur Facebook qui “devrait être un billet de blog”. Une idée qui me passait par la tête. Sur Facebook, pas besoin de titre, on pense à haute voix, on laisse des fautes, c’est pas grave. Ici, je polis un peu plus. Ce qui manque à notre système de santé quand on tombe malade ou qu’on a un accident qui réduit sa capacité à défendre ses intérêts en tant que patient: une personne-ressource, genre un “case manager au service du patient”, qui prend en charge de:
     

Où est le “case manager” du patient? [en]

25 janvier 2026 à 09:13
[en]

Encore un truc que j’ai mis sur Facebook qui “devrait être un billet de blog”. Une idée qui me passait par la tête. Sur Facebook, pas besoin de titre, on pense à haute voix, on laisse des fautes, c’est pas grave. Ici, je polis un peu plus.

Ce qui manque à notre système de santé quand on tombe malade ou qu’on a un accident qui réduit sa capacité à défendre ses intérêts en tant que patient: une personne-ressource, genre un “case manager au service du patient”, qui prend en charge de:

  • trouver les spécialistes (médicaux) ou ressources (aide au ménage, paramédical) qu’il faut – orienter pour éviter l’errance médicale ou les retards de prise en charge
  • gérer l’administratif: ordonnances, certificats médicaux, rapports avec les assurances, agender les rendez-vous médicaux et tout le reste – toute la bureaucratie supplémentaire qui tombe sur le patient
  • avoir une vue d’ensemble des symptômes, diagnostics, examens, traitements, – bien connaître le dossier médical
  • possiblement d’autres trucs auxquels je ne pense pas juste là.

Pour les personnes en couple c’est souvent “l’autre” qui joue ce rôle, pour les enfants, c’est les parents. Quand on est seul… la réalité est qu’on a souvent une moins bonne prise en charge.

Evidemment, le noeud de l’affaire c’est “qui paierait”, j’en ai bien conscience. C’est pas gratuit. C’est un “rôle” qui demande des compétences, mais qui manque vraiment dans la prise en charge, d’autant plus dans un système socio-médical qui est de plus en plus sous pression et bureaucratique (et faillible, sur le plan administratif).

J’en ai clairement ressenti le besoin avec mon accident (mais j’ai d’autres situations dans mon entourage qui le montrent également, à mon sens). Juste après mon accident, j’ai du déployer beaucoup d’énergie et de ressources (heureusement j’ai beaucoup de ressources, je suis bien entourée, j’ai du réseau) pour premièrement obtenir le soutien dont j’avais besoin dans l’immédiate (aide pour la toilette, les repas, le ménage, gérer l’administratif accident-médical du moment), et deuxièmement réussir à obtenir la bonne prise en charge pour ma commotion. Ça a rajouté énormément de stress et de fatigue supplémentaire alors que j’étais déjà fragilisée.

Maintenant également, lors de ma rechute de ce début d’année: alors que j’ai besoin de repos, je dois gérer de la paperasse, des rendez-vous, de la communication d’informations avec les diverses parties prenantes qui se sont multipliées durant cette dernière année. L’augmentation de charge mentale quand on a un syndrome post-commotionnel est justement ce qu’on cherche à éviter. Et même quand on est dans une autre situation médicale, ça va jamais faire de mal de la réduire.

Si vous avez des idées géniales, des mécènes ou des sponsors potentiels sous le coude, ou si ce genre de chose existe déjà sous une forme ou une autre qui mériterait d’être développée, annoncez-vous à la réception!

  • ✇affordance.info
  • Parcoursup est lancé. Et à l’université, c’est tous les jours le Doomsday.
    Imaginez-vous vivre dans un pays où la totalité des entreprises seraient déficitaires. La totalité. Un pays dans lequel aucune, je dis bien aucune entreprise ne serait en capacité de dégager un résultat positif. Et bien c’est exactement la situation actuelle de l’ensemble des université françaises. La totalité. Je vous l’avais annoncé (avec d’autres et depuis quelques années et avec colère) et c’est arrivé. La totalité des universités françaises ont voté un budget en déficit. Vous me direz qu’un
     

Parcoursup est lancé. Et à l’université, c’est tous les jours le Doomsday.

20 janvier 2026 à 10:32

Imaginez-vous vivre dans un pays où la totalité des entreprises seraient déficitaires. La totalité. Un pays dans lequel aucune, je dis bien aucune entreprise ne serait en capacité de dégager un résultat positif. Et bien c’est exactement la situation actuelle de l’ensemble des université françaises. La totalité. Je vous l’avais annoncé (avec d’autres et depuis quelques années et avec colère) et c’est arrivé. La totalité des universités françaises ont voté un budget en déficit.

Vous me direz qu’une université n’est pas une entreprise. Certes. Pour autant et depuis le vote de la funeste LRU, loi dite « d’autonomie », par la fumeuse Valérie Pécresse sous injonction du premier président délinquant (Nicolas Sarkozy), tout à été fait pour assimiler les universités à autant d’entreprises. Ça donne envie de gifler des gens de droite avec une barre à mine quand on relit ça aujourd’hui, mais à l’époque tout ça nous était présenté en mode « il s’agit de redonner de l’attractivité aux universités« . Lol. Dans un an, en 2027, voilà 20 ans que la loi LRU aura donc été déployée. Ne comptez-pas trop sur moi pour la fête d’anniversaire, mais le bilan est là : vingt ans c’est le temps qu’il faut pour totalement détruire à la fois les infrastructures universitaires (ou les laisser s’effondrer, cela revient au même), pour précariser totalement à la fois la population étudiante mais aussi les vacataires et personnels administratifs et techniques sans qui rien jamais n’est possible, pour faire de la recherche une activité concurrentielle comme les autres et ne plus la financer que « sur projet » (dont la plupart ne sont donc … pas financés), et pour épuiser presque totalement la bonne volonté et la détermination des enseignant.e.s. et des chercheurs et chercheuses.

Vingt ans c’est aussi le temps qu’il aura fallu pour en parallèle, faire toute la place au secteur privé, à ces écoles véroles qui captent les financements publics, à ces formations croupion qui ajoutent des frais de scolarité exorbitants à des diplômes en carton (mais tout va bien, c’est un banquier qui vous y accueille et qui vous parle des prêts possibles avant de vous parler des enseignements reçus), à ces conglomérats d’escrocs aka les grands groupes privés qui recrutent des clients avant de former des étudiants. Juste un chiffre. Presque 3 millions d’étudiantes et d’étudiants en France, dont presque 800 000 dans le privé. Un chiffre et une dynamique : « Depuis 2013, les inscriptions dans le privé ont même augmenté de 62,7 % contre 9,6 % dans le public. » Pourquoi cette explosion du privé depuis 2013 ? Pour bien comprendre, 2007 c’est donc l’année où la loi LRU est votée pour les universités, et 2013 c’est l’année où elles l’ont dans le cul parce que ce qui était prévu dans le cadre de la loi LRU c’était que : « d’ici au 1er , toutes les universités accèdent à l’autonomie dans les domaines budgétaire (article 50) et de gestion de leurs ressources humaines et qu’elles puissent devenir propriétaires de leurs biens immobiliers. » Tout ça, les 100% d’universités publiques qui votent aujourd’hui un budget en déficit, ce n’est pas le fruit du hasard mais l’aboutissement d’un projet politique parfaitement pensé, et surtout parfaitement dégueulasse.

Il fallait être rentable. Rentable les formations, rentable les débouchés, rentable, rentable, rentable. Et autour et pendant que les aides de l’état tombaient comme jamais dans les financements des aides aux entreprises, comme jamais les aides de l’état pour les universités se tarissaient : et aux universités de se démerder avec leur gestion bâtimentaire (pile au moment où la plupart desdits bâtiments commençaient à tomber en ruine), et aux universités de se démerder avec la prise en charge du glissement vieillesse-technicité, et aux universités de se démerder avec la prise en charge de la mutuelle de tous leurs agents et salariés. Et « à moyens constants » hein.

Alors on trouve certes sous la plume de quelques journalistes également ou anciennement universitaires, des éditoriaux qui nous alertent. Par exemple celui de Guillaume Erner le 16 Janvier sur France Culture qui disait et écrivait :

« Il y a deux manières de faire la guerre à l’université. La première est frontale : considérer, comme Donald Trump, que ce sont des repaires de gauchistes et les étrangler ouvertement. La seconde est plus sournoise : les laisser crever à petit feu, silencieusement, sans débat, sans indignation. J’ai bien peur que ce soit cette seconde méthode qui soit à l’œuvre en France.

Or il n’y a rien de plus dangereux pour un pays que cet anti-intellectualisme-là. Faire la guerre à l’université, ce n’est pas un détail budgétaire : c’est un volet central de la guerre à l’intelligence. C’est obérer l’avenir. Les étudiants d’aujourd’hui sont les doctorants de demain et les chercheurs d’après-demain. Ceux qui, au nom d’autres “priorités”, se désintéressent du sort des universités sont en train d’endommager gravement l’avenir du pays — dans une indifférence quasi générale. »

 

Mais à part ces quelques surgissements tout à fait confidentiels dans le bruit médiatique ambiant, partout un grand silence.

Et pourtant moi comme d’autres on s’agite, on analyse, on gueule, on documente. Et depuis longtemps. Mais rien putain. Rien. Et des ministres de la chose dont on à l’impression qu’ils ne font que se disputer le podium de la connerie, le maillot jaune de l’incurie, et la palme de la provocation. Dernier en date : Philippe Baptiste qui après avoir littéralement chié sur les universités et les universitaires en Novembre 2025 (« c’est pas Zola non plus« ) lance en Janvier 2026 des « Assises du financement des universités » (lire à ce sujet l’indispensable, l’incontournable, et le plus précieux d’entre nous, aka Julien Gossa). Le résultat de ces assises je vais vous le donner en exclusivité :

  • « la carte des formations va être revue. » Traduction : des formations vont fermer. Traduction de la traduction : les SHS ça va être une boucherie, allez plutôt vous trouver des métiers utiles et rentables aux yeux du Medef.
  • « L’offre de formation va être rationalisée à l’échelle des territoires. » Traduction : des sites universitaires délocalisés vont fermer (mais pas tout de suite, en tout cas pas partout tout de suite, parce que y’a des municipales et que globalement c’est pas le bon timing)
  • « Une politique différenciée des droits sera appliquée. » Traduction : les frais d’inscription vont exploser. Un peu exploser en licence. Beaucoup exploser en Master et au-delà. Et à la folie exploser pour les étudiantes et étudiants étrangers extra-communautaires (c’est malheureusement déjà souvent le cas) parce qu’en plus d’être étudiants bah ils sont étrangers.

Et vous savez quoi ? A la fin de ces « assises » on aura toujours aussi mal au cul et on fera toujours semblant de ne pas comprendre pourquoi.

Franchement je ne sais plus ni comment le dire ni comment m’y prendre. De la place qui est la mienne, de ce que je vois des micro-responsabilités que j’endosse ou ai endossé (ouverture de formation, direction d’un département, direction-adjointe d’une composante) je suis toujours autant effaré qu’en colère quand je vois à la fois notre propre capacité à nous tirer des balles dans le pied, notre incapacité à nous indigner autrement que de manière feutrée et policée, et pourtant l’énergie et la « bonne foi » d’une majorité de collègues qui décident de mesures dont chacun voit bien qu’elles sont mortifères. On n’a jamais fait autant de réunions, on n’a jamais eu autant d’instances, on n’a jamais eu autant de tutelles, on n’a jamais eu autant d’évaluations permanentes sur la qualité de ceci et l’opportunité de cela, et on n’a jamais été autant absolument incapables de « piloter » nos établissements autrement que par injonctions paradoxales et contradictoires. [Disclaimer. La littérature scientifique (notamment dans le champ de la psychologie et notamment dans les années d’après-guerre avant celle de l’économie et du management des années 1980) documente parfaitement la manière dont se termine l’histoire des individus et des institutions dirigées sur des injonctions paradoxales, et elle (la littérature scientifique) est unanime : ça se termine à l’asile.]

Mais alors concrètement, c’est quoi le quotidien d’une université
avec un budget en (gros) déficit ?

En résumé c’est une université où plus rien n’est jamais certain. On nous répète souvent dans tous les éditos économiques et politiques que les entreprises ont besoin de visibilité sur le moyen et le long terme et qu’elles n’aiment rien moins que l’incertitude. Bah figurez-vous que les universités … aussi. Quand plus rien n’est jamais certain, quand les personnels (profs, vacataires, agents techniques, personnels administratifs) ne savent pas s’ils pourront toujours être là dans un mois ou dans un an, quand on ne sait pas si on pourra maintenir tel ou tel groupe, telle ou telle formation, tout se tend puis … tout se détend brutalement dans le fracas d’un effondrement.

C’est une université dans laquelle des gens font des cours, beaucoup de cours, parce qu’il n’y a plus assez de collègues pour faire ces putains de cours (parce qu’on ne crée plus du tout de postes à l’échelle de la volumétrie des départs en retraite notamment et parce que même les vacataires ne veulent plus venir tellement c’est compliqué et la misère), et où ces mêmes gens qui font beaucoup de cours, où ces enseignant.e.s doivent attendre la réunion d’un tribunal des heures supplémentaires une fois que l’année est terminée, pour savoir s’ils pourront être ou non payés pour les cours qu’ils ont fait « en plus » durant cette année. Vous me direz « bah ils n’ont qu’à bosser pour la gloire, ça va bien vu leur salaire. » Je vous confirme que certains le font déjà. Vous me direz aussi « bah ils n’ont qu’à pas faire ces cours. » En effet. Certains le font déjà aussi. Et donc on ampute les maquettes et les contenus de formation. Et on marche au rabais. Mangez plutôt vos morts tiens.

C’est une université dans laquelle plus rien, absolument plus rien n’est logique. Chaque décision sur le plan de la formation ou de la recherche entre directement en concurrence (pas du tout libre et totalement faussée) avec des arbitrages de gestion de pénurie ou de financement sur projet qui au mieux les rendent impossible et au pire se font systématiquement au détriment d’autres (formations, composantes, collègues, services) qui sont pourtant les mêmes que nous. Ça me rend totalement dingue quotidiennement. Et si j’étais tout seul ce ne serait pas très grave.

100% des universités publiques qui ont voté un budget en déficit et n’ont donc, de manière très rationnelle et très empirique, plus aucun moyen pour fonctionner normalement. Je le redis différemment. 100% des universités publiques fonctionnent aujourd’hui au mieux en mode dégradé, en gérant des pénuries et de la précarité à tous les niveaux. Je le redis encore autrement. Derrière ce 100% des universités publiques qui crèvent à crédit, il y a vos gosses. 3 millions d’entre elles et eux. Vos gosses (les miens aussi hein) qu’on accueille. Vos gosses qu’on forme professionnellement. Vos gosses qu’on émancipe intellectuellement. Vos gosses qu’on ouvre culturellement. Mais vos gosses aussi qu’on soigne (la médecine universitaire est digne de celle d’un pays du tiers-monde mais les collègues – médecins, infirmières, psys, font ce qu’ils et elles peuvent et sans elles et eux les drames déjà intolérables le seraient encore davantage). Mais vos gosses aussi qu’on nourrit parce qu’aujourd’hui chaque campus est devenu une putain de succursale des restos du coeur, où l’on voit des profs filer des cours et à manger.

[Parenthèse : vous connaissez Benjamin Duhamel ?] Et lorsqu’enfin le gouvernement devrait voter les repas à un euro pour tous les étudiants et les étudiantes (hope so …) il faut encore se fader ce chancre mou de Benjamin Duhamel expliquant que « houlala mais les enfants de Bernard Arnault et des milliardaires ils vont pouvoir manger pour un euro, est-ce que c’est vraiment une mesure de gauche ? » Benjamin écoute-moi. Ecoute-moi bien. T’as vraiment cru que les enfants de Bernard Arnault ils étaient passé en fac de lettres à Cergy ? Où même à l’IAE de Poitiers ? T’as vraiment pensé que les chiards de nos milliardaires ils allaient faire la queue au Resto U ? Benjamin pardon mais vraiment t’es trop con. Tu me fatigues avec la constance d’un enfant de 3 ans sous ecsta, tu m’énerves avec l’opinâtreté d’un bouton d’acné récalcitrant sur la peau d’un adolescent, tu m’irrites la tête avec l’efficacité d’un milliard d’oxuyres irritant des culs. [/Maintenant vous connaissez Benjamin Duhamel.]

[Mise à jour du lendemain] Par ailleurs comme l’écrit très bien Nozo sur X : « On s’en branle on préfère qu’un enfant de bourgeois mange pr 1€ plutôt qu’un pauvre ne puisse pas manger ou se retrouve à devoir 36000 justificatifs pr bénéficier d’un repas pas cher. » [/Mise à jour du lendemain]

Dites et pensez ce que vous voulez de l’université mais gardez en tête que tout cela concerne d’abord vos enfants. Trois millions d’entre eux. Le monde dans lequel vos gosses (et les miens) vont devenir des adultes n’aura plus rien de commun avec celui que nous avons connu. Dérèglement climatique, conflits internationaux, escalades militaires, brutalisation des démocraties et des institutions, désinformation massive, arrivée au pouvoir de régimes autoritaires, illibéraux, montée des nationalismes et des fascismes. Donc on ne va pas seulement avoir besoin de discipliner les corps via la remilitarisation qui s’annonce, mais on va aussi avoir besoin, et besoin comme jamais d’avoir des gens capables de réfléchir et de penser le monde, leur monde, avec toute la distance et les connaissances que cela implique.

J’écoutais dimanche soir l’émission « En société » sur France 5 dans laquelle Magali Lafourcade (magistrate) expliquait à la fois comment et pourquoi Donald Trump et toute sa diplomatie mettaient les bouchées double en pression et en désinformation pour faire en sorte que l’extrême-droite (Le Pen ou Bardella) arrive au pouvoir en France (à partir de la 29ème minute). Demain il sera beaucoup trop tard pour sauver les universités et avec elles une certaine conception de la démocratie et de la société. Parce qu’aujourd’hui la plupart des politiques ont « juste » le projet qu’elles s’effondrent en nourrissant leur croyance que le privé les remplacerait. Ils et elles ne sont pas hostiles « au savoir » ou « à la connaissance » mais ils ne voient pas l’intérêt ce « cette connaissance là » ou de « ces savoirs là ». Mais demain celles et ceux qui seront au pouvoir auront une posture totalement différente : ils n’en auront absolument plus rien à foutre et viendront pisser sur nos tombes. Et pour ce qui tiendra encore vaguement debout, ils y mettront des grands coups de botte pour que ça finisse de s’effondrer. Nous ne serons plus des opposants ou des adversaires, nous serons des ennemis. Regardez autour de vous partout dans de monde à chaque fois qu’un pouvoir a basculé : aux USA avec Trump, en Argentine avec Milei, en Italie avec Melloni, et ainsi de suite. En France la rumeur d’un « islamo-gauchisme » à l’université a très exactement été inventée et construite pour cela. Et force est de constater que ça marche. A ce rythme là, demain en France comme ailleurs aujourd’hui, les enseignants, enseignantes, chercheurs, chercheuses, seront juste des ennemis. Des cibles. Voilà pour la première ligne. Mais derrière, juste derrière, il y a la deuxième ligne. Celle de vos gosses, justement.

Et puis sur tout ça vous ajoutez cette autre immense
saloperie qu’est Parcoursup
.

Et dont je vous ai aussi souvent parlé. Et là aussi pardon d’avoir eu (avec d’autres) raison trop tôt mais cela fonctionne exactement comme c’était prévu au départ. C’est à dire primo, déposséder la plupart des établissements de leur marges d’appréciation des dossiers. Juste pour vous donner une idée d’à quel point c’est lunaire, cette année on nous a expliqué que si on voulait toujours avoir des lettres de motivation dans les dossiers, bah il allait falloir … le justifier. Et oui. Je rappelle que par ailleurs tout est tellement saucissonné dans Parcoursup pour les lycéens et lycéennes que le remplissage d’un dossier renvoie immanquablement à la scène « ça dépend ça dépasse » du Père Noël est une ordure : décrivez votre vie en 100 caractères, votre projet d’orientation en 250 et votre motivation en 300 caractères espaces comprises. Parcoursup aujourd’hui c’est Twitter y’a 10 ans. Et donc maintenant c’est à nous de justifier que « ah mais oui on veut une lettre de motivation. » C’est encore une idée à la con de mon ami Mister T et de son équipe qui met au moins les 2/3 des équipes pédagogiques universitaires en PLS mais ça, mon ami Mister T et le ministère, ils n’en ont absolument rien à foutre. Deuxio, remettre entre les mains de décideurs aussi éloignés que possible du terrain (ou totalement alignés avec un agenda politique libéral circonstanciel, ce qui est tout à fait compatible avec le premier critère), les choix de volumétrie d’accueil et de nombre de places. Et là encore il faut lire Julien Gossa qui le répète, le documente et l’explique patiemment :

 

Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, la politique éducative nationale ne vise plus à élargir l’accès aux études supérieures, mais à le réduire. La France se tourne désormais officiellement vers un régime de démassification, de réduction du niveau global d’éducation et de formation professionnalisante de la population. Cette orientation n’a pas d’équivalent historique (…)

 

Tertio, tout miser sur l’épuisement par la contrainte. C’est tellement compliqué, tellement usant de se battre contre ces guignols, il faut tellement tout recommencer chaque année, qu’au bout d’un moment même les plus énervés (genre moi) finissent par capituler. Ok. Balek. Vous voulez qu’on trie juste parmi des moyennes anonymes ? On va le faire. Vous voulez qu’on soit tellement inondés de dossiers et de demandes qu’on finisse par se résoudre à ne plus les traiter que statistiquement ou algorithmiquement, et bah d’accord (vu que ça fait maintenant 7 ans qu’on s’épuise à vous expliquer et à vous démontrer que, par exemple, la hiérarchisation des voeux permettrait de tout accélérer et d’arrêter de faire nimp). Et derrière y’a plus pour les ministres et gouvernements qu’à tout laisser filer, et dès que ça commence à filer, tout vient très vite. Les universités suppriment des places : 300 par ci, 600 par là.

 

Plusieurs milliers de places supprimées à la rentrée à l’échelle de l’ensemble des universités et au regard des 3 millions d’étudiantes et d’étudiants ça paraît anecdotique. C’est pourtant tout à fait critique. Parce que c’est le point de bascule. Définitif. Derrière ces places supprimées il y a, encore et toujours, vos gosses. Qui devront soit renoncer à étudier, soit aller étudier plus loin de chez eux (avec les frais que cela impose), soit se résoudre et vous avec à se tourner vers les vautours opportunistes du privé. Et puis ce ne sont pas que des « places » que l’on supprime. Parce qu’en face de ces « places » il n’y aura plus de profs, il n’y aura plus de personnels techniques et administratifs. Y’aura plus rien. Juste notre colère et notre rage. Qui peut-être trouvera des formes collectives pour s’incarner et se manifester. Il en est de très rares à l’université comme le collectif RogueESR par exemple. Mais face à l’Empire …

 

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