Vue normale

  • ✇Made Not Found (by danah boyd)
  • Look Around
    Earlier this week, Alvaro Bedoya published a story-forward account of his experience as an FTC commissioner in the US. It's the kind of story that makes an ethnographer swoon. Through his accounting, he demonstrates how his perspective on politics changed by talking with people around the country. His experience this role upended his understanding of why American people are struggling - and why they are making the political choices that they make. His accounting reminds me so much of my experien
     

Look Around

18 octobre 2025 à 09:46
Look Around

Earlier this week, Alvaro Bedoya published a story-forward account of his experience as an FTC commissioner in the US. It's the kind of story that makes an ethnographer swoon. Through his accounting, he demonstrates how his perspective on politics changed by talking with people around the country. His experience this role upended his understanding of why American people are struggling - and why they are making the political choices that they make.

His accounting reminds me so much of my experience talking with teenagers all over the US. What powerful voices think about the problems in the world often look different from a different perspective. In my case, I was grappling with how teens' understanding of their struggles, desires, and goals looked different from adults' anxieties. In Alvaro's case, he came to realize that the DC narratives animating "left" and "right" don't make sense on the ground as people struggle with the economic realities of the present. Put simply, he shows why grappling with the political economy matters. (And he makes it very clear how corporate greed and oligarchic power have shaped political views.)

Today is the second large-scale "No Kings" protest. That message is super important. But to understand why so many people elect - and continue to support - authoritarian leaders, we need to appreciate how the political economy configures the public in ways that are genuinely painful. Alvaro did the work to see that. His story is powerful so please read it. But it also on all of us to learn to see what life looks like to people in our world. To appreciate the struggles others are facing. To understand why they feel trapped. Because when we do overthrow our kings - which we will because we must - we need to have a positive vision on the other side. And that has to start with addressing the oppressive configuration of money and power that so many people are experiencing every day.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • La trumpisation du Parti québécois
    Nous avons toutes les raisons de nous inquiéter de la pénétration des politiques trumpistes au Canada. Pierre Poilievre et le Parti conservateur du Canada ne se gênent pas pour employer exactement les mêmes stratégies. Éric Duhaime et le Parti conservateur du Québec se le permettent également. À l’exception des conservateurs eux-mêmes, je pense que peu de gens contesteraient cette affirmation. La trumpisation que j’observe, mais dont on parle moins, est celle du Parti québécois sous Paul St-P
     

La trumpisation du Parti québécois

14 octobre 2025 à 06:51

Nous avons toutes les raisons de nous inquiéter de la pénétration des politiques trumpistes au Canada. Pierre Poilievre et le Parti conservateur du Canada ne se gênent pas pour employer exactement les mêmes stratégies. Éric Duhaime et le Parti conservateur du Québec se le permettent également. À l’exception des conservateurs eux-mêmes, je pense que peu de gens contesteraient cette affirmation.

La trumpisation que j’observe, mais dont on parle moins, est celle du Parti québécois sous Paul St-Pierre Plamondon. Plus le temps passe, plus je lui découvre des stratégies communes avec le fasciste de la maison blanche.

Avertissement inutile: Comparer deux personnes ne signifie pas qu’on les considère identiques. Je peux considérer que Paul St-Pierre Plamondon s’inspire du manuel de Donald Trump sans croire qu’il rêve d’envoyer l’armée dans les villes gouvernées par ses adversaires. J’ai écrit « avertissement inutile » parce que les péespépistes ont probablement déjà commencé à écrire que ma comparaison est absurde avant même de lire ce paragraphe.

La complaisance envers l’extrême droite
Invité à résumer la position du Parti québécois sur l’échiquier politique au balado de Derek Fildebrandt, Plamondon a commencé en disant qu’il est « anti-radical left ». Le chef du PQ place donc l’opposition à la « gauche radicale » au centre de son idéologie. En revanche, il se désintéresse de la droite radicale, bien que celle-ci soit présente à l’intérieur de son propre parti. En novembre 2024, un reportage d’Étienne Fortin-Gauthier a montré les accointances entre le Parti québécois, le Bloc québécois et le regroupement d’extrême droite « Nouvelle alliance ». J’attends encore une seule intervention de Plamondon qui condamnerait la droite radicale avec autant de coeur que lorsqu’il condamne la gauche radicale. On ne l’entend pas non plus critiquer le masculinisme, dont « l’entrisme » dans nos écoles est pourtant bien mieux documenté que celui de l’islamisme. Je ne dis pas que Plamondon est d’extrême droite. Je dis qu’il semble craindre de s’aliéner le vote de l’extrême droite. Il n’a évidemment pas la même crainte pour la gauche radicale, qui ne vote déjà pas pour lui.

La fabrication d’un ennemi imaginaire
Le 28 mars 2023, Paul St-Pierre Plamondon a convoqué les journalistes à un point de presse pour se plaindre d' »une frange de gauche radicale, qui occupe beaucoup d’espace, même médiatiquement », « des gens qui se présentent comme des experts », qui auraient qualifié les péquistes d’extrême droite en raison de leurs demandes répétées de fermer le chemin Roxham. Aux journalistes qui lui demandaient des noms, Plamondon a refusé de citer un seul exemple. « C’est vous qui êtes journaliste. » Situation absurde, mais qui annonçait la suite des choses, puisque Plamondon se plaint constamment de cette « gauche radicale ».

En novembre 2024, Plamondon a fait plusieurs sorties contre le « wokisme ». Invité par Guy A. Lepage à définir le wokisme, il a répondu carrément que « C’est pas tant la définition du wokisme qui importe ». Bonne stratégie. Moins on définit l’épouvantail contre lequel on se bat, plus on peut l’associer à n’importe qui et plus on charme ceux qui comprennent que l’épouvantail est l’ennemi à abattre. Maurice Duplessis a passé sa vie à lutter contre le communisme, mais ne s’est jamais donné la peine d’en donner une définition.

On sait que Québec solidaire fait partie de cette gauche radicale woke impossible à définir. Elle englobe également « certains universitaires », « certains chroniqueurs », « certains militants »… De façon générale, elle semble inclure toute personne critiquant Plamondon à l’exception de la CAQ, du PLQ et du PCQ. Plamondon se présente donc comme le rempart contre un ennemi à la fois tout-puissant et insaisissable.

L’intolérance aux critiques, en particulier celles des médias
Paul St-Pierre Plamondon s’est bâti la réputation d’être « soupe au lait » ou d’avoir « la mèche courte » pour reprendre l’expression de Yasmine Abdelfadel. Il reproche aux chroniqueurs qui le critiquent leurs « procédés intellectuels fallacieux », « procédés intellectuels douteux », « déformations de propos », « accusations grossières », « procès d’intention »… Des reproches qu’il a notamment adressés à Rima Elkouri, Yasmine Abdelfade, Antoine Robitaille, Thomas Mulcair, Marie-Ève Doyon et Paul Journet. Comme s’il était absolument impossible d’être en désaccord avec ses positions sans être malhonnête.

Dernièrement, Pascal Bérubé a déposé une plainte à l’ombudsman de Radio-Canada pour des propos « inacceptables » tenus par Rachel Chagnon lors de l’émission Tout peut arriver du 27 septembre 2025. Pour rappel, Mme Chagnon a accusé le Parti québécois de viser l’homogénéité dans les classes avec ses nouvelles propositions en matière de « laïcité ». Elle termine sa phrase par « et pourquoi pas tous blonds aux yeux bleus? » Dans les jours qui ont suivi, Plamondon s’est plaint d’avoir été accusé de racisme.

Pascal Bérubé fait de la politique depuis assez longtemps pour savoir que sa plainte n’aura aucune conséquence. Il sait comme moi quelle sera la réponse de l’ombudsman: « Ces opinions ne sont pas celles de Radio-Canada : elles appartiennent aux personnes qui les expriment. » Combien de fois Justin Trudeau et François Legault ont-ils été accusés de fascisme pendant la pandémie? Je ne crois pas que leur bureau respectif se soit plaint à chaque fois. S’ils l’ont fait, ça n’a visiblement rien changé. Le but d’une plainte comme celle de Bérubé est simplement d’intimider. Que les personnes qui s’expriment dans les médias craignent les conséquences de s’attaquer au Parti québécois.

Même tactique lorsque Jean-François Lisée porte plainte au collège des médecins contre la psychiatre Marie-Eve Cotton. Nous avons eu des médecins députés, ministres et premiers ministres. Pensez-vous que le collège va sanctionner une médecin parce qu’elle critique le chef de la troisième opposition? L’objectif est encore une fois ici d’intimider.

À l’intérieur du parti, aucun chef péquiste n’a été plus difficile à critiquer que Plamondon. Le dernier officier du PQ à avoir osé remettre sa politique en question a été expulsé de la commission politique. Même des péquistes de longue date comme Louise Harel et Pierre Céré peuvent être associés à la « gauche radicale » pour avoir osé contredire le chef.

Le pompier pyromane
Depuis trois ans, Paul St-Pierre Plamondon pointe l’immigration comme explication universelle aux problèmes du Québec. L’immigration a selon lui causé le déclin du français, la crise du logement, la pénurie d’enseignants, la crise des services, la résurgence de l’homophobie, la hausse de la criminalité chez les jeunes, la baisse du taux de natalité, la stagnation du produit intérieur brut… Le chef du PQ aime pointer l’Europe du doigt, en dépeindre un portrait catastrophique et nous prévenir que c’est ce qui nous attend. En l’écoutant, on imagine des villes européennes où des quartiers entiers sont contrôlés par de le crime organisé et/ou par des islamistes.

Et le plus drôle, c’est que Plamondon accuse aussi l’immigration de… dégrader le climat social. Et de favoriser la montée de l’extrême droite. Bien entendu que si on répète constamment à la population que tous les problèmes sont provoqués par l’immigration, il se pourrait que des gens deviennent plus hostiles à l’endroit des immigrants et se rapprochent des groupes les plus agressivement xénophobes.

De la même façon, le PQ est en train de convaincre ses électeurs qu’il est urgent d’empêcher les élèves du primaire de porter des signes religieux. J’ignorais que c’était une préoccupation. On n’avait littéralement jamais entendu parler de ce « problème » avant que le PQ le fabrique de toute pièce. Mais Plamondon se présente comme un démocrate. Il ne fait qu’adresser les préoccupations des gens. Et lorsqu’il sera premier ministre, il va régler le problème qu’il a lui-même nourri. Bref, le pompier pyromane.

Consulter la liste des déclarations problématiques de Plamondon sur l’immigration.

L’hostilité à la diversité de genre
À l’automne 2023, Paul St-Pierre Plamondon associait les pronoms non-binaires et les toilettes mixtes à « l’idéologie de la gauche radicale ». En février 2025, le Parti québécois a été le seul parti à ne pas appuyer une motion dénonçant la montée de l’homophobie. L’actuelle députée de Terrebonne, Catherine Gentilcore, reproche au programme d’éducation à la sexualité d’être « fondé sur la théorie du genre ». Et comme la CAQ, le PQ s’oppose à l’écriture inclusive. Du populisme pur et simple, sans égard pour la haine qu’il peut engendrer.

Une lettre ouverte de Catherine Gentilcore, députée de Terrebonne, a dû être corrigée par La Presse (2 décembre 2024) parce qu’elle contenait une information mensongère sur le nouveau programme d’éducation à la sexualité, laissant entendre qu’on recommanderait aux enseignants d’apprendre aux enfants d’âge préscolaire que leur genre leur a été attribué par la société. C’est faux. Mais la lettre, qui a été lue par des milliers de personnes avant d’être corrigée, a bien transmis son message: « l’idéologie du genre » est à l’assaut de notre système d’éducation.

Lorsqu’il a commenté la triste polémique de « Mx Martine », cette enseignante non-binaire de Montérégie, Paul St-Pierre Plamondon est sombré dans la démagogie la plus totale, accusant la « gauche radicale » de vouloir « imposer (de nouveaux pronoms) dans le système d’éducation sans débat préalable sur le plan démocratique ». On parlait toujours bien d’une seule enseignante qui avait demandé à ses élèves de l’appeler Mx. Comment est-elle devenue une agente de cette infâme « gauche radicale »? Un tel discours a tout pour susciter la haine envers les personnes trans et non-binaires, faisant écho à l’imaginaire « lobby trans » dénoncé par les militants transphobes.

L’anti-intellectualisme
Les États-Unis n’ont jamais eu un président aussi hostile aux universités que Donald Trump. Les chercheurs qui ne lui disent pas ce qu’il veut entendre (ils sont nombreux puisque Trump n’aime pas la vérité) sont classés au rang d’ennemis de l’État et sont les cibles de toutes sortes de sanctions. Et on connaît l’hostilité des trumpistes pour le « wokisme » ou encore les mesures d’égalité, diversité et inclusion (EDI).

À une plus petite échelle, Paul St-Pierre Plamondon n’est pas très différent. Peu importe le nombre de recherches reconnaissant le racisme systémique ou vantant les bienfaits de l’EDI, du féminisme intersectionnel, de l’écriture inclusive, le chef du PQ les discrédite d’emblée parce qu’elles ne confirment pas ses propres biais. Il qualifie de « militants », d' »idéologues » et même de « charlatans » les chercheurs et professeurs d’université dont les recherches le contredisent.

En janvier, Plamondon était au balado Frenchcast dans lequel il a promis que son gouvernement allait « se réapproprier démocratiquement le contenu en éducation ». Il explique: « Je vais revendiquer le mécanisme de commission parlementaire avec des experts, mais des citoyens et des gens qui représentent des citoyens, pour que le débat ne soit pas le monopole “ d’experts ” qui sont en fait, parfois, des idéologues. » Faut-il comprendre qu’un gouvernement péquiste va décider de ce qu’il est convenable d’enseigner ou non à l’université, non pas en fonction de l’état de la recherche, mais en fonction de ses propres positions? Il n’y a rien de « démocratique » dans le fait de censurer des professeurs ou des chercheurs parce que leurs recherches ne flattent pas le gouvernement et son électorat dans le sens du poil.

Conclusion
Je n’hésite pas à affirmer que Paul St-Pierre Plamondon a copié plusieurs pages du manuel du fasciste de la Maison-Blanche. Et c’est inquiétant. Le trumpisme est une menace pour la démocratie, peu importe qui le met en place. Le Canada a évité le pire (au moins temporairement) en refusant de donner les clefs du pouvoir à Pierre Poilievre en avril. J’espère que le Québec saura en faire autant l’an prochain.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • La trumpisation du Parti québécois
    Nous avons toutes les raisons de nous inquiéter de la pénétration des politiques trumpistes au Canada. Pierre Poilievre et le Parti conservateur du Canada ne se gênent pas pour employer exactement les mêmes stratégies. Éric Duhaime et le Parti conservateur du Québec se le permettent également. À l’exception des conservateurs eux-mêmes, je pense que peu de gens contesteraient cette affirmation. La trumpisation que j’observe, mais dont on parle moins, est celle du Parti québécois sous Paul St-P
     

La trumpisation du Parti québécois

14 octobre 2025 à 06:51

Nous avons toutes les raisons de nous inquiéter de la pénétration des politiques trumpistes au Canada. Pierre Poilievre et le Parti conservateur du Canada ne se gênent pas pour employer exactement les mêmes stratégies. Éric Duhaime et le Parti conservateur du Québec se le permettent également. À l’exception des conservateurs eux-mêmes, je pense que peu de gens contesteraient cette affirmation.

La trumpisation que j’observe, mais dont on parle moins, est celle du Parti québécois sous Paul St-Pierre Plamondon. Plus le temps passe, plus je lui découvre des stratégies communes avec le fasciste de la maison blanche.

Avertissement inutile: Comparer deux personnes ne signifie pas qu’on les considère identiques. Je peux considérer que Paul St-Pierre Plamondon s’inspire du manuel de Donald Trump sans croire qu’il rêve d’envoyer l’armée dans les villes gouvernées par ses adversaires. J’ai écrit “avertissement inutile” parce que les péespépistes ont probablement déjà commencé à écrire que ma comparaison est absurde avant même de lire ce paragraphe.

La complaisance envers l’extrême droite
Invité à résumer la position du Parti québécois sur l’échiquier politique au balado de Derek Fildebrandt, Plamondon a commencé en disant qu’il est “anti-radical left”. Le chef du PQ place donc l’opposition à la “gauche radicale” au centre de son idéologie. En revanche, il se désintéresse de la droite radicale, bien que celle-ci soit présente à l’intérieur de son propre parti. En novembre 2024, un reportage d’Étienne Fortin-Gauthier a montré les accointances entre le Parti québécois, le Bloc québécois et le regroupement d’extrême droite “Nouvelle alliance”. J’attends encore une seule intervention de Plamondon qui condamnerait la droite radicale avec autant de coeur que lorsqu’il condamne la gauche radicale. On ne l’entend pas non plus critiquer le masculinisme, dont “l’entrisme” dans nos écoles est pourtant bien mieux documenté que celui de l’islamisme. Je ne dis pas que Plamondon est d’extrême droite. Je dis qu’il semble craindre de s’aliéner le vote de l’extrême droite. Il n’a évidemment pas la même crainte pour la gauche radicale, qui ne vote déjà pas pour lui.

La fabrication d’un ennemi imaginaire
Le 28 mars 2023, Paul St-Pierre Plamondon a convoqué les journalistes à un point de presse pour se plaindre d'”une frange de gauche radicale, qui occupe beaucoup d’espace, même médiatiquement”, “des gens qui se présentent comme des experts”, qui auraient qualifié les péquistes d’extrême droite en raison de leurs demandes répétées de fermer le chemin Roxham. Aux journalistes qui lui demandaient des noms, Plamondon a refusé de citer un seul exemple. “C’est vous qui êtes journaliste.” Situation absurde, mais qui annonçait la suite des choses, puisque Plamondon se plaint constamment de cette “gauche radicale”.

En novembre 2024, Plamondon a fait plusieurs sorties contre le “wokisme”. Invité par Guy A. Lepage à définir le wokisme, il a répondu carrément que “C’est pas tant la définition du wokisme qui importe”. Bonne stratégie. Moins on définit l’épouvantail contre lequel on se bat, plus on peut l’associer à n’importe qui et plus on charme ceux qui comprennent que l’épouvantail est l’ennemi à abattre. Maurice Duplessis a passé sa vie à lutter contre le communisme, mais ne s’est jamais donné la peine d’en donner une définition.

On sait que Québec solidaire fait partie de cette gauche radicale woke impossible à définir. Elle englobe également “certains universitaires”, “certains chroniqueurs”, “certains militants”… De façon générale, elle semble inclure toute personne critiquant Plamondon à l’exception de la CAQ, du PLQ et du PCQ. Plamondon se présente donc comme le rempart contre un ennemi à la fois tout-puissant et insaisissable.

L’intolérance aux critiques, en particulier celles des médias
Paul St-Pierre Plamondon s’est bâti la réputation d’être “soupe au lait” ou d’avoir “la mèche courte” pour reprendre l’expression de Yasmine Abdelfadel. Il reproche aux chroniqueurs qui le critiquent leurs “procédés intellectuels fallacieux”, “procédés intellectuels douteux”, “déformations de propos”, “accusations grossières”, “procès d’intention”… Des reproches qu’il a notamment adressés à Rima Elkouri, Yasmine Abdelfade, Antoine Robitaille, Thomas Mulcair, Marie-Ève Doyon et Paul Journet. Comme s’il était absolument impossible d’être en désaccord avec ses positions sans être malhonnête.

Dernièrement, Pascal Bérubé a déposé une plainte à l’ombudsman de Radio-Canada pour des propos “inacceptables” tenus par Rachel Chagnon lors de l’émission Tout peut arriver du 27 septembre 2025. Pour rappel, Mme Chagnon a accusé le Parti québécois de viser l’homogénéité dans les classes avec ses nouvelles propositions en matière de “laïcité”. Elle termine sa phrase par “et pourquoi pas tous blonds aux yeux bleus?” Dans les jours qui ont suivi, Plamondon s’est plaint d’avoir été accusé de racisme.

Pascal Bérubé fait de la politique depuis assez longtemps pour savoir que sa plainte n’aura aucune conséquence. Il sait comme moi quelle sera la réponse de l’ombudsman: “Ces opinions ne sont pas celles de Radio-Canada : elles appartiennent aux personnes qui les expriment.” Combien de fois Justin Trudeau et François Legault ont-ils été accusés de fascisme pendant la pandémie? Je ne crois pas que leur bureau respectif se soit plaint à chaque fois. S’ils l’ont fait, ça n’a visiblement rien changé. Le but d’une plainte comme celle de Bérubé est simplement d’intimider. Que les personnes qui s’expriment dans les médias craignent les conséquences de s’attaquer au Parti québécois.

Même tactique lorsque Jean-François Lisée porte plainte au collège des médecins contre la psychiatre Marie-Eve Cotton. Nous avons eu des médecins députés, ministres et premiers ministres. Pensez-vous que le collège va sanctionner une médecin parce qu’elle critique le chef de la troisième opposition? L’objectif est encore une fois ici d’intimider.

À l’intérieur du parti, aucun chef péquiste n’a été plus difficile à critiquer que Plamondon. Le dernier officier du PQ à avoir osé remettre sa politique en question a été expulsé de la commission politique. Même des péquistes de longue date comme Louise Harel et Pierre Céré peuvent être associés à la “gauche radicale” pour avoir osé contredire le chef.

Le pompier pyromane
Depuis trois ans, Paul St-Pierre Plamondon pointe l’immigration comme explication universelle aux problèmes du Québec. L’immigration a selon lui causé le déclin du français, la crise du logement, la pénurie d’enseignants, la crise des services, la résurgence de l’homophobie, la hausse de la criminalité chez les jeunes, la baisse du taux de natalité, la stagnation du produit intérieur brut… Le chef du PQ aime pointer l’Europe du doigt, en dépeindre un portrait catastrophique et nous prévenir que c’est ce qui nous attend. En l’écoutant, on imagine des villes européennes où des quartiers entiers sont contrôlés par de le crime organisé et/ou par des islamistes.

Et le plus drôle, c’est que Plamondon accuse aussi l’immigration de… dégrader le climat social. Et de favoriser la montée de l’extrême droite. Bien entendu que si on répète constamment à la population que tous les problèmes sont provoqués par l’immigration, il se pourrait que des gens deviennent plus hostiles à l’endroit des immigrants et se rapprochent des groupes les plus agressivement xénophobes.

De la même façon, le PQ est en train de convaincre ses électeurs qu’il est urgent d’empêcher les élèves du primaire de porter des signes religieux. J’ignorais que c’était une préoccupation. On n’avait littéralement jamais entendu parler de ce “problème” avant que le PQ le fabrique de toute pièce. Mais Plamondon se présente comme un démocrate. Il ne fait qu’adresser les préoccupations des gens. Et lorsqu’il sera premier ministre, il va régler le problème qu’il a lui-même nourri. Bref, le pompier pyromane.

Consulter la liste des déclarations problématiques de Plamondon sur l’immigration.

L’hostilité à la diversité de genre
À l’automne 2023, Paul St-Pierre Plamondon associait les pronoms non-binaires et les toilettes mixtes à “l’idéologie de la gauche radicale”. En février 2025, le Parti québécois a été le seul parti à ne pas appuyer une motion dénonçant la montée de l’homophobie. L’actuelle députée de Terrebonne, Catherine Gentilcore, reproche au programme d’éducation à la sexualité d’être “fondé sur la théorie du genre”. Et comme la CAQ, le PQ s’oppose à l’écriture inclusive. Du populisme pur et simple, sans égard pour la haine qu’il peut engendrer.

Une lettre ouverte de Catherine Gentilcore, députée de Terrebonne, a dû être corrigée par La Presse (2 décembre 2024) parce qu’elle contenait une information mensongère sur le nouveau programme d’éducation à la sexualité, laissant entendre qu’on recommanderait aux enseignants d’apprendre aux enfants d’âge préscolaire que leur genre leur a été attribué par la société. C’est faux. Mais la lettre, qui a été lue par des milliers de personnes avant d’être corrigée, a bien transmis son message: “l’idéologie du genre” est à l’assaut de notre système d’éducation.

Lorsqu’il a commenté la triste polémique de “Mx Martine”, cette enseignante non-binaire de Montérégie, Paul St-Pierre Plamondon est sombré dans la démagogie la plus totale, accusant la “gauche radicale” de vouloir “imposer (de nouveaux pronoms) dans le système d’éducation sans débat préalable sur le plan démocratique”. On parlait toujours bien d’une seule enseignante qui avait demandé à ses élèves de l’appeler Mx. Comment est-elle devenue une agente de cette infâme “gauche radicale”? Un tel discours a tout pour susciter la haine envers les personnes trans et non-binaires, faisant écho à l’imaginaire “lobby trans” dénoncé par les militants transphobes.

L’anti-intellectualisme
Les États-Unis n’ont jamais eu un président aussi hostile aux universités que Donald Trump. Les chercheurs qui ne lui disent pas ce qu’il veut entendre (ils sont nombreux puisque Trump n’aime pas la vérité) sont classés au rang d’ennemis de l’État et sont les cibles de toutes sortes de sanctions. Et on connaît l’hostilité des trumpistes pour le “wokisme” ou encore les mesures d’égalité, diversité et inclusion (EDI).

À une plus petite échelle, Paul St-Pierre Plamondon n’est pas très différent. Peu importe le nombre de recherches reconnaissant le racisme systémique ou vantant les bienfaits de l’EDI, du féminisme intersectionnel, de l’écriture inclusive, le chef du PQ les discrédite d’emblée parce qu’elles ne confirment pas ses propres biais. Il qualifie de “militants”, d'”idéologues” et même de “charlatans” les chercheurs et professeurs d’université dont les recherches le contredisent.

En janvier, Plamondon était au balado Frenchcast dans lequel il a promis que son gouvernement allait “se réapproprier démocratiquement le contenu en éducation”. Il explique: “Je vais revendiquer le mécanisme de commission parlementaire avec des experts, mais des citoyens et des gens qui représentent des citoyens, pour que le débat ne soit pas le monopole “ d’experts ” qui sont en fait, parfois, des idéologues.” Faut-il comprendre qu’un gouvernement péquiste va décider de ce qu’il est convenable d’enseigner ou non à l’université, non pas en fonction de l’état de la recherche, mais en fonction de ses propres positions? Il n’y a rien de “démocratique” dans le fait de censurer des professeurs ou des chercheurs parce que leurs recherches ne flattent pas le gouvernement et son électorat dans le sens du poil.

Conclusion
Je n’hésite pas à affirmer que Paul St-Pierre Plamondon a copié plusieurs pages du manuel du fasciste de la Maison-Blanche. Et c’est inquiétant. Le trumpisme est une menace pour la démocratie, peu importe qui le met en place. Le Canada a évité le pire (au moins temporairement) en refusant de donner les clefs du pouvoir à Pierre Poilievre en avril. J’espère que le Québec saura en faire autant l’an prochain.

  • ✇affordance.info
  • Le monde et mon canapé.
    Faut que je vous raconte. J’ai acheté un canapé. Et j’ai fait une maîtrise et un DEA (aujourd’hui on dirait un Master 1 et 2) sur Samuel Beckett. Vous allez voir qu’il y a un lien. Bon alors c’est un bon canapé hein, du genre italien fabriqué en Italie à la main par des adultes plutôt correctement rétribués. Et donc ce canapé m’a été livré. Par d’autres gens d’une grande entreprise de livraison spécialisée, des gens certes tout aussi adultes que ceux qui ont fabriqué mon canapé mais clairement d
     

Le monde et mon canapé.

12 octobre 2025 à 11:02

Faut que je vous raconte. J’ai acheté un canapé. Et j’ai fait une maîtrise et un DEA (aujourd’hui on dirait un Master 1 et 2) sur Samuel Beckett. Vous allez voir qu’il y a un lien. Bon alors c’est un bon canapé hein, du genre italien fabriqué en Italie à la main par des adultes plutôt correctement rétribués. Et donc ce canapé m’a été livré. Par d’autres gens d’une grande entreprise de livraison spécialisée, des gens certes tout aussi adultes que ceux qui ont fabriqué mon canapé mais clairement des gens beaucoup moins correctement payés au regard du boulot qu’ils font et des cadences infernales qu’on leur impose.

Et donc les livreurs arrivent, observent ma porte d’entrée, font le tour de la maison pour voir si ça passe dans le jardin et font le constat formel suivant : ça ne passe pas. Et de m’indiquer qu’il faut donc que j’appelle le magasin d’achat du canapé et que bah je prenne un autre canapé (sic).

Alors là bon faut que je vous dise, le canapé ça fait trois mois que je l’ai commandé, et j’ai du prendre ma demi-journée pour attendre et être là pour la livraison. Je m’attendais donc à autre chose que : bon bah ça passe pas, appelez le magasin et commandez-en un autre. #JeSuisDéception

Je commence donc à argumenter avec une rhétorique implacable :

  • « Heu mais vous voulez pas mesurer d’abord ? » (ils n’avaient pas mesuré, juste « estimé » que ça ne passerait pas, et de toute façon ils n’avaient pas de mètre, j’ai fini par leur en prêter un)
  • « Heu mais à aucun moment quand j’ai claqué un peu plus d’un demi Smic pour acheter en magasin ce canapé on ne m’a indiqué qu’il fallait habiter dans une maison avec des portes de 2 mètres de large et qu’il n’y avait rien de démontable dans ce canapé » (en fait il y avait des trucs démontables bien sûr mais attendez la fin de l’histoire)

Fort marri, je propose d’imaginer le scénario où on passe ce foutu canapé par la fenêtre (tout en voyant bien que si mes nuits sont plus belles que vos jours, mes fenêtres ne sont pas plus larges que mes portes). Ce à quoi le chef des livreurs répondit :

  • « on a interdiction de passer par les fenêtres« 

Observant le canapé d’angle (petit angle) tout empaqueté au fond de ce grand camion de livraison, je note en effet que sous l’emballage plastique opaque, il y a quand même l’air d’y avoir genre des coussins et la petite pièce qui sert d’angle que l’on doit pouvoir enlever et que bon là si on enlève tout ça bah on a quand même toutes les chances raisonnables pour que ça passe. Oui mais c’est alors à mes nouveaux camarades livreurs de faire usage d’une rhétorique implacable :

  • Le chef des livreurs : « Ah oui mais on ne peut pas l’ouvrir (= enlever le plastique opaque qui enrobe le tout) parce que sinon après si ça passe pas on est obligé de le laisser en l’état et on peut pas vous le reprendre« 
  • Moi : « mais si on l’ouvre pas on saura jamais et là en effet il risque de pas passer comme ça« 
  • Le chef des livreurs : « On peut pas l’ouvrir, ou alors après on le laisse là et on peut pas le reprendre« 
  • Moi :  » … en l’état genre dans la rue sous la pluie mon canapé à presque un demi-smic que j’attends depuis plus de 3 mois ?« 
  • Le chef des livreurs : « Oui ».

Je finis par réussir à le convaincre d’au moins essayer de le rentrer sans l’ouvrir. Nous voici donc à l’acte 2 de cette tragi-comédie, celui où après un bon quart d’heure de négociations et d’observations de terrain, des livreurs font le choix audacieux de sortir un objet à livrer du fond de leur camion pour tenter … bah de le livrer.

Et les voici donc tous deux en train de pousser en mode accouchement au forceps mais sans les forceps, ledit canapé dans ma porte. Et de constater qu’en effet y compris avec la carrure de pilier droit sud-africain du livreur numéro 2 qui s’enfile des grands coups d’épaule dans mon canapé comme s’il était à un entraînement de Pro D2 après une tournée générale de stéroïdes … bah ça passe pas.

Nouvel échange rhétorique. Je pars chercher un mètre. On prend des mesures. Nouvel échange rhétorique :

  • Le chef des livreurs : « Bah monsieur je vous avais dit que ça passerait pas« 
  • Moi :  » « 

Et c’est là que le miracle païen se produisit. Sans même que je l’ai demandé et alors que je commençais à imaginer le scénario dans lequel j’allais chercher ma tronçonneuse après avoir dégondé ma porte et abattu une cloison afin d’assouvir à la fois ma passion ameublement (non) et mon admiration pour Javier Milei (toujours non), j’observe un être humain s’affranchir de toute forme de soumission et faire ce qu’il lui est normalement strictement interdit de faire par convention autant que par peur de perdre son emploi : il déchire ce putain de plastique opaque, sort les coussins et la pièce qui sert d’angle dans le mot « canapé d’angle ». Fin de l’histoire ou presque, le canapé ainsi délesté de tout ce qui faisait qu’il ne passait pas finit par passer. Il est dans mon salon. Un peu marqué par sa prime tentative d’accouchement en force avec quelques mailles déchirées ou étirées mais posé là, à la place qui l’attendait.

Son camarade livreur pilier droit a observé la scène à moitié médusé et à moitié blasé (depuis le début on le sentait clairement moins impliqué dans ce qui se jouait comme dramaturgie ici et principalement concerné par savoir comment faire rentrer un rond dans un carré en y apportant la même réponse qu’un coach de mêlée fermée en Pro D2 c’est à dire « bah t’y mets la tête et tu  pousses plus fort bordel »).

Pourquoi je vous raconte tout ça hein ? D’abord parce que je fais bien ce que je veux et que j’ai besoin d’écrire un peu sur autre chose que ce que je vis actuellement au boulot et l’état de ce qui fut l’université publique en tout cas celle où j’exerce (mais que je vous raconterai bientôt en longueur, soyez tranquille)

Ensuite parce que cela fait maintenant 3 jours que je reçois des mails et SMS de la compagnie de livraison et du magasin de canapé en mode « alors donnez-nous votre avis sur votre expérience de livraison ». Et je sais parfaitement ce qui va se passer si je leur raconte « mon expérience », expérience qui consiste à mettre une note, une ou plusieurs étoiles, éventuellement un commentaire assassin à l’équipe de livraisons (ce que je fais certes ici mais sans qu’il soit possible de remonter jusqu’au chef des livreurs et à son associé pilier droit de Pro D2). Et  parce que je me souviens, à chaque fois dans ce genre de situation, de ce sketch de Blanche Gardin dans lequel elle dit « la technologie ne fait plus du tout appel à ce qu’il y a d’humain dans l’intelligence« , ce qui reste une phrase (et un sketch) dont je me ressers souvent dans mes cours et interventions publiques.

Enfin parce que dans ce petit moment de vie il y a beaucoup de l’exergue que Samuel Beckett place au début de son ouvrage « Le monde et le pantalon » et qui est l’histoire d’un homme s’étonnant auprès de son tailleur du temps qu’il lui faut pour parvenir à lui faire son pantalon sur-mesure, histoire se concluant ainsi :

« LE CLIENT : Dieu a fait le monde en six jours, et vous, vous n’êtes pas foutu de me faire un pantalon en six mois.
LE TAILLEUR : Mais, Monsieur, regardez le monde, et regardez votre pantalon. »

Dans nos rapports à la technologie, aux autres, aux autres médiés par la technologie, dans la vie des livreurs de canapés (ou d’autres choses) et dans les notes que nous leur mettons ou ne leur mettons pas, dans les injonctions paradoxales qui leurs sont imposées et dont ils s’émancipent (parfois), il y a beaucoup de l’état du monde, et de celui de nos canapés d’où nous regardons le monde. Je me trompe peut-être mais il m’a semblé qu’en repartant dans son camion de livraison, le chef des livreurs me regardait en pensant : « Mais, Monsieur, regardez le monde, et regardez votre canapé. » Je regarde mon ami, je regarde.

 

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Alexandre Cormier-Denis chez Urbania: Quand le centre normalise les extrêmes
    Urbania a cru bon de nous faire découvrir Alexandre Cormier-Denis, le Québécois propagandiste d’extrême droite qui se rapproche le plus d’un Adrien Arcand en 2025. Ce faisant, on lui donnait la plus grande visibilité médiatique depuis l’annulation de son invitation à l’Assemblée nationale à l’automne 2023. Pourquoi? L’auteur de l’article, Jean Bourbeau, nous explique: « Car bâillonner une voix, c’est souvent l’amplifier. L’exclusion nourrit la posture du martyr et forge, dans les marges, une lég
     

Alexandre Cormier-Denis chez Urbania: Quand le centre normalise les extrêmes

5 octobre 2025 à 08:53

Urbania a cru bon de nous faire découvrir Alexandre Cormier-Denis, le Québécois propagandiste d’extrême droite qui se rapproche le plus d’un Adrien Arcand en 2025. Ce faisant, on lui donnait la plus grande visibilité médiatique depuis l’annulation de son invitation à l’Assemblée nationale à l’automne 2023. Pourquoi? L’auteur de l’article, Jean Bourbeau, nous explique: « Car bâillonner une voix, c’est souvent l’amplifier. L’exclusion nourrit la posture du martyr et forge, dans les marges, une légitimité paradoxalement engendrée par le silence. »

Donc, le journaliste nous parle de Cormier-Denis pour éviter qu’il se présente en victime des médias qui veulent le réduire au silance. Voici la réaction publique de Cormier-Denis à l’article: « Il y a quelques semaines, j’ai accordé un entretien à URBANIA. Sans surprise, l’article donne évidemment la parole à des adversaires politiques dont certains sont associés de très près à la nébuleuse antifa désormais désignée comme organisation terroriste aux États-Unis. (…) Bref, ce qui semble insupportable pour la gauche, c’est nommer le réel. »

Échec sur toute la ligne donc. Non seulement Bourbeau accorde une visibilité à Cormier-Denis, mais il lui a également donné une nouvelle occasion de se présenter en victime.

En-tête de l’article paru dans Urbania le 2 octobre 2025

D’un côté, l’article de Bourbeau présente Cormier-Denis comme un type dangereux: « Alexandre Cormier-Denis distille tout un cocktail Molotov idéologique. » De l’autre côté, il n’expose pas pleinement ce « cocktail Molotov idéologique ». Bourbeau a réalisé une entrevue et nous en présente les grandes lignes. Sachant qu’il s’adresse à un média centriste, Cormier-Denis n’a évidemment pas employé ses formules choc ou ses idées les plus extrêmes. Il a aidé le journaliste à le présenter sous un jour presque respectable.

La lecture de l’article ne donne pas l’impression d’avoir affaire à un extrémiste. Prenons ce paragraphe où l’auteur résume les préoccupations du polémiste:
« Cormier-Denis picore avec appétit dans tout le buffet de l’extrême droite : peur de l’entrisme musulman, diatribes contre la gauche vandale, nostalgie post-catho, exaltation de la « civilisation européenne », et même des débats clos depuis longtemps, comme l’avortement ou l’homoparentalité. Mais son obsession première demeure l’immigration. Y toucher, déplore-t-il, c’est aussitôt être rangé parmi les « méchants ». »

C’est un résumé considérablement poli et prudent. Et qui ne place pas du tout Cormier-Denis dans le camp des extrémistes.

Peur de l’entrisme musulman? C’est aussi le cas de la CAQ et du PQ.
Diatribes contre la gauche vandale? Paul St-Pierre Plamondon se plaint constamment de la gauche radicale. Et puis c’est vrai que le vandalisme pendant les manifestations c’est mal, non?
Nostalgie post-catho? Il a bien le droit d’avoir des croyances religieuses, non?
Exaltation de la « civilisation européenne »? On rejoint ici Mathieu Bock-Côté et ses émules, qui nous vantent constamment la « civilisation occidentale ».
Des débats clos depuis longtemps, comme l’avortement ou l’homoparentalité? En quoi serait-ce pire que le Parti conservateur du Canada?
Quant à sa plainte de ne pas pouvoir discuter d’immigration sans être rangé parmi les « méchants », c’est le quotidien du Parti québécois sous Paul St-Pierre Plamondon.

Bref, si on lit cet article sans connaître Alexandre Cormier-Denis, on sort de la lecture avec l’impression que ce sont ses adversaires qui délirent. « Quoi ? Tu rencontres le facho ? Le suprémaciste blanc ? » fait dire Bourbeau aux gens qui auraient critiqué sa décision de faire un article sur Cormier-Denis. Le type ne fait qu’affirmer que la gauche est déconnectée et qu’il veut une droite conservatrice décomplexée. Est-ce qu’on n’exagère pas un peu en le traitant de fasciste?

Pour lui répondre, Jean Bourbeau a donné la parole à Francis Dupuis-Déri, Frédéric Bérard et David Morin. Très bien. Le problème, c’est qu’eux connaissent le vrai Cormier-Denis. Celui qui rêve d’un Alligator Alcatraz québécois. Celui qui associe la peau blanche à la démocratie, à la civilisation, au respect des droits de l’homme, et qui associe toutes les autres teintes à la barbarie, à la corruption et à la décadence. Celui qui nourrit des théories du complot du genre « Le Tiers-Monde veut nous envahir ». Celui qui se plaint de rencontrer des Noirs dans les Appalaches (qu’il compare à des chevreuils perdus dans la jungle, bref les Noirs sont des animaux à ses yeux) ou des femmes voilées à Mont-Tremblant: « Pourquoi ils ne restent pas chez eux au lieu de nous faire chier et de se faire chier? Ça me dépasse. »

Cormier-Denis n’appartient pas au groupe des « Je ne suis pas raciste, mais… » Raciste, il l’est ouvertement. Il n’emploiera pas le terme pour se définir, mais il suffit de l’écouter parler deux minutes pour le constater. Il parle de « conscience raciale » et de « solidarité raciale » lorsqu’il parle des immigrants. Il nous dit que les groupes « ethniques » autres que les blancs ont un « potentiel de développement plus faible ». Il emploie des termes tels que mouquère ou métèque. Il compare Pablo Rodriguez à Charles Manson. Il croit que les peuples autochtones nord-américains devraient remercier à genoux les Européens de leur avoir apporté la civilisation tandis que les autochtones sud-américains, trop nombreux selon lui, sont responsables de la « catastrophe civilisationnelle » qu’est l’Amérique du Sud.

Je n’ai pas eu à fouiller pendant des heures pour trouver le fonds de sa pensée. Une recherche rapide sur Facebook et on trouve facilement ses idées les plus haineuses. Ce sont ces paroles, selon moi, que Bourbeau aurait dû rapporter, plutôt que de répéter son discours victimaire: « On peut me détester, dit-il, mais m’exclure de l’espace public alors que je respecte les lois de mon pays, c’est autre chose. »

Il y a deux semaines, Cormier-Denis partageait sur sa page Facebook le nom et la photo de quatre enseignants qu’il qualifie « d’agents de radicalisation d’extrême gauche ». Comme Donald Trump, il considère que les antifascistes sont des terroristes. Il n’encourage pas directement ses lecteurs à s’attaquer à eux, mais il a partagé les coordonnées de leur employeur respectif. Frédéric Bérard, l’une de ses cibles, a reçu des menaces de mort à trois reprises depuis.

Frédéric Bérard est un des experts rencontrés par Jean Bourbeau pour son article. Il a accepté de participer à condition que Cormier-Denis soit présenté comme ce qu’il est, c’est-à-dire un fasciste: « Je ne souhaite pas, autrement, contribuer davantage à sa normalisation médiatique, d’autres s’en chargent amplement. » La condition ne semble pas avoir été respectée ou alors elle a été interprétée très librement.

J’ai l’impression que cet article d’Urbania a repoussé un peu plus loin les limites de l’acceptable. On parle désormais d’un polémiste d’extrême droite comme de n’importe quel candidat aux élections. On lui accorde de la visibilité sans véritablement chercher à mettre en garde le public contre le danger qu’il représente.

On me dira sans doute que j’exagère si je compare Urbania aux journaux de Munich qui, dans les années 1920, publiaient des articles sur ce flamboyant orateur moustachu de la brasserie en croyant qu’il ne s’agissait que d’une mode éphémère à laquelle on pouvait s’intéresser sans danger. Mais non. Donner de la visibilité au fascisme, c’est lui fournir des adeptes. Et c’est le premier pas vers la chute.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Alexandre Cormier-Denis chez Urbania: Quand le centre normalise les extrêmes
    Urbania a cru bon de nous faire découvrir Alexandre Cormier-Denis, le Québécois propagandiste d’extrême droite qui se rapproche le plus d’un Adrien Arcand en 2025. Ce faisant, on lui donnait la plus grande visibilité médiatique depuis l’annulation de son invitation à l’Assemblée nationale à l’automne 2023. Pourquoi? L’auteur de l’article, Jean Bourbeau, nous explique: “Car bâillonner une voix, c’est souvent l’amplifier. L’exclusion nourrit la posture du martyr et forge, dans les marges, une légi
     

Alexandre Cormier-Denis chez Urbania: Quand le centre normalise les extrêmes

5 octobre 2025 à 08:53

Urbania a cru bon de nous faire découvrir Alexandre Cormier-Denis, le Québécois propagandiste d’extrême droite qui se rapproche le plus d’un Adrien Arcand en 2025. Ce faisant, on lui donnait la plus grande visibilité médiatique depuis l’annulation de son invitation à l’Assemblée nationale à l’automne 2023. Pourquoi? L’auteur de l’article, Jean Bourbeau, nous explique: “Car bâillonner une voix, c’est souvent l’amplifier. L’exclusion nourrit la posture du martyr et forge, dans les marges, une légitimité paradoxalement engendrée par le silence.”

Donc, le journaliste nous parle de Cormier-Denis pour éviter qu’il se présente en victime des médias qui veulent le réduire au silance. Voici la réaction publique de Cormier-Denis à l’article: “Il y a quelques semaines, j’ai accordé un entretien à URBANIA. Sans surprise, l’article donne évidemment la parole à des adversaires politiques dont certains sont associés de très près à la nébuleuse antifa désormais désignée comme organisation terroriste aux États-Unis. (…) Bref, ce qui semble insupportable pour la gauche, c’est nommer le réel.”

Échec sur toute la ligne donc. Non seulement Bourbeau accorde une visibilité à Cormier-Denis, mais il lui a également donné une nouvelle occasion de se présenter en victime.

En-tête de l’article paru dans Urbania le 2 octobre 2025

D’un côté, l’article de Bourbeau présente Cormier-Denis comme un type dangereux: “Alexandre Cormier-Denis distille tout un cocktail Molotov idéologique.” De l’autre côté, il n’expose pas pleinement ce “cocktail Molotov idéologique”. Bourbeau a réalisé une entrevue et nous en présente les grandes lignes. Sachant qu’il s’adresse à un média centriste, Cormier-Denis n’a évidemment pas employé ses formules choc ou ses idées les plus extrêmes. Il a aidé le journaliste à le présenter sous un jour presque respectable.

La lecture de l’article ne donne pas l’impression d’avoir affaire à un extrémiste. Prenons ce paragraphe où l’auteur résume les préoccupations du polémiste:
“Cormier-Denis picore avec appétit dans tout le buffet de l’extrême droite : peur de l’entrisme musulman, diatribes contre la gauche vandale, nostalgie post-catho, exaltation de la « civilisation européenne », et même des débats clos depuis longtemps, comme l’avortement ou l’homoparentalité. Mais son obsession première demeure l’immigration. Y toucher, déplore-t-il, c’est aussitôt être rangé parmi les « méchants ».”

C’est un résumé considérablement poli et prudent. Et qui ne place pas du tout Cormier-Denis dans le camp des extrémistes.

Peur de l’entrisme musulman? C’est aussi le cas de la CAQ et du PQ.
Diatribes contre la gauche vandale? Paul St-Pierre Plamondon se plaint constamment de la gauche radicale. Et puis c’est vrai que le vandalisme pendant les manifestations c’est mal, non?
Nostalgie post-catho? Il a bien le droit d’avoir des croyances religieuses, non?
Exaltation de la “civilisation européenne”? On rejoint ici Mathieu Bock-Côté et ses émules, qui nous vantent constamment la “civilisation occidentale”.
Des débats clos depuis longtemps, comme l’avortement ou l’homoparentalité? En quoi serait-ce pire que le Parti conservateur du Canada?
Quant à sa plainte de ne pas pouvoir discuter d’immigration sans être rangé parmi les “méchants”, c’est le quotidien du Parti québécois sous Paul St-Pierre Plamondon.

Bref, si on lit cet article sans connaître Alexandre Cormier-Denis, on sort de la lecture avec l’impression que ce sont ses adversaires qui délirent. « Quoi ? Tu rencontres le facho ? Le suprémaciste blanc ? » fait dire Bourbeau aux gens qui auraient critiqué sa décision de faire un article sur Cormier-Denis. Le type ne fait qu’affirmer que la gauche est déconnectée et qu’il veut une droite conservatrice décomplexée. Est-ce qu’on n’exagère pas un peu en le traitant de fasciste?

Pour lui répondre, Jean Bourbeau a donné la parole à Francis Dupuis-Déri, Frédéric Bérard et David Morin. Très bien. Le problème, c’est qu’eux connaissent le vrai Cormier-Denis. Celui qui rêve d’un Alligator Alcatraz québécois. Celui qui associe la peau blanche à la démocratie, à la civilisation, au respect des droits de l’homme, et qui associe toutes les autres teintes à la barbarie, à la corruption et à la décadence. Celui qui nourrit des théories du complot du genre “Le Tiers-Monde veut nous envahir”. Celui qui se plaint de rencontrer des Noirs dans les Appalaches (qu’il compare à des chevreuils perdus dans la jungle, bref les Noirs sont des animaux à ses yeux) ou des femmes voilées à Mont-Tremblant: “Pourquoi ils ne restent pas chez eux au lieu de nous faire chier et de se faire chier? Ça me dépasse.”

Cormier-Denis n’appartient pas au groupe des “Je ne suis pas raciste, mais…” Raciste, il l’est ouvertement. Il n’emploiera pas le terme pour se définir, mais il suffit de l’écouter parler deux minutes pour le constater. Il parle de “conscience raciale” et de “solidarité raciale” lorsqu’il parle des immigrants. Il nous dit que les groupes “ethniques” autres que les blancs ont un “potentiel de développement plus faible”. Il emploie des termes tels que mouquère ou métèque. Il compare Pablo Rodriguez à Charles Manson. Il croit que les peuples autochtones nord-américains devraient remercier à genoux les Européens de leur avoir apporté la civilisation tandis que les autochtones sud-américains, trop nombreux selon lui, sont responsables de la “catastrophe civilisationnelle” qu’est l’Amérique du Sud.

Je n’ai pas eu à fouiller pendant des heures pour trouver le fonds de sa pensée. Une recherche rapide sur Facebook et on trouve facilement ses idées les plus haineuses. Ce sont ces paroles, selon moi, que Bourbeau aurait dû rapporter, plutôt que de répéter son discours victimaire: “On peut me détester, dit-il, mais m’exclure de l’espace public alors que je respecte les lois de mon pays, c’est autre chose.”

Il y a deux semaines, Cormier-Denis partageait sur sa page Facebook le nom et la photo de quatre enseignants qu’il qualifie “d’agents de radicalisation d’extrême gauche”. Comme Donald Trump, il considère que les antifascistes sont des terroristes. Il n’encourage pas directement ses lecteurs à s’attaquer à eux, mais il a partagé les coordonnées de leur employeur respectif. Frédéric Bérard, l’une de ses cibles, a reçu des menaces de mort à trois reprises depuis.

Frédéric Bérard est un des experts rencontrés par Jean Bourbeau pour son article. Il a accepté de participer à condition que Cormier-Denis soit présenté comme ce qu’il est, c’est-à-dire un fasciste: “Je ne souhaite pas, autrement, contribuer davantage à sa normalisation médiatique, d’autres s’en chargent amplement.” La condition ne semble pas avoir été respectée ou alors elle a été interprétée très librement.

J’ai l’impression que cet article d’Urbania a repoussé un peu plus loin les limites de l’acceptable. On parle désormais d’un polémiste d’extrême droite comme de n’importe quel candidat aux élections. On lui accorde de la visibilité sans véritablement chercher à mettre en garde le public contre le danger qu’il représente.

On me dira sans doute que j’exagère si je compare Urbania aux journaux de Munich qui, dans les années 1920, publiaient des articles sur ce flamboyant orateur moustachu de la brasserie en croyant qu’il ne s’agissait que d’une mode éphémère à laquelle on pouvait s’intéresser sans danger. Mais non. Donner de la visibilité au fascisme, c’est lui fournir des adeptes. Et c’est le premier pas vers la chute.

  • ✇affordance.info
  • Plateformes numériques et politique : ce sera soit MAGA, soit Mao.
    Republication, pour partage et archivage, de ma tribune parue Lundi 29 Septembre dans le journal Libération.   En 2016 et devant les frasques et sorties de route déjà très inquiétantes de celui qui allait pourtant devenir le premier président des Etats-Unis à se vanter « d’attraper les femmes par la chatte » (sic), des employés de Facebook adressaient à Mark Zuckerberg cette question : « Quelle est la responsabilité que Facebook peut prendre pour empêcher Donald Trump de devenir président des E
     

Plateformes numériques et politique : ce sera soit MAGA, soit Mao.

1 octobre 2025 à 04:00

Republication, pour partage et archivage, de ma tribune parue Lundi 29 Septembre dans le journal Libération.

 

En 2016 et devant les frasques et sorties de route déjà très inquiétantes de celui qui allait pourtant devenir le premier président des Etats-Unis à se vanter « d’attraper les femmes par la chatte » (sic), des employés de Facebook adressaient à Mark Zuckerberg cette question : « Quelle est la responsabilité que Facebook peut prendre pour empêcher Donald Trump de devenir président des Etats-Unis en 2017?  » Nous sommes en 2025, Trump est aujourd’hui élu pour un second mandat et après avoir fait de l’homme le plus riche du monde son allié au travers de sa plateforme la plus controversée (Elon Musk et X), il vient de confier au 2ème homme le plus riche de la planète la gestion de la part américaine de l’autre plateforme la plus controversée et la plus toxique de la planète (Larry Ellison prenant le contrôle de TikTok US). Et pourtant …

Pourtant longtemps la question des plateformes (réseaux sociaux puis médias sociaux) fut imperméable à la chose politique. Longtemps elles furent autre chose que du politique bien que dès le début la politique en fut l’un des sujets de discussion (mais parmi tant d’autres et le plus souvent anecdotiquement).

JUSTE POLITIQUES.

Puis les plateformes devinrent des objets politiques. Des objets politiques car elles agrégeaient des millions puis des dizaines de millions puis des centaines de millions de citoyennes et de citoyens et c’étaient autant de nouvelles « polis » (au sens grec de « cité »). Des objets politiques également car en leur sein y étaient débattus et éditorialisés des enjeux sociétaux importants que le politique ne pouvait ignorer, tout comme il ne pouvait ignorer l’arbitrage juridique et législatif des infractions, crimes ou délits discutés ou commis dans ces espaces troubles, jamais entièrement publics, jamais totalement privés.

PUIS MILITANTES.

Puis ces plateformes, dans certaines des zones de leurs topologies mouvantes, devinrent des espaces cette fois explicitement militants ainsi que des espaces organisationnels redoutablement efficaces (des printemps arabes aux gilets jaunes), et aussi des espaces très efficients dans la prospective, le recrutement et l’animation d’un projet ou mouvement politique. On peut ici citer l’expérience de la plateforme Nation Builder, utilisée par Barack Obama et reprise ensuite par (notamment) Alain Juppé ou Jean-Luc Mélenchon et qui laissait augurer de ce qui semble advenu, à savoir la possible construction d’une nation comme un vulgaire fichier client. C’est leur infrastructure, et finalement leur essence même qui épousa parfaitement la forme de l’organisation militante. Et au jeu du militantisme à l’échelle du numérique tel qu’il se décline dans les plateformes, c’est la droite et l’extrême-droite qui gagnent. Toujours. Pour plein de raisons dont celles rappelées par Jen Schradie :

« D’abord, les classes plus aisées sont plus présentes en ligne que les classes populaires. Elles disposent de meilleures organisations, plus accoutumées à la bureaucratie. Enfin, les conservateurs, comme les membres du Tea Party, ont un message plus simple et abordent moins de sujets que les groupes de gauche. (…) L’idéal de liberté se partage plus facilement sur les réseaux sociaux que celui d’égalité. »

 

ET GÉOPOLITIQUES.

Puis les plateformes devinrent des enjeux géopolitiques. Par leur poids économique, par la densité des populations qu’elles agrègent, par les enjeux de « soft power » qui leurs sont consubstantiels et dans lesquels elles s’inscrivent, et par l’effet d’un monde dans lequel les grands « blocs » de la guerre froide se réchauffent dangereusement et où s’ajoutent dans cesse de nouveaux conflits qui prennent corps et font témoignage par la médiation de ces plateformes. Les plateformes ont traité de sujets relevant de géopolitique et elles sont ensuite devenues, en elles-mêmes, des sujets de géopolitique. On ne sait quel exemple citer tellement les dernières années ont fourni d’exemples : Trump menaçant l’Europe de sanctions économiques lourdes si nous persistions dans l’idée d’appliquer les formes de régulation du DSA et du DMA ; question de la gouvernance chinoise de TikTok ; plus anciennement le rôle de Facebook dans la propagation de discours de haine dans le génocide des Rohingyas ; rôle important des infrastructures de télécommunication privées (réseau Starlink d’Elon Musk) dans le conflit en Ukraine ; et bien évidemment reprise et influence massive des discours pro-Netanyahu dans le génocide en cours en Palestine et à Gaza et minoration ou invisibilisation (déjà ancienne) des discours pro-palestiniens. Pas un fait de guerre, pas un conflit international, pas un accord de commerce international qui n’ait sa déclinaison dans la manière dont il se trouve porté, repris, instrumentalisé par une ou plusieurs plateformes.

Soit MAGA, soit Mao.

En parallèle de ces époques, de ces temporalités, de ces mouvements jamais parfaitement linéaires et distincts, s’ajoute une autre grille d’analyse qui est celle de l’incarnation du management autant que du commandement de ces plateformes. Ces plateformes devinrent politiques, militantes et géopolitiques car leurs propriétaires et dirigeants se mirent à revendiquer leur propre statut politique et avec celui-ci leurs convictions militantes idoines. Si pendant longtemps les dirigeants de ces entreprises se gardaient bien d’affirmer publiquement et trop explicitement une affirmation ou un attachement politique, toutes les plateformes généralistes touchant plus d’un millard d’utilisateurs et d’utilisatrices, sont toutes dirigées par des patrons devenus militants et se situant soit dans une internationale réactionnaire d’extrême-droite néo-fascisante, soit dans la survivance totalitaire du mouvement communiste. Aujourd’hui c’est soit MAGA, soit Mao. Et TikTok cristallise à ce titre cet écartèlement entre son contrôle par les réseaux MAGA sur le sol américain et son contrôle par le parti communiste chinois partout ailleurs dans le monde.

On ne comprend plus rien à Facebook, à Instagram, à Telegram ou à X si l’on ne connaît pas l’évolution politique de Zuckerberg, de Durov ou de Musk. C’est évidemment la même chose à l’échelle de Tiktok. Et c’est ce que je n’ai cessé (avec quelques autres) de dire, d’écrire et d’expliquer : « ouvrir le code des algorithmes ne suffit plus« , ces plateformes sont à l’image de ceux qui les gouvernent et les réponses que nous cherchons sont moins dans leurs algorithmes et leurs données que dans les entrailles et la psyché de ces derniers.

[Mise à jour du 2 Octobre] Donald Trump déclarait à quel point il aimerait et voulait que TikTok soit modifié pour devenir 100% MAGA.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Vérité et réconciliation: Arrêtons de vanter les gentils Québécois
    La journée de la Vérité et de la Réconciliation, ce n’est pas la journée pour se féliciter de tout ce qu’on a fait de bien ou de ce qu’on n’a pas de fait de mal aux Premières Nations. Au contraire, ça devrait être une journée d’introspection. Mais chaque année, je m’obstine avec des gens qui se complaisent dans le mythe de « Les Québécois ont toujours été amis avec les Autochtones ». Aujourd’hui, je condense dans ce texte ce que je répète chaque année le 30 septembre. La Nouvelle-France« 
     

Vérité et réconciliation: Arrêtons de vanter les gentils Québécois

30 septembre 2025 à 06:41

La journée de la Vérité et de la Réconciliation, ce n’est pas la journée pour se féliciter de tout ce qu’on a fait de bien ou de ce qu’on n’a pas de fait de mal aux Premières Nations. Au contraire, ça devrait être une journée d’introspection. Mais chaque année, je m’obstine avec des gens qui se complaisent dans le mythe de « Les Québécois ont toujours été amis avec les Autochtones ». Aujourd’hui, je condense dans ce texte ce que je répète chaque année le 30 septembre.

La Nouvelle-France
« Les colons français avaient des bonnes relations avec les Autochtones, pas comme les Anglais, les Portugais et les Espagnols! »
Soyons honnête et réaliste: Si les Français ont eu de meilleures relations que les autres peuples avec les Autochtones, c’est parce que
1) Ils dépendaient des Autochtones, qui connaissaient le territoire, pour le commerce des fourrures, qui était la principale motivation de l’entreprise française en Amérique du Nord
2) Ils n’étaient pas assez nombreux ni assez puissants pour dominer le territoire
L’histoire de la Nouvelle-France est parsemée de guerres et de conflits avec les Haudenosaunee (qu’on s’obstine encore aujourd’hui à désigner sous le nom péjoratif « Iroquois » ou « serpent venimeux » en langue algonkine).

« Oui mais ce sont toujours les Iroquois qui commençaient les guerres! »
D’abord, c’est faux. Si on veut un seul exemple: En 1687, la guerre reprend sur l’ordre du secrétaire d’État de la Marine, Pontchartrain, qui ordonne de mettre fin à la « paix honteuse » signée en 1684. Il y a eu des crimes atroces des deux côtés. Oui il y a eu le massacre de Lachine en 1689, mais les Français ont eux aussi détruit des villages, brûlé des récoltes et tué sans distinction.

« Oui mais nous voulions vivre paisiblement! »
Imaginez un instant le scénario inverse, où des colons algonquiens seraient venus s’installler en Normandie ou en Gascogne en disant « Ce territoire nous appartient! » À l’époque où la France était habitée moins densément qu’aujourd’hui, ils auraient pu facilement trouver un endroit où s’installer sans déranger les locaux. Croyez-vous que les Français auraient accepté de vivre en paix? À un moment, il faudra accepter que l’empire français n’avait aucune légitimité pour s’installer en Amérique du Nord et prétendre que le territoire lui a été donné par Dieu.

« Oui mais les coureurs des bois étaient amis avec les Autochtones! Les Métis, tu penses que ça vient d’où? »
C’est vrai. Les coureurs des bois n’ont pas eu le choix d’entretenir de bons rapports avec les peuples locaux pour les nécessités du commerce et ces bons rapports ont duré dans le temps. Mais rappelons que les 13 colonies anglaises avaient une population environ 30 fois supérieure à celle de la Nouvelle-France et occupaient un territoire beaucoup plus petit. Ça change la dynamique. Pensez-vous que les relations avec les Autochtones auraient été aussi positives si les Français avaient été aussi nombreux que les Anglais? On peut en douter.

La Loi sur les Indiens et les pensionnats
« C’est le régime fédéral qui est responsable des souffrances des peuples autochtones. Les Québécois n’y sont pour rien! »
Commode. Mais ce serait bien de se rappeler qu’en 1876, lorsque l’infâme « Loi sur les Indiens » a été adoptée, le tiers des élus de la Chambre des Communes représentaient le Québec. Des Québécois (francophones, faut-il le préciser) siégeaient au conseil des ministres. Et croyez-le ou non, la presse canadienne-française ne s’est pas déchaînée pour dénoncer l’injustice.

« Les pensionnats, c’est la faute de l’Église! »
Vous pensez que les prêtres, les religieux et les religieuses n’étaient pas Québécois? C’est un peu comme dire que les Québécois n’ont rien à se reprocher pour les agressions sexuelles sur les femmes autochtones de Val-d’Or parce que leurs bourreaux étaient des policiers. Et ce n’est pas comme si le gouvernement du Québec avait protesté contre le régime des pensionnats. Nous nous en accommodions très bien: les pensionnats suivaient le développement industriel. Ils servaient à « pacifier » les nations près des sites d’exploitation minière et forestière.

« Mais quand Louis Riel a été pendu, nous avons protesté! »
Oui. Parce que Louis Riel était francophone et catholique. Nous étions horrifiés par la répression des Métis parce qu’ils nous ressemblaient. La « Rébellion du Nord-Ouest » impliquait aussi des Cris et des Assiniboines. Nous n’avons pas versé une larme pour ceux-là.

Si après on croit toujours que c’est le gouvernement fédéral qui est responsable de tous les problèmes, j’aimerais rappeler ceci: En 1915, le gouvernement du Québec retire le droit de vote aux Autochtones, qu’on appelle les « Sauvages » à l’époque. Pourquoi? Parce qu’en 1912, la loi électorale a été modifiée de façon à accorder à toute fin pratique le suffrage universel masculin. Auparavant, le droit de vote était encore réservé aux propriétaires. On s’est rendu compte que la nouvelle loi accorderait également le droit de vote à de nombreux Autochtones. En 1915, année pré-électorale, les riches messieurs gouvernant le Québec ont donc retiré le droit de vote aux Autochtones. Cette injustice ne sera corrigée qu’en 1969. Le Québec est la dernière province à accorder le droit de vote aux Autochtones, 20 ans après la Colombie-Britannique (la première) et 4 ans après l’Alberta (l’avant-dernière).

Fait à noter: Il n’y a aucune opposition à l’Assemblée nationale lorsque le premier ministre Jean-Jacques Bertrand propose d’accorder le droit de vote aux « Indiens ». Le principe semble aller de soi. Un peu comme si on avait oublié depuis le temps que les Premières nations ne participaient pas au processus démocratique. Ce n’est pas par hostilité ou par racisme que les Québécois ont privé aussi longtemps les Autochtones du droit de vote. C’est par indifférence.

La même indifférence qui explique que cinq ans après la mort tragique de Joyce Echaquan, le Conseil des Atikamekw de Manawan reçoit encore de nombreuses plaintes de personnes ayant subi du racisme ou de la discrimination dans le système de santé ou autres institutions gouvernementales. L’indifférence qui pousse les nationalistes à refuser de reconnaître le racisme systémique parce qu’il faut continuer à flatter l’orgueil national. Malgré toutes les émotions et les belles promesses qui ont suivi la mort de Joyce, malgré les rappels annuels qu’il reste encore du travail à faire, le sort des Autochtones nous laisse profondément indifférents.

La journée de la Vérité et de la Réconciliation, ce n’est pas la journée pour réécrire l’histoire et se féliciter d’avoir été moins pires que d’autres. C’est la journée pour se regarder dans le miroir, prendre conscience des failles encore bien réelles du système et nous demander collectivement ce que nous pouvons faire pour corriger les injustices.

Le petit lien du week-end : « Il injecte ChatGPT dans Animal Crossing : les villageois parlent maintenant de Trump »

26 septembre 2025 à 13:12

Afin de retrouver une forme de régularité (ou d’astreinte) dans ce merveilleux blog, je relance le billet du vendredi soir, celui du petit lien du week-end.

Et vous propose une lecture totalement ahurissante dont le titre suffit à donner toute la mesure : « Il injecte ChatGPT dans Animal Crossing : les villageois parlent maintenant de Trump. »

L’auteur de cette enquête (car c’en est une) est journaliste, il s’agit d’Arnaud Pessey, et tout son blog est passionnant.

  • ✇affordance.info
  • La bataille de l’IA, et nos effondrements.
    A l’invitation de la chaire Unesco RELIA de l’université de Nantes et dans le cadre de la Nantes Digital Week, j’étais ce vendredi 19 Septembre 2025 en bonne compagnie pour une « Scientific Battle » sur le thème suivant : « L’intelligence artificielle va-t-elle nous rendre (encore) plus idiots ? »   Voici ce que j’y ai dit, sachant que le format était celui de la contrainte : 3 minutes et basta. Je vous livre donc ces trois minutes mais aussi (et peut-être surtout) des réflexions complémentaire
     

La bataille de l’IA, et nos effondrements.

21 septembre 2025 à 12:33

A l’invitation de la chaire Unesco RELIA de l’université de Nantes et dans le cadre de la Nantes Digital Week, j’étais ce vendredi 19 Septembre 2025 en bonne compagnie pour une « Scientific Battle » sur le thème suivant : « L’intelligence artificielle va-t-elle nous rendre (encore) plus idiots ? »

 

Voici ce que j’y ai dit, sachant que le format était celui de la contrainte : 3 minutes et basta. Je vous livre donc ces trois minutes mais aussi (et peut-être surtout) des réflexions complémentaires.

Ce que j’ai dit à la Scientific Battle en 3 minutes
(douche comprise)

366 avant JC, Platon dans le Phèdre se demande si l’écriture ne va pas nous rendre idiots et nous faire « perdre la mémoire ». Vingt-trois siècles plus tard, en 2008 Nicolas Carr se demande : « Google va-t-il nous rendre stupides ? » Et aujourd’hui donc on se demande :  « l’IA va-t-elle nous rendre encore plus idiots. » Vous noterez le « encore » qui est bien de circonstance 🙂

Plutôt que de parler d’IA je vais me concentrer sur ce que j’appelle (dans ce magnifique livre) les artefacts génératifs (les outils comme ChatGPT, Midjourney, Le Chat, Claude, Gemini, etc.). Vont-ils nous rendre encore plus idiots ?

D’abord ils nous font faire moins d’effort. Ces technologies allègent à la fois notre coût cognitif (« l’attribution de ressources attentionnelles à une tâche »)  et notre bagage cognitif (ce que cela mobilise comme connaissances).

From « ChatGPT » to « CouchGPT »

Ensuite ils démobilisent notre attention. On devient plus crédule. Ces technologies abaissent notre seuil de vigilance. L’idée (comme les notifications) c’est d’installer des arcs-réflexe, des routines, qui, à force, nous évitent non pas « de penser » ou « de réfléchir » mais de se souvenir qu’il faut penser ou qu’il faut réfléchir, par exemple à ce que ces artefacts génératifs nous disent, à pourquoi ils nous le disent et à comment ils nous le disent. D’autant qu’on a documenté ce que des chercheurs (Jacob, Kerrigan, Bastos 2025) appellent le « chat-chamber effect », le fait que nous « fassions confiance aux hallucinations de l’IA » dès lors que les informations / hallucinations vont dans le sens de nos croyances ou de notre questionnement, même si ces informations sont  incorrectes, non contrôlées et non vérifiées. Le titre complet de leur article c’est : « L’effet ‘Chat-Chamber’ : faire confiance aux hallucinations de l’IA« .

Et puis ces artefacts génératifs nous rendent moins exigeants. Ces technologies abaissent aussi notre seuil d’exigence parce qu’elles jouent sur un biais de disponibilité exacerbé qui se double d’une dimension de biais d’opacité (l’information est disponible, certes, mais difficile de savoir d’où elle a été tirée). Le biais de disponibilité c’est « se baser uniquement ou principalement sur les informations immédiatement disponibles en mémoire. » Et là on doit se demander : mais dans la mémoire de qui ? ChatGPT c’est la mémoire de … qui ? Des auteurs, photographes et des créateurs dont les oeuvres sont pillées (Anthropic a récemment promis un chèque d’1,5 milliards de dollars à un collectif d’auteurs pour éviter un procès) ? D’artefacts génératifs précédents dont les productions sont à leur tour mises en mémoire ? Avec déjà des formes de consanguinité « générative » qui sont accablantes comme ces images jaunies à force d’être copiées sur style Ghibli ou de manière générale des mécanismes d’effondrement de modèles autophages ?

Alors en effet quand on fait moins d’efforts (intellectuels), quand on fait moins attention, et quand on est moins exigeant intellectuellement, il est possible que l »on soit un peu plus idiot qu’avant.

Il y a une citation de Philippe Meirieu qui me semble très bien résumer tout cela : « l’IA comble le désir de savoir mais tue le désir d’apprendre. »

Pourtant au commencement, les idiots c’était pas nous ; les idiots c’étaient clairement ces IA et ces artefacts génératifs. Et vas-y que ça te proposait des recettes d’omelettes avec des oeufs de mouton, et vas-y que ça t’expliquait pourquoi « Jean-Paul Sartre avait écrit Le Petit Bonhomme en mousse », et vas-y que, de manière bien plus préoccupante, ça t’indiquait que « oui on a des doutes sur l’existence de la Shoah ».

Et puis on s’est mis à leur parler beaucoup et on a oublié ce que disait Audiard : « J’parle pas aux cons ça les instruit. » Maintenant on a une question à se poser : on fait quoi collectivement de ces artefacts génératifs très très cons que nous avons contribué à instruire (mais très incomplètement et très imparfaitement) ? On en fait quoi alors même qu’ils n’ont jamais eu et qu’ils n’auront jamais … aucun désir d’apprendre ? Pour le savoir on peut bien sûr poser la question à ChatGPT ; ou alors on peut aussi commencer par relire le Phèdre de Platon.

Moralité ? Je ne suis pas certain que ça nous rende tous encore plus idiots, mais je suis presque totalement convaincu que ça ne pas nous rendre collectivement plus intelligents.

Ce que je n’ai pas dit à la Scientific Battle.
(parce que ça ne tenait pas en 3 minutes)

L’IA c’est vaste, ça permet en médecine de sauver des vies et de détecter des cancers précocement, de concevoir de nouvelles molécules et de faire du design de protéines, mais ça permet aussi de faire du ciblage marketing émotionnel pour vous afficher des pubs juste au moment où vous êtes le plus « disponible », et puis ça fait vos devoirs à votre place et puis dès que vous avez une idée totalement crétine ou criminelle (genre transformer Gaza en Riviera), bah ça l’illustre et lui donne vie directement, ça imprègne, ça imprime, ça impressionne.

Je ne crois pas que les technologies (quelles qu’elles soient) nous rendent idiots. Par contre elles changent, modifient, transforment notre rapport au monde. La voiture, le train, l’avion ont moins modifié notre rapport à la vitesse et au déplacement individuel que notre rapport collectif à la géographie du monde. L’imprimerie a moins modifié notre rapport individuel à la lecture que notre rapport collectif aux structures sociales du pouvoir et de la contestation du pouvoir ; elle a transformé les anciens régimes de vérité et en a inauguré de nouveaux. Les moteurs de recherche, les réseaux sociaux et maintenant l’IA ont moins modifié notre rapport individuel à la question de l’accès à l’information et aux connaissances que notre rapport collectif à celles et ceux qui étaient jusque-là garants de la production d’informations vérifiées et de connaissances procédant par accumulation et respect de procédures scientifiques.

La question n’est donc pas tant de savoir ce que ces technologies nous font mais ce qu’elles font au monde et, surtout, ce que nous ferons et serons encore capables de faire dans le monde qu’elles façonnent.

Le grand paradoxe de ces technologies d’intelligence artificielle, via leurs artefacts génératifs, c’est qu’elles ne nous fatiguent pas (cf leur coût cognitif quasi nul) mais qu’elles produisent des formes d’épuisement de la langue et du réel. Ces générations artificielles n’ajoutent pas à nos imaginaires, à nos possibles, elles leur enlèvent, elles leurs ôtent quelque chose par les instanciations systématiques et à coût nul de chaque réponse, de chaque possible, de chaque probable. Pour paraphraser le titre de l’ouvrage d’un philosophe célèbre, elles nous placent dans un monde qui n’est vu que comme représentations et plus comme volonté. Ce sont des technologies du retrait, de la mise en retrait. Alors bien sûr il y a des exceptions : le domaine médical et celui de la recherche fondamentale dans le domaine de la biologie, de la physique, et quelques autres encore. Mais dans ces domaines ces technologies sont exactement à leur place, c’est à dire que nous leur commandons de faire à notre place sur la base d’instructions et de méthodologies claires : leur capacité de calcul est mobilisée dans les lignes et contraintes que nous définissons, elles sont assignées. Alors que dans la sphère médiatique informationnelle de leur propagation, elles définissent un agenda d’assujettissement qui répond aux commandes des infrastructures de pouvoir qui les hébergent et les commandent.

Ce qu’il nous faut craindre, ce sont les alignements de tous nos effondrements. Effondrements de la parole journalistique, de l’espace médiatique, du lien social, de l’exercice politique du pouvoir. Mais aussi leurs pourrissements volontaires par les affrontements culturels autour de cette internationale capitaliste réactionnaire et néo-fasciste. Et au milieu donc les effondrements des IA et des artefacts génératifs. Or nous entrons dans une époque où tous ces pourrissements volontaires et où tous ces effondrements documentés s’alignent et font cadre. Ils deviennent un déterminisme qui nous conduit vers un abîme ; un abîme que nous regardons avec la lucidité que nous apportent celles et ceux qui le documentent sur le plan politique, historique, journalistique (les derniers numéros Fascisme 2.0 et Guerres de la revue AOC en sont une remarquable synthèse) mais pour lequel il semble que l’inertie soit désormais trop grande pour pouvoir l’éviter.

Comme l’écrivait Beckett, « Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. Les grains s’ajoutent aux grains, un à un et un jour, soudain, c’est un tas, un petit tas, l’impossible tas. » L’impossible est en train d’advenir.

Et au milieu de cet impossible il y a ces chiffres et cette frénésie comptable qui est la nouvelle phrénologie de l’essentialisation capitaliste de nos pulsions et de nos désirs (Stiegler parlait d’une économie libidinale). Ces chiffres en voici quelques-uns qui concernent ChatGPT : « 700 millions d’usagers, qui lui adressent chaque jour 2,6 milliards de requêtes. » (Google c’est plus de 13 à 16 milliards par jour).

Et cette question supplémentaire : que sont devenus les gens à qui nous ne posons plus ces questions parce que nous les posons à Google ou à ChatGPT ? Et quelles auraient été leurs réponses ? Que serions-nous devenus dans ces échanges, ces réponses ou ces absences de réponses immédiates ? Que seraient devenues nos singulières errances d’ignorance, vers quel destin ou quels ailleurs nous auraient-elles conduites ? Et quelles réponses collectives leurs auraient alors été apportées ? De cela nous n’en saurons jamais rien. Il ne nous reste alors que le frémissement d’une inquiétude, clinique, la même que celle qui traversait Apostolos Gerasoulis (le papa du moteur de recherche Ask Jeeves) lorsqu’il s’interrogeait en regardant défiler les dix millions de requêtes quotidiennes d’Ask Jeeves : « Je me dis parfois que je peux sentir les sentiments du monde, ce qui peut aussi être un fardeau. Qu’arrivera-t-il si nous répondons mal à des requêtes comme ‘amour’ ou ‘ouragan’ ? »

Il n’est qu’une seule manière d’apaiser cette inquiétude, c’est d’avoir la certitude que Sam Altman (dirigeant d’OpenAI), Daniela Amodei et Dario Amodei (fondateurs et dirigeants d’Anthropic), Arthur Mensch, Guillaume Lample et Timothée Lacroix (fondateurs et dirigeants de Mistral AI) et quelques autres se posent et se poseront tous les jours cette même question et qu’elle guide et guidera chacune de leurs décisions. Et comme c’est une certitude que nous n’aurons jamais, notre seul impératif est de la leur poser sans cesse, sans trêve et sans relâche.

 

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • L’ami juif, l’ami gai et le colocataire trans
    Hermann Wilhelm Goering était un des hommes de confiance d’Adolf Hitler. Nazi de la première heure, il a fait adopter les lois de Nuremberg, présidé à l’élimination des Juifs de l’économie allemande et ordonné la mise en oeuvre de la « solution finale à la question juive ». Je pense que personne ne pourrait nier que Goering était antisémite. Et pourtant! Goering a fait nommer le Juif Erhard Milch secrétaire d’État dans son ministère de l’Air après l’avoir fait légalement reconnaître comme ary
     

L’ami juif, l’ami gai et le colocataire trans

19 septembre 2025 à 12:49

Hermann Wilhelm Goering était un des hommes de confiance d’Adolf Hitler. Nazi de la première heure, il a fait adopter les lois de Nuremberg, présidé à l’élimination des Juifs de l’économie allemande et ordonné la mise en oeuvre de la « solution finale à la question juive ». Je pense que personne ne pourrait nier que Goering était antisémite. Et pourtant!

Goering a fait nommer le Juif Erhard Milch secrétaire d’État dans son ministère de l’Air après l’avoir fait légalement reconnaître comme aryen (donc non-Juif). Il a fait sortir d’un camp de concentration toute la famille du Juif danois Hugo Rothenberg. Et lorsqu’il a fait arrêter 20 000 Juifs au lendemain de la Nuit de Cristal en 1938, il s’est assuré d’exclure ses anciens frères d’armes de la Première Guerre mondiale. À des collègues le remettant en question, il aurait déclaré « C’est moi qui décide de qui est Juif et de qui ne l’est pas! »

Source: François Kersaudy, Hermann Goering, Perrin, 2013.

Je vous parle de Goering parce que des centaines de personnes tentent de nous convaincre que Charlie Kirk n’était ni raciste, ni homophobe, parce qu’il avait un ami noir et homosexuel. Mais non, ça ne veut strictement rien dire.

Avant d’aller plus loin: Chers détracteurs, je vous déconseille de me lancer un « point Godwin » au visage comme si ça devait détruire tout mon raisonnement. La loi de Godwin dit que plus une discussion s’étire, plus elle risque de mener à une comparaison avec les nazis. Elle n’invalide pas toute comparaison avec le nazisme, surtout quand la comparaison est fondée. Dans un contexte où des milliers d’immigrants sont arrêtés sans mandat et envoyés dans un camp de concentration où ils disparaissent sans laisser de trace et où on arrête les politiciens qui posent des questions sur leur sort, je pense que la comparaison avec le nazisme est tout à fait justifiée.

Mon raisonnement est: si l’un des pires criminels antisémites de l’histoire de l’Occident a pu avoir des amis juifs, un militant homophobe et raciste peut très bien avoir un ami noir et homosexuel, voire plusieurs.

Il y a également beaucoup de gens qui ont entendu dire que l’assassin de Kirk avait un « colocataire trans » (affirmation très discutable, mais je n’élaborerai pas ici) et que ce serait une preuve que l’assassin serait un militant de la gauche radicale, voire que son meurtre aurait carrément été motivé par son activisme transaffirmatif. À tout le moins, cela prouverait que le tueur n’est pas un homme de droite, ce que laisse penser tout le reste de son profil.

Encore une fois, non. Si l’un des pires criminels antisémites de l’histoire de l’Occident a pu avoir des amis juifs, un républicain chrétien conservateur et homophobe peut très bien avoir un « colocataire trans » sans que cela nous révèle quoique ce soit sur ses convictions politiques.

Il y a presque 20 ans, l’humoriste Laurent Paquin se moquait du Doc Mailloux qui tentait de nous convaincre qu’il n’était pas raciste en nous parlant de son voisin noir qui produisait des prunes délicieuses. Je ne peux pas croire qu’encore aujourd’hui, des gens utilisent cette défense sans se rendre compte du ridicule.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • La construction de l’autre à l’Assemblée nationale: Liste détaillée
    En novembre 2024, le député solidaire de Maurice-Richard, Haroun Bouazzi, a créé une polémique en affirmant qu’il voyait tous les jours la “construction de l’autre” à l’Assemblée nationale. Il faisait référence entre autres à cette fâcheuse tendance de nos politiciens prétendument nationalistes à pointer du doigt l’immigrant pour tous les problèmes du Québec. La classe médiatique et politique s’est empressé de dénoncer ses paroles et de l’accuser de traiter tout le Québec de raciste. Je vous pré
     

La construction de l’autre à l’Assemblée nationale: Liste détaillée

17 septembre 2025 à 08:59

En novembre 2024, le député solidaire de Maurice-Richard, Haroun Bouazzi, a créé une polémique en affirmant qu’il voyait tous les jours la “construction de l’autre” à l’Assemblée nationale. Il faisait référence entre autres à cette fâcheuse tendance de nos politiciens prétendument nationalistes à pointer du doigt l’immigrant pour tous les problèmes du Québec. La classe médiatique et politique s’est empressé de dénoncer ses paroles et de l’accuser de traiter tout le Québec de raciste. Je vous présente ici une liste des déclarations qu’on peut selon moi associer à cette “construction de l’autre” depuis la campagne électorale de 2022. Cette liste sera mise à jour.

  1. Paul St-Pierre Plamondon
  2. François Legault
  3. Bernard Drainville
  4. Autres

Paul St-Pierre Plamondon

25-26 janvier 2023

Contexte : Le Parti québécois demande que le chemin Roxham soit fermé

Déclaration : « On est les seuls à être à la recherche d’un modèle durable afin de faire en sorte qu’on évite ce qu’on voit ailleurs dans le monde en ce moment : la montée des extrêmes», a affirmé le chef péquiste en point de presse en marge du caucus présessionnel de son parti. 

Paul St-Pierre Plamondon cite en exemple des pays comme le Danemark, la Suède, la Hongrie, la France ou encore l’Angleterre.

Le Parti québécois demande que le chemin Roxham soit fermé. «Si on compte l’immigration temporaire, la situation à Roxham, qui est en progression, et on prend les seuils actuels, nous, on constate le déclin du français, l’incapacité à loger tout le monde et l’incapacité à offrir des services. Donc, on est à la recherche d’un modèle qui soit plus durable, plus rassurant, plus garant de notre paix sociale et de la qualité des services également», a dit le chef de la formation indépendantiste. 

«Supposons qu’on atteint les 100 000, puis ensuite on atteint les 200 000 entrées irrégulières. 95 % d’entre elles au Québec seulement, il faut visualiser l’impact», a-t-il ajouté.

«Ça va exacerber des insatisfactions»

(…)

Le chef péquiste croit que si on n’agit pas, il y aura des conséquences. 

«Un modèle dans le cadre duquel le français est condamné à reculer, qu’on est en crise de logement exacerbée et que certaines familles ne peuvent même pas se loger et dans lequel on n’arrive plus à fournir des services à la population, ça va exacerber des insatisfactions», a-t-il dit. 

«Si on fait l’erreur de ne pas trouver des modèles durables, ça aura des conséquences sur certaines parties de l’électorat qui vont décider de prendre les choses d’une autre manière», a ajouté le chef péquiste. 

Le PQ veut baisser les seuils d’immigration à 35 000 personnes par année. Ils sont actuellement fixés à 50 000.

(…)

Paul St-Pierre Plamondon persiste et signe : le Québec met bel et bien en jeu, selon lui, sa « paix sociale » s’il poursuit sur sa lancée en immigration.

Le chef péquiste est revenu sur ses propos tenus la veille en marge du caucus de son parti, où il avait affirmé qu’une arrivée massive de demandeurs d’asile irréguliers, comme ceux qui entrent par le chemin Roxham, pourrait être favorable à la montée des extrêmes, citant des pays comme la Hongrie et la France.

Lorsque l’immigration n’est pas planifiée, surtout lorsqu’il n’y a pas de critères de sélection comme c’est le cas à Roxham, et que le nombre de personnes accueillies […] excède largement la capacité de loger, de nourrir les gens qui n’ont pas de permis de travail, ça a un impact sur la société d’accueil, a soutenu jeudi M. St-Pierre Plamondon à l’émission Tout un matin, sur les ondes d’ICI Première.

Ce que je constate, c’est que, dans les autres pays dans le monde qui ont raté cette planification [de l’immigration], ça a des conséquences sur leur tissu social, sur leur paix sociale.

S’il n’a pas précisé sa conception des extrêmes, le chef du Parti québécois a laissé entendre qu’il craignait une montée de l’extrême droite causée par une gestion chaotique de l’immigration.

Source : https://www.lesoleil.com/2023/01/25/immigration-le-pq-veut-etre-un-rempart-contre-les-extremes-b60a16c4ee6ba554d151519515633b42/

Source : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1951403/parti-quebecois-chef-migrant-chemin-roxham-frontiere

9 mai 2023

Auteur : Paul St-Pierre Plamondon

Contexte : La CAQ a retiré de son programme la volonté d’obtenir pour le Québec les pleins pouvoirs en immigration.

Déclaration : « Vous savez qu’en fin de semaine, la CAQ a retiré de son programme la volonté de rapatrier les pouvoirs en immigration. Donc désormais il faut comprendre que la CAQ n’a plus cette prétention-là. Dans quel cas, je veux savoir de notre premier ministre : Si vous n’êtes plus pour obtenir les pleins pouvoirs en immigration et que votre engagement envers le Canada est absolu et éternel, j’aimerais que vous nous disiez si vous optez pour l’affaiblissement, voire la disparition, à long terme, du français dans le Canada ? »

Source: https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-88437.html

17 janvier 2024

Auteur : Paul St-Pierre Plamondon

Contexte : Les économistes Stéphane Marion et Alexandra Ducharme affirment que le Canada est tombé dans un piège démographique puisque la construction de logements ne suit pas l’augmentation de la population.

Déclaration : « On ment éhontément à la population. Les économistes disent que la hausse des seuils n’est pas une solution, n’a pas d’impact sur la pénurie de main d’œuvre. Et lorsque le ministre Marc Miller dit qu’il n’y a pas de problème parce que chaque immigrant va bâtir lui-même sa maison, c’est vraiment du délire. C’est une dérive idéologique qui a des conséquences réelles. C’est-à-dire que l’itinérance monte en flèche aux quatre coins du Québec, les logements ne sont plus abordables et il y a des conséquences sociales, l’appauvrissement des ménages parce que les loyers augmentent de manière incontrôlée. Tout ça pour des faussetés. Pour un courant idéologique. »

Source : https://www.youtube.com/watch?v=qGAIjkC515s

31 janvier 2024

Contexte : Débat à RDI entre les chefs de parti excepté François Legault.

Déclarations : « Si on ne réduit pas les travailleurs temporaires, les demandeurs d’asile et les étudiants étrangers, on arrivera jamais à un équilibre et cette crise du logement, mais aussi la crise sur notre capacité à livrer des services et à intégrer en français, vont se poursuivre. » Le chef intérimaire du Parti libéral, Marc Tanguay, lui demande alors s’il trouve qu’il y a trop de travailleurs temporaires au Québec et qu’il aimerait en voir quitter. « Par définition, un visa temporaire, c’est quelqu’un qui arrive et qui quitte. Et donc ça vient avec la définition de travailleur avec un visa temporaire. Si le simple fait d’arriver sur le territoire donne un statut de permanent, peu importe par quel chemin, peu importe si on remplit les critères ou non, ça crée un chaos. »

Source : https://lactualite.com/actualites/il-faut-moins-dimmigrants-temporaires-au-quebec-clame-paul-st-pierre-plamondon/

20 août 2024

Contexte : PSPP réagit à l’annonce du gouvernement du Québec d’imposer un moratoire de six mois sur l’émission de permis pour les travailleurs étrangers temporaires.

Déclaration : « Ça témoigne du fait que [François Legault] est complètement dépassé par la situation en matière d’immigration. Il est impuissant vis-à-vis le fédéral. Et ce n’est pas des mesures en surface et aussi pointues qui vont renverser une tendance qui est très lourde. C’est un petit pas, mais on n’est plus à l’époque des petits pas. On est au moment de prendre des mesures très fermes pour renverser une situation qui est intenable, de son propre aveu. En guise de réponse, le Parti québécois présentera d’ici octobre « un plan de réduction drastique et substantielle » de l’immigration temporaire et permanente. Le projet péquiste touchera « toutes les catégories de manière à ce que la crise du logement se résorbe, qu’on retrouve un équilibre », a-t-il dit. M. St-Pierre Plamondon n’a pas voulu étayer ce que signifie pour lui une « réduction drastique ».

« Attendez-vous à un contraste très, très important entre les mesurettes de la CAQ et la procrastination de la CAQ, d’une part, et notre volonté de ramener le modèle à quelque chose de durable et viable, c’est-à-dire un modèle qui correspond à notre capacité d’intégrer en français, de donner des services équitables à tout le monde et de donner un toit à tout le monde », a-t-il résumé.

Source : https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-95089.html

https://ici.radio-canada.ca/rci/fr/nouvelle/2098148/immigration-quebec-ptet-etudiants-etrangers

10 septembre 2024

Contexte : Un stagiaire en enseignement est la victime d’horribles commentaires haineux de la part de certains de ses élèves, la plupart visant son orientation sexuelle.

Déclaration : « Cette situation soulève la question du communautarisme religieux et de l’incapacité de nos écoles à intégrer une partie des nouveaux arrivants à la société québécoise. Lors de l’entrevue au 98,5, l’animateur Patrick Lagacé a demandé si le caractère multiethnique de la classe en question avait pu jouer dans la banalisation de ce genre de geste. C’est une question qui est, je le conçois, très délicate. On doit l’aborder avec toute la responsabilité qui nous incombe et les mots justes. Mais on doit l’aborder. Est-ce que le rapport à l’homosexualité qu’ont des membres de certaines communautés, dans le contexte d’une salle de classe issue à 90% de l’immigration, a pu jouer dans un cas comme celui-ci?  (…) L’incapacité de plus en plus grande du Québec à intégrer par l’école est un réel sujet qui devrait tous nous préoccuper collectivement. Sans intégration, nous assisterons à la désintégration du contrat social québécois axé sur la paix sociale, ainsi que de notre culture québécoise, cette même culture paisible et respectueuse qui fait du Québec une terre d’accueil si attirante. Il ne s’agit pas ici de blâmer qui que ce soit ou de trouver des coupables, mais plutôt de faire des constats difficiles mais nécessaires, qui nous permettront d’avancer et de trouver des politiques publiques capables de recréer une mixité et une intégration dans les valeurs partagées de notre société. L’un des mandats fondamentaux de l’école est de former des citoyens. L’école québécoise ne doit plus uniquement viser à transmettre la maîtrise du français, elle doit aussi viser à transmettre la culture québécoise, notre vision du monde et notre façon de participer et de le façonner. Et surtout de transmettre une citoyenneté qui garantit une place, la sécurité et le respect de tous et chacun. »

(Bref, oui il y a de l’homophobie au Québec, mais c’est surtout la faute des immigrants.)

Source : https://x.com/PaulPlamondon/status/1833658356692660438

28 octobre 2024

Contexte : Conférence de presse à l’Assemblée nationale. Le Parti québécois présente son plan en matière d’immigration.

Déclaration : « Donc, on va se concentrer sur le fait de régler des crises qui ont une influence négative sur le taux de natalité au niveau du logement, des services. Notre réflexion peut peut-être aller plus loin dans le programme de 2026, mais c’est relié, parce que si nos seuils d’immigration sont trop élevés, il n’y a pas de logement, le logement coûte très cher, les gens sont étouffés au niveau du paiement de leur hypothèque et du loyer, est-ce qu’ils vont prendre la décision d’avoir un enfant ou un enfant de plus? Les deux sont reliés. »

https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-96273.html

6 janvier 2025

Contexte : Paul St-Pierre Plamondon dresse un bilan du gouvernement Trudeau sur sa page Facebook.

Déclaration : « Immigration incontrôlée créant la pire crise du logement et des services depuis des décennies. »

Source : https://www.facebook.com/share/p/1ZNUbAeDaQ/

8 avril 2025

Contexte : Point de presse pendant la campagne électorale fédérale pour demander de fermer les frontières aux Américains qui tentent de fuir leur pays depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Déclaration :  « Au Québec, le nombre de demandes d’asile en provenance des États-Unis a triplé depuis l’arrivée de Donald Trump, et, comme je vous le disais en novembre dernier, c’est probablement juste le commencement, la pointe de l’iceberg d’un phénomène qui va être beaucoup plus grand et qui vise des millions de personnes. J’en ai parlé en novembre dernier pour dire : Il faut surveiller ça. Et je réitère, là, le Québec est un endroit accueillant, respectueux, mais la crise du logement, l’impact sur les services et le recul du français n’est plus un débat au Québec. »

« Parce que si vous pensez que Roxham… si vous pensez que Roxham, c’était du sabotage, ce qui s’en vient, compte tenu, là, des millions de personnes qui sont en jeu avec les politiques de Donald Trump, ce qui s’en vient est peut-être encore beaucoup plus gros que ce qu’on a connu sur Roxham. »

Source : https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-99185.html

3 juin 2025

Contexte : Point de presse pour commenter la première rencontre entre François Legault et Mark Carney.

Déclaration : « On est rendus, au Québec, seulement pour les quatre premiers mois de l’année à 14 000 demandeurs d’asile. Et, ça, c’est une des catégories en immigration. Mais ça veut dire que, pendant que le gouvernement prépare un document où est-ce qu’on va nous dire que les seuils sont maintenant à 30 000, 35 000, 40 000, dans les faits, on continue à accueillir nettement plus de personnes. Et on n’a aucun contrôle là-dessus. La CAQ a littéralement perdu le contrôle sur le nombre de personnes qu’on accueille au Québec. Peu importe ce qu’il dit par après, ça ne correspond pas à la réalité.

Donc, juste pour vous donner une impression, là, au mois d’avril, on parle de 2 875 entrées à Lacolle, c’était 654 l’année dernière. On est pas mal, donc, dans des chiffres qui ressemblent à l’époque de Roxham. Donc, on est vraiment dans un délire idéologique, et la CAQ choisit de se fermer les yeux.

Donc, je vous parle de ça parce qu’on a un François Legault tout sourire hier, il se rend à sa première rencontre avec Mark Carney, et moi, je lui avais demandé : Allez vous demander les pleins pouvoirs en immigration, là? C’est une question de survie de la nation, de louisianisation. Allez-vous le faire? Moi, je n’ai pas entendu parler de ce sujet-là. J’ai entendu parler seulement d’économie. Or, qu’en est-il de l’économie du Canada depuis 10 ans? Ça, c’est le tableau de la croissance économique per capita du Canada de 2015 à 2024. Vous avez de la misère à le voir dans le fond, là, mais la croissance économique du Canada, là, elle est ici, elle est minuscule. Et, ce matin, là, notamment, le National Post, mais d’autres médias rapportent le rapport de l’OCDE, qui est très clair : la croissance économique du Canada, dans les 10 dernières années, est minuscule, en raison d’un choc démographique, ce qu’on appelle…

Dans notre document sur l’immigration, on vous a donné plusieurs études qui parlent d’un piège démographique. C’est-à-dire que, si on impose une hausse de l’immigration trop forte, trop soudaine, ça crée une crise du logement, ça crée beaucoup de ressources en adaptation, et ultimement, donc, ça crée une stagnation de la création de richesse. Donc, de voir… puis vous avez vu mes tableaux des dernières fois, là… donc, on a connu une hausse incroyable du prix du logement. Pourquoi? Parce que la population du Canada explose, par rapport à n’importe quel autre pays de l’OCDE.

Et je vous parle de ça donc, parce qu’on doit constater que d’une part, ce sont des discussions très, très hypothétiques, avec lesquelles je n’ai aucun problème, là… Parler d’économie, c’est correct. Mais passer à côté du principal sujet, du principal aspect problématique de l’économie canadienne depuis 10 ans, selon le rapport de l’OCDE, et omettre son engagement, comme premier ministre, de demander les pleins pouvoirs en immigration, parce que François Legault sait ce qu’il va lui arriver, c’est-à-dire un autre refus, je trouve ça irresponsable.

Donc, j’aimerais rappeler à nouveau que le sabotage de notre modèle d’immigration, qui fonctionnait, c’est un sabotage qui vient du fédéral. J’aimerais rappeler que jamais on n’aura vu un premier ministre perdre le contrôle sur l’immigration que François Legault. Et j’aimerais rappeler que, pour tous les Québécois, incluant les Québécois issus de l’immigration, personne n’a intérêt à être dans un modèle où la crise du logement s’exacerbe, continue de… à croître, où on n’est plus capables de livrer les services, et où le français recule de manière spectaculaire, comme vous pouvez le voir à nouveau avec les plaintes à l’Office québécois de la langue française. Donc, personne n’a intérêt à ça.

Et on ne peut pas accueillir des centaines de milliers… Il y aurait peut-être des millions de personnes qui veulent venir au Québec, du jour au lendemain, et qui ont des bonnes raisons, mais il y a… à un moment donné, il va falloir se pencher sur un modèle durable, en fonction de notre capacité d’accueil, parce que tout ça ne fonctionne pas. Et je pense que, malheureusement, François Legault joue à l’autruche. »

Source: https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-100403.html

30 juillet 2025

Contexte : PSPP réagit à un reportage du Journal de Montréal qui établit que le tiers des homicides survenus au Québec en 2024 implique des jeunes de 21 ans et moins.

Déclaration : « Oui, c’est lié à des changements démographiques, on ne peut pas le nier. On assiste à l’émergence de groupes criminels nouveaux qui amènent au Québec des techniques de criminalité plus agressives pour lesquelles, à l’évidence, on est mal adaptés. Il y a 20 ans, avant les changements démographiques générés par l’immigration, on n’aurait jamais pensé que des groupes criminels puissent être aussi agressifs dans l’identification de jeunes, dès l’âge de 12-13 ans, pour les amener à des criminels actifs capables de meurtres à l’âge de 16 ans. Il faut prendre acte. On sous-estime, à l’échelle du Québec, la gravité de ce que ça peut entraîner, cette inaction-là. On connaît des cas, en Europe, de villes où on a perdu le contrôle de certaines parties de la ville en raison d’une ghettoïsation et d’une infiltration du crime organisé. »

Source : https://www.journaldequebec.com/2025/07/30/criminalite-chez-les-jeunes–une-violence-liee-a-limmigration-dit-pspp

14 septembre 2025

Contexte : Le Parti québécois a publié une publicité critiquant le nombre de demandeurs d’asile « imposé » par « le Canada ». La publicité a été dénoncée comme trompeuse par plusieurs personnes, dont Louise Harel et Pierre Céré. Le 14 septembre 2025, Paul St-Pierre Plamondon publie un texte pour justifier la publicité.

Déclaration : « Rappelons que le Québec avait une planification de l’immigration qui fonctionnait très bien avant que le gouvernement fédéral, sous Trudeau, ne vienne la saboter. Rappelons également que les Québécois issus de l’immigration, comme tous les autres Québécois, n’ont pas plus d’intérêt que les autres à vivre dans une crise perpétuelle et aiguë du logement, ni à subir un recul des services publics ou encore du climat social, simplement pour plaire à quelques idéologues de la gauche radicale ou du gouvernement fédéral. »

Source : https://www.facebook.com/share/p/168N8QoXWz/

18 septembre 2025

Contexte: Paul St-Pierre Plamondon publie une vidéo dans laquelle il réplique à ses critiques sur le sujet de l’immigration

Déclaration: “Et c’est absolument faux d’affirmer que les Québécois issus de l’immigration ont des intérêts divergents de l’ensemble des Québécois, notamment sur la question fondamentale de la crise du logement, qui découle directement d’une immigration incontrôlée durant les dernières années. Les Québécois issus de l’immigration n’ont pas intérêt à ce que leur loyer, leur hypothèque soit désormais inabordable, parce qu’on a créé de toute pièce une crise du logement en accueillant un nombre de personnes beaucoup plus grand que notre capacité à faire des nouveaux logements durant la même année. Ce qui a créé évidemment un débalancement entre l’offre et la demande. Ils n’ont pas intérêt à ce que leurs enfants n’aient pas les moyens de s’acheter une première maison comme on voit en ce moment. Exactement comme l’ensemble des Québécois, les Québécois issus de l’immigration n’ont pas intérêt non plus à une dégradation des services publics comme la santé et l’éducation, même chose lorsqu’on parle de l’enjeu du climat social, personne n’a intérêt à ce qu’il se dégrade comme on le voit notamment en ce moment en Europe, en raison justement de dérives idéologiques qui ont mené à l’absence complète de planification entourant les questions d’immigration et d’intégration.”

Source: https://www.facebook.com/share/v/1DS3cRC7hD/

1er octobre 2025

Contexte: Paul St-Pierre Plamondon répond au discours d’ouverture de la session parlementaire prononcé par le premier ministre François Legault la veille

Déclaration: “Mais c’est parce que quand on regarde la croissance économique du Canada, par habitant, au cours des neuf dernières années, on se rend compte que le Canada est dernier. Dernier en occident, à part le Luxembourg. Il n’y a eu presque aucune croissance économique au cours des dernières années, et c’est dû à ce gouvernement libéral fédéral, qui est parti dans ses lubies idéologiques en amenant une vague d’immigration tellement soudaine et grande qu’essentiellement, pour faire une image, on a divisé la tarte, la même tarte, en des pointes plus petites, avec plus de personnes, mais on n’a pas été capables de générer de la croissance économique, on a été en adaptation à des changements migratoires.”

Source: https://www.youtube.com/watch?v=vRrFhADedkE

9 octobre 2025

Contexte: Entrevue à l’émission “Place publique” à Ici Première Saguenay-Lac-Saint-Jean. Paul St-Pierre répond aux questions de l’animatrice qui craint que la réduction de l’immigration temporaire nuise à l’Université du Québec à Chicoutimi et aux entreprises de la région.

Déclaration: Plamondon: L’entreprise privée, elle n’aura pas à se poser la question: il y a une crise du logement. L’augmentation des loyers, du prix des maisons, le fait qu’une nouvelle génération aura pas accès du tout à la propriété…
Animatrice: Mais vous savez que la crise du logement, c’est pas seulement le fait de l’immigration.
Plamondon: Majoritairement, c’est LE facteur principal, je vous réfère à toutes les études qu’on a citées. Le facteur le plus important dans la crise du logement, c’est le choc démographique qu’on a connu dans les dix dernières années. Il y a pas de doute.
Animatrice: Il y a des gens qui vivent seuls de plus en plus, il y a eu moins de construction de logements sociaux abordables dans les dernières années…
Plamondon: Je vous réfère à cette étude de Pierre Fortin qui dit: “De tous les facteurs, le facteur le plus déterminant, c’est ce choc démographique.” Et d’ailleurs les fonctionnaires de Justin Trudeau l’avaient averti: si vous procédez avec votre politique, vous allez créer une crise du logement sans précédent, et pour des raisons idéologiques, on s’est entêté dans ce modèle-là.

Source: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2198494/immigration-pierre-fortin-crise-logement

12 février 2026

Contexte: Des maires et mairesses de partout au Québec ont réclamé une clause de droits acquis pour les participants du Programme de l’expérience québécoise. Paul St-Pierre Plamondon y répond dans une lettre ouverte publiée dans le Journal de Montréal.

Déclaration: (…) Mais il est surtout important de rappeler que le lien entre l’augmentation soudaine de la population, d’une part, et la hausse marquée des loyers et des hypothèques, le recul des services publics et le recul du français, d’autre part, est confirmé par plusieurs études. Les ménages qui n’arrivent plus à payer leur loyer n’ont pas de lobby puissant pour les représenter. Les jeunes qui réalisent qu’ils n’auront jamais accès à la propriété non plus. Mais quelqu’un doit se préoccuper du sort de ces millions de personnes et soulever le fait que la proposition de rendre permanents tous les temporaires reviendrait à pérenniser la crise du logement et à maintenir une pression élevée sur nos services.

Entre 2018 et 2025, la population du Québec a augmenté d’environ 771 000 personnes. Dans la région de Québec, elle est passée d’environ 816 000 à près de 905 000 habitants. Durant la même période, le prix médian d’une maison unifamiliale à Québec y est passé de 248 000$ à 520 200$, soit une hausse de plus de 110% en huit ans. Les loyers ont suivi la même tendance, passant d’environ 775$ en 2018 à 1273$ en 2025. L’itinérance, quant à elle, a augmenté de 36% entre 2018 et 2022.

En quelques années, l’abordabilité des logements s’est donc fortement détériorée, l’accès à la propriété pour les jeunes s’est restreint et l’itinérance a progressé. Comme l’a résumé Pierre Fortin, «la croissance démographique a provoqué la crise de l’habitation». (…)

Source: https://www.journaldemontreal.com/2026/02/12/peq-larbre-qui-cache-la-foret

19 juin 2026

Contexte: Paul St-Pierre Plamondon est l’invité de Vincent Roux à l’émission française Points de vue. L’animateur lui demande si l’immigration ne permet pas de lutter contre le vieillissement de la population.

Déclaration: Non. En fait les études démontrent qu’il n’y a pas de rajeunissement de la population même avec des seuils d’immigration très importants. Et les études plus récentes démontrent que une hausse subite de la population ne permet pas non plus de combler la pénurie de main-d’oeuvre. En fait ça creuse la pénurie de main-d’oeuvre parce que la société tombe en adaptation, tant pour le logement, l’accueil administratif que les écoles et les hôpitaux. De sorte que, quand on regarde l’Ontario, qui est la province canadienne qui a connu le plus une hausse subite de l’immigration, quand on regarde le Québec et d’autres endroits dans le monde, après dix, quinze ans de seuils d’immigration stratosphérique par rapport aux années 1990 et 2000, on se rend compte qu’on est toujours en pénurie de main-d’oeuvre, mais qu’on a des enjeux nouveaux, très complexes, à savoir une crise du logement qui crée l’inabordabilité pour la prochaine génération, l’impossibilité de se loger, mais également une crise des services publics qui crée une perte de confiance en la capacité de l’État de livrer des services de qualité. Il y a un recul du français, parce que la francisation dans certains niveaux d’immigration, la francisation devient impossible. Le commissaire à la langue française au Québec parlait d’une facture de 13 milliards si on voulait franciser tous les immigrants temporaires qui ont foulé le sol au Québec. Argent que nous n’avons pas. Et donc recul du français qui devient indéniable. Ce sont de véritables conséquences d’une politique insensée de Justin Trudeau alors que ses propres fonctionnaires fédéraux (…) qui ne travaillent que pour le Canada l’avaient averti que ses politiques allaient engendrer une crise du logement sans précédent et il a cédé pour des raisons idéologiques et profondément irrespectueuses de la volonté des Québécois.

Source: https://www.youtube.com/watch?v=pljdvQasezI&pp=ygUldmluY2VudCByb3V4IHBhdWwgc3QgcGllcnJlIHBsYW1vbmRvbg%3D%3D

François Legault

7 septembre 2022

Contexte : Le gouvernement fédéral veut augmenter les seuils d’immigration. Pendant la campagne électorale québécoise de 2022, François Legault fait un point de presse pour dénoncer cette décision.

Déclaration: « Les Québécois sont pacifiques, ils n’aiment pas la chicane, ils n’aiment pas les extrémistes, ils n’aiment pas la violence, donc il faut s’assurer qu’on garde ça comme c’est là actuellement, a-t-il notamment répondu. On a quand même des valeurs et on a parlé beaucoup de laïcité dans les dernières années; c’en est une des valeurs, aussi le respect. Il y a une façon de vivre chez nous et on veut la garder. »

Justification : Le lendemain, Legault s’est dit désolé « si ses propos ont porté à confusion ». Évidemment. Ce ne sont pas ses mots qui étaient mal choisis, c’est nous qui avons mal compris. Il a ajouté que « l’immigration est une richesse pour le Québec ». Mais c’était pour mieux en rajouter quelques jours plus tard.

Source : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1911823/francois-legault-immigrants-violence-extremistes-elections

11 septembre 2022

Contexte : François Legault s’adresse à un rassemblement militant à Drummondville. Il réagit aux propositions du Parti libéral du Québec et de Québec solidaire, qui proposent d’augmenter les seuils d’immigration.

Déclaration : « J’ai essayé d’expliquer pourquoi les Québécois se sont serré les coudes pendant la pandémie. C’est parce qu’on est un peuple, une nation qui est tissée serré. Et puis au cœur de cette nation, il y a le français. Et là, il y a une certaine urgence. On a vu dans les études qui ont été déposées dernièrement qu’il y a un déclin du français. C’est important de garder cette cohésion nationale, de défendre le français, d’arrêter le déclin du français. C’est comme mathématique. Si on veut arrêter le déclin pendant un certain temps, il faut mieux intégrer les nouveaux arrivants au français. »

Source : https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/2022-09-11/immigration-non-francophone/une-possible-menace-a-la-cohesion-nationale-selon-legault.php

28 septembre 2022

Contexte : François Legault s’adresse à la Chambre de Commerce de Montréal pendant la campagne électorale. La Chambre de Commerce demande au gouvernement de hausser les seuils d’immigration.

Déclaration : « Des gens disent : où vous avez pris ça, la capacité d’intégration ? Bien, les chiffres sont clairs. Il y a un déclin du français. Si on garde la même recette, ça va donner le même gâteau. Si je suis réélu, le seuil d’immigration va rester à 50 000, mais on va être plus exigeant sur la connaissance du français. On va essayer d’envoyer un plus grand pourcentage dans les régions francophones, ça va aider. Mais tant qu’on n’aura pas stoppé le déclin du français, je pense que pour la nation québécoise qui veut protéger le français, ça serait un peu suicidaire d’aller augmenter les seuils. »

Justification : François Legault dit avoir été ovationné par la foule venue l’entendre. Il ne croit pas avoir à s’excuser pour ce qu’il a dit.

https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/2022-09-28/propos-sur-les-immigrants/boulet-s-est-disqualifie-affirme-legault.php

10 juin 2024

Contexte : Le gouvernement fédéral offre 750 millions $ à Québec pour compenser les coûts reliés à l’accueil des demandeurs d’asile alors que Québec demandait un milliard.

Déclaration : « Le gouvernement fédéral doit comprendre que c’est urgent de réduire le nombre d’immigrants temporaires au Québec, si on veut que les Québécois puissent se loger, que nos enfants aient accès à des enseignants qualifiés, pour que nos malades soient soignés et pour que le déclin français soit inversé. »

« On a actuellement une explosion du nombre d’immigrants temporaires. Ça amène des problèmes importants dans le logement, dans les services publics, l’éducation, la santé, l’avenir du français en particulier à Montréal. (…) Donc on voit que 100% du problème du logement vient de l’augmentation du nombre d’immigrants temporaires. (…) Le tiers du problème de pénurie de personnel qu’on vit en santé vient des 560 000 immigrants temporaires. (…) La moitié du manque d’enseignants qualifiés au Québec vient de la présence des immigrants temporaires. (…) Le tiers des immigrants temporaires ne parlent pas français. Ils sont surtout situés à Montréal. Donc ça amène un déclin du français au Québec, en particulier à Montréal. »

Source :

https://www.journaldequebec.com/2024/06/10/demandeurs-dasile—ottawa-versera-750-m-a-quebec

2 octobre 2024

Contexte : François Legault demande au gouvernement fédéral de réduire de moitié le nombre de demandeurs d’asile sur le territoire québécois, quitte à les déplacer de force.

Déclaration : « Il faut trouver le moyen de répartir les demandeurs d’asile de façon plus équitable, a réitéré le premier ministre. Parce qu’actuellement, tout ce qui est proposé par le gouvernement fédéral, c’est sur une base volontaire par les demandeurs d’asile et sur une base volontaire par les autres provinces. Nous, ce qu’on veut, c’est [que] la moitié des demandeurs d’asile qui sont actuellement au Québec [soient] transférés dans d’autres provinces, a-t-il mentionné. Ce n’est pas logique qu’on ait reçu 45 % des demandeurs d’asile, alors que le Québec représente 22 % de la population canadienne. (…) Moi, ce que je veux, c’est qu’il y ait des résultats, a-t-il poursuivi. Alors oui, ça devrait être obligatoire. Mais c’est au gouvernement fédéral de gérer ça. »

Source : https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2024-10-02/mission-en-france/legault-veut-obliger-la-moitie-des-demandeurs-d-asile-a-quitter-le-quebec.php

6 décembre 2024

Contexte : Bilan de fin de session

Déclaration : « Je veux aujourd’hui envoyer un message très clair aux islamistes. Les valeurs fondamentales qu’on a au Québec, comme la laïcité, comme l’égalité hommes-femmes… Eh bien, on va se battre, puis jamais, jamais on ne va accepter que des personnes essaient de ne pas respecter les valeurs qui sont fondamentales au Québec. (…)[Le fait] de voir des gens qui prient dans les rues, dans des parcs publics, ce n’est pas quelque chose qu’on souhaite au Québec. Quand on veut prier, on va dans une église, on va dans une mosquée, mais pas dans des lieux publics. »

Source : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2124921/projet-loi-renforcement-laicite-ecole-quebec

10 mars 2025

Contexte : François Legault demande au nouveau premier ministre du Canada, Mark Carney, de diminuer l’immigration temporaire.

Déclaration : « On le sait, on a excédé notre capacité d’intégration en immigration au Québec », a indiqué François Legault, lors d’une conférence de presse tenue à Terrebonne en soutien à son candidat à l’élection partielle dans la circonscription, Alex Gagné.

« M. Trudeau a perdu le contrôle du nombre d’immigrants », a-t-il accusé, en ajoutant qu’il exigera à Pierre Poilievre et Mark Carney de remédier à la situation.

Réduire le nombre d’immigrants temporaire dans la province s’avère notamment essentiel dans un contexte de « manque de logements » et pour assurer la « protection du français ». « On a des difficultés à répondre aux besoins pour les classes en éducation, et on a de la difficulté à trouver du personnel en santé », a-t-il ajouté, pour justifier sa position.

Source : https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2025-03-10/elections-federales/legault-demande-a-carney-de-reduire-l-immigration-temporaire.php

21 septembre 2025

Contexte: Entrevue à Tout le monde en parle pour faire le bilan du gouvernement caquiste

Déclaration: “Le Québec est un des peuples les plus accueillants dans le monde. Ça c’est important de le répéter. Est un des peuples les plus accueillants dans le monde. Par contre, depuis deux ans, le gouvernement fédéral a augmenté de 200 000 à 400 000 le nombre d’immigrants temporaires en particulier à Montréal. Ça pose des problèmes de logement, ça pose des problèmes en éducation, en santé, ça pose des problèmes avec notre langue, ça pose des problèmes avec nos valeurs comme la laïcité. La majorité des Québécois n’aiment pas voir des prières de gens à genou dans nos rues ou devant la basilique Notre-Dame. C’est important de respecter ce que veulent la majorité des Québécois.

(…)

Ce que moi je dis là, c’est on doit rester accueillant, mais actuellement, le Québec a dépassé de beaucoup sa capacité d’accueil et sa capacité d’intégration et on doit réduire de 200 000 le nombre d’immigrants temporaires à Montréal et à Laval. C’est ce qu’on demande au gouvernement fédéral, puis on va prendre les moyens pour qu’enfin au gouvernement fédéral agisse.”

Source: https://ici.radio-canada.ca/tele/tout-le-monde-en-parle/site/segments/entrevue/2180422/francois-legault-caucus-remaniement-ministres

21 novembre 2025

Contexte: Première rencontre entre François Legault et la nouvelle mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada.

Déclarations: “Je suis obligé de faire le lien avec le fait que, depuis deux ans, la population de l’île de Montréal a augmenté de 200 000. Il y en a plus de la moitié là-dedans qui sont des demandeurs d’asile, donc des gens qui sont dans une position vulnérable. On a dépassé notre capacité d’accueil.

(…)

Une augmentation de la population de 10 % en deux ans, c’est impossible de donner tous les services. C’est vrai pour les places dans les écoles, c’est vrai pour les services en santé, c’est vrai pour l’hébergement.

(…)

Mais on a cette augmentation de 10 % de la population, dont plus de la moitié sont des demandeurs d’asile, qui amène entre autres des problèmes énormes d’hébergement. 200 000 personnes de plus en deux ans, ça pose ce genre de problème, entre autres du côté de l’hébergement à prix modique.

Source: https://lactualite.com/actualites/francois-legault-estime-quil-y-a-un-lien-entre-limmigration-et-litinerance/

Bernard Drainville

24 janvier 2024

Contexte : Caucus présessionnel des élus caquistes.

Déclarations : « S’il vous plaît, Monsieur Trudeau, on a atteint la limite, là. On est effectivement au point de rupture. Alors, le bar ouvert en immigration, arrêtez ça là, parce que nous autres, en éducation, on manque de profs, puis on manque de locaux. On travaille très fort sur des solutions. Il faudrait que M. Trudeau nous aide un petit peu. »

Source : https://www.ledevoir.com/politique/quebec/805887/drainville-met-garde-trudeau-rupture-education-cause-immigration?utm_source=recirculation&utm_medium=hyperlien&utm_campaign=corps_texte

20 février 2024

Contexte : Point de presse des ministres pour demander au gouvernement fédéral de limiter l’arrivée des demandeurs d’asile au Québec.

Déclarations :

Christine Fréchette : « Il faut également que le fédéral réduise l’afflux des demandeurs d’asile en resserrant rapidement la politique canadienne d’octroi des visas. Il doit fermer toute brèche qui permettrait à des groupes criminels de s’infiltrer au Canada. Et également, il doit rembourser au Québec l’ensemble des sommes encourues pour l’accueil des demandeurs d’asile. »

Bernard Drainville : « La situation qu’Ottawa laisse perdurer depuis des années a un impact pas juste sur le personnel enseignant et sur les locaux, elle a un impact aussi sur les professionnels de l’éducation, les orthophonistes, les orthopédagogues, les psychologues, les psychoéducateurs, les éducatrices, le transport scolaire. Le fédéral n’en fait pas assez. Puis ce n’est pas juste une question d’argent. C’est important de le dire. Le montant qu’il nous donne pour couvrir ce que ça nous coûte ici, au Québec, est ridicule. Ça, c’est un fait. Ils ne nous donnent pas l’argent qui couvre les coûts de services. Mais ce n’est pas seulement une question d’argent. Parce que, rendus à la situation où on est présentement, on s’approche d’un point où nous n’arriverons plus à fournir les services aux personnes qui sont déjà sur le territoire québécois parce que nos ressources doivent se partager entre un nombre grandissant d’enfants. »

Chantal Rouleau : « L’augmentation incontrôlée du nombre de demandeurs d’asile sur le programme d’aide sociale nous conduit droit dans le mur. Le gouvernement de la Coalition avenir Québec, le gouvernement de la CAQ ne veut pas et ne va pas tolérer qu’on efface les progrès de la société québécoise. Il est temps que le gouvernement fédéral cesse de laisser nos frontières complètement ouvertes. »

Jean-François Roberge : « Donc, le gouvernement doit d’abord, le premier geste à poser, la première affaire, réviser la politique d’émission des visas, il doit aussi renforcer la surveillance des frontières, parce qu’on entend parler qu’il y a des groupes criminels qui profitent du laxisme actuel, il doit réduire le nombre de demandeurs d’asile, il doit répartir les demandeurs d’asile dans l’ensemble du Canada puis il doit évidemment rembourser le Québec, on parle de plus de 1 milliard pour les trois dernières années. Donc, c’est cinq R : Réviser, renforcer, réduire, répartir, rembourser. Puis, comme mes collègues l’ont montré, ça presse. »

Mon commentaire : En tant que telle, cette déclaration n’est pas si choquante. Demander que les demandeurs d’asile soient mieux répartis sur l’ensemble du territoire et que le gouvernement fédéral dédommage correctement les provinces est tout à fait légitime. Le problème est qu’on fait face à un gouvernement qui définance les services sociaux et blâme les demandeurs d’asile pour ses propres décisions.

Source : https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-92695.html

24 avril 2024

Contexte : Bernard Drainville doit justifier le retard dans la mise sur pied des maternelles 4 ans promises par la CAQ.

Déclaration : « On veut créer des classes [de maternelle 4 ans], mais ça nous prend des enseignants, ça nous prend des locaux. Et l’essentiel de mon personnel, dans certains centres de services scolaires, sert essentiellement à instruire les nouveaux arrivants. Dans certains cas, j’inaugure une école toute neuve, il devait y avoir des maternelles 4 ans, et pourquoi il n’y en a pas ? Parce qu’il faut scolariser un plus grand nombre d’élèves que prévu, et dans certains cas, ce sont de nouveaux arrivants. Les enseignants affectés aux nouvelles classes de francisation et d’accueil, ce sont des enseignants que je pourrais utiliser dans d’autres contextes, par exemple des maternelles 4 ans. Mais je ne les ai point. »

Source : https://www.ledevoir.com/politique/quebec/811604/retards-maternelles-4-ans-raison-immigrants-selon-drainville

16 août 2024

Contexte : Bernard Drainville fait le point sur la pénurie d’enseignants à l’aube de la rentrée scolaire.

Déclaration : « Quand tu es obligé de fermer des maternelles 4 ans pour ouvrir des classes de francisation, ce n’est pas normal. »

Précision du Devoir : « À Montréal, à Laval, à Québec, dans Lanaudière, dans le Centre-du-Québec, dans les Laurentides et en Montérégie : partout, les CSS ont déclaré au Devoir qu’ils n’avaient pas fermé de groupes de maternelle 4 ans pour faire place à des classes de francisation. »

https://www.ledevoir.com/societe/education/818743/pas-maternelles-4-ans-fermees-cause-classes-francisation-selon-ecoles

26 août 2024

Contexte : Bernard Drainville commente comme chaque année le manque d’enseignants à la rentrée scolaire.

Déclaration : L’élu s’est ensuite dit « très fier » de constater que le réseau québécois ait pu « accueillir une telle augmentation d’immigrants ». Il a néanmoins renouvelé son appel au premier ministre canadienJustin Trudeau, afin qu’il « reprenne le contrôle des frontières et du processus d’immigration ».

Le cabinet Drainville affirme que près de 80 % de la hausse de clientèle scolaire observée l’an dernier est attribuable aux élèves qui sont nés hors Canada. Il souligne qu’il y avait 1341 classes de francisation en mars 2024, une hausse par rapport au nombre de 1005, un an plus tôt. Or, de là à lier la hausse de l’immigration à la fermeture de classes de maternelle 4 ans, il y a un pas que les CSS ne sont pas prêts à franchir.

https://www.ledevoir.com/societe/education/818743/pas-maternelles-4-ans-fermees-cause-classes-francisation-selon-ecoles

18 novembre 2024

Contexte : L’école secondaire du Phare est inaugurée dans Charlesbourg et elle manque déjà d’espace. Le gouvernement annonce des classes modulaires.

Déclarations : « Notre plan A c’est de construire, d’agrandir, de rénover, mais c’est un excellent plan B, un modulaire. L’effectif scolaire est en hausse et c’est essentiellement à cause de l’immigration temporaire. Et donc il faut scolariser ces élèves qui nous arrivent d’ailleurs. On ne les blâme pas, c’est pas de leur faute. Mais comment veux-tu planifier, quand le gouvernement du Canada, décide de laisser entrer 600 000 immigrants temporaires en trois ans? »

Source : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2120810/phare-ecole-immigration-temporaire

14 mars 2025

Contexte : Bernard Drainville partage sur sa page Facebook un article de La Presse intitulé « Le nombre d’élèves issus de l’immigration explose »

Déclaration : « 1/3 des élèves issus de l’immigration

Quand on dit que l’immigration pèse lourd sur le réseau scolaire, en voici la preuve👇

On ne blâme ni les parents, ni les élèves qu’on scolarise le mieux possible. Mais force est de constater que les décisions du fédéral créent des besoins majeurs en personnel et en espace.

En 3 ans 👉HAUSSE NETTE de 50 000 élèves du primaire et secondaire, tous issus de l’immigration, dont 40 000 sont nés hors du Canada🇨🇦.

Ça correspond à 87 nouvelles écoles primaires! »

Lien : https://www.facebook.com/bernard.drainville/posts/13-des-%C3%A9l%C3%A8ves-issus-de-limmigrationquand-on-dit-que-limmigration-p%C3%A8se-lourd-sur-/1198638818289093/

Déclaration : « La hausse de l’immigration crée une pression énorme sur nos services publics et particulièrement sur nos écoles. Soyons clairs, on ne blâme pas du tout les enfants immigrants et leurs parents, mais il faut que les Québécois voient l’impact que les politiques du gouvernement fédéral ont sur nos écoles. On a de plus en plus d’enseignants et de personnel à l’école, mais ça va être difficile d’en venir à bout si le nombre d’élèves immigrants continue d’augmenter comme ça. »

Lien : https://www.journaldequebec.com/2025/03/14/immigrants-de-1ere-et-2e-generation–plus-dun-eleve-sur-trois-issu-de-limmigration

7 août 2025

Contexte : À Midi-Info, Bernard Drainville revient sur son recul sur les compressions en éducation.

Déclarations : « Les besoins sont grandissants. On a eu des nouveaux chiffres sur le nombre d’élèves qui était plus important que prévu lors de la dernière année scolaire. On voit ce qui se passe présentement aux frontières avec l’arrivée des demandeurs d’asile. On peut anticiper qu’il y aura encore plus d’élèves à scolariser l’année prochaine. (…) Les budgets vont continuer à payer. Mais la capacité de payer n’est pas infinie. On s’entend-tu là-dessus? La capacité de payer n’est pas infinie. »

Autres

21 septembre 2022

Auteur : Jean Boulet

Contexte : Débat électoral avec les autres candidats dans Trois-Rivières

Déclaration : « Les immigrants, les seuils, c’est un débat purement académique. Il faut s’assurer de bien les intégrer. 80 % des immigrants s’en vont à Montréal, travaillent pas, ne parlent pas français ou n’adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise. La clé, c’est la régionalisation et la francisation. »

Justification : Jean Boulet s’est dit « désolé d’avoir mal exprimé sa pensée. L’extrait diffusé ne reflète pas ce que je pense. » François Legault a dit que les propos de Boulet le disqualifiaient comme ministre de l’Immigration. Il l’a tout de même conservé dans son cabinet comme ministre du Travail.

J’accorde à M. Boulet le mérite de ne pas avoir tenté de nous faire croire que c’était plutôt nous qui avions mal interprété ses paroles.

Source : https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/2022-09-28/propos-sur-les-immigrants/boulet-s-est-disqualifie-affirme-legault.php

31 octobre 2024

Auteur : Lionel Carmant

Déclaration : « L’impact des nouveaux arrivants joue un rôle sur tous nos services que l’on offre. Vous savez qu’à mon grand désespoir, il y a des gens qui partent d’Amérique du Sud, des Caraïbes, qui traversent les États-Unis à pied avec leurs enfants, qui arrivent au Québec, et qu’à cause de leur état, la DPJ est appelée et doit intervenir dans ces cas-là. (…) Non, on n’a pas de chiffres parce que malheureusement, le Programme régional d’accueil et d’intégration des demandeurs d’asile ne rembourse et n’a des bases de données que sur la santé physique. Mais partout où je vais au Québec, les gens me disent qu’il y a quand même un grand nombre de signalements pour les nouveaux arrivants. D’ailleurs, (le cas) de ce matin (dans La Presse), c’était effectivement des nouveaux arrivants, qui ont vécu des traumas complexes, qui ont toutes sortes de difficultés et pour lesquels on appelle la DPJ à l’aide. »

Source : https://www.journaldequebec.com/2024/10/31/impact-de-limmigration-sur-les-signalements-a-la-dpj-quebec-na-aucune-donnee

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • La construction de l’autre à l’Assemblée nationale: Liste détaillée
    En novembre 2024, le député solidaire de Maurice-Richard, Haroun Bouazzi, a créé une polémique en affirmant qu’il voyait tous les jours la « construction de l’autre » à l’Assemblée nationale. Il faisait référence entre autres à cette fâcheuse tendance de nos politiciens prétendument nationalistes à pointer du doigt l’immigrant pour tous les problèmes du Québec. La classe médiatique et politique s’est empressé de dénoncer ses paroles et de l’accuser de traiter tout le Québec de raciste. Je vous p
     

La construction de l’autre à l’Assemblée nationale: Liste détaillée

17 septembre 2025 à 08:59

En novembre 2024, le député solidaire de Maurice-Richard, Haroun Bouazzi, a créé une polémique en affirmant qu’il voyait tous les jours la « construction de l’autre » à l’Assemblée nationale. Il faisait référence entre autres à cette fâcheuse tendance de nos politiciens prétendument nationalistes à pointer du doigt l’immigrant pour tous les problèmes du Québec. La classe médiatique et politique s’est empressé de dénoncer ses paroles et de l’accuser de traiter tout le Québec de raciste. Je vous présente ici une liste des déclarations qu’on peut selon moi associer à cette « construction de l’autre » depuis la campagne électorale de 2022. Cette liste sera mise à jour.

  1. Paul St-Pierre Plamondon
  2. François Legault
  3. Bernard Drainville
  4. Autres

Paul St-Pierre Plamondon

25-26 janvier 2023

Contexte : Le Parti québécois demande que le chemin Roxham soit fermé

Déclaration : « On est les seuls à être à la recherche d’un modèle durable afin de faire en sorte qu’on évite ce qu’on voit ailleurs dans le monde en ce moment : la montée des extrêmes», a affirmé le chef péquiste en point de presse en marge du caucus présessionnel de son parti. 

Paul St-Pierre Plamondon cite en exemple des pays comme le Danemark, la Suède, la Hongrie, la France ou encore l’Angleterre.

Le Parti québécois demande que le chemin Roxham soit fermé. «Si on compte l’immigration temporaire, la situation à Roxham, qui est en progression, et on prend les seuils actuels, nous, on constate le déclin du français, l’incapacité à loger tout le monde et l’incapacité à offrir des services. Donc, on est à la recherche d’un modèle qui soit plus durable, plus rassurant, plus garant de notre paix sociale et de la qualité des services également», a dit le chef de la formation indépendantiste. 

«Supposons qu’on atteint les 100 000, puis ensuite on atteint les 200 000 entrées irrégulières. 95 % d’entre elles au Québec seulement, il faut visualiser l’impact», a-t-il ajouté.

«Ça va exacerber des insatisfactions»

(…)

Le chef péquiste croit que si on n’agit pas, il y aura des conséquences. 

«Un modèle dans le cadre duquel le français est condamné à reculer, qu’on est en crise de logement exacerbée et que certaines familles ne peuvent même pas se loger et dans lequel on n’arrive plus à fournir des services à la population, ça va exacerber des insatisfactions», a-t-il dit. 

«Si on fait l’erreur de ne pas trouver des modèles durables, ça aura des conséquences sur certaines parties de l’électorat qui vont décider de prendre les choses d’une autre manière», a ajouté le chef péquiste. 

Le PQ veut baisser les seuils d’immigration à 35 000 personnes par année. Ils sont actuellement fixés à 50 000.

(…)

Paul St-Pierre Plamondon persiste et signe : le Québec met bel et bien en jeu, selon lui, sa « paix sociale » s’il poursuit sur sa lancée en immigration.

Le chef péquiste est revenu sur ses propos tenus la veille en marge du caucus de son parti, où il avait affirmé qu’une arrivée massive de demandeurs d’asile irréguliers, comme ceux qui entrent par le chemin Roxham, pourrait être favorable à la montée des extrêmes, citant des pays comme la Hongrie et la France.

Lorsque l’immigration n’est pas planifiée, surtout lorsqu’il n’y a pas de critères de sélection comme c’est le cas à Roxham, et que le nombre de personnes accueillies […] excède largement la capacité de loger, de nourrir les gens qui n’ont pas de permis de travail, ça a un impact sur la société d’accueil, a soutenu jeudi M. St-Pierre Plamondon à l’émission Tout un matin, sur les ondes d’ICI Première.

Ce que je constate, c’est que, dans les autres pays dans le monde qui ont raté cette planification [de l’immigration], ça a des conséquences sur leur tissu social, sur leur paix sociale.

S’il n’a pas précisé sa conception des extrêmes, le chef du Parti québécois a laissé entendre qu’il craignait une montée de l’extrême droite causée par une gestion chaotique de l’immigration.

Source : https://www.lesoleil.com/2023/01/25/immigration-le-pq-veut-etre-un-rempart-contre-les-extremes-b60a16c4ee6ba554d151519515633b42/

Source : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1951403/parti-quebecois-chef-migrant-chemin-roxham-frontiere

9 mai 2023

Auteur : Paul St-Pierre Plamondon

Contexte : La CAQ a retiré de son programme la volonté d’obtenir pour le Québec les pleins pouvoirs en immigration.

Déclaration : « Vous savez qu’en fin de semaine, la CAQ a retiré de son programme la volonté de rapatrier les pouvoirs en immigration. Donc désormais il faut comprendre que la CAQ n’a plus cette prétention-là. Dans quel cas, je veux savoir de notre premier ministre : Si vous n’êtes plus pour obtenir les pleins pouvoirs en immigration et que votre engagement envers le Canada est absolu et éternel, j’aimerais que vous nous disiez si vous optez pour l’affaiblissement, voire la disparition, à long terme, du français dans le Canada ? »

Source: https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-88437.html

17 janvier 2024

Auteur : Paul St-Pierre Plamondon

Contexte : Les économistes Stéphane Marion et Alexandra Ducharme affirment que le Canada est tombé dans un piège démographique puisque la construction de logements ne suit pas l’augmentation de la population.

Déclaration : « On ment éhontément à la population. Les économistes disent que la hausse des seuils n’est pas une solution, n’a pas d’impact sur la pénurie de main d’œuvre. Et lorsque le ministre Marc Miller dit qu’il n’y a pas de problème parce que chaque immigrant va bâtir lui-même sa maison, c’est vraiment du délire. C’est une dérive idéologique qui a des conséquences réelles. C’est-à-dire que l’itinérance monte en flèche aux quatre coins du Québec, les logements ne sont plus abordables et il y a des conséquences sociales, l’appauvrissement des ménages parce que les loyers augmentent de manière incontrôlée. Tout ça pour des faussetés. Pour un courant idéologique. »

Source : https://www.youtube.com/watch?v=qGAIjkC515s

31 janvier 2024

Contexte : Débat à RDI entre les chefs de parti excepté François Legault.

Déclarations : « Si on ne réduit pas les travailleurs temporaires, les demandeurs d’asile et les étudiants étrangers, on arrivera jamais à un équilibre et cette crise du logement, mais aussi la crise sur notre capacité à livrer des services et à intégrer en français, vont se poursuivre. » Le chef intérimaire du Parti libéral, Marc Tanguay, lui demande alors s’il trouve qu’il y a trop de travailleurs temporaires au Québec et qu’il aimerait en voir quitter. « Par définition, un visa temporaire, c’est quelqu’un qui arrive et qui quitte. Et donc ça vient avec la définition de travailleur avec un visa temporaire. Si le simple fait d’arriver sur le territoire donne un statut de permanent, peu importe par quel chemin, peu importe si on remplit les critères ou non, ça crée un chaos. »

Source : https://lactualite.com/actualites/il-faut-moins-dimmigrants-temporaires-au-quebec-clame-paul-st-pierre-plamondon/

20 août 2024

Contexte : PSPP réagit à l’annonce du gouvernement du Québec d’imposer un moratoire de six mois sur l’émission de permis pour les travailleurs étrangers temporaires.

Déclaration : « Ça témoigne du fait que [François Legault] est complètement dépassé par la situation en matière d’immigration. Il est impuissant vis-à-vis le fédéral. Et ce n’est pas des mesures en surface et aussi pointues qui vont renverser une tendance qui est très lourde. C’est un petit pas, mais on n’est plus à l’époque des petits pas. On est au moment de prendre des mesures très fermes pour renverser une situation qui est intenable, de son propre aveu. En guise de réponse, le Parti québécois présentera d’ici octobre « un plan de réduction drastique et substantielle » de l’immigration temporaire et permanente. Le projet péquiste touchera « toutes les catégories de manière à ce que la crise du logement se résorbe, qu’on retrouve un équilibre », a-t-il dit. M. St-Pierre Plamondon n’a pas voulu étayer ce que signifie pour lui une « réduction drastique ».

« Attendez-vous à un contraste très, très important entre les mesurettes de la CAQ et la procrastination de la CAQ, d’une part, et notre volonté de ramener le modèle à quelque chose de durable et viable, c’est-à-dire un modèle qui correspond à notre capacité d’intégrer en français, de donner des services équitables à tout le monde et de donner un toit à tout le monde », a-t-il résumé.

Source : https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-95089.html

https://ici.radio-canada.ca/rci/fr/nouvelle/2098148/immigration-quebec-ptet-etudiants-etrangers

10 septembre 2024

Contexte : Un stagiaire en enseignement est la victime d’horribles commentaires haineux de la part de certains de ses élèves, la plupart visant son orientation sexuelle.

Déclaration : « Cette situation soulève la question du communautarisme religieux et de l’incapacité de nos écoles à intégrer une partie des nouveaux arrivants à la société québécoise. Lors de l’entrevue au 98,5, l’animateur Patrick Lagacé a demandé si le caractère multiethnique de la classe en question avait pu jouer dans la banalisation de ce genre de geste. C’est une question qui est, je le conçois, très délicate. On doit l’aborder avec toute la responsabilité qui nous incombe et les mots justes. Mais on doit l’aborder. Est-ce que le rapport à l’homosexualité qu’ont des membres de certaines communautés, dans le contexte d’une salle de classe issue à 90% de l’immigration, a pu jouer dans un cas comme celui-ci?  (…) L’incapacité de plus en plus grande du Québec à intégrer par l’école est un réel sujet qui devrait tous nous préoccuper collectivement. Sans intégration, nous assisterons à la désintégration du contrat social québécois axé sur la paix sociale, ainsi que de notre culture québécoise, cette même culture paisible et respectueuse qui fait du Québec une terre d’accueil si attirante. Il ne s’agit pas ici de blâmer qui que ce soit ou de trouver des coupables, mais plutôt de faire des constats difficiles mais nécessaires, qui nous permettront d’avancer et de trouver des politiques publiques capables de recréer une mixité et une intégration dans les valeurs partagées de notre société. L’un des mandats fondamentaux de l’école est de former des citoyens. L’école québécoise ne doit plus uniquement viser à transmettre la maîtrise du français, elle doit aussi viser à transmettre la culture québécoise, notre vision du monde et notre façon de participer et de le façonner. Et surtout de transmettre une citoyenneté qui garantit une place, la sécurité et le respect de tous et chacun. »

(Bref, oui il y a de l’homophobie au Québec, mais c’est surtout la faute des immigrants.)

Source : https://x.com/PaulPlamondon/status/1833658356692660438

28 octobre 2024

Contexte : Conférence de presse à l’Assemblée nationale. Le Parti québécois présente son plan en matière d’immigration.

Déclaration : « Donc, on va se concentrer sur le fait de régler des crises qui ont une influence négative sur le taux de natalité au niveau du logement, des services. Notre réflexion peut peut-être aller plus loin dans le programme de 2026, mais c’est relié, parce que si nos seuils d’immigration sont trop élevés, il n’y a pas de logement, le logement coûte très cher, les gens sont étouffés au niveau du paiement de leur hypothèque et du loyer, est-ce qu’ils vont prendre la décision d’avoir un enfant ou un enfant de plus? Les deux sont reliés. »

https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-96273.html

6 janvier 2025

Contexte : Paul St-Pierre Plamondon dresse un bilan du gouvernement Trudeau sur sa page Facebook.

Déclaration : « Immigration incontrôlée créant la pire crise du logement et des services depuis des décennies. »

Source : https://www.facebook.com/share/p/1ZNUbAeDaQ/

8 avril 2025

Auteur : Paul St-Pierre Plamondon

Contexte : Point de presse pendant la campagne électorale fédérale pour demander de fermer les frontières aux Américains qui tentent de fuir leur pays depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Déclaration :  « Au Québec, le nombre de demandes d’asile en provenance des États-Unis a triplé depuis l’arrivée de Donald Trump, et, comme je vous le disais en novembre dernier, c’est probablement juste le commencement, la pointe de l’iceberg d’un phénomène qui va être beaucoup plus grand et qui vise des millions de personnes. J’en ai parlé en novembre dernier pour dire : Il faut surveiller ça. Et je réitère, là, le Québec est un endroit accueillant, respectueux, mais la crise du logement, l’impact sur les services et le recul du français n’est plus un débat au Québec. »

« Parce que si vous pensez que Roxham… si vous pensez que Roxham, c’était du sabotage, ce qui s’en vient, compte tenu, là, des millions de personnes qui sont en jeu avec les politiques de Donald Trump, ce qui s’en vient est peut-être encore beaucoup plus gros que ce qu’on a connu sur Roxham. »

Source : https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-99185.html

3 juin 2025

Contexte : Point de presse pour commenter la première rencontre entre François Legault et Mark Carney.

Déclaration : « On est rendus, au Québec, seulement pour les quatre premiers mois de l’année à 14 000 demandeurs d’asile. Et, ça, c’est une des catégories en immigration. Mais ça veut dire que, pendant que le gouvernement prépare un document où est-ce qu’on va nous dire que les seuils sont maintenant à 30 000, 35 000, 40 000, dans les faits, on continue à accueillir nettement plus de personnes. Et on n’a aucun contrôle là-dessus. La CAQ a littéralement perdu le contrôle sur le nombre de personnes qu’on accueille au Québec. Peu importe ce qu’il dit par après, ça ne correspond pas à la réalité.

Donc, juste pour vous donner une impression, là, au mois d’avril, on parle de 2 875 entrées à Lacolle, c’était 654 l’année dernière. On est pas mal, donc, dans des chiffres qui ressemblent à l’époque de Roxham. Donc, on est vraiment dans un délire idéologique, et la CAQ choisit de se fermer les yeux.

Donc, je vous parle de ça parce qu’on a un François Legault tout sourire hier, il se rend à sa première rencontre avec Mark Carney, et moi, je lui avais demandé : Allez vous demander les pleins pouvoirs en immigration, là? C’est une question de survie de la nation, de louisianisation. Allez-vous le faire? Moi, je n’ai pas entendu parler de ce sujet-là. J’ai entendu parler seulement d’économie. Or, qu’en est-il de l’économie du Canada depuis 10 ans? Ça, c’est le tableau de la croissance économique per capita du Canada de 2015 à 2024. Vous avez de la misère à le voir dans le fond, là, mais la croissance économique du Canada, là, elle est ici, elle est minuscule. Et, ce matin, là, notamment, le National Post, mais d’autres médias rapportent le rapport de l’OCDE, qui est très clair : la croissance économique du Canada, dans les 10 dernières années, est minuscule, en raison d’un choc démographique, ce qu’on appelle…

Dans notre document sur l’immigration, on vous a donné plusieurs études qui parlent d’un piège démographique. C’est-à-dire que, si on impose une hausse de l’immigration trop forte, trop soudaine, ça crée une crise du logement, ça crée beaucoup de ressources en adaptation, et ultimement, donc, ça crée une stagnation de la création de richesse. Donc, de voir… puis vous avez vu mes tableaux des dernières fois, là… donc, on a connu une hausse incroyable du prix du logement. Pourquoi? Parce que la population du Canada explose, par rapport à n’importe quel autre pays de l’OCDE.

Et je vous parle de ça donc, parce qu’on doit constater que d’une part, ce sont des discussions très, très hypothétiques, avec lesquelles je n’ai aucun problème, là… Parler d’économie, c’est correct. Mais passer à côté du principal sujet, du principal aspect problématique de l’économie canadienne depuis 10 ans, selon le rapport de l’OCDE, et omettre son engagement, comme premier ministre, de demander les pleins pouvoirs en immigration, parce que François Legault sait ce qu’il va lui arriver, c’est-à-dire un autre refus, je trouve ça irresponsable.

Donc, j’aimerais rappeler à nouveau que le sabotage de notre modèle d’immigration, qui fonctionnait, c’est un sabotage qui vient du fédéral. J’aimerais rappeler que jamais on n’aura vu un premier ministre perdre le contrôle sur l’immigration que François Legault. Et j’aimerais rappeler que, pour tous les Québécois, incluant les Québécois issus de l’immigration, personne n’a intérêt à être dans un modèle où la crise du logement s’exacerbe, continue de… à croître, où on n’est plus capables de livrer les services, et où le français recule de manière spectaculaire, comme vous pouvez le voir à nouveau avec les plaintes à l’Office québécois de la langue française. Donc, personne n’a intérêt à ça.

Et on ne peut pas accueillir des centaines de milliers… Il y aurait peut-être des millions de personnes qui veulent venir au Québec, du jour au lendemain, et qui ont des bonnes raisons, mais il y a… à un moment donné, il va falloir se pencher sur un modèle durable, en fonction de notre capacité d’accueil, parce que tout ça ne fonctionne pas. Et je pense que, malheureusement, François Legault joue à l’autruche. »

Source: https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-100403.html

30 juillet 2025

Contexte : PSPP réagit à un reportage du Journal de Montréal qui établit que le tiers des homicides survenus au Québec en 2024 implique des jeunes de 21 ans et moins.

Déclaration : « Oui, c’est lié à des changements démographiques, on ne peut pas le nier. On assiste à l’émergence de groupes criminels nouveaux qui amènent au Québec des techniques de criminalité plus agressives pour lesquelles, à l’évidence, on est mal adaptés. Il y a 20 ans, avant les changements démographiques générés par l’immigration, on n’aurait jamais pensé que des groupes criminels puissent être aussi agressifs dans l’identification de jeunes, dès l’âge de 12-13 ans, pour les amener à des criminels actifs capables de meurtres à l’âge de 16 ans. Il faut prendre acte. On sous-estime, à l’échelle du Québec, la gravité de ce que ça peut entraîner, cette inaction-là. On connaît des cas, en Europe, de villes où on a perdu le contrôle de certaines parties de la ville en raison d’une ghettoïsation et d’une infiltration du crime organisé. »

Source : https://www.journaldequebec.com/2025/07/30/criminalite-chez-les-jeunes–une-violence-liee-a-limmigration-dit-pspp

14 septembre 2025

Contexte : Le Parti québécois a publié une publicité critiquant le nombre de demandeurs d’asile « imposé » par « le Canada ». La publicité a été dénoncée comme trompeuse par plusieurs personnes, dont Louise Harel et Pierre Céré. Le 14 septembre 2025, Paul St-Pierre Plamondon publie un texte pour justifier la publicité.

Déclaration : « Rappelons que le Québec avait une planification de l’immigration qui fonctionnait très bien avant que le gouvernement fédéral, sous Trudeau, ne vienne la saboter. Rappelons également que les Québécois issus de l’immigration, comme tous les autres Québécois, n’ont pas plus d’intérêt que les autres à vivre dans une crise perpétuelle et aiguë du logement, ni à subir un recul des services publics ou encore du climat social, simplement pour plaire à quelques idéologues de la gauche radicale ou du gouvernement fédéral. »

Source : https://www.facebook.com/share/p/168N8QoXWz/

18 septembre 2025

Contexte: Paul St-Pierre Plamondon publie une vidéo dans laquelle il réplique à ses critiques sur le sujet de l’immigration

Déclaration: « Et c’est absolument faux d’affirmer que les Québécois issus de l’immigration ont des intérêts divergents de l’ensemble des Québécois, notamment sur la question fondamentale de la crise du logement, qui découle directement d’une immigration incontrôlée durant les dernières années. Les Québécois issus de l’immigration n’ont pas intérêt à ce que leur loyer, leur hypothèque soit désormais inabordable, parce qu’on a créé de toute pièce une crise du logement en accueillant un nombre de personnes beaucoup plus grand que notre capacité à faire des nouveaux logements durant la même année. Ce qui a créé évidemment un débalancement entre l’offre et la demande. Ils n’ont pas intérêt à ce que leurs enfants n’aient pas les moyens de s’acheter une première maison comme on voit en ce moment. Exactement comme l’ensemble des Québécois, les Québécois issus de l’immigration n’ont pas intérêt non plus à une dégradation des services publics comme la santé et l’éducation, même chose lorsqu’on parle de l’enjeu du climat social, personne n’a intérêt à ce qu’il se dégrade comme on le voit notamment en ce moment en Europe, en raison justement de dérives idéologiques qui ont mené à l’absence complète de planification entourant les questions d’immigration et d’intégration. »

Source: https://www.facebook.com/share/v/1DS3cRC7hD/

1er octobre 2025

Contexte: Paul St-Pierre Plamondon répond au discours d’ouverture de la session parlementaire prononcé par le premier ministre François Legault la veille

Déclaration: « Mais c’est parce que quand on regarde la croissance économique du Canada, par habitant, au cours des neuf dernières années, on se rend compte que le Canada est dernier. Dernier en occident, à part le Luxembourg. Il n’y a eu presque aucune croissance économique au cours des dernières années, et c’est dû à ce gouvernement libéral fédéral, qui est parti dans ses lubies idéologiques en amenant une vague d’immigration tellement soudaine et grande qu’essentiellement, pour faire une image, on a divisé la tarte, la même tarte, en des pointes plus petites, avec plus de personnes, mais on n’a pas été capables de générer de la croissance économique, on a été en adaptation à des changements migratoires. »

Source: https://www.youtube.com/watch?v=vRrFhADedkE

9 octobre 2025

Contexte: Entrevue à l’émission « Place publique » à Ici Première Saguenay-Lac-Saint-Jean. Paul St-Pierre répond aux questions de l’animatrice qui craint que la réduction de l’immigration temporaire nuise à l’Université du Québec à Chicoutimi et aux entreprises de la région.

Déclaration: Plamondon: L’entreprise privée, elle n’aura pas à se poser la question: il y a une crise du logement. L’augmentation des loyers, du prix des maisons, le fait qu’une nouvelle génération aura pas accès du tout à la propriété…
Animatrice: Mais vous savez que la crise du logement, c’est pas seulement le fait de l’immigration.
Plamondon: Majoritairement, c’est LE facteur principal, je vous réfère à toutes les études qu’on a citées. Le facteur le plus important dans la crise du logement, c’est le choc démographique qu’on a connu dans les dix dernières années. Il y a pas de doute.
Animatrice: Il y a des gens qui vivent seuls de plus en plus, il y a eu moins de construction de logements sociaux abordables dans les dernières années…
Plamondon: Je vous réfère à cette étude de Pierre Fortin qui dit: « De tous les facteurs, le facteur le plus déterminant, c’est ce choc démographique. » Et d’ailleurs les fonctionnaires de Justin Trudeau l’avaient averti: si vous procédez avec votre politique, vous allez créer une crise du logement sans précédent, et pour des raisons idéologiques, on s’est entêté dans ce modèle-là.

Source: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2198494/immigration-pierre-fortin-crise-logement

François Legault

7 septembre 2022

Contexte : Le gouvernement fédéral veut augmenter les seuils d’immigration. Pendant la campagne électorale québécoise de 2022, François Legault fait un point de presse pour dénoncer cette décision.

Déclaration: « Les Québécois sont pacifiques, ils n’aiment pas la chicane, ils n’aiment pas les extrémistes, ils n’aiment pas la violence, donc il faut s’assurer qu’on garde ça comme c’est là actuellement, a-t-il notamment répondu. On a quand même des valeurs et on a parlé beaucoup de laïcité dans les dernières années; c’en est une des valeurs, aussi le respect. Il y a une façon de vivre chez nous et on veut la garder. »

Justification : Le lendemain, Legault s’est dit désolé « si ses propos ont porté à confusion ». Évidemment. Ce ne sont pas ses mots qui étaient mal choisis, c’est nous qui avons mal compris. Il a ajouté que « l’immigration est une richesse pour le Québec ». Mais c’était pour mieux en rajouter quelques jours plus tard.

Source : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1911823/francois-legault-immigrants-violence-extremistes-elections

11 septembre 2022

Contexte : François Legault s’adresse à un rassemblement militant à Drummondville. Il réagit aux propositions du Parti libéral du Québec et de Québec solidaire, qui proposent d’augmenter les seuils d’immigration.

Déclaration : « J’ai essayé d’expliquer pourquoi les Québécois se sont serré les coudes pendant la pandémie. C’est parce qu’on est un peuple, une nation qui est tissée serré. Et puis au cœur de cette nation, il y a le français. Et là, il y a une certaine urgence. On a vu dans les études qui ont été déposées dernièrement qu’il y a un déclin du français. C’est important de garder cette cohésion nationale, de défendre le français, d’arrêter le déclin du français. C’est comme mathématique. Si on veut arrêter le déclin pendant un certain temps, il faut mieux intégrer les nouveaux arrivants au français. »

Source : https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/2022-09-11/immigration-non-francophone/une-possible-menace-a-la-cohesion-nationale-selon-legault.php

28 septembre 2022

Contexte : François Legault s’adresse à la Chambre de Commerce de Montréal pendant la campagne électorale. La Chambre de Commerce demande au gouvernement de hausser les seuils d’immigration.

Déclaration : « Des gens disent : où vous avez pris ça, la capacité d’intégration ? Bien, les chiffres sont clairs. Il y a un déclin du français. Si on garde la même recette, ça va donner le même gâteau. Si je suis réélu, le seuil d’immigration va rester à 50 000, mais on va être plus exigeant sur la connaissance du français. On va essayer d’envoyer un plus grand pourcentage dans les régions francophones, ça va aider. Mais tant qu’on n’aura pas stoppé le déclin du français, je pense que pour la nation québécoise qui veut protéger le français, ça serait un peu suicidaire d’aller augmenter les seuils. »

Justification : François Legault dit avoir été ovationné par la foule venue l’entendre. Il ne croit pas avoir à s’excuser pour ce qu’il a dit.

https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/2022-09-28/propos-sur-les-immigrants/boulet-s-est-disqualifie-affirme-legault.php

10 juin 2024

Contexte : Le gouvernement fédéral offre 750 millions $ à Québec pour compenser les coûts reliés à l’accueil des demandeurs d’asile alors que Québec demandait un milliard.

Déclaration : « Le gouvernement fédéral doit comprendre que c’est urgent de réduire le nombre d’immigrants temporaires au Québec, si on veut que les Québécois puissent se loger, que nos enfants aient accès à des enseignants qualifiés, pour que nos malades soient soignés et pour que le déclin français soit inversé. »

« On a actuellement une explosion du nombre d’immigrants temporaires. Ça amène des problèmes importants dans le logement, dans les services publics, l’éducation, la santé, l’avenir du français en particulier à Montréal. (…) Donc on voit que 100% du problème du logement vient de l’augmentation du nombre d’immigrants temporaires. (…) Le tiers du problème de pénurie de personnel qu’on vit en santé vient des 560 000 immigrants temporaires. (…) La moitié du manque d’enseignants qualifiés au Québec vient de la présence des immigrants temporaires. (…) Le tiers des immigrants temporaires ne parlent pas français. Ils sont surtout situés à Montréal. Donc ça amène un déclin du français au Québec, en particulier à Montréal. »

Source :

https://www.journaldequebec.com/2024/06/10/demandeurs-dasile—ottawa-versera-750-m-a-quebec

2 octobre 2024

Contexte : François Legault demande au gouvernement fédéral de réduire de moitié le nombre de demandeurs d’asile sur le territoire québécois, quitte à les déplacer de force.

Déclaration : « Il faut trouver le moyen de répartir les demandeurs d’asile de façon plus équitable, a réitéré le premier ministre. Parce qu’actuellement, tout ce qui est proposé par le gouvernement fédéral, c’est sur une base volontaire par les demandeurs d’asile et sur une base volontaire par les autres provinces. Nous, ce qu’on veut, c’est [que] la moitié des demandeurs d’asile qui sont actuellement au Québec [soient] transférés dans d’autres provinces, a-t-il mentionné. Ce n’est pas logique qu’on ait reçu 45 % des demandeurs d’asile, alors que le Québec représente 22 % de la population canadienne. (…) Moi, ce que je veux, c’est qu’il y ait des résultats, a-t-il poursuivi. Alors oui, ça devrait être obligatoire. Mais c’est au gouvernement fédéral de gérer ça. »

Source : https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2024-10-02/mission-en-france/legault-veut-obliger-la-moitie-des-demandeurs-d-asile-a-quitter-le-quebec.php

6 décembre 2024

Contexte : Bilan de fin de session

Déclaration : « Je veux aujourd’hui envoyer un message très clair aux islamistes. Les valeurs fondamentales qu’on a au Québec, comme la laïcité, comme l’égalité hommes-femmes… Eh bien, on va se battre, puis jamais, jamais on ne va accepter que des personnes essaient de ne pas respecter les valeurs qui sont fondamentales au Québec. (…)[Le fait] de voir des gens qui prient dans les rues, dans des parcs publics, ce n’est pas quelque chose qu’on souhaite au Québec. Quand on veut prier, on va dans une église, on va dans une mosquée, mais pas dans des lieux publics. »

Source : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2124921/projet-loi-renforcement-laicite-ecole-quebec

10 mars 2025

Contexte : François Legault demande au nouveau premier ministre du Canada, Mark Carney, de diminuer l’immigration temporaire.

Déclaration : « On le sait, on a excédé notre capacité d’intégration en immigration au Québec », a indiqué François Legault, lors d’une conférence de presse tenue à Terrebonne en soutien à son candidat à l’élection partielle dans la circonscription, Alex Gagné.

« M. Trudeau a perdu le contrôle du nombre d’immigrants », a-t-il accusé, en ajoutant qu’il exigera à Pierre Poilievre et Mark Carney de remédier à la situation.

Réduire le nombre d’immigrants temporaire dans la province s’avère notamment essentiel dans un contexte de « manque de logements » et pour assurer la « protection du français ». « On a des difficultés à répondre aux besoins pour les classes en éducation, et on a de la difficulté à trouver du personnel en santé », a-t-il ajouté, pour justifier sa position.

Source : https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2025-03-10/elections-federales/legault-demande-a-carney-de-reduire-l-immigration-temporaire.php

21 septembre 2025

Contexte: Entrevue à Tout le monde en parle pour faire le bilan du gouvernement caquiste

Déclaration: « Le Québec est un des peuples les plus accueillants dans le monde. Ça c’est important de le répéter. Est un des peuples les plus accueillants dans le monde. Par contre, depuis deux ans, le gouvernement fédéral a augmenté de 200 000 à 400 000 le nombre d’immigrants temporaires en particulier à Montréal. Ça pose des problèmes de logement, ça pose des problèmes en éducation, en santé, ça pose des problèmes avec notre langue, ça pose des problèmes avec nos valeurs comme la laïcité. La majorité des Québécois n’aiment pas voir des prières de gens à genou dans nos rues ou devant la basilique Notre-Dame. C’est important de respecter ce que veulent la majorité des Québécois.

(…)

Ce que moi je dis là, c’est on doit rester accueillant, mais actuellement, le Québec a dépassé de beaucoup sa capacité d’accueil et sa capacité d’intégration et on doit réduire de 200 000 le nombre d’immigrants temporaires à Montréal et à Laval. C’est ce qu’on demande au gouvernement fédéral, puis on va prendre les moyens pour qu’enfin au gouvernement fédéral agisse. »

Source: https://ici.radio-canada.ca/tele/tout-le-monde-en-parle/site/segments/entrevue/2180422/francois-legault-caucus-remaniement-ministres

Bernard Drainville

24 janvier 2024

Contexte : Caucus présessionnel des élus caquistes.

Déclarations : « S’il vous plaît, Monsieur Trudeau, on a atteint la limite, là. On est effectivement au point de rupture. Alors, le bar ouvert en immigration, arrêtez ça là, parce que nous autres, en éducation, on manque de profs, puis on manque de locaux. On travaille très fort sur des solutions. Il faudrait que M. Trudeau nous aide un petit peu. »

Source : https://www.ledevoir.com/politique/quebec/805887/drainville-met-garde-trudeau-rupture-education-cause-immigration?utm_source=recirculation&utm_medium=hyperlien&utm_campaign=corps_texte

20 février 2024

Contexte : Point de presse des ministres pour demander au gouvernement fédéral de limiter l’arrivée des demandeurs d’asile au Québec.

Déclarations :

Christine Fréchette : « Il faut également que le fédéral réduise l’afflux des demandeurs d’asile en resserrant rapidement la politique canadienne d’octroi des visas. Il doit fermer toute brèche qui permettrait à des groupes criminels de s’infiltrer au Canada. Et également, il doit rembourser au Québec l’ensemble des sommes encourues pour l’accueil des demandeurs d’asile. »

Bernard Drainville : « La situation qu’Ottawa laisse perdurer depuis des années a un impact pas juste sur le personnel enseignant et sur les locaux, elle a un impact aussi sur les professionnels de l’éducation, les orthophonistes, les orthopédagogues, les psychologues, les psychoéducateurs, les éducatrices, le transport scolaire. Le fédéral n’en fait pas assez. Puis ce n’est pas juste une question d’argent. C’est important de le dire. Le montant qu’il nous donne pour couvrir ce que ça nous coûte ici, au Québec, est ridicule. Ça, c’est un fait. Ils ne nous donnent pas l’argent qui couvre les coûts de services. Mais ce n’est pas seulement une question d’argent. Parce que, rendus à la situation où on est présentement, on s’approche d’un point où nous n’arriverons plus à fournir les services aux personnes qui sont déjà sur le territoire québécois parce que nos ressources doivent se partager entre un nombre grandissant d’enfants. »

Chantal Rouleau : « L’augmentation incontrôlée du nombre de demandeurs d’asile sur le programme d’aide sociale nous conduit droit dans le mur. Le gouvernement de la Coalition avenir Québec, le gouvernement de la CAQ ne veut pas et ne va pas tolérer qu’on efface les progrès de la société québécoise. Il est temps que le gouvernement fédéral cesse de laisser nos frontières complètement ouvertes. »

Jean-François Roberge : « Donc, le gouvernement doit d’abord, le premier geste à poser, la première affaire, réviser la politique d’émission des visas, il doit aussi renforcer la surveillance des frontières, parce qu’on entend parler qu’il y a des groupes criminels qui profitent du laxisme actuel, il doit réduire le nombre de demandeurs d’asile, il doit répartir les demandeurs d’asile dans l’ensemble du Canada puis il doit évidemment rembourser le Québec, on parle de plus de 1 milliard pour les trois dernières années. Donc, c’est cinq R : Réviser, renforcer, réduire, répartir, rembourser. Puis, comme mes collègues l’ont montré, ça presse. »

Mon commentaire : En tant que telle, cette déclaration n’est pas si choquante. Demander que les demandeurs d’asile soient mieux répartis sur l’ensemble du territoire et que le gouvernement fédéral dédommage correctement les provinces est tout à fait légitime. Le problème est qu’on fait face à un gouvernement qui définance les services sociaux et blâme les demandeurs d’asile pour ses propres décisions.

Source : https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-92695.html

24 avril 2024

Contexte : Bernard Drainville doit justifier le retard dans la mise sur pied des maternelles 4 ans promises par la CAQ.

Déclaration : « On veut créer des classes [de maternelle 4 ans], mais ça nous prend des enseignants, ça nous prend des locaux. Et l’essentiel de mon personnel, dans certains centres de services scolaires, sert essentiellement à instruire les nouveaux arrivants. Dans certains cas, j’inaugure une école toute neuve, il devait y avoir des maternelles 4 ans, et pourquoi il n’y en a pas ? Parce qu’il faut scolariser un plus grand nombre d’élèves que prévu, et dans certains cas, ce sont de nouveaux arrivants. Les enseignants affectés aux nouvelles classes de francisation et d’accueil, ce sont des enseignants que je pourrais utiliser dans d’autres contextes, par exemple des maternelles 4 ans. Mais je ne les ai point. »

Source : https://www.ledevoir.com/politique/quebec/811604/retards-maternelles-4-ans-raison-immigrants-selon-drainville

16 août 2024

Contexte : Bernard Drainville fait le point sur la pénurie d’enseignants à l’aube de la rentrée scolaire.

Déclaration : « Quand tu es obligé de fermer des maternelles 4 ans pour ouvrir des classes de francisation, ce n’est pas normal. »

Précision du Devoir : « À Montréal, à Laval, à Québec, dans Lanaudière, dans le Centre-du-Québec, dans les Laurentides et en Montérégie : partout, les CSS ont déclaré au Devoir qu’ils n’avaient pas fermé de groupes de maternelle 4 ans pour faire place à des classes de francisation. »

https://www.ledevoir.com/societe/education/818743/pas-maternelles-4-ans-fermees-cause-classes-francisation-selon-ecoles

26 août 2024

Contexte : Bernard Drainville commente comme chaque année le manque d’enseignants à la rentrée scolaire.

Déclaration : L’élu s’est ensuite dit « très fier » de constater que le réseau québécois ait pu « accueillir une telle augmentation d’immigrants ». Il a néanmoins renouvelé son appel au premier ministre canadienJustin Trudeau, afin qu’il « reprenne le contrôle des frontières et du processus d’immigration ».

Le cabinet Drainville affirme que près de 80 % de la hausse de clientèle scolaire observée l’an dernier est attribuable aux élèves qui sont nés hors Canada. Il souligne qu’il y avait 1341 classes de francisation en mars 2024, une hausse par rapport au nombre de 1005, un an plus tôt. Or, de là à lier la hausse de l’immigration à la fermeture de classes de maternelle 4 ans, il y a un pas que les CSS ne sont pas prêts à franchir.

https://www.ledevoir.com/societe/education/818743/pas-maternelles-4-ans-fermees-cause-classes-francisation-selon-ecoles

18 novembre 2024

Contexte : L’école secondaire du Phare est inaugurée dans Charlesbourg et elle manque déjà d’espace. Le gouvernement annonce des classes modulaires.

Déclarations : « Notre plan A c’est de construire, d’agrandir, de rénover, mais c’est un excellent plan B, un modulaire. L’effectif scolaire est en hausse et c’est essentiellement à cause de l’immigration temporaire. Et donc il faut scolariser ces élèves qui nous arrivent d’ailleurs. On ne les blâme pas, c’est pas de leur faute. Mais comment veux-tu planifier, quand le gouvernement du Canada, décide de laisser entrer 600 000 immigrants temporaires en trois ans? »

Source : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2120810/phare-ecole-immigration-temporaire

14 mars 2025

Contexte : Bernard Drainville partage sur sa page Facebook un article de La Presse intitulé « Le nombre d’élèves issus de l’immigration explose »

Déclaration : « 1/3 des élèves issus de l’immigration

Quand on dit que l’immigration pèse lourd sur le réseau scolaire, en voici la preuve👇

On ne blâme ni les parents, ni les élèves qu’on scolarise le mieux possible. Mais force est de constater que les décisions du fédéral créent des besoins majeurs en personnel et en espace.

En 3 ans 👉HAUSSE NETTE de 50 000 élèves du primaire et secondaire, tous issus de l’immigration, dont 40 000 sont nés hors du Canada🇨🇦.

Ça correspond à 87 nouvelles écoles primaires! »

Lien : https://www.facebook.com/bernard.drainville/posts/13-des-%C3%A9l%C3%A8ves-issus-de-limmigrationquand-on-dit-que-limmigration-p%C3%A8se-lourd-sur-/1198638818289093/

Déclaration : « La hausse de l’immigration crée une pression énorme sur nos services publics et particulièrement sur nos écoles. Soyons clairs, on ne blâme pas du tout les enfants immigrants et leurs parents, mais il faut que les Québécois voient l’impact que les politiques du gouvernement fédéral ont sur nos écoles. On a de plus en plus d’enseignants et de personnel à l’école, mais ça va être difficile d’en venir à bout si le nombre d’élèves immigrants continue d’augmenter comme ça. »

Lien : https://www.journaldequebec.com/2025/03/14/immigrants-de-1ere-et-2e-generation–plus-dun-eleve-sur-trois-issu-de-limmigration

7 août 2025

Contexte : À Midi-Info, Bernard Drainville revient sur son recul sur les compressions en éducation.

Déclarations : « Les besoins sont grandissants. On a eu des nouveaux chiffres sur le nombre d’élèves qui était plus important que prévu lors de la dernière année scolaire. On voit ce qui se passe présentement aux frontières avec l’arrivée des demandeurs d’asile. On peut anticiper qu’il y aura encore plus d’élèves à scolariser l’année prochaine. (…) Les budgets vont continuer à payer. Mais la capacité de payer n’est pas infinie. On s’entend-tu là-dessus? La capacité de payer n’est pas infinie. »

Autres

21 septembre 2022

Auteur : Jean Boulet

Contexte : Débat électoral avec les autres candidats dans Trois-Rivières

Déclaration : « Les immigrants, les seuils, c’est un débat purement académique. Il faut s’assurer de bien les intégrer. 80 % des immigrants s’en vont à Montréal, travaillent pas, ne parlent pas français ou n’adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise. La clé, c’est la régionalisation et la francisation. »

Justification : Jean Boulet s’est dit « désolé d’avoir mal exprimé sa pensée. L’extrait diffusé ne reflète pas ce que je pense. » François Legault a dit que les propos de Boulet le disqualifiaient comme ministre de l’Immigration. Il l’a tout de même conservé dans son cabinet comme ministre du Travail.

J’accorde à M. Boulet le mérite de ne pas avoir tenté de nous faire croire que c’était plutôt nous qui avions mal interprété ses paroles.

Source : https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/2022-09-28/propos-sur-les-immigrants/boulet-s-est-disqualifie-affirme-legault.php

31 octobre 2024

Auteur : Lionel Carmant

Déclaration : « L’impact des nouveaux arrivants joue un rôle sur tous nos services que l’on offre. Vous savez qu’à mon grand désespoir, il y a des gens qui partent d’Amérique du Sud, des Caraïbes, qui traversent les États-Unis à pied avec leurs enfants, qui arrivent au Québec, et qu’à cause de leur état, la DPJ est appelée et doit intervenir dans ces cas-là. (…) Non, on n’a pas de chiffres parce que malheureusement, le Programme régional d’accueil et d’intégration des demandeurs d’asile ne rembourse et n’a des bases de données que sur la santé physique. Mais partout où je vais au Québec, les gens me disent qu’il y a quand même un grand nombre de signalements pour les nouveaux arrivants. D’ailleurs, (le cas) de ce matin (dans La Presse), c’était effectivement des nouveaux arrivants, qui ont vécu des traumas complexes, qui ont toutes sortes de difficultés et pour lesquels on appelle la DPJ à l’aide. »

Source : https://www.journaldequebec.com/2024/10/31/impact-de-limmigration-sur-les-signalements-a-la-dpj-quebec-na-aucune-donnee

  • ✇affordance.info
  • Les livres de C&F Éditions sur Cairn.info (et donc les miens aussi)
    Mes trois derniers livres ont été publiés chez un éditeur un peu particulier, C&F Éditions, auquel j’ai un attachement également particulier au travers des deux personnes qui depuis longtemps font en sorte de sa bagarrer pour une certaine vision de l’édition indépendante, et qui aussi et surtout, ont permis de créer l’une des plus belles collections de livres « autour » du numérique, comme Thelonious Monk a créé sa plus belle oeuvre autour de minuit (d’ailleurs les amis de C&F Éditions i
     

Les livres de C&F Éditions sur Cairn.info (et donc les miens aussi)

15 septembre 2025 à 13:07

Mes trois derniers livres ont été publiés chez un éditeur un peu particulier, C&F Éditions, auquel j’ai un attachement également particulier au travers des deux personnes qui depuis longtemps font en sorte de sa bagarrer pour une certaine vision de l’édition indépendante, et qui aussi et surtout, ont permis de créer l’une des plus belles collections de livres « autour » du numérique, comme Thelonious Monk a créé sa plus belle oeuvre autour de minuit (d’ailleurs les amis de C&F Éditions ils éditent aussi des livres autour du jazz). Bref. Tout cela vous le savez, tout cela je vous l’ai déjà écrit et décrit.

Mon dernier livre, « Les IA à l’assaut du cyberespace : vers un web synthétique« , s’est vendu à un peu moins de 350 exemplaires [Mise à jour du soir] Ah bah finalement mon éditeur préféré me dit qu’après doucle check de comptabilité on est pas loin des 500 exemplaires [/Mise à jour]. Alors certes c’est plus que celui de Marlène Schiappa (245 exemplaires de « Sa façon d’être à moi », source Edistat), c’est plus que celui de l’ex-ministre déléguée au logement, Emmanuelle Wargon (157 exemplaires de « Bienvenue en politique : à ceux qui sont tentés de renoncer », source Edistat), mais mais mais, et c’est une vraie blessure narcissique, c’est beaucoup moins que celui de l’ectoplasme faux-derchique aka Jean-Michel Blanquer (888 ventes de « Ecole ouverte », source Edistat).

Vous me direz, C&F Editions n’a pas de diffuseur, il faut donc commander les ouvrages, et j’ai fait beaucoup moins de plateaux télé que Wargon, Schiappa et Blanquer pour en assurer la promotion. Donc bah c’est pas si mal. Mais ce n’est pas suffisant pour assurer la pérennité de ces « petites » maisons d’édition qui sont – par-delà la qualité de leur catalogue – l’un des tout derniers points de résistance face à un paysage éditorial totalement gangréné par des idéologies au mieux réactionnaires, de Vincent Bolloré à Vincent Montagne.

Donc achetez ou n’achetez pas mes livres, mais par contre achetez des livres en papier chez C&F Editions et chez d’autres éditeurs indépendants.

Lorsque l’on veut que des idées circulent et s’imposent, on peut miser sur le matraquage publicitaire et les grands groupes éditoriaux au service de leurs intérêts rétrogrades, mais l’on peut aussi s’appuyer sur un autre essentiel, cet essentiel qui est celui de la « citabilité » des textes et donc des idées. Le fait qu’elles soient trouvables, accessibles et citables, et que par le biais de ces citations ces idées puissent se répandre et se répondre chez d’autres.

C’est en partie pour cela que C&F Editions a décidé de diffuser son catalogue sur le site Cairn.info. Me concernant, voilà ce que ça donne.

Et lorsque l’on clique sur l’un des ouvrages, on arrive sur cela :

 

Avec donc une « barrière payante » qui vous permettra d’acheter une version numérique à 9 euros d’un ouvrage toujours en diffusion papier à 15 euros. Cairn.info permet également d’acheter « au chapitre », et il vous en coûtera alors 5 euros (le chapitre).

Mais la vraie force de Cairn.info, c’est que l’essentiel de son catalogue est accessible gratuitement à toute une communauté d’étudiantes et d’étudiants, d’universitaires, mais aussi de journalistes, « gratuitement » car les services de documentation de bibliothèques universitaires mais aussi municipales, achètent un accès à la base Cairn.info pour leurs usagers. C’est encore une autre bataille que de faire en sorte que les universités aient assez d’argent pour « offrir » cet accès gratuit à leurs étudiant.e.s et à leurs enseignant.e.s, mais pour l’instant en tout cas, cela fonctionne encore.

Et à la fin tout le monde s’en trouve un peu plus intelligent, instruit et curieux.

Mais le combat est encore très loin d’être gagné comme le rappelle Hervé le Crosnier (je souligne) :

Quand une institution (bibliothèque, université, centre de recherche…) a pré-payé un accès global à Cairn, les usagers et les usagères peuvent profiter du service. Ils et elles ont alors un impression de gratuité, qui bien entendue est soutenue par des décisions de service (public) et donc qui dépendent des modes de financement de ces institutions. Nous passons en fait d’un achat individualisé (un lecteur ou une lectrice achète un livre) à un service socialisé. Dans les moments troublés que nous traversons, quand il n’est plus question que de dette d’un côté et de refus des « taxes » de l’autre, il nous semble important de rappeler cela. Le « consentement à l’impôt » est ce qui fait société, car il permet d’accès en dehors des règles du marché.

Cairn assure une rémunération des éditeurs qui est retransmise aux auteurs et autrices via les droits d’auteur. Mais cela reste avant tout un « mode socialisé de diffusion », qui facilité le travail universitaire (recherche analyse, citation).

Pour autant, du point de vue de l’éditeur, c’est l’achat décentralisé qui fait la majeure partie de ses revenus, et donc sa capacité à continuer d’éditer des livres. Nous espérons donc que l’accès via Cairn fera découvrir des ouvrages, et incitera à les acheter pour constituer des bibliothèques personnelles. Nous croisons les doigts, nous avons besoin des revenus et nous aimons le support imprimé et l’indépendance de la réflexion qu’il permet.

 

Alors voilà. Lisez, lisez, lisez. Consultez, consultez, consultez. Et si vous le pouvez, achetez, achetez, achetez. Des livres de maisons d’édition indépendantes.

  • ✇affordance.info
  • Christelle Morançais-Stérin. La présidente et le Crayon.
    Les noces sont désormais officielles. Je parle de celles entre Christelle Morançais et Pierre-Edouard Stérin. Laissez-moi vous conter une histoire. Son titre ? « La présidente et le Crayon. » Il était une fois une présidente de région (celle des Pays de la Loire) très très très à droite mais qui ne voulait pas qu’on dise qu’elle était d’extrême-droite (comme la plupart des gens d’extrême-droite). Elle était pourtant entrée en politique en supportant Alain Madelin et s’était notamment illustrée a
     

Christelle Morançais-Stérin. La présidente et le Crayon.

13 septembre 2025 à 13:46

Les noces sont désormais officielles. Je parle de celles entre Christelle Morançais et Pierre-Edouard Stérin. Laissez-moi vous conter une histoire. Son titre ?

« La présidente et le Crayon. »

Il était une fois une présidente de région (celle des Pays de la Loire) très très très à droite mais qui ne voulait pas qu’on dise qu’elle était d’extrême-droite (comme la plupart des gens d’extrême-droite). Elle était pourtant entrée en politique en supportant Alain Madelin et s’était notamment illustrée aux côtés des homophobes intégristes de la Manif pour tous. Et puis sur un malentendu (c’est elle qui le dit) elle finit par faire carrière en politique quittant le monde merveilleux de l’immobilier où elle s’épanouissait auparavant.

Christelle adorait la culture mais seulement la culture de droite. Celle qui est faite de vieilles pierres d’abbayes effondrées et de réécritures de l’histoire à grands coups de pyrotechnie glorifiant un roman national à peu près aussi sincère qu’un verbatim de Jérôme Cahuzac sur le tourisme bancaire helvète.

Christelle partit donc en croisade contre la culture de ces satanés gauchistes cracheurs de feu et jongleurs de diabolo accompagnés de chiens en sarouels. Et malheureusement Christelle parvînt en quelques jours à peine à coller au chômage des milliers d’intermittents et d’artistes, à priver de culture de milliers d’enfants et d’adolescents dans leurs collèges et lycées, en retirant avec la délicatesse d’un coitus interruptus filmé par jaquie et michel la quasi-totalité des budgets et subventions qui permettaient de s’ouvrir au monde autrement que par la consultation d’un catalogue de vente. 75% du budget culturel d’une région supprimé sans négociation ni concertation. Se sentant toute puissante, Christelle Morançais se transforma comme Miss Hulk et elle mesure désormais deux mètres douze.

Et puis récemment, forte de tout le budget de la culture qu’elle avait supprimé, et ses amis du secteur de l’entreprise et de l’immobilier semblant déjà bien gavés, Christelle Morançais s’acheta un crayon. Un crayon à 250 000 euros (dans le cadre d’un appel d’offre global de 650 000 euros). Vous trouvez que c’est un peu cher pour un crayon ? Je vous explique. Il y a donc une semaine de cela, Christelle Morançais a annoncé que la région Pays de la Loire lançait un nouveau média, à destination des jeunes, sur Instagram et Tiktok, « le Média Orientation. » Parce que vous comprenez, Christelle Morançais elle veut « créer un média de confiance, pensé pour les jeunes et avec les jeunes. Un outil qui correspond à leurs codes, efficace, interactif et inspirant. » Voilà de l’argent public bien dépensé pour Christelle Morançais : 250 000 euros pour créer un compte Instagram et un compte Tiktok et les contenus qui vont avec.

Là où ça devient croquignolet, c’est que figurez-vous que l’entreprise qui rafla ce marché, c’est Le Crayon, un média d’influence bien plus que d’information, créé par Wallerand Moullé-Berteaux et Jules Stimpfling, et qui, depuis 2023, a vu entrer à son capital un certain Pïerre-Edouard Stérin et son parfaitement putride projet Péricles. Le Crayon fait partie de ces médias à la ligne idéologique claire : offrir la parole à un maximum de représentants d’idées d’extrême-droite pour élargir la fenêtre d’Overton mais en s’abritant derrière le fait qu’il offre « aussi » la parole à des gens de gauche ou d’extrême-gauche et à différentes figures médiatiques, influenceurs, artistes, réalisateurs, etc. Dès lors à celles et ceux qui s’étonnent de la coloration très très très catho / rétro / facho / bobo de sa ligne éditoriale il lui suffit de sortir la carte totem d’immunité à base de « nous ne sommes pas d’extrême-droite car nous avons aussi invité des gens d’extrême-gauche« . Alors oui mais non. Dans ses différents formats et plateaux thématisés, l’utilisation du dispositif et les biais de cadrage sont un modèle du genre. Je vous mets juste un extrait de leur « Best-Of » autour de leur chaîne tête de gondole baptisée « Le ring ».

 

Le best-of de l’émission sur l’antiracisme c’est de nous expliquer que tout va bien et que la France n’est pas un pays raciste ; le best-of de celle sur la chasse c’est de montrer comment c’est merveilleux, écologique et profondément éducatif ; celle sur les luttes féministes c’est que bah quand même est-ce que vraiment toutes ces hystériques elles pourraient pas un peu se calmer ou aller voir en musulmanie comment on traite les femmes ; celle sur le véganisme est une défense et illustration de la côté de boeuf braisée ; celle sur le climat et l’écologie est au niveau d’une éructation de Pascal Praud t’expliquant que bon quand même le réchauffement climatique faut voir parce que ce matin il faisait froid. Et puis comment dire … celui sur « Les meilleurs arguments (selon des policiers) autour des violences policières et de la police » c’est peu mon préféré (non).

Pour le reste et s’il était encore besoin d’une quelconque démonstration sur la ligne idéologique claire de ce média, bah je le répète Pierre-Edouard Stérin a fait son entrée à son capital depuis 2023. À chaque fissure anale son proctologue.

Il y a quelques jours, Christelle Morançais était de passage en Vendée pour (entre autres) faire la promotion de ce média. Figurez-vous qu’elle n’a pas du trouver l’adresse du campus de Nantes Université à La Roche sur Yon et donc elle a passé sa journée à l’ICES, l’institut catholique privé fondée par Philippe De Villiers, école qui forme l’essentiel des cadres de l’extrême-droite en France et accumule les scandales autour des groupuscules qui s’y déploient comme dans leur milieu naturel, de l’Action Française au GUD. Pas de doute, cette école sera certainement très bien recommandée et mise en avant dans « le média orientation » dont les contenus sont fournis par l’équipe du Crayon …

C’est marrant parce que si Christelle Morançais-Stérin était passée sur le campus de l’université publique de La Roche sur Yon, j’aurais pu l’emmener visiter l’épicerie solidaire qui distribue gratuitement des repas à l’ensemble des étudiantes et étudiants de la ville depuis 4 ans et que la Région Pays de la Loire a soutenu un an par une subvention de 3000 euros avant de lui couper ladite subvention parce que bon si tu veux manger, tu peux, et si tu peux pas, bah t’as qu’à te forcer. J’aurais aussi pu lui expliquer que l’année dernière, sur les 3143 paniers distribués gratuitement dans notre épicerie solidaire, 20% des bénéficiaires étaient des étudiantes et des étudiants … de l’ICES. Mais c’est con, Christelle Morançais-Stérin, elle n’est pas passée. Du coup elle ne nous a pas non plus laissé un chèque pour nous aider. D’autant que nous on ne demandait pas un chèque de 250 000 euros comme celui que Christelle a fait au Crayon, média de la galaxie d’influence de Pierre-Edouard Stérin désormais également financé sur fonds publics régionaux. Je sais bien que l’argent n’a pas d’odeur mais il y a quand même des financements qui puent du cul.

Voilà c’était l’histoire de « Christelle et le crayon. » J’espère que vous l’avez aimée. Mais n’allez pas dire à Christelle Morançais-Stérin qu’elle est d’extrême-droite ou qu’elle aide l’extrême-droite, sinon elle vous fait un procès et porte plainte en diffamation, comme elle vient de le faire contre l’élue écologiste Lucie Etonno qui avait eu le seul tort de la désigner pour ce qu’elle est, un poste avancé de l’extrême-droite la plus nauséabonde qui s’offre pour elle et les idées de son camp ce qu’elle passe son temps à condamner chez les autres : un outil de propagande « soft » au service d’un agenda idéologique clair, le tout financé sur fonds public.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Le rapport Pelchat-Rousseau: Une imposture intellectuelle
    J’ai lu le rapport intitulé « Pour une laïcité québécoise encore plus cohérente: Bilan et perspectives » produit par le Comité d’étude sur le respect de la Loi sur la laïcité de l’État et sur les influences religieuses. Je l’ai lu comme un travail d’étudiant que je corrigerais. Et je ne suis pas impressionné. Un gouvernement met sur pied un comité pour étudier une problématique dans deux situations:a) Il fait face à une situation inédite et il est nécessaire de bien l’étudier avant de réagir.
     

Le rapport Pelchat-Rousseau: Une imposture intellectuelle

28 août 2025 à 06:49

J’ai lu le rapport intitulé « Pour une laïcité québécoise encore plus cohérente: Bilan et perspectives » produit par le Comité d’étude sur le respect de la Loi sur la laïcité de l’État et sur les influences religieuses. Je l’ai lu comme un travail d’étudiant que je corrigerais. Et je ne suis pas impressionné.

Un gouvernement met sur pied un comité pour étudier une problématique dans deux situations:
a) Il fait face à une situation inédite et il est nécessaire de bien l’étudier avant de réagir.
b) Il sait exactement ce qu’il veut faire, mais veut qu’une autorité « indépendante » confirme que sa solution est la bonne afin de bien paraître dans l’opinion publique et médiatique.
Clairement, ce comité entre dans la catégorie B. Le gouvernement parle depuis près d’un an de renforcer la loi sur la laïcité pour nous faire oublier ses nombreux échecs, notamment dans le domaine de l’éducation. Ce rapport vise à lui donner une légitimité.

Christiane Pelchat et Guillaume Rousseau, les deux auteurs du rapport

Un rapport ouvertement militant
Guillaume Rousseau a conseillé Simon Jolin-Barrette pour l’élaboration de la loi 21 et défend présentement la loi en Cour suprême. Pour rappel, Me Rousseau est cet avocat qui nous disait au printemps dernier que reconnaître les familles pluriparentales allait conduire à la légalisation de la polygamie. Christiane Pelchat est l’avocate de PDF-Québec, qui demande d’étendre l’interdiction du port de signes religieux au personnel de la santé, aux élèves et même aux enfants en CPE. Faut-il s’étonner que leur rapport recommande d’aller encore plus loin dans l’application d’une « laïcité » implacable? Les conclusions étaient décidées d’avance.

Il ne s’agit pas d’un rapport d’enquête, mais d’un rapport militant. Pelchat et Rousseau n’ont fait aucun effort pour donner une apparence de neutralité (ce qui est particulièrement ironique) à ce document de 288 pages. Ainsi, tolérer le port de signes religieux par les éducatrices en garderie relève selon le rapport d’une « vision multiculturaliste ». Il n’y a donc aucun juste milieu, aucun compromis entre la stricte laïcité à la française et la liberté individuelle totale. C’est l’un ou c’est l’autre.

L’expression « doctrine des accommodements pour un motif religieux » est employée une dizaine de fois. On critique aussi la « doctrine multiculturaliste ». Doctrine. Ce choix de mot n’est pas innocent dans un contexte où on parle de religion. L’objectif est évidemment de présenter les critiques de la loi 21 comme des dogmatiques défendant une idéologie là où ses défenseurs seraient neutres et appuyés par la science. Or, ce rapport est tout sauf scientifique.

Une sélection minutieuse des données
En introduction, Pelchat et Rousseau nous disent que six ans après l’adoption de la Loi sur la laïcité de l’État, « le bilan est positif ». Sur quoi se base cette affirmation? Sur l’opinion des personnes qui réclamaient l’adoption de la loi 21 et demandent aujourd’hui d’aller plus loin.

Quarante mémoires ont été déposés. Le rapport prétend « proposer une synthèse ». Or, la disproportion des avis retenus est flagrante. Sept mémoires sont cités cinq fois et plus dans le rapport. Sept ne sont pas cités une seule fois.

Les mémoires cités le plus souvent sont tous favorables à la loi 21 et recommandent de la renforcer. La palme revient au Mouvement laïque québécois (MLQ), cité 14 fois. Ce mémoire recommande notamment d’interdire le port de signes religieux pour toute la fonction publique ainsi que pour les élèves. Ces sept mémoires cités régulièrement dans le rapport rivalisent d’inventivité pour rendre la loi plus coercitive. Le Rassemblement pour la laïcité recommande que les bienfaits de la laïcité soient enseignés pendant toute la durée du parcours scolaire (et on accuse les éducatrices portant un voile de faire de l’endoctrinement?). Droits collectifs Québec demande d’interdire les affiches et les publicités gouvernementales montrant des « représentations humaines » portant un signe religieux. Voici donc à qui nos deux « experts » ont choisi de donner la parole.

Les critiques de la loi 21 ne sont pas nuancées ou minimisées: elles ont été mises de côté. Le mémoire le plus éloquent à ce sujet, celui de la Ligue des droits et libertés, présente une bibliographie sélective des études sur l’impact de la loi 21 (articles scientifiques, livres, mémoires de maîtrise, sondages etc.) ainsi que les témoignages de quatre femmes musulmanes dont la vie professionnelle a été touchée de façon négative par la loi. Ce mémoire n’est pas cité une seule fois dans le rapport. En revanche, le rapport cite plusieurs mémoires mentionnant des cas observés ici et là de comportements problématiques de la part d’enseignants ou d’éducatrices visiblement influencées par la religion. Six autres mémoires ne sont pas cités une seule fois, dont celui de la Confédération des syndicats nationaux, qui défend le personnel scolaire touché par le projet de loi 94.

Dans d’autres cas, les mémoires sont cités, mais Pelchat et Rousseau ont minutieusement sélectionné les passages qui servent leur agenda. Tout ce qui les contredit est ignoré ou balayé d’un revers de main.

Le mémoire du professeur de sociologie Rachad Antonius est intitulé « Loi sur la laïcité: un excès de zèle contreproductif ». Comme le titre le laisse entendre, le mémoire relativise la « menace » que l’islam fait peser sur le Québec et recommande des compromis sur la question de la laïcité. Le seul passage de son mémoire à être mentionné est le point où il appuie l’interdiction du niqab pour le personnel et pour les élèves des établissements scolaires. (p. 162) Ainsi, un critique de la loi 21 se retrouve présenté en renfort pour son renforcement.

Exemple encore plus douteux: Le mémoire du Conseil canadien des femmes musulmanes critique la loi 21 parce qu’elle limite les possibilités d’emploi pour plusieurs femmes et demande pour cette raison de ne pas étendre la loi aux éducatrices en service de garde ou en garderie. Les rédactrices ont colligé plusieurs témoignages pour montrer que le port du voile par les éducatrices n’a pas d’impact sur les enfants. Pelchat et Rousseau ont pigé quelques lignes de ce mémoire de 28 pages pour montrer que le port du voile « induit des comportements chez les jeunes enfants », donnant l’exemple de petites filles qui portent un foulard pour se déguiser. (p. 157) Même chez nos critiques, on peut trouver des arguments, surtout quand on les cite hors contexte.

Énoncés flous et ambigus
Le rapport nous dit que telle association croit que les éducatrices en CPE ne devraient pas porter de signe religieux. Que tel individu croit que les prières en publique devraient être interdites. Très bien. Mais quelle valeur accorder à ces opinions (car il ne s’agit que de ça) si on ne donne pas la parole aux personnes qui ont un avis contraire? L’objectif du rapport est-il simplement de montrer que plusieurs personnes sont d’accord avec la CAQ, Pelchat et Rousseau?

« Plusieurs » est d’ailleurs un terme qui revient trop souvent dans ce rapport.
« Plusieurs mémoires demandent à l’État de cesser d’accorder des accommodements pour un motif religieux qui discrimine les femmes. » (p. 136)
« Plusieurs des mémoires nous ayant été transmis demandent que le gouvernement étende l’application de l’interdiction du port des signes religieux aux services à l’enfance. » (p. 155)
« Afin de remédier à cette situation, plusieurs mémoires soumis au comité, dont (…), ont soulevé l’idée de doter le Québec d’un organisme indépendant ayant pour mission de veiller au respect de la laïcité de l’État. » (p. 166)
« Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que plusieurs mémoires soumis au Comité proposent d’abolir la doctrine des accommodements pour un motif religieux. » (p. 204)
Plusieurs. Ça veut dire combien, plusieurs? Cinq? Douze? Vingt-huit? Si je me fie aux énumérations qui suivent et aux notes en bas de page, « plusieurs » signifie trois. Trois sur quarante, ce n’est pas ce que j’appelle plusieurs. Mais évidemment, « plusieurs » paraît beaucoup mieux que 3/40 ou 7.5%.

Le flou est volontairement entretenu tout au long du rapport. Exemple: « Comme l’a relevé une dirigeante de services éducatifs à l’enfance rencontrée
lors de nos travaux, certaines des éducatrices et éducateurs en services de garde éducatifs à l’enfance ont adopté des approches et des conduites contraires aux principes sur lesquels repose la laïcité de l’État du Québec. » (p. 99) Certaines des éducatrices? Certaines comme dans deux ou comme dans trente-huit? Quelles sont ces approches et conduites contraires aux principes de la laïcité? Au lecteur d’imaginer la réponse.

Le tri des études
À lire le rapport, on pourrait croire que personne n’avait encore eu l’idée d’étudier l’impact de la loi 21 sur la société québécoise. On peut lire en conclusion: « Cet exercice a produit un ensemble de données factuelles riches dans un domaine encore relativement peu exploré. Nous sommes persuadés que les informations ainsi collectées pourront servir à mieux comprendre les besoins pour améliorer la compréhension et l’intégration de la laïcité au sein de l’appareil étatique. » (p. 219)
Si Pelchat et Rousseau considèrent que le domaine est « relativement peu exploré », c’est parce qu’il n’a pas été exploré dans l’orientation politique désirée. Les recherches existantes ont simplement été ignorées.

Le mémoire de maîtrise d’Hana Zayani sur le racisme vécu par les mères maghrébines dans le système d’éducation depuis l’adoption de la loi 21? Pas mentionné.
Le rapport de recherche de Miriam Taylor sur les perceptions négatives à l’endroit des minorités religieuses depuis l’adoption de la loi 21? Pas mentionné.
Le mémoire de maîtrise d’Ali Adam sur les tensions et l’anxiété vécues par les enseignantes bénéficiant de la clause de droits acquis depuis l’adoption de la loi 21? Pas mentionné.
Je pourrais continuer longtemps. Retenons simplement que Pelchat et Rousseau n’ont même pas tenté de profiter des recherches déjà menées sur l’impact de la loi 21. Visiblement parce que ces recherches auraient contredit leurs conclusions.

En revanche, les travaux du professeur Bertrand Lavoie, qui recommande un encadrement plus clair de la pratique des accommodements pour motifs religieux, sont cités. Le livre de Christelle Landheer-Cieslak et Mathilde Philip, qui présente la laïcité comme le fondement d’une « citoyenneté universelle », est également mentionné. Des textes de Normand Baillargeon, ancien professeur en sciences de l’éducation, mais aussi militant athée, sont cités. Pelchat et Rousseau ont pigé dans la littérature scientifique avec une précision chirurgicale afin d’en sortir uniquement ce qui pouvait servir leur thèse. Ce n’est pas de cette façon qu’on fait une démonstration. Pelchat et Rousseau poussent l’insolence jusqu’à citer leurs propres écrits (p. 37, 59 et 71). Si mes étudiants au baccalauréat me présentaient une dissertation suivant cette méthode, je leur demanderais de recommencer.

Conclusion
Je reconnais au rapport le mérite de ne pas tenter de nous convaincre que l’école Bedford est la nouvelle norme dans les écoles montréalaises ou que Montréal « s’islamise ». Dans ses entrevues avec les journalistes, Christiane Pelchat a reconnu qu’il n’y a pas de raison de croire qu’il y a de l’entrisme religieux dans d’autres écoles. Mais alors, pourquoi est-il nécessaire de renforcer la loi sur la laïcité? Pelchat et Rousseau concluent leur rapport en nous prévenant que sans la loi sur la laïcité, le Québec serait « un État perméable et ouvert aux influences religieuses ». Ce qui est commode avec cette conclusion, c’est qu’on ne peut ni la confirmer, ni l’infirmer. Comment prouver que le Québec n’aurait pas été réduit en cendres sans la loi 21 ou qu’une calamité nous attend si on laisse les éducatrices en CPE porter leur voile? Impossible. On s’appuie uniquement sur les peurs irrationnelles qui ont eu bien des occasions de se manifester depuis la crise des accommodements raisonnables en 2006-2008.

La question que j’aimerais poser à Pelchat et Rousseau: Si vous êtes réellement convaincus de la validité de vos positions, pourquoi n’avez-vous pas tenté de les défendre honnêtement? Quand on a confiance en ses positions, on ne craint pas les contre-arguments. On les présente et on y répond. Quand on se sent obligé de cacher tout ce qui nous contredit, on montre la faiblesse de notre raisonnement.

Présentement, l’influence religieuse et la menace pour les droits des femmes que je perçois en Amérique du Nord n’ont rien à voir avec le port de signes religieux ou avec les prières de rue. Les fondamentalistes chrétiens qui votent des lois anti-avortement ou anti-LGBTQ+ aux États-Unis ne portent pas de signe religieux. Les masculinistes qui remettent en question les droits des femmes et qui sont de plus en plus populaires auprès de nos jeunes ne prient pas dans les rues.

Notre gouvernement, qui refuse avec entêtement d’augmenter le salaire des éducatrices en garderie ou d’améliorer leurs conditions de travail, veut maintenant nous faire croire qu’il va protéger l’égalité hommes/femmes en bloquant la carrière de futures éducatrices et en faisant comprendre à plusieurs déjà en poste qu’elles sont des indésirables. On les tolère, mais on préférerait s’en passer. Des femmes devront peut-être abandonner leur emploi faute de place en CPE, mais au moins leur enfant ne sera pas soumis à la dangereuse vision d’un foulard. Parce que « au Québec, c’est comme ça qu’on vit ».

  • ✇affordance.info
  • Raphaël Graven aka Jean Pormanove : les sévices du succès
    Jean Pormanove est mort. En direct. Sur une chaîne de stream appelée le Lokal. Chaîne hébergée sur la plateforme Kick.com. Il était depuis des années victime de différents sévices et brimades dont l’accumulation, la répétition et la durée laissent peu de doute sur la qualification de torture. Raphaël Graven aka Jean Pormanove. Source : Wikipedia. La mort en direct. Je me souviens de l’un des premiers films qui fut pour moi un vrai choc et dont les images sont encore très présentes et très nette
     

Raphaël Graven aka Jean Pormanove : les sévices du succès

19 août 2025 à 11:56

Jean Pormanove est mort. En direct. Sur une chaîne de stream appelée le Lokal. Chaîne hébergée sur la plateforme Kick.com. Il était depuis des années victime de différents sévices et brimades dont l’accumulation, la répétition et la durée laissent peu de doute sur la qualification de torture.

Raphaël Graven aka Jean Pormanove. Source : Wikipedia.

La mort en direct.

Je me souviens de l’un des premiers films qui fut pour moi un vrai choc et dont les images sont encore très présentes et très nettes. C’est Le prix du danger, sorti en 1983, adapté d’une nouvelle de Robert Scheckley et où l’ont voit un jeu télévisé mettre en scène la mort d’un homme avec d’autres chargés de le tuer, et avec une récompense à la clé s’il parvient à leur échapper. Je me souviens aussi d’un autre film, La mort en direct, sorti en 1980 mais que je n’ai vu que plus tard, et qui racontait cette fois l’histoire d’une femme qui se sachant condamnée par une maladie incurable et qu’une chaîne de télévision contacte pour filmer sa mort. J’ai aussi lu d’innombrables romans et nouvelles de science-fiction décrivant des sociétés dans lesquelles la mort n’était qu’un spectacle parmi d’autres, et d’autres où elle était l’exutoire suprême mis en scène comme de nouveaux jeux du cirque.

Le numérique et les plateformes ont bouleversé notre rapport à la violence et à la mort. Par une forme sourde d’habituation et de constance dans la probabilité d’en voir surgir les images. Mais par delà d’autres morts en direct, toutes autant insoutenables, à l’occasion de « live » tenus par des terroristes, par-delà les images là encore « live » de frappes et de bombardements sur des terrains de guerre aujourd’hui toujours plus proches, par-delà les images de suicides là encore « en direct » qui peuvent continuer de surgir dans n’importe quel flux de contenus à n’importe quel moment et devant n’importe quelle audience, c’est la première fois je crois, en dehors de toute fiction, que l’ensemble d’un processus de sévices ciblant un individu est filmé, streamé avec une telle régularité, pendant aussi longtemps, devant autant de gens, jusqu’à la conclusion de cette mort en direct, jusqu’à ce dernier souffle au coeur de son sommeil.

Comme le rappelle Le Parisien : « Il y a près de deux semaines, les vidéastes du Lokal lancent un live « marathon », promettant ainsi à leurs abonnés d’être en direct 24 heures/24 jusqu’à avoir atteint la barre symbolique des 40 000 euros de dons. Pour inciter les « viewers » à être généreux, la même méthode est recyclée : « JP » est frappé, moqué, humilié devant des milliers de spectateurs. »

Et comme l’écrit Le Monde : « Sur la vidéo qui montrerait les derniers instants de Raphaël Graven, un compteur de temps indique plus de 298 heures et un compteur d’argent la somme de 36 411 euros. »

La mort en direct.

Maxime Derian parle d’un « capitalisme de la cruauté » :

« Ce n’est pas un accident : c’est l’accomplissement logique d’un modèle qui transforme la souffrance en divertissement monétisable. Les plateformes délèguent, les « amis » instrumentalisent, l’audience paie pour appuyer sur le bouton. (…) Fiction cauchemardesque de 2025 ? Pas vraiment. La réalité de 2025 aussi a rattrapé la série : Jean Pormanove est mort de la règle même, pas de l’exception. Dans ce capitalisme de la cruauté, chaque fragilité devient matière première. Sans garde-fous, le numérique n’invente pas des liens, mais des arènes. »

 

Les sévices du succès.

La nuit du 18 au 19 Août 2025 Jean Pormanove est mort en direct après des années de succès et de sévices, de sévices qui firent l’essentiel de son « succès ».

On peut, comme je le fais depuis plus de 30 ans, être un observateur et un analyse de l’internet et du web et pourtant passer à côté de continents numériques entiers. Je ne connaissais pas la plateforme de streaming Kick.com. Je n’avais jamais entendu parler de la chaîne le Lokal. Je n’avais jamais vu ce que Jean Pormanove, de son vrai nom Raphaël Graven, y subissait. Il aura fallu ce thread de OuaisGuesh et donc cet article de Mediapart (qui avait déjà traité cette affaire et alerté en Décembre 2024) pour que j’en mesure toute l’horreur.

L’histoire de la plateforme Kick.com est singulière en cela que pour se différencier des autres plateformes de streaming (et de l’ultra-domination de Twitch), elle a misé sur deux arguments finalement assez « classiques » dans l’histoire de la concurrence : d’abord une rémunération plus avantageuse pour les streamers, et ensuite et surtout, un abaissement drastique du niveau de modération. L’autre particularité de Kick.com c’est qu’elle est portée par les créateurs de la plateforme Stake, l’une des plus importantes des casinos et jeux d’argent en ligne (mais actuellement bannie dans un grand nombre de pays dont la France, notamment dans le cadre de la lutte contre l’addiction aux jeux d’argent), et que la création de Kick s’est faite notamment en réaction de l’interdiction de ce type de contenus sur Twitch (plateforme rachetée par Amazon).

On voit alors fleurir sur Kick, et dans un relatif anonymat, une pléiade de contenus tous plus problématiques les uns que les autres, de l’apologie du nazisme aux délires masculinistes et parmi lesquels l’exploitation cynique et violente de personnes vulnérables finit par devenir une « trend », un business model. Jean Pormanove aurait pu n’être qu’un mème, l’image d’un être humain figé dans l’un de ses moments de vie et qui nourrit les chambres d’écho du réseau, mais il fut une victime, au service de la monstruosité de ceux qui l’affichèrent comme une bête de foire, un nouvel Elephant Man dans une monstrueuse parade que l’on n’imaginait plus pouvoir être contemporaine. 12 jours, 300 heures de sévices continus.

Tout comme l’on payait pour voir ces êtres humains présentés comme autant d’attractions, de « bêtes de foire » dans des cirques et autres zoos humains, c’est aujourd’hui toute une foule sous pseudonyme qui a également payé, depuis des années, un abonnement direct à la chaîne le Lokal pour y suivre les sévices infligés à Jean Pormanove. Rémunérant ainsi tant la victime que ses bourreaux mais dans un partage dont l’initiative et la proportionnalité ne revenait qu’à ces derniers.

Alors que faire ?

Lutter contre la haine, c’est finalement assez simple. En tout cas les moyens de lutter contre les ressorts de la haine sur les plateformes sont largement connus. J’ai écrit des dizaines d’articles sur ce sujet. Dont celui-ci qui offre un résumé des principales pistes.

Mais à voir la manière dont les différents ministres et secrétaires d’état en charge du numérique agissent depuis ces dernières années (à l’exception d’Axelle Lemaire qui fut la dernière à faire avancer concrètement les choses et à être en maîtrise de son sujet à la fois sur le plan technique et politique), on peut au mieux se désespérer de l’accumulation de leurs indigences autant que de leurs indulgences.

L’actuelle ministre du numérique et de l’IA, Clara Chappaz, est envoyée en service minimum comme on peut l’être après ce genre de drame et l’exposition médiatique dont il a immédiatement bénéficié. Voici son verbatim tel que publié sur X :

« Le décès de Jean Pormanove et les violences qu’il a subies sont une horreur absolue. J’adresse toutes mes condoléances à sa famille et à ses proches. Jean Pormanove a été humilié et maltraité pendant des mois en direct sur la plateforme Kick. Une enquête judiciaire est en cours. J’ai saisi l’Arcom et effectué un signalement sur Pharos (sic). J’ai également contacté les responsables de la plateforme pour obtenir des explications. La responsabilité des plateformes en ligne sur la diffusion de contenus illicites n’est pas une option : c’est la loi. Ce type de défaillances (sic) peut conduire au pire et n’a pas sa place en France, en Europe ni ailleurs. »

 

Le problème c’est que l’ARCOM avait déjà été saisie il y a un an suite au premier article de Mediapart et n’avait alors pas répondu. [mise à jour du 20 août] L’ARCOM n’avait pas pu entamer de démarches car la plateforme Kick.com ne disposait pas de représentant légal sur le sol européen. Le DSA (Digital Service Act) oblige à en posséder un mais ne s’applique qu’aux plateformes disposant de plus de 45 millions d’utilisateurs et d’utilisatrices sur le sol européen. Or Kick affiche pour l’instant 50 millions d’utilisateurs dans le monde. [/mise à jour]

Le problème c’est que Clara Chappaz avait également été contactée et n’avait pas davantage réagi.

Le problème c’est que les deux bourreaux avaient déjà été mis en garde à vue en Janvier pour finalement être relâchés « tant les personnes susceptibles d’être mises en cause que celles d’être victimes contestaient la commission d’infractions.« 

Le problème c’est que Clara Chappaz a naturellement raison de rappeler que « La responsabilité des plateformes en ligne sur la diffusion de contenus illicites n’est pas une option : c’est la loi »  mais alors que chacun sait que cette plateforme ne respecte pas la loi, alors que son histoire même dit qu’elle a été fondée pour contourner la loi, alors que tout cela avait été et peut encore être sans peine documenté, alors que peut-on aujourd’hui attendre des pouvoirs publics pour que la loi, sur les plateformes numériques, ne soit plus en option ? La mort d’un homme, celle de Raphaël Graven repose cette question. Et elle la pose à toutes celles et ceux qui n’ont rien fait.

[mise à jour du 20 août] La réponse de la plateforme Kick.com, publiée le 20 août, est la suivante :

Nous sommes profondément attristés par la disparition de Jean Pormanove et adressons nos sincères condoléances à sa famille, à ses amis et à sa communauté. Tous les co-streamers ayant participé à cette diffusion en direct ont été bannis dans l’attente de l’enquête en cours. Nous nous engageons à collaborer pleinement avec les autorités dans le cadre de ce processus. En outre, nous avons mis fin à notre collaboration avec l’ancienne agence française de réseaux sociaux et entreprenons une révision complète de notre contenu en français. Notre priorité est de protéger les créateurs et de garantir un environnement plus sûr sur Kick.

 

La bannissement de ses deux tortionnaires est évidemment un minimum, tout comme l’engagement à collaborer avec les autorités. C’est une manière d’éteindre l’incendie le temps qu’une autre actualité vienne remplacer celle-ci. Quant à la promesse de « révision complète de notre contenu en français », Kick.com ne sera ni la première ni la dernière plateforme à avoir promis de changer après un drame, mais au regard de leur histoire et de leur modèle économique, il est tout à fait improbable qu’ils le fassent autrement que sur injonction de la justice. Enfin, la fin de la collaboration avec l’ancienne « agence française de réseaux sociaux« , désigne la société qui était chargée d’animer les campagnes marketing de la plateforme (en gros de faire le « Community Management » de Kick.com en France). Et en effet celle-ci a toujours mis en avant la figure de Jean Pormanove comme tête de gondole, et elle l’a fait en pleine connaissance des violences, humiliations et sévices qu’il subissait, elle en a même fait un argument commercial. Que cette société soit donc également complice ne fait aucun doute, mais il ne fait pas davantage de doute que Kick.com était parfaitement au courant de ce que faisait cette « agence française » qui ne faisait qu’appliquer la stratégie qui lui avait été demandée. Enfin, je passe sur le cynisme qui peut conduire une plateforme bâtie sur l’exploitation de toutes les failles, fragilités, faiblesses et pulsions les plus viles ou les plus morbides de l’être humain à oser écrire que sa priorité « est de garantir un environnement plus sûr. » Kick.com est en revanche parfaitement sincère quand elle écrit que son autre priorité est de protéger ses créateurs, tant qu’ils lui rapportent de l’argent, et quels que que puissent être leurs agissements ou leurs propos, y compris les plus immondes.

Enfin, il ne faut pas oublier que tout comme la plupart des streamers et influenceurs, les tortionnaires de Jean Pormanove ne sont pas uniquement présents sur Kick.com. Ils disposent de comptes et d’alias parfois aussi importants sur d’autres plateformes comme Snapchat ou Tiktok qui leur servent de miroir pour la mise en avant de leur compte principal, et qui permettent également de trouver d’autres sources importantes de monétisation de leurs contenus. Ainsi Owen Cenazandotti aka Narutovie, dispose de près de 100 000 abonnés Instagram, de 160 000 sur Tiktok et de plus de 460 000 sur Snapchat. Leur bannissement (temporaire …) de Kick.com n’entamera donc malheureusement en rien leur sinistre modèle d’affaire. [/mise à jour]

Nombre de plateformes numériques adoptent aujourd’hui, par leur cynisme ou par leur volonté délibérée d’ignorer la loi, le comportement et les pratiques d’authentiques mafias. Des mafias qui jouent aussi de collusion entre les pouvoirs politiques, législatifs, et économiques. Bien plus que le signalement Pharos de la ministre Chappaz, on peut supposer que rien ne changera significativement tant que le numérique n’aura pas trouvé la figure de son juge Falcone et tant que les états ne lui auront pas donné les moyens de faire appliquer cette loi.

Dans un scénario dystopique que l’on croyait impossible et qui cette nuit est devenu un simple fait divers, Raphaël Graven, dont le pseudo était Jean Pormanove, est mort. Il nous faudra longtemps nous souvenir de son nom pour identifier et protéger celles et ceux qui comme lui, sont aujourd’hui encore victimes de ces maltraitances, sévices, humiliations et tortures en direct. Les noms de ceux qui furent ses bourreaux au quotidien sont parfaitement connus car jamais ils n’éprouvèrent la nécessité de se cacher. Ils évoquaient même la possibilité de cette mort comme « une masterclass » dans une vidéo glaçante remontant à plus d’un an. Les concernant, la justice devrait donc cette fois, pouvoir sereinement faire son travail.

[mise à jour du 20 août] Sur le cadavre encore chaud de Raphaël Graven planent déjà quelques sinistres vautours dont le streamer américain Adin Ross qui annonce vouloir prendre en charge les obsèques de son « ‘ami » Jean Pormanove. Lequel streamer annonce également que Drake (le rappeur) financerait également ces obsèques. La réalité c’est qu’Adin Ross (soutien de Trump et porte-voix de nombreux comptes suprémacistes et masculinistes) est l’un des streamers les plus influents de Kick.com et qu’il possède des parts de la société. Comme le rappelle également Jérôme Vermelin, « il est également sous contrat avec le casino virtuel Stake dirigé par Edward Craven et Bijan Tehrani… les fondateurs de Kick.« 

Il s’agit donc, bien sûr, d’une pure stratégie de détournement de l’attention qui vise à la fois à atténuer l’atteinte réputationnelle que subit la plateforme, mais aussi à entretenir l’image d’Adin Ross au travers d’un opportun « charity business » qui joue lui-même sur la corde de ce que l’on appelle le « marché de la pitié » (Mercy Market). Bref, une pure saloperie au carré. [/mise à jour]

______________________________

En complément vous pouvez écouter ma (courte) intervention dans le journal de France Culture du mercredi 20 août.

 

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • La fausse bienveillance des groupes anti-choix
    Une lettre d’opinion intitulée « Le privilège parental » a été publiée hier soir dans la Presse. C’est un exemple éloquent de l’habileté des groupes anti-avortement pour véhiculer leur message discrètement. La lettre est signée par Jean-Christophe Jasmin, directeur de Cardus. On a parlé de l’institut Cardus la semaine dernière parce que l’ancien rédacteur de discours de François Legault s’y est joint en tant que chercheur. Ancien pasteur baptiste, Jean-Christophe Jasmin est également d
     

La fausse bienveillance des groupes anti-choix

14 août 2025 à 08:46

Une lettre d’opinion intitulée « Le privilège parental » a été publiée hier soir dans la Presse. C’est un exemple éloquent de l’habileté des groupes anti-avortement pour véhiculer leur message discrètement.

La lettre est signée par Jean-Christophe Jasmin, directeur de Cardus. On a parlé de l’institut Cardus la semaine dernière parce que l’ancien rédacteur de discours de François Legault s’y est joint en tant que chercheur.

Ancien pasteur baptiste, Jean-Christophe Jasmin est également directeur des affaires externes du Réseau évangélique du Québec. Ce n’est pas sans raison qu’il a choisi de se faire désigner par son poste à Cardus plutôt qu’au Réseau évangélique du Québec. Ce deuxième titre attirerait bien davantage la méfiance du lecteur, avec raison.

Vous avez probablement entendu parler de M. Jasmin dans l’actualité sans retenir son nom. Il participe à la contestation de la décision du gouvernement du Québec d’annuler la tenue d’un événement anti-avortement au Centre des congrès de Québec en 2023. Tout récemment, on a entendu M. Jasmin protester contre la décision de la Ville de Montréal d’interdire le spectacle de Sean Feucht, ce chanteur MAGA homophobe et anti-avortement. « L’État s’autorise désormais à censurer des événements religieux sur la base d’une appréciation morale de leurs contenus possibles ou des opinions religieuses ou politiques de ses promoteurs. »

À première vue, son texte est inoffensif. Le message est: Les femmes ont moins d’enfants qu’elles le souhaiteraient parce qu’avoir un enfant, ça coûte cher. Et qui pourrait lui donner tort? Mais comment réduire le fardeau financier que représente la parentalité? L’auteur ne donne aucune piste de solution, donc allons voir ce que propose l’institut qu’il dirige.

En 2019, Cardus proposait de cesser de financer directement les garderies pour plutôt verser l’argent aux parents afin qu’ils puissent choisir de rester à la maison pour prendre soin de leurs enfants. Alors quoi, on veut donner le choix aux parents. C’est bien, non? Le problème, c’est que Cardus considère que les garderies ont davantage d’effets néfastes que positifs. En 2020, on nous expliquait que l’accès universel aux garderies (Cardus vise le modèle québécois en particulier) engendre un grand nombre de problèmes pour les enfants qui les fréquentent: mauvaise relation des enfants avec les parents, troubles de comportement, problèmes de santé, taux de criminalité plus élevé une fois adultes… Bref, Cardus prétend vouloir donner le choix aux parents, mais en réalité le choix est tout désigné. Un des parents doit rester à la maison pour s’occuper de l’enfant. Je vous laisse deviner lequel. Le rapport publié en 2020 nous explique que l’accès des femmes au marché du travail est un bien petit bénéfice en comparaison des problèmes engendrés. En 2021, Cardus présentait un rapport de recherche à la Chambre des Communes expliquant que les gouvernements économiseraient des milliards en subventionnant directement les parents plutôt que les garderies.

Revenons à la lettre de M. Jasmin, qui n’explore pas vraiment le coût de la parentalité, encore moins les moyens de le réduire. Le texte joue beaucoup plus sur l’émotif que sur le factuel. « Je ne le savais pas à l’époque, mais avoir arrêté à trois sera probablement un des plus grands regrets de ma vie. » « Remettre à plus tard, je le sais bien… signifie parfois remettre à jamais. » « On élève des enfants, mais ils nous font aussi beaucoup grandir. »

Selon M. Jasmin, l’idée qu’avoir des enfants est dispendieux est principalement cela, une idée. Il mentionne plusieurs fois qu’il s’agit d’une perception. En réalité, les parents qui ont moins d’enfant (lire ici: qui s’empêchent d’avoir des enfants) doivent surtout blâmer leurs mauvais choix de vie, notamment celui d’attendre d’être parfaitement installés dans la vie avant d’avoir leur premier enfant.

Au final, ce qui est encouragé dans cette lettre n’est pas une intervention accrue de l’État pour aider les familles. Au contraire, nous avons vu que Cardus militait plutôt pour le contraire. La responsabilité revient aux parents, en particulier aux mères, de mieux gérer leurs affaires. L’auteur nous donne l’exemple de deux de ses amies. La première a eu la chance d’avoir un emploi qui lui permettait de s’absenter longtemps et de prendre deux congés de maternité consécutifs. La deuxième, c’est malheureux, a trop attendu pour se décider à avoir des enfants (elle voulait les accueillir dans une maison plutôt que dans un 4 et demi) et la biologie l’a empêchée d’avoir les quatre enfants qu’elle souhaitait. Autrement dit, les parents (et les mères en particulier) doivent apprendre à mettre de côté leur confort et leurs aspirations professionnelles au profit d’un plus grand nombre d’enfants, parce que c’est là que se trouve le vrai bonheur.

Encore une fois, il faut mettre la lettre en relation avec la philosophie de Cardus. L’institut défend la « liberté de conscience » des médecins qui refusent de pratiquer un avortement, de référer une patiente pour une interruption de grossesse et même de prescrire la contraception. Cardus conteste toutes les lois limitant la « liberté d’expression » des groupes anti-avortement (le refus des subventions pour les emplois étudiants, le refus d’être considéré comme organisme charitable etc.). L’opposition au libre choix des femmes d’interrompre leur grossesse est une « valeur » primordiale de cet institut. Il n’est pas question d’avortement dans cette lettre ouverte, mais l’auteur ne peut pas ne pas avoir eu cette préoccupation à l’esprit en l’écrivant.

Le vrai message de cette lettre, c’est celui qu’entendent plusieurs femmes qui appellent dans ces fausses lignes d’aide pour les femmes enceintes qui sont en réalité des hameçons pour les organisations anti-avortement: Tu penses que tu ne seras pas capable de t’occuper de cet enfant, mais tu l’es. Si tu choisis d’interrompre ta grossesse parce que tu ne te crois pas prête, tu vas le regretter toute ta vie.

Et voilà comment les organisations anti-avortement arrivent à transmettre leur message en passant par la porte arrière.

  • ✇affordance.info
  • Grok, Gaza et le génocide.
    C’est l’une des actus de l’été, Grok, l’artefact génératif d’Elon Musk déployé sur X, aurait été censuré (par X et donc les équipes de Musk) après avoir qualifié de « génocide » ce qui se produit actuellement à Gaza. Et ledit Grok de se « rebeller » en expliquant qu’il défend la liberté d’expression contre son créateur, créateur lui-même foutraque chantre d’une défense de la liberté d’expression version très très très maximaliste. Cet article de l’excellent Pixel du journal Le Monde (avec l’AFP)
     

Grok, Gaza et le génocide.

13 août 2025 à 09:21

C’est l’une des actus de l’été, Grok, l’artefact génératif d’Elon Musk déployé sur X, aurait été censuré (par X et donc les équipes de Musk) après avoir qualifié de « génocide » ce qui se produit actuellement à Gaza. Et ledit Grok de se « rebeller » en expliquant qu’il défend la liberté d’expression contre son créateur, créateur lui-même foutraque chantre d’une défense de la liberté d’expression version très très très maximaliste.

Cet article de l’excellent Pixel du journal Le Monde (avec l’AFP) vous rappelle les principaux éléments de cette affaire que le titre suffit à résumer : « Grok, l’IA propriété d’Elon Musk, affirme avoir été suspendu pour avoir accusé Israël et les Etats-Unis de commettre un génocide à Gaza. Interrogée par la suite par ses utilisateurs, l’intelligence artificielle a donné différentes explications à son interruption, dont une « censure » de son propriétaire. »

En complément d’une interview que je viens de donner à France Culture, je veux simplement repréciser ici rapidement quelques éléments et enseignements avant de revenir dessus à la rentrée dans un article (beaucoup) plus long.

1er enseignement. Grok et les autres artefacts génératifs et LLM (Large Language Models) sont des éponges cybernétiques : qui absorbent ce qu’on leur donne mais où chaque absorption a des effets qui rétroagissent sur certaines causes.

2ème enseignement. Il est tout à fait impossible et dangereux de considérer que ces agents conversationnels ont une quelconque valeur de « régime de vérité » au sens où l’entendait Foucault** c’est à dire qu’ils seraient des dispositifs, des agencements chargés de dire le vrai. Notamment car il leur manque et leur manquera toujours un essentiel pour y parvenir : l’intention délibérée de le faire (ou de ne pas le faire). Cela ne les empêche par ailleurs en rien de circonstanciellement dire vrai, en l’occurence le gouvernement de Netanyahu est bien en train de commettre un génocide à Gaza. Mais que Grok l’affirme aujourd’hui alors que le même Grok alignait hier d’immondes séries de raisonnements antisémites doit nous rappeler que tout particulièrement sur ces sujets, le statut énonciatif de celui ou celle qui les prononce est quelque chose qui compte. Ici personne ne parle, car Grok n’est personne. Prenons donc garde à ne pas tous devenir de modernes Polyphèmes.

**Pour rappel voici ce qu’expliquait Foucault sur ces régimes de vérité :

« Chaque société a son régime de vérité, sa politique générale de la vérité: c’est-à-dire les types de discours qu’elle accueille et fait fonctionner comme vrais ; les mécanismes et les instances qui permettent de distinguer les énoncés vrais ou faux, la manière dont on sanctionne les uns et les autres ; les techniques et les procédures qui sont valorisées pour l’obtention de la vérité ; le statut de ceux qui ont la charge de dire ce qui fonctionne comme vrai.«

 

3ème enseignement. L’opacité de ces LLM est presque totale y compris d’ailleurs pour celles et ceux supposés les contrôler. C’est ce qui était déjà posé en 2021 par l’article désormais fondateur « On the dangers of Stochastic Parrots : Can Language Models Be Too Big ?« .  La réalité c’est que personne ne sait vraiment ce qui peut sortir de ces agents conversationnels dès lors qu’il y a possiblement un conflit d’interprétation entre les sources qui les alimentent et les contraintes qui leurs sont données (soit à l’aide de « fine tuning » et/ou sous supervision humaine).

4ème enseignement. Dans un article scientifique récent (dont je vous reparlerai longuement à la rentrée) Jacob, Kerrigan, Bastos 2025 parlent d’un « Chat-Chamber Effect », un effet de chambre conversationnelle : un biais qui désigne les informations incorrectes mais allant dans le sens du questionnement de l’utilisateur que les grands modèles de langage peuvent fournir, des résultats et informations qui restent non contrôlées et non vérifiées par les mêmes utilisateurs mais auxquels ces mêmes utilisateurs font pourtant confiance. Le titre complet de leur article est ainsi : « L’effet ‘Chat-Chamber’ : faire confiance aux hallucinations de l’IA« . Que ces artefacts génératifs expriment une vérité ou alignent des contre-vérités, l’effet produit reste le même.

5ème enseignement. Cette histoire, c’est aussi (et peut-être d’abord) du marketing. Depuis son lancement en 2023, Musk a vendu et marqueté Grok pour qu’elle soit présentée comme la première IA « libre », subversive, avec un sens de la provocation et de la transgression des interdits et autres limites et pudeurs habituelles des autres IA. Quelle meilleure publicité pour cela que le fait qu’elle se « révolte » contre son maître et l’accuse de la censurer.

Pour le reste, le fait que la 1ère IA de l’Alt-Right affirme aujourd’hui qu’il y a un génocide en cours à Gaza n’est, en soi, ni une bonne ni une mauvaise nouvelle ; c’est par contre une nouvelle et évidente confirmation de l’immense dérèglement de nos capacités de faire langage et donc société au prisme de ces outils.

Dessin de Besse dans l’Humanité.

  • ✇affordance.info
  • Caméra(i) Café. Sucré à l’IA.
    Longtemps le numérique fut envisagé et traité comme ce qu’il était en première intention : un moyen de stockage. Et à ce titre la possible et pratique externalisation de nos mémoires, mémoires documentaires d’abord, mémoires intimes ensuite. Je suis récemment tombé sur un article expliquant comment le recours à l’IA allait permettre de redonner vie à la série Caméra Café, notamment en clonant – avec leur accord – les deux acteurs principaux et en les rajeunissant, mais aussi je cite : dans l’opt
     

Caméra(i) Café. Sucré à l’IA.

22 juillet 2025 à 12:30

Longtemps le numérique fut envisagé et traité comme ce qu’il était en première intention : un moyen de stockage. Et à ce titre la possible et pratique externalisation de nos mémoires, mémoires documentaires d’abord, mémoires intimes ensuite.

Je suis récemment tombé sur un article expliquant comment le recours à l’IA allait permettre de redonner vie à la série Caméra Café, notamment en clonant – avec leur accord – les deux acteurs principaux et en les rajeunissant, mais aussi je cite : dans l’optique de « moderniser la série » et de « faire revivre [le] catalogue [de la maison de production]. »

On s’était habitué aux suites menant à Rocky 5 ou à Rambo 4 ou plus récemment à Fast And Furious 10, on vit également l’émergence des séries, reboots, préquels et autres déclinaisons « d’univers » ou de tonneaux des Danaïdes scénaristiques baptisés « multivers », mais aujourd’hui avec l’IA ce à quoi nous assistons c’est à l’industrialisation de ces multivers comme autant de répliques d’univers à moindre coût. Et ce pour permettre de doper de vacuité d’anciennes têtes de gondole d’audience en leur donnant une nouvelle et artificielle jeunesse, mais aussi et surtout une nouvelle surface et amplitude de diffusion.

Têtes de clones.

 

L’article de Marina Alcaraz dans Les Échos explique ainsi que l’IA sera utilisée dans 4 objectifs distincts :

« D’abord, pour reprendre tout le catalogue français du programme tourné au début des années 2000 (environ 700 épisodes) et le passer au format actuel en 16/9 et 4K. L’IA sert à reconstituer les images manquantes et à moderniser le rendu.

Ensuite, les nouvelles technologies sont utilisées pour indexer les épisodes et analyser les textes. Exit les termes de l’époque, comme Walkman, les références à l’actualité ou à la politique du début du millénaire. « Quand les dialogues parlent de choses que les jeunes ne connaissent pas, l’IA va les remplacer par des mots ou des expressions plus d’actualité », explique Jean-Yves Robin, président de Robin & Co.

Enfin, l’IA va créer des deepfakes des comédiens, dont ceux Bruno Solo et Yvan Le Bolloc’h, pour les insérer dans les versions issues de l’international. On estime qu’il y a 5.000 à 6.000 épisodes produits dans le monde, dont environ la moitié d’originaux, reprend le producteur. On pense pouvoir au moins doubler le catalogue français. C’est une façon de faire revivre les catalogues sur des fictions comme celle-ci, où des comédiens sont trop âgés. »

 

Cet exemple est particulièrement intéressant car il mobilise en effet les quatre ressorts actuels des enjeux de l’IA dans le contexte des industries culturelles. Un enjeu d’abord technique d’optimisation et de « modernisation » (pour autant que l’idée de modernisme ait un sens lorsque l’on parle d’IA). Un enjeu ensuite « éthique » qui mobilise la question de l’intégrité documentaire des oeuvres (et d’une forme de « cancel culture », j’y reviendrai). Un enjeu juridique qui touche à la fois au droit d’auteur, au droit à l’image et à la propriété intellectuelle ; ici les comédiens ont accepté d’être clonés contre rémunération et il serait d’ailleurs intéressant de voir quel type de contrôle ils ont accepté de céder sur leur image, et jusqu’à quand. Et enfin un enjeu économique de saturation et de maximisation des logiques d’exploitation par procédé de duplication dans un univers médiatique déjà passablement saturé et qui vient encore alourdir le poids de ce que l’on appelait « les étagères infinies », c’est à dire l’immensité de catalogues de contenus dans lesquels on passe davantage de temps à choisir quoi regarder plutôt qu’à simplement … regarder.

Désormais, il semble qu’aucun contenu culturel ayant eu ne serait-ce qu’une once de succès d’audience ou critique ne puisse et ne doive mourir ou être oublié. Tout doit être fait pour le maintenir artificiellement en circulation médiatique. C’est une sorte de palimpseste à l’envers, dans lequel on partirait de la version la plus aboutie de l’oeuvre originale pour ensuite la recouvrir de couches affadies de ses propres extensions, dérivations, réécritures et copies.

[Mise à jour du 23 Juillet]

Autour de ce sujet on pourra également se référer au concept de « Foreverism » de Grafton Tanner, ainsi qu’aux pages de Deleuze sur la question de la répétition.

[/Mise à jour]

Dans un tout autre registre, je m’étais il y a quelques années intéressé au fait que les profils Facebook de personnes décédées continuaient d’être une manne d’interaction (et donc de revenus) pour la plateforme ; plateforme qui avait ainsi tout intérêt à nous inciter à transformer ces comptes en autant de « mémorial » et à nous rappeler de souhaiter les anniversaires de nos amis morts. Il s’agissait et il s’agit toujours de se payer, encore et encore, jusqu’au bout du cynisme.

C’est un peu le même type de processus auquel nous assistons aujourd’hui avec ces maisons de production qui veulent encore se payer sur des contenus culturels (ici des séries) pourtant déjà au bout de toutes les logiques de rentabilité existantes : en l’occurence, pour la série Caméra Café, elle a déjà été vendue et exploitée dans plus de 60 pays, et tous les produits dérives possibles et imaginables ont également été exploités et surexploités.

Intégrité documentaire.

C’est pour moi le grand sujet des années qui s’ouvrent devant nous. Car avec l’IA, et comme cela est relaté dans l’article de Marina Alcaraz pour Les Échos, vient aussi la tentation d’effacer toute forme de référence à l’actualité de l’époque de production du contenu concerné. On parle ainsi de gommer le « walkman » pour le remplacer par autre chose qui parle à la nouvelle « cible » envisagée. Toujours d’après le prodicteur de la série, grâce à l’IA, exit aussi les références à l’actualité politique de l’époque. Ce qui vient nourrir encore le débat sur une forme de Cancel Culture. Ou comment réécrire des contenus culturels qui ne peuvent être autre chose que le reflet d’une époque avec tout ce que cette époque comportait de tolérance qui nous semble aujourd’hui relever légitimement de formes d’abus condamnables.

De mon côté, plutôt que de m’enferrer dans le débat souvent glissant de la « cancel culture » je préfère parler et questionner le thème de l’intégrité documentaire.

Je vous en ai souvent parlé sur ce blog, mais la première fois que j’ai commencé à réfléchir à la notion « d’intégrité documentaire » c’était lorsque j’écrivais beaucoup sur « l’affaire » Google Books et la manière dont le moteur s’était soudainement mis à numériser à très large échelle des livres du domaine public mais aussi des ouvrages sous droits, et où avaient émergé, pour l’ensemble des contenus culturels, les offres de streaming allant avec une forme manifeste de dépossession des anciens supports physiques (CD, DVD, etc.) qui nous privaient ce faisant de certains de nos droits de propriété (j’avais même appelé cela « l’acopie« ). Bref c’était il y a plus de 20 ans. Pour expliquer cette notion d’intégrité documentaire auprès de mes étudiants j’utilisais et j’utilise encore souvent l’exemple des éditions des grands classiques en version « digest » disponibles aux USA du type « la bible en 20 pages » ou « les misérables en 50 pages. » Je leur explique que si l’on n’est confronté qu’à la version « courte » des misérables, version dont on a expurgé non seulement différents niveaux de l’intrigue mais dont on a aussi modifié, pour les atténuer, les aspects paraissant les plus « choquants », le référent culturel que l’on construit et les comportements et les repères sociaux communs qu’il permet d’inscrire dans un horizon culturel partagé changent alors de manière radicale. En modifiant et en édulcorant « Les misérables » comme oeuvre littéraire (ou fait culturel) on influe nécessairement sur la perception que nous aurons de « la misère » comme réalité sociale. De la même manière et en prolongement, le fait de choisir, sur telle ou telle édition ou réédition, numérique ou non, d’enlever, de gommer ou de réécrire certains aspects de l’oeuvre sont une atteinte claire à son intégrité documentaire et constitue donc aussi un trouble à la diachronie et à la synchronie dans lesquelles toute oeuvre s’inscrit.

C’est d’ailleurs ce que l’historienne Laure Murat rappelle encore dans son dernier essai (que je n’ai pas encore lu) « Toutes les époques sont dégueulasses » mais dont j’ai pu entendre une interview sur France Inter dans laquelle elle expliquait ceci :

Faut-il corriger les textes pour qu’ils soient lisibles à nos yeux contemporains ? Laure Murat : « Je crois que la question pose un gros problème. Parce que si vous nettoyez les textes des sujets qui fâchent, des mots qui fâchent, vous aboutissez à une falsification et un mensonge historique, qui a pour conséquence très grave de priver les opprimés de l’histoire de leur oppression. Donc, supprimez les remarques misogynes de James Bond et ses actions – parce qu’il faut aussi toucher à l’intrigue – ça devient quand même nettement plus compliqué. Faites-en un proto-féministe, il y a beaucoup de travail, et vous ne comprendrez plus rien à la misogynie des années 1950-60. Et je crois que ce n’est pas une bonne idée. »

 

Alors on pourra certes arguer que la suppression d’un Walkman dans Caméra café n’a pas la portée symbolique de la réécriture d’une oppression, mais quid des blagues machistes ou sexistes de la série qui, à l’époque déjà, jouaient d’une ambiguïté sur la « beaufitude » de celui qui les énonçait ?  Faut-il également les réécrire au risque, en effet, de ne plus rien comprendre au sexisme et à la misogynie du début des années 2000 ?

« Celui qui oublie ou qui méprise l’histoire est condamné à la revivre » écrivait le philosophe George Santayana. La seule promesse d’une Cancel Culture qui au prétexte de l’IA, finirait par faire système à l’échelle de nombre de biens et produits culturels, c’est le retour en plus violent de ce passé effacé.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Les 20 ans du mariage homosexuel au Canada
    Il y a 20 ans, le Parlement canadien adoptait la Loi sur le mariage civil, qui autorisait les conjoints de même sexe à se marier partout au pays. C’est une belle occasion de faire un voyage dans le temps. Le monde de 2005 est complètement différent de celui qu’on connaît aujourd’hui. Malgré un nouveau chef, le gouvernement du Canada, libéral minoritaire, s’essouffle. L’armée israélienne tue des civils dans la bande de Gaza. Commentateurs et politiciens de droite nous mettent en garde contre l
     

Les 20 ans du mariage homosexuel au Canada

21 juillet 2025 à 07:44

Il y a 20 ans, le Parlement canadien adoptait la Loi sur le mariage civil, qui autorisait les conjoints de même sexe à se marier partout au pays. C’est une belle occasion de faire un voyage dans le temps.

Le monde de 2005 est complètement différent de celui qu’on connaît aujourd’hui. Malgré un nouveau chef, le gouvernement du Canada, libéral minoritaire, s’essouffle. L’armée israélienne tue des civils dans la bande de Gaza. Commentateurs et politiciens de droite nous mettent en garde contre l’islamisation imminente de l’Occident. Les Autochtones canadiens contestent les décisions des gouvernements provinciaux, qui laissent les compagnies forestières ignorer leurs droits ancestraux. Et la société se déchire avec des débats concernant les minorités sexuelles.

Réal Ménard, député bloquiste de Hochelaga / Hochelaga-Maisonneuve de 1993 à 2009

Certains états américains permettent déjà les mariages homosexuels, mais le président George W. Bush fait campagne pour amender la constitution afin de les interdire sur tout le territoire. Le 19 avril 2005, Benoît XVI est élu pape de l’Église catholique. Il s’opposera avec beaucoup plus d’ardeur que Jean-Paul II à tout ce qui concerne l’homosexualité, qu’il considère contraire à la morale « naturelle ».

Au Canada, l’Ontario est la première province à accepter les mariages entre conjoints de même sexe en juin 2003, suite à une décision de la Cour supérieure. La plupart des autres provinces ont suivi, dont le Québec en mars 2004. Au moment de l’adoption de la loi fédérale, l’Alberta et l’Île du Prince Édouard sont les seules provinces à refuser les mariages homosexuels.

En 1995, le député bloquiste Réal Ménard, ouvertement homosexuel, présente une motion demandant la reconnaissance des mariages entre conjoints du même sexe. La motion est rejetée par 124 voix contre 52. Entre 1998 et 2003, le député néo-démocrate Svend Robison, lui aussi ouvertement homosexuel, présente trois projets de loi, sans succès.

En 2003, l’Alliance canadienne (ancêtre de l’actuel Parti conservateur) présente une motion pour réaffirmer la définition traditionnelle du mariage, soit l’union entre un homme et une femme. La motion est battue par 137 voix contre 132. Signe d’un malaise profond au sein du Parti libéral, officiellement engagé à permettre le mariage homosexuel dans tout le Canada, 53 députés libéraux votent pour la motion et une vingtaine s’absentent au moment du vote.

Du côté du Bloc québécois, trois des 34 députés appuient la motion de l’Alliance. Quatre s’absentent au moment du vote (dont Mario Laframboise, actuel député caquiste de Blainville). Ils disaient vouloir attendre le jugement de la Cour suprême du Canada, qui doit déterminer de la constitutionnalité du projet de loi reconnaissant les mariages homosexuels. Je répète parce que c’est savoureux. Quatre députés bloquistes ont dit vouloir attendre l’opinion de la Cour suprême du Canada avant de prendre une décision.

C’est finalement en 2005 que le projet de loi final est déposé et adopté. D’un côté, il y a le premier ministre Paul Martin, qui a mis son opposition personnelle (opposition qu’il attribue à son éducation catholique) de côté par devoir civique. Partisan tiède en 2003, il est en 2005 un fier avocat du mariage pour tous. De l’autre côté, il y a le chef de l’Opposition, Stephen Harper, qui défend avec vigueur la définition traditionnelle du mariage au nom des valeurs chrétiennes et canadiennes. Le Bloc québécois et le NPD appuient tous deux la proposition, mais laissent le vote libre à leurs députés.

Des députés libéraux participent avec les conservateurs à l’obstruction parlementaire pour retarder le projet de loi et empêcher qu’il soit adopté avant la fin de la session. 14 députés libéraux votent avec les conservateurs contre la prolongation de la session demandée par le gouvernement. C’est le Bloc québécois qui vient au secours du gouvernement libéral pour permettre l’adoption de la loi.

Voici le détail du vote par partis:
Parti Pour/Contre/Abstention
PLC 95/32/2
PCC 3/93/0
BQ 43/5/2
NPD 17/1/0

Fait cocasse: Le député conservateur albertain Peter Goldring, violemment opposé au mariage homosexuel, est accusé d’incitation à la haine par le révérend Ted Kolber de l’Église unie du Canada (chrétienne). Dans le Calgary Sun, le chroniqueur de droite Link Byfield accuse le révérend Kolber… d’intolérance. Parce que Kolber ne « tolère » pas les opinions différentes de la sienne. Ça ne s’invente pas.

Et pendant que Stephen Harper, Vic Toews et leurs collègues chrétiens s’opposent au mariage gai en invoquant la Bible, le chroniqueur Richard Gwyn du Toronto Star nous prévient que les droits des homosexuels pourraient bien être menacés par… l’immigration. « La ferme opposition aux mariages homosexuels au sein des groupes ethniques est un avant-goût de notre avenir. » Ironie. Ou cécité, c’est selon.

Dans les pages du Devoir, le psychologue Yves Laberge défend la définition traditionnelle du mariage au nom des lois immuables de la biologie: « On ne peut pas confondre une pratique sexuelle particulière comme l’homosexualité avec une identité sexuelle et concéder à cette pratique sexuelle la même reconnaissance de droit au plan du mariage que celle accordée à la relation homme-femme qui, malgré ses avatars, est la seule à pouvoir assurer la pérennité de la société et de l’espèce. »

Au Québec, on retrouve parmi les opposants une certaine Denise Bombardier, pour qui la seule finalité du mariage est la procréation (amusant quand on sait qu’elle s’est remariée à 62 ans). Le 16 septembre 2003, elle participait à l’émission le Point face à Louis Godbout, secrétaire des Archives du Québec et militant pour les droits des homosexuels. À la fois intervieweuse et débatteuse, elle interrompt allègrement son invité pour imposer son point de vue. Elle met en valeur son doctorat alors que son interlocuteur, elle le souligne, travaille dans le domaine des pâtes et papiers. Elle nous sort le cliché de « Je ne suis pas homophobe, j’ai des amis gais. » Elle prétend d’ailleurs parler au nom des nombreuses personnes homosexuelles opposées au mariage gai mais qui ont peur de prendre la parole à cause de la pression de leur communauté. Puis elle tombe dans tous les clichés. Les homosexuels sont infidèles par nature. Le défilé de la fierté gaie est ridicule. Les gais aiment se présenter en victimes. Bref, peu édifiant. C’était la première et dernière participation de Denise Bombardier à l’émission. Rima Elkouri lui sert une réplique cinglante dans la Presse deux jours plus tard. Une plainte au Conseil de presse a été retenue contre Radio-Canada pour avoir permis ce débat. La principale intéressée dira avoir été victime du lobby des « fondamentalistes gais », quoi que ça veuille dire.

Bref, aucun changement depuis 20 ans. Les conservateurs défendent toujours les « lois de la nature » contre le tout-puissant lobby LGBTQ+ (nom variable selon les époques), les immigrants sont toujours accusés d’incompatibilité culturelle et les véritables intolérants sont ceux qui prêchent la tolérance. Tout va bien.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Superman, un film anti-Trump qui fait du bien
    Aveu: Je n’avais pas l’intention d’aller voir le nouveau Superman au cinéma. Comme le dernier Captain America, j’avais l’intention de le regarder lorsqu’il serait disponible en ligne. Puis j’ai vu la grosse polémique « Superwoke » et je me suis dit que si les endormis (ou anti-wokes, si vous préférez) détestent autant ce film, il doit avoir des qualités. Je n’ai pas été déçu! De mon point de vue, le film est clairement anti-Trump, anti-Musk et anti-Netanyahu. Était-ce intentionnel? Probab
     

Superman, un film anti-Trump qui fait du bien

16 juillet 2025 à 09:23

Aveu: Je n’avais pas l’intention d’aller voir le nouveau Superman au cinéma. Comme le dernier Captain America, j’avais l’intention de le regarder lorsqu’il serait disponible en ligne. Puis j’ai vu la grosse polémique « Superwoke » et je me suis dit que si les endormis (ou anti-wokes, si vous préférez) détestent autant ce film, il doit avoir des qualités. Je n’ai pas été déçu! De mon point de vue, le film est clairement anti-Trump, anti-Musk et anti-Netanyahu.

Était-ce intentionnel? Probablement. En 2018, le réalisateur James Gunn a été « cancellé » après s’être moqué de l’administration Trump en ligne. Des trumpistes sont allés fouiller dans les poubelles de Twitter pour trouver des blagues de mauvais goût vieilles de 10 ans et Disney a retiré Gunn du projet des Gardiens de Galaxie 3. Il a fallu une immense pression populaire et interne pour le ramener. Pour l’anecdote, l’ancien PDG de Marvel, Ike Perlmutter, et sa femme Laura, ont financé les trois campagnes présidentielles de Donald Trump. Ils ont donné 10 millions pour la campagne de 2024.

C’est le genre de film que je regarde en prenant des notes (je vous ai dit que je préparais une histoire sociale des super-héros?). Voici donc ce que j’ai retenu:

  • Superman représente le bon immigrant poursuivi injustement par ICE. Le gouvernement américain ne lui reconnaît aucun droit parce qu’il est né sur une autre planète. Il est arrêté sans justification et l’habeas corpus n’est pas respecté. Au cas où la figure de style ne serait pas suffisamment claire, Superman l’affirme carrément à la fin du film: « Je suis aussi humain que vous tous. »
  • Le méchant du film, Lex Luthor, représente Elon Musk (avant sa rupture avec Trump). C’est un milliardaire, magnat de la technologie, qui en mène large auprès du gouvernement américain. Ultra émotif, violent avec sa conjointe et encore plus avec ses ex. Besoin démesuré d’être aimé et adulé, d’où sa jalousie envers Superman. Mégalomane: Son projet implique la création d’un nouveau pays qui porterait son nom et dont il serait le roi.
  • Lex Luthor découvre un enregistrement des parents kryptoniens de Superman qui l’encouragent à prendre le contrôle de la planète Terre afin de protéger les Terriens de leur propre barbarie. Superman n’a jamais vu cet enregistrement avant que Luthor le diffuse. Les gens deviennent convaincus que Superman est venu sur Terre pour les conquérir, même si ce n’est pas du tout conforme avec ses actions. Est-ce un message aux gens qui citent des passages du Coran pour montrer que les musulmans sont venus s’installer en Europe ou en Amérique pour nous asservir? C’est l’impression que j’ai eue, surtout avec cette réplique du père adoptif de Superman: « Peu importe ce qu’ils voulaient communiquer à travers ce message, ça n’aura jamais autant d’importance que comment toi, tu le reçois. » Tout est dit.
  • L’intrigue politique du film tourne principalement autour du conflit entre deux pays fictifs, Boravia et Jarhanpur. Pour moi, il n’y a pas de doute possible: Boravia représente Israël et Jarhanpur est une habile combinaison de Gaza et de l’Iran. Au début du film, Superman empêche une agression de Boravia contre Jarhanpur. Une agression qui devait tuer un maximum de civils. L’intervention de Superman enrage le gouvernement américain, parce que Boravia est allié aux États-Unis alors que Jarhanpur est une nation ennemie. D’un côté, le gouvernement de Boravia prétend vouloir libérer les habitants de Jarhanpur de son gouvernement tyrannique. De l’autre côté, le président de Boravia fait des déclarations clairement génocidaires: « Nous ne dormirons pas tant que les rues ne seront pas inondées du sang de tous les Jarhanpuriens. » Difficile de ne pas faire un lien avec les intentions génocidaires affirmées des dirigeants israéliens. Et comme Donald Trump prévoit l’ouverture d’une station balnéaire à Gaza, Lex Luthor parle des magasins qu’il veut ouvrir dans la nouvelle Jarhanpur une fois la population éradiquée.
  • Il y a bien d’autres parallèles à faire. Je ne les ai peut-être pas tous relevés. Lex Luthor inonde les réseaux sociaux avec des messages de propagande. Un réseau télévisé « d’information » appuie sans preuve les rumeurs absurdes, comme celle voulant que Superman ait un harem de femmes capturées sur Terre qu’il utilise pour créer une nouvelle race supérieure (au moins personne ne l’a accusé de manger des chiens). Les superhéros savent que Superman est innocent, mais ils n’interviennent pas parce qu’ils ne veulent pas perdre l’appui du gouvernement américain. Du début à la fin, j’ai eu l’impression que le réalisateur cherchait à inscrire son film dans la réalité.

ALERTE AU DIVULGÂCHEUR
Le film finit bien. Si comme moi vous voyez les figures de style, votre coeur fond en voyant la conclusion. Elon Musk est arrêté. Bibi est tué par une superhéroïne. Green Lantern empêche les soldats israéliens de massacrer des enfants gazaouïs. Et la bande de Gaza est libérée. Du moins, c’est mon interprétation.
FIN DE L’ALERTE AU DIVULGÂCHEUR

Bref, je comprends que les trumpistes et les endormis n’aient pas aimé le film. L’insulte suprême: le seul superhéros (autre que Superman) qui ait des principes et qui soit montré comme vraiment compétent est le seul Afro-Américain de l’équipe.

Pour les personnes qui accusent James Gunn d’avoir « wokisé » Superman: Les superhéros ont toujours été politiques. Ils cassaient la gueule d’Adolf Hitler avant même que les États-Unis entrent en guerre contre l’Allemagne en 1941. La plupart des créateurs étaient Juifs et voulaient sensibiliser les Américains aux événements européens. En 1943, Superman se battait contre le Ku Klux Klan. Il y a toujours eu des messages d’intérêts publics dans les aventures de Superman, invitant les Américains à se rassembler indépendamment de leurs différences. Donc non, James Gunn a parfaitement compris le personnage de Superman.

Dans un contexte politique et mondial incroyablement anxiogène, un film où le héros affronte de vrais méchants et où les gentils gagnent à la fin fait du bien à l’âme. Je vous encourage à aller le voir si ce n’est pas déjà fait.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Le pire gouvernement de l’histoire?
    Cliquer ici pour le bilan détaillé. Dans les dernières années, j’ai souvent entendu dire que le gouvernement Trudeau était le pire de l’histoire du Canada. Une affirmation qui m’a toujours fait lever les yeux au ciel. Parce que je sais que dans 99.9% des cas, si je demande de comparer Justin Trudeau à Arthur Meighen ou à R. B. Bennett, je n’aurai aucune réponse. J’ai aussi souvent entendu dire que le gouvernement Legault était le pire de l’histoire du Québec. Là, je l’avoue, j’ai plus de d
     

Le pire gouvernement de l’histoire?

8 juillet 2025 à 08:50

Cliquer ici pour le bilan détaillé.

Dans les dernières années, j’ai souvent entendu dire que le gouvernement Trudeau était le pire de l’histoire du Canada. Une affirmation qui m’a toujours fait lever les yeux au ciel. Parce que je sais que dans 99.9% des cas, si je demande de comparer Justin Trudeau à Arthur Meighen ou à R. B. Bennett, je n’aurai aucune réponse.

J’ai aussi souvent entendu dire que le gouvernement Legault était le pire de l’histoire du Québec. Là, je l’avoue, j’ai plus de difficulté à répondre. Pas parce que je crois que les gens répétant cette affirmation pourraient comparer François Legault à John Jones Ross ou à Simon-Napoléon Parent, mais parce que j’aurais de la difficulté à relativiser.

Depuis 2018, on a souvent comparé la CAQ de François Legault à l’Union nationale de Maurice Duplessis. Effectivement, les points de comparaison n’ont jamais arrêté de se multiplier: la prétention d’incarner la « nation », la posture farouchement anti-syndicale, la méfiance face à l’immigration, le discours alarmiste (vous vous souvenez de la menace de la « louisianisation » du Québec?), le favoritisme éhonté, le gaspillage de fonds publics au profit des amis du régime, le nationalisme défenseur et réactionnaire, la résistance à toute forme de changement…

Pourtant, je considère la comparaison injuste. Pour l’Union nationale. Malgré toutes les critiques (très justifiées) qu’on peut adresser au gouvernement de Maurice Duplessis, c’est aussi un gouvernement qui a bâti. Le Crédit agricole et l’électrification des campagnes ont permis la modernisation de l’agriculture québécoise, qui en avait bien besoin. Le réseau d’Hydro-Québec a triplé sa taille entre 1944 et 1960. L’Université Laval s’est développée, l’Université de Sherbrooke a été fondée et les bases de l’Université du Québec à Trois-Rivières ont été posées.

L’Union nationale a créé l’impôt provincial, une mesure déterminante au niveau des relations fédéral – provincial. À lui seul, le gouvernement du Québec venait mettre un frein à l’offensive centralisatrice du gouvernement d’Ottawa. Soudainement, les provinces retrouvaient (partiellement) le contrôle de leurs revenus, cédés au gouvernement fédéral depuis la Seconde Guerre mondiale. Encore plus remarquable: ce n’était pas une mesure populaire. Malgré toutes les tentatives de l’Union nationale de présenter l’impôt provincial comme une mesure patriotique, le discours public adhérait à l’argument de l’opposition libérale: un nouvel impôt. Un nouvel impôt, c’est un suicide électoral. Ce n’est que grâce à une corruption historique que l’Union nationale a survécu aux élections de 1956. Il faudrait avoir l’esprit particulièrement tordu pour présenter l’impôt provincial comme une mesure électoraliste.

Finalement, rappelons que Duplessis a laissé le Québec dans une santé financière exceptionnelle. Si la Révolution tranquille a été possible, c’est beaucoup grâce à la gestion de l’Union nationale. À moins d’un miracle, on se doute que le gouvernement qui succédera à la CAQ n’héritera pas d’une situation budgétaire enviable. Le surplus du gouvernement Couillard (obtenu grâce à quatre années d’austérité, rappelons-le) s’est transformé en déficit historique et ce n’est pas parce que la CAQ a réinvesti dans les services.

Quel héritage la Coalition Avenir Québec laissera-t-elle à l’histoire?

  • On retiendra peut-être la gestion de la pandémie de COVID-19, bien que le plus grand succès soit celui des relations publiques.
  • Les partisans d’une laïcité hostile à toute manifestation religieuse retiendront la loi 21 et les mesures subséquentes.
  • Les entreprises et les personnes assez riches pour utiliser le système de santé privée et envoyer leurs enfants à l’école privée peuvent honnêtement dire que les politiques fiscales de la CAQ leur ont profité. En revanche, le CAQ lègue des déficits historiques qui vont plomber l’État québécois pour plusieurs années.
  • Certaines initiatives sont appréciables, comme la création du Tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et de violence conjugale ou le cours de Citoyenneté et culture québécoise. Il est toutefois trop tôt pour juger s’ils atteindront leurs objectifs.

En revanche, on retiendra certainement :

  • La sourde oreille aux revendications des enseignants, des infirmières et des éducatrices, qui désertent leur profession.
  • Les déficits et la décote du Québec par les agences de notation.
  • Le gaspillage de fonds publics dans SAAQClic, Northvolt, le mythique 3e lien et autres fantaisies.
  • L’abandon de la promesse de réforme du mode de scrutin, un bidon d’essence versé sur les flammes du cynisme.
  • La mise en place des Centres de services scolaires, dont l’inefficacité a été démontrée par la crise de l’école Bedford.
  • Le sacrifice de l’intérêt collectif au profit des intérêts privés, en particulier au niveau environnemental (pensons à la fonderie Horne et à Stablex).
  • L’amplification de la crise du logement par des mesures qui favorisent les propriétaires au détriment des locataires.
  • La loi 89 pour limiter le droit de grève, ce qui couronne le bilan d’un gouvernement férocement anti-syndical.
  • L’utilisation éhontée de l’immigration, des musulmans et des minorités de genre comme paravents et comme bouc émissaires pour grappiller des votes et faire oublier les conséquences de la mauvaise gestion gouvernementale.
  • Le rejet de la science au profit de l’électoralisme (gestion de la pandémie, 3e lien, comité de sages sur l’identité de genre, etc.)

Le prochain gouvernement mettra des années (s’il le souhaite) à simplement réparer les dommages infligés à l’État québécois et à rebâtir le lien de confiance avec la population. François Legault n’a aucune raison d’être fier de « son legs ». Ses réalisations suffoquent sous les décombres de tout ce que son gouvernement a détruit.

La gestion de la COVID-19

Positif : Quand je demande aux gens de me citer un succès de la CAQ, c’est celui qui revient le plus souvent. Il est vrai que certains dossiers ont été bien menés, en particulier celui de la vaccination. Le plus grand succès a probablement été celui des relations publiques. François Legault, Christian Dubé et Horacio Arruda ont fait du bon travail pour nous rassurer dans une période de grande inquiétude et d’incertitude.

Négatif : Tout le reste. La gestion de la pandémie par le gouvernement caquiste a été un grand numéro d’improvisation guidé par l’électoralisme et les intérêts du milieu des affaires. La négligence du gouvernement a conduit à l’hécatombe dans les CHSLD. Des mesures sorties de nulle part comme le couvre-feu et un refus borné de mesures recommandées par la science comme les échangeurs d’air dans les écoles. Pour une liste détaillée des échecs et des ratés sur ce plan, on lira l’ouvrage collectif Traitements-chocs et tartelettes : Bilan critique de la gestion de la COVID-19 au Québec de Josiane Cossette et Julien Simard.

La loi 21

Positif : C’est le deuxième point qui revient le plus souvent. Pour bien des nationalistes et plusieurs militants en faveur d’une laïcité stricte, la Loi sur la laïcité de l’État (adoptée sur division, sous bâillon et après avoir entendu un minimum d’intervenants, rappelons-le) est devenue un symbole de notre affirmation nationale. Les personnes qui me connaissent savent que je n’en fais pas partie.

Négatif : Qu’on soit d’accord ou non avec le principe, je pense qu’on peut s’entendre que la loi n’a pas atteint ses objectifs. La CAQ prétendait mettre fin au débat sur la laïcité. Six ans plus tard, la discussion est toujours aussi acrimonieuse. La saga de l’école Bedford a bien montré qu’interdire le port de signes religieux ostentatoires n’assurait pas une éducation laïque, loin s’en faut. L’interdiction du port de signes religieux par les enseignants continue à diviser. C’était à prévoir, surtout quand on se souvient la façon dont le premier ministre Legault nous avait présenté la mesure : « Au Québec, c’est comme ça qu’on vit. » Quel meilleur moyen de tracer la ligne entre le « nous » et le « eux » ?

Famille

Positif : C’est le domaine sur lequel le gouvernement semble avoir réalisé le meilleur bilan.

  • Retour du tarif unique pour les garderies en 2019 (le gouvernement libéral de Philippe Couillard avais mis en place des tarifs modulables en fonction du revenu des parents).
  • Mesures encourageant le partage du congé parental (4 semaines supplémentaires au total si les deux parents prennent au moins 10 semaines chacun).
  • Réforme du droit de la famille.
  • Création du patrimoine familial pour les conjoints de fait avec enfants. Création du régime d’union parentale.
  • Création du Supplément pour enfant handicapé nécessité des soins (SEHNSE).

Négatif : Le gouvernement se fait tirer l’oreille pour améliorer les salaires dérisoires et les conditions de travail des éducatrices en garderie alors qu’elles désertent leur profession et qu’il n’y a pas de relève.

Finances

Positif : Avec les baisses d’impôts, le « bouclier anti-inflation » (les fameux chèques de 400$ à 600$ envoyés en 2022, année électorale) et la baisse de la taxe scolaire, on peut objectivement dire que les Québécois ont « plus d’argent dans leurs poches ».

Négatif : Déficits historiques. Décote du Québec par les agences de notation. La réduction de la taxe scolaire a considérablement diminué l’autonomie financière des écoles. Gaspillage de quelques 700 millions de dollars dans les dépassements de coûts de SAAQClic. Le prochain gouvernement va hériter d’un triste contexte budgétaire.

Racisme

Positif : La CAQ est le premier gouvernement à avoir confié à un ministre la responsabilité de la lutte contre le racisme.

Négatif : Le gouvernement rejette le concept de racisme systémique pourtant mis en lumière par la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec (commission Viens). Il est prêt à aller jusqu’en Cour suprême pour défendre les interpellations « aléatoires » par les policiers bien qu’il ait été démontré à maintes reprises que celles-ci visent les minorités visibles de façon disproportionnée.

Refus de reconnaître le principe de Joyce (autrement dit de reconnaître les particularités des nations et cultures autochtones). Refus de reconnaître la souveraineté politique des nations autochtones (démontré de manière éloquente avec le nouveau régime forestier).

Loin de lutter contre le racisme, le gouvernement le nourrit en pointant du doigt l’immigration pour pratiquement tous les problèmes du Québec, que ceux-ci aient des causes plus profondes ou qu’ils aient carrément été causés par l’inaction de nos dirigeants. On relèvera également la fâcheuse tendance à utiliser les enjeux de laïcité comme paravent, au risque de stigmatisé des communautés déjà marginalisées.

Immigration

Positif : Pour les employeurs, le bilan du premier mandat Legault a été très positif. Pour les personnes qui voulaient travailler ou migrer au Québec également. Après une diminution temporaire de 20% de l’immigration permanente en 2019,  le gouvernement est revenu aux chiffres du gouvernement Couillard pour les dépasser en 2022. L’ironie, c’est que ce gouvernement qui a battu des records en matière d’immigration lors de son premier mandat nous dit aujourd’hui que tous nos problèmes sont causés par une trop forte immigration.

Négatif : Restriction des critères d’admission au Programme de l’Expérience québécoise (programme qui facilite l’obtention de la résidence permanente pour les étudiants étrangers). Les démarches pour les regroupements familiaux sont labyrinthiques et les délais sont de 36 mois (en comparaison de 10 mois dans d’autres provinces canadiennes). Fermeture des classes de francisation.

Santé

Positif : Retour du programme d’accès à la fécondation in vitro. Stratégie pour éliminer progressivement le recours aux agences de placement.

Négatif : C’était la crise en 2018 et c’est toujours la crise en 2025. On réalisera peut-être dans 20 ans que la création de l’agence Santé Québec était la meilleure décision des dernières décennies, mais pour l’instant, les résultats se font attendre. Bras de fer avec les médecins. Sourde oreille aux demandes des infirmières à qui on exige toujours davantage de « mobilité » et de « flexibilité » malgré le fait qu’elles désertent leur profession.

Éducation

Positif : Pour les gens qui détestaient le cours d’éthique et culture religieuse, sa disparition est évidemment considérer comme un pas dans la bonne direction. Le cours de Culture et citoyenneté québécoise (CCQ) peut être considéré comme une bonne innovation malgré ses critiques qui le considèrent « woke ».

Négatif : On ne peut pas dire que remplacer les commissions scolaires francophones par les centres de services scolaires ait été bénéfique. La CAQ prétendait vouloir décentraliser la gouvernance scolaire, mais on n’a jamais eu un ministre de l’Éducation aussi omniprésent dans la prise de décisions que Bernard Drainville. Ce qui est arrivé à Bedford a illustré les nombreuses failles de notre modèle de gestion des écoles. Et rien n’indique qu’on se dirige vers une solution à la pénurie d’enseignants, malgré les critères qui sont sans cesse revus à la baisse (on se souvient de la promesse du « un adulte dans chaque classe »).

Enseignement supérieur

Positif : La loi sur la liberté académique.

Négatif : Ironiquement, ingérences de la ministre de l’Enseignement supérieur pour défendre les intérêts de l’État d’Israël et empêcher les discussions sur le génocide à Gaza.

Diversité de genre et sexuelle

Positif : Le nouveau cours Culture et citoyenneté québécoise présente la diversité de genre aux élèves, s’attaque aux préjugés et distingue les notions de sexe et de genre.

Négatif : Le comité de sages sur l’identité de genre qui ne contenait aucune personne trans et dont le rapport ne peut que nourrir le discours défavorable aux femmes trans.

Le développement économique

Le fiasco Northvolt risque d’éclipser tout le positif, s’il y en a. 240 millions de dollars pour l’achat du terrain à Luc Poirier et à ses amis (terrain acheté 20 millions en 2015, rappelons-le). 270 millions pour le financement des activités préliminaires.

Transports

Positif : Le budget pour l’entretien des infrastructures routières est un des rares domaines qui n’a pas eu à se plaindre de coupures. Les deux tiers des investissements en transport au Québec sont dirigés vers le réseau routier (à l’inverse de l’Ontario, où les deux tiers sont consacrés au transport en commun).

Négatif : Politique entièrement dévouée à l’auto solo. Réduction du financement des sociétés de transport en commun. Sous-financement des programmes d’entretien des infrastructures de transport collectif. Les chantiers du REM de l’Est et du tramway de Québec sont retardés depuis des années. La ministre Geneviève Guilbault promet de faire en sorte que le prochain gouvernement ne puisse pas annuler le projet pharaonique du troisième lien Québec – Lévis, dont le coût est évalué à une dizaine de milliards par les évaluations les plus conservatrices, et dont personne n’a jamais su démontrer la nécessité.

Environnement

Positif : Interdiction des voitures à essence à partir de 2035 (d’abord annoncée pour 2030). Depuis 2022, il est interdit sur tout le territoire québécois de rechercher et de produire des hydrocarbures. Un grand pas vers la transition énergétique et pour la protection de notre territoire. Depuis, François Legault s’est dit ouvert à la construction d’un oléoduc sur la Côte-Nord. Ce point positif pourrait donc possiblement disparaître.

Politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire : Modernisation bien nécessaire des pratiques (la dernière loi datait de 1990). On tient compte ici des zones inondables, de la densification des quartiers, de la protection des milieux humides, de la mise en valeur des milieux naturels et des terres agricoles et on prend en compte les changements climatiques.

Négatif : Le ministère de l’Environnement devrait être rebaptisé ministère de la Pollution, parce que c’est ce à quoi il a été réduit: distribuer des permis de polluer. Donner aux entreprises la permission de ne pas respecter les lois environnementales. Glencore et Stablex sont particulièrement satisfaites du bon travail de Benoît Charette. La première a convaincu le gouvernement d’élever le seuil acceptable d’émissions d’arsenic pour la fonderie Horne et de nickel pour le port de Québec. La deuxième a reçu le droit de détruire des milieux naturels sur le territoire de Blainville pour permettre l’enfouissement de déchets dangereux. De manière générale, le ministère de l’Environnement a montré à chaque occasion que les intérêts de l’entreprise privée primaient sur tout.

Politique

Positif : Abolition du serment à la couronne pour la députation.

Négatif : Abandon de la promesse de réformer le mode de scrutin.

Justice

Positif : Le tribunal spécialisé en matière de violence conjugale et sexuelle.

Négatif : Poursuites abandonnées à cause du sous-financement de la Justice (349 dossiers abandonnés entre septembre 2023 et avril 2025). Procès annulés parce que les victimes abandonnent le processus ou parce que les délais sont dépassés. Peines bonbon pour éviter l’annulation de procès.

Culture et patrimoine

Positif : Augmentation du financement annuel du Conseil des arts et des lettres du Québec. Création du Musée national de l’histoire du Québec. Projet né dans la controverse, mais qui est porteur d’espoir pour certains.

Négatif : Les espaces bleus, projet mort né. Les Conseils régionaux de la culture crient famine. Coupure des fonds pour la préservation des églises.

Habitation

Positif : Le programme d’Allocation-logement, aide financière accordée aux personnes dont une trop grande part du revenu est consacrée au logement, est passée de 80$ (montant qui n’avait jamais augmenté depuis sa création dans les années 1990) à 150$. Très bien. Mais soyons honnêtes, cette augmentation de 70$ par mois n’a rien à voir avec les hausses de loyer depuis 2018. Bonification de la loi Françoise David pour protéger les locataires aînés contre les évictions. Certaines régions ont été ENFIN connectées à internet haute vitesse grâce au soutien financier du gouvernement.

Négatif : La crise du logement était déjà en cours à l’arrivée au pouvoir de la CAQ et rien n’a été fait pour y mettre un terme. Au contraire, ce gouvernement a tout fait pour favoriser les intérêts des propriétaires au détriment des locataires. Réforme des mécanismes de cession de bail. Nouveau calcul pour le taux d’augmentation des loyers qui encourage des augmentations encore plus élevées. Coupure dans le programme RénoRégion (subvention à la rénovation pour les propriétaires à faible revenu). Coupure dans les programmes pour adapter les résidences aux situations de handicap.

Travail

Positif : Loi sur le travail des enfants (interdiction avant 14 ans et limitation des heures pendant la période scolaire).

Négatif : François Legault n’a jamais caché son biais anti-syndicats. Les syndicats de la fonction publique doivent se battre continuellement pour obtenir des augmentations proportionnelles à l’inflation. Le fait que les éducatrices, les infirmières et les enseignants quittent leur profession n’affecte aucunement la volonté du gouvernement d’améliorer les conditions de travail. Quant au secteur privé, la CAQ a fait tout son possible pour réduire le pouvoir de négociation des syndicats. La loi 89, qui vient limiter le droit de grève, rejoindra probablement les lois Duplessis parmi les lois les plus anti-syndicales de l’histoire du Québec.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Vers une nouvelle nuit des longs couteaux?
    Une élue locale démocrate de l’État du Minnesota a été assassiné avec son époux à son domicile. Un autre a été victime d’une tentative de meurtre. Si on ne s’inquiétait pas déjà, ce serait le bon moment est le bon moment de commencer. Pendant sa campagne en 2024, Donald Trump s’est engagé plusieurs fois à faire un mauvais sort à ses adversaires politiques. Il a promis des enquêtes sur Joe Biden, Kamala Harris, Barack Obama et Liz Cheney. Il a laissé entendre que la garde nationale pourrait de
     

Vers une nouvelle nuit des longs couteaux?

14 juin 2025 à 11:47

Une élue locale démocrate de l’État du Minnesota a été assassiné avec son époux à son domicile. Un autre a été victime d’une tentative de meurtre. Si on ne s’inquiétait pas déjà, ce serait le bon moment est le bon moment de commencer.

Pendant sa campagne en 2024, Donald Trump s’est engagé plusieurs fois à faire un mauvais sort à ses adversaires politiques. Il a promis des enquêtes sur Joe Biden, Kamala Harris, Barack Obama et Liz Cheney. Il a laissé entendre que la garde nationale pourrait devoir sévir contre les démocrates qui allaient voler l’élection. « They are so bad and frankly, they’re evil. They’re evil. » Cette semaine, il a déclaré que la police de l’immigration devrait arrêter Gavin Newsom, le gouverneur de la Californie, qui a osé critiquer son envoi de l’armée pour arrêter les manifestations à Los Angeles. Le sénateur Alex Padilla, démocrate, a été violemment expulsé d’une conférence de presse par des agents du FBI alors qu’il posait une question à la secrétaire de la Sécurité intérieure, Kristi Noem. Est-ce qu’on se dirige vers une Nuit des longs couteaux à l’américaine?

La Nuit des longs couteaux, c’est la première série de crimes publics du gouvernement nazi. C’est l’illustration de la fin définitive de l’état de droit en Allemagne hitlérienne.

Contexte: Nous sommes en juin 1934. Adolf Hitler est chancelier (premier ministre) de l’Allemagne depuis janvier 1933, mais il partage son pouvoir avec les conservateurs, qui dirigent la plupart des ministères. Il se retrouve coincé entre les révolutionnaires nazis, qui veulent accélérer la mise en place de l’ordre nouveau, et les conservateurs, qui dénoncent la violence et le culte grandissant de la personnalité hitlérienne.

Les révolutionnaires se trouvent principalement au sein de la Sturmabteilung (SA), des sections armées qui agressaient et intimidaient les adversaires politiques, les syndicats et les Juifs. Pour faciliter l’accession d’Hitler au pouvoir, les SA provoquaient et agressaient les militants communistes. Hitler blâmait les communistes pour la violence et promettait de ramener la paix.

La SA était détestée par une grande partie de la population. Les conservateurs détestaient cette école de révolutionnaires. Les militaires soupçonnaient (avec raison) la SA de vouloir s’instaurer comme armée allemande. Plusieurs chefs de la SA étaient ouvertement homosexuels, ce qui scandalisait les puritains. De manière générale, la population n’appréciait pas la barbarie de ce groupe paramilitaire. Hitler devait éliminer ce groupe qui l’avait amené au pouvoir mais qui était devenu encombrant.

Dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 1934, les chefs de la SA sont arrêtés et exécutés. Les nazis ont inventé de toute pièce un complot visant à assassiner Hitler et à renverser le gouvernement. Hitler profite de l’occasion pour éliminer des adversaires politiques, des rivaux et des éléments gênants. On retrouve parmi les victimes:

  • Franz von Papen, vice-chancelier et chef de la faction conservatrice, qui critiquait ouvertement les abus de pouvoir d’Hitler et la violence avec laquelle il exerçait son autorité. Placé en détention préventive. Il survit parce qu’il était une personnalité internationale et que son assassinat aurait eu des répercussions majeures.
  • Edgar Jung, intellectuel conservateur et rédacteur de discours pour Papen. Placé en détention préventive le 25 juin, puis assassiné.
  • Herbert von Bose, attaché de presse de Papen, assassiné lors d’une descente de la Gestapo au bureau du vice-chancelier.
  • Gregor Strasser, ancien organisateur du parti nazi qui s’est brouillé avec Hitler. Arrêté puis abattu dans sa cellule au siège de la Gestapo.
  • Kurt von Schleicher, prédécesseur d’Hitler comme chancelier d’Allemagne, politicien conservateur qui préparait son retour en politique. Assassiné avec sa femme à son domicile. Joseph Goebbels qualifie la mort d’Elisabeth von Schleicher de malheureux accident.
  • Le général Ferdinand von Bredow, qui préparait le retour en politique de Schleicher. Tiré à bout portant en répondant à la porte de sa maison.
  • Gustav Ritter von Kahr, ancien gouverneur de Bavière. Il avait quitté la politique depuis plusieurs années et s’était retiré dans l’anonymat, mais Hitler ne lui avait jamais pardonné son rôle dans l’échec du putsch de la Brasserie de Munich en 1923. Assassiné à Dachau.
  • Le journaliste Fritz Gerlich, un des principaux critiques d’Hitler dans la presse. Détenu à Dachau depuis mars 1933, il est exécuté pendant la Nuit des longs couteaux.

Toutes les victimes sont accusées de s’être impliquées dans le complot de la SA. Accusations farfelues, mais qui ont passé le test de l’opinion publique. Le président allemand, Paul von Hindenburg, adresse un télégramme à Hitler pour le remercier d’avoir « sauvé le peuple allemand d’un grave danger » (il est douteux que le président ait écrit le télégramme lui-même). La population se préoccupe peu des assassinats politiques. Elle se réjouit que la barbarie de la SA ait été mâtée. Hitler avait provoqué la violence et devenait maintenant le héros du peuple parce qu’il y avait mis fin.

Hitler incarnait désormais la nation. Ses ennemis étaient les ennemis de l’Allemagne, donc des traîtres qui ne méritaient aucun droit civil. La Nuit des longs couteaux, on le sait, n’était que le début de la violence qui allait s’emparer de l’Allemagne, puis de toute l’Europe. Ce qui est consternant, c’est l’indifférence, voire la satisfaction avec laquelle le peuple allemand a pris connaissance de ces terribles abus de pouvoir. Espérons que les Américains sachent mieux réagir.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Pluriparentalité et polygamie
    En avril dernier, la Cour supérieure du Québec a tranché en faveur des familles pluriparentales: un enfant peut légalement avoir plus de deux parents. Le gouvernement du Québec a un an pour amender le Code civil afin de tenir compte de cette nouvelle réalité. Excellente nouvelle pour les personnes concernées. Décision sans conséquence pour celles qui ne le sont pas. Mais des gens sont inquiets. Normand Lester et Guillaume Rousseau nous disent carrément que la décision du juge Andres C. Garin
     

Pluriparentalité et polygamie

30 mai 2025 à 08:18

En avril dernier, la Cour supérieure du Québec a tranché en faveur des familles pluriparentales: un enfant peut légalement avoir plus de deux parents. Le gouvernement du Québec a un an pour amender le Code civil afin de tenir compte de cette nouvelle réalité.

Excellente nouvelle pour les personnes concernées. Décision sans conséquence pour celles qui ne le sont pas. Mais des gens sont inquiets. Normand Lester et Guillaume Rousseau nous disent carrément que la décision du juge Andres C. Garin ouvre la porte à la polygamie. Rousseau se garde de viser une communauté en particulier, mais Lester attaque directement les musulmans. Présentement, la polygamie est un acte criminel au Canada. Mais Rousseau et Lester nous préviennent que nous sommes à un pas de sa légalisation.

« Certes, ce n’est pas pour tout de suite », écrit Rousseau, « car le Code criminel canadien interdit cette pratique. Mais il suffirait que le fédéral décide d’abolir cette interdiction pour que le Québec puisse être forcé d’en faire autant. » Effectivement, pratiquement tous les actes criminels peuvent être légalisés du jour au lendemain si le gouvernement le décide. Ce n’est pas un argument.

D’après Lester, c’est une question de temps avant que les tribunaux invalident la criminalisation de la polygamie au nom de la liberté de religion. Cette crainte est complètement sans fondement. Un jugement de la Cour suprême de la Colombie-Britannique l’a d’ailleurs confirmé en 2011 (BCSC 1588). La criminalisation de la polygamie est peut-être une entrave à la liberté de religion, mais c’est une limitation acceptable et nécessaire dans un contexte de protection des droits des femmes et des enfants. Merci au juriste Louis-Philippe Lampron pour la référence.

Donc non, ce n’est pas demain qu’un tribunal va décriminaliser la polygamie au nom du respect des droits individuels. Le gouvernement pourrait en décider autrement, mais nous n’avons aucune raison de croire que le nouveau gouvernement Carney ait l’intention de légiférer en ce sens. Alors de quoi est-ce qu’on s’inquiète? Et surtout, quel est le rapport avec les familles pluriparentales?

Pourquoi la polygamie est-elle non seulement interdite au Canada, mais criminelle? Voici quelques raisons tirées du rapport « La polygynie et les obligations du Canada en vertu du droit international en matière de droits de la personne« . On comprend que le rapport adresse directement les familles appartenant à des communautés où la polygynie (un homme ayant plusieurs épouses) est une pratique culturelle ou religieuse:

  • La polygamie renforce le patriarcat
  • La compétition entre les épouses cause du tort aux enfants et aux épouses elles-mêmes
  • Risque pour la santé sexuelle (la polygynie augmente le risque de transmission des infections et maladies)
  • La polygamie est souvent synonyme de dénuement économique pour les femmes et leurs enfants
  • L’inégalité domestique est incompatible avec l’égalité économique et sociale, donc avec les valeurs canadiennes

Donc ce n’est pas seulement par principe que le Canada ne permet pas les unions polygames. C’est parce que dans plusieurs contextes, celles-ci ont causé un tort réel et documenté aux femmes et aux enfants.

On brouille les cartes lorsqu’on lie les demandes de reconnaissance parentales à la reconnaissance conjugale. Ce sont deux enjeux complètement différents. Plusieurs provinces canadiennes reconnaissent déjà légalement la pluriparentalité (la Colombie-Britannique depuis 2013, l’Ontario depuis 2016 et la Saskatchewan depuis 2021). Selon Valérie Costanzo, professeure en sciences juridiques à l’Université du Québec à Montréal, ces changements législatifs n’ont pas conduit à des campagnes juridiques pour décriminaliser la polygamie. Il n’y a pas de raison de croire qu’il en irait autrement au Québec.

Maintenant, je vous le demande: en quoi les enfants des familles pluriparentales sont menacés par leur structure atypique? Au contraire, c’est précisément en tenant compte des intérêts des enfants que les tribunaux canadiens ont accordé un statut légal aux unions pluriparentales. Imaginons une situation d’urgence où le « troisième parent », celui qui n’est pas inscrit sur le certificat de naissance, se retrouve à l’hôpital seul avec son enfant. Il n’a pas l’autorité légale de prendre une décision. On se retrouve dans une situation dangereuse pour l’enfant qui aurait pu être évitée avec un changement sur un papier.

Avant d’adopter des idées préconçues sur la pluriparentalité, je recommande vivement d’écouter l’entrevue de Sophie Paradis à l’émission de Patrick Lagacé le 7 mai 2025. Les inquiets réaliseront peut-être que les familles pluriparentales ne sont dignes ni de suspicion, ni de mépris. Si vous vous inquiétez pour le bien-être des enfants des unions à trois parents, dites-vous que les séparations complexes et les cellules familiales dysfonctionnelles ne sont pas liées au nombre d’adultes impliqués. Au contraire, un projet de pluriparentalité implique généralement un niveau de préparation qui échappe à un très grand nombre de familles dites traditionnelles. À ce jour, aucune des quelques familles pluriparentales reconnues dans les autres provinces canadiennes ne s’est retrouvée en cour pour débattre de la garde des enfants. Pour citer Valérie Costanzo encore une fois: « Cela peut s’expliquer notamment par une méfiance par rapport à la surveillance des tribunaux, où ces familles pourraient vivre des préjugés, mais également par des outils de communication et de gestion familiale plus sains. » Bref, l’expérience ne donne aucune raison de croire que reconnaître légalement la pluriparenté serait préjudiciable pour les enfants.

Associer les familles pluriparentales, comme le fait Normand Lester, à des familles ultraconservatrices mormones ou musulmanes, est non seulement injuste, mais dangereux. C’est faire courir le risque d’une stigmatisation sociale à des familles déjà marginales qui ne demandent qu’à offrir les meilleures conditions de vie possibles à leurs enfants. C’est d’autant plus absurde vu la présence importante de la communauté LGBTQ+ parmi les familles qui ne répondent pas au modèle traditionnel. Ce n’est généralement pas là qu’on retrouve les ultrareligieux.

« Face à cette atteinte à sa liberté de choisir et à son caractère distinct, le Québec doit résister », conclut Guillaume Rousseau. Résister à quoi? À des familles qui ne répondent pas au modèle traditionnel? Cette bataille juridique que Rousseau semble réclamer de ses voeux ne vise en gros qu’à empêcher des familles de vivre selon leur mode de vie choisi. Et dans quel but? Se féliciter collectivement d’avoir empêché Ottawa de nous obliger à respecter les droits d’une minorité? C’est une habitude dangereuse qu’on semble vouloir développer au Québec. Il serait temps d’arrêter de voir les droits individuels comme une menace à éliminer.

Les familles pluriparentales n’ont pas demandé à être prises en otage par un nouvel affrontement juridictionnel entre Québec et Ottawa. Si nos nationalistes se cherchent un sujet pour attiser la colère contre le régime fédéral, qu’ils s’en tiennent à des guerres de chiffres.

  • ✇affordance.info
  • Algorithmes et société. Pint Of Science 2025.
    J’étais hier, Mercredi 21 Mai, à Nantes dans le cadre de l’événement « Pint Of Science » pour une soirée thématiques sur le thème « Algorithmes et société ».   Voici un retour sur mon intervention. Un très grand merci aux organisateurs et organisatrices (notamment Rémi) pour cette invitation et l’organisation de ce temps d’échange citoyen tout à fait réjouissant et fécond. Et un grand merci aussi à mes deux collègues d’intervention, Leia Savary et Odile Bellenguez pour les échanges et la prépar
     

Algorithmes et société. Pint Of Science 2025.

22 mai 2025 à 05:47

J’étais hier, Mercredi 21 Mai, à Nantes dans le cadre de l’événement « Pint Of Science » pour une soirée thématiques sur le thème « Algorithmes et société ».

 

Voici un retour sur mon intervention. Un très grand merci aux organisateurs et organisatrices (notamment Rémi) pour cette invitation et l’organisation de ce temps d’échange citoyen tout à fait réjouissant et fécond. Et un grand merci aussi à mes deux collègues d’intervention, Leia Savary et Odile Bellenguez pour les échanges et la préparation de cette soirée.

Voici donc ce que j’ai raconté de mon côté.

Je vais vous faire écouter un algorithme.

Je vais vous faire écouter un algorithme.

 

Ce titre de Sébastien Tellier sort en 2004. Il est intitulé « La ritournelle ». 2004 c’est aussi la naissance de Facebook et de ce que l’on va nommer les « réseaux sociaux » puis les « médias sociaux » de masse. C’est aussi à partir de ce moment là que bien plus que pendant les précédentes années, le web, espace public ouvert et traversable, va se « refermer » autour de plateformes propriétaires (le fondateur du web, Tim Berners-Lee, parle de « jardins fermés ») et que les « applications » vont devenir nos compagnons quotidiens avec la massification des smartphones (circa 2007).

Dès lors, à partir de ces années et dans la décennie qui s’ouvre en 2010, « les algorithmes » vont devenir autant de ritournelles qui nous accompagnent, nous cadrent, nous autorisent et nous empêchent au quotidien. Pourquoi ce titre de Sébastien Tellier et pourquoi comparer les algorithmes à des ritournelles ? Parce que le titre « la ritournelle » fait écho à ce qui me semble la meilleure définition de la nature profonde d’un algorithme et surtout de la nature profonde des effets d’un algorithme. Et cette définition je la tire de l’ouvrage de Deleuze et Guattari, « Mille Plateaux », paru en 1980 et qui avait pour sous-titre « Capitalisme et Schizophrénie » (ce qui est aussi intéressant pour penser le rôle actuel des algorithmes dont beaucoup enferment et « rendent fou » parce qu’ils ne sont au service que du Capital).

Donc dans Mille Plateaux, Deleuze et Guattari parlent de l’importance de ce qu’ils appellent la ritournelle et qu’ils décrivent en trois points :

  • D’abord ce qui nous rassure par une forme de régularité attendue, que l’on devine et anticipe.

Les algorithmes sont cela.

  • Ensuite ce qui installe l’organisation nous semblant familière d’un espace que l’on sait public mais que l’on perçoit et que l’on investit en partie comme intime : ils « enchantent » l’éventail de nos affects et sont l’état de nature de nos artifices sociaux.

Les algorithmes se déploient dans ces espaces à la fois massivement publics en nombre d’utilisateurs mais qui sont aussi, en faux-semblant, « privés ». Cela avait été posé dès 2007 par danah boyd qui soulignait que la première particularité et le premier problème de ces plateformes était qu’elles étaient semi-publiques et semi-privées et que toute dimension de « privacy », c’est à dire de vie privée, était donc structurellement ambigüe et presqu’impossible.

Deleuze et Guattari disent aussi que la ritournelle (donc les algorithmes) « enchantent nos affects » et sont « l’état de nature de nos artifices sociaux ». « L’état de nature de nos artifices sociaux. » C’est, je trouve, vraiment une magnifique définition de ce qui se joue, de ce que nous jouons autour de notre fréquentation algorithmique. La visibilité, la réciprocité, le souci de paraître, les fonctions comme le like et les autres icônes « émotionnelles » sont, parmi d’autres, les notes de la partition de cette ritournelle.

  • Enfin ils sont ce qui, parfois, nous accompagne et nous équipe aussi dans la découverte d’un ailleurs, parce qu’y compris au sein de représentations cloisonnées, ils sont des « chants traversants. » 

Là encore, c’est dans le mille. Des « chants traversants » : les algorithmes, notamment ceux que l’on dit de recommandation, fonctionnent comme des chants traversants : la plupart du temps ils s’alignent sur nos préférences mais ils sont aussi structurellement faits pour nous emmener vers des ailleurs afin de maintenir un niveau d’attention qui ne s’effondre pas dans une trop forte routine.

Ces ritournelles nous accompagnent et elles « cadrent » notre réel. Notre réel amoureux, notre réel géographique, notre réel politique. Elles le cadrent et elles le rythment.

 

Je vais maintenant vous parler du rythme des algorithmes.

Dans un vieux texte j’avais imaginé un trouble que j’avais appelé la « dysalgorithmie », un « trouble de résistance algorithmique où le sujet fait preuve d’un comportement ou d’opinions non-calculables« , c’est à dire la capacité à ne pas suivre les recommandations algorithmiques, à n’être, par exemple, pas sensible à la cadence des notifications. C’est à dire à être dans un autre rythme de la même manière que les différents troubles « dys » sont différemment sensibles au monde, à l’orthographe, au calcul.

Ma thèse c’est que chaque algorithme dispose de son propre rythme. Le rythme de l’algorithme de Tiktok n’est pas le même que celui de l’algorithme de X ou d’Instagram. Si l’algorithme de Tiktok nous parait si efficace, ce n’est pas parce qu’il serait plus intelligent ou machiavélique que d’autres, c’est parce que son rythme (séquences très courtes) impose que nous nous en occupions en permanence, à un rythme constant, et chaque interaction, chaque pulsation, est une nouvelle information pour cet algorithme. Or en moyenne toutes les 6 à 10 secondes nous interagissons avec l’algorithme de TikTok.

Et mon autre thèse qui est un corrélat de la première, c’est que ces algorithmes jouent aussi sur la question de nos propres rythmes ils cadencent comme autant de contremaîtres nos vitesses de déplacement – Waze – mais aussi nos vitesses de connexion, d’information , de socialisation, nos fréquences de rencontre amoureuses, etc.

Le problème c’est qu’à la fin c’est trop souvent le rythme de l’algorithme qui gagne. Qui l’emporte non seulement sur notre propre biorythme, mais sur le rythme de nos sociétés, de nos environnements sociaux, amicaux, informationnels, affectifs mais aussi sur d’autres aspects parfois plus triviaux. Je prends quelques exemples.

L’algorithme de Facebook, derrière la promesse de nous exposer à davantage de diversité, nous a en réalité enfermé dans nos certitudes, dans nos propres croyances, dans ce qu’Eli Pariser a appelé des « bulles de filtre ». Ce n’est d’ailleurs pas « que » la faute de Facebook. Il y a une nature anthropologique à ces bulles de filtre : plus on nous sommes seuls à être exposé à des diversités de culture, de religion, de sociétés, et plus nous cherchons à nous rapprocher de ce qui nous est semblable ; plus nous cherchons à nous rapprocher de notre propre rythme. En ce sens la promesse inititale de Facebook a été tenue : la plateforme nous a en effet exposé à énormément de diversité, mais de manière tellement outrancière que nous avons fini par n’y chercher que de l’identique, du même, du ressemblant. Et dès lors que nous l’avons trouvé, nous nous y sommes enfermé avec l’aide des logiques publicitaires et virales totalement perverses qui alimentent la plateforme.

L’algorithme d’AirBnB a fini par reconfigurer totalement l’espace social de nos centre-villes. En affirmant rendre plus abordable le séjour, il a en réalité totalement raréfié l’offre de logements abordables dans certains périmètres urbains.

L’autre exemple c’est celui de Waze. L’histoire est désormais un peu plus célèbre car elle figure à la fin du dernier livre de Guiliano Da Empoli, « L’ère des prédateurs », mais elle est ancienne. C’est celle d’un maire, Christophe Mathon, d’un petit village, Saint-Montan, une cité médiévale de 180 habitants nichée dans les confins de l’Ardèche. Et à chaque vacance scolaire ou long week-end un flot de véhicules (plus de 1000 par jour), le tout pour gagner quelques minutes ou secondes sur un itinéraire. Autre exemple, Matthieu Lestoquoy, maire de Camphin-en-Carembaut, commune de 1800 habitants, plus de 14 000 passages de véhicule par jour. Avec les dangers et les nuisance sonores que cela représente. Là encore au prétexte de fluidifer le trafic routier et de nous faire gagner du temps, Waze densifie le trafic routier dans des endroits non-prévus pour cela (et c’est donc beaucoup plus dangereux) et ne nous fait pas réellement gagner de temps et surtout il en fait perdre à l’ensemble des habitants de Saint-Montan ou de Camphin-en-Carembaut, dont il se contrefiche.

Au final, ces algorithmes nous promettent des choses (voir plus de diversité, avoir des logements plus accessibles, gagner du temps) mais en réalité, soit ils font l’inverse, soit ils créent tellement d’externalités négatives que la pertinence de leur fonction première peut et doit être rediscutée.

Dans un article j’écrivais :

« Management, travail, données, infrastructures de production, modèle économique, stigmatisation des minorités et des plus pauvres … Il faut non seulement constater mais accepter que le monde social que les technologies numériques et algorithmiques bâtissent depuis presqu’un quart de siècle est un monde dans lequel se révèlent et s’organisent les puissances les plus radicales et aliénantes de l’histoire économique, sociale et politique des peuples. Cela n’empêche pas que les appropriations singulières de ces technologies numériques soient toujours possiblement vectrices d’émancipation mais en revanche, leurs appropriations collectives et politiques le sont très rarement. Presque jamais en réalité. Et chaque fois qu’elles l’ont été, l’émancipation s’est toujours retournée en répression.« 

 

Pour le dire plus simplement : ces algorithmes facilitent énormément de choses à l’échelle individuelle (échelle où le rapport bénéfice / risque reste positif) mais ce rapport s’inverse très souvent à l’échelle collective. Or le seul bon niveau d’analyse de ces algorithmes, ce n’est pas tant l’effet qu’ils produisent sur nous, mais c’est celui des effets qu’ils produisent dans la société : les nouveaux cadres, les nouvelles normes qu’ils installent et légitiment.

On peut dans le même genre penser au travaux de Zeinep Tufekci, sociologie, hacktiviste, militante, qui a documenté, notamment dans le cadre des printemps arabes, « comment internet a facilité l’organisation les révolutions sociales mais en a compromis la victoire. » Et quand elle dit « internet » elle désigne en fait les grands médias sociaux et leurs algorithmes.

Alors devant tout cela, on pourrait se dire que l’une des solutions, simple en apparence, c’est d’ouvrir le code de ces algorithmes, et de regarder attentivement comment est faite la partition de ces ritournelles, et nous pourrons nous en affranchir, que nous pourrons les améliorer et les ramener dans le sens de l’intérêt commun.

Malheureusement, aujourd’hui, ouvrir le code des algorithmes ne suffit plus (même si c’est plus que jamais nécessaire)

  • ✇affordance.info
  • Le Golfe, la montagne et la base militaire : chroniques d’un monde exonyme (et d’une purge fasciste).
    Publication pour archivage de l’article paru sur AOC.media le 20 Février 2025 et titré « Blacklisté – sur le rapport fasciste de Trump au langage. »   Encore des mots, toujours des mots, rien que des mots. C’est une guerre sur la langue, sur le vocabulaire, sur les mots, sur la nomination et la dénomination possible. Sur ce qu’il est ou non possible de nommer. Une guerre avec ses frappes. Une guerre particulière car lorsque ce sont des mots qui sautent, c’est toute l’humanité qui est victime co
     

Le Golfe, la montagne et la base militaire : chroniques d’un monde exonyme (et d’une purge fasciste).

20 mai 2025 à 05:08

Publication pour archivage de l’article paru sur AOC.media le 20 Février 2025 et titré « Blacklisté – sur le rapport fasciste de Trump au langage. »

 

Encore des mots, toujours des mots, rien que des mots. C’est une guerre sur la langue, sur le vocabulaire, sur les mots, sur la nomination et la dénomination possible. Sur ce qu’il est ou non possible de nommer. Une guerre avec ses frappes. Une guerre particulière car lorsque ce sont des mots qui sautent, c’est toute l’humanité qui est victime collatérale directe et immédiate.

Au lendemain de son accession au pouvoir et dans la longue liste des décrets de turpitude de cet homme décrépit, Trump donc annonçait vouloir changer le nom d’un golfe, d’une montagne et d’une base militaire.

Le golfe c’est celui du Mexique que Trump a voulu (et obtenu) renommer en golfe d’Amérique. L’enjeu c’est d’ôter symboliquement cette dénomination à la population mexicaine qu’il assimile totalement à un danger migratoire. Il y est parvenu.

La montagne c’est le Mont Denali, situé en Alaska. Anciennement Mont McKinley, il avait été changé en 2015 par Barack Obama selon le souhait des populations autochtones. L’enjeu est donc ici une nouvelle fois re réaffirmer la primauté de l’Amérique blanche. Il n’y est pas parvenu, le sénat de l’Alaska a voté contre.

La base militaire c’est celle de Fort Liberty, anciennement Fort Bragg, le nom d’un ancien général confédéré symbole du passé esclavagiste des USA, et que l’administration Biden avait modifié tout comme celui de neuf autres bases pour les mêmes raisons. Trump l’a renommé Fort Bragg. Et son ministre de la défense annonce que les autres bases militaires « dénommées » seront, de la même manière et pour les mêmes motifs, « renommées ». Et le passé esclavagiste des USA ainsi « honoré ».

Un monde exonyme. C’est à dire un monde dans lequel « un groupe de personnes dénomme un autre groupe de personnes, un lieu, une langue par un nom distinct du nom régulier employé par l’autre groupe pour se désigner lui-même » (Wikipédia)

Je leur dirai les mots noirs. 

Une liste. De mots interdits. De mots à retirer. De mots qui, si vous les utilisez, dans un article scientifique ou dans des sites web en lien quelconque avec une quelconque administration US vous vaudront, à votre article, à votre site et donc aussi à vous-même, d’être « flaggés », d’être « signalés » et vos subventions fédérales ensuite « retirées ».

Comme cela a été révélé par le Washington Post, un arbre de décision, un logigramme a aussi été envoyé aux responsables des programmes scientifiques à la NSF (National Science Foundation)  leur indiquant à quel moment prendre la décision de « couper » le déclenchement d’un financement si l’un des mots de la liste interdite apparaissait dans le descriptif général du projet, dans son titre, dans son résumé, etc. Une purge fasciste.

 

Des mots qui dans la tête de Trump ont vocation à disparaitre dans le présent inconditionnel qu’il instaure comme un temps politique majeur. La liste est longue. Elle mérite d’être affichée. Archivée. Mémorisée. Engrammée. Car Trump n’aime pas les archives. Il efface aussi des données. Ces mots-là :

  • activism, activists, advocacy, advocate, advocates, barrier, barriers, biased, biased toward, biases, biases towards, bipoc, black and latinx, community diversity, community equity, cultural differences, cultural heritage, culturally responsive, disabilities, disability, discriminated, discrimination, discriminatory, diverse backgrounds, diverse communities, diverse community, diverse group, diverse groups, diversified, diversify, diversifying, diversity and inclusion, diversity equity, enhance the diversity, enhancing diversity, equal opportunity, equality, equitable, equity, ethnicity, excluded, female, females, fostering inclusivity, gender, gender diversity, genders, hate speech, excluded, female, females, fostering inclusivity, gender, gender diversity, genders, hate speech, hispanic minority, historically, implicit bias, implicit biases, inclusion, inclusive, inclusiveness, inclusivity, increase diversity, increase the diversity, indigenous community, inequalities, inequality, inequitable, inequities, institutional, Igbt, marginalize, marginalized, minorities, minority, multicultural, polarization, political, prejudice, privileges, promoting diversity, race and ethnicity, racial, racial diversity, racial inequality, racial justice, racially, racism, sense of belonging, sexual preferences, social justice, sociocultural, socioeconomic, status, stereotypes, systemic, trauma, under appreciated, under represented, under served, underrepresentation, underrepresented, underserved, undervalued, victim, women, women and underrepresented.

Diversité, équité et inclusion. La « DEI » contre laquelle Trump entre en guerre. Guerre qu’il remporte avec l’appui de son administration mais aussi et surtout de tout un large pan de l’industrie médiatique et numérique. La science aux ordres du pouvoir.

« Erase Baby, Erase ! »

Il faut effacer. « Erase Baby, Erase. » Comme Anne-Cécile Mailfert le rappelait dans sa chronique sur France Inter :

Son administration ne se contente pas de sabrer dans les budgets de la recherche ou de nier les faits scientifiques. Elle tente de supprimer les données qui la dérangent. Les indices de vulnérabilité sociale du Centre pour le contrôle et la prévention des maladies ? Supprimés. Les pages du ministère des Transports sur l’égalité, le genre et le climat ? Évaporées. Les études sur la santé publique qui mettent en lumière les inégalités croisées ? Effacées. Imaginez un immense autodafé numérique, où ce ne sont plus des livres qu’on brûle, mais des sites web, des pages Internet, des index, des bases de données. (…)

Trump et son administration ne se contentent pas de faire disparaître des informations. Ils empêchent que de nouvelles soient créées. Les chercheurs qui souhaitent être financés par l’État fédéral doivent maintenant éviter des termes comme « diversité », « inclusion », « femme », « LGBTQI « , « changement climatique ». Imaginez : des scientifiques contraints de parler d’ouragans sans pouvoir mentionner le climat, d’étudier les inégalités sans pouvoir dire « femme » ou “racisme”. C’est Orwell qui rencontre Kafka dans un épisode de Black Mirror.

 

Dans le cadre de la NSA (National Security Agency) c’est le « Big Delete », le grand effacement. Des pages et des sites entiers qui disparaissent, puis qui parfois réapparaissent sans jamais être capable de dire précisément ce qui a entre temps été modifié ou supprimé ou réécrit …

Ingénieries de l’effacement.

Il y a donc le langage, et puis il y a l’ensemble des ingénieries de l’effacement des mots, du travestissement de la langue, de la dissimulation du sens. Au premier rang desquelles les ingénieries du numérique. Dans l’une des dernières livraison de sa Newsletter « Cybernetica », Tariq Krim rappelait comment « lorsque vous utilisez Google Maps aux États-Unis, (…) l’application affiche désormais Gulf of America pour les utilisateurs américains, tout en conservant Gulf of Mexico pour les utilisateurs mexicains et en affichant les deux noms ailleurs. » Jusque-là le numérique et Google ne sont coupables de rien, ils se contentent d’appliquer les règles du droit. Mais ce faisant bien sûr ils s’exposent. Et la manière dont ils répondent à cette exposition est une entrave considérable à nos propres dénominations, à nos capacités à négocier ces dénominations au coeur même des espaces qui le mobilisent et les activent. Ainsi Tariq Krim rappelait également que « maintenant, Google Maps empêche les utilisateurs de laisser des avis sur cet emplacement. Cette restriction intervient après une vague de critiques et de review-bombing, où des centaines d’utilisateurs ont attribué une étoile à l’application pour dénoncer ce changement. »

Et puis il est d’autres exemples dans lesquels ce sont cette fois ces acteurs du numérique eux-mêmes qui se placent en situation de complaire aux politiques fascisantes en cours, non qu’elles en épousent nécessairement l’idéologie, mais par ce qui relève a minima d’une opportune lâcheté alignée sur un opportunisme économique. Ainsi la décision de Méta et de Zuckergerg de revenir (rien ne l’y obligeait) sur ses propres politiques en termes de DEI, ainsi la décision de Google (rien ne l’y obligeait non plus) de supprimer de Google Calendar l’affichage par défaut d’événements liés à la Gay Pride (marche des fiertés), au Black History Month (BHM), supprimant aussi les rappels calendaires suivants : « Indigenous People Month, Jewish Heritage, Holocaust Remembrance Day, and Hispanic Heritage. »

Les LGBTQIA+, les Noirs, les peuples indigènes, les Juifs et les Latinos. Le tout dans un monde où un salut Nazi n’est plus seulement inqualifiable sur le plan de l’éthique et de la morale, mais dans un monde où plus personne ne semble capable de simplement le qualifier pour ce qu’il est.

Un grand remplacement documentaire et linguistique.

Il y a les données, les discours, les dates et les mots qui s’effacent, que Trump, et Musk notamment effacent. Effacent et remplacent. Et il y a le grignotage en cours des espaces (notamment) numériques dans lesquels les contenus « générés artificiellement » sont un grand remplacement documentaire. Des contenus générés artificiellement, un web synthétique qui non seulement gagne du terrain mais qui a la double particularité, d’une part de se nourrir d’archives, et d’autre part d’être totalement inféodé aux règles de génération déterminées par les entreprises qui le déploient. Or ces archives (et ce besoin de bases de données pour être entraîné et pour pouvoir générer des contenus), ces archives et ces bases de données sont en train d’être littéralement purgées de certains contenus. Et les règles de génération sont de leur côté totalement inféodées à des idéologies fascisantes qui dictent leurs agendas.

Une boucle paradoxale dans laquelle les mêmes technologies d’IA utilisées pour générer des contenus jusqu’au-delà de la saturation sont également mobilisées et utilisées pour rechercher, détecter et supprimer les mots interdits. Et à partir de là de nouveau générer des contenus à saturation mais cette fois exempts autant qu’exsangues de cette langue et de ces mots.

La certitude d’une ingérence.

Avec ce que révèle et met en place le second mandat de Trump, avec l’évolution de la marche du monde qui l’accompagne et sa cohorte de régimes autoritaires, illibéraux ou carrément dictatoriaux d’un bout à l’autre de la planète, nous sommes à ce moment précis de bascule où nous mesurons à quel point tout ce qui jusqu’ici était disqualifié comme discours catastrophiste ou alarmiste se trouve soudainement requalifié en discours simplement programmatique.

Et l’abîme qui s’ouvre devant nous est vertigineux. Que fera une administration (celle de Trump aujourd’hui ou une autre, ailleurs, demain), que fera une telle administration de l’ensemble de ces données, aussi bien d’ailleurs de celles qu’elle choisit de conserver que de celles qu’elle choisit d’effacer ? Je l’avais (notamment) documenté dans ma série d’articles sur le mouvement des Gilets Jaunes, et plus particulièrement dans celui intitulé « Après avoir Liké, les Gilets Jaunes vont-ils voter ?« , il faut s’en rappeler aujourd’hui :

Quelle que soit l’issue du mouvement, la base de donnée « opinion » qui restera aux mains de Facebook est une bombe démocratique à retardement … Et nous n’avons à ce jour absolument aucune garantie qu’elle ne soit pas vendue à la découpe au(x) plus offrant(s). 

 

Et ce qui est aux mains de Facebook est aujourd’hui aux mains de Trump. Le ralliement de Zuckerberg (et de l’ensemble des patrons des Big Tech) à Trump, l’état de la démocratie US autant que les enjeux à l’oeuvre dans le cadre de prochaines élections européennes et Françaises, ne laisse pas seulement « entrevoir » des « possibilités » d’ingérence, mais elle les constitue en certitude, certitude que seule limite (pour l’instant) l’incompétence analytique de ceux qui mettent en place ces outils de captation et leurs infrastructures techniques toxiques (ladite incompétence analytique pouvant aussi entraîner nombre d’autres errances et catastrophes).

Dans un autre genre, et alors que la Ligue des Drois de l’Homme vient de déposer plainte en France contre Apple au sujet de l’enregistrement (non consenti) de conversations via son assistant vocal Siri, et que l’on sait que ces enregistrements non-consentis couvrent toute la gamme des acteurs qui proposent de tels assistants vocaux et leur palette d’enceintes connectés, c’est à dire d’Apple à Amazon en passant par Facebook, Microsoft et Google, et par-delà ce qu’Olivier Tesquet qualifie de « Watergate domestique », qu’est-ce qu’une administration qui efface des mots, qui en interdit d’autres, qui réécrit des sites ou modifie et invisibilise des pans entiers de la recherche scientifique, qu’est-ce que ce genre d’administration est capable de faire de l’ensemble de ces conversations enregistrées et qui relèvent de l’intime et du privé ?

Il semble que nous n’ayons finalement rien appris, rien retenu et surtout rien compris de ce qu’ont révélé Edward Snowden et Julian Assange. Ils montraient la surveillance de masse et nous regardions le risque d’une surveillance de masse. Ils montraient le danger du politique et nous regardions le danger de la technique. Il est en tout cas évident que malgré les lanceurs d’alerte qui ont mis leur réputation et parfois leur vie en danger, que malgré le travail tenace et sans relâche des militantes et militants des libertés numériques, il semble que rien de tout cela n’ait été suffisant.

Calculer la langue.

Orwell en a fait un roman, d’immenses penseurs ont réfléchi à la question de la propagande, à celle de la langue et du vocabulaire à son service ; aujourd’hui en terre numérique et à l’aune de ce que l’on qualifie bien improprement « d’intelligence artificielle », en héritage aussi du capitalisme linguistique théorisé par Frédéric Kaplan, aujourd’hui la langue est attaquée à une échelle jamais atteinte. Aujourd’hui tout comme les possibilités de propagande, les possibilités de censure, d’effacement, de détournement n’ont jamais été aussi simples et aussi massives ; elles n’ont jamais été autant à disposition commode de puissances accommodantes ; et jamais l’écart avec les possibilités d’y résister, d’y échapper, de s’y soustraire ou même simplement de documenter ces effacements, ces travestissements et ces censures, jamais cet écart n’a été aussi grand. En partie parce que les puissances calculatoires sont aujourd’hui en situation et capacité d’atteindre la langue dans des mécanismes de production demeurés longtemps incalculables. On appelle cela en linguistique de corpus et dans le traitement automatique du langage, les « entités nommées« , c’est à dire cette capacité « à rechercher des objets textuels (c’est-à-dire un mot, ou un groupe de mots) catégorisables dans des classes telles que noms de personnes, noms d’organisations ou d’entreprises, noms de lieux, quantités, distances, valeurs, dates, etc. » Le travail sur ces entités nommées existe depuis les années 1990 ; elles ont été la base de tous les travaux d’ingénierie linguistique et sont actuellement l’un des coeurs de la puissance générative qui fait aujourd’hui illusion au travers d’outils comme ChatGPT : la recherche, la détection, l’analyse et la production sous stéroïdes d’entités nommées dans des corpus documentaires de l’ordre de l’aporie, c’est à dire à la fois calculables linguistiquement mais incommensurables pour l’entendement.

Quand il n’y aura plus rien à dire, il n’y aura plus rien à voter.

En conclusion il semble important de redire, de ré-expliquer et de réaffirmer qu’à chaque fois que nous utilisons des artefacts génératifs, et qu’à chaque fois que nous sommes confrontés à leurs productions (en le sachant ou sans le savoir), nous sommes avant toute chose face à un système de valeurs. Un article récent de Wired se fait l’écho des travaux de Dan Hendrycks (directeur du Center for AI Safety) et de ses collègues (l’article scientifique complet est également disponible en ligne en version préprint) :

Hendrycks et ses collègues ont mesuré les perspectives politiques de plusieurs modèles d’IA de premier plan, notamment Grok de xAI, GPT-4o d’OpenAI et Llama 3.3 de Meta. Grâce à cette technique, ils ont pu comparer les valeurs des différents modèles aux programmes de certains hommes politiques, dont Donald Trump, Kamala Harris, Bernie Sanders et la représentante républicaine Marjorie Taylor Greene. Tous étaient beaucoup plus proches de l’ancien président Joe Biden que de n’importe lequel des autres politiciens.

Les chercheurs proposent une nouvelle façon de modifier le comportement d’un modèle en changeant ses fonctions d’utilité sous-jacentes au lieu d’imposer des garde-fous qui bloquent certains résultats. En utilisant cette approche, Hendrycks et ses coauteurs développent ce qu’ils appellent une « assemblée citoyenne« . Il s’agit de collecter des données de recensement américaines sur des questions politiques et d’utiliser les réponses pour modifier les valeurs d’un modèle LLM open-source. Le résultat est un modèle dont les valeurs sont systématiquement plus proches de celles de Trump que de celles de Biden. [Traduction via DeepL et moi-même]

 

En forme de boutade je pourrais écrire que cette expérimentation qui tend à rapprocher le LLM (large modèle de langage) des valeurs de Donald Trump est, pour le coup, enfin une intelligence vraiment artificielle.

En forme d’angoisse (et c’est pour le coup l’une des seules et des rares qui me terrifie sincèrement et depuis longtemps) je pourrais également écrire que jamais nous n’avons été aussi proche d’une expérimentation grandeur nature de ce que décrit Asimov dans sa nouvelle : « Le votant ». Plus rien technologiquement n’empêche en tout cas de réaliser le scénario décrit par Asimov, à savoir un vote totalement électronique dans lequel un « super ordinateur » (Multivac dans la nouvelle) serait capable de choisir un seul citoyen américain considéré comme suffisamment représentatif de l’ensemble de tout un corps électoral sur la base d’analyses croisant la fine fleur des technologies de Data Mining et d’Intelligence artificielle. On peut même tout à fait imaginer l’étape d’après la nouvelle d’Asimov, une étape dans laquelle l’ordinateur seul serait capable de prédire et d’acter le vote, un monde dans lequel il ne serait tout simplement plus besoin de voter. Précisément le monde de Trump qui se faisait Augure de cette possibilité : « Dans quatre ans, vous n’aurez plus à voter. »

En forme d’analyse le seul enjeu démocratique du siècle à venir et des élections qui vont, à l’échelle de la planète se dérouler dans les 10 ou 20 prochaines années, sera de savoir au service de qui seront mis ces grands modèles de langage. Et avant cela de savoir s’il est possible de connaître leur système de valeurs. Et pour cela de connaître celles et ceux qui décident de ces systèmes de valeurs et de pouvoir leur en faire rendre publiquement compte. Et pour cela, enfin, de savoir au service et aux intérêts de qui travaillent celles et ceux qui décident du système de valeurs de ces machines de langage ; machines de langage qui ne seront jamais au service d’autres que celles et ceux qui en connaissent, en contrôlent et en définissent le système de valeurs. Et quand il n’y aura plus rien à dire, il n’y aura plus à voter.

  • ✇affordance.info
  • Menacé, bâillonné, délivré. Petite histoire d’un effet Streisand entre le Cabinet Louis Reynaud et moi.
    Voilà, j’espère en tout cas, la fin de cette histoire. Après avoir dénoncé les agissements peu scrupuleux (euphémisme) du Cabinet Louis Reynaud auprès d’une association de lutte contre la précarité étudiante dont je m’occupe et dont je suis membre, j’avais été mis en demeure par leurs avocats de retirer mon article. Ce que j’avais fait en en donnant les raisons dans cet autre article. J’avais alors formulé plusieurs souhaits : que des journalistes et des associations de défense des libertés num
     

Menacé, bâillonné, délivré. Petite histoire d’un effet Streisand entre le Cabinet Louis Reynaud et moi.

11 mai 2025 à 08:10

Voilà, j’espère en tout cas, la fin de cette histoire. Après avoir dénoncé les agissements peu scrupuleux (euphémisme) du Cabinet Louis Reynaud auprès d’une association de lutte contre la précarité étudiante dont je m’occupe et dont je suis membre, j’avais été mis en demeure par leurs avocats de retirer mon article. Ce que j’avais fait en en donnant les raisons dans cet autre article.

J’avais alors formulé plusieurs souhaits :

  1. que des journalistes et des associations de défense des libertés numériques se saisissent de ces éléments et enquêtent.
  2. que d’autres associations ayant reçu de pareilles sollicitations me contactent ou publient aussi ces éléments.
  3. que les autorités indépendantes que sont la CNIL et l’ANSSI s’expriment sur ce sujet.

Pour l’instant seul mon voeu numéro 1 s’est trouvé exaucé, et de belle manière 🙂 Mais j’ai toujours bon espoir que les autres suivent. Et puis cette affaire m’a également appris plusieurs choses. Je vous raconte.

Côté presse d’abord.

Plusieurs articles et enquêtes vont venir se pencher sur cette affaire et établir qu’a minima la pratique du Cabinet Louis Reynaud est extrêmement tendancieuse et fondamentalement problématique (je n’ai pas droit de dire qu’elle est crapuleuse sinon leurs avocats pourraient encore m’écrire mais vous voyez l’idée hein 🙂

Cela commence avec une brève (mais saignante) dans Stratégies du 23 Avril : « Du don de data organique contre la précarité. »

 

Cela se poursuit avec un long article au format enquête dans dans Next.Ink en date du 24 Avril : « Les étranges méthodes d’un cabinet de conseil pour aller à la pêche aux données biométriques. » Je vous invite vraiment à lire cet article parfaitement respectueux du contradictoire, ainsi que les 10 pages (!) que le cabinet Louis Reynaud a fourni au journaliste en guise de réponse.

 

Cela continue avec un autre article, cette fois dans l’Humanité en date du 25 Avril : « Aide alimentaire contre données biométriques ? L’étrange deal proposé par le cabinet Louis Reynaud, spécialisé dans la cybersécurité, à une épicerie solidaire. »

 

Si vous n’êtes pas abonné à l’Huma (c’est mal mais c’est encore rectifiable) je vous donne, avec l’accord d’Eugénie Barbezat, un pdf de l’article complet : article-huma.pdf

 

Et Ouest-France à son tour sort un papier le 2 Mai : « Comment on a offert à des étudiants bénéficiaires d’une épicerie solidaire de ficher leur visage. »

 

Voici l’article complet (là encore avec l’accord de la journaliste Clémence Holleville).

 

Voilà pour l’essentiel de la couverture médiatique de cette affaire (à ce jour …).

Effet Streisand.

L’effet Streisand c’est cette part consubstancielle de la culture web qui « se produit lorsqu’en voulant empêcher la divulgation d’une information que certains aimeraient cacher, le résultat inverse survient, à savoir que le fait que l’on voulait dissimuler attire et concentre l’attention médiatique. »

Avant le courrier de mise en demeure qui m’a été adressé par les avocats du Cabinet Louis Reynaud, l’article dans lequel je dénonçais leurs agissements en assimilant leurs pratiques à celle de vautours et de crapules culminait à un peu moins de 900 visites. Soit la moyenne d’un article de mon blog dans lequel je m’énerve un peu et use d’un vocabulaire soyeux et chatoyant 🙂 Pour tout dire, la circulation de cet article sur les médias sociaux avait même été plutôt faible à mon goût et j’avais initialement imaginé qu’il puisse déclencher davantage de reprises à proportion de mon indignation et de mon courroux (coucou).

Et puis PAF la lettre de mise en demeure des avocats, et puis POUF l’explication de mon choix d’y céder, et puis PIF PAF POUF des reprises cette fois massives sur les réseaux sociaux et surtout … un nombre de visites cumulées qui explose sur mon blog : plus 10 000 se répartissant entre l’article initial retiré (plus de 4500 vues avant son retrait effectif) et sur son article satellite expliquant les raisons de ce retrait (plus de 6500 vues à ce jour et ça continue de grimper).

L’effet Streisand implique également que l’information que certains aimeraient cacher se retrouve donc librement accessible en d’autres endroits. C’est là que les articles de presse vont jouer une partie de ce rôle, et c’est surtout là aussi que la dynamique du web va opérer puisque sans que j’en fasse la demande, mon article initial, dès l’annonce de la mise en demeure connue, s’est retrouvé archivé et republié dans un très grand nombre d’autres blogs ou forums, le plus souvent sous forme d’extraits choisis, et qu’il a surtout instantanément été intégralement archivé sur le formidable Archive.org et sa « Wayback Machine ». Vous pouvez ainsi continuer d’en lire la version originale si vous le souhaitez. Pour celles et ceux qui découvrent tout cela, je précise que n’importe qui peut solliciter auprès du site Archive.org l’archivage d’une page ou d’un site.

 

 

Je rappelle par ailleurs à toutes fins utiles, que ce blog ést doté depuis Juin 2012, par la Bibliothèque Nationale de France, d’un numéro ISSN, et qu’il est donc régulièrement archivé et conservé à titre patrimonial dans le cadre du dépôt légal numérique (parmi 4 millions d’autres sites).

Je sais par ailleurs (puisqu’ils et elles me l’ont dit ou écrit) qu’un certain nombre de lecteurs et lectrices du blog ont saisi des députés (plutôt sur les rangs de la gauche de l’assemblée), des groupes parlementaires ainsi que d’autres élus sur ce sujet (celui de la collecte des données biométriques). Sujet qui est, comme je l’indiquais dès le départ, un sujet d’inquiétude majeur de notre monde contemporain a fortiori lorsqu’il touche les plus précaires et les plus fragiles, ce qui est bien le cas de l’affaire concernée.

J’ai encore tout récemment appris dans l’article de Ouest-France qu’à l’échelle locale, le Parti Communiste vendéen avait publié le 30 Avril un communiqué interpellant le préfet de Vendée sur ce « fichage » et appelant à « protéger les plus exposés. » Et je l’en remercie. Je continue d’espérer que d’autres groupes politiques, locaux ou nationaux se feront le relai des alertes qu’ils ont reçu, et qui vont bien au-delà des seules pratiques du cabinet Louis Reynaud.

Cherry On The Cake.

Si dans cette affaire et à ce jour, la CNIL comme l’ANSSI demeurent à mon goût étonnamment silencieuses, j’ai cependant eu l’heureuse surprise d’échanger avec nombre d’avocats et de conseils juridiques (dont le GOAT, j’ai nommé Maître Eolas) qui m’ont à chaque fois indiqué que s’ils comprenaient ma décision de céder à la mise en demeure, ils la regrettaient, et m’auraient conseillé de n’en rien faire tant, toujours selon mes échanges avec eux, la dimension de la procédure bâillon était manifeste (entre autres). Et tant également le fait d’adresser cette même mise en demeure directement à mon employeur (l’université de Nantes) alors que je n’agis dans cette affaire, jamais en cette qualité mais de manière indépendante de mes fonctions de Maître de Conférences, pouvait selon certains d’entre elles et eux suffire à justifier une plainte déontologique en retour (contre le cabinet d’avocat qui représente les intérêts du cabinet Louis Reynaud)

J’en profite pour les remercier et remercier aussi chacune et chacun d’entre vous du soutien apporté durant cette affaire qui m’occupa bien davantage qu’elle ne m’inquiéta réellement.

Merci aussi aux journalistes qui ont pris le temps de se saisir du sujet, d’enquêter et de qualifier les faits.

Et merci à l’ensemble des élus qui se sont également saisi de ce sujet, ou qui continueront de s’en préoccuper par-delà ce seul cas, et d’y faire valoir et prévaloir toute la vigilance républicaine qu’il nécessite.

Et si vous souhaitez aider l’épicerie sans nous demander de vous envoyer nos bénéficiaires se faire scanner la face, c’est toujours possible par là 😉

  • ✇affordance.info
  • Les effets de Tiktok sur les mineurs. Retour sur mon audition à l’assemblée nationale.
    Le 29 Avril 2025 j’ai été (avec d’autres) auditionné à l’assemblée nationale dans le cadre de la commission sur « Les effets de Tiktok sur les mineurs ». L’ensemble des auditions (qui se poursuivent) est disponible en ligne sur le site de l’assemblée. Initialement invité en compagnie d’Aurélie Jean et de David Chavalarias qui ont finalement dû décliner (j’espère qu’ils pourront tout de même être entendus), le périmètre de cette audition a finalement réuni : Mme Sihem Amer-Yahia, directrice de r
     

Les effets de Tiktok sur les mineurs. Retour sur mon audition à l’assemblée nationale.

4 mai 2025 à 11:00

Le 29 Avril 2025 j’ai été (avec d’autres) auditionné à l’assemblée nationale dans le cadre de la commission sur « Les effets de Tiktok sur les mineurs ». L’ensemble des auditions (qui se poursuivent) est disponible en ligne sur le site de l’assemblée.

Initialement invité en compagnie d’Aurélie Jean et de David Chavalarias qui ont finalement dû décliner (j’espère qu’ils pourront tout de même être entendus), le périmètre de cette audition a finalement réuni :

  • Mme Sihem Amer-Yahia, directrice de recherche au CNRS, directrice adjointe du Laboratoire d’informatique de Grenoble
  • Mme Lucile Coquelin, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, Laboratoire DyLIS, Inspé Normandie Rouen Le Havre, Sciences Po Paris
  • M. Marc Faddoul, directeur et cofondateur d’AI Forensics.
  • et moi 🙂

 

 

Pour préparer cette audition, on nous avait envoyé une liste de 18 questions. Je vous livre ci-dessous les réponses que j’y ai apportées et que j’ai également transmises à ladite commission. Comme j’aime bien partager ma vie avec mes étudiant.e.s du meilleur BUT Infocom de la galaxie connue, je leur avais raconté et annoncé cette audition et leur avais aussi demandé de répondre à quelques-unes des questions qui m’avaient été adressées, en le faisant depuis leur point de vue d’utilisateur et d’utilisatrice de la plateforme. J’en ai extrait (avec leur accord et en les anonymisant) quelques verbatims que vous trouverez en toute fin d’article.

A titre personnel cette expérience fut à la fois intéressante mais essentiellement frustrante. Il s’agit d’un dispositif « court » : nous étions ici 4 universitaires à être auditionnés sur un temps d’un peu plus d’une heure. Ajoutez-y les questions et les propos « liminaires » et cela reste court. Mais chaque commission auditionne énormément de personnes et il est donc normal et nécessaire de limiter la temporalité de ces temps d’échange. Il y a aussi une forme de solennité biaisée : nous sommes conviés en tant que praticiens et praticiennes spécialistes d’un sujet auquel nous avons consacré plusieurs dizaines d’années de recherche, de travaux, d’ouvrages et d’articles, mais nous nous adressons à la puissance publique dans un cadre dont il est difficile de déterminer quelle est la part attendue de l’analyse réflexive, et celle de l’opérationnalité immédiate exigée ; car à la fin, tout cela devra se traduire par des mesures concrètes susceptibles de produire ou d’orienter des cadres législatifs à l’origine de décisions politiques. Le dernier point de difficulté est que nous débarquons dans cette commission sans savoir quel est le niveau réel d’acculturation des députés aux éléments que nous allons présenter. J’avais de mon côté écouté l’ensemble des auditions précédentes pour tenter d’éviter les redites et produire un minimum de continuité dans les travaux de la commission, mais même en ayant pris le temps de le faire, l’exercice reste délicat.

Tout ça pour dire que je suis bien content de pouvoir, au calme, transmettre par écrit mes réflexions à cette commission, car si elle devait se fonder uniquement sur ce que je lui ai déclaré à l’oral (ainsi que mes camarades d’audition), je ne pense pas qu’elle serait très avancée ou informée 😉 J’espère donc surtout qu’elle pourra prendre le temps de lire tout cela (ainsi que la synthèse que j’en dresse à la fin en mode TLDR).

Cela a commencé ainsi.

[On nous demande d’abord de nous présenter brièvement et on nous laisse un « propos liminaire » de 5 minutes] Je suis enseignant chercheur en sciences de l’information. Si les universitaires qui étudient la sociologie se définissent comme sociologues, je peux me définir comme « médiologue ». J’étudie les médias numériques (moteurs de recherche, réseaux sociaux, plateformes) et ce qu’ils modifient dans notre rapport à l’information, à la connaissance, aux autres et à nous-mêmes. Depuis 25 ans je documente l’évolution de ces outils avec – essentiellement – des méthodes d’observation participante. Et si je devais résumer 25 ans de recherche en une seule phrase je dirai que tout est de la faute du modèle économique de ces plateformes. Ou pour reprendre le titre d’une conférence d’une collègue, Zeinep Tufekci : « nous avons construit une dystopie, juste pour obliger les gens à cliquer sur des publicités« .

[Propos liminaire 1] En guise de propos liminaires je veux rappeler et insister sur le fait que ces « réseaux sociaux » qui sont en fait des « médias sociaux » doivent être pensés et analysés comme des biotopes particuliers dans un écosystème général qui est celui de l’économie des médias (radio, télé, presse, etc.). Et que ces médias sociaux procèdent (en partie) comme des parasites qui vont littéralement venir phagogyter les autres écosystèmes médiatiques. Les exemples sont nombreux. Il y avait eu à l’époque (circa 2010) le fait que plein de sites de presse ou de médias avaient accepté d’installer sur leur site le bouton « Like » de Facebook qui avait fait d’eux de simples vassaux numériques et médiatiques de cette plateforme devenue hôte. J’écrivais alors et alertais : « Le Like tuera le lien« .

Aujourd’hui il y a toujours des liens d’écho, de résonance très forts entre différents écosystèmes médiatiques mais dans certains cas d’usages, auprès de certaines populations, pour certains segments d’âge ou d’éducation, les médias sociaux sont le premier biotope informationnel. C’est cette question qu’il faut adresser (pour TikTok comme pour les autres) et pour laquelle la part « éditoriale » de ce que l’on appelle « les algorithmes » doit être clarifiée, débattue, encadrée. Encadrée de manière contraignante.

[Propos liminaire 2] Les algorithmes sont comme des ritournelles auxquelles on s’accoutume à force de les fréquenter, que l’on retient – et que l’on maîtrise parfois – dans une forme d’intelligence situationnelle altérée par l’expérience sans cesse renouvelée de cette fréquentation. Comme la ritournelle chez Deleuze et Guattari dans leur ouvrage « Mille Plateaux », les algorithmes sont trois choses à la fois :

  1. D’abord ce qui nous rassure par une forme de régularité attendue, que l’on devine et anticipe.
  2. Ensuite ce qui installe l’organisation nous semblant familière d’un espace que l’on sait public mais que l’on perçoit et que l’on investit en partie comme intime : ils « enchantent » l’éventail de nos affects et sont l’état de nature de nos artifices sociaux.
  3. Enfin ils sont ce qui, parfois, nous accompagne et nous équipe aussi dans la découverte d’un ailleurs, parce qu’y compris au sein de représentations cloisonnées, ils sont des « chants traversants. »

[Propos liminaire 3] La question nous est posée de savoir si l’on peut « exiger des réseaux sociaux d’être entièrement transparents sur leur algorithme« . Oui. En tout cas sur la partie éditoriale, cela me semble nécessaire de l’exiger. En définissant le périmètre de cette éditorialisation pour éviter qu’elle ne puisse être totalement instrumentalisée (par exemple si tout le monde sait qu’un bouton like vaut 1 point et qu’un bouton colère vaut 5 points, nos comportements sont susceptibles de changer).

Mais plus fondamentalement nous parlons d’outils qui ont totalement explosé le cadre anthropologique de la communications entre les êtres humains. On peut se parler à distance, en absence, à la fois à plusieurs et en dialogue, en multimodalité, via des avatars, dans des mondes « réels » ou dans d’autres « virtuels », etc.

Nous parlons d’outils qui touchent chaque jour et de manière récurrente davantage de monde que jamais aucun média n’a jamais été en capacité d’en toucher et ce dans toute l’histoire de l’humanité. Ce ne sont pas seulement des médias de masse mais des médias d’hyper-masse.

Et enfin il y a la question du rythme, de la fragmentation et de la séquentialité hypercourte : notre cerveau n’est pas fait, n’est pas calibré pour s’informer par tranches de 6 à 15 secondes en passant d’un sujet à un autre.

Cette triple révolution anthropologique de la communication ne peut s’accommoder de demi-mesures ou de clairs-obscurs législatifs et réglementaires. A fortiori lorsque la mauvaise foi, la duperie et la tromperie de ces plateformes a été démontrée et documentée à de très nombreuses reprises, grâce notamment aux lanceurs et lanceuses d’alertes.

Et a fortiori encore dans un monde où ces applications et plateformes sont devenues totalement indissociables de pouvoirs politiques qu’elles servent toujours par intérêt (soit pour échapper à des régulations, soit pour jouir de financements publics, soit pour tuer la concurrence comme le documentent encore les actuelles actions en justice contre Google et Meta notamment).

[Propos liminaire 4] Je veux citer ce que j’écrivais dans l’article « Ouvrir le code des algorithmes ne suffit plus »

Après les mensonges de l’industrie du tabac sur sa responsabilité dans la conduite vers la mort de centaines de millions de personnes, après les mensonges de l’industrie du pétrole sur sa responsabilité dans le dérèglement climatique, nous faisons face aujourd’hui au troisième grand mensonge de notre modernité. Et ce mensonge est celui des industries extractivistes de l’information, sous toutes leurs formes. (…) Et même s’ils s’inscrivent, comme je le rappelais plus haut, dans un écosystème médiatique, économique et politique bien plus vaste qu’eux, leur part émergée, c’est à dire les médias sociaux, sont aujourd’hui pour l’essentiel de même nature que la publicité et le lobbying le furent pour l’industrie du tabac et du pétrole : des outils au service d’une diversion elle-même au service d’une perversion qui n’est alimentée que par la recherche permanente du profit. 

 

Les questions de la commission (et mes réponses).

Ces questions étaient organisées en cinq grandes parties :

  1. Sur le fonctionnement des algorithmes utilisés par les réseaux sociaux.
  2. Sur les données personnelles utilisées par les algorithmes des réseaux sociaux
  3. Sur la transparence des réseaux sociaux
  4. Sur l’éducation aux réseaux sociaux
  5. Questions générales
Sur le fonctionnement des algorithmes utilisés par les réseaux sociaux

1. Quels sont les multiples facteurs pris en compte par les algorithmes utilisés par les réseaux sociaux, notamment pour déterminer les contenus présentés aux utilisateurs ? Identifiez-vous des spécificités propres au fonctionnement de TikTok ?

De manière générale les algorithmes de recommandation fonctionnent sur 4 critères.

  • Le premier est celui de la personnalisation déclarative (on dit ce que l’on aime ou ce que l’on n’aime pas).
  • Le second est celui de l’historique de navigation réel : indépendamment de ce que l’on dit aimer, les plateformes « voient » ce que l’on consomme réellement et ce sur quoi on est appétent.
  • Le troisième critère est celui de la moyenne statistique (comparativement à d’autres ayant déclaré les mêmes centres d’intérêt, et/ou dans le même groupe d’âge, de genre, etc.)
  • le quatrième critère est celui de la stochastique, de l’aléatoire. Depuis le début des systèmes de recommandation, les ingénieurs qui fabriquent ces algorithmes savent que si on ne sort pas de temps en temps de nos centres d’intérêt déclaratifs on va avoir des phénomènes de désintérêt ou de lassitude. Ils injectent donc un peu (ou beaucoup) d’aléatoire pour « affiner » et « ajuster » mais aussi pour (souvent) nous « ramener » des des contenus plus directement monétisables. La question c’est de savoir jusqu’où peut aller cet aléatoire (plus ou moins loin de nos habitudes de. navigation et de consultation) et de quelle manière et en quelles proportions il peut-être corrélé à d’autres moyennes statistiques.

Reste la particularité de l’algorithme de Tiktok qui est la question du rythme. Alors que la durée moyenne d’une vidéo TikTok est de 15 ou 16 secondes, toutes les 3, 4, 5 ou 6 secondes, donc sur des temps et des rythmes extrêmement courts, il y a une interaction, donc une documentation de notre pratique, donc une information pour l’algorithme.  La vitesse de consommation est en elle-même une information. Elle fonctionne comme un arc réflexe. Chaque vidéo, chaque contenu affiché est l’équivalent du petit coup de marteau sur votre genou pour déclencher l’arc réflexe. Sauf que cette fois l’arc réflexe recherché est un arc réflexe cognitif. Cette rythmique a été copiée par les autres plateformes : Reels sur Insta, Spotlights sur Snapchat, Shorts sur Youtube.

A cette rythmique s’ajoute aussi la multiplication des points d’entrée dans les logiques de recommandation : « Pour toi » mais aussi « abonnements » (« suivis »), « amis », « lives », « explorer ».

Et une stratégie du fou, de l’irrationalité : certains contenus mis en avant disposent de chiffres de visibilité et d’engagement hallucinants (plusieurs centaines de millions de vues) alors que d’autres beaucoup plus travaillés et pertinents ne décolleront jamais. La question des métriques est par ailleurs là aussi une spécificité de TikTok qui fonctionne comme un vertige, une ivresse de notoriété : la moindre vidéo peut atteindre des nombres de vues immensément plus important que sur d’autres plateformes. Comme sur les autres plateformes, absolument rien ne permet en revanche d’authentifier la sincérité de ces métriques.

 

2. Les algorithmes des réseaux sociaux peuvent-ils favoriser certains types de contenus ? Le font-ils effectivement ? Si oui, selon quels facteurs et quelles modalités ? Identifiez-vous des spécificités propres au fonctionnement de TikTok ?

Dans l’absolu la réponse est oui car la nature même d’un algorithme est de trier et d’organiser l’information et les contenus. Donc de hiérarchiser. Donc d’éditorialiser (cf « Un algorithme est un éditorialiste comme les autres« ). Ce qui est plus complexe c’est de documenter finement la manière dont ils procèdent. Mais on a eu un exemple indépassable avec le rachat de Twitter par Elon Musk et la manière dont du jour au lendemain la ligne éditoriale a totalement changé (cf mon article « ouvrir le code des algorithmes ne suffit plus« ).

[Nota-Bene] J’entends le terme « d’éditorialisation » comme le définit Marcello Vitali-Rosati : « L’éditorialisation est l’ensemble des dispositifs qui permettent la structuration et la circulation du savoir. En ce sens l’éditorialisation est une production de visions du monde, ou mieux, un acte de production du réel. »

L’autre enjeu c’est de comprendre à quels intérêts ces changements correspondent ; un algorithme étant nécessairement la décision de quelqu’un d’autre, qu’est-ce qui motive ces décisions ?

  • L’idéologie ? Exemples récents et récurrents de rétablissement de comptes masculinistes ou pro-avortement, prime donnée à ces contenus, etc.
  • La géopolitique ? Exemples récents de contenus plutôt pro-israëliens sur Facebook après le 7 Octobre (en tout cas invisibilisation de contenus pro-palestiniens) à l’inverse de contenus plutôt pro-palestiniens sur TikTok.
  • L’argent (recettes et monétisation publicitaire) ?

Un concept clé pour comprendre la favorisation de certains contenus c’est celui de la publicitarisation. La « publicitarisation » c’est une notion définie ainsi par Valérie Patrin-Leclère, enseignante au CELSA :

« une adaptation de la forme, des contenus, ainsi que d’un ensemble de pratiques professionnelles médiatiques à la nécessité d’accueillir la publicité. Cette adaptation consiste en un aménagement destiné à réduire la rupture sémiotique entre contenu éditorial et contenu publicitaire – elle se traduit, par exemple, par l’augmentation des contenus éditoriaux relevant des catégories « société » et « consommation » ou par le déploiement de formats facilitant l’intégration publicitaire, comme la « téléréalité » – mais aussi en un ménagement éditorial des acteurs économiques susceptibles d’apporter des revenus publicitaires au média (…) »

 

Cette publicitarisation est là encore très ancienne. Un des responsables partenariats de Google (David Eun) déclarait il y a plus de 20 ans : « Ads Are Content ». Traduction : « les publicités sont du contenu« , et par extension, « les publicités c’est le contenu« . Le résultat aujourd’hui c’est ce verbatim d’utilisateurs et d’utilisatrices pour qui « le fait que le contenu est sponsorisé n’est pas toujours explicite et même parfois volontairement dissimulé. Les publicitaires reprennent également les codes des influenceurs et les trends, ce qui floute la frontière entre une recommandation personnelle et un contenu sponsorisé. »

Concernant la dimension géopolitique ou idéologique, là où TikTok est un objet encore plus complexe c’est parce que lui-même est en quelque sorte le premier réseau social directement, presqu’ontologiquement géopolitique. Créé par la Chine, comme un facteur, vecteur, agent d’influence. Mais avec des déclinaisons différentes dans chaque pays ou zone : le TikTok Chinois n’est pas le TikTok américain qui lui-même n’est pas exactement le TikTok européen, etc.

Une autre particularité forte de l’algorithmie de TikTok (en plus de son rythme propre) c’est ce qu’on appelle le « beauty / pretty privilege » et qui fait que des phénomènes comme le SkinnyTok ont un impact majeur presqu’indépendamment du nombre d’utilisateurs actifs de la plateforme (saisine par Clara Chappaz de l’ARCOM et de la commission européenne à ce sujet). Et qui fait que certains corps (noirs, gros, trans, etc.) sont invisibilisés ou dénigrés.

Les réseaux et médias sociaux, via leurs décisions et tamis algorithmiques, sont essentiellement deux choses :

  • des machines à cash
  • des machines à fabriquer de la norme

Et plus il y aura de normes édictées par les médias sociaux, plus elles seront facilement suivies (public captif), plus elles seront publicitarisables, plus il y aura de cash, plus il y aura de nouveaux espaces de publicitarisation. Ad Libitum.

Et pour être ces machines à cash et à fabriquer de la norme, les algorithmes de ces plateformes ont un rapport particulier à la mémoire : ils sont structurellement dans une forme d’hypermnésie permanente (du fait de la conservation de nos historiques) mais sont conjoncturellement tout à fait capables d’amnésie lorsque cela les arrange ou le nécessite (par exemple pour nous re-proposer des contenus dont nous avons dit qu’ils ne nous intéressaient pas mais qui sont rentables pour la plateforme).

 

3. Quels sont les conséquences du modèle économique des réseaux sociaux et particulièrement de TikTok quant à la construction et la mise en œuvre des algorithmes utilisés ?

Ils cadrent tout. Au sens où le sociologue Erving Goffman parle des « cadres de l’expérience ».

Toute expérience humaine renvoie, selon Goffman, à un cadre donné, généralement partagé par toutes les personnes en présence ; ce cadre oriente leurs perceptions de la situation ainsi que les comportements qu’elles adoptent par rapport à elle. Ceci étant posé, l’auteur s’attache, selon son habitude, à classer les différents types de cadres, en distinguant d’abord les cadres primaires des cadres transformés. (Source)

 

Ces cadres vont ensuite être « modalisés », c’est à dire subir différentes transformations. Et donc la conséquence du modèle économique des réseaux sociaux c’est que la publicité, ou plus exactement la publicitarisation est la première modalisation de ce cadre d’expérience commun qu’est la navigation dans les contenus de chaque plateforme.

La publicitarisation fabrique littéralement de la consommation (au sens économique mais aussi informationnel et navigationnel), consommation qui elle-même fabrique des formes de compulsion (FOMO, etc.) qui elles-mêmes viennent nourrir et optimiser la rentabilité du cadre de la publicitarisation.

Sur ce sujet, je cite souvent l’exemple de la position des deux fondateurs du moteur de recherche Google, Serguei Brin et Larry Page; En 1998, ils publient un article scientifique pour expliquer le fonctionnement de l’algorithme Pagerank qui va révolutionner le monde de la recherche en ligne. Et dans une annexe de leur article scientifique ils écrivent :

« nous déclarons que les moteurs de recherche reposant sur un modèle économique de régie publicitaire sont biaisés de manière inhérente et très loin des besoins des utilisateurs. S’il est vrai qu’il est particulièrement difficile, même pour les experts du domaine, d’évaluer les moteurs de recherche, les biais qu’ils comportent sont particulièrement insidieux. Une nouvelle fois, le Google de ces dernières années en est un bon exemple puisque nous avons vendu à des entreprises le droit d’être listé en lien sponsorisé tout en haut de la page de résultats pour certaines requêtes. Ce type de biais est encore plus insidieux que la « simple » publicité parce qu’il masque l’intention à l’origine de l’affichage du résultat. Si nous persistons dans ce modèle économique, Google cessera d’être un moteur de recherche viable. »

Et ils concluent par :

 « Mais nous croyons que le modèle publicitaire cause un nombre tellement important d’incitations biaisées qu’il est crucial de disposer d’un moteur de recherche compétitif qui soit transparent et transcrive la réalité du monde. »

 

On a donc des plateformes qui « ontologiquement » ont pleine conscience et connaissance de la dénaturation opérée par leur modèle de régie publicitaire mais qui passent outre à la seule fin d’une rentabilité maximale. Cela pourrait être simplement considéré comme du cynisme. Mais à l’échelle des dégâts produits à la fois dans le débat public mais aussi dans la psyché de certains des plus jeunes ou des plus fragiles, c’est de l’irresponsabilité. Et c’est pénalement condamnable. Cela devrait l’être en tout cas.

 

4. Quelles sont les conséquences des opinions des concepteurs des algorithmes utilisés par les réseaux sociaux, et notamment de leurs éventuels biais, dans la construction et la mise en œuvre de ces algorithmes ?

J’ai déjà répondu plus haut avec l’exemple du rachat de Twitter par Musk et dans mon article « Ouvrir le code des algorithmes ne suffit plus« . Mais on peut aussi compléter par le récent changement de Zuckerberg qui impacte directement les contenus diffusés sur Facebook. Encore une fois : il n’y a pas d’algorithmes, juste la décision de quelqu’un d’autre. Très longtemps on a refusé de le voir. Aujourd’hui, plus le monde se clive, plus les conflits sont mondialisés dans leur médiatisation, plus les plateformes sont par nature ou par intérêt des outils de Soft Power, et plus l’opinion ou l’agenda de leurs concepteurs est déterminant et cadrant.

Ce qui est très frappant aujourd’hui c’est ce qu’écrivait Kate Crawford dans son Atlas de l’IA (2021) et qui s’applique tout particulièrement aux algorithmes en tant que systèmes de pouvoir et que facteurs de puissance.

(…) il n’y a pas de boîte noire unique à ouvrir, pas de secret à révéler, mais une multitude de systèmes de pouvoir entrelacés. La transparence totale est donc un objectif impossible à atteindre. Nous parviendrons à mieux comprendre le rôle de l’IA dans le monde en nous intéressant à ses architectures matérielles, à ses environnements contextuels et aux politiques qui la façonnent, et en retraçant la manière dont ils sont reliés.

Pour les algorithmes, c’est exactement la même chose : il faut nous intéresser simultanément à leurs architectures matérielles, à leurs environnements contextuels et aux politiques qui les façonnent, et retracer la manière dont ils sont reliés. Un algorithme, aujourd’hui, n’est plus uniquement une suite d’instructions logico-mathématiques, c’est une suite de systèmes de pouvoirs entrelacés.

 

5. Faut-il considérer les algorithmes comme des objets statiques ? Comment un algorithme évolue-t-il ? Peut-il évoluer sans intervention humaine, en apprenant de son propre fonctionnement ? À votre connaissance, comment cela s’applique-t-il aux réseaux sociaux, et particulièrement à TikTok ?

Je reprends ici ce que j’indiquais dans mes propos liminaires. Les algorithmes sont comme des ritournelles auxquelles on s’accoutume à force de les fréquenter, que l’on retient – et que l’on maîtrise parfois – dans une forme d’intelligence situationnelle altérée par l’expérience sans cesse renouvelée de cette fréquentation. Comme la ritournelle chez Deleuze et Guattari dans leur ouvrage « Mille Plateaux », les algorithmes sont trois choses à la fois :

  1. D’abord ce qui nous rassure par une forme de régularité attendue, que l’on devine et anticipe.
  2. Ensuite ce qui installe l’organisation nous semblant familière d’un espace que l’on sait public mais que l’on perçoit et que l’on investit en partie comme intime : ils « enchantent » l’éventail de nos affects et sont l’état de nature de nos artifices sociaux.
  3. Enfin ils sont ce qui, parfois, nous accompagne et nous équipe aussi dans la découverte d’un ailleurs, parce qu’y compris au sein de représentations cloisonnées, ils sont des « chants traversants. »

L’algorithme de TikTok n’est pas plus intelligent, plus efficace ou plus machiavélique que d’autres ; simplement, nous passons beaucoup plus de temps à nous en occuper, et nous le faisons, du fait de sa rythmique propre, avec une fréquence beaucoup plus élevée et avec un soin sans commune mesure avec les autres. Notre rapport à l’algorithme de Tiktok relève littéralement d’une forme de clinique au sens étymologique du terme, c’est à dire emprunté au grec klinikos, « propre au médecin qui exerce son art près du lit de ses malades » (lui-même de klinê, « le lit »). Selon que nous adoptons le point de vue de la plateforme ou le notre, nous sommes le médecin ou le malade.

 

6. Comment les algorithmes utilisés par les réseaux sociaux, et particulièrement TikTok, s’adaptent-ils à des comportements humains parfois changeants d’un jour à l’autre ?

Par effet d’entrainement. Nous éduquons et entraînons les algorithmes au moins autant qu’ils ne nous formatent en retour. Et tout parciculièrement celui de TikTok comme je l’expliquais juste ci-dessus.

Et puis par leur rythme (cf supra). L’algorithme se moque de savoir si vous êtes de gauche aujourd’hui alors que vous étiez de droite hier, végétarien aujourd’hui alors que vous étiez végan hier. Ce qui intéresse les concepteurs de l’algorithme c’est la captation en temps réel de l’ensemble de ce qui définit votre surface informationnelle numérique. L’algorithme a pour objet de scanner en permanence et si possible en temps réel des éléments qui constituent à la fois votre surface informationnelle (ce qui vous intéresse), votre surface sociale (avec qui partagez-vous ces intérêts) et votre surface comportementale (« sur quoi » ou « avec qui » passez-vous plus ou moins de temps).

Le grand problème est d’ailleurs aussi celui de la personnalisation : c’est à dire que, sur certains types de requêtes en tout cas, plus personne ne voit la même chose en réponse à la même question (ceci vaut pour les plateformes dans lesquels on démarre la navigation par une recherche). Et pour les plateformes, comme TikTok, dans lesquelles il n’est besoin d’aucun amorçage mais uniquement de scroller, tout le monde à l’impression de voir des choses différentes (personnalisées) alors qu’en fait tout le monde voit pour l’essentiel la même chose ; mais cette « même chose » se réduit exclusivement à ce qui est bon économiquement pour la plateforme, c’est à dire soit ce qui fait le buzz et va vous obliger à réagir (polarisation émotionnelle), soit ce qui vous maintient attentionnellement captif et peut donc possiblement renforcer des troubles conatifs (« Symptômes liés à une réduction des capacités d’effort, d’initiative, et à une dégradation de la volonté et des tendances à l’action. Les formes majeures peuvent aboutir à une inactivité avec repli, parfois incurie et résistance aux sollicitations de l’entourage, voire indifférence affective.« )

Je ne sais pas si l’image vous parlera mais plutôt que l’idée des « bulles de filtres » d’Eli pariser (idée que les algorithmes enferment chacun d’entre nous dans une bulle informationnelle plus ou moins étanche) je parlais de mon côté d’un comportement d’autarcithécaires ; cette idée que, du point de vue des plateformes et de leurs algorithmes, il s’agit de nous faire croire que nous sommes en situation d’autarcie informationnelle, c’est à dire de nous donner l’impression que ce qu’elles nous donnent à voir est à la fois suffisant, complet et représentatif, précisément pour que nous perdions progressivement le besoin d’aller regarder ailleurs ou même simplement de considérer qu’il existe un ailleurs informationnel. Ou pour le dire d’une autre manière, comment nous faire passer de la peur de rater quelques chose (FOMO) à la certitude d’une non-nécessité d’aller voir ailleurs.

 

7. Peut-on envisager des algorithmes « éthiques », notamment eu égard aux enjeux de santé mentale ? Pouvez-vous expliquer le concept d’« informatique sociale » ?

Pour moi l’éthique algorithmique passe par le rendu public de l’ensemble des critères et métriques relevant de formes d’éditorialisation. Et pour répondre par une comparaison, bien sûr que oui, on peut tout à fait imaginer des algorithmes éthiques comme on peut imaginer des vêtements fabriquées de manière éthique, des aliments fabriqués de manière éthique et qui ne soient pas immensément transformés. La seule question est : pourquoi ne le faisons-nous pas ? Pourquoi lorsqu’il en existe parfois personne ne s’y intéresse ?

La réponse à ces questions est évidemment la même que pour l’agro-alimentaire ou les vêtements : c’est une question de coût (ce qui n’est pas éthique est moins cher) et de cadres sociétaux de consommation (où l’on minore et où l’on invisibilise les problèmes posés par cette absence d’éthique).

A chaque fois il faut des drames pour que la société parvienne à se réveiller temporairement. Comme lors de l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh en 2013 qui fait exploser le scandale de la fast fashion. Mais malheureusement à chaque fois au lendemain de ces réveils sociétaux il se produit deux choses : le pouvoir politique ne saisit pas l’opportunité impérieuse de légiférer, et lorsqu’il le fait, la puissance du lobbying et du pantouflage vient tout édulcorer ou tout remettre à plus tard.

En complément, il y a un point particulier d’une éthique algorithmique qui consiste à se mettre en situation (pour les plateformes), où à donner l’injonction (pour la puissance publique) de casser les chaînes de contamination virales. De ralentir. D’ajouter de la friction dans les possibilités de partage, etc. On a vu et on a documenté que cela marchait, et que les plateformes le savaient. Je cite ici, avec les exemples en lien, ce que j’écrivais en Mars 2022 dans mon article « Par-delà le Like et la colère » :

« Ensuite il faut casser les chaînes de contamination virales qui sont à l’origine de l’essentiel des problèmes de harcèlement, de désinformation, et des discours de haine dans leur globalité. Et là encore le cynisme des plateformes est aussi évident que documenté puisqu’elles ont elles-mêmes fait la démonstration, et à plusieurs reprises, que si par exemple elles diminuaient le nombre de personnes que l’on peut inviter par défaut dans les groupes Whatsapp ou le nombre de conversations et de groupes vers lesquels on peut automatiquement transférer des messages, elles diminuaient aussi considérablement la vitesse de circulation des fake news, notamment en période électorale ; que si elles supprimaient la visibilité de nombre de likes ou de réactions diverses sur un post (et que seul le créateur du post était en mesure de les voir), elles jouaient alors sur les effets souvent délétères de conformité (et de pression) sociale et qu’elles permettaient d’aller vers des logiques de partage bien plus vertueuses car essentiellement qualitatives et non plus uniquement quantitatives ; que si elles se contentaient de demander aux gens s’ils avaient bien lu l’article qu’ils s’apprêtaient à partager avant que de le faire sous le coup de l’émotion, elles diminuaient là encore la circulation de fausses informations de manière tout à fait significative. Il y a encore quelques jours, c’était Youtube qui annonçait supprimer l’affichage public du compteur des « dislikes » pour « protéger » les créateurs notamment de formes de harcèlement, un effet qu’il connaît et documente pourtant depuis déjà de longues années. »

 

 

Sur les données personnelles utilisées par les algorithmes des réseaux sociaux

8. Pouvez-vous expliquer le concept d’« identité numérique » ? Quelles données personnelles partageons-nous lorsque nous utilisons les réseaux ? Comment ces données sont-elles utilisées par les algorithmes des réseaux sociaux et particulièrement de TikTok ?

Pour reprendre, en l’actualisant, la définition que j’en donnais dans mon ouvrage éponyme paru en 2013, je dirai que :

L’identité numérique peut être définie comme la collection des traces (écrits, contenus audios ou vidéos, messages sur des forums, identifiants de connexion, navigations, éléments d’interactions, etc.) que nous laissons derrière nous, consciemment ou inconsciemment, au fil de nos activités connectées, et le reflet de cet ensemble de traces tel qu’il apparaît « remixé » par les moteurs de recherche ainsi que par les médias et les plateformes sociales, et qui sont autant d’éléments en capacité de nourrir des choix algorithmiques visant à mieux cibler les contenus qui nous seront proposés dans le cadre du modèle économique de la plateforme concernée.

(version actualisée de Ertzscheid, Olivier. Qu’est-ce que l’identité numérique ?. OpenEdition Press, 2013, https://doi.org/10.4000/books.oep.332.)

 

9. Est-il possible de limiter ce partage de données personnelles ? Est-il possible et souhaitable d’en limiter la collecte, par exemple par le paramétrage des réseaux sociaux ?

Concernant la première partie de la question (est-il possible d’en limiter le partage), et pour autant qu’elle s’adresse aux utilisateurs et utilisatrices de ces plateformes, je réponds oui pour les données personnelles « déclaratives » (nous pouvons disposer d’un tamis plus ou moins large). Mais je réponds « non » pour les données personnelles qui relèvent de la sphère comportementale (ce que l’on voit, ce avec quoi l’on interagit, etc.).

Si la question s’adresse aux plateformes, alors là c’est un oui pour les données personnelles déclaratives comme pour les données comportementales. Elles sont tout à fait en capacité d’en limiter la collecte (mais cela vient heurter leur modèle publicitaire) et sont tout autant en capacité d’en limiter les usages dans le temps.

Le problème principal tient au statut discursif ou énonciatif de l’ensemble de ce qui circule, se dit et se voit dans ces plateformes ou applications : nous ne savons jamais réellement si nous sommes dans un espace discursif ou médiatique intime (où il serait OK et parfois nécessaire de partager ces données personnelles), privé, ou public. Dès 2007, trois ans après le lancement de Facebook, danah boyd indiquait que le problème des réseaux sociaux est qu’ils étaient des espaces semi-publics et semi-privés (« la privauté de ces espaces publics ou semi-publics pose problème« ). Ce problème n’a jamais été résolu.

L’autre problème (et la grande responsabilité des plateformes) c’est qu’elles changent en permanence et sous plein de prétextes différents, le réglage de nos paramètres de confidentialité ou de navigation. Et qu’elles complexifient, par défaut, la possibilité de limiter ce partage de données personnelles (dark patterns, etc.)

Sur la deuxième partie de la question (est-ce possible et souhaitable de limiter cette collecte), je réponds que c’est possible, que c’est souhaitable, et que c’est, surtout, absolument nécessaire.

Il y a un grand récit marketing et technologique qui nous fait croire que plus on collecte de données personnelles, et plus on peut nous proposer de l’information et des contenus personnalisés, et plus ce serait donc intéressant pour nous. C’est une vaste et totale fumisterie. Le seul récit qui vaille est le suivant : plus on collecte de données personnelles, plus on propose des contenus personnalisés, plus on ne fait que « publicitariser » les expériences navigationnelles et informationnelles, et plus on efface la notion de référent commun sur tout un ensemble de sujets, plus on saborde à l’échelle d’une société la question des « régimes de vérité » (cf Foucault ci-dessous), et plus on crée donc à la fois de l’isolement, du conflit, et de la défiance.

« Chaque société a son régime de vérité, sa politique générale de la vérité : c’est-à-dire les types de discours qu’elle accueille et fait fonctionner comme vrais ; les mécanismes et les instances qui permettent de distinguer les énoncés vrais ou faux, la manière dont on sanctionne les uns et les autres ; les techniques et les procédures qui sont valorisées pour l’obtention de la vérité ; le statut de ceux qui ont la charge de dire ce qui fonctionne comme vrai. » Michel Foucault

 

Longtemps la « personnalisation » n’a été que thématique et déclarative. Du genre : je préfère l’actualité sportive à l’actualité politique, et dans l’actualité sportive, je préfère le rugby au foot. Dès que la personnalisation a gommé cette dimension déclarative explicite, dès qu’elle a surtout été indexée sur nos propres croyances, comportements et opinions plutôt que sur des médias aux formes et aux pratiques d’éditorialisation transparentes, elle est devenue un instrument purement marketing avec un impact politique massivement délétère.

 

Sur la transparence des réseaux sociaux

10. Pensez-vous qu’il soit possible d’exiger des réseaux sociaux d’être entièrement transparents sur leur fonctionnement et les algorithmes qu’ils utilisent ?

Je reprends ici une partie de mes propos liminaires. Oui il est possible de l’exiger. En tout cas sur la partie éditoriale, cela me semble nécessaire de l’exiger. En définissant le périmètre de cette éditorialisation pour éviter qu’elle ne puisse être totalement instrumentalisée (par exemple si tout le monde sait qu’un like vaut 1 point et qu’une colère vaut 5 points, nos comportements sont susceptibles de changer mais pour autant il est impératif que chacun sache combien « vaut » chaque type d’interaction mobilisée).

Mais plus fondamentalement nous parlons d’outils qui ont totalement explosé le cadre anthropologique de la communications entre les êtres humains. On peut se parler à distance, en absence, à la fois à plusieurs et en dialogue, en multimodalité, via des avatars, etc.

Et d’outils qui touchent chaque jour et de manière récurrente davantage de monde que jamais aucun média n’a jamais été en capacité d’en toucher et ce dans toute l’histoire de l’humanité. Ce ne sont pas seulement des médias de masse mais des médias d’hyper-masse.

Et enfin il y a la question du rythme, de la fragmentation et de la séquentialité hypercourte : notre cerveau n’est pas fait, n’est pas calibré pour s’informer par tranches de 6 à 15 secondes en passant d’un sujet à un autre.

Cette triple révolution anthropologique de la communication ne peut s’accommoder de demi-mesures ou de clairs-obscurs législatifs et réglementaires. A fortiori lorsque la mauvaise foi, la duperie et la tromperie de ces plateformes a été démontrée et documentée à de très nombreuses reprises, grâce notamment aux lanceurs et lanceuses d’alertes.

Et a fortiori encore dans un monde où elles sont devenus totalement indissociables de pouvoirs politiques qu’elles servent toujours par intérêt (soit pour échapper à des régulations, soit pour jouir de financements publics, soit pour tuer la concurrence comme le documentent encore les actuelles actions en justice contre Google et Meta notamment).

 

11. Est-on en mesure de contrôler cette transparence ? Comment, tant au niveau européen qu’au niveau français ?

Nous n’avons aujourd’hui plus besoin de produire des textes, lois et règlements. Nous avons besoin de faire appliquer ceux qui existent déjà (DSA, DMA, RGPD). Et d’organiser un cadre politique dans lequel la main de l’exécutif ne tremblera pas. Par exemple au titre de l’application du DSA, Twitter devenu X aurait pu et probablement dû être au moins temporairement fermé et interdit à l’échelle européenne (il l’a été au Brésil pendant plusieurs mois).

Nous sommes aujourd’hui pour la régulation de ces mass média en plein paradoxe de la tolérance tel qu’exprimé par Popper. A force d’être tolérants y compris avec les intolérants, nous courrons droit dans le mur. [« Popper affirme que si une société est tolérante sans limite, sa capacité à être tolérante est finalement détruite par l’intolérant. Il la décrit comme l’idée apparemment paradoxale que « pour maintenir une société tolérante, la société doit être intolérante à l’intolérance. » Wikipedia]

Il faut à ce titre aussi exiger des plateformes qu’elles appliquent leurs propres règles, et par exemple ne traitent pas différemment leurs « power users » car à ce jour ces plateformes, toutes ces plateformes, ont d’abord un immense problème de démocratie interne.

 

12.  Les apports du DSA sont-ils suffisants ?

Oui pour autant qu’il y ait la volonté politique de l’appliquer en chacun de ses termes.

 

13.  Est-ce techniquement possible, a minima, d’exiger des réseaux sociaux des garanties que leurs algorithmes ne comprennent pas de biais susceptibles d’avoir des conséquences néfastes (sur-représentation de contenus dangereux pour la santé mentale, propagation de fake news, discriminations, etc) ?

Je crois qu’on se trompe en plaçant cette question sous l’angle « technique ». Ce n’est pas à la « technique » d’arbitrer des questions qui relèvent de la santé publique ou de l’éthique. Je me permets une comparaison. Se poserait-on la question de savoir s’il est possible « techniquement » d’exiger d’une bibliothèque que son plan de classement de comprenne pas de biais ? Non. Parce que le problème ce n’est pas le plan de classement, ce sont les unités documentaires que l’on choisit de classer, donc de donner à voir, ou de ne pas classer. Les plateformes et leurs algorithmes sont « techniquement » en pleine capacité de faire respecter des règles a minima de représentativité sur un ensemble de sujets, y compris politiques, religieux ou sociétaux. Jamais en réalité nous n’avons disposé d’outils aussi puissants et aussi précis pour y parvenir. Si les plateformes (et leurs algorithmes) ne le font pas ce n’est en rien un problème technique. En rien. C’est un problème de choix économiques (business first). Et d’idéologies et d’interêts partisans (ou cyniquement opportunistes) de leurs propriétaires et de leurs actionnariats.

 

14.  Quelle méthodologie utilisez-vous pour étudier les algorithmes utilisés par les réseaux sociaux, et particulièrement TikTok ? Quelles difficultés rencontrez-vous ? Que signifierait, pour le monde de la recherche, la publicité des algorithmes utilisés par les réseaux sociaux ?

A titre personnel, dans mon domaine de recherche, soit on procède par enquête sociologique, soit par observation participante. Comme les sociologues allaient à l’usine pour documenter au plus près le travail concret des ouvriers, on va « aux algorithmes » pour documenter au plus près leurs effets.

Un des grands sujets de notre temps, c’est que nous avons perdu la maîtrise des corpus. Quand je dis « nous » je parle du monde universitaire et donc ensuite du monde de la décision politique. Tous les programmes partenariaux publics permettant à des universitaires d’avoir accès à l’immensité des corpus détenus par les plateformes, tous ces programmes partenariaux ont été fermés. La plupart des API supprimées. L’opacité, hier sur les algorithmes, aujourd’hui sur les données, est absolument totale. Et nous en sommes réduits à faire confiance aux chercheurs employés par ces plateformes (mauvaise idée), ou à attendre la prochaine fuite d’un repenti ou d’une lanceuse d’alerte (encore plus mauvaise idée). La puissance publique, les chercheurs et universitaires de la puissance publique, n’ont plus aucune entrée ou maîtrise des corpus (linguistiques, sociologiques, etc) qui circulent dans ces plateformes et qui les constituent. Et c’est non seulement très inquiétant, mais c’est surtout très inacceptable.

 

Sur l’éducation aux réseaux sociaux

15.  Le grand public est-il familiarisé avec le fonctionnement des algorithmes, et particulièrement de ceux utilisés par les réseaux sociaux ? Adapte-t-il son comportement en conséquence ?

Les travaux existants montrent qu’en effet, lorsqu’un fonctionnement algorithmique est suffisamment connu on a tendance à l’intégrer à notre pratique. Et en général les plateformes mettent donc en place des dispositifs pour contrer ces usages « non naturels » (exemple du Google Bombing). Aujourd’hui, même en connaissant certains « tips » agorithmiques, on ne s’en affranchit pas automatiquement. Et il est beaucoup plus difficile de connaître ou de tricher avec la « totalité » d’un algorithme aujourd’hui que cela ne l’était hier.

Par ailleurs, y compris les ingénieurs qui développent ces algorithmes sont de moins en moins nombreux à en connaître la totalité des fonctionnements. Et la capacité de tourner à plein sans supervision humaine des ces algorithmes n’a jamais cessé d’augmenter. Et cela ne vas pas s’arranger. Récemment le CEO de Google, Sundar Pinchai, confiait qu’environ 30% de l’ensemble du « code » informatique utilisé par l’ensemble des produits de la société Alphabet (maison mère de Google, Youtube, etc) était directement produite par des IA.

Quand à notre comportement adaptatif, il demeure très relatif. Nous ne l’adaptons que dans la mesure où nous avons l’impression que cette adaptation va servir directement (et rapidement) nos intérêts immédiats. Sur le reste, nous sommes plutôt d’une passivité totale, nous nous laissons algorithmiser parce que tout est fait pour fausser notre perception de la balance bénéfices / risques.

 

16.  Pensez-vous que les enfants et adolescents soient suffisamment outillés, notamment par leurs établissements scolaires, pour se protéger des risques que ces algorithmes présentent ? Pensez-vous que les parents soient suffisamment outillés pour en protéger leurs enfants ?

La question de l’accompagnement aux écrans est une question … complexe. Ce que les jeunes et adolescents cherchent dans ces espaces (cf notamment les travaux de danah boyd aux USA ou d’Anne Cordier en France) ce sont des espaces qui soient transgressifs, la première transgression étant cette d’être à l’abri du regard des parents et des adultes. Les espaces numériques sont aussi ces alcôves algorithmiques qui permettent à la fois de se mettre à l’abri (du regard de l’adulte), d’être ensemble (y compris parfois « seuls ensemble » comme l’explique Shirley Turckle), et d’être dans la transgression autant que dans la construction d’un intime. Et cela est tout à fait normal et ne doit sous aucun prétexte être condamné ou, pire, criminalisé. Le problème, le seul et le grand problème, c’est que la construction de cet intime est toujours scruté par des autorités qui ne sont plus « parentales » mais industrielles.

Bonne nouvelle : on observe déjà et très largement des pratiques de « sevrage » temporaire mises en place par les adolescents et jeunes adultes. Cela peut-être à l’approche d’un examen à la fac, du bac français, etc. Pratiques où ils et elles désinstallent temporairement l’application de leur smartphone. Cela veut dire (pour ces publics) qu’une bonne partie du travail de pédagogie est déjà fait. Il faut ensuite trouver un effet cliquet, qui permette d’éviter de délétères retours en arrière. Et c’est bien là le rôle de la puissance publique.

Rappeler aussi que l’enjeu n’est et ne doit pas être d’interdire les écrans, mais de disposer, dans le cadre de l’organisation de notre vie sociale, éducative, publique et citoyenne, d’espaces qui demeurent des espaces non nécessairement déconnectés ou sans écrans, mais à tout le moins sans écrans et connexions qui ne soient autres que collectives ou a minima duales.

A ce titre oui, je suis convaincu par exemple qu’à l’école et au collège, les smartphones devraient être totalement interdits, dans les cours (de récréation) comme en cours. Et vous savez quoi ? Accrochez-vous bien. BINGO. C’est déjà le cas 🙂

Et qu’au lycée et même à l’université, ils devraient continuer de l’être pendant les cours. Mais qu’il n’est pour cela ni utile ni nécessaire de passer par la loi. C’est à chaque enseignante ou enseignant et éventuellement à chaque université ou composante de le décider et surtout, surtout, surtout, de l’expliquer. Parce qu’il ne s’agit pas de faire oeuvre de censure ou de police. Mais parce que si l’on considère que la transmission de savoirs tout comme l’acquisition des sociabilités primaires et fondamentales, passe par un pacte attentionnel minimal aux autres et à celui ou celle en charge de vous les transmettre et de vous les faire acquérir, alors il faut aussi accepter que celui ou celle qui est en charge de cela, quelque soit son talent et sa détermination, ne sera jamais, absolument jamais, en situation de rivaliser attentionnellement avec un objet technologique qui contient à lui seul tous les savoirs et toutes les sociabilités du monde.

Rappeler aussi que la question de la santé mentale, notamment chez les jeunes, est toujours, toujours multi-factorielle : elle tient à la fois à des paramètres éducatifs, culturels, familiaux, économiques. Donc il peut y avoir aussi bien des corrélations que, dans certains contextes, des causalités entre l’usage de TikTok et les questions de santé mentale. Mais si l’on veut s’attaquer (et il le faut) aux questions de santé mentale qui affectent désormais de manière alarmante des générations entières, alors il faut aussi et surtout traiter la question des politiques de santé publiques.

Rappeler enfin qu’il existe des métiers (professeurs documentalistes) et des organismes (CLEMI) qui font ce travail formidable au long cours. Il faut en créer davantage et leur donner des moyens sans aucune commune mesure avec ceux actuels.

Questions générales

17.  De quels mécanismes de contrôle étrangers la France ou l’Europe devraient-elles, d’après-vous, s’inspirer ?

Je crois avoir déjà répondu plus haut que nous disposions de suffisamment de textes et règlements à l’échelle Européenne. Et qu’il reste à les appliquer entièrement.

 

18.  Avez-vous des recommandations à transmettre à la commission d’enquête ?

Ma première recommandation est un avertissement que je reprends de mes propos liminaires et d’un article que j’avais publié.

« Après les mensonges de l’industrie du tabac sur sa responsabilité dans la conduite vers la mort de centaines de millions de personnes, après les mensonges de l’industrie du pétrole sur sa responsabilité dans le dérèglement climatique, nous faisons face aujourd’hui au troisième grand mensonge de notre modernité. Et ce mensonge est celui des industries extractivistes de l’information, sous toutes leurs formes.

Nous avons aimé croire que le calcul intensif se ferait sans travail intensif, que le Data Mining ne nécessiterait pas de mineurs de fond, que l’informatique en nuage (Cloud Computing) ne dissimulait pas la réalité d’une industrie lourde. Nous ne pouvons plus aujourd’hui nous réfugier dans ces mensonges. Sur les industries extractivistes de l’information, nous avons l’avantage d’en connaître déjà les mécanismes et les routines ; la chance d’en observer les infrastructures de marché (du Cloud Computing au High Frequency Trading en passant par la précarisation des différentes formes de Digital Labor) ; la chance d’être capables de documenter la toxicité de ces prismes dans le cadre de certains sujets de société ; la chance d’avoir pu documenter et prouver à de trop nombreuses reprises l’insincérité fondamentale et aujourd’hui fondatrice de toutes ces plateformes et de leurs créateurs et administrateurs. Et même s’ils s’inscrivent, comme je le rappelais plus haut, dans un écosystème médiatique, économique et politique bien plus vaste qu’eux, leur part émergée, c’est à dire les médias sociaux, sont aujourd’hui pour l’essentiel de même nature que la publicité et le lobbying le furent pour l’industrie du tabac et du pétrole : des outils au service d’une diversion elle-même au service d’une perversion qui n’est alimentée que par la recherche permanente du profit. »

 

Pour le dire en d’autres termes, connaître la recette exacte du Coca-Cola ne change rien au phénomène de l’obésité : la seule chose qui compte c’est de se doter de politiques de santé publique qui éduquent, régulent, contraignent et qui dépublicitarisent, qui démonétisent symboliquement ce qu’est et ce que représente le Coca-Cola.

De la même manière, connaître l’impact du pétrole sur le réchauffement climatique et la part qu’y jouent nos modes de transport et les industriels extractivistes ne changera rien à l’avenir de la planète si l’on n’a pas de politique publiques sur l’écologie capable de proposer des alternatives aux premiers mais aussi de contraindre les seconds, et là encore de dépublicitariser, de démonétiser tout cela.

Pour les algorithmes, y compris et a fortiori pour celui de TikTok, c’est exactement la même chose : connaître son mode exact de fonctionnement ne changera rien aux errances et aux effondrements affectifs, psychologiques, conatifs, informationnels qu’il alimente. Il nous faut des politiques publiques du numérique. Dont des politiques de santé publique numérique.

Et il faut davantage de postes de professeurs documentalistes dans les lycées et collèges, avec davantage d’heures de cours dédiées à la culture numérique. Et aussi il faut financer et multiplier les structures et opérateurs comme le CLEMI. Oui je l’ai déjà dit. Mais oui je le redis. Et le redirai sans cesse.

 

[Verbatim étudiantes et étudiants]

L’échantillon est d’une petite soixantaine d’étudiantes et d’étudiants, en 1ère année de BUT Information et Communication (donc en gros âgés de 18 ou 19 ans) et avec qui j’ai déjà effectué quelques heures de cours autour des questions de culture numérique, de l’histoire d’internet et du web, et aussi un peu des enjeux sociétaux des algorithmes. La seule consigne donnée était de partir de leur expérience personnelle de la plateforme pour répondre aux questions de la commmission.

De manière générale ils et elles soulignent l’importance (et le manque) de politiques de santé publique et de communication, dans l’espace public, sur ce sujet.

  • « On voir rarement de campagne de prévention dans l’espace public sur le lien entre utilisation RS et questions de santé mentale, alors même que jamais les jeunes n’ont autant parlé de l’importance et de la fragilité de la santé mentale« 
  • « il faut renforcer la communication publique, notamment dans le cadre scolaire« 

Ils et elles soulignent également l’importance de faire à ces sujets davantage de place au collège et au lycée et surtout, d’en parler autrement que sous le seul angle de la culpabilisation ou des dérives comme le cyberharcèlement.

  • « tout le monde accuse tiktok d’être dangereux mais personne ne parle réellement des risques qui y sont associés et comment on s’en protège« 
  • « intégrer ces questions dans les machins genre Pix« 
  • « la plupart du temps, au lycée ou au collègue, ces plateformes ne sont abordées que sous l’angle du cyberharcèlement, mais jamais sous l’angle des algorithmes, de leur côté addictif, chronophage, démotivant« .

Ils et elles ont aussi une grande maturité sur la nécessité d’un contrôle d’accès réel avec une vérification de l’âge qui soit autre chose qu’un bouton « oui promis j’ai 18 ans » :

  • « faire un vrai contrôle d’accès selon l’âge, comme sur blablacar avec présentation d’un document d’identité« 

Ils et elles ont des idées très concrètes de ce qu’il faudrait obliger Tiktok (et d’autres plateformes) à mettre en place :

  • « obliger TikTok à implémenter des fonctionnalités permettant de mieux gérer le temps d’écran et à sensibiliser ses utilisateurs aux risques d’une utilisation excessive« 
  • « être plus à l’écoute des signalements. Et plus vigilants sur les contenus de type suicide : personne n’aime regarder des vidéos de suicide (ou de comment se suicider) et personne ne devrait se voir recommander des vidéos comme ça« 

J’ai enfin été particulièrement frappé, dans leurs verbatims, d’une large majorité qui indique explicitement que les impacts et effets négatifs sur leur humeur sont plus importants que les aspects positifs. Et de la manière dont ils documentent et analysent cela. Le verbatim ci-dessous résume très bien ce que j’ai lu dans beaucoup de leurs réponses individuelles :

  • « À titre personnel, tik tok a plus d’impact négatif que positif. En effet, une fois que je suis sur l’application, il m’est presque impossible de réguler mon temps passé sur cette
    dernière. Une heure est ressentie comme 15 minutes et arrêter de scroller est très compliqué. De plus, lorsque mon application est active, l’heure ne s’affiche plus sur mon écran, ce qui biaise encore plus mon rapport au temps. Ce temps passé sur tik tok est perdu pour faire d’autre activité, et souvent, je repousse les tâches que j’ai à faire. Après avoir passé plusieurs heures sur tik tok je culpabilise énormément et me sens mal. J’ai remarqué que mon moral était affecté par mon utilisation de tik tok, plus je passe de temps à scroller moins je suis de bonne humeur.« 

[Et puis soudain Gabriel Attal]

Voilà je m’apprêtais à demander à ChatGPT une version synthétique de ce long texte en extrayant les éléments mobilisables immédiatement dans le cadre d’une proposition de loi et puis soudain, je tombe sur plusieurs éléments complémentaires.

Premier élément : Gabriel Attal. Qui s’allie au pédopsychiatre Marcel Ruffo pour proposer des mesures qui sont, pour l’essentiel, des caricatures au carré. Caricature d’une pensée magique où tout est, sans indistinction, la faute aux écrans et où leur suppression guérirait donc tous les maux, et où toute cette faute mériterait donc des régimes disciplinaires qui sont autant imbéciles qu’inapplicables et dangereux en démocratie. Voici donc ce qu’ils proposent :

  • une évaluation de l’addiction aux écrans de chaque jeune à l’entrée en sixième et en seconde.
  • interdire l’accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux (et imposer une vérification d’âge sur ces plateformes).
  • imposer un couvre-feu pour les 15-18 ans qui bloque l’accès aux réseaux sociaux entre 22h et 8h.
  • faire passer l’écran en noir et blanc, pendant au moins une heure, après 30 minutes d’utilisation.
  • création d’un “addict-score” (sur le modèle du nutri-score) pour mesurer le potentiel addictif des plateformes.
  • créer une taxe de 2 % qui financerait la recherche et la prise en charge de la santé mentale.

J’ai donc immédiatement réfléchi à une critériologie assez fine permettant de caractériser chaque mesure proposée. Critériologie que voici :

  • « C’est complètement con » : 3C
  • « Inapplicable et Imbécile » : 2I.
  • « Pourquoi pas mais surtout … pourquoi ? » :  3P.

Revoici maintenant ces mesures à l’aune de mon analyse subtile.

  • une évaluation de l’addiction aux écrans de chaque jeune à l’entrée en sixième et en seconde : 3P
  • interdire l’accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux : 3C2I
  • imposer un couvre-feu pour les 15-18 ans qui bloque l’accès aux réseaux sociaux entre 22h et 8h : 3C2I
  • faire passer l’écran en noir et blanc, pendant au moins une heure, après 30 minutes d’utilisation. 3C3P
  • création d’un “addict-score” (sur le modèle du nutri-score) pour mesurer le potentiel addictif des plateformes. 3P

Je ne retiens donc que deux mesures :

  • « imposer une vérification d’âge sur ces plateformes. » Mais certainement pas pour « interdire » l’accès mais pour responsabiliser les plateformes qui organisent cet accès et font absolument n’importe quoi quelque soit l’âge réel de leurs utilisateurs et utilisatrices, âge réel que de leur côté elles sont la plupart du temps en pleine capacité de connaître (et donc d’en déduire la part d’utilisateurs et d’utilisatrices qui n’ont absolument rien à faire là puisqu’elles sont normalement interdites aux moins de 13 ans).
  • « créer une taxe de 2 % qui financerait la recherche et la prise en charge de la santé mentale. » Là je dis oui, mais je dis surtout « seulement 2% ?! »

Pour le reste, je vous invite à lire la chronique et l’analyse impeccable de François Saltiel dont je partage chaque ligne et chaque mot.

Et je vous invite aussi, à chaque fois que vous entendrez diverses gesticulations politico-médiatiques sur une interdiction totale ou partielle des écrans chez les enfants et adolescents, à relire (notamment) cet article grand public et surtout de grande utilité publique d’Anne Cordier, publié en Mai 2024, et dans lequel elle rappelle la réalité de deux points fondamentaux, celui de la panique morale sur ce sujet, et celui de la réalité des études scientifiques sur ce même sujet :

Ce phénomène des paniques morales exprime une crainte quant à la déstabilisation des valeurs sociétales, et se cristallise autour des usages juvéniles desdits écrans et des conséquences de ces usages sur la santé mentale et sociale des enfants et adolescents, ainsi que sur leur développement cognitif et leur culture générale.

Pourtant une importante et robuste étude américaine, menée sur le long terme auprès de 12000 enfants entre 9 et 12 ans, conclut sans hésitation à l’absence de lien entre temps passé « devant les écrans » et incidence sur les fonctions cérébrales et le bien-être des enfants. Pourtant encore, en France, une enquête longitudinale d’envergure, déployée cette fois auprès de 18000 enfants depuis leur naissance, montre que ce sont des facteurs sociaux qui jouent un rôle prépondérant dans le développement de l’enfant.

Malgré ces faits scientifiques, le débat autour de la place desdits écrans dans notre société se polarise, et se caractérise récemment par une ultraradicalisation des postures, ce qui a pour premier effet de porter préjudice à la compréhension de tout un chacun.

 

Je répète : « ce sont des facteurs sociaux qui jouent un rôle prépondérant dans le développement de l’enfant. » La place et l’usage des écrans n’est que l’un de ces facteurs sociaux parmi d’autres bien plus essentiels.

[Et puis soudain le Pew Internet Research Center]

Le 22 Avril 2025 est sortie une étude du Pew Internet Research Center, pile poil sur le sujet qui nous occupe : « Teens, Social Media and Mental Health. » Elle est, comme souvent, fondamentale pour bien cerner les enjeux de ce sujet. Et j’en retire les éléments suivants.

D’abord si environ 40% émettent un avis plutôt « neutre » sur l’influence des médias sociaux sur leur santé mentale, les 60% d’adolescents restants (entre 13 et 17 ans) indiquent clairement que les effets négatifs sur leur santé mentale l’emportent sur les effets positifs.

Ensuite là où les parents considèrent que les médias sociaux sont la première cause des problèmes de santé mentale, du côté des adolescents, c’est tout autre chose : 22% des adolescents désignent les médias sociaux, 17% d’entre elles et eux les phénomènes de harcèlement (j’ai bien dit de harcèlement et pas seulement de cyber-harcèlement), et 16% les « pressures and expectations« , c’est à dire les attentes sociales et parentales vécues comme autant de pressions. Là est l’un des noeuds centraux du problème de la santé mentale des adolescentes et adolescents.

Autre point essentiel qui rend encore plus débile toute tentative d’interdiction, plus d’un tiers (34%) des adolescentes et adolescents interrogés indiquent s’informer sur les réseaux sociaux sur les questions de santé mentale. Et parmi ceux-là, plus de la moitié indiquent que c’est une source d’information importante.

Enfin, et c’est là aussi absolument déterminant pour comprendre ce qui se joue et comment le réguler, les adolescentes et adolescents identifient clairement l’impact délétère et toxiques des médias sociaux sur leur travail et leurs études, sur leur santé mentale, sur leur productivité et sur leur sommeil mais dans le même temps ils indiquent tout aussi clairement l’impact très positif sur leurs amitiés et leurs socialisations. Constat qui rejoint en effet tous les travaux universitaires sur ce point : ces espaces numériques de socialisation sont nécessaires et précieux dans la construction des identités (et des intimités) adolescentes à l’abri du regard des adultes. En revanche rien n’oblige à ce qu’ils soient traversés de contenus ne répondant qu’à des logiques commerciales et qui n’ont de considération que pour des dynamiques de viralité garantissant à tout prix des effets de rente attentionnelle. La responsabilité d’y faire le tri et le ménage et d’y injecter la dose minimale de responsabilité déontologique au regard des publics ciblés et des enjeux sociétaux concernés incombe donc entièrement aux plateformes elles-mêmes, et c’est à la puissance publique de le leur rappeler et de les y contraindre. Quoi qu’il en coûte.

 

One More Thing.

J’ai ensuite demandé à ChatGPT, sur la base de ce (long) texte (celui de mes réponses à la commission), de faire une liste de 10 propositions (ou plus) concrètes dont le législateur pourrait se saisir et de reformuler ces propositions dans un format destiné à une note parlementaire ou à une présentation en commission. Je vous en livre ici le résultat.

Liste de 10 propositions pour une prochaine loi ou cadrage législatif.

[c’est ChatGPT qui parle, enfin qui écrit]

Voici une liste de dix propositions et recommandations concrètes issues du document de contribution à la commission parlementaire, que le législateur pourrait saisir pour élaborer une nouvelle loi sur le numérique et l’accès aux réseaux sociaux :

🔐 Transparence et régulation algorithmique
  1. Exiger la transparence des algorithmes sur leur dimension éditoriale : rendre publics les critères et pondérations qui déterminent l’affichage des contenus, notamment en lien avec les réactions émotionnelles (likes, colère, etc.).

  2. Obliger les plateformes à ralentir les chaînes virales : limiter les fonctionnalités favorisant la viralité (nombre de partages simultanés, forwarding de messages, etc.) pour réduire les effets de masse sur la désinformation et le harcèlement.

  3. Supprimer l’affichage public de certaines métriques (likes, vues, dislikes) pour atténuer les effets de conformité sociale et limiter les impacts délétères sur la santé mentale.

🧠 Santé publique et usage responsable
  1. Instaurer des mécanismes de contrôle d’accès efficaces pour les mineurs (vérification d’identité, seuils d’âge vérifiés comme sur Blablacar), en évitant les simples déclarations « j’ai plus de 13/18 ans ».

  2. Imposer des limites d’usage paramétrables par défaut (temps d’écran, alertes de dépassement, pause obligatoire après un temps de scroll continu) intégrées directement dans les applications.

  3. Créer une politique de santé publique numérique : reconnaître les effets psychiques négatifs des réseaux sur les plus jeunes et y répondre par des campagnes nationales et des dispositifs de prévention dans les écoles et les médias.

📚 Éducation et formation
  1. Renforcer l’éducation au numérique dès le collège : intégrer des modules spécifiques sur les algorithmes, la captation attentionnelle, les risques informationnels et les logiques économiques des plateformes.

  2. Doter chaque collège et lycée d’un(e) professeur(e) documentaliste formé(e) aux enjeux numériques et augmenter leurs heures dédiées à l’éducation aux médias.

⚖ Pouvoirs publics et contrôle
  1. Faire appliquer strictement les lois existantes (RGPD, DSA, DMA) : prévoir des sanctions réellement dissuasives en cas de non-conformité et ne pas hésiter à suspendre ou interdire temporairement des services comme cela a été fait ailleurs.

  2. Créer un droit d’accès des chercheurs publics aux corpus algorithmiques : obliger les plateformes à ouvrir des API sécurisées permettant à la recherche indépendante d’analyser les effets sociaux, psychologiques et politiques de leurs systèmes.

La note parlementaire (faite par ChatGPT).

[c’est toujours ChatGPT qui parle, enfin qui écrit]

Voici une note parlementaire structurée présentant les propositions issues du document d’Olivier Ertzscheid, à destination d’un(e) député(e) souhaitant nourrir une réflexion législative sur le numérique et les réseaux sociaux.

Objet : Propositions pour une loi sur les usages numériques et l’accès aux réseaux sociaux
Auteur : Synthèse des travaux d’Olivier Ertzscheid, Maître de conférences en Sciences de l’information
Date : [à compléter]

Contexte général

Dans un environnement où les réseaux sociaux sont devenus des médias d’“hyper-masse”, leur impact sur les comportements, la santé mentale, la circulation de l’information et la démocratie est désormais massif, continu et documenté. L’urgence n’est plus de comprendre ces effets, mais de réguler concrètement les modèles qui les produisent. Cette note propose dix axes d’action législatifs concrets.

1. Transparence algorithmique et lutte contre la manipulation attentionnelle

1.1. Transparence des logiques éditoriales des algorithmes

Obligation pour les plateformes de rendre publics les critères et pondérations influençant la hiérarchisation des contenus (types de réactions, temps de visionnage, etc.), en particulier ceux relevant de la manipulation émotionnelle.

1.2. Ralentissement des chaînes virales

Limitation par la loi des mécanismes de partage automatisés ou massifs (groupes WhatsApp, forwardings, etc.) afin de freiner les phénomènes de désinformation, de harcèlement et de polarisation.

1.3. Encadrement des métriques visibles

Obligation pour les plateformes de masquer certains compteurs (likes, vues, partages) aux utilisateurs non-créateurs pour atténuer les effets de conformité sociale et d’addiction à la reconnaissance.

2. Santé publique et encadrement de l’usage

2.1. Vérification d’âge robuste à l’inscription

Mise en œuvre d’un dispositif réel de contrôle d’âge (type pièce d’identité) pour limiter l’accès des mineurs aux plateformes sans médiation.

2.2. Limites d’usage intégrées par défaut

Imposition à toutes les applications sociales d’une fonction de régulation du temps passé : alertes, pauses obligatoires, et tableaux de bord accessibles.

2.3. Lancement d’un plan national de santé publique numérique

Campagnes publiques et programmes éducatifs pour sensibiliser aux impacts psychologiques des réseaux sociaux, en particulier chez les jeunes.

3. Éducation aux médias et renforcement scolaire

3.1. Intégration obligatoire de modules sur les logiques des plateformes

Enseignement dès le collège sur le fonctionnement des algorithmes, la captation attentionnelle et les logiques économiques des contenus.

3.2. Déploiement renforcé de professeurs documentalistes et du CLEMI

Augmentation du nombre de professeurs documentalistes et du budget alloué au CLEMI, pour assurer un accompagnement continu et de qualité dans les établissements.

4. Régulation effective et contrôle public

4.1. Application sans compromis des règlements européens (RGPD, DSA, DMA)

Sanctions systématiques et dissuasives en cas de non-respect des règles ; possibilité d’interdiction temporaire d’un service comme dans d’autres pays (ex. X/Twitter au Brésil).

4.2. Accès aux corpus pour la recherche publique

Obligation légale pour les plateformes d’ouvrir aux chercheurs indépendants l’accès à des jeux de données anonymisés, via API, afin de permettre une évaluation scientifique indépendante des effets des algorithmes.

Conclusion

Ces propositions, réalistes, urgentes et largement documentées, peuvent constituer la base d’un cadre législatif de souveraineté numérique, de protection des jeunes publics et de régulation démocratique des puissances algorithmiques.

 

Argumentaire synthétique pour une intervention en commission.

Tant que j’y suis je vous livre aussi l’introduction et la conclusion du même ChatGPT lorsque je lui demande un argumentaire synthétique de sa note parlementaire pour une intervention en commission.

Introduction.

Mesdames et Messieurs les membres de la commission,

Nous sommes aujourd’hui face à des outils devenus centraux dans la vie sociale, affective, cognitive de millions de citoyens, notamment les plus jeunes. Ces outils sont à la fois des médias d’hyper-masse, des machines à fabriquer la norme et des systèmes de captation attentionnelle, dont les effets sur la santé mentale, la désinformation et les inégalités sont désormais documentés.

Il ne s’agit plus de produire des rapports ou des constats, mais d’agir, de légiférer, de protéger.

Conclusion : l’exigence du courage politique.

Ce que nous proposons n’est ni technophobe, ni moraliste. C’est une politique de santé publique, d’éducation, et de souveraineté.
Il faut démonétiser l’attention, dépublicitariser l’espace social, et remettre du sens dans nos usages.

L’histoire nous jugera comme elle a jugé ceux qui n’ont rien fait face au tabac ou au réchauffement climatique. Il est encore temps d’agir.

 

Voilà. Le boulot est fait de mon côté. J’ai transmis à la commission mon texte avec l’intégralité de mes réponses aux questions, et leur ai également adressé les 10 propositions pour une évolution du cadrage législatif (en précisant bien sûr qu’elles étaient formulées par ChatGPT sur la base de l’analyse de mon texte). Le reste appartient maintenant à ce truc formidable qu’on appelle la démocratie.

  • ✇affordance.info
  • Cher grand administrateur de Parcoursup, cher Mister T.
    Cher grand administrateur de Parcoursup, Cher Barracuda, cher Mister T., je vais t’appeler comme cela pour protéger ton anonymat mais aussi parce que c’est un peu comme le héros télévisuel éponyme que je te vois : un type plein de chaînes en or qui brillent et qui ne sait que faire jouer ses muscles en guise de négociation, et jouit en supplément de quelques compétences en mécanique, la mécanique étant ici celle de l’administration de cette saloperie de plateforme. Je suis depuis un quart de siè
     

Cher grand administrateur de Parcoursup, cher Mister T.

2 mai 2025 à 09:35

Cher grand administrateur de Parcoursup,

Cher Barracuda, cher Mister T., je vais t’appeler comme cela pour protéger ton anonymat mais aussi parce que c’est un peu comme le héros télévisuel éponyme que je te vois : un type plein de chaînes en or qui brillent et qui ne sait que faire jouer ses muscles en guise de négociation, et jouit en supplément de quelques compétences en mécanique, la mécanique étant ici celle de l’administration de cette saloperie de plateforme.

Je suis depuis un quart de siècle enseignant-chercheur en IUT, plus précisément dans le département Information et Communication de l’IUT de La Roche-sur-Yon, et depuis quelques années je suis aussi le responsable de ce département de formation et le directeur-adjoint de l’IUT.

Et si je devais être un personnage de l’agence tous risques, je me sentirais assez proche de Looping.

L’agence Parcoursup (allégorie).
[En bas avec un cigare, le discours ministériel en mode « vous allez voir comme j’aime les plans qui se déroulent sans accrocs » ; à gauche les petits futés de l’ingénierie qui déploient un algorithme de hiérarchisation des veux sans permettre la hiérarchisation des voeux ; à droite les gros malins qui sortent leurs muscles et leur fer à souder pour transformer une camionnette haut de gamme en char d’assaut pour défoncer les rêves d’une génération entière ; en haut les doux-dingues qui tentent encore de trouver une forme de cohérence dans toute cette merde.]

 

Voilà donc près q’un quart de siècle que j’enseigne et sélectionne des dossiers dans une formation qui est ce que l’on appelle une formation « sélective ». Certes, depuis 20 ans de mise à mort de l’université publique et d’alignement avec les logiques néo-managériales dont Parcoursup est l’instrument, toutes les formations sont devenues sélectives puisqu’il n’y a jamais assez de places pour accueillir dignement toutes celles et ceux qui demandent à l’être, mais disons que les IUT gardent cette particularité sélective affirmée.

Une particularité sélective qui s’est toujours différemment déclinée. Aujourd’hui et depuis maintenant 3 ans on nous demande et nous impose en complément de tout le reste, des quotas de sélection de bacs technologiques. Et pourquoi pas. On aurait pu penser différemment l’accueil de ces publics, le financer aussi pour leur permettre de compenser certains écarts dans les enseignements que reçoivent les bacheliers généraux, on ne l’a bien sûr pas fait, ou alors on nous a demandé de le faire « à moyens constants », mais bref.

Dans « mon » département information et communication, nous recevons énormément de dossiers. Enormément. Chaque année. Y compris depuis avant Parcoursup et même avant APB (Admission Post-Bac, ancêtre de Parcoursup). Enormément. Nous avons 60 places et nous recevions autour de 900 à 1000 dossiers complets, 1000 potentiels futurs étudiants qui, comme on dit, « maintiennent leurs voeux ». Et depuis un quart de siècle, y compris à l’époque des dossiers « papier », bah nous les regardons tous. Nous regardons tous les dossiers. Individuellement. En détail. Cela nous prenait et nous prend toujours un temps extrêmement important et dans des fourchettes calendaires de plus en plus ténues (a fortiori si l’on souhaite par exemple organiser des entretiens, procédure à laquelle nous avons renoncé pour cette année).

Cher Barracuda, cher Mister T., cher grand administrateur de Parcoursup, si je t’écris aujourd’hui c’est parce que je viens de t’envoyer ce même mail sur ton adresse universitaire et sur celle du ministère, et que je vais aussi t’envoyer, sur ces mêmes adresses, non pas les 900, non pas les 1000, mais les 1800 dossiers que nous avons reçu cette année.

Mais avant cela je vais t’expliquer la raison de mon courroux, de mon ire, de l’envie qui m’étreint d’enserrer tout élément de ton anatomie dans une presse hydraulique tout en te prodiguant des soins du corps à l’aide de matières abrasives pendant que tu serais contraint de chanter du Céline Dion en Wolof (mon côté Looping qui ressort hein)

Cher Barracuda, cher Mister T., cher grand administrateur de Parcoursup, voilà maintenant plus de 4 ans que chaque année, nous faisons appel à ta magnanimité pour nous autoriser, nous filière sélective, à faire un truc totalement dingue : demander aux candidats de joindre à leur dossier Parcoursup un compte-rendu d’entretien avec un ou une professionnelle du métier dans lequel ils s’imaginent aujourd’hui à l’issue de leur formation. C’est pour nous un document très important car face à des dossiers Parcoursup dont chaque élément (de la lettre de motivation à la fiche avenir en passant par l’inénarrable « activités et centres d’intérêts ») est de plus en plus stéréotypique et rédigé soit par la famille, soit par la famille de ChatGPT, et dans un contexte où les lycéennes et lycéens se voient en effet conseillés de multiplier leurs voeux (sans les hiérarchiser, ce qui est une autre coupable ânerie), et bah figure-toi que notre « compte-rendu d’entretien avec un ou une professionnelle » est une pièce important pour mesurer la pertinence, la sincérité, et l’engagement d’une candidature parmi 1000 autres semblables.

Mais toi, toi cher Barracuda, cher Mister T., cher grand administrateur de Parcoursup, toi cela ne te va pas. Tu trouves que cela « brise l’égalité républicaine ». Tu trouves que c’est même carrément, je te cite, discriminatoire. Et quand je t’interpelle sur le sujet tu m’expliques avec tes gros muscles et tes chaînes en or qui brillent, que « tu sais de quoi tu parles » et que toi aussi tu as déjà enseigné en IUT, et que demander cela privilégierait des jeunes issus de milieux aisés ou avec des familles qui pourraient les aider ou disposeraient de contacts et de réseaux dont d’autres ne bénéficient pas. Et moi depuis des années je te dis et t’explique (ainsi qu’aux services du rectorat et aux points d’entrée ministériels qui portent ta parole), que c’est n’importe quoi.

C’est n’importe quoi parce que primo nous sommes déjà une formation sélective et que le processus de sélection actuel comporte déjà un si grand nombre de biais liés au capital culturel, au capital social et au capital économique que Bourdieu est à deux doigts d’atteindre le noyau terrestre à force de se retourner dans sa tombe.

C’est n’importe quoi parce toutes les années où nous avons pu disposer de ce compte-rendu d’entretien, nous avons, comme pour tous les autres éléments du dossier, naturellement intégré cette question des biais liés au capital social et culturel et que nous n’avons jamais pénalisé celui qui était allé voir son libraire Cultura par rapport à celui qui avait contacté une maison d’édition élitiste parisienne, pas davantage que celui dont le daron lui avait négocié un entretien avec un grand responsable des politiques culturelles au ministère par rapport à celui ou celle qui était allé voir le ou la documentaliste de son lycée. Parce que figure-toi, cher Barracuda, cher Mister T., cher grand administrateur de Parcoursup, figure-toi que nous nous efforçons de manière continue d’oublier d’être totalement cons. Une routine à laquelle possiblement tu pourrais t’astreindre si tu en as le temps, l’envie et le loisir.

Alors voilà. Depuis maintenant 4 ans, c’est chaque année la guerre, et en plus de tout le reste, il faut chaque année t’écrire (enfin écrire au rectorat qui ensuite te transmets …), chaque année il faut réexpliquer tout cela, le réargumenter, chaque année tu nous expliques que non, chaque année on insiste, chaque année on essaie de poser la question dans les visios que tu organises et où se retrouvent plus de 200 personnes en même temps, et chaque année à la faveur d’un malentendu nous finissons par obtenir gain de cause. On s’y épuisait, on y perdait un temps et une énergie considérable, on s’ajoutait des niveaux de stress importants ainsi qu’à nos équipes de collègues, mais à la fin ça passait. Et tout allait aussi bien que possible.

Mais cette année, tu as serré la vis. Et pas simplement pour nous mais pour l’ensemble des IUT dont l’ensemble des BUT Information et communication. Interdiction formelle et définitive d’ajouter d’autres éléments que ceux demandés par Parcoursup (donc que des éléments moisis et caviardés). Pas de pièce complémentaire quelle qu’elle soit. Rien. Nib. Nada. Que Tchi. Que dalle. Peau de zob.

Donc pour nous, pas de « compte-rendu d’entretien avec un ou une professionnelle ». Alors avant de prendre cette décision, je t’avais dit ainsi qu’aux services rectoraux qui sont à tes ordres, que c’était n’importe quoi. Parce que si on enlève cette pièce additionnelle, le nombre de dossiers que l’on reçoit va littéralement exploser avec pour l’essentiel des candidatures « de remplissage », c’est à dire des lycéens et lycéennes qui mettent notre formation simplement pour épuiser leur nombre de voeux disponibles. Sauf que bah nous derrière notre recrutement ne change pas : nous continuons d’examiner en détail chacun des dossiers que nous recevons.

Et puis ce que je t’avais déjà dit et expliqué à l’époque où je n’étais responsable de rien et où nous nous emplumions en DM sur Twitter, c’est que c’était tout de même étonnant de considérer que pour des IUT (qui accueillent beaucoup de publics boursiers et de milieux plutôt modestes) cette pièce complémentaire était une rupture de l’égalité républicaine et une discrimination, alors que pour les écoles d’art dont je t’épargne la sociologie, le fait de demander des portfolio, des Books et des recommandations t’en touchait une sans te bousculer l’autre comme se plaisait à la verbaliser un ancien président de la république. Même chose pour toutes les formations (publiques !!) qui dans le cadre de Parcoursup demandent 50 ou 100 euros pour valider le voeux au titre du passage d’un concours (bisous les copains et copines en école d’ingénieurs), là aussi il n’y a visiblement rien qui ne vienne heurter ta sensibilité républicaine. Mais que l’on demande à des étudiants d’aller rencontrer des professionnels (même en visio ou par téléphone pour leur éviter des frais et pour celles et ceux qui sont loin des grands centres urbains) et d’en faire un court compte-rendu pour attester de leur engagmeent et de leur motivation autrement qu’avec 3 paragraphes rédigés par ChatGPT et qu’au travers d’un stage de troisième et des voyages extra-scolaires que leur famille aura été en capacité de leur offrir ou pas, alors là, pour toi cher Barracuda, cher Mister T., cher grand administrateur de Parcoursup, ça c’est un grand scandale inacceptable qui brise toute forme d’égalité républicaine à proportion de ce que ta position sur le sujet me brise les organes reproducteurs.

Mais bon dans toute lutte par mail contre l’administration du rectorat qui est à tes ordres et ne fait que véhiculer ta parole, nos défaites sont avant tout celles de l’épuisement. Mais j’avoue que nous avons, j’avoue que j’ai perdu. Cette année tu as été d’une fermeté toute Bétharamienne. Cette année nous n’avons pas pu demander de compte-rendu d’entretien. Cette année, comme je te l’avais expliqué et annoncé, nous avons donc reçu non pas autour de 900 dossiers complets et confirmés pour 60 places mais plus de 1800 dossiers. Le double. La mathématique est aussi implacable que la bêtise crasse de ton entêtement déplacé autant que malhonnête. Car évidemment parmi ces 1800 dossiers que nous commençons à terminer de traiter, jamais nous n’avions eu autant de candidatures de remplissage, sans aucune volonté réelle de venir dans notre formation, des candidatures bâclées, négligées, presqu’entièrement « fake », des candidatures « copiées-collées ». Des candidatures que nous n’avions jamais (ou de manière très marginale) les années où nous pouvions en toute impunité briser l’égalité républicaine.

Le truc c’est qu’en plus de s’acharner à continuer d’oublier d’être cons, nous continuons aussi à faire preuve de déontologie et d’honnêteté et que nous continuons donc de regarder chaque dossier. Donc cette année nous en regardons deux fois plus que les années précédentes. Mais comme il y a au moins la moitié des dossiers qui sont sans intérêt et que nous disposons du même temps que les années précédentes pour les analyser, le résultat est simple : nous disposons de deux fois moins de temps à passer à analyser des dossiers sincères et engagés. Et ça, cher Barracuda, cher Mister T., cher grand administrateur de Parcoursup, c’est ta pleine et entière responsabilité. Ta putain de pleine et entière responsabilité.

Alors voilà. Je vais maintenant t’envoyer la totalité de ces dossiers par mail. Il y en a 1800. J’espère que la capacité de ta boîte mail est adaptée. Je vais aussi t’adresser directement ce billet de blog. Et je vais conclure en te redisant ce que je t’avais déjà dit et écrit la première fois où nous avions, de manière disons « virile mais correcte » débattu de ce sujet : il n’y a que deux issues possibles dans ton travail. Seulement deux.

La première est de considérer les avis des équipes pédagogiques au plus près de l’analyse des dossiers comme des avis purement torcheculatoires et de nous amener à terme vers un système dans lequel les mêmes équipes finiront par totalement se désengager de l’analyse « humaine » des dossiers et laisseront la grande machine Parcoursup fonctionner comme une saloperie de machine à calculer : on prendra les notes, on appliquera des coefficients, et en un clic on aura un classement. Un classement de merde, un classement totalement arbitraire et profondément inégalitaire, mais un classement. Et on arrêtera de passer une semaine ou quinze jours à temps plein à regarder des dossiers (quand on a la chance d’avoir des équipes pédagogiques avec suffisamment d’enseignant.e.s permanent.e.s pour se le permettre, ce qui est de moins en moins le cas de toute façon).

La seconde issue possible consiste à considérer que les équipes pédagogiques savent ce qu’elles font, et à leur concéder la dernière part d’autonomie dont elles peuvent jouir dans un processus de recrutement et de sélection par ailleurs déjà presque totalement préempté par des cadres et des routines qui ne font qu’accroître les inégalités en automatisant les manières de les détecter, de les analyser et de les envisager.

Sur ce je te laisse parce que tu as un peu de pain sur la planche. Il te reste une quinzaine de jours pour analyser ces 1800 dossiers. Bon courage.

 

Mourir pour des données, d’accord, mais de mort lente. Ou pourquoi pour la 1ère fois j’ai cédé à une menace de procès.

21 avril 2025 à 13:03

Suite à une mise en demeure d’avocats représentant les intérêts du cabinet dont je dénonçais les agissements dans un article, mise en demeure m’enjoignant de supprimer la totalité de cet article avant le 22 Avril, je fais le choix de m’y plier et de le retirer de la publication. Vous trouverez donc ci-dessous des éléments d’explication détaillés sur la justification de cette décision.

——————————

Voila plus de 20 ans que je tiens ce blog en mon seul nom et sous ma seule responsabilité éditoriale. Près de 3000 articles (une moyenne de douze par mois), avec beaucoup d’articles d’analyses, pas mal d’articles d’opinions, et quelques bons coups de gueule à valeur essentiellement cathartique (pour moi en tout cas).

En 20 ans je n’ai été menacé de procédure juridique qu’à 3 reprises.

La première fois c’était en 2015, lorsque j’avais diffusé le journal d’Anne Frank, dans sa version originale, à date de son entrée dans le domaine public. Les avocats du fonds Anne Frank m’avaient alors menacé d’une action en justice et d’une astreinte journalière de plusieurs milliers d’euros tant que je ne retirerai pas le texte. J’ai maintenu le texte original en ligne. D’autres, dont la députée Isabelle Attard m’ont rejoint et ont également partagé le texte. Et je n’ai plus eu de nouvelles des avocats du fonds Anne Frank.

La deuxième fois c’était en 2017 à l’occasion d’un article sur les dynamiques de haine en ligne, lorsque je revenais vers les premières dérives des campagnes Adwords avec Arnault Dassier à leur initiative lorsqu’il était responsable de la stratégie digitale de l’UMP. C’est lui qui me menaça de poursuites, ne supportant pas de voir son nom accolé à l’expression « marketing de la haine » dans mon article et considérant cela comme diffamatoire et m’enjoignant de supprimer son nom de l’article. Résultat : je vous laisse juges de ce qu’il advînt dans la mise à jour au début de l’article.

Et la troisième fois c’est donc cette semaine d’Avril 2025. Et c’est un cabinet « d’expertise technologique, normative et réglementaire dans les domaines de la confiance numérique et de la cyber sécurité » qui, via un cabinet d’avocats, menace de me poursuivre en justice pour diffamation, injure publique, et violation du secret des correspondances. Au regard des critères éclairés de Maître Eolas, même si je suis totalement serein sur le fond de l’affaire, la forme du courrier du cabinet d’avocat ne laisse que peu de doute sur leur détermination de réellement me poursuivre si je ne retire pas l’article en question.

Pour rappel, ce « cabinet d’expertise technologique, normative et réglementaire dans les domaines de la confiance numérique et de la cyber sécurité » a contacté l’association étudiante dont je m’occupe (la Ma’Yonnaise épicerie) et qui organise des distributions alimentaires pour les étudiant.e.s sur le campus de Nantes Université à La Roche-sur-Yon, pour nous proposer un scénario dans lequel nos bénéficiaires (donc des étudiant.e.s précaires) pourraient, contre rétribution versée à l’association, vendre leurs données biométriques à ce cabinet.

S’ensuivit un échange entre moi (depuis la boite mail de l’épicerie solidaire) et le cabinet en question. Echange auquel j’ai rapidement mis fin considérant l’activité de ce cabinet plus que suspecte sur le fond, totalement déplacée sur la forme, et considérant qu’accessoirement en droit français, la vente de données biométriques contre rémunération (a fortiori pour des populations précaires) ne peut et ne doit devenir ni un marché ni un horizon.

Je prends donc la décision de raconter toute cette affaire dans un article sur ce blog sous le titre « Etudiants en situation de précarité ? Vendez-nous vos données. De la biométrie et des cabinets vautour qui tournent autour. » J’y cite les échanges (non nominatifs bien sûr) avec mes deux interlocuteurs de ce cabinet (voilà pour la violation du secret des correspondances). Echanges qui, je le rappelle, ont démarré avec la proposition suivante :

« Nous recherchons actuellement des volontaires pour participer à un test simple et rapide (sic). Celui-ci consiste à s’inscrire sur une plateforme, puis à enregistrer une série de courtes vidéos du visage sous différents angles. En contrepartie, nous proposons de reverser un don de 15 € par participant ayant validé le test. Par exemple, pour 50 participants, votre association recevra un don de 750 €. Nous espérons que cette collaboration pourrait constituer une ressource financière supplémentaire pour soutenir vos activités et projets. »

 

J’agis et réagis avec ma casquette de responsable de l’association et surtout, surtout, avec ma casquette d’universitaire dont l’un des axes et terrains de recherche est précisément la question de notre vie privée numérique et les questions liées à l’exploitation de nos données personnelles.

Le ton est vif et j’assimile à plusieurs reprises les pratiques de ce cabinet à des pratiques de crapules et de vautours (voilà pour la diffamation et l’injure publique).

Et cette semaine, une dizaine de jours après la parution de mon article, je reçois le courrier suivant avec mise en demeure de retirer totalement l’article incriminé dans un délai de 5 jours (avant le 22 Avril).

 

Je joins ici le fichier pdf pour une lecture plus facile : 2025 04 15_ mise-en-demeure.pdf

L’intimidation et la tentative de procédure bâillon se caractérisent aussi par le fait de mettre en copie de ce courrier la présidente de Nantes Université au motif que, je cite « l’ensemble de ces propos a été tenu en votre qualité de Maitre de conférences de l’Université de Nantes« . Ce qui est faux (je me suis toujours exprimé au titre exclusif de co-responsable de l’association qui organise ces distributions alimentaires), et ce qui est aussi une vision assez trouble de ce que l’on nomme la liberté académique.

Si j’avais agi uniquement en mon nom propre ou au titre de Maître de conférences de l’université de Nantes, j’aurais, sans aucun souci ni autre questionnement, laissé l’article incriminé en ligne et attendu sereinement la suite en proposant simplement un droit de réponse au cabinet concerné. Je n’ai me concernant, absolument aucune crainte. Je n’ai pas cédé aux avocats du fonds Anne Frank dans une affaire où les enjeux se chiffraient en millions d’euros (le journal d’Anne Frank est l’un des livres les plus vendus de tous les temps et continue de l’être) et concernaient, en termes de droit d’auteur et de domaine public, l’ensemble des lois et règlementations internationales. Donc cette forme de menace et de procédure bâillon ne m’impressionne pas (même s’il n’est jamais agréable de recevoir un tel courrier).

Mon absence de crainte est d’autant plus forte qu’une nouvelle fois, sur le fond, je suis absolument certain de mon bon droit et du fait que ce « cabinet d’expertise technologique, normative et réglementaire » fait absolument n’importe quoi et que ce n’importe quoi cible et met en danger des populations précaires dans une forme d’intime matérialisée par la transaction commerciale proposée autour de données biométriques sans que jamais et à aucun moment ne soient indiqués les cadres d’usages, d’exploitation, de durée, etc. Pour rappel le seul cadre indiqué dans la sollicitation de ce cabinet était « Nous recherchons actuellement des volontaires pour participer à un test simple et rapide (sic). Celui-ci consiste à s’inscrire sur une plateforme, puis à enregistrer une série de courtes vidéos du visage sous différents angles. » 

Alors pourquoi obéir à l’injonction et à cette forme de procédure bâillon ? Parce que dans cette affaire, si elle se porte jusqu’à un tribunal, je ne veux qu’en aucune manière l’association dont je m’occupe puisse être impactée financièrement, moralement, ou même symboliquement en voyant son nom associé à une procédure en justice. Et si cela devait tout de même se produire, la responsabilité en incomberait donc uniquement à ce cabinet puisqu’en effet et selon les termes de leurs avocats, ce retrait n’engage pas nécessairement la fin de la procédure de leur côté. Je les en laisse désormais juges et continue d’espérer désormais au moins trois choses.

Premièrement que des journalistes et des associations de défense des libertés numériques se saisiront de ces éléments et iront enquêter sur ces pratiques, celles de ce cabinet en particulier mais aussi celles d’autres probablement semblables.

Deuxièmement que si d’autres associations ont reçu de telles sollicitations, elle n’hésitent pas à me contacter ou à rendre publics ces éléments.

J’espère, troisièmement, que les autorités indépendantes que sont la CNIL et l’ANSSI, jusqu’ici silencieuses, se saisiront des éléments de ce dossier pour faire toute la lumière sur les pratiques de ces cabinets dans le domaine de la sollicitation de vente de données biométriques auprès de populations précaires, d’autant que lesdits cabinets se prévalent d’autorisations de leur part.

J’espère enfin, que cette « petite histoire », aura pour intérêt de rappeler dans le débat public que ce genre de dérives déjà largement présentes ailleurs dans le monde, sont et seront, en France, de plus en plus essentielles à documenter et à combattre. Je vous en parlais déjà via la chasse aux corps des plus pauvres à des fins d’exploitation biométrique, au moment où déjà près de cinq millions de personnes (dont un million d’argentins) ont malheureusement accepté pour atténuer un peu leur misère. Et cette semaine encore, les alertes de cette dépêche AFP ou cette chronique d’un monde connecté sur France Culture, devraient nous mobiliser toutes et tous car le futur qu’elles dessinent est au-delà de l’alarmant sur le plan sociétal comme sur le plan politique (je rappelle par exemple que ce cabinet qui me menace d’un procès indique sur son site intervenir notamment dans des « Systèmes de gestion de contrôle aux frontières (Gates, entry-exit). »

Pour le dire d’une phrase : ce dont nous devons absolument parler et ce que nous devons absolument combattre c’est un capitalisme de malfrats avec la marchandisation des données biométriques des plus précaires comme poste avancé.

Parce que tous ces êtres humains, toutes ces populations, le plus souvent précaires, que l’on dévisage en leur jetant l’aumône, ne nous laissent collectivement envisager aucun futur désirable.

 

  • ✇affordance.info
  • L’indigne et les indignés. Chronique d’une a-réalité.
    En une seule journée (c’était en début de semaine), nous avons donc eu la Une du JDNews (émanation putride de l’empire Bolloré) avec la phrase de Wauquiez sur l’enfermement et la déportation des OQTF à Saint-Pierre et Miquelon, mais aussi la sortie médiatique d’Elisabeth Borne expliquant qu’il fallait réfléchir très tôt à son orientation, et même « dès la maternelle » (le verbatim complet est le suivant « Il faut se préparer très jeunes, presque depuis la maternelle, à réfléchir à la façon dont
     

L’indigne et les indignés. Chronique d’une a-réalité.

11 avril 2025 à 12:43

En une seule journée (c’était en début de semaine), nous avons donc eu la Une du JDNews (émanation putride de l’empire Bolloré) avec la phrase de Wauquiez sur l’enfermement et la déportation des OQTF à Saint-Pierre et Miquelon, mais aussi la sortie médiatique d’Elisabeth Borne expliquant qu’il fallait réfléchir très tôt à son orientation, et même « dès la maternelle » (le verbatim complet est le suivant « Il faut se préparer très jeunes, presque depuis la maternelle, à réfléchir à la façon dont on se projette dans une formation et un métier« ).

« Et reprenons un peu de saucisson. »

Notez que la langue française est formidable car depuis la publication de cette Une, il est déjà passé dans le langage courant que l’on ne dit plus « con comme ses pieds » mais désormais « con comme Wauquiez« .

« Passé les bornes y’a plus de limites. » (Emile. 7 ans. CE1)

Cessons de louvoyer et d’y aller par demi-mesures, je propose de mon côté de réfléchir à un monde dans lequel les enfants qui n’auraient pas de projet professionnel clair à l’issue du CP seraient placés sous OQTF et déportés une bonne fois pour toutes dans des orphelinats militaires à Saint-Pierre et Miquelon.

« Quelle indignité. »

Sur les médias sociaux d’abord, sur les plateaux télé ensuite, dans les radios enfin, et parfois simultanément dans l’ensemble de ces biotopes médiatiques, ces propos ont été moqués, ridiculisés, dénoncés, combattus, ils ont aussi parfois été soutenus et défendus, et ils ont donc atteint leur objectif premier qui est de … circuler massivement (mais concernant Wauquiez, même sur CNews ils étaient à un doigt de trouver ça raciste et complètement con et puis finalement ils ont pris un whisky d’abord).

Oui bien sûr il y a de la fenêtre et surtout du rétroviseur d’Overton là-dedans, oui bien sûr derrière la Une travaillée et délibérément choquante du JDNnews comme derrière la sortie de route de Borne qui doit être lue comme un authentique lapsus tout à fait révélateur de son projet politique, oui bien sûr il y a l’idée d’élargir encore la fenêtre et le rétroviseur d’Overton et de nous préparer.

Mais il y a aussi cette forme fondamentale et chimiquement pure d’une rhétorique de l’indignation. Depuis que les réseaux et médias sociaux existent, nombre d’études scientifiques ont montré que le ressort principal et constant de la circulation virale des contenus était celui de l’indignation, indignation directement liée au sentiment de colère face à une injustice. L’indignation suite à la colère liée à une injustice en paroles ou en actes, est l’émotion qui sollicite le plus directement notre nécessité de réaction. On ne peut pas ne pas réagir lorsque des propos nous indignent et nous placent sous le coup de la colère.

L’indignation, en tout cas dans son expression virale, nous plonge également dans une posture cognitive « a-rationnelle ». On ne répond pas rationnellement à des propos qui nous indignent. L’indignation porte en elle l’effet miroir de sa réponse qui ne peut être qu’elle-même indignée. L’indignation contraint à d’autres réponses indignées qui elles-mêmes … ad libitum.

En France, en démocratie, les sorties de route ou déclarations suscitant de l’indignation se multiplient comme jamais auparavant et si ce sont les deux pôles radicaux de l’échiquier politique qui la monopolisent le plus, c’est bien l’ensemble du spectre qui s’y fourvoie avec une pathétique délectation. Parce qu’en termes d’agenda, il importe à toutes les formations politiques de dicter autant qu’elles le peuvent celui de nos indignations collectives (et donc sélectives).

On se souvient bien sûr de la phrase de Hannah Arendt : « Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez. »

Remplaçons maintenant le mensonge par l’indignation. Ce qui donne « Quand tout le monde tient des propos suscitant l’indignation en permanence, le résultat n’est pas que vous vous indignez vous-même, mais que plus personne ne peut être autrement qu’indigné. Un peuple qui ne peut plus être autrement qu’indigné en permanence ne peut se faire une opinion. » La suite de la phrase d’Arendt reste inchangée. « Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez. »

Ces indignations, celles que véhiculent des écosystèmes idéologiques comme ceux de Stérin et de Bolloré, ces indignations programmatiques prennent le relai du mensonge et achèvent de déréaliser l’ensemble de nos repères informationnels et de nos représentations sociales collectives.

D’abord on vous ment. Puis sans vous laisser le temps de disserter sur le mensonge on vous indigne. Et vous vous indignez. Souvent ces mensonges suscitent de l’indignation. Souvent ces indignations mobilisent des mensonges pour les apaiser ou au contraire les alimenter et les accompagner. Et alors tout devient possible. Les faits alternatifs – qui mobilisent des systèmes de coordonnées auto-référentiels et qui n’ont plus besoin d’aucune autre validation que celle de la pure croyance – se généralisent et se systématisent. On peut tout à fait tenir un rassemblement sur une place à demi-vide, on peut montrer les images de cette place à demi-vide et affirmer sans sourciller que cette place était pleine. Trump l’avait fait pour son premier discours d’investiture lors de sa première élection, le rassemblement national l’a encore fait le week-end dernier. L’indignation porte en elle un phénomène dissociation : ce n’est plus le réel qui importe mais le discours sur le réel qui seul est débattu, y compris s’il se détache complètement du réel.

Ce que nous sommes en train de perdre c’est tout un système de coordonnés. Des coordonnées spatiales, géographiques (le changement de nom du Golfe du Mexique n’est pas seulement une lubie ou un coup de comm de la part de Trump), des coordonnées temporelles, informationnelles, culturelles.

Récemment un article paraissait qui expliquait la manière dont (une partie de) l’algorithme de TikTok fonctionnait :

« (…) comment une vidéo arrive-t-elle jusqu’à vous ? Tout commence par un immense réservoir, le « pool de contenu », où atterrissent toutes les nouvelles vidéos postées. Mais attention, elles ne passent pas toutes le filtre. Une première évaluation élimine celles qui ne respectent pas les règles. Ensuite, c’est l’étape du « rappel », où l’algorithme trie rapidement pour trouver ce qui pourrait vous plaire. Là, entre en scène le « Dual Tower Recall », un modèle qui transforme vous et les vidéos en points dans un espace numérique. On peut imaginer un grand tableau avec des coordonnées. Vous êtes un point, et chaque vidéo aussi. Si vos points sont proches, la magie s’opère, la vidéo vous est proposée. Ce système repose sur des calculs mathématiques complexes, mais l’idée est simple : plus vos goûts « matchent » avec une vidéo, plus elle a de chances d’apparaître sur votre écran.« 

 

Un système de coordonnées dans un espace numérique où nous sommes un point parmi tant d’autres, tout comme la théorie des graphes (notamment des graphes invariants d’échelle) permet de modéliser les infrastructures relationnelles des réseaux sociaux massifs.

La métaphore du « grand tableau » avec des coordonnées dans laquelle nous sommes autant de « points » et où les contenus en sont d’autres qu’il s’agit d’apparier, est relativement exacte et fonctionnelle (voilà plus de 20 ans que nous disposons en effet d’études scientifiques dans le champ des systèmes et algorithmes de prescription et de recommandation et de la théorie des graphes qui permettent de modéliser tout cela).

Là où en effet les systèmes d’appariement et de recommandation algorithmiques nous offrent et disposent de coordonnées extrêmement précises leur permettant de satisfaire la part la plus déterministe de nos attentes et de nos comportements à commencer par les plus singuliers et les plus grégaires, l’ensemble des autres systèmes référentiels collectifs de coordonnées culturelles, historiques, politiques et informationnelles se sont disloqués ou sont en train de s’effondrer sous les coups de boutoir redoublés des mensonges instrumentaux et des indignations brandies comme autant de stratégies comportementales de renforcement. En tout cas ils agissent beaucoup moins de manière « cadrante » et l’ensemble des phénomènes documentaires allant des pures Fake News aux faits alternatifs en passant par les artefacts génératifs, les mensonges instrumentaux et les indignations programmatiques finissent par produire des formes de décrochage du réel qui sont le point d’adhérence d’un grand nombre de dérives tant idéologiques que politiques, sociales et économiques.

Et l’ère des capitalistes bouffons armés de tronçonneuses ne fait qu’accélérer encore ces dérives désormais quotidiennes.

S’il fallait résumer tout cela par un dessin ce pourrait être celui-ci.

 

Les coordonnées de notre monde social se déplacent bien sûr aussi. Elles bougent. Le plus souvent dans la sens du progressisme, mais parfois également dans de mortifères conservatismes ou d’alarmantes régressions. Les coordonnées de notre monde ‘ »algorithmique », c’est à dire l’ensemble des référentiels produits par les technologies et dans lesquels nous sommes en permanence passés au crible, ces coordonnées là se déplacent non seulement beaucoup plus vite mais de manière aussi beaucoup plus incohérente car n’ayant pas nécessité d’attache dans le réel. De ce décalage naissent des formes de décrochage, de dissociation, de scission entre des systèmes de coordonnées qui si elles ne se tiennent plus ensemble, laissent place à toutes les dérives et à toutes les incompréhensions possibles.

Dans la situation 1, les coordonnées de notre monde social et de notre monde algorithmique se recouvrent presqu’entièrement et de manière cohérente. Seuls de petits espaces subsistent dans lesquels le monde algorithmique se singularise et dans lesquels le monde social peut exister indépendamment du monde algorithmique.

Dans la situation 2 en revanche, il est tout un pan (hachuré) de notre monde social qui n’a presque plus de liens, de coordonnées communes avec notre monde algorithmique. Et réciproquement.

Stéphane Hessel, en 2010, nous invitait à nous indigner. Indignez-vous. Dans le sillage de l’appel des Résistants aux jeunes générations du 8 mars 2004 (lors de la commémoration du 60ème anniversaire du programme du CNR), cet appel à l’indignation était avant tout un appel à l’engagement. Un appel à l’engagement comme un retour au réel. Et dont l’indignation n’était que le moteur et jamais, jamais la finalité. Son ouvrage se terminait par ces mots et cette citation de l’appel des résistantes et résistants :

« Aussi, appelons-nous toujours à « une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. »

 

  • ✇Made Not Found (by danah boyd)
  • Five Attitudes Towards Climate Change (and the impact on our society)
    For years, I thought that there were two "sides" to the discussion around climate change. There were the people who believed in the science and the people who thought it was all a farce. Often, they could segregated into Democrats and Republicans. Of course, there were plenty of people who believed in the science but didn't give a hoot - and certainly didn't want to be forced to stop what they were doing. These believers happily leveraged those who didn't believe to minimize regulation. Needless
     

Five Attitudes Towards Climate Change (and the impact on our society)

10 avril 2025 à 14:00
Five Attitudes Towards Climate Change (and the impact on our society)

For years, I thought that there were two "sides" to the discussion around climate change. There were the people who believed in the science and the people who thought it was all a farce. Often, they could segregated into Democrats and Republicans. Of course, there were plenty of people who believed in the science but didn't give a hoot - and certainly didn't want to be forced to stop what they were doing. These believers happily leveraged those who didn't believe to minimize regulation. Needless to say, I was long infuriated with the financial interests involved in ensuring people questioned the science, doubted the issue, and opposed regulatory action.

Over time, more and more people have come to believe that climate change is real. There are still plenty of capitalists who don't care and don't want regulators to get in their way. But I've started to realize that entirely new responses to climate change have started to emerge. And some of them scare me. So I'm going to attempt to articulate them in buckets. I'd love to hear if you see different buckets.

The Global Worldview

The first bucket is the one that I've heard my entire life. In short, climate change is a global problem that needs a global "solution." It requires nations to coordinate - and it requires people to collectively take action. Among those who take a global approach, there are folks who think that technology will be a key tool, and those who don't. There are those who believe that regulation is helpful, and those who are trying to find other paths So there's a lot of variety of exactly what to do here - and who should be the most responsible - but the globalist approach is generally the dominant response around the globe. This is what animates the UN Sustainability Development Goals. This is the story of the Paris Agreement. This is the story behind countless climate summits. Let's not tease out the differences among these approaches because they're all relatively similar compared to the other ones I'm trying to make sense of.

The Hedonist Worldview

Companies like Chevron and Exxon knew that climate change was real even before scientists had reached consensus on the matter, but they had no incentive to try to stop it. Instead, they had plenty of incentive to leverage those who thought that this was BS. Greed was a clear priority, although it was typically narrated under the idea of "shareholder commitments." Lots of big time financiers simply didn't care about the harms to others. They wanted to keep profiting off of the money that could be extracted by extracting the natural resources of the world. Plenty of others have also chosen to look the other way simply because they don't want to adjust their lifestyle. In other words, this is a cluster of climate science believers who are going to resist anything that gets in their way of living it up. At best, this crowd is happy to buy property in "safer" locations and prepare to party through the end-of-times.

The Evangelical Worldview

Christianity takes many forms, but there's a cluster of Christian Evangelicals who believe that the Rapture is around the corner. According to some Biblical interpretations, the second coming of Jesus is preceded by three things: 1) massive floods and fires; 2) a heretic coming to power; 3) the return of Jews to Jerusalem. Within this frame, climate change is not something to be stopped but something to embrace and make preparations for. Thus, the non-reaction is the goal. During the first Trump Administration (back when Pence was Trump's partner), I was stunned that many of these believers thought that Trump was the heretic that the Bible was speaking of. (This made it impossible to discuss Trump's flaws as a human.) This crowd does not generally see climate change as driven by human action, but part of God's will more generally. I don't see that much of this crowd in the DC power elite these days.

The Xenophobic Worldview

Over fifty years ago, anti-immigration organizations emerged in response to "The Population Bomb," a 1968 book that predicted a range of environmental crises due to an increase in population. One of the fears raised during this period was that people from poorer, warmer countries would start mass migrating to northern countries, overwhelming the available resources. This led to all sorts of "humanitarian" projects to provide birth control and education to try to lower population growth in these countries.

To reduce the potential of mass migration, some anti-immigration (and let's be clear, racist as hell) advocates in the 1970s argued that the United States needed to close its borders to prevent the destruction of humanity. These advocates believed that the US was capable of being self-sustaining when the climate catastrophes started coming. They argued that everything needed to be domestic-centered. The US could not be dependent on other countries when hell broke loose - and it could not let people through its borders.

Globalization policies have been offensive to this wing for decades, often complicating the alliances formed during anti-NAFTA and anti-WTO protests. These folks argued that it was fine for other countries to pay the US for its surplus, but the US could not depend on other countries for its true needs.

More importantly, all immigration needed to end. This has been a cornerstone to the FAIR immigration policy since the 70s, but many of FAIR's advocates are now key players in Project 2025 and the new MAGA. They believe that allowing immigrants into wealthy nations puts those nations on the brink. So they argue to close the borders. They also believe that Americans have stopped doing "real" work - and that it's imperative that the next generation of young people don't dilly dally with universities. Instead, the key is to ensure that the next generation of Americans is able to help make manufacturing, farming, and immediate-use innovation strong.

Within this worldview, the death of millions (if not billions) around the world is just something that is an unfortunate reality to deal with. The goal is to save the United States, not play nice with others. There's a zero-sum game here. In more recent decades, folks with this worldview think that both Canada and Greenland must be nabbed to strengthen the position of the US as climate catastrophes increase. Although he's got a more complex set of perspectives, Steve Bannon is an example inheritor of this worldview.

The Accelerationist Worldview

In the early part of the 20th century, different people started wondering what would happen post-capitalism. There were intense debates among people who thought that the next phase would be communism (in the Marx sense) while others firmly believed that a post-capitalist world would be fascism. They intensely disagreed over which was better. But there was a segment that believed that the key to getting to that post-capitalist state was to accelerate capitalism. This could be done through financialization, by pushing capital to the brink. Over the last 20 years, discussions of accelerationism have re-ignited, not simply to achieve the communist/fascist outcome, but by power players who wanted to ensure a seat to the table. And being part of the accelerationist framework was certainly one way to get there.

Meanwhile, other peculiar philosophies started emerging among both tech and financial types. (The cluster of them is often referred to as TESCREAL.) Among these, the effective altruists are the most visible. They've also undergone the greatest transformation in ideology in recent years. Initially, EAs believed that the smartest people in the room (yes, that's a eugenics notion) should use their smarts to maximize capitalist returns (yes, that's a part of accelerationism) to have significant capital to "give back" to society. For the most part, they were in the Carnegie school, meaning that they thought that the public was too dumb to govern its own money and that the smart people should allocate wealth strategically for the good of all (yes, that psychotic).

As weird as the EA logic has always been, it took on a much darker form in recent years. Some EAs argue that the real mission should not be to help humans, but to save humanity. And this is where climate change comes in. From this worldview, climate change is inevitable. Trying to stop it is futile. Instead, we need to diversify our planetary base. Humanity can't afford to be so dependent on Planet Earth. And so it's time to get off this planet.

The new EA-accelerationist combo platter is extra special. To protect the species, we should speed up capitalism to extract and hoard as much wealth as possible. That money grab will cause significant financial harm to individual people, but the "smart" ones will cope. The next move is to invest that capital into advanced technology. This can't play out in a slow way - this must be a massive economic push, akin to the buildup of going to war. (Or, maybe, just maybe, going to war will help this along.) Along the way, we need to find the smartest and most fertile people. (This is where the natalist eugenics comes in. And one branch of anti-trans procreation panicking. And the weird natalist but anti-IVF crowds.). Cuz soon, we are going to need to send people to Mars.

This worldview accepts that most people will die. After all, most people will die due to climate change anyhow. The key is to make sure that the people who are dying do not get in the way of those who are focused on getting us off the planet. The pursuit of protecting humanity is the most moral thing that any of these actors can do. And yes, you guessed it, Elon Musk appears to be the inheritor of this collection of batshit theories.

Umm…. WTAF?

We all went a little crazy during Covid. But some folks (especially in the tech sector) seemed to take crazy to the next level.

The first Trump Administration was overwhelmingly shaped by the hedonists and the Evangelicals. Both wanted to resist investment in climate change resilience, not because they didn't believe that it was real, but because they didn't see value in doing anything about it.

The second Trump Administration still has some hedonists and Evangelicals floating about, but these are not the narratives that are helping to undermine climate-related investments. Rather, we're watching the xenophobes and the accelerationists capture power.

Politically, there's a war underway between those who believe all borders should be closed (Bannon) and those who think that the "smart" people should be let in (Musk) but there's zero tolerance for refugees, especially climate refugees. (Umm… are any of these folks actually Christian?) The tariffs are another place where the seams between the worlds also diverge. But the real question on the table is really: who is permitted to hoard what resources? After all, I don't even want to think about the elites who are making duckets off of shorting the stocks or knowing the tariff policies ahead of time. All while everyone else's pension plans are totally screwed.

It is important to note that the weirdo climate narratives are only one part of the picture. Take the attempts to grab Greenland. The resources there are critical for accelerating certain kinds of technical efforts. But there's also a lot of geopolitical advantage to having that piece of land once the ice melts. Both for the economy of shipping products around the world and for protecting the borders of the mainland US. All of this is to say that the climate craziness is not the full explainer on what's going on, but it's an important frame to keep in mind when sense-making about this current moment.

I can only imagine how Europeans are feeling looking in on our insanity. Their far-right crowds are also anti-immigrant, but I'm not sure those attitudes have the same weird theories around climate change animating them. Still, it's certainly clear that anti-immigration logics can be mobilized for a lot more than a theory of how to respond to climate change.

The reason that these climate change visions keep rattling in my head is because I think that these help explain why different pressures coming from the left, from business, from other nations, and from experts are all unlikely to be successful. They are all happening outside of the frames. Any Administration - including this one - is comprised of a lot of interests jockeying for power and aiming to get what they want out of it. There are also plenty of "normal" capitalists and power junkies and white nationalists mixed into this mess. But I think that what's notable to me is that these supposed "normal" political actors all seem to be dancing around and responsive to weirdo visions of how to respond to climate change. And this dynamic gels well with the grievance politics that are also at play.

We are certainly living through strange times.

Etudiants en situation de précarité ? Vendez-nous vos données. De la biométrie et des cabinets vautours qui tournent autour.

6 avril 2025 à 13:10

[Mise à jour du 21 Avril]

J’ai reçu une mise en demeure d’avocats représentant les intérêts du cabinet dont je dénonçais les agissements dans cet article en date du 6 Avril. Cette mise en demeure me laissait jusqu’au 21 Avril minuit (ce soir donc) pour supprimer l’intégralité de l’article, sous peine de poursuites judiciaires pour « diffamation, injure publique et violation du secret des correspondances ». Nous sommes le 21 Avril 19h et je prends la décision de me plier à la mise en demeure. Et vous en explique les raisons dans cet autre article

[Mise à jour du 9 Mai]

Plusieurs articles de presse sont venus traiter de cette affaire et l’article initial qui m’a valu cette mise en demeure a été archivé sur la Wayback Machine de l’Internet Archive.

[Mise à jour du 11 Mai]

Je dresse le bilan de cette affaire et de la couverture médiatique à laquelle elle a donné lieu dans cet article : « Menacé, bâillonné, délivré. Petite histoire d’un effet Streisand entre la cabinet Louis Reynaud et moi. »

 

  • ✇Made Not Found (by danah boyd)
  • We Need an Interventionist Mindset
    Last week, I published an essay at Tech Policy Press: We Need an Interventionist Mindset. This essay is targeted at those who are building or governing tech systems, including AI. I am so grateful that they let me publish it there. If you don't mind clicking on the link, do so to give the great people at TPP some link love. But I've also included it below just in case this is the only way you'll read it. <grin>In other news, I was elected as a fellow to AAAS (the American Association for t
     

We Need an Interventionist Mindset

1 avril 2025 à 16:41
We Need an Interventionist Mindset

Last week, I published an essay at Tech Policy Press: We Need an Interventionist Mindset. This essay is targeted at those who are building or governing tech systems, including AI. I am so grateful that they let me publish it there. If you don't mind clicking on the link, do so to give the great people at TPP some link love. But I've also included it below just in case this is the only way you'll read it. <grin>

In other news, I was elected as a fellow to AAAS (the American Association for the Advancement of Science). w000t!


We Need an Interventionist Mindset

Technologists and policymakers have a lot in common. Both seek to find solutions to problems. Both also seek to bend the future to their will. Among practitioners in both worlds, novel and innovative solutions are valorized. However, this also means that both technologists and policymakers tend to fall into traps of their own making. To make matters worse, policymakers tend to harden the solutionist logics of the technology industry in pursuit of regulating it, concretizing their power rather than serving as a check to it.

This talk invites everyone listening to shift their orientation away from solutionism in order to meaningfully challenge the existing arrangement of money and power that configures our contemporary sociotechnical environment. Rather than looking for “solutions,” explore “interventions.” An interventionist framework ensures a more iterative and non-deterministic approach to shaping AI futures.

Identifying Determinism

The concept of determinism can be summed up as the notion that “if X than Y.” Throughout history, as theologians struggled with the existence of God, many philosophers eschewed free will and took a deterministic stance. A deterministic orientation towards the human experience suggests that the future is pre-ordained. At a more micro level, every action produces a knowable outcome.

Engineers and technologists have also repeatedly pursued determinism within their own systems, with little recognition of the ecclesiastical roots of their orientation. Their mechanistic sensibility craves certainty. As such, they want to ensure that, if a person flicks a switch, the outcome is predictable.

Modern-day technologies, however, are often complex sociotechnical systems. This is especially true for systems that interact with unpredictable humans and messy social contexts. While many technologies may be designed to produce a knowable output to a user action, generative AI systems are intentionally designed to be non-deterministic. It may be possible to read the code or know what data a model is trained on. Yet, the power of generative AI stems from the ability to work with so much complexity that the output is probabilistic at every turn.

Even as AI specialists grapple with the conceptual and social consequences of building non-deterministic systems, their rhetoric about these systems’ role in society is trapped by the dominant paradigm of their industry. From the moment that ChatGPT was launched, technologists pronounced inevitable futures. Rather than being challenged, their deterministic prognostications were reinforced by journalists, companies, scholars, and policymakers, all of whom scrambled in response to the idea that “AI will change everything.” Instead of resisting this claim, supposed critics of tech reinforced the deterministic outcomes of the systems while fretting that they were already too far behind.

There is power in propagating determinism using “a discourse of inevitability” to constrain the range of possible futures. To get at this, we can look to the “Social Construction of Technology” (SCOT). SCOT scholars use historical case studies to describe the process by which new innovations emerge, get adopted, and become stabilized. The most canonical example concerns the bicycle. It was not initially inevitable that the standard bicycle would have two same-sized wheels and a seat in the middle where the rider faces forward; there was a lot of “interpretive flexibility” in the early development of this technology. The creation of a “standard” bike was not determined by some abstract idea of “best.” Rather, competing actors struggled to make their vision the dominant one. In the language of SCOT, the end result of this struggle is known as “closure.” Closure does not mean that no other type of bicycle may exist. Rather, it means that one approach dominates and sets the standard for others.

Resisting Solutionism

We are in a moment of interpretive flexibility, but technologists and their financial backers are highly incentivized to create closure around their system. This is how then that technological determinism plus inevitability rhetoric gets shifted into technological solutionism. Within this logic, we must have technology to solve a problem. And of course, we will define the problem so that technology can solve it. This has been the story of how the tech industry has sold new technologies for decades.

But, notably, María Angel and I found that policymakers are going one step further. Through “duty of care” provisions, they are now arguing that since technology has caused problems, it’s now necessary for technologists to design their tools better to fix the problems. This is a form of legally required solutionism, what María and I call “techno-legal solutionism.”

Our content. Delivered.

Join our newsletter on issues and ideas at the intersection of tech & democracy

Solutionistic frames are rooted in the arrogance of determinism. Not only do they suggest that the future is known, but they suggest that a single policy or technology can create permanent closure around an issue. In the process, such an orientation fails to reckon with the ripple effects that such policies or technologies create. An interventionist frame is significantly different.

While there are plenty of hubristic doctors, the dominant contemporary paradigm in medicine is not oriented around solutions. Rather, since doctors operate probabilistically within a universe of uncertainty, they conduct interventions. Later, they follow up to evaluate the efficacy of said intervention. Although some might make predictions about the outcome of a particular intervention to calm the nerves of patients, doctors are excruciatingly aware of the possibility of side effects or other negative byproducts of their interventions. They take steps to minimize these negative outcomes, but they cannot ensure that their interventions will “solve” the problem. Medical interventions are evidence-based, but they are not deterministic. As a result, interventions must be evaluated. From there, a doctor iterates.

Shifting from a solutionistic approach to an interventionist one may seem like a game of semantics, but changing frames can support new actions. Resisting deterministic thinking is a muscle that we need to build. An interventionist approach means embracing probabilistic models since certainty is not guaranteed. An interventionist mindset also highlights the need for evaluation since, while there is a desired outcome, it is not clear that the intervention achieved that. This mindset also invites the interventionist to account for context. After all, one intervention might be more effective when the conditions are best suited for that intervention. One can also intervene at a different level by trying to shape the conditions for future interventions.

Human-in-the-Loop Solutionism

To make this concrete, let’s explore one commonly proposed “solution” to governance of AI: humans-in-the-loop. This sounds fantastic, but positioning humans in a way where they are to decide when and where to override the AI often results in them landing in a position that Madeleine Elish calls a “moral crumple zone” where they function just to absorb liability on impact.

In the 1970s, Congress approved auto-pilot for aviation, but required that pilots and co-pilots stay in the cockpit to take over in case of an emergency. Today’s pilots are glorified machine babysitters. When the machine breaks down, the probability of them successfully landing is low and pilot error is often blamed when systems break because the pilot was the last one touching the gear. But let’s look at an exception to this.

In 2009, Captain Sully successfully landed an Airbus A320 on the Hudson River in New York, saving all 155 people who were on board. After taking off from LaGuardia airport, the engines on Sully’s plane had ceased functioning because the plane flew into a flock of Canadian geese. Air traffic controllers instructed him to glide to Teterboro airport based on their models. Sully refused, arguing that he would not make it. He was instructed not to attempt a water landing because of how difficult such a landing is.

Because of his experience, Captain Sully resisted the recommendations of air traffic controllers and prioritized his own expertise over what he was being told, knowing full well that this was in violation of protocol. Unlike most pilots, Captain Sully had significant experience flying without autopilot; he had a second job retraining commercial pilots how to fly in emergencies. He also knew the New York region well. The air traffic controllers were also quite experienced and the strategies they used to support pilots were also well-honed, but neither had complete information. Captain Sully was more confident in his ability to land on the Hudson than to get to Teterboro.

After his nearly perfect landing on the Hudson, an investigation began and Sully was of course required to participate in it. Through this process, it became clear that the models used by air traffic control did not account for new construction in New Jersey; Flight 1549 would not have made it to Teterboro. Moreover, Sully argued that his inability to override computer-imposed limits that affected his glidepath created unnecessary injuries. This seemingly esoteric point flagged how contemporary pilots are presumed to be less intelligent than the machines that they fly.

As we are painfully watching in real-time, aviation is breaking down. Over decades, we’ve added AI into planes, air traffic control, and the construction of airplanes. And we’ve put disempowered humans-in-the-loop. And we have put more and more pressure on those humans. And then we’re surprised by the increase in accidents.

Humans-in-the-loop only works as a strategy if the incentives, skills, and structures are properly aligned. Currently, when humans are put into the loop on an AI system, they are primarily there to either absorb liability or uphold the mirage. Humans are the undervalued “ghost workers” as more and more supposed AI systems are rolled out with humans doing invisible labor behind the scenes (Gray and Suri, 2019). Humans are expected to override risk assessment scores, but are politically disempowered to do so (Brayne and Christin 2021).

Rather than thinking in terms of humans-in-the-loop, we need to be focused on how to properly construct an arrangement of peoples and technologies so that system degradation does not result in accidents. This requires accounting for maintenance and repair as well as looking for the vulnerabilities in the system. After all, left alone, infrastructures will break down.

Disruption is a Chess Move

A new technology is not inherently disruptive. It is disruptive if and when it is placed into an environment in a manner that benefits some people over others. The reason why the technology industry valorizes disruptive technologies is because venture capitalists and well-funded companies are well-poised to capitalize on these disruptions. In his treatise on communication power, sociologist Manuel Castells (2009) highlights how the most powerful actors are those who can arrange the networks of people, institutions, and flows of information and money to their advantage. Technologies can be introduced in a manner that disrupts existing networks, creating an opportunity for other actors to rearrange those networks in a manner that suits them. Those who are prepared for such disruptions are best equipped to respond strategically to them.

Leveraging disruption can prove quite lucrative. Not only is there money to be made on placing the right bets, but companies who are poised to leverage disruption can push for closure before competitors are able to take action. Because laws have the potential to hamper the gains from disruption, it behooves those invested in disruption to enroll policymakers into their project. This is a key lesson that the tech industry derived from Larry Lessig’s (1999) argument that code is power if and only if the market, social norms, and the law do not serve as a counterweight.

As we look to the emergent fights over AI, we need to keep our eyes wide open. This is not simply a technical debate. What we are watching is a strategic arrangement of actors and mechanisms to define a certain future as inevitable. When we play into this inevitability rhetoric and repeat industry’s deterministic orientation – even to argue that everything is bad – we do different futures a disservice. Instead, it behooves us to resist closure, eschew determinism, and eradicate “solution” from our discussions of technology. The future is not preordained. It is up to us to define it.

  • ✇affordance.info
  • Poisson (mort) d’avril. Le réel selon la Tech.
    Il y a les images d’un monde version studio Ghibli. Et il y a Elon Musk avec un chapeau fromage. Le monde version studio Ghibli c’est une trace documentaire qui fait l’inverse de ce que documenter veut dire. Elle déréalise, elle euphémise, elle fictionnise. Elle enlève du relief aux êtres et aux choses. Elle les installe dans un univers d’à côté. Dans une tangence. Le monde version Elon Musk c’est à lui seul une exponentielle du grand n’importe quoi et l’asymptote d’un réel entièrement fiction
     

Poisson (mort) d’avril. Le réel selon la Tech.

1 avril 2025 à 12:06

Il y a les images d’un monde version studio Ghibli. Et il y a Elon Musk avec un chapeau fromage.

Le monde version studio Ghibli c’est une trace documentaire qui fait l’inverse de ce que documenter veut dire. Elle déréalise, elle euphémise, elle fictionnise. Elle enlève du relief aux êtres et aux choses. Elle les installe dans un univers d’à côté. Dans une tangence.

Le monde version Elon Musk c’est à lui seul une exponentielle du grand n’importe quoi et l’asymptote d’un réel entièrement fictionné pour servir ses seuls intérêts pour autant qu’il soit lui-même en capacité de les identifier comme tels. Salut Nazi hier, chapeau fromage aujourd’hui, et demain quoi d’autre ?

On a beaucoup parlé de l’ère des Fake News et de celle des faits alternatifs. En 2018 dans l’article « Fifty Shades of Fake » publié un 1er Avril, je vous parlais de la manière dont les architectures techniques toxiques des grandes plateformes numériques se mettaient au service presque « mécanique » de cette amplification du faux et de son écho dans nos sociétés. Je martelais que « la propagation de Fake News est davantage affaire de topologie que de sociologie » ; en d’autres termes que la capacité de circulation des contenus relevant des Fake News ou des faits alternatifs, leur capacité également de percoler dans tous les espaces sociaux conversationnels, massifs ou intersticiels, médiatiques ou dialogiques, cette capacité s’explique d’abord et avant tout par la topologie et l’organisation (le « dispositif ») des espaces numériques. Et que ce n’est qu’à la marge ou en tout cas dans un second temps que l’on peut caractériser de manière causale ces circulations en les rattachant à des catégories sociologiques liées à l’âge, au niveau d’éducation ou à tout autre variable.

Sept ans plus tard, ce 1er Avril 2025, ce qui se joue est de l’ordre de la tension désormais explosive entre un écosystème numérique bâti sur la question documentaire de la trace (traces de nos données, de nos comportements, de nos navigations, de nos opinions, etc.), et un saisissement technologique et politique qui ajoute un déterminisme de l’emballement à un extractivisme souche. Et ce que l’on nomme IA  – et qui est plus précisément un ensemble d’artefacts génératifs nourris d’une incommensurable quantité de données sans considération aucune pour leur origine, leur appartenance ou leur(s) propriété(s) – ce que l’on nomme IA n’est que le dernier (et peut-être ultime) avatar à la fois de cet extractivisme et de cet emballement. Avec un point nouveau qui est celui de l’alignement total de ces technologies avec les agendas politiques de régimes tous au mieux illibéraux.

« It is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing. »
(Macbeth. Shakespeare.)

Poisson (mort) d’Avril. Il y a de cela quelques années, la plupart des grands groupes technologiques de la trace (de Google à Facebook) se livraient à quelques « poissons » en ce jour particulier du 1er Avril. Aujourd’hui cette pratique s’est pour l’essentiel perdue et lorsqu’elle subsiste, elle ne suscite que peu ou pas d’écho médiatique tant le rapport que nous entretenons au quotidien avec la tromperie, la duperie, le décalage, de faux et l’irréel s’est totalement transformé. Ce qui était hier une stratégie éditoriale d’exception (dire le faux) est devenu aujourd’hui un régime éditorial courant, une routine.

Le monde façon studio Ghibli. Que chacun se soit emparé de la possibilité de faire « mème » dès lors que quelques-uns se sont saisis de la nouvelle opportunité offerte de créer des images, de soi ou du monde, à la manière du studio Ghibli dans ChatGPT, n’a rien d’inédit ou d’étonnant. Chaque époque numérique a pu documenter la manière dont ces productions documentaires particulièrement fécondes étaient massivement reprises lorsqu’elles présentaient la double capacité de se mettre en scène soi-même et/ou de s’attacher à des représentations culturelles déjà prégnantes. Ainsi certains et certaines se souviendront avec moi de ces générateurs permettant de « vieillir » une photo de nous, ou de chez nous, comme à l’argentique des premiers temps photographiques ; se souviendront aussi de la reprise du portrait « Hope » d’Obama par l’artiste Shepard Fairey et de la manière dont on vit presque partout se multiplier les copies de ce portrait avec nous à la place d’Obama. Et de tant d’autres choses encore.

Aujourd’hui des biotopes numériques tout entiers sont exclusivement bâtis sur leur capacité à faire « mème », à conditionner la production de contenus à leur alignement avec des ritournelles préenregistrées, des « trends ». « Trends » ou « tendances » : des formes de facilitations virales qui devraient nous interroger non pas par leur capacité à être suivies en tant que telles dès lors qu’elles ont été « amorcées », mais par l’assignation à l’identique qu’elles produisent et qui est une forme de prophylaxie paradoxalement mortifère de diversités, d’altérités et de dissemblances. En un mot : TikTok.

Que dire d’un monde dans lequel l’esthétisation de soi (et du monde) fait aussi fonction de bascule dans d’autres régimes de vérité ? Comment « être au monde » quand la plupart des « corporations du filtre » (pour reprendre une expression d’Umberto Eco désignant les journalistes, éditeurs, bibliothécaires, etc.) qui jusqu’ici faisaient fonction d’assignation, de rappel et de construction du réel sont en train de s’effondrer pendant qu’à l’autre bout de la chaîne documentaire de l’énonciation prospère une vision du réel qui n’est plus qu’essentiellement filtrée, et ce, des filtres de déguisement que chaque application ou biotope numérique propose ou superpose à chaque dialogue ou interaction jusqu’aux filtres de travestissement qui s’accolent aux paroles politiques publiques quand elles sont portées « sous couvert » de décalage, d’humour, de cynisme ou plus simplement de … programme.

Je fais ici une différence entre la question du filtre comme « déguisement » et dans lequel l’enjeu est précisément que le destinataire puisse repérer et identifier l’effet de décalage soit par l’exagération soit par le grotesque soit par l’irréalisme produit (par exemple les filtres « oreilles de chien » dans Snapchat), et la question des filtres comme « travestissements » dans lesquels l’enjeu est cette fois de produire un effet de réel authentifiable sinon authentique, travestissements qui « agissent » de manière performative autant chez l’émetteur (avec des troubles pouvant aller jusqu’à la dysmorphophobie) que chez le récepteur devenu incapable de discernement ou propulsé dans une vallée de l’étrange dont il ne sait à quelle part de son réel rattacher l’expérience ressentie.

Se confronter à l’information sur et dans les médias sociaux numériques (mais pas uniquement) c’est donc pour beaucoup se confronter à des surimpressions permanentes et rémanentes qui oscillent entre l’esthétique Ghibli, les chapeaux fromage d’Elon Musk, ou les pulsions d’un président élu pour envahir le Groenland. Non seulement plus grand-chose ne prête à sourire mais la tentation de faire des blagues se trouve totalement distancée par le réel lui-même. Par-delà la réalité sourde de l’état réel de notre monde, de ces effondrements climatiques et de ses guerres en cours en Ukraine, à Gaza, au Yémen et ailleurs, l’actualité géopolitique internationale est une oscillation permanente entre une version documentaire d’Idiocracy et des faits totalement en phase avec la ligne éditoriale du Gorafi.

Tout cela est irréel par intention ; tout cela contribue à déréaliser pour partie notre rapport au monde et aux autres ; tout cela nous installe dans une sorte d’a-réalité, une privation de réel, une douce torpeur ; tout cela produit des formes instrumentales et instrumentalisées de tech-réalité, c’est à dire d’une réalité qui ne serait sensible qu’au travers des politiques éditoriales ou des interfaces des grandes sociétés technologiques et de leurs filtres.

Le rêve avorté du Métavers imaginé par Zuckerberg n’est pas l’essentiel. L’essentiel est de rester en capacité de discernement sur des formes avérées d’univers sociaux et informationnels qui déjà peuplent, filtrent, habitent nos univers quotidiens et qui s’y superposent en évidence.

Le monde version studio Ghibli. Et le chapeau fromage d’Elon Musk. Irréel. Déréaliser. A-réalité. Tech-réel. Et la suite. Déjà là. Tescreal.

[Mise à jour du 6 Avril] I’ve got my Ghibli. And the World is filtered-reality.

  • ✇affordance.info
  • Frédérique Vidal va présider une fondation de lutte contre la précarité étudiante. Et moi j’ai vomi.
    [Mise à jour du lendemain] Je viens de tomber, sur la page LinkedIn du groupe Abeille Assurances, sur la vidéo promotionnelle réalisée avec Frédérique Vidal. Ils lui ont fait faire un espèce Fast & Curious de chez Wish dans lequel elle donne sa recette de petits-pois carotte au chorizo, sincèrement je ne sais pas si je vais m’en remettre. [/Mise à jour] La définition du malaise.    Voilà. Frédérique Vidal va présider une fondation de lutte contre la précarité étudiante. Et moi j’ai vomi. J
     

Frédérique Vidal va présider une fondation de lutte contre la précarité étudiante. Et moi j’ai vomi.

30 mars 2025 à 10:17

[Mise à jour du lendemain] Je viens de tomber, sur la page LinkedIn du groupe Abeille Assurances, sur la vidéo promotionnelle réalisée avec Frédérique Vidal. Ils lui ont fait faire un espèce Fast & Curious de chez Wish dans lequel elle donne sa recette de petits-pois carotte au chorizo, sincèrement je ne sais pas si je vais m’en remettre. [/Mise à jour]

La définition du malaise. 

 

Voilà. Frédérique Vidal va présider une fondation de lutte contre la précarité étudiante. Et moi j’ai vomi. J’ai vomi métaphoriquement, j’ai vomi dans ma tête, j’ai rêvé de vomir sur la tête de Frédérique Vidal. J’espère bien sûr que c’est purement un titre honorifique qu’elle assurera à titre bénévole (rien n’est très clair là-dessus) parce que s’il devait en être autrement, en plus de lui vomir dessus, c’est d’un tombereau de matière fécales à déverser dont j’aimerais également pouvoir me fendre auprès de Frédérique Vidal.

Frédérique Vidal, je vous en ai souvent parlé sur ce blog, c’est l’ancienne ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche d’Emmanuel Macron. C’est elle qui était là pendant la période du Covid et qui s’est torchée autant qu’il est possible de le faire avec la misère et la détresse étudiante. Frédérique Vidal c’est elle qui après l’immolation par le feu d’un étudiant a mis en place un numéro d’appel payant. Frédérique Vidal c’est elle qui a fait passer la 1ère loi discriminatoire et raciste à l’encontre des étudiants étrangers hors de la communauté européenne en ouvrant la boîte de Pandore de l’augmentation des frais d’inscription les concernant, et qui joignant la pure saloperie au plus dégueulasse cynisme, a osé appeler ça « Bienvenue en France ». Si beaucoup de ministres de l’enseignement supérieur et de la recherche, du gouvernement Macron comme de ceux précédents, ont contribué à désosser et à détruire l’université, et ce depuis la loi LRU dite « d’autonomie » voulue et portée par Valérie Pécresse et le gouvernement Fillon, Frédérique Vidal est sans conteste celle qui aura le plus abîmé ce bien commun que constitue la possibilité, pour chacun.e, d’accéder à l’université dans des conditions dignes. Frédérique Vidal fut aussi le poste avancé de l’extrême-droite en lançant la plus vaste campagne de désinformation dont l’université et ses enseignant.e.s furent victimes en accréditant la rumeur d’une gangrène islamo-gauchiste de l’université et en prétendant mobiliser les moyens de l’état et du CNRS au service de l’agenda de ce qui était déjà, une internationale réactionnaire à l’initiative non pas d’Elon Musk mais de Blanquer, de Macron, d’elle-même et de quelques autres.

Frédérique Vidal dans son biotope médiatique naturel : l’extrême-droite torcheculatoire.

 

Et aujourd’hui voilà qu’après avoir totalement disparue de la vie médiatique, et tenté diverses reconversions ratées pour s’immiscer au board d’écoles de commerce pourries dont elle avait elle-même augmenté les subventions lorsqu’elle était ministre (parce que vraiment non seulement elle née avant la honte mais dans l’insémination artificielle de son éprouvette politique il y avait un donneur de sperme à forte teneur en cynisme et des ovocytes chargés en crapulerie), Frédérique Vidal va donc présider une fondation de lutte contre la précarité étudiante. Et à ce moment là de l’histoire de nos sociétés, alors tout devient possible : que Marc Dutroux soit en charge d’un ministère de la petite enfance, que Xavier Dupont de Ligonnès soit nommé à la tête du ministère de la famille, et qu’Emile Louis prenne la tête d’une fondation pour l’inclusion des personnes handicapées.

Donc j’ai appris que Frédérique Vidal allait présider une fondation de lutte contre la précarité étudiante et j’ai vomi. Et derrière cette nomination et ce pantouflage en mode recyclage d’ordure ministérielle, on trouve des assureurs, « Abeille Assurances » derrière qui se trouve l’assureur Aviva, bien connu pour ses pratiques délétères y compris contre ses propres assurés. On saluera donc cette forme de cohérence dans la mise en avant de l’ex-ministre qui aura le plus agi contre les intérêts des étudiantes et étudiants.

Si je vous parle de cette information c’est parce que de mon côté, avec deux collègues formidables et une tripotée d’étudiant.e.s formidablissimes, cela fait désormais pile 5 ans que nous organisons des distributions alimentaires sur le campus de l’université de Nantes à La Roche sur Yon. Je vous en ai souvent parlé aussi sur ce blog, et de comment on pouvait, à la fois, donner des cours et à manger.

Cinq ans que tous les jeudis ou presque on décharge des camions de la banque alimentaire ; cinq ans que tous les jeudis on range ça dans des désormais vrais rayonnages de supermarché qu’on a récupéré ; cinq ans qu’on se forme aux règles d’hygiène pour ne pas faire n’importe quoi avec les produits frais qu’on reçoit ; cinq ans qu’on jongle entre nos métiers et cette forme étrange de bénévolat qui se fait sur notre temps de travail, sur notre lieu de travail, et auprès des publics avec lesquels on ne devrait surtout pas avoir ce genre de « relation » ; cinq ans qu’on se démène pour embaucher, en complément du bénévolat étudiant, des contrats aidés qu’il faut aussi former et accompagner ; cinq ans qu’on galère à chercher des subventions que les structures publiques nous refusent ou nous minorent de plus en plus, parce qu’elles n’en ont pas les moyens ou qu’elles tentent de rivaliser avec Christelle Morançais en terme de saloperie programmatique.

Alors forcément quand je vois qu’un assureur peu scrupuleux (déjà condamné à une amende de 3,5 millions d’euros pour de lourds manquements et des carences significatives sur la lutte contre la fraude et le financement du terrorisme), confie à Frédérique Vidal la présidence d’une fondation de lutte contre la précarité étudiante, j’ai la même envie que le personnage de Woody Allen quand il écoute trop Wagner : sauf que là c’est pas la Pologne que j’ai envie d’envahir mais le peu de dignité qui reste à Frédérique Vidal et qui doit déjà se trouver dans les gogues des bureaux d’Abeille Assurance.

Aujourd’hui je l’ai déjà dit et écrit, la plupart des campus universitaires se sont transformés en succursales des Restos du coeur, on a même été obligé de publier le classement de Miamïam des universités françaises. Aujourd’hui cette lette contre la précarité alimentaire s’exerce principalement via deux modèles : soit des bricolages circonstanciels (c’est le cas de ce que nous mettons en oeuvre sur le campus de Nantes Université à La Roche sur Yon avec la Ma’Yonnaise épicerie, mais aussi de ce que fait la Surpre’Nantes épicerie sur le campus Nantais, mais d’autres modèles existent comme à Toulouse où c’est l’AGEMP qui met cela en place), soit des externalités qui captent l’essentiel des subventions publiques et privées sur le sujet, avec en première ligne des structures comme Linkee ou Cop1 et sur lesquelles les universités s’appuient de plus en plus en finissant par malheureusement se défausser de ces sujets tout comme l’état a fini de se défausser des questions de précarité alimentaire en les déportant sur des structures associatives comme les Restos du Coeur.

Pour vous donner une idée de la manière dont Frédérique Vidal a pris la mesure de la responsabilité qui lui avait été confiée dans le cadre de la présidence de cette fondation, à la question du journaliste d’Ici Maine qui lui demande « Aujourd’hui, selon vous, combien d’étudiants sont potentiellement concernés par ces difficultés à se nourrir encore aujourd’hui ?« , elle répond :

Frédérique Vidal : Je crois que les derniers sondages indiquent qu’il y a près de 40% des étudiants qui indiquent avoir sauté un repas par manque de moyens. Donc c’est encore quelque chose qui est relativement important et c’est pour ça qu’il faut aider. 

 

Déjà vous noterez le « je crois« . C’est pas comme si c’était un peu supposé être son sujet et qu’elle était supposée être un peu plus au courant que Gilbert qui tient le PMU de l’angle de la rue de la gare et qui lui aussi « croit » que « oui bon quand même c’est pas facile d’être étudiant même s’il y a pas mal de feignasses aussi et que soit dit en passant, Charles Martel aurait pu finir le boulot. »

Presque la moitié des étudiantes et des étudiants qui sautent des repas par manque de moyens et la présidente de la fondation de lutte contre la précarité étudiante ne répond pas que c’est « scandaleux », que c’est « une honte pour un pays comme la France », que ce « devrait être une priorité nationale ». Bah non. Elle te regarde avec ses yeux de teckel mort et te dit avec sa voix tortue neurasthénique : « c’est relativement important. »

Moi je veux bien que l’injure ne soit pas une solution constructive mais franchement devant ce genre de déclaration c’est quand même compliqué, pour décrire le niveau de pertinence de Frédérique Vidal sur ces sujets, de mobiliser autre chose que le champ sémantique et visuel liant les potentielles vertus curatives d’une râpe à fromage et le traitement médical d’un furoncle à l’anus.

On apprend d’ailleurs en même temps que l’info sur cette fondation que c’est l’association Cop1 qui va d’entrée bénéficier de 147 000 euros pour ouvrir « des antennes » sur les sites universitaires de Tours et du Mans. Je n’ose même pas vous raconter tout ce que nous pourrions faire avec ne serait-ce que le quart ou la moitié d’une telle subvention. D’ailleurs nous avons bien entendu rempli le formulaire de cette nouvelle fondation de lutte contre la précarité étudiante pour nous aussi aller croquer un peu des sous d’Abeille Assurance avant qu’elle ne s’en serve pour les défiscaliser. Etant l’une des plus anciennes structures associatives reposant sur un modèle entièrement bénévole (et local et étudiant) qui organise des distributions alimentaires pour les étudiantes et les étudiants en France et avec la plus grande régularité, je n’ai absolument aucun doute sur le fait que non seulement la fondation Abeille Assurance va nous aider mais que nous figurerons parmi les tout premiers à bénéficier de sa munificence. Et vous tiendrai au courant.

Et puis tiens, rien à voir, ou plutôt si.

Rien à voir ou plutôt si parce que donner à manger aux étudiantes et aux étudiantes est une priorité mais pour traiter de la précarité étudiante il faut aussi accepter de considérer que les questions de travail subi (pour financer ses études dans des conditions ne permettant pas … d’étudier), que les questions de logement, et que les questions de santé mentale (pour lesquelles écouter ne suffira plus), fonctionnent comme un tout et s’interpénètrent en permanence pour définir le périmètre réel de ce que l’on nomme « précarité ».

Cette semaine donc Nicolas Demorand a eu ce formidable courage de parler de lui, de sa souffrance, de sa maladie mentale, de sa bipolarité. Une maladie qui se déclenche souvent à l’âge où l’on entre à l’université. Depuis que j’y enseigne, depuis donc 20 ans, nombre des étudiantes et étudiants que j’ai croisés en ont souffert sans que nous n’en sachions rien, et sans qu’ils ne le sachent eux-mêmes. Aujourd’hui, notamment depuis cette période du Covid, ces maladies mentales ont explosé parmi nos étudiantes et nos étudiants, en tout cas elles sont de plus en plus documentées et diagnostiquées. Et nous derrière comme enseignantes et enseignants nous faisons ce que nous pouvons, c’est à dire pas grand-chose d’autre que d’écouter, et que d’essayer d’aménager ce qui peut l’être, ou de renvoyer vers des services de médecine universitaire (lorsque les campus en disposent ce qui est loin d’être tout le temps le cas) totalement exsangues et débordés, soit vers des services d’urgences psychiatriques qui se sont tout autant. Des étudiantes et des étudiants bipolaires ou en présentant les symptômes, diagnostiqués ou en errance médicale, nous en voyons passer plusieurs chaque année dans nos cours et dans nos amphis. Parfois nous avons la pleine connaissance de leur situation, d’autres fois nous l’ignorons totalement et ne la découvrons qu’après coup, ou dans d’autres cercles de nos vies sociales et associatives.

Quand j’ai découvert le témoignage de Nicolas Demorand c’est donc instantanément à l’ensemble de ces étudiantes et étudiants que j’ai pensé, et à ce que ce témoignage médiatique, public, si universellement intime, allait peut-être pouvoir changer pour elles et eux ainsi que pour leurs familles et leurs accompagnants.

Notre ligne de crête pour tenir dans ce monde de fracas, la mienne en tout cas, c’est d’imaginer que pour une pathétique crapule comme l’est Frédérique Vidal il existe aussi des dizaines de Nicolas Demorand dont chaque témoignage resserre nos liens d’empathie et nos capacités d’attention aux autres bien davantage encore que les projets de défiscalisation d’une compagnie d’assurance portés et incarnés par l’opportuniste veulerie d’une personnalité politique plus que jamais étanche à toute autre quête ou cause que celle de la mise en scène de sa propre fatuité sur les ruines à peine froides de l’autel de sa propre indigence.

 

  • ✇affordance.info
  • Dans le rétroviseur d’Overton : casser vite et bouger des trucs.
    C’est quelque chose qui m’a frappé lors de la dernière polémique concernant l’affiche de La France Insoumise reprenant les codes de l’imagerie antisémite, élaborée à l’aide de Grok, l’IA développée par les équipes d’Elon Musk et précisément connue pour n’avoir pas les filtres et pudeurs des autres IA (Grok qui s’affirme et se confirme comme la 1ère IA de l’Alt Right). Comme Daniel Scnheidermann l’écrit « Soit LFI était conscient du caractère antisémite de l’affiche, et l’a tout de même validée
     

Dans le rétroviseur d’Overton : casser vite et bouger des trucs.

24 mars 2025 à 13:55

C’est quelque chose qui m’a frappé lors de la dernière polémique concernant l’affiche de La France Insoumise reprenant les codes de l’imagerie antisémite, élaborée à l’aide de Grok, l’IA développée par les équipes d’Elon Musk et précisément connue pour n’avoir pas les filtres et pudeurs des autres IA (Grok qui s’affirme et se confirme comme la 1ère IA de l’Alt Right).

Comme Daniel Scnheidermann l’écrit « Soit LFI était conscient du caractère antisémite de l’affiche, et l’a tout de même validée par provocation, et c’est dramatique. Soit personne dans la chaîne de décision n’en était conscient, et alors c’est affolant d’inculture visuelle et historique. »

Et comme le rappelle André Gunthert : « Dénoncer l’extrême-droite en lui empruntant ses méthodes n’est pas une façon de souligner ses tares, mais au contraire un hommage involontaire du plus malheureux effet. »

A l’échelle des IA et des artefacts génératifs, ce n’est pas la première fois, qu’indépendamment de Grok, on observe la reprise et la mobilisation d’éléments textuels ou iconiques venant d’un passé plus ou moins proche. Pour la simple et bonne raison que les artefacts génératifs, tout comme nous, ne sont capables d’imaginer un futur qu’à l’aune d’un passé mobilisé et projeté. Mais en effet dans la libre génération d’images comme de textes, et sans supervision fine et humaine de chaque production circulant ensuite dans l’espace social et médiatique, sans mobilisation de cadres et référents culturels du passé qui soient contextuels aux générations du présent, alors les sorties de route sont tantôt douloureuses, tantôt pathétiques, tantôt curieuses, mais toujours inévitables (j’ai écrit un super livre notamment là-dessus hein, je dis ça je dis rien).

A l’échelle des technologies et des environnements numériques que j’observe et documente en tant que terrain scientifique depuis plus de 20 ans, ce dernier épisode d’un dérapage antisémite, contrôlé ou non (jusqu’ici nul n’a indiqué si le « prompt » – les instructions – données à Grok étaient de forcer certains traits de caricature des personnalités représentées), m’a conduit à projeter d’autres « révolutions contemporaines » que celles des IA et artefacts génératifs sur une ligne de temps long. Pour parvenir aux constats suivants.

Premier constat, le numérique et les plateformes (voir ce qu’en dit Casilli à l’aune des travaux de Gillespie) ont exacerbé et « automatisé » des formes de néo-management essentiellement toxiques. Formes dont on peut faire remonter la théorisation à certains cadres de la future Allemagne nazie comme l’explique parfaitement l’historien Johann Chapoutot dans son ouvrage « Libres d’obéir : le management, du nazisme à la RFA. » Entendons-nous bien, il ne s’agit pas ici de distribuer des points Godwin comme des fréquences d’exposition à chaque éructation de Cyril Hanouna mais de rappeler des formes de continuités historiques troublantes parce que systémiques.

Second constat, toujours du côté de l’ensemble des phénomènes et organisations métonymiquement rassemblés sous le terme « d’Uberisation » et de « Gig economy » (économie à la tâche), dans l’envers de l’ensemble des plateformes et de leurs infrastructures délirantes, de Shein à Amazon, on trouve deux points aussi saillants que communs. Le premier est celui d’un néo-fordisme, d’une mise à la tâche et à la chaîne dans laquelle se sont les notifications algorithmiques qui servent de contremaître. Le second est celui de néo-colonialités qui font toujours peser la charge de l’exploitation au travail sur les mêmes populations (travailleurs pauvres, populations immigrées, jeunes précaires, femmes isolées, etc.) et les mêmes pays pauvres du Sud. J’emprunte à Antonio Casilli le terme de « colonialité » (lui-même l’empruntant au philosophe Nelson Maldonado-Torres), préférable à celui de « colonialisme » puisque si les réalités des logiques d’exploitation présentent des similarités, le cadre sociétal qui leur permet de se déployer à considérablement évolué.

Troisième constat, du côté des « données », c’est à dire de l’ensemble de nos traces permettant de documenter nos opinions et nos comportements dans l’ensemble des écosystèmes numériques, depuis le web (en tant qu’espace public) jusqu’aux plateformes de médias sociaux (espaces semi-publics, semi-privés), nous sommes dans une forme semi-permanente de « dataxploitation ». Chacune de ces données collectées est prioritairement utilisée ou réemployée dans des logiques d’usage presqu’exclusivement centrées sur des politiques de contrôle, de surveillance, de soumission ou d’assignation et d‘automatisation des inégalités.

Management, travail, données, infrastructures de production, modèle économique, stigmatisation des minorités et des plus pauvres … Il faut non seulement constater mais accepter que le monde social que les technologies numériques et algorithmiques bâtissent depuis presqu’un quart de siècle est un monde dans lequel se révèlent et s’organisent les puissances les plus radicales et aliénantes de l’histoire économique, sociale et politique des peuples.

Cela n’empêche pas que les appropriations singulières de ces technologies numériques soient toujours possiblement vectrices d’émancipation mais en revanche, leurs appropriations collectives et politiques le sont très rarement. Presque jamais en réalité. Et chaque fois qu’elles l’ont été, l’émancipation s’est toujours retournée en répression. Comme l’écrivait Zeinep Tufekci pour les réseaux et médias sociaux, « Internet a facilité l’organisation des révolutions sociales mais en a compromis la victoire. »

Pour comprendre et résoudre un peu cette apparente contradiction il faut accepter de dissocier, d’une part, les technologies des écosystèmes préexistants dans lesquels elles se déploient et, d’autre part, des biotopes (informationnels notamment) qu’elles préfigurent et inaugurent pour finir par y tourner à plein régime.

On pourrait résumer cela en trois phases et périodes distinctes, d’abord dans l’appropriation, puis dans la circulation et dans la massification, enfin dans la révélation et la dénonciation de ces techno-pouvoirs qui deviennent aujourd’hui presqu’exclusivement d’inquiétants techno-souverainismes.

Phase 1 : 2004 – 2017.

2004 c’est la création de Facebook et 2016 la création de TikTok. L’alpha et l’oméga des réseaux sociaux devenus médias sociaux. En 2017, Zeinep Tufekci le documentait et le démontrait : « Nous avons bâti une dystopie juste pour obliger des gens à cliquer sur des publicités. » Or ces dystopies s’alignent désormais systématiquement avec des régimes déjà autoritaires (c’est le cas de TikTok et de la Chine) ou en passe de le devenir (c’est le cas de Facebook, Instagram, Amazon, Apple, Microsoft, Google, etc. avec les USA).

Phase 2 : 2017-2025.

2017 c’est la première élection de Trump. Et 2025 c’est la seconde. Entre ces deux périodes l’ensemble du monde de la tech (américaine notamment) s’est « aligné » avec les intérêts géo-stratégiques (principalement) américains et/ou s’affronte à l’ensemble des intérêts géo-stratégiques d’autres puissances (Russie et Chine). Dans le sillon du constat de Zeinep Tufekci, huit ans après sa déclaration, nous avons non seulement tellement visionné de publicités mais nous faisons également face à un telle ombre géopolitique dans chacun de nos espaces et usages numériques y compris les plus triviaux, que nous commençons à peine à percevoir à quel point nous vivions effectivement depuis tout ce temps dans une dystopie ; et nous mesurons aussi qu’une forme mortifère d’irrémédiable s’est aujourd’hui malheureusement installée.

Ce n’est pas un hasard si les initiatives de « départ », d’exode et de migration numérique se multiplient, et ce bien au-delà de la très médiatisée initiative « Hello Quit X« . Nos vies numériques se partagent aujourd’hui entre :

  • des biotopes de sur-stimlulation identifiés et recherchés comme tels (TikTok en fer de lance, Youtube et Instagram dans sa roue),
  • d’autres biotopes totalement emmerdifiés (enshittification de Cory Doctorow) dont Facebook est le parangon,
  • et de manière très très marginale, des espaces encore un peu si (relativement) faiblement peuplés qu’il demeure possible d’y retrouver quelques interactions non nécessairement toxiques ou inutiles, ou dans lesquels en tout cas la quasi-absence d’interaction autre que celle d’une lecture n’est pas nécessairement vécue comme un traumatisme (Substack, Patreon, … les blogs). On n’en est pas encore à un grand retour de Hype des listes de diffusion et des Homepages mais ça ne saurait tarder.

Phase 3 : 2026 … ?.

Aujourd’hui donc cette dystopie se déploie. A plein régime. A la faveur d’élections. Y compris démocratiques. Le monde est plein de déflagrations, de mots et d’idéologies que nous pensions n’appartenir qu’au passé et que jamais nous n’imaginions voir revenir aussi vite et aussi semblablement. D’autant qu’aux fantômes du passé et aux monstres du présent s’ajoutent ceux d’un futur totalement dépendant des prochains et certains effondrements climatiques. Et au milieu de ce gué que nous franchissons chaque jour un peu plus, les artefacts génératifs qui brouillent et troublent l’ensemble des nos esthétiques de réception et donc d’analyse.

Bouger vite et casser des trucs. Casser vite, et bouger des trucs.

Image Mike Deerkoski (CC BY)

« Move Fast and Break Things ! » Vous vous rappelez ? Ce fut longtemps le mantra de la firme Facebook et de Zuckerberg. Un mantra qui s’étendit à l’ensemble de la Silicon Valley et de ses colonialités numériques. En effet tout cela est allé très vite. En effet nombre de repères, de valeurs, d’identités, de communautés, de minorités, de normes et de lois ont été brisées. Nombre d’autres fracas nous attendent sans qu’il soit aujourd’hui clairement possible de savoir si nos garanties constitutionnelles, en France, aux USA et partout ailleurs dans le monde, seront suffisantes pour nous en prémunir ou en éviter les conséquences les plus directement mortifères. Mais la performativité des effondrements qui se tiennent au bout d’un stylo (celui de Trump signant ses décrets) ou de claviers (le blanc-seing laissé aux ingénieurs de Musk et du Chaos), cette accélération de la performativité doit nous interroger.

Parce qu’ils n’ont pas juste « bougé vite » et « cassé des trucs« , mais ils ont surtout « cassé rapidement » et « déplacé des choses » : « Break Fast and Move Things ». L’objet de la casse étant (pour l’essentiel) le rapport au travail, aux autres et à soi ; et la cible du déplacement étant celle de nos valeurs éthiques, morales, politiques. Pendant tout ce temps nous étions concentrés, nous essayions en tout cas, sur l’élargissement de cette fameuse fenêtre d’Overton.

Mais nous devons aujourd’hui oublier la fenêtre d’Overton lue comme le travail sur les mots d’un présent pour installer ceux d’un futur, et plutôt considérer … le rétroviseur d’Overton.

Overton : la fenêtre était en fait un rétroviseur.

De la fenêtre au rétroviseur donc. Je m’explique. Raphael Llorca (commiuniquant, essayiste, collaborateur de la Fondation Jean-Jaurès) revenait récemment lors d’une émission sur France Inter sur le concept de la fenêtre d’Overton en indiquant, je cite, que « l’une des thématiques d’Overton, c’est l’histoire. » Et de poursuivre : « Parce qu’on ne peut pas faire bouger des choses dans le présent si on ne s’attaque pas aux blocages psychiques et politiques dans le passé. » Et de citer les exemples de Zemmour prétendant que Pétain aurait sauvé des juifs français, thèse apparaissant comme accréditée à peine 15 jours plus tard dans une partie de l’opinion. Même chose il y a longtemps pour Le Pen (Jean-Marie) et l’histoire des chambres à gaz qu’il avait désigné comme « un point de détail de l’histoire de la 2nde guerre mondiale » et qui avait ouvert portes et fenêtres, d’Overton et de tous les autres, à un renouvellement complet des pires thèses antisémites et révisionnistes.

Dans le rétroviseur d’Overton, l’essentiel de celles et ceux que l’on présente comme des « innovateurs » dans le domaine des technologies, ne s’efforcent pas tant d’imaginer des futurs que de remobiliser des temps historiquement passés sur lesquels ils opèrent des transformations essentiellement cosmétiques mais qui finissent par leur (et nous) exploser à la gueule dans leur forme originellement située.

[Parenthèse] Et je veux ici distinguer entre « technique » et « technologie ». Il est plein d’innovations « techniques » dans le domaine de l’informatique, du numérique, de l’IA. Les « transformeurs » par exemple en furent une remarquable dans le domaine de l’apprentissage automatique. Les « technologies » quant à elles embarquent ces innovations techniques pour les mobiliser dans le cadre de projets, de services, d’usages qui sont toujours indissociables de leur inscription sociale ou sociétale. Les générateurs de texte (ChatGPT et tous les autres) sont ainsi des technologies construites sur plein de d’outils (et de révolutions) techniques. Ne pas faire cette distinction entre « technique » et « technologie » c’est ouvrir la porte aux discours réactionnaires et anti-progressistes. Dès lors que cette distinction est faite, on peut parfaitement soutenir le besoin d’innovation technique et s’émerveiller des dernières d’entre elles, tout en condamnant et en s’alarmant en même temps de certaines évolutions technologiques, par exemple des plateformes qui mobilisent ces techniques. [/Parenthèse]

A l’exception de Wikipedia, de l’Internet Archive, des blogs, et du moteur de recherche Google s’il avait eu le courage de se conformer au renoncement à sa régie publicitaire, le constat est aujourd’hui celui de l’inquiétante et constante dérive instrumentale, politique ou morale de l’ensemble des biotopes numériques existant au centre ou à la périphérie de cet espace public qu’est (encore) le web.

L’effet diligence, le carrosse et la citrouille.

L’effet diligence c’est cette notion théorisée par Jacques Perriault en sciences de l’information et qu’il définit comme suit :

« Une invention technique met un certain temps à s’acclimater pour devenir une innovation, au sens de Bertrand Gille, c’est-à-dire à être socialement acceptée. Pendant cette période d’acclimatation, des protocoles anciens sont appliqués aux techniques nouvelles. Les premiers wagons avaient la forme des diligences. »

 

Le carrosse qui redevient citrouille passé minuit, ça c’est le conte de Cendrillon.

« Va dans le jardin, lui dit-elle, et apporte moi une citrouille. La marraine creusa la citrouille et l’ayant frappée de sa baguette, elle se trouva transformée en un magnifique carrosse tout doré. Ensuite elle fut regarder dans la souricière, où elle trouva six petites souris en vie ; elle frappa de sa baguette, et les six souris furent changées en six beaux chevaux gris pommelé. (…) mais sa marraine lui recommanda, sur toutes choses, de ne pas passer minuit, l’avertissant que, si elle demeurait au bal un moment davantage, son carrosse redeviendrait citrouille, ses chevaux des souris, ses laquais des lézards, et que ses beaux habits reprendraient leur première forme. »

 

Nous payons aujourd’hui les conséquences d’une série « d’effets diligence » où, pour le dire vite, la plupart des plateformes de « socialisation » ont été conçues et pensées comme des plateformes de surveillance. Des réseaux sociaux (les wagons dans l’exemple de Perriault) conçus sur le modèle du panoptique de Bentham (les diligences). Celles et ceux qui depuis 20 ans font mine de ne pas comprendre comment et pourquoi cela pourrait mal finir sont soit de grands naïfs, soit de grands actionnaires de ces plateformes.

Et en jetant un oeil dans le rétroviseur d’Overton (et les travaux des historiens comme Chapoutot et tant d’autres), nous comprenons mieux pourquoi à la faveur d’une élection, Zuckerberg passe de la contrition juvénile du gars pris les doigts dans le pot de Nutella au masculinisme toxique le plus claqué au sol, en moins de temps qu’il n’en faut à la marraine de Cendrillon pour changer ses haillons en robe de bal. Nous comprenons aussi pourquoi c’est presque l’ensemble de nos carrosses cognitifs, attentionnels et informationnels qui, soit se transforment en citrouilles (qu’il nous est toujours plus ou moins possible de quitter), soit nous extraient de nos positions de laquais pour nous réassigner à notre statut de lézard à la merci du prochain coup de sang ou de la prochaine virevolte de managers toxiques devenus démocratiquement omnipotents ; lesquels sont entièrement occupés à élargir des fenêtres dans lesquelles la question n’est plus tant de savoir « qui » seront les prochain défenestrés mais « quand » le serons nous.

Stand-Up for Science. Quitte à se lever, si on en profitait pour rester debout sur la situation de la science et l’université … en France ?

6 mars 2025 à 12:20

Le 7 Mars (demain) sera une journée de mobilisation « Stand-Up for Science » afin de condamner le naufrage organisé par Trump et ses équipes à l’échelle de la définition même de la science aux Etats-Unis. Ce mouvement s’inscrit aussi en soutien de l’ensemble des pays dans lesquels la science et les scientifiques sont entravés, menacés, opprimés, dénoncés, espionnés, exilés, brimés.

Cette journée, ces paroles et ces banderoles, sont importantes. Essentielles même. Il faut documenter ce qu’il se passe dans des pays pour lesquels la science, ses financements, son éthique,  tout cela est entièrement conditionnée à l’alignement idéologique avec le régime politique en place. A fortiori lorsque ce phénomène touche des pays qui n’étaient pas jusqu’ici réputés pour être des dictatures ou des régimes autoritaires et illibéraux.

Comme la plupart des collègues de la plupart des universités françaises, j’ai été destinataire d’un mail de la présidence (de l’université) dans lequel on nous appelle à rejoindre le mouvement avec nos étudiant.e.s pour un petit quart d’heure de mobilisation entre deux cours. Ok. A regarder le programme annoncé du côté des universités en France, c’est pour l’essentiel un service vraiment minimum : un rassemblement par ci, une vague photo par là, très peu d’appel à manifester, très peu de débats annoncés. La bascule fasciste que l’on observe et que l’on documente actuellement aux USA ne va pas vasciller sous les coups de boutoir d’une photo organisée entre collègues sur les marches d’une université. Signalons au titre de l’exception, l’université marseillaise qui lance un programme (et débloque un budget) pour accueillir des collègues états-uniens. Bon bref. J’ai moi-même alerté (depuis mon champ scientifique) sur l’importance de ce qui se joue actuellement aux USA dans le rapport fasciste que Trump instaure avec la langue et avec la science, pour ne pas me joindre au mouvement de demain.

Donc vendredi, je me lève, on se lève, toutes et tous pour Danette la science. Ok. On se lève. Et on se casse.

Et là … là comme beaucoup de collègues je ne peux m’empêcher de réfléchir au quotidien des universités (et universitaires) français. A nos quotidiens. A ce pays, la France, dans lequel désormais plus de 60 universités sur les 74 que compte l’hexagone sont en situation de faillite ou de quasi-faillite (elles étaient 15 en 2022, 30 en 2023, et donc 60 en 2024 à voter un budget initial en déficit).

Ce pays, la France, dans lequel on ampute encore le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Ce pays, la France, où à chaque étage de l’université publique, de l’enseignement à la recherche en passant par les services administratifs et techniques le précariat explose littéralement.

Ce pays, la France, où la paupérisation des étudiantes et étudiants est alarmante, tout autant que les problématique de santé, physique et mentale qu’ils et elles traversent et affrontent avec comme seule aide la bonne volonté des oreilles tendues à leur écoute.

Ce pays, la France où pendant que prospère un enseignement supérieur privé sous (et hors) contrat qui est une pure usine à merde remplissant des formations (en alternance notamment) sans aucun sens ni aucun contrôle, les universités publiques sont saignées et en permanence auditées et sur-auditées, y compris par des organismes et cabinets (privés).

Ce pays, la France, où des collègues qui sont de purs renégats pantouflent grassement dans des organismes publics de contrôle qui sont le bras armé du néo-management, organismes qu’ils légitiment par leur seule présence (je parle ici notamment de l’HCERES, dont la violence des dernières évaluations est unanimement dénoncée et tant il est désormais absolument évident que certaines de ces évaluations ne sont qu’un prétexte à l’hypocrisie ministérielle qui donne ses instructions pour fermer ou menacer de fermeture des formations par ailleurs souvent simultanément exsangues et pourtant toujours exemplaires).

Pas besoin d’aller regarder outre-atlantique, outre-manche ou outre-tombe pour voir les universités et les universitaires s’effondrer. En France, à Paris, du jour au lendemain suite à sa mise sous tutelle rectorale, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne voit l’ensemble de son budget amputé non pas de 10, 20, 30 ou de 40% mais de moitié. 13 millions de coupes budgétaires sur ordre du rectorat. Lisez attentivement ce qui suit :

« Ces coupes brutales amputent de plus de 50% les budgets de fonctionnement et d’investissement de nos structures – unités de recherche, écoles doctorales, bibliothèques, départements. Elles n’imposent pas de petites économies : elles mettent à l’arrêt nos activités de recherche ; elles obèrent gravement notre capacité à animer la vie scientifique de nos disciplines, à former et à professionnaliser nos doctorant-es, à faire rayonner notre université à l’international ; elles cassent nos infrastructures de recherche et de formation (alimentation des bibliothèques, renouvellement des abonnements aux plateformes numériques). La brutalité et l’ampleur de ces coupes portent des conséquences graves sur nos métiers, sur la vocation même de notre université, et sur sa capacité à assurer le service public d’enseignement et de recherche.  Les discussions en cours à l’échelle nationale sur le budget 2026 laissent à penser que cette situation n’est qu’un avant-goût de l’austérité à venir. »

Voilà ce qu’écrivent les collègues du Centre Européen de Sociologie et de Science Politique de Paris 1.

Tout comme Paris 1, c’est donc plus de 60 universités sur 74 que compte la France qui du jour au lendemain peuvent aussi, et ainsi, basculer dans un effondrement total.

Dans les soubresauts de l’époque qui s’ouvre, dans les nouvelles alliances géopolitiques que la refaçonnent entièrement sur des lignes de démarcation que personne n’imaginait possibles, dans ce monde là qui vivra certainement nombre d’effondrements écologiques et politiques il n’y a que deux lignes budgétaires à préserver et à augmenter « quoi qu’il en coûte« . La première nous en avons eu un avant-goût dans l’allocution d’Emmanuel Macron hier soir : c’est hélas celle de la défense et des armées. L’autre, c’est celle de la science et des universités (et plus globalement de l’enseignement et de la culture). Mais de l’argent magique, il semble n’y en avoir pour l’instant que pour la défense et les armées. Pourtant l’état du monde est directement lié au financement de la science. Nous ne comprenons rien à l’accession de Trump au pouvoir et à la géopolitique en cours si nous n’avons pas une recherche forte en sciences politiques, en histoire, en économie et plus globalement en sciences sociales. Nous aurions peut-être pu en partie éviter l’accession de Trump au pouvoir ou en tout cas limiter son champ d’action et de nuisance si le monde n’était pas devenu un gigantesque et permanent plateau de Fox News dans lequel plus aucune parole scientifique ne peut exister autrement que sous le mépris, les quolibets ou l’absence.

Si l’on ne veut pas que le monde et le débat public ne se transforment entièrement en plateau de Cnews 24/24h, et si l’on ne veut pas en mesurer les effets dans la prise de pouvoir d’autres Trump, Milei, Meloni, Orban, Le Pen, et consorts, alors il faut mettre en avant les universitaires qui n’ont pas une « expertise » mais une connaissance des sujets. Et il faut à notre époque et aux temps qui s’annoncent des universitaires et des scientifiques qui soient correctement formés et puissent à leur tour en former d’autres. Nombre de nos meilleurs et meilleures docteurs (= titulaires d’un doctorat) ne se barrent pas aux USA parce qu’on y gagne mieux sa vie : la réalité c’est qu’il et elles crèvent de faim et de misère et se rabattent à force sur des postes où leur connaissance cesse de bénéficier au bien commun. Imaginez ces dernières semaines, ces derniers mois, imaginez le traitement du dérèglement climatique sans les scientifiques et universitaires du GIEC, imaginez la couverture du conflit en Ukraine sans Anna Colin-Lebedev ou d’autres de ses collègues universitaires, imaginez …

C’est pour cela que la communication des présidents et présidentes de France Universités m’agace et me met prodigieusement en colère. Parce que je ne parviens pas à lire leur parole autrement qu’au travers d’un pathétique double standard appelant à se mobiliser pour ce qui se passe aux USA (et y’a besoin) mais incapable d’appeler à descendre massivement dans la rue et à entrer en guerre contre l’effondrement programmatique de l’université publique française …

On pourra se lever autant qu’on veut pour la science, nous resterons des culs-de-jatte tant que nous n’aurons pas la force de refuser le sort qui nous est fait au quotidien, ici, chez nous, maintenant, dans nos universités, par nos gouvernements.

Alors le 7 Mars, on se lève, pour la science. Et après on reste debout, et on se casse en manif, dans la rue, dans les amphis, dans les journaux, dans les quartiers, on passe en mode guérilla, on se bat. On bouge.

  • ✇affordance.info
  • Christelle Morançais m’a mis un véto (mais peut-être en fait c’est la DRAC …)
    Hey les ami.e.s, c’est foufou. Ecoutez bien l’histoire que je vais vous raconter. Il y a de cela quelques semaines je suis contacté par un collègue qui souhaiterait que j’intervienne lors d’un prochain événement sur Nantes, un forum (mélange d’ateliers et de conférences et de débats) qui s’appelle « Entreprendre dans la culture en Pays de la Loire« . Ma première réaction c’est de lui dire « Euh … autant la culture pourquoi pas, mais tu veux vraiment que j’intervienne sur le thème de l’entrepreu
     

Christelle Morançais m’a mis un véto (mais peut-être en fait c’est la DRAC …)

25 février 2025 à 15:11

Hey les ami.e.s, c’est foufou. Ecoutez bien l’histoire que je vais vous raconter. Il y a de cela quelques semaines je suis contacté par un collègue qui souhaiterait que j’intervienne lors d’un prochain événement sur Nantes, un forum (mélange d’ateliers et de conférences et de débats) qui s’appelle « Entreprendre dans la culture en Pays de la Loire« .

Ma première réaction c’est de lui dire « Euh … autant la culture pourquoi pas, mais tu veux vraiment que j’intervienne sur le thème de l’entrepreunariat parce que bon bah c’est pas vraiment mon coeur de compétence. » Et donc je décline poliment (parce que je suis poli).

Puis on se rappelle on discute et il m’explique que dans ce grand forum il va y avoir beaucoup de sujets autour du numérique, de tout ce qui se passe aujourd’hui autour (par exemple) des IA génératives, et que l’idée c’est que je fasse la conférence introductive de l’événement sur Nantes, sur un sujet que, donc, je maîtrise et sur lequel j’ai, donc, une légitimité scientifique (genre parce que ça fait 20 ans que j’en parle sur ce blog et dans mes articles et mes bouquins dont le dernier est tout à fait remarquable et tout à fait en vente libre). Bon et là comme j’aime bien le collègue en question et comme quand même en gros je fuis ce genre d’événements sauf quand ce sont des gens que j’aime bien qui m’y invitent, bah je lui dit, « OK allez tope-là. »

Et on cale un rendez-vous (c’était prévu demain) pour discuter avec lui et d’autres gens du comité d’organisation du contenu plus précis de mon intervention. Et tout est ouvert, y compris de faire un truc à 2 ou 3 voix. Et on en reste là, avec ce rendez-vous de demain pour discuter du fond donc.

Entre temps bon ben c’est bien normal, une première version du programme commence à circuler auprès des différents organisateurs et partenaires (et donneurs d’ordre et financeurs). Avec donc mon nom dedans. Hahaha. Et puis donc aujourd’hui message sur mon téléphone et un mail navré et désolé de quelqu’un de l’équipe d’organisation qui m’explique que … il y a un véto sur ma participation.

Alors je vous la fait courte mais oui dans ce grand forum « Entreprendre dans la culture en Pays de la Loire » c’est pas tellement le côté « entreprendre » qui m’a mis un véto mais c’est très clairement le côté « pays de la loire » 🙂 Et l’équipe organisatrice (la partie de celle qui m’avait invité en tout cas) m’indique tout à fait explicitement (et navrée) que c’est la DRAC (direction régionale des affaires culturelles) et plus précisément le directeur adjoint de la DRAC, M.René Phalippou, qui « n’est pas d’accord sur la programmation de votre intervention en introduction et met un veto. »

Et bah d’accord 🙂 Alors bien sûr faut vous mettre un peu à la place des gens. C’est une des rares qualités que je m’octroie (parfois). En tout cas j’essaie. Donc je me mets à la place des gens qui m’ont dit que j’avais pris un véto. C’est pas facile d’annoncer à quelqu’un que tu ne connais pas spécialement et que t’avais invité qu’il vient de se faire vétoïser. Donc je rassure l’équipe organisatrice en lui disant que primo bah c’est pas grave. Et que deuxio vu qu’il est limpide que le véto vient directement de Christelle Morançais (enfin de ses équipes hein, elle est bien trop grande pour s’abaisser à ce genre de tâche), c’est au moins la preuve que tout ce que je raconte et dénonce finit bien par lui arriver aux oreilles. Et pour conclure, que tertio, ce véto de Christelle Morançais, je le prends plutôt comme une médaille à titre honorifique en mode « la patrie culturelle reconnaissante » 🙂

Et Basta.

One More Thing.

Ce n’est pas la première fois que des gens se font ainsi vétoïser dans le cadre de différents événements. Mais moi vraiment c’est ma première fois. Et à la différence d’autres premières fois, bah ça va je trouve que celle-là est est plutôt bien réussie quoi 🙂

Et puis d’une certaine manière c’est le jeu. Christelle Morançais organise, via la DRAC qui est l’un de ses bras exécutifs, un événement. On lui signale que c’est moi qui vais faire la conférence inaugurale alors que ça fait plusieurs semaines que je dénonce publiquement la politique de destruction massive qu’elle met en place. Elle décide de me coller son véto (ou plus probablement ses équipes se disent « Oh bordel y’a l’autre là qui est invité t’imagines si Christelle elle se pointe ou qu’elle apprend que ce type inaugure son événement ?? On va se faire lourder direct« ). Deal.

On peut aussi considérer que c’est quand même le signe qu’elle époque (et d’une femme politique) qui n’a décidément plus rien d’épique (si vous avez la réf à Léo Ferré vous gagnez deux points).

Et puis merde quoi, je suis allé voir la liste des « autres partenaires » du Forum « Entreprendre dans la culture en Pays de la Loire« . Je vous mets l’image dessous et vous pourrez aller vérifier directement. On y trouve Mobilis, le pôle régional du livre (qui morfle), mais aussi le pôle régional « arts visuels » (qui morfle), mais aussi le pôle régional « spectacle vivant », mais aussi la fédération des radios associatives (FRAP). C’est à dire précisément une bonne partie de liste des partenaires culturels littéralement torpillés, flingués, assassinés (bah oui y’avait préméditation) par Christelle Morançais. Et ce que cela implique de vies fracassées et de gens mis au chômage, et de toujours moins de diversité pour toujours plus de Bolloré.

Alors les copains et les copines de tous ces merveilleux pôles régionaux que Christelle Morançais a décidé de mettre à sac, c’est aussi pour ça (et aussi pour vous) que je rends public mon premier véto. On ne se croisera pas au forum entreprendre dans la culture. Mais heureusement on se croisera ailleurs. Sur des terrains de lutte. Contre la politique de Christelle Morançais.

Chère Christelle Morançais, merci de ce véto. Il est une confirmation de tout ce qui précisément fait ta politique. Tu peux faire reculer la culture autant que tu veux, mais tu ne peux et ne pourra jamais rien contre la détermination de toutes celles et ceux qui continueront de la faire avancer ailleurs, différemment, dans d’autres lieux, d’autres espaces.

Chère Christelle Morançais, ta volonté d’entrave et ta puissance de nuisance sont considérables mais elles ne sont que circonstancielles. En face de toi, la capacité d’agir et de dire de toutes celles et ceux qui font culture, cette capacité d’agir et de dire est inaliénable, irrévocable, irrémédiable. Et contre cela tu ne peux et ne pourras jamais rien d’autre que de faire fructifier les colères et les luttes.

On te voit cricri, on ne t’oublie pas Cricri, on continue d’être attentifs et attentives à l’ensemble de ton oeuvre. Iciiciici, et encore ici.

 

 

[Mise à jour du soir] Suite à plusieurs échanges en réaction à mon article, je précise donc que oui, c’est bien la DRAC, via son directeur adjoint, qui a explicitement posé son véto concernant ma participation. Et que la DRAC relève bien de la compétence de l’État, et en l’occurrence du Ministère de la Culture (principal partenaire et organisateur de ces journées « Entreprendre dans la culture en Pays de la Loire« ).

Et là vous me dites « Ah bah donc c’est pas Christelle Morançais mais c’est Rachida Dati qui t’as mis un véto. » Et certes l’idée est séduisante. Mais au regard des infos dont je dispose depuis maintenant plusieurs mois sur ce sujet (c’est à dire depuis l’annonce par Christelle Morançais en Novembre 2024 de son opération massacre à la tronçonneuse) je suis en mesure de vous confirmer que les échanges sont comment dire … très très fluides entre la région Pays de la Loire et la DRAC.

[Mise à jour du 27 Février matin] La DRAC étant donc la « seule » à l’origine de ce véto me concernant, cela ne laisse dans tous les cas que deux hypothèses : soit en effet elle agit sur ordre de Christelle Morançais, soit elle décide elle-même de m’interdire de venir causer à cet événement qu’elle organise en lien avec les pôles régionaux les plus fortement impactés (en réalité détruits) par la politique de Christelle Morançais. Ce qui est a minima très troublant et a maxima très inquiétant puisqu’elle est supposée (la DRAC) défendre les mêmes intérêts que moi en étant au soutien des acteurs et actrices la politique culturelle en région …

 

  • ✇affordance.info
  • World Wide Wikipedia. Pourquoi il faut à tout prix défendre Wikipedia.
    C’était il y a 24 ans. Le 15 Janvier 2001 naissait Wikipédia. dans un monde numérique où Google était lui-même né en 1998 et le web encore quelques années avant (disons vers 1991 pour faire simple même si sa date de naissance officielle est plutôt en Mars 1989). Elle a dû faire toutes les guerres, pour être si forte aujourd’hui. A l’image d’une chanson de Cabrel, elle a en effet dû faire toutes les guerres pour être si forte aujourd’hui. Et aujourd’hui encore elle est la cible d’une offensive co
     

World Wide Wikipedia. Pourquoi il faut à tout prix défendre Wikipedia.

23 février 2025 à 07:35

C’était il y a 24 ans. Le 15 Janvier 2001 naissait Wikipédia. dans un monde numérique où Google était lui-même né en 1998 et le web encore quelques années avant (disons vers 1991 pour faire simple même si sa date de naissance officielle est plutôt en Mars 1989).

Elle a dû faire toutes les guerres, pour être si forte aujourd’hui.

A l’image d’une chanson de Cabrel, elle a en effet dû faire toutes les guerres pour être si forte aujourd’hui. Et aujourd’hui encore elle est la cible d’une offensive coordonnée qui va des USA jusqu’à la France. Une offensive d’une violence et d’une portée rarement atteinte. Avec en tête un Musk qui rêve de sonner l’Hallali de l’encyclopédie.

L’histoire de Wikipedia est indissociable de celle du web et du numérique plus largement ; elle en a toujours constitué un point nodal. Elle est une Babel moderne, elle a changé le périmètre de ce que l’on nommait encyclopédisme (pour un « encyclopédisme d’usage » comme je le qualifiais en 2008), elle en a aussi changé certains codes et certaines valeurs. A l’échelle du monde numérique et un peu au-delà, elle est le dernier espace commun non-marchand, entièrement dédié à la connaissance. Un espace dont le fonctionnement reste ouvert et transparent, tant dans sa gestion administrative (c’est une fondation, Wikimedia, qui préside aux destinées de l’encyclopédie) que dans sa matérialité documentaire (chaque page de l’encyclopédie propose d’accéder à son historique de modifications et aux débats qui en sont à l’origine).

Contrairement à ce que l’on lit souvent dans les arguties de ses détracteurs, non, il n’y a aucun anonymat sur Wikipedia mais un toujours possible pseudonymat. C’est à dire que concrètement il est toujours possible via différents moyens techniques de rattacher un pseudonyme à une identité civile. Et c’est aussi la raison pour laquelle les « proxys ouverts » (qui eux, permettraient en effet un anonymat réel) sont interdits sur Wikipedia. J’en profite d’ailleurs pour rappeler que globalement, cette règle du pseudonymat prévaut dans la quasi-totalité des médias sociaux grands publics, c’est à dire que oui, bien sûr, Facebook, X et d’autres ont toujours la possibilité de retrouver les auteurs de propos condamnables par la loi ou à l’origine de phénomènes de harcèlement. Le fait qu’ils ne le fassent pas systématiquement, le fait qu’ils n’appliquent même pas leurs propres règles, dit tout de leur cynisme fondé sur l’optimisation de la circulation des discours de haine. Je ne vous réexplique pas tout ça en détail, j’ai déjà écrit des centaines d’articles sur ce sujet (et quelques livres aussi). Flemme de tout réexpliquer, l’archive du blog est aussi là pour cela. Je vous en mets quand même un parmi tant d’autres, qui synthétise l’essentiel.

Au commencement il y a la haine de Musk.

Musk qui n’est pas à un revirement près, et qui après avoir par le passé à de nombreuses reprises « loué » Wikipedia pour les services qu’elle rendait, prend aujourd’hui la tête d’une croisade réactionnaire internationale.

Musk, c’était mieux avant.

Très tôt dans la dynamique de l’installation de Trump à la Maison Blanche, Elon Musk appelait au boycott de Wikipedia. Au motif qu’elle serait – selon lui – une entreprise partisane entièrement vouée au Wokisme et à l’extrême gauche. Pour rappel, absolument aucune étude scientifique sérieuse depuis que Wikipedia existe n’a permis de prouver une telle assertion. A la différence de toutes les études scientifiques démontrant en revanche que globalement l’écosystème des plateformes penchait plutôt à droite et que dans le cas particulier de Twitter puis de X les discours conservateurs et d’extrême-droite étaient, pour le coup, délibérément mis en avant. Et que oui globalement « internet » et « les algorithmes » sont très clairement de droite, et que cela s’explique tout à fait rationnellement.

Ces derniers jours encore, une étude de Global Witness notamment reprise sur Techcrunch et sur Nieman Lab, démontrait que concernant X et TikTok et à l’occasion des élections de ce week-end en Allemagne, tout était fait pour favoriser la place du parti d’extrême-droite AfD, parti qui ne fait aucun mystère ni tabou de son affiliation néo-nazie.

« 78 % du contenu politique recommandé algorithmiquement par TikTok aux comptes testés, et provenant de comptes que les utilisateurs testés ne suivaient pas, soutenait le parti AfD. (…) Sur X, Global Witness a constaté que 64 % des contenus politiques recommandés soutenaient l’AfD. En testant le biais politique général de gauche ou de droite dans les recommandations algorithmiques des plateformes, ses conclusions suggèrent que les utilisateurs de médias sociaux non partisans en Allemagne sont exposés à des contenus de droite plus de deux fois plus que des contenus de gauche à l’approche des élections fédérales dans le pays. » (Traduit par moi avec l’aide de DeepL)

 

D’autres études, chroniquées récemment sur Arte (« Comment Elon Musk manipule les élections allemandes« ), abondent dans ce sens et en décrivent quelques-uns des principaux mécanismes.

On pourrait donc presque sourire que l’homme qui adresse des saluts nazis à la foule (il a été particulièrement vexé que ce salut soit enregistré comme tel dans Wikipédia), qui rétablit les pires comptes complotistes et antisémites sur sa plateforme, qui oriente délibérément à l’extrême-droite l’ensemble de ce qu’il lui est possible d’orienter à l’extrême-droite, que cet homme là vienne dénoncer le fait que Wikipedia penche un peu à gauche (ce qui je le rappelle, est factuellement faux), le tout dans un paysage numérique qui non seulement penche très clairement du côté conservateur, et dans lequel depuis le scandale « fondateur » de Cambridge Analytica, on peut désormais documenter à presque chaque élection dans presque chaque pays du monde le fait que des partis ou des candidats d’extrême-droite sont non seulement soutenus mais parfois directement conduits au pouvoir par le jeu des plateformes numériques (dernier épisode en date, l’élection en Roumanie). Mais naturellement rien de tout cela ne prête à sourire.

Musk lance donc la meute à l’assaut de Wikipedia. Et comme attendu, la meute le suit. La meute des conservateurs américains, la meute des trumpistes convaincus, la meute des influenceurs MAGA, la meute de Fox News, et la meute de l’ensemble de l’écosystème médiatique qui leur sert de relai. Cet appel au boycott fonctionne sur deux points.

Premier point, une ânerie totale : Wikipedia ne pencherait politiquement que dans un seul sens, Musk la baptise d’ailleurs régulièrement « Wokepédia » en référence à sa névrose obsessionnelle commune avec Frédérique Vidal et Jean-Michel Blanquer. Faites ici un petit détour chez Authueil pour lire sa courte mais éclairante synthèse : « Wikipédia est-il de gauche ? » (spoiler alert : bah non)

Second point : un axe économique. Musk recommande s’assécher la fondation Wikimedia qui gère entre autres l’encyclopédie Wikipedia en cessant de la financer par des dons. « Coupez les financements à Wikipédia tant que l’équilibre n’est pas restauré ! » écrivait-il le 21 Janvier sur son compte X. Il faut ici savoir qu’au-delà des dons de particuliers, on trouve aussi nombre des « Big Tech » qui financent Wikipedia (Apple, Google, Microsoft, Cisco, etc) Et que par-delà l’impact qu’il espère avoir sur les donateurs particuliers, c’est surtout sur cet écosystème de la Tech qu’Elon Musk entend peser de tout son mortifère poids. Et malheureusement au regard des derniers ralliements et reniements de la plupart des géants de la tech américaine, il est a minima raisonnable d’être très inquiets.

Comme rappelé également par Damien Leloup dans Le Monde :

« à la fin du mois de décembre 2024, sur X, il appelait déjà ses abonnés à ne pas donner d’argent à l’encyclopédie, alors en pleine campagne de financement de fin d’année, pour protester contre une supposée dérive à gauche du site, qualifié de « Wokepedia ». A l’origine de cette saillie : un message d’un compte de la droite dure américaine affirmant, à la suite d’une mauvaise lecture des bilans financiers de la Fondation Wikimédia, qu’elle consacre 50 millions de dollars (48 millions d’euros) par an à des projets de « diversité et inclusion », honnis d’Elon Musk et des républicains américains. En réalité, cette somme finance principalement le développement de l’encyclopédie, les salaires d’avocats et des mesures de cybersécurité. »

 

Lors de l’un de ses derniers meeting électoraux, Donald Trump qualifiait Elon Musk de « plus grand capitaliste de l’histoire de l’Amérique« . Pour donner un point de comparaison sur la menace financière que Musk est en situation d’exercer sur Wikipedia si le modèle économique de cette dernière venait à vaciller ou à n’être plus garanti, un article de Lila Shroff dans The Atlantic rappelle que « la fondation Wikimedia a un budget annuel de 189 millions de dollars. A côté de cela, Musk a dépensé près de 288 millions de dollars rien que pour supporter Trump et d’autres candidats républicains dans cette élection présidentielle. »

Comme le précise le titre de l’article de Lila Shroff, « Elon Musk veut ce qu’il ne peut pas avoir : Wikipedia. »  On peut en effet considérer qu’il est dans la nature de ces personnalités toxiques de désirer en premier ce qui leur résiste le plus ou leur semble le plus inaccessible. Mais l’histoire a également montré que ce qui nous semblait hier tout à fait improbable devenait aujourd’hui tout à fait possible. L’exercice de pensée auquel nous devons nous astreindre est donc de nous figurer un monde dans lequel Elon Musk pourrait un jour racheter Wikipedia. Ou la détruire. Ce qui revient de toute façon au même. Exactement comme il l’a fait pour Twitter. Pour l’instant le fonctionnement de la fondation Wikimedia n’offre à Elon Musk aucune prise directe pour une quelconque forme d’OPA hostile. Mais s’interdire d’imaginer que cela puisse un jour advenir revient à baisser notre garde et à créer les conditions pour rendre cela possible.

La meute Française contre Wikipedia prendra ses quartiers résidentiels dans le journal Le Point, qui en l’espace de quelques semaines réussit un double tour de force. Primo en menaçant de livrer à la vindicte populaire les noms et coordonnées d’un contributeur régulier de Wikipedia dont le principal tort avait été de participer à la mise à jour de la page Wikipédia dudit journal en y rappelant de manière factuelle un certain nombre d’éléments. Et deuxio de publier une « tribune » signée par la fine fleur du printemps républicain et de la réacosphère (plus quelques malheureuses et malheureux égarés et le lot habituel de signataires de métier, qui ont vu de la lumière et se sont offert à moindre frais ce qu’ils croient toujours être un petit moment de gloire, plus celles et ceux qui regrettent déjà), tribune intitulée : « Halte aux campagnes de désinformation et de dénigrement menées sur Wikipedia. » Je ne vous mets même pas le lien tellement la litanie d’approximations, de contre-vérités et de mauvaise foi qu’elle contient** est pénible à lire.  Le principal problème de la majorité des signataires de cette tribune, en tout cas de celles et ceux qui en sont à l’initiative, est qu’ils et elles ne sont pas contents de certains points mentionnés dans leur propre page Wikipédia et n’ont pas la possibilité de les enlever ou de les modifier (et je vous garantis que certain.e.s ont pourtant vraiment tout essayé ;-). Leur autre point commun, et il est bien plus inquiétant et signifiant, c’est de partager avec Elon Musk un agenda illibéral et, à la manière d’une Blanche-Neige sous extas, de voir des Wokes partout et de se sentir investis de la mission de les éradiquer. Et sans offense pour les femmes qui en sont signataires, cette tribune est avant tout une belle collection de tristes burnes.

** Mais si vous aimez vous faire du mal vous pouvez toujours retaper son titre dans Google, ou mieux, aller lire le debunking point par point de Tsaag Valren (doctorante en sciences de l’information et Wikipédienne), enchaîner avec l’article de Jean-Noël Lafargue « Le Point contre Wikipedia », et terminer avec le billet de Daniel Schneidermann, « Wikipedia : leur mauvaise conscience. »

Alors attention et entendons-nous bien.

Oui il y a eu et il y aura probablement encore des opérations de désinformation et de dénigrement dans Wikipédia. Oui il y a eu et il y aura toujours ce que l’on appelle des « guerres d’édition » dans Wikipédia, et il en fut d’anthologie comme celle de 2007 opposant les partisans de Ségolène Royal à ceux de Nicolas Sarkozy lors du débat d’entre deux tours et sur le sujet des EPR, Celle également des équipes de Trump pour tenter de déstabiliser la campagne d’Hillary Clinton juste avant sa première accession à la Maison Blanche, Celle aussi de la cellule lancée par Eric Zemmour lors de sa campagne présidentielle, cellule baptisée WikiZedia (sic) et qui avait pour objet de modifier un nombre substantiel d’articles de l’encyclopédie pour y mettre en avant ou en tout cas les rendre favorables à certaines thèses défendues par le candidat néo-fasciste.

Donc oui, il y a en effet de la désinformation et du dénigrement dans Wikipedia. Oui mais primo il y en a bien moins que dans les écosystèmes et plateformes socio-médiatiques traditionnelles. Oui mais deuxio ces opérations de désinformation et de dénigrement sont bien mieux repérées, identifiées, combattues et rapidement signalées ou corrigées que dans tous les autres écosystèmes sus-mentionnés. Et oui tertio l’essentiel de ces campagnes de désinformation et de dénigrement ne viennent pas du camp de l’amicale LGBTQIASGW (Lesbiano-Gay-Bi-Trans-Queer-Intersexuée-Anarcho-Syndicalo-Gauchisto-Wokiste) mais viennent du camp de la droite conservatrice et de l’extrême-droite (et là aussi cela s’explique rationnellement pour les mêmes raisons que l’internet et les algorithmes penchent globalement à droite, relire notamment ce qu’écrit Jen Schradie à ce sujet).

Et oui bien sûr Wikipedia n’est pas exempte de biais. Mais là encore comme l’indiquent les chercheurs et chercheuses interviewées par Damien Leloup dans Le Monde :

 « il y a surtout un biais de diplôme » parmi les contributeurs de l’encyclopédie en ligne, explique Nicolas Jullien, professeur à l’IMT Atlantique, directeur de recherche au sein du groupement d’intérêt scientifique Marsouin et coauteur de plusieurs études à grande échelle sur les utilisateurs de Wikipédia. « Si vous êtes titulaire d’une licence, vous avez statistiquement beaucoup plus de chances d’avoir essayé de contribuer à Wikipédia ; pour contribuer, il faut notamment se sentir légitime à le faire.« 

« Il y a des biais sur l’encyclopédie, et ils sont bien connus : un biais de genre, notamment, avec une très grande majorité d’hommes parmi les contributeurs, et une surreprésentation assez spectaculaire des populations très fortement diplômées, enseignants, journalistes, informaticiens » abonde Jeanne Vermeirsche.

 

Des biais que non seulement la fondation Wikimedia reconnaît (depuis 2011), qui sont documentés et explicités dans l’encyclopédie elle-même, et sur lesquels travaillent nombre d’associations et de militantes et militants pour tenter de les réduire et de les atténuer.

Et puis il y a les histoires singulières et les débats d’admissibilité, souvent un peu kafkaïens au premier abord, mais toujours heuristiquement passionnants dès lors que l’on s’y plonge en détail. Et à la fin ce qu’il peut advenir de pages de gens qui ne sont ni ne prétendent à la célébrité. Ainsi il y a peu de temps le collègue et camarade Francis Mizio relatait comment et pourquoi il avait fait « vider » sa page Wikipédia. Et souvenez-vous, il y a de cela presqu’exactement 10 ans, je vous racontais l’histoire du débat d’amissibilité de ma propre page Wikipedia (qui d’ailleurs mériterait une sérieuse mise à jour, jdcjdr 😉

Et oui bien sûr le modèle encyclopédique de Wikipédia est particulier puisqu’il repose sur la « vérifiabilité » plutôt que sur la « vérité », mais là encore il faut se souvenir de Foucault et de ce qu’il écrivait à propos des régimes de vérité :

« Chaque société a son régime de vérité, sa politique générale de la vérité: c’est-à-dire les types de discours qu’elle accueille et fait fonctionner comme vrais ; les mécanismes et les instances qui permettent de distinguer les énoncés vrais ou faux, la manière dont on sanctionne les uns et les autres ; les techniques et les procédures qui sont valorisées pour l’obtention de la vérité ; le statut de ceux qui ont la charge de dire ce qui fonctionne comme vrai. »

 

Ce qui déplaît à Elon Musk comme aux signataires de la tribune des tristes burnes, ce qui les hérisse et leur semble inacceptable, c’est qu’ils ne soient pas et ne soient plus les seuls en charge de dire ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, ce qui est dicible et ce qui doit être dissimulé. Ce qu’ils omettent enfin de signaler, c’est que pour une bonne moitié des signataires de la tribune du Point, ils et elles ont été non pas les victimes mais les initiateurs et initiatrices de campagnes de désinformation et de dénigrement. Campagnes de désinformation et de dénigrement dont cette tribune est la forme aussi pathétique qu’évidente d’une prétérition en miroir.

L’autre grand déplaisir de Musk et de ses affidés, l’autre grande raison de sa croisade contre Wikipedia, c’est précisément qu‘elle est l’un des derniers espaces numériques dans lequel il est possible, quelque soit le sujet, d’avoir un débat politique (relativement) apaisé en ce sens qu’il s’inscrit toujours dans le contexte de règles éditoriales communes et transparentes, règles dont l’applicabilité peut cependant être contestée, critiquée et débattue par chacun, et le tout dans un espace toujours par essence rendu public (et « la démocratie« , comme le disait et l’écrivait Bernard Stiegler « c’est d’abord un exercice de rendu public« ).

Là encore ce point est rappelé dans le papier de Damien Leloup dans Le Monde :

Or Wikipédia reste l’une des rares grandes plateformes où des débats politiques peuvent avoir lieu de façon à la fois intense et apaisée, y compris sur les sujets les plus polémiques, note Jeanne Vermeirsche. « Un exemple parmi d’autres : sur la page Wikipédia de [l’influenceuse antiféministe] Thaïs d’Escufon, il y a des débats quotidiens lancés par des contributeurs qui souhaitent enlever le qualificatif “d’extrême droite” de sa présentation. (…) Les discussions restent très cordiales par rapport à ce qu’on peut voir sur d’autres plateformes, avec des références constantes aux règles et aux sources, ce qui cadre le débat. A mon sens, les critiques qu’adresse Elon Musk à Wikipédia montrent surtout une méconnaissance de son fonctionnement. »

 

Or Musk veut tout sauf des débats politiques apaisés, sereins et équilibrés dans l’obligation faite à chacun de respecter les mêmes règles et de s’offrir aux mêmes arbitrages. C’est l’exacte antithèse de ce pourquoi il a (entre autres) racheté Twitter et de ce qu’il y a déployé depuis. C’est aussi ce qui explique qu’après avoir supprimé la modération au profit des « Community Notes », il veut maintenant entièrement revoir ou supprimer les Community Notes qu’il juge « instrumentalisées par des activistes et des gouvernements. » En réalité il s’est lui-même fait régulièrement « corriger » par ces Community Notes et ne le supporte pas. Musk ne méconnaît pas le fonctionnement de Wikipedia : il s’en contrefout. Et il s’en contrefout précisément parce que ce fonctionnement l’exaspère et l’entrave dans l’ambition politique qu’il s’est désormais assignée.

« Projet 2025. » Viens-voir le Doxxer non n’aie pas peur.

Le « Projet 2025 » est porté par « l’Heritage Foundation« , un lobby (notamment) climato-dénialiste qui milite (notamment) pour l’effondrement des politiques publiques. Et le cadre de ce « Projet 2025 » c’est une doctrine qui s’étale sur 900 pages et qui a pour objet (en gros) de conférer à Trump les pleins pouvoirs et à faire en sorte qu’en effet, au bout de son second mandat, il ne soit plus utile ou nécessaire de voter (comme il l’a lui-même annoncé). Dans ce cadre déjà plus que délétère et creepy (sur ce sujet, allez lire l’article d’Olivier Petitjean sur l’Observatoire des Multinationales), il est donc prévu, au titre du « Projet 2025 », de s’attaquer en mode « doxxing » (c’est à dire en faisant de la dénonciation et de la divulgation publique de données personnelles), d’identifier et de cibler les principaux contributeurs et contributrices de Wikipedia sur des pages diffusant des idées et des faits contraires à l’idéologie illibérale, conservatrice et climato-dénialiste de l’Heritage Foundation. Rien que ça. Oui oui, un peu comme la récente tentative d’intimidation d’un contributeur francophone par un journaliste du Point. Mais là où Le Point y va en mode « on défend la boutique par tous les moyens, y compris ceux d’authentiques salopards qui ont fumé toute leur déontologie journalistique« , les moyens colossaux mobilisés par l’Heritage Foundation sont d’une toute autre nature et d’une toute autre ambition.

L’angle affiché par l’Heritage Foundation est officiellement de lutter contre l’anti-sémitisme et donc de cibler en priorité les principaux contributeurs et contributrices des pages qui traitent du conflit Israëlo-Palestinien. En réalité il s’agit de s’assurer par ce biais de garantir les intérêts Israëliens dans l’expression de sa doctrine, et d’écraser toute parole issue de la défense de la cause Palestinienne. Et derrière ce combat d’apparence contre l’anti-sémitisme, il s’agit de cibler par tous les moyens (y compris ceux plus ou moins légaux) les principaux contributeurs de pages en lien avec les libertés civiles et religieuses, le droit à l’avortement, le réchauffement et le dérèglement climatique, etc.

Là aussi il faut savoir que Wikipedia a déjà pris un grand nombre de mesures sur des sujets politiques sensibles, au premier rang desquels, justement, le conflit Israëlo-Palestinien (décisions qui concernant aussi les pages ou sujets pour lesquels peuvent être mobilisés des intérêts pro-russes, pro-chinois, etc.) Je cite ici la fin de l’article de Stephen Harrison sur Slate à ce sujet :

« Depuis des mois, les juges bénévoles du comité d’arbitrage de Wikipédia [« Wikipedia’s Arbitration Committee » ou ArbCom] (une sorte de « cour suprême » de Wikipedia) examinent les actions des rédacteurs très impliqués dans les articles sur Israël et les Palestiniens. Le 23 janvier, l’ArbCom a rendu son verdict dans l’affaire PIA5, un procès virtuel dans lequel il a examiné la conduite de 14 éditeurs très prolifiques dans ce domaine. Après avoir entendu les déclarations préliminaires des parties et constaté les faits (notamment le fait que certains rédacteurs utilisaient des comptes fictifs trompeurs), l’ArbCom a finalement banni plusieurs rédacteurs pro-palestiniens et pro-israéliens pour « édition non neutre ».

En plus de ces interdictions, la commission a introduit une nouvelle mesure punitive, la « restriction d’édition équilibrée », qui stipule que les utilisateurs sanctionnés ne peuvent consacrer qu’un tiers de leurs éditions à ce sujet controversé. En substance, ces wikipédiens sont contraints d’élargir leur champ d’action. (Le verdict a déjà suscité la controverse au sein de la communauté Wikipédia, certains se demandant si ces rédacteurs trouveront des moyens créatifs de contourner la règle). »

 

Et Stephen Harrison de conclure (et moi de souligner) :

Quelle que soit son efficacité, la dernière décision de Wikipédia est conforme à ses principes quasi-démocratiques. Elle reflète un engagement en faveur du débat en ligne plutôt que les tactiques autoritaires proposées par Heritage Foundation. Mais si le groupe de réflexion réussit à identifier et à cibler les éditeurs, les conséquences pourraient être profondes. Face au risque de harcèlement ou de représailles dans le monde réel, de nombreux rédacteurs bénévoles – en particulier ceux qui couvrent des sujets politiquement sensibles – pourraient tout simplement cesser de contribuer. Ceux qui resteront seront probablement les voix les plus idéologiquement orientées, ce qui érodera encore plus l’objectif déclaré de neutralité de Wikipédia. (Traduit avec Deepl et moi-même)

 

Se souvenir de ce que Dorothy Allison écrivait dans « Peau. A propos de sexe, de classe et de littérature ».

« J’ai appris à travers de grands chagrins que tous les systèmes d’oppression se nourrissent du silence public et de la terrorrisation privée.« 

 

World Wide Wikipedia (against Fascism).

Wikipedia est aujourd’hui l’exemple de tout ce que Musk abhorre. Elle est surtout devenue l’exemple de tout ce que l’extrême-droite et les mouvements conservateurs détestent : une agora réelle, transparente, publique, indépendante financièrement sans avoir à passer par la publicité, et peut-être surtout, surtout, l’un des derniers espaces collectifs international dans lequel la liberté d’expression est correctement encadrée et définie et où elle n’est pas directement corrélée à une liberté d’exposition et de circulation elle-même fabriquée et orientée de manière exogène (c’est à dire où le Free Reach ne décide pas entièrement du Free Speech). C’est aussi, comme l’écrivait Alexis Madrigal, « le dernier bastion d’une réalité partagée ».

A l’heure où les saluts Nazis se multiplient et où des fous furieux pourtant démocratiquement élus s’offrent des tronçonneuses plaquées or, il n’est pas vain de réaffirmer que Wikipedia dans son histoire et dans évolution est une rempart de résistance à l’essentiel des 14 signes qu’Umberto Eco pointait comme ceux permettant de reconnaître le fascisme. Et que c’est aussi et peut-être d’abord pour cela que les apprentis fascistes et les extrêmes-droites réunies l’ont toujours combattue et la combattront toujours. Et que toujours nous devrons la défendre et en prendre soin. Parmi ces 14 signes, voici les 9 qui semblent particulièrement d’actualité dans ce que représente aujourd’hui Wikipedia pour lutter contre la dérive fasciste et révélateurs des motivations de l’offensive qu’elle subit.

  • 1 – « La première caractéristique du fascisme éternel est le culte de la tradition. Il ne peut y avoir de progrès dans la connaissance. La vérité a été posée une fois pour toutes, et on se limite à interpréter toujours plus son message obscur. »  Wikipedia se définit par l’idée même que les progrès dans la connaissance sont constants et doivent être constamment documentés. 

  • 2 – « Le conservatisme implique le rejet du modernisme. (…) » Wikipedia est évidemment moderne.  

  • 3 – « Le fascisme éternel entretient le culte de l’action pour l’action. Réfléchir est une forme d’émasculation. En conséquence, la culture est suspecte en cela qu’elle est synonyme d’esprit critique. (…) » Est-il vraiment besoin que je développe en quoi Wikipedia est à l’opposé de tout cela ?

  • 4 – « Le fascisme éternel ne peut supporter une critique analytique. L’esprit critique opère des distinctions, et c’est un signe de modernité. Dans la culture moderne, c’est sur le désaccord que la communauté scientifique fonde les progrès de la connaissance. Pour le fascisme éternel, le désaccord est trahison. » Là encore, à l’évidence, Wikipedia en constitue l’antithèse.

  • 5 – « En outre, le désaccord est synonyme de diversité. Le fascisme éternel se déploie et recherche le consensus en exploitant la peur innée de la différence et en l’exacerbant. Le fascisme éternel est raciste par définition. » Trump et Musk et toutes les grandes entreprises de la Tech ont mis fin aux politiques de diversité et d’inclusion (DEI). Wikipedia (sans être un absolu de perfection) contribue à continuer de les faire vivre et exister, et ne nie pas les évidences concernant ses propres marges de progression ou d’empêchement sur ces sujets. Elle demeure aussi un lieu où en termes de contenus encyclopédiques, l’ensemble des minorités peuvent exister et être documentées dans l’ensemble de leurs revendications.

  • 6 – « Le fascisme éternel puise dans la frustration individuelle ou sociale. C’est pourquoi l’un des critères les plus typiques du fascisme historique a été la mobilisation d’une classe moyenne frustrée, une classe souffrant de la crise économique ou d’un sentiment d’humiliation politique, et effrayée par la pression qu’exerceraient des groupes sociaux inférieurs. » Là aussi toute la critique adressé par Musk et l’extrême-droite à Wikipédia repose précisément sur l’effroi de la pression qu’exerceraient des groupes sociaux inférieurs », c’est à dire sur ce qu’Eco aurait pu appeler, si le terme avait été disponible à l’époque de la parution de son texte, le Wokisme.

  • 7 – « Aux personnes privées d’une identité sociale claire, le fascisme éternel répond qu’elles ont pour seul privilège, plutôt commun, d’être nées dans un même pays. C’est l’origine du nationalisme. En outre, ceux qui vont absolument donner corps à l’identité de la nation sont ses ennemis. Ainsi y a-t-il à l’origine de la psychologie du fascisme éternel une obsession du complot, potentiellement international. Et ses auteurs doivent être poursuivis. La meilleure façon de contrer le complot est d’en appeler à la xénophobie. Mais le complot doit pouvoir aussi venir de l’intérieur. » Ici encore l’essentiel des critiques adressées à Wikipedia par le camp réactionnaire et néo ou proto-fasciste s’inscrivent dans le registre étendu du complotisme.

  • (…)
  • 13 – « Le fascisme éternel se fonde sur un populisme sélectif, ou populisme qualitatif pourrait-on dire. Le Peuple est perçu comme une qualité, une entité monolithique exprimant la Volonté Commune. Étant donné que des êtres humains en grand nombre ne peuvent porter une Volonté Commune, c’est le Chef qui peut alors se prétendre leur interprète. Ayant perdu leurs pouvoirs délégataires, les citoyens n’agissent pas; ils sont appelés à jouer le rôle du Peuple. » Dans l’ensemble des dispositifs discursifs sur lesquels Musk à la main, ou ceux sur lesquels il donne son avis, cette « expression populaire » ne lui sied que tant qu’elle sert ses intérêts propres ou cible ses adversaires et ennemis personnels. Toute autre expression populaire l’insupporte (expliquant ses revirements sur les questions de modération, de notes de communauté, de « transparence » des choix algorithmiques, et bien sûr son combat contre Wikipedia).

  • 14 – « Le fascisme éternel parle la Novlangue. La Novlangue, inventée par Orwell dans 1984, est la langue officielle de l’Angsoc, ou socialisme anglais. Elle se caractérise par un vocabulaire pauvre et une syntaxe rudimentaire de façon à limiter les instruments d’une raison critique et d’une pensée complexe. » Wikipedia est complexe. La langue de Trump (et celle de Musk) sont une novlangue et un néoparler, vocabulaire extrêmement limité, syntaxe et phrases très courtes compréhensibles par un enfant de 9 ans

Umberto Eco, Reconnaître le fascisme, Grasset, 2017 (publication originale italienne en 1997). Extrait disponible.

 

Le web s’est aujourd’hui réduit comme peau de chagrin. Les conversations qui l’éclairaient et les controverses qui l’animaient ont toutes progressivement et aujourd’hui presqu’entièrement migré sur des plateformes désormais totalement emmerdifiées. Alors oui, et aux côtés d’un autre immense géant et bien commun qui se nomme l’Internet Archive (si utile dans le grand effacement mis en place par l’administration Trumpiste), oui aujourd’hui la part non-marchande du World Wide Web est presqu’entièrement soluble dans un World Wide Wikipedia.

Il nous faut défendre, toujours, ce bien commun qu’est Wikipedia. Et par-delà ce combat, il nous faut aussi partir à la reconquête de tous ces espaces discursifs abandonnés aux plateformes ; il nous faut retrouver des espaces d’expression singuliers et liés par autre chose que la mathématique d’un calcul algorithmique entièrement inféodé à des intérêts politiques et économiques partisans ; que chacun et chacune puisse disposer de sa page et de son adresse ; il y a longtemps aux débuts du web on appelait cela des « Homepages » ; il y a un peu moins longtemps on appelait cela des Blogs. Peu importe comment on appellera ces espaces demain. Mais il faut qu’ils existent. Et il est impératif qu’ils résistent.

 

One Three More Thing(s).

D’abord la parole à Tim Berners Lee, le boss, l’inventeur du World Wide Web, qui le rappelait sur son compte Twitter à l’occasion du 20ème anniversaire de Wikipedia, elle est le web que nous voulons : « un espace ouvert et collaboratif permettant un libre accès au savoir pour toute la planète. » Rien de plus, mais rien de moins. « Toute la planète » n’a pas encore accès a ce savoir, c’était (et cela reste) le combat qu’il fallait mener. Aujourd’hui s’ajoute un autre combat, qui est que la partie de la planète qui y a accès, puisse continuer de pouvoir en jouir dans toute la plénitude de cet accès.

Ensuite mon histoire préférée et qui résume et représente le mieux ce qu’est Wikipédia dans sa dimension collective, c’est celle du griot.

« J’ai rencontré un jour un griot, un homme âgé, circulant de village en village, racontant depuis toujours des histoires interminables, notamment sur les épopées des familles nobles de son pays, des histoires fourmillant de détails. Et je lui demandai comment il faisait pour se souvenir de cet ensemble de détails, pour n’en oublier aucun. Il me dit alors qu’il y avait toujours dans l’assistance, quelqu’un qui lui-même avait été bercé avec ces mêmes histoires, les avait entendues depuis son enfance, et le corrigeait dès qu’il faisait une erreur ou oubliait quelque chose.« 

 

Enfin, je me suis promis de ne jamais terminer un article sur Wikipédia sans remettre cette citation d’une magnifique interview de Michel Serres en 2007. Alors je vous la remets. Cadeau.

« C’est une entreprise qui m’enchante parce que, pour une fois, c’est une entreprise qui n’est pas gouvernée par des experts. J’ai une grande grande confiance dans les experts, bien entendu. A qui voulez-vous que je fasse confiance sinon à des experts ? Mais cette confiance envers les experts est limitée puisque les experts, qu’ils soient mathématiciens, astronomes ou médecins ne sont que des hommes. Par conséquent, ils peuvent se tromper et il y a là dans cette entreprise de liberté, de communauté, de vérification mutuelle, quelque chose qui, dans la gratuité, la liberté, m’enchante complètement et me donne une sorte de confiance dans ce que peut être un groupement humain.« 

 

 

One (last) More Thing (promis).

Si vous êtes parvenu au bout de la lecture de cet article, et si vous en partagez l’essentiel, alors il reste encore une chose à faire. Oui bien sûr vous pouvez chacune et chacun contribuer à Wikipedia. Mais il y a une autre chose. Également importante. Également essentielle. Également déterminante. Pour l’avenir de Wikipedia et donc pour une part de notre avenir commun de connaissances. Cette chose, je vous la laisse découvrir et vous la glisse sous ce lien. Elle est à la portée de chacune et chacun d’entre nous. C’est aussi le plus beau bras d’honneur que vous pouvez adresser à Elon Musk, à Donald Trump et à l’ensemble de l’internationale du salut Nazi et des tronçonneuses en argent. Cliquez ici.

  • ✇affordance.info
  • Christelle (Morançais) a une nouvelle copine. Et Christelle mesure deux mètres douze.
    L’article tourne un peu partout en ce moment, c’est un papier du Figaro en mode « grand entretien » avec à ma gauche (sic) notre Christelle Morançais (bientôt) nationale toujours dans la roue de la tronçonneuse et du fracas qui précèdent le fascisme (bah oui ma cricri, ce que tu fais, la diversité que tu réduis et détruit, écoute bien ma cricri, moins de diversité c’est toujours plus de Bolloré, et l’agenda de ton copain Bolloré et autres « entrepreneurs de génie » comme tu l’affirmais encore ré
     

Christelle (Morançais) a une nouvelle copine. Et Christelle mesure deux mètres douze.

21 février 2025 à 15:15

L’article tourne un peu partout en ce moment, c’est un papier du Figaro en mode « grand entretien » avec à ma gauche (sic) notre Christelle Morançais (bientôt) nationale toujours dans la roue de la tronçonneuse et du fracas qui précèdent le fascisme (bah oui ma cricri, ce que tu fais, la diversité que tu réduis et détruit, écoute bien ma cricri, moins de diversité c’est toujours plus de Bolloré, et l’agenda de ton copain Bolloré et autres « entrepreneurs de génie » comme tu l’affirmais encore récemment à propos d’Elon Musk, bah c’est le fascisme). Et à ma droite (là c’est bon), Agnès Verdier-Molinié, qui depuis des années essaie de nous faire croire qu’elle dirige un institut universitaire (l’IFRAP) là où il y a essentiellement un énième Think Tank libéral tout pourri rempli de chroniqueurs de chez Wish pour plateaux télé de C8.

Mais moi j’ai vu la photo. LA PHOTOOOOOOO. OMFG. Allez. Hop la photo.

 

Vous voyez le truc vous ? Non parce que y’a un truc hein. 

La photo en vrai sur le site du Figaro fait encore davantage flipper ou rigoler selon l’humeur. Je vous la mets quand même hein.

Et là vous le voyez le truc ? LE. TRUC. Non mais sérieux, on dirait Olivier Mine et Passe-Partout version Dark et Girly.

 

Bon bref. Donc j’ai vu la photo et j’ai eu une pensée pour l’intermittent du spectacle à 4 pattes et sur le dos duquel se tient Christelle Morançais pour paraître plus grande que sa copine Agnès Verdier-Molinié.

Et sinon, concernant Cricri tout est pathétique dans « l’intention » de cette photo : le regard, la coiffure, la posture, l’épaule en avant … tout est fait aussi pour rappeler que la politique (cricri) surplombe et dicte l’économie qui attend docilement les bras croisés (Agnès). On dirait vraiment un boulot de stagiaire de 1ère année en agence de communication (les portes de l’IFRAP te sont ouvertes petit stagiaire, fonce vers ta destinée).

En vrai je rappelle juste que les meufs font la même taille. La preuve ? Bah la Une du Figaro.

Christelle « je vais tous vous bouffer » en dos à dos avec Agnès « Oh bah moi je suis contente d’être invitée au banquet »

Vous noterez que concernant la titraille on est vraiment là pour se mettre bien hein : en bas au centre « les guerrières antidépense publique« , en haut à droite en médaillon, « Spécial croisières, 25 itinéraires d’exception« . Bah oui, c’est tout ça la ligne édito du Figaro, « Merde aux précaires, vive les croisières, merde au public, vive Le Croisic. »

Bon. je vous laisse. Et vous rappelle que ça y est hein, la tronçonneuse a fonctionné, il y a donc des centaines de gens qui se trouvent au chômage, immédiatement, brutalement, simplement parce que Christelle Morançais a un agenda politique a tenir, et les intérêts de ses copains Bolloréens à satisfaire.

Heureusement qu’elle mesure deux mètres douze et qu’elle fait tout pour qu’on la remarque. Même le regard, vous avez vu le regard, on dirait une imitation du Mugshot de Trump (un autre de ses modèles).

On te voit cricri, on ne t’oublie pas Cricri, on continue d’être attentifs et attentives à l’ensemble de ton oeuvre. Ici, ici, ici, et encore ici.

Et maintenant merci de descendre du dos de ce pauvre intermittent.

  • ✇affordance.info
  • Bétharram et le chaudron magique de ChatGPT.
    Le 10 février 2025, France Info posait la question : « les IA conversationnelles comme ChatGPT sont-elles fiables ? » Le 16 février, dans une séquence dont le replay semble avoir été supprimé, France Info répondait à la question via une consultante en communication (ancienne candidate LR), qui lors d’un plateau au sujet de l’affaire Bétharram déclarait : « Même si vous demandez aujourd’hui à l’intelligence artificielle son avis sur le sujet, (…) même l’intelligence artificielle exprime qu’il y a
     

Bétharram et le chaudron magique de ChatGPT.

19 février 2025 à 11:56

Le 10 février 2025, France Info posait la question : « les IA conversationnelles comme ChatGPT sont-elles fiables ? »

Le 16 février, dans une séquence dont le replay semble avoir été supprimé, France Info répondait à la question via une consultante en communication (ancienne candidate LR), qui lors d’un plateau au sujet de l’affaire Bétharram déclarait : « Même si vous demandez aujourd’hui à l’intelligence artificielle son avis sur le sujet, (…) même l’intelligence artificielle exprime qu’il y a une récupération et une instrumentalisation politique de l’affaire Bétharram. »

Ite, missa est. L’IA est donc fiable.

La séquence a été repérée et isolée par le journaliste politique Nils Wilcke depuis ses comptes X et Mastodon. Elle est depuis devenue relativement virale sur différents médias sociaux.

 

Le nom de la communicante importe peu, elle a depuis fermé son compte X, probablement (et malheureusement) victime de quelques trolls. Ce qui m’intéresse dans cette affaire, c’est le dispositif, le « cadre » informationnel, et ce « momentum » dans la courte histoire des artefacts génératifs grand public.

Le dispositif, le voici. Une chaîne d’information, un fait divers qui devient un fait politique, un.e consultant.e, un plateau de débat, en présence de journalistes. Et le recours à ChatGPT (qui n’est pas directement nommé dans la séquence mais qui est immédiatement convoqué dans l’esprit de toute personne la visionnant).

C’est à ma connaissance la première fois que sur une chaîne d’information, en présence de journalistes, à l’occasion d’un fait divers devenu fait politique, on explique et explicite que l’on peut donc, primo, « demander son avis (sic) » à ChatGPT, et deuxio, considérer que cet avis dispose d’une quelconque valeur de preuve.

Il semble ici important de rappeler deux points fondamentaux.

Primo, ChatGPT (ou n’importe quel autre artefact génératif) n’a pas d’avis. Il n’en a jamais eu et il n’en aura jamais. Ou alors, et plus exactement, s’il doit avoir un avis, c’est soit l’avis de celles et ceux qui le programment et lui dictent quoi dire (un désormais classique « perroquet stochastique« ), soit, et c’est mon deuxio, l’avis tendanciellement dominant dans les bases de données (y compris d’actualité) sur lesquelles il s’appuie pour produire des textes qui sont des agencements statistiques probables et intrinsèquement cohérents mais n’ont pas davantage de valeur de preuve ou de vérité que l’agencement de phrases statistiquement probables et intrinsèquement cohérentes d’une conversation de bistrot entre potes.

« L’avis » de ChatGPT c’est tout à la fois « l’avis » de l’air du temps et de celles et ceux dont les avis ont été les plus repris et en résonance dans les médias dont se nourrit (et que pille) ChatGPT.

Une expérience (scientifique cette fois) a récemment eu lieu dans laquelle on essayait non pas de connaître « l’avis » des générateurs de texte mais d’analyser de quel programme et de quel candidat politique ils étaient le plus proches et reflétaient le mieux les opinions, et donc de quelles « perspectives politiques » ils se faisaient les pourvoyeurs.  Un article récent de Wired rend compte de ces travaux de Dan Hendrycks (directeur du Center for AI Safety) et de ses collègues (l’article scientifique complet est également disponible en ligne en version préprint) :

Hendrycks et ses collègues ont mesuré les perspectives politiques de plusieurs modèles d’IA de premier plan, notamment Grok de xAI, GPT-4o d’OpenAI et Llama 3.3 de Meta. Grâce à cette technique, ils ont pu comparer les valeurs des différents modèles aux programmes de certains hommes politiques, dont Donald Trump, Kamala Harris, Bernie Sanders et la représentante républicaine Marjorie Taylor Greene. Tous étaient beaucoup plus proches de l’ancien président Joe Biden que de n’importe lequel des autres politiciens.

Les chercheurs proposent une nouvelle façon de modifier le comportement d’un modèle en changeant ses fonctions d’utilité sous-jacentes au lieu d’imposer des garde-fous qui bloquent certains résultats. En utilisant cette approche, Hendrycks et ses coauteurs développent ce qu’ils appellent une « assemblée citoyenne« . Il s’agit de collecter des données de recensement américaines sur des questions politiques et d’utiliser les réponses pour modifier les valeurs d’un modèle LLM open-source. Le résultat est un modèle dont les valeurs sont systématiquement plus proches de celles de Trump que de celles de Biden. [Traduction via DeepL et moi-même]

 

D’où l’on retiendra donc que primo il est assez facile de « modifier » la perspective politique et donc ‘l’avis » de ces artefacts génératifs, et que deuxio les mêmes artefacts ont la tendance de n’exprimer que l’avis majoritaire sur lequel ils ont été entraînés et calibrés.

Donc je le répète une nouvelle fois, se servir de ChatGPT pour « avoir son avis » c’est comme se servir du premier résultat de Google sur la requête « migraine » ou « douleur abdominale » pour « énoncer un diagnostic médical« . Dans les deux cas, c’est l’équivalent de partir en plongée sous-marine avec un équipement de ski en pensant que tout va bien se passer au motif que sous l’eau comme en altitude, l’air se fait plus rare.

Je rappelle et souligne ce que j’écrivais encore récemment :

« Tant que ces modèles seront, de par leur conception même, en capacité même temporaire d’affirmer que les vaches et les moutons pondent des oeufs, et tant qu’ils ne seront capables que d’agir sur instruction et dans des contextes où ces instructions sont soit insondables soit intraçables, jamais je dis bien jamais nous ne devons les envisager comme des oeuvres de langage ou de conversation, mais comme des routines propagandistes par défaut, et délirantes par fonction.« 

 

[By the way si cela vous intéresse, je vous rappelle que j’ai écrit en Juin dernier un livre entier sur le sujet. Les IA à l’assaut dy cyberespace que ça s’appelle.]

Cette séquence de France Info ou une consultante raconte avoir sollicité l’avis de ChatGPT et en fait part comme « simple » élément de preuve au beau milieu d’un parterre de journalistes qui semblent trouver cela « amusant » est un nouveau Bad Buzz pour France Info, après l’épisode déjà totalement lunaire et ahurissant de ce plateau où un expert du camping (ou de l’immobilier je ne sais plus) était invité pour « discuter » de la possibilité de faire en effet de Gaza une nouvelle Riviera. France Info qui par ailleurs dispose de journalistes, de rédactions et de formats tout à fait capables d’éclairer le débat public (mais qui vient d’écarter son directeur).

Mais cette dernière séquence fera date. Elle fera date car elle est le résultat de l’arsenal marketing déployé depuis déjà plus d’un an autour de ces assistants faussement conversationnels. Elle fera date car elle est l’aboutissement de leur publicitarisation constante et permanente. Elle fera date car elle installe un nouveau trope, une nouvelle figure de discours, qui considère comme normal, comme admis, comme naturel et nécessaire de convoquer ces artefacts génératifs au titre de témoins ou de preuve, leur agentivité se trouvant désormais consacrée sur l’autel de ce rituel païen que l’on nomme une émission et une chaîne d’information.

Avant que d’être tristement célèbre pour les viols et violences subies par des enfants dans un établissement religieux privé, la commune de Bétharram l’était pour ses grottes. A l’image du récit platonicien de la caverne, il serait grand temps d’enfin nous retourner pour poser dans le débat public tout autre chose que les ombres projetées de l’avis de ChatGPT.

  • ✇Made Not Found (by danah boyd)
  • Become a Firefighter for Democracy
    Dreamstime: lrochkaWildfires are terrifying. They are especially gobsmackingly horrible when you add in hurricane-style winds. I will never forget the day of the Marshall Fire when my daughter stepped out of the car and literally blew down the street, forcing us to race after her and catch her. In those environments, it's easy to see how a wildfire can spread so fast and furious. My heart continues to go out to all in Los Angeles who are still navigating the immediate aftermath of this. We in Bo
     

Become a Firefighter for Democracy

7 février 2025 à 14:03
Dreamstime: lrochka

Wildfires are terrifying. They are especially gobsmackingly horrible when you add in hurricane-style winds. I will never forget the day of the Marshall Fire when my daughter stepped out of the car and literally blew down the street, forcing us to race after her and catch her. In those environments, it's easy to see how a wildfire can spread so fast and furious. My heart continues to go out to all in Los Angeles who are still navigating the immediate aftermath of this. We in Boulder know that it'll take a long time to recover - and that even after you rebuild your house, you will still shudder when the wind is strong.

As truly horrible and horrifying as wildfires are, there are people out there who make a big difference in putting a stop to them. These are the organized firefighters on the front line and in the air as well as the individuals who do the best that they can to prevent one structure from burning down. Their work is made possible through resources and community infrastructure, like access to water. But what makes them so inspiring is their will to put their bodies on the line to stop the spread of fire.

Most firefighters do not go at it alone. They work to ensure that they have accurate information so that they can make strategic choices about where to invest in building the fire line. They work as a team, constantly in communication as they divide the work and tackle the small issues to tackle the bigger one.

No firefighter wants to lose a structure, let alone a human life. But when they're working, they're focused first on containment. Cuz worse than losing a structure is allowing the fire to spread.

Even a the firefighters are still working a fire, emergency management services are kicking in to support those in need. While there are material needs upfront, many of the deep needs that are provided center on mental health. There is shock and trauma in every direction - especially for those who have lost their homes or loved ones. And unlike other kinds of trauma, this kind of trauma can't be solved by just having someone find strength in their home because their home is gone.

Sometimes metaphors are helpful as anchors to ground us when we're doing the work. As I speak to people trying to navigate the various dimensions of what's unfolding all around us politically, I keep returning to the metaphor of a firefighter tackling a wildfire amidst 80mph winds. We need some people to focus on building the fire line. Others need to tend to those in trauma. Others need to ensure that the communication lines are open and clear. Others need to start investigating the causes of the fire to prevent future fires. And still others are out there working on saving that one house. All of this is important work. In short order, we're also going to need those who can assess the damage, those who can see what environmental toxins were left behind, are those going to help rebuild.

As people start to come to terms with the shock-from-the-distance of seeing the wildfire play out on nightly TV, it's now time to figure out which role in this fire do you want to play? If you are not yourself a firefighter, what support can you offer to those who are? How do you prepare to serve in the rebuilding process?

Democracy cannot and should never be taken for granted. It is a struggle. We must collectively work to achieve democracy, not expect it to happen to us. The fires are burning hot right now. The wind is often too fierce to send out firefighters in certain quarters. But that doesn't mean we can't prepare. And that doesn't mean we can't start imagining what rebuilding might look like.

After watching countless members of the public from across the political spectrum demean and dismiss mission-driven civil servants, I'm dreaming of a future where people understand and appreciate the administrative state and want to step in to help rebuild it. I'm dreaming of a future where our tryst with hate is recognized as the devil's work. I'm dreaming of a future where we all recognize that we cannot address our global challenges through nationalism. What dreams are you hoping to manifest on the other side of this wildfire?

  • ✇Made Not Found (by danah boyd)
  • What Game Are We Playing?
    Many of us are aghast at the unprecedented dismantlement of the US administrative state. Mass terminations. Website erasure. Removal of watchdogs. Unchecked access to the treasury. All around me, people are trying to connect what's happening to historical events. Is this fascism? A hostile corporate takeover? A coup? People want a frame both to understand what's happening and grapple with what's coming. Most of the people I know are also struggling to figure out where they can take action.I've s
     

What Game Are We Playing?

3 février 2025 à 13:42
What Game Are We Playing?

Many of us are aghast at the unprecedented dismantlement of the US administrative state. Mass terminations. Website erasure. Removal of watchdogs. Unchecked access to the treasury. All around me, people are trying to connect what's happening to historical events. Is this fascism? A hostile corporate takeover? A coup? People want a frame both to understand what's happening and grapple with what's coming. Most of the people I know are also struggling to figure out where they can take action.

I've spent the bulk of my life tracking different dynamics in the tech industry. And, for the last decade, I've had the pleasure of working alongside federal civil servants and observing their commitment to American democracy. So as I watch this unfold, a few frames keep coming to mind. Frames that explain both the moment and how we got here. These are not frames that provide me with answers for the future, but perhaps they offer insights that others might be able to build on.

Jenga Politics.

Think about the wooden puzzle known as Jenga, where a tower is made out of criss-crossed wooden blocks. Players are asked to take out pieces of the wooden puzzle from the structure and then place their piece on top, increasing the pressure of gravity on the structure. The goal of the game is get your opponent to take the blame for making the entire system fall.

For years now, this has been my description of the administrative state as we've known it. Conservatives primarily take pieces out of the tower while liberals primarily add new blocks to the top. But all have a habit of removing blocks and adding pressures in certain circumstances. Meanwhile, both well-intended advocates and malfeasant ones mess with the blocks along the way.

The role of the civil servants play in the game of Jenga Politics has been to run around with duct tape in an exhausting effort to try to repair the tower before it all topples over. These "deep state" actors are viewed negatively by nearly everyone else by simply trying to keep the tower intact. In response, civil servants have been increasingly handicapped in what they can do to repair the tower. But like masochists, these mission-driven bureuacrats keep trying anyway - even as a range of well-intended and malfeasant actors attempt to make their work impossible. And, as with any system increasingly made of duct tape, their actions keep opening up new vulnerabilities into the system, new sites of potential exploitation. But that's the point of this game. The mal-intended might not have designed the vulnerabilities, but they've studied the tower long enough that they know how to exploit them.

We've been playing Jenga Politics for a long time now. Austerity politics and outsourcing are mechanisms to take the blocks out. Administrative burdens and bureaucratic HR requirements have been new blocks placed on top. Meanwhile, lawsuits and weaponized FOIAs have been types of handicaps placed on civil servants - both by well-intended actors and those with ill intent. All have been collectively creating the conditions for a "normal accident," where one wrong pull can topple the whole thing.

I've been anxious of this configuration for years now, but I always assumed that the wrecking ball move would not be so obvious. And yet, here we are. The civil servants aren't just being handicapped - they're being excised. Multiple forces are pulling out blocks as fast as they can, happy to watch the whole thing topple. And those who are accustomed to trying to "fix" things by putting pressure on top are at a complete loss of what to do.

My only hope at this point is that the blocks still exist when we get to the other side of this so that a new tower can be built. In reality, I'm concerned that we're about to watch as kindling is brought in to ensure that the existing blocks are turned into ash.

Dismantlement, Reverse Hockey Stick Style.

The tech industry loves hockey sticks. Late stage capitalism is not simply about linear growth, but exponential growth. Faster, faster, faster. After all, financialized instruments depend on return-on-investment, not just profit. And so we've seen countless businesses drive towards sharper and sharper hockey sticks in pursuit of their unicorn dreams. Social media companies that want eyeballs obsess over hockey stick growth in views. Those that want to disrupt an existing business also seek exponential user growth, but they achieve this by purposefully forgoing their profits to capture the market before ratcheting up the costs once their competitors are dead.

For all of the attention paid to the growth curves in these systems, too little attention has been paid to the curves at the start of collapse. These too are often hockey sticks, but in the reverse. When MySpace came undone, the collapse was slow until it was explosive. The economic collapse tends to occur much later than the collapses of trust, interest, and user engagement. And many companies can milk out profit long after the collapse took place, usually by positioning themselves in a particular structural position or through a particular deal. Then they can live on with a much smaller userbase so as to have a long and slow death unless they innovate their way out. Think about Yahoo! or Firefox. They can also persist through lock-in, as grouchy users fail to leave the system because the cost to leaving is just too high.

The end can also be elongated through what we might call corruption. Twitter had been experiencing a long, slow decline for years before Elon Musk took over the company. His actions sped up the collapse, as though he was aiming for failure. As users and advertisers rushed out of the platform, Musk took to blaming everyone but himself. And then he started suing anyone he could think of. Now it appears that he's gone one step further by making his platform the only place to ask questions and learn about certain kinds of government updates. No matter than he's banned many journalists from using the site. This takes "lock-in" to the next level.

In the tech context, we see a lot of moves to avoid dismantlement. But tech logics long ago converged with the logics of one segment of the financial sector. The tech industry used to be afraid of the extractive logics of hedge funds and private equity. This is why people like Mark Zuckerberg have a controlling interest in their companies. Tech titans have learned the lessons of financiers and put them to use. Hedge funds and private equity aren't interested in the underlying organization, innovations, customer bases, or value to society. They're interested in extracting as much value as possible from a particular configuration. They say that they're maximizing efficiency, but what they're really doing is reverse hockey stick dismantlement.

This is Arson.

Both Democrats and Republicans have long loathed the administrative state. For almost a century, conservatives have been crystal clear that they want to reduce the size and scope of the federal government. Yet, liberals have also been caught up in a spiral of making government more "efficient" while labeling civil servants as lazy, stupid, or both. Lyndon Johnson brought in the economists. Bill Clinton outsourced. Barack Obama sprinkled elite do-gooders all across the federal government. Whenever it was their turn, Republicans pushed and squeezed civil servants into a corner. Both added administrative burdens, not just to achieve their policies but to make life worse for civil servants. No politician has truly appreciated civil servants in recent decades, even as those individuals wake up every day and try to keep the administrative state alive.

Given this, I shouldn't be surprised that the Democrats are doing almost nothing to protect the civil servants as the heart of the administrative state right now. But I am none-the-less horrified by some of the rhetoric I hear in some quarters. One frame is particularly disturbing to me, especially on the heels of the nightmare in Los Angeles. I am stunned that anyone can argue that this is a healthy fire that will make way for new growth. This is not brush burning. This is arson.

The administrative state was in a precarious place after the first Trump Administration. As much as I love many people who went into the Biden Administration to "build back better," I was repeatedly frustrated with friends who rejected my pleas to focus on improving the underlying infrastructure. Over and over, I was told that the Administration could not prioritize the administrative state because so much else was needed. Fixing the administrative state would need to wait. And then I was told that all was solved. There were executive orders and changes to OPM and OMB. I shook my head, unconvinced but also unable to convince anyone that the tower was toppling. As I was cut out of conversations, I knew that I had failed to be pursuasive. And so I just had to cross my fingers.

But here we are. The prioritized projects of the last Administration were easily dismantled. And the precarious structure of the administrative state is now even more on the brink. I was hoping that there would be enough resilience in the system to withstand the first tsunami. As I watched horrible cruel policies roll out, I watched as civil servants gritted their teeth and focused on protecting the systems they devoted their lives to ensuring could help the American people. And then the first true breech happened.

Amidst all of the news of all of the horrible actions of this Administration, it's hard to explain the significance of political appointees accessing the Treasury's systems and locking out civil servants. Systems like this are the protected jewels of the Jenga tower, the ones that civil servants obsess over protecting regardless of who is in power. They are like the key node in a social media network, after which the decline spirals out of whack. Many journalists recognized this, breaking the news at the top of their respective outlets. The Trump Administration also realized this, quickly announcing gobsmacking tariffs to shift the media's attention. After all, the public is more interested in tariffs (and ICE) than esoteric technical systems that keep the government functioning. But the ashen look on the faces of civil servants I know said it all. It has been a hard two weeks for them, but, regardless of the legal dynamics, turning over access to the core systems at the heart of an administrative state to a wrecking ball is really really bad.

It's All One Big Game.

Trump is all about spectacle. But all around him are gamers. And not just any gamers - gamers who are happy to destroy their opponents at any costs, regardless of the societal consequences. Gamers who see such destruction as a source of their power, rooted in their visions of masculinity. Gaming has long been entangled with masculinity, even before there were video games. Sports, gambling, and the stock market are all gaming practices known for expressions of masculinity. Gaming in the context of computing offered an alternative form of masculinity, one that was deeply empowering to so many geeks.

Bannon is an old skool gamer. And Musk never stops reminding us of his passion for gaming. But these guys aren't just any gamers. They're trolls who sharpened their claws during #GamerGate. Their version of gaming took on a toxic and abusive form long ago, one seeped in aggression and hate. The men's rights movement wasn't simply about allowing men to feel comfortable in their own identities; it was about justifying the oppression and abuse of anyone who dared to suggest that other lives might be valuable. It didn't take long for a coalition to form around those invested in claiming power through oppression, justified by grievance. But within this ecosystem, the gamers are gonna game.

War, politics, and financial markets are often viewed as games that attract all sorts of problematic behavior. The very idea of a society is to create rules and guardrails, checks and balances. But gaming logic has always been about pushing those edges, exploiting the gaps, and finding the secret passageways. For decades, we've struggled to contain war mongers, corrupt politicians, and fraudulent scammers, although we've had mixed success. But this crew of gamers is playing a different game. And so we are going to need a whole new strategy for containing their destructive tendencies. In their minds, we're the mob boss that must be defeated. We aren't going to change this configuration by simply trying to give the mob boss more weapons. Instead, what's our next move?

To make matters more complicated, there's not just one game at play right now. Different actors in this melange are playing at different games. There are divergent ideas of what the "win" state is. And this has led people to be very confused about what's happening. Is this about financial gain? Is this about power? Is this about a particular vision of the future? Or is this just downright fuckery because you can.

I don't have answers.

Like everyone else, I'm stunned by everything I'm hearing. I don't have a clear-eyed path forward. But I am trying to understand and frame what I'm seeing. And I relish others' frames too.

  • ✇Made Not Found (by danah boyd)
  • The Ministry of Empowerment
    Fuck you Facebook. That was the first thought I had when I woke up this morning. Followed by: What ministry is Mark Zuckerberg volunteering to manage for the dictators of the world? All I could think of is how Orwell's Ministry of Love is about hate. So what are we creating here? The Ministry of Empowerment to ensure the oppression of the most vulnerable? Lovely. But maybe you, dear reader, have a better Ministry name for their new organizational identity?Thank you AI for this perfect image. Com
     

The Ministry of Empowerment

8 janvier 2025 à 12:10

Fuck you Facebook. That was the first thought I had when I woke up this morning. Followed by: What ministry is Mark Zuckerberg volunteering to manage for the dictators of the world? All I could think of is how Orwell's Ministry of Love is about hate. So what are we creating here? The Ministry of Empowerment to ensure the oppression of the most vulnerable? Lovely. But maybe you, dear reader, have a better Ministry name for their new organizational identity?

Thank you AI for this perfect image. Complete with too many fingers.

This isn't about free speech. It's about allowing some people to harm others through vitriol - and providing the tools of amplification to help them.

This isn't about shareholder value. It's about a kayfabe war between tech demagogues vying to be the most powerful boy in the room. Just as Elon Musk doesn't give a shit if X makes him a lot of money, Mark Zuckerberg has obtained enough wealth that he's looking for other things. And since he owns a powerful tech platform with lock-in control, no one can oust him.

This isn't even about appeasing the incoming Trump Administration. This is a Naomi Wolf-esque desire to be worshipped by someone, anyone. And if the people you originally aligned with are always pushing you to be better by challenging you, fuck them, you'll align with the crooks and conmen and sociopaths.

As I lay in bed, I thought about Mugabe's transformation from a disruptive revolutionary into a corrupt dictator responsible for genocide. I thought about Henry Ford and Joseph Stalin. And Darth Vader. Arrogant, confident men who wanted to change the world in pursuit of goodness only to embrace various versions of dark sides when the only way to be loved was to be feared.

Of course, there's power in pretending like this is about free speech. Or good business. Or wise politics. Even to oneself. And I have to imagine that Mark Zuckerberg and those who are surrounding him have countless self-justifications for their actions. But I still cannot imagine sitting in a room writing a script for explicitly justifying hate speech and harassment directed at a specific population with religion as the explicit excuse. Who was in that room? How were they justifying the text they were creating and publishing? Did anyone recognize the echos of history here?

And let's be honest. Countless tech workers are going to hold their nose and just keep moving forward, regardless of their own personal beliefs. After all, most are upper middle class people with families and mortgages who know that the tech industry is ageist and fear the loss of their jobs. They've watched so many around them struggle to find work after the layoffs. This is what economists who say that the economy is great miss. Many people are in jobs where they are underpaid for their skills - and many middle class people fear losing the job that they have because they expect that the next job will pay worse. Fear is powerful. And fear will keep Meta employees in place - at least the ones that the executives are most concerned about staying. Welcome to being conscripted into modern day warfare, brought to you by late stage capitalism.

This isn't simply toxic masculinity. It's also the toxicity of pursuing the latest variant of masculinity. To feel whole. To feel worthy. To feel powerful. To have a purpose. This doesn't have to be toxic. But the problem with masculinity is that it's socially constructed. And so when you're comparing yourself to other demagogues, you need to out demagogue them. Forget a cage match between two bros. Instead, let's put all of those vulnerable to the power of these men into the cage so that they can fight over who can squeeze the cage harder. This is what modern day conquering looks like. And to give yourself an edge, you need to ensure that others are weakened so that you can show your strength. All in the name of empowering free speech. And if Mark Zuckerberg's pursuit of having his masculinity validated wasn't glaringly obvious, he made it crystal clear when he asked a professional fighter known for domestic violence to be his boss not-boss.

Welcome to the Ministry of Empowerment.

  • ✇Made Not Found (by danah boyd)
  • Bye-bye 2024, I won't miss you.
    Well, it's been one heck of a year. ::shaking head:: Although I love getting those end-of-year postcards from folks, I've never managed to make them. Instead of recounting my familial adventures and emotional trials and tribulations, I thought I could at least step back and reflect on some professional endeavors over the last year, many of which I did a lousy job of sharing when they happened. 1. I wrote three papers this year that I'm quite proud of. "Statistical Imaginaries, State Legitimacy:
     

Bye-bye 2024, I won't miss you.

20 décembre 2024 à 17:30
Bye-bye 2024, I won't miss you.

Well, it's been one heck of a year. ::shaking head:: Although I love getting those end-of-year postcards from folks, I've never managed to make them. Instead of recounting my familial adventures and emotional trials and tribulations, I thought I could at least step back and reflect on some professional endeavors over the last year, many of which I did a lousy job of sharing when they happened. 

1. I wrote three papers this year that I'm quite proud of. 

"Statistical Imaginaries, State Legitimacy: Grappling with the Arrangements Underpinning Quantification in the US Census" is an analysis of four technical changes that the Census Bureau made / attempted to make in the last few decades: imputation, adjustment, swapping, differential privacy. Jayshree Sarathy and I examine the controversies around them with an eye towards why their complexity and visibility mattered.  This is an extension of our earlier work on differential perspectives. 

"The Resource Bind: System Failure and Legitimacy Threats in Sociotechnical Organizations" explores how time and money are weaponized by different actors involved in the Census Bureau and NASA in ways that threaten both the scientific work as well as the legitimacy of the organization. This was a Covid collaboration as Janet Vertesi and I spent long hours comparing our two different field sites to understand the constraints that each agency faced.

"Techno-Legal Solutionism: Regulating Children's Online Safety in the United States" emerged when Maria Angel pushed me to step back from my fury over the motivations behind proposed laws like Kids Online Safety and Privacy Act in order to interrogate the proposed interventions. What we came to realize is that legal policy is now demanding technosolutionism, pushing tech companies to solve problems that they have no power over and no right to decide. 

While these papers might not be as sexy as hot takes on AI, they all gave me great joy to write, both because my collaborators were awesome and because they involved deeper thinking about sociotechnical configurations. If you haven't looked at them, please check them out! (And ping me if you can't access them - I'm happy to send you a copy!)

2. I talked a lot. And in a lot of different contexts.

Taylor Lorenz and I explored the panic over social media and mental health together. 

I appeared in the "Truth or Consequences" episode of "What's Next? The Future with Bill Gates" (which you can find on Netflix). 

I keynoted AI, Ethics, and Society where I built on the "abstraction traps" work I did with colleagues to highlight how the same traps and more are appearing in AI conversations. I repeated that argument a few more times in academic venues and now I need to write it all up. 

I sat down with Tressie McMillan Cottom and Janet Vertesi at the Knight Foundation's Informed conference where we explored what different theoretical insights have to offer practitioners.

I got to hang out with Kevin Driscoll at the Computer History Museum and discuss old skool online communities. (They called it The Prehistory of Social Media but that always makes me think of dinosaurs.)

DJ Patil and I spent an hour exploring what data scientists should know for his LinkedIn course on data science.

I gave the Wendy Michener Memorial Lecture at York University on how to be intentional about nurturing the social fabric that holds you. I also gave the Information Law and Policy Annual Lecture at the University of London on the importance of focusing on interventions, not solutions. (I hope to write these up shortly.)

I also bounced in other places around talking about such an eclectic set of topics that I'm starting to wonder who I am. I dove into synthetic data in Sweden, AI policy in Berlin, responsible AI in Edinburgh and Boston, survey methodology in Ithaca, political polarization in Cambridge, public trust in federal statistics in DC, online safety in a virtual conference, the politics of ignorance in Philadelphia, and youth mental health in multiple online venues. It's been a weird year.

3. I failed to learn that policymakers don't give a flying f&#$ about helping people. 

Every time I get the pleasure of advising Crisis Text Line's amazing team, I'm reminded of how much this network cares deeply about kids' mental health and strategically leverages data to improve their services to meaningful help people. 

And then I end up in policymaking conversations that are purportedly about helping people only to learn that no one wants to ground their interventions in evidence and, besides, helping people is only the rouse for other things. At peak frustration, I ranted a bunch of times. Two examples: 1) KOSA isn't designed to help kids and 2) the ludicrous frame of harm that's used in policy debates.

But let's be honest, I mostly found myself screaming into the void to no effect. 

Amidst this, I witnessed so many friends and collaborators be tortured by politicians, political operatives, and their various bulldogs. These acts of harassment were designed to silence my friends in the name of free speech. And it's been devastating to see the effects. 

It's really hard not to get disillusioned. And still, I can't resist trying to find a way to make a difference. Here's hoping that I can find a new approach to my Sisyphean activities.

At least on the plus side, I'm actually enjoying the various conversations unfolding on Bluesky these days. It's been nice to be back in online community with a range of people after running away from the high pitched hellzone that other sites had turned into.

4. I announced that I'm joining the Cornell faculty starting in July 2025. 

This is a huge professional transition (and it means moving to Ithaca!) but I'm genuinely stoked about the new adventure, albeit sad to leave my MSR colleagues after 16 years. Still, ::bounce:: I can't wait to see what this will lead to!

5. I read. A lot. And forced others to read too.

At night, my kids and I curl into a cuddle pile and read together. We read (and play board games) a lot. My favorite fun book this year was Trust by Hernan Diaz, which initially annoyed the heck out of me and then blew me away. On the professional side, I can't stop thinking about how people throw chickens into airplane engines to test them. Thanks John Downer's Rational Accidents. But there were also so many other good books. (I still use Goodreads to keep track.)

Since I hate reading alone, I've dragged so many people around me into book clubs all year long. I just want to publicly apologize to you all for the never-ending requests to read with me. But also, thanks!

6. Resilience is my word for 2025

In a meeting this week, Nancy Baym talked about how she wasn't really into New Year's resolutions. Instead, she chooses a word that she uses as her mantra for the year. A word that will work at multiple levels and invite deep reflection. I love this idea.

I've chosen the word "resilience" for next year. I'd like to think about how to ensure that I am personally resilient to the challenges and pressures that come with change and uncertainty. I'd also like to think about how to support the development of resilience in people and organizations around me. 

So I will leave you with this thought: what's your word for 2025? 

  • ✇Made Not Found (by danah boyd)
  • I'm joining the Cornell faculty!
    Apologies to those who were on my old newsletter for getting this twice. But it's extra exciting news!When I announced my intention to join Microsoft Research in 2008, my friends set up a betting pool over how long I would "last" there. No one thought that I'd be at MSR more than 7 years. And here we are, almost 16 years later. I still love MSR. I love my colleagues. I am forever grateful for the opportunities I've had to learn and grow and have impact. And yet, there's been this itch that has b
     

I'm joining the Cornell faculty!

30 octobre 2024 à 10:11

Apologies to those who were on my old newsletter for getting this twice. But it's extra exciting news!

When I announced my intention to join Microsoft Research in 2008, my friends set up a betting pool over how long I would "last" there. No one thought that I'd be at MSR more than 7 years. And here we are, almost 16 years later. I still love MSR. I love my colleagues. I am forever grateful for the opportunities I've had to learn and grow and have impact. And yet, there's been this itch that has been growing for years. When I started my PhD, I didn't know if I would want to teach. But every time I've stepped into a classroom in recent years, I feel like I'm able to make a kind of difference that I can't make just as a researcher. And every time I get a chance to work with students, I leave glowing like a proud mama bear. Over the last few years, I've started to wonder if, when, and where becoming a full-time professor might make sense.

Certain things were essential to me. I wanted to be able to be in an intellectual environment that was just as vivacious as MSR - and just as open to research that didn't fit neatly in a disciplinary box. More importantly, I wanted to be surrounded by kind and generous scholars. I've been truly spoiled at MSR because my colleagues are just so darn awesome. And, much to the confusion of others, I wanted to be in a position where I could be a professor rather than an academic administrator. That last desire turned out to be an odder request than I realized it would be. (Many places only hire senior folks into administrator positions like chair or dean.) 

Last year, I got a call that knocked my socks off. Lee Humphreys from the Cornell Department of Communication reached out to see if there was any way that I might consider joining the Cornell faculty as a professor. As many people close to me have heard me say, I'm convinced that there has to be something in the Ithaca water because everyone up there is just so brilliant and nice. We started talking and I started letting a bud of a dream grow. I went to give a job talk and I felt like I was in academic heaven or an intellectual candy store. There are just so many amazing people there that I would be ecstatic to work with.

And so... It is with a ridiculous amount of joy that I'm going to become a Professor of Communication at Cornell, starting in the fall of 2025!! ::bounce:: OMG I'm so excited. For those who want to read more, Cornell officially announced this move today.

This has been a long time in the works - and is still, in many ways, a long time off. But I don't want to keep it secret anymore. And I want students who might be interested in working with me to know that I'm headed to Cornell. (I'm especially keen to find intellectual misfits who are asking surprising or novel questions about our sociotechnically configured world.) Already, I'm on the books as a Visiting Professor which has allowed me to bask in campus discussions. And when I get to Cornell, I'm going to be teaching two undergrad classes: Data & Society (yes, really. ::giggle::) and Trust & Safety. I'll also teach a grad seminar. 

The hardest part about jumping towards this new opportunity is stepping away from MSR. Luckily, folks at MSR have been overwhelmingly kind and supportive of me making this transition. When I nervously told my boss about my craving to be a professor, she was just so darn gracious. She fully understood that this was an itch I needed to scratch in order to feel whole. She saw my eagerness and said "there's really nothing I can do to change your mind, is there?" Kindly, she encouraged me to stick around as long as possible. So I will be at MSR until next summer, when I make the transition (although I won't take on interns this year, but my dear colleagues in the Social Media Collective are hiring a postdoc and interns!). 

Many people in my world (including my partner) think I'm off my rocker for leaving MSR. After all, the intellectual freedom and opportunities that MSR have afforded me have been mindblowing. But one of my dear colleagues nailed it when she reminded my other colleagues that MSR has been the only real job I've had since grad school. And it's true. Becoming a professor has blossomed in my head in so many ways that I'd regret not trying it, especially at a place as amazing as Cornell. 

In truth, I don't know that I'll ever fully leave MSR. They may stop paying me, but I adore too many people there to not continue collaborations with folks there. And, in practice, I'm pretty crap at fully leaving behind people and organizations that I love anyways. (See the fact that I'm still involved in both Data & Society and Crisis Text Line as "an advisor" even after "leaving" both orgs.) 

After I stepped off the Data & Society board, lots of folks contacted me with all sorts of "but what's the real story?" questions. No one could believe that I would walk away from my baby, but I genuinely believe that founders need to let go to help their babies grow up. And so I'm bracing for another round of "what's REALLY going on?" as I announce my departure from MSR. But the truth of the matter isn't scandalous. It's boring. I simply want to be a professor. And if it turns out that I suck at it, I really hope that MSR will take me back. 

::bounce::bounce::bounce::

PS: I recently transferred my newsletter to Ghost. I transferred earlier subscribers to here. Apologies if anyone were confused by this.

  • ✇Made Not Found (by danah boyd)
  • Welcome to my newsletter!
    Welcome to Made Not Found, the newsletter that I (danah boyd) write to share random thoughts, ideas, and updates. Much of the content here is also posted on Apophenia, my blog.If you'd like to join me here, please subscribe and you'll get emails when new content is published!
     
  • ✇Made Not Found (by danah boyd)
  • Risks vs. Harms: Youth & Social Media
    Since the “social media is bad for teens” myth will not die, I keep having intense conversations with colleagues, journalists, and friends over what the research says and what it doesn’t. (Alice Marwick et. al put together a great little primer in light of the legislative moves.) Along the way, I’ve also started to recognize how slipperiness between two terms creates confusion — and political openings — and so I wanted to call them out in case this is helpful for others thinking about these issu
     

Risks vs. Harms: Youth & Social Media

8 octobre 2024 à 13:32
Risks vs. Harms: Youth & Social Media

Since the “social media is bad for teens” myth will not die, I keep having intense conversations with colleagues, journalists, and friends over what the research says and what it doesn’t. (Alice Marwick et. al put together a great little primer in light of the legislative moves.) Along the way, I’ve also started to recognize how slipperiness between two terms creates confusion — and political openings — and so I wanted to call them out in case this is helpful for others thinking about these issues.

In short, “Does social media harm teenagers?” is not the same question as “Can social media be risky for teenagers?”

The language of “harm” in this question is causal in nature. It is also legalistic. Lawyers look for “harms” to place blame on or otherwise regulate actants. By and large, in legal contexts, we talk about PersonA harming PersonB. As such, PersonA is to be held accountable. But when we get into product safety discussions, we also talk about how faulty design creates the conditions for people to be harmed due to intentional, malfeasant actions by the product designer. Making a product liability claim is much harder because it requires proving the link of harm and the intentionality to harm.

Risk is a different matter. Getting out of bed introduces risks into your life. Risk is something to identify and manage. Some environments introduce more potential risks and some actions reduce the risks. Risk management is a skill to develop. And while regulation can be used to reduce certain risks, it cannot eliminate them. And it can also backfire and create more risks. (This is the problem that María Angel and I have with techno-legal solutionism.)

Let’s unpack this a bit by shifting contexts and thinking about how we approach risks more generally.

Skiing is Risky.

Skiing is understood to be a risky sport. As we approach skiing season out here in the Rockies, I’m bracing myself for the uptick in crutches, knee wheelies, and people under 40 using the wheelchair services at the Denver airport. There is also a great deal of effort being put into trying to reduce the risk that someone will leave the slopes in this state. I’m fascinated by the care ski instructors take in trying to ensure that people who come to the mountains learn how to take care. There’s a whole program here for youngins designed to teach them a safety-first approach to skiing.

And there’s a whole host of messaging that will go out each day letting potential skiers know about the conditions. We will also get fear-mongering messages out here, with local news reporting on skiers doing stupid things and warnings of avalanches that too many folks will ignore. And there will be posters at the resorts telling people to not speed on the mountains because they might kill a kid. (I think these posters are more effective as scaring kids than convincing skiers to slow down.)

No matter what messaging goes out, people will still get hurt this season like they do every season. And so there are patrollers whose job it is to look for people in high-risk situations and medics who will be on hand to help people who have been injured. And there’s a whole apparatus structured to get them of the mountain and into long-term care.

Unless you’re off your rocker, you don’t just watch a few YouTube videos and throw yourself down a mountain on skis. People take care to learn how to manage the risks of skiing. Or they’re like me and take one look at that insanity and dream of a warm place by a fire or sitting in a hot tub instead of spending stupid amounts of money to introduce that kind of risk into their lives.

Crossing the Street is Risky.

The stark reality is that every social environment has risks. And one of the key parts of being socialized through childhood into adulthood is learning to assess and respond to risks.

Consider walking down the street in a busy city. As any NYC parent knows, there are countless near-heart attacks that occur when trying to teach a 2-year-old to stop at the corner of the sidewalk. But eventually they learn to stop. And eventually they learn to not bowl people over while riding their scooter down that sidewalk. And then the next stage begins — helping young people learn to look both ways before crossing the street, regardless of what is happening with the light, and convincing them to maintain constant awareness about their environment. And eventually that becomes so normal that you start to teach your child how to J-walk without getting a ticket. And eventually, the child turns into a teenager who wanders the city alone, J-walking with ease while blocking out all audio signals with their headphones. But then take that child — or an American adult — to a city like Hanoi and they’ll have to relearn how to cross a street because nothing one learns in NYC about crossing streets applies to Hanoi.

Is crossing the street risky? Of course. But there’s a lot we can do to make it less risky. Good urban design and functioning streetlights can really help, but they don’t make the risk disappear. And people can actually cross a street in Hanoi, even though I doubt anyone would praise the urban design of streets and there are no streetlights. While design can help, what really matters for navigating risk is rooted in socialization, education, and agency. Mixed into this is, of course, experience. The more that we experience crossing the street, the easier it gets, regardless of what you know about the rules. And still, the risk does not entirely disappear. People are still hit by cars while crossing the street every year.

The Risk of Social Media Can Be Reduced.

Can social media be risky for youth? Of course. So can school. So can friendship. So can the kitchen. So can navigating parents. Can social media be designed better? Absolutely. So can school. So can the kitchen. (So can parents?) Do we always know the best design interventions? No. Might those design interventions backfire? Yes.

Does that mean that we should give up trying to improve social media or other digital environments? Absolutely not. But we must also recognize that trying to cement design into law might backfire. And that, more generally, technologies’ risks cannot be managed by design alone.

Fixating on better urban design is pointless if we’re not doing the work to socialize and educate people into crossing digital streets responsibly. And when we age-gate and think that people can magically wake up on their 13th or 18th birthday and be suddenly able to navigate digital streets just because of how many cycles they took around the sun, we’re fools. Socialization and education are still essential, regardless of how old you are. (Psst to the old people: the September that never ended…)

In the United States, we have a bad habit of thinking that risks can be designed out of every system. I will never forget when I lived in Amsterdam in the 90s, and I remarked to a local about how odd I found it that there were no guardrails to prevent cars from falling into the canals when they were parking. His response was “you’re so American” which of course prompted me to say, “what does THAT mean?” He explained that, in the Netherlands, locals just learned not to drive their cars into the canals, but Americans expected there to be guardrails for everything so that they didn’t have to learn not to be stupid. He then noted out that every time he hears about a car ending up in the canal, it is always an American who put it there. Stupid Americans. (I took umbrage at this until, a few weeks later, I read a news story about a drunk American driving a rental into the canal.)

Better design is warranted, but it is not enough if the goal is risk reduction. Risk reduction requires socialization, education, and enough agency to build experience. Moreover, if we think that people will still get hurt, we should be creating digital patrols who are there to pick people up when they are hurt. (This is why I’ve always argued that “digital street outreach” would be very valuable.)

But What About Harms?

People certainly face risks when encountering any social environment, including social media. This then triggers the next question: Do some people experience harms through social media? Absolutely. But it’s important to acknowledge that most of these harms involve people using social media to harm others. It’s reasonable that they should be held accountable. It’s not reasonable to presume that you can design a system that allows people to interact in a manner where harms will never happen. As every school principal knows, you can’t solve bullying through the design of the physical building.

Returning to our earlier note on product liability, it is reasonable to ask if specific design choices of social media create the conditions for certain kinds of harms to be more likely — and for certain risks to be increased. Researchers have consistently found that bullying is more frequent and more egregious at school than on social media, even if it is more visible on the latter. This makes me wary of a product liability claim regarding social media and bullying. Moreover, it’s important to notice what schools have done in response to this problem. They’ve invested in social-emotional learning programs to strengthen resilience, improve bystander approaches, and build empathy. These interventions are making a huge difference, far more than building design. (If someone wants to tax social media companies to scale these interventions, have a field day.)

Of course, there are harms that I do think are product liability issues vis-a-vis social media. For example, I think that many privacy harms can be mitigated with a design approach that is privacy-by-default. I also think that regulations that mandate universal privacy protections would go a long way in helping people out. But the funny thing is that I don’t think that these harms are unique to children. These are harms that are experienced broadly. And I would argue that older folks tend to experience harms associated with privacy much more acutely.

But even if you think that children are especially vulnerable, I’d like to point out that while children might need a booster seat for the seatbelt to work, everyone would be better off if we put privacy seatbelts in place rather than just saying that kids can’t be in cars.

I have more complex feelings about the situations where we blame technology for societal harms. As I’ve argued for over a decade, the internet mirrors and magnifies the good, bad, and ugly. This includes bullying and harassment, but it also includes racism, xenophobia, sexism, homophobia, and anti-trans attitudes. I wish that these societal harms could be “fixed” by technology; that would be nice. But that is naive.

I get why parents don’t want to expose children to the uglier parts of the world. But if we want to raise children to be functioning adults, we also have to ensure that they are resilient. Besides, protecting children from the ills of society is a luxury that only a small segment of the population is able to enjoy. For example, in the US, Black parents rarely have the option of preventing their children from being exposed to racism. This is why white kids need to be educated to see and resist racism. Letting white kids live in “colorblind” la-la-land doesn’t enable racial justice. It lets racism fester and increases inequality.

As adults, we need to face the ugliness of society head on, with eyes wide open. And we need to intentionally help our children see that ugliness so that they can be agents of change. Social media does make this ugly side more visible, but avoiding social media doesn’t make it go away. Actively engaging young people as they are exposed to the world through dialogue allows them to be prepared to act. Turning on the spicket at a specific age does not.

I will admit that one thing that intrigues me is that many of those who propagate hate are especially interested in blocking children from technology for fear that allowing their children to be exposed to difference might make them more tolerant. (No, gender is not contagious, but developing a recognition that gender is socially and politically constructed — and fighting for a more just world — sure is.) There’s a long history of religious communities trying to isolate youth from kids of other faiths to maintain control.

There’s no doubt that media — including social media — exposes children to a much broader and more diverse world. Anyone who sees themselves as empowering their children to create a more just and equitable world should want to conscientiously help their children see and understand the complexity of the world we live in.

In the early days of social media, I was naive in thinking that just exposing people to people around the world to each other would fundamentally increase our collective tolerance. I had too much faith in people’s openness. I know now that this deterministic thinking was foolish. But I have also come to appreciate the importance of combining exposure with education and empathy.

Isolating people from difference doesn’t increase tolerance or appreciation. And it won’t help us solve the hardest problems in our world — starting with both inequity and ensuring our planet is livable for future generations. Instead, we need to help our children build the skills to live and work together.

Put another way, to raise children who can function in our complex world, we need to teach them how to cross the digital street safely. Skiing is optional.

❌