Le tout premier spectacle-bénéfice présenté par Beaulieu Décor et Distributions D’Astous, le 19 septembre à l’église Sainte-Cécile du Bic, a permis d’amasser 20 000 $ pour la Fondation Martin D’Astous afin de soutenir les familles et les jeunes de la communauté.
« Un immense merci à nos précieux partenaires, au groupe LT Country Band, à Marc-Antoine Lévesque, aux bénévoles, ainsi qu’à toutes les personnes qui ont répondu présentes pour faire de cette soirée un moment mémorable. L’ambiance ét
Le tout premier spectacle-bénéfice présenté par Beaulieu Décor et Distributions D’Astous, le 19 septembre à l’église Sainte-Cécile du Bic, a permis d’amasser 20 000 $ pour la Fondation Martin D’Astous afin de soutenir les familles et les jeunes de la communauté.
« Un immense merci à nos précieux partenaires, au groupe LT Country Band, à Marc-Antoine Lévesque, aux bénévoles, ainsi qu’à toutes les personnes qui ont répondu présentes pour faire de cette soirée un moment mémorable. L’ambiance était exceptionnelle, les performances étaient remarquables et le soutien des gens nous a profondément touchés », mentionne l’équipe de la Fondation Martin D’Astous.
Ce résultat exceptionnel permettra à la Fondation de poursuivre sa mission et d’apporter un soutien concret aux familles et aux jeunes qui en ont besoin au sein de la communauté.
« Cette soirée a démontré toute la force de notre communauté lorsque nous nous rassemblons pour une cause qui nous tient à cœur. Ensemble, nous créons de l’espoir et faisons une réelle différence », conclut l’équipe de la Fondation.
Les images générées par intelligence artificielle s’invitent désormais jusque dans les albums de famille, et ce nouvel usage commence à créer des tensions entre générations. De plus en plus de parents découvrent que des grands-parents, des oncles, des tantes ou des amis utilisent les photos de leurs enfants pour créer des portraits, des cartes de […]
Les images générées par intelligence artificielle s’invitent désormais jusque dans les albums de famille, et ce nouvel usage commence à créer des tensions entre générations. De plus en plus de parents découvrent que des grands-parents, des oncles, des tantes ou des amis utilisent les photos de leurs enfants pour créer des portraits, des cartes de […]
La 3e édition du Festi-Bob de Rimouski, présenté le 5 septembre dernier au Centre communautaire Saint-Pie-X, a permis de recueillir une somme record de 21 000 $.
En tout, le comité organisateur versera 18 900 $ à la Fondation Bob Bissonnette, tandis qu’il remettra 2 100 $ à la Fondation Jennely-Germain, qui combat la malnutrition infantile dans la Vallée de La Matapédia, à Rimouski et à Baie-Comeau.
De nouveau cette année, le Festi-Bob proposait des tournois amicaux de dekhockey et de soc
La 3e édition du Festi-Bob de Rimouski, présenté le 5 septembre dernier au Centre communautaire Saint-Pie-X, a permis de recueillir une somme record de 21 000 $.
En tout, le comité organisateur versera 18 900 $ à la Fondation Bob Bissonnette, tandis qu’il remettra 2 100 $ à la Fondation Jennely-Germain, qui combat la malnutrition infantile dans la Vallée de La Matapédia, à Rimouski et à Baie-Comeau.
De nouveau cette année, le Festi-Bob proposait des tournois amicaux de dekhockey et de soccer destinés aux jeunes et aux adultes, sans volet éliminatoire, avec maquilleuse et DJ sur place. Un match réunissant différentes personnalités sportives de la région a également eu lieu au cours de la journée.
La programmation musicale en soirée, animée par l’humoriste rimouskois Sébastien Haché, mettait en vedette Yoann Guay et Olivier Bergeron, deux anciens participants de Star Académie.
L’humoriste rimouskois Sébastien Haché assurera l’animation du spectacle, ponctué de capsules vidéo inédites mettant en vedette Patrice Lemieux, personnage créé et interprété par Daniel Savoie.
Un encan virtuel a aussi permis à plusieurs acheteurs de mettre la main sur des chandails autographiés de Charle-Édouard D’Astous du Lightning de Tampa Bay, de Philippe Danault et Zachary Bolduc du Canadien de Montréal, d’Alex Belzile du Rocket de Laval, de Kristopher Letang des Penguins de Pittsburgh, de Jonathan Marchessault des Predators de Nashville, de Jeffrey Viel des Ducks d’Anahein, de Marc-Antoine Pouliot, des Oilers d’Edmonton et de tous les joueurs des Capitals de Washington font aussi partie de l’encan.
Le Festi-Bob de Rimouski a vu le jour en 2024 à l’initiative de Serge Dionne, un ami d’enfance du regretté Bob Bissonnette, pour soutenir la pratique du sport et des arts chez les jeunes qui composent avec certaines difficultés financières ou personnelles. Il a permis d’amasser 36 000 $.
Le 13e Challenge Vélo Plein Air, présenté le 19 septembre, a permis à la Fondation Maison Marie-Élisabeth de recueillir le montant record de 64 649 $, dépassant largement l’objectif fixé à 50 000 $.
Ce défi cycliste s’est déroulé en deux parcours, par la route sur 80 km et par la montagne sur 50 km.
Même si le nombre de cyclistes était moindre cette année, les 80 généreux participants (90 en 2025) étaient répartis en 2 groupes égaux, soit à vélo de montagne ou sur route.
Ils ont réali
Le 13e Challenge Vélo Plein Air, présenté le 19 septembre, a permis à la Fondation Maison Marie-Élisabeth de recueillir le montant record de 64 649 $, dépassant largement l’objectif fixé à 50 000 $.
Même si le nombre de cyclistes était moindre cette année, les 80 généreux participants (90 en 2025) étaient répartis en 2 groupes égaux, soit à vélo de montagne ou sur route.
Ils ont réalisé une levée de fonds d’un dynamisme exceptionnel qui a permis de tout de même dépasser de 11 000$ celle de l’an dernier.
« La météo était parfaite et les participants enthousiastes. Je tiens à remercier personnellement tous les partenaires et les cyclistes, qui, en plus de leur défi, ont réalisé une collecte de fonds au-delà de nos attentes. Nous avons eu aussi une participation exceptionnelle d’équipes qui se sont qui se sont données à fond pour leur levée de fonds », a d’ailleurs indiqué la présidence d’honneur d’Annie Théberge.
Fidèles au rendez-vous
Toujours fidèles au rendez-vous, Carl Bérubé et son équipe de Vélo Plein Air soutiennent la Maison Marie-Élisabeth depuis 2014.
« Carl est l’initiateur du défi. Nous le remercions chaleureusement d’avoir choisi notre cause au départ et d’y être fidèle depuis toutes ces années. C’est grâce à de belles collaborations comme celle-ci que notre Maison peut aller chercher plus d’un million de dollars dont elle a besoin chaque année pour poursuivre sa mission! », lance Steeve Lemieux, président du conseil d’administration de la Maison Marie-Élisabeth (MMÉ) et fier participant pour la 11e année au défi.
Cette année, en plus de Carl, René Bérubé, Catherine Lord, Geoffrey Deschesnes, Pierre Côté et Yves Landry composaient le comité organisateur.
Les participants du Challenge de montagne Vélo Plein Air 2026 (P
Grâce à ce beau partenariat, le Challenge Vélo Plein Air a permis à la Maison Marie-Élisabeth de recueillir plus de 402 600 $ en 13 ans.
Tous ces dons vont directement aux soins et services offerts gratuitement par la maison de soins palliatifs aux patients et à leurs proches. Paule Côté, directrice de la Maison Marie-Élisabeth, a enfilé le maillot du Challenge pour une sixième année à vélo de montagne.
Prix Endurance pour Marie-Noëlle Laurin
Le prix « Endurance », donné pour la cinquième fois dans l’histoire du Challenge, a été remis par Alexander Reford, représentant la Fondation Jack Herbert, à Marie-Noëlle Laurin de l’équipe « Les Gagnon pour Mamie » qui adhère bien à notre cause, qui se démarque par sa fidélité et qui fait preuve de persévérance.
Plusieurs commanditaires appuient la cause, année après année, et contribuent grandement au succès connu par l’activité depuis ces dernières années.
Depuis plus de 16 ans, la Maison Marie-Élisabeth accueille et offre gratuitement des soins palliatifs aux personnes en phase terminale. Sa direction doit recueillir plus de 1,5 M $ annuellement afin de perpétuer sa mission.
S’il dévoilera le montant final amassé pour sa 28e présentation dans les prochains jours, le comité organisateur du tournoi de golf « Formule Rita » comptera sur la participation de ses coprésidents d’honneur, Line Marcoux et William Doucet, ainsi que sur la Fondation Marcel-Gagné au moins jusqu’à sa 30e édition, prévue en 2028.
Son instigatrice, Rita Marquis, en a fait l’annonce samedi soir, lors de la soirée principale de l’événement présenté, les 19 et 20 septembre, au Club Les Saules de R
S’il dévoilera le montant final amassé pour sa 28e présentation dans les prochains jours, le comité organisateur du tournoi de golf « Formule Rita » comptera sur la participation de ses coprésidents d’honneur, Line Marcoux et William Doucet, ainsi que sur la Fondation Marcel-Gagné au moins jusqu’à sa 30e édition, prévue en 2028.
La générosité des participants et des commanditaires de « Formule Rita » a de nouveau permis de remettre 30 000 $ à 10 organismes œuvrant auprès de la communauté.
L’Association des personnes handicapées visuelles (5 000 $), le Centre d’action bénévole Rimouski-Neigette (5 000 $), Centraide BSL (3 000 $), Sclérose en plaques (3 000 $), Répit du passant (3 000 $), Moisson Rimouski-Neigette (3 000 $), Pro-Jeune Est (2 000 $), l’Hôtellerie Omer-Brazeau (2 000 $), la Maison Marie-Élisabeth (2 000 $) et le Fonds Sourire (2 000 $), qui soutient l’accès à des soins dentaires de qualité, ont tous été récompensés.
Déjà coprésidents d’honneur depuis quatre ans, Line Marcoux et William Doucet, de Rimouski Toyota, poursuivront leur association avec le tournoi pour au moins les deux prochaines années en haussant leur contribution financière.
Pour sa part, la Fondation Marcel-Gagné, qui ajoute 6 000 $ à la cagnotte finale destinée aux personnes démunies, continuera également son implication financière dans le « Formule Rita ».
Durant les deux journées, les golfeurs ont également profité de nombreux « trous chanceux », de soupers BBQ et de steaks sur le gril, ainsi que de généreuses tables de cadeaux.
Centraide Bas-Saint-Laurent a donné le coup d’envoi de sa campagne annuelle 2026, ce vendredi, au parc de la Gare à Rimouski. Pour l’occasion, partenaires, organismes communautaires et membres de la communauté ont été invités à vivre une expérience mettant en lumière une réalité simple : nous ne partons pas tous du même point dans la vie.
Santé, logement, revenus, famille, réseau de soutien : une partie du parcours de la population est influencée par des circonstances qu’ils ne choisissent pa
Centraide Bas-Saint-Laurent a donné le coup d’envoi de sa campagne annuelle 2026, ce vendredi, au parc de la Gare à Rimouski. Pour l’occasion, partenaires, organismes communautaires et membres de la communauté ont été invités à vivre une expérience mettant en lumière une réalité simple : nous ne partons pas tous du même point dans la vie.
Santé, logement, revenus, famille, réseau de soutien : une partie du parcours de la population est influencée par des circonstances qu’ils ne choisissent pas.
À travers un jeu de société créé spécialement pour l’occasion, les personnes participantes ont été confrontées à des situations inspirées de réalités vécues dans la région. Certaines facilitaient leur parcours.
D’autres les plaçaient devant un imprévu, un obstacle ou une situation sur laquelle elles avaient bien peu de contrôle.
« Nous aimons penser que notre parcours dépend de nos choix et de nos efforts. Ils comptent, bien sûr. Mais nous n’avons pas tous les mêmes possibilités au départ et personne n’est à l’abri d’un imprévu. C’est là que l’entraide prend tout son sens : elle permet de ne pas avoir à traverser seul les moments plus difficiles », explique Akotchayé Lawin-Ore, directeur régional et développement philanthropique.
Le directeur régional de Centraide Bas-Saint-Laurent, Akotchayé Lawin-Ore. (Photo courtoisie Centraide)
Des représentantes et représentants d’organismes soutenus par Centraide étaient également présents aux différentes tables pour mettre en perspective les situations rencontrées pendant le jeu et témoigner des réalités qu’ils côtoient chaque jour dans le Bas-Saint-Laurent.
Tout est en place pour la présentation du 28e tournoi de golf caritatif Formule Rita. Parmi les plus importants du genre dans l’Est-du-Québec, l’événement accueillera de nouveau environ 320 joueurs au profit des œuvres du Club Lions, ce vendredi 18 et ce samedi 19 septembre, au Club Les Saules.
Sous la présidence d’honneur, pour une quatrième année, de Line Marcoux et William Doucet, de Rimouski Toyota, l’événement tentera de fracasser son record de l’an dernier, alors qu’il avait réuni 334 j
Tout est en place pour la présentation du 28e tournoi de golf caritatif Formule Rita. Parmi les plus importants du genre dans l’Est-du-Québec, l’événement accueillera de nouveau environ 320 joueurs au profit des œuvres du Club Lions, ce vendredi 18 et ce samedi 19 septembre, au Club Les Saules.
En 2026, le comité organisateur remettra 30 000 $ à 10 organismes œuvrant auprès de la communauté, soit l’Association des personnes handicapées visuelles (5 000 $), le Centre d’action bénévole Rimouski-Neigette (5 000 $), Centraide BSL (3 000 $), Sclérose en plaques (3 000 $), Répit du passant (3 000 $), Moisson Rimouski-Neigette (3 000 $), Pro-Jeune Est (2 000 $), l’Hôtellerie Omer-Brazeau (2 000 $), la Maison Marie-Élisabeth (2 000 $) et le Fonds Sourire (2 000 $).
Cette reconnaissance souligne l’engagement exceptionnel de personnes qui contribuent au développement du sport amateur dans la communauté rimouskoise.
Plutôt cette semaine, le Club Lions de Rimouski a dévoilé les trois finalistes pour 2026, soit René Alary du Club de baseball senior Le Shaker, Jean-Charles Fournier du Club de pickleball et Azur Desrosiers du Club de patinage artistique.
René Alary, Jean-Charles Fournier et Azur Desrosiers (Photos courtoisie)
Un comité composé de membres du Club Lions et de journalistes sportifs, présidé par Robert Gagnon, a étudié les candidatures préalablement soumises. Le Club Lions remettra un chèque au club sportif du gagnant. Tous les finalistes recevront également un cadeau souvenir.
Redonner à la communauté
Comme lors des années précédentes, la Fondation Marcel-Gagné contribue à l’événement en ajoutant 6 000$ à la cagnotte finale destinée aux personnes démunies.
« Dès la création du tournoi, mon souhait était de rassembler les gens autour d’une activité conviviale tout en redonnant concrètement à la communauté. Soutenir les organismes qui viennent en aide aux personnes dans le besoin a toujours été au cœur de cette initiative. Avec le Club Lions de Rimouski, nous sommes fiers de célébrer cette 28e édition, car le milieu communautaire et les personnes de notre région en ont grandement besoin », précise l’instigatrice du tournoi de golf Formule Rita, Rita Marquis.
« Les gens pensent beaucoup à Moisson en novembre, décembre, des fois en janvier, mais […] on a faim à l’année », affirme Marie Ève St-Pierre, directrice de Moisson Rimouski-Neigette, lors de notre entretien se déroulant pendant l’une des distributions de denrées de l’organisme.
Depuis un certain temps, tu te sens au bord du gouffre : ton panier d’épicerie rapetisse à vue d’œil et tu redoutes de nouveaux défis. Tu ne veux pas que la faim t’amène à signer la fin de ton autonomie financière. L’
« Les gens pensent beaucoup à Moisson en novembre, décembre, des fois en janvier, mais […] on a faim à l’année », affirme Marie Ève St-Pierre, directrice de Moisson Rimouski-Neigette, lors de notre entretien se déroulant pendant l’une des distributions de denrées de l’organisme.
Depuis un certain temps, tu te sens au bord du gouffre : ton panier d’épicerie rapetisse à vue d’œil et tu redoutes de nouveaux défis. Tu ne veux pas que la faim t’amène à signer la fin de ton autonomie financière. L’écart semble faible entre ces deux positions, et tu crains les jugements des autres.
Et si tu imaginais le pire scénario possible? Accepter l’aide des ressources qui se trouvent à ta disposition afin de perdre un peu moins de plumes pourrait-il devenir avantageux?
Face à la réalité
Lundi 11 mai 2026, 13 h
J’arrive chez Moisson Rimouski-Neigette. Une employée me guide vers le bureau de Marie Ève St-Pierre. Directrice de l’organisme depuis 2022, Mme St-Pierre mentionne d’emblée que le manque de ressources, autant financières qu’alimentaires, demeure le principal enjeu auquel elle fait face. Les chiffres vont dans le même sens : selon le Bilan-Faim 2025 publié en octobre par les Banques alimentaires du Québec, notre province bat des records en ce qui concerne l’augmentation de la demande d’aide alimentaire. Mme St-Pierre précise aussi devoir solliciter d’autres entreprises et organismes afin de faire connaître Moisson Rimouski-Neigette : « On existe depuis 30 ans, mais les gens ne nous connaissent pas beaucoup. » L’organisme travaille actuellement sur l’élaboration d’un plan d’action pour les années à venir.
Après l’entrevue, j’observe à la fois l’appel des bénéficiaires et la distribution des denrées. Dans la salle d’attente, l’une des clientes attire mon attention : elle est coiffée d’un chignon, porte un manteau noir et semble attendre son tour. En bref, elle est sans doute comme toi, une madame Tout-le-Monde. Je m’assois à côté d’elle et nous commençons à échanger. Elle indique fermement qu’elle désire faire l’entrevue sous le couvert de l’anonymat. Cela semble logique : Hélène Jolicoeur, directrice de la cuisine collective de Matane, mentionnait en entrevue que les gens recevant de l’aide alimentaire sont facilement victimes de préjugés.
Cette cliente soutient être généralement satisfaite des denrées qu’elle reçoit depuis maintenant six mois et n’hésite pas à faire des échanges avec d’autres bénéficiaires de l’organisme pour obtenir ce qui lui manque. Elle dit avoir une vision optimiste de son avenir et explique vouloir s’en sortir, bien que cette situation lui convienne pour le moment.
La fourmilière
13 h 45
Après cette discussion, je me dirige vers la salle où tu recevrais six à sept sacs de nourriture pour une durée d’un mois. L’endroit est propre, et les denrées sont bien classées dans des contenants bleus, noirs, rouges et jaunes, ceux-ci séparant produits non périssables, pains, viandes ainsi que produits laitiers, fruits et légumes.
La chaleur monte rapidement dans la pièce : les multiples bénévoles effectuent plusieurs allers-retours, se glissent quelques paroles entre les déplacements et, telles de petites fourmis ouvrières, lèvent les boîtes colorées remplies à ras bord. J’ai l’impression d’être superflue dans ce petit espace où l’organisation de la colonie n’est que trop bien structurée.
Le rôle des bénévoles ne se limite pas à du travail physique et à la gestion de denrées. Catherine Belzile, 32 ans, s’implique comme bénévole chez Moisson Rimouski depuis 2020. Sa tâche consiste entre autres à gérer le dossier des bénéficiaires. Étant inapte au travail, elle désire donner de son temps de manière judicieuse. Parmi les gens faisant partie de sa clientèle se trouvent des individus de tout type : autant des personnes seules que des familles nombreuses, autant des citoyens sur le marché du travail que des gens ne pouvant mener une vie professionnelle ou des étudiants. D’ailleurs, les difficultés financières que vivent ces personnes ne la laissent pas indifférente : « Souvent, quand je fais des inscriptions et que la personne me montre qu’elle a 2 $ dans son compte, je ne peux pas rester insensible », exprime-t-elle.
14 h 20
La visite se finit à l’entrepôt, cette fois en compagnie de Mme St-Pierre. L’endroit semble plus ouvert, et la fraîcheur se fait sentir. Mais un détail ne change pas : d’autres fourmis s’y cachent afin de trier les dons fraîchement reçus. Au fond de cet entrepôt, une montagne d’objets de tous genres empilés les uns par-dessus les autres me force à lever la tête pour en voir l’intégralité.
Mme St-Pierre conclut que les denrées varient principalement selon le temps de l’année, les dons reçus et, parfois, les achats faits directement par l’organisme. Elle dit aussi que certaines périodes sont plus propices à la réception de dons que d’autres, février étant leur principale période creuse.
En fin de compte, je ne peux te dire ce que tu devrais penser, mais après avoir vu les nombreux bénévoles et employés à l’œuvre, la sérénité de la bénéficiaire ou encore le cadre solide dans lequel Moisson Rimouski évolue malgré les difficultés, il me semble évident que cet organisme t’accueillera en toute bienveillance.
C’est le 8 février dernier qu’avait lieu la 60e édition du Super Bowl de la NFL. Cette année, ce sont plus de 128 millions de téléspectateurs qui étaient réunis devant leur écran pour ce rituel collectif alliant football, ailes de poulet et spectacle de la mi-temps, faisant du Super Bowl l’événement médiatique le plus suivi des États-Unis. Bien plus qu’un simple match de football, l’événement sportif incarne une véritable fenêtre sur la culture, l’économie et la politique américaine.
Alors qu
C’est le 8 février dernier qu’avait lieu la 60e édition du Super Bowl de la NFL. Cette année, ce sont plus de 128 millions de téléspectateurs qui étaient réunis devant leur écran pour ce rituel collectif alliant football, ailes de poulet et spectacle de la mi-temps, faisant du Super Bowl l’événement médiatique le plus suivi des États-Unis. Bien plus qu’un simple match de football, l’événement sportif incarne une véritable fenêtre sur la culture, l’économie et la politique américaine.
Alors que le pays est, sous la seconde administration de Trump, au cœur d’une véritable fracture sociopolitique, avec un climat de haine alimenté par le conservatisme à la « Make America Great Again », la polarisation et l’application massive des opérations de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) à l’encontre des communautés immigrantes, c’est la méga-star latine Bad Bunny qui a assuré le spectacle de la mi-temps. Et pour la première fois de l’histoire de la NFL, la performance était entièrement en espagnol. Dans ce contexte politique hautement chargé, la présence de l’artiste portoricain revêt une dimension symbolique forte : il était attendu avec fébrilité, et ses gestes, anticipés.
Bienvenue à Puerto Rico : 13 minutes pour résister autrement
Cette plateforme était l’occasion rêvée pour l’artiste de dénoncer haut et fort la haine dirigée envers les personnes migrantes, l’autoritarisme décomplexé et les injustices que subissent des individus toujours plus stigmatisés. Or Bad Bunny a fait encore mieux : il a troqué la confrontation pour l’affirmation, celle de son identité, des siens et de la place de l’amour comme force de résistance face à la haine.
Tout au long de sa performance, il y avait bien évidemment la danse, sa présence magnétique et les rythmes de ses plus grands succès. Mais surtout, Bad Bunny a transformé ses précieuses minutes de présence médiatique en une véritable célébration de son archipel natal et de toute la diaspora latine. Le terrain de football s’est alors mué en un village portoricain festif et dansant : ruelles animées, maisons colorées, commerces typiques, le tout entouré d’un champ de canne à sucre. C’était là le tour de force qu’a réussi Bad Bunny : non pas tenter de convaincre de la légitimité d’un peuple et de ses droits, mais plutôt d’en présenter le fait accompli dans la force, la joie et la conviction. C’est donc dans cette posture – celle de l’amour comme forme de résistance – que Bad Bunny, Benito Antonio Martínez Ocasio de son vrai nom, a clôturé son spectacle en scandant « Que Dieu bénisse l’Amérique », suivi des noms de tous les pays du continent, dont ses danseurs portaient les drapeaux bien haut. Au même moment, on pouvait apercevoir l’inscription « The only thing more powerful than hate is love » illuminant un panneau géant, question de bien graver cette conviction dans les esprits.
Je déteste donc je suis
Bien que le plaidoyer sincère et enivrant de Bad Bunny pour l’unité et l’amour de son prochain ait eu l’effet d’un vent d’espoir pour nombre d’entre nous, reste à savoir si cela peut réellement faire le poids face aux divisions qui se creusent dans les communautés de nos voisins du Sud. Plus fondamentalement, on peut s’interroger : l’amour peut-il réellement rivaliser avec la haine en tant que force mobilisatrice de changement social? Si on a voulu y croire le temps d’une soirée, les actualités sociopolitiques des derniers mois suggèrent plutôt – et c’est ce qui est le plus effrayant – que la haine, alimentée par la peur de l’autre, l’ignorance et conséquemment le besoin de sécurité, détient une redoutable capacité de fédérer. Mais qu’en est-il vraiment?
C’est là-dessus que s’est penché le sociologue Lewis Coser dans l’ouvrage classique The Functions of Social Conflict, dans lequel le conflit avec « l’autre » est décrit comme un déterminant social puissant pour la cohésion d’un groupe, dont l’identité s’articule et se consolide en opposition avec cet antagoniste. L’article Hate as Poison and Cure?1 suggère également qu’il n’y a rien comme la désignation d’un ennemi commun pour souder efficacement et rapidement des individus, en ce que la haine nous informe sur qui « nous » sommes en regard de ce que « eux » sont. Un bel exemple de ce type de structure identitaire? Le mouvement MAGA – lire ici : Make America Great Again – qui fonde littéralement sa raison d’être dans la négation de l’existence de l’autre. Or, si la haine peut mobiliser à court terme, les groupes qu’elle fédère sont fragiles, car dès que l’objet de leur haine commune disparaît, leur identité collective s’en trouve automatiquement fragilisée, et potentiellement défaite. Si la poudre de leurs canons effraie, elle se limite fondamentalement à de la poudre aux yeux.
« The only thing more powerful than hate is love »
L’amour – celui qu’on construit dans la solidarité et le soin de sa communauté –a quant à lui besoin de temps pour se forger, mais détient cette force : une fois établi, ses racines sont profondes, durables. La psychologue sociale Marilynn Brewer2 le démontre habilement : lorsque l’appartenance à un groupe se bâtit sur des valeurs et des expériences partagées, plutôt que sur une menace commune, la solidarité n’en est que plus forte et durable. Autrement dit, nul besoin d’un ennemi pour s’aimer. Et c’est exactement cela que Bad Bunny a réussi à démontrer de façon irrévocable lors de cette mi-temps historique.
Ce que l’artiste a réussi à créer, c’est ce que la politologue Elisabeth Wood appelle le pleasure of agency3, soit la joie souveraine d’exister. Ce concept, Wood l’a élaboré lors de recherches ethnographiques menées en pleine guerre civile au Salvador, en observant des paysans qui ont soutenu un combat mené au péril de leur vie, au nom de leur communauté, de leur morale et de leurs valeurs. La chercheuse a conclu que c’est l’engagement moral et l’implication émotionnelle – et non la haine – qui ont ultimement permis aux paysans de mener et de remporter leur lutte.
Ainsi, invoquer l’amour plutôt que la haine comme force mobilisatrice du changement social, c’est se donner les vrais moyens de résister et d’avancer. Et les données confirment la posture rassembleuse et pacifique de Benito Ocasio ce 8 février dernier. Les chercheuses Erica Chenoweth et Maria Stephan4 démontrent, sur la base de l’analyse de centaines de mouvements de résistance à travers le monde, que ce sont ceux qui sont fondés sur des valeurs de non-violence et de collaboration qui réussissent mieux dans l’atteinte de changements sociaux durables – deux fois plus que leurs homologues violents.
C’est là, peut-être, la leçon politique que nous devons retenir de la performance livrée par Bad Bunny lors de ce Super Bowl : dans une société menacée par la haine, choisir l’amour comme acte de résistance c’est non seulement bienfaiteur, c’est stratégique.
1. McCarthy-Jones et al. 2026.
2. « The Psychology of Prejudice: Ingroup Love or Outgroup Hate? », Journal of Social Issues, vol. 55, no 3, 1999.
3. Elisabeth J. Wood, Insurgent Collective Action and Civil War in El Salvador, Cambridge University Press, 2003.
4.Why Civil Resistance Works : The Strategic Logic of Nonviolent Conflict, Columbia University Press, 2011.
Le 28 mai dernier, Matane a accueilli la première édition du forum interrégional L’Est en mouvement, un événement organisé conjointement par les pôles d’économie sociale du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et de la Côte-Nord ainsi que par la Commission de développement économique des Premières Nations du Québec et du Labrador.
Ce rassemblement visait à créer un espace de réflexion et d’action autour des grands enjeux qui traversent les territoires de l’Est-du-Québec. Dan
Le 28 mai dernier, Matane a accueilli la première édition du forum interrégional L’Est en mouvement, un événement organisé conjointement par les pôles d’économie sociale du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et de la Côte-Nord ainsi que par la Commission de développement économique des Premières Nations du Québec et du Labrador.
Ce rassemblement visait à créer un espace de réflexion et d’action autour des grands enjeux qui traversent les territoires de l’Est-du-Québec. Dans un contexte marqué par la crise du logement, la fragilisation de certains services de proximité et les défis liés à la transition écologique, le forum a permis de mettre en commun des expériences et des pistes de solutions portées par les acteurs de l’économie sociale.
Plus qu’un simple événement, cette première édition se voulait un lieu de rencontre entre les personnes et les organisations qui, au quotidien, développent des réponses concrètes aux besoins de leurs communautés. Habitation, services de proximité, relève entrepreneuriale, participation citoyenne et transition écologique figuraient parmi les thèmes au cœur des échanges.
Les mots d’ouverture ont donné le ton à la journée. Philippe Dufort, président du conseil d’administration d’Économie sociale et solidaire Bas-Saint-Laurent, a rappelé l’importance de multiplier les espaces de dialogue entre les territoires afin de renforcer notre capacité à répondre collectivement aux défis actuels. Cette volonté de bâtir des ponts entre les régions a également été portée par la conférence d’ouverture de Béatrice Alain, directrice générale du Chantier de l’économie sociale, qui a invité les personnes présentes à réfléchir au rôle transformateur de l’économie sociale dans les grandes transitions en cours.
Tout au long de la journée, les participants et les participantes ont pris part à des ateliers et à des panels portant sur des enjeux majeurs pour l’avenir des territoires : financement des projets collectifs, habitation, services de proximité, transition socioécologique, engagement citoyen et relève entrepreneuriale. Au-delà de la diversité des thèmes abordés, les échanges ont fait ressortir une préoccupation commune : renforcer la capacité des communautés à répondre elles-mêmes à leurs besoins et à façonner leur développement.
Les discussions ont notamment mis en lumière le rôle croissant des entreprises collectives dans la réponse à des besoins que ni le marché ni l’État ne parviennent toujours à combler adéquatement. Plusieurs ont également souligné l’importance de réaffirmer la dimension collective et transformatrice de l’économie sociale, à un moment où les inégalités territoriales, la crise du logement et les enjeux environnementaux appellent des réponses qui dépassent la seule logique du marché.
La conférence d’Émilie Dupont, coordonnatrice en économie circulaire à la SADC du Kamouraska (la Société d’aide au développement de la collectivité), est venue enrichir ces réflexions en présentant des modèles économiques qui privilégient l’usage et la mutualisation des ressources plutôt que leur simple consommation. Cette approche rejoint plusieurs préoccupations exprimées au cours de la journée quant à la nécessité de repenser nos façons de produire, de consommer et d’habiter nos territoires.
Plusieurs interventions ont d’ailleurs convergé vers un même constat : les défis auxquels font face les régions dépassent souvent les capacités d’action d’une seule organisation ou d’un seul secteur. Habitation, mobilité, accès aux services ou transition écologique exigent désormais des approches plus concertées, où les populations, les entreprises collectives, les municipalités et les institutions publiques travaillent en complémentarité.
L’un des fils conducteurs du forum aura été la volonté de replacer l’économie au service des collectivités. Derrière la diversité des ateliers se dessinait une même conviction : les réponses aux défis de l’Est passeront par davantage de coopération, d’ancrage territorial et de participation citoyenne. Les initiatives présentées ont montré la capacité des communautés à innover lorsqu’elles disposent des outils et des espaces nécessaires pour agir.
La présence de l’Aile jeunesse du Chantier de l’économie sociale a également donné une voix à la relève. En soirée, une tribune leur a été offerte afin que des membres partagent leur vision du développement régional et expriment leur désir de contribuer activement à l’avenir de leurs communautés.
Au terme de cette journée, un constat s’imposait : malgré la diversité des réalités vécues d’une région à l’autre, les communautés de l’Est partagent des préoccupations communes et une volonté bien réelle d’agir collectivement. Les échanges ont également rappelé que plusieurs des solutions recherchées existent déjà sur le terrain, portées par des entreprises collectives, des organismes et des citoyens engagés.
Plus qu’un simple lieu de rencontre, cette première édition de L’Est en mouvement aura permis de renforcer les liens entre les territoires et d’alimenter une réflexion commune sur l’avenir de nos régions. Une réflexion qui, à en juger par l’enthousiasme des personnes présentes, ne fait que continuer de germer.
Pour le crédit photo : Louis-Philippe Cusson
Le nom des personnes de gauche à droite sur la photo de groupe :
Stéfany Pelletier (agente de développement, ÉSSBSL)
Karine Deschênes (agente de développement, Pôle d’économie sociale Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine)
Cette session de trop d’un gouvernement illégitime est enfin terminée. Le marathon législatif auquel les partis politiques se sont astreints s’est conclu par une inhabituelle collaboration transpartisane. Nos 125 dirigeants se sont entendus pour passer à la sauvette des projets de loi populistes qui n’apportent que des solutions partielles à des problématiques complexes. Heureusement sont tombées les monstruosités, comme cette constitution d’un seul homme et d’autres mesures qui auraient nui à l
Cette session de trop d’un gouvernement illégitime est enfin terminée. Le marathon législatif auquel les partis politiques se sont astreints s’est conclu par une inhabituelle collaboration transpartisane. Nos 125 dirigeants se sont entendus pour passer à la sauvette des projets de loi populistes qui n’apportent que des solutions partielles à des problématiques complexes. Heureusement sont tombées les monstruosités, comme cette constitution d’un seul homme et d’autres mesures qui auraient nui à l’avancement du logement social.
Je cite ce projet de loi interdisant les boissons énergisantes aux moins de 16 ans. Je suis bien sûr de tout cœur avec les parents de ce gamin mort d’avoir consommé ces boissons caféinées en raison d’une interaction médicamenteuse mortelle. Plusieurs spécialistes appuyaient cette démarche, certes, mais malgré cette interdiction, les vendeurs de caféine vont pouvoir continuer de diffuser des publicités où les risques de ces produits pour la santé ne sont jamais abordés. Si ça donne des ailes, ça peut aussi te coûter la vie. Une démarche réussie pour encadrer la vente de ces produits se serait assurément attaquée au premier plan à l’enjeu publicitaire. Mais les politiciens ont plutôt choisi d’en faire un acte rapide de bonnes intentions. L’enfer en est pavé et, pour plusieurs, cet empressement aura laissé beaucoup d’amertume, genre pamplemousse.
Je cite aussi ce projet de loi qui change la carte électorale telle qu’elle a été définie par l’organisme à qui avec beaucoup de sagesse l’Assemblée nationale avait confié le mandat de la définir. Le poids de la dévitalisation et de la perte de population occasionne des disparités de représentation dont doit tenir compte la Commission de représentation électorale dans son travail. Mais comme les politiciens se souviennent trop peu que leur travail est de gérer l’ensemble d’un territoire pendant leur mandat, le travail de la Commission aura mis en lumière le manque total de vision de nos politiciens pour l’occupation du territoire. Heureusement ils se rappelleront les régions un peu tout de même comme ils le font toujours pendant les élections. Maintenant ils pourront redessiner les circonscriptions directement par un vote de l’Assemblée, selon des intérêts plus ou moins partisans. Énorme recul démocratique appuyé par tous les partis présents à l’Assemblée nationale.
À la veille de cet été électoral, le portrait donné par les sondages démontre que tout est possible. Tout sauf peut-être un gouvernement solidaire puisque les médias se plaisent à répéter qu’ils sont au plus bas et que la gauche est en crise au Québec. La gauche n’est pas en crise, elle n’est simplement pas assez en crisse. Opinion personnelle.
Au moment de préparer mon papier pour cette édition, j’ai en tête ce sondage de La Presse où on a demandé aux répondants qui ferait, parmi les chefs des formations politiques, le meilleur premier ministre. À mon grand plaisir, mon poulain, mon homme, mon candidat chauffe les fesses du petit homme fâché.
Non, je ne suis pas devenu libéral ou caquiste. Je suis, tout comme 23 % des répondants à ce sondage, convaincu qu’aucun candidat actuel ne ferait un bon premier ministre. Aucun n’inspire, aucun ne donne confiance comme aucun.
Au moment où cette crise de légitimité politique atteint des niveaux encore inédits et où l’abstention devient un choix politique conséquent et populaire, il faut souhaiter que ces politiciens ne réussissent pas, cet été, à convaincre ces 23 % d’appui éclairé à aucun candidat de les appuyer en se bouchant le nez. Ces braves doivent arrêter de voter pour le moins pire. Parce qu’avec le moins pire, on a quand même le pire.
À force que soient élus des gouvernements majoritaires déconnectés de la réalité, avec un peu plus de 20 % des votes exprimés et avec un taux de participation famélique, peut-être se poseront-ils la question de leur légitimité? En fait l’abstention est après tout la seule véritable façon de contester cette fausse légitimité.
Il y a quelques semaines déjà, la sortie d’un rapport de l’organisation OUI Québec, qui critiquait sans la nommer la politique d’immigration du Parti québécois, faisait controverse dans les milieux indépendantistes. Avec elle était de retour la ritournelle de la « division1 » et de « l’unité » du mouvement.
« Diviser le mouvement » est un reproche que l’on a surtout fait à la gauche indépendantiste dans les dernières décennies, ses ambitions progressistes ou écologistes étant accusées d’être
Il y a quelques semaines déjà, la sortie d’un rapport de l’organisation OUI Québec, qui critiquait sans la nommer la politique d’immigration du Parti québécois, faisait controverse dans les milieux indépendantistes. Avec elle était de retour la ritournelle de la « division1 » et de « l’unité » du mouvement.
« Diviser le mouvement » est un reproche que l’on a surtout fait à la gauche indépendantiste dans les dernières décennies, ses ambitions progressistes ou écologistes étant accusées d’être des « conditions », qui limiteraient l’attrait d’une souveraineté qui devait plutôt « aller de soi », et qui ne changerait pas grand-chose sauf en termes de drapeaux et de transferts fédéraux.
Pendant des décennies, la question de « l’unité » servait le maintien au pouvoir de l’élite centriste et libérale des hauts échelons du PQ, mais aujourd’hui, avec le virage à droite de ce dernier, avec l’indépendantisme plus assumé de Québec solidaire et la montée d’acteurs critiques des politiques péquistes comme les Oui Québec, le socle idéologique sur lequel repose le mouvement indépendantiste, ce autour de quoi il « fait unité », est remis en question.
La question de l’unité
L’unité est l’ingrédient de base de tout mouvement social, il s’agit toujours d’un rassemblement d’acteurs différents autour d’un but commun. Or, sa construction n’est jamais politiquement neutre et ce autour de quoi un mouvement se construit a toujours l’effet d’exclure certaines personnes qui, même si elles se réclament du mouvement, peuvent s’opposer à la teneur de cette unité. Certes, un pays, mais comment, par la révolution ou le référendum? De quelle idéologie, socialiste, capitaliste, corporatiste?
Quand on regarde l’histoire du mouvement indépendantiste, on voit bien que c’est cette question de contenu du projet de pays qui l’a toujours fait se mouvoir. L’indépendance a toujours été attachée à des « conditions », et c’est le débat autour de ces conditions qui l’a construite. Du fascisme catholique de l’Alliance laurentienne, au socialisme de décolonisation du RIN, puis du FLQ, en passant par la souveraineté-association libérale de Lévesque, une lutte pour définir la spécificité de l’unité indépendantiste a toujours existé.
Ceux qui ont fini par prendre le contrôle de cette unité ont pendant longtemps voulu faire croire que l’indépendance et son projet étaient une idée d’une pureté qui dépassait les idéologies, que l’on devrait faire le pays avant d’en décider la nature et que la liberté d’un peuple est une cause au-dessus des courants de pensée. Ça peut presque se justifier dans des situations de crises, comme avec l’échec des négociations constitutionnelles qui a mené à 1995. Ça peut même se justifier par la force d’une effervescence politique, comme celle des années 1960 et 1970 qui ont mené au référendum de 80. Mais cela ne peut durer qu’un temps, et la question de l’objet de l’unité, du type de pays pour lequel s’accomplirait l’indépendance, revient comme le printemps.
Le temps des monstres ou la suite du monde
Le mouvement indépendantiste est aujourd’hui à un moment charnière : il n’y a plus de grande unité entre ses différentes factions comme c’était le cas en 1980 et 1995. Il est forcé, plus qu’à aucun autre moment de son histoire, de définir le genre de pays auquel il aspire.
Entre le discours populiste et droitisant du PQ, son projet anti-migratoire de social-démocratie forteresse, puis le discours et le projet des OUI Québec ou de Québec solidaire, qui disent vouloir être « inclusifs », « diversifiés » et même « plurinationaux » en ce qui concerne la question autochtone, les indépendantistes doivent faire leur choix.
On peut se demander quelle orientation est la plus « unitaire » et la plus réaliste. Les suspects habituels de la division apparaissent de plus en plus comme les acteurs les plus sensés. La gauche indépendantiste n’a peut-être pas l’unité de son mouvement, mais elle peut certainement l’imposer en ayant le projet le plus unitaire, en ayant le projet le mieux capable de faire vivre le Québec dans l’avenir qui nous attend.
L’indépendance doit redistribuer les richesses parce que chaque jour, plus de Québécois et de Québécoises sont jetés hors de la classe moyenne en raison du prix de l’épicerie, des loyers et de la vie en général. C’est ça la réalité.
L’indépendance doit non seulement convaincre, mais construire son projet avec les néo-Québécois et les peuples autochtones, car le 50 % + 1 d’un éventuel référendum est aujourd’hui pratiquement impossible sans l’appui des premiers, et que les revendications légitimes des deuxièmes sur le territoire sont là pour rester. C’est ça la réalité.
L’indépendance doit enclencher la transition socioécologique parce que l’avenir qui nous attend (et qui est déjà ici) est celui de la crise climatique, et l’adaptation aux changements qu’il causera ne peut se faire sans un questionnement profond de la croissance économique. C’est ça la réalité.
Le vieux monde se meurt, on peine à imaginer le nouveau, « dans ce clair-obscur surgissent les monstres », disait Gramsci.
Le choix est à faire entre une indépendance du camp des monstres ou une indépendance pour la suite du monde.
Cette suite du monde, où l’on cherchera peut-être à préserver le béluga plutôt qu’à chasser le marsouin, témoignera, d’un peuple qui n’aspire pas seulement à survivre, recroquevillé dans son coin d’Amérique, mais à faire pleinement partie de l’humanité pour la rendre meilleure.
1. « Sol Zanetti accuse Paul St-Pierre Plamondon de diviser les indépendantistes », Radio-Canada, octobre 2025.
Quel temps fait-il sur notre monde libre?
Le capitalisme fait-il la joie des familles
– Béru
Où étiez-vous le 26 octobre 1992. Avez-vous voté? Moi, j’étais chez le dentiste.
On parle peu du référendum de 1992. Plusieurs l’oublient. Pourtant il est décisif dans l’histoire politique du Québec
Ah oui, le monde était bien trouble, ce 26 octobre 1992 : la grande URSS vient à peine de s’effondrer; les USA de Bush s’embourbent dans leur petit Vietnam irakien (Desert Storm); le nationalis
Où étiez-vous le 26 octobre 1992. Avez-vous voté? Moi, j’étais chez le dentiste.
On parle peu du référendum de 1992. Plusieurs l’oublient. Pourtant il est décisif dans l’histoire politique du Québec
Ah oui, le monde était bien trouble, ce 26 octobre 1992 : la grande URSS vient à peine de s’effondrer; les USA de Bush s’embourbent dans leur petit Vietnam irakien (Desert Storm); le nationaliste serbe Slebodan Milosevic bombarde la Bosnie.
Sur mon magnétophone à cassettes, j’écoute Tout pour le trash, nouvel album des Ludwig von 88 : « Ce soir trop cool j’irai griller mes 20 ans pour un baril de coke pour une ligne de brut. Twist à Koweit City ».
Au Québec, nos élites terminent un autre cycle d’interminables négociations constitutionnelles : celle sur l’Accord du lac Meech qui, faute d’unanimité provinciale, fait patate au fond du lac, et des choses.
Dans notre petite patrie provinciale, pas question alors de parler de justice, d’équité ou encore de bien-être, expression sur laquelle on colle encore tout le mépris de nos petites consciences post protestantes engraissées au capital. Que nenni! Le seul sujet dont se gargarise notre politique nationale est la constitution et la probable sécession de la province en pays.
On n’en a alors rien à faire que le PM fédéral surnomme homophobiquement son homologue provincial « le mangeux de hot dog ». Pas question de le défendre, il est du mauvais côté de la clôture et, comme un voisin chiant, on peut le nommer au gré de nos fantasmes et de nos préjugés dégradants. Il le mérite bien.
Pourtant, devant l’évidence de l’échec d’un renouveau fédéral, même lui, petit libéral fédéraliste parvenu, devenu ministrable par un mariage avec une famille ultra-riche, fait miroiter l’idée que le Québec peut se débrouiller seul.
Essoufflés par l’échec des négociations, on arrive au jour J, celui d’un référendum. Pas un référendum sur la séparation, mais plutôt sur l’union, sur le renouvellement de la si problématique constitution, un point d’arrêt potentiel à cet interminable onanisme qui apporte plus de douleur que de plaisir à un peuple en quête d’épanouissement.
Si le référendum sur la séparation était organisé par les péquistes provinciaux, celui sur l’union était l’œuvre des fédéralistes fédéraux. La question ne tenait pas debout, et nos ministres étaient clairs dans leur obscurantisme : il fallait voter non pour voter oui et voter oui pour voter non. Personne n’y comprenait rien. Les politiciens étaient très contents – c’est leur méthode.
Grâce à ce scrutin on pouvait remettre une bonne bûche dans le brasier du pathos national et rester les rejets de la constitution – position jugée avantageuse par les sbires de la sécession.
Du haut de mes 15 ans, je n’avais pas encore l’âge d’être admis dans les bureaux de vote. Et heureusement. Ayant passé la majeure partie de mon enfance sur un tapis péquiste à humer discrètement le café tiède des militants et, bien que punk aux idées universalistes, j’avais le cerveau bien mou et réceptif à la propagande nationaliste. Que voulez-vous? J’aimais l’art. Et notre gouvernement avait fait du financement de l’art un levier identitaire qui nous donnait l’envie de créer le pays, sorte de planète des singes avec une horde de barbus chantant – en français svp.
Le Parti québécois, alors à l’opposition, avait comme chef Abraracourcix Parizeau, un aristocrate en complet cinq pièces, flanqué d’un majordome, qui parlait d’un pays rêvé pour nous faire oublier que nous n’avions pas tous sa chance et sa fortune et que son parti avait été fondé sur des principes décoloniaux.
Le parti investit alors énergie et argent pour une campagne du Non. On nous disait qu’il fallait rejeter l’entente de Charlottetown, sans modération, afin d’éviter de faire partie d’une nouvelle constitution canadienne modernisée au risque de ne plus pouvoir pleurer dans notre coin. Vive le Québec rejected!
Mais on ne nous disait pas tout. Normal, c’est de la politique. Et en politique, le plus important, c’est souvent ce qu’on ne dit pas.
Pendant que nos bourgeois nationalistes du Québec inc. impriment des NON sur des pancartes, on nous en disait bien peu sur les conséquences probables d’un OUI. Ce n’est que des années plus tard, en 1996 – alors que j’avais l’âge de déserter les cursus du goulag national (gratuit, laïque et obligatoire) et de m’instruire par moi-même – que j’apprenais que si l’Accord de Charlottetown avait été accepté, les Premières Nations auraient enfin pu se débarrasser de l’archaïque Loi sur les Indiens pour devenir des citoyens à part entière et siéger à la Chambre des communes, officine du pouvoir centralisé.
C’est alors que la honte m’a pogné – pour citer Deschamps – et que je compris la déchéance idéologique du PQ qui était beaucoup moins lisible à cette époque qu’elle ne l’est aujourd’hui dans les propos de PSPP. Au moment de mon épiphanie, le PQ avait fait plusieurs pas vers la droite et avait élu à sa tête un certain Lulu Jambe-de-bois, un sinistre droitiste patroneux du genre qui nous fait penser en silence « y a des métastases qui se perdent ». Il faut dire que le bougre avait été recruté au Conseil des ministres du gouvernement conservateur de Brian Mulroney, de droite et fédéraliste. Dont acte. Après sa carrière politique, il devient lobbyiste pour l’industrie pétrolière. Un vrai larbin.
C’est à cette époque que je me détache du PQ et réalise qu’il n’existe pas de parti de gauche au Québec, province du consensus mou, unilatéralement à droite.
Et quand aujourd’hui PSPP ou Mathieu Bock-Côté délirent sur les dangers de la gauche radicale, je pouffe.
Il semble que dans cette province qui est la nôtre, le jeu de la politique ait un seul et unique but : conserver les privilèges d’une classe politique d’hommes blancs et riches qui tirent les ficelles du pouvoir.
S’il y avait vraiment une gauche au Québec, on en parlerait. C’est bien ce qu’ils craignent.
Plusieurs vulgarisateurs aiment comparer le Québec à un adolescent devenu assez grand pour voler de ses propres ailes. Mais une analogie plus fidèle et moins infantilisante serait plutôt celle de Robert Charlebois dans L’Indépendantriste : le Québec et le Canada sont un couple dysfonctionnel, un mariage arrangé devenu mariage de raison, mais dont l’un des partenaires n’a jamais vraiment accepté les conditions et se verrait systématiquement minorisé, aliéné, incapable d’une émancipation complète.
Plusieurs vulgarisateurs aiment comparer le Québec à un adolescent devenu assez grand pour voler de ses propres ailes. Mais une analogie plus fidèle et moins infantilisante serait plutôt celle de Robert Charlebois dans L’Indépendantriste : le Québec et le Canada sont un couple dysfonctionnel, un mariage arrangé devenu mariage de raison, mais dont l’un des partenaires n’a jamais vraiment accepté les conditions et se verrait systématiquement minorisé, aliéné, incapable d’une émancipation complète. Dans cette optique, les promesses de la troisième voie pourraient être comparées à celles d’un conjoint qui clame « je vais changer! » pour éviter que sa femme ne fasse ses valises.
On a beau rire de la blague de Deschamps sur le Québec indépendant dans un Canada uni, mais force est d’admettre que ce genre de proposition est toujours très populaire. Le grand défi du mouvement souverainiste est là : faire comprendre aux indécis que la troisième voie ne fonctionnera jamais, que le régime fédéral est fait pour concentrer toujours plus le pouvoir, qu’il n’y a pas de différence réelle entre le fédéralisme que nous subissons depuis trop longtemps et l’autonomie qu’on nous promet depuis à peu près aussi longtemps. Le mouvement souverainiste doit jouer le rôle de l’amie qui aide une conjointe malheureuse à comprendre que son partenaire ne changera pas.
Les appuis au projet souverainiste sont étonnamment stables depuis les dernières décennies : un peu plus du tiers de la population y est favorable. Plusieurs opposants en concluent abusivement que les deux tiers des Québécois désirent rester dans le Canada tel qu’il est actuellement. Mais en réalité, les véritables fédéralistes, au Québec, sont plutôt rares. Personne ne serait assez fantasque pour proposer de signer la Constitution qui nous a été imposée, et la plupart des gens semblent vouloir oublier l’anormalité de cette situation. Même au PLQ, l’attachement au régime actuel ne peut se justifier que par l’affirmation du caractère distinct de notre nation et la défense d’une certaine autonomie, ce qui s’éloigne beaucoup du modèle centralisateur de son grand-frère fédéral, du moins en théorie.
Si tant de gens sont frileux face à l’indépendance, c’est qu’ils croient encore qu’il doit exister une possibilité de compromis entre cette option trop radicale et celle du statu quo. On voit là une tendance typiquement québécoise à chercher un moyen de moyenner. Or l’idée d’un « beau risque », d’un fédéralisme « renouvelé », « d’ouverture » ou « asymétrique » a déjà été tentée. L’autonomisme qui nous avait été promis par Legault, et qui est aujourd’hui repris par Fréchette et Duhaime, n’est pas bien différent de ce qu’ont pu proposer Bourassa, Layton, Mulroney, Dumont, Duplessis ou Harper. Même des Charest et des Couillard ont prétendu vouloir assurer au gouvernement québécois une certaine autonomie dans certains champs de compétence. Toutes ces tentatives ont été des échecs, et une province dont la devise est Je me souviens gagnerait à en tirer des leçons.
Ce sera probablement le principal obstacle du camp du Oui lors d’un prochain référendum : des députés promettront de « mettre leurs sièges en jeu » pour que le Québec puisse s’épanouir au sein de la fédération. Des citoyens de bonne foi voudront « donner une dernière chance au Canada », en oubliant toutes les fois où ces dernières chances ont été gâchées. Des militants souverainistes tenteront de combattre les arguments fédéralistes en oubliant que leur principal adversaire n’est pas le régime canadien actuel, mais le fantasme qu’un trop grand nombre d’entre nous entretiennent de voir le Canada nous accorder l’autonomie à laquelle nous aspirons sans que nous ayons à assumer pleinement toutes nos responsabilités.
Plusieurs militants aiment perdre leur temps en querelles intestines et en procès de pureté, remettant en question la réelle ferveur souverainiste de tel parti, de telle organisation ou de telle personne. Une approche plus constructive serait plutôt d’aller voir les deux tiers de nos concitoyens pour questionner leur ardeur fédéraliste : es-tu vraiment attaché au Canada tel qu’il est? Ou au Canada tel que tu crois qu’il pourrait être? Ou tel que tu voudrais qu’il soit?
On reproche souvent aux indépendantistes de vendre du rêve. Il est temps de renverser ce reproche en faisant la démonstration que la véritable illusion est celle d’un Canada respectueux des aspirations du Québec.
Le gouvernement Carney avait instauré l’an dernier un financement de 1,7 milliard $ pour attirer ou ramener au Canada «les meilleurs talents».
Mélanie Joly, ministre fédérale de l’industrie, a annoncé hier que 540 millions $ avaient permis de recruter une première cohorte de 64 chercheurs.
Ces chercheurs ont accepté un poste de titulaire de chaire de recherche au pays.
Selon plusieurs médias, 48 d’entre eux travaillaient auparavant aux États-Unis.
[L'article Le Canada a attiré
Mourir pour des idées
À la fin de la Seconde Guerre mondiale et au fur et à mesure qu’étaient dévoilées les exactions et atrocités commises par Staline, nombre d’intellectuels français qui avaient adhéré aux idéaux du communisme ont commencé à déchanter et à quitter les rangs du parti. Désillusionnés, ils se sont sentis trompés ces poètes, chanteurs, peintres et consorts qui, en toute bonne foi, avaient cru à un monde meilleur, à une réelle prise en main de leur existence par les « prolétaire
À la fin de la Seconde Guerre mondiale et au fur et à mesure qu’étaient dévoilées les exactions et atrocités commises par Staline, nombre d’intellectuels français qui avaient adhéré aux idéaux du communisme ont commencé à déchanter et à quitter les rangs du parti. Désillusionnés, ils se sont sentis trompés ces poètes, chanteurs, peintres et consorts qui, en toute bonne foi, avaient cru à un monde meilleur, à une réelle prise en main de leur existence par les « prolétaires de tous les pays ».
Ma propre génération n’a pas échappé à ce piège du miroir aux alouettes. Ainsi la formation des kibboutz en Israël a pu correspondre pour nous à un véritable renouveau, à une exaltante odyssée où un peuple presque décimé à peine quelques décennies plus tôt parvenait maintenant, au sein d’unités proches des idéaux collectivistes d’un Charles Fourier, à se redessiner un territoire, à enraciner un pays à même l’aridité du désert. Adamo chantait : « Requiem pour six millions d’âmes / […] qui malgré le sable infâme / ont fait pousser six millions d’arbres ».
À la même époque, en Chine, Mao Zedong s’acharnait à éradiquer ces dynasties de seigneurs de la guerre et autres roitelets qui avaient tenu des millions d’êtres humains sous leur férule pendant des siècles. Il faut pouvoir lire l’Histoire à rebours, éliminer les couches de sédiments qui s’y sont déposées et cristallisées au fil des ans. Il fut un temps où Mao était un héros, acclamé partout en Occident, son célèbre col (Mao) étant même devenu vêtement fétiche non seulement pour quelques rares aficionados mais au sein même des élites les plus huppées de la mode du moment. De même son Petit Livre rouge distribué à des millions d’exemplaires était un must au cœur des rayons de la bibliothèque de tout révolutionnaire de bon aloi.
Plus près de nous, dans la mer des Caraïbes, un jeune avocat du nom de Fidel Castro accompagné de son frère Raùl et de vaillants camarades dont Camilio Cienfuegos et Ernesto Che Guevara parvient à déloger un malfrat du nom de Fulgencio Batista, un dictateur corrompu qui à toutes fins utiles a vendu l’île à la Cosa Nostra, la pègre américaine. Encore là, Fidel est encensé par tous ceux et celles qui ont le cœur à gauche et la réussite de la révolution cubaine s’impose désormais à l’époque comme un modèle, la preuve tangible que le célèbre cri de ralliement pueblo unido jamas sera vencido n’est pas qu’un slogan creux et idéaliste mais s’impose comme une vérité : un peuple uni peut réellement parvenir à juguler les forces de l’obscurantisme qui le subjuguent. C’est cette fois Jean Ferrat qui se réjouit en s’écriant tout aussitôt Cuba si! Et le Che devient une icône internationale.
On connaît la suite et l’immonde traitement que fait subir à un peuple sans défense et sans moyens un empereur américain revanchard tout fier, du haut de sa dégoulinante bouffissure, de mâchouiller les derniers débris d’une révolution avortée. La Chine a resserré l’étau que Mao avait si laborieusement construit et, s’inspirant des plus lugubres cauchemars empruntés à Big Brother, circonscrit, fiche et catalogue aujourd’hui chacun de ses citoyens à l’aide d’un réseau de caméras omniprésentes, tout comme on le fait par ailleurs à Téhéran. Et se drapant derrière ce même voile d’opacité et de déréliction qui s’abat sur l’humanité, Israël en profite pour s’imposer comme le plus féroce prédateur au Moyen-Orient, déployant ses tentacules meurtrières et frappant sur tout ce qui bouge, de la bande de Gaza au Liban, en passant par la Cisjordanie.
Voilà comment les élans de libération des peuples sont pervertis, comment des groupuscules ou des entités voués à leur naissance à de nobles idéaux sont récupérés peu à peu, dévoyés de leurs légitimes objectifs premiers, broyés dans le collimateur de l’Histoire ou de la realpolitik à la faveur des lubies ou de l’inexpérience de leurs instigateurs, parce que ces derniers ont succombé aux sirènes ou aux vanités du pouvoir, ou simplement parce qu’ils n’ont pas su comment endiguer ces terribles et indomptables forces qu’ils s’étaient ingéniés à susciter.
Brassens chantait : « Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente » et, prudent, il ajoute aussitôt : « Car, à forcer l’allure, il arrive qu’on meure pour des idées n’ayant plus cours le lendemain ». Pour notre plus grand malheur cependant, il y en a une idée qui ne semble jamais mourir : celle de la prédation, de l’appât du gain, de la cupidité, de la soif de pouvoir, cette pulsion destructrice qui gangrène la vie et nous laissera tous bientôt exsangues, nous lamentant aux bords du gouffre.
La maison-mère de Facebook et Instagram était accusée par une quarantaine d’États américains d’avoir conçu ses réseaux sociaux pour les rendre addictifs auprès des jeunes.
L’entreprise américaine s’est entendue hier avec les États pour qu’ils mettent fin à leurs poursuites en acceptant de:
les payer, à certaines conditions, jusqu’à 16,7 milliards $US d’ici 2035;
limiter l’accès des jeunes de ces États à ses réseaux sociaux.
Dans ces États, les moins de 18 ans ne pourront déso
La maison-mère de Facebook et Instagram était accusée par une quarantaine d’États américains d’avoir conçu ses réseaux sociaux pour les rendre addictifs auprès des jeunes.
L’entreprise américaine s’est entendue hier avec les États pour qu’ils mettent fin à leurs poursuites en acceptant de:
les payer, à certaines conditions, jusqu’à 16,7 milliards $US d’ici 2035;
limiter l’accès des jeunes de ces États à ses réseaux sociaux.
Dans ces États, les moins de 18 ans ne pourront désormais accéder à Facebook et Instagram:
Selon une étude menée par un chercheur de l’Université de Montréal et publiée par l’Institut de recherche sur le Québec:
En 1974, 12,5% des emplois fédéraux étaient exclusivement francophones.
En 2024, 50 ans plus tard, la proportion est tombée à 3,2%.
L’auteur souligne que la grande majorité des postes en français ont été transformés en postes bilingues exigeant l’anglais.
[L'article La fonction publique fédérale aurait perdu la majorité de ses postes en français a d'abord été
Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS) dévoilait récemment sa toute nouvelle Politique gouvernementale sur les soins et services de première ligne. Après des années de déstructuration et de dépouillement des centres locaux de services communautaires (CLSC), cette politique annonce l’intention du gouvernement de repositionner les CLSC comme point d’ancrage de la première ligne, voire comme « porte d’entrée » pour les personnes en quête de soins ou de services. Assistero
Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS) dévoilait récemment sa toute nouvelle Politique gouvernementale sur les soins et services de première ligne. Après des années de déstructuration et de dépouillement des centres locaux de services communautaires (CLSC), cette politique annonce l’intention du gouvernement de repositionner les CLSC comme point d’ancrage de la première ligne, voire comme « porte d’entrée » pour les personnes en quête de soins ou de services. Assisterons-nous prochainement au grand retour du modèle des CLSC au Québec?
Ces dernières années, au gré de réformes très impopulaires en santé et en services sociaux, nous avons essentiellement assisté au déplacement de la porte d’entrée de notre réseau. Pour désengorger les urgences, nous disait-on, il était impératif de revoir le modèle d’accès aux soins et services. Et c’est ce qu’on nous répète depuis plus de 20 ans, alors qu’aujourd’hui encore, plus de 600 000 personnes n’ont pas accès à un médecin de famille au Québec, dont près du tiers seraient considérées comme vulnérables.
Du CLSC au GMF
Opérés ou détenus en majorité par des médecins, les groupes de médecine de famille (GMF) sont en quelque sorte venus remplacer le point d’accès en première ligne qu’était jadis le CLSC. Dans leur présentation initiale, les GMF devaient pourtant être complémentaires à l’offre de soins et de services en CLSC. Depuis le début des années 2000, plus de 400 GMF ont vu le jour au Québec. Pendant cette même période, le nombre de CLSC, lui, a stagné et bon nombre d’entre eux ont vu leurs services réduits, ce qui permet de remettre en question la thèse de la complémentarité entre ces services.
Le but des GMF était simple : augmenter la capacité de prise en charge médicale de la population afin d’éviter une surcharge des urgences, tout en assurant une bonne allocation des ressources et une meilleure prévention en santé, en privatisant en quelque sorte la gestion des services. Leur implantation a nécessité un important effort d’inscription des Québécoises et des Québécois auprès d’un médecin de famille ou d’un guichet d’accès pour les personnes en attente.
Le modèle du CLSC, pour sa part, reposait sur un fonctionnement tout autre. Il présentait de grands avantages puisqu’il était responsable de la gestion et de l’opérationnalisation des soins en première ligne : facilité d’accès sans rendez-vous, absence de patients orphelins, soins et gestion de proximité, arrimages communautaires-médicaux, planification locale en fonction de critères populationnels, etc. Il comportait cependant un défaut originel, une limite héritée de la création même de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) : l’incapacité à recruter des médecins salariés pour y œuvrer.
Au Québec, les médecins sont incorporés comme des entreprises. Que ce soit en GMF ou en CLSC, le médecin que monsieur ou madame Tout-le-monde consulte est en fait un entrepreneur qui facture ses services à notre réseau public – une entreprise ayant essentiellement un seul client : la RAMQ. Nous assistons d’ailleurs aujourd’hui à la multiplication des incursions de grands consortiums privés dans la médecine familiale au Québec. De grands groupes – MAclinique, Medway, ELNA ou encore des fonds privés comme ceux de Telus Santé – cherchent des opportunités d’affaires avec la multiplication des GMF. Ces organisations offrent aux médecins de se regrouper en leur sein et d’y exercer en échange d’une prise en charge complète des volets administratif, locatif et des ressources humaines. En peu de temps, ces groupes en sont venus à se substituer à ce que l’État offrait jadis aux médecins, mais en version privée et lucrative, que nous payons collectivement à fort prix, souvent sans le savoir.
Et la politique de première ligne dans tout ça?
L’attachement des Québécois au modèle des CLSC est très fort. Pour les plus âgés, le CLSC symbolise la nationalisation des soins de santé, qui étaient auparavant privés, sous-développés et largement inaccessibles. C’est aussi le symbole d’une époque où notre réseau public produisait des résultats concrets et offrait des services réellement accessibles. Pour les plus jeunes, cela relève presque du mythe : celui d’un projet collectif visant à se doter d’un réseau public, gratuit, décentralisé et démocratiquement géré.
Malgré un lancement quelque peu pompeux, la nouvelle politique du MSSS ne vise pas à restituer aux CLSC les pleins pouvoirs sur la gestion de la première ligne. Elle cherche plutôt à rétablir les territoires de CLSC comme cadre de gestion. Concrètement, ces territoires seront désormais responsables de la planification du déploiement des soins et des services et feront du CLSC un guichet d’accès unique en première ligne. Il s’agit d’un pas dans la bonne direction. Toutefois, rien n’indique pour l’instant que les CLSC redeviendront responsables de la dispensation des soins et des services. Ils seront plutôt appelés à gérer les flux. À ce jour, aucun financement additionnel significatif n’a été annoncé pour soutenir ce nouveau mandat, ce qui inquiète grandement le personnel des CLSC, déjà à bout de souffle.
S’il faut saluer le fait qu’une politique gouvernementale vise à rapprocher la planification des soins des milieux où ils sont offerts, de nombreux défis demeurent. Comment cette politique s’inscrira-t-elle dans le virage vers la mégastructure de l’Agence Santé Québec? Quelles ressources seront déployées pour permettre une meilleure représentation des collectivités dans la planification, à l’échelle des territoires de CLSC? Quels pouvoirs seront réellement confiés aux communautés locales? Pour le moment, les réponses demeurent incertaines, se préciseront-elles à l’approche des élections de l’automne?
Pour la suite
Face aux nombreux enjeux – matériels, financiers, humains et démocratiques – auxquels notre réseau public de santé et de services sociaux fait face, il est urgent de renouer avec une tradition québécoise de dialogue social. Devant la progression rapide de la privatisation en santé, il importe de prendre un recul collectif afin de déterminer la direction que nous souhaitons donner à notre réseau public.
Le gouvernement Fréchette a adopté hier un règlement qui vise à élargir le rôle des pharmaciens afin de réduire la pression sur les médecins.
Les pharmaciens pourront à compter du 9 décembre proposer de nouveaux services.
Le déploiement en sera graduel.
À terme, les pharmaciens pourront notamment:
prescrire des médicaments contre des maladies chroniques déjà diagnostiquées, et pour davantage de problèmes de santé courants;
renouveler une ordonnance sans limite de durée;
Le gouvernement Fréchette a adopté hier un règlement qui vise à élargir le rôle des pharmaciens afin de réduire la pression sur les médecins.
Les pharmaciens pourront à compter du 9 décembre proposer de nouveaux services.
Le déploiement en sera graduel.
À terme, les pharmaciens pourront notamment:
prescrire des médicaments contre des maladies chroniques déjà diagnostiquées, et pour davantage de problèmes de santé courants;
renouveler une ordonnance sans limite de durée;
changer le médicament d’un patient lorsqu’un problème survient en cours de traitement, et lorsque le médicament n’est pas couvert par le régime d’assurance du patient.
Selon un sondage de l’Association médicale canadienne (AMC) réalisé cette année, un peu plus de la moitié des Canadiens utilisent des outils d’intelligence artificielle comme ChatGPT pour obtenir des conseils sur leur santé.
Toutefois, les personnes qui suivent ces conseils courent des risques de subir des effets néfastes.
Beaucoup de répondants du sondage en sont conscients.
Le Dr Jean-Joseph Condé, porte-parole de l’AMC, explique à InfoBref que l’IA a tendance à construire des
Selon un sondage de l’Association médicale canadienne (AMC) réalisé cette année, un peu plus de la moitié des Canadiens utilisent des outils d’intelligence artificielle comme ChatGPT pour obtenir des conseils sur leur santé.
Toutefois, les personnes qui suivent ces conseils courent des risques de subir des effets néfastes.
Beaucoup de répondants du sondage en sont conscients.
Le Dr Jean-Joseph Condé, porte-parole de l’AMC, explique à InfoBref que l’IA a tendance à construire des réponses selon les informations dominantes qu’elle trouve sur le web – que ces informations soient vraies ou non.
La facilité d’utilisation des robots conversationnels d’IA pousse beaucoup de personnes à s’en servir, croit Jean-Joseph Condé.
«Avant, les gens devaient chercher des articles, puis les lire et analyser l’information. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle fait toutes ces tâches pour eux.»
Impacts nocifs de l’IA
Le médecin identifie plusieurs impacts nocifs sur la santé que peut avoir l’information fournie par les robots d’IA.
L’information que génère l’IA n’est pas nécessairement exacte.
«On ne sait pas toujours d’où vient l’information, dit Dr Condé. C’est dangereux sachant qu’elle peut provenir de sources erronées.»
Il souligne un paradoxe: 69% des répondants au sondage de l’AMC éprouvent de la méfiance à l’égard des informations de santé trouvées en ligne, comme celle trouvées à l’aide de l’IA.
Les traitements prescrits ou recommandés par des professionnels de la santé ne sont pas toujours respectés par les patients qui utilisent l’IA.
L’expert note que l’IA peut même pousser des personnes à arrêter des traitements médicaux vitaux, comme la chimiothérapie ou le traitement du diabète, pour se tourner vers des produits ou des méthodes non prouvés scientifiquement.
L’anxiété générée par les réponses de l’IA est un autre problème.
Le Dr Condé explique que l’intelligence artificielle exacerbe un problème qui existait déjà depuis l’apparition des moteurs de recherche comme Google:
«Les patients qui cherchent sur Internet les causes de leurs symptômes, même bénins, peuvent avoir tendance à s’autodiagnostiquer des maladies graves.»
Ce phénomène a pris de l’ampleur avec les robots d’IA, qui donnent des réponses en apparence complètes plus rapidement que les moteurs de recherche traditionnels.
Pistes de solutions
L’information diffusée sur Internet pourrait être mieux contrôlée par les géants du web et par le gouvernement, afin d’éviter la propagation de fausses informations, estime Jean-Joseph Condé.
L’accès aux soins de santé doit aussi être amélioré, dit le médecin.
Il note qu’environ 6,5 millions de Canadiens et 2 millions de Québécois n’ont pas de médecin de famille.
Selon lui, pour améliorer l’accès aux soins de première ligne, le système de santé devrait se concentrer sur le développement d’équipes multidisciplinaires incluant des infirmières, physiothérapeutes et pharmaciens.
La productivité des médecins pourrait, en parallèle, s’améliorer grâce aux bénéfices de l’IA, croit le médecin.
Il note que moins du tiers des médecins utilisent actuellement l’IA pour les aider à réaliser des tâches administratives.
À une semaine de la rentrée scolaire, le tableau de bord du ministère de l’éducation indique que 2075 postes d’enseignants sont encore vacants.
Selon un sondage de la Fédération autonome de l’enseignement, les enseignants restent passionnés par leur profession, mais se disent épuisés par le système.
93% d’entre eux affirment que «la passion de transmettre leurs connaissances et de donner le gout d’apprendre» est ce qui les motive le plus à rester.
Toutefois, 16% ne pensent proba
À une semaine de la rentrée scolaire, le tableau de bord du ministère de l’éducation indique que 2075 postes d’enseignants sont encore vacants.
Selon un sondage de la Fédération autonome de l’enseignement, les enseignants restent passionnés par leur profession, mais se disent épuisés par le système.
93% d’entre eux affirment que «la passion de transmettre leurs connaissances et de donner le gout d’apprendre» est ce qui les motive le plus à rester.
Toutefois, 16% ne pensent probablement pas rester dans la profession ou ne savent pas encore s’ils y resteront.
Bien que ces deux concepts appartiennent à des mondes totalement différents (les neurosciences cognitives humaines et l'informatique), ils partagent une métaphore commune : la superposition de couches de traitement pour extraire du sens.
— Permalien
Bien que ces deux concepts appartiennent à des mondes totalement différents (les neurosciences cognitives humaines et l'informatique), ils partagent une métaphore commune : la superposition de couches de traitement pour extraire du sens.
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Nous sommes donc vraisemblablement moins devant une « fin de la lecture » que devant une recomposition des pratiques de lecture : ce que nous lisons, sur quels supports, à quelle fréquence, pendant combien de temps, avec quel degré d’attention et au milieu de quelles autres sollicitations. C’est peut-être là que se situe le véritable déplacement : non pas dans la disparition de la lecture, mais dans la fragilisation de la lecture soutenue ou profonde.
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Nous sommes donc vraisemblablement moins devant une « fin de la lecture » que devant une recomposition des pratiques de lecture : ce que nous lisons, sur quels supports, à quelle fréquence, pendant combien de temps, avec quel degré d’attention et au milieu de quelles autres sollicitations. C’est peut-être là que se situe le véritable déplacement : non pas dans la disparition de la lecture, mais dans la fragilisation de la lecture soutenue ou profonde.
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Bibliothèque René-Richard, Baie-Saint-Paul (Québec), inaugurée en 1998. Photo : Marie D. Martel, octobre 2025.
Ce texte est le deuxième d’une série consacrée aux transformations de la lecture. Après avoir discuté de l’hypothèse d’une société « postlittéraire », à partir de l’article de Rose Horowitch, The End of Reading Is Here, je m’intéresse ici à l’autre versant de la question : qu’est-ce qui fait qu’une société demeure une société de lecteurs et de lectrices?
Chaque 12 août, depuis mai
Bibliothèque René-Richard, Baie-Saint-Paul (Québec), inaugurée en 1998. Photo : Marie D. Martel, octobre 2025.
Ce texte est le deuxième d’une série consacrée aux transformations de la lecture. Après avoir discuté de l’hypothèse d’une société « postlittéraire », à partir de l’article de Rose Horowitch, The End of Reading Is Here, je m’intéresse ici à l’autre versant de la question : qu’est-ce qui fait qu’une société demeure une société de lecteurs et de lectrices?
Chaque 12 août, depuis maintenant plus d’une décennie, l’initiative J’achète un livre québécois! invite les Québécoises et les Québécois à entrer dans une librairie et à repartir avec un livre d’ici. Si on en a les moyens, le geste est simple : choisir un livre, l’acheter, peut-être le lire, le donner ou en parler. Et pourtant, cette journée dit quelque chose d’important sur la lecture : une culture du livre ne se maintient pas toute seule. Elle se construit, se transmet et s’entretient.
Cette réflexion s’est aussi nourrie des conversations que j’ai eues autour du 12 août, d’abord avec Alexandre Sirois dans La Presse, puis à ICI Côte-Nord, avec Catherine Paquette et mon collègue Mathieu Dauphinais, de la Bibliothèque de Sept-Îles. Plutôt que de rester prisonniers et prisonnières de la question spectaculaire de « la fin de la lecture », je voudrais donc déplacer le regard vers ce qui permet à la lecture de continuer à occuper une place dans nos vies : si nous voulons demeurer une société de lecteurs et de lectrices, quelles conditions devons-nous collectivement préserver?
Car on ne devient pas lecteur ou lectrice par la seule force de sa volonté. On le devient parce que des livres se trouvent à portée de main. Parce que quelqu’un nous en a lu lorsque nous étions enfants. Parce que nous avons parfois grandi dans une famille où les livres étaient présents, où lire allait de soi, où certaines habitudes, dispositions et familiarités avec la culture nous ont été transmises. La lecture est aussi affaire d’héritage culturel, au sens où l’entendaient Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron — et cet héritage est inégalement distribué.
Mais ce qui n’est pas hérité peut aussi se construire ailleurs. Parce qu’une personne enseignante nous a fait découvrir un livre qui nous parlait. Parce qu’une bibliothécaire a su nous conseiller. Parce qu’une librairie existe dans notre quartier ou qu’une bibliothèque scolaire ou publique nous permet d’emprunter gratuitement. Parce que nous avons vu d’autres personnes lire, entendu parler de livres, reçu des recommandations, participé à une heure du conte ou à un club de lecture.
C’est là que les institutions et les communautés prennent toute leur importance : elles peuvent élargir, prolonger, parfois même compenser ce qui n’a pas été transmis dans la famille. Au contact de ces personnes, de ces lieux et de ces expériences se construisent progressivement les capacités, les habitudes, l’attention, le désir et la motivation nécessaires pour entrer dans un texte et y demeurer. Autrement dit, la lecture est une pratique sociale avant d’être seulement une compétence individuelle.
L’infrastructure de la lecture
On parle beaucoup de l’accès aux livres. Avec raison. Mais avoir des livres disponibles ne suffit pas à faire des lecteurs et des lectrices. Entre la présence d’un livre sur une tablette et son appropriation par une personne existe tout un monde de médiations : familles, écoles, bibliothèques, librairies, maisons d’édition, médias, organismes communautaires, auteurs et autrices, enseignants et enseignantes, bibliothécaires, événements littéraires, politiques culturelles et éducatives. C’est cette infrastructure de la lecture qui m’intéresse.
Le mot infrastructure peut sembler étrange lorsqu’il est question de lecture. Nous l’associons plus spontanément aux routes, aux réseaux électriques ou aux télécommunications. Mais les pratiques culturelles reposent elles aussi sur des infrastructures, certaines matérielles, d’autres sociales et institutionnelles. Elles sont souvent peu visibles, comme nous l’a enseigné Susan Leigh Star, précisément parce que, lorsqu’elles fonctionnent bien, nous finissons par les tenir pour acquises.
Une société de lecteurs et de lectrices repose ainsi sur une véritable écologie de la lecture : des livres, certes, mais également des lieux où les rencontrer, des personnes qui les font circuler, des institutions qui en garantissent l’accès, des communautés dans lesquelles on peut en parler et, chose peut-être de plus en plus précieuse, du temps et de l’attention pour les lire.
Cette manière d’envisager la lecture rejoint aussi les travaux que nous avons menés autour de la littératie communautaire. Celle-ci invite précisément à ne pas considérer la littératie comme une compétence qui se développerait uniquement dans l’individu ou dans l’école, mais à regarder l’ensemble des milieux, des relations, des acteurs et actrices qui contribuent à la rendre possible. Les pratiques de littératie sont situées : elles prennent forme dans des communautés, des institutions et des contextes sociaux particuliers, traversés par la diversité et par des conditions d’accès inégales.
Cette perspective permet alors et surtout de déplacer le regard de la responsabilité individuelle vers une responsabilité partagée. Familles, écoles, bibliothèques, organismes communautaires, librairies, institutions culturelles et politiques publiques ne jouent évidemment pas le même rôle, mais leurs actions sont interdépendantes et peuvent se renforcer mutuellement. Soutenir la lecture revient alors moins à demander aux individus de lire davantage qu’à construire intentionnellement et collectivement les conditions dans lesquelles lire devient possible, significatif et désirable.
Les bibliothèques : créer les conditions de la rencontre
Mais un autre chiffre retient particulièrement mon attention : les activités proposées par les bibliothèques ont attiré 1,5 million de participations, soit 33 % de plus qu’en 2022. La reprise de la participation aux activités a donc été plus rapide que celle des entrées physiques — même si, dans les deux cas, les niveaux demeuraient encore inférieurs à ceux d’avant la pandémie.
Il ne faudrait pas faire dire à ces chiffres davantage qu’ils ne permettent d’établir. Ils ne prouvent pas que les Québécois et les Québécoises fréquentent désormais les bibliothèques davantage pour leurs activités que pour leurs collections. Ils nous rappellent cependant quelque chose que l’on ne peut plus ignorer : une bibliothèque ne se contente pas de mettre des livres à disposition.
L’accès et la médiation sont deux choses différentes, mais complémentaires. Nous avons beaucoup travaillé, à juste titre, à démocratiser l’accès aux livres et à l’information. Le défi de notre temps pourrait être aussi de préserver — et peut-être de renforcer — les conditions sociales de leur appropriation.
Les effets se font sentir au-delà des murs de l’école. Lors du récent Congrès mondial d’IBBY à Ottawa, j’ai entendu des maisons d’édition jeunesse québécoises témoigner directement des répercussions de ces mesures sur leurs ventes. J’y étais moi-même pour présenter une étude sur les contestations et la censure des livres jeunesse en matière de sexualité ainsi que de diversité sexuelle et de genre au Canada, ce qui rappelle une autre manière dont cette infrastructure peut être compromise : non seulement lorsque les ressources diminuent, mais lorsque certains livres sont retirés, déplacés, restreints ou rendus plus difficiles d’accès.
On pourrait encore allonger la liste. Un bilan critique récent fait ainsi état d’une « érosion silencieuse » de la mission de BAnQ. Il faudrait aussi parler du financement longtemps jugé insuffisant dans le milieu des CRSBP (Réseaux BIBLIO), malgré les bonifications récentes, alors que ceux-ci jouent un rôle déterminant dans l’accès aux bibliothèques sur une grande partie du territoire québécois. Ces institutions ont ceci de particulier qu’elles relèvent, à des degrés divers, d’une responsabilité nationale plutôt que strictement municipale — comme les bibliothèques scolaires — et qu’elles semblent pourtant demeurer dans l’angle mort des politiques publiques. À filer la métaphore de l’infrastructure, les nids-de-poule ne manquent pas sur la route historique de la littératie au Québec.
Ces phénomènes sont évidemment différents, mais ils invitent à regarder l’ensemble du réseau du livre et de la lecture, plutôt qu’une simple chaîne linéaire. Lorsqu’un de ses nœuds s’affaiblit, ce sont les possibilités de rencontre entre une diversité d’œuvres et leurs publics, jeunes ou moins jeunes, qui se réduisent. Le paradoxe est alors frappant. D’un côté, nous nous inquiétons du recul de la lecture chez les jeunes et cherchons des moyens de leur donner le goût des livres. De l’autre, nous fragilisons parfois les conditions mêmes qui leur permettent de les rencontrer.
Lorsque nous constatons que certains jeunes lisent moins, la question ne peut donc pas être uniquement : Pourquoi ne lisent-ils pas davantage? Elle doit également être, encore une fois : quelles conditions leur donnons-nous pour devenir lecteurs et lectrices?
Le 12 août : rendre visible une écologie du livre et de la lecture
C’est ce qui donne au 12 août une portée qui dépasse l’achat individuel d’un livre. J’achète un livre québécois! met en lumière, pendant une journée, tout un réseau : des auteurs et autrices écrivent, des maisons d’édition publient, des librairies font circuler les œuvres, des bibliothèques et des écoles les rendent accessibles, des médiateurs et médiatrices les font découvrir, des lecteurs et lectrices les lisent, les recommandent et les transmettent.
Acheter un livre québécois ne « sauvera » évidemment ni la lecture ni « la civilisation » — ce n’est d’ailleurs pas l’ambition de l’initiative. Mais l’événement accomplit quelque chose de moins sensationnel mais peut-être de plus intéressant : il rend le livre visible et socialement désirable.
Car les pratiques culturelles ne se développent pas sur le seul mode de l’injonction : il faut lire davantage. Elles se nourrissent de désir, de curiosité, de rencontres et d’une communauté qui leur accorde de la valeur. À sa manière, le 12 août contribue à entretenir une culture dans laquelle les livres et la lecture comptent.
Et les jeunes?
La question devient particulièrement pressante lorsqu’on observe le recul de certaines pratiques de lecture chez les jeunes. Il est tentant d’en chercher la cause du côté des écrans, de TikTok, des téléphones ou du manque d’attention. L’intelligence artificielle ajoute toutefois une dimension nouvelle. La technologie peut désormais non seulement concurrencer la lecture, mais accomplir une partie de son travail à notre place.
Les outils d’intelligence artificielle générative peuvent résumer un livre, expliquer un texte difficile, répondre à des questions sur son contenu et même produire une analyse qui donne toutes les apparences de la compréhension. Ils peuvent certes soutenir l’apprentissage, mais ils rendent aussi possible quelque chose d’assez radical : obtenir certains des produits de la lecture sans avoir accompli soi-même le travail de lecture.
C’est pourquoi la lecture profonde (Deep Reading) me paraît devenir, paradoxalement, plus importante à l’ère de l’IA — cette forme de lecture attentive, réflexive et exigeante à laquelle se sont notamment intéressées Maryanne Wolf et Naomi Baron, et sur laquelle je reviendrai dans un prochain billet. Ce qui est en jeu n’est pas tant la survie du livre comme objet que l’expérience de la lecture elle-même : entrer dans un texte complexe, y consacrer du temps et de l’attention, l’interpréter, le confronter à d’autres idées et construire son propre jugement.
L’enjeu pour les bibliothèques comme pour les différentes instances des réseaux de littératie, sera donc moins d’empêcher l’usage de ces outils que de faire en sorte qu’ils soutiennent l’apprentissage et la pensée plutôt qu’ils ne nous dispensent de penser.
Entretenir une culture de la lecture
C’est peut-être là que le diagnostic d’une société « postlittéraire » devient utile, à condition de ne pas en faire une prophétie. La lecture n’est peut-être pas en train de disparaître. Elle devient une pratique qu’il faut activement soutenir. Non pas en idéalisant un âge d’or où tout le monde aurait lu de longs romans — il n’a probablement jamais existé — ni en opposant systématiquement le livre aux écrans. Mais en nous demandant quelles expériences de lecture nous jugeons suffisamment précieuses pour vouloir les transmettre et les préserver.
Cela suppose bien sûr des livres, des lieux et des personnes qui les font circuler. Mais aussi quelque chose de plus difficile à protéger : du temps et des espaces pour lire, réfléchir et discuter sans être constamment sollicités ailleurs. Acheter un livre québécois le 12 août est un geste culturel. Faire en sorte que nous ayons encore le désir, le temps et la capacité de le lire est un projet social.
Ce billet reprend le mot d’ouverture prononcé dans le cadre du marathon d’écriture « Wikipédia – 25 ans, fière et engagée », organisé à l’Université du Québec à Montréal le 26 mars, à l’occasion du Printemps de la recherche et de la création en collaboration avec Wikimédia Canada et l’Institut de recherches et d’études féministes. Cet événement, porté aussi par le collectif Les sans pagEs – Montréal, dans lequel je suis impliquée, visait à soutenir la création et l’amélioration d’articles cons
Ce billet reprend le mot d’ouverture prononcé dans le cadre du marathon d’écriture « Wikipédia – 25 ans, fière et engagée », organisé à l’Université du Québec à Montréal le 26 mars, à l’occasion du Printemps de la recherche et de la création en collaboration avec Wikimédia Canada et l’Institut de recherches et d’études féministes. Cet événement, porté aussi par le collectif Les sans pagEs – Montréal, dans lequel je suis impliquée, visait à soutenir la création et l’amélioration d’articles consacrés à des femmes chercheuses, militantes, ainsi qu’à des personnes issues de communautés encore trop peu visibles en ligne.
-> À noter que le support de présentation utilisé lors de cette intervention est disponible à la fin du billet.
Je suis très heureuse d’être avec vous aujourd’hui pour ouvrir ce marathon d’écriture Wikipédia. Je me présente brièvement : je suis Marie D. Martel, professeure à l’EBSI, à l’Université de Montréal, et impliquée dans le groupe Les sans pagEs Montréal, un collectif engagé dans l’amélioration de la représentation des personnes s’identifiant comme femmes et marginalisées sur Wikipédia. Merci pour cette invitation, merci à Simon Côté-Lapointe, bibliothécaire à l’UQAM, pour la qualité de son engagement et de l’organisation.
Fondée en 2001, Wikipédia célèbre ses 25 ans cette année. En un quart de siècle, elle est devenue une infrastructure majeure du savoir, avec plus de 60 millions d’articles, dont plus de 2,5 millions en français, dans plus de 300 langues, et des centaines de millions de consultations chaque mois. Mais il faut insister sur un point fondamental : Wikipédia ne fait pas que diffuser le savoir, elle contribue aussi à définir ce qui est visible, reconnu et documenté. Une personne sans page Wikipédia est beaucoup moins visible, moins citée, moins reconnue ; à l’inverse, le simple fait d’y être présent contribue à sa reconnaissance dans l’espace public.
Lorsque l’on regarde les données, le constat est clair. Environ 19 % des biographies dans les projets Wikimédia concernent les personnes identifiées comme femmes, et à peine plus de 20 % sur Wikipédia en français. Les autres identités de genre restent presque invisibles, autour de 0,15 %. Du côté de Wikidata, la base de données qui structure ces contenus, on observe également des écarts : environ 24% de femmes pour le Canada, contre 33 % à l’échelle globale. Ce sont des chiffres qui ne traduisent pas seulement un manque : ils révèlent un déséquilibre structurel dans la manière dont le savoir est produit et rendu visible.
Ce déséquilibre s’explique en grande partie par la composition de la communauté contributrice. Les enquêtes de la Wikimedia Foundation montrent que celle-ci reste encore largement masculine, historiquement entre 80 et 90 % de personnes identifiées comme hommes y contribuent. Cela a des effets directs : moins d’articles sur les personnes identifiées comme femmes, certains sujets moins développés, et plus largement, il y a une reproduction des hiérarchies existantes dans les sources.
Quand on dit qu’il y a une « reproduction des hiérarchies existantes dans les sources », on veut dire que Wikipédia dépend fortement de sources déjà reconnues — comme les articles dans les médias, les articles et les ouvrages académiques ou les institutions. Or, ces sources ne sont pas neutres. Historiquement, elles ont davantage documenté : les hommes, les figures institutionnelles, les trajectoires dominantes Et beaucoup moins : les femmes, les personnes autochtones, les actrices communautaires ou certaines figures locales.
Or, Wikipédia s’appuie sur ces sources pour l’écritute des articles… et donc, ce faisant, elle reproduit les mêmes déséquilibres. Autrement dit, Wikipédia ne fait pas que refléter le monde, elle contribue aussi à perpétuer et structurer certaines inégalités dans la production et la circulation du savoir.
Dans le cas du Québec, la situation se complexifie encore. Les contributeurs de Wikipédia en français sont majoritairement européens, et notamment français. La présence canadienne y est relativement faible : on l’estime autour de 7 %, avec environ 300 personnes contributives actives canadiennes contre près de 4000 françaises. Mais on ne dispose pas de données précises permettant d’identifier la part de la contribution québécoise, ni celle des contributrices.
Cette absence de données est en soi révélatrice : elle rend difficile la mesure des inégalités tout en contribuant à invisibiliser des dynamiques territoriales, sociales et culturelles bien réelles.
À cela s’ajoute une reconnaissance moindre de certaines sources québécoises dans les protocoles d’évaluation, notamment lorsque le statut de médias comme Le Devoir ou La Presse comme sources nationales est questionné. Alors, les effets sont cumulatifs : invisibilisation des personnes identifiées comme femmes, invisibilisation des figures québécoises, et sous-documentation de nombreuses trajectoires locales. Nous sommes donc face, à tout le moins, à un double biais, à la fois de genre et géographique.
C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet Les sans pagEs qui vise à combler le fossé des genres sur Wikipédia, notamment à travers des éditathons comme celui d’aujourd’hui, et aussi par la formation et l’accompagnement à l’écriture. Mais il ne s’agit pas seulement de produire des articles : il s’agit aussi de créer des communautés, de rendre la contribution plus accessible et de valoriser d’autres trajectoires et d’autres savoirs.
Il existe plusieurs autres initiatives : Art + féminisme, WikiGap, le projet Women in Red, le marathon d’aujourd’hui. Ce sont des initiatives très fortes, mais elles ont leurs limites : elles reposent largement sur le bénévolat, elles restent ponctuelles et elles ne transforment pas automatiquement les structures qui produisent les inégalités.
C’est ici qu’intervient la notion de féminisme des données. Il ne s’agit pas seulement d’ajouter des femmes dans les données, mais de transformer les conditions mêmes de production du savoir. Les travaux de Catherine D’Ignazio et Lauren Klein montrent que les données ne sont jamais neutres : elles sont produites dans des contextes sociaux et reflètent des rapports de pouvoir. Cela implique de se demander qui décide des critères, quelles sources sont reconnues, qu’est-ce qui rend visible — ou invisibilise — certains savoirs. L’enjeu n’est donc pas seulement de combler un manque, mais de transformer le système qui le produit.
Aujourd’hui, en participant à ce marathon, vous pouvez faire encore bien plus qu’écrire des articles. On peut aussi s’exercer à développer une conscience critique et envisager d’autres niveaux d’action dans une perspective de féminisme des données.
À un second niveau, nous chercherons, en outre, à analyser les biais et à rendre plus visibles les inégalités. Comment ? En mesurant les écarts, en identifiant les absences, en repérant les déséquilibres dans les contenus ou les catégories. Il s’agit également de montrer comment les systèmes de classification participent eux-mêmes à l’invisibilisation de certaines figures, afin de mieux comprendre ces mécanismes. C’est dans cette perspective que Simon Villeneuve et moi avons travaillé à quantifier le fossé des genres dans les ressources biographiques, en particulier canadiennes, en incluant notamment les projets Wikimédia.
Cette étape est cruciale, car elle permet de situer précisément les problèmes, d’en objectiver les manifestations afin de mieux les déjouer et d’orienter des pistes d’amélioration. Toutefois, elle ne suffit pas entièrement.
À un autre niveau, il devient nécessaire de chercher à transformer le système lui-même. Cela implique d’agir sur les sources, de questionner les critères de notoriété, d’accompagner activement de nouvelles contributrices, de mobiliser différents acteurs du réseau documentaire dans une forme convergence par rapport à ces enjeux, en plus d’améliorer la structuration des données afin de rendre certains contenus plus visibles. À titre d’exemple, j’ai créé il y a quelques années la catégorie « bibliothécaire québécoise », précisément pour mettre en évidence un angle mort dans la structuration des savoirs. Ce type d’intervention, à la fois modeste et stratégique, participe d’un travail plus large de reconfiguration des infrastructures informationnelles.
Et dans le contexte québécois, par exemple, cela peut vouloir dire constater le manque de biographies de personnes s’identifiant comme femmes ou issues des diversités sexuelles et de genre, mais aussi agir concrètement sur les sources : documenter ces figures dans des publications reconnues (articles scientifiques, presse nationale et régionale), soutenir la production de contenus éditoriaux (catalogues d’exposition, ouvrages collectifs), mobiliser des archives existantes souvent peu visibles, améliorer leur repérabilité (indexation, métadonnées, numérisation) et leur admissibilité selon les standards de Wikipédia. Cela implique également de traduire ou adapter certaines sources pour les rendre davantage mobilisables, de diversifier les corpus de référence en intégrant des savoirs situés ou communautaires, et de renforcer les liens entre institutions (bibliothèques, centres d’archives, milieux culturels) afin de consolider l’écosystème documentaire. Autrement dit, il s’agit d’intervenir à la fois sur la production, la reconnaissance, la structuration et la circulation des sources afin de rendre ces figures plus admissibles et visibles dans l’encyclopédie.
C’est ce que l’on entend lorsque l’on affirme qu’il ne s’agit pas seulement de combler des absences, mais de comprendre — et d’agir sur — les mécanismes qui les produisent. Le chemin est plus exigeant, mais il permet d’avoir un impact plus profond et ouvre la voie à une véritable forme de justice sociale.
Le rez-de-chaussée de la bibliothèque Gabrielle-Roy à Québec qui vient de remporter le prix de la bibliothèque publique de l’année de l’International Federation of Library Associations and Institutions
À noter : J’ai initialement entamé et publié cet article sur la plateforme Praxis de Projet collectif. Toutefois, consciente et soucieuse des aléas et des destins parfois incertains des plateformes numériques, je republie ces contenus également sur ma propre plateforme, afin d’en assurer la pér
Le rez-de-chaussée de la bibliothèque Gabrielle-Roy à Québec qui vient de remporter le prix de la bibliothèque publique de l’année de l’International Federation of Library Associations and Institutions
À noter : J’ai initialement entamé et publié cet article sur la plateforme Praxis de Projet collectif. Toutefois, consciente et soucieuse des aléas et des destins parfois incertains des plateformes numériques, je republie ces contenus également sur ma propre plateforme, afin d’en assurer la pérennité et l’accessibilité.
En 2024, l’Institut de la statistique du Québec a mené l’Enquête québécoise sur les loisirs culturels et le divertissement (EQLCD), une vaste étude auprès de plus de 16 000 personnes de 15 ans et plus. L’objectif est de mieux comprendre comment les Québécois et Québécoises pratiquent la culture aujourd’hui, dans un contexte caractérisé par l’essor du numérique et la diversification des usages. Ce rapport important mérite toute l’attention des acteurs et actrices œuvrant dans le milieu des bibliothèques incluant celleux qui les gouvernent.
Ce rapport attendu, qui vient d’être publié, s’inscrit dans la lignée des enquêtes réalisées depuis 1979 sur les pratiques culturelles. Il permet cette fois de capter l’ampleur des transformations numériques récentes : instantanéité, mobilité, interactivité, entre autres. Il donne à voir l’importance croissante des usages numériques, la variété des pratiques selon les secteurs (lecture, musique, audiovisuel, arts de la scène) et les déterminants sociaux, ainsi que la place des activités culturelles vécues dès l’enfance.
À travers ce portrait, se révèlent non seulement la vitalité culturelle du Québec, mais aussi les inégalités et les écarts générationnels qui continuent de structurer l’accès et la participation aux biens culturels et au capital culturel [1]. Je veux me pencher, plus particulièrement, sur les pratiques entourant les bibliothèques.
Les bibliothèques occupent une place singulière dans les pratiques culturelles des Québécois et des Québécoises. Elles se présentent à la fois comme des lieux de culture, de socialisation et d’apprentissage, mais aussi comme des portes d’entrée vers la lecture et les savoirs numériques. Plus que de simples dépôts de livres, on le répète souvent, elles constituent des espaces où se tissent des liens sociaux, des nouveaux tiers lieux (Jacobs, 1961 ; Putnam et Feldstein, 2003), où s’expérimentent des formes particulières de médiation culturelle et interculturelle (White et Martel, 2021). C’est en ce sens qu’elles peuvent être pensées comme de véritables infrastructures critiques (Mattern, 2014 ; Klinenberg, 2018), indispensables à la dynamique des communautés et à l’opérationnalisation de la justice sociale. Elles cristallisent cependant plus d’un paradoxe : très fréquentées, elles demeurent néanmoins largement invisibles dans le discours public sur la culture; conçues pour réduire les inégalités, elles tendent aussi, à certains égards, à les reproduire. Que nous apprend alors ce rapport dans ces circonstances?
Que nous apprend ce rapport au sujet des bibliothèques?
D’abord, il faut souligner que l’EQLCD jette un nouvel éclairage sur le portrait des bibliothèques déjà tracé par les données provenant du bulletin Optique culture, no 99 (décembre 2024), « Les bibliothèques publiques québécoises en 2022 », rédigé par Sylvie Marceau (Observatoire de la culture et des communications du Québec) [2]. On pouvait lire dans cette étude qu’en 2022, les bibliothèques publiques québécoises, présentes dans 932 municipalités, rejoignant 97 % de la population, offraient un accès à 56 millions de documents, soit environ sept par personne habitante. Leur fréquentation a atteint 20 millions d’entrées, en hausse marquée par rapport à 2021 (+34 %), mais toujours inférieure de 30 % aux niveaux pré-pandémiques. La participation aux activités (1,1 million de personnes) suivait la même tendance, en nette reprise mais en deçà des 1,7 million de 2019. Les prêts progressaient (+19 %), avec un maintien élevé des usages numériques, preuve de leur ancrage durable. Au plan financier, les revenus et dépenses indiquaient une augmentation, traduisant des investissements accrus, mais timides, en services et en personnel. Ces résultats montraient donc que les bibliothèques sortaient progressivement de la crise sanitaire. Elles se devaient, comprenait-on dès lors, de consolider leur rôle en tant que lieux physiques de fréquentation régulière tout en tirant parti de la généralisation du numérique pour renforcer leur capacité sociale et culturelle.
Ces résultats chiffrés prennent un nouveau sens lorsqu’on les relie aux tendances dégagées par l’EQLCD : la croissance du numérique, la fracture générationnelle et sociale des pratiques culturelles, et la tension entre inclusion et distinction.
Mais que nous apprend donc ce rapport au sujet des bibliothèques?
Le numérique en plein essor
Le contexte : La quasi-totalité (96%) de la population utilise internet à des fins personnelles; 74% utilisent des outils numériques pour faire des achats en ligne. Dans les douze mois précédant l’enquête, 29 % de la population a emprunté ou réservé des livres en ligne (p. 9; p. 33). Ce chiffre grimpe à 34 % chez les femmes (c. 24%), à 34 % chez les 15-29 ans, 36 % chez les 30-44 ans et à 40 % chez les diplômés universitaires (c. 29% pour l’ensemble de la population); ce qui illustre le rôle grandissant des services numériques de bibliothèque. Derrière ces données se lit et se consolide une transformation profonde : la bibliothèque se déploie dans nos écrans, se rend accessible à distance, et touche des publics pour qui la mobilité, le temps ou la langue (peut-être plus particulièrement depuis l’application de la loi 14 dans ce dernier cas), sont des obstacles.
En parallèle, 6 % des Québécois et Québécoises ont participé à une activité culturelle en ligne offerte par une bibliothèque (p.33). Ce taux est plus élevé chez les jeunes familles, les 30-44 ans (10%) et les personnes immigrantes (11%). On explique ces résultats, entre autres, par le type d’activités proposées et visant généralement les familles, notamment en contexte interculturel : capsules vidéo, cours et jeux en ligne, ateliers de français ou de clubs de lecture virtuels, ces pratiques rappellent que la bibliothèque est aussi un espace d’intégration et d’accompagnement. On précise, de surcroît, que l’enquête ne permet pas d’observer de différence notable selon le revenu du ménage en ce qui a trait à la participation à une activité en ligne organisée par une bibliothèque ou autre (p. 34).
Avant d’aller plus loin, présentons brièvement les principales données concernant la lecture et l’écoute de livres (papier, numérique et audio), la fréquentation des bibliothèques étant encore intimement liée à la lecture.
Lecture et écoute de livres : principaux résultats de l’EQLCD
Le chapitre 4 de l’EQLCD (pp. 68-79) consacré à la lecture et à l’écoute de livres permet de mieux comprendre les pratiques actuelles, qu’elles soient liées aux formats papier, numériques ou audio. Trois volets sont abordés : le profil sociodémographique du lectorat, la lecture numérique et l’écoute de livres audio.
L’écosystème québécois du livre est à la fois vaste et diversifié : plus de 200 librairies, une centaine de maisons d’édition publiant près de 7 700 titres par an, et surtout, comme on l’a dit plus tôt, plus de 1 000 bibliothèques publiques desservant 97 % de la population (p.69). Ces institutions occupent une place stratégique dans l’accès et la démocratisation de la lecture, tout en étant confrontées à des défis et à des tensions qui viennent nuancer ce rôle.
Par « lecture de livres », on entend « habitudes de lecture de livres (papier ou numérique) durant les temps libres, en dehors des obligations professionnelles et scolaires. Cela comprend la lecture faite à des enfants, mais exclut la lecture de journaux et de magazines » (p.69).
Le « lectorat » est défini comme « la population de 15 ans et plus qui a lu un livre (papier ou numérique) au cours des 12 mois précédant l’enquête » (p. 19).
Qui lit des livres au Québec et comment ?
Selon l’enquête, 82 % des personnes de 15 ans et plus ont lu au moins un livre papier ou numérique dans leurs temps libres au cours des 12 mois précédents (p.69). La lecture est plus fréquente chez les femmes (89 %) que chez les hommes (75 %), et elle augmente avec le niveau de scolarité : 93 % des diplômés universitaires lisent, contre 68 % des personnes sans diplôme. Les ménages à revenu élevé (89 %) et les personnes nées à l’extérieur du Québec (88 %) présentent aussi des taux plus élevés de lecture (p.69-70). À l’inverse, la lecture est moins répandue en région en dehors de la métropole (75 % contre 83–85 % en milieu plus urbain) et chez les personnes dont la langue parlée à la maison est uniquement le français (79 % contre 88–90 % pour les autres groupes linguistiques) (p.70).
Un quart de la population de 15 ans et plus (23 %) lisent tous les jours ou presque, tandis que 19 % lisent au moins une fois par semaine, 20 % une fois par mois, 18% n’ont pas lu de livre pendant cette période (p. 70). Les jeunes de 15 à 29 ans lisent proportionnellement autant que les autres groupes d’âge (86 %), mais leur lecture est moins quotidienne (17 % contre 27–30 % chez les 60 ans et plus). Les femmes et les diplômés universitaires se distinguent par une plus grande régularité de lecture (p. 70).
Genres littéraires
Les genres les plus populaires sont les suivants :
Romans et nouvelles (36 % du lectorat), particulièrement chez les personnes aînées (44 % des 75 ans et plus).
Livres de développement personnel (17 %), surtout chez les 45–59 ans.
Livres pratiques (16 %), prisés par les 45–74 ans.
Bandes dessinées (15 %) chez les 15–29 ans.
Livres jeunesse (20 %) chez les 30–44 ans, en lien avec la lecture faite aux enfants.
Biographies (19 %) chez les 75 ans et plus (p. 71).
Ce panorama illustre bien la segmentation générationnelle des goûts littéraires : les jeunes privilégient les genres visuels et ludiques (BD, jeunesse), les personnes adultes d’âge moyen s’orientent vers des ouvrages pratiques ou de développement personnel, tandis que les personnes aînées restent attachés aux formes plus classiques (romans, biographies). On retrouve ici une structuration des préférences en fonction des cycles de vie, mais aussi des rôles sociaux associés à chaque étape (parentalité, retraite, etc.).
Motivations et obstacles
Les principales motivations de lecture sont le plaisir et le divertissement (82 %), la détente (80 %) et l’apprentissage (71 %). Chez les 30-44 ans, la lecture revêt une dimension familiale marquée : une personne sur deux lit pour ses enfants, ce qui souligne le rôle de la lecture comme pratique de transmission intergénérationnelle (p. 72). Ici encore, la bibliothèque est susceptible d’agir comme médiatrice culturelle et éducative.
Du côté des personnes non-lectrices (18 % de la population), les raisons évoquées sont surtout le manque d’intérêt (71 %), le prix élevé des livres (61 %) et le manque de temps (44 %). Les difficultés de lecture comme frein à la pratique sont plus souvent évoquées par les 75 ans et plus (29 %) et, dans une moindre mesure, par les 15-29 ans (21 %), comparativement aux groupes intermédiaires (13 à 21 %) (p. 73). Ce constat suggère que les obstacles liés à la lecture touchent à la fois les âges avancés, souvent en raison de facteurs physiques et/ou cognitifs, et les plus jeunes, possiblement en lien avec des enjeux scolaires ou de littératie.
Seules de faibles proportions mentionnent l’absence de bibliothèque (9 %) ou la complexité des modalités d’emprunt (14 %) (p.73). Ceci souligne la valeur du réseau public déjà largement accessible, mais dont l’utilisabilité pourrait encore être améliorée.
Langues et provenance des auteurs
La langue de lecture illustre un clivage générationnel : 64 % du lectorat lit surtout en français, mais cette proportion chute à 48 % chez les 15–29 ans, qui lisent davantage en anglais (26 %) ou de manière bilingue (23 %) (p.74).
Quant à la provenance des personnes autrices, 18 % du lectorat privilégient surtout les autrices et auteurs québécois. Cette proportion grimpe à 22–26 % chez les 60 ans et plus, mais tombe à 15 % chez les 15–29 ans, qui se tournent majoritairement vers des auteurs et autrices non québécoises (54 %). Ce décalage générationnel met en lumière la difficulté pour la littérature québécoise de s’imposer auprès des plus jeunes, malgré la vitalité de l’édition locale (p.74).
Lecture numérique et audio
Depuis les années 2000, les livres numériques ont élargi l’accessibilité à la lecture, notamment grâce aux bibliothèques publiques qui contribuent à une offre en ligne généreuse. Ils favorisent la diversité des usages et, avec leurs fonctionnalités interactives, enrichissent l’expérience des personnes usagères.
La lecture numérique a été adoptée par 24 % de la population, principalement les jeunes (32 % des 15–29 ans) et les universitaires (32 %):
« La lecture de livres numériques semble être associée au diplôme obtenu. Les personnes n’ayant aucun diplôme ou celles ayant tout au plus un diplôme de niveau secondaire sont moins nombreuses en proportion à avoir lu des livres numériques (respectivement 17 % et 18 %) que les personnes détenant un diplôme de niveau collégial (23 %) ou universitaire (32 %) » (p. 76).
Ce serait aussi le cas en ce qui concerne le revenu. En outre, les personnes immigrantes lisent proportionnellement plus en numérique (34 %) que les natives du Québec (21 %) (p.77).
L’écoute de livres audio concerne 15 % de la population, avec une surreprésentation des 15–44 ans et des ménages à revenu élevé. Cette pratique serait également associée au diplôme et au revenu (pp. 78-79). Comme pour les livres numériques, les personnes vivant dans la région métropolitaine ou nées à l’extérieur du Québec sont plus nombreuses à adopter cette pratique (23 % contre 13 % des personnes natives)(p.79).
Il semble que les bibliothèques publiques évoluent dans un contexte où la lecture demeure une pratique culturelle majeure mais socialement différenciée. Elles contribuent à atténuer les inégalités d’accès, particulièrement face au prix élevé des livres, tout en ayant à relever le défi de la diversification des publics et des supports (numérique et audio).
La fréquentation physique, entre fidélité et comparaison
Considérons maintenant les résultats du chapitre 5 sur les lieux et événements culturels (pp. 80-86). On y apprend que près d’une personne sur deux (49 %) visite une bibliothèque au moins une fois par an, et que 24 % s’y rendent plusieurs fois (voir la capture d’écran du tableau 5.1). Ce taux est légèrement inférieur à celui des musées (51 %) et nettement en deçà de celui des librairies (62 %) (p.81).
Toutefois, les bibliothèques se démarquent par la régularité de leur fréquentation : un quart des Québécois et Québécoises y retournent plusieurs fois par an. Comparativement aux autres lieux culturels (seulement 11 % retournent plusieurs fois dans les musées par exemple), elles figurent parmi les rares institutions à maintenir une régularité d’usage « ordinaire ». Cette donnée souligne encore que les bibliothèques ne relèvent pas seulement d’une sortie culturelle ponctuelle, mais qu’elles s’imposent comme de véritables tiers lieux, des lieux de vie dont l’offre est intégrée aux routines sociales, éducatives et communautaires. Comme le rappelle l’EQLCD : « près du quart (24 %) des personnes de 15 ans et plus ont fréquenté plusieurs fois dans l’année des bibliothèques publiques, et 29 % ont visité plusieurs fois des librairies » (voir capture d’écran du tableau 5.1). Cette fidélité s’explique par l’offre particulière de ces lieux consacrés au livre et à la lecture (prêt de documents, activités culturelles et rencontres littéraires) qui contribue à ancrer durablement les bibliothèques dans leur communauté (p. 83).
En revanche, plus de la moitié des personnes répondantes déclarent ne pas avoir fréquenté une seule fois une bibliothèque au cours de cette période.
Qui fréquente les bibliothèques ?
Les profils révèlent des écarts persistants. Les femmes fréquentent davantage les bibliothèques (55 % contre 44 % des hommes), de même que les diplômés universitaires (63 % contre 36 % des personnes sans diplôme). On note, en outre, que les écarts de fréquentation liés au revenu sont nettement moins prononcés lorsqu’il s’agit des bibliothèques publiques (45 % à 53 %), contrairement à ce qu’on observe pour les librairies ou les musées. Cela met en évidence la fonction particulière des bibliothèques comme espaces culturels accessibles et inclusifs, capables d’atténuer certaines inégalités sociales dans l’accès à la culture :
« On observe de grandes disparités entre les personnes détenant un diplôme de niveau universitaire et celles n’ayant aucun diplôme, notamment en ce qui concerne la fréquentation d’une librairie (77 % c. 40 %), d’un musée, d’un centre d’exposition ou d’une exposition (67 % c. 31 %) ou d’une bibliothèque publique (63 % c. 36 %). Les personnes vivant dans un ménage à revenu élevé sont, en proportion, plus susceptibles que celles vivant dans un ménage à faible revenu de visiter régulièrement une librairie (70 % c. 50 %) ou un musée, un centre d’exposition ou une exposition (63 % c. 39 %). Cependant, les écarts selon le niveau de revenu du ménage sont moindres quant à la fréquentation des bibliothèques publiques (proportions variant de 45 % à 53 %), ce qui illustre l’importance de ces établissements dans la réduction des inégalités en matière d’accès à la culture » (p. 81).
Les personnes immigrantes affichent des taux de fréquentation plus élevés (63 % contre 45 % des personnes natives), confirmant que les bibliothèques jouent un rôle interculturel significatif dans les parcours d’intégration. De même, les personnes en milieu urbain fréquentent davantage les bibliothèques (56 % à Montréal contre 40 % en région) (p. 82).
Revenons sur cette fréquentation régulière de la bibliothèque en considérant l’âge (voir capture d’écran du tableau 5.2). On constate que l’analyse des groupes d’âge met en évidence une courbe en U inversé : la fréquentation est particulièrement élevée chez les jeunes adultes (26 %) et les familles en âge scolaire (31,3 % chez les 30-44 ans), diminue à l’âge actif (19,3 % chez les 45-59 ans, 18,9 % chez les 60-74 ans), puis remonte chez les aînés (23,2 %). Cette variation illustre ce que Bourdieu associe à l’habitus ou à la structuration des pratiques par les rythmes sociaux : les bibliothèques sont sollicitées différemment selon les étapes de la trajectoire de vie (études, parentalité, contraintes professionnelles, retraite).
Comparées aux librairies, qui demeurent les lieux consacrés au livre les plus fréquentés (29,2 % plusieurs fois par an), les bibliothèques se distinguent par une fonction égalisatrice. La librairie suppose un capital économique, alors que la bibliothèque repose sur la gratuité et l’accessibilité. La remontée de la fréquentation chez les aînés témoigne aussi de leur rôle de proximité et de socialisation, là où la consommation marchande du livre diminue vraisemblablement en importance.
L’EQLCD souligne aussi que le lien avec les bibliothèques s’enracine dès l’enfance : 78 % des adultes se rappellent y avoir participé entre 6 et 15 ans (p. 98). Cette expérience d’éveil culturel reste un point de passage majeur, mais elle n’assure pas à elle seule la fidélité à l’âge adulte : elle doit être relayée par le capital scolaire et social qui se transmet, s’incorpore et se consolide au fil de la vie et des trajectoires sociales.
Des défis
Il semble donc que L’EQLCD met en lumière une transformation des pratiques culturelles au Québec, fortement influencée par le numérique et la diversification des modes de consommation. Pour les bibliothèques publiques, plusieurs défis se profilent. Sur le plan de l’accessibilité, elles demeurent des espaces stratégiques pour la réduction des inégalités, mais elles doivent composer avec la fracture numérique, particulièrement marquée chez les personnes âgées, à faible revenu ou vivant hors des grands centres. Elles sont aussi confrontées à la concurrence des plateformes numériques, qui attirent par l’instantanéité et la personnalisation, les obligeant à repenser leur attractivité et à renforcer leur offre hybride assez fragile actuellement.
Par ailleurs, les bibliothèques jouent un rôle crucial dans la diversité culturelle et linguistique, en valorisant la production québécoise, francophone, autochtone et issue de l’immigration. Elles doivent aussi accompagner les cycles de vie, en consolidant la transmission culturelle dès l’enfance et en soutenant l’apprentissage et la lecture tout au long de la vie.
À la croisée des chemins, elles affrontent simultanément l’expansion du numérique, les attentes croissantes en matière de justice sociale et d’inclusion, ainsi que les défis environnementaux. Et, comme l’avait montré Bourdieu, l’institution culturelle, en l’occurrence ici la bibliothèque, demeure un espace à la fois d’inclusion et de distinction.
Une conclusion : Les bibliothèques, entre démocratie, distinction et care
Ces données, en effet, suggèrent fortement que les bibliothèques sont à la fois inclusives et sélectives. Inclusives, parce qu’elles desservent presque toute la population et réduisent certains écarts liés au revenu. Sélectives, parce que leur fréquentation demeure fortement corrélée au capital scolaire et culturel. Bourdieu rappelle, dans La Distinction (1979), que les pratiques culturelles ne sont jamais neutres : elles traduisent et reproduisent la distribution inégale des capitaux. Ce qui est une autre manière de questionner la neutralité de la bibliothèque.
L’ancrage précoce à la bibliothèque pendant l’enfance illustre également ce que Bourdieu et Passeron analysent dans La Reproduction (1970) – et aussi, mais autrement, dans Les Héritiers (1967) : les dispositions acquises tôt ne portent leurs fruits qu’en interaction avec les ressources scolaires et sociales ultérieures. Celleux qui accumulent le capital culturel nécessaire poursuivent la fréquentation, tandis que d’autres s’en éloignent.
À l’ère du numérique, l’inégalité ne disparaît pas, elle se reconfigure. L’accès aux nouvelles formes de culture suppose la maîtrise de codes et de compétences techniques spécifiques, inégalement distribuées (Bourdieu, 1989). Ainsi, si les personnes diplômées et les jeunes adoptent massivement les services numériques, ces outils ne gomment pas les hiérarchies : ils en dessinent de nouvelles.
Les bibliothèques apparaissent dès lors comme des infrastructures critiques de savoirs, mais aussi comme des institutions paradoxales prises dans une tension entre ouverture et distinction. Elles peuvent certes être vues comme des lieux de démocratisation, voire de démocratie culturelle, mais aussi comme des espaces où se rejouent les luttes symboliques du champ culturel (Bourdieu, 1992).
S’il faut parler d’avenir, à ce point, celui-ci dépendra de la capacité des bibliothèques à retrouver leurs publics, à redéfinir les formes de capital culturel qu’elles valorisent, à reconnaître la pluralité des savoirs et à se positionner comme actrices de justice sociale et environnementale dans un monde traversé par de multiples urgences – qu’il s’agisse de l’intelligence artificielle ou de la crise écologique. Redéfinir le capital culturel implique, par exemple, d’élargir la reconnaissance des pratiques légitimes en intégrant les littératies communautaires, numériques, médiatiques et informationnelles, mais aussi la culture populaire – mangas, balados ou jeux vidéo – au même titre que la littérature dite « classique » (Dufour et al., 2021). Cela suppose également de poursuivre le développement des espaces de création et de participation, tels que les fab labs ou les laboratoires citoyens, qui diversifient les pratiques reconnues et contribuent au soutien des cultures numériques. Reconnaître la pluralité des savoirs veut dire valoriser, dans la foulée des stratégies d’équité-diversité-inclusion-réconciliation en émergence (Martel et Dufour, 2024), les perspectives autochtones et interculturelles, comme celles des personnes issues de l’immigration dans les collections, mais aussi co-construire avec les communautés des ressources vivantes et accessibles, qu’il s’agisse d’archives communautaires ou de ressources éducatives libres, et ce, malgré un climat d’adversité.
Mais cet avenir repose aussi sur la responsabilité et la responsabilisation des gouvernements locaux et nationaux, qui ne peuvent se contenter d’ajustements marginaux. Ils doivent envisager le financement des bibliothèques comme un investissement structurant, stable et conséquent – car une augmentation ponctuelle n’aboutit pas forcément à un budget suffisant et durable, même bien géré – et reconnaître politiquement leur rôle stratégique pour la société, l’éducation, la démocratie culturelle.
Enfin, le rôle des bibliothèques dans la justice sociale et environnementale s’exprime déjà, à certains égards, dans leurs fonctions d’accueil – refuges climatisés en période de canicule ou chauffés en hiver – et pourrait s’élargir à des initiatives de sobriété numérique ou à l’organisation d’ateliers citoyens sur les enjeux écologiques et technologiques. Dans cette perspective, leur mission s’enrichit d’une véritable dimension de care, telle que définie par Joan Tronto dans Un monde vulnérable (2010), fondée sur la responsabilité éthique, la réciprocité et l’attention aux interdépendances. Prendre soin des communautés, c’est non seulement répondre à leurs besoins culturels et sociaux immédiats, mais aussi reconnaître leur vulnérabilité, soutenir leur agentivité et favoriser une participation inclusive. En ce sens, les bibliothèques apparaissent comme des infrastructures critiques et résilientes, mais aussi comme des institutions attentives, capables de contribuer activement à la justice sociale et écologique.
Notes
[1] Bourdieu, P. (1979). Les trois états du capital culturel. Actes de la recherche en sciences sociales, 30(1), 3-6. https://doi.org/10.3406/arss.1979.2654
[2] Les données proviennent de l’Enquête annuelle sur les bibliothèques publiques (EABP) réalisée par le MCC et BAnQ.
[3] L’article présente une parité dans les citations puisque presque autant de personnes identifiées comme hommes et femmes sont mentionnées; ce qui rappelle l’importance de la représentativité dans la production et la reconnaissance du savoir.
Références [3]
Bourdieu, P., et Passeron, J.-C. (1967). Les héritiers: Les étudiants et la culture. Paris: Éditions de Minuit.
Bourdieu, P., et Passeron, J.-C. (1970). La reproduction: Éléments pour une théorie du système d’enseignement. Paris: Éditions de Minuit.
Bourdieu, P. (1979). La distinction: Critique sociale du jugement. Paris: Les Éditions de Minuit.
Bourdieu, P. (1989). La noblesse d’État: Grandes écoles et esprit de corps. Paris: Éditions de Minuit.
Bourdieu, P. (1992). Les règles de l’art: Genèse et structure du champ littéraire. Paris: Seuil.
Dufour, C., Martel, M. D., Lacelle, N., Kiamé, S., Garneau-Gaudreault, L.-A. & Poulin, T. (2021). Littératie communautaire : analyse de la production documentaire et revue de la littérature. Revue de recherches en littératie médiatique multimodale, 14. https://doi.org/10.7202/1086911ar
Jacobs, J. (1961). The Death and Life of Great American Cities. New York, NY: Random House.
Klinenberg, E. (2018). Palaces for the people: How social infrastructure can help fight inequality, polarization, and the decline of civic life. New York, NY: Crown.
Marceau, S. (2024, décembre). Les bibliothèques publiques québécoises en 2022 (Optique culture, no 99). Observatoire de la culture et des communications du Québec. Ministère de la Culture et des Communications du Québec et Bibliothèque et Archives nationales du Québec. https://statistique.quebec.ca/fr/fichier/bibliotheques-publiques-quebecoises-2022.pdf
Martel, M. D., et Dufour, C. (2024, 31 octobre). Enquête RÉDI : Rapport final. Résultats des analyses des réponses au questionnaire RÉDI. Rapport préparé en collaboration avec le Comité ÉDI de la Fédération des milieux documentaires (FMD) et l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information (EBSI), Université de Montréal.
Putnam, R. D., & Feldstein, L. M. (2003). Better together: Restoring the American community. Simon & Schuster.
Tronto, J. (2010). Un monde vulnérable: Pour une politique du care (S. Laugier, Trad.). Paris: La Découverte.
White, B. & Martel, M. D. (2021). An Intercultural Framework for Theory and Practice in Third Place Libraries, Public Library Quarterly, DOI: 10.1080/01616846.2021.1918968
Le rassemblement dans le jardin de la Grande Bibliothèque
Le 10 mai 2025, un rassemblement citoyen a eu lieu dans le jardin de la Grande Bibliothèque (BAnQ) à Montréal. Organisé en opposition au projet d’Hydro-Québec d’y installer un poste de transformation électrique de 315 000 volts, l’événement a réuni des citoyen·nes, bibliothécaires, archivistes, artistes, urbanistes et personnalités politiques autour d’une même conviction : cet espace est un bien commun, culturel et mémoriel, et ne
Le rassemblement dans le jardin de la Grande Bibliothèque
Le 10 mai 2025, un rassemblement citoyen a eu lieu dans le jardin de la Grande Bibliothèque (BAnQ) à Montréal. Organisé en opposition au projet d’Hydro-Québec d’y installer un poste de transformation électrique de 315 000 volts, l’événement a réuni des citoyen·nes, bibliothécaires, archivistes, artistes, urbanistes et personnalités politiques autour d’une même conviction : cet espace est un bien commun, culturel et mémoriel, et ne doit pas être sacrifié.
Un terrain stratégique, pas un terrain vague
Dès 1998, lors du choix du site de la Grande Bibliothèque, le terrain adjacent avait été réservé pour permettre une éventuelle expansion, conformément aux normes internationales en bibliothéconomie. Guylaine Beaudry, bibliothécaire chevronnée ayant œuvré dans plusieurs universités, a rappelé que le choix du terrain de la Grande Bibliothèque avait été guidé par une analyse rigoureuse. Ce site avait été retenu pour son potentiel à accueillir un lieu inspirant, tout en répondant aux besoins futurs en matière d’espaces pour BAnQ — conformément aux recommandations de la Fédération internationale des associations de bibliothèques, qui préconise une capacité d’agrandissement de 60 à 70 %.
« Le Jardin d’art n’est pas une incongruité ou une anomalie pour BAnQ. Le Jardin d’art n’est pas un actif superflu à vendre pour combler un déficit ou assurer les coûts d’un projet. Le Jardin de BAnQ n’est pas à vendre, il fait partie du tissu du Quartier latin et de l’avenir de la Grande Bibliothèque. »
Le jardin de la Grande Bibliothèque
De plus, dans ses 30 années de pratique, elle n’a « jamais vu un poste de transformation électrique à côté d’une bibliothèque ».
Plus préoccupant encore, le projet prévoit de réserver deux étages dans le poste électrique pour entreposer des collections de BAnQ. « Ahurissant ! », s’indigne Guylaine Beaudry, en rappelant que les collections de bibliothèques et les archives doivent être conservées dans des conditions strictes : « à environnement contrôlé et selon des critères de température et d’humidité très précis. » Elle affirme : « Dans toutes ces normes, rien, mais absolument rien, ne peut permettre d’aménager un centre de conservation dans un poste électrique. »
Guylaine Beaudry souligne également que les pires cauchemars des bibliothécaires et archivistes concernent « le feu, l’eau et les cyberattaques », et qu’un poste électrique adossé à une bibliothèque fait partie des risques majeurs. Des études en ingénierie démontrent que les risques d’incendie pour ce type d’installation peuvent être quatre fois plus élevés que dans un édifice public traditionnel.
« D’un point de vue urbanistique, il s’agit d’une proposition inacceptable. Aux plans archivistique et bibliothéconomique, ce projet est saugrenu, insoutenable et insensé. En augmentant les risques quant aux conditions de conservation, on met en péril une partie de la mission de
La première présidente-directrice générale, Mme Lise Bissonnette et Guylaine Beaudry, bibliothécaire
BAnQ. »
La première présidente-directrice générale, Mme Lise Bissonnette, était présente à ce « love-in » pour la Grande Bibliothèque, qui célébrait le 30 avril dernier ses 20 ans d’existence. En 2024, ce sont un million et demi de personnes qui ont franchi ses portes. Sa présence témoignait de l’attachement durable à cette institution née d’un projet visionnaire, devenu un lieu emblématique de savoir, de culture et de vie citoyenne.
Les racines d’une aberration
Pierre MacDuff, pour sa part, rappelle que la construction du poste de transformation projetée nécessite une superficie de 80 000 pieds carrés — soit l’équivalent d’un terrain et demi de football américain. « La volumétrie de ce bâtiment sera plus imposante que celle de la Grande Bibliothèque elle-même », précise-t-il.
Comment a-t-on pu en arriver à une telle « aberration » : implanter un poste électrique massif au cœur du jardin de la Grande Bibliothèque ? Plusieurs éléments se conjuguent pour expliquer cette dérive.
MacDuff dénonce, premièrement, le « catimini » dans lequel ce projet a été développé. Il est stupéfiant de constater que « deux sociétés d’État, on ne parle pas de promoteurs privés désireux de se soustraire aux regards de la compétition, ont fait avancer ce projet dans l’ombre ». Cette absence totale de transparence soulève de sérieuses questions quant au processus décisionnel.
Deuxièmement, « l’aplaventrisme » manifeste de BAnQ et de ses instances dirigeantes. On ne peut que déplorer que « son conseil d’administration accepte sans broncher de se laisser déposséder de ce terrain et que sa présidente-directrice générale refuse incidemment toute entrevue sur le sujet ».
Troisièmement, « l’insensibilité » dont fait preuve Hydro-Québec face aux enjeux culturels et urbanistiques. La société d’État démontre une complète « insensibilité à l’égard des besoins de la Grande Bibliothèque ainsi qu’à l’égard du Quartier latin dont ce sera le plus imposant bâtiment». Cette approche technocratique ignore les dimensions patrimoniales et communautaires.
Ramon Vitesse, zinester et acteur innovant du monde des bibliothèques
Enfin, et non le moindre des aspects, « le silence » assourdissant des autorités municipales. Plutôt que de défendre les intérêts des citoyens et des citoyennes ainsi que du patrimoine culturel, « la Ville de Montréal a eu peur d’affronter Hydro-Québec ». Plus révélateur encore, « il y a un an, elle a plutôt renoncé, au profit d’Hydro-Québec, à une partie de la servitude de passage de ce terrain ». Même les récentes prises de position politiques semblent timides, préférant demander des consultations plutôt que d’opposer un refus catégorique à ce projet inapproprié.
Une lueur d’espoir: la vente du terrain nécessite encore l’autorisation gouvernementale via un décret qui n’a pas été signé.
Une mobilisation politique face à un projet opaque
Manon Massé, députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques, Québec solidaire
La députée de Québec solidaire, Manon Massé, revient sur son implication et la mobilisation qu’elle mène contre le projet de poste électrique d’Hydro-Québec. Informée dès l’automne 2023 par un lanceur d’alerte, elle a entrepris depuis une série d’interventions soutenues auprès du gouvernement caquiste. Courriels, questions, interpellations : rien n’y fait. Les réponses tardent, ou se contentent de reprendre les arguments de la société d’État.
« Ça a été long… j’ai à peu près jamais eu de réponse, sinon mot pour mot le même discours qu’Hydro-Québec », déplore-t-elle, en évoquant ses échanges avec Christine Fréchette, ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, également responsable de la Métropole. Cette dernière la renvoie finalement à Mathieu Lacombe, ministre de la Culture, qui finit par lui répondre :
« Ce que je peux vous dire, c’est que lorsqu’il y aura transaction, ma condition, c’est que ce soit au bénéfice du milieu culturel. »
Une déclaration jugée évasive, inquiétante et largement déconnectée par rapport à l’ampleur de l’enjeu. Manon Massé prévient que la bataille citoyenne est loin d’être terminée et que les citoyennes et citoyens qui sont engagés ici sont « du bon côté de l’histoire ».
Une voix de l’intérieur contre le projet
Sylviane Cossette, représentante syndicale et travailleuse de la Grande Bibliothèque, a dénoncé à son tour avec force le projet. Elle y voit un symptôme de plus du sous-financement chronique de cette institution culturelle pourtant vitale :
« Ceci fait remonter un problème récurrent : le manque de financement chronique de cette institution et son manque d’espace pour la conservation des archives du Québec. »
Sylviane Cossette, représentante syndicale et travailleuse de la Grande Bibliothèque
Elle rappelle que cela fait vingt ans que les citoyennes et citoyens se sont approprié·es la Grande Bibliothèque et son jardin, un espace qui vit, respire et rayonne à travers des projets inspirants de médiation culturelle, comme le jardin de plantes comestibles en 2023 ou les œuvres d’art en plein air.
Elle critique aussi l’absence de vision durable, et l’hypocrisie d’une solution qui ferait de l’espace pour les archives au cœur même d’un poste électrique : « C’est tout simplement mettre un pansement sur une plaie déjà ouverte. »
Sylviane Cossette rappelle que des institutions comme Bibliothèque et Archives Canada, confrontées aux mêmes défis, ont su obtenir des investissements majeurs pour construire de véritables centres de conservation. BAnQ, elle, voit son potentiel d’expansion compromis. « La vente des terrains empêcherait de bâtir un projet du type de celui dont a besoin BAnQ pour ses collections. » Elle conclut en lançant un appel à la transparence, à la démocratie participative, et à la protection de l’intérêt public.
Pour une culture centrale, pas périphérique
Lorraine Pintal insiste sur l’importance, pour une nation rassemblée autour de la devise « Je me souviens », de se remémorer les idéaux qui ont inspiré la création de la Grande Bibliothèque, portée avec tant de conviction par Lise Bissonnette. Aujourd’hui, ces raisons demeurent : une métropole culturelle digne de ce nom doit pouvoir compter sur une institution phare au cœur de la ville, à la fois lieu de mémoire, de savoir et de transmission.
« Ce poumon vert au cœur du Quartier Latin en pleine métamorphose, est un espace de réflexion où bon nombre de citoyens et citoyennes viennent puiser une élévation de l’esprit en lien direct avec la richesse littéraire de BAnQ. C’est aussi un lieu de rassemblement où la culture dans toute sa diversité regroupe des communautés avides de découvertes et de dialogues. »
Lorraine Pintal, metteure en scène, comédienne, autrice
L’idée d’y implanter un poste de transformation électrique d’Hydro-Québec témoigne d’une forme d’« amnésie collective », oubliant que Montréal a déjà souffert de décisions hâtives, de projets mal situés, conçus sans consultation sérieuse. Toutefois, « il est encore temps d’empêcher l’inévitable […] Nous pourrons dire avec fierté Je me souviens.»
Dans une adresse vibrante, Hugo Fréjabise, a proclamé que la culture n’est pas une option ni un loisir de fin de semaine, mais un besoin vital et politique :
« Nous pensons tout ce qui est art et culture comme une urgence très sérieuse, très centrale et vitale. »
Hugo Fréjabise, auteur et metteur en scène
Engagé dans la Grande mobilisation pour les arts, qui a contribué à l’obtention d’une hausse du financement public en culture, il témoigne de l’impact concret que peut avoir la résistance citoyenne planifiée et déterminée. Il dénonce le réflexe de reléguer la culture « au vendredi cinq à sept » ou « au samedi après-midi », comme si elle ne méritait pas d’être au cœur des décisions publiques. Hugo Fréjabise termine avec les mots percutants de Jean-Luc Lagarce, rappelant la mission fondamentale des lieux culturels :
« Nous devons préserver les lieux de la création, les lieux du luxe de la pensée, les lieux de l’invention de tout ce qui n’existe pas encore… Ce sont nos maisons à tous. »
La forêt civilisée de 2005 par Robert Gaudreau dans le jardin de la Grande Bibliothèque
Pas un terrain vacant
Ce terrain n’est pas vacant. Depuis des années, il accueille des projets de médiation culturelle, des œuvres d’art en plein air, des activités communautaires et des jardins comestibles. Il constitue un refuge urbain et un tiers lieu précieux au cœur d’un quartier en transformation, marqué par la densification, la fermeture de commerces de proximité et la fragilisation du tissu social.
Face à cette situation déplorable, les attentes citoyennes que Pierre MacDuff réitère sont claires et se déclinent en trois points essentiels :
La Ville de Montréal, tant Projet Montréal qu’Ensemble Montréal, doit exprimer sans ambiguïté son opposition au projet, en raison de sa non-acceptabilité sociale.
Le gouvernement du Québec ne doit pas signer le décret autorisant la vente du terrain appartenant à BAnQ.
Et surtout, Hydro-Québec doit renoncer à cet emplacement, définitivement.
Pour Pierre MacDuff, l’élan citoyen qui s’est formé au fil des mois témoigne d’un refus clair et organisé. En l’espace d’un an, des lettres ouvertes ont été publiées, une page Facebook a été créée, une pétition a recueilli près de 1 300 signatures. Des citoyen·nes sont intervenu·es en conseil municipal, l’ensemble des député·es de l’Assemblée nationale ont été contacté·es, et la députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques, Manon Massé, a relayé ces préoccupations jusqu’à Québec. Le rassemblement d’aujourd’hui n’est qu’une étape. Il y en aura d’autres, affirme-t-il, tant qu’Hydro-Québec n’aura pas renoncé à ce site.
Militantisme documentaire
Un des affiches de l’auteur et artiste Clément de Gaulejac en contexte
Cet article s’inscrit dans une démarche de militantisme documentaire : il rassemble, documente et articule des prises de parole citoyennes, politiques, culturelles et professionnelles autour d’un enjeu urbain majeur, soit le projet d’implantation d’un poste électrique sur le terrain de la Grande Bibliothèque. Témoignages, citations, références médiatiques, et appels à l’action y sont consignés non seulement pour informer, mais pour nourrir la mémoire collective d’une mobilisation en cours.
En cela, le texte fonctionne comme une archive militante : il conserve les traces d’un moment de résistance civique, tout en donnant sens et portée aux gestes, aux voix et aux arguments qui s’y expriment. Il contribue à fixer une mémoire vive, ancrée dans la défense d’un bien commun culturel et environnemental.
Parmi les traces de cette mobilisation, les logos d’invitation et les illustrations des pancartes créées, entre autres, par l’auteur et artiste Clément de Gaulejac distribuées par les organisateurs et organisatrices. Un zine d’amour a aussi été partagé.
L’affiche J’aime BAnQ de Clément de GaulejacL’affiche N’Hydro ni Maître de Clément de Gaulejac Le verso d’une affiche N’Hydro ni Maître, conçu par Réjean Gagnon (à l’aide d’une IAG) Le feuillet du syndicatLe zine
Pour aller plus loin : comprendre les enjeux autour de BAnQ et du projet de poste électrique
Album photo – Mobilisation du 10 mai 2025 Une série de photos publiées sur Flickr documente le rassemblement citoyen en soutien à la Grande Bibliothèque et contre la vente de son terrain.
L’Action nationale – « BAnQ / Le saccage » Un dossier qui analyse en profondeur la crise institutionnelle que traverse Bibliothèque et Archives nationales du Québec et les menaces qui pèsent sur sa mission.
Le Devoir – Quartier latin unis contre le projet d’Hydro-Québec Article de Jean-François Nadeau, 5 février 2025 Un reportage qui rend compte de la mobilisation locale et de l’attachement des citoyens à ce lieu emblématique.
Le Devoir – BAnQ à vendre, une institution de moins en moins grande et une décision sans vision pour l’avenir Une tribune publiée le 1er mars sur les enjeux politiques et symboliques liés à la vente du terrain et au projet de poste électrique.
Radio-Canada – Berri 2 : un projet d’Hydro-Québec qui suscite de l’opposition Article de Jérôme Labbé, 18 février 2025 Un article de synthèse qui expose les tensions entourant le projet de poste électrique à proximité de BAnQ.
Actualitté – Non au béton et aux kilovolts à la place de la culture et des espaces verts Article de Hocine Bouhadjera, 28 avril 2025 Un article relayant les préoccupations citoyennes et professionnelles quant à l’avenir de ce lieu public.
Pétition contre le projet de poste électrique L’appel lancé par des citoyen·nes, chercheur·es et membres de la communauté universitaire pour préserver les terrains de la Grande Bibliothèque.
Sélection d’activités de médiation culturelle proposées dans le jardin
Médiation culturelle, expositions et installations artistiques Le Jardin d’art accueille des œuvres en plein air, offrant aux visiteurs une expérience culturelle immersive.
Potager éducatif et plantes comestibles. Un potager urbain a été aménagé pour sensibiliser à l’agriculture urbaine et à l’autonomie alimentaire; certaines en collaboration avec Montréal, métropole en santé et l’organisme Sentier urbain.
Lectures pour les enfants dans le jardin. Des séances de lecture sont organisées en plein air, offrant aux enfants une expérience littéraire au milieu de la nature.
Yvonne Oddon, bibliothécaire et résistante
L’exposition « Sur l’air de la liberté : Chansons de résistantes dans les prisons nazies » offre une relecture forte et poignante de l’engagement de la bibliothécaire et résistante Yvonne Oddon. Autour de 19 chansons documentées par cette dernière à son retour des prisons et camps nazis, cette exposition musicale et documentaire révèle comment les arts populaires et la création poétique ont pu devenir des armes de survie, d’espoir et de résistance. E
L’exposition « Sur l’air de la liberté : Chansons de résistantes dans les prisons nazies » offre une relecture forte et poignante de l’engagement de la bibliothécaire et résistante Yvonne Oddon. Autour de 19 chansons documentées par cette dernière à son retour des prisons et camps nazis, cette exposition musicale et documentaire révèle comment les arts populaires et la création poétique ont pu devenir des armes de survie, d’espoir et de résistance. En donnant à entendre ces voix de femmes emprisonnées et déportées, l’exposition témoigne aussi d’une part oubliée d’une histoire culturelle et mémorielle.
Sur l’air de la liberté : quand chanter devient résister
L’exposition présente également des reconstitutions vocales a cappella ou accompagnées au piano que l’on a pu entendre lors d’un récital mémorable présenté lors du vernissage à la Maison de la culture Côte-des-Neiges (Montréal, Québec). Offerte en formats physique et numérique depuis le 28 mars 2025 jusqu’au 2 mai, on peut la voir et l’entendre au Centre d’études allemandes et européennes de l’Université de Montréal (Pavillon 3744 rue Jean Brillant, 5e étage) ; elle est hébergée sur un site web dédié, enrichi de contenus analytiques et historiques.
La version itinérante est appelée à circuler dans plusieurs institutions au Québec et en France, prolongeant ainsi l’impact pédagogique et mémoriel du projet. Ce projet s’inscrit dans une démarche de recherche-création et qui a donné lieu à diverses publications scientifiques qui approfondissent le sujet des dynamiques de résistance à l’œuvre dans ces chants de détention.
Page d’accueil de l’exposition numérique « Chansons de résistance dans les prisons nazies »
Yvonne Oddon, pionnière oubliée de la bibliothéconomie
Yvonne Oddon, la plus américaine des bibliothécaires françaises, occupe une place importante dans le livre « Bâtisseuses de la lecture publique », publié en 2024 aux Presses de l’ENSSIB, sous la direction d’Isabelle Antonutti. Cet ouvrage remarquable réhabilite la mémoire de soixante pionnières de la lecture publique en France. En s’appuyant sur des archives souvent fragmentaires, cet ouvrage met en lumière le rôle fondamental joué par les femmes dans la structuration de la profession, dans un univers historiquement façonné au masculin et où les figures des bibliothécaires sont longtemps restées invisibilisées. Préfacé par Arlette Farge, cette recherche fait émerger une véritable histoire sociale des travailleuses de bibliothèque, en exposant leurs réalisations, leurs luttes pour la reconnaissance, et leur apport dans l’évolution de la lecture publique. Un article et plusieurs entrées dans cet ouvrage sont consacrés à Yvonne Oddon.
Née en 1902, Yvonne Oddon suit une formation à l’American Library School à Paris, puis part en stage à l’université du Michigan, aux États-Unis, où elle s’étonne de constater la place centrale accordée aux bibliothèques dans la vie universitaire. De retour en France, elle contribue activement au développement des bibliothèques dans les régions dévastées, notamment par la mise en place du tout premier bibliobus à Soissons en 1933. En 1929, elle est recrutée comme bibliothécaire du musée d’ethnographie du Trocadéro, devenu musée de l’Homme en 1937, où elle introduit des standards innovants inspirés des pratiques américaines : libre accès, classement méthodique, réseaux d’échange de périodiques, et une photothèque documentaire.
Résistante dès 1940, elle cofonde le réseau du Musée de l’Homme avec Boris Vildé et Anatole Lewitsky. Elle affirme, dans une archive sonore qui contient un extrait d’entretien diffusé sur France Culture en 1963, que son engagement est né d’une réaction instinctive face aux «fausses nouvelles», alors qu’elle effectuait, à titre de bibliothécaire, un travail de dépouillement de la presse. Il s’agissait donc, dès le départ, d’une posture résolument antipropagandiste, en réponse à la machine de désinformation nazie. Peu à peu, elle s’est engagée dans une résistance tous azimuts : fabrication de tracts, création du journal clandestin Résistance, contacts avec l’Angleterre pour « transmettre des renseignements nécessaires à la France libre », « transports de volontaires et d’évadés », « organisation de groupes de combat avec dépôts d’armes », etc. Suite à une dénonciation, elle arrêtée en 1941. Elle échappe à la peine de mort, mais elle est déportée et incarcérée dans plusieurs prisons et camps nazis, dont Ravensbrück et Mauthausen. C’est au cours de sa détention qu’elle compose avec ses compagnes de captivité ces chansons de résistance, rassemblées à son retour. Ce matériel constitue aujourd’hui un témoignage bouleversant de la vie culturelle au quotidien dans un contexte de violence extrême.
Après la guerre, elle reprend ses fonctions de bibliothécaire; elle participe activement à la création de l’ICOM (Internationa Council of Museums), collabore avec l’UNESCO, et réédite avec Charles-Henri Bach leGuide du bibliothécaire, devenu une référence. Elle poursuit des missions internationales en Afrique et en Haïti, où elle forme des professionnel.les de la documentation. Yvonne Oddon s’est éteinte en 1982, mais où on se souvient d’elle à la bibliothèque du Musée de l’Homme qui porte son nom.
L’exposition « Sur l’air de la liberté », devrait, à plus d’un titre, faire partie du circuit des bibliothèques et des centres d’archives, car elle appartient à l’histoire professionnelle de ces travailleuses de la mémoire et du savoir.
Nous avons besoin cette énergie de résistance que portait Yvonne Oddon, alors que nous nous abandonnons peut-être en ce moment à une forme de résignation feutrée, souvent maquillée en pragmatisme, qui banalise les reculs en matière de liberté, de justice et de mémoire collective. Le courage d’Oddon, sa créativité, et sa vision d’une bibliothèque comme lieu vivant, solidaire et émancipateur, résonnent avec une acuité particulière dans le monde actuel. Entre démarches individuelles et actions collectives, émerge aussi une injonction à maintenir vivant et bien audible l’ espoir pour des futurs alternatifs — un appel que le parcours de Oddon vient puissamment relayer en écho.
Don’t Look Away : dans l’air du temps, un écho
Ainsi, la plus américaine des bibliothécaires françaises serait sans doute en accord avec R. David Lankes, qui, face à la vague de censure et de persécutions visant les bibliothécaires aux États-Unis, répondait avec force : « Don’t look away. »Ne détournez pas le regard. C’est exactement ce qu’Yvonne Oddon a refusé de faire et qu’il faut entendre : résister, agir et documenter.
Dans ce texte percutant, publié le 26 mars dernier et que j’ai traduit ici, Lankes s’inquiète de la dérive autoritaire actuelle aux États-Unis, où les bibliothèques et institutions culturelles, loin d’être simplement fermées, sont en voie de devenir des instruments de propagande. Il évoque les attaques contre les agences fédérales, les bibliothèques universitaires, les chercheurs et les archivistes, ainsi que la montée inquiétante de la censure, des listes de mots interdits, et des persécutions de bibliothécaires accusés d’être trop « libéraux ». Face à l’inquiétude grandissante de la communauté internationale, il appelle à ne pas détourner le regard.
Plutôt que de se contenter de déclarations officielles ou de pressions diplomatiques, l’auteur exhorte les bibliothécaires à documenter activement cette nouvelle forme de « McCarthysme anti-woke » : archiver les documents censurés, recueillir les témoignages, créer des canaux de soutien, favoriser les discussions critiques et protéger la mémoire du moment. Il insiste aussi sur la nécessité d’agir à l’échelle locale, là où les bibliothèques restent profondément ancrées dans la confiance des communautés. En cultivant des espaces de dialogue, de solidarité et de résistance, les bibliothécaires peuvent, ici comme ailleurs, défendre la démocratie. Mais pour cela : don’t look away.
Rendre visibles les invisibles, les oubliées
Dessin en cours (avant le fusain et l’encrage au stylo noir)
Yvonne Oddon faisait également partie de ces nombreuses femmes notables sans image sur Wikipédia. Pour remédier à cette absence visuelle, je me suis permis de dessiner un portrait inspiré d’un remix composite d’images disponibles (vidéo, photo… c’est toujours un défi particulier), afin de rendre hommage à sa mémoire et de contribuer à la visibilité de son engagement. Ce geste s’inscrit dans le cadre de l’initiative portée par Les sans pagEs qui lancent un appel aux illustrateurs et illustratrices pour créer des portraits de femmes dont les biographies sur Wikipédia n’ont pas d’image. Ce projet vise à réduire le biais de genre sur la plateforme en enrichissant les articles consacrés aux femmes, aux féminismes et d’autres sujets sous-représentés.
Je note, par ailleurs, que dans l’article consacré au journal Résistance sur Wikipédia, Yvonne Oddon n’est pas mentionnée parmi les créateurs de cette publication. J’en ai fait un sujet de discussion. Mais, selon le Musée de l’Homme, ce serait bien le cas; elle serait d’ailleurs à l’origine du nom du journal. C’est aussi ce qui est affirmée sur le site du Musée de la résistance en ligne.
Sources principales
Antonutti, Isabelle (dir.) (2024). Bâtisseuses de la lecture publique. Presses de l’ENSSIB. Chapitre consacré à Yvonne Oddon, dans une étude collective sur les pionnières de la lecture publique en France. https://books.openedition.org/pressesenssib/13279
Wikipédia – Yvonne Oddon (voir aussi la section bibliographie) Article biographique détaillé retraçant sa carrière bibliothéconomique et son engagement dans la Résistance. https://fr.wikipedia.org/wiki/Yvonne_Oddon
Exposition « Sur l’air de la liberté : chansons de résistantes dans les prisons nazies » (2025). Projet dirigé par Marie-Hélène Benoit-Otis avec la collaboration de Cécile Quesney. Reconstitution musicale de 19 chansons documentés par Yvonne Oddon.https://chansonsresistantes.crcmp.org/
R. D. Lankes dans la salle de lecture de la collection nationale à la Grande bibliothèque lors de son séjour à Montréal en 2019
Le texte qui suit, Don’t Look Away, est signé par R. David Lankes, professeur, chercheur et bibliothécaire américain engagé. Il est l’auteur de The Atlas of New Librarianship et de l’essai bien connu Expect More: Demanding Better Libraries, traduit en 2018 sous le titre Exigeons de meilleures bibliothèques par un collectif de bibliothécaires francophones. Dans cette
R. D. Lankes dans la salle de lecture de la collection nationale à la Grande bibliothèque lors de son séjour à Montréal en 2019
Le texte qui suit, Don’t Look Away, est signé par R. David Lankes, professeur, chercheur et bibliothécaire américain engagé. Il est l’auteur de The Atlas of New Librarianship et de l’essai bien connu Expect More: Demanding Better Libraries, traduit en 2018 sous le titre Exigeons de meilleures bibliothèques par un collectif de bibliothécaires francophones. Dans cette nouvelle prise de position, que nous traduisons ici, Lankes revient avec force sur les menaces qui pèsent actuellement sur les bibliothèques, la liberté intellectuelle et les institutions du savoir — et nous rappelle l’importance critique de l’engagement du corps travaillant dans les milieux documentaires.
Ne détournez pas le regard
Lors d’un récent voyage en Europe, on m’a sans cesse posé la même question : « Que pouvons-nous faire ? » La communauté des bibliothèques européennes (et sans doute aussi la communauté mondiale) observe les développements aux États-Unis avec confusion et inquiétude. Comment le gouvernement fédéral peut-il fermer des agences, s’en prendre à l’Institute for Museum and Library Services, réduire les budgets de la National Agricultural Library, stopper les recherches des National Institutes of Health, limoger l’archiviste nationale et défaire des décennies de travail dans les bibliothèques et le patrimoine culturel ? Comment un pays qui s’identifie si fortement à la liberté, et à la liberté d’expression, peut-il établir une liste de mots interdits utilisés pour purger, sans distinction, les sites web de leurs collections, données et documents ?
La première crainte était que les institutions culturelles soient fermées. La nouvelle réalité, c’est qu’elles seront transformées, une fois de plus, en instruments de propagande et d’endoctrinement. L’Institute for Museum and Library Services n’est pas fermé. En revanche, son nouveau directeur veut s’en servir pour « remettre l’accent sur le patriotisme, préserver les valeurs fondamentales de notre pays, promouvoir l’exceptionnalisme américain et cultiver l’amour de la patrie chez les générations futures ».
Au-delà du gouvernement fédéral, comment les bibliothécaires et institutions de l’UE peuvent-ils réagir, me demandait-on, face à la vague continue d’interdictions de livres, de licenciements de bibliothécaires jugés « trop libéraux », et aux poursuites judiciaires contre ceux et celles qui exercent simplement leur métier et soutiennent leurs associations professionnelles ?
Ma réponse est simple : ne détournez pas le regard.
Je comprends l’importance des déclarations institutionnelles de l’IFLA, de l’ALA, de la SLA, de l’ACRL et autres ; c’est d’ailleurs ce que nous faisons ici, au fond. Je comprends l’idée selon laquelle une pression internationale devrait, au minimum, attirer l’attention sur les attaques contre les fondements mêmes du métier de bibliothécaire. Je comprends aussi ce besoin d’agir. Continuez à publier des déclarations, continuez à poser des questions. Mais sachez que cela ne suffira pas. En réalité, l’idée que les États-Unis agissent malgré la désapprobation internationale est même au cœur du projet de l’administration actuelle.
Non, le véritable travail à accomplir, c’est celui que les bibliothécaires mènent depuis des siècles : encourager la conversation éclairée et assurer la mémoire rigoureuse de l’instant, en vue d’une action informée.
Un moment où une nation prospère et démocratique décide que son infrastructure culturelle, scientifique et intellectuelle, celle-là même qui l’a menée à sa position dans le monde moderne, est désormais suspecte, infestée d’agents porteurs de sentiments «anti-américains». Un moment où interroger l’histoire et les actions d’un pays dans une perspective de progrès devient un acte de dissidence. Un moment où les idées deviennent dangereuses. Où l’éducation devient dangereuse, où les bibliothèques deviennent dangereuses, où les mots deviennent dangereux. Où, au lieu d’un dialogue vital sur ceux qui réussissent dans la nation et sur la manière de bâtir une économie et une démocratie capables d’éliminer les désespoirs les plus profonds et de redonner une voix aux personnes exclues, nous cédons le pouvoir à des politiques du ressentiment et de la revanche.
Ne détournez pas le regard.
Aidez-nous à documenter ce nouveau maccarthysme « anti-woke ». Ouvrez des dépôts d’archives pour les documents purgés. Créez une plateforme centralisée d’articles de presse et de témoignages de bibliothécaires licenciés. Documentez les décisions de justice américaines qui tentent de contraindre les agences de l’exécutif. Proposez des canaux sécurisés et anonymisés pour les travailleurs et travailleuses des bibliothèques aux États-Unis et à l’étranger. Organisez des discussions pour réfléchir, soutenir, témoigner. Tout comme nous l’avons fait pour d’autres nations à travers le monde.
Et surtout — je ne saurais trop insister — regardez aussi chez vous, du côté de vos propres frontières. Nous vivons une époque de déstabilisation. Les alliances traditionnelles se rompent. L’idée que nous étions sur une trajectoire linéaire vers toujours plus de libertés s’effondre face au retour cyclique des idéologies politiques. L’histoire n’est pas terminée.
Sachez que malgré ces paroles, je reste optimiste. Les bibliothèques américaines, toutes catégories confondues, sont des institutions locales. Leur financement provient en majorité de taxes locales et de frais de scolarité. Les gens soutiennent encore massivement leurs bibliothèques et font confiance à leurs bibliothécaires. Le soutien aux bibliothèques, à l’éducation, aux musées n’est pas idéologique. Leur fonctionnement demeure, dans une large mesure, du ressort des communautés locales.
C’est cette ancrage local, cette orientation communautaire — acquise de haute lutte au fil des décennies — qui me donne de l’espoir. Nous devons veiller, aux États-Unis comme ailleurs, à restaurer et renforcer ces liens communautaires. Les bibliothécaires ont tout à gagner à se tourner vers l’hôtel de ville plutôt que vers le parlement ou la Maison-Blanche. Bâtir du consensus. Donner du pouvoir à ceux et celles qui se sentent marginalisés. Encourager la rencontre entre voisins. Donner l’exemple d’un débat sain.
Salle de lecture, Boston Public Library, Boston, 2024
Fondée en 1848, la Boston Public Library (BPL) est la première grande bibliothèque municipale gratuite aux États-Unis. Dès son origine, elle a porté une vision profondément démocratique : celle de l’accès au savoir pour toutes et tous, indépendamment du statut social ou économique. Son inscription gravée sur le fronton — « Free to all » — est devenue un emblème puissant de la mission publique des bibliothèques américaines. La BPL a non s
Salle de lecture, Boston Public Library, Boston, 2024
Fondée en 1848, la Boston Public Library (BPL) est la première grande bibliothèque municipale gratuite aux États-Unis. Dès son origine, elle a porté une vision profondément démocratique : celle de l’accès au savoir pour toutes et tous, indépendamment du statut social ou économique. Son inscription gravée sur le fronton — « Free to all » — est devenue un emblème puissant de la mission publique des bibliothèques américaines. La BPL a non seulement servi de modèle pour les bibliothèques publiques dans le monde entier, mais elle incarne toujours aujourd’hui l’idéal d’une institution culturelle ouverte, inclusive, enracinée dans la justice sociale et la citoyenneté éclairée. J’ai eu le plaisir de revisiter cette institution inspirante l’été dernier, loin d’imaginer alors l’ampleur des menaces qui allaient émerger quelques mois plus tard.
Aujourd’hui, la mairesse de Boston, Michelle Wu, figure montante de la scène politique américaine, est l’une des voix les plus engagées dans la résistance face aux atteintes aux institutions publiques — dont les bibliothèques, en première ligne. Lors de son discours sur l’état de la ville en janvier 2025, elle déclarait sans broncher (ma traduction) : « Boston a été fondée en affrontant les tyrans. Personne ne dicte à Boston comment prendre soin des siens. Pas les rois, et pas les présidents qui se prennent pour des rois. »
Ainsi, alors que l’actualité nationale et internationale tourne souvent autour de crises géopolitiques, il est une autre forme de crise qui mérite notre attention, particulièrement au sein de notre communauté professionnelle : celle qui touche actuellement les bibliothèques, les archives et l’accès à l’information publique aux États-Unis. Depuis le retour de Donald Trump à la présidence le 20 janvier dernier, plusieurs décisions et décrets exécutifs viennent ébranler les fondements mêmes de la mission sociale et éducative de nos collègues américains.
À travers cet article, je souhaite partager avec mes collègues du Québec, du Canada et de la francophonie quelques faits récents qui, bien qu’ils puissent sembler lointains, résonnent profondément avec les valeurs que nous portons collectivement. Il s’agit ici non seulement de la liberté intellectuelle et de l’accès à l’information, mais aussi de l’intégrité professionnelle, de la recherche, de la diversité des savoirs et de la justice sociale.
Je suis bien consciente que nous évoluons dans un contexte de surcharge informationnelle, où la multiplication des nouvelles et des signaux contradictoires participe, volontairement ou non, à une forme de brouillage stratégique. Cette saturation fait d’ailleurs partie des techniques de propagande utilisées par certains gouvernements, visant à diluer la portée des enjeux réels et à noyer les alertes. C’est précisément pour cette raison qu’il devient si important, dans nos milieux — bibliothèques, archives, recherche, journalisme — de trier, colliger, organiser et analyser l’information, afin de rendre lisible ce qui tend à être fragmenté ou camouflé.
En tant que membre de l’American Library Association (ALA), je vois passer un flux constant de communications, de communiqués, de témoignages et d’alertes. Ce texte est une tentative de partager une lecture d’ensemble, une synthèse permettant de rendre perceptible la dynamique actuelle pour celles et ceux qui, d’ici ou d’ailleurs, n’en mesurent pas encore l’ampleur. Car mieux comprendre ce qui se joue au sud de la frontière est devenu un enjeu tout aussi stratégique, en réponse à la désinformation, et tant pour anticiper les répercussions possibles dans nos contrées que pour protéger nos propres institutions contre les dérives autoritaires et les atteintes à la démocratie.
Derrière un langage technocratique se cache une réalité bien plus brutale : le décret vise à éliminer de facto l’IMLS, en limitant ses demandes budgétaires aux seuls fonds nécessaires à sa fermeture. Toute autre demande de financement sera rejetée par l’Office of Management and Budget (OMB).
Ce décret s’ajoute à une loi de crédits provisoires pour l’exercice 2025, adoptée et signée le même jour, qui maintenait pourtant les fonds de l’IMLS au niveau de 2024. Mais le décret présidentiel restreint désormais leur utilisation aux seuls programmes explicitement requis par la loi, excluant ainsi potentiellement un grand nombre d’initiatives pourtant cruciales pour les bibliothèques publiques, scolaires et universitaires à travers le pays et, en premier chef, les programmes reliés à l’équité, la diversité, l’inclusion.
L’heure du conte dans le jardin, BPL, Boston, 2024
L’ambiguïté persistante sur ce qui est considéré comme « statutairement requis » laisse craindre une interprétation restrictive, voire hostile, dans la mise en œuvre. La réduction à néant de l’IMLS pourrait se concrétiser très bientôt par l’inscription d’un budget de fermeture dans la proposition présidentielle pour l’exercice 2026, attendue dans les prochaines semaines.
The Plot Thickens, collection de littérature, BPL, Boston, 2024
Des répercussions bien au-delà de l’IMLS
La menace qui pèse sur l’Institute of Museum and Library Services n’est pas un cas isolé : elle s’inscrit dans un climat plus large de méfiance, voire d’hostilité, à l’égard des institutions publiques de mémoire, de savoir et de transmission culturelle. Depuis janvier 2025, plusieurs autres mesures prises par l’administration Trump viennent accentuer cette pression, transformant ce qui semblait être un conflit budgétaire en attaque idéologique systémique contre les fondements mêmes de l’accès libre et pluraliste à l’information.
Suppression de données publiques : une mémoire numérique effacée
Depuis la fin janvier, des milliers de pages web et de bases de données gouvernementales ont été altérées, rendues inaccessibles ou supprimées. Cela concerne des sujets comme la santé publique, les changements climatiques ou les inégalités sociales. Des articles de référence comme ceux publiés dans le New York Times, Wired, et The New Yorker ont documenté cette tendance alarmante.
Pour y faire face, le Data Rescue Project, un collectif d’archivistes, de bibliothécaires et d’activistes des données, coordonne les efforts de sauvegarde et de mise à disposition alternative des données effacées.
Les attaques actuelles du gouvernement Trump ne ciblent pas uniquement les bibliothèques et les archives : le secteur de la recherche scientifique est lui aussi directement visé. Plusieurs programmes de financement ont été suspendus ou redirigés, en particulier ceux liés à la diversité, à l’environnement ou à la santé publique. Des mesures préoccupantes ont également été signalées en lien avec l’indépendance des données scientifiques produites par les agences fédérales. Sur ce sujet, je vous invite aussi à consulter les interventions de mon collègue Vincent Larivière, qui suit l’évolution des politiques américaines en matière de science et de diffusion des savoirs, et qui éclaire leur impact sur la recherche canadienne.
Des licenciements ciblés dans les institutions fédérales
Des coupures budgétaires mises en œuvre par le Department of Government Efficiency (DOGE) ont conduit à une vague de licenciements, entraînant notamment la fermeture temporaire de la John F. Kennedy Presidential Library ainsi que des perturbations au sein des Archives nationales des États-Unis (NARA). D’autres bibliothèques présidentielles auraient également été touchées par des mesures similaires. Ces licenciements visent en particulier les employés en période probatoire — c’est-à-dire en poste depuis moins de deux ans —, ce qui facilite leur révocation sans obligation de justification formelle.
Le 7 février, l’archiviste nationale des États-Unis, Colleen Shogan, a été abruptement congédiée par le président Trump, comme l’ont rapporté CBS News. Son adjoint, William “Jay” Bosanko, a choisi de prendre sa retraite peu après.
En réaction, l’American Library Association (ALA) a signé une lettre ouverte adressée à la Maison-Blanche, en collaboration avec plusieurs organisations, puis rejointe par la Society of American Archivists (SAA), dénonçant une atteinte grave à la mémoire nationale et aux droits d’accès à l’information publique.
Espace de valorisation thématique, BPL, Boston, 2024
Censure idéologique dans les bibliothèques scolaires militaires
Conformément à un décret présidentiel de début 2025, les bibliothèques scolaires des bases militaires ont reçu l’ordre de retirer les livres associés à « l’idéologie du genre » ou aux « approches discriminatoires de l’équité ». Ce langage flou mais orienté vise en réalité à purger les collections de tout contenu lié aux luttes sociales ou aux enjeux actuels de justice; une avenue qui affecte aussi les activités telles que les clubs de lecture. Parmi les titres visés : No Truth Without Ruth (sur la juge Ruth Bader Ginsburg), Freckleface Strawberry (de Julianne Moore), et Hillbilly Elegy (de J. D. Vance, le vice-président!). La directive a été dénoncée par l’ALA et l’American Association of School Librarians (AASL) comme une violation du Premier amendement.
Des élèves de bases américaines en Europe et en Asie ont organisé une protestation coordonnée, comme le rapporte Stars and Stripes et PEN America.
Une offensive anticipée, une riposte organisée
Ce n’est pas la première fois que Donald Trump tente d’éliminer l’IMLS : il l’avait déjà proposé à quatre reprises lors de son premier mandat dans ses propositions budgétaires annuelles (2017–2020), comme le rappelle l’American Library Association (ALA). Mais cette fois, les mesures sont plus concrètes, plus structurées et plus menaçantes.
Heureusement, la riposte s’organise. L’ALA a publié une déclaration officielle le 15 mars dénonçant sans détour cette attaque, affirmant que cette décision « coupe les jambes à l’une plus aimées et respectées des institutions américaines, en s’en prenant à son personnel et aux services qu’elle rend » (« cutting off at the knees the most beloved and trusted of American institutions and the staff and services they offer », ma traduction).
La campagne Show Up for Our Libraries, lancée en anticipation de ce scénario dès la fin de 2024, mobilise depuis des mois bibliothécaires, archivistes, élu·e·s et citoyen·ne·s autour de la défense du financement fédéral de institutions. Depuis la publication du décret, plus de 55 000 messages ont été envoyés aux membres du Congrès via le centre d’action de l’ALA. La campagne met à disposition des modèles de lettres personnalisables, ainsi que des ressources pour organiser des visites de bibliothèques avec des élu·e·s.
En parallèle, l’ALA renforce ses efforts juridiques et politiques, notamment à travers son Public Policy and Advocacy Office (PPAO). Elle prépare activement le Congrès annuel de plaidoyer à Washington, prévu les 2 et 3 avril 2025, où des représentant·e·s de l’ALA — dont la présidente Cindy Hohl, la directrice générale par intérim Leslie Burger, le président du comité législatif,Ed Garcia et la présidente élue Sam Helmick — rencontreront les bureaux des membres du Congrès responsables des budgets liés aux bibliothèques.
Enfin, dans le cadre de la Semaine nationale des bibliothèques (6 au 12 avril 2025), l’ALA offrira un webinaire qui sera accessible à tous et toutes, le 11 avril, intitulé How to Protect Federal Library Funding. Ce sera le quatrième volet de la série Show Up for Our Libraries.
« Build by the People and Dedicated to the Advancement of Learning », (BPL), Boston, 2024
Une solidarité nécessaire, une vigilance partagée
Pour les professionnel·le·s des bibliothèques et des archives d’ici et d’ailleurs, ces événements rappellent que nos institutions ne sont jamais totalement à l’abri. Ce qui se passe actuellement aux États-Unis est un signal fort : les bibliothèques deviennent des cibles dès lors qu’elles incarnent la diversité des savoirs, l’accès à la connaissance, et la résistance aux discours dominants. Le cas de l’Institute of Museum and Library Services menacé de fermeture, les licenciements aux Archives nationales, ou encore la censure dans les bibliothèques scolaires militaires, en sont autant d’exemples récents.
Ces actions ne sont pas isolées. Elles traduisent une stratégie concertée de réduction de l’espace public des savoirs, sous prétexte de simplification administrative ou de neutralité idéologique. En réalité, ce sont la pluralité des points de vue, l’autonomie des institutions de mémoire, et la liberté de chercher, d’enseigner et de transmettre qui sont visées. Ces dynamiques ont été bien analysées dans plusieurs études critiques et formations sur les effets de la désinformation et du populisme sur les institutions du savoir, notamment par Freedom to Read Foundation ou PEN America.
Pour les bibliothécaires, archivistes, enseignant·e·s, chercheur·se·s et défenseur·se·s des biens communs informationnels, il ne s’agit pas d’observer ces événements comme une simple crise américaine. Ce qui se joue là-bas peut — et doit — nous inspirer des mécanismes de vigilance, des réflexes de solidarité, et une réaffirmation de notre rôle critique, social, et éthique, notamment à travers nos engagements envers la liberté intellectuelle et la justice sociale. Au sujet de cette dernière, on se rappelera que l’American Library Association (ALA) reconnaît désormais, depuis 2022, la justice sociale comme une compétence professionnelle fondamentale et transversale, affirmant qu’elle fait partie intégrante de la pratique des bibliothécaires et des professionel·l·e·s de l’information, notamment dans leur capacité à promouvoir l’équité, la diversité et l’inclusion, à remettre en question les systèmes d’oppression, et à servir toutes les communautés avec sensibilité et engagement (ALA Core Competences of Librarianship, 2022, p. 4). On ne peut que craindre un recul important sur ces plans.
Il importe de rester informé·e·s, mais aussi de faire écho à ces luttes dans nos propres contextes. En relayant ces informations au sein de nos réseaux professionnels et communautaires, en réfléchissant collectivement à leur portée dans nos milieux, et en cherchant à clarifier et réaffirmer nos engagements éthiques et professionnels, nous participons — fût-ce modestement et pour l’instant — à l’exercice d’une veille critique et démocratique transnationale. C’est un minimum nécessaire, pour l’instant, mais aussi une responsabilité partagée.
Les répercussions ne sont d’ailleurs plus seulement théoriques ou lointaines. Ce qui se passe actuellement du côté de la bibliothèque Haskell, située à cheval entre Derby Line (Vermont) et Stanstead (Québec), en est un signe troublant. Cette institution unique, littéralement traversée par la frontière canado-américaine, « symbole de l’amitié canado-américaine », a récemment vu ses accès restreints et ses usages surveillés, dans un contexte sécuritaire exacerbé. Les usagères et usagers canadiens désormais empêchés doivent passer par la porte de secours pour y accéder. Un prélude dystopique, peut-être, où les tensions politiques du Sud commencent déjà à se faire sentir jusqu’au Nord — jusque dans les lieux mêmes qui incarnent la coopération, la culture partagée et l’idée d’un savoir sans frontière.
Des ressources et des services en santé mentale, BPL, Boston, 2024
On a besoin des artistes, des objecteurs de conscience; on a besoin de ce très large spectre des parties prenantes de la société pour être capables d’avancer collectivement.
– Jérôme Dupras, nouveau scientifique en chef et membre des Cowboys Fringants
L’été est là. Vous vous apprêtez peut-être à vous fondre dans les paysages bas-laurentiens. Mais savez-vous que des mégaprojets de développement éolien transformeront ces paysages?
Depuis qu’au nom d’une « transition énergétique », le gouv
On a besoin des artistes, des objecteurs de conscience; on a besoin de ce très large spectre des parties prenantes de la société pour être capables d’avancer collectivement.
– Jérôme Dupras, nouveau scientifique en chef et membre des Cowboys Fringants
L’été est là. Vous vous apprêtez peut-être à vous fondre dans les paysages bas-laurentiens. Mais savez-vous que des mégaprojets de développement éolien transformeront ces paysages?
Depuis qu’au nom d’une « transition énergétique », le gouvernement a décidé d’ajouter 10 000 MW d’énergie éolienne dans son réseau, tout le Québec est touché par l’éolien, sauf la riche région de Memphrémagog qui aurait défendu que ses paysages méritaient d’être préservés : hors de notre champ de vision les paysages aux allures industrielles!
Ça veut dire quoi?
En plus des 482 éoliennes déjà installées au Bas-Saint-Laurent et dont certaines arrivent en fin de vie (Que faire des tonnes de pâles usées? Recherches de solutions toujours en cours…), on doit bientôt compter 103 éoliennes pour Pohénégamook, Picard, Saint-Antonin et Wolastokuk (phases 1 et 2), 45 éoliennes pour Dégelis et Saint-Jean-de-la-Lande, 20 éoliennes pour Saint-Damase et Saint-Noël.
Ça, c’est ce qui est déjà dans « la machine », il faut ajouter des zones très sérieusement à l’étude : Wocawson (150 éoliennes?), Wetsok : MRC de Montmagny, L’Islet, Kamouraska, Rivière-du-Loup et Témiscouata (240 éoliennes?); Gespe’gewa’gi qui correspond à la Gaspésie et à l’Est du Bas-Saint-Laurent (1000 éoliennes?).
Résister
Un soir de mai, une quarantaine de personnes sont réunies à Témiscouata-sur-le-Lac pour écouter Tina et Étienne, tous deux engagés dans Éoloin, un des nombreux groupes qui s’activent dans différentes régions dans le but de susciter la réflexion à propos de l’implantation de l’éolien, des groupes qui veillent, qui tentent de se faire entendre et de combler le déficit démocratique que le développement éolien a tout simplement soufflé. La dense présentation du comité Éoloin, que tout le monde devrait voir et dont je ramènerai ici quelques fragments, dessine le revers de la médaille.
« Notre économie dans le Témiscouata repose sur l’acériculture, la foresterie et la villégiature. Et l’éolien fragilise tous nos moteurs économiques, dira avec assurance Tina. S’il y avait de véritables consultations, on pourrait peut-être décider ensemble que sur telle partie du territoire on accepte qu’il y ait des éoliennes. Mais de la façon dont ça se fait présentement, sans vue d’ensemble, sans BAPE générique, en laissant les partenaires privés aller frapper aux portes pour offrir de l’argent en échange d’une éolienne, c’est non. Ça ne peut pas se faire comme ça. » Bienvenue au Far-West des gisements de vent. Le bar est ouvert. En plus, l’Alliance de l’énergie de l’Est, partenaire de tous les projets avec des promoteurs privés (de Montmagny jusqu’aux îles de la Madeleine) et dont le conseil d’administration est formé uniquement d’élus (où sont passés les acteurs de la société civile?), assure que l’acceptabilité sociale est là. Ah bon? À voir tous les articles qui s’écrivent, tous les regroupements qui se forment, même des élus déçus se regroupent, il est évident que le consensus en regard de la façon dont les projets se déploient, non il n’y en a pas….
D’ailleurs, en cherchant un peu, on est choqué d’apprendre que c’est l’Alliance qui a insisté auprès d’Hydro-Québec pour obtenir une ligne de transport électrique qui allait permettre le développement de tous les nouveaux parcs dans l’est. Dans la démesure qui semble être sa ligne d’approche, l’Alliance était même prête à construire elle-même la ligne… alors qu’Hydro-Québec avait des réserves1.
Dans cette course à l’éolien, on fait reposer l’acceptabilité sociale sur la promesse d’une transition énergétique, mais on ne peut faire l’équation que par exemple des emprises dans les précieuses érablières sont « le prix à payer, un sacrifice à faire » pour atteindre la carboneutralité. En fait, comme il n’y a pas de lignes directrices pour diminuer le recours aux énergies fossiles, les MW éoliens ne viendront que s’ajouter à l’offre2 (pour que prennent forment plus de projets énergivores comme des centres de données?). Le gouvernement vient d’ailleurs de repousser de 2030 à 2035 sa cible de réduction de GES et de diminuer les sommes pour y arriver. L’engagement dans une transition énergétique, c’est du vent… De plus, l’efficacité et la sobriété énergétiques qui pourraient nous permettre de développer moins de nouveaux projets ne sont pas mises de l’avant3.
« On veut nous enfoncer un projet dans la gorge, mais le fait que l’éolien, c’est mieux que l’énergie fossile ne peut justifier la catastrophe qui s’annonce », dira avec colère un participant au Témiscouata. La catastrophe, elle est économique, en raison de la diminution de la valeur des propriétés, en raison des sommes colossales que les MRC empruntent pour devenir partenaires des projets, en raison du portefeuille de tous les Québécois qui s’alourdit pour financer le déploiement.
La catastrophe, elle est environnementale. On parle de fragmentation du territoire, de compactage des sols, de multiplication de bases de béton (environ 1500 tonnes par éolienne), du bruit, de risques pour les puits, des avions de la SOPFEU qui pourront difficilement circuler dans certaines zones, de fragilisation de milieux humides, de chemins forestiers fraîchement déboisés assez larges et droits (de 21 mètres) pour faire circuler pâles et turbines. Et comme on refuse une analyse d’ensemble, on ne cherchera pas à connaître les effets de la multiplication des parcs sur la faune, la flore, les écosystèmes, l’économie, les communautés, les paysages. Que se passe-t-il? A-t-on pris goût à foncer droit dans le mur comme on l’a fait avec d’autres filières?
Le développement éolien et les revenus qu’il génère pour le Bas-Saint-Laurent doivent être présentés pour ce qu’ils sont : un déploiement qui se fait dans une logique économique capitaliste pour simplement produire plus d’énergie et dont certains tireront de gros profits.
Faire entendre sa voix
À un citoyen du Témiscouata qui demandait « Qu’est-ce qu’on peut faire? », on pourrait répondre : combattons le sentiment d’impuissance. Ne soyons pas ce peuple qui a trop souvent « l’habitude des ruines » (Marie-Hélène Voyer) et ayons le courage de reconnaître que ce développement éolien tous azimuts, précipité et à l’aveugle ne nous représente pas, qu’il dégradera notre milieu alors que l’ère, on le sait, est à la préservation. Dans Charlevoix, on s’apprête d’ailleurs à empiéter sur le maigre territoire du caribou… C’est pour de « l’énergie verte », pourquoi on se gênerait?
Veillons sur notre territoire. Faisons entendre nos voix de toutes les manières, dans toutes les MRC. Signons la pétition pour un BAPE générique, exigeons une vue d’ensemble. Joignons des groupes4 qui essaient d’y voir clair. Un projet qui dépasse les mille éoliennes et qui ne garantit pas la carboneutralité, ça vaut bien mille questions!
1. « L’Alliance de l’énergie de l’Est explore l’idée de construire une ligne à haute tension », Radio-Canada, 2023, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1959219/eolien-transport-ligne-infrastructure-energie-electricite
2.Voir Iris, Projet de loi 69 : vers une transition énergétique?, 2024.
3.« Si le Québec choisissait la voie de la sobriété énergétique, il pourrait se décarboner en 2050 avec trois fois moins de nouvelle production d’électricité » Le Devoir, 31 janvier 2026.
4. Vigilance éolienne de l’est, Vent commun, Éoloin, Vent d’élus, Regroupement Vigilance Énergie Québec, Toujours Maîtres chez nous, etc.
Selon une récente étude de l’Université Dalhousie, d’Halifax, la proportion des Canadiens qui se décrivent comme omnivores, c’est-à-dire qui ne suivent aucune restriction alimentaire particulière, a diminué en 18 mois.
Elle est passée de 68% à l’automne 2024 à 55% au printemps 2026.
Les consommateurs mangent moins de viande pour plusieurs raisons.
La principale: «Les prix ont beaucoup augmenté», dit à InfoBref Sylvain Charlebois, directeur scientifique au Laboratoire de sciences an
Selon une récente étude de l’Université Dalhousie, d’Halifax, la proportion des Canadiens qui se décrivent comme omnivores, c’est-à-dire qui ne suivent aucune restriction alimentaire particulière, a diminué en 18 mois.
Elle est passée de 68% à l’automne 2024 à 55% au printemps 2026.
Les consommateurs mangent moins de viande pour plusieurs raisons.
La principale: «Les prix ont beaucoup augmenté», dit à InfoBref Sylvain Charlebois, directeur scientifique au Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie.
Il s’attend à ce que la tendance à réduire la consommation de viande se poursuive au cours des prochaines années.
Hausse spectaculaire des prix
Depuis 5 ans, selon Statistique Canada, le prix du bœuf a augmenté d’environ:
Selon Sylvain Charlebois, «le prix élevé de la viande pousse beaucoup de consommateurs à se tourner vers des choix plus économiques, comme les protéines végétales».
Il souligne que l’alimentation végétale est souvent aussi motivée par des raisons:
• de santé • de protection de l’environnement • de bien-être animal
Éliminer totalement la consommation de viande et de poisson n’est généralement pas l’option privilégiée par les consommateurs.
Seule une part limitée et relativement stable de la population suit un régime végétarien ou végétalien strict.
«Les gens veulent généralement rester flexibles», note l’expert.
«La plupart optent donc pour une diète flexitarienne et continuent de manger de la viande à l’occasion, par exemple seulement la fin de semaine.»
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Quelles protéines de remplacement?
Les produits d’imitation vendus en épicerie, comme les viandes végétales des marques Beyond Meat ou Impossible Foods, sont moins populaires depuis quelque temps, observe Sylvain Charlebois.
«On remarque un regain d’intérêt pour les protéines végétales non transformées, comme les légumineuses.»
Les produits en conserve, comme le saumon et les sardines, moins chers que les poissons frais, ont aussi gagné en popularité.
Tendance à long terme
Sylvain Charlebois s’attend à ce que la proportion d’omnivores poursuive sa diminution au cours 10 prochaines années.
«Les consommateurs vont continuer à s’éloigner des habitudes strictement omnivores pour adopter des alimentations plus variées et flexibles, comme le flexitarisme.»
D’autres types de diète, comme les régimes paléo, ont légèrement gagné en popularité au cours des derniers mois, et cette tendance aussi pourrait se poursuivre, croit l’expert.
Dans l’édition 2026 du classement de Shanghai, un classement mondial des 1000 meilleures institutions universitaires établi par une université chinoise réputée, le Canada compte 30 établissements, dont 6 au Québec.
Le classement est fondé sur des critères principalement liés à la recherche: distinctions scientifiques, chercheurs les plus cités, publications dans des revues scientifiques.
Les trois universités canadiennes les mieux classées:
Université de Toronto (24e)
Universi
Dans l’édition 2026 du classement de Shanghai, un classement mondial des 1000 meilleures institutions universitaires établi par une université chinoise réputée, le Canada compte 30 établissements, dont 6 au Québec.
Le classement est fondé sur des critères principalement liés à la recherche: distinctions scientifiques, chercheurs les plus cités, publications dans des revues scientifiques.
Les trois universités canadiennes les mieux classées:
Université de Toronto (24e)
Université de la Colombie-Britannique (54e)
Université McGill, à Montréal (73e)
Les universités américaines occupent la tête du classement:
Harvard (1re)
Stanford (2e)
Institut de technologie du Massachusetts – MIT (3e)
Montréal arrive au 20e rang de la plus récente édition du QS Best Student Cities, un classement mondial de 150 grandes villes universitaires réalisé par une firme britannique spécialisée dans l’analyse de l’enseignement supérieur.
La métropole a descendu:
de 2 places par rapport au classement de l’an dernier;
de 10 places par rapport à il y a deux ans.
Montréal demeure cependant la première ville universitaire du Canada.
Elle se classe deuxième en Amérique du Nord, derri
Montréal arrive au 20e rang de la plus récente édition du QS Best Student Cities, un classement mondial de 150 grandes villes universitaires réalisé par une firme britannique spécialisée dans l’analyse de l’enseignement supérieur.
La métropole a descendu:
de 2 places par rapport au classement de l’an dernier;
de 10 places par rapport à il y a deux ans.
Montréal demeure cependant la première ville universitaire du Canada.
Elle se classe deuxième en Amérique du Nord, derrière Boston.
L’entreprise de biotechnologies américaine Moderna va entamer un essai clinique de phase I pour évaluer son vaccin contre la souche du virus à l’origine de l’éclosion qui a fait, depuis mi-mai, plus de 1000 morts en République démocratique du Congo.
Il n’existe pour l’instant aucun vaccin ni traitement contre cette souche.
La phase I d’un essai vise à évaluer:
l’innocuité du vaccin
d’éventuels effets secondaires
Moderna devra ensuite mener d’autres essais avant de soume
L’entreprise de biotechnologies américaine Moderna va entamer un essai clinique de phase I pour évaluer son vaccin contre la souche du virus à l’origine de l’éclosion qui a fait, depuis mi-mai, plus de 1000 morts en République démocratique du Congo.
Il n’existe pour l’instant aucun vaccin ni traitement contre cette souche.
La phase I d’un essai vise à évaluer:
l’innocuité du vaccin
d’éventuels effets secondaires
Moderna devra ensuite mener d’autres essais avant de soumettre son vaccin à Santé Canada en vue d’une homologation.
28 cas de rougeole ont été déclarés au Québec depuis le début de l’été.
Le dernier cas a été signalé le 1er juillet.
Or, le ministère de la santé considère qu’une éclosion est terminée lorsque 32 jours se sont écoulés depuis le dernier cas.
Dans l’ensemble du Canada, plus de 1100 cas ont été déclarés depuis janvier.
Marie-Pier Burelle, porte-parole de l’Agence de la santé publique du Canada, a indiqué à InfoBref que le pays avait récemment connu «sa plus importante éclosion de
28 cas de rougeole ont été déclarés au Québec depuis le début de l’été.
Le dernier cas a été signalé le 1er juillet.
Or, le ministère de la santé considère qu’une éclosion est terminée lorsque 32 jours se sont écoulés depuis le dernier cas.
Dans l’ensemble du Canada, plus de 1100 cas ont été déclarés depuis janvier.
Marie-Pier Burelle, porte-parole de l’Agence de la santé publique du Canada, a indiqué à InfoBref que le pays avait récemment connu «sa plus importante éclosion de rougeole depuis plusieurs décennies», mais que seule «une transmission limitée» persiste désormais.
Fin 2024, le Canada a vu une importante recrudescence de la rougeole à la suite de l’importation du virus au pays.
L’éclosion qui s’est alors déclenchée a été la plus importante au pays depuis plusieurs décennies.
«La transmission a atteint un sommet au printemps 2025, raconte Marie-Pier Burelle. Elle a touché principalement des personnes non vaccinées ou insuffisamment vaccinées.»
Le Canada a perdu en novembre 2025 son statut de pays ayant éliminé la rougeole, statut qu’il détenait depuis presque 30 ans.
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«Les efforts soutenus de santé publique [des provinces, du fédéral et des municipalités] ont depuis permis de réduire considérablement le nombre de cas.»
Parmi les moyens déployés, Marie-Pier Burelle cite:
la sensibilisation aux maladies évitables par la vaccination
la lutte contre la désinformation en matière de santé
Alors que le nombre de cas de rougeole atteint un sommet aux États-Unis, Marie-Pier Burelle reconnait que «le risque d’importation de cas au Canada par l’entremise des voyages internationaux demeure, particulièrement pendant les périodes de déplacements accrus [comme la saison estivale]».
Les voyageurs non vaccinés contre la rougeole risquent de la contracter à l’étranger, explique-t-elle, et ils peuvent introduire la maladie au Canada.
Les effets des réseaux sociaux sur les jeunes sont préoccupants et de plus en plus de pays adoptent des lois pour en restreindre l’accès aux mineurs.
Cette stratégie comporte toutefois plusieurs lacunes.
Ces lois sont difficiles à appliquer et elles peuvent avoir des effets imprévus sur les jeunes.
Les dangers que posent les réseaux sociaux pour les jeunes sont bien connus.
Une étude réalisée l’an dernier a révélé que les enfants qui y sont actifs sont deux fois plus susc
Les effets des réseaux sociaux sur les jeunes sont préoccupants et de plus en plus de pays adoptent des lois pour en restreindre l’accès aux mineurs.
Cette stratégie comporte toutefois plusieurs lacunes.
Ces lois sont difficiles à appliquer et elles peuvent avoir des effets imprévus sur les jeunes.
Les dangers que posent les réseaux sociaux pour les jeunes sont bien connus.
Une étude réalisée l’an dernier a révélé que les enfants qui y sont actifs sont deux fois plus susceptibles que les autres de présenter des symptômes de dépression ou d’anxiété.
En réaction à ces préoccupations grandissantes, des pays ont décidé d’agir.
L’Australie a été, en décembre 2025, le premier pays à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans.
La loi australienne exige maintenant des entreprises qu’elles prennent des mesures raisonnables pour empêcher les jeunes d’utiliser leur plateforme.
La France a adopté en juillet une proposition de loi pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
Cette mesure s’appliquera dès septembre pour les nouveaux comptes.
Les comptes existants devront être fermés d’ici janvier prochain.
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Difficile à mettre en place
L’application de ces lois est toutefois plus compliquée qu’il n’y parait, selon un rapport sur les effets de la nouvelle réglementation australienne.
Les auteurs ont constaté que 7 parents sur 10 affirmaient que leur enfant avait toujours un compte sur Facebook, Instagram, Snapchat ou TikTok.
Dans 67% des cas, les jeunes avaient conservé l’accès à l’application parce que l’entreprise n’avait pas encore vérifié leur âge.
Un rapport de l’organisme britannique Internet Matters montre que les méthodes utilisées pour vérifier l’âge, comme la reconnaissance faciale, la vérification par une organisation indépendante ou la demande d’une pièce d’identité officielle, sont loin d’être infaillibles.
Près de la moitié des enfants britanniques interrogés pour le rapport considéraient qu’il était facile de contourner ces méthodes de vérification.
Les jeunes étaient particulièrement imaginatifs.
Une mère a raconté avoir surpris son fils qui se dessinait une moustache avec un crayon à maquillage pour tromper, avec succès, une application.
Des effets pervers
Par ailleurs, ces lois peuvent avoir des conséquences imprévues.
D’abord, la vérification de l’âge implique dans certains cas une collecte de données sur les mineurs, une mine d’informations personnelles attirante pour les cybercriminels.
De plus, l’interdiction pure et dure des réseaux sociaux peut placer les jeunes dans des situations difficiles, selon Andrée-Anne Légaré, professeure au Service sur les dépendances de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke.
Un enfant victime de cyberintimidation ou témoin d’une vidéo traumatisante pourrait, explique-t-elle, hésiter à en parler à un parent ou un adulte parce qu’il craint de se faire réprimander.
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Utilité des réseaux sociaux
Mais surtout, les réseaux sociaux ne sont pas qu’un endroit pour se divertir.
C’est aussi un espace pour socialiser, apprendre et trouver de l’information, souligne Claudia Del Pozo dans un article publié sur le site du magazine Wired.
La vie numérique constitue une extension de la vraie vie, mentionne-t-elle.
Autres moyens d’action
La solution ne serait donc pas, selon elle, d’interdire les réseaux sociaux, mais plutôt de s’assurer que ces plateformes sont sécuritaires.
Elle cite l’exemple du Brésil qui demande aux entreprises:
d’incorporer des contrôles parentaux accessibles;
de réduire les caractéristiques addictives;
d’être plus transparentes sur le fonctionnement de leurs algorithmes.
Aussi, l’éducation a un rôle à jouer puisqu’il est important de développer la littératie numérique des jeunes dans les écoles, insiste Claudia Del Pozo.
[en]
Ma vie commence à ressembler à un sketch médico-dystopique. Deux angles pour raconter:
Quand on veut rendre les administrations plus efficaces, à un moment donné on finit par outsourcer une partie du travail qu’elles seraient supposées faire à ceux qu’elles sont censées servir (sans leur dire bien entendu, et sans les payer).
Vient un moment où prendre soin “correctement” (à définir et discuter) de sa santé finit par avoir un impact négatif sur celle-ci (“faire plus” de quelque chos
Ma vie commence à ressembler à un sketch médico-dystopique. Deux angles pour raconter:
Quand on veut rendre les administrations plus efficaces, à un moment donné on finit par outsourcer une partie du travail qu’elles seraient supposées faire à ceux qu’elles sont censées servir (sans leur dire bien entendu, et sans les payer).
Vient un moment où prendre soin “correctement” (à définir et discuter) de sa santé finit par avoir un impact négatif sur celle-ci (“faire plus” de quelque chose qui est “bon” peut à un moment devenir “pas bon”).
Vis ma vie de patiente, quelques éclairages.
J’ai eu un accident. Ça implique des assurances. C’est bien qu’il y ait des assurances: ça veut dire que je ne perds pas mon job, ça veut dire que je continue à recevoir un salaire, ça veut dire que mes frais médicaux sont payés, ça veut dire que si j’ai des séquelles durables qui résultent en un manque à gagner, il y a un filet de sécurité.
Les assurances ont besoin de rapports médicaux. Elles les demandent aux médecins. Les médecins sont noyés sous toujours plus de paperasse, eux qui ont fait des études probablement pour soigner de gens plutôt que faire de l’administratif.
Je me retrouve au milieu d’un bal comprenant la SUVA, l’AI, le médecin-conseil de l’assurance de mon employeur, mon case manager, mes médecins, les secrétaires, réceptionnistes, et interlocuteurs divers et variés, à passer des heures au téléphone (étalé sur des mois, parce que non, si c’était juste l’affaire de perdre une après-midi ce serait pas drôle) pour tenter de comprendre pourquoi d’un côté on me dit qu’on attend un rapport depuis six mois malgré moult relances, de l’autre que les rapports ont été envoyés et réenvoyés, et que les choses seront faites sans faute et qu’on me tiendra au courant (scoop: c’est rare que ça suive – pas pour jeter la pierre aux individus concernés, c’est un problème systémique, quand on surcharge les gens et qu’on crée des systèmes où chacun est supposé s’occuper de son petit rouage et plus personne n’a la responsabilité réelle de l’ensemble, ça fait des trous).
Ensuite, ça se transforme en courriers administrativement polis mais inquiétants quand même (“si on n’a pas le rapport, on va devoir arrêter l’instruction”) ou en conséquences peu alléchantes (“si on n’a pas de rapport, va falloir venir à Berne pour être évaluée là-bas”). Tout le monde est très gentil et compréhensif mais à un moment donné faut quand même faire son job et il y a des procédures à suivre.
Et quand on pense que le bal des rapports est terminé et que tout est en ordre, ça repart pour un tour, pour plus de fun.
Ensuite, rien à voir avec l’accident de ski, je mets le pied dans un tas de briques de verre. J’essaie de limiter un peu ma “consommation” médicale, parce que je n’en peux plus de voir la moitié de ma semaine disparaître dans les rendez-vous médicaux et paramédicaux (et l’administratif qui les accompagne inévitablement). Donc dans l’immédiat, appel à la centrale des médecins, décision commune que c’est pas très utile que j’aille passer 3h à attendre à la permanence pour me faire entendre que j’ai tout fait juste et “wait and see”. Fière de moi.
Avance rapide, quelques semaines plus tard: quelques douleurs intermittentes suspectes font soupçonner qu’il reste un fragment de verre. Une radio le confirme. Bon, on va faire ôter ça, n’est-ce pas?
Evidemment, la copie du rapport et des radios que j’avais expressément demandée et pour laquelle j’avais donné mon adresse e-mail n’arrive pas, dix jours plus tard. J’appelle. On me renvoie ça. J’attends. Ça n’arrive pas. Je rappelle. Ah, mon adresse e-mail a été mal notée. Bon, on me renvoie ça, cette fois ça arrive. Je raccroche, je suis contente. J’ouvre le mail: juste le rapport, pas les radios. Je rappelle: ah, ok, on va m’envoyer ça. J’attends. J’attends… ah, voilà un mail sécurisé. Je clique pour ouvrir. Je mets mon numéro pour recevoir le SMS avec le code. OK, je rouvre, je rentre le code. Ah, maintenant on va m’envoyer un mail avec un mot de passe. Qu’à cela ne tienne. J’attends, je copie le mot de passe, je rouvre, je rentre le mot de passe… page grise, rien. Bon, je refais toute la manip deux fois histoire d’être sûr que c’est pas “moi” le problème. Je rappelle. On pourrait pas juste m’envoyer les images par mail normal? Ah non, c’est pas possible. On peut m’envoyer un CD. (C’est cool, j’ai plus de quoi lire un CD, et le médecin qui me voit demain aimerait bien voir les radios avant mon pied en chair et en os.) Ah oui, c’est possible d’envoyer directement au médecin. Merci. J’écris quand même au secrétariat du médecin pour qu’ils me confirment qu’ils ont bien reçu les fameuses radios.
Bon, alors, ce morceau de verre, on fait quoi? On le sort du pied, on le laisse? Mon père m’a gentiment proposé de s’en occupé lui-même. Quand j’étais petite, je me souviens, je m’étais enfilé dans le gros orteil une aiguille cassée qui s’était méchamment installée sans qu’on la voie. Si mes souvenirs sont bons j’avais fait une semaine de camp d’été avec l’aiguille dans le pied, sans qu’on sache. A mon retour, ça faisait vraiment mal, ça s’infectait. Mon père s’était improvisé chirurgien et à force d’aller grailler dedans il avait fini par extraire l’aiguille, triomphalement. On n’en revenait pas de la taille de ce machin invisible qui m’avait pourri mon camp. Bon, tout ça pour dire qu’il m’a gentiment proposé de s’occuper de ma brique de verre. J’ai poliment décliné.
Deux options selon le spécialiste du pied: attendre que ça sorte tout seul, ou l’aider à sortir. Je prends l’option aider. Je veux être libérée de ce truc qui vient inopinément se rappeler à mon bon souvenir alors que j’essaie juste de vivre ma vie. J’ai pas mal sauf quand ça fait mal, et ça finit par me tendre. Si le verre était dans son pied, il prendrait l’option scalpel, ça me conforte dans mon envie de faire de même. C’est pas une anesthésie locale, c’est une “vraie chirurgie” avec un anesthésiste et tout, parce que dix injections d’anesthésie locale dans la plante du pied, ça fait mal mal mal. Ça me semble un bon plan, tant qu’on évite de me mettre sous propofol, vu mes mésaventures post-accident avec en décembre.
Bon, ça veut quand même dire une journée entière “off” pour l’intervention, 2-3 jours en béquilles (ça j’imaginais bien), deux semaines en chaussure spéciale et pied lever avec déplacement minimaux… gloups. Mais bon, faut ce qu’il faut.
Direction secrétariat pour organiser ça. Plus ça avance, plus je pâlis. Rendez-vous préop (OK), auquel s’ajoute le rendez-vous avec l’anesthésiste. J’ai quand même plein de petites histoires de santé (vous savez, l’opération cardiaque à six ans, le méthylphénidate, les histoires post-commotion qui font que j’aimerais éviter le propofol, un peu d’asthme). Faut faire une prise de sang, aussi – ah non j’en ai une récente, ça va aller. Et un électrocardiogramme.
L’offre de mon père commence à sembler attirante.
L’option “attendre” aussi.
Et la formule “dix injections dans le pied, mais pas d’anesthésiste et juste deux-trois heures au lieu d’une journée entière”.
Jeudi j’avais mon groupe d’ergothérapie. Le groupe “énergie”. Sujet de la séance: simplifier ou adapter certaines activités pour qu’elles nous prennent moins d’énergie. On a parlé de trucs comme faire la cuisine, etc. Chez moi, ce qui me bouffe de l’énergie: l’organisation, la planification, les rendez-vous médicaux.
Et donc ça me trotte dans la tête: comment faire en sorte que la gestion de ma santé me prenne moins d’énergie.
Sérieux, je sais que c’est un truisme, mais si je ne croulais pas sous tous ces rendez-vous médicaux et l’admin qui les accompagne, je pourrais bosser à 80% dès maintenant.
D’un côté:
un rendez-vous pré-op
un rendez-vous avec l’anesthésiste
aller voir ma généraliste pour faire un electrocardiogramme
une journée entière à l’hôpital pour l’intervention
un bloc qui d’après mon expérience précédente marche pas top chez moi
trois jours en béquilles
deux semaines limitée dans mes déplacements
retour chez le médecin pour ôter les fils
Et de l’autre:
attendre, et avoir mal (ou: aller voir papa).
Bon, je me renseigne quand même pour la version “anesthésie locale”. Quitte à morfler, autant que ça dure moins longtemps.
Quelqu’un a de l’expérience avec les injections d’anesthésiant local sous le pied?
Quand j’ai lu le document de Collectivité ZéN1 Rimouski-Neigette, Tisser demain, ensemble, je me suis dit : « C’est donc ben beau! » Oui, c’est vraiment beau du monde qui rêve en gang. Plus de 200 personnes qui s’assoient, concrètement, pour rêver 2050. C’est beau!
Parler de beauté et de rêve, ça ne fait pas trop sérieux quand on parle de développement des collectivités. Ça fait poète déconnecté du réel. Pourtant…
Aurélien Barrau, l’astrophysicien français, a proposé, dans une conférence e
Quand j’ai lu le document de Collectivité ZéN1 Rimouski-Neigette, Tisser demain, ensemble, je me suis dit : « C’est donc ben beau! » Oui, c’est vraiment beau du monde qui rêve en gang. Plus de 200 personnes qui s’assoient, concrètement, pour rêver 2050. C’est beau!
Parler de beauté et de rêve, ça ne fait pas trop sérieux quand on parle de développement des collectivités. Ça fait poète déconnecté du réel. Pourtant…
Aurélien Barrau, l’astrophysicien français, a proposé, dans une conférence en janvier dernier, de remplacer l’éthique par l’esthétique pour affronter la crise climatique. (Ça rime!)
Barrau nous invite à regarder autour de nous pour constater comment le productivisme capitaliste rend le réel laid. Comment, par exemple, un jardin communautaire est bien plus beau qu’une terre saccagée par la monoculture excessive…
Eh oui, c’est beau la vision collective qu’il y a dans le document Tisser demain, ensemble.
Ici, certains pourraient dire : « C’est ben beau la beauté et tout ça, mais c’est pas mal utopique. » Moi je répondrais : « Oui, bien sûr que c’est utopique, et tant mieux! »
Il y a plus de 20 ans, j’ai fait une thèse de doctorat en développement régional sur le thème de la pensée utopique2. Autrement dit, j’ai travaillé sur la pertinence concrète de l’utopie pour le développement des communautés.
Aujourd’hui, admiratif devant le travail accompli (et à accomplir) par le comité ZéN Rimouski-Neigette, je vais parler d’utopie, en espérant qu’il y aura un peu de parcelles de beauté dans mes humbles propos.
L’utopie et la pensée utopique
Le mot utopie a été inventé par le philosophe anglais Thomas More dans un roman publié en 1516. Il signifie « lieu qui n’existe pas » ou « lieu parfait existant hors de la réalité ». More y décrivait de façon critique la réalité sociale de l’Angleterre de l’époque, et projetait, sur l’île d’Utopia, la société idéale qu’il imaginait.
Dans les décennies suivantes, plusieurs personnes se sont inspirées de cette « figure » pour rédiger des écrits politiques comportant une critique de « ce qui est » et une projection de « ce qui pourrait être ».
Jusqu’au début de XXe siècle, jusqu’à la révolution bolchévique en Russie, l’utopie avait une connotation assez positive. (Je dirais jusqu’au détournement autoritaire des aspirations révolutionnaires.)
Ainsi, délégitimée par cette première « tentative de réalisation », la figure de l’utopie a été associée à la terreur, à la dictature, etc., et réduite à ses dérives potentielles.
Voilà pourquoi, lorsqu’on soumet quelques propositions pour améliorer nos conditions d’existence, on entend des gens dire : « C’est ben beau tout ça, mais c’est utopique. » L’utopie, ce serait donc des bonnes idées, mais qui sont irréalisables, des belles vertus qui ne peuvent s’adapter au réel.
Vue de cette façon, l’utopie c’est dangereux. Ça nous fait rêver un monde parfait qu’on cherche à imposer par la terreur parce que la réalité résiste.
Mais au tournant du troisième millénaire, on assiste à diverses tentatives de « réhabilitation » de l’utopie. Plusieurs personnes, inspirées notamment par le mouvement altermondialiste, le Forum social et d’autres actions de la société civile (« Un autre monde est possible »), s’appliquent à repenser l’utopie pour insuffler un peu d’espoir dans un monde qui en a réellement besoin.
On est alors au cœur du monde néolibéral dominé par une « pensée unique » où la loi du marché s’impose comme entité presque divine (la productivité, la rentabilité, la rationalité économique confondue avec la pensée rationnelle, le profit comme seul moteur d’action, la concentration du pouvoir, etc.).
C’est à cette époque que j’ai élaboré ce que j’appelle la pensée utopique. J’ai essayé de proposer une méthode pour nous permettre d’effectuer une lecture plus diversifiée du réel, ce qui constitue la base si on veut vraiment agir pour changer les choses. Autrement dit, si on se limite à une lecture imposée (celle de ceux qui tiennent à ce que rien ne change), on se prive d’un espace d’agir.
En d’autres mots, il faut d’abord varier nos lectures de « ce qui est » si on veut diversifier nos possibilités d’action, pour mettre en œuvre « ce qui pourrait être ».
***
Mais c’est quoi, la pensée utopique?
La pensée utopique, c’est l’utopie réhabilitée, débarrassée des connotations négatives qu’elle a pu avoir dans l’histoire. En d’autres mots, c’est la bonne utopie.
Parce qu’il faut distinguer la bonne utopie de la mauvaise utopie. La mauvaise utopie, c’est celle qui promet le bonheur tandis que la bonne tente de réduire les conditions du malheur. La mauvaise utopie propose un modèle figé, tandis que la bonne envisage l’émergence de l’inédit, de l’alternative. La mauvaise utopie, enfin, procède par la négation des faits, tandis que la bonne utopie prend en considération la complexité du réel.
On peut donc identifier les critères d’une bonne utopie. Elle doit être de liberté : ne pas être figée. Elle doit être modeste en considérant qu’il existe d’autres valeurs que les siennes. Elle doit être alternative, c’est-à-dire que plutôt que de promettre le bonheur une bonne fois pour toutes, elle se contente de créer des brèches. Finalement, elle doit être réaliste : tenir compte de la complexité du réel.
En d’autres termes, on peut dire que la bonne utopie n’est pas la projection d’un idéal dans un ailleurs, mais qu’elle est la quête de ce que le réel contient d’idéal. Ou encore, elle n’est pas la projection d’un futur meilleur des mondes, mais la quête des idéaux potentiels du présent.
Plus simplement, c’est n’est pas parce qu’on ne peut pas construire le meilleur des mondes qu’on ne peut pas agir pour rendre le monde meilleur.
Et c’est ça que j’appelle la pensée utopique, une conception dynamique du concept d’utopie.
***
Je me suis ici amusé à confronter le projet Collectivité ZéN aux fonctions de la pensée utopique. Et devinez quoi? On est en présence ici d’un vrai projet utopique, mais dans le sens de la bonne utopie.
Voici quelques-unes des fonctions de la pensée utopique en lien avec le projet.
Fonction propédeutique : Montre le chemin et révèle le « pouvoir devenir » du monde.
Il est clair que le projet Collectivité ZéN n’existerait pas si les personnes qui y sont impliquées ne croyaient pas à la base qu’elles ont un certain pouvoir sur le devenir du monde.
Fonction projective : Soumet un projet qui donne sens au futur.
Ici, on retrouve la dimension projective du projet Collectivité ZéN, qui pense la MRC Rimouski-Neigette de 2050.
Fonction défatalisante : Démonte les mécanismes de la fatalité.
Ici, on peut facilement constater que le projet Collectivité ZéN est un exemple concret d’antidote au fatalisme, son objet même étant la mise en action de la communauté – c’est le contraire de « ça donne rien, on peut rien changer, y a rien à faire ».
Fonction d’espérance : Exprime le besoin nécessaire de rêver une vie plus belle.
La beauté comme besoin, ce serait un peu ça qui serait à l’origine du projet. Dans un monde où on parle beaucoup de divisions, on oublie qu’on rêve toutes et tous d’une vie plus belle, pour soi et pour les autres.
Fonction praxéologique : Stimule l’action réelle.
Ici, ça signifie qu’on a tout à fait raison d’agir pour rendre le monde plus beau, que c’est scientifiquement prouvé qu’on n’agit pas pour rien. La preuve irréfutable : tout ce qui existe a d’abord été rêvé.
Fonction heuristique : Permet de saisir les espoirs des personnes.
En tenant compte de la pertinence des espoirs que les personnes ont pour l’avenir de leur collectivité, on se trouve du même coup à mieux comprendre ce qui est déjà en train de se réaliser, on saisit mieux les transformations en cours. Nos espoirs sont en quelque sorte des indices des développements en latence. Nos espoirs sont des matériaux aussi tangibles que les ressources naturelles, les espaces et les territoires, les infrastructures. Je pourrais dire autrement que nos espoirs sont des lectures du réel en train de se créer, et ça c’est concret.
Fonction socio-politique : Permet d’« organiser » les imaginaires sociaux, favorise la transformation du « système » vers plus de démocratie.
Les démarches entreprises par le projet Collectivité ZéN sont en fait un processus d’organisation, de mise en action des espoirs des membres de la collectivité. La démocratie, c’est faire en sorte que le plus grand nombre possible de personnes participent aux délibérations sur les décisions qui concernent l’ensemble de la communauté.
***
Sur un plan disons stratégique, la pensée utopique contemporaine procède en trois étapes : il y a d’abord une critique de ce qui est, il y a une projection de ce qui pourrait être, puis une mise en action. Ici, on retrouve en quelque sorte les cinq étapes présentées dans Tisser demain, ensemble.
Sur une note plus poétique, je citerais Castoriadis : « Ce n’est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être qui a besoin de nous. »
À la lumière de tout cela, je n’hésite pas à dire qu’on a besoin d’initiative collective comme le projet ZéN Rimouski-Neigette.
Alors, lorsqu’on vous demandera si le projet Collectivité ZéN est utopique, vous pourrez répondre : « Oui, heureusement! » Et vous pourrez rajouter : « Et c’est tellement beau! »
1. ZéN pour Zéro Émission Nette.
2. Marcel Méthot, Le développement local au risque de l’utopie : vers une interprétation des enjeux du développement local au 21e siècle [Thèse de doctorat], Université du Québec à Rimouski, 2003, https://irec.quebec/ressources/repertoire/memoires-theses/Marcel_Methot.pdf
Ne vous êtes-vous jamais dit : « À quoi bon? » Vous savez, en parcourant par exemple les rangées d’une bibliothèque où des milliers de livres d’autrices et d’auteurs, ayant depuis longtemps sombré dans l’oubli, accumulent la poussière. À cette vue, il est difficile de ne pas être confronté à l’idée qu’après notre trépas, nous sombrerons inéluctablement dans cet abysse des oubliés… Épris sans doute par un désir d’immortalité, on peut se demander quel est le but de l’existence et a fortiori ce que
Ne vous êtes-vous jamais dit : « À quoi bon? » Vous savez, en parcourant par exemple les rangées d’une bibliothèque où des milliers de livres d’autrices et d’auteurs, ayant depuis longtemps sombré dans l’oubli, accumulent la poussière. À cette vue, il est difficile de ne pas être confronté à l’idée qu’après notre trépas, nous sombrerons inéluctablement dans cet abysse des oubliés… Épris sans doute par un désir d’immortalité, on peut se demander quel est le but de l’existence et a fortiori ce que notre si succinct passage aura apporté au monde. Et si ce but était aussi trivial que déféquer dans la forêt?
Cette idée extravagante a éclos au sortir de la lecture du très inspirant livre La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben; ma conception de ce qu’est une forêt s’est alors métamorphosée. Aidé par mes études en biologie, j’ai compris qu’une forêt est holistique, c’est-à-dire qu’elle est plus que la somme des arbres, des plantes et des animaux qui y vivent autant que notre individualité est bien plus que la somme de nos organes, de nos cheveux et des bactéries qui cohabitent en symbiose avec nous. Ce que nous apprend Darwin dans L’Origine des espèces est que, depuis plusieurs millions d’années, les êtres vivants ont évolué par sélection naturelle en fonction de leur écosystème et des autres vivants qui le partagent. Les fleurs, par exemple, ont besoin des insectes pollinisateurs — une espèce radicalement différente — pour assurer leur reproduction, tandis que les champignons mycorhiziens, qui innervent les forêts et permettent aux arbres de communiquer entre eux, requièrent le soutien de ceux-ci pour se nourrir. En d’autres mots, une forêt, c’est avant tout un ensemble de relations symbiotiques interreliées et formant un réseau de connivence nécessaire à la survie du collectif.
Ce n’est pas une coïncidence si la première mesure prise par le médecin lors d’un rendez-vous est notre pression artérielle. En effet, la communication entre les organes est nodale pour le bon fonctionnement de l’organisme. Chaque organe avec sa fonction propre collabore avec les autres dans le but commun de persévérer l’être. La forêt, eh bien, c’est pareil! Chaque arbre, plante, champignon ou animal collabore afin de persévérer l’organisme forêt. Chaque être vivant la constituant et ayant sa fonction permet la survie de l’organisme-forêt comme le font d’office les organes. On peut en déduire qu’il n’y a pas « d’êtres qui vivent dans la forêt » : habiter la forêt, c’est en fait être la forêt.
Il n’y a pas seulement les forêts que nous pouvons voir comme des organismes : les relations symbiotiques au sein des lacs et des océans autant que celles des plaines, des montagnes et des déserts évoluent de manière analogue. Avec un peu d’altitude, on prend conscience que chacun de ces systèmes biologiques est interrelié. Le phytoplancton par exemple, cette algue marine photosynthétique, produit à lui seul 50 % de l’oxygène sur Terre1. Cet oxygène est un déchet pour ces algues, mais est absolument nécessaire à tous les êtres vivants terrestres. De la même manière, des poussières de diatomées, vestiges sédimentaires d’un ancien lac aujourd’hui asséché et désertique au cœur du Sahara, traversent l’océan pour fertiliser la forêt amazonienne. Cette interdépendance nous convie de manière frappante vers la même déduction allégorique où chaque écosystème fait office d’organe permettant au grand organisme des vivants de persévérer.
Cette conception de l’ensemble des vivants sur Terre comme un grand et unique organisme, je la nomme « l’holobiotisme », mot provenant du terme holobionte qui désigne un superorganisme. Inéluctablement, cette manière audacieuse d’interpréter le vivant entraîne d’importantes considérations philosophiques. La plus cardinale est sans doute celle de l’Autre, cet autrui qui, héritier de notre culture naturaliste occidentale, s’est vu réifié et exploité jusqu’à l’extermination presque achevée. Cet Autre objectivé se transmute — lorsqu’il n’y a plus « la Nature » comme entité extérieure mais plutôt comme un tout duquel nul vivant ne peut se destituer — en subjectivité. Formant un seul et même organisme, que peut devenir l’Autre si ce n’est une part de nous-mêmes? Aussi différent peut-il être, tel un muscle de l’iris et une méninge du cerveau, ayant chacun leur fonction propre et travaillant conjointement pour que l’organisme puisse persévérer dans l’être, l’Autre ne peut que se singulariser. L’Autre n’est plus « autre » : il est nous, il est « Je » … Être au monde, c’est donc être Un : je suis l’arbre, le champignon et l’abeille, je suis la forêt, la nature et l’holobiote.
De plus, puisque notre espèce, comme toute autre, est pourvue d’une fonction inhérente, celle-ci doit être en adéquation avec celles des autres espèces et permettre à l’organisme des vivants de persévérer. Est-ce là peut-être le but a minima de l’existence humaine? Loin d’être les prédateurs que nous croyons être, notre espèce, par sa physiologie naturelle, se range plutôt dans la branche des frugivores/charognards/opportunistes2. Aussi trivial que cela puisse paraître, peut-être que notre fonction au sein de l’écosystème consiste à disséminer, par l’entremise de nos selles, des graines appartenant aux fruits que l’on consomme, comme c’est le cas pour de nombreux autres mammifères.
Toutefois, il n’en est rien. Notre civilisation a l’une des plus insignifiantes fonctions et sape celle des autres, nécrosant, tel un cancer, ce que Spinoza définit comme étant Dieu3. Notre lien-vie à « l’Autre » se meurt, se refroidit comme une roche inerte, qui, par folie de verticalité, se perd dans le firmament. L’extermination de la vie sur Terre ne pourrait pas être autre chose qu’un suicide au sens propre.
Ce serait cela, le progrès?
1. National Oceanic and Atmospheric Administration, « How much oxygen comes from the ocean? » National Ocean Service, 16 juin 2024.
2. K. Milton, « Nutritional characteristics of wild primate foods: do the diets of our closest living relatives have lessons for us? », Nutrition, vol. 15, no 6, 1999, p. 488-498.
3. Pour Spinoza, Dieu et la Nature ne sont que deux modes d’une même substance.
(1re partie)
Ma chronique de février, « Le Devoir dévoyé » a fait sortir de ses gonds le fondateur du Mouton NOIR, Jacques Bérubé. Je ne suis plus le seul « gars en mots dits »… Je m’enorgueillis du fait que mon appel au boycottage du vénérable Devoir ait mis fin à son mutisme, armé de sa plume acérée.
Jean-François Vallée, La Pocatière
Dans sa diatribe Alerte ! Au woke ! On « censure » Rioux !, Jacques Bérubé proclame haut et fort sa détestation du chroniqueur Christian Rioux et son am
Ma chronique de février, « Le Devoir dévoyé » a fait sortir de ses gonds le fondateur du Mouton NOIR, Jacques Bérubé. Je ne suis plus le seul « gars en mots dits »… Je m’enorgueillis du fait que mon appel au boycottage du vénérable Devoir ait mis fin à son mutisme, armé de sa plume acérée.
Jean-François Vallée, La Pocatière
Dans sa diatribe Alerte ! Au woke ! On « censure » Rioux !, Jacques Bérubé proclame haut et fort sa détestation du chroniqueur Christian Rioux et son amour inconditionnel pour Le Devoir sauce woke. Je lui sais gré de me procurer ainsi une occasion en or d’inscrire ma pensée dans une réflexion plus large sur l’identité profonde de son bébé de papier maintenant sevré.
Le brûlot de Jacques Bérubé m’a poussé à relire les deux chroniques que tous les contempteurs de Christian Rioux utilisent comme grenade pour le démolir, même si, du même souffle indigné, l’auteur avoue candidement et péremptoirement ne l’avoir lu qu’« occasionnellement, peut-être pour [s]’en écœurer davantage ». J’étais donc curieux de découvrir par moi-même ce que ces chroniques avaient de si écœurant. La première s’intéresse à la définition du terme « génocide » pour voir s’il s’applique au cas des exactions commises par Israël à Gaza (72 549 Palestiniens tués) depuis les attentats du Hamas le 7 octobre 2023 (1 200 Juifs tués). La seconde porte sur l’arrestation de Nicolas Sarkozy à la suite d’un procès nébuleux et bâclé, que Rioux utilise surtout pour dénoncer le gouvernement des juges qui, des deux côtés de l’Atlantique, multiplie de plus en plus les entraves envers le pouvoir des élus. Si on ne me reproche que deux chroniques d’une telle eau quand je laisserai tomber la plume pour le plumard, le jour où la bien-pensance woke m’aura « cancellé » à mort, je serai déçu… Quoi! Prendre ma retraite avec seulement deux misérables chroniques à mon actif ayant provoqué de l’urticaire souvent à droite ou à gauche ? Je n’aurais été qu’un bien piètre pugiliste dans le ring des idées.
Les moutons gris
Jacques Bérubé pose des questions de grande importance, en filigrane de son pamphlet, pour comprendre ce qui fonde la singularité des collaborateurs du Mouton dans notre petit paysage médiatique, à savoir : comment se définit un véritable « mouton noir » ? Comment le distinguer parmi le troupeau bêlant ? Et, par extension, à partir de quelle conviction idéologique précise sort-on délavé à l’eau de javel, plus blanc que blanc ? Ou encore, quel tamis idéologique permet de séparer avec certitude le bon grain de l’ivraie, les collaborateurs fréquentables des infréquentables ?
Jacques Bérubé, pour sa part, semble avoir tracé une ligne rouge d’une extrême netteté : vous n’êtes plus un mouton « noir » dès que vous critiquez le néoprogressisme woke issu des universités états-uniennes de gauche né des tensions raciales et identitaires réelles propres au terreau de ce pays, ce mouvement vertueux autoétiqueté woke, c’est-à-dire « éveillé aux injustices de tous ordres. » Si j’ai bien compris son propos, Jacques Bérubé vient de décréter interdites à la fois l’utilisation du mot et la critique du mouvement, sauf pour l’encenser ; toute critique à son égard vous fait basculer illico dans le camp des frileux moutons blancs comme neige.
Mon cher Jacques, sachez que si je peux être très radical dans plusieurs de mes propos quand un rebond de l’actualité me pique à vif, je revendique haut et fort, sur plusieurs questions, le droit d’être un mouton gris pâle ou gris foncé. Si l’aiguille de mes chroniques penche le plus souvent à gauche, je ne m’empêche pas de flirter avec le centre droit. Que cela plaise au non, coûte que coûte, j’essaie de rester autant que possible nuancé. Parfois noir comme dans la tanière du loup, mais souvent gris pâle ou gris foncé. Si les moutons fâchés noirs s’en scandalisent, qu’ils blâment leurs propres œillères.
À 18 ans, un mouton noir, pour moi, ne pouvait que s’opposer à tout discours de droite, un social-démocrate en lutte contre les capitalistes, doublé d’un anticolonialiste militant. Je lisais de sulfureux pamphlets comme Nègres blancs d’Amérique, de Pierre Vallières, penseur du FLQ, avec la même passion que Le portrait du colonisateur suivi du Portrait du colonisé, d’Albert Memmi ou Les damnés de la terre de Franz Fanon. J’y reconnaissais ma condition, notre condition, en copie carbone. Je comprenais que le destin individuel était intimement lié au destin collectif, et nos tergiversations nationales, le reflet de nos tergiversations individuelles. Aujourd’hui, le wokisme scande ad nauseam que tout ça est suranné, dépassé. Et gratifie de l’étiquette « raciste » quiconque défend le destin collectif.
La suite de ce palpitant récit dans le prochain numéro.
De toute évidence les mobilisations citoyennes exemplaires à Pohénégamook comme aux Trois-Pistoles auront porté leurs fruits. Le projet du CISSS du Bas-Saint-Laurent de fermer les deux urgences les soirs et la fin de semaine a été mis sur la voie de garage pour l’instant. Bien lire ici qu’il s’agit de la fin d’une bataille, mais pas celle d’une véritable guerre pour défendre nos soins de proximité en périphérie.
Fallait voir l’air patibulaire du directeur général qui devait pour une 3e fois c
De toute évidence les mobilisations citoyennes exemplaires à Pohénégamook comme aux Trois-Pistoles auront porté leurs fruits. Le projet du CISSS du Bas-Saint-Laurent de fermer les deux urgences les soirs et la fin de semaine a été mis sur la voie de garage pour l’instant. Bien lire ici qu’il s’agit de la fin d’une bataille, mais pas celle d’une véritable guerre pour défendre nos soins de proximité en périphérie.
Fallait voir l’air patibulaire du directeur général qui devait pour une 3e fois changer son discours de bord en bord devant des médias médusés. Après avoir raconté des peurs imaginaires sur des bris de services pour tenter de justifier les compressions budgétaires, après avoir affirmé que ce n’était pas des coupes, mais des réaménagements justifiés par l’impossibilité de maintenir le statu quo, le doc Carvalho a finalement trouvé ce même statu quo comme solution à la crise qu’il a lui-même causée.
Je vois très mal comment le docteur Carvalho peut rester encore plus longtemps à la tête du CISSS du Bas-Saint-Laurent. D’aucuns diraient qu’il est brûlé. Il va nous falloir du sang neuf, de la crédibilité et surtout de l’engagement. Les comités citoyens lui tendent des perches à la suite de son appel à la mobilisation, mais leurs demandes restent hélas lettres mortes.
Il faut aussi saluer la mobilisation qui se lève du côté du Kamouraska et de Mont-Joli, toujours sur les enjeux de soins de proximité. Les régions périphériques ont été laissées de côté par la centralisation de l’administration de la santé et par la quasi-privatisation de sa gestion. Il ne faudrait pas laisser les politiciens menacer ainsi nos soins de santé les plus précieux, incapables de défendre nos intérêts dans cette machine centralisée loin des soins et des soignants.
Les régions périphériques ne peuvent plus être à la remorque des partis politiques, des promesses de politiciens et de leur incapacité maintes fois démontrée à nous représenter dans l’exercice décisionnel à Québec comme à Ottawa.
Il faut établir une liste de revendications claires et atteignables sur les enjeux qui nous concernent comme nos soins de santé et nos infrastructures publiques. Il faut que les communautés territoriales entrent en négociation avec l’État centralisé pour s’assurer que les intérêts des populations soient entendus et respectés partout sur le territoire du Québec.
Yes we scan!
Les soins de santé en milieu périphérique ou rural revêtent leurs particularités propres et on semble en faire abstraction dans les cercles de décideurs.
Cela mérite d’être réfléchi sous des lunettes diverses : scientifiques, communautaires et citoyennes, et j’ai justement eu la chance d’assister à la représentation d’Urgences rurales 360 qui propose une réflexion documentaire sous forme de médiation culturelle qui intègre les arts du cirque. On a confié l’aspect artistique de cette démarche, qu’on pourrait qualifier de recherche-action, à la troupe Les 7 doigts de la main appuyée de l’École nationale de cirque.
Le chercheur et médecin d’urgence originaire de Charlevoix, Richard Fleet, est le maestro derrière cette démarche. Les représentations accompagnées de discussions sont offertes dans toutes les communautés en périphérie des grands centres. Le 3 avril dernier, nous étions une trentaine de citoyens des Basques en délégation à bord d’un autobus jaune pour nous rendre à la représentation au Théâtre du Bic.
La démarche, en plus d’offrir un état des lieux de la situation de nos urgences rurales, fait émerger des pistes de solutions pour changer concrètement les choses, ce qui implique entre autres la participation citoyenne et la décentralisation des lieux décisionnels.
Pour améliorer un bilan selon lequel une personne qui habite en ruralité a trois fois plus de chance de mourir de sa condition qu’une personne en milieu urbain, les menaces de fermeture des urgences de Pohénégamook et de Trois-Pistoles apparaissent encore plus anachroniques et déconnectées des besoins de la population.
Au lieu de ces menaces, j’aimerais voir le docteur Carvalho expliquer comment nous pouvons ajouter du matériel de diagnostic comme des scans pour appuyer le travail dans nos urgences en région et pour sauver plus de vies. Yes we scan!
Quel héritage François Legault laisse-t-il au Québec ? En termes d’interventionnisme économique, il suit une longue tradition québécoise. En effet le gouvernement de la Coalition avenir Québec s’est engagé dans plusieurs projets de développement économique. Voulant amener l’industrie des batteries au Québec, la CAQ souhaite incarner le parti de l’économie à l’Assemblée nationale.
Rappelons les faits : en 2023, 11 milliards de dollars de projet sont annoncés par le gouvernement Legault. De ces
Quel héritage François Legault laisse-t-il au Québec ? En termes d’interventionnisme économique, il suit une longue tradition québécoise. En effet le gouvernement de la Coalition avenir Québec s’est engagé dans plusieurs projets de développement économique. Voulant amener l’industrie des batteries au Québec, la CAQ souhaite incarner le parti de l’économie à l’Assemblée nationale.
Rappelons les faits : en 2023, 11 milliards de dollars de projet sont annoncés par le gouvernement Legault. De ces 11 milliards, 46 % viendraient des différents paliers de gouvernement1. Le gouvernement fait le pari que ces investissements amèneront une nouvelle industrie au Québec.
Nous pouvons nous questionner sur la définition de l’économie selon nos élites politiques. En effet, nous assistons plutôt à une succession de gouvernements qui se plient aux volontés des différentes chambres de commerce, du Forum mondial et de l’élite économique. En analysant le plan de la CAQ, nous pouvons soulever trois failles importantes.
En premier lieu, l’ingérence du gouvernement du Québec dans le libre marché a un effet pervers sur le développement économique et les PME. En choisissant quelles compagnies bénéficieront des subventions, des crédits d’impôt et de l’énergie au rabais, on contourne un des mécanismes les plus puissants de notre économie de marché : la compétition. Comme pour toute compétition, les mêmes règles doivent s’appliquer à tous. Or, nous assistons plutôt à un gouvernement qui dirige l’économie.
En deuxième lieu, le fait de subventionner les multinationales a comme effet d’établir de la concurrence déloyale dans le marché de l’emploi. En subventionnant cette nouvelle industrie, le gouvernement s’attaque par le fait même aux autres entreprises ayant la même catégorie d’employés. Elles devront faire compétition avec ces nouveaux géants pour attirer et retenir la main-d’œuvre. Les nouveaux venus bénéficient de subventions auxquelles leur compétiteur n’a pas droit. Cela aura comme effet d’augmenter artificiellement les salaires et les conditions des travailleurs et d’accentuer l’inflation.
François Legault argumente que c’est le coût de la création de richesse. Or, la vraie création de richesse se fait par des gens ordinaires qui mettent toutes leurs économies sur la table et qui prennent des risques en se lançant en affaires. Les entrepreneurs locaux québécois, qui sont les plus taxés de l’Amérique du Nord, subventionnent indirectement les nouveaux venus. Il se retrouve donc dans la fâcheuse situation de subventionner leur compétiteur! Quel cauchemar kafkaïen!
En troisième lieu, il est pertinent de se questionner sur le type d’entreprise que nous attirons. À première vue, nous sommes portés à croire que l’industrie de la batterie est une industrie de haute pointe. Cependant, une analyse nous mène à des conclusions différentes. En effet, 80 % du coût manufacturier d’une batterie réside dans la recherche et le développement4. Cependant, cette étape du processus se fait hors Québec, parce que nous sommes les manufacturiers et non les concepteurs.
Avec la présence d’universités de premier plan et une ingéniosité pouvant rivaliser avec celle de n’importe quel peuple, le Québec peut aspirer à développer des technologies de pointe. En faisant venir des entreprises d’ailleurs, toute l’ingénierie, les choix stratégiques ainsi que la propriété intellectuelle seront hors de nos frontières. On peut se demander si les grands centres d’innovation mondiaux auraient décidé de faire les mêmes choix économiques que notre administration.
Enfin, pouvons-nous vraiment dire que l’ère Legault aura été celle du développement économique?
(Avertissement : Je fais partie du Comité pour le bulletin le plus long.)
À l’approche du 160e anniversaire de la Confédération canadienne (2027) et alors que le gouvernement libéral vient tout juste d’obtenir une majorité parlementaire lors de trois élections partielles (plafond de dépense : 100 000 $ par circonscription), j’ai eu l’idée de nous offrir un petit rappel historique du fonctionnement du parlement canadien à une époque pas si lointaine…
Au fil de mes années d’implication polit
(Avertissement : Je fais partie du Comité pour le bulletin le plus long.)
À l’approche du 160e anniversaire de la Confédération canadienne (2027) et alors que le gouvernement libéral vient tout juste d’obtenir une majorité parlementaire lors de trois élections partielles (plafond de dépense : 100 000 $ par circonscription), j’ai eu l’idée de nous offrir un petit rappel historique du fonctionnement du parlement canadien à une époque pas si lointaine…
Au fil de mes années d’implication politique, j’ai eu l’occasion de rencontrer des centaines de candidates et de candidats, de nombreux députés, parfois des ministres, j’ai pris une bière avec Jack Layton et j’ai même serré la main de Stephen Harper. (Un peu de name dropping ne fera pas de tort à ce journal d’extrême gauche!) Une anecdote m’a particulièrement marqué : un ancien député du NPD, dont j’oublie le nom, critique de la justice pendant le gouvernement de Trudeau Ier, racontait avoir reçu, un soir vers minuit, un appel du ministre de la Justice, qui lui avait dit : « Je vais présenter une pièce législative demain au Parlement. Viens à la maison, j’aimerais te la présenter. » Une rencontre avait alors eu lieu à la résidence du ministre libéral, en présence des députés conservateur et néo-démocrate, tous deux critiques de la justice dans leur cabinet fantôme.
Voilà un bel exemple de l’esprit de collaboration qui régnait autrefois au Parlement canadien. Une tradition où les partis d’opposition et le parti au pouvoir travaillaient ensemble pour servir l’intérêt public. Et on parlait déjà de réformer le mode de scrutin, qui était désuet à l’époque! Les politiciens élus étaient là pour participer activement à la vie démocratique, dans un esprit de collaboration populaire.
Vous ne verrez jamais ça aujourd’hui.
Le feuilleton est gardé secret jusqu’à la dernière minute.
Encore mieux, on fait couler des éléments d’un projet de loi directement dans les médias : les pires passages, les morceaux les plus extrêmes, afin de faire vivre une émotion forte à la population. Et lorsque le projet est déposé en chambre : « Miracle! On a enlevé ces éléments de la loi! » Et le tout a l’air beaucoup plus acceptable!
Les partis politiques sont polarisés et polarisants. Tout est fait pour discréditer l’adversaire politique, parfois même sur des bases aussi futiles que l’apparence plutôt que les idées. On voit le chef conservateur monter au front pour insulter ses opposants, et les libéraux ne sont pas en reste. Prenons l’exemple actuel : le premier ministre Mark Carney, quelques heures après avoir obtenu une majorité, annonce qu’il va « accélérer le pas »sur différents chantiers. Ce que je comprends, c’est qu’il compte profiter de cette majorité – obtenue en partie grâce à cinq députés conservateurs transfuges – pour imposer ses projets aux Canadiens sans véritable consultation de l’opposition.
Pourtant, depuis 2019, nous sommes en situation de gouvernement minoritaire, une configuration qui était censée favoriser la collaboration entre les partis. Or, même dans ce contexte, l’opposition n’a que très peu été consultée. Et maintenant, on nous annonce que ça va être encore pire.
Il y a aussi la question de la distorsion électorale. Le Parti vert, par exemple, est passé de 6,5 % d’appui en 2019 à 2,3 % en 2021, puis à 1,2 % en 2025. Oui, on peut dire que la performance des chefs et les luttes internes sont en partie en cause, mais le mode de scrutin est certainement très présent dans ces résultats : on avait tellement peur que Poilievre devienne premier ministre en 2025 qu’on a tout misé sur les libéraux. Et aujourd’hui, on se fait servir quoi? Une soupe aux libéraux majoritaires, une concentration du pouvoir exécutif monolithique. Une situation que personne ne voulait réellement avoir. Et les libéraux vont bien sûr scander : « Les Canadiens et les Canadiennes voulaient […] ». My 2 cents1, yo!
Et pendant ce temps, que font les médias? La Presse et une ancienne députée bloquiste continuent de taper le clou sur le Comité du bulletin de vote le plus long parce que nous présentons une quarantaine de candidats et de candidates dans l’élection partielle de Terrebonne. Le mode de scrutin aurait dû être changé il y a 50 ans, on nous accuse d’avoir ralenti le processus électoral – alors qu’en réalité nous avons retardé les résultats électoraux de 45 minutes par rapport aux élections ayant eu lieu le même soir – et cerise sur le gâteau : le citoyen moyen va se tromper en aller voter2! Les chroniqueurs prennent la population pour des épais, les ministres modifient la loi électorale pour empêcher les longs bulletins de vote (mais ne changent pas le mode de scrutin), et les partis politiques se font rembourser 50 % de leurs dépenses de campagne : pourquoi est-ce que le gouvernement n’envoie pas le chèque directement à Facebook?
1. Arrondi à la caisse, ça donne 0 cent! #free #gratuit 2. Non seulement les résultats sont très proches de ce qui était attendu, mais l’analyse des résultats de huit élections « long bulletin de vote » permet de découvrir que le nombre de votes annulés est largement inférieur à ce qui a lieu dans les autres circonscriptions. C’est donc dire que ceux qui allaient annuler leur vote ont plutôt décidé de… voter!
La musique adoucit les morses, la preuve en est qu’un certain phoque en Alaska fait vibrer le cœur et les cordes vocales des Québécois depuis plus de cinquante ans, comme le relate Jean-François Brassard dans une publication qui retrace les péripéties de la saga Beau Dommage. Et pour ne pas quitter trop tôt l’univers des pinnipèdes (vite, le petit Robert), j’ai moi-même interprété récemment une sympathique composition signée Plume-Landru intitulée Le loup fuck? Fuck le loup! C’était à l’occasio
La musique adoucit les morses, la preuve en est qu’un certain phoque en Alaska fait vibrer le cœur et les cordes vocales des Québécois depuis plus de cinquante ans, comme le relate Jean-François Brassard dans une publication qui retrace les péripéties de la saga Beau Dommage. Et pour ne pas quitter trop tôt l’univers des pinnipèdes (vite, le petit Robert), j’ai moi-même interprété récemment une sympathique composition signée Plume-Landru intitulée Le loup fuck? Fuck le loup! C’était à l’occasion d’un cabaret « déjanté » en hommage à notre plumesque camarade présenté dans le cadre du Salon du livre de Québec, Salon où l’on a d’autre part cherché à mettre en parallèle deux entités légèrement incompatibles, soit celle du géant Beaupré et celle de l’ineffable Sainte-Trinité. On aurait pu tirer de cette rencontre un mix assez original : « Crois-moi, crois-moi pas, j’viens d’débarquer d’un drôle de trip, j’pas mal fucké, j’tout mélangé pis j’sais pus trop où m’garrocher, c’est comme ça quand ta blonde t’a lâché… »
Les deux groupes sont nés à quelques années d’intervalle, et après que leurs membres respectifs eurent baigné dans des eaux à la salinité passablement différente : Plume, Pierrot et moi, davantage chats de ruelle, chants de poubelle, tandis que l’autre cohorte frayant plutôt du côté « sunny side of the street », pour puiser dans le catalogue du Great American Songbook. On parvient malgré tout de temps à autre à naviguer sous les mêmes cieux, car même si on peut se lasser de voir pousser palmiers et bananiers, il n’en demeure pas moins que l’hiver est moins rude sur une plage, n’est-il pas? Ceci étant, Ginette a cependant peu à voir avec Bobépine ou avec une certaine Polonaise droguée supposément fréquentée par Plume, lequel aurait semble-t-il choqué un tant soit peu la sensibilité d’un Pierre Huet, travestissant le nom de la formation dont ce dernier était membre en la rebaptisant de la douce appellation de Beau Crémage… Pour notre part, c’est plutôt du glorieux titre de Cellule divertissement dont on nous a affublés pendant la crise d’Octobre.
Bon. Trêve de ragots et de méchanceté. N’ai-je pas amorcé cette chronique en vantant les mérites lénifiants et apaisants de la chanson? Et pour que le baume s’étende judicieusement et avec bonheur, comment ne pas raviver le souvenir de cette mémorable soirée où, dans une superbe maison sise en plein bois en bordure de la rivière Assomption (merci Guylaine), nous avons caressé le répertoire des Beatles pendant des heures et des heures, jusqu’à plus voix, accompagnés par une pléiade de superbes musiciens dont Michel Hinton au clavier et Pierre Bertrand à la basse?
Toujours est-il que nous descendions la rue Saint-Jean ma blonde et moi après avoir quitté le brouhaha du Salon du livre. La soirée était fraîche telle que cette mauvaise fin d’hiver nous en a servi plus que de raison cette année. Place D’Youville, Le Diamant resplendissait de tous ses cristaux, le Palais Montcalm brillait de tous ses feux, le Capitole s’imposait majestueusement, exhibant sa fière et arrogante façade Second Empire. Et tout à coup, montant de ce décor enchanté, au cœur même du berceau de cette Amérique française qu’on nous a volée, à deux pas de la porte Saint-Jean, voilà que nous parvient, véritable souffle d’ange, un joyau polyphonique, les voix magistrales d’un chœur formé d’une douzaine de jeunes filles, assemblées en cercle, debout, sur le trottoir, à quelques pas devant nous et qui chantent. En harmonie. Et en français. Les épithètes en viennent à manquer quand vient le temps d’exprimer la parfaite beauté, quand elle est à ce point saisissante, quand elle vous atteint comme un direct au cœur. La grâce. Sublime. Majestueux. Car elles chantaient juste et bien, ces jeunes filles de Laval, et lorsque, médusés et charmés, seuls spectateurs conviés à ce concert improvisé, nous nous sommes mis à applaudir, elles se sont tournées vers nous pour entonner le refrain de la chanson Je reviens chez nous. J’en suis convaincu, quelle que soit l’oasis où il repose, Jean-Pierre en a certainement frémi jusqu’à la moelle de son âme.
Et rentrant chez nous, justement, j’apprends que Viktor Orban vient de concéder la victoire. Toujours et encore : de la musique à mes oreilles.
Depuis plus de 40 ans au Québec, chaque élection provinciale est le théâtre d’une surenchère politique où tous promettent de régler les problèmes de notre système de santé. À quelques mois du déclenchement des élections provinciales, nous jugeons important d’apporter des précisions sur l’idéologie qui a transformé notre réseau public, la structure qui nous a été proposée et le rôle de la privatisation sur l’accessibilité générale aux soins et aux services.
Une idéologie à questionner
Dans
Depuis plus de 40 ans au Québec, chaque élection provinciale est le théâtre d’une surenchère politique où tous promettent de régler les problèmes de notre système de santé. À quelques mois du déclenchement des élections provinciales, nous jugeons important d’apporter des précisions sur l’idéologie qui a transformé notre réseau public, la structure qui nous a été proposée et le rôle de la privatisation sur l’accessibilité générale aux soins et aux services.
Une idéologie à questionner
Dans les années 1970, notre système de santé faisait l’envie du monde entier. Des sociologues et des gouvernements étrangers envoyaient des missions étudier le modèle québécois pour mieux comprendre comment nous avions pu, en l’espace de quelques années, nous doter d’un des systèmes de santé les plus performants et égalitaires de la planète.
Dès les années 1980, des pratiques associées à la droite économique néolibérale des Reagan et Thatcher se frayaient un chemin jusqu’au sommet de notre appareil de santé et de services sociaux. En pleine crise inflationniste, on cherchait à contenir l’augmentation des coûts, à privatiser certains soins et services et à limiter le pouvoir des travailleurs et des travailleuses. Les principes de cette «nouvelle gestion publique» se traduiront par la transformation du cadre administratif, de la négociation et des structures de notre réseau public. Des transformations qui se font encore sentir aujourd’hui.
Perte démocratique et enlisement bureaucratique
Graduellement depuis le début des années 1990-2000, les instances locales autonomes, démocratiques et orientées vers les besoins de leurs milieux ont cédé le pas à une structure hiérarchique hautement centralisée. En l’espace de vingt ans, nous avons assisté à la disparition de centaines de conseils d’administration locaux, organisés par quartier, ville ou village, et à leur remplacement par de véritables colosses bureaucratiques.
Situé à l’origine à la base d’un appareil décentralisé, le pouvoir décisionnel est désormais concentré au sommet de la structure du réseau. De là-haut, on ne voit malheureusement pas tout ce qui se passe sur le terrain, ce qui provoque un manque important d’agilité au sein de nos établissements de santé. Un manque qu’on associe souvent à tort à la présence syndicale.
Cette inversion du pouvoir engendre également une grave déconnexion : les gestionnaires ne sont pas en contact avec les besoins réels des usagers, des communautés, des travailleuses et des travailleurs sur le terrain. La distance physique, et parfois même culturelle, des milieux où sont offerts les services et des gens qui les donnent prive les gestionnaires d’éléments importants pour comprendre la réalité. Cela les prive également de la nécessaire ouverture aux solutions disponibles localement.
Pour pallier cette distance, le courant de la « nouvelle gestion publique » a imposé le développement d’un lourd appareil de collecte de données statistiques. Ces données, nous dit-on, permettraient de mieux connaître la réalité des opérations en temps réel et d’en améliorer l’efficacité.
Les travailleurs et les travailleuses qui produisent ces données y laissent une part importante de leur temps et même de leur intérêt pour le travail. Perte de temps productif, perte de sens au boulot, baisse de l’attractivité des emplois sont autant de conséquences majeures de ce virage. Compilées en vastes quantités, puis analysées en vases clos, comparées et rapportées en plus haut lieu, ces données quantitatives ont nécessité la création d’une large classe de gestionnaires et d’un lourd appareil de surveillance. Chaque réforme ces vingt dernières années n’a fait qu’alimenter cette inefficace entreprise statistique.
Une surcentralisation à endiguer
Ces dernières années, les centres décisionnels se sont d’abord regroupés par territoire local de services (globalement par territoire de MRC au Bas-Saint-Laurent) avec la création des CSSS, puis ont été centralisés à Rimouski dans la foulée de la réforme Barrette et la création des CISSS et des CIUSSS.
Depuis le déploiement de l’agence Santé Québec, les décisions sont désormais prises ou validées à Québec ou à Montréal, selon des critères établis nationalement. Alors qu’on réfléchissait jadis localement à l’offre de services en fonction des besoins exprimés à petite échelle, on le fait désormais sur des bases nationales. Loin des yeux, loin du cœur, parlez-en aux communautés qui se mobilisent pour le maintien de leurs services de proximité au Bas-Saint-Laurent.
C’est ainsi qu’on mène chaque réforme en santé et en services sociaux au Québec depuis trop longtemps : on établit une nouvelle structure et on cherche ensuite à adapter les soins et les services aux besoins de la machine et non l’inverse.
La privatisation tranquille
Un élément dont on parle très peu lorsqu’il est question de la place du privé en santé, c’est que la province en est la championne au Canada. En effet, plus de 90 % des médecins s’étant retirés du régime public de soins de santé (comme la RAMQ pour le Québec) se trouvent dans la Belle Province. Et cela ne concerne pas que les médecins. On le voit de plus en plus dans les soins spécialisés, l’hébergement, les prélèvements, les services de diagnostic, les soins de santé mentale, les chirurgies mineures, les services de réadaptation physique et même dans les services sociaux. Combien d’entre nous se font diriger vers le privé à la suite d’un diagnostic sous prétexte que les listes d’attente au public sont trop longues?
Et si le privé était au moins partiellement responsable des enjeux rencontrés dans le secteur public? C’est du moins la position de plusieurs acteurs des milieux sociaux, syndicaux et professionnels, dont le Collège des médecins du Québec1.
En plus du coût excessif, le nœud du problème avec le privé en santé, c’est qu’il n’est pas guidé par un impératif d’accessibilité universelle. Sa mission prioritaire étant le profit, il se concentre sur les activités les plus lucratives et les plus simples à exploiter. Facile d’être efficace quand on se concentre sur ce qui rapporte gros.
En ciblant les opérations les plus rentables, le secteur privé s’installe d’abord là où il a la plus forte clientèle potentielle. Et cela signifie généralement que le privé déploie d’abord ses tentacules dans les grands centres urbains et les banlieues, où l’on retrouve une plus forte densité de population, mais également une population qui a des revenus parmi les plus élevés. Avec la rapide progression du secteur privé en santé au Québec, l’accessibilité générale aux soins de santé et aux services sociaux est en voie de devenir différenciée, selon que l’on demeure en ville ou en région rurale, ce qui devrait grandement nous inquiéter.
La présence de plus en plus grande du privé au Québec doit également être perçue comme une menace sérieuse pour la continuité des soins dans le réseau public. En plein cœur d’une pénurie historique de main-d’œuvre, le privé nuit directement à l’organisation des soins dans le secteur public, en y recrutant massivement techniciens, professionnels et médecins. La présence des agences de placement de personnel en est un exemple éloquent. À terme, le drainage des ressources du public vers le privé accentuera les disparités entre les soins et les services offerts dans ces réseaux et portera atteinte à l’accessibilité universelle aux soins et aux services publics.
Regarder en avant
À l’aube du déclenchement de la prochaine élection provinciale, il est temps d’exiger mieux que la création d’une nouvelle superstructure pour notre réseau public. La santé et les services sociaux devront être au cœur de la prochaine campagne électorale, et des propositions pour démocratiser et humaniser tant la dispensation des soins et des services que les conditions de travail devront faire partie de la solution. Et si nous retournions à l’essence de ce qui a jadis fait le succès de notre modèle québécois? Un réseau décentralisé, démocratique, agile et prioritairement axé sur les besoins des populations locales, qui sont après tout les expertes de leurs propres besoins.
1. Collège des médecins du Québec, Place du privé en santé : des faits et des chiffres pour y voir plus clair, 2025, https://www.cmq.org/fr/informer-sante/infocmq/pratique-medicale/place-prive-sante
La guerre en Iran, telle qu’elle se déroule aujourd’hui, n’est pas seulement un affrontement militaire de plus dans une région déjà fragile : elle est le symptôme d’un échec politique profond, collectif et répété. Derrière les frappes, les représailles et les discours martiaux, se cache une réalité plus dérangeante : cette guerre n’aurait jamais dû avoir lieu, et rien ne justifie qu’elle se prolonge.
Depuis le début du conflit, les événements s’enchaînent avec une logique implacable d’escalad
La guerre en Iran, telle qu’elle se déroule aujourd’hui, n’est pas seulement un affrontement militaire de plus dans une région déjà fragile : elle est le symptôme d’un échec politique profond, collectif et répété. Derrière les frappes, les représailles et les discours martiaux, se cache une réalité plus dérangeante : cette guerre n’aurait jamais dû avoir lieu, et rien ne justifie qu’elle se prolonge.
Depuis le début du conflit, les événements s’enchaînent avec une logique implacable d’escalade. Des frappes israélo-américaines ont visé des infrastructures stratégiques iraniennes, notamment des sites liés au nucléaire. En réponse, l’Iran a multiplié les attaques contre des intérêts régionaux, allant jusqu’à menacer le trafic pétrolier mondial en perturbant le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part essentielle de l’énergie mondiale. Ce cycle de représailles illustre une constante tragique : chaque camp prétend se défendre, mais tous contribuent à aggraver la situation.
Le problème fondamental réside dans l’illusion stratégique. Cette guerre était censée être rapide, ciblée, maîtrisée. Or, comme tant d’autres conflits avant elle, elle s’enlise. Aux États-Unis mêmes, des responsables reconnaissent que la durée et le coût de l’intervention dépassent largement les prévisions initiales. L’histoire récente aurait pourtant dû servir de leçon : les guerres modernes, surtout au Moyen-Orient, échappent presque toujours aux plans initiaux et produisent des conséquences imprévisibles.
Mais au-delà des erreurs de calcul, c’est la logique même de la guerre qui doit être interrogée. Que cherche-t-on réellement ? La sécurité ? La stabilité ? La fin du programme nucléaire iranien ? Rien, dans les faits observables, ne permet d’affirmer que ces objectifs se rapprochent. Au contraire, la guerre renforce les postures les plus dures de chaque côté. À Téhéran, le pouvoir se raidit et refuse les négociations. À Washington et chez ses alliés, la pression militaire s’intensifie, nourrissant un engrenage dont personne ne semble capable de sortir.
Les premières victimes de cette impasse ne sont ni les dirigeants ni les stratèges, mais les populations civiles. Bombardements, destructions d’infrastructures, isolement économique : la guerre impose un coût humain considérable, souvent invisibilisé derrière les discours géopolitiques. À cela s’ajoute une autre conséquence majeure : l’instabilité globale. Le conflit a déjà des répercussions économiques importantes, notamment sur les prix de l’énergie et l’inflation mondiale. Une guerre locale devient ainsi un problème planétaire.
Il faut également dénoncer une forme d’hypocrisie internationale. Chaque acteur invoque le droit, la sécurité ou la paix pour justifier ses actions, mais ces principes semblent à géométrie variable. Les mêmes puissances qui appellent à la désescalade participent, directement ou indirectement, à la militarisation du conflit. Cette contradiction affaiblit toute crédibilité diplomatique et entretient un climat de méfiance généralisée.
Plus inquiétant encore, cette guerre semble avancer sans véritable vision politique de sortie. Une fragile trêve a été évoquée, mais elle reste précaire et suspendue à des calculs stratégiques de court terme. Or, une guerre sans perspective de paix claire devient une guerre sans fin. Et une guerre sans fin est, par définition, une faillite politique.
Critiquer la guerre en Iran, ce n’est pas prendre parti pour un camp contre un autre. C’est refuser la logique binaire qui réduit des enjeux complexes à des affrontements simplistes. C’est rappeler que la sécurité ne peut être durablement construite par la force seule. C’est exiger que la diplomatie reprenne sa place, non pas comme un aveu de faiblesse, mais comme une nécessité.
Car au fond, la question essentielle est la suivante : combien de destructions faudra-t-il encore avant de reconnaître l’évidence ? Cette guerre n’apporte ni paix, ni stabilité, ni solution durable. Elle ne fait que déplacer les problèmes, les amplifier et préparer les conflits de demain.
L’histoire jugera sévèrement ceux qui auront préféré la confrontation à la négociation, l’orgueil à la lucidité. Mais il est encore temps de changer de cap. Refuser la guerre en Iran, c’est affirmer une conviction simple, mais essentielle : aucune victoire militaire ne compensera jamais le prix humain et moral d’un tel conflit.
Être descendants de colonisateurs colonisés à leur tour, ce n’est pas l’héritage identitaire le plus simple. Quelques siècles après les faits, la population du Québec est plus nombreuse et plus diversifiée que jamais, sa terre n’ayant cessé d’être un lieu d’accueil. Et on se demande maintenant s’il y a de la place pour tout ce beau monde, pour leurs us et coutumes si différents de ceux importés jadis avec fierté (et condescendance) depuis la vieille Europe.
Tout d’un coup, ça nous prend de dé
Être descendants de colonisateurs colonisés à leur tour, ce n’est pas l’héritage identitaire le plus simple. Quelques siècles après les faits, la population du Québec est plus nombreuse et plus diversifiée que jamais, sa terre n’ayant cessé d’être un lieu d’accueil. Et on se demande maintenant s’il y a de la place pour tout ce beau monde, pour leurs us et coutumes si différents de ceux importés jadis avec fierté (et condescendance) depuis la vieille Europe.
Tout d’un coup, ça nous prend de définir « l’identité québécoise » au-delà de la définition géographique ou nationale. Ça nous prend d’affirmer comment « on vit1 » au Québec.
Un des mots d’ordre, c’est la laïcité. La laïcité, on le sait, c’est le « principe de séparation de la société civile et de la société religieuse2 ». La séparation signifie l’absence de lien entre l’État et l’Église et donc, une « neutralité à l’égard des confessions religieuses3 ». En d’autres mots : l’État laïque n’est lié à aucune Église et n’est ni pour ni contre les religions, quelles qu’elles soient.
Quand les Européens sont venus coloniser les Amériques, ils se sont fait un devoir d’imposer leur religion et d’interdire celles des Autochtones. À l’époque, le mot laïcité existait peut-être, mais n’était certainement pas vu comme une vertu à atteindre.
Si la Révolution tranquille a été relativement tranquille, elle n’en a pas moins signifié un rejet assez radical de l’omnipotence catholique. Quelques bonnes décennies plus tard, le gouvernement cherche d’un côté à officialiser ce rejet et de l’autre à protéger l’héritage catholique face aux religions de nos concitoyens d’autres traditions. Dans ce double mouvement, l’État entre en conflit avec ses propres valeurs et préfère souvent trancher contre la laïcité et pour la protection de l’héritage catholique.
On l’a vu avec le fameux crucifix de l’Assemblée nationale, finalement exposé à proximité. D’autres crucifix continuent d’orner en toute légalité mairies, écoles et autres bâtiments publics supposément laïques. On ne compte pas au Québec les écoles Christ-Roi, Immaculée-Conception, Notre-Dame-de-Ceci-ou-de-Cela sans que cela ne heurte les visées laïques de nos dirigeants. Mais qu’une femme à l’intérieur d’une telle école se couvre les cheveux, ça oui, ça heurte la sacro-sainte laïcité. Je le répète : la laïcité, c’est la neutralité de l’État à l’égard des confessions religieuses.
Petite anecdote personnelle : dans ma jeunesse, nous avons eu dans notre école un enseignant disciple de Bhagwan, tout habillé en rouge comme l’exigeait sa secte et portant autour du cou un médaillon avec la photo du gourou. Assez ostentatoire comme signe religieux! Cet homme était un excellent professeur avec qui nous avons eu des discussions très enrichissantes. Aucun élève de l’école n’est devenu disciple de Bhagwan à sa suite. Son passage dans nos vies nous a plutôt permis de nous ouvrir sur la diversité des croyances et de comprendre qu’une personne peut être brillante, très bonne pédagogue et pourtant, pour des raisons qui lui appartiennent, vouer une partie de sa vie personnelle à un gourou détraqué. Belle leçon d’humilité!
Peut-être que ce genre de leçon manquait à notre ancien premier ministre quand il a eu le malheur de regarder par la fenêtre juste au moment où des gens priaient à genoux dans la rue et que lui est venue l’idée d’une loi interdisant ces gestes incompréhensibles venus perturber sa sérénité. Les processions du Vendredi saint ou de la sainte Anne, elles, ne semblent pas empêcher notre premier ministre de dormir : elles peuvent se poursuivre impunément dans l’espace public.
Interdire certaines cérémonies et pas d’autres, veut, veut pas, ça a des relents d’histoire qu’on cherche pourtant à oublier. À une autre époque, pas si différente finalement, on interdisait des cérémonies autochtones sous prétexte qu’elles « nuisaient à l’assimilation ». Ainsi, les potlatchs ont été interdits jusqu’en 19514. Même chose pour certains vêtements et accessoires de cérémonie. Par incompréhension devant l’étrangeté, par sentiment de menace devant l’inconnu, on a édicté des lois pour bien montrer qu’ici, « c’est comme ça qu’on vit ». Au Québec, on l’a fait avec ceux qui étaient ici avant nous, on le fait maintenant avec ceux qui arrivent après nous. Et on ose appeler ça laïque.
1. François Legault a affirmé le 31 mars 2019 lors du dépôt du projet de loi 21 sur la laïcité de l’État : « Au Québec, c’est comme ça qu’on vit ».
2.Le Robert, Dico en ligne, « Laïcité », https://dictionnaire.lerobert.com/definition/laicite
1- Je soutiens que la philosophie moderne est, d’un point de vue épistémologique, partiellement augustinienne. Depuis Descartes, elle accorde en effet une place centrale à l’intériorité du sujet: certitude du cogito, primauté du sujet transcendantal, évidence première de l’entendement, bref un ensemble d’éléments qui résonnent avec certains thèmes augustiniens. Toutefois, la philosophie moderne ne s’y réduit pas, car elle développe parallèlement une approche critique et systématique de la conna
1- Je soutiens que la philosophie moderne est, d’un point de vue épistémologique, partiellement augustinienne. Depuis Descartes, elle accorde en effet une place centrale à l’intériorité du sujet: certitude du cogito, primauté du sujet transcendantal, évidence première de l’entendement, bref un ensemble d’éléments qui résonnent avec certains thèmes augustiniens. Toutefois, la philosophie moderne ne s’y réduit pas, car elle développe parallèlement une approche critique et systématique de la connaissance qui lui est propre.
2- Sur le plan méthodologique, la philosophie moderne tend vers un idéal mathématique. Elle cherche à se fonder sur des principes universels et nécessaires : clarté et distinction des idées chez Descartes, méthode axiomatique et déductive chez Spinoza, formes a priori chez Kant. Une telle orientation répond à une exigence de rigueur inspirée des mathématiques et contribue à structurer l’élaboration de la “raison philosophique moderne”.
3-On pourrait toutefois m’opposer l’objection suivante : où situer l’empirisme humien dans ce cadre d’analyse ? Mon propos n’exclut nullement David Hume. Certes, le philosophe écossais critique la philosophie abstraite d’inspiration chrétienne et le modèle more geometrico, mais il ne les rejette pas entièrement ; il en propose plutôt une transformation. En articulant les « relations d’idées » à ses « questions de fait », il confère à la raison une assise empirique et concrète. Ainsi, chez Hume, l’héritage rationaliste auquel l’augustinisme et l’idéal mathématique ont contribué, se trouve rééquilibré par l’expérience. Il s’inscrit donc, à sa manière, dans la dynamique générale de la modernité philosophique, tout en redéfinissant les contours.
4- En définitive, la philosophie chrétienne, notamment augustinienne, et l’essor des mathématiques à l’époque moderne ont contribué, selon moi, à l’émergence de la philosophie moderne. Non pas comme ses uniques fondements, mais comme deux des forces intellectuelles majeures ayant orienté son « développement épistémologique et méthodologique. »