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Donner une nouvelle vie au site du Stade du Centenaire

L’optométriste Pascal Soucy, qui vient de se porter acquéreur du terrain de l’ancien Stade du Centenaire de Mont-Joli, souhaite mettre à contribution sa solide expertise dans le développement des affaires pour réaliser la construction de l’immeuble résidentiel et commercial de cinq étages, comprenant au moins 48 logements locatifs, annoncé le 16 septembre dernier.

« J’ai une clinique à Mont-Joli depuis plusieurs années. J’ai acheté des parts en 2000 et c’est à ce moment que j’ai commencé à investir. J’ai ensuite acquis une clinique de chirurgie au laser à Rimouski en 2018 dans le but de faire une transition, tant au niveau du personnel et des professionnels, que de l’emplacement », raconte l’homme d’affaires.

Il souhaitait procéder une transition entre le Dr Raymond Simard et des ophtalmologistes qui allaient être repreneurs éventuellement. Gestion Pascal Soucy sert surtout pour la pratique professionnelle de son propriétaire.

« La transition vient de se terminer cet été. J’ai vendu mon dernier bloc d’actions à un 3e ophtalmologiste. Je suis maintenant professionnel au sein de l’équipe, mais je ne suis plus actionnaire au sein de Laser Pro Vue. Je possède quatre autres cliniques dans l’Est-du-Québec qui ont aussi une portion immobilière. J’ai aussi participé à la mise en place de Pôle santé Rimouski dans lequel je ne suis plus associé directement. J’ai fait une transition en même temps que celle de Laser Pro Vue », précise-t-il.

Diversification vers l’immobilier

Pascal Soucy voit l’immobilier comme une diversification de son entreprise.

« Je suis un gars de projet. Ça fait longtemps que je regarde pour un terrain pour déménager ma clinique de Mont-Joli parce que nous manquons d’espace pour avoir plus de salles d’examen, agrandir la salle de montre et accueillir d’autres optométristes. Ça fait au moins 7-8 ans que je regarde pour une option pour déménager. Ce terrain et celui d’en face ont déjà fait partie de discussions avec divers partenaires pour monter un projet parce que faire une clinique de 5 000 pieds carrés sur un terrain de 100 000 pieds carrés, ça ne fait pas de sens. Il fallait joindre le projet à autre chose », affirme-t-il.

C’est une rencontre avec le président de Constructions JCB, Alexandre Boucher, qui a permis de concrétiser le projet dévoilé d’un immeuble de cinq étages comportant un minimum de 48 logements locatifs de type 3 ½ et 4 ½, ainsi que des espaces de stationnement.

Une composante commerciale est également envisagée au rez-de-chaussée.

Le docteur Pascal Soucy (Photo Le Soir.ca- archives)

« Nous avons commencé à sonder des entrepreneurs pour l’espace commercial au rez-de-chaussée. À Mont-Joli, il y a un manque de logements. Mes patients m’en parlent. Certains doivent déménager à Rimouski lorsque vient le temps de vendre leur maison par manque de logement dans La Mitis. Avec l’arrivée de potentielles nouvelles entreprises dans le parc industriel, il y aura probablement de nouvelles familles. On fait une étude de marché et une étude de faisabilité. »

Maintenant que la promesse d’achat est signée avec la Ville de Mont-Joli pour le terrain, quelle est la suite?

« Les forages pour les tests de sol auront lieu bientôt. On prévoit faire 10 forages pour étudier le sol. Avant de mettre un bâtiment de cette ampleur sur un terrain, il faut savoir ce qu’il y a en dessous », indique monsieur Soucy, qui vise une livraison du bâtiment pour 2029.

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Produits canadiens interdits : la Distillerie Mitis touchée indirectement

Même si l’entreprise n’exporte pas aux États-Unis, les dirigeants de la Distillerie Mitis s’attendent d’être touchés de manière indirecte, puisque les prix des boissons alcoolisées pourraient baisser au Canada si certains produits deviennent en offre excédentaire.

Rappelons que depuis minuit le 29 septembre, les boissons alcoolisées canadiennes ne peuvent plus être exportées aux États-Unis. Il s’agit d’une mesure commerciale mise en place par le président Donald Trump pour répondre à la guerre commerciale imposée au Canada.

Cette mesure touche notamment la bière, le vin, le cidre et les spiritueux. Ces produits étaient déjà visés par une taxe de 50% avant d’être carrément interdits cette semaine.

Préférence pour l’Europe

« De notre côté, cela ne nous touche pas beaucoup, car nous n’exportons pas aux États-Unis. Nous avons toujours préféré viser l’Europe depuis le début de la Distillerie Mitis. La seule chose que nous monitorons est le prix qui pourrait baisser au Canada si certains produits deviennent en offre excédentaire », commente le copropriétaire de la Distillerie Mitis, Yan Lévesque.

La Distillerie Mitis, située dans le carrefour giratoire à Mont-Joli. (Photo courtoisie)

D’autres brasseurs et distillateurs québécois ont fait part de leur intention de se tourner vers le marché européen.

La Distillerie Mitis propose des rhums et acerums produits sur place et vieillis en barils à Mont-Joli.

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Guy Caron mènera une délégation rimouskoise en France

Le maire de Rimouski, Guy Caron, est à la tête d’une délégation rimouskoise qui participera à la Sea Tech Week 2026 ainsi qu’à diverses activités d’immersion et de maillage entrepreneurial dans le domaine maritime, du 6 au 8 octobre, à Brest, en France.

Il s’agit d’un événement international de sciences et de technologies de la mer.

« Nous aurons la possibilité de faire plusieurs rencontres à Brest, entre autres, le nouveau maire en place que je n’ai pas encore rencontré. La Sea Tech Week, c’est le rendez-vous maritime par excellence en France », indique monsieur Caron.

Le maire rappelle que depuis 2010, Rimouski et Brest entretiennent une collaboration fondée sur leur identité maritime commune et le partage d’enjeux et d’opportunités liés à leur caractère maritime.

« La ville de Best a beaucoup d’affinités avec la ville de Rimouski, notamment pour le développement institutionnel avec l’Institut France-Québec maritime pour la recherche dont le bureau québécois est à Rimouski et le bureau français à Brest. L’institutionnel maritime est très fort à Rimouski, comme à Brest. Ils ont une technopole maritime ».

Présence pertinente

Le maire estime que la présence d’une délégation rimouskoise à cet événement est pertinente du point de vue institutionnel, économique et culturel.

« Auparavant, c’est la SOPER qui s’occupait de ce genre de mission. Maintenant, c’est le service de développement économique et touristique de la Ville. Lelien est très fort avec Brest. Les relations sont de longue date », précise Guy Caron.

Le projet « Maritimité » 2025-2027 vise à renforcer les échanges entre les deux villes et permet à la Ville de Rimouski de bénéficier d’une aide financière du Fonds franco-québécois pour la coopération décentralisée (FFQCD).

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La Cantine Rendez Vous Ouellet de Sayabec est à vendre

La Cantine Rendez Vous Ouellet, située sur la 132, à l’entrée ouest de Sayabec, est à vendre. Son propriétaire actuel, Jimmy Ouellet, a pris cette décision au terme d’une réflexion, amorcée il y a un an.

Véronique Bossé, Initiative de journalisme local- L’Avant-Poste

Après plus de 15 ans aux rênes de l’entreprise familiale, il se dit prêt à passer à autre chose. Il envisage aussi de travailler dans ce qu’il appelle son vrai domaine, soit en tant que carrossier-peintre. 

« Je ne peux plus gérer ça seul, ça prend quelqu’un qui est jeune et qui veut. Après 35 ans dans le métier, j’en fais un peu moins. Quand j’y pense, je n’ai jamais eu d’été, les fins de semaine, je ne connais pas ça. Maintenant, je voudrais me voir vivre un peu plus et m’en aller dans mon domaine. Ça me changerait les idées et ça m’enlèverait le stress que j’ai tous les jours. »

Ce stress, engendré par la gestion d’une entreprise, a commencé à laisser des traces sur la santé de l’homme de 50 ans. 

« Côté santé, je n’ai pas vraiment le choix non plus, parce que c’est du stress, par-dessus du stress, tout le temps. J’ai déjà des problèmes de stress en plus, alors ça commence à être un peu trop dur. »

Il souligne qu’être propriétaire d’une cantine comme la sienne ne se résume pas à cuisiner. « Être propriétaire, c’est aussi s’occuper de la comptabilité et de tout ce qui se passe en arrière, qui permet que ça fonctionne en avant. »

N’ayant personne dans sa famille pour reprendre le flambeau, Jimmy Ouellet a réfléchi longuement, en pesant les pour et les contre de vendre.

« Si j’avais la santé pour le faire, j’aurais sûrement continué, mais ma santé n’y est plus et je suis en train de me maganer encore plus. Ma blonde m’a dit que je devais penser à moi un peu. »

Malgré tout, il confirme que la cantine se porte bien.

35 ans d’histoire

Jimmy Ouellet demeure très attaché à l’entreprise que ses parents, Ginette Caron et Jean-Claude Ouellet, ont bâtie.

« Mes frères ont travaillé là, ma mère était propriétaire, mon père était propriétaire. Quand ma mère est décédée, c’est mon père qui a pris le relais. J’ai repris la cantine, un peu avant que mon père décède. »

Il rappelle que tout a commencé lorsqu’ils ont en ont fait l’achat, en 1987.

« Elle n’était pas à cet endroit, elle était dans la rue de l’Église, à côté de la pharmacie, dans une petite bâtisse. Ensuite, ils se sont construits en 1991 sur la rue Saint-Antoine. J’ai travaillé là longtemps, puis j’ai racheté l’emplacement où se trouve présentement la cantine. Il y avait déjà un bâtiment là, mais ça faisait quelques années que ce n’était pas exploité. J’ai donc décidé d’en faire l’achat, ce qui nous a permis de grandir, car nous n’avions plus de place là où nous étions. »

Ses frères ont travaillé à la cantine, tout comme lui, dès son jeune âge.

« Quand ma mère est décédée, c’est mon père qui a pris le relais. J’ai repris la cantine, un peu avant que mon père décède. »

L’écriteau de la cantine fait d’ailleurs un clin d’œil à son historique familial, puisqu’il rend hommage aux parents de monsieur Ouellet, Ginette Caron et Jean-Claude Ouellet.

De ce fait, il espère trouver un repreneur qui lui conviendrait, mais ne compte pas pour autant vendre au premier venu. 

« Je ne veux pas vendre la cantine à n’importe qui. Je vais la vendre à quelqu’un qui veut continuer dans le domaine. Je ne voudrais pas qu’elle ferme, il ne reste plus qu’elle à Sayabec. J’aimerais donc que celui qui reprendra la cantine ait de beaux projets et qu’il soit jeune, parce que plus on est jeune, plus nos ambitions sont élevées. Un jeune pourrait développer toutes sortes de choses. Il pourrait relancer la crémerie en avant, le stock y est encore, mais je n’avais pas assez de temps pour m’occuper des deux à la fois. »

La bâtisse peut d’ailleurs fonctionner pendant toute l’année.

Les personnes intéressées à en savoir plus peuvent visiter la page Facebook Cantine Rendez Vous Ouellet où l’annonce de la vente a été partagé. 

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Dans le capitalisme des mots

Dans un article du Monde Diplomatique de novembre 2011, le chercheur Frédéric Kaplan avait introduit la riche notion de « capitalisme linguistique ». Dans un petit livre pour Actes Sud, Dealers de mots, il revisite son concept à l’heure de l’IA générative pour souligner combien la fortune du capitalisme linguistique est plus totale qu’elle ne l’était quand Google inventait son Page rank, son algorithme de classement des résultats de recherche. Parier sur les mots a permis à Google de bâtir son empire et désormais bâtit ceux des producteurs d’IA. La langue est plus que jamais le pouvoir et certains l’accaparent au risque de nous en déposséder. 

A l’heure où nous faisons nôtres les mots produits par des machines ou plutôt à l’heure où nous louons à d’autres nos capacités d’expression, l’usage de « prothèses linguistiques » nous exproprie toujours plus de notre propre parole. Tous nos discours ont été accaparés par quelques entreprises se forgeant un capital qu’elles n’ont plus qu’à nous revendre. 

Dans son livre, le chercheur raconte l’évolution du capitalisme linguistique comme un roman, avec beaucoup de clarté, d’une manière très accessible. Une histoire que Google s’est longtemps accaparé, la firme transformant le classement des pages par les mots puis réinventant leur modèle économique par la publicité avec Adwords. « Tout ce qui peut être nommé peut donner lieu à une enchère ». Et l’immense capital accumulé par Google provient tout entier de ce marché : celui de la vente des mots. La somme des données linguistiques accumulées est devenue l’un des capitaux moteurs du capitalisme technologique. La plus value désormais consiste à découpler totalement la valeur économique des textes écrits du travail nécessaire pour les produire. C’est-à-dire de les réexploiter sans avoir à les payer : leur donner une nouvelle existence économique pour leur faire produire de nouvelles valeurs encore. Un capitalisme visant à exploiter la connaissance sous toutes ses formes, comme un raffinage nouveau d’une première extraction afin de produire non seulement de la connaissance mais plus encore des machines à connaissance. « Chaque année, Google gagne des centaines de milliards de dollars simplement en organisant la vente des mots à l’échelle planétaire » (493 millions de dollars par jour de chiffre d’affaires en 2020). Kaplan explique que le capital linguistique n’est rien d’autre que la somme des données linguistiques accumulées par un acteur. Ce capital résulte de l’extraction de textes existants et consiste à les accumuler pour les valoriser sous formes de services. Il consiste à capter, « idéalement sans les payer, ces écritures productives de valeur ». Ce nouveau territoire d’exploitation à l’avantage d’être peu balisé et peu réglementé, hormis par la propriété intellectuelle dont il exploite les failles. 

Pour Kaplan, le modèle économique de Google ne repose pas tant sur une économie de l’attention, que sur une économie de l’expression, c’est-à-dire d’être un médiateur de l’écrit. Le but est bien plus d’optimiser l’efficacité de l’écrit, d’optimiser l’écriture, d’infléchir les productions à son profit et au profit de ses outils et services. Google nous corrige parce que les mots sont exploitables, à l’image des systèmes d’autocomplétion. Les corrections sont orientées « selon la valeur économique donnée par le marché aux expressions produites ». Nous écrivons via les outils de Google et Google peut exploiter chaque mouvement des productions langagières. Et la vente des mots se faisant sans effort, Google dégage des profits lui permettant de produire des projets sans contrainte de rentabilité. 

Google ne fait pas qu’intercepter les flux de discours, il s’est également lancé dans des opérations d’extraction langagière, comme Google Books, qui a permis de numériser plus de 40 millions de livres, rappelle Kaplan, « l’équivalent de 820 millions d’années de travail ». Là, encore, Google a fait grandir son capital épistémique, accumulant « métaphores, personnages, concepts, faits ». Le lancement de ChatGPT en novembre 2022 a produit une nouvelle démonstration de la valeur qui pouvait être extraite de ce capital linguistique, dont la plupart des technologies sous-jacentes ont été produites par les équipes de Google (notamment la technologie Transformer). Le chercheur, rappelle d’ailleurs, avec une grande pédagogie, combien l’invention de cette linguistique plate, statistique, probabiliste, n’est pas autre chose que la continuité de l’approche que Google a appliqué avec Page Rank et Adwords. Désormais, la valeur du capital linguistique repose sur « la longueur cumulée de toutes les séquences de tokens auxquelles un acteur à un accès exclusif », car c’est ce capital même qui va permettre d’ajuster les paramètres des systèmes d’IA, de les ajuster depuis « la table de mixage du Transformer ». Dans cette reconfiguration, « seules comptent les performances de calcul des réseaux et la taille des données d’entraînement ». La performance des systèmes n’est qu’une question de puissance, de volume, d’argent. La puissance, la force brute, les volumes d’investissements… sont devenus les seuls enjeux et consistent à prendre le contrôle d’un marché depuis des logiques de pertes assumées. 

OpenAI ne disposait pourtant pas du capital linguistique de Google. Pour résoudre cette difficulté, il a fait ce que Google avait fait avant lui : moissonner l’ensemble du web, comme l’a montré l’enquête du Washington Post. Dans ce moissonnage, tout l’enjeu est de qualifier les données pour donner plus de poids à certains contenus plutôt qu’à d’autres, notamment aux contenus issus de la presse. Dans la course au capital linguistique, désormais, les acteurs tentent de trouver des ressources exclusives permettant d’affiner leurs modèles pour produire d’innombrables « simulateurs de discours ». Mais plus encore désormais les différences tiennent bien plus dans les paramètrages, les phases d’entraînement et de renforcement. Pour Kaplan, les guerres du capitalisme linguistique risquent surtout de refermer les projets d’ouverture de la science. « Si le capital linguistique devient une ressource précieuse, liée à une forme de souveraineté linguistique nationale, il peut paraître irresponsable de l’offrir librement à n’importe quel acteur. Les grandes entreprises de l’intelligence artificielle l’ont compris depuis plusieurs années déjà : les corpus les plus stratégiques pour l’entraînement des modèles de langage ne sont jamais rendus publics ».

Le risque de l’atrophie linguistique

Nous sommes désormais enjoints à vivre avec les simulateurs de discours. Et cela n’est pas sans conséquences. Dans tous les domaines où le texte est moteur, les crises sont là : journalisme, éducation, droit… En exploitant la langue, c’est elle-même qui est transformée et en ré-exploitant les textes, c’est leur condition de production largement artisanale qui est menacée. L’économie du texte construit sur la difficulté à écrire est d’un coup bouleversée par les modèles de langage. En sciences, cela conduit par exemple à l’effondrement des modèles d’évaluation. A l’école, cela conduit à interroger le sens même de l’apprentissage. Tout notre édifice épistémique, construit sur les performances rédactionnelles, vacille, sous les coups du développement du capitalisme linguistique. Partout, les machines qui écrivent réévaluent la valeur du travail d’écriture dans les structures de management. Du code au droit, des contrats aux instructions, de l’information aux textes instrumentaux (compte rendu, demandes de rendez-vous, courriers administratifs…), c’est la pertinence même des processus bureaucratiques qui est remise en question. « Ecrire avec la machine à écrire de quelqu’un d’autre, c’est prendre le risque de se voir voler son texte ». Mais plus encore d’en être non seulement dépossédé, quand ce n’est pas remplacé par les productions automatisées. Derrière ces enjeux épistémiques, c’est l’épistémologie elle-même qui est remise en question. « L’écriture algorithmique change notre confiance dans l’écrit », explique Kaplan. Mais c’est désormais à chacun d’entre nous de gérer cela, dans une relation d’autant plus difficile que ces textes sont construits pour « cacher la nature des procédés qui les ont engendrés ». 

Pour le professeur en Humanités numériques, nous sommes confrontés désormais à notre prolétarisation linguistique. Nous sommes désormais invités à payer pour écrire tant de mots (tokens) par mois, avec des prothèses plus ou moins sophistiquées, plus ou moins chères. L’usage de la langue n’est plus vendu seulement aux annonceurs, mais elle est désormais revendue à chacun d’entre nous. Les prothèses linguistiques sont partout. Elles interviennent dans la production, l’interprétation, la transmission. Elles améliorent l’efficacité, la précision ou la qualité ou la dénaturent. Nous déléguons nos compétences au risque de les abandonner, au risque de transformer profondément nos propres savoir-faire, comme le souligne très bien la philosophe Anne Alombert dans ses travaux, notamment son dernier livre, De la bêtise artificielle. Avec ces prothèses, le risque d’une atrophie de nos compétences semble plus certaine que celui d’un élargissement des compétences linguistiques du plus grand nombre. « Chaque fois qu’une technique prend en charge une faculté humaine, elle en accroît la puissance tout en affaiblissant la maîtrise (…). Les prothèses qui étendent notre intelligence risquent aussi de nous en déposséder si nous ne réinventons pas sans cesse notre façon de penser et d’agir avec elles ». Pour Kaplan, le risque d’une « atrophie expressive », d’une incapacité à composer un discours sans intermédiation est devant nous. « Le locuteur est devenu un locataire ». Nous écrivons et parlons par l’intermédiaire de mots que nous louons à ceux qui possèdent les machines. 

Le capitalisme linguistique dévore le monde

Pour Kaplan, même si nous ne nous y sommes pas encore habitué, ce capitalisme linguistique là est pourtant peut-être déjà derrière nous ! 

Dans le premier régime du capitalisme linguistique, on a revendu les mots aux annonceurs. Dans le second, on peut désormais revendre les mots aux utilisateurs. Dans le troisième, les simulateurs linguistiques peuvent désormais construire, agir, décider. Depuis quelques instructions, les systèmes construisent des systèmes. « Dans le premier régime, les mots qui s’accumulent de façon exponentielle permettent l’organisation d’une bourse qui se globalise à l’échelle mondiale et peut générer des centaines de milliards de dollars de revenus. Dans le deuxième régime, les avancées des modèles de langage prédictifs rendent possibles des prothèses linguistiques d’une expressivité croissante, favorisant l’élargissement des parts de marché et l’accumulation accélérée de capital linguistique supplémentaire. Enfin, dans le troisième régime, l’augmentation conjointe des capacités de calcul et des volumes de données permet de produire des modèles capables de simuler des raisonnements plus complexes ou de résoudre des tâches plus difficiles, sans qu’il soit nécessaire d’apporter des changements significatifs à la nature des architectures informatiques. Il suffit d’investir davantage dans les centres de calcul pour bénéficier de cette augmentation des performances cognitives des modèles. » Avec l’arrivée de « l’autocatalyse cognitive », le capital linguistique croit alors de façon quasi automatique. L’IA agentique promet désormais la grande orchestration des systèmes entre eux et la production d’agents à la carte, facturés selon leur degré d’expertise. « Cette mise au travail du capital linguistique ne se déploie pas comme une superintelligence omnisciente, mais comme une force d’engendrement qui tire sa puissance des boucles de rétroaction dans lesquelles elle s’inscrit. » « Nous sommes en train de passer d’un savoir hérité des communautés humaines à un savoir auto-entretenu par les modèles ». Pour Kaplan, ce sont nos systèmes culturels mêmes qui sont en train d’être transformés, de changer d’état, de phase. Le risque, conclut le chercheur, c’est de basculer dans un quatrième régime du capitalisme linguistique : celui du contrôle de la production du discours et de la langue elle-même. Une forme de convergence des discours, une homogénéisation voire un aplatissement de la langue, structurant une lecture du monde unique. Une logique proche de la novlangue imaginée par George Orwell : « une langue conçue pour limiter la liberté de pensée et d’expression, par l’introduction progressive de contradictions internes. La guerre, c’est la paix ; la liberté, c’est l’esclavage ; l’ignorance, c’est la force ». Mais est-ce les machines qui nous conduisent à cette impasse ? Cette langue est aujourd’hui celle des discours les plus confus et elle n’est pas tant produite par les machines que par les hommes et les idéologies qu’ils activent. 

Ce qui est sûr, c’est que le glissement culturel a commencé. En avril 2025, le trafic de Wikipédia, de Youtube, de Facebook et Google a commencé à baisser, alors que celui de l’IA, partout, explose. « L’attention se détourne des contenus construits, discutés et sourcés, pour s’orienter vers des savoirs instantanés et contextualisés ». Le document disparaît. Il est désormais recomposé à la volée. « Le quatrième régime du capitalisme linguistique confère un pouvoir démesuré à ceux qui contrôlent les modèles ». Kaplan plaide certes pour une reprise en main pour construire des corpus et des modèles publics, des modèles à code et paramètres ouverts. Nous devons garder la main sur les forces de production du langage, « avant que n’ayons peut-être plus les mots pour imaginer comment faire ». Le constat qui s’annonce est d’autant plus sombre que la puissance des outils tourne la tête de tous. 

Si l’essai de Frédéric Kaplan manque souvent de perspective critique, notamment sur les errements que ces systèmes produisent où sur les gens que ces systèmes exploitent, sa force réside surtout dans sa clarté et dans l’éclairage que produisent les concepts. Reste que si face au capitalisme de surveillance, on pouvait encore réclamer ou opposer une exigence d’une moindre surveillance. Face au capitalisme qui exploite nos propres mots pour nous en déposséder, on ne sait plus quels leviers adresser pour le contenir voire le faire refluer. Face à l’exploitation de notre propre pensée, c’est assurément nous-mêmes qui en seront dépossédés.

Hubert Guillaud

La couverture du livre de Frédéric Kaplan, Dealers de mots.
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Dans le capitalisme des mots

Dans un article du Monde Diplomatique de novembre 2011, le chercheur Frédéric Kaplan avait introduit la riche notion de « capitalisme linguistique ». Dans un petit livre pour Actes Sud, Dealers de mots, il revisite son concept à l’heure de l’IA générative pour souligner combien la fortune du capitalisme linguistique est plus totale qu’elle ne l’était quand Google inventait son Page rank, son algorithme de classement des résultats de recherche. Parier sur les mots a permis à Google de bâtir son empire et désormais bâtit ceux des producteurs d’IA. La langue est plus que jamais le pouvoir et certains l’accaparent au risque de nous en déposséder. 

A l’heure où nous faisons nôtres les mots produits par des machines ou plutôt à l’heure où nous louons à d’autres nos capacités d’expression, l’usage de « prothèses linguistiques » nous exproprie toujours plus de notre propre parole. Tous nos discours ont été accaparés par quelques entreprises se forgeant un capital qu’elles n’ont plus qu’à nous revendre. 

Dans son livre, le chercheur raconte l’évolution du capitalisme linguistique comme un roman, avec beaucoup de clarté, d’une manière très accessible. Une histoire que Google s’est longtemps accaparé, la firme transformant le classement des pages par les mots puis réinventant leur modèle économique par la publicité avec Adwords. « Tout ce qui peut être nommé peut donner lieu à une enchère ». Et l’immense capital accumulé par Google provient tout entier de ce marché : celui de la vente des mots. La somme des données linguistiques accumulées est devenue l’un des capitaux moteurs du capitalisme technologique. La plus value désormais consiste à découpler totalement la valeur économique des textes écrits du travail nécessaire pour les produire. C’est-à-dire de les réexploiter sans avoir à les payer : leur donner une nouvelle existence économique pour leur faire produire de nouvelles valeurs encore. Un capitalisme visant à exploiter la connaissance sous toutes ses formes, comme un raffinage nouveau d’une première extraction afin de produire non seulement de la connaissance mais plus encore des machines à connaissance. « Chaque année, Google gagne des centaines de milliards de dollars simplement en organisant la vente des mots à l’échelle planétaire » (493 millions de dollars par jour de chiffre d’affaires en 2020). Kaplan explique que le capital linguistique n’est rien d’autre que la somme des données linguistiques accumulées par un acteur. Ce capital résulte de l’extraction de textes existants et consiste à les accumuler pour les valoriser sous formes de services. Il consiste à capter, « idéalement sans les payer, ces écritures productives de valeur ». Ce nouveau territoire d’exploitation à l’avantage d’être peu balisé et peu réglementé, hormis par la propriété intellectuelle dont il exploite les failles. 

Pour Kaplan, le modèle économique de Google ne repose pas tant sur une économie de l’attention, que sur une économie de l’expression, c’est-à-dire d’être un médiateur de l’écrit. Le but est bien plus d’optimiser l’efficacité de l’écrit, d’optimiser l’écriture, d’infléchir les productions à son profit et au profit de ses outils et services. Google nous corrige parce que les mots sont exploitables, à l’image des systèmes d’autocomplétion. Les corrections sont orientées « selon la valeur économique donnée par le marché aux expressions produites ». Nous écrivons via les outils de Google et Google peut exploiter chaque mouvement des productions langagières. Et la vente des mots se faisant sans effort, Google dégage des profits lui permettant de produire des projets sans contrainte de rentabilité. 

Google ne fait pas qu’intercepter les flux de discours, il s’est également lancé dans des opérations d’extraction langagière, comme Google Books, qui a permis de numériser plus de 40 millions de livres, rappelle Kaplan, « l’équivalent de 820 millions d’années de travail ». Là, encore, Google a fait grandir son capital épistémique, accumulant « métaphores, personnages, concepts, faits ». Le lancement de ChatGPT en novembre 2022 a produit une nouvelle démonstration de la valeur qui pouvait être extraite de ce capital linguistique, dont la plupart des technologies sous-jacentes ont été produites par les équipes de Google (notamment la technologie Transformer). Le chercheur, rappelle d’ailleurs, avec une grande pédagogie, combien l’invention de cette linguistique plate, statistique, probabiliste, n’est pas autre chose que la continuité de l’approche que Google a appliqué avec Page Rank et Adwords. Désormais, la valeur du capital linguistique repose sur « la longueur cumulée de toutes les séquences de tokens auxquelles un acteur à un accès exclusif », car c’est ce capital même qui va permettre d’ajuster les paramètres des systèmes d’IA, de les ajuster depuis « la table de mixage du Transformer ». Dans cette reconfiguration, « seules comptent les performances de calcul des réseaux et la taille des données d’entraînement ». La performance des systèmes n’est qu’une question de puissance, de volume, d’argent. La puissance, la force brute, les volumes d’investissements… sont devenus les seuls enjeux et consistent à prendre le contrôle d’un marché depuis des logiques de pertes assumées. 

OpenAI ne disposait pourtant pas du capital linguistique de Google. Pour résoudre cette difficulté, il a fait ce que Google avait fait avant lui : moissonner l’ensemble du web, comme l’a montré l’enquête du Washington Post. Dans ce moissonnage, tout l’enjeu est de qualifier les données pour donner plus de poids à certains contenus plutôt qu’à d’autres, notamment aux contenus issus de la presse. Dans la course au capital linguistique, désormais, les acteurs tentent de trouver des ressources exclusives permettant d’affiner leurs modèles pour produire d’innombrables « simulateurs de discours ». Mais plus encore désormais les différences tiennent bien plus dans les paramètrages, les phases d’entraînement et de renforcement. Pour Kaplan, les guerres du capitalisme linguistique risquent surtout de refermer les projets d’ouverture de la science. « Si le capital linguistique devient une ressource précieuse, liée à une forme de souveraineté linguistique nationale, il peut paraître irresponsable de l’offrir librement à n’importe quel acteur. Les grandes entreprises de l’intelligence artificielle l’ont compris depuis plusieurs années déjà : les corpus les plus stratégiques pour l’entraînement des modèles de langage ne sont jamais rendus publics ».

Le risque de l’atrophie linguistique

Nous sommes désormais enjoints à vivre avec les simulateurs de discours. Et cela n’est pas sans conséquences. Dans tous les domaines où le texte est moteur, les crises sont là : journalisme, éducation, droit… En exploitant la langue, c’est elle-même qui est transformée et en ré-exploitant les textes, c’est leur condition de production largement artisanale qui est menacée. L’économie du texte construit sur la difficulté à écrire est d’un coup bouleversée par les modèles de langage. En sciences, cela conduit par exemple à l’effondrement des modèles d’évaluation. A l’école, cela conduit à interroger le sens même de l’apprentissage. Tout notre édifice épistémique, construit sur les performances rédactionnelles, vacille, sous les coups du développement du capitalisme linguistique. Partout, les machines qui écrivent réévaluent la valeur du travail d’écriture dans les structures de management. Du code au droit, des contrats aux instructions, de l’information aux textes instrumentaux (compte rendu, demandes de rendez-vous, courriers administratifs…), c’est la pertinence même des processus bureaucratiques qui est remise en question. « Ecrire avec la machine à écrire de quelqu’un d’autre, c’est prendre le risque de se voir voler son texte ». Mais plus encore d’en être non seulement dépossédé, quand ce n’est pas remplacé par les productions automatisées. Derrière ces enjeux épistémiques, c’est l’épistémologie elle-même qui est remise en question. « L’écriture algorithmique change notre confiance dans l’écrit », explique Kaplan. Mais c’est désormais à chacun d’entre nous de gérer cela, dans une relation d’autant plus difficile que ces textes sont construits pour « cacher la nature des procédés qui les ont engendrés ». 

Pour le professeur en Humanités numériques, nous sommes confrontés désormais à notre prolétarisation linguistique. Nous sommes désormais invités à payer pour écrire tant de mots (tokens) par mois, avec des prothèses plus ou moins sophistiquées, plus ou moins chères. L’usage de la langue n’est plus vendu seulement aux annonceurs, mais elle est désormais revendue à chacun d’entre nous. Les prothèses linguistiques sont partout. Elles interviennent dans la production, l’interprétation, la transmission. Elles améliorent l’efficacité, la précision ou la qualité ou la dénaturent. Nous déléguons nos compétences au risque de les abandonner, au risque de transformer profondément nos propres savoir-faire, comme le souligne très bien la philosophe Anne Alombert dans ses travaux, notamment son dernier livre, De la bêtise artificielle. Avec ces prothèses, le risque d’une atrophie de nos compétences semble plus certaine que celui d’un élargissement des compétences linguistiques du plus grand nombre. « Chaque fois qu’une technique prend en charge une faculté humaine, elle en accroît la puissance tout en affaiblissant la maîtrise (…). Les prothèses qui étendent notre intelligence risquent aussi de nous en déposséder si nous ne réinventons pas sans cesse notre façon de penser et d’agir avec elles ». Pour Kaplan, le risque d’une « atrophie expressive », d’une incapacité à composer un discours sans intermédiation est devant nous. « Le locuteur est devenu un locataire ». Nous écrivons et parlons par l’intermédiaire de mots que nous louons à ceux qui possèdent les machines. 

Le capitalisme linguistique dévore le monde

Pour Kaplan, même si nous ne nous y sommes pas encore habitué, ce capitalisme linguistique là est pourtant peut-être déjà derrière nous ! 

Dans le premier régime du capitalisme linguistique, on a revendu les mots aux annonceurs. Dans le second, on peut désormais revendre les mots aux utilisateurs. Dans le troisième, les simulateurs linguistiques peuvent désormais construire, agir, décider. Depuis quelques instructions, les systèmes construisent des systèmes. « Dans le premier régime, les mots qui s’accumulent de façon exponentielle permettent l’organisation d’une bourse qui se globalise à l’échelle mondiale et peut générer des centaines de milliards de dollars de revenus. Dans le deuxième régime, les avancées des modèles de langage prédictifs rendent possibles des prothèses linguistiques d’une expressivité croissante, favorisant l’élargissement des parts de marché et l’accumulation accélérée de capital linguistique supplémentaire. Enfin, dans le troisième régime, l’augmentation conjointe des capacités de calcul et des volumes de données permet de produire des modèles capables de simuler des raisonnements plus complexes ou de résoudre des tâches plus difficiles, sans qu’il soit nécessaire d’apporter des changements significatifs à la nature des architectures informatiques. Il suffit d’investir davantage dans les centres de calcul pour bénéficier de cette augmentation des performances cognitives des modèles. » Avec l’arrivée de « l’autocatalyse cognitive », le capital linguistique croit alors de façon quasi automatique. L’IA agentique promet désormais la grande orchestration des systèmes entre eux et la production d’agents à la carte, facturés selon leur degré d’expertise. « Cette mise au travail du capital linguistique ne se déploie pas comme une superintelligence omnisciente, mais comme une force d’engendrement qui tire sa puissance des boucles de rétroaction dans lesquelles elle s’inscrit. » « Nous sommes en train de passer d’un savoir hérité des communautés humaines à un savoir auto-entretenu par les modèles ». Pour Kaplan, ce sont nos systèmes culturels mêmes qui sont en train d’être transformés, de changer d’état, de phase. Le risque, conclut le chercheur, c’est de basculer dans un quatrième régime du capitalisme linguistique : celui du contrôle de la production du discours et de la langue elle-même. Une forme de convergence des discours, une homogénéisation voire un aplatissement de la langue, structurant une lecture du monde unique. Une logique proche de la novlangue imaginée par George Orwell : « une langue conçue pour limiter la liberté de pensée et d’expression, par l’introduction progressive de contradictions internes. La guerre, c’est la paix ; la liberté, c’est l’esclavage ; l’ignorance, c’est la force ». Mais est-ce les machines qui nous conduisent à cette impasse ? Cette langue est aujourd’hui celle des discours les plus confus et elle n’est pas tant produite par les machines que par les hommes et les idéologies qu’ils activent. 

Ce qui est sûr, c’est que le glissement culturel a commencé. En avril 2025, le trafic de Wikipédia, de Youtube, de Facebook et Google a commencé à baisser, alors que celui de l’IA, partout, explose. « L’attention se détourne des contenus construits, discutés et sourcés, pour s’orienter vers des savoirs instantanés et contextualisés ». Le document disparaît. Il est désormais recomposé à la volée. « Le quatrième régime du capitalisme linguistique confère un pouvoir démesuré à ceux qui contrôlent les modèles ». Kaplan plaide certes pour une reprise en main pour construire des corpus et des modèles publics, des modèles à code et paramètres ouverts. Nous devons garder la main sur les forces de production du langage, « avant que n’ayons peut-être plus les mots pour imaginer comment faire ». Le constat qui s’annonce est d’autant plus sombre que la puissance des outils tourne la tête de tous. 

Si l’essai de Frédéric Kaplan manque souvent de perspective critique, notamment sur les errements que ces systèmes produisent où sur les gens que ces systèmes exploitent, sa force réside surtout dans sa clarté et dans l’éclairage que produisent les concepts. Reste que si face au capitalisme de surveillance, on pouvait encore réclamer ou opposer une exigence d’une moindre surveillance. Face au capitalisme qui exploite nos propres mots pour nous en déposséder, on ne sait plus quels leviers adresser pour le contenir voire le faire refluer. Face à l’exploitation de notre propre pensée, c’est assurément nous-mêmes qui en seront dépossédés.

Hubert Guillaud

La couverture du livre de Frédéric Kaplan, Dealers de mots.
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Saint-Simon Bagel : la distributrice déménage à Saint-Fabien

Saint-Simon Bagel déménage sa distributrice automatique à Saint-Fabien, tout juste à côté de la Cantine Côtière, près de la station-service Ultramar.

« Elle est maintenant fonctionnelle et prête à accueillir la clientèle », mentionne l’entreprise sur sa page Facebook.

Depuis quelques années, la distributrice était installée dans le stationnement du centre communautaire Desjardins au centre du village de Saint-Simon, près du Parc Croc-Nature.

Fondé en 2010, Saint-Simon Bagel a changé de propriétaire en 2022. Depuis ce temps, la production s’effectue à Rimouski.

Saint-Simon Bagel offre des bagels de fabrication artisanale, de type Montréal bagel, savoureux et qui restent moelleux.

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Fermeture de Roudoudou : une concurrence déloyale

La gérante de la boutique Roudoudou, Pascale Vachon, déplore que la concurrence soit maintenant déloyale pour les petits commerces spécialisés. Le magasin fermera ses portes dans les prochaines semaines après 33 ans d’affaires au centre-ville de Rimouski.

« Ça ne roule pas. À la fin de la journée, il faut être capable de payer nos affaires et les employés. Nos représentants qui nous vendent la marchandise ne nous aident pas. Ils nous tirent dans les pieds en rentrant nos produits dans les pharmacies, les librairies et les papeteries. Même Canac vend des jouets à Noël. Nous allons ravoir des magasins généraux comme dans le temps », exprime-t-elle.

Madame Vachon se désole de constater que le monde du jouet s’éteint tranquillement et que la situation vécue par son commerce n’est pas unique. Le P’tit Futé de Rimouski a également cessé ses activités il y a plus de deux ans.

« Tous les magasins de jouets ferment, Benjo, Toys “R” Us, etc. Ils sont en train de tuer le jouet et je vois des propriétaires de compagnie de distribution qui se plaignent sur Internet parce que nous faisons faillite et que nous ne sommes pas capables de les payer. »

La vente de fermeture est commencée depuis le 19 septembre. (Photo Le Soir.ca-Annie Levasseur)

Cette dernière soutient que la vente en ligne prend beaucoup de place avec des plateformes comme Amazon, mais qu’elle enregistrait très peu de transactions sur le site Internet de Roudoudou.

« SI j’avais une commande en ligne par mois, c’était beau. Il ne faut pas juste que tu sois en ligne, il faut que tu sois un géant. Les gens pensent que ça va coûter moins cher, mais quand je faisais mes prix, je regardais Amazon et mes compétiteurs et j’étais toujours en bas. »

L’évolution de la technologie

Selon Pascale Vachon, l’évolution de la technologie entraîne un important désintérêt des jeunes envers les jouets.

« Les parents ploguent leurs enfants sur les écrans en très bas âge. Ils sont surstimulés et lorsqu’ils ont huit ans, c’est comme s’ils n’étaient plus des enfants, ils sont rendus des préadolescents. Si tu lui donnes des blocs, il trouve ça plate et il ne sait pas quoi faire avec ça. »

La façade de la boutique située sur la rue Saint-Germain Ouest, (Photo Le Soir.ca-Annie Levasseur)

La Rimouskoise a été gérante du commerce, qui appartient au montréalais Philip Strauss, pendant les 25 dernières années. Depuis l’annonce de la fermeture, les commentaires des clients sont nombreux.

« Les gens sont très déçus, mais je n’ai parlé qu’à des clients. Ils me disent que ça leur rappelle des souvenirs de leur enfance transmis de génération en génération. Samedi, le lendemain de l’annonce, la moitié des personnes qui étaient ici n’étaient pas des clients. Nous n’avons pas senti que les gens de Rimouski tiennent à leurs magasins. Ce n’est pas normal de faire 300 $ de ventes un vendredi. »

La fermeture de Roudoudou entraîne six pertes d’emplois. Pour l’instant, un seul employé a réussi à se relocaliser. Le commerce sera ouvert pour encore deux semaines ou jusqu’à ce que la marchandise soit écoulée.

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Contrat historique pour une entreprise de Rimouski en Suisse

Nosotech, une entreprise rimouskoise spécialisée en technologies de la santé et dont les solutions sont déployées partout au Québec, vient de décrocher un contrat historique en Suisse évalué à près de 15 M$ sur 10 ans.

L’entreprise a été retenue au terme d’un appel d’offres international hautement concurrentiel pour mettre en place une infrastructure numérique nationale de surveillance des infections dans les hôpitaux suisses.

Dans le cadre de ce mandat, Nosotech mettra en place un ensemble d’outils cliniques de surveillance, d’investigation et d’aide à la décision en temps réel, en plus d’une plateforme pour centraliser, intégrer et analyser l’information provenant de tous les hôpitaux suisses participants.

Le projet vise notamment à renforcer la prévention et le contrôle des infections dans les établissements de santé suisses grâce à une infrastructure numérique commune.

En facilitant l’exploitation des données, en automatisant certaines activités de surveillance et en soutenant les équipes spécialisées dans leur travail quotidien, il contribuera à des améliorations mesurables de la qualité des soins.

Les capacités nationales de surveillance, d’analyse comparative et de partage des meilleures pratiques favoriseront également l’harmonisation des approches de prévention des infections à l’échelle du pays.

La solution Nosokos sera d’abord implantée à l’Hôpital cantonal de Zoug (Zuger Kantonsspital). Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et l’Hôpital cantonal de Thurgovie (Spital Thurgau) pourraient se joindre au projet dans le cadre de phases prévues au contrat.

À terme, l’architecture retenue permettra un déploiement progressif dans l’ensemble des hôpitaux suisses qui souhaiteront adhérer à l’initiative, des mesures d’accompagnement et des incitatifs financiers étant prévues afin de favoriser l’adoption par les premiers établissements participants.

Savoir-faire québécois qui rayonne

« Ce mandat constitue une reconnaissance concrète du savoir-faire que nous avons développé au Québec et de notre capacité à le faire rayonner à l’international. Le fait que notre expertise ait été retenue pour répondre aux besoins d’un système de santé à l’échelle nationale en Suisse témoigne de la qualité des solutions développées ici. Il marque également l’aboutissement de plusieurs années de travail au Québec comme sur les marchés internationaux, un parcours rendu possible grâce à l’engagement de notre équipe de direction et de l’ensemble de nos employés », a déclaré Dr Patrick Dolcé, microbiologiste-infectiologue et fondateur de Nosotech.

Une infection nosocomiale est une infection contractée au cours d’un séjour dans un établissement de santé et qui n’était pas présente au moment de l’admission.

Au Canada, environ un patient hospitalisé sur neuf contracte au moins une infection associée aux soins, ce qui représente plus de 220 000 cas et au moins 8 000 décès chaque année.

Les établissements de santé mettent donc en place des mesures de prévention et de surveillance en continu à l’aide de solutions spécialisées comme celles de Nosotech.

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Musique : le piège du droit d’auteur génératif

Pour le magazine canadien Maisonneuve, le journaliste Michael Rancic, qui fait partie de la coopérative de journalistes musicaux New Feeling, se désole de l’omniprésence de la musique générative partout. Mais si les plateformes de streaming sont déjà envahies des morceaux produits notamment via les outils proposés par Suno et Udio, les acteurs majeurs de la musique (stations de radio, organismes de réglementation et maison de disques), eux, tergiversent, hésitant entre intégrer ou au contraire à contrer la musique générative. 

En octobre 2025, la Socan (Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) a annoncé avoir harmonisé sa position sur la génération de musique avec son homologue américain, l’Ascap (la société américaine des compositeurs, auteurs et éditeurs). 

Désormais, « les auteurs-compositeurs peuvent enregistrer des chansons partiellement générées par l’IA pour percevoir des redevances ». Pour Rancic, c’est là un tournant : les œuvres créées avec l’aide de l’IA générative peuvent être intégrées aux systèmes existants de propriété et de rémunération. L’annonce précise soigneusement que, pour être éligible aux redevances, une chanson doit toujours comporter des « éléments de création humaine ». Cependant, elle légitime simultanément une technologie que beaucoup perçoivent comme une menace pour le savoir-faire musical humain.

Or, rappelle Rancic, Suno a reconnu avoir entraîné son modèle depuis toute la musique enregistrée disponible. L’entreprise n’avait aucune autorisation pour ce faire et n’a offert aux artistes aucun moyen de retirer leurs œuvres, qu’elles soient protégées ou non par le droit d’auteur. Des plateformes comme Suno absorbent ainsi des décennies de travail humain et produisent des imitations convaincantes en quelques secondes. Entraînée sur des milliers d’œuvres protégées par le droit d’auteur, la production est alors considérée comme une « nouvelle » chanson. Durant leurs premières années d’activité, Suno et Udio ont également mis en place des cadres propriétaires autour de ces nouvelles chansons : celles-ci peuvent être immédiatement acquises par quiconque saisit l’instruction de génération. Ce contournement des droits d’auteur a, à juste titre, suscité l’inquiétude des artistes.

Premièrement, il a permis aux entreprises d’IA de tirer profit d’œuvres pour lesquelles elles n’avaient pas nécessairement acquis de licence. Deuxièmement, il permet aux utilisateurs de générer des quantités massives de musique sans rémunérer les artistes – un système qui pourrait entraîner la perte de revenus pour de nombreux musiciens. Une lettre ouverte de 2024, signée par des artistes tels que Billie Eilish, Chappell Roan et Arkells, qualifiait l’entraînement d’IA sur de la musique sans compensation d’« atteinte à la créativité humaine ».

Ces tensions ne sont pas propres à la musique. Les artistes visuels ont exprimé des préoccupations quasi identiques concernant les générateurs d’images entraînés sur leurs œuvres, tandis que les cinéastes et les acteurs ont commencé à se confronter aux outils d’IA capables de reproduire des voix, des textes et même des images.

En annonçant les nouvelles lignes directrices sur les redevances, la Socan a décrit l’IA comme un outil précieux largement adopté par les musiciens. Dans le même temps, la déclaration critique le fonctionnement actuel de cet outil censément utile : « l’utilisation par les entreprises de technologies d’IA de modèles basés sur des œuvres musicales protégées par le droit d’auteur, sans autorisation, compensation ni mention des créateurs, ne relève pas de l’usage loyal, mais du vol ». La Socan a réitéré ce point de vue lors d’une récente campagne publique, appelant le gouvernement fédéral à « dire non à l’entraînement de l’IA sur de la musique sans licence ». Mais si la Socan le croit vraiment, pourquoi autoriser la perception de redevances sur des œuvres produites à l’aide de telles plateformes ?

Les lignes directrices de la Socan concernant l’enregistrement de l’IA font la distinction entre les « productions générées par l’IA », qui ne sont pas admissibles à l’enregistrement, et les « œuvres assistées par l’IA ». Or, les déclarants n’ont pas à divulguer l’utilisation de l’IA dans leurs œuvres assistées par l’IA, ce qui signifie que la Socan fait preuve d’une grande confiance, explique Michael Rancic. Déterminer si une chanson a été partiellement ou entièrement créée avec l’IA semble reposer sur une simple intuition. Seule compte une directive vague selon laquelle « la créativité de l’auteur humain doit être centrale ». Il serait envisageable de déposer une chanson avec des voix humaines sur une musique instrumentale générée par IA – entraînée sur les meilleurs rythmes jamais créés – et de satisfaire ainsi aux exigences minimales fixées. Si certains défenseurs font la distinction entre la musique utilisant simplement des composants d’IA et celle entièrement produite par IA, cette frontière est de plus en plus difficile à maintenir. En pratique, les deux reposent souvent sur les mêmes infrastructures d’entraînement et l’extraction de données à partir d’enregistrements humains, ce qui rend la distinction moins pertinente qu’il n’y paraît et pourrait même contribuer à redorer l’image de la génération par IA.

Bien que toutes les plateformes de musique générée par IA ne soient pas entraînées sur de la musique sans licence, la nouvelle réglementation n’identifie aucun mécanisme permettant de distinguer la musique générée par IA utilisant ou non des chansons sans licence, et crée un précédent en faveur de l’adoption de cette technologie. Parallèlement, la déclaration souligne l’importance de soutenir les artistes et de favoriser la créativité. « L’avenir de la musique peut intégrer l’IA tout en restant profondément humain », affirme Jennifer Brown, PDG de la Socan. Ce cadre confère de fait la propriété intellectuelle aux utilisateurs d’IA générative et fragilise les structures de propriété antérieures, censées protéger les artistes. Il révèle une asymétrie dans le traitement de la paternité, du travail et des risques au sein de l’industrie musicale. « Les associations musicales s’empressent d’adopter les nouvelles technologies et plateformes, tout en les critiquant, reflétant une tendance générale du secteur à privilégier les plateformes au détriment des artistes ».

Alors que des organismes comme la Socan acceptent la musique générée par l’IA, les acteurs gouvernementaux et industriels élaborent leurs propres approches. Le gouvernement fédéral canadien consulte actuellement les intervenants du secteur, notamment la Socan, sur l’interaction entre l’IA générative et le droit d’auteur. Ces consultations, menées auprès du Groupe de travail sur la stratégie en matière d’IA du gouvernement et du Comité permanent du patrimoine canadien, visent à éclairer l’élaboration de la stratégie canadienne en matière d’IA pour les années à venir. Malgré la croissance rapide de l’IA générative, le Canada ne dispose actuellement d’aucune loi spécifiquement conçue pour traiter de ses implications en matière de droit d’auteur et de droits des créateurs. Toutes les questions relatives au droit d’auteur relèvent de la Loi sur le droit d’auteur. Actuellement, la Loi sur le droit d’auteur limite l’« utilisation équitable » à des fins spécifiques comme la recherche, la critique, l’éducation ou la parodie. Autrement dit, il est légal d’utiliser des œuvres protégées par le droit d’auteur sans autorisation à ces fins et dans certains contextes. Ces fins n’incluent pas explicitement les entreprises d’IA qui entraînent leurs modèles sur de la musique sans autorisation. « Dans ce contexte, la décision de la Socan d’intégrer la musique générée par l’IA à son système de redevances, avant même que le Canada n’ait établi si cette technologie est conforme à la loi sur le droit d’auteur, revient à mettre la charrue avant les bœufs ».

Il est paradoxal de voir les organisations de l’industrie s’empresser de créer des voies d’accès pour l’IA, explique Michael Rancic. « Prenons l’exemple des plateformes musicales. Lorsque de nouvelles technologies ont bouleversé les normes créatives par le passé, l’industrie n’a pas hésité à intervenir pour protéger les titulaires de droits et sanctionner ceux qui opéraient en dehors du cadre établi. Le sampling (ou échantillonnage), par exemple, a suscité des décennies de litiges, d’accords de licence stricts et une dynamique inéquitable où la charge du risque juridique lié à l’autorisation des échantillons incombait à celui qui les utilisait. Dans les années 1980 et 1990, les différends canadiens liés au sampling ont été largement influencés par les grandes maisons de disques et les titulaires de droits américains. John Oswald, pionnier de l’approche de collage musical par échantillonnage baptisée « plunderphonics », a ressenti le poids et l’influence de la Canadian Recording Industry Association (CRIA, aujourd’hui Music Canada). L’œuvre d’Oswald transformait des tubes classés en tête des palmarès en mosaïques sonores abstraites, métamorphosant le familier en quelque chose d’étrange et d’insolite – une prouesse alliant virtuosité technique et créativité. La CRIA a agi pour le compte des majors américaines en adressant à Oswald une mise en demeure, obtenant finalement la destruction de son œuvre. »

Le régime actuel du droit d’auteur favorise les artistes établis représentés par de grandes maisons de disques, ces dernières disposant des ressources nécessaires pour identifier les titulaires de droits, négocier les licences et régler les frais initiaux éventuels, rappelle Michael Rancic. « Ce système opaque et bureaucratique pénalise lourdement les artistes émergents : il rend risquée l’utilisation transparente d’échantillons et les empêche souvent de détenir légalement les droits sur leurs œuvres – et donc d’en tirer profit. Une chanson contenant un seul échantillon non autorisé ne peut être enregistrée pour percevoir des redevances ; en revanche, une chanson créée par des plateformes entraînées sur une quantité colossale de musique non autorisée semble, elle, échapper à ces contraintes. »

« Les structures du droit d’auteur dans l’industrie musicale sont conçues pour servir ses membres les plus puissants » (voir notre article, « Mais qui décide de comment on compte ? », qui prenait justement l’exemple des Majors de la musique). « Les nouvelles technologies contribuent à perpétuer ce mécanisme : il est révélateur, par exemple, qu’avant même de pouvoir générer de la musique, les outils d’IA aient été utilisés par l’industrie pour surveiller les violations du droit d’auteur ». Spotify a acquis The Echo Nest en 2014 après que cette entreprise a mis au point une technologie d’empreinte acoustique (audio fingerprinting), capable d’analyser les caractéristiques sonores uniques d’un enregistrement pour les convertir en une signature numérique compacte. Concrètement, cette technologie permet aux plateformes de reconnaître les chansons dès leur mise en ligne et d’empêcher la diffusion de copies non autorisées. Aujourd’hui, les plateformes de streaming utilisent des technologies similaires – telles que des « filtres anti-spam musical » – pour identifier la musique générée par IA et les violations potentielles du droit d’auteur. Ces outils sont présentés comme une réponse aux violations du droit d’auteur liées à la génération de musique par IA, alors même qu’ils reposent eux aussi sur cette technologie, explique Rancic. Lorsque l’IA est à la fois le problème et la solution, il semble qu’il n’y ait plus vraiment de choix.

« Le déploiement rapide, au cours de la dernière décennie, d’outils de protection des droits basés sur l’IA témoigne de la priorité accordée de longue date à la préservation de la propriété intellectuelle et des redevances associées. Pourtant, lorsque ces mêmes technologies sous-jacentes permettent la production automatisée de musique, la réaction du secteur se fait nettement plus permissive, voire complaisante. » Au départ, l’industrie a semblé céder à la panique face à l’émergence de la musique générée par IA, les grandes maisons de disques intentant des procès aux entreprises technologiques à l’origine de ces outils. Aujourd’hui, certains de ces mêmes acteurs cherchent activement à collaborer avec ces entreprises. Warner Music Group a récemment trouvé un terrain d’entente avec Suno et Udio concernant les méthodes d’entraînement de leurs modèles d’IA, et Universal Music Group a également conclu un accord avec Udio, sans que les détails financiers et une grande partie des clauses contractuelles de ces accords ne soient ni publics ni transparents, rappelle le journaliste. « Ce que l’on sait, en revanche, c’est que ces accords s’accompagnent de l’annonce d’un partenariat entre Warner, Universal et Udio visant à créer une nouvelle plateforme de génération de musique par IA. Les accords conclus par Udio avec ces deux labels, tout comme celui passé entre Warner et Suno, prévoiraient des mécanismes permettant aux artistes de choisir si leur musique peut ou non servir à l’entraînement des modèles d’IA. Udio et Suno promettent tous deux d’abandonner progressivement les modèles actuels de leurs plateformes – entraînés à partir de musiques non autorisées -, bien que ces modèles soient toujours en service à l’heure où nous écrivons ces lignes. »

Cette attitude permissive de l’industrie face au vol de contenu par les plateformes devient plus compréhensible si l’on reconsidère la véritable finalité de la génération de musique par IA, explique Rancic. Le discours marketing d’Udio affirme que l’entreprise « développe des outils d’IA pour permettre à la prochaine génération de créateurs musicaux d’émerger », tout en soulignant sa capacité à « élargir les horizons musicaux et à permettre à chacun de créer une musique extraordinaire ». Cette présentation de l’IA comme un outil de création se retrouve dans les déclarations de la Socan ainsi que dans des articles du secteur vantant les innombrables possibilités offertes par la musique générée par IA ; comme de générer « des genres musicaux nouveaux ». « Mais tout cela relève de la communication. La véritable proposition de valeur des plateformes de musique générative ne réside ni dans l’innovation esthétique, ni dans un meilleur accès aux outils musicaux, ni même dans l’enrichissement de la création. Elle consiste avant tout à produire des contenus sonores dont on peut immédiatement s’approprier les droits. » Avant les poursuites engagées à leur encontre par les grandes maisons de disques, Suno et Udio permettaient toutes deux aux utilisateurs de télécharger et, de fait, de s’approprier les morceaux générés par l’IA. Dans le cadre de son accord à l’amiable, Udio ne permet plus aux utilisateurs de télécharger et de posséder des chansons générées par IA. Tandis que Suno impose désormais aux utilisateurs de payer pour télécharger les morceaux créés sur sa plateforme. Le nouvel abonnement « Pro » de Suno promet aux utilisateurs la possibilité de générer jusqu’à 500 chansons par mois et l’octroi immédiat des « droits d’utilisation commerciale pour les nouvelles créations ». 

« Vous n’avez pas les moyens d’obtenir les droits d’utilisation d’un sample d’artistes Warner comme Neil Young ou Ed Sheeran ? Aucun souci. Vous pouvez désormais créer une chanson dans le style de ces artistes. Vous en devenez immédiatement propriétaire, vous pouvez l’échantillonner à volonté et, grâce à l’annonce de la Socan, vous pouvez même percevoir des droits d’auteur, à condition d’avoir écrit les paroles. Ce nouveau modèle contourne complètement les structures de droits d’auteur et de propriété de l’industrie musicale, le tout dans le but de générer de la valeur pour les investisseurs du secteur technologique (et, grâce à leurs accords, les maisons de disques s’assurent toutefois de conserver leur part du gâteau). Il est franchement lassant de voir ce cycle se répéter sans cesse et de constater que ceux qui, dans l’industrie, ont le pouvoir d’influencer le changement, traitent ces évolutions comme s’il s’agissait de nouveautés – une énième technologie présentée comme un outil de démocratisation de la musique, alors qu’elle sert surtout à consolider leur pouvoir et à s’approprier le travail d’autrui. »

L’abonnement « Pro » offrant « 500 chansons par mois » fait qu’il est difficile de voir Suno autrement que comme un outil de production de masse de musique sous licence pour la publicité, la télévision, les réseaux sociaux et les espaces publics. Cette stratégie est tout à fait logique étant donné la financiarisation croissante de l’industrie, où la propriété des compositions est devenue primordiale. Posséder les droits sur la composition d’une chanson – non seulement l’enregistrement sonore, que l’industrie a toujours exploité, mais aussi la musique et les paroles – est devenu un bien précieux. Des musiciens canadiens comme Young et Justin Bieber ont vendu les droits d’une part importante de leur catalogue. « L’argent dans l’industrie musicale provient désormais des contrats de licence, et non plus des ventes de disques, et les chansons constituent un actif financier », rappelle pertinemment le journaliste. « Grâce à l’IA, les grandes maisons de disques peuvent exploiter davantage ces actifs pour créer de la musique à l’image de leurs artistes sans nécessairement leur verser de royalties ». Un phénomène qui se manifeste dans l’ensemble des industries créatives, à l’image du monde des acteurs et des scénaristes… « Si l’industrie musicale s’est d’abord montrée méfiante face à la menace que représente l’IA pour le droit d’auteur, elle a désormais compris qu’elle pouvait intégrer cette technologie à ce système à son propre avantage ». Au final, tout cela se traduit par moins de travail et probablement une baisse des revenus pour les artistes.

La question n’est plus de savoir si l’IA va transformer la musique, mais dans quelles conditions cette transformation aura lieu. « Des décisions comme celle de la Socan, et les récents accords conclus entre les grandes maisons de disques et les principales entreprises de musique générée par IA, laissent penser que l’industrie se prépare à intégrer les systèmes génératifs avant même d’avoir mis en place des garde-fous capables de protéger les créateurs que ces systèmes exploitent. Les nouvelles politiques de la Socan, et leur exclusion des œuvres entièrement générées par IA, pourraient constituer les prémices de tels garde-fous, mais leur portée reste floue et leur application encore plus complexe. En l’absence de normes contraignantes concernant les données d’entraînement, le consentement et la rémunération, la normalisation de la paternité assistée par IA risque de consolider les inégalités plutôt que de les résoudre. Les cadres émergents permettent aux plus influents de tirer profit de la musique générée par IA, tandis que les artistes moins connus, dont le travail a été volé, sont exploités de manière perpétuelle à chaque utilisation de ces plateformes. »

« Bien que je ne partage pas leur analyse selon laquelle les craintes suscitées par l’IA sont comparables à celles qui ont accompagné l’apparition des synthétiseurs et des boîtes à rythmes, Gordon A. Gow et Brian Fauteux proposent une idée pertinente pour un cadre potentiel encadrant l’IA », explique encore Rancic. S’appuyant sur le précédent du système de classification canadien MAPL – un label apposé sur la musique canadienne indiquant qu’elle répond à un certain niveau de contribution canadienne -, ils proposent d’étiqueter les chansons générées par l’IA. Des labels physiques et numériques pour l’IA pourraient à tout le moins favoriser la transparence et permettre aux consommateurs de faire des choix éclairés, souligne le journaliste pour qui « la transparence est essentielle et doit guider tout cadre réglementaire futur ». « Les plateformes d’IA générative doivent divulguer leurs sources de données d’entraînement et fournir une documentation sur leurs modèles d’IA (taille de l’ensemble de données, répartition par genre et méthodologie). »

Certains de ces changements sont en cours : Suno a annoncé en 2025 qu’elle abandonnerait ses modèles d’IA actuels et les remplacerait par de nouveaux modèles « plus avancés », entraînés exclusivement sur des données autorisées, dans le cadre de son accord avec Warner. Toutefois, on peut soutenir que les plateformes ayant bâti leur valeur grâce à de la musique non autorisée devraient être explicitement exclues de tout cadre réglementaire régissant la musique générée par IA. Les récompenser aujourd’hui ne ferait qu’encourager, à l’avenir, ces mêmes modèles fondés sur le principe « construire d’abord, demander ensuite ».

« L’IA générative menace de déstabiliser non seulement les revenus des artistes, mais aussi le lien conceptuel entre la créativité et les créateurs eux-mêmes ». Contrairement au sampling ou à l’imitation – pratiques ancrées dans des choix guidés par un dialogue artistique et une longue tradition de la citation musicale -, « l’IA générative évince totalement le créateur ». Il ne s’agit pas d’un outil de création retravaillant ou répondant à une œuvre existante, mais d’un processus qui dépossède les artistes de leur propre travail. « Si les accords conclus entre les grandes maisons de disques et les plateformes d’IA peuvent sembler positifs pour les artistes, il convient de rappeler qu’ils sont conçus dans l’intérêt des dirigeants et des actionnaires, et non nécessairement de celui des artistes et musiciens ; ces derniers risquent de subir des pressions pour s’intégrer à ces nouveaux systèmes d’IA, alors même que leurs opportunités s’amenuisent face à la production de masse de chansons ».

« Si les décideurs politiques n’agissent pas avec détermination, les artistes pourraient se retrouver confrontés à un avenir où prospèrent des structures de propriété prédatrices et des plateformes dominantes, tandis que la pratique musicale humaine deviendrait de plus en plus précaire au sein des systèmes qui reposent pourtant sur elle. Il n’en résulterait pas nécessairement le silence, mais une profusion de musique à la tonalité étrangement anonyme : un flux ininterrompu de chansons aux styles familiers, générées pour imiter des artistes et des genres populaires, mais déconnectées des communautés et des relations qui les avaient fait naître. Dans ce scénario, la musique de demain se caractériserait par une présence sonore constante doublée d’une absence croissante d’auteur identifiable. »

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Musique : le piège du droit d’auteur génératif

Pour le magazine canadien Maisonneuve, le journaliste Michael Rancic, qui fait partie de la coopérative de journalistes musicaux New Feeling, se désole de l’omniprésence de la musique générative partout. Mais si les plateformes de streaming sont déjà envahies des morceaux produits notamment via les outils proposés par Suno et Udio, les acteurs majeurs de la musique (stations de radio, organismes de réglementation et maison de disques), eux, tergiversent, hésitant entre intégrer ou au contraire à contrer la musique générative. 

En octobre 2025, la Socan (Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) a annoncé avoir harmonisé sa position sur la génération de musique avec son homologue américain, l’Ascap (la société américaine des compositeurs, auteurs et éditeurs). 

Désormais, « les auteurs-compositeurs peuvent enregistrer des chansons partiellement générées par l’IA pour percevoir des redevances ». Pour Rancic, c’est là un tournant : les œuvres créées avec l’aide de l’IA générative peuvent être intégrées aux systèmes existants de propriété et de rémunération. L’annonce précise soigneusement que, pour être éligible aux redevances, une chanson doit toujours comporter des « éléments de création humaine ». Cependant, elle légitime simultanément une technologie que beaucoup perçoivent comme une menace pour le savoir-faire musical humain.

Or, rappelle Rancic, Suno a reconnu avoir entraîné son modèle depuis toute la musique enregistrée disponible. L’entreprise n’avait aucune autorisation pour ce faire et n’a offert aux artistes aucun moyen de retirer leurs œuvres, qu’elles soient protégées ou non par le droit d’auteur. Des plateformes comme Suno absorbent ainsi des décennies de travail humain et produisent des imitations convaincantes en quelques secondes. Entraînée sur des milliers d’œuvres protégées par le droit d’auteur, la production est alors considérée comme une « nouvelle » chanson. Durant leurs premières années d’activité, Suno et Udio ont également mis en place des cadres propriétaires autour de ces nouvelles chansons : celles-ci peuvent être immédiatement acquises par quiconque saisit l’instruction de génération. Ce contournement des droits d’auteur a, à juste titre, suscité l’inquiétude des artistes.

Premièrement, il a permis aux entreprises d’IA de tirer profit d’œuvres pour lesquelles elles n’avaient pas nécessairement acquis de licence. Deuxièmement, il permet aux utilisateurs de générer des quantités massives de musique sans rémunérer les artistes – un système qui pourrait entraîner la perte de revenus pour de nombreux musiciens. Une lettre ouverte de 2024, signée par des artistes tels que Billie Eilish, Chappell Roan et Arkells, qualifiait l’entraînement d’IA sur de la musique sans compensation d’« atteinte à la créativité humaine ».

Ces tensions ne sont pas propres à la musique. Les artistes visuels ont exprimé des préoccupations quasi identiques concernant les générateurs d’images entraînés sur leurs œuvres, tandis que les cinéastes et les acteurs ont commencé à se confronter aux outils d’IA capables de reproduire des voix, des textes et même des images.

En annonçant les nouvelles lignes directrices sur les redevances, la Socan a décrit l’IA comme un outil précieux largement adopté par les musiciens. Dans le même temps, la déclaration critique le fonctionnement actuel de cet outil censément utile : « l’utilisation par les entreprises de technologies d’IA de modèles basés sur des œuvres musicales protégées par le droit d’auteur, sans autorisation, compensation ni mention des créateurs, ne relève pas de l’usage loyal, mais du vol ». La Socan a réitéré ce point de vue lors d’une récente campagne publique, appelant le gouvernement fédéral à « dire non à l’entraînement de l’IA sur de la musique sans licence ». Mais si la Socan le croit vraiment, pourquoi autoriser la perception de redevances sur des œuvres produites à l’aide de telles plateformes ?

Les lignes directrices de la Socan concernant l’enregistrement de l’IA font la distinction entre les « productions générées par l’IA », qui ne sont pas admissibles à l’enregistrement, et les « œuvres assistées par l’IA ». Or, les déclarants n’ont pas à divulguer l’utilisation de l’IA dans leurs œuvres assistées par l’IA, ce qui signifie que la Socan fait preuve d’une grande confiance, explique Michael Rancic. Déterminer si une chanson a été partiellement ou entièrement créée avec l’IA semble reposer sur une simple intuition. Seule compte une directive vague selon laquelle « la créativité de l’auteur humain doit être centrale ». Il serait envisageable de déposer une chanson avec des voix humaines sur une musique instrumentale générée par IA – entraînée sur les meilleurs rythmes jamais créés – et de satisfaire ainsi aux exigences minimales fixées. Si certains défenseurs font la distinction entre la musique utilisant simplement des composants d’IA et celle entièrement produite par IA, cette frontière est de plus en plus difficile à maintenir. En pratique, les deux reposent souvent sur les mêmes infrastructures d’entraînement et l’extraction de données à partir d’enregistrements humains, ce qui rend la distinction moins pertinente qu’il n’y paraît et pourrait même contribuer à redorer l’image de la génération par IA.

Bien que toutes les plateformes de musique générée par IA ne soient pas entraînées sur de la musique sans licence, la nouvelle réglementation n’identifie aucun mécanisme permettant de distinguer la musique générée par IA utilisant ou non des chansons sans licence, et crée un précédent en faveur de l’adoption de cette technologie. Parallèlement, la déclaration souligne l’importance de soutenir les artistes et de favoriser la créativité. « L’avenir de la musique peut intégrer l’IA tout en restant profondément humain », affirme Jennifer Brown, PDG de la Socan. Ce cadre confère de fait la propriété intellectuelle aux utilisateurs d’IA générative et fragilise les structures de propriété antérieures, censées protéger les artistes. Il révèle une asymétrie dans le traitement de la paternité, du travail et des risques au sein de l’industrie musicale. « Les associations musicales s’empressent d’adopter les nouvelles technologies et plateformes, tout en les critiquant, reflétant une tendance générale du secteur à privilégier les plateformes au détriment des artistes ».

Alors que des organismes comme la Socan acceptent la musique générée par l’IA, les acteurs gouvernementaux et industriels élaborent leurs propres approches. Le gouvernement fédéral canadien consulte actuellement les intervenants du secteur, notamment la Socan, sur l’interaction entre l’IA générative et le droit d’auteur. Ces consultations, menées auprès du Groupe de travail sur la stratégie en matière d’IA du gouvernement et du Comité permanent du patrimoine canadien, visent à éclairer l’élaboration de la stratégie canadienne en matière d’IA pour les années à venir. Malgré la croissance rapide de l’IA générative, le Canada ne dispose actuellement d’aucune loi spécifiquement conçue pour traiter de ses implications en matière de droit d’auteur et de droits des créateurs. Toutes les questions relatives au droit d’auteur relèvent de la Loi sur le droit d’auteur. Actuellement, la Loi sur le droit d’auteur limite l’« utilisation équitable » à des fins spécifiques comme la recherche, la critique, l’éducation ou la parodie. Autrement dit, il est légal d’utiliser des œuvres protégées par le droit d’auteur sans autorisation à ces fins et dans certains contextes. Ces fins n’incluent pas explicitement les entreprises d’IA qui entraînent leurs modèles sur de la musique sans autorisation. « Dans ce contexte, la décision de la Socan d’intégrer la musique générée par l’IA à son système de redevances, avant même que le Canada n’ait établi si cette technologie est conforme à la loi sur le droit d’auteur, revient à mettre la charrue avant les bœufs ».

Il est paradoxal de voir les organisations de l’industrie s’empresser de créer des voies d’accès pour l’IA, explique Michael Rancic. « Prenons l’exemple des plateformes musicales. Lorsque de nouvelles technologies ont bouleversé les normes créatives par le passé, l’industrie n’a pas hésité à intervenir pour protéger les titulaires de droits et sanctionner ceux qui opéraient en dehors du cadre établi. Le sampling (ou échantillonnage), par exemple, a suscité des décennies de litiges, d’accords de licence stricts et une dynamique inéquitable où la charge du risque juridique lié à l’autorisation des échantillons incombait à celui qui les utilisait. Dans les années 1980 et 1990, les différends canadiens liés au sampling ont été largement influencés par les grandes maisons de disques et les titulaires de droits américains. John Oswald, pionnier de l’approche de collage musical par échantillonnage baptisée « plunderphonics », a ressenti le poids et l’influence de la Canadian Recording Industry Association (CRIA, aujourd’hui Music Canada). L’œuvre d’Oswald transformait des tubes classés en tête des palmarès en mosaïques sonores abstraites, métamorphosant le familier en quelque chose d’étrange et d’insolite – une prouesse alliant virtuosité technique et créativité. La CRIA a agi pour le compte des majors américaines en adressant à Oswald une mise en demeure, obtenant finalement la destruction de son œuvre. »

Le régime actuel du droit d’auteur favorise les artistes établis représentés par de grandes maisons de disques, ces dernières disposant des ressources nécessaires pour identifier les titulaires de droits, négocier les licences et régler les frais initiaux éventuels, rappelle Michael Rancic. « Ce système opaque et bureaucratique pénalise lourdement les artistes émergents : il rend risquée l’utilisation transparente d’échantillons et les empêche souvent de détenir légalement les droits sur leurs œuvres – et donc d’en tirer profit. Une chanson contenant un seul échantillon non autorisé ne peut être enregistrée pour percevoir des redevances ; en revanche, une chanson créée par des plateformes entraînées sur une quantité colossale de musique non autorisée semble, elle, échapper à ces contraintes. »

« Les structures du droit d’auteur dans l’industrie musicale sont conçues pour servir ses membres les plus puissants » (voir notre article, « Mais qui décide de comment on compte ? », qui prenait justement l’exemple des Majors de la musique). « Les nouvelles technologies contribuent à perpétuer ce mécanisme : il est révélateur, par exemple, qu’avant même de pouvoir générer de la musique, les outils d’IA aient été utilisés par l’industrie pour surveiller les violations du droit d’auteur ». Spotify a acquis The Echo Nest en 2014 après que cette entreprise a mis au point une technologie d’empreinte acoustique (audio fingerprinting), capable d’analyser les caractéristiques sonores uniques d’un enregistrement pour les convertir en une signature numérique compacte. Concrètement, cette technologie permet aux plateformes de reconnaître les chansons dès leur mise en ligne et d’empêcher la diffusion de copies non autorisées. Aujourd’hui, les plateformes de streaming utilisent des technologies similaires – telles que des « filtres anti-spam musical » – pour identifier la musique générée par IA et les violations potentielles du droit d’auteur. Ces outils sont présentés comme une réponse aux violations du droit d’auteur liées à la génération de musique par IA, alors même qu’ils reposent eux aussi sur cette technologie, explique Rancic. Lorsque l’IA est à la fois le problème et la solution, il semble qu’il n’y ait plus vraiment de choix.

« Le déploiement rapide, au cours de la dernière décennie, d’outils de protection des droits basés sur l’IA témoigne de la priorité accordée de longue date à la préservation de la propriété intellectuelle et des redevances associées. Pourtant, lorsque ces mêmes technologies sous-jacentes permettent la production automatisée de musique, la réaction du secteur se fait nettement plus permissive, voire complaisante. » Au départ, l’industrie a semblé céder à la panique face à l’émergence de la musique générée par IA, les grandes maisons de disques intentant des procès aux entreprises technologiques à l’origine de ces outils. Aujourd’hui, certains de ces mêmes acteurs cherchent activement à collaborer avec ces entreprises. Warner Music Group a récemment trouvé un terrain d’entente avec Suno et Udio concernant les méthodes d’entraînement de leurs modèles d’IA, et Universal Music Group a également conclu un accord avec Udio, sans que les détails financiers et une grande partie des clauses contractuelles de ces accords ne soient ni publics ni transparents, rappelle le journaliste. « Ce que l’on sait, en revanche, c’est que ces accords s’accompagnent de l’annonce d’un partenariat entre Warner, Universal et Udio visant à créer une nouvelle plateforme de génération de musique par IA. Les accords conclus par Udio avec ces deux labels, tout comme celui passé entre Warner et Suno, prévoiraient des mécanismes permettant aux artistes de choisir si leur musique peut ou non servir à l’entraînement des modèles d’IA. Udio et Suno promettent tous deux d’abandonner progressivement les modèles actuels de leurs plateformes – entraînés à partir de musiques non autorisées -, bien que ces modèles soient toujours en service à l’heure où nous écrivons ces lignes. »

Cette attitude permissive de l’industrie face au vol de contenu par les plateformes devient plus compréhensible si l’on reconsidère la véritable finalité de la génération de musique par IA, explique Rancic. Le discours marketing d’Udio affirme que l’entreprise « développe des outils d’IA pour permettre à la prochaine génération de créateurs musicaux d’émerger », tout en soulignant sa capacité à « élargir les horizons musicaux et à permettre à chacun de créer une musique extraordinaire ». Cette présentation de l’IA comme un outil de création se retrouve dans les déclarations de la Socan ainsi que dans des articles du secteur vantant les innombrables possibilités offertes par la musique générée par IA ; comme de générer « des genres musicaux nouveaux ». « Mais tout cela relève de la communication. La véritable proposition de valeur des plateformes de musique générative ne réside ni dans l’innovation esthétique, ni dans un meilleur accès aux outils musicaux, ni même dans l’enrichissement de la création. Elle consiste avant tout à produire des contenus sonores dont on peut immédiatement s’approprier les droits. » Avant les poursuites engagées à leur encontre par les grandes maisons de disques, Suno et Udio permettaient toutes deux aux utilisateurs de télécharger et, de fait, de s’approprier les morceaux générés par l’IA. Dans le cadre de son accord à l’amiable, Udio ne permet plus aux utilisateurs de télécharger et de posséder des chansons générées par IA. Tandis que Suno impose désormais aux utilisateurs de payer pour télécharger les morceaux créés sur sa plateforme. Le nouvel abonnement « Pro » de Suno promet aux utilisateurs la possibilité de générer jusqu’à 500 chansons par mois et l’octroi immédiat des « droits d’utilisation commerciale pour les nouvelles créations ». 

« Vous n’avez pas les moyens d’obtenir les droits d’utilisation d’un sample d’artistes Warner comme Neil Young ou Ed Sheeran ? Aucun souci. Vous pouvez désormais créer une chanson dans le style de ces artistes. Vous en devenez immédiatement propriétaire, vous pouvez l’échantillonner à volonté et, grâce à l’annonce de la Socan, vous pouvez même percevoir des droits d’auteur, à condition d’avoir écrit les paroles. Ce nouveau modèle contourne complètement les structures de droits d’auteur et de propriété de l’industrie musicale, le tout dans le but de générer de la valeur pour les investisseurs du secteur technologique (et, grâce à leurs accords, les maisons de disques s’assurent toutefois de conserver leur part du gâteau). Il est franchement lassant de voir ce cycle se répéter sans cesse et de constater que ceux qui, dans l’industrie, ont le pouvoir d’influencer le changement, traitent ces évolutions comme s’il s’agissait de nouveautés – une énième technologie présentée comme un outil de démocratisation de la musique, alors qu’elle sert surtout à consolider leur pouvoir et à s’approprier le travail d’autrui. »

L’abonnement « Pro » offrant « 500 chansons par mois » fait qu’il est difficile de voir Suno autrement que comme un outil de production de masse de musique sous licence pour la publicité, la télévision, les réseaux sociaux et les espaces publics. Cette stratégie est tout à fait logique étant donné la financiarisation croissante de l’industrie, où la propriété des compositions est devenue primordiale. Posséder les droits sur la composition d’une chanson – non seulement l’enregistrement sonore, que l’industrie a toujours exploité, mais aussi la musique et les paroles – est devenu un bien précieux. Des musiciens canadiens comme Young et Justin Bieber ont vendu les droits d’une part importante de leur catalogue. « L’argent dans l’industrie musicale provient désormais des contrats de licence, et non plus des ventes de disques, et les chansons constituent un actif financier », rappelle pertinemment le journaliste. « Grâce à l’IA, les grandes maisons de disques peuvent exploiter davantage ces actifs pour créer de la musique à l’image de leurs artistes sans nécessairement leur verser de royalties ». Un phénomène qui se manifeste dans l’ensemble des industries créatives, à l’image du monde des acteurs et des scénaristes… « Si l’industrie musicale s’est d’abord montrée méfiante face à la menace que représente l’IA pour le droit d’auteur, elle a désormais compris qu’elle pouvait intégrer cette technologie à ce système à son propre avantage ». Au final, tout cela se traduit par moins de travail et probablement une baisse des revenus pour les artistes.

La question n’est plus de savoir si l’IA va transformer la musique, mais dans quelles conditions cette transformation aura lieu. « Des décisions comme celle de la Socan, et les récents accords conclus entre les grandes maisons de disques et les principales entreprises de musique générée par IA, laissent penser que l’industrie se prépare à intégrer les systèmes génératifs avant même d’avoir mis en place des garde-fous capables de protéger les créateurs que ces systèmes exploitent. Les nouvelles politiques de la Socan, et leur exclusion des œuvres entièrement générées par IA, pourraient constituer les prémices de tels garde-fous, mais leur portée reste floue et leur application encore plus complexe. En l’absence de normes contraignantes concernant les données d’entraînement, le consentement et la rémunération, la normalisation de la paternité assistée par IA risque de consolider les inégalités plutôt que de les résoudre. Les cadres émergents permettent aux plus influents de tirer profit de la musique générée par IA, tandis que les artistes moins connus, dont le travail a été volé, sont exploités de manière perpétuelle à chaque utilisation de ces plateformes. »

« Bien que je ne partage pas leur analyse selon laquelle les craintes suscitées par l’IA sont comparables à celles qui ont accompagné l’apparition des synthétiseurs et des boîtes à rythmes, Gordon A. Gow et Brian Fauteux proposent une idée pertinente pour un cadre potentiel encadrant l’IA », explique encore Rancic. S’appuyant sur le précédent du système de classification canadien MAPL – un label apposé sur la musique canadienne indiquant qu’elle répond à un certain niveau de contribution canadienne -, ils proposent d’étiqueter les chansons générées par l’IA. Des labels physiques et numériques pour l’IA pourraient à tout le moins favoriser la transparence et permettre aux consommateurs de faire des choix éclairés, souligne le journaliste pour qui « la transparence est essentielle et doit guider tout cadre réglementaire futur ». « Les plateformes d’IA générative doivent divulguer leurs sources de données d’entraînement et fournir une documentation sur leurs modèles d’IA (taille de l’ensemble de données, répartition par genre et méthodologie). »

Certains de ces changements sont en cours : Suno a annoncé en 2025 qu’elle abandonnerait ses modèles d’IA actuels et les remplacerait par de nouveaux modèles « plus avancés », entraînés exclusivement sur des données autorisées, dans le cadre de son accord avec Warner. Toutefois, on peut soutenir que les plateformes ayant bâti leur valeur grâce à de la musique non autorisée devraient être explicitement exclues de tout cadre réglementaire régissant la musique générée par IA. Les récompenser aujourd’hui ne ferait qu’encourager, à l’avenir, ces mêmes modèles fondés sur le principe « construire d’abord, demander ensuite ».

« L’IA générative menace de déstabiliser non seulement les revenus des artistes, mais aussi le lien conceptuel entre la créativité et les créateurs eux-mêmes ». Contrairement au sampling ou à l’imitation – pratiques ancrées dans des choix guidés par un dialogue artistique et une longue tradition de la citation musicale -, « l’IA générative évince totalement le créateur ». Il ne s’agit pas d’un outil de création retravaillant ou répondant à une œuvre existante, mais d’un processus qui dépossède les artistes de leur propre travail. « Si les accords conclus entre les grandes maisons de disques et les plateformes d’IA peuvent sembler positifs pour les artistes, il convient de rappeler qu’ils sont conçus dans l’intérêt des dirigeants et des actionnaires, et non nécessairement de celui des artistes et musiciens ; ces derniers risquent de subir des pressions pour s’intégrer à ces nouveaux systèmes d’IA, alors même que leurs opportunités s’amenuisent face à la production de masse de chansons ».

« Si les décideurs politiques n’agissent pas avec détermination, les artistes pourraient se retrouver confrontés à un avenir où prospèrent des structures de propriété prédatrices et des plateformes dominantes, tandis que la pratique musicale humaine deviendrait de plus en plus précaire au sein des systèmes qui reposent pourtant sur elle. Il n’en résulterait pas nécessairement le silence, mais une profusion de musique à la tonalité étrangement anonyme : un flux ininterrompu de chansons aux styles familiers, générées pour imiter des artistes et des genres populaires, mais déconnectées des communautés et des relations qui les avaient fait naître. Dans ce scénario, la musique de demain se caractériserait par une présence sonore constante doublée d’une absence croissante d’auteur identifiable. »

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Roudoudou annonce sa fermeture à Rimouski

La boutique de jeux et de jouets Roudoudou, située sur la rue Saint-Germain Ouest à Rimouski, ferme ses portes.

Sa direction a confirmé l’information, au cours de la fin de semaine, sur sa page Facebook. En tout, six personnes perdront leur emploi.

« C’est malheureusement la fin de l’aventure pour Roudoudou. Merci à tous ceux qui ont fait partie de notre histoire », peut-on lire, confirmant ainsi la fin de cette institution du centre-ville de Rimouski depuis 33 ans.

Sa gérante, Pascale Vachon, a expliqué à Radio-Canada avoir vu le chiffre d’affaires annuel décliner depuis une dizaine d’années.

« Mon stock est dans les pharmacies, les librairies, dans les papeteries. Il est même chez Canac à Noël », a indiqué madame Vachon à la collègue Lisa-Marie Bélanger.

La boutique cessera officiellement ses activités à la fin de sa vente de fermeture, présentement en cours.

Cette nouvelle survient deux ans et demi après la fermeture d’un autre magasin indépendant de jeux et jouets de Rimouski, Le P’tit Futé, qui était situé sur la montée Industrielle-et-Commerciale.

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Le Ludik Café ouvre ses portes à Rimouski

Après plusieurs semaines de préparation, les propriétaires du Ludik Café, Caroline Lavoie et Daniel Jean, confirment l’ouverture du Ludik Café, ce jeudi 17 septembre, au 138 rue Saint-Germain Ouest, à Rimouski.

L’établissement offrira deux activités bien distinctes, soit la peinture sur céramique et des quiz immersifs.

Le concept de Ludik Café gagne en popularité un peu partout au Québec, mais il était absent à Rimouski jusqu’à maintenant.

« Les gens réservent une table pour une période de trois heures pour peindre l’objet en céramique de leur choix. Ils nous le laissent pour qu’on s’occupe du glaçage et de la cuisson et ils reviennent le chercher deux ou trois semaines plus tard. Les frais de studio sont de 13$ pour avoir une table, le matériel et la peinture. À cela s’ajoute le prix de l’objet qui varie entre 12 et 40$. Il est possible de prendre un abonnement de six mois à 60 $ pour éviter les frais de studio et peindre aussi souvent que désiré », explique Caroline Lavoie.

Le concept est très populaire à Magog et à Rivière-du-Loup, notamment.

« Nous avons annoncé notre ouverture mardi et nous avons déjà des réservations. Ça augure bien », mentionne la copropriétaire, qui précise qu’il est préférable de réserver sur le site Internet ludikcafé.ca pour s’assurer d’avoir une place, bien qu’il soit possible d’arrêter en passant.

Quiz immersif

À l’arrière du café, six consoles Quizy permettent de participer à un quiz immersif avec des questions et des jeux. « Les installations sont autonomes et elles peuvent accueillir entre quatre et 12 joueurs. C’est un tout nouveau concept qui n’existait pas dans la région », mentionne madame Lavoie.

Photo : Le quiz immersif peut accueillir entre 4 et 12 personnes en même temps. (Photo Le Soir.ca- Alexandre D’Astous)

Le Ludik Café est un café pas comme les autres. Il propose du café et des sandwichs, salade, biscuits et chocolats, mais en priorité pour répondre aux besoins de ses utilisateurs.

« Notre objectif n’est pas de concurrencer les autres cafés, mais de permettre à nos peintres de boire et manger sur place », explique madame Lavoie.

Il sera possible de prendre un café et de la nourriture uniquement si les tables ne sont pas toutes occupées pour la peinture.

Le Ludik Café sera ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10 h à 20 h le lundi, de 10 h à 23 h du jeudi au samedi et de 10 h à 19 h le dimanche.

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Stade du Centenaire : immeuble de cinq étages projeté sur le site

Après avoir acquis le terrain de l’ancien Stade du Centenaire, Gestion Pascal Soucy s’associe à JCB Construction Canada, un important entrepreneur général spécialisé dans la réalisation de projets de construction d’envergure, pour lancer un immeuble résidentiel et commercial de cinq étages, comprenant au moins 48 logements locatifs à Mont-Joli.

Le projet prévoit pour l’instant des logements de type 3 ½ et 4 ½, des locaux commerciaux au rez-de-chaussée et des espaces de stationnement.

Le nombre final de logements pourrait augmenter. Dans un communiqué, JCB Construction Canada indique qu’une étude d’optimisation est en cours pour déterminer s’il serait possible d’en aménager davantage, selon les caractéristiques du terrain ainsi que les autorisations municipales et réglementaires nécessaires.

Le président-directeur général de JCB Construction Canada, Alexandre S. Boucher, souhaite que le projet permette de créer « un milieu de vie de qualité, accessible et bien intégré à son environnement ». Aucun échéancier de construction ni coût du projet n’a été annoncé.

L’entreprise, qui compte des bureaux à Brossard sur la rive-sud de Montréal et à Toronto, réalisera le projet en collaboration avec Gestion Pascal Soucy, pour répondre à un manque dans l’offre locative à Mont-Joli.

« L’accès à ce type de logements peut faire une réelle différence pour les personnes qui souhaitent s’établir à Mont-Joli, mais qui sont confrontées à un manque d’options adaptées à leurs besoins. Avec ce projet, nous voulons contribuer à élargir l’offre résidentielle et permettre à davantage de personnes de choisir Mont-Joli comme milieu de vie. », souligne Dr Pascal Soucy.

JCB Construction Canada indique que la conception du bâtiment « tiendra compte de son intégration dans le secteur, de la fonctionnalité des espaces et de la qualité architecturale. »

Accueilli avec enthousiasme

La Ville de Mont-Joli accueille avec enthousiasme le projet de développement proposé par JCB Construction Canada, en association avec Gestion Pascal Soucy, sur le terrain de l’ancien Stade du Centenaire.

Le conseil municipal a adopté une résolution, le 7 septembre dernier, pour permettre à la Ville de signer une entente avec Gestion Pascal Soucy pour l’acquisition du terrain.

Le terrain de l’ancien Stade du Centenaire de Mont-Joli (Photo courtoisie Google Maps)

Pour Mont-Joli, l’intérêt d’un promoteur d’envergure comme JCB Construction Canada, associé à un entrepreneur local, « témoigne du potentiel de développement et de son attractivité auprès des investisseurs. »

« C’est une belle marque de confiance envers notre ville et son potentiel. Le projet répond également à des objectifs importants pour nous, notamment l’augmentation de l’offre de logements et le développement d’une offre commerciale de proximité. Nous espérons maintenant que les dernières étapes entourant l’acquisition du terrain se dérouleront favorablement afin que ce beau projet puisse se concrétiser », souligne le maire Martin Soucy dans un communiqué.

Site stratégique pour Mont-Joli

Situé à l’intersection du boulevard Benoît-Gaboury (route 132) et de l’avenue Ross, la Ville de Mont-Joli rappelle que le terrain de l’ancien Stade du Centenaire occupe un emplacement stratégique.

Sa requalification permettrait de remettre en valeur un site actuellement vacant et de contribuer à la vitalité du secteur.

Les parties poursuivent maintenant les vérifications et les démarches prévues en vue de compléter la transaction.

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Le Macaronibar devient le Mac et compagnie

Le restaurant Macaronibar prépare en octobre prochain son déménagement sur la rue Saint-Germain Ouest à Rimouski, dans l’ancien local des restaurants Kuto et Le Bloc Africain, notamment en procédant à un changement de nom et en adressant une demande de permis d’alcool.

« Pour le déménagement, Macaronibar va devenir  »Mac et compagnie » en changeant de nom et de logo. Mac pour Marie-Pierre et Carl et compagnie pour toutes les autres entreprises, artistes, humains qui gravitent autour du Mac et qui collaborent avec nous », explique la copropriétaire de l’établissement, Marie-Pierre Gallant.

Une demande de permis de restaurant avec option traiteur, incluant une terrasse avec autorisation de spectacle, a été faite à la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec.

La demande vise un changement permanent d’endroit d’exploitation, du 11, rue Saint-Pierre au 134, rue Saint-Germain Ouest. La date reste à déterminer.

« La date officielle va dépendre de la date d’émission du permis d’alcool. Si tout va bien, on devrait le recevoir aux alentours du 13 octobre. On croise les doigts », précise madame Gallant, associée à Carl Dechamplain.

Belle opportunité

« C’est une belle opportunité, d’abord pour la visibilité, ensuite pour la bonification de notre menu. Même si nous nous sommes battus pour nous faire connaître, la rue Saint-Pierre est moins visible que la rue Saint-Germain Ouest, un secteur où souffle un vent de dynamisme auquel on souhaite participer », explique la copropriétaire de l’établissement, Marie-Pierre Gallant, en entrevue avec Le Soir.ca.

L’emplacement actuel de Macaronibar sur la rue Saint-Pierre (Photo courtoisie)

Le Macaronibar était un peu limité dans son local actuel.

« Nous fonctionnons avec une cuisine résidentielle, ce qui freine le développement de notre menu. Nous venons d’ajouter les burgers, mais on ne peut pas faire de friture. Notre prochain local est déjà prêt pour une cuisine commerciale. Nous allons pouvoir ajouter frites et poutines », poursuit madame Gallant.

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Gilles Lévesque s’éteint à 91 ans

L’ancien président de la Chambre de commerce de Rimouski, Gilles Lévesque, est décédé des suites d’une récidive de cancer à l’âge de 91 ans. Comptable agréé de profession, il a marqué le milieu des affaires rimouskois en s’impliquant dans plusieurs dossiers importants pour le développement de la région.

Au cours de sa carrière, monsieur Lévesque a notamment occupé le poste de directeur régional du cabinet Samson Bélair/Deloitte & Touche. Son parcours professionnel l’a amené à côtoyer de nombreux entrepreneurs et dirigeants d’organisations du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie.

Son engagement a toutefois largement dépassé le cadre de sa profession.

Régionaliste reconnu, monsieur Lévesque a notamment fait partie du comité formé pour assurer le maintien de l’Institut maritime du Québec à Rimouski dans les années 60 et 70, alors que de nombreuses instances souhaitaient son déménagement à Québec.

Sa mobilisation, comme celle de nombreux acteurs importants de l’époque, a permis de conserver cette institution d’enseignement spécialisée dans le Bas-Saint-Laurent.

Gilles Lévesque laisse dans le deuil son épouse Marthe.

Il était le père de Richard, propriétaire de Locaflex, d’André, propriétaire de Gendron Sports et de Sylvie, retraitée, en plus d’être grand-père de trois petits-enfants et arrière-grand-père à deux reprises.

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Vignoble de la FETE : un terroir nordique prometteur

Le Vignoble de la FETE, à Saint-Joseph-de-Lepage, se prépare à une très bonne saison de vendanges. La ferme expérimentale de l’entreprise de services-conseils en agroécologie Terre-Eau prévoit produire cette année autour de 10 000 bouteilles de vins blancs, rouges et rosés.

Le vignoble veut démontrer concrètement tout le potentiel du terroir régional pour la culture des fruits et la viticulture.

Sur les collines rocailleuses du 4e Rang de Saint-Joseph-de-Lepage, les grappes de raisin mûrissent tranquillement au soleil. Les vendanges commenceront dans quelques semaines et s’étaleront jusqu’aux premières gelées.

Sur près de quatre hectares, l’agronome et biologiste Louis Drainville a planté, depuis une dizaine d’années, 10 000 pieds de vigne de 13 cépages différents. Des variétés hybrides provenant autant de Bellechasse, au Québec, que d’Europe ou d’aussi loin que la Russie.

Avec un investissement de 3 M $, la Ferme expérimentale Terre-Eau (FETE) exploite l’un des rares vignobles de l’Est-du-Québec. Quatre personnes y travaillent à temps plein pendant la saison estivale.

L’expérience vise à vérifier la rusticité des cépages et à prouver qu’il est possible de faire des vins de qualité dans le climat froid du Bas-Saint-Laurent.

C’est l’aspect scientifique permettant de développer les connaissances autour de la culture et de la transformation du raisin ici qui passionne le vigneron.

« Là, ce qui m’intéresse, c’est de travailler sur d’autres cépages. Ceux qu’on avait identifiés comme les plus rustiques, finalement, ils atteignent tous la maturité. On est capable de faire du vin avec chacun et de mieux en mieux. Le pied de vigne, en vieillissant, donne de plus gros raisins, avec des caractéristiques chimiques différentes, ce qui per-met de faire du meilleur vin. »

Sol exceptionnel

Louis Drainville souligne les qualités du sol de la région pour la culture de la vigne et des arbres fruitiers en général.

Ce qu’il appelle le « terroir rimouskois » est formé d’une mince couche de terre arable sur un schiste argileux que les gens d’ici appellent du tuff. Cette roche sédimentaire aurait été formée il y a 400 000 à 500 000 ans. Les résultats sont impressionnants. Les pieds de vigne débordent de grappes bien formées.

« La vigne, elle aime la misère », ce qui explique, selon monsieur Drainville, les résultats obtenus à Saint-Joseph-de-Lepage.

Louis Drainville a planté, depuis une dizaine d’années, 10 000 pieds de vigne de 13 cépages différents. (Photo Le Soir.ca- Bruno St-Pierre)

« Quand on parle du terroir rimouskois, ce sont 20 000 hectares dans les MRC de La Mitis, de Rimouski-Neigette et des Basques. Et ce sol a une capacité exceptionnelle de produire des fruits à enracinement, comme des cerisiers, prunes et des pommes. »

Selon lui, il faut redécouvrir les qualités de notre terroir et les exploiter davantage.

« On a une méconnaissance. Et une culture aussi qui associe le tuff à une roche de misère. Mais avec la notion de terroir vient toute une science qui s’est beaucoup développée en Europe à partir de la culture de la vigne. »

L’agronome souhaite mettre ces connaissances à profit pour diversifier l’utilisation du sol.

Bureaucratie qui étouffe

Pour obtenir son permis de produc-teur artisanal de vin, le Vignoble de la FETE a dû aller devant le tribunal de la Régie des alcools, des courses et des jeux.

L’organisme refusait de délivrer le permis parce que le bâtiment utilisé pour le chai était en toile. Le tribunal a finalement penché en faveur du vignoble, qui a pu commencer sa production en 2024.

Le vin produit à Saint-Joseph-de-Lepage ne peut pas être identifié comme un « Vin du Québec », mais doit l’être comme un « Vin élaboré au Québec ».

Avec un investissement de 3 M $, la Ferme expérimentale Terre-Eau (FETE) exploite l’un des rares vignobles de l’Est-du-Québec. (Photo Le Soir.ca- Bruno St-Pierre)

Selon les règles du CARTV, le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants, un « Vin du Québec » doit provenir d’une aire géographique bien déli-mitée. Elle s’arrête à La Pocatière.

Même si le raisin pousse, est récolté et transformé au Bas-Saint-Laurent, il n’a pas le droit d’être appelé un vin du Québec. « J’ai arrêté de me battre », indique monsieur Drainville.

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Fuite à Saint-Octave-de-Métis : Alex Bradette change d’avocat

Alex Bradette, 29 ans, de Fermont, arrêté le 9 juin à Saint-Joseph-de-Lepage après avoir notamment traversé la rivière Mitis et quitté les lieux d’une sortie de route survenue à Saint-Octave-de-Métis, a changé d’avocat ce mardi matin au palais de justice de Rimouski.

Pendant que Me Frédéric Couturier mentionnait au tribunal que Me Pierre Gagnon souhaitait remettre le dossier au 21 septembre prochain, l’accusé a indiqué vouloir être dorénavant représenté par Me Juliette Levasseur.

Les dossiers sont reportés au 5 octobre, mais ils pourraient être devancés si Me Levasseur est prête à procéder avant.

Elle a mentionné devoir d’abord obtenir la preuve du bureau de Me Gagnon, dont la radiation de 30 jours prendra fin le 11 septembre.

La Cour avait réservé une heure pour la tenue de l’enquête sur remise en liberté, le 29 juillet.

« Je suis forcé de vous demander de reporter l’enquête puisque la caution que nous avons identifiée n’est pas en mesure de se présenter, pas même par vidéoconférence. Je vous propose donc de reporter les dossiers au 10 août afin de fixer l’enquête pendant cette semaine-là », avait alors mentionné l’avocat de l’accusé, Me Pierre Gagnon, par vidéoconférence.

La juge Andrée Saint-Pierre s’est assurée que l’accusé renonce de nouveau au délai de trois jours pour la tenue de son enquête avant d’autoriser le report. Cette renonciation a été de nouveau réitérée ce lundi.

Détenu depuis son arrestation

L’accusé est détenu depuis son arrestation, le 9 juin. Rappelons que la détention préventive purgée avant l’imposition d’une peine est comptabilisée à 1,5 jour par jour.

Bradette a comparu une première fois le 9 juin au palais de justice de Rimouski pour répondre à de nombreuses accusations. Le ministère public s’est alors objecté à sa remise en liberté.

Selon la dénonciation obtenue par Le Soir.ca, Bradette est accusé d’avoir conduit un véhicule avec les capacités affaiblies, d’avoir refusé d’obtempérer à un ordre de se soumettre à l’éthylomètre, sans excuse raisonnable et de conduite dangereuse.

Il doit aussi répondre d’avoir agi de manière et avec l’intention de provoquer la peur chez une personne associée au système judiciaire, de harcèlement envers la même personne, d’avoir volontairement entravé les agents de la paix dans leurs fonctions et de méfaits sur une autopatrouille.

Alex Bradette fait aussi face à deux chefs d’accusation de bris de probation.

Embardée et délit de fuite

Les policiers de la Sûreté du Québec sont intervenus à la suite d’une embardée impliquant un véhicule survenue sur la route du Grand-Remous, à Sainte-Octave-de-Métis.

À leur arrivée sur les lieux, les policiers ont constaté qu’aucun occupant ne se trouvait à bord du véhicule. Des démarches ont rapidement été entreprises afin de localiser la ou les les personnes impliquées.

Dans le cadre de l’intervention, l’homme de 29 ans a été localisé dans le secteur du 4e Rang, à Saint-Joseph-de-Lepage, après avoir notamment traversé la rivière Métis.

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VIA Rail : Blanchette-Joncas salue les retombées régionales

Le député de Rimouski–La Matapédia, Maxime Blanchette-Joncas, se réjouit de l’octroi à Alstom du contrat pour le remplacement des trains de long parcours de VIA Rail, qui entraînera notamment d’importantes retombées à La Pocatière.

« Après avoir ignoré pendant des années le savoir-faire québécois pour le remplacement des trains de VIA Rail, Ottawa choisit finalement de miser sur l’expertise d’ici plutôt que de faire à nouveau fabriquer les trains aux États-Unis, comme nous le réclamions. C’est une très bonne nouvelle pour La Pocatière, le Bas-Saint-Laurent et toute la filière ferroviaire québécoise », affirme le représentant du Bloc québécois.

La fabrication des caisses des 313 nouvelles voitures sera réalisée à La Pocatière, où quelque 250 emplois seront liés au contrat.

Selon Alstom, la charge de travail prévue à l’usine devrait permettre d’y maintenir plus de 500 travailleurs jusqu’en 2035. La conception et l’ingénierie seront réalisées à Saint-Bruno-de-Montarville.

Ce choix tranche avec celui effectué en 2018, alors que les libéraux avaient choisi l’entreprise américaine Siemens plutôt que Bombardier Transport, fleuron québécois, pour le remplacement de la flotte de VIA Rail dans le corridor Québec–Windsor, dans le cadre d’un contrat de 989 M $.

Calendrier qui soulève des questions

Le député s’interroge toutefois sur le moment choisi pour cette annonce.

Il s’agit du plus important investissement de l’histoire de VIA Rail, annoncé une semaine après le déclenchement de la campagne électorale québécoise et dix jours après l’annonce de plus de 11 milliards de dollars au Chantier Davie, le plus important contrat de construction navale de l’histoire du Québec.

Un train de passagers de VIA Rail (Photo courtoisie)

« Nous sommes évidemment contents pour La Pocatière, Saint-Bruno-de-Montarville et les travailleurs du chantier maritime Davie. Mais il faut quand même regarder le calendrier. Une annonce historique quelques jours avant le déclenchement de la campagne, puis une autre en pleine campagne électorale québécoise. À nos yeux, ça ressemble à une ingérence fédérale bien malvenue dans le débat électoral québécois. Il s’agit d’un précédent dangereux pour la démocratie. »

« Le Québec ne demande pas de faveur. Il demande sa juste part. Nous avons ici les travailleurs, l’expertise et le savoir-faire pour réaliser de grands projets. Ottawa vient enfin de le reconnaître. Il faudra maintenant que ça devienne la règle, pas l’exception », conclut le député Blanchette-Joncas.

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La Coop de Saint-Fabien demande une autorisation d’emprunt

Le Magasin Coop Marché Richelieu de Saint-Fabien tiendra une assemblée générale extraordinaire, le mercredi 16 septembre, pour faire le point sur sa situation financière. Une autorisation d’emprunt figure notamment à l’ordre du jour.

La rencontre aura lieu à 19 h au Pavillon des loisirs de Saint-Fabien.

Les membres prendront d’abord connaissance de la situation financière de la coopérative. Ils devront ensuite se prononcer sur une autorisation d’emprunt. Une période de questions est aussi prévue.

Cette assemblée survient quelques semaines après la reprise en main des activités de l’épicerie par le conseil d’administration, le 25 août.

Les administrateurs avaient alors fait savoir que la situation financière du commerce nécessitait des actions rapides pour assurer sa survie.

Plusieurs mesures déjà appliquées

Depuis le 1er septembre, l’épicerie ferme à 19 h tous les jours. Les frais de livraison ont aussi augmenté et le crédit accordé aux membres a été aboli.

Le service aux caisses a également été réduit. Les sacs de papier ne sont plus fournis aux clients.

Sur sa page Facebook, le maire de Saint-Fabien, Mario Beauchesne, a lancé un appel à la solidarité. « Encourageons notre coop. C’est maintenant ou jamais. Si on abandonne notre coop, on abandonne notre village. Montrons à tous qu’on est unis à Saint-Fabien. »

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Mark Carney nomme un diplomate expert en affaires en charge d’attirer des investissements au Canada

Le premier ministre fédéral a annoncé hier la nomination de Dominic Barton comme président du conseil d’administration de l’organisme Investir au Canada.

Barton a notamment:

  • dirigé la firme de consultants américaine McKinsey;
  • été ambassadeur du Canada en Chine. 

La nomination est intervenue deux semaines avant le premier Sommet canadien de l’investissement. 

Cet événement d’envergure doit réunir «les plus grands investisseurs du monde» à Toronto, les 14 et 15 septembre prochains.

L’objectif du gouvernement Carney est d’attirer d’ici 5 ans 1000 milliards $ d’investissements pour développer au pays de grands projets d’intérêt national.

[L'article Mark Carney nomme un diplomate expert en affaires en charge d’attirer des investissements au Canada a d'abord été publié dans InfoBref.]

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Rimouski Ford : les travaux sont commencés

Le coup d’envoi officiel des travaux pour aménager la nouvelle concession de Rimouski Ford sur la montée Industrielle-et-Commerciale a été donné ce mardi 1er septembre. Commencé depuis le début août, le projet de 20 M$ sera complété à l’automne 2027.

« Ça fait longtemps qu’on l’attend. La bâtisse dans laquelle nous sommes sur Léonidas est désuète et nous sommes rendus là. Nous manquons cruellement d’espace. Nous sommes contents pour nous, nos employés et nos clients. C’est un agrandissement important avec un terrain mieux adapté à nos besoins », souligne le copropriétaire de Rimouski Ford, Guillaume Michaud.

En ce moment, les travaux visent la préparation du terrain situé en face de la succursale Harley-Davidson et à proximité du magasin-entrepôt Costco.

« Le terrain a été choisi minutieusement et je pense que nous avons une des plus belles places à Rimouski, en face du Costco, pour avoir une belle visibilité », exprime monsieur Michaud.

Les travaux sont en cours sur le terrain de la montée Industrielle-et-Commerciale. (Photo Le Soir.ca-Annie Levasseur)

Ce dernier ajoute que les travaux sont exécutés par l’entrepreneur général de Québec Garoy Construction qui fait affaire avec une majorité de sous-traitants du Bas-Saint-Laurent.

« C’était hyper important pour nous et pour le Groupe Ouellet d’encourager local et de travailler en région avec nos entrepreneurs. La collaboration régionale est très importante. Les entrepreneurs sont aussi nos clients qui possèdent des véhicules Ford et nous sommes contents qu’ils aient répondu en grand nombre pour soumissionner. »

Un lieu plus vaste

Le futur bâtiment comprendra notamment une salle d’exposition pouvant accueillir sept véhicules, un vaste atelier mécanique climatisé, un service des pièces entièrement réaménagé ainsi que de nouveaux espaces destinés à améliorer le confort de la clientèle et des employés.

« Il y aura plus de places de stationnement. En ce moment, nous avons de la place pour seulement deux véhicules dans la salle d’exposition. En baie mécanique, nous en avons 11 présentement et nous allons monter à 15. Nous avons deux baies de lavage et nous allons en avoir quatre. Nous allons aussi avoir plus de bureaux pour nos employés. Ce sera beaucoup plus spacieux », indique Guillaume Michaud.

« Nous étions extrêmement limités dans les installations actuelles. D’avoir pignon sur rue et l’accès aux commerces, c’est très important, pour les clients en région. De pouvoir se permettre ça, c’est très apprécié de la clientèle et ça personnalise le service », ajoute Guillaume Riou en précisant que l’entreprise travaillait depuis 2022 sur ce projet.

Les copropriétaires de Rimouski Ford, Guillaume Riou et Guillaume Michaud, entourent le président-directeur général de Groupe Ouellet, Olivier Fleury. (Photo Le Soir.ca-Annie Levasseur)

Propriétaires de Rimouski Ford depuis six ans, Guillaume Michaud et Guillaume Riou, font partie du Groupe Ouellet qui compte 24 concessions au Québec. Les deux entrepreneurs rimouskois possèdent quatre concessionnaires automobiles à Rimouski et deux à Matane. Ford Rimouski compte une soixantaine d’employés.

Inquiétude commerciale

La guerre commerciale avec les États-Unis crée de l’incertitude pour les entrepreneurs, dont les propriétaires de Ford Rimouski.

« Avec le Groupe Ouellet, je pense qu’il fallait oser et se donner les moyens pour réaliser le projet même s’il y a un brouillard d’incertitude derrière ça. C’était difficile d’opérer dans les installations actuelles, donc il fallait avancer. Depuis 2026, notre capacité de vente a pratiquement doublé. Ça demandait des installations plus compétitives », conclut monsieur Riou.

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Le prix de l’essence frôle les 2 $ le litre à Rimouski

Le prix de l’essence a bondi dans les dernières heures à Rimouski, où plusieurs stations-services affichent le litre d’ordinaire à 196,4 ¢.

Cette nouvelle hausse rapproche encore une fois les automobilistes rimouskois du seuil symbolique des 2 $ le litre.

Dans la région de Montréal, des stations-services offrent déjà l’essence ordiniare à plus de 2 $ le litre depuis le 30 août. Des prix de 200,9 ¢ ont notamment été observés sur l’île et jusqu’à 201,9 ¢ dans certains secteurs.

Le prix de l’essence avait aussi atteint les 2 $ le litre, au printemps dernier, dans le secteur de Rimouski. Les tensions au Moyen-Orient et les perturbations dans le transport du pétrole avaient alors exercé une pression à la hausse sur les marchés.

Les automobilistes payent le prix de l’essence ordinaire à fort prix dans le secteur de Rimouski. (Photo Le Soir.ca- Annie Levasseur)

Une baisse des prix du pétrole avait suivi en juin, dans la foulée d’une accalmie entre les États-Unis et l’Iran.

La reprise des hostilités en juillet a toutefois ramené de l’incertitude sur les marchés pétroliers et contribué à une nouvelle poussée des prix à la pompe.

La fin de la suspension de la taxe d’accise sur l’essence de 10 cents du gouvernement fédéral, prévu le 7 septembre, pourrait aussi influencer la facture des consommateurs.

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La dette des États-Unis a dépassé 40 000 milliards $US

L’endettement du gouvernement fédéral américain a plus que doublé en moins d’une décennie.

La croissance rapide de la dette s’explique par plusieurs facteurs, dont:

  • le financement de mesures liées à la pandémie de Covid-19
  • la hausse des taux d’intérêt
  • le financement de divers programmes gouvernementaux et militaires

Plusieurs analystes craignent que cette hausse:

  • réduise la capacité du gouvernement américain à financer ses programmes; 
  • alimente l’inflation.

[L'article La dette des États-Unis a dépassé 40 000 milliards $US a d'abord été publié dans InfoBref.]

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La France interdit les appels de télémarketing non sollicités

Une loi française interdit désormais à la plupart des entreprises et des organisations de contacter les consommateurs sans leur consentement préalable.

Le gouvernement français estime qu’environ trois Français sur quatre recevaient jusqu’à maintenant au moins un appel non sollicité par semaine sur leur téléphone cellulaire.

Au Canada, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes autorise les télévendeurs à contacter les consommateurs qui n’ont pas inscrit leur numéro sur une liste d’exclusion.

[L'article La France interdit les appels de télémarketing non sollicités a d'abord été publié dans InfoBref.]

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L’efficacité énergétique couterait trois à cinq fois moins cher que produire de la nouvelle électricité

C’est économiquement rentable de réduire la consommation d’électricité pour nos besoins actuels afin de mieux répondre à nos besoins futurs, explique à InfoBref le professeur Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal.

Selon une étude commandée par le Conseil québécois des entreprises en efficacité énergétique, dont Pierre-Olivier Pineau est un des auteurs: 

  • les économies d’énergie coutent en moyenne 3 cents le kilowattheure;
  • produire de l’électricité supplémentaire coute en moyenne 12 cents le kilowattheure.

Miser sur l’efficacité énergétique est donc plus rentable, constate Pierre-Olivier Pineau.

Les kilowattheures économisés peuvent de plus alimenter de nouveaux bâtiments, de nouvelles entreprises ou des véhicules. 

Par ailleurs, l’efficacité énergétique réduit la vulnérabilité du réseau, parce qu’elle n’ajoute pas de nouvelles infrastructures à entretenir. 

Pourtant, selon l’étude, 60% de l’énergie consommée par le secteur industriel est perdue sans être valorisée.


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Si l’efficacité énergétique est rentable, pourquoi n’est-elle pas plus mise en pratique? 

«L’un des éléments est qu’il faut investir de l’argent immédiatement pour des bénéfices qui n’arriveront que dans plusieurs années», répond le professeur. 

  • «Les gens préfèrent étaler sur 15 ans plutôt que de faire de gros investissements aujourd’hui», ajoute-t-il.   

Aussi, la mise en place de nouvelles technologies peut temporairement perturber les activités d’une entreprise. 

  • «Des travaux dans le bâtiment, personne n’aime ça.»

Par ailleurs, «ce n’est pas toujours facile de savoir à qui faire appel».  

  • «L’écosystème de l’efficacité énergétique est complexe». 

[Pour aller plus loin: Portrait de l’industrie de l’efficacité énergétique au Québec (PDF)]

[L'article L’efficacité énergétique couterait trois à cinq fois moins cher que produire de la nouvelle électricité a d'abord été publié dans InfoBref.]

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Vous préférez le muskisme ou le fordisme ?

Dans le New York Times, l’historien canadien Quinn Slobodian et l’essayiste militant Ben Tarnoff qui ont fait paraître Muskism : A Guide for the Perplexed (Harper Collins, 2026 non traduit, mais le livre est annoncé au Seuil pour début 2027) discutent de l’impact d’Elon Musk sur la société. Pour eux le muskisme n’est pas tant un fascisme que l’équivalent contemporain du fordisme, un mode d’organisation et de développement d’entreprise… mais qui n’agit plus seulement sur l’entreprise, mais sur toute la société (c’était le cas du fordisme aussi d’ailleurs). Reste que quand Ford proposait son modèle de développement, celui-ci venait avec un contrat pro-social parce qu’il payait bien ses ouvriers et souhaitait qu’ils puissent s’offrir ce qu’ils produisaient (tout en promouvant un ouvrier plus discipliné, comme le rappellent d’ailleurs Slobodian et Tarnoff dans un article pour le LPE Project). Toute la question est donc de savoir quel avenir Musk propose-t-il à l’humanité ? 

Musk, une souveraineté à son profit

Pour Tarnoff et Slobodian, Musk est l’un des grands défenseurs de « l’autonomie électrique ». C’est-à-dire qu’il défend l’idée que les énergies renouvelables peuvent renforcer l’autosuffisance d’un pays. C’est ainsi qu’il a positionné Tesla, qui n’est pas seulement un producteur de véhicules autonomes, mais d’abord un fournisseur de batteries. Trump aussi, à sa manière, est un fervent défenseur de l’autonomie électrique. Ses actions offensives en Iran ou au Venezuela, ses politiques tarifaires imprévisibles, le démantèlement des normes et institutions qui stabilisaient le système mondial sous l’égide américaine, incitent le pays à investir dans l’autonomie électrique. Des mesures qui pourraient accélérer la démondialisation amorcée au moins depuis la pandémie, les pays percevant de plus en plus l’intégration mondiale comme une source de risques et privilégiant l’autosuffisance et la résilience (même si cette démondialisation n’en est peut-être pas une, l’enjeu étant certainement plus d’étendre l’impérialisme de la tech…, la souveraineté visant peut-être bien plus le renforcement de la logique impériale que son abandon, comme le rappelle pertinemment la journaliste Célia Izoard en introduction du livre Anatomie d’une puce, Le monde à l’envers, 2026). 

Pour Musk, « l’usine est une enclave, un refuge face à l’instabilité d’un monde hostile », rappelle Tarnoff. La souveraineté énergétique de Musk s’étend sous la forme d’une souveraineté stratégique que l’IA accomplit. « L’introduction de nouveaux produits de la Silicon Valley, de Claude à Maven ou Palantir dans les opérations militaires ou ceux promus par le Doge dans le champ fédéral, montrent qu’ils sont bien plus une réussite qu’un échec ». Ils ne sont peut-être pas une réussite sur le fond, mais ils le sont sur la forme : « ils rendent le gouvernement dépendant d’une nouvelle suite d’outils d’IA pour exercer ses fonctions étatiques fondamentales », explique Slobodian. Musk défend ce que les auteurs appellent la « souveraineté en tant que service », une symbiose, une fusion du pouvoir public et du pouvoir privé. 

Pour Slobodian et Tarnoff, malgré ses déclarations, Musk ne serait pas libertarien. « Plutôt que de chercher à supplanter l’État, les grands acteurs de l’IA souhaitent surtout fusionner avec lui ». C’est notamment le cas de Space X, né en 2002 comme sous-traitant pour le Pentagon à une époque où le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld souhaitait une nouvelle approche militaire pour gagner la guerre contre le terrorisme. En 2024, SpaceX contrôlait plus de 95 % des lancements orbitaux américains. Musk est devenu de facto le garant de l’accès à l’orbite pour le gouvernement américain. Ce constat est encore plus flagrant pour Starlink, la branche satellitaire de SpaceX qui tente de prendre le contrôle, par la masse, sur les communications orbitales. L’intégration récente et totale de toutes ses entités (X qui a fusionné avec xAI, qui a fusionné avec SpaceX qui vient d’entrer en bourse en 2026 en incarnant le niveau le plus totalement déconnecté du marché qui soit, comme l’explique FakeTech), montrent que pour Musk, matériel, logiciel et idéologies se renforcent mutuellement. Pour lui, il y a peu de différence entre les matériaux de son empire et les moyens pour propager ses idées. 

Si Tesla pourrait sembler le miroir de Ford, le passage du roadster au Cybertruck illustre la transition d’un avenir radieux de consommation carbone sans limite à un avenir sombre marqué par le dérèglement climatique et le survivalisme. « Dans sa forme la plus aboutie, le muskisme exploite un désir de protection territoriale face aux chocs extérieurs, aux ennemis et aux indésirables. Dans un monde de relocalisation et de réarmement, le muskisme offre une infrastructure mondiale pour les projets nationaux », expliquent les deux chercheurs. 

« Les sociologues décrivent généralement le fordisme non seulement comme un mode d’organisation de l’usine, mais aussi comme un mode d’organisation de la société en dehors de l’usine. En simplifiant, on peut le décrire comme une production de masse et consommation de masse. Les nouvelles technologies et les nouvelles techniques, telles que celles mises au point par Henry Ford dans les années 1910, comme la chaîne de montage mobile, ont permis aux industriels de produire des biens à une échelle inédite. Mais, tout aussi important, les ouvriers pouvaient se permettre d’acheter ces biens grâce à une relative sécurité de l’emploi et à un salaire décent, garantis par les institutions de la négociation collective et l’État-providence. Dans les années 1970, le fordisme a commencé à s’effriter, laissant place à ce que l’on appelle généralement le « post-fordisme ». Le post-fordisme est associé aux nouvelles pratiques de production agiles développées au Japon, à l’externalisation et à la délocalisation, à la mondialisation des marchés, au déclin des syndicats, à l’essor de la finance et à l’affaiblissement de l’État-providence », rappelle Tarnoff. Pour Slobodian, les entreprises de Musk suivent le modèle d’intégration verticale de Ford. Les activités de production sont intégrées, contrairement au modèle d’Apple (conçu en Californie, assemblé en Chine). Musk acte d’un monde de relocalisation et de réarmement, il parie sur la déglobalisation de l’impérialisme, mais pas sur la fin de l’impérialisme.

Le contrat de fans, un contrat social… pour la guerre sociale

Le fordisme n’était pas uniquement, ni même principalement, un modèle de production industrielle, mais également un contrat social qui assurait de la participation active des populations à la production et à la consommation industrielle… Le muskisme, lui, ne propose qu’un « contrat de fans » à des investisseurs et quelques fidèles. A l’image de la coche bleue de X, devenue un symbole de dévotion, récompensée par une meilleure visibilité des publications de ses fans et clients grâce à l’algorithme. 

Pourtant, avec l’échec du Doge, Musk a montré qu’il a été incapable de convaincre le reste de la société que sa réussite profitera également à tous. Depuis il a fini d’embrasser le pire fascisme. Ses publications quotidiennes sont inondées d’hystéries sur le déclin démographique blanc et le tsunami étranger. Musk ne propose aucune prospérité partagée : seulement de la violence. « Le contrat de fans pour ceux qui vivent à l’intérieur des murs d’un Occident fortifié, et l’expulsion pour ceux considérés comme illégitimes. Après le déclin des modèles d’industrialisme fordiste et de sous-traitance et mondialisation post-fordistes, le muskisme offre la perspective d’une communauté purifiée de survivants. » Mais là encore, Musk peine à élargir ses soutiens. Ses alliances avec les partis d’extrême droite en Europe restent tendus, personne ne souhaitant donner l’impression que leur souverainisme est compatible avec l’ingérence américaine. Et elle a été contestée également par la mobilisation populaire à l’encontre de l’ICE aux Etats-Unis.

Comme l’expliquent Slobodian et TArnoff pour le LPE project : « Musk et ses pairs ont la chance d’évoluer à une époque où aucun acteur structurel n’est en mesure de contester leur domination. La classe ouvrière a pratiquement cessé d’exister en tant que force organisée. En l’absence de pression venant de la base, les partis politiques eux-mêmes n’opposent aucune résistance significative au muskisme. La situation engendre un paradoxe. D’un côté, la vie des capitalistes est facilitée lorsqu’ils peuvent intensifier l’exploitation de leurs travailleurs et acheter de l’influence politique sans rencontrer d’opposition majeure. Mais cela signifie aussi qu’ils ne sont nullement incités à réfréner leurs pulsions les plus antisociales ni à prendre en compte les conséquences à long terme de leurs actes. 

Le muskisme illustre parfaitement cette tendance : alors que le fordisme et le post-fordisme étaient tous deux organisés, selon des modalités différentes, pour garantir la paix sociale, le muskisme s’inscrit dans une logique de guerre sociale. La fragilité relative du mode de régulation muskiste est révélatrice : l’antagoniste ouvrier est si affaibli, et la guerre sociale si asymétrique, qu’il n’est plus nécessaire de conclure une paix négociée. Pour l’heure, la stratégie semble porter ses fruits. Musk, déjà l’homme le plus riche du monde, devrait devenir le premier « trillionnaire ».

Toutefois, un capitalisme sans contraintes n’est pas toujours bénéfique pour les capitalistes eux-mêmes. Tout au long de son histoire, le capitalisme a sans cesse transformé la nature et la société, engendrant des bouleversements considérables. Or, les entreprises ont également besoin d’un environnement politique ordonné et prévisible pour mener leurs activités. Un enseignement majeur de l’école de la régulation est que la résistance de la classe ouvrière a, paradoxalement, contribué à stabiliser le processus d’accumulation en imposant la création d’un tel environnement. En l’absence de contrepartie capable d’arracher des concessions, les capitalistes risquent de générer un tel chaos qu’ils finissent par compromettre leur propre capacité d’accumulation. Si le « muskisme » représente le triomphe de la domination de classe, ce triomphe pourrait bien finir par se dévorer lui-même. »

C’est la grande faiblesse du muskisme, estime Tarnoff. Mais, « si comme Musk et les grands patrons de la Silicon Valley, vous pensez que « l’intelligence artificielle générale est imminente, alors vous croyez que, dans un avenir très proche, la plupart des gens se retrouveront au chômage. Ils seront considérés comme une composante de la société et n’auront plus la possibilité d’influencer son cours. Dans ce cas, leur consentement n’est plus nécessaire. » 

Les entrepreneurs de la Tech, comme Musk, ne croient même pas à une perspective de révolte populaire, estiment les deux chercheurs (selon les estimations, le One Big Beautiful Bill Act de Trump prévoit que 10 millions d’Américains vont perdre leur couverture santé… ce qui risque d’ouvrir un nouvel espace de colère sociale). D’ailleurs, ces gens ne conçoivent pas la politique comme avant. Musk dépense des millions de dollars dans les élections américaines et soutient nombre de politiciens nationalistes et souverainistes. Pour eux, la politique n’est pas un enjeu de délibération, de persuasion, de compromis, mais uniquement une question de programmation où la vérité n’est que d’un côté. 

« Autre point commun entre Musk et Ford : la concentration impressionnante de leur fortune dans leurs propres entreprises. Pour Musk, si Tesla et SpaceX disparaissent, il disparaît avec elles. C’est sans doute l’une des motivations qui le poussent à agir. » « En multipliant les promesses toujours plus grandes – la colonisation de Mars, 10 milliards de robots humanoïdes à des centres de données dans l’espace… –, Musk ne cesse d’aller de l’avant. Cette dynamique est une condition sine qua non de son fantasme financier. En ce sens, sa vulnérabilité réside dans sa dépendance à l’égard du « nous » – c’est-à-dire les consommateurs du monde entier et, plus important encore, les investisseurs institutionnels – qui doivent continuer à croire en sa vision du futur. » D’où l’importance à la renouveler sans arrêt, à promettre et promettre sans fin, même si ce sont les mêmes promesses qu’il y a 10 ans.

Même constat pour Henry Farrell, à la lecture du livre. « La mythologie du futur (que déroule Musk) qui est en réalité une promesse convertible en capital financier et politique dès aujourd’hui. » Pour Farrell cependant, le Muskisme est plus fragile qu’il n’y paraît. « De toute évidence, nombre de pays peuvent percevoir les infrastructures de Musk comme dangereuses, craignant qu’elles ne soient utilisées contre eux. » « Le Muskisme repose sur une idéologie qui semble actuellement à son apogée. L’introduction en bourse de SpaceX marque l’apogée d’une inflation expansionniste colossale, propre à un univers totalement imaginaire. À ma connaissance, personne ne croit réellement que SpaceX va conquérir son « marché potentiel total » d’environ 23 000 milliards de dollars, qui, comme le souligne Matt Levine, représente « peut-être 20 % de la production économique mondiale et peut-être 40 % du chiffre d’affaires des entreprises mondiales ».

Pour Farrell, d’autres entreprises incarnent le muskisme que les auteurs questionnent. C’est le cas bien sûr de Palantir et de nombre de sociétés de technologies de défense financées par Peter Thiel, l’adversaire de Musk. Le « thielisme » part de bon nombre des mêmes prémisses que le « muskisme », avec le même fatras d’élucubrations fascisantes. L’un comme l’autre, derrière leur protectionnisme défendent un impérialisme sans limite. 

Enfin, rappellent Tarnoff et Slobodian, le muskisme résulte d’une emprise quasi mortelle, entre la finance et la tech, jusqu’à l’aporie. Tesla et Musk sont par exemple très impopulaires en Norvège, et pourtant, le fonds de pension norvégien est l’un des 10 principaux actionnaires de l’entreprise et agit en ce sens comme un pilier de la prospérité du pays.

Il semble y avoir quelque chose de très paradoxal entre la réussite économique de Musk et le fait que beaucoup le considèrent comme profondément dérangé. Aucune critique de gauche dans les années 20 ne considéraient Ford comme un idiot. A croire que c’est peut-être le capitalisme lui-même qui est devenu idiot, cerné par ses contradictions, en roue libre… vers sa propre destruction.

Hubert Guillaud

La couverture de Muskism.
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Vous préférez le muskisme ou le fordisme ?

Dans le New York Times, l’historien canadien Quinn Slobodian et l’essayiste militant Ben Tarnoff qui ont fait paraître Muskism : A Guide for the Perplexed (Harper Collins, 2026 non traduit, mais le livre est annoncé au Seuil pour début 2027) discutent de l’impact d’Elon Musk sur la société. Pour eux le muskisme n’est pas tant un fascisme que l’équivalent contemporain du fordisme, un mode d’organisation et de développement d’entreprise… mais qui n’agit plus seulement sur l’entreprise, mais sur toute la société (c’était le cas du fordisme aussi d’ailleurs). Reste que quand Ford proposait son modèle de développement, celui-ci venait avec un contrat pro-social parce qu’il payait bien ses ouvriers et souhaitait qu’ils puissent s’offrir ce qu’ils produisaient (tout en promouvant un ouvrier plus discipliné, comme le rappellent d’ailleurs Slobodian et Tarnoff dans un article pour le LPE Project). Toute la question est donc de savoir quel avenir Musk propose-t-il à l’humanité ? 

Musk, une souveraineté à son profit

Pour Tarnoff et Slobodian, Musk est l’un des grands défenseurs de « l’autonomie électrique ». C’est-à-dire qu’il défend l’idée que les énergies renouvelables peuvent renforcer l’autosuffisance d’un pays. C’est ainsi qu’il a positionné Tesla, qui n’est pas seulement un producteur de véhicules autonomes, mais d’abord un fournisseur de batteries. Trump aussi, à sa manière, est un fervent défenseur de l’autonomie électrique. Ses actions offensives en Iran ou au Venezuela, ses politiques tarifaires imprévisibles, le démantèlement des normes et institutions qui stabilisaient le système mondial sous l’égide américaine, incitent le pays à investir dans l’autonomie électrique. Des mesures qui pourraient accélérer la démondialisation amorcée au moins depuis la pandémie, les pays percevant de plus en plus l’intégration mondiale comme une source de risques et privilégiant l’autosuffisance et la résilience (même si cette démondialisation n’en est peut-être pas une, l’enjeu étant certainement plus d’étendre l’impérialisme de la tech…, la souveraineté visant peut-être bien plus le renforcement de la logique impériale que son abandon, comme le rappelle pertinemment la journaliste Célia Izoard en introduction du livre Anatomie d’une puce, Le monde à l’envers, 2026). 

Pour Musk, « l’usine est une enclave, un refuge face à l’instabilité d’un monde hostile », rappelle Tarnoff. La souveraineté énergétique de Musk s’étend sous la forme d’une souveraineté stratégique que l’IA accomplit. « L’introduction de nouveaux produits de la Silicon Valley, de Claude à Maven ou Palantir dans les opérations militaires ou ceux promus par le Doge dans le champ fédéral, montrent qu’ils sont bien plus une réussite qu’un échec ». Ils ne sont peut-être pas une réussite sur le fond, mais ils le sont sur la forme : « ils rendent le gouvernement dépendant d’une nouvelle suite d’outils d’IA pour exercer ses fonctions étatiques fondamentales », explique Slobodian. Musk défend ce que les auteurs appellent la « souveraineté en tant que service », une symbiose, une fusion du pouvoir public et du pouvoir privé. 

Pour Slobodian et Tarnoff, malgré ses déclarations, Musk ne serait pas libertarien. « Plutôt que de chercher à supplanter l’État, les grands acteurs de l’IA souhaitent surtout fusionner avec lui ». C’est notamment le cas de Space X, né en 2002 comme sous-traitant pour le Pentagon à une époque où le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld souhaitait une nouvelle approche militaire pour gagner la guerre contre le terrorisme. En 2024, SpaceX contrôlait plus de 95 % des lancements orbitaux américains. Musk est devenu de facto le garant de l’accès à l’orbite pour le gouvernement américain. Ce constat est encore plus flagrant pour Starlink, la branche satellitaire de SpaceX qui tente de prendre le contrôle, par la masse, sur les communications orbitales. L’intégration récente et totale de toutes ses entités (X qui a fusionné avec xAI, qui a fusionné avec SpaceX qui vient d’entrer en bourse en 2026 en incarnant le niveau le plus totalement déconnecté du marché qui soit, comme l’explique FakeTech), montrent que pour Musk, matériel, logiciel et idéologies se renforcent mutuellement. Pour lui, il y a peu de différence entre les matériaux de son empire et les moyens pour propager ses idées. 

Si Tesla pourrait sembler le miroir de Ford, le passage du roadster au Cybertruck illustre la transition d’un avenir radieux de consommation carbone sans limite à un avenir sombre marqué par le dérèglement climatique et le survivalisme. « Dans sa forme la plus aboutie, le muskisme exploite un désir de protection territoriale face aux chocs extérieurs, aux ennemis et aux indésirables. Dans un monde de relocalisation et de réarmement, le muskisme offre une infrastructure mondiale pour les projets nationaux », expliquent les deux chercheurs. 

« Les sociologues décrivent généralement le fordisme non seulement comme un mode d’organisation de l’usine, mais aussi comme un mode d’organisation de la société en dehors de l’usine. En simplifiant, on peut le décrire comme une production de masse et consommation de masse. Les nouvelles technologies et les nouvelles techniques, telles que celles mises au point par Henry Ford dans les années 1910, comme la chaîne de montage mobile, ont permis aux industriels de produire des biens à une échelle inédite. Mais, tout aussi important, les ouvriers pouvaient se permettre d’acheter ces biens grâce à une relative sécurité de l’emploi et à un salaire décent, garantis par les institutions de la négociation collective et l’État-providence. Dans les années 1970, le fordisme a commencé à s’effriter, laissant place à ce que l’on appelle généralement le « post-fordisme ». Le post-fordisme est associé aux nouvelles pratiques de production agiles développées au Japon, à l’externalisation et à la délocalisation, à la mondialisation des marchés, au déclin des syndicats, à l’essor de la finance et à l’affaiblissement de l’État-providence », rappelle Tarnoff. Pour Slobodian, les entreprises de Musk suivent le modèle d’intégration verticale de Ford. Les activités de production sont intégrées, contrairement au modèle d’Apple (conçu en Californie, assemblé en Chine). Musk acte d’un monde de relocalisation et de réarmement, il parie sur la déglobalisation de l’impérialisme, mais pas sur la fin de l’impérialisme.

Le contrat de fans, un contrat social… pour la guerre sociale

Le fordisme n’était pas uniquement, ni même principalement, un modèle de production industrielle, mais également un contrat social qui assurait de la participation active des populations à la production et à la consommation industrielle… Le muskisme, lui, ne propose qu’un « contrat de fans » à des investisseurs et quelques fidèles. A l’image de la coche bleue de X, devenue un symbole de dévotion, récompensée par une meilleure visibilité des publications de ses fans et clients grâce à l’algorithme. 

Pourtant, avec l’échec du Doge, Musk a montré qu’il a été incapable de convaincre le reste de la société que sa réussite profitera également à tous. Depuis il a fini d’embrasser le pire fascisme. Ses publications quotidiennes sont inondées d’hystéries sur le déclin démographique blanc et le tsunami étranger. Musk ne propose aucune prospérité partagée : seulement de la violence. « Le contrat de fans pour ceux qui vivent à l’intérieur des murs d’un Occident fortifié, et l’expulsion pour ceux considérés comme illégitimes. Après le déclin des modèles d’industrialisme fordiste et de sous-traitance et mondialisation post-fordistes, le muskisme offre la perspective d’une communauté purifiée de survivants. » Mais là encore, Musk peine à élargir ses soutiens. Ses alliances avec les partis d’extrême droite en Europe restent tendus, personne ne souhaitant donner l’impression que leur souverainisme est compatible avec l’ingérence américaine. Et elle a été contestée également par la mobilisation populaire à l’encontre de l’ICE aux Etats-Unis.

Comme l’expliquent Slobodian et TArnoff pour le LPE project : « Musk et ses pairs ont la chance d’évoluer à une époque où aucun acteur structurel n’est en mesure de contester leur domination. La classe ouvrière a pratiquement cessé d’exister en tant que force organisée. En l’absence de pression venant de la base, les partis politiques eux-mêmes n’opposent aucune résistance significative au muskisme. La situation engendre un paradoxe. D’un côté, la vie des capitalistes est facilitée lorsqu’ils peuvent intensifier l’exploitation de leurs travailleurs et acheter de l’influence politique sans rencontrer d’opposition majeure. Mais cela signifie aussi qu’ils ne sont nullement incités à réfréner leurs pulsions les plus antisociales ni à prendre en compte les conséquences à long terme de leurs actes. 

Le muskisme illustre parfaitement cette tendance : alors que le fordisme et le post-fordisme étaient tous deux organisés, selon des modalités différentes, pour garantir la paix sociale, le muskisme s’inscrit dans une logique de guerre sociale. La fragilité relative du mode de régulation muskiste est révélatrice : l’antagoniste ouvrier est si affaibli, et la guerre sociale si asymétrique, qu’il n’est plus nécessaire de conclure une paix négociée. Pour l’heure, la stratégie semble porter ses fruits. Musk, déjà l’homme le plus riche du monde, devrait devenir le premier « trillionnaire ».

Toutefois, un capitalisme sans contraintes n’est pas toujours bénéfique pour les capitalistes eux-mêmes. Tout au long de son histoire, le capitalisme a sans cesse transformé la nature et la société, engendrant des bouleversements considérables. Or, les entreprises ont également besoin d’un environnement politique ordonné et prévisible pour mener leurs activités. Un enseignement majeur de l’école de la régulation est que la résistance de la classe ouvrière a, paradoxalement, contribué à stabiliser le processus d’accumulation en imposant la création d’un tel environnement. En l’absence de contrepartie capable d’arracher des concessions, les capitalistes risquent de générer un tel chaos qu’ils finissent par compromettre leur propre capacité d’accumulation. Si le « muskisme » représente le triomphe de la domination de classe, ce triomphe pourrait bien finir par se dévorer lui-même. »

C’est la grande faiblesse du muskisme, estime Tarnoff. Mais, « si comme Musk et les grands patrons de la Silicon Valley, vous pensez que « l’intelligence artificielle générale est imminente, alors vous croyez que, dans un avenir très proche, la plupart des gens se retrouveront au chômage. Ils seront considérés comme une composante de la société et n’auront plus la possibilité d’influencer son cours. Dans ce cas, leur consentement n’est plus nécessaire. » 

Les entrepreneurs de la Tech, comme Musk, ne croient même pas à une perspective de révolte populaire, estiment les deux chercheurs (selon les estimations, le One Big Beautiful Bill Act de Trump prévoit que 10 millions d’Américains vont perdre leur couverture santé… ce qui risque d’ouvrir un nouvel espace de colère sociale). D’ailleurs, ces gens ne conçoivent pas la politique comme avant. Musk dépense des millions de dollars dans les élections américaines et soutient nombre de politiciens nationalistes et souverainistes. Pour eux, la politique n’est pas un enjeu de délibération, de persuasion, de compromis, mais uniquement une question de programmation où la vérité n’est que d’un côté. 

« Autre point commun entre Musk et Ford : la concentration impressionnante de leur fortune dans leurs propres entreprises. Pour Musk, si Tesla et SpaceX disparaissent, il disparaît avec elles. C’est sans doute l’une des motivations qui le poussent à agir. » « En multipliant les promesses toujours plus grandes – la colonisation de Mars, 10 milliards de robots humanoïdes à des centres de données dans l’espace… –, Musk ne cesse d’aller de l’avant. Cette dynamique est une condition sine qua non de son fantasme financier. En ce sens, sa vulnérabilité réside dans sa dépendance à l’égard du « nous » – c’est-à-dire les consommateurs du monde entier et, plus important encore, les investisseurs institutionnels – qui doivent continuer à croire en sa vision du futur. » D’où l’importance à la renouveler sans arrêt, à promettre et promettre sans fin, même si ce sont les mêmes promesses qu’il y a 10 ans.

Même constat pour Henry Farrell, à la lecture du livre. « La mythologie du futur (que déroule Musk) qui est en réalité une promesse convertible en capital financier et politique dès aujourd’hui. » Pour Farrell cependant, le Muskisme est plus fragile qu’il n’y paraît. « De toute évidence, nombre de pays peuvent percevoir les infrastructures de Musk comme dangereuses, craignant qu’elles ne soient utilisées contre eux. » « Le Muskisme repose sur une idéologie qui semble actuellement à son apogée. L’introduction en bourse de SpaceX marque l’apogée d’une inflation expansionniste colossale, propre à un univers totalement imaginaire. À ma connaissance, personne ne croit réellement que SpaceX va conquérir son « marché potentiel total » d’environ 23 000 milliards de dollars, qui, comme le souligne Matt Levine, représente « peut-être 20 % de la production économique mondiale et peut-être 40 % du chiffre d’affaires des entreprises mondiales ».

Pour Farrell, d’autres entreprises incarnent le muskisme que les auteurs questionnent. C’est le cas bien sûr de Palantir et de nombre de sociétés de technologies de défense financées par Peter Thiel, l’adversaire de Musk. Le « thielisme » part de bon nombre des mêmes prémisses que le « muskisme », avec le même fatras d’élucubrations fascisantes. L’un comme l’autre, derrière leur protectionnisme défendent un impérialisme sans limite. 

Enfin, rappellent Tarnoff et Slobodian, le muskisme résulte d’une emprise quasi mortelle, entre la finance et la tech, jusqu’à l’aporie. Tesla et Musk sont par exemple très impopulaires en Norvège, et pourtant, le fonds de pension norvégien est l’un des 10 principaux actionnaires de l’entreprise et agit en ce sens comme un pilier de la prospérité du pays.

Il semble y avoir quelque chose de très paradoxal entre la réussite économique de Musk et le fait que beaucoup le considèrent comme profondément dérangé. Aucune critique de gauche dans les années 20 ne considéraient Ford comme un idiot. A croire que c’est peut-être le capitalisme lui-même qui est devenu idiot, cerné par ses contradictions, en roue libre… vers sa propre destruction.

Hubert Guillaud

La couverture de Muskism.
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