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Fermetures d’écoles : l’impuissance organisée

Une lame de fond

Récemment, une école en Matanie a fermé ses portes : l’école Saint-Vianney, à 30 minutes au sud de Matane. Il y a eu Sainte-Jeanne-d’Arc, voilà un peu plus de 10 ans; Padoue aussi, dans la même année. En 2023, la survie de l’école La Colombe reposait sur l’inscription d’un seul élève supplémentaire. L’énumération pourrait se poursuivre. Que ce soit ici ou en Abitibi (l’école Bellefeuille d’Authier-Nord), ce n’est pas la première, et certainement pas la dernière fermeture d’une école en région. Un constat dur, je sais. Il y a indéniablement une lame de fond depuis 15 ans, tel un chapelet qui perd ses grains, un à un.

J’ai vécu de l’intérieur cette dynamique à cinq reprises. Un supplice, alors que, tour à tour, les parties prenantes au dossier devenaient, lorsque l’engrenage de la fermeture d’une école était actionné, l’un des quatre cavaliers de l’apocalypse cavalcadant, bon gré mal gré. Je m’explique.

Les quatre cavaliers

Encore aujourd’hui, le premier cheval enfourché est celui du ministère de l’Éducation, qui demande simultanément à son cavalier d’assurer la qualité des services éducatifs, une équité territoriale, la réussite éducative, l’inclusion, le respect des programmes, tout cela sans garantir le personnel requis, la pérennité du financement, l’état du parc immobilier, tout en imposant aussi des règles budgétaires, des seuils et des échéanciers de retour à l’équilibre. Vieux comme le monde, néanmoins très rétif, il donne maintes obligations à son cavalier, sans se mouiller, en tournant le regard ailleurs au moment opportun.

Dans la cavalcade se trouve aussi un deuxième « demandeur » : le cadre législatif et réglementaire, sur lequel chacun va, à un moment ou à un autre, caracoler. En effet, les lois et les règlements n’exigent-ils pas que les services soient maintenus, que des consultations soient tenues en vertu de décisions rationnelles, justifiables et documentées, et que les droits des élèves soient respectés? Mais la loi n’oblige pas l’État à fournir les moyens correspondants et, surtout, elle transfère la responsabilité opérationnelle au niveau local.

Un autre cavalier s’agite sur son cheval de bataille, celui de la société (parents, élus, communautés), qui exige, légitimement, le maintien des écoles, la vitalité des milieux, la stabilité pour les enfants, la transparence et l’écoute. Mais il refuse, politiquement, la hausse massive de taxes, la fermeture de services ailleurs et la concentration des ressources.

Et puis il y a le dernier cavalier, qui a pour monture la réalité démographique et économique, laquelle provoque un choc avec tous les autres. Elle est faite de baisse de natalité, de vieillissement, d’exode régional, de concurrence pour la main-d’œuvre, d’inflation des coûts, d’éloignement…

Quatre cavaliers nourrissant leur coursier à quatre réalités incontournables, qui aliènent chacun. Évidemment, aucun n’admettra que l’argumentaire de l’autre est fondé et indéniable, que la fermeture d’une école dévitalise, que l’exode des jeunes vers la ville, pour de meilleurs salaires, crée une réalité démographique défavorable au maintien de l’école du village et que les baby-boomers vivant encore au village ne font plus d’enfants depuis longtemps, que l’on ne veut pas de hausses d’impôts, que les moyens financiers des centres de services scolaires sont limités, que la loi doit être respectée. Évidemment qu’une petite classe, avec peu d’élèves, présente moins de diversité dans les types d’interactions entre les petits; en contrepartie, elle offre des avantages majeurs pour la réussite et une approche plus subjective.

L’ingratitude

La fermeture d’une école n’est pas la déconvenue d’un conseil d’administration, d’un maire ou d’un groupe de parents. Elle est le symptôme d’un système où chacun des cavaliers est sommé d’avancer sans pouvoir infléchir réellement la trajectoire, alors que les rênes de chacun sont tenues par une force extérieure.

N’est-ce pas ingrat d’imputer à une école seule le maintien en vie d’un village? N’est-ce pas ingrat d’organiser sans en avoir les moyens? N’est-ce pas ingrat qu’une municipalité soit obligée de racheter une école pour y loger tous les services communautaires afin de maintenir un semblant de services attrayants? N’est-ce pas ingrat de construire une école luxueuse en ville, pendant qu’au village on enseigne dans des locaux moins beaux, moins grands, moins pratiques? Et tous ces non-dits et tous ces débats, et tous ces « je vous entends » et ces « ils ne nous écoutent pas »…

Que voulons-nous préserver, et à quel prix sommes-nous prêts à le faire?

Sans réponses, le chapelet continuera de perdre ses grains, et les crinières battront aux quatre vents de la fluctuation des naissances et du déni réciproque.

Et si l’école, tout comme l’église d’avant, devenait le point d’ancrage autour duquel on repense le territoire plutôt que l’élément que l’on retire lorsque la pression monte? Peut-être alors les cavaliers ralentiraient-ils leur course. Peut-être que les rênes ne seraient plus tirées de l’extérieur, mais tenues collectivement.

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Au sujet de la cupidité

Vous êtes tous conviés ici, car possiblement concernés, à juger une cause majeure des tourments de l’humanité, la cupidité, présentée ici au banc des accusés.

Selon Wikipédia, La cupidité est la recherche immodérée du gain, des richesses et du plaisir…Comme point de départ à la recherche d’un vice responsable des maux de l’humanité, la piste est prometteuse! Elle aurait pu être dans la liste des 7 péchés capitaux, mais non! Même si elle est probablement plus néfaste que la luxure ou la gourmandise, la religion catholique se serait tiré une balle dans le pied en l’englobant dans sa liste noire, à voir les richesses qu’elle a accumulées à certaines époques de son histoire. On pourrait même suggérer que la cupidité est un des traits naturels de l’humain qui ont mené à la création du système capitaliste puisque ce système prône l’accumulation de richesses matérielles comme source de motivation au développement, avec peu d’égards envers l’environnement ou l’inégalité croissante entre pauvres et riches. La cupidité nous apparait souvent comme un simple mauvais penchant caractérisant quelques humains beaucoup plus riches que nécessaire, des séraphins ou des Alen Musk de ce monde, et elle peut même être considérée comme un avantage adaptatif dans un contexte de loi de la jungle, donc une qualité favorisant la survie. Selon toute évidence, nous sommes présentement dans un contexte de loi de la jungle en ce moment sur la planète. 

La cupidité origine sans doute, comme la plupart de nos bons et mauvais penchants, de comportements très anciens qui ont pu aider certains groupes de nos ancêtres dans leur lutte à s’adapter aux rudesses de la vie à certaines époques difficiles, et dans la vision contemporaine, s’explique mieux comme un héritage de vieux instincts de survie qu’un péché causé par l’immoralité de l’homme. Les époques difficiles ont sans doute été le lot de notre passé mais elles semblent redevenir cruellement actuelles à la lumière de tout ce qu’on entend sur l’état du monde depuis 5 ans. Depuis que des calamités envahissantes et contagieuses comme le covid, Trump, la destruction globale de l’environnement, l’individualisme, le populisme et la désinformation véhiculés par les médias sociaux, causent l’augmentation des réfugiés et de la pauvreté partout et pour des causes très diversifiées, causent l’effritement des cultures, de la morale et de l’éthique. On pourrait penser que la cupidité est un trait de caractère extrême et qu’elle est la tare d’une minorité. Mais ne le sommes-nous pas tous à des degrés divers? Ne sommes-nous pas cupide de voter pour celui qui promet le plus de préserver notre Précieux? De nous gâter de voyages annuels de plaisir qui génère une énorme emprunte carbone? D’acheter des gadgets dernier cri alors que nos vieux fonctionnent encore? De refaire les armoires de cuisine et la salle de bain pour les mettre au goût du jour? Et que penser de ces grandes entreprises qui étudient les faiblesses humaines pour s’assurer de rendre leurs consommateurs dépendants de leurs produits? Elles sont immorales bien sûr, sauf que c’est la cupidité de leurs dirigeants et de leurs actionnaires qui les aveugle au point de les rendre immorales. Comme on l’a vu récemment, la justice finit par imposer des punitions exemplaires qui serviront de balises dans le futur. Mais cela arrive souvent tard et beaucoup de mal est fait. Malheureusement, le réfugié climatique ou politique ne peut pas poursuivre les compagnies pétrolières ou les gouvernements qui n’ont pas ou ne respectent pas leurs engagements sociaux, climatiques… La justice est très limitée dans son action pour des préjudices de si grandes envergures et causés par une culture capitaliste endossée par tout le monde.

On pourrait croire qu’il n’y a pas de solution, à court terme du moins. Mais si la cupidité n’est pas illégale elle n’en demeure pas moins un caractère sur lequel chacun devrait travailler individuellement et avoir une influence sur son entourage par l’exemple, par l’éducation de ses enfants. Des efforts soutenus en ce sens pourraient faire en sorte que la sobriété matérielle finisse par s’inscrire dans une éthique culturelle. Une société qui réussirait à montrer un bon niveau de bonheur associé à cette éthique pourrait à son tour servir d’exemple à d’autres sociétés, et une sorte de révolution tranquille pourrait améliorer le monde. La doctrine épicurienne basée sur la recherche du plaisir modéré et de la sagesse montre que des penseurs de l’antiquité arrivaient aux mêmes constats et solutions. Mais cette doctrine ne fut jamais imposée, et fut même enterrée jusqu’à la Renaissance, puisque l’épicurisme allait à l’encontre du dogme d’un Dieu tout puissant, et d’un gouvernement coercitif, deux entités qui ont eu tendance à réduire notre sens des responsabilités…

C’est ce sens des responsabilités qu’il faut pousser vers le haut. Comme les grands changements ont plus de force et de continuité s’ils viennent de la base, on ne peut qu’espérer que l’individu se sente responsable d’améliorer notre sort et fasse un réel travail personnel sur ses valeurs. Hummmmpff! Songeurs vous êtes? C’est toujours un début…Bonne réflexion!

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CHRONIQUE OBJECTIONS DE CONSCIENCE: COULEZ PAS CHEZ NOUS (NI AILLEURS)!

Alors que le spectre d’une nouvelle guerre mondiale quitte son tombeau et se matérialise pour revenir hanter les peuples et les territoires, on apprenait le mois dernier qu’on envisageait la construction d’une base navale militaire dans l’est du Québec.

Dans une entrevue au journal Le Devoir, le Petit Timonier de la marine, un amiral du nom de Topshee, Angus de son prénom (une variété de bœuf qui, comme la défense nationale, coûte beaucoup trop cher), avançait qu’une base navale aiderait à l’enrôlement de Québécois et des Québécoises dans les Forces armées canadiennes en général et dans la Marine en particulier.

Lire ça me donne le goût de paraphraser la chanson « Le gars de la compagnie » des Cowboys Fringants :

« Ça va nous faire des jobs pour les Canadiens-Français

Bâtissez vos bases, nous on vous donne le fleuve »

Ça ne rime pas vraiment, c’est laid, comme l’idée derrière la chanson.

Et laid comme l’idée derrière la militarisation du Saint-Laurent.

Avant de me lancer dans mon habituelle tirade de sale gauchiste radical, je vais tout de même souligner quelque chose d’important : nous devons être en mesure de défendre notre territoire, nos eaux, nos forêts et nos terres contre des envahisseurs potentiels qui viendraient chercher à nous les voler, chose dont peuvent nous parler les Premiers Peuples pendant longtemps!

Mais cette nécessité d’avoir les moyens de nous défendre ne doit pas nous faire souscrire à un militarisme des plus destructeurs, ni à ce que l’État colonial canadien augmente l’empreinte de son bras armé sur notre territoire!

Car cette idée de base navale dans l’estuaire relève d’une logique de réarmement non pas pour protéger le territoire, mais pour aller livrer combat dans des conflits internationaux provoqués par les sociopathes au pouvoir qui enverront, une fois de plus, les prolétaires et les autres classes dominées mourir pendant qu’ils regarderont la valeur de leurs portefeuilles d’actions de marchands de mort exploser.

Et comme l’amiral Bonhomme qui cherche à confondre les sceptiques a désigné Rimouski comme emplacement potentiel avec Baie-Comeau, les maires Guy Caron de Rimouski et Michel Desbiens de Baie-Comeau (de même que Daniel Côté de Gaspé!) se sont lancés dans une mini-campagne de putass… de surenchère pour convaincre la Marine de venir parquer ses vaisseaux de guerre dans le Saint-Laurent.

On veut évidemment aller chercher l’argent public qui vient avec ce genre de projet et reconnaissons que la présence de matelots en ville fera fleurir l’économie (surtout les bars et les clubs de danseuses).

Tout ça alors qu’on apprend dans Le Devoir, sous la plume de l’indispensable Alexandre Shields, que Marinvest Energy cherche justement à relancer un projet de gaz naturel liquide à Baie-Comeau!

La faune et la flore marine qui tiennent notre écosystème à bout de bras?

Pas important, du moins pas autant que l’économie et la « défense »!

Nécromancie politique

Pendant ce temps, on a Éric Duhaime qui, tel un nécromancien, tente de posséder le cadavre politique de Maïté Blanchette Vézina dans la circonscription de Rimouski en s’associant à madame l’ex-ministre de la privatisation des ressources naturelles pour critiquer le projet de « constitution » porté par l’équipe de gérants des ventes du Québec au plus fort la poche. Disons qu’elle est quand même bien placée pour servir de lubrifiant parlementaire au Parti conservateur du Québec tant elle a les deux mains sur la manette de la machine à privatiser notre demi-pays et à vendre nos ressources, dont nos forêts, aux plus offrants, ce que ferait avec entrain un gouvernement conservateur mené par un agent d’influence de l’impérialisme états-unien.

Et tandis que le monde se remilitarise et que la droite radicale la plus mortifère gagne du terrain jusque chez nous, les nationaleux qui ont fini d’usurper les derniers racoins progressistes du Parti québécois cherchent encore à nous convaincre que l’immigration et le wokisme sont les plus grands obstacles et une menace existentielle à l’accession du Québec à l’indépendance!

J’imagine que ce sont les immigrants et les anarchistes qui sont la cause des menaces de fermeture des urgences à Trois-Pistoles et à Pohénégamook!?

En tout cas, eux, ils se sont mobilisés massivement pour tenter de les sauver!

Je le dis et je le répète – une révolution sera nécessaire, et ce sont les possédants qui en décideront le ton.

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Transformations en cours : on ne peut plus enseigner comme si de rien n’était

Du 7 au 10 janvier 2026, une délégation du Cégep de Rimouski et de l’UQAR participait aux États généraux « Transformations en cours – l’enseignement pour la transition écologique et sociale » au Collège Montmorency à Laval. Plus de 250 personnes étudiantes, enseignantes et conseillères en environnement y ont réfléchi au rôle de l’enseignement supérieur face à la crise socioécologique.

Nous avons mesuré l’ampleur d’un décalage : nos institutions parlent de transition, mais nos structures d’enseignement continuent trop souvent de fonctionner comme si la crise n’existait pas. En traitant l’urgence socioécologique comme un thème parmi d’autres, on produit de l’impuissance, de l’indifférence et du cynisme. Julia Posca, chercheuse à l’IRIS, a rappelé que toutes les transitions ne se valent pas : il y a la transition « verte » souvent cosmétique, la managériale pilotée d’en haut et la transition réellement transformative, qui accepte de toucher au pouvoir, aux inégalités et aux limites planétaires. Si la transition reste un projet de gestion, elle échouera. Si elle devient un projet démocratique, elle peut ouvrir des possibles.

Le modèle éducatif dominant, individualiste et compétitif, est incompatible avec la coopération, la sobriété et le partage que la transition exige. On demande aux personnes étudiantes de performer dans un système fondé sur l’accumulation tout en espérant qu’elles puissent penser la rareté et les limites planétaires. C’est une contradiction structurelle. C’est dans cette incohérence que se trouve la radicalité dont on taxe les mouvements pour la justice climatique. Nous la vivons au travail : programmes chargés, manque de temps reconnu, injonctions administratives, attentes en matière d’« innovation » technique.

Angela Barthes, professeure en sciences de l’éducation et de la formation à l’Université d’Aix-Marseille, a mis des mots sur ce malaise : l’enjeu n’est pas seulement d’ajouter des contenus environnementaux, mais de repenser les curricula, la didactique, l’évaluation. Le problème contemporain n’est pas tant la passivité que l’impolitisme, l’incapacité de « se positionner, voire de se défendre face à des situations d’injustice1 ». C’est traiter des enjeux politiques comme des questions techniques, individuelles ou neutres en évacuant rapports de pouvoir, intérêts économiques et responsabilités collectives. Former sans politiser les enjeux produit de la résignation et désarme intellectuellement celles et ceux qui devront transformer ce monde.

Le collectif étudiant Hautes études post-croissance (HEPC) à HEC Montréal a montré qu’il est possible de politiser un milieu ultra-performant sans tomber dans la marginalité ou le repli militant. Par l’autogestion, la prise de décision par consensus et l’intelligence collective, ces étudiantes et étudiants ont bâti un espace de réflexion critique sur la croissance économique. Ils et elles ont créé des alliances avec des profs, investi les instances institutionnelles, occupé l’espace du campus et forcé l’ouverture de débats que la direction aurait préféré éviter. Les personnes étudiantes ne sont pas citoyennes « en devenir », mais des citoyennes et des citoyens dont la voix doit compter dans les choix qui orientent nos établissements.

Il n’y aura pas de transition sans justice. Le système éducatif actuel contribue à reproduire une vision qui sépare l’humain de son milieu, hiérarchise les savoirs et invisibilise les expériences des peuples autochtones et des communautés les plus touchées par la crise. Selon Émilie Deschênes, professeure en éducation et en gestion de l’éducation en contextes des Premières Nations et Inuit à l’UQAT, décoloniser n’est pas ajouter quelques contenus « culturels », mais redistribuer le pouvoir, recomposer nos façons d’enseigner, de gouverner et de produire les connaissances et accepter que nos institutions deviennent aussi des espaces d’écoute, de réparation, d’apprentissage collectif. On ne répondra pas à une crise issue de l’extraction, de la dépossession et des inégalités environnementales avec les mêmes logiques qui l’ont produite.

Il faut s’assurer que chaque personne diplômée comprenne les causes, les impacts et les dynamiques sociales de la crise; on doit obtenir un soutien institutionnel réel plutôt que de nous reposer uniquement sur le « bénévolat » de profs motivées et motivés; on doit briser les silos disciplinaires; développer des projets ancrés dans le territoire… Selon Isabelle Arseneau, titulaire de la Chaire de recherche en éducation transformatrice pour l’engagement climatique (UQAR), « il ne suffit plus de transmettre des connaissances : il faut apprendre aux personnes étudiantes à problématiser des situations complexes, […] à développer un rapport émancipé aux savoirs et à s’engager dans des projets concrets qui transforment réellement leur milieu ». Patricia Nourry, enseignante de philosophie au Cégep de Trois-Rivières et chargée de projet en écologisation, a montré, avec sa pédagogie des communs2, que la transition se joue aussi dans les liens, avec le cœur. Créer des projets interdisciplinaires utiles à la communauté, apprendre à décider ensemble, faire place aux émotions (indignation, joie, sentiment de puissance collective) redonnent du sens à l’apprentissage.

Nous voulons que cela se traduise concrètement dans notre milieu. Ouvrons des espaces de discussion syndicale et portons des revendications claires : du temps reconnu pour l’écologisation, des communautés de pratique soutenues, des projets-pilotes structurants et une place réelle pour les personnes étudiantes dans les décisions. Comme le mentionnait Isabelle Arseneau, nous revenons chargées et chargés d’un « espoir pratique : nous décidons de nous confronter non pas à la fin du monde, mais à la fin du monde tel que nous le connaissons », en commençant par notre travail. Et nous n’avons aucune intention de mener cette bataille chacun de notre côté.  

La version longue de ce texte a été publiée dans La Riposte, journal du Syndical des enseignantes et enseignants du Cégep de Rimouski (https://www.seecr.quebec/journal-la-riposte).  

1. Angela Barthes, « Quels curricula d’éducation au politique dans les questions environnementales et de développement? » Éducation et socialisation, no 63, 2022, https://doi.org/10.4000/edso.18744

2. « […] “les communs” désignent des groupes de citoyennes et de citoyens qui, sur une base autonome, cherchent à produire, à partager et à gérer collectivement des biens, des ressources et des services nécessaires à leur épanouissement, et ce, dans divers domaines […] », explique Marie-Soleil L’Allier dans « Les “communs”, un autre mode d’organisation sociale », 2023, https://actualites.uqam.ca/2023/les-communs-un-autre-mode-dorganisation-sociale/

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Réflexion sur La justice face aux incrédules

Carlos Barra est un cœur qui parle. Depuis 2018, Monsieur Barra s’active à rassembler ses milliers de poèmes en solitaire, mais accompagné par tous les souvenirs des personnes qui ont jalonné sa vie. Originaire du Chili, Carlos Barra cherche du soutien pour la rédaction de son recueil de proses et poésies. Il vit seul et est à la retraite, aux alentours de Montréal, à la périphérie de l’île. Vous pouvez écrire à l’équipe du Mouton Noir qui s’occupera de lui transmettre votre message. Soutenons l’initiative de Carlos Barra.

Il n’existe pas de vérité chez l’incrédule.

Les incrédules naïfs et leur légèreté intellectuelle croient aux mensonges.

Les incrédules naïfs peuvent facilement devenir les ennemis de la vérité.

Leurs démonstrations de la vérité sont négligées. Ne supposez pas qu’ils soient des incrédules soumis à la manipulation des accusateurs.

Les incrédules les plus dangereux sont ceux qui…

Qui exercent leurs fonctions au sein des tribunaux de justice.

Les aveugles incrédules peuvent se métamorphoser.

En tant qu’instruments de représailles.

Les incrédules sont responsables de l’absence de justice.

Incrédules, à la recherche de la condamnation.

Ignorants les principes essentiels de la justice.

Bref, le code des criminels est devenu le mana de l’abus.

La justice, pour un grand nombre de citoyens, est trop lente, trop coûteuse, trop complexe, voire inaccessible.

L’absence de l’assistance d’un avocat qui ne veut pas vous représenter car il ne répond qu’en silence, comme le 40 environ, contacté parce que je soupçonne d’être sur une liste noire. Sûrement illégal vous me direz.

Et, qui pensez-vous qui peut influencer des milliers d’avocats au Québec à ne pas te représenter ?

Alors, comment faire ?

Sans connaissance sur les droits aux recours et sur les procédures, cela compromet sans aucun doute les droits minimaux de faire valoir et revendiquer une justice nécessaire.

Une atteinte à la charte des droits et libertés de la personne, une atteinte à la constitution canadienne.

Mais, il est quasiment impossible, quand on te colle dans le front un numéro de dossier et une prescription de 30 jours et les 30 jours écoulés en détention.

Et le responsable de la Défense qui n’a jamais fait aucune objection en préférant être collaborateur et en bon terme avec la couronne.

Et sans connaissance du dossier qui disparaît dans la nature et lui qui ne répond à aucun appel et tout cela avec des ordonnances abusives sous l’ombre de l’immunité et de l’impunité.

Qui ne respecte pas la charte des droits des citoyens n’ayant aucune gêne à réclamer des honoraires qu’ils ne méritent pas.

JE CROIRAI EN LA JUSTICE LE JOUR OÙ JE CONNAÎTRAI L’AVOCAT QUI N’A PAS PEUR DE DÉNONCER LES INJUSTICES

ET QUI SE BAT POUR LES PLUS VULNÉRABLES.

QUI FAIT PREUVE DE RIGUEUR, DE DIGNITÉ, D’HONNEUR, DE MORALITÉ,

DE RESPECT DE SON CODE DE DÉONTOLOGIE ET DE LA PLUS GRANDE INTEGRITÉ.

AVEC UN CŒUR DANS LA POITRINE QUE PERSONNE N’A RÉUSSI À CORROMPRE

AVEC SON ÂME dans un milieu dans lequel les apparences sont trompeuses.

Une personne, une personne humaine dont le cœur N’EST PAS UNE MACHINE À CALCULER DES SOUS ET DES BÉNÉFICES.

QUI SERA PAYÉE ADÉQUATEMENT, GÉNÉREUSE, À SA JUSTE VALEUR, AVEC ET POUR SES SERVICES.

J’ai connu une personne intègre qui me représentait, qui a réussi à partiellement m’aider avant de finir ce qu’elle avait entamé.

Elle était forcée à regret, contre sa volonté, de me laisser en arrière, forcée de me laisser tomber.

Mais, avec elle, elle m’a prouvé que tout est possible pour briser la chaîne de l’omerta.

Et de jamais perdre l’espoir.

Les honoraires excessivement onéreux d’avocat deviennent un obstacle à l’accès au système judiciaire.

Ceux qui me touchent, c’est de voir des photos de tant d’avocats souriant en photos de groupe qui ignorent tant de malheurs et destructions provoqués par un système avec lequel ils doivent travailler avec leurs collègues.

Si on réunissait toutes les larmes de personnes injustement accusées, il y aurait sur Montréal un tsunami de larmes qui submergerait les palais de justice.

Et, en banlieue, la rivière l’Achigan sortirait de son lit.

 Parce qu’il ne s’agit pas d’un individu à qui on détruit sa vie, à qui l’on criminalise, ostracise, isole, mais d’un groupe familial et social détruit disséminé anéanti.

 Qu’a été écrasé sans aucun remords ni compassion, où les principales victimes sont les enfants qui perdent leur parent.

C’est palpable, le phénomène d’osmose qui se produit avec la routine qui distord et aveugle, endormant leur jugement.

Et comme dans tout le milieu, ils se sentent protégés par leur investiture, et leur club social.

Les effets catastrophiques dans leur attitude, comportement et façon d’agir en coulisse, sur le résultat pour leurs clients qui ignorent à quoi s’attendre.

Ça m’amène à la conclusion simple, qu’aucune personne n’est à l’abri de se faire un jour, de manière inattendue, diffamer et accuser.

Ou la gang des incrédules va tout faire, très unie dans sa ténébreuse mission de faire condamner des citoyens.

Des futurs clients qui vont continuer à faire rouler et utiliser cette machine à sous.

Dans cette société de consommation, saviez-vous combien d’argent produit le commerce à travers le Québec dans UN SEUL établissement de détention avec une moyenne de 400 « PERSONNES » par année ?

Une moyenne d’achat minimal pour les plus pauvres par semaine, c’est de 50,00 $.

Le montant de 1 040 000 $ par année.

Soit 20 000 par semaine.

Environ 30 000 personnes détenues à travers le Québec, des personnes qui sont en détention.

Imaginez-vous ce que cela représente, combien à travers le Canada !!

50 $ par semaine pour les plus défavorisés, les plus riches peuvent acheter 100 $ ou 200 $ qu’ils vont partager avec leur  »pote ».

Ça s’appelle la cantina, comme de fois le manger, n’est pas trop appétissant.

Par semaine : 50 $ x 30 000 = 1 500 000 $ x 78 000 000 $ en consommation en nourriture et divers par an.

$ 78 000 000 $ de consommation des personnes détenues, ça fait rouler l’économie.

Les manufactures pour différents objets de consommation,

Ça représente des milliers d’emplois à tous les niveaux de la société créés à cause de personnes détenues, alors il continue à contribuer à la société malgré tout.

Dernièrement, je rencontre pour consulter dans un cabinet un jeune avocat tout frais sorti de l’université qui n’est pas encore touché par l’ambition de devenir riche sur la misère humaine.

Demi-heure : 450 dollars.

450 $ dollars, il s’explique qu’il ne charge pas, c’est le cabinet et ses tarifs…

Pendant que les travailleurs travaillent 40 heures par semaine et gagnent brut 644 $, 16,10 $ de l’heure.

Alors comparons un avocat par cabinet à 40 heures par semaine qui charge 450 pour une demi-heure : ça, voici l’équivalent de 900$ de l’heure = 36 000 $ en 40 heures, un commerce lucratif.

Imaginez-vous quand il y a 40, 50, 60 avocats dans le même cabinet ?

Comment avoir accès à la justice??

Nota Bene : Je tiens à souligner que ce témoignage constitue une coïncidence fortuite entre le destin et la réalité.

Réflexion sur La justice face aux incrédules. Une autre opinion et une autre vision sur la justice…

Les incrédules naïfs peuvent facilement devenir les ennemis de la vérité.     

  • Carlos Barra, un écrivain infiltré dans l’enfer, 30-03-2026
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À la recherche de l’humain derrière la machine

Il fut un temps où les institutions publiques étaient conçues comme des remparts, des structures au service de l’humain, capables de protéger, d’encadrer et de soutenir les individus dans leurs moments de plus grande vulnérabilité. Aujourd’hui, ce fondement semble s’effriter, au point où l’on peut légitimement se demander si ces mêmes structures n’ont pas progressivement dérivé vers une logique de fonctionnement autonome, parfois déconnectée de leur mission première.

Ce glissement ne s’est pas opéré dans le chaos, ni dans la rupture, mais dans une forme de continuité silencieuse, alimentée par l’accumulation de règles, de protocoles et de mécanismes administratifs qui, en cherchant à encadrer, ont fini par rigidifier. À mesure que les systèmes se sont structurés, ils se sont aussi éloignés du terrain, de la complexité des situations humaines et de la nuance nécessaire à toute intervention juste.

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si le système fonctionne, car il fonctionne. Il produit des décisions, il traite des dossiers, il génère des résultats. La véritable question est ailleurs : fonctionne-t-il encore pour ceux qu’il est censé protéger ?

Car derrière chaque décision institutionnelle, il n’y a pas uniquement des faits à analyser, mais des réalités humaines qui ne se résument pas à des grilles d’évaluation. Des enfants, des familles, des parcours de vie entiers se retrouvent influencés, parfois transformés, par des décisions prises dans un cadre où la conformité peut, à certains moments, primer sur la compréhension.

Ce décalage, de plus en plus perceptible, ne relève pas uniquement de cas isolés. Il s’inscrit dans une dynamique plus large, celle d’un système qui tend à se refermer sur lui-même, à se protéger, à se justifier, plutôt qu’à se remettre en question en profondeur lorsque ses effets deviennent problématiques.

C’est ici que le malaise s’installe.

Non pas dans l’existence d’erreurs, car aucun système n’en est exempt, mais dans la difficulté à reconnaître ces erreurs, à les corriger et à en tirer des apprentissages réels. Lorsque les mécanismes de rétroaction s’affaiblissent, lorsque les critiques sont perçues comme des menaces plutôt que comme des leviers d’amélioration, le système cesse progressivement d’évoluer.

Dans ce contexte, une question fondamentale s’impose : À partir de quel moment un système de protection cesse-t-il de protéger pour commencer à se protéger lui-même ?

Car un système qui priorise sa stabilité au détriment de sa mission finit inévitablement par perdre sa légitimité aux yeux de ceux qu’il est censé servir.

La réponse ne se trouve pas uniquement dans des réformes ou des ajustements structurels. Elle réside dans une capacité collective à réintroduire de la réflexion, de la nuance et surtout de l’humain au cœur des décisions.

Parce qu’au-delà des cadres, des lois et des procédures, une société se mesure aussi à sa capacité à ne pas perdre de vue l’essentiel :

L’humain derrière chaque dossier.

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L’ère de l’hyperpolitique, une conversation avec Anton Jäger

L’un des penseurs les plus brillants de la nouvelle génération a inventé un concept qui semble capturer parfaitement la séquence que nous traversons. Comment vivre à l’âge d’une politisation extrême, de plus en plus radicale — mais sans les cadres de la politique ? Anton Jäger présente la thèse de son dernier livre : l’hyperpolitique.
Permalien
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Lettre à la rédaction d’un médecin immigrant sorti d’un roman de Camus

Ayant quitté les miasmes d’Oran pour les briques rouges de la Petite-Italie, je croyais, dans mon ingénuité de médecin exilé, que la peste n’était qu’un vestige de l’histoire. Je découvre ici, entre les étals colorés du Marché Jean-Talon où l’abondance des fruits semble masquer la disette des soins, une pathologie bien plus subtile : une langueur administrative où le salut du patient est indexé sur la répétition de ses visites.

Mon cabinet, niché à l’ombre des clochers de l’église Notre-Dame-de-la-Défense, m’a vite enseigné l’art de la « temporalité thérapeutique ». Un patient se présente-t-il avec une simple éruption fongique ? Le bon sens commanderait de lui remettre le tube salvateur et de passer au suivant. Mais le système, dans sa grande sagesse, ne rémunère pas la guérison, il rémunère la présence. On prescrit d’abord un produit en vente libre. Le pharmacien, complice malgré lui, demande alors une modification pour que l’assurance assume les frais. Le patient revient. Je vois son tube presque vide, mais je garde le silence sur le renouvellement. Pourquoi hâter les choses ? Qu’il revienne une troisième fois.

Faisons le compte, cette arithmétique de l’absurde : le patient aura déboursé 20 $, l’assureur 40 $, et la Régie me versera environ 150 $ (à raison de quelque 50 $ par visite) pour une simple crème. En Inde, ce même patient aurait obtenu son onguent pour 200 roupies (4 $) chez le premier apothicaire venu, sans même solliciter un spécialiste qui, lui, ne lui en aurait coûté que 10 $.

Mais ici, le progrès est un chemin de croix. J’ai vu un homme porter une tumeur précancéreuse, une promesse de mort encore évitable. Il a attendu six mois pour un simple appel de rendez-vous. Dans cet intervalle souverain, le bénin est devenu malin. Ce patient coûte désormais 50 000 $ au système, mais il a reçu sa sentence capitale dans les règles de l’art. Et ne parlons pas du téléphone : demander un renouvellement par appel est un tabou strictement religieux. Le médecin de famille est une idole que l’on ne peut consulter qu’en personne, au prix d’une journée de travail perdue pour le fidèle.

Parfois, je regrette ces journées de poussière en Algérie. Certes, la peste rôdait, mais le médecin vous envoyait une bouffée de tabac au visage en guise de remède, produisait un onguent de sa sacoche lors d’une visite à domicile et l’affaire était classée. Ici, nous avons le progrès, nous avons les statistiques, et nous avons le temps — surtout celui de mourir en attendant que le dossier progresse.

Le Canada avance, d’un pas lourd et assuré, vers un horizon où le coût de la vie est surpassé par le prix de la survie bureaucratique.

Note : Ceci est une œuvre de fiction satirique.

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Le coût de la paix pour la Russie

On parle souvent du coût de la guerre pour la Russie: en dépenses pour la défense, en impact des sanctions, en hommes. On ne réfléchit pas assez au coût inverse, celui du risque politique qu’entraînerait, pour le pouvoir russe, l’arrêt des combats. Quelques notes rapides pour évoquer cet aspect rarement abordé.

Le premier risque politique est lié à la démobilisation des combattants actuellement engagés sur le front. La Russie a traité avec une grande violence l’ensemble des hommes qu’elle a engagés dans la guerre. Les militaires sous contrat que comptait l’armée en 2022 ont été cloués au front par une transformation de leurs contrats en engagement à durée indéterminée, sans possibilité de démissionner. Les mobilisés, civils recrutés de force en 2022 et envoyés au front dans des conditions terribles, y demeurent toujours deux ans et demi plus tard. Les nouveaux soldats sous contrat bénéficient, certes, d’une rémunération confortable, mais ne sont ni correctement formés, ni correctement équipés, ni traités avec respect.
Démobiliser ces hommes, même en les glorifiant, et les laisser revenir dans la vie civile, c’est prendre le risque de voir le récit des facettes sombres de la conduite de la guerre se diffuser dans la société. C’est aussi devoir faire face à des centaines de milliers d’hommes qui pourraient en vouloir à leur pouvoir politique, qui sont profondément traumatisés, et qui savent désormais manier les armes. Le Kremlin a en partie conscience du problème et met en place de modestes politiques d’intégration des vétérans dans la vie civile, mais vu le contour de ces dispositifs, ils risquent de se révéler très insuffisants. Le pouvoir russe s’est refusé jusqu’à maintenant de démobiliser le moindre combattant et essaiera, autant que possible, de reculer le moment de la démobilisation.

Le second risque politique est la conséquence d’une transformation du système de rentes et de rétributions liées à la guerre. La croissance affichée par l’économie russe est une croissance nourrie par la conduite de la guerre. L’économie s’est recentrée sur la commande militaire, les actifs économiques ont été redistribués et réorganisés pour faire face aux sanctions. La guerre et les sanctions ont frappé beaucoup d’acteurs économiques, mais représentent également une nouvelle rente pour beaucoup d’autres. Si la Russie veut maintenir l’apparence de solidité économique et garder la loyauté des élites, elle ne peut se permettre, dans les années qui viennent, de sortir de ce modèle économique centré sur la conduite de la guerre.


Le troisième risque politique est celui des territoires qui resteraient sous occupation russe. L’expérience d’intégration des territoires saisis par la force par la Fédération de Russie se limite aujourd’hui à la Crimée; or, celle-ci a été annexée dans des conditions très différentes, avec un usage limité de la violence et les faveurs d’une partie de la population. Installer l’État russe sur les territoires conquis depuis 2022 sera un défi d’une autre taille, car la population de ces régions a une forte conscience de vivre sous occupation militaire. La violence, notamment contre les civils, y est considérable: le pouvoir russe n’a pas le consentement des habitants de ces régions. A certains égards, la situation risque d’y être plus proche de la Tchétchénie en 1995 que de la Crimée en 2014. C’est une guerre diffuse que la Russie devra conduire dans les territoires annexés.
Pour les républiques séparatistes du Donbass, j’ai beaucoup plus de difficultés pour l’instant à évaluer la situation et à faire des projections. Ces régions qui ont été dévastées et maltraitées depuis 10 ans, mais j’ai peu de sources fiables pour prendre le pouls de ce qui s’y passe et de la manière dont les habitants qui y vivent encore se projettent dans l’avenir.

Existe-t-il un risque réputationnel, où Poutine pourrait être accusé par son entourage de ne pas avoir atteint ses objectifs de guerre? Ce risque me semble limité, car en cas de cessez-le-feu ou d’un autre type d’accord, le pouvoir aura sécurisé sa victoire principale: arriver à faire admettre aux Occidentaux qu’ils sont impuissants face à la Russie.

Les trois risques structurels que j’ai pointés ici me semblent en revanche sérieux. Ils peuvent, me semble-t-il, amener la Russie à privilégier tout scénario où la guerre ne s’arrête pas vraiment, où le pouvoir peut garder un gros volume de forces armées mobilisé, investir dans la consolidation de l’industrie militaire et dans la production massive d’armes, maintenir une occupation militaire (plutôt qu’une administration civile) dans les territoires annexés.

On a souvent dit que la Russie n’avait pas intérêt à une négociation autre qu’une capitulation, parce qu’elle se voyait en train de gagner sur le front. Mais la Russie est aussi dans une situation politique interne qui la pousserait plutôt à éviter les scénarios de paix durable qui seraient paradoxalement aujourd’hui plus déstabilisateurs que la guerre. Le scénario le plus favorable au Kremlin, celui qui lui permettrait de garder le contrôle interne, serait celui d’une baisse de l’intensité de la guerre sans démobilisation, sans abandon de la rhétorique guerrière, et sans ralentissement de l’économie de guerre et du réarmement. Une guerre moins coûteuse en hommes et en armes, plus confortable pour l’économie, moins stressante pour la population, mais toujours une guerre.

Un cessez-le-feu instable et régulièrement violé serait peut-être le meilleur cadeau que l’on pourrait faire aujourd’hui au Kremlin.

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Regarder vraiment le Bélarus

Il n’a jamais été simple de parler du Bélarus en France sans tomber dans le cliché. La formulation « dernière dictature d’Europe » a encore été reprise par les médias aujourd’hui pour évoquer le scrutin présidentiel qui s’est tenu dimanche, et j’en veux un peu aux journalistes pour cette paresse intellectuelle.
« Dernière dictature d’Europe » était une formule confortable pour se rassurer sur le processus de démocratisation qui aurait été en voie de généralisation sur le continent européen; certes, à des vitesses variables, mais quand-même quasiment certain. Le Bélarus faisait alors office d’épouvantail et de dernier bastion d’un monde en cours de disparition. Cela empêchait de voir les dynamiques réelles sur place (et de s’interroger par exemple sur la manière dont la stabilité, les politiques sociales et le progrès économique pouvaient atrophier la sensibilité politique). Cela faisait aussi du bien à l’égo européen.
Nous n’en sommes plus là aujourd’hui, bien évidemment, et dans un contexte de montée d’attractivité des autoritarismes, le Belarus est plutôt un cas d’école qui devrait attirer notre attention. Dire que l’élection présidentielle qui vient de s’écouler était un simulacre, c’est à la fois vrai et stérile, parce que c’est une manière de dire « point, à la ligne, on passe à autre chose » qui neutralise toute volonté de compréhension.
Malheureusement, la guerre conduite par la Russie contre l’Ukraine m’a empêché d’être suffisamment vigilante sur le Bélarus pour livrer une analyse approfondie. Ce que je dis est à prendre avec des pincettes; ce sont des pistes à creuser.
Un régime politique autoritaire fonctionne grâce à un certain dosage de coercition et d’adhésion; il doit non seulement mettre en place une répression suffisamment forte pour bloquer les oppositions, mais aussi distribuer suffisamment de bénéfices pour susciter l’adhésion. Plus le ratio est en faveur des bénéfices, plus le pouvoir est stable; plus il penche du côté répressif, plus le régime est fragile. Pendant longtemps, le régime politique du Belarus s’est attaché à distribuer beaucoup de bénéfices à la population, notamment à travers des politiques sociales, des politiques de développement et une promesse de stabilité et de prévisibilité. Les Bélarusses vivaient – économiquement – plutôt mieux que beaucoup de leurs voisins, et en avaient conscience. Le prix politique à payer apparaissait donc comme acceptable.
Evidemment, le soutien de la Russie était et reste l’exosquelette du régime bélarusse, aussi bien d’un point de vue politique qu’économique.
Les protestations massives de 2020 étaient intervenues dans le contexte d’une certaine fragilisation du modèle, et notamment d’une perception du régime comme moins protecteur, mais aussi en décalage avec les demandes de la société. Les répressions violentes qui ont suivi et qui se sont maintenues tout au long des années suivantes ont fait basculer le ratio répression/bénéfices en faveur de la répression. Cette période violente va compter dans l’histoire politique bélarusse: on ne le perçoit pas encore, mais elle a donné naissance à une expérience différente, moins marginale de l’opposition politique, de la répression et de la prison. Elle a aussi permis de structurer une opposition à l’étranger et de lui donner des canaux de prise de parole. Derrière les apparences de « il ne se passe rien », le Belarus est en réalité bien plus prêt qu’en 2020 à entamer une transition politique, avec une nouvelle génération de citoyens jetés avec violence dans la politique.
Cependant, et paradoxalement, c’est la guerre en Ukraine qui a redonné de la stabilité au régime bélarusse. En effet, dans un contexte où la Russie essaie de toutes ses forces de faire du Bélarus un cobelligérant, il y a des choses que Loukachenko a réussi à protéger. Certes, des unités armées russes et des complexes d’armement sont désormais basés au Belarus, qui sert de base aux attaques contre l’Ukraine. Cependant, aucune unité armée bélarusse ne combat aux côtés de la Russie contre l’Ukraine. Pensez au paradoxe: des soldats nord-coréens, mais pas de soldats bélarusses, alors que le pays se déclare être le plus proche allié de la Russie. Le territoire du Bélarus reste un territoire en paix. Cela, les citoyens savent qu’ils le doivent en partie à Loukachenko… mais aussi en partie aux Ukrainiens qui ne désespèrent pas de retourner les Bélarusses contre Moscou, et qui ne les perçoivent pas de la même manière que les Russes.
La politique menée par Loukachenko vis-à-vis de la Russie a été caractérisée par un de mes anciens collègues bélarusses par la formule suivante: « on dit oui à tout, puis on bureaucratise au maximum le processus pour finalement ne rien faire ». C’est aussi une stratégie que les Bélarusses appliquent au quotidien vis-à-vis de leur Etat. Il y a une certaine résilience stratégique de la société bélarusse qu’on ferait bien de souligner. Ne nous laissons pas tromper par cette apparence de calme plat: le Bélarus n’est pas la Russie et suivra une dynamique qui lui sera propre.

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