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    Quel temps fait-il sur notre monde libre? Le capitalisme fait-il la joie des familles – Béru Où étiez-vous le 26 octobre 1992. Avez-vous voté? Moi, j’étais chez le dentiste. On parle peu du référendum de 1992. Plusieurs l’oublient. Pourtant il est décisif dans l’histoire politique du Québec Ah oui, le monde était bien trouble, ce 26 octobre 1992 : la grande URSS vient à peine de s’effondrer; les USA de Bush s’embourbent dans leur petit Vietnam irakien (Desert Storm); le nationalis
     

Random référendum. Ou la trahison nationaliste

29 août 2026 à 13:22

Quel temps fait-il sur notre monde libre?

Le capitalisme fait-il la joie des familles

– Béru

Où étiez-vous le 26 octobre 1992. Avez-vous voté? Moi, j’étais chez le dentiste.

On parle peu du référendum de 1992. Plusieurs l’oublient. Pourtant il est décisif dans l’histoire politique du Québec

Ah oui, le monde était bien trouble, ce 26 octobre 1992 : la grande URSS vient à peine de s’effondrer; les USA de Bush s’embourbent dans leur petit Vietnam irakien (Desert Storm); le nationaliste serbe Slebodan Milosevic bombarde la Bosnie.

Sur mon magnétophone à cassettes, j’écoute Tout pour le trash, nouvel album des Ludwig von 88 : « Ce soir trop cool j’irai griller mes 20 ans pour un baril de coke pour une ligne de brut. Twist à Koweit City ».

Au Québec, nos élites terminent un autre cycle d’interminables négociations constitutionnelles : celle sur l’Accord du lac Meech qui, faute d’unanimité provinciale, fait patate au fond du lac, et des choses.

Dans notre petite patrie provinciale, pas question alors de parler de justice, d’équité ou encore de bien-être, expression sur laquelle on colle encore tout le mépris de nos petites consciences post protestantes engraissées au capital. Que nenni! Le seul sujet dont se gargarise notre politique nationale est la constitution et la probable sécession de la province en pays.

On n’en a alors rien à faire que le PM fédéral surnomme homophobiquement son homologue provincial « le mangeux de hot dog ». Pas question de le défendre, il est du mauvais côté de la clôture et, comme un voisin chiant, on peut le nommer au gré de nos fantasmes et de nos préjugés dégradants. Il le mérite bien.

Pourtant, devant l’évidence de l’échec d’un renouveau fédéral, même lui, petit libéral fédéraliste parvenu, devenu ministrable par un mariage avec une famille ultra-riche, fait miroiter l’idée que le Québec peut se débrouiller seul.

Essoufflés par l’échec des négociations, on arrive au jour J, celui d’un référendum. Pas un référendum sur la séparation, mais plutôt sur l’union, sur le renouvellement de la si problématique constitution, un point d’arrêt potentiel à cet interminable onanisme qui apporte plus de douleur que de plaisir à un peuple en quête d’épanouissement.

Si le référendum sur la séparation était organisé par les péquistes provinciaux, celui sur l’union était l’œuvre des fédéralistes fédéraux. La question ne tenait pas debout, et nos ministres étaient clairs dans leur obscurantisme : il fallait voter non pour voter oui et voter oui pour voter non. Personne n’y comprenait rien. Les politiciens étaient très contents – c’est leur méthode.

Grâce à ce scrutin on pouvait remettre une bonne bûche dans le brasier du pathos national et rester les rejets de la constitution – position jugée avantageuse par les sbires de la sécession.

Du haut de mes 15 ans, je n’avais pas encore l’âge d’être admis dans les bureaux de vote. Et heureusement. Ayant passé la majeure partie de mon enfance sur un tapis péquiste à humer discrètement le café tiède des militants et, bien que punk aux idées universalistes, j’avais le cerveau bien mou et réceptif à la propagande nationaliste. Que voulez-vous? J’aimais l’art. Et notre gouvernement avait fait du financement de l’art un levier identitaire qui nous donnait l’envie de créer le pays, sorte de planète des singes avec une horde de barbus chantant – en français svp.

Le Parti québécois, alors à l’opposition, avait comme chef Abraracourcix Parizeau, un aristocrate en complet cinq pièces, flanqué d’un majordome, qui parlait d’un pays rêvé pour nous faire oublier que nous n’avions pas tous sa chance et sa fortune et que son parti avait été fondé sur des principes décoloniaux.

Le parti investit alors énergie et argent pour une campagne du Non. On nous disait qu’il fallait rejeter l’entente de Charlottetown, sans modération, afin d’éviter de faire partie d’une nouvelle constitution canadienne modernisée au risque de ne plus pouvoir pleurer dans notre coin. Vive le Québec rejected!

Mais on ne nous disait pas tout. Normal, c’est de la politique. Et en politique, le plus important, c’est souvent ce qu’on ne dit pas.

Pendant que nos bourgeois nationalistes du Québec inc. impriment des NON sur des pancartes, on nous en disait bien peu sur les conséquences probables d’un OUI. Ce n’est que des années plus tard, en 1996 – alors que j’avais l’âge de déserter les cursus du goulag national (gratuit, laïque et obligatoire) et de m’instruire par moi-même – que j’apprenais que si l’Accord de Charlottetown avait été accepté, les Premières Nations auraient enfin pu se débarrasser de l’archaïque Loi sur les Indiens pour devenir des citoyens à part entière et siéger à la Chambre des communes, officine du pouvoir centralisé. 

C’est alors que la honte m’a pogné – pour citer Deschamps – et que je compris la déchéance idéologique du PQ qui était beaucoup moins lisible à cette époque qu’elle ne l’est aujourd’hui dans les propos de PSPP. Au moment de mon épiphanie, le PQ avait fait plusieurs pas vers la droite et avait élu à sa tête un certain Lulu Jambe-de-bois, un sinistre droitiste patroneux du genre qui nous fait penser en silence « y a des métastases qui se perdent ». Il faut dire que le bougre avait été recruté au Conseil des ministres du gouvernement conservateur de Brian Mulroney, de droite et fédéraliste. Dont acte. Après sa carrière politique, il devient lobbyiste pour l’industrie pétrolière. Un vrai larbin.

C’est à cette époque que je me détache du PQ et réalise qu’il n’existe pas de parti de gauche au Québec, province du consensus mou, unilatéralement à droite.

Et quand aujourd’hui PSPP ou Mathieu Bock-Côté délirent sur les dangers de la gauche radicale, je pouffe. 

Il semble que dans cette province qui est la nôtre, le jeu de la politique ait un seul et unique but : conserver les privilèges d’une classe politique d’hommes blancs et riches qui tirent les ficelles du pouvoir.

S’il y avait vraiment une gauche au Québec, on en parlerait. C’est bien ce qu’ils craignent.

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  • Ruines et mirages de la troisième voie
    Plusieurs vulgarisateurs aiment comparer le Québec à un adolescent devenu assez grand pour voler de ses propres ailes. Mais une analogie plus fidèle et moins infantilisante serait plutôt celle de Robert Charlebois dans L’Indépendantriste : le Québec et le Canada sont un couple dysfonctionnel, un mariage arrangé devenu mariage de raison, mais dont l’un des partenaires n’a jamais vraiment accepté les conditions et se verrait systématiquement minorisé, aliéné, incapable d’une émancipation complète.
     

Ruines et mirages de la troisième voie

28 août 2026 à 12:12

Plusieurs vulgarisateurs aiment comparer le Québec à un adolescent devenu assez grand pour voler de ses propres ailes. Mais une analogie plus fidèle et moins infantilisante serait plutôt celle de Robert Charlebois dans L’Indépendantriste : le Québec et le Canada sont un couple dysfonctionnel, un mariage arrangé devenu mariage de raison, mais dont l’un des partenaires n’a jamais vraiment accepté les conditions et se verrait systématiquement minorisé, aliéné, incapable d’une émancipation complète. Dans cette optique, les promesses de la troisième voie pourraient être comparées à celles d’un conjoint qui clame « je vais changer! » pour éviter que sa femme ne fasse ses valises. 

On a beau rire de la blague de Deschamps sur le Québec indépendant dans un Canada uni, mais force est d’admettre que ce genre de proposition est toujours très populaire. Le grand défi du mouvement souverainiste est là : faire comprendre aux indécis que la troisième voie ne fonctionnera jamais, que le régime fédéral est fait pour concentrer toujours plus le pouvoir, qu’il n’y a pas de différence réelle entre le fédéralisme que nous subissons depuis trop longtemps et l’autonomie qu’on nous promet depuis à peu près aussi longtemps. Le mouvement souverainiste doit jouer le rôle de l’amie qui aide une conjointe malheureuse à comprendre que son partenaire ne changera pas. 

Les appuis au projet souverainiste sont étonnamment stables depuis les dernières décennies : un peu plus du tiers de la population y est favorable. Plusieurs opposants en concluent abusivement que les deux tiers des Québécois désirent rester dans le Canada tel qu’il est actuellement. Mais en réalité, les véritables fédéralistes, au Québec, sont plutôt rares. Personne ne serait assez fantasque pour proposer de signer la Constitution qui nous a été imposée, et la plupart des gens semblent vouloir oublier l’anormalité de cette situation. Même au PLQ, l’attachement au régime actuel ne peut se justifier que par l’affirmation du caractère distinct de notre nation et la défense d’une certaine autonomie, ce qui s’éloigne beaucoup du modèle centralisateur de son grand-frère fédéral, du moins en théorie. 

Si tant de gens sont frileux face à l’indépendance, c’est qu’ils croient encore qu’il doit exister une possibilité de compromis entre cette option trop radicale et celle du statu quo. On voit là une tendance typiquement québécoise à chercher un moyen de moyenner. Or l’idée d’un « beau risque », d’un fédéralisme « renouvelé », « d’ouverture » ou « asymétrique » a déjà été tentée. L’autonomisme qui nous avait été promis par Legault, et qui est aujourd’hui repris par Fréchette et Duhaime, n’est pas bien différent de ce qu’ont pu proposer Bourassa, Layton, Mulroney, Dumont, Duplessis ou Harper. Même des Charest et des Couillard ont prétendu vouloir assurer au gouvernement québécois une certaine autonomie dans certains champs de compétence. Toutes ces tentatives ont été des échecs, et une province dont la devise est Je me souviens gagnerait à en tirer des leçons. 

Ce sera probablement le principal obstacle du camp du Oui lors d’un prochain référendum : des députés promettront de « mettre leurs sièges en jeu » pour que le Québec puisse s’épanouir au sein de la fédération. Des citoyens de bonne foi voudront « donner une dernière chance au Canada », en oubliant toutes les fois où ces dernières chances ont été gâchées. Des militants souverainistes tenteront de combattre les arguments fédéralistes en oubliant que leur principal adversaire n’est pas le régime canadien actuel, mais le fantasme qu’un trop grand nombre d’entre nous entretiennent de voir le Canada nous accorder l’autonomie à laquelle nous aspirons sans que nous ayons à assumer pleinement toutes nos responsabilités. 

Plusieurs militants aiment perdre leur temps en querelles intestines et en procès de pureté, remettant en question la réelle ferveur souverainiste de tel parti, de telle organisation ou de telle personne. Une approche plus constructive serait plutôt d’aller voir les deux tiers de nos concitoyens pour questionner leur ardeur fédéraliste : es-tu vraiment attaché au Canada tel qu’il est? Ou au Canada tel que tu crois qu’il pourrait être? Ou tel que tu voudrais qu’il soit? 

On reproche souvent aux indépendantistes de vendre du rêve. Il est temps de renverser ce reproche en faisant la démonstration que la véritable illusion est celle d’un Canada respectueux des aspirations du Québec.

Élections au Québec: qu’ont-elles de particulier cette année? Quels sont les enjeux? 

28 août 2026 à 00:03

À compter d’aujourd’hui et jusqu’à la fin de la campagne électorale qui vient de commencer, InfoBref vous présente chaque vendredi un épisode Éclairage du balado InfoBref pour en suivre les événements, débats et tendances essentiels.

En 10 à 15 minutes, notre collaborateur Patrick White, politologue, ancien journaliste politique et actuellement professeur à l’École des médias de l’Uqam, nous résume chaque semaine les grandes lignes de ce qu’il faut savoir d’ici le vote du 5 octobre.

À regarder dans la chaine YouTube d’InfoBref

À écouter à  InfoBref.com/audio  |  Apple Podcasts  |  Spotify

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Voici comment les chefs des cinq partis ont entamé leur campagne 

27 août 2026 à 21:35

Caq 

Christine Fréchette était à Québec.  

Elle fait de la guerre commerciale avec les États-Unis la question de l’urne, et a désigné Donald Trump comme son «véritable adversaire». 

Parti conservateur du Québec  

Éric Duhaime était dans Bellechasse, dans Chaudière-Appalaches, où il se présente. 

Il soutient que les Québécois ne s’intéressent pas aux positions de ses candidats – l’un d’entre eux s’était dit en faveur de l’annexion du Canada par les États-Unis – mais plutôt aux solutions pour «dégraisser» l’État québécois. 

Parti libéral du Québec

Charles Milliard était à Québec. 

Milliard affirme qu’il est temps d’offrir aux Québécois des solutions. 

Il a fait plusieurs annonces pour la Capitale-Nationale, dont des mesures visant à améliorer la mobilité. 

Parti québécois 

Paul St-Pierre Plamondon était dans sa circonscription, Camille-Laurin, à Montréal.

Il refuse de laisser la guerre commerciale «confisquer» l’élection, et affirme que le Parti québécois est l’«équipe économique la plus solide» face à Donald Trump. 

Québec solidaire 

Ruba Ghazal et Sol Zanetti étaient au Vieux-Port de Montréal. 

Ils placent le logement, le coût de l’épicerie, le transport collectif, la redistribution de la richesse et l’indépendance en tête de leurs priorités.

[L'article Voici comment les chefs des cinq partis ont entamé leur campagne  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Le gouvernement fédéral modifie sa liste de futurs contre-tarifs douaniers 

27 août 2026 à 21:30

Joanna Thompson, ministre fédérale des pêches, a indiqué que les produits du secteur des fruits de mer et du poisson seraient retirés de la liste de contre-tarifs canadiens qui doivent entrer en vigueur le 8 septembre.

Thompson a assuré que la riposte fédérale resterait toutefois «équivalente au dollar près et au taux près» aux droits de douane américains. 

Un porte-parole du gouvernement fédéral a dit à Bloomberg que les droits de douane sur les produits de la mer seraient remplacés par des tarifs de 50% sur le cuivre et le charbon de bois américains. 

[L'article Le gouvernement fédéral modifie sa liste de futurs contre-tarifs douaniers  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Le Canada a attiré des dizaines de chercheurs établis aux États-Unis

27 août 2026 à 21:24

Le gouvernement Carney avait instauré l’an dernier un financement de 1,7 milliard $ pour attirer ou ramener au Canada «les meilleurs talents». 

Mélanie Joly, ministre fédérale de l’industrie, a annoncé hier que 540 millions $ avaient permis de recruter une première cohorte de 64 chercheurs. 

Ces chercheurs ont accepté un poste de titulaire de chaire de recherche au pays. 

  • Selon plusieurs médias, 48 d’entre eux travaillaient auparavant aux États-Unis.

[L'article Le Canada a attiré des dizaines de chercheurs établis aux États-Unis a d'abord été publié dans InfoBref.]

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  • Un LOUPerivois dans la bergerie
    Mourir pour des idées À la fin de la Seconde Guerre mondiale et au fur et à mesure qu’étaient dévoilées les exactions et atrocités commises par Staline, nombre d’intellectuels français qui avaient adhéré aux idéaux du communisme ont commencé à déchanter et à quitter les rangs du parti. Désillusionnés, ils se sont sentis trompés ces poètes, chanteurs, peintres et consorts qui, en toute bonne foi, avaient cru à un monde meilleur, à une réelle prise en main de leur existence par les « prolétaire
     

Un LOUPerivois dans la bergerie

27 août 2026 à 12:30

Mourir pour des idées

À la fin de la Seconde Guerre mondiale et au fur et à mesure qu’étaient dévoilées les exactions et atrocités commises par Staline, nombre d’intellectuels français qui avaient adhéré aux idéaux du communisme ont commencé à déchanter et à quitter les rangs du parti. Désillusionnés, ils se sont sentis trompés ces poètes, chanteurs, peintres et consorts qui, en toute bonne foi, avaient cru à un monde meilleur, à une réelle prise en main de leur existence par les « prolétaires de tous les pays ».

Ma propre génération n’a pas échappé à ce piège du miroir aux alouettes. Ainsi la formation des kibboutz en Israël a pu correspondre pour nous à un véritable renouveau, à une exaltante odyssée où un peuple presque décimé à peine quelques décennies plus tôt parvenait maintenant, au sein d’unités proches des idéaux collectivistes d’un Charles Fourier, à se redessiner un territoire, à enraciner un pays à même l’aridité du désert. Adamo chantait : « Requiem pour six millions d’âmes / […] qui malgré le sable infâme / ont fait pousser six millions d’arbres ».

À la même époque, en Chine, Mao Zedong s’acharnait à éradiquer ces dynasties de seigneurs de la guerre et autres roitelets qui avaient tenu des millions d’êtres humains sous leur férule pendant des siècles. Il faut pouvoir lire l’Histoire à rebours, éliminer les couches de sédiments qui s’y sont déposées et cristallisées au fil des ans. Il fut un temps où Mao était un héros, acclamé partout en Occident, son célèbre col (Mao) étant même devenu vêtement fétiche non seulement pour quelques rares aficionados mais au sein même des élites les plus huppées de la mode du moment. De même son Petit Livre rouge distribué à des millions d’exemplaires était un must au cœur des rayons de la bibliothèque de tout révolutionnaire de bon aloi.

Plus près de nous, dans la mer des Caraïbes, un jeune avocat du nom de Fidel Castro accompagné de son frère Raùl et de vaillants camarades dont Camilio Cienfuegos et Ernesto Che Guevara parvient à déloger un malfrat du nom de Fulgencio Batista, un dictateur corrompu qui à toutes fins utiles a vendu l’île à la Cosa Nostra, la pègre américaine. Encore là, Fidel est encensé par tous ceux et celles qui ont le cœur à gauche et la réussite de la révolution cubaine s’impose désormais à l’époque comme un modèle, la preuve tangible que le célèbre cri de ralliement pueblo unido jamas sera vencido n’est pas qu’un slogan creux et idéaliste mais s’impose comme une vérité : un peuple uni peut réellement parvenir à juguler les forces de l’obscurantisme qui le subjuguent. C’est cette fois Jean Ferrat qui se réjouit en s’écriant tout aussitôt Cuba si! Et le Che devient une icône internationale.

On connaît la suite et l’immonde traitement que fait subir à un peuple sans défense et sans moyens un empereur américain revanchard tout fier, du haut de sa dégoulinante bouffissure, de mâchouiller les derniers débris d’une révolution avortée. La Chine a resserré l’étau que Mao avait si laborieusement construit et, s’inspirant des plus lugubres cauchemars empruntés à Big Brother, circonscrit, fiche et catalogue aujourd’hui chacun de ses citoyens à l’aide d’un réseau de caméras omniprésentes, tout comme on le fait par ailleurs à Téhéran. Et se drapant derrière ce même voile d’opacité et de déréliction qui s’abat sur l’humanité, Israël en profite pour s’imposer comme le plus féroce prédateur au Moyen-Orient, déployant ses tentacules meurtrières et frappant sur tout ce qui bouge, de la bande de Gaza au Liban, en passant par la Cisjordanie.

Voilà comment les élans de libération des peuples sont pervertis, comment des groupuscules ou des entités voués à leur naissance à de nobles idéaux sont récupérés peu à peu, dévoyés de leurs légitimes objectifs premiers, broyés dans le collimateur de l’Histoire ou de la realpolitik à la faveur des lubies ou de l’inexpérience de leurs instigateurs, parce que ces derniers ont succombé aux sirènes ou aux vanités du pouvoir, ou simplement parce qu’ils n’ont pas su comment endiguer ces terribles et indomptables forces qu’ils s’étaient ingéniés à susciter.

Brassens chantait : « Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente » et, prudent, il ajoute aussitôt : « Car, à forcer l’allure, il arrive qu’on meure pour des idées n’ayant plus cours le lendemain ».  Pour notre plus grand malheur cependant, il y en a une idée qui ne semble jamais mourir : celle de la prédation, de l’appât du gain, de la cupidité, de la soif de pouvoir, cette pulsion destructrice qui gangrène la vie et nous laissera tous bientôt exsangues, nous lamentant aux bords du gouffre.

La campagne électorale débute officiellement aujourd’hui 

26 août 2026 à 21:14

Christine Fréchette rencontrera ce matin la lieutenante-gouverneure du Québec. 

Elle lui demandera, comme le veut la tradition, de dissoudre l’Assemblée nationale afin de déclencher les élections.

Les Québécois sont appelés aux urnes le lundi 5 octobre. 

La campagne durera 39 jours, soit la plus longue période autorisée.

127 députés siégeront désormais à l’Assemblée nationale. 

  • Deux sièges ont été ajoutés lors du remaniement de la carte électorale. 

À la veille du déclenchement des élections:

  • la Caq avait 79 députés;
  • le Parti libéral du Québec, 18; 
  • Québec solidaire, 11;
  • le Parti québécois, 7; 
  • le Parti conservateur du Québec, 1;
  • 9 députés étaient indépendants.

Fréchette tiendra une conférence de presse à 11 h avant d’entamer sa propre campagne. 

[L'article La campagne électorale débute officiellement aujourd’hui  a d'abord été publié dans InfoBref.]

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    Paul Saint-Pierre-Plamondon a annoncé le retrait de la candidature de Vincent Marissal à Québec. Le chef péquiste a indiqué que Marissal aurait prêté, via un site d’échange de logements, l’appartement pour lequel il recevait une allocation de l’Assemblée nationale.  Le Parti conservateur du Québec promet de réduire le taux de l’impôt sur le revenu des sociétés de 11,5% à 4,7% au cours du premier mandat d’un gouvernement conservateur.  Québec solidaire s’engage à prendre en charge le m
     

EN RAFALE 

26 août 2026 à 21:12

Paul Saint-Pierre-Plamondon a annoncé le retrait de la candidature de Vincent Marissal à Québec. Le chef péquiste a indiqué que Marissal aurait prêté, via un site d’échange de logements, l’appartement pour lequel il recevait une allocation de l’Assemblée nationale. 

Le Parti conservateur du Québec promet de réduire le taux de l’impôt sur le revenu des sociétés de 11,5% à 4,7% au cours du premier mandat d’un gouvernement conservateur. 

Québec solidaire s’engage à prendre en charge le matériel scolaire, en remplaçant le supplément de fournitures scolaires de 127 $ par enfant par un achat groupé des fournitures effectué par le Centre d’acquisitions gouvernementales.

[L'article EN RAFALE  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Bill Gates plaide pour une réglementation plus stricte de l’IA

26 août 2026 à 20:42

Le fondateur de Microsoft croit que l’intelligence artificielle présente un défi «monumental» pour l’humanité.

Dans un long essai publié en ligne et dont la portée est amplifiée par une entrevue qu’il a donnée au New York Times, le célèbre entrepreneur devenu philanthrope fait plusieurs suggestions dont:

  • imposer une taxe pour décourager les organisations de remplacer des employés par l’IA – et distribuer les fonds ainsi perçus aux travailleurs qui auront perdu leur emploi à cause de l’IA;
  • réserver certaines tâches aux humains en interdisant qu’elles soient confiées à l’IA ou à des robots.

[L'article Bill Gates plaide pour une réglementation plus stricte de l’IA a d'abord été publié dans InfoBref.]

Riposte canadienne aux tarifs douaniers américains – voici l’essentiel 

25 août 2026 à 20:33

Le gouvernement fédéral a présenté des mesures en représailles aux droits de douane américains entrés en vigueur samedi dernier. 

À compter du 8 septembre, le Canada imposera des taxes à l’importation de 15%, 25% ou 50% sur environ 700 produits américains.

Secteurs les plus touchés 

  • acier
  • produits laitiers
  • électroménagers
  • matériel agricole
  • pâtes et papiers 
  • électronique

Ces contres-tarifs ne visent que des produits frappés par des tarifs américains. 

Ils s’appliqueront à presque 28 milliards $ d’exportations annuelles des États-Unis vers le Canada.

  • C’est un montant équivalent à celui des exportations canadiennes vers les États-Unis visées par les nouveaux tarifs américains. 

Réponse américaine à la riposte canadienne 

Donald Trump avait dès lundi, avant qu’on connaisse le détail des contre-tarifs, menacé de porter à 50% en janvier prochain les tarifs américains sur les voitures, les camions, les pièces automobiles et l’acier canadiens.

[L'article Riposte canadienne aux tarifs douaniers américains – voici l’essentiel  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Guerre commerciale: le gouvernement Carney a annoncé des mesures d’aide totalisant 7,5 milliards $

25 août 2026 à 20:29

Principales mesures pour les entreprises

  • créer un fonds de diversification doté de 2 milliards $ pour soutenir les entreprises touchées par les droits de douane qui ont des projets prêts à démarrer;
  • bonifier de 1,5 milliard $ l’initiative qui aidait déjà les PME à faire face aux droits de douane;
  • injecter 500 millions $ dans un programme de la Banque de développement du Canada.

Principales mesures pour les travailleurs 

Ottawa compte prolonger plusieurs mesures de l’assurance-emploi visant à: 

  • éliminer la période d’attente d’une semaine;
  • permettre aux travailleurs de recevoir des prestations sans que les indemnités de cessation d’emploi ne soient d’abord épuisées;
  • accorder 20 semaines supplémentaires de prestations aux travailleurs de longue date. 

[L'article Guerre commerciale: le gouvernement Carney a annoncé des mesures d’aide totalisant 7,5 milliards $ a d'abord été publié dans InfoBref.]

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    Pablo Rodriguez, ancien chef du Parti libéral du Québec, n’a commis aucune infraction lors de la course à la chefferie du PLQ de l’an dernier, selon l’enquête de l’Unité permanente anticorruption. Nicolas Marceau, ancien ministre des finances de Pauline Marois, sera candidat pour le Parti québécois dans la circonscription de Marie-Victorin, en Montérégie.  Clodine Desrochers, ancienne animatrice de Radio-Canada et TVA, sera candidate pour la Caq dans la circonscription de Joliette, da
     

EN RAFALE

25 août 2026 à 20:22

Pablo Rodriguez, ancien chef du Parti libéral du Québec, n’a commis aucune infraction lors de la course à la chefferie du PLQ de l’an dernier, selon l’enquête de l’Unité permanente anticorruption.

Nicolas Marceau, ancien ministre des finances de Pauline Marois, sera candidat pour le Parti québécois dans la circonscription de Marie-Victorin, en Montérégie. 

Clodine Desrochers, ancienne animatrice de Radio-Canada et TVA, sera candidate pour la Caq dans la circonscription de Joliette, dans Lanaudière. 

[L'article EN RAFALE a d'abord été publié dans InfoBref.]

Le gouvernement fédéral commande ses brise-glaces au Québec

24 août 2026 à 20:58

Mark Carney a annoncé que le gouvernement fédéral avait confié à Chantier Davie, à Lévis, dans Chaudière-Appalaches, la construction de six brise-glaces.

Le gouvernement veut remplacer les brise-glaces vieillissants de la Garde côtière canadienne. 

Ces imposants navires:

  • ouvrent les voies commerciales maritimes;
  • répondent aux appels de bateaux en détresse.

Les nouveaux brise-glaces seront construits à partir d’acier et d’autres matériaux canadiens.

Selon Ottawa, le premier sera prêt dans 5 ans et l’ensemble de la flotte, avant 2038.

Le montant total du contrat s’élève à plus de 11 milliards $. 

[L'article Le gouvernement fédéral commande ses brise-glaces au Québec a d'abord été publié dans InfoBref.]

Presque tous les principaux partis au Québec adhèrent à un code de conduite sur l’IA 

24 août 2026 à 20:54

Ivado, un consortium de recherche en intelligence artificielle piloté par l’Université de Montréal, a créé l’automne dernier un code visant à encadrer un usage responsable de l’IA en politique.

En adhérant au code, les partis s’engagent notamment à: 

  • favoriser la transparence; 
  • limiter les risques liés aux hypertrucages et aux contenus trompeurs. 

La Caq et Québec solidaire avaient adhéré à ce code de conduite en mars dernier. 

Le Parti québécois et le Parti libéral du Québec viennent de signer. 

Le Parti conservateur du Québec est le seul à ne pas adhérer au code.

[L'article Presque tous les principaux partis au Québec adhèrent à un code de conduite sur l’IA  a d'abord été publié dans InfoBref.]

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    Vincent Marissal sera candidat pour le Parti québécois dans la circonscription de Taschereau, à Québec. Député de Rosemont, à Montréal, depuis 2018, Marissal avait quitté Québec solidaire en novembre dernier. Il siégeait depuis comme indépendant.  Le Parti conservateur du Québec s’engage à atteindre l’équilibre budgétaire d’ici quatre ans. Pour y parvenir, il compte réduire les dépenses et supprimer des programmes, dont le Fonds du développement économique et le Fonds vert. La Caq a d
     

EN RAFALE

24 août 2026 à 20:53

Vincent Marissal sera candidat pour le Parti québécois dans la circonscription de Taschereau, à Québec. Député de Rosemont, à Montréal, depuis 2018, Marissal avait quitté Québec solidaire en novembre dernier. Il siégeait depuis comme indépendant. 

Le Parti conservateur du Québec s’engage à atteindre l’équilibre budgétaire d’ici quatre ans. Pour y parvenir, il compte réduire les dépenses et supprimer des programmes, dont le Fonds du développement économique et le Fonds vert.

La Caq a dévoilé son slogan pour la campagne électorale: «Avançons». Tous les autres partis avaient déjà leur slogan [détails (20 août)].

[L'article EN RAFALE a d'abord été publié dans InfoBref.]

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    Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS) dévoilait récemment sa toute nouvelle Politique gouvernementale sur les soins et services de première ligne. Après des années de déstructuration et de dépouillement des centres locaux de services communautaires (CLSC), cette politique annonce l’intention du gouvernement de repositionner les CLSC comme point d’ancrage de la première ligne, voire comme « porte d’entrée » pour les personnes en quête de soins ou de services. Assistero
     

Assisterons-nous au grand retour des CLSC au Québec?

24 août 2026 à 13:45

Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS) dévoilait récemment sa toute nouvelle Politique gouvernementale sur les soins et services de première ligne. Après des années de déstructuration et de dépouillement des centres locaux de services communautaires (CLSC), cette politique annonce l’intention du gouvernement de repositionner les CLSC comme point d’ancrage de la première ligne, voire comme « porte d’entrée » pour les personnes en quête de soins ou de services. Assisterons-nous prochainement au grand retour du modèle des CLSC au Québec?

Ces dernières années, au gré de réformes très impopulaires en santé et en services sociaux, nous avons essentiellement assisté au déplacement de la porte d’entrée de notre réseau. Pour désengorger les urgences, nous disait-on, il était impératif de revoir le modèle d’accès aux soins et services. Et c’est ce qu’on nous répète depuis plus de 20 ans, alors qu’aujourd’hui encore, plus de 600 000 personnes n’ont pas accès à un médecin de famille au Québec, dont près du tiers seraient considérées comme vulnérables.

Du CLSC au GMF

Opérés ou détenus en majorité par des médecins, les groupes de médecine de famille (GMF) sont en quelque sorte venus remplacer le point d’accès en première ligne qu’était jadis le CLSC. Dans leur présentation initiale, les GMF devaient pourtant être complémentaires à l’offre de soins et de services en CLSC. Depuis le début des années 2000, plus de 400 GMF ont vu le jour au Québec. Pendant cette même période, le nombre de CLSC, lui, a stagné et bon nombre d’entre eux ont vu leurs services réduits, ce qui permet de remettre en question la thèse de la complémentarité entre ces services.

Le but des GMF était simple : augmenter la capacité de prise en charge médicale de la population afin d’éviter une surcharge des urgences, tout en assurant une bonne allocation des ressources et une meilleure prévention en santé, en privatisant en quelque sorte la gestion des services. Leur implantation a nécessité un important effort d’inscription des Québécoises et des Québécois auprès d’un médecin de famille ou d’un guichet d’accès pour les personnes en attente.

Le modèle du CLSC, pour sa part, reposait sur un fonctionnement tout autre. Il présentait de grands avantages puisqu’il était responsable de la gestion et de l’opérationnalisation des soins en première ligne : facilité d’accès sans rendez-vous, absence de patients orphelins, soins et gestion de proximité, arrimages communautaires-médicaux, planification locale en fonction de critères populationnels, etc. Il comportait cependant un défaut originel, une limite héritée de la création même de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) : l’incapacité à recruter des médecins salariés pour y œuvrer.

Au Québec, les médecins sont incorporés comme des entreprises. Que ce soit en GMF ou en CLSC, le médecin que monsieur ou madame Tout-le-monde consulte est en fait un entrepreneur qui facture ses services à notre réseau public – une entreprise ayant essentiellement un seul client : la RAMQ. Nous assistons d’ailleurs aujourd’hui à la multiplication des incursions de grands consortiums privés dans la médecine familiale au Québec. De grands groupes – MAclinique, Medway, ELNA ou encore des fonds privés comme ceux de Telus Santé – cherchent des opportunités d’affaires avec la multiplication des GMF. Ces organisations offrent aux médecins de se regrouper en leur sein et d’y exercer en échange d’une prise en charge complète des volets administratif, locatif et des ressources humaines. En peu de temps, ces groupes en sont venus à se substituer à ce que l’État offrait jadis aux médecins, mais en version privée et lucrative, que nous payons collectivement à fort prix, souvent sans le savoir.

Et la politique de première ligne dans tout ça?

L’attachement des Québécois au modèle des CLSC est très fort. Pour les plus âgés, le CLSC symbolise la nationalisation des soins de santé, qui étaient auparavant privés, sous-développés et largement inaccessibles. C’est aussi le symbole d’une époque où notre réseau public produisait des résultats concrets et offrait des services réellement accessibles. Pour les plus jeunes, cela relève presque du mythe : celui d’un projet collectif visant à se doter d’un réseau public, gratuit, décentralisé et démocratiquement géré.

Malgré un lancement quelque peu pompeux, la nouvelle politique du MSSS ne vise pas à restituer aux CLSC les pleins pouvoirs sur la gestion de la première ligne. Elle cherche plutôt à rétablir les territoires de CLSC comme cadre de gestion. Concrètement, ces territoires seront désormais responsables de la planification du déploiement des soins et des services et feront du CLSC un guichet d’accès unique en première ligne. Il s’agit d’un pas dans la bonne direction. Toutefois, rien n’indique pour l’instant que les CLSC redeviendront responsables de la dispensation des soins et des services. Ils seront plutôt appelés à gérer les flux. À ce jour, aucun financement additionnel significatif n’a été annoncé pour soutenir ce nouveau mandat, ce qui inquiète grandement le personnel des CLSC, déjà à bout de souffle.

S’il faut saluer le fait qu’une politique gouvernementale vise à rapprocher la planification des soins des milieux où ils sont offerts, de nombreux défis demeurent. Comment cette politique s’inscrira-t-elle dans le virage vers la mégastructure de l’Agence Santé Québec? Quelles ressources seront déployées pour permettre une meilleure représentation des collectivités dans la planification, à l’échelle des territoires de CLSC? Quels pouvoirs seront réellement confiés aux communautés locales? Pour le moment, les réponses demeurent incertaines, se préciseront-elles à l’approche des élections de l’automne?

Pour la suite

Face aux nombreux enjeux – matériels, financiers, humains et démocratiques – auxquels notre réseau public de santé et de services sociaux fait face, il est urgent de renouer avec une tradition québécoise de dialogue social. Devant la progression rapide de la privatisation en santé, il importe de prendre un recul collectif afin de déterminer la direction que nous souhaitons donner à notre réseau public.

Le gouvernement Fréchette lance deux programmes pour aider les entreprises

23 août 2026 à 21:01

À la suite de l’échec des négociations commerciales Canada–États-Unis, Québec a mis en place deux nouveaux programmes de soutien aux entreprises. 

PME 

Le Programme d’aide d’urgence aux petites et moyennes entreprises propose: 

  • des prêts sans intérêt pouvant atteindre 150 000 $; 
  • un moratoire sur le remboursement du capital pendant 12 mois. 

Secteur manufacturier et secteur primaire 

Le programme Fonds offensif pour le renforcement des capacités économiques propose: 

  • des prêts pouvant atteindre 50 millions $, sans intérêt la première année; 
  • un moratoire de remboursement du capital allant jusqu’à 24 mois. 

[L'article Le gouvernement Fréchette lance deux programmes pour aider les entreprises a d'abord été publié dans InfoBref.]

Tous les partis d’opposition ont leur slogan pour la campagne

20 août 2026 à 23:30

Par ordre alphabétique:

Parti conservateur du Québec: «Oser pour vrai», dévoilé le 6 août par le chef conservateur Éric Duhaime.

Parti libéral du Québec: «Rassembler. Réparer. Bâtir.», pas encore dévoilé officiellement, mais utilisé depuis plusieurs jours par le parti libéral.

Parti québécois: «Le choix de la confiance», dévoilé mercredi par le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon.

Québec solidaire: «C’est possible», dévoilé hier par les porte-paroles solidaires Ruba Ghazal et Sol Zanetti.

Sol Zanetti a dit hier à InfoBref que QS comptait mener une campagne «positive et créative».

  • Le parti a choisi des visuels créés par des artistes québécois.

La Caq n’a pas encore présenté son slogan.

[L'article Tous les partis d’opposition ont leur slogan pour la campagne a d'abord été publié dans InfoBref.]

Québec solidaire n’attendrait pas le départ de Trump pour tenir un référendum sur l’indépendance

20 août 2026 à 22:00

Sol Zanetti, co-porte-parole de Québec solidaire, a expliqué à InfoBref quel chemin vers l’indépendance emprunterait un gouvernement solidaire.

Contrairement au Parti québécois, Québec solidaire n’attendrait pas que Donald Trump quitte la présidence des États-Unis, en janvier 2029, pour tenir un référendum sur l’indépendance du Québec. 

Pour QS, seuls le processus québécois et la date à laquelle le projet de constitution serait prêt devraient déterminer la date de la tenue d’un futur référendum. 


La démarche du Québec vers l’indépendance «ne doit pas dépendre de qui est le président des États-Unis», affirme le député de Jean-Lesage, à Québec. 

«On ne sait pas qui va arriver après Trump», note-t-il. Son départ ne marquera pas forcément «un retour de la stabilité géopolitique mondiale». 

«Dans un climat instable, dit-il, il est encore plus urgent de prendre nos décisions nous-mêmes.» 

À l’intérieur d’un premier mandat, Québec solidaire compte: 

  • élaborer la démarche constituante avec les Premières Nations;
  • mener une grande consultation sur l’ensemble du territoire; 
  • rédiger un projet de constitution du Québec; 
  • soumettre ce projet à un référendum; et
  • si c’est le choix que font les Québécois, déclarer l’indépendance du Québec.  

«C’est important que le processus d’indépendance soit mené en un seul mandat, indique Sol Zanetti: ce serait catastrophique de démarrer le processus sans le terminer.» 

  • L’arrivée d’un gouvernement opposé au projet d’indépendance pourrait «compromettre l’avenir du pays». 

Or, selon le porte-parole solidaire, les étapes vers l’indépendance prévues par le Parti québécois dépasseraient la durée d’un mandat. 

La date du référendum dépendra d’abord des discussions avec les Premières Nations.

  • «La démarche constituante doit rejoindre leurs aspirations et leurs exigences», assure Sol Zanetti. 

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Québec solidaire proposerait une constitution avant le référendum pour:

  • offrir aux Premières Nations «des garanties sur le maintien de leurs droits»;
  • «construire un projet» pour permettre aux Québécois de savoir «dans quoi ils s’embarquent». 

QS est le premier parti qui propose d’élaborer une constitution définitive avant de tenir un référendum sur l’indépendance du Québec. 

  • Contrairement aux précédents référendums, «on ne demanderait pas un chèque en blanc».   

Si les Québécois disent oui, Québec solidaire prévoit de «rencontrer le gouvernement canadien pour organiser la séparation». 

Le gouvernement solidaire négocierait notamment avec Ottawa «le partage des actifs, de la dette, un traité de libre circulation de la main-d’œuvre et des marchandises».  

Mais, «on ne négocie pas sa liberté, on la prend», assure Sol Zanetti. 

[L'article Québec solidaire n’attendrait pas le départ de Trump pour tenir un référendum sur l’indépendance a d'abord été publié dans InfoBref.]

Les conservateurs promettent des baisses d’impôts aux familles 

19 août 2026 à 20:35

Le Parti conservateur du Québec a dévoilé hier sa plateforme électorale en vue des élections d’octobre.

Natalité 

Le PCQ s’engage à baisser les impôts des familles dès la naissance d’un premier enfant.

  • Aucun montant précis n’a été annoncé pour cette mesure. 

Logement 

Pour aider les familles à se loger, les conservateurs comptent notamment: 

  • déréglementer le secteur de la construction; 
  • réduire les exigences du code du bâtiment.

Autonomie 

Le parti propose de doter le Québec: 

  • d’une constitution; 
  • d’un hymne national; 
  • d’un bouclier législatif contre les intrusions du gouvernement fédéral dans ses champs de compétence.

[L'article Les conservateurs promettent des baisses d’impôts aux familles  a d'abord été publié dans InfoBref.]

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  • Parcs éoliens : la promesse de la démesure
    On a besoin des artistes, des objecteurs de conscience; on a besoin de ce très large spectre des parties prenantes de la société pour être capables d’avancer collectivement. – Jérôme Dupras, nouveau scientifique en chef et membre des Cowboys Fringants L’été est là. Vous vous apprêtez peut-être à vous fondre dans les paysages bas-laurentiens. Mais savez-vous que des mégaprojets de développement éolien transformeront ces paysages? Depuis qu’au nom d’une « transition énergétique », le gouv
     

Parcs éoliens : la promesse de la démesure

19 août 2026 à 13:24

On a besoin des artistes, des objecteurs de conscience; on a besoin de ce très large spectre des parties prenantes de la société pour être capables d’avancer collectivement.

– Jérôme Dupras, nouveau scientifique en chef et membre des Cowboys Fringants

L’été est là. Vous vous apprêtez peut-être à vous fondre dans les paysages bas-laurentiens. Mais savez-vous que des mégaprojets de développement éolien transformeront ces paysages?

Depuis qu’au nom d’une « transition énergétique », le gouvernement a décidé d’ajouter 10 000 MW d’énergie éolienne dans son réseau, tout le Québec est touché par l’éolien, sauf la riche région de Memphrémagog qui aurait défendu que ses paysages méritaient d’être préservés : hors de notre champ de vision les paysages aux allures industrielles!

Ça veut dire quoi?

En plus des 482 éoliennes déjà installées au Bas-Saint-Laurent et dont certaines arrivent en fin de vie (Que faire des tonnes de pâles usées? Recherches de solutions toujours en cours…), on doit bientôt compter 103 éoliennes pour Pohénégamook, Picard, Saint-Antonin et Wolastokuk (phases 1 et 2), 45 éoliennes pour Dégelis et Saint-Jean-de-la-Lande, 20 éoliennes pour Saint-Damase et Saint-Noël.

Ça, c’est ce qui est déjà dans « la machine », il faut ajouter des zones très sérieusement à l’étude : Wocawson (150 éoliennes?), Wetsok : MRC de Montmagny, L’Islet, Kamouraska, Rivière-du-Loup et Témiscouata (240 éoliennes?); Gespe’gewa’gi qui correspond à la Gaspésie et à l’Est du Bas-Saint-Laurent (1000 éoliennes?).

Résister

Un soir de mai, une quarantaine de personnes sont réunies à Témiscouata-sur-le-Lac pour écouter Tina et Étienne, tous deux engagés dans Éoloin, un des nombreux groupes qui s’activent dans différentes régions dans le but de susciter la réflexion à propos de l’implantation de l’éolien, des groupes qui veillent, qui tentent de se faire entendre et de combler le déficit démocratique que le développement éolien a tout simplement soufflé. La dense présentation du comité Éoloin, que tout le monde devrait voir et dont je ramènerai ici quelques fragments, dessine le revers de la médaille.

« Notre économie dans le Témiscouata repose sur l’acériculture, la foresterie et la villégiature. Et l’éolien fragilise tous nos moteurs économiques, dira avec assurance Tina. S’il y avait de véritables consultations, on pourrait peut-être décider ensemble que sur telle partie du territoire on accepte qu’il y ait des éoliennes. Mais de la façon dont ça se fait présentement, sans vue d’ensemble, sans BAPE générique, en laissant les partenaires privés aller frapper aux portes pour offrir de l’argent en échange d’une éolienne, c’est non.  Ça ne peut pas se faire comme ça. »  Bienvenue au Far-West des gisements de vent. Le bar est ouvert. En plus, l’Alliance de l’énergie de l’Est, partenaire de tous les projets avec des promoteurs privés (de Montmagny jusqu’aux îles de la Madeleine) et dont le conseil d’administration est formé uniquement d’élus (où sont passés les acteurs de la société civile?), assure que l’acceptabilité sociale est là. Ah bon? À voir tous les articles qui s’écrivent, tous les regroupements qui se forment, même des élus déçus se regroupent, il est évident que le consensus en regard de la façon dont les projets se déploient, non il n’y en a pas….

D’ailleurs, en cherchant un peu, on est choqué d’apprendre que c’est l’Alliance qui a insisté auprès d’Hydro-Québec pour obtenir une ligne de transport électrique qui allait permettre le développement de tous les nouveaux parcs dans l’est. Dans la démesure qui semble être sa ligne d’approche, l’Alliance était même prête à construire elle-même la ligne… alors qu’Hydro-Québec avait des réserves1.

Dans cette course à l’éolien, on fait reposer l’acceptabilité sociale sur la promesse d’une transition énergétique, mais on ne peut faire l’équation que par exemple des emprises dans les précieuses érablières sont « le prix à payer, un sacrifice à faire » pour atteindre la carboneutralité. En fait, comme il n’y a pas de lignes directrices pour diminuer le recours aux énergies fossiles, les MW éoliens ne viendront que s’ajouter à l’offre2 (pour que prennent forment plus de projets énergivores comme des centres de données?). Le gouvernement vient d’ailleurs de repousser de 2030 à 2035 sa cible de réduction de GES et de diminuer les sommes pour y arriver. L’engagement dans une transition énergétique, c’est du vent… De plus, l’efficacité et la sobriété énergétiques qui pourraient nous permettre de développer moins de nouveaux projets ne sont pas mises de l’avant3. 

« On veut nous enfoncer un projet dans la gorge, mais le fait que l’éolien, c’est mieux que l’énergie fossile ne peut justifier la catastrophe qui s’annonce », dira avec colère un participant au Témiscouata. La catastrophe, elle est économique, en raison de la diminution de la valeur des propriétés, en raison des sommes colossales que les MRC empruntent pour devenir partenaires des projets, en raison du portefeuille de tous les Québécois qui s’alourdit pour financer le déploiement.

 La catastrophe, elle est environnementale. On parle de fragmentation du territoire, de compactage des sols, de multiplication de bases de béton (environ 1500 tonnes par éolienne), du bruit, de risques pour les puits, des avions de la SOPFEU qui pourront difficilement circuler dans certaines zones, de fragilisation de milieux humides, de chemins forestiers fraîchement déboisés assez larges et droits (de 21 mètres) pour faire circuler pâles et turbines. Et comme on refuse une analyse d’ensemble, on ne cherchera pas à connaître les effets de la multiplication des parcs sur la faune, la flore, les écosystèmes, l’économie, les communautés, les paysages.  Que se passe-t-il? A-t-on pris goût à foncer droit dans le mur comme on l’a fait avec d’autres filières?

Le développement éolien et les revenus qu’il génère pour le Bas-Saint-Laurent doivent être présentés pour ce qu’ils sont : un déploiement qui se fait dans une logique économique capitaliste pour simplement produire plus d’énergie et dont certains tireront de gros profits.

Faire entendre sa voix

À un citoyen du Témiscouata qui demandait « Qu’est-ce qu’on peut faire? », on pourrait répondre : combattons le sentiment d’impuissance. Ne soyons pas ce peuple qui a trop souvent « l’habitude des ruines » (Marie-Hélène Voyer) et ayons le courage de reconnaître que ce développement éolien tous azimuts, précipité et à l’aveugle ne nous représente pas, qu’il dégradera notre milieu alors que l’ère, on le sait, est à la préservation. Dans Charlevoix, on s’apprête d’ailleurs à empiéter sur le maigre territoire du caribou… C’est pour de « l’énergie verte », pourquoi on se gênerait?

Veillons sur notre territoire. Faisons entendre nos voix de toutes les manières, dans toutes les MRC. Signons la pétition pour un BAPE générique, exigeons une vue d’ensemble. Joignons des groupes4 qui essaient d’y voir clair. Un projet qui dépasse les mille éoliennes et qui ne garantit pas la carboneutralité, ça vaut bien mille questions!

1. « L’Alliance de l’énergie de l’Est explore l’idée de construire une ligne à haute tension », Radio-Canada, 2023, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1959219/eolien-transport-ligne-infrastructure-energie-electricite

2. Voir Iris, Projet de loi 69 : vers une transition énergétique?, 2024.

3. « Si le Québec choisissait la voie de la sobriété énergétique, il pourrait se décarboner en 2050 avec trois fois moins de nouvelle production d’électricité » Le Devoir, 31 janvier 2026.

4. Vigilance éolienne de l’est, Vent commun, Éoloin, Vent d’élus, Regroupement Vigilance Énergie Québec, Toujours Maîtres chez nous, etc.

Québec solidaire a présenté ses engagements pour ses 100 premiers jours de mandat

18 août 2026 à 20:51

Un gouvernement solidaire adopterait immédiatement 6 mesures: 

  • hausser le salaire minimum à 20 $;
  • plafonner les hausses de loyer aux taux d’inflation;
  • annuler la politique de retour au bureau visant les fonctionnaires;
  • créer un ministère des femmes et de l’égalité des genres;
  • fermer le bureau du Québec à Tel-Aviv;
  • bloquer les projets de pipelines et gazoducs sur le territoire québécois.

QS lancerait 3 grands chantiers, pour être réalisés au cours d’un premier mandat: 

  • mettre en place une assemblée constituante élaborée avec les Premières Nations;
  • instaurer un réseau commun public/privé en éducation;
  • réformer le mode de scrutin.

[L'article Québec solidaire a présenté ses engagements pour ses 100 premiers jours de mandat a d'abord été publié dans InfoBref.]

Un gouvernement péquiste attendrait le départ de Trump pour tenir un référendum

18 août 2026 à 20:31

Paul St-Pierre Plamondon a annoncé hier que si le Parti québécois remporte les élections en octobre:

  • il consultera les Québécois sur l’indépendance du Québec; 
  • mais il n’organisera pas de référendum sur la question tant que Donald Trump sera président des États-Unis.

Le second mandat de Trump doit se terminer en janvier 2029. 

Le mandat du prochain gouvernement québécois doit, lui, se terminer en octobre 2030.

Le chef péquiste soutient que l’avenir politique du Québec exige «un débat éclairé et serein», et que ce débat ne doit pas «être confisqué par les coups d’éclat d’un président imprévisible».

[L'article Un gouvernement péquiste attendrait le départ de Trump pour tenir un référendum a d'abord été publié dans InfoBref.]

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  • Churchill Falls: que prévoit la nouvelle entente? 
    Christine Fréchette et le premier ministre terre-neuvien Tony Wakeham ont présenté hier le nouveau contrat d’approvisionnement d’Hydro-Québec à partir de trois installations du Labrador:  la centrale de Churchill Falls;  la future centrale de Gull Island;  un projet d’énergie éolienne.  Si l’entente est ratifiée, le Québec obtiendrait à terme une capacité de 10 000 mégawatts et paierait en moyenne 6,2 cents du kWh.  Pour comparaison, l’entente conclue en 2024 prévoyait que
     

Churchill Falls: que prévoit la nouvelle entente? 

17 août 2026 à 22:15

Christine Fréchette et le premier ministre terre-neuvien Tony Wakeham ont présenté hier le nouveau contrat d’approvisionnement d’Hydro-Québec à partir de trois installations du Labrador: 

  • la centrale de Churchill Falls; 
  • la future centrale de Gull Island; 
  • un projet d’énergie éolienne. 

Si l’entente est ratifiée, le Québec obtiendrait à terme une capacité de 10 000 mégawatts et paierait en moyenne 6,2 cents du kWh. 

Pour comparaison, l’entente conclue en 2024 prévoyait que le prix de l’électricité de Churchill Falls payé par Hydro-Québec serait de:

  • 2 cents/kWh jusqu’en 2040; puis
  • 7 cents/kWh jusqu’en 2075.

Le projet dans son ensemble exigerait des investissements majeurs, de l’ordre de 70 milliards $, pour notamment:

  • agrandir la centrale de Churchill Falls;
  • construire celle de Gull Island;
  • construire de nouvelles lignes de transport d’électricité.

[L'article Churchill Falls: que prévoit la nouvelle entente?  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Paul St-Pierre Plamondon s’apprête à faire une annonce sur le référendum 

17 août 2026 à 21:45

Le chef du Parti québécois a indiqué hier qu’il ferait aujourd’hui «une déclaration importante» sur la proposition d’un référendum sur l’indépendance du Québec.

Selon La Presse, le chef péquiste aurait l’intention d’apporter des précisions sur son engagement à tenir un référendum s’il est porté au pouvoir en octobre. 

Dans un sondage Léger-Le Journal-TVA publié la semaine dernière, 31% des personnes interrogées disaient qu’elles appuyaient la souveraineté. 

[L'article Paul St-Pierre Plamondon s’apprête à faire une annonce sur le référendum  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Churchill Falls: Québec et Terre-Neuve-et-Labrador vont faire une annonce cet après-midi 

16 août 2026 à 20:24

Christine Fréchette est à Saint-Jean, la capitale de Terre-Neuve-et-Labrador, avec Mark Carney.

Ils s’apprêtent à présenter, aux côtés du premier ministre terre-neuvien, un deuxième contrat d’approvisionnement d’Hydro-Québec à partir de la centrale de Churchill Falls, au Labrador, pour remplacer le contrat actuel en vigueur depuis 1969.

En 2024, après 4 ans de négociations, les gouvernements du Québec et de Terre-Neuve avaient signé une entente de principe pour un nouveau contrat qui devait aller jusqu’en 2075.

Mais le gouvernement terre-neuvien avait ensuite demandé de renégocier l’entente.

[L'article Churchill Falls: Québec et Terre-Neuve-et-Labrador vont faire une annonce cet après-midi  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Nouveaux tarifs américains: le gouvernement Fréchette «se prépare à tous les scénarios» 

13 août 2026 à 20:50

Christine Fréchette a réuni hier les principaux acteurs économiques québécois quelques jours avant la date prévue pour l’entrée en vigueur de nouveaux droits de douane américains de 50%, mercredi prochain. 

La première ministre a indiqué que ces nouvelles surtaxes américaines pourraient affecter jusqu’à 9% des exportations québécoises. 

Christopher Skeete, ministre des relations internationales, a rappelé, selon Radio-Canada, que la nouvelle politique internationale du gouvernement Fréchette pourrait amener le Québec à se soustraire à une éventuelle entente Canada–États-Unis qui empiéterait sur ses champs de compétence.

[L'article Nouveaux tarifs américains: le gouvernement Fréchette «se prépare à tous les scénarios»  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Les conservateurs s’engagent à faire «un grand ménage» dans les dépenses publiques 

13 août 2026 à 20:42

Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, a présenté plusieurs mesures qui visent à réduire les dépenses de l’État québécois de 47 milliards $ sur 5 ans. 

Pour y parvenir, le PCQ compte notamment: 

  • réduire les subventions directes et les crédits d’impôt aux entreprises; 
  • instaurer un gel permanent des embauches dans la fonction publique; 
  • accélérer la numérisation de l’État, en s’appuyant sur l’intelligence artificielle.

Duhaime promet par ailleurs «les plus importantes baisses d’impôts et de taxes de l’histoire du Québec».

[L'article Les conservateurs s’engagent à faire «un grand ménage» dans les dépenses publiques  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Le Parti québécois a dévoilé son plan pour l’environnement 

12 août 2026 à 20:34

Les péquistes s’engagent à réduire, avant 2034, les émissions de gaz à effet de serre de 42,5% par rapport aux niveaux de 1990. 

  • L’engagement actuel du gouvernement est de les réduire de 37,5% d’ici 2035.

Pour atteindre son objectif, le PQ compte miser sur des incitatifs financiers, notamment pour l’achat de véhicules électriques et de thermopompes. 

Il s’engage à instaurer une passe universelle de transport collectif à 95 $ par mois. 

  • Elle pourrait être utilisée dans toutes les sociétés de transport au Québec. 

En 2022, le PQ avait proposé une passe de transport collectif à environ 30 $ par mois.

[L'article Le Parti québécois a dévoilé son plan pour l’environnement  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Québec multiplie par dix les amendes minimales des industries à risque environnemental élevé

12 août 2026 à 20:27

À compter d’aujourd’hui, les entreprises qui exercent des activités industrielles présentant de grands risques pour l’environnement, comme les raffineries de pétrole ou les fonderies, devront payer des amendes plus élevées lorsqu’elles contreviennent à la Loi sur la qualité de l’environnement. 

Par exemple, si une entreprise rejette un contaminant, elle sera désormais passible d’une amende minimale de 300 000 $, contre 30 000 $ jusqu’ici.  

Le gouvernement Fréchette soutient que ces hausses substantielles visent à encourager les entreprises à investir dans:

  • la prévention des risques
  • la conformité environnementale 
  • la réduction de leurs impacts sur l’environnement

[L'article Québec multiplie par dix les amendes minimales des industries à risque environnemental élevé a d'abord été publié dans InfoBref.]

Un accord commercial Canada–États-Unis pourrait-il être conclu d’ici quelques jours?

11 août 2026 à 20:59

Le gouvernement américain avait imposé le mois dernier de nouveaux droits de douane de 50% sur de nombreux produits canadiens. 

  • Il est prévu qu’ils entrent en vigueur mercredi prochain. 

Dominic LeBlanc, ministre fédéral responsable du commerce Canada–États-Unis, et Jamieson Greer, ministre américain du commerce international, se sont rencontrés hier pour la troisième fois en trois semaines.

Selon plusieurs médias, LeBlanc et Greer pourraient conclure une entente au cours des prochains jours.

Une telle entente pourrait être soumise lundi à Donald Trump, deux jours avant l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs douaniers.

[L'article Un accord commercial Canada–États-Unis pourrait-il être conclu d’ici quelques jours? a d'abord été publié dans InfoBref.]

Québec solidaire propose de nommer un ministre de la lutte à l’itinérance 

11 août 2026 à 20:11

Ruba Ghazal, co-porte-parole de Québec solidaire, a annoncé qu’un futur gouvernement solidaire créerait un poste de «superministre» de la lutte à l’itinérance. 

Le nouveau ministère disposerait d’un budget «pérenne» et de pouvoirs réglementaires.

Il aurait pour mandat de: 

  • coordonner les mesures anti-itinérance avec les autres ministères;
  • gérer un guichet d’accès unique qui centraliserait les demandes d’aides et de programmes destinés aux groupes impliqués; 
  • conseiller la première ministre.

[L'article Québec solidaire propose de nommer un ministre de la lutte à l’itinérance  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Le gouvernement fédéral compte diviser par deux le coût du transport de l’acier 

10 août 2026 à 17:52

Steven MacKinnon, ministre fédéral des transports, a annoncé hier le lancement d’un nouveau programme de soutien au secteur de l’acier. 

Doté de 100 millions $, ce programme remboursera la moitié des frais de transport ferroviaire ou maritime aux entreprises qui expédient d’une province à l’autre de l’acier canadien ou des produits d’acier canadien.

  • Il restera en vigueur pendant une durée maximale d’un an ou jusqu’à épuisement des fonds. 

Le gouvernement Carney a indiqué qu’il mettrait également en place des mesures de soutien pour le secteur forestier.

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Les Premières Nations de Colombie-Britannique réclament l’abandon du projet d’oléoduc vers la côte ouest

9 août 2026 à 20:42

À l’occasion de la Journée internationale des peuples autochtones, les chefs des Premières Nations de la province ont demandé hier au gouvernement fédéral et à l’Alberta de mettre un terme au projet d’oléoduc qui relierait l’Alberta et la côte britanno-colombienne. 

Les chefs disent que ce projet:  

  • menace les droits des Premières Nations, qui n’ont pas été consultées; 
  • accélérerait l’expansion de l’industrie pétrolière alors que «des communautés, partout au pays, subissent déjà des catastrophes climatiques dévastatrices». 

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Pierre-Luc Brillant sera le candidat du Parti québécois dans Rosemont

9 août 2026 à 20:37

Le comédien et musicien montréalais se présentera pour la deuxième fois en octobre prochain dans la circonscription de Rosemont, à Montréal.

  • Il était arrivé troisième aux élections de 2022. 

Pierre-Luc Brillant avait expliqué à InfoBref il y a 4 ans ce qui l’avait poussé à se lancer en politique [entrevue (juin 2022)].

Le Parti libéral du Québec a récemment présenté James Hughes, président de la Mission Old Brewery à Montréal, comme candidat dans Vaudreuil, en Montérégie.

Québec solidaire a présenté Yv Bonnier-Viger, ancien directeur régional de la santé publique pendant la pandémie, comme candidat dans Bonaventure, en Gaspésie.

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Le Parti québécois réitère sa position en faveur d’un troisième lien réservé au transport en commun

6 août 2026 à 20:19

Paul St-Pierre Plamondon était hier à Lévis pour présenter le candidat péquiste pour la circonscription aux prochaines élections.

  • Ce sera Yanick Godbout, directeur du développement des services internationaux chez Desjardins. 

Lors de la dernière campagne, en 2022, le PQ avait proposé de relier Québec et Lévis par un train léger circulant dans un tunnel sous le fleuve.

St-Pierre Plamondon a indiqué: 

  • qu’un troisième lien entre les deux villes est nécessaire;
  • qu’il doit être réservé au transport en commun; 
  • qu’il ne doit pas être «hors de prix».

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  • ✇InfoBref ACTUALITES | L’essentiel de l’actualité politique et générale
  • Sondage: le Parti québécois demeure en tête
    Selon un sondage réalisé la fin de semaine dernière par la firme Pallas Data pour le magazine L’actualité et le site Qc125, les péquistes recueillent 31% des intentions de vote. Le Parti libéral est deuxième avec 27%.  La Caq se maintient en troisième position, à 19%.  Le Parti conservateur du Québec récolterait 14% des votes.  Québec solidaire en obtiendrait 9%.  [L'article Sondage: le Parti québécois demeure en tête a d'abord été publié dans InfoBref.]
     

Sondage: le Parti québécois demeure en tête

5 août 2026 à 20:27

Selon un sondage réalisé la fin de semaine dernière par la firme Pallas Data pour le magazine L’actualité et le site Qc125, les péquistes recueillent 31% des intentions de vote.

Le Parti libéral est deuxième avec 27%. 

La Caq se maintient en troisième position, à 19%. 

Le Parti conservateur du Québec récolterait 14% des votes. 

Québec solidaire en obtiendrait 9%. 

[L'article Sondage: le Parti québécois demeure en tête a d'abord été publié dans InfoBref.]

Le gouvernement étend son projet pilote de soutien à domicile 

5 août 2026 à 20:23

Neuf régions du Québec pourront, progressivement à compter de cet automne, bénéficier du Programme d’exonération financière pour les services d’aide à domicile. 

Ce programme permet aux aînés, personnes en perte d’autonomie et proches aidants d’obtenir des services d’aide à domicile à un tarif réduit.  

Les entreprises d’économie sociale qui les fournissent reçoivent du gouvernement un tarif de base de 34,30 $ l’heure.

Sonia Bélanger, ministre de la santé, a précisé hier que 45 entreprises d’économie sociale s’ajouteront aux 3 qui participent déjà au projet.

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L’ancien PDG de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain se lance en politique 

4 août 2026 à 20:31

Michel Leblanc se présentera pour le Parti libéral du Québec dans la circonscription de Marguerite-Bourgeoys, à Montréal, lors des élections générales d’octobre. 

L’annonce, confirmée par plusieurs médias, doit avoir lieu aujourd’hui. 

Leblanc avait quitté au printemps son poste de PDG après 16 ans à la tête de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

[L'article L’ancien PDG de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain se lance en politique  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Lancement du registre des activités d’influence étrangère 

4 août 2026 à 20:22

Le gouvernement fédéral a annoncé hier l’entrée en vigueur d’un nouveau registre visant à rendre publiques les activités d’influence menées au Canada pour le compte d’intérêts étrangers.

Toute personne ou entité qui conclut une entente avec un acteur étranger en vue d’influencer un processus politique ou gouvernemental au Canada est désormais tenue d’y enregistrer cette entente dans un délai de 14 jours.

Les contrevenants s’exposent à une amende pouvant atteindre 1 million $.

Le registre sera administré par un commissaire indépendant. 

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Une ancienne ministre devra verser 60 000 $ à un groupe anti-avortement 

2 août 2026 à 21:13

Caroline Proulx, ancienne ministre du tourisme, avait demandé en 2023 au Centre des congrès de Québec d’annuler la tenue d’un événement anti-avortement.

Harvest Ministries International, l’organisation chrétienne britanno-colombienne qui souhaitait organiser l’événement, avait poursuivi la ministre et le gouvernement.

  • Le groupe soutenait que la décision de la ministre était abusive et discriminatoire.

La Cour supérieure a jugé que la ministre avait outrepassé ses pouvoirs et engagé sa responsabilité personnelle. 

  • Caroline Proulx devra s’acquitter seule des 60 000 $. 

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Le gouvernement fédéral impose une surtaxe à l’importation de certains meubles en bois

2 août 2026 à 21:12

Les fabricants de nombreux pays verront désormais certains types d’armoires et de meubles-lavabos en bois soumis à un droit de douane de 25% lorsqu’ils les vendent au Canada. 

François-Philippe Champagne, ministre fédéral des finances, a présenté cette mesure comme un «droit de sauvegarde provisoire». 

Elle s’appliquera pour un maximum de 200 jours, pendant que le Tribunal canadien du commerce extérieur enquête sur des suspicions de dumping de la part de certains pays.

La surtaxe ne touche pas les meubles fabriqués aux États-Unis, au Mexique, en Israël, au Chili ni «dans les pays en développement».

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Le gouvernement retarde la publication des nouvelles cartes de zones inondables

30 juillet 2026 à 20:33

Un premier lot de cartes définissant les zones inondables dans le Grand Montréal devait entrer en vigueur demain, le 1er août. 

  • Ces cartes doivent en remplacer d’anciennes jugées imprécises et désuètes.

La Communauté métropolitaine de Montréal, qui a produit les nouvelles cartes, demande à Québec de revenir sur sa décision de retarder leur publication. 

Elle soutient que ces cartes sont «essentielles» aux municipalités, car elles leur permettront:  

  • d’évaluer la performance des mesures de protection;
  • de déterminer les correctifs nécessaires; 
  • d’adapter les bâtiments et les infrastructures.

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Charles Milliard veut resserrer les liens du Québec avec les autres provinces 

29 juillet 2026 à 21:01

Le chef du Parti libéral du Québec a affirmé, devant le consulat général des États-Unis à Québec, que le Canada devrait s’abstenir de riposter aux nouveaux droits de douane imposés récemment par les États-Unis. 

  • Il estime que ce n’est pas la solution à privilégier face à un président américain «imprévisible».

Un mois avant le début officiel de la campagne électorale, Milliard propose de: 

  • rétablir une alliance entre le Québec et l’Ontario, qu’il accuse la Caq d’avoir rompue; 
  • créer des alliances avec les autres provinces; 
  • partir en missions commerciales à l’étranger. 

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  • ✇Dans les algorithmes
  • Il nous faut mieux prendre en compte l’économie politique de l’IA
    La quête à attribuer des responsabilités techniques aux entreprises de l’IA nous leurre, expliquent les chercheurs Janet Vertesi, danah boyd, Alex Taylor et Benjamin Shestakofsky dans un article de recherche pour FAccT’26, la Conference on Fairness, Accountability, and Transparency qui se tenait à Montréal. Le Projet d’IA – comme ils l’appellent – est une entreprise de construction mondiale, dans laquelle ceux qui financent et développent des systèmes d’IA cherchent à maintenir des réseaux de po
     

Il nous faut mieux prendre en compte l’économie politique de l’IA

9 juillet 2026 à 01:00

La quête à attribuer des responsabilités techniques aux entreprises de l’IA nous leurre, expliquent les chercheurs Janet Vertesi, danah boyd, Alex Taylor et Benjamin Shestakofsky dans un article de recherche pour FAccT’26, la Conference on Fairness, Accountability, and Transparency qui se tenait à Montréal. Le Projet d’IA – comme ils l’appellent – est une entreprise de construction mondiale, dans laquelle ceux qui financent et développent des systèmes d’IA cherchent à maintenir des réseaux de pouvoir et de richesse. Ils configurent nos conditions sociotechniques tout en leurrant les universitaires, les décideurs, les journalistes et le public qui seraient invités à plus ou moins co-construire un avenir qui leur donne du pouvoir, sans que celui-ci ne soit jamais vraiment partagé. Ces leurres donnent souvent à ces acteurs l’illusion d’une responsabilité, tout en masquant les transformations profondes de l’économie politique à l’œuvre. En réalité, notre attention collective portée à ces leurres soutient, stabilise et renforce le projet IA des grandes entreprises de la tech. Pour les chercheurs, l’invitation à cadrer la technologie qu’entrouvrent ceux qui portent le projet d’IAification du monde tient d’une distraction qui brouille les enjeux de pouvoirs à l’œuvre. Les leurres nous détournent de la compréhension de l’accaparement qui se déploie.     

« Pour faire progresser une équité ou une responsabilité significative dans l’IA, il faut : 1) reconnaître quand et comment les leurres servent de distraction, et 2) s’attaquer directement à l’économie politique matérielle du projet d’IA. Il faut s’intéresser aux réseaux de pouvoir qui rendent l’IA possible », expliquent les chercheurs. « Nous ne parviendrons pas à instaurer une obligation de rendre des comptes en bricolant les fonctionnalités techniques ; il nous faut nous pencher sur les enjeux politiques et économiques », synthétise danah boyd sur son blog. 

Les chercheurs invitent à mieux s’intéresser à l’économie politique qui interroge les relations entre les forces complexes et imbriquées de la politique, des marchés et de la société. A observer leurs évolutions constantes, comment les capacités d’action évoluent avec l’accumulation de pouvoir et de ressources matérielles. Et comment ils réorganisent et configurent les ordres matériels, sociaux et économiques à leur avantage. Des acteurs capitalistes hétérogènes ont su tirer parti de l’incertitude ambiante pour mobiliser à leur avantage les technologies de communication et les relations financières. Ce faisant, ils restructurent les marchés en leur faveur et orientent les flux ainsi que l’appropriation de capitaux, de ressources, de données, de matériaux et de main-d’œuvre entre différents sites. Comme le disait déjà le sociologue Manuel Castells à propos du projet de façonnage du monde porté par l’empire médiatique de Rupert Murdoch dans les années 1990 et 2000 (notamment dans son livre, Communication et pouvoir, 2013), les nouvelles architectures des technologies de l’information et de la communication offrent des opportunités de consolidation du pouvoir au sein d’élites interconnectées – ce qu’il nomme des « réseaux de pouvoir ». Pour Castells, les élites configurent les réseaux à leur avantage et le pouvoir de création de réseaux, représente la forme de pouvoir suprême dans une société de l’information. La constellation émergente d’individus, d’organisations et de structures financières qui façonnent actuellement l’IA telle que nous la connaissons était déjà en pleine ascension dans la Silicon Valley au lendemain de l’éclatement de la bulle Internet. Elle s’est renforcée avec la crise financière de 2008 et la crise pandémique de 2020. Le lancement public de ChatGPT par OpenAI en décembre 2022 a ouvert la voie à la restructuration du marché, après l’échec à concrétiser les promesses des cryptomonnaies et du métavers (autres tentatives à renforcer le pouvoir).

Le marché de l’IA est construit et vise à convaincre voire contraindre régulateurs comme clients à adhérer à leur vision. « Les entreprises dominantes peuvent consolider leur position en influençant les politiques publiques et en incitant les États à lever des réglementations, à accorder des subventions, à faire respecter (ou pas) les droits de propriété ou à instaurer de nouvelles règles imposant des coûts prohibitifs aux concurrents désireux de pénétrer le marché. » Derrière les entreprises du secteur, le pouvoir de réseau se consolide autour de technologies qui reposent avant tout sur la manipulation de matériaux, d’idées, de fonctionnalités et de capitaux, c’est-à-dire des éléments peu techniques, foncièrement capitalistes, dirait Romaric Godin. Rien ne vient freiner la course à l’établissement d’une élite d’acteurs dominants, constatent également les chercheurs. Pire, les géants de la tech consolident actuellement leur contrôle sur chaque maillon de la chaîne d’approvisionnement de l’IA – énergie, puces, modèles fondamentaux, puissance de calcul et outils de développement logiciel… sans compter l’investissement financier – afin de garantir leur position centrale. Tout l’enjeu consiste désormais à nouer des partenariats entre eux, dans une collaboration inter-entreprises mutuellement avantageuses, comme le font Microsoft et OpenAI. 

Face à ces développements, la régulation joue souvent à la marge. Pour les chercheurs, celle-ci s’intéresse bien trop à des leurres, plutôt qu’à la construction du pouvoir. Mais, « les leurres ne sont pas qu’une simple distraction ; ils constituent un outil essentiel pour façonner un environnement ». « Pendant que nous nous concentrons à débattre des spécificités techniques de l’IA, les grands acteurs de l’IA établissent des flux pour accroître leur richesse et leur pouvoir. » « De cette manière, même les critiques contribuent à rallier des soutiens au projet d’IA. Les leurres constituent donc des pièges de responsabilisation qui, paradoxalement, renforcent plutôt qu’ils ne contraignent le puissant réseau qui sous-tend le projet d’IA. » Et le projet d’IA regorge de leurres. Certains sont délibérément construits ou exploités par les intermédiaires de l’IA pour attirer l’attention sur des aspects spécifiques du projet (et la détourner d’autres). 

Les leurres de l’IA

Les chercheurs distinguent 5 leurres dans lesquels la critique se perd parfois : le leurre ontologique, le leurre de l’inévitabilité, le leurre de la rupture, le leurre de la sécurité et le leurre réglementaire. 

Il y a d’abord le leurre ontologique. Le terme IA s’efforce d’échapper à toute définition afin de maximiser son pouvoir suggestif. « Cette ambiguïté peut s’avérer puissante car elle incite souvent différents acteurs à s’obséder sur la manière de délimiter ce qu’est ou devrait être l’IA, plutôt que de se concentrer sur le travail accompli par le Projet d’IA dans le monde.» Cette ambiguïté sert donc profondément les intérêts des acteurs. « Ce leurre ontologique déplace les termes du débat vers la définition de l’IA, détournant l’attention de son action concrète : permettre l’expansion du Projet d’IA. » Les chercheurs prennent comme exemple, les transformations du financement de la recherche ou des entreprises, qui depuis 2023, s’orientent de plus en plus exclusivement vers des projets d’IA au détriment de tous les autres. Partout, la réorganisation des flux financiers est profonde, expliquent-ils. « Le leurre ontologique constitue une forme de piège. Il attire sans cesse les acteurs vers des questions insolubles concernant la détermination et la clarification de la nature de l’IA, alors même que l’on constate que le dévoilement des spécificités techniques ne parvient pas à rendre ces questions plus ou moins certaines. » « L’instabilité ontologique persistante entourant l’IA permet aux intermédiaires d’introduire l’IA dans des secteurs et des pratiques toujours plus nombreux. De petites entreprises qualifient leurs technologies d’IA pour capter des ressources financières et acquérir une influence au sein du réseau. De telles pratiques nous amènent nécessairement à nous demander : « S’agit-il vraiment d’IA ? » ou même « Est-ce un usage pertinent de l’IA ? ». »

Plutôt que de nous laisser enfermer dans des débats sur « ce qu’est l’IA et comment elle devrait fonctionner », nous gagnerions à élargir notre perspective pour comprendre comment l’IA accapare toute l’attention et l’espace du débat. L’ambiguïté vise surtout à garantir que l’IA  reste suffisamment flexible pour s’adapter à mesure que se déploie leur stratégie de création et de concentration du marché. « Il nous faut donc résister au leurre ontologique et à l’impératif qu’il impose de définir la « véritable » nature ou le potentiel réel de l’IA. Une critique efficace doit ébranler le pouvoir du réseau plutôt que de l’alimenter.»

Le leurre de l’inévitabilité. L’industrie technologique recourt souvent à la rhétorique de l’inévitabilité pour justifier ses développements. « L’utilité de ce leurre de l’inévitabilité réside notamment dans sa capacité à permettre aux acteurs de modifier constamment les temporalités, en proposant de nouvelles projections quant au moment où la promesse future de l’IA se concrétisera enfin. Que cet avenir concerne l’avènement de l’IA générale, l’informatique quantique ou d’autres avancées technologiques majeures, les acteurs qui promeuvent l’IA tirent parti de discours qui rapprochent ou éloignent l’horizon de ces événements, tout en maintenant l’idée de leur inéluctabilité. » L’inéluctabilité permet surtout de bâtir des monopoles. Il permet de présenter les investissements comme nécessaires, même quand ils sont entravés par les contestations, comme c’est le cas dans les luttes contre les datacenters. « La rhétorique de l’inéluctabilité normalise aussi divers types de risques, notamment économiques et technologiques : dès lors que l’avenir est perçu comme prédéterminé, des décisions commerciales risquées sont requalifiées en nécessités. Ce discours sur l’inéluctabilité offre ainsi une forme de clôture discursive susceptible d’accélérer l’avènement de certains futurs tout en empêchant d’autres de se concrétiser. » 

« La répétition de discours futuristes similaires au sein de nombreuses entreprises crée une apparence de cohérence », une forme d’alignement où tout le monde semble d’accord sur l’horizon à atteindre. L’inévitabilité crée un ensemble de conditions qui rendent l’IA trop importante pour échouer, et permet d’assurer du pouvoir au projet IA sur les marchés. La course entre les grandes puissances mondiales pour construire une intelligence artificielle générale (IAG) alimente ce discours sur l’inévitabilité, en dressant des parallèles avec la course au nucléaire ou la course à l’espace. Le discours selon lequel « l’IA est inévitable » perpétue ainsi un imaginaire sociotechnique qui mêle pouvoir étatique et pouvoir des entreprises à des récits partagés sur les promesses à venir. Ces discours séduisent notamment parce qu’ils suggèrent la nécessité d’un soutien matériel des gouvernements aux niveaux fédéral, étatique et local, tout en occultant les préoccupations susceptibles d’entraver la réalisation de ce bien prétendument indispensable. L’alliance de considérations géopolitiques et du discours sur « l’inévitabilité » contribue également à justifier des engagements politiques et économiques, tels que la persistance de l’antagonisme entre les États-Unis et la Chine, et les investissements stratégiques. Enfin, l’inévitabilité embarque également les usagers, et alimente le projet d’IA au lieu de le freiner. Elle renforce également l’influence des acteurs de l’IA, leur permettant de consolider leurs réseaux de pouvoir que ce soit l’affectation des capitaux, l’extraction des ressources comme la création des marchés.  

Le leurre de la disruption. L’innovation de rupture formalisée notamment par Clayton Christensen, est souvent perçue comme une célébration inconditionnelle de toute forme de perturbation du marché, considérée comme intrinsèquement constructive. Pourtant, la nature exacte de cette rupture et sa valeur est bien souvent loin d’être aussi évidente qu’annoncée. « Les dirigeants du secteur technologique célèbrent par exemple le bouleversement du marché du travail en promettant des entreprises plus efficaces, tout en exprimant publiquement leurs inquiétudes quant aux risques de pertes d’emplois massives. Ce faisant, ils confortent leur conviction que l’innovation doit être poursuivie sans égard à ses conséquences sociales. Mais tandis que les dirigeants du secteur technologique, les universitaires et les experts débattent de l’ampleur des pertes d’emplois dues à l’IA – et de la manière dont elle transformera plus largement le monde du travail -, ils occultent la manœuvre de rupture que cherchent à opérer les promoteurs du Projet d’IA ». Cette stratégie de diversion vise précisément cet objectif : présenter les perturbations locales comme une forme de normalité (naturalisant l’optimisation ou la recherche d’efficacité par exemple), tout en orchestrant des changements massifs dans la concentration du pouvoir à travers les secteurs industriels, voire au-delà des frontières nationales. 

En fait, le terme rupture revêt une importance culturelle considérable, estiment les chercheurs. L’essentiel des études démontrent pourtant que les nouvelles technologies ne bouleversent pas l’ordre social et les inégalités existantes : elles ont plutôt tendance à renforcer ou à consolider les intérêts établis. « En sociologie économique, rappellent les chercheurs, la notion de « rupture » (disruption) renvoie d’ailleurs à une configuration de marché où, tant les nouveaux entrants que les acteurs en place, saisissent les moments d’incertitude pour instaurer un ordre de marché favorisant leurs intérêts. Derrière, la disruption, il faut surtout lire une accumulation et une concentration de capital et de pouvoir autour de quelques entreprises phares de l’IA. » Et les acteurs qui oeuvrent à favoriser leur marché n’aiment rien de moins que la rupture quand elle vient s’en prendre à leurs intérêts, à l’image des barrières érigées à l’encontre de Deepseek venu défier leur concentration. Les grands acteurs de l’IA utilisent également le concept de « rupture » pour détourner l’attention de leurs efforts visant à réorganiser les entreprises et à capter les flux de capitaux à leur profit. « S’il est indéniable que l’introduction de l’IA modifie les tâches des travailleurs, il est tout aussi vrai que, dans de nombreux secteurs, les entreprises utilisent ce prétexte pour mener des restructurations classiques. Parallèlement, elles transfèrent des activités clés vers des pôles de main-d’œuvre à moindre coût, où des outils automatisés visent à accroître la productivité de travailleurs éloignés et difficiles à suivre. Invoquer le caractère « disruptif » de l’IA permet de justifier aussi bien des licenciements – obligeant les salariés restants à « faire plus avec moins » – que le transfert de pans entiers de la main-d’œuvre vers des environnements réglementaires différents, échappant aux statistiques fédérales sur l’emploi et au contrôle des pouvoirs publics. »

Là où l’IA est une rupture, c’est parce qu’elle permet bel et bien de requalifier la main d’œuvre, comme l’expliquait le sociologue américain Henry Braverman, en favorisant la concentration du pouvoir et en éloignant le travail dans les zones éloignées et peu réglementées… « Le projet de l’IA commande et dissimule un bouleversement infrastructurel profond touchant la circulation du capital, la réorganisation et la répartition du travail à l’échelle mondiale, ainsi que la concentration de ressources stratégiques (données, puces, centres de données) entre les mains d’un petit nombre d’acteurs puissants.» En invitant le public à débattre de la manière dont l’IA pourrait bouleverser le marché du travail ou des progrès qu’elle pourrait engendrer, ce leurre du bouleversement nous détourne de la nécessité de voir et de discuter des agissements des acteurs de l’IA à leur profit. 

Le leurre de la sécurité.Tant dans les milieux universitaires que dans le discours public, la sécurité de l’IA renvoie à la nécessité de garantir que les systèmes d’IA soient fiables, ne causent pas de dommages et soient conçus pour refléter des valeurs sociales plus larges. La critique du féminisme des données va plus loin en exigeant une réflexion sur la durabilité, le pouvoir et le pluralisme. Les communautés prônant une IA sûre et responsable mettent souvent l’accent sur des engagements tels que l’équité, la responsabilité et la transparence ; les développeurs de projets IA évoquent plus couramment l’alignement, une forme de sécurité intégrée à l’IA elle-même. Mais la question de la sécurité renvoie surtout à un discours existentiel sur l’arrivée inéluctable de l’intelligence artificielle générale qui menacerait l’humanité (voir notre article). Ces discours sur la super-intelligence et ses risques réduisent la sécurité à des menaces lointaines, « tout en occultant les conséquences de la reproduction du réseau de pouvoir propre au Projet IA ». D’une manière paradoxale, il favorise le projet IA, au prétexte que seules les meilleures entreprises sauraient atténuer ce danger. Ces orientations permettent en fait de cadrer le discours sur la sécurité, en le déconnectant des problèmes de sécurité plus immédiat ou des considérations éthiques plus adaptées. 

Ces orientations axées sur la sécurité sont déconnectées de considérations éthiques plus larges. En qualifiant l’IA de « technologie ordinaire », les informaticiens Arvind Narayanan et Sayash Kapoor soulignent comment la question de la superintelligence détourne l’attention des problèmes bien réels qui émergent à l’ère de l’IA. 

En fait, constatent les chercheurs, la notion de sécurité n’a cessé d’évoluer : d’un cadre porteur de sens, elle s’est transformée en une construction mêlant dimensions ontologiques, inéluctabilité et leurres réglementaires. « Les entreprises utilisent désormais le langage de la sécurité pour envoyer des messages différents à des communautés distinctes ». Les acteurs clés du secteur de l’IA exploitent l’ambiguïté de ce terme pour égarer les critiques préoccupés par les répercussions sociétales. Si ils affirment que celle-ci est leur priorité absolue, en vrai, ils poursuivent leur course, concevant et déployant des modèles et des outils dépourvus de garde-fous efficaces, « tout en cherchant à les aligner sur des valeurs et des normes contestables » : les leurs ! « Or, ce leurre de la sécurité ne constitue ni une conséquence ni une retombée fortuite du Projet de l’IA : il fait partie intégrante de la constitution des réseaux de connaissances et de capitaux nécessaires à son déploiement. Comme tout leurre, il détourne l’attention des enjeux réels tout en consolidant les réseaux de pouvoir indispensables à la pérennité et à l’expansion du Projet IA. En atténuant les inquiétudes du public à l’égard des entreprises d’IA, ce leurre favorise même l’émergence d’opportunités commerciales. » Le discours sur la sécurité renforce le Projet IA, limitant ainsi toute possibilité de se prémunir contre les conséquences de son adoption. 

Le leurre de la régulation. Depuis les années 90, les leaders du secteur technologique n’ont cessé d’affirmer que la régulation était l’ennemi de l’innovation, alors que leurs critiques soutenaient qu’elle était le seul moyen de responsabiliser l’industrie. Paradoxalement, nombre d’acteurs de l’IA semblent demander aux autorités d’élaborer des règles de régulation, à l’image de Sam Altman réclamant au Congrès américain de créer une agence gouvernementale dédiée. En fait, les dirigeants du secteur technologique ont compris que la régulation pouvait s’avérer stratégiquement avantageuse, « surtout s’ils disposaient d’une place à la table des décisions ». Leur but est bien plus de consolider leur position que de la menacer. Le managérialisme réglementaire des organismes de réglementation américains est facilement récupéré par les entreprises qui ont appris à s’adapter à des évolutions réglementaires qui ne les menacent jamais. Même l’IA Act européen, qui pense que les entreprises technologiques pourraient remédier aux préjudices complexes qu’elles mettent en place grâce à une meilleure conception de leurs produits sous la contrainte, se leurre, expliquaient déjà danah boyd et Maria Angel (voir notre article, la responsabilité ne suffit pas), alors que la faiblesse des mécanismes d’application du règlement sur l’IA conduit, dans de nombreux cas, à confier aux entreprises elles-mêmes l’évaluation des risques posés par leurs systèmes, renforçant de fait leur position dominante.

Or, « si l’IA semble nécessiter une régulation urgente à une époque où les structures de pouvoir de l’après-guerre sont sur le déclin, ce n’est pas parce que ses capacités techniques sont à l’origine de l’instabilité. C’est plutôt parce que le mot d’ordre de l’IA, rend possible et concrétise la reconfiguration mondiale en faveur des acteurs de l’IA et de leur pouvoir. » Le problème n’est pas de réguler chaque chatbot, chaque technologie, que l’influence totale du projet IA sur le monde. Pour les chercheurs, les travaux existants dans les domaines social et réglementaire « doivent s’orienter vers le cœur du problème : la financiarisation, les possibilités de restructuration des entreprises et les nouvelles formes de monopole, de création et de capture de marché. Si nous voulons exiger que les systèmes d’IA rendent des comptes sur les relations et les infrastructures de la vie sociale et publique, nous devons remettre en question les conditions de possibilité de la construction de ce puissant réseau. Parmi les actions pertinentes, on peut citer l’augmentation de l’impôt sur les plus-values, le renforcement de l’application du droit de la concurrence et la suppression des failles juridiques permettant aux investisseurs d’accumuler des richesses. »

Réguler l’économie plutôt que l’IA ?

« L’IA est devenue le vecteur de transformations sociales majeures, non pas parce qu’une technologie engendrerait des résultats inédits, mais plutôt parce que des acteurs du marché disposant d’importantes ressources financières saisissent cette occasion pour restructurer les opportunités et les infrastructures à leur propre avantage sous l’étiquette IA ». Ce ne sont pas les capacités de chatbots bavards qui permettent au projet IA de s’imposer comme un phénomène tangible, mais bien la construction d’un réseau de pouvoir recelant le potentiel d’un « impact immense et durable sur la société ». Si l’IA semble tout bouleverser à l’heure actuelle, c’est précisément parce qu’elle offre une « occasion de structuration » sans précédent des réseaux de pouvoirs et d’infrastructure. 

Pour les chercheurs, la transparence algorithmique par exemple n’est pas la composante la plus efficace, stable ou influente de ce projet qui mérite d’être encadré.  Que l’intelligence artificielle générale apparaisse ou non, ou que les robots prennent nos emplois ou non, nous devrons composer avec des conditions structurelles durables et les infrastructures résiduelles d’une course entre les grandes entreprises et les gouvernements pour reconstruire les rouages ​​du pouvoir à leur avantage. Même si notre attention se porte sur des enjeux moralement urgents (comme les biais algorithmiques ou l’influence délétère des chatbots sur les plus fragiles…), nous devons abandonner une approche centrée sur les correctifs, sur les détails techniques, pour passer à un contrôle sur le développement du réseau de pouvoir du projet IA dans son ensemble.

« Nous ne souhaitons pas dénigrer le travail important mené au sein de cette communauté sur les questions liées à l’IA et à la société », modèrent les chercheurs. « Notre crainte est que, justement lorsque nous pensons responsabiliser les entreprises d’IA, nous risquions de nous laisser berner par un leurre et de passer à côté de la véritable source de responsabilité. Il est de notre devoir de prendre du recul et d’analyser les mécanismes complexes de ces systèmes. La transparence des outils algorithmiques n’est pas synonyme de responsabilité lorsque l’objectif est de construire une infrastructure de gouvernance incontestable pour maintenir le pouvoir d’une élite. L’équité d’un résultat algorithmique ou d’un ensemble de données particulier importe peu dans un monde où certaines des inégalités les plus massives et persistantes depuis l’ère féodale sont perpétuées par un système d’influence antidémocratique. » 

Mais chercher des points d’entrée pour exiger des comptes ou de la transparence au sein d’un réseau se heurte à sa capacité caractéristique à changer de forme, au risque de rendre le point d’intervention aussi insaisissable que le réseau lui-même. Les grands PDG ne sont pas même la cible idéale d’une intervention, quand c’est dans les coulisses que se joue l’essentiel : lors d’accords conclus entre dirigeants, membres de conseils d’administration, sociétés de capital-risque, gestionnaires d’actifs, responsables politiques et financiers de Wall Street. Le pouvoir de décision est réparti au sein d’une élite en réseau, dotée de ses propres mécanismes de consolidation du pouvoir qui agit partout en fonction du retour sur investissement. 

« La constitution de réseaux visant la conquête de marchés s’accompagne également de formes inédites de métamorphose organisationnelle et sociotechnique. Les entreprises peuvent aisément déplacer des éléments tels que la main-d’œuvre, le capital, le financement, les données et les infrastructures vers d’autres parties du réseau afin d’échapper à toute surveillance », comme l’expliquait Fred Turner récemment, en expliquant que nous étions passé de l’idéologie californienne à l’idéologie texane, de la contre-culture au conservatisme. La capacité d’agir comme la responsabilité sont devenues plastiques et peuvent être très facilement redistribué à travers le réseau, passant d’un data center l’autre, d’un travailleur du clic asiatique à un autre africain… 

Les entreprises d’IA reproduisent des stratégies de métamorphose bien établies, utilisées par des géants influents comme Facebook ou Uber qui n’ont cessé d’échapper et de contourner les réglementations. Même la réglementation environnementale exige de caractériser les formes de contamination industrielle, que les entreprises cherchent à occulter en recourant à des techniques éprouvées consistant à semer le doute et à entretenir l’ignorance. Des ressources telles que les puces électroniques, l’accès aux centres de données ainsi que les données ou l’entraînement de modèles ne sont pas réglementées en tant que monnaies à proprement parler, alors qu’elles sont devenues des actifs dont les échange cimentent les partenariat entre un groupe restreint d’élites, formant un circuit socio-économique propre à l’IA. « La recherche de cette responsabilisation exige de nouveaux cadres d’analyse qui abordent directement la constitution du réseau et ses dérives. »

Mais l’avenir n’est pas inéluctable, rappellent les chercheurs. « Si le projet d’IA est extraordinairement puissant, son pouvoir dépend de l’adhésion continue du public et des institutions à ce projet. À cette fin, il est impératif de reconnaître quand et comment nous pouvons exercer notre pouvoir d’action en ces temps tendus, et de résister aux leurres trompeurs entretenus par les acteurs de l’IA pour façonner l’avenir selon leurs conditions. » Pour cela, les chercheurs invitent à réorienter l’analyse vers l’économie politique de l’IA et à prendre au sérieux le pouvoir politique que le Projet IA laisse présager. Ils invitent à orienter la recherche vers quatre cadres d’analyses : 

Les lieux matériels d’assemblage des réseaux. Le Projet d’IA exige de tisser d’importantes infrastructures en des alignements inédits et souvent instables, en composant de manière créative des relations et des modèles d’échange entre des acteurs hétérogènes. Il nous faut mieux comprendre ces assemblages, les associations que les entreprises tissent entre elles, les « fonctionnalités » inédites qu’elles lancent, les financements qu’elle obtiennent et mobilisent… Et examiner comment les mécanismes d’assemblage, d’acquisition de capitaux et de mise en œuvre limitent la transparence et la responsabilité.

Le financement comme action technopolitique. Des travaux récents à l’intersection de la sociologie économique et des études sociales des sciences et des techniques démontrent comment le travail technique est imbriqué dans les structures financières. C’est le cas notamment du travail de Benjamin Shestakofsky et son livre, Behind the startup: how venture capital shapes work, innovation, and inequality (university of California press, 2024 – voir aussi le travail de Marlène Benquet dont nous rendions compte). Il nous faut mieux comprendre les mécanismes de capture du marché et comprendre pourquoi une réglementation axée sur la technologie tend à négliger les arrangements économiques et politiques qui sous-tendent le projet IA. 

Des objets aux flux mondiaux. Nous ne devons pas considérer l’IA comme un objet, mais mieux nous concentrer sur les flux circulant entre les sites qui participent à l’agencement mondial de l’IA, comme le montrait l’anthropologue Anna Tsing dans Friction (La découverte, 2020). Nous devons mieux saisir l’infrastructuration, c’est-à-dire comment les connexions entre les nœuds sont concentrées, fragmentées et maintenues de manières spécifiques pour reproduire des rapports de force. Comment les flux de données, de personnes et de capitaux sont-ils facilités ou entravés ? 

Résister au solutionnisme social. Il nous faut enfin résister au solutionnisme tant technologique que juridique, disciplinaire. Ne saisir l’IA que sous l’angle informatique ou juridique par exemple ne nous aide pas à interroger le Projet IA dans sa globalité. « Aucun domaine pris isolément n’apportera la solution face au Projet IA ». Nous devons élaborer des approches bien plus transdisciplinaires, afin qu’elles soient capables d’interrompre les flux et les reconfigurations de réseaux sur lesquels repose le Projet de l’IA. 

La recherche critique « a consacré beaucoup de temps à disséquer les paramètres techniques, dans une volonté sincère de bâtir un avenir plus juste et plus équitable ». Se faisant, elle a été bien plus enrôlée dans le projet IA par des acteurs ayant un intérêt économique et politique direct à façonner l’avenir selon leurs propres termes. « Nous devons trouver d’autres modalités pour exercer la transparence, l’équité et la responsabilité que nous n’arrivons pas à obtenir ». Il est temps de changer de braquet… Et finalement, de finir de politiser la question technologique.

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    La quête à attribuer des responsabilités techniques aux entreprises de l’IA nous leurre, expliquent les chercheurs Janet Vertesi, danah boyd, Alex Taylor et Benjamin Shestakofsky dans un article de recherche pour FAccT’26, la Conference on Fairness, Accountability, and Transparency qui se tenait à Montréal. Le Projet d’IA – comme ils l’appellent – est une entreprise de construction mondiale, dans laquelle ceux qui financent et développent des systèmes d’IA cherchent à maintenir des réseaux de po
     

Il nous faut mieux prendre en compte l’économie politique de l’IA

9 juillet 2026 à 01:00

La quête à attribuer des responsabilités techniques aux entreprises de l’IA nous leurre, expliquent les chercheurs Janet Vertesi, danah boyd, Alex Taylor et Benjamin Shestakofsky dans un article de recherche pour FAccT’26, la Conference on Fairness, Accountability, and Transparency qui se tenait à Montréal. Le Projet d’IA – comme ils l’appellent – est une entreprise de construction mondiale, dans laquelle ceux qui financent et développent des systèmes d’IA cherchent à maintenir des réseaux de pouvoir et de richesse. Ils configurent nos conditions sociotechniques tout en leurrant les universitaires, les décideurs, les journalistes et le public qui seraient invités à plus ou moins co-construire un avenir qui leur donne du pouvoir, sans que celui-ci ne soit jamais vraiment partagé. Ces leurres donnent souvent à ces acteurs l’illusion d’une responsabilité, tout en masquant les transformations profondes de l’économie politique à l’œuvre. En réalité, notre attention collective portée à ces leurres soutient, stabilise et renforce le projet IA des grandes entreprises de la tech. Pour les chercheurs, l’invitation à cadrer la technologie qu’entrouvrent ceux qui portent le projet d’IAification du monde tient d’une distraction qui brouille les enjeux de pouvoirs à l’œuvre. Les leurres nous détournent de la compréhension de l’accaparement qui se déploie.     

« Pour faire progresser une équité ou une responsabilité significative dans l’IA, il faut : 1) reconnaître quand et comment les leurres servent de distraction, et 2) s’attaquer directement à l’économie politique matérielle du projet d’IA. Il faut s’intéresser aux réseaux de pouvoir qui rendent l’IA possible », expliquent les chercheurs. « Nous ne parviendrons pas à instaurer une obligation de rendre des comptes en bricolant les fonctionnalités techniques ; il nous faut nous pencher sur les enjeux politiques et économiques », synthétise danah boyd sur son blog. 

Les chercheurs invitent à mieux s’intéresser à l’économie politique qui interroge les relations entre les forces complexes et imbriquées de la politique, des marchés et de la société. A observer leurs évolutions constantes, comment les capacités d’action évoluent avec l’accumulation de pouvoir et de ressources matérielles. Et comment ils réorganisent et configurent les ordres matériels, sociaux et économiques à leur avantage. Des acteurs capitalistes hétérogènes ont su tirer parti de l’incertitude ambiante pour mobiliser à leur avantage les technologies de communication et les relations financières. Ce faisant, ils restructurent les marchés en leur faveur et orientent les flux ainsi que l’appropriation de capitaux, de ressources, de données, de matériaux et de main-d’œuvre entre différents sites. Comme le disait déjà le sociologue Manuel Castells à propos du projet de façonnage du monde porté par l’empire médiatique de Rupert Murdoch dans les années 1990 et 2000 (notamment dans son livre, Communication et pouvoir, 2013), les nouvelles architectures des technologies de l’information et de la communication offrent des opportunités de consolidation du pouvoir au sein d’élites interconnectées – ce qu’il nomme des « réseaux de pouvoir ». Pour Castells, les élites configurent les réseaux à leur avantage et le pouvoir de création de réseaux, représente la forme de pouvoir suprême dans une société de l’information. La constellation émergente d’individus, d’organisations et de structures financières qui façonnent actuellement l’IA telle que nous la connaissons était déjà en pleine ascension dans la Silicon Valley au lendemain de l’éclatement de la bulle Internet. Elle s’est renforcée avec la crise financière de 2008 et la crise pandémique de 2020. Le lancement public de ChatGPT par OpenAI en décembre 2022 a ouvert la voie à la restructuration du marché, après l’échec à concrétiser les promesses des cryptomonnaies et du métavers (autres tentatives à renforcer le pouvoir).

Le marché de l’IA est construit et vise à convaincre voire contraindre régulateurs comme clients à adhérer à leur vision. « Les entreprises dominantes peuvent consolider leur position en influençant les politiques publiques et en incitant les États à lever des réglementations, à accorder des subventions, à faire respecter (ou pas) les droits de propriété ou à instaurer de nouvelles règles imposant des coûts prohibitifs aux concurrents désireux de pénétrer le marché. » Derrière les entreprises du secteur, le pouvoir de réseau se consolide autour de technologies qui reposent avant tout sur la manipulation de matériaux, d’idées, de fonctionnalités et de capitaux, c’est-à-dire des éléments peu techniques, foncièrement capitalistes, dirait Romaric Godin. Rien ne vient freiner la course à l’établissement d’une élite d’acteurs dominants, constatent également les chercheurs. Pire, les géants de la tech consolident actuellement leur contrôle sur chaque maillon de la chaîne d’approvisionnement de l’IA – énergie, puces, modèles fondamentaux, puissance de calcul et outils de développement logiciel… sans compter l’investissement financier – afin de garantir leur position centrale. Tout l’enjeu consiste désormais à nouer des partenariats entre eux, dans une collaboration inter-entreprises mutuellement avantageuses, comme le font Microsoft et OpenAI. 

Face à ces développements, la régulation joue souvent à la marge. Pour les chercheurs, celle-ci s’intéresse bien trop à des leurres, plutôt qu’à la construction du pouvoir. Mais, « les leurres ne sont pas qu’une simple distraction ; ils constituent un outil essentiel pour façonner un environnement ». « Pendant que nous nous concentrons à débattre des spécificités techniques de l’IA, les grands acteurs de l’IA établissent des flux pour accroître leur richesse et leur pouvoir. » « De cette manière, même les critiques contribuent à rallier des soutiens au projet d’IA. Les leurres constituent donc des pièges de responsabilisation qui, paradoxalement, renforcent plutôt qu’ils ne contraignent le puissant réseau qui sous-tend le projet d’IA. » Et le projet d’IA regorge de leurres. Certains sont délibérément construits ou exploités par les intermédiaires de l’IA pour attirer l’attention sur des aspects spécifiques du projet (et la détourner d’autres). 

Les leurres de l’IA

Les chercheurs distinguent 5 leurres dans lesquels la critique se perd parfois : le leurre ontologique, le leurre de l’inévitabilité, le leurre de la rupture, le leurre de la sécurité et le leurre réglementaire. 

Il y a d’abord le leurre ontologique. Le terme IA s’efforce d’échapper à toute définition afin de maximiser son pouvoir suggestif. « Cette ambiguïté peut s’avérer puissante car elle incite souvent différents acteurs à s’obséder sur la manière de délimiter ce qu’est ou devrait être l’IA, plutôt que de se concentrer sur le travail accompli par le Projet d’IA dans le monde.» Cette ambiguïté sert donc profondément les intérêts des acteurs. « Ce leurre ontologique déplace les termes du débat vers la définition de l’IA, détournant l’attention de son action concrète : permettre l’expansion du Projet d’IA. » Les chercheurs prennent comme exemple, les transformations du financement de la recherche ou des entreprises, qui depuis 2023, s’orientent de plus en plus exclusivement vers des projets d’IA au détriment de tous les autres. Partout, la réorganisation des flux financiers est profonde, expliquent-ils. « Le leurre ontologique constitue une forme de piège. Il attire sans cesse les acteurs vers des questions insolubles concernant la détermination et la clarification de la nature de l’IA, alors même que l’on constate que le dévoilement des spécificités techniques ne parvient pas à rendre ces questions plus ou moins certaines. » « L’instabilité ontologique persistante entourant l’IA permet aux intermédiaires d’introduire l’IA dans des secteurs et des pratiques toujours plus nombreux. De petites entreprises qualifient leurs technologies d’IA pour capter des ressources financières et acquérir une influence au sein du réseau. De telles pratiques nous amènent nécessairement à nous demander : « S’agit-il vraiment d’IA ? » ou même « Est-ce un usage pertinent de l’IA ? ». »

Plutôt que de nous laisser enfermer dans des débats sur « ce qu’est l’IA et comment elle devrait fonctionner », nous gagnerions à élargir notre perspective pour comprendre comment l’IA accapare toute l’attention et l’espace du débat. L’ambiguïté vise surtout à garantir que l’IA  reste suffisamment flexible pour s’adapter à mesure que se déploie leur stratégie de création et de concentration du marché. « Il nous faut donc résister au leurre ontologique et à l’impératif qu’il impose de définir la « véritable » nature ou le potentiel réel de l’IA. Une critique efficace doit ébranler le pouvoir du réseau plutôt que de l’alimenter.»

Le leurre de l’inévitabilité. L’industrie technologique recourt souvent à la rhétorique de l’inévitabilité pour justifier ses développements. « L’utilité de ce leurre de l’inévitabilité réside notamment dans sa capacité à permettre aux acteurs de modifier constamment les temporalités, en proposant de nouvelles projections quant au moment où la promesse future de l’IA se concrétisera enfin. Que cet avenir concerne l’avènement de l’IA générale, l’informatique quantique ou d’autres avancées technologiques majeures, les acteurs qui promeuvent l’IA tirent parti de discours qui rapprochent ou éloignent l’horizon de ces événements, tout en maintenant l’idée de leur inéluctabilité. » L’inéluctabilité permet surtout de bâtir des monopoles. Il permet de présenter les investissements comme nécessaires, même quand ils sont entravés par les contestations, comme c’est le cas dans les luttes contre les datacenters. « La rhétorique de l’inéluctabilité normalise aussi divers types de risques, notamment économiques et technologiques : dès lors que l’avenir est perçu comme prédéterminé, des décisions commerciales risquées sont requalifiées en nécessités. Ce discours sur l’inéluctabilité offre ainsi une forme de clôture discursive susceptible d’accélérer l’avènement de certains futurs tout en empêchant d’autres de se concrétiser. » 

« La répétition de discours futuristes similaires au sein de nombreuses entreprises crée une apparence de cohérence », une forme d’alignement où tout le monde semble d’accord sur l’horizon à atteindre. L’inévitabilité crée un ensemble de conditions qui rendent l’IA trop importante pour échouer, et permet d’assurer du pouvoir au projet IA sur les marchés. La course entre les grandes puissances mondiales pour construire une intelligence artificielle générale (IAG) alimente ce discours sur l’inévitabilité, en dressant des parallèles avec la course au nucléaire ou la course à l’espace. Le discours selon lequel « l’IA est inévitable » perpétue ainsi un imaginaire sociotechnique qui mêle pouvoir étatique et pouvoir des entreprises à des récits partagés sur les promesses à venir. Ces discours séduisent notamment parce qu’ils suggèrent la nécessité d’un soutien matériel des gouvernements aux niveaux fédéral, étatique et local, tout en occultant les préoccupations susceptibles d’entraver la réalisation de ce bien prétendument indispensable. L’alliance de considérations géopolitiques et du discours sur « l’inévitabilité » contribue également à justifier des engagements politiques et économiques, tels que la persistance de l’antagonisme entre les États-Unis et la Chine, et les investissements stratégiques. Enfin, l’inévitabilité embarque également les usagers, et alimente le projet d’IA au lieu de le freiner. Elle renforce également l’influence des acteurs de l’IA, leur permettant de consolider leurs réseaux de pouvoir que ce soit l’affectation des capitaux, l’extraction des ressources comme la création des marchés.  

Le leurre de la disruption. L’innovation de rupture formalisée notamment par Clayton Christensen, est souvent perçue comme une célébration inconditionnelle de toute forme de perturbation du marché, considérée comme intrinsèquement constructive. Pourtant, la nature exacte de cette rupture et sa valeur est bien souvent loin d’être aussi évidente qu’annoncée. « Les dirigeants du secteur technologique célèbrent par exemple le bouleversement du marché du travail en promettant des entreprises plus efficaces, tout en exprimant publiquement leurs inquiétudes quant aux risques de pertes d’emplois massives. Ce faisant, ils confortent leur conviction que l’innovation doit être poursuivie sans égard à ses conséquences sociales. Mais tandis que les dirigeants du secteur technologique, les universitaires et les experts débattent de l’ampleur des pertes d’emplois dues à l’IA – et de la manière dont elle transformera plus largement le monde du travail -, ils occultent la manœuvre de rupture que cherchent à opérer les promoteurs du Projet d’IA ». Cette stratégie de diversion vise précisément cet objectif : présenter les perturbations locales comme une forme de normalité (naturalisant l’optimisation ou la recherche d’efficacité par exemple), tout en orchestrant des changements massifs dans la concentration du pouvoir à travers les secteurs industriels, voire au-delà des frontières nationales. 

En fait, le terme rupture revêt une importance culturelle considérable, estiment les chercheurs. L’essentiel des études démontrent pourtant que les nouvelles technologies ne bouleversent pas l’ordre social et les inégalités existantes : elles ont plutôt tendance à renforcer ou à consolider les intérêts établis. « En sociologie économique, rappellent les chercheurs, la notion de « rupture » (disruption) renvoie d’ailleurs à une configuration de marché où, tant les nouveaux entrants que les acteurs en place, saisissent les moments d’incertitude pour instaurer un ordre de marché favorisant leurs intérêts. Derrière, la disruption, il faut surtout lire une accumulation et une concentration de capital et de pouvoir autour de quelques entreprises phares de l’IA. » Et les acteurs qui oeuvrent à favoriser leur marché n’aiment rien de moins que la rupture quand elle vient s’en prendre à leurs intérêts, à l’image des barrières érigées à l’encontre de Deepseek venu défier leur concentration. Les grands acteurs de l’IA utilisent également le concept de « rupture » pour détourner l’attention de leurs efforts visant à réorganiser les entreprises et à capter les flux de capitaux à leur profit. « S’il est indéniable que l’introduction de l’IA modifie les tâches des travailleurs, il est tout aussi vrai que, dans de nombreux secteurs, les entreprises utilisent ce prétexte pour mener des restructurations classiques. Parallèlement, elles transfèrent des activités clés vers des pôles de main-d’œuvre à moindre coût, où des outils automatisés visent à accroître la productivité de travailleurs éloignés et difficiles à suivre. Invoquer le caractère « disruptif » de l’IA permet de justifier aussi bien des licenciements – obligeant les salariés restants à « faire plus avec moins » – que le transfert de pans entiers de la main-d’œuvre vers des environnements réglementaires différents, échappant aux statistiques fédérales sur l’emploi et au contrôle des pouvoirs publics. »

Là où l’IA est une rupture, c’est parce qu’elle permet bel et bien de requalifier la main d’œuvre, comme l’expliquait le sociologue américain Henry Braverman, en favorisant la concentration du pouvoir et en éloignant le travail dans les zones éloignées et peu réglementées… « Le projet de l’IA commande et dissimule un bouleversement infrastructurel profond touchant la circulation du capital, la réorganisation et la répartition du travail à l’échelle mondiale, ainsi que la concentration de ressources stratégiques (données, puces, centres de données) entre les mains d’un petit nombre d’acteurs puissants.» En invitant le public à débattre de la manière dont l’IA pourrait bouleverser le marché du travail ou des progrès qu’elle pourrait engendrer, ce leurre du bouleversement nous détourne de la nécessité de voir et de discuter des agissements des acteurs de l’IA à leur profit. 

Le leurre de la sécurité.Tant dans les milieux universitaires que dans le discours public, la sécurité de l’IA renvoie à la nécessité de garantir que les systèmes d’IA soient fiables, ne causent pas de dommages et soient conçus pour refléter des valeurs sociales plus larges. La critique du féminisme des données va plus loin en exigeant une réflexion sur la durabilité, le pouvoir et le pluralisme. Les communautés prônant une IA sûre et responsable mettent souvent l’accent sur des engagements tels que l’équité, la responsabilité et la transparence ; les développeurs de projets IA évoquent plus couramment l’alignement, une forme de sécurité intégrée à l’IA elle-même. Mais la question de la sécurité renvoie surtout à un discours existentiel sur l’arrivée inéluctable de l’intelligence artificielle générale qui menacerait l’humanité (voir notre article). Ces discours sur la super-intelligence et ses risques réduisent la sécurité à des menaces lointaines, « tout en occultant les conséquences de la reproduction du réseau de pouvoir propre au Projet IA ». D’une manière paradoxale, il favorise le projet IA, au prétexte que seules les meilleures entreprises sauraient atténuer ce danger. Ces orientations permettent en fait de cadrer le discours sur la sécurité, en le déconnectant des problèmes de sécurité plus immédiat ou des considérations éthiques plus adaptées. 

Ces orientations axées sur la sécurité sont déconnectées de considérations éthiques plus larges. En qualifiant l’IA de « technologie ordinaire », les informaticiens Arvind Narayanan et Sayash Kapoor soulignent comment la question de la superintelligence détourne l’attention des problèmes bien réels qui émergent à l’ère de l’IA. 

En fait, constatent les chercheurs, la notion de sécurité n’a cessé d’évoluer : d’un cadre porteur de sens, elle s’est transformée en une construction mêlant dimensions ontologiques, inéluctabilité et leurres réglementaires. « Les entreprises utilisent désormais le langage de la sécurité pour envoyer des messages différents à des communautés distinctes ». Les acteurs clés du secteur de l’IA exploitent l’ambiguïté de ce terme pour égarer les critiques préoccupés par les répercussions sociétales. Si ils affirment que celle-ci est leur priorité absolue, en vrai, ils poursuivent leur course, concevant et déployant des modèles et des outils dépourvus de garde-fous efficaces, « tout en cherchant à les aligner sur des valeurs et des normes contestables » : les leurs ! « Or, ce leurre de la sécurité ne constitue ni une conséquence ni une retombée fortuite du Projet de l’IA : il fait partie intégrante de la constitution des réseaux de connaissances et de capitaux nécessaires à son déploiement. Comme tout leurre, il détourne l’attention des enjeux réels tout en consolidant les réseaux de pouvoir indispensables à la pérennité et à l’expansion du Projet IA. En atténuant les inquiétudes du public à l’égard des entreprises d’IA, ce leurre favorise même l’émergence d’opportunités commerciales. » Le discours sur la sécurité renforce le Projet IA, limitant ainsi toute possibilité de se prémunir contre les conséquences de son adoption. 

Le leurre de la régulation. Depuis les années 90, les leaders du secteur technologique n’ont cessé d’affirmer que la régulation était l’ennemi de l’innovation, alors que leurs critiques soutenaient qu’elle était le seul moyen de responsabiliser l’industrie. Paradoxalement, nombre d’acteurs de l’IA semblent demander aux autorités d’élaborer des règles de régulation, à l’image de Sam Altman réclamant au Congrès américain de créer une agence gouvernementale dédiée. En fait, les dirigeants du secteur technologique ont compris que la régulation pouvait s’avérer stratégiquement avantageuse, « surtout s’ils disposaient d’une place à la table des décisions ». Leur but est bien plus de consolider leur position que de la menacer. Le managérialisme réglementaire des organismes de réglementation américains est facilement récupéré par les entreprises qui ont appris à s’adapter à des évolutions réglementaires qui ne les menacent jamais. Même l’IA Act européen, qui pense que les entreprises technologiques pourraient remédier aux préjudices complexes qu’elles mettent en place grâce à une meilleure conception de leurs produits sous la contrainte, se leurre, expliquaient déjà danah boyd et Maria Angel (voir notre article, la responsabilité ne suffit pas), alors que la faiblesse des mécanismes d’application du règlement sur l’IA conduit, dans de nombreux cas, à confier aux entreprises elles-mêmes l’évaluation des risques posés par leurs systèmes, renforçant de fait leur position dominante.

Or, « si l’IA semble nécessiter une régulation urgente à une époque où les structures de pouvoir de l’après-guerre sont sur le déclin, ce n’est pas parce que ses capacités techniques sont à l’origine de l’instabilité. C’est plutôt parce que le mot d’ordre de l’IA, rend possible et concrétise la reconfiguration mondiale en faveur des acteurs de l’IA et de leur pouvoir. » Le problème n’est pas de réguler chaque chatbot, chaque technologie, que l’influence totale du projet IA sur le monde. Pour les chercheurs, les travaux existants dans les domaines social et réglementaire « doivent s’orienter vers le cœur du problème : la financiarisation, les possibilités de restructuration des entreprises et les nouvelles formes de monopole, de création et de capture de marché. Si nous voulons exiger que les systèmes d’IA rendent des comptes sur les relations et les infrastructures de la vie sociale et publique, nous devons remettre en question les conditions de possibilité de la construction de ce puissant réseau. Parmi les actions pertinentes, on peut citer l’augmentation de l’impôt sur les plus-values, le renforcement de l’application du droit de la concurrence et la suppression des failles juridiques permettant aux investisseurs d’accumuler des richesses. »

Réguler l’économie plutôt que l’IA ?

« L’IA est devenue le vecteur de transformations sociales majeures, non pas parce qu’une technologie engendrerait des résultats inédits, mais plutôt parce que des acteurs du marché disposant d’importantes ressources financières saisissent cette occasion pour restructurer les opportunités et les infrastructures à leur propre avantage sous l’étiquette IA ». Ce ne sont pas les capacités de chatbots bavards qui permettent au projet IA de s’imposer comme un phénomène tangible, mais bien la construction d’un réseau de pouvoir recelant le potentiel d’un « impact immense et durable sur la société ». Si l’IA semble tout bouleverser à l’heure actuelle, c’est précisément parce qu’elle offre une « occasion de structuration » sans précédent des réseaux de pouvoirs et d’infrastructure. 

Pour les chercheurs, la transparence algorithmique par exemple n’est pas la composante la plus efficace, stable ou influente de ce projet qui mérite d’être encadré.  Que l’intelligence artificielle générale apparaisse ou non, ou que les robots prennent nos emplois ou non, nous devrons composer avec des conditions structurelles durables et les infrastructures résiduelles d’une course entre les grandes entreprises et les gouvernements pour reconstruire les rouages ​​du pouvoir à leur avantage. Même si notre attention se porte sur des enjeux moralement urgents (comme les biais algorithmiques ou l’influence délétère des chatbots sur les plus fragiles…), nous devons abandonner une approche centrée sur les correctifs, sur les détails techniques, pour passer à un contrôle sur le développement du réseau de pouvoir du projet IA dans son ensemble.

« Nous ne souhaitons pas dénigrer le travail important mené au sein de cette communauté sur les questions liées à l’IA et à la société », modèrent les chercheurs. « Notre crainte est que, justement lorsque nous pensons responsabiliser les entreprises d’IA, nous risquions de nous laisser berner par un leurre et de passer à côté de la véritable source de responsabilité. Il est de notre devoir de prendre du recul et d’analyser les mécanismes complexes de ces systèmes. La transparence des outils algorithmiques n’est pas synonyme de responsabilité lorsque l’objectif est de construire une infrastructure de gouvernance incontestable pour maintenir le pouvoir d’une élite. L’équité d’un résultat algorithmique ou d’un ensemble de données particulier importe peu dans un monde où certaines des inégalités les plus massives et persistantes depuis l’ère féodale sont perpétuées par un système d’influence antidémocratique. » 

Mais chercher des points d’entrée pour exiger des comptes ou de la transparence au sein d’un réseau se heurte à sa capacité caractéristique à changer de forme, au risque de rendre le point d’intervention aussi insaisissable que le réseau lui-même. Les grands PDG ne sont pas même la cible idéale d’une intervention, quand c’est dans les coulisses que se joue l’essentiel : lors d’accords conclus entre dirigeants, membres de conseils d’administration, sociétés de capital-risque, gestionnaires d’actifs, responsables politiques et financiers de Wall Street. Le pouvoir de décision est réparti au sein d’une élite en réseau, dotée de ses propres mécanismes de consolidation du pouvoir qui agit partout en fonction du retour sur investissement. 

« La constitution de réseaux visant la conquête de marchés s’accompagne également de formes inédites de métamorphose organisationnelle et sociotechnique. Les entreprises peuvent aisément déplacer des éléments tels que la main-d’œuvre, le capital, le financement, les données et les infrastructures vers d’autres parties du réseau afin d’échapper à toute surveillance », comme l’expliquait Fred Turner récemment, en expliquant que nous étions passé de l’idéologie californienne à l’idéologie texane, de la contre-culture au conservatisme. La capacité d’agir comme la responsabilité sont devenues plastiques et peuvent être très facilement redistribué à travers le réseau, passant d’un data center l’autre, d’un travailleur du clic asiatique à un autre africain… 

Les entreprises d’IA reproduisent des stratégies de métamorphose bien établies, utilisées par des géants influents comme Facebook ou Uber qui n’ont cessé d’échapper et de contourner les réglementations. Même la réglementation environnementale exige de caractériser les formes de contamination industrielle, que les entreprises cherchent à occulter en recourant à des techniques éprouvées consistant à semer le doute et à entretenir l’ignorance. Des ressources telles que les puces électroniques, l’accès aux centres de données ainsi que les données ou l’entraînement de modèles ne sont pas réglementées en tant que monnaies à proprement parler, alors qu’elles sont devenues des actifs dont les échange cimentent les partenariat entre un groupe restreint d’élites, formant un circuit socio-économique propre à l’IA. « La recherche de cette responsabilisation exige de nouveaux cadres d’analyse qui abordent directement la constitution du réseau et ses dérives. »

Mais l’avenir n’est pas inéluctable, rappellent les chercheurs. « Si le projet d’IA est extraordinairement puissant, son pouvoir dépend de l’adhésion continue du public et des institutions à ce projet. À cette fin, il est impératif de reconnaître quand et comment nous pouvons exercer notre pouvoir d’action en ces temps tendus, et de résister aux leurres trompeurs entretenus par les acteurs de l’IA pour façonner l’avenir selon leurs conditions. » Pour cela, les chercheurs invitent à réorienter l’analyse vers l’économie politique de l’IA et à prendre au sérieux le pouvoir politique que le Projet IA laisse présager. Ils invitent à orienter la recherche vers quatre cadres d’analyses : 

Les lieux matériels d’assemblage des réseaux. Le Projet d’IA exige de tisser d’importantes infrastructures en des alignements inédits et souvent instables, en composant de manière créative des relations et des modèles d’échange entre des acteurs hétérogènes. Il nous faut mieux comprendre ces assemblages, les associations que les entreprises tissent entre elles, les « fonctionnalités » inédites qu’elles lancent, les financements qu’elle obtiennent et mobilisent… Et examiner comment les mécanismes d’assemblage, d’acquisition de capitaux et de mise en œuvre limitent la transparence et la responsabilité.

Le financement comme action technopolitique. Des travaux récents à l’intersection de la sociologie économique et des études sociales des sciences et des techniques démontrent comment le travail technique est imbriqué dans les structures financières. C’est le cas notamment du travail de Benjamin Shestakofsky et son livre, Behind the startup: how venture capital shapes work, innovation, and inequality (university of California press, 2024 – voir aussi le travail de Marlène Benquet dont nous rendions compte). Il nous faut mieux comprendre les mécanismes de capture du marché et comprendre pourquoi une réglementation axée sur la technologie tend à négliger les arrangements économiques et politiques qui sous-tendent le projet IA. 

Des objets aux flux mondiaux. Nous ne devons pas considérer l’IA comme un objet, mais mieux nous concentrer sur les flux circulant entre les sites qui participent à l’agencement mondial de l’IA, comme le montrait l’anthropologue Anna Tsing dans Friction (La découverte, 2020). Nous devons mieux saisir l’infrastructuration, c’est-à-dire comment les connexions entre les nœuds sont concentrées, fragmentées et maintenues de manières spécifiques pour reproduire des rapports de force. Comment les flux de données, de personnes et de capitaux sont-ils facilités ou entravés ? 

Résister au solutionnisme social. Il nous faut enfin résister au solutionnisme tant technologique que juridique, disciplinaire. Ne saisir l’IA que sous l’angle informatique ou juridique par exemple ne nous aide pas à interroger le Projet IA dans sa globalité. « Aucun domaine pris isolément n’apportera la solution face au Projet IA ». Nous devons élaborer des approches bien plus transdisciplinaires, afin qu’elles soient capables d’interrompre les flux et les reconfigurations de réseaux sur lesquels repose le Projet de l’IA. 

La recherche critique « a consacré beaucoup de temps à disséquer les paramètres techniques, dans une volonté sincère de bâtir un avenir plus juste et plus équitable ». Se faisant, elle a été bien plus enrôlée dans le projet IA par des acteurs ayant un intérêt économique et politique direct à façonner l’avenir selon leurs propres termes. « Nous devons trouver d’autres modalités pour exercer la transparence, l’équité et la responsabilité que nous n’arrivons pas à obtenir ». Il est temps de changer de braquet… Et finalement, de finir de politiser la question technologique.

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    Quand j’ai lu le document de Collectivité ZéN1 Rimouski-Neigette, Tisser demain, ensemble, je me suis dit : « C’est donc ben beau! » Oui, c’est vraiment beau du monde qui rêve en gang. Plus de 200 personnes qui s’assoient, concrètement, pour rêver 2050. C’est beau! Parler de beauté et de rêve, ça ne fait pas trop sérieux quand on parle de développement des collectivités. Ça fait poète déconnecté du réel. Pourtant… Aurélien Barrau, l’astrophysicien français, a proposé, dans une conférence e
     

Collectivité ZéN Rimouski-Neigette: Lancement de la vision collective

14 juin 2026 à 12:26

Quand j’ai lu le document de Collectivité ZéN1 Rimouski-Neigette, Tisser demain, ensemble, je me suis dit : « C’est donc ben beau! » Oui, c’est vraiment beau du monde qui rêve en gang. Plus de 200 personnes qui s’assoient, concrètement, pour rêver 2050. C’est beau!

Parler de beauté et de rêve, ça ne fait pas trop sérieux quand on parle de développement des collectivités. Ça fait poète déconnecté du réel. Pourtant…

Aurélien Barrau, l’astrophysicien français, a proposé, dans une conférence en janvier dernier, de remplacer l’éthique par l’esthétique pour affronter la crise climatique. (Ça rime!)

Barrau nous invite à regarder autour de nous pour constater comment le productivisme capitaliste rend le réel laid. Comment, par exemple, un jardin communautaire est bien plus beau qu’une terre saccagée par la monoculture excessive…

Eh oui, c’est beau la vision collective qu’il y a dans le document Tisser demain, ensemble.

Ici, certains pourraient dire : « C’est ben beau la beauté et tout ça, mais c’est pas mal utopique. » Moi je répondrais : « Oui, bien sûr que c’est utopique, et tant mieux! »

Il y a plus de 20 ans, j’ai fait une thèse de doctorat en développement régional sur le thème de la pensée utopique2. Autrement dit, j’ai travaillé sur la pertinence concrète de l’utopie pour le développement des communautés.

Aujourd’hui, admiratif devant le travail accompli (et à accomplir) par le comité ZéN Rimouski-Neigette, je vais parler d’utopie, en espérant qu’il y aura un peu de parcelles de beauté dans mes humbles propos.   

L’utopie et la pensée utopique

Le mot utopie a été inventé par le philosophe anglais Thomas More dans un roman publié en 1516. Il signifie « lieu qui n’existe pas » ou « lieu parfait existant hors de la réalité ». More y décrivait de façon critique la réalité sociale de l’Angleterre de l’époque, et projetait, sur l’île d’Utopia, la société idéale qu’il imaginait.

Dans les décennies suivantes, plusieurs personnes se sont inspirées de cette « figure » pour rédiger des écrits politiques comportant une critique de « ce qui est » et une projection de « ce qui pourrait être ».

Jusqu’au début de XXe siècle, jusqu’à la révolution bolchévique en Russie, l’utopie avait une connotation assez positive. (Je dirais jusqu’au détournement autoritaire des aspirations révolutionnaires.)

Ainsi, délégitimée par cette première « tentative de réalisation », la figure de l’utopie a été associée à la terreur, à la dictature, etc., et réduite à ses dérives potentielles.

Voilà pourquoi, lorsqu’on soumet quelques propositions pour améliorer nos conditions d’existence, on entend des gens dire : « C’est ben beau tout ça, mais c’est utopique. » L’utopie, ce serait donc des bonnes idées, mais qui sont irréalisables, des belles vertus qui ne peuvent s’adapter au réel.

Vue de cette façon, l’utopie c’est dangereux. Ça nous fait rêver un monde parfait qu’on cherche à imposer par la terreur parce que la réalité résiste.

Mais au tournant du troisième millénaire, on assiste à diverses tentatives de « réhabilitation » de l’utopie. Plusieurs personnes, inspirées notamment par le mouvement altermondialiste, le Forum social et d’autres actions de la société civile (« Un autre monde est possible »), s’appliquent à repenser l’utopie pour insuffler un peu d’espoir dans un monde qui en a réellement besoin.

On est alors au cœur du monde néolibéral dominé par une « pensée unique » où la loi du marché s’impose comme entité presque divine (la productivité, la rentabilité, la rationalité économique confondue avec la pensée rationnelle, le profit comme seul moteur d’action, la concentration du pouvoir, etc.).

C’est à cette époque que j’ai élaboré ce que j’appelle la pensée utopique. J’ai essayé de proposer une méthode pour nous permettre d’effectuer une lecture plus diversifiée du réel, ce qui constitue la base si on veut vraiment agir pour changer les choses. Autrement dit, si on se limite à une lecture imposée (celle de ceux qui tiennent à ce que rien ne change), on se prive d’un espace d’agir.

En d’autres mots, il faut d’abord varier nos lectures de « ce qui est » si on veut diversifier nos possibilités d’action, pour mettre en œuvre « ce qui pourrait être ».

***

Mais c’est quoi, la pensée utopique?

La pensée utopique, c’est l’utopie réhabilitée, débarrassée des connotations négatives qu’elle a pu avoir dans l’histoire. En d’autres mots, c’est la bonne utopie.

Parce qu’il faut distinguer la bonne utopie de la mauvaise utopie. La mauvaise utopie, c’est celle qui promet le bonheur tandis que la bonne tente de réduire les conditions du malheur. La mauvaise utopie propose un modèle figé, tandis que la bonne envisage l’émergence de l’inédit, de l’alternative. La mauvaise utopie, enfin, procède par la négation des faits, tandis que la bonne utopie prend en considération la complexité du réel.

On peut donc identifier les critères d’une bonne utopie. Elle doit être de liberté : ne pas être figée. Elle doit être modeste en  considérant qu’il existe d’autres valeurs que les siennes. Elle doit être alternative, c’est-à-dire que plutôt que de promettre le bonheur une bonne fois pour toutes, elle se contente de créer des brèches. Finalement, elle doit être réaliste : tenir compte de la complexité du réel.

En d’autres termes, on peut dire que la bonne utopie n’est pas la projection d’un idéal dans un ailleurs, mais qu’elle est la quête de ce que le réel contient d’idéal. Ou encore, elle n’est pas la projection d’un futur meilleur des mondes, mais la quête des idéaux potentiels du présent.

Plus simplement, c’est n’est pas parce qu’on ne peut pas construire le meilleur des mondes qu’on ne peut pas agir pour rendre le monde meilleur.

Et c’est ça que j’appelle la pensée utopique, une conception dynamique du concept d’utopie.

***

Je me suis ici amusé à confronter le projet Collectivité ZéN aux fonctions de la pensée utopique. Et devinez quoi? On est en présence ici d’un vrai projet utopique, mais dans le sens de la bonne utopie.

Voici quelques-unes des fonctions de la pensée utopique en lien avec le projet.

Fonction propédeutique : Montre le chemin et révèle le « pouvoir devenir » du monde.

Il est clair que le projet Collectivité ZéN n’existerait pas si les personnes qui y sont impliquées ne croyaient pas à la base qu’elles ont un certain pouvoir sur le devenir du monde.

Fonction projective : Soumet un projet qui donne sens au futur.

Ici, on retrouve la dimension projective du projet Collectivité ZéN, qui pense la MRC Rimouski-Neigette de 2050.

Fonction défatalisante : Démonte les mécanismes de la fatalité.

Ici, on peut facilement constater que le projet Collectivité ZéN est un exemple concret d’antidote au fatalisme, son objet même étant la mise en action de la communauté – c’est le contraire de « ça donne rien, on peut rien changer, y a rien à faire ».

Fonction d’espérance : Exprime le besoin nécessaire de rêver une vie plus belle.

La beauté comme besoin, ce serait un peu ça qui serait à l’origine du projet. Dans un monde où on parle beaucoup de divisions, on oublie qu’on rêve toutes et tous d’une vie plus belle, pour soi et pour les autres.

Fonction praxéologique : Stimule l’action réelle.

Ici, ça signifie qu’on a tout à fait raison d’agir pour rendre le monde plus beau, que c’est scientifiquement prouvé qu’on n’agit pas pour rien. La preuve irréfutable : tout ce qui existe a d’abord été rêvé.

Fonction heuristique : Permet de saisir les espoirs des personnes.

En tenant compte de la pertinence des espoirs que les personnes ont pour l’avenir de leur collectivité, on se trouve du même coup à mieux comprendre ce qui est déjà en train de se réaliser, on saisit mieux les transformations en cours. Nos espoirs sont en quelque sorte des indices des développements en latence. Nos espoirs sont des matériaux aussi tangibles que les ressources naturelles, les espaces et les territoires, les infrastructures. Je pourrais dire autrement que nos espoirs sont des lectures du réel en train de se créer, et ça c’est concret. 

Fonction socio-politique : Permet d’« organiser » les imaginaires sociaux, favorise la transformation du « système » vers plus de démocratie.

Les démarches entreprises par le projet Collectivité ZéN sont en fait un processus d’organisation, de mise en action des espoirs des membres de la collectivité. La démocratie, c’est faire en sorte que le plus grand nombre possible de personnes participent aux délibérations sur les décisions qui concernent l’ensemble de la communauté.

***

Sur un plan disons stratégique, la pensée utopique contemporaine procède en trois étapes : il y a d’abord une critique de ce qui est, il y a une projection de ce qui pourrait être, puis une mise en action. Ici, on retrouve en quelque sorte les cinq étapes présentées dans Tisser demain, ensemble.

Sur une note plus poétique, je citerais Castoriadis : « Ce n’est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être qui a besoin de nous. »

À la lumière de tout cela, je n’hésite pas à dire qu’on a besoin d’initiative collective comme le projet ZéN Rimouski-Neigette.

Alors, lorsqu’on vous demandera si le projet Collectivité ZéN est utopique, vous pourrez répondre : « Oui, heureusement! » Et vous pourrez rajouter : « Et c’est tellement beau! »

1. ZéN pour Zéro Émission Nette.

2. Marcel Méthot, Le développement local au risque de l’utopie : vers une interprétation des enjeux du développement local au 21e siècle [Thèse de doctorat], Université du Québec à Rimouski, 2003, https://irec.quebec/ressources/repertoire/memoires-theses/Marcel_Methot.pdf

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