Vue normale

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • D’or et d’os
    Il allait falloir nous libérer de cette mort pour accéder à la vie. – Julie Hyland, Précis de fantômologie Précis de fantômologie, c’est la réponse bienveillante, sans concession et féministe aux grands récits de coureurs des bois, où les femmes sont si souvent absentes. Julie Hyland réactualise les figures du nomade et du sédentaire, constitutives de la littérature québécoise, dans ce roman enlevant qui se lit d’une traite. Elle convoque trois générations d’hommes de sa famille, pour s
     

D’or et d’os

18 juin 2026 à 07:48

Il allait falloir nous libérer de cette mort pour accéder à la vie.

– Julie Hyland, Précis de fantômologie

Précis de fantômologie, c’est la réponse bienveillante, sans concession et féministe aux grands récits de coureurs des bois, où les femmes sont si souvent absentes. Julie Hyland réactualise les figures du nomade et du sédentaire, constitutives de la littérature québécoise, dans ce roman enlevant qui se lit d’une traite.

Elle convoque trois générations d’hommes de sa famille, pour sauver la dernière : « je voulais mobiliser mes ressources de lectrice d’une Abitibi livrée à sa propre destruction, en trouvant tous les espaces ponctués et les marges du monde pour protéger mon frère et le sauver. » (p.75) Après le patriarche explorateur et chercheur d’or et le père, « gisant la plupart du temps sur le même canapé […], [subissant] la vie sur des coussins envahis de poussières de cendres et de peaux mortes » (p. 68), elle excavera les artères malades de masculinité de sa famille pour laisser entrer le soleil et permettre la guérison.

L’autrice et narratrice « a toujours eu faim de voir. [Son] appétit scopique n’a fait que s’étendre à l’âge adulte » (p. 71). Et qui ouvre les yeux sur le monde colonial dans lequel on croupit ne peut que sentir son cœur se crisper. Après tout, « l’anxiété est le lot de ceux qui veulent savoir » (p.74). L’écriture la mènera sur sa voie, la sortira de la maison familiale maudite pour aller aux grands vents et rédiger une cure faite d’inquiétude et de bonté, de présence et de responsabilité acceptée.

Quand je marchais dehors, dans les bois ou sur la rue, je me sentais en relative sécurité. C’est ce qui venait du dedans qui m’effrayait. Rien ne me paraissait aussi redoutable que ce qui pouvait m’arriver dans cette maison capable d’étouffer l’écho de mes cris. Ils devenaient murmures dans l’épaisseur des murs. On ne se protège de rien, en s’enfermant. On s’isole, c’est tout. Pas question pour moi d’ouvrir le téléviseur et d’exposer mon ouïe au divertissement. Si je voulais survivre au péril de cette maison et aux présences qu’elle abritait, je devais me mettre à son écoute. Tout guetter de son silence. (p. 96)

À la vue, elle ajoute l’ouïe, un autre sens pour éprouver l’intranquillité nécessaire à l’écriture : « L’oreille n’a pas de paupière : elle ne se referme jamais. » (p.99)

L’aïeul prospecteur est remis à sa place dans ce récit. Hyland raconte l’errance abitibienne du patriarche au retour de la guerre : « J’y avais passé les deux mois les plus morts de l’année. Comme un revenant, des mois et des mois après avoir été démobilisé, j’y avais flotté avec pour seul réel le désespoir qui me nouait les viscères. Je n’étais alors qu’un trou avec des cadavres dedans. » (p.78) L’aïeul trouve la rédemption dans la forêt : « L’humanité ressemble à une épinette noire. Je ne pourrais dire avec assurance si elle est damnée ou miraculée. Quelqu’un pourrait aussi le dire de moi. J’appartiens au territoire de Waskaganish – en langue crie, Waskaganish, ça veut dire maison. » (p.42) Il rencontre sa malédiction dans les bras d’une femme qu’il ne saura jamais aimer et avec qui il aura une famille. Il en aimera une autre parce qu’elle lui fait penser « à un morceau de cuivre exhumé de terre. » (p. 154).

Il y a des spirales, des fulgurances, des maux de tête et des coups de feu dans l’écriture précise, jamais précieuse, sensuelle et sensorielle de Julie Hyland et son histoire de fantômes abitibiens.

Julie Hyland, Précis de fantômologie, La Mèche, 2026, 280, p.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  •  *Par la voie des airs: Entrevue avec Stéphanie Lessard-Bérubé
    Publié à compte d’autrice, Journal d’une cinéaste-violoneuse de Stéphanie Lessard-Bérubé semble inspiré d’une maxime du conteur-chanteur Michel Faubert : « J’ai pris tout ce que j’aimais et j’en ai fait tout ce que j’ai pu. » Ce très, très beau livre rend hommage à cinq musiciens traditionnels du Bas-Saint-Laurent (Rosario Picard, Léon Marquis, Thomas Deschênes, Aurèle Turgeon et Élie Murray) en adoptant différents points de vue, à la fois anthropologiques et poétiques. On y trouve des photos d’
     

 *Par la voie des airs: Entrevue avec Stéphanie Lessard-Bérubé

17 juin 2026 à 13:52

Publié à compte d’autrice, Journal d’une cinéaste-violoneuse de Stéphanie Lessard-Bérubé semble inspiré d’une maxime du conteur-chanteur Michel Faubert : « J’ai pris tout ce que j’aimais et j’en ai fait tout ce que j’ai pu. » Ce très, très beau livre rend hommage à cinq musiciens traditionnels du Bas-Saint-Laurent (Rosario Picard, Léon Marquis, Thomas Deschênes, Aurèle Turgeon et Élie Murray) en adoptant différents points de vue, à la fois anthropologiques et poétiques. On y trouve des photos d’archives, des partitions, des illustrations originales, des textes d’introspection, des notes de travail, d’abondantes références et beaucoup de gratitude. Rencontre avec une rigoureuse vaillante.

Philippe Garon : À la base, ton médium, c’est le cinéma. Qu’est-ce qui t’a amenée à l’écriture?

Stéphanie Lessard-Bérubé : Le cinéma, c’est d’abord beaucoup d’écriture. Ne serait-ce que pour les demandes de financement. Et ça demande beaucoup de temps. J’ai voulu ce livre pour reprendre une autonomie créative, avant de pouvoir terminer le film. Le livre présente toute la recherche et la réflexion sur laquelle s’appuie mon prochain film, mais qu’on n’y retrouvera pas de manière explicite. Ça a demandé beaucoup de travail en amont puis je voulais garder une trace de ce parcours. Je me demande aussi… Est-ce que j’aurais choisi de faire un livre si le Bas-Saint-Laurent n’était pas aussi ancré dans les arts littéraires?

P. G.  Pourquoi l’autoédition?

S. L.-B.  Mon objectif ’était de rendre mes recherches accessibles à la population. Aux familles concernées évidemment, à leurs communautés, mais aussi aux personnes qui s’intéressent au patrimoine vivant en général et à la musique traditionnelle en particulier. Je ne me voyais pas attendre qu’un éditeur s’engage peut-être à publier le manuscrit après l’avoir envoyé à différentes maisons. C’est pour ça que j’ai entrepris une campagne de sociofinancement pour couvrir les frais de conception et d’impression par une entreprise qui offre ce type de services. Mais je ne m’attendais pas à ce qu’on m’accompagne aussi bien. Je ne savais pas comment ça vient au monde, un livre, ce n’était pas dans mes intentions de découvrir les métiers en lien avec la publication, mais j’avais une vision précise. Le résultat est à la hauteur. Le livre est beau grâce à ces gens-là.

P. G.  Tu as volontairement décidé d’imprimer un tirage limité. Pourquoi?

S. L.-B.  Pendant le processus, j’ai compris que c’est plus qu’un document de référence. En trouvant des membres des familles et des amis des violoneux que j’avais choisis, ça a créé un jeu relationnel. C’est allé plus loin que ce à quoi je m’attendais. La dimension sensible est arrivée grâce au temps pendant lequel j’attendais de pouvoir faire le film. En me mettant à écrire, la dimension vivante s’est développée. Et c’est pour ça que je ne veux pas qu’il y ait beaucoup de copies en circulation. Pour que les gens aillent dans les sociétés d’histoire pour consulter le livre, dans les bibliothèques locales, les communautés qui en ont un exemplaire et que ça stimule des rencontres. Que ça ouvre des discussions.

P. G.  Qu’est-ce que tu retiens principalement de ce processus?

S. L.-B.  Le violon, c’est important dans ma vie. Ça me fait du bien, et je ne suis pas la seule. Quand j’ai décidé de venir m’installer dans la région, j’ai cherché des airs typiques d’ici. Mais je ne savais pas comment les trouver. Je suis allée fouiller dans les Archives de folklore de l’Université Laval. Mais même là, c’était pas évident. Des chansons, des contes traditionnels, il y en a en masse. Mais la musique instrumentale, les ethnologues l’ont moins étudiée on dirait. Ç’a demandé du temps. Puis pendant ce temps, ma pratique artistique évoluait. Je rencontrais du monde. J’ai suivi des formations en écriture. Puis j’écrivais. Je me demandais ce que ça allait donner. Je me demandais si ça allait ouvrir ma voix. Je me demandais c’était quoi, ma voix. J’ai connu ces cinq musiciens-là. Leurs airs, mais aussi leurs histoires. C’est pas juste la qualité du jeu qui importe pour moi. C’est l’impact que ces personnes-là ont eu dans leur communauté. Ça va pas mal plus loin que les airs. Ils font partie de ma vie maintenant. Leur héritage fait partie du mien.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • La solitude est un dessert qu’on ne déguste pas seul
    La solitude chez les personnes âgées n’est que rarement le sujet d’œuvres cinématographiques, et Mon gâteau préféré1a non seulement brisé ce standard, mais il l’a fait avec brio, à l’aide d’éléments visuels créatifs qui embellissent l’univers du personnage principal, Mahin. Le long métrage iranien relate l’histoire de Mahin, une dame âgée de 70 ans veuve depuis 30 ans. Depuis la mort de son mari, le déménagement de ses enfants et les visites de moins en moins fréquentes de ses amies, l’isolem
     

La solitude est un dessert qu’on ne déguste pas seul

16 juin 2026 à 12:57

La solitude chez les personnes âgées n’est que rarement le sujet d’œuvres cinématographiques, et Mon gâteau préféré1a non seulement brisé ce standard, mais il l’a fait avec brio, à l’aide d’éléments visuels créatifs qui embellissent l’univers du personnage principal, Mahin.

Le long métrage iranien relate l’histoire de Mahin, une dame âgée de 70 ans veuve depuis 30 ans. Depuis la mort de son mari, le déménagement de ses enfants et les visites de moins en moins fréquentes de ses amies, l’isolement est toujours plus présent. Le soir où elle fera la rencontre de Faramarz, un homme vivant une situation similaire, Mahin se croira moins seule.

            Tout au long du film, les décors traduisent bien la solitude des personnages. La maison de Mahin est présentée comme vaste et épurée, ce qui renforce l’image de retranchement que vit le personnage. Les draps blancs protégeant les meubles, les nombreuses pièces inoccupées et les vieilles photos encadrées sur les murs sont tous des signes que Mahin vit non seulement seule, mais qu’elle en souffre.

De plus, le choix de l’éclairage et de la longueur des plans diffère selon si elle est seule ou non dans sa maison. Les scènes moins lumineuses soulignent sa solitude, elles sont aussi beaucoup plus longues, voire contemplatives, ce qui permet au spectateur d’entrer plus profondément dans l’isolement du personnage. Par exemple, dans l’une des premières scènes, Mahin déjeune, assise à la table. Le choix d’augmenter le temps d’écran pour ce moment banal vient le mettre sur le même pied que tout autre moment que vit le personnage, ce qui renforce l’impression de solitude que nous ressentons nous-mêmes en visionnant le long métrage tout comme le léger malaise que nous éprouvons face à la situation de Mahin.

Pour les scènes claires et lumineuses dans lesquelles elle est accompagnée, que ce soit de ses amies au tout début ou, plus tard, de Faramarz, l’éclairage est beaucoup plus présent et diffus. Les plans sont aussi plus courts, divers et nombreux, ce qui donne l’impression que le temps passe plus vite, et c’est probablement ce que ressent Mahin, qui est visiblement plus heureuse lorsqu’elle n’est pas seule.

La solitude de Mahin se dévoile plus en profondeur lorsqu’elle reçoit enfin un invité, et la façon dont elle le traite en dit long sur son besoin de socialisation. En effet, la bouteille de vin jamais ouverte qu’elle dit posséder depuis des années, les vêtements chics qu’elle ne porte jamais et qu’elle sort pour l’occasion, le gâteau qu’elle concocte tard le soir et toutes les petites attentions qu’elle a pour lui traduisent une envie de plaire qu’elle n’a pas développée depuis plusieurs années.

Le long métrage Mon gâteau préféré est un film magnifique dont l’approche visuelle, autant du point de vue de la direction photographique qu’artistique, amène une vision douce de la solitude que certaines personnes âgées vivent au quotidien.

J’ai apprécié cette œuvre pour sa capacité à représenter la solitude, pour ses choix cinématographiques qui soutiennent bien le sujet et pour ses décors réconfortants. Je donne la note de 4/5 à Mon gâteau préféré.

[1]. Maryam Moghadam, Behtash Sanaeeha, Keyke mahboobe man / Mon gâteau préféré, 2024, 97 min.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Double Patate – Le soleil s’est réveillé : une ode à la vie
    Le collègue musicien et Rimouskois Olivier D’Amours a sorti son nouvel album Le soleil s’est réveillé le 6 mars dernier. Issues de son projet Double Patate, les onze pièces seront disponibles en vinyle dans les prochaines semaines. Dès les premières notes, on est frappé par un gros son de guitare, à la Fred Fortin, suivi d’une voix intime, qui nous réchauffe de poésie concrète (concrete poetry – terme que je viens d’inventer et futur style musical mondialement reconnu). Le son est acoustique,
     

Double Patate – Le soleil s’est réveillé : une ode à la vie

15 juin 2026 à 12:50

Le collègue musicien et Rimouskois Olivier D’Amours a sorti son nouvel album Le soleil s’est réveillé le 6 mars dernier. Issues de son projet Double Patate, les onze pièces seront disponibles en vinyle dans les prochaines semaines.

Dès les premières notes, on est frappé par un gros son de guitare, à la Fred Fortin, suivi d’une voix intime, qui nous réchauffe de poésie concrète (concrete poetry – terme que je viens d’inventer et futur style musical mondialement reconnu). Le son est acoustique, tout en étant augmenté de l’amplification : le road trip n’est jamais très loin, le folk et la liberté non plus. On y sent la fragilité du temps, et cette phrase qui résume tout : « je suis patate / je suis patate / je suis double patate ».

À la Fred Pellerin, Olivier D’Amours se fait conteur : pogné aux douanes, pogné avec un vendeur de thermopompes, pogné avec ses émotions lorsqu’il croise la fille la plus cute du monde. Et toujours cette poésie roots, chargé de sens, légère comme tout :  “je n’ai pas de REER / je n’ai même pas de crème solaire / je me promène dans l’hémisphère / je porte du polyester”.
Dans un monde où près de la moitié des nouvelles chansons publiées sur les plateformes ont été créées grâce à l’intelligence artificielle, Le soleil s’est réveillé est un gros “fuck-you” à l’industrialisation de la vie. Un rappel que les choses se passent encore dans une réalité non-numérique, que la vraie musique est dehors. “Et la journée passe aussi vite qu’une trotinette électrique qui roule à sens contraire de la vie”.
La vraie vie est dehors.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Collectivité ZéN Rimouski-Neigette: Lancement de la vision collective
    Quand j’ai lu le document de Collectivité ZéN1 Rimouski-Neigette, Tisser demain, ensemble, je me suis dit : « C’est donc ben beau! » Oui, c’est vraiment beau du monde qui rêve en gang. Plus de 200 personnes qui s’assoient, concrètement, pour rêver 2050. C’est beau! Parler de beauté et de rêve, ça ne fait pas trop sérieux quand on parle de développement des collectivités. Ça fait poète déconnecté du réel. Pourtant… Aurélien Barrau, l’astrophysicien français, a proposé, dans une conférence e
     

Collectivité ZéN Rimouski-Neigette: Lancement de la vision collective

14 juin 2026 à 12:26

Quand j’ai lu le document de Collectivité ZéN1 Rimouski-Neigette, Tisser demain, ensemble, je me suis dit : « C’est donc ben beau! » Oui, c’est vraiment beau du monde qui rêve en gang. Plus de 200 personnes qui s’assoient, concrètement, pour rêver 2050. C’est beau!

Parler de beauté et de rêve, ça ne fait pas trop sérieux quand on parle de développement des collectivités. Ça fait poète déconnecté du réel. Pourtant…

Aurélien Barrau, l’astrophysicien français, a proposé, dans une conférence en janvier dernier, de remplacer l’éthique par l’esthétique pour affronter la crise climatique. (Ça rime!)

Barrau nous invite à regarder autour de nous pour constater comment le productivisme capitaliste rend le réel laid. Comment, par exemple, un jardin communautaire est bien plus beau qu’une terre saccagée par la monoculture excessive…

Eh oui, c’est beau la vision collective qu’il y a dans le document Tisser demain, ensemble.

Ici, certains pourraient dire : « C’est ben beau la beauté et tout ça, mais c’est pas mal utopique. » Moi je répondrais : « Oui, bien sûr que c’est utopique, et tant mieux! »

Il y a plus de 20 ans, j’ai fait une thèse de doctorat en développement régional sur le thème de la pensée utopique2. Autrement dit, j’ai travaillé sur la pertinence concrète de l’utopie pour le développement des communautés.

Aujourd’hui, admiratif devant le travail accompli (et à accomplir) par le comité ZéN Rimouski-Neigette, je vais parler d’utopie, en espérant qu’il y aura un peu de parcelles de beauté dans mes humbles propos.   

L’utopie et la pensée utopique

Le mot utopie a été inventé par le philosophe anglais Thomas More dans un roman publié en 1516. Il signifie « lieu qui n’existe pas » ou « lieu parfait existant hors de la réalité ». More y décrivait de façon critique la réalité sociale de l’Angleterre de l’époque, et projetait, sur l’île d’Utopia, la société idéale qu’il imaginait.

Dans les décennies suivantes, plusieurs personnes se sont inspirées de cette « figure » pour rédiger des écrits politiques comportant une critique de « ce qui est » et une projection de « ce qui pourrait être ».

Jusqu’au début de XXe siècle, jusqu’à la révolution bolchévique en Russie, l’utopie avait une connotation assez positive. (Je dirais jusqu’au détournement autoritaire des aspirations révolutionnaires.)

Ainsi, délégitimée par cette première « tentative de réalisation », la figure de l’utopie a été associée à la terreur, à la dictature, etc., et réduite à ses dérives potentielles.

Voilà pourquoi, lorsqu’on soumet quelques propositions pour améliorer nos conditions d’existence, on entend des gens dire : « C’est ben beau tout ça, mais c’est utopique. » L’utopie, ce serait donc des bonnes idées, mais qui sont irréalisables, des belles vertus qui ne peuvent s’adapter au réel.

Vue de cette façon, l’utopie c’est dangereux. Ça nous fait rêver un monde parfait qu’on cherche à imposer par la terreur parce que la réalité résiste.

Mais au tournant du troisième millénaire, on assiste à diverses tentatives de « réhabilitation » de l’utopie. Plusieurs personnes, inspirées notamment par le mouvement altermondialiste, le Forum social et d’autres actions de la société civile (« Un autre monde est possible »), s’appliquent à repenser l’utopie pour insuffler un peu d’espoir dans un monde qui en a réellement besoin.

On est alors au cœur du monde néolibéral dominé par une « pensée unique » où la loi du marché s’impose comme entité presque divine (la productivité, la rentabilité, la rationalité économique confondue avec la pensée rationnelle, le profit comme seul moteur d’action, la concentration du pouvoir, etc.).

C’est à cette époque que j’ai élaboré ce que j’appelle la pensée utopique. J’ai essayé de proposer une méthode pour nous permettre d’effectuer une lecture plus diversifiée du réel, ce qui constitue la base si on veut vraiment agir pour changer les choses. Autrement dit, si on se limite à une lecture imposée (celle de ceux qui tiennent à ce que rien ne change), on se prive d’un espace d’agir.

En d’autres mots, il faut d’abord varier nos lectures de « ce qui est » si on veut diversifier nos possibilités d’action, pour mettre en œuvre « ce qui pourrait être ».

***

Mais c’est quoi, la pensée utopique?

La pensée utopique, c’est l’utopie réhabilitée, débarrassée des connotations négatives qu’elle a pu avoir dans l’histoire. En d’autres mots, c’est la bonne utopie.

Parce qu’il faut distinguer la bonne utopie de la mauvaise utopie. La mauvaise utopie, c’est celle qui promet le bonheur tandis que la bonne tente de réduire les conditions du malheur. La mauvaise utopie propose un modèle figé, tandis que la bonne envisage l’émergence de l’inédit, de l’alternative. La mauvaise utopie, enfin, procède par la négation des faits, tandis que la bonne utopie prend en considération la complexité du réel.

On peut donc identifier les critères d’une bonne utopie. Elle doit être de liberté : ne pas être figée. Elle doit être modeste en  considérant qu’il existe d’autres valeurs que les siennes. Elle doit être alternative, c’est-à-dire que plutôt que de promettre le bonheur une bonne fois pour toutes, elle se contente de créer des brèches. Finalement, elle doit être réaliste : tenir compte de la complexité du réel.

En d’autres termes, on peut dire que la bonne utopie n’est pas la projection d’un idéal dans un ailleurs, mais qu’elle est la quête de ce que le réel contient d’idéal. Ou encore, elle n’est pas la projection d’un futur meilleur des mondes, mais la quête des idéaux potentiels du présent.

Plus simplement, c’est n’est pas parce qu’on ne peut pas construire le meilleur des mondes qu’on ne peut pas agir pour rendre le monde meilleur.

Et c’est ça que j’appelle la pensée utopique, une conception dynamique du concept d’utopie.

***

Je me suis ici amusé à confronter le projet Collectivité ZéN aux fonctions de la pensée utopique. Et devinez quoi? On est en présence ici d’un vrai projet utopique, mais dans le sens de la bonne utopie.

Voici quelques-unes des fonctions de la pensée utopique en lien avec le projet.

Fonction propédeutique : Montre le chemin et révèle le « pouvoir devenir » du monde.

Il est clair que le projet Collectivité ZéN n’existerait pas si les personnes qui y sont impliquées ne croyaient pas à la base qu’elles ont un certain pouvoir sur le devenir du monde.

Fonction projective : Soumet un projet qui donne sens au futur.

Ici, on retrouve la dimension projective du projet Collectivité ZéN, qui pense la MRC Rimouski-Neigette de 2050.

Fonction défatalisante : Démonte les mécanismes de la fatalité.

Ici, on peut facilement constater que le projet Collectivité ZéN est un exemple concret d’antidote au fatalisme, son objet même étant la mise en action de la communauté – c’est le contraire de « ça donne rien, on peut rien changer, y a rien à faire ».

Fonction d’espérance : Exprime le besoin nécessaire de rêver une vie plus belle.

La beauté comme besoin, ce serait un peu ça qui serait à l’origine du projet. Dans un monde où on parle beaucoup de divisions, on oublie qu’on rêve toutes et tous d’une vie plus belle, pour soi et pour les autres.

Fonction praxéologique : Stimule l’action réelle.

Ici, ça signifie qu’on a tout à fait raison d’agir pour rendre le monde plus beau, que c’est scientifiquement prouvé qu’on n’agit pas pour rien. La preuve irréfutable : tout ce qui existe a d’abord été rêvé.

Fonction heuristique : Permet de saisir les espoirs des personnes.

En tenant compte de la pertinence des espoirs que les personnes ont pour l’avenir de leur collectivité, on se trouve du même coup à mieux comprendre ce qui est déjà en train de se réaliser, on saisit mieux les transformations en cours. Nos espoirs sont en quelque sorte des indices des développements en latence. Nos espoirs sont des matériaux aussi tangibles que les ressources naturelles, les espaces et les territoires, les infrastructures. Je pourrais dire autrement que nos espoirs sont des lectures du réel en train de se créer, et ça c’est concret. 

Fonction socio-politique : Permet d’« organiser » les imaginaires sociaux, favorise la transformation du « système » vers plus de démocratie.

Les démarches entreprises par le projet Collectivité ZéN sont en fait un processus d’organisation, de mise en action des espoirs des membres de la collectivité. La démocratie, c’est faire en sorte que le plus grand nombre possible de personnes participent aux délibérations sur les décisions qui concernent l’ensemble de la communauté.

***

Sur un plan disons stratégique, la pensée utopique contemporaine procède en trois étapes : il y a d’abord une critique de ce qui est, il y a une projection de ce qui pourrait être, puis une mise en action. Ici, on retrouve en quelque sorte les cinq étapes présentées dans Tisser demain, ensemble.

Sur une note plus poétique, je citerais Castoriadis : « Ce n’est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être qui a besoin de nous. »

À la lumière de tout cela, je n’hésite pas à dire qu’on a besoin d’initiative collective comme le projet ZéN Rimouski-Neigette.

Alors, lorsqu’on vous demandera si le projet Collectivité ZéN est utopique, vous pourrez répondre : « Oui, heureusement! » Et vous pourrez rajouter : « Et c’est tellement beau! »

1. ZéN pour Zéro Émission Nette.

2. Marcel Méthot, Le développement local au risque de l’utopie : vers une interprétation des enjeux du développement local au 21e siècle [Thèse de doctorat], Université du Québec à Rimouski, 2003, https://irec.quebec/ressources/repertoire/memoires-theses/Marcel_Methot.pdf

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • POURQUOI FAUDRAIT-IL DÉFÉQUER DANS LA FORÊT?
    Ne vous êtes-vous jamais dit : « À quoi bon? » Vous savez, en parcourant par exemple les rangées d’une bibliothèque où des milliers de livres d’autrices et d’auteurs, ayant depuis longtemps sombré dans l’oubli, accumulent la poussière. À cette vue, il est difficile de ne pas être confronté à l’idée qu’après notre trépas, nous sombrerons inéluctablement dans cet abysse des oubliés… Épris sans doute par un désir d’immortalité, on peut se demander quel est le but de l’existence et a fortiori ce que
     

POURQUOI FAUDRAIT-IL DÉFÉQUER DANS LA FORÊT?

13 juin 2026 à 13:15

Ne vous êtes-vous jamais dit : « À quoi bon? » Vous savez, en parcourant par exemple les rangées d’une bibliothèque où des milliers de livres d’autrices et d’auteurs, ayant depuis longtemps sombré dans l’oubli, accumulent la poussière. À cette vue, il est difficile de ne pas être confronté à l’idée qu’après notre trépas, nous sombrerons inéluctablement dans cet abysse des oubliés… Épris sans doute par un désir d’immortalité, on peut se demander quel est le but de l’existence et a fortiori ce que notre si succinct passage aura apporté au monde. Et si ce but était aussi trivial que déféquer dans la forêt?

Cette idée extravagante a éclos au sortir de la lecture du très inspirant livre La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben; ma conception de ce qu’est une forêt s’est alors métamorphosée. Aidé par mes études en biologie, j’ai compris qu’une forêt est holistique, c’est-à-dire qu’elle est plus que la somme des arbres, des plantes et des animaux qui y vivent autant que notre individualité est bien plus que la somme de nos organes, de nos cheveux et des bactéries qui cohabitent en symbiose avec nous. Ce que nous apprend Darwin dans L’Origine des espèces est que, depuis plusieurs millions d’années, les êtres vivants ont évolué par sélection naturelle en fonction de leur écosystème et des autres vivants qui le partagent. Les fleurs, par exemple, ont besoin des insectes pollinisateurs — une espèce radicalement différente — pour assurer leur reproduction, tandis que les champignons mycorhiziens, qui innervent les forêts et permettent aux arbres de communiquer entre eux, requièrent le soutien de ceux-ci pour se nourrir. En d’autres mots, une forêt, c’est avant tout un ensemble de relations symbiotiques interreliées et formant un réseau de connivence nécessaire à la survie du collectif.

Ce n’est pas une coïncidence si la première mesure prise par le médecin lors d’un rendez-vous est notre pression artérielle. En effet, la communication entre les organes est nodale pour le bon fonctionnement de l’organisme. Chaque organe avec sa fonction propre collabore avec les autres dans le but commun de persévérer l’être. La forêt, eh bien, c’est pareil! Chaque arbre, plante, champignon ou animal collabore afin de persévérer l’organisme forêt. Chaque être vivant la constituant et ayant sa fonction permet la survie de l’organisme-forêt comme le font d’office les organes. On peut en déduire qu’il n’y a pas « d’êtres qui vivent dans la forêt » : habiter la forêt, c’est en fait être la forêt.

Il n’y a pas seulement les forêts que nous pouvons voir comme des organismes : les relations symbiotiques au sein des lacs et des océans autant que celles des plaines, des montagnes et des déserts évoluent de manière analogue. Avec un peu d’altitude, on prend conscience que chacun de ces systèmes biologiques est interrelié. Le phytoplancton par exemple, cette algue marine photosynthétique, produit à lui seul 50 % de l’oxygène sur Terre1. Cet oxygène est un déchet pour ces algues, mais est absolument nécessaire à tous les êtres vivants terrestres. De la même manière, des poussières de diatomées, vestiges sédimentaires d’un ancien lac aujourd’hui asséché et désertique au cœur du Sahara, traversent l’océan pour fertiliser la forêt amazonienne. Cette interdépendance nous convie de manière frappante vers la même déduction allégorique où chaque écosystème fait office d’organe permettant au grand organisme des vivants de persévérer.

Cette conception de l’ensemble des vivants sur Terre comme un grand et unique organisme, je la nomme « l’holobiotisme », mot provenant du terme holobionte qui désigne un superorganisme. Inéluctablement, cette manière audacieuse d’interpréter le vivant entraîne d’importantes considérations philosophiques. La plus cardinale est sans doute celle de l’Autre, cet autrui qui, héritier de notre culture naturaliste occidentale, s’est vu réifié et exploité jusqu’à l’extermination presque achevée. Cet Autre objectivé se transmute — lorsqu’il n’y a plus « la Nature » comme entité extérieure mais plutôt comme un tout duquel nul vivant ne peut se destituer — en subjectivité. Formant un seul et même organisme, que peut devenir l’Autre si ce n’est une part de nous-mêmes? Aussi différent peut-il être, tel un muscle de l’iris et une méninge du cerveau, ayant chacun leur fonction propre et travaillant conjointement pour que l’organisme puisse persévérer dans l’être, l’Autre ne peut que se singulariser. L’Autre n’est plus « autre » : il est nous, il est « Je » … Être au monde, c’est donc être Un : je suis l’arbre, le champignon et l’abeille, je suis la forêt, la nature et l’holobiote.

De plus, puisque notre espèce, comme toute autre, est pourvue d’une fonction inhérente, celle-ci doit être en adéquation avec celles des autres espèces et permettre à l’organisme des vivants de persévérer. Est-ce là peut-être le but a minima de l’existence humaine? Loin d’être les prédateurs que nous croyons être, notre espèce, par sa physiologie naturelle, se range plutôt dans la branche des frugivores/charognards/opportunistes2. Aussi trivial que cela puisse paraître, peut-être que notre fonction au sein de l’écosystème consiste à disséminer, par l’entremise de nos selles, des graines appartenant aux fruits que l’on consomme, comme c’est le cas pour de nombreux autres mammifères.

Toutefois, il n’en est rien. Notre civilisation a l’une des plus insignifiantes fonctions et sape celle des autres, nécrosant, tel un cancer, ce que Spinoza définit comme étant Dieu3. Notre lien-vie à « l’Autre » se meurt, se refroidit comme une roche inerte, qui, par folie de verticalité, se perd dans le firmament. L’extermination de la vie sur Terre ne pourrait pas être autre chose qu’un suicide au sens propre.

Ce serait cela, le progrès?

1. National Oceanic and Atmospheric Administration, « How much oxygen comes from the ocean? » National Ocean Service, 16 juin 2024.

2. K. Milton, « Nutritional characteristics of wild primate foods: do the diets of our closest living relatives have lessons for us?  », Nutrition, vol. 15, no 6, 1999, p. 488-498.

3. Pour Spinoza, Dieu et la Nature ne sont que deux modes d’une même substance.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Chronique du gars en mots dits: Le mot en W
    (1re partie) Ma chronique de février, « Le Devoir dévoyé » a fait sortir de ses gonds le fondateur du Mouton NOIR, Jacques Bérubé. Je ne suis plus le seul « gars en mots dits »… Je m’enorgueillis du fait que mon appel au boycottage du vénérable Devoir ait mis fin à son mutisme, armé de sa plume acérée. Jean-François Vallée, La Pocatière Dans sa diatribe Alerte ! Au woke ! On « censure » Rioux !, Jacques Bérubé proclame haut et fort sa détestation du chroniqueur Christian Rioux et son am
     

Chronique du gars en mots dits: Le mot en W

11 juin 2026 à 13:21

(1re partie)

Ma chronique de février, « Le Devoir dévoyé » a fait sortir de ses gonds le fondateur du Mouton NOIR, Jacques Bérubé. Je ne suis plus le seul « gars en mots dits »… Je m’enorgueillis du fait que mon appel au boycottage du vénérable Devoir ait mis fin à son mutisme, armé de sa plume acérée.

Jean-François Vallée, La Pocatière

Dans sa diatribe Alerte ! Au woke ! On « censure » Rioux !, Jacques Bérubé proclame haut et fort sa détestation du chroniqueur Christian Rioux et son amour inconditionnel pour Le Devoir sauce woke. Je lui sais gré de me procurer ainsi une occasion en or d’inscrire ma pensée dans une réflexion plus large sur l’identité profonde de son bébé de papier maintenant sevré.

Le brûlot de Jacques Bérubé m’a poussé à relire les deux chroniques que tous les contempteurs de Christian Rioux utilisent comme grenade pour le démolir, même si, du même souffle indigné, l’auteur avoue candidement et péremptoirement ne l’avoir lu qu’« occasionnellement, peut-être pour [s]’en écœurer davantage ». J’étais donc curieux de découvrir par moi-même ce que ces chroniques avaient de si écœurant. La première s’intéresse à la définition du terme « génocide » pour voir s’il s’applique au cas des exactions commises par Israël à Gaza (72 549 Palestiniens tués) depuis les attentats du Hamas le 7 octobre 2023 (1 200 Juifs tués). La seconde porte sur l’arrestation de Nicolas Sarkozy à la suite d’un procès nébuleux et bâclé, que Rioux utilise surtout pour dénoncer le gouvernement des juges qui, des deux côtés de l’Atlantique, multiplie de plus en plus les entraves envers le pouvoir des élus. Si on ne me reproche que deux chroniques d’une telle eau quand je laisserai tomber la plume pour le plumard, le jour où la bien-pensance woke m’aura « cancellé » à mort, je serai déçu… Quoi! Prendre ma retraite avec seulement deux misérables chroniques à mon actif ayant provoqué de l’urticaire souvent à droite ou à gauche ? Je n’aurais été qu’un bien piètre pugiliste dans le ring des idées.

Les moutons gris

Jacques Bérubé pose des questions de grande importance, en filigrane de son pamphlet, pour comprendre ce qui fonde la singularité des collaborateurs du Mouton dans notre petit paysage médiatique, à savoir : comment se définit un véritable « mouton noir » ? Comment le distinguer parmi le troupeau bêlant ? Et, par extension, à partir de quelle conviction idéologique précise sort-on délavé à l’eau de javel, plus blanc que blanc ? Ou encore, quel tamis idéologique permet de séparer avec certitude le bon grain de l’ivraie, les collaborateurs fréquentables des infréquentables ?

Jacques Bérubé, pour sa part, semble avoir tracé une ligne rouge d’une extrême netteté : vous n’êtes plus un mouton « noir » dès que vous critiquez le néoprogressisme woke issu des universités états-uniennes de gauche né des tensions raciales et identitaires réelles propres au terreau de ce pays, ce mouvement vertueux autoétiqueté woke, c’est-à-dire « éveillé aux injustices de tous ordres. » Si j’ai bien compris son propos, Jacques Bérubé vient de décréter interdites à la fois l’utilisation du mot et la critique du mouvement, sauf pour l’encenser ; toute critique à son égard vous fait basculer illico dans le camp des frileux moutons blancs comme neige.

Mon cher Jacques, sachez que si je peux être très radical dans plusieurs de mes propos quand un rebond de l’actualité me pique à vif, je revendique haut et fort, sur plusieurs questions, le droit d’être un mouton gris pâle ou gris foncé. Si l’aiguille de mes chroniques penche le plus souvent à gauche, je ne m’empêche pas de flirter avec le centre droit. Que cela plaise au non, coûte que coûte, j’essaie de rester autant que possible nuancé. Parfois noir comme dans la tanière du loup, mais souvent gris pâle ou gris foncé. Si les moutons fâchés noirs s’en scandalisent, qu’ils blâment leurs propres œillères.

À 18 ans, un mouton noir, pour moi, ne pouvait que s’opposer à tout discours de droite, un social-démocrate en lutte contre les capitalistes, doublé d’un anticolonialiste militant. Je lisais de sulfureux pamphlets comme Nègres blancs d’Amérique, de Pierre Vallières, penseur du FLQ, avec la même passion que Le portrait du colonisateur suivi du Portrait du colonisé, d’Albert Memmi ou Les damnés de la terre de Franz Fanon. J’y reconnaissais ma condition, notre condition, en copie carbone. Je comprenais que le destin individuel était intimement lié au destin collectif, et nos tergiversations nationales, le reflet de nos tergiversations individuelles. Aujourd’hui, le wokisme scande ad nauseam que tout ça est suranné, dépassé. Et gratifie de l’étiquette « raciste » quiconque défend le destin collectif.

La suite de ce palpitant récit dans le prochain numéro.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Carvalho doit s’en aller!
    De toute évidence les mobilisations citoyennes exemplaires à Pohénégamook comme aux Trois-Pistoles auront porté leurs fruits. Le projet du CISSS du Bas-Saint-Laurent de fermer les deux urgences les soirs et la fin de semaine a été mis sur la voie de garage pour l’instant. Bien lire ici qu’il s’agit de la fin d’une bataille, mais pas celle d’une véritable guerre pour défendre nos soins de proximité en périphérie. Fallait voir l’air patibulaire du directeur général qui devait pour une 3e fois c
     

Carvalho doit s’en aller!

10 juin 2026 à 11:35

De toute évidence les mobilisations citoyennes exemplaires à Pohénégamook comme aux Trois-Pistoles auront porté leurs fruits. Le projet du CISSS du Bas-Saint-Laurent de fermer les deux urgences les soirs et la fin de semaine a été mis sur la voie de garage pour l’instant. Bien lire ici qu’il s’agit de la fin d’une bataille, mais pas celle d’une véritable guerre pour défendre nos soins de proximité en périphérie.

Fallait voir l’air patibulaire du directeur général qui devait pour une 3e fois changer son discours de bord en bord devant des médias médusés. Après avoir raconté des peurs imaginaires sur des bris de services pour tenter de justifier les compressions budgétaires, après avoir affirmé que ce n’était pas des coupes, mais des réaménagements justifiés par l’impossibilité de maintenir le statu quo, le doc Carvalho a finalement trouvé ce même statu quo comme solution à la crise qu’il a lui-même causée.

Je vois très mal comment le docteur Carvalho peut rester encore plus longtemps à la tête du CISSS du Bas-Saint-Laurent. D’aucuns diraient qu’il est brûlé. Il va nous falloir du sang neuf, de la crédibilité et surtout de l’engagement. Les comités citoyens lui tendent des perches à la suite de son appel à la mobilisation, mais leurs demandes restent hélas lettres mortes.

Il faut aussi saluer la mobilisation qui se lève du côté du Kamouraska et de Mont-Joli, toujours sur les enjeux de soins de proximité. Les régions périphériques ont été laissées de côté par la centralisation de l’administration de la santé et par la quasi-privatisation de sa gestion. Il ne faudrait pas laisser les politiciens menacer ainsi nos soins de santé les plus précieux, incapables de défendre nos intérêts dans cette machine centralisée loin des soins et des soignants.

Les régions périphériques ne peuvent plus être à la remorque des partis politiques, des promesses de politiciens et de leur incapacité maintes fois démontrée à nous représenter dans l’exercice décisionnel à Québec comme à Ottawa.

Il faut établir une liste de revendications claires et atteignables sur les enjeux qui nous concernent comme nos soins de santé et nos infrastructures publiques. Il faut que les communautés territoriales entrent en négociation avec l’État centralisé pour s’assurer que les intérêts des populations soient entendus et respectés partout sur le territoire du Québec.

Yes we scan!

Les soins de santé en milieu périphérique ou rural revêtent leurs particularités propres et on semble en faire abstraction dans les cercles de décideurs.

Cela mérite d’être réfléchi sous des lunettes diverses : scientifiques, communautaires et citoyennes, et j’ai justement eu la chance d’assister à la représentation d’Urgences rurales 360 qui propose une réflexion documentaire sous forme de médiation culturelle qui intègre les arts du cirque. On a confié l’aspect artistique de cette démarche, qu’on pourrait qualifier de recherche-action, à la troupe Les 7 doigts de la main appuyée de l’École nationale de cirque.

Le chercheur et médecin d’urgence originaire de Charlevoix, Richard Fleet, est le maestro derrière cette démarche. Les représentations accompagnées de discussions sont offertes dans toutes les communautés en périphérie des grands centres. Le 3 avril dernier, nous étions une trentaine de citoyens des Basques en délégation à bord d’un autobus jaune pour nous rendre à la représentation au Théâtre du Bic.

La démarche, en plus d’offrir un état des lieux de la situation de nos urgences rurales, fait émerger des pistes de solutions pour changer concrètement les choses, ce qui implique entre autres la participation citoyenne et la décentralisation des lieux décisionnels.

Pour améliorer un bilan selon lequel une personne qui habite en ruralité a trois fois plus de chance de mourir de sa condition qu’une personne en milieu urbain, les menaces de fermeture des urgences de Pohénégamook et de Trois-Pistoles apparaissent encore plus anachroniques et déconnectées des besoins de la population.

Au lieu de ces menaces, j’aimerais voir le docteur Carvalho expliquer comment nous pouvons ajouter du matériel de diagnostic comme des scans pour appuyer le travail dans nos urgences en région et pour sauver plus de vies. Yes we scan!

Apprenez-en plus sur Urgences rurales 360 :https://www.medecineurgence.ca/ur360

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Bilan de l’ère Legault : Est-ce qu’il a cru à l’entrepreneuriat québécois ?
    Quel héritage François Legault laisse-t-il au Québec ? En termes d’interventionnisme économique, il suit une longue tradition québécoise. En effet le gouvernement de la Coalition avenir Québec s’est engagé dans plusieurs projets de développement économique. Voulant amener l’industrie des batteries au Québec, la CAQ souhaite incarner le parti de l’économie à l’Assemblée nationale. Rappelons les faits : en 2023, 11 milliards de dollars de projet sont annoncés par le gouvernement Legault. De ces
     

Bilan de l’ère Legault : Est-ce qu’il a cru à l’entrepreneuriat québécois ?

9 juin 2026 à 08:33

Quel héritage François Legault laisse-t-il au Québec ? En termes d’interventionnisme économique, il suit une longue tradition québécoise. En effet le gouvernement de la Coalition avenir Québec s’est engagé dans plusieurs projets de développement économique. Voulant amener l’industrie des batteries au Québec, la CAQ souhaite incarner le parti de l’économie à l’Assemblée nationale.

Rappelons les faits : en 2023, 11 milliards de dollars de projet sont annoncés par le gouvernement Legault. De ces 11 milliards, 46 % viendraient des différents paliers de gouvernement1. Le gouvernement fait le pari que ces investissements amèneront une nouvelle industrie au Québec.

Nous pouvons nous questionner sur la définition de l’économie selon nos élites politiques. En effet, nous assistons plutôt à une succession de gouvernements qui se plient aux volontés des différentes chambres de commerce, du Forum mondial et de l’élite économique. En analysant le plan de la CAQ, nous pouvons soulever trois failles importantes.

En premier lieu, l’ingérence du gouvernement du Québec dans le libre marché a un effet pervers sur le développement économique et les PME. En choisissant quelles compagnies bénéficieront des subventions, des crédits d’impôt et de l’énergie au rabais, on contourne un des mécanismes les plus puissants de notre économie de marché : la compétition. Comme pour toute compétition, les mêmes règles doivent s’appliquer à tous. Or, nous assistons plutôt à un gouvernement qui dirige l’économie.

En deuxième lieu, le fait de subventionner les multinationales a comme effet d’établir de la concurrence déloyale dans le marché de l’emploi. En subventionnant cette nouvelle industrie, le gouvernement s’attaque par le fait même aux autres entreprises ayant la même catégorie d’employés. Elles devront faire compétition avec ces nouveaux géants pour attirer et retenir la main-d’œuvre. Les nouveaux venus bénéficient de subventions auxquelles leur compétiteur n’a pas droit. Cela aura comme effet d’augmenter artificiellement les salaires et les conditions des travailleurs et d’accentuer l’inflation.

François Legault argumente que c’est le coût de la création de richesse. Or, la vraie création de richesse se fait par des gens ordinaires qui mettent toutes leurs économies sur la table et qui prennent des risques en se lançant en affaires. Les entrepreneurs locaux québécois, qui sont les plus taxés de l’Amérique du Nord, subventionnent indirectement les nouveaux venus. Il se retrouve donc dans la fâcheuse situation de subventionner leur compétiteur! Quel cauchemar kafkaïen!

En troisième lieu, il est pertinent de se questionner sur le type d’entreprise que nous attirons. À première vue, nous sommes portés à croire que l’industrie de la batterie est une industrie de haute pointe. Cependant, une analyse nous mène à des conclusions différentes. En effet, 80 % du coût manufacturier d’une batterie réside dans la recherche et le développement4. Cependant, cette étape du processus se fait hors Québec, parce que nous sommes les manufacturiers et non les concepteurs.

Avec la présence d’universités de premier plan et une ingéniosité pouvant rivaliser avec celle de n’importe quel peuple, le Québec peut aspirer à développer des technologies de pointe. En faisant venir des entreprises d’ailleurs, toute l’ingénierie, les choix stratégiques ainsi que la propriété intellectuelle seront hors de nos frontières. On peut se demander si les grands centres d’innovation mondiaux auraient décidé de faire les mêmes choix économiques que notre administration.

Enfin, pouvons-nous vraiment dire que l’ère Legault aura été celle du développement économique?

1. Sylvain Larocque, « 2023, l’année des milliards de dollars pour la filière batterie », Le Journal de Montréal, janvier 2024,https://www.journaldemontreal.com/2024/01/03/2023-lannee-des-milliards-de-dollars-pour-la-filiere-batterie#:~:text=Selon%20le%20gouvernement%20Legault%2C%20ce,%25

2. Anuj Narkhede, « Pourquoi les économies planifiées échouent-elles? », Readers Blog, octobre 2020, https://timesofindia.indiatimes.com/readersblog/understanding-new-concept/why-planned-economies-fails-26749/

3. Fred McMahon, « As the world shifted to free markets, poverty rates plummeted », Fraser Institute, novembre 2018,

« https://www.fraserinstitute.org/blogs/as-the-world-shifted-to-free-markets-poverty-rates-plummeted#:~:text=In%201950%2C%20as%20free%20markets,power%20parity%20adjusted%20US%24).

4. Anton Beck, « Why are Lithium Batteries so Expensive to Manufacture? », Engineered Technologies, août 2023, https://blog.epectec.com/why-are-lithium-batteries-so-expensive-to-manufacture

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Parlementarisme canadien : Où est l’esprit de collaboration?
    (Avertissement : Je fais partie du Comité pour le bulletin le plus long.) À l’approche du 160e anniversaire de la Confédération canadienne (2027) et alors que le gouvernement libéral vient tout juste d’obtenir une majorité parlementaire lors de trois élections partielles (plafond de dépense : 100 000 $ par circonscription), j’ai eu l’idée de nous offrir un petit rappel historique du fonctionnement du parlement canadien à une époque pas si lointaine… Au fil de mes années d’implication polit
     

Parlementarisme canadien : Où est l’esprit de collaboration?

6 juin 2026 à 13:51

(Avertissement : Je fais partie du Comité pour le bulletin le plus long.)

À l’approche du 160e anniversaire de la Confédération canadienne (2027) et alors que le gouvernement libéral vient tout juste d’obtenir une majorité parlementaire lors de trois élections partielles (plafond de dépense : 100 000 $ par circonscription), j’ai eu l’idée de nous offrir un petit rappel historique du fonctionnement du parlement canadien à une époque pas si lointaine…

Au fil de mes années d’implication politique, j’ai eu l’occasion de rencontrer des centaines de candidates et de candidats, de nombreux députés, parfois des ministres, j’ai pris une bière avec Jack Layton et j’ai même serré la main de Stephen Harper. (Un peu de name dropping ne fera pas de tort à ce journal d’extrême gauche!) Une anecdote m’a particulièrement marqué : un ancien député du NPD, dont j’oublie le nom, critique de la justice pendant le gouvernement de Trudeau Ier, racontait avoir reçu, un soir vers minuit, un appel du ministre de la Justice, qui lui avait dit : « Je vais présenter une pièce législative demain au Parlement. Viens à la maison, j’aimerais te la présenter. » Une rencontre avait alors eu lieu à la résidence du ministre libéral, en présence des députés conservateur et néo-démocrate, tous deux critiques de la justice dans leur cabinet fantôme.

Voilà un bel exemple de l’esprit de collaboration qui régnait autrefois au Parlement canadien. Une tradition où les partis d’opposition et le parti au pouvoir travaillaient ensemble pour servir l’intérêt public. Et on parlait déjà de réformer le mode de scrutin, qui était désuet à l’époque! Les politiciens élus étaient là pour participer activement à la vie démocratique, dans un esprit de collaboration populaire.

Vous ne verrez jamais ça aujourd’hui.

Le feuilleton est gardé secret jusqu’à la dernière minute.

Encore mieux, on fait couler des éléments d’un projet de loi directement dans les médias : les pires passages, les morceaux les plus extrêmes, afin de faire vivre une émotion forte à la population. Et lorsque le projet est déposé en chambre : « Miracle! On a enlevé ces éléments de la loi! » Et le tout a l’air beaucoup plus acceptable!

Les partis politiques sont polarisés et polarisants. Tout est fait pour discréditer l’adversaire politique, parfois même sur des bases aussi futiles que l’apparence plutôt que les idées. On voit le chef conservateur monter au front pour insulter ses opposants, et les libéraux ne sont pas en reste. Prenons l’exemple actuel : le premier ministre Mark Carney, quelques heures après avoir obtenu une majorité, annonce qu’il va « accélérer le pas »sur différents chantiers. Ce que je comprends, c’est qu’il compte profiter de cette majorité – obtenue en partie grâce à cinq députés conservateurs transfuges – pour imposer ses projets aux Canadiens sans véritable consultation de l’opposition.

Pourtant, depuis 2019, nous sommes en situation de gouvernement minoritaire, une configuration qui était censée favoriser la collaboration entre les partis. Or, même dans ce contexte, l’opposition n’a que très peu été consultée. Et maintenant, on nous annonce que ça va être encore pire.

Il y a aussi la question de la distorsion électorale. Le Parti vert, par exemple, est passé de 6,5 % d’appui en 2019 à 2,3 % en 2021, puis à 1,2 % en 2025. Oui, on peut dire que la performance des chefs et les luttes internes sont en partie en cause, mais le mode de scrutin est certainement très présent dans ces résultats : on avait tellement peur que Poilievre devienne premier ministre en 2025 qu’on a tout misé sur les libéraux. Et aujourd’hui, on se fait servir quoi? Une soupe aux libéraux majoritaires, une concentration du pouvoir exécutif monolithique. Une situation que personne ne voulait réellement avoir. Et les libéraux vont bien sûr scander : « Les Canadiens et les Canadiennes voulaient […] ». My 2 cents1, yo!

Et pendant ce temps, que font les médias? La Presse et une ancienne députée bloquiste continuent de taper le clou sur le Comité du bulletin de vote le plus long parce que nous présentons une quarantaine de candidats et de candidates dans l’élection partielle de Terrebonne. Le mode de scrutin aurait dû être changé il y a 50 ans, on nous accuse d’avoir ralenti le processus électoral – alors qu’en réalité nous avons retardé les résultats électoraux de 45 minutes par rapport aux élections ayant eu lieu le même soir – et cerise sur le gâteau : le citoyen moyen va se tromper en aller voter2! Les chroniqueurs prennent la population pour des épais, les ministres modifient la loi électorale pour empêcher les longs bulletins de vote (mais ne changent pas le mode de scrutin), et les partis politiques se font rembourser 50 % de leurs dépenses de campagne : pourquoi est-ce que le gouvernement n’envoie pas le chèque directement à Facebook?

1. Arrondi à la caisse, ça donne 0 cent! #free #gratuit
2. Non seulement les résultats sont très proches de ce qui était attendu, mais l’analyse des résultats de huit élections « long bulletin de vote » permet de découvrir que le nombre de votes annulés est largement inférieur à ce qui a lieu dans les autres circonscriptions. C’est donc dire que ceux qui allaient annuler leur vote ont plutôt décidé de… voter!

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Un LOUPerivois dans la bergerie: De la musique avant toute chose
    La musique adoucit les morses, la preuve en est qu’un certain phoque en Alaska fait vibrer le cœur et les cordes vocales des Québécois depuis plus de cinquante ans, comme le relate Jean-François Brassard dans une publication qui retrace les péripéties de la saga Beau Dommage. Et pour ne pas quitter trop tôt l’univers des pinnipèdes (vite, le petit Robert), j’ai moi-même interprété récemment une sympathique composition signée Plume-Landru intitulée Le loup fuck?  Fuck le loup! C’était à l’occasio
     

Un LOUPerivois dans la bergerie: De la musique avant toute chose

5 juin 2026 à 12:13

La musique adoucit les morses, la preuve en est qu’un certain phoque en Alaska fait vibrer le cœur et les cordes vocales des Québécois depuis plus de cinquante ans, comme le relate Jean-François Brassard dans une publication qui retrace les péripéties de la saga Beau Dommage. Et pour ne pas quitter trop tôt l’univers des pinnipèdes (vite, le petit Robert), j’ai moi-même interprété récemment une sympathique composition signée Plume-Landru intitulée Le loup fuck?  Fuck le loup! C’était à l’occasion d’un cabaret « déjanté » en hommage à notre plumesque camarade présenté dans le cadre du Salon du livre de Québec, Salon où l’on a d’autre part cherché à mettre en parallèle deux entités légèrement incompatibles, soit celle du géant Beaupré et celle de l’ineffable Sainte-Trinité. On aurait pu tirer de cette rencontre un mix assez original : « Crois-moi, crois-moi pas, j’viens d’débarquer d’un drôle de trip, j’pas mal fucké, j’tout mélangé pis j’sais pus trop où m’garrocher, c’est comme ça quand ta blonde t’a lâché… »

Les deux groupes sont nés à quelques années d’intervalle, et après que leurs membres respectifs eurent baigné dans des eaux à la salinité passablement différente : Plume, Pierrot et moi, davantage chats de ruelle, chants de poubelle, tandis que l’autre cohorte frayant plutôt du côté « sunny side of the street », pour puiser dans le catalogue du Great American Songbook. On parvient malgré tout de temps à autre à naviguer sous les mêmes cieux, car même si on peut se lasser de voir pousser palmiers et bananiers, il n’en demeure pas moins que l’hiver est moins rude sur une plage, n’est-il pas? Ceci étant, Ginette a cependant peu à voir avec Bobépine ou avec une certaine Polonaise droguée supposément fréquentée par Plume, lequel aurait semble-t-il choqué un tant soit peu la sensibilité d’un Pierre Huet, travestissant le nom de la formation dont ce dernier était membre en la rebaptisant de la douce appellation de Beau Crémage… Pour notre part, c’est plutôt du glorieux titre de Cellule divertissement dont on nous a affublés pendant la crise d’Octobre.

Bon. Trêve de ragots et de méchanceté. N’ai-je pas amorcé cette chronique en vantant les mérites lénifiants et apaisants de la chanson? Et pour que le baume s’étende judicieusement et avec bonheur, comment ne pas raviver le souvenir de cette mémorable soirée où, dans une superbe maison sise en plein bois en bordure de la rivière Assomption (merci Guylaine), nous avons caressé le répertoire des Beatles pendant des heures et des heures, jusqu’à plus voix, accompagnés par une pléiade de superbes musiciens dont Michel Hinton au clavier et Pierre Bertrand à la basse?

Toujours est-il que nous descendions la rue Saint-Jean ma blonde et moi après avoir quitté le brouhaha du Salon du livre. La soirée était fraîche telle que cette mauvaise fin d’hiver nous en a servi plus que de raison cette année. Place D’Youville, Le Diamant resplendissait de tous ses cristaux, le Palais Montcalm brillait de tous ses feux, le Capitole s’imposait majestueusement, exhibant sa fière et arrogante façade Second Empire. Et tout à coup, montant de ce décor enchanté, au cœur même du berceau de cette Amérique française qu’on nous a volée, à deux pas de la porte Saint-Jean, voilà que nous parvient, véritable souffle d’ange, un joyau polyphonique, les voix magistrales d’un chœur formé d’une douzaine de jeunes filles, assemblées en cercle, debout, sur le trottoir, à quelques pas devant nous et qui chantent. En harmonie. Et en français. Les épithètes en viennent à manquer quand vient le temps d’exprimer la parfaite beauté, quand elle est à ce point saisissante, quand elle vous atteint comme un direct au cœur. La grâce. Sublime. Majestueux. Car elles chantaient juste et bien, ces jeunes filles de Laval, et lorsque, médusés et charmés, seuls spectateurs conviés à ce concert improvisé, nous nous sommes mis à applaudir, elles se sont tournées vers nous pour entonner le refrain de la chanson Je reviens chez nous. J’en suis convaincu, quelle que soit l’oasis où il repose, Jean-Pierre en a certainement frémi jusqu’à la moelle de son âme.

Et rentrant chez nous, justement, j’apprends que Viktor Orban vient de concéder la victoire. Toujours et encore : de la musique à mes oreilles.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Prioriser notre santé, un choix de société
    Depuis plus de 40 ans au Québec, chaque élection provinciale est le théâtre d’une surenchère politique où tous promettent de régler les problèmes de notre système de santé. À quelques mois du déclenchement des élections provinciales, nous jugeons important d’apporter des précisions sur l’idéologie qui a transformé notre réseau public, la structure qui nous a été proposée et le rôle de la privatisation sur l’accessibilité générale aux soins et aux services. Une idéologie à questionner Dans
     

Prioriser notre santé, un choix de société

4 juin 2026 à 06:03

Depuis plus de 40 ans au Québec, chaque élection provinciale est le théâtre d’une surenchère politique où tous promettent de régler les problèmes de notre système de santé. À quelques mois du déclenchement des élections provinciales, nous jugeons important d’apporter des précisions sur l’idéologie qui a transformé notre réseau public, la structure qui nous a été proposée et le rôle de la privatisation sur l’accessibilité générale aux soins et aux services.

Une idéologie à questionner

Dans les années 1970, notre système de santé faisait l’envie du monde entier. Des sociologues et des gouvernements étrangers envoyaient des missions étudier le modèle québécois pour mieux comprendre comment nous avions pu, en l’espace de quelques années, nous doter d’un des systèmes de santé les plus performants et égalitaires de la planète.

Dès les années 1980, des pratiques associées à la droite économique néolibérale des Reagan et Thatcher se frayaient un chemin jusqu’au sommet de notre appareil de santé et de services sociaux. En pleine crise inflationniste, on cherchait à contenir l’augmentation des coûts, à privatiser certains soins et services et à limiter le pouvoir des travailleurs et des travailleuses. Les principes de cette «nouvelle gestion publique» se traduiront par la transformation du cadre administratif, de la négociation et des structures de notre réseau public. Des transformations qui se font encore sentir aujourd’hui.

Perte démocratique et enlisement bureaucratique

Graduellement depuis le début des années 1990-2000, les instances locales autonomes, démocratiques et orientées vers les besoins de leurs milieux ont cédé le pas à une structure hiérarchique hautement centralisée. En l’espace de vingt ans, nous avons assisté à la disparition de centaines de conseils d’administration locaux, organisés par quartier, ville ou village, et à leur remplacement par de véritables colosses bureaucratiques.

Situé à l’origine à la base d’un appareil décentralisé, le pouvoir décisionnel est désormais concentré au sommet de la structure du réseau. De là-haut, on ne voit malheureusement pas tout ce qui se passe sur le terrain, ce qui provoque un manque important d’agilité au sein de nos établissements de santé. Un manque qu’on associe souvent à tort à la présence syndicale.

Cette inversion du pouvoir engendre également une grave déconnexion : les gestionnaires ne sont pas en contact avec les besoins réels des usagers, des communautés, des travailleuses et des travailleurs sur le terrain. La distance physique, et parfois même culturelle, des milieux où sont offerts les services et des gens qui les donnent prive les gestionnaires d’éléments importants pour comprendre la réalité. Cela les prive également de la nécessaire ouverture aux solutions disponibles localement.

Pour pallier cette distance, le courant de la « nouvelle gestion publique » a imposé le développement d’un lourd appareil de collecte de données statistiques. Ces données, nous dit-on, permettraient de mieux connaître la réalité des opérations en temps réel et d’en améliorer l’efficacité.

Les travailleurs et les travailleuses qui produisent ces données y laissent une part importante de leur temps et même de leur intérêt pour le travail. Perte de temps productif, perte de sens au boulot, baisse de l’attractivité des emplois sont autant de conséquences majeures de ce virage. Compilées en vastes quantités, puis analysées en vases clos, comparées et rapportées en plus haut lieu, ces données quantitatives ont nécessité la création d’une large classe de gestionnaires et d’un lourd appareil de surveillance. Chaque réforme ces vingt dernières années n’a fait qu’alimenter cette inefficace entreprise statistique.

Une surcentralisation à endiguer

Ces dernières années, les centres décisionnels se sont d’abord regroupés par territoire local de services (globalement par territoire de MRC au Bas-Saint-Laurent) avec la création des CSSS, puis ont été centralisés à Rimouski dans la foulée de la réforme Barrette et la création des CISSS et des CIUSSS.

Depuis le déploiement de l’agence Santé Québec, les décisions sont désormais prises ou validées à Québec ou à Montréal, selon des critères établis nationalement. Alors qu’on réfléchissait jadis localement à l’offre de services en fonction des besoins exprimés à petite échelle, on le fait désormais sur des bases nationales. Loin des yeux, loin du cœur, parlez-en aux communautés qui se mobilisent pour le maintien de leurs services de proximité au Bas-Saint-Laurent.

C’est ainsi qu’on mène chaque réforme en santé et en services sociaux au Québec depuis trop longtemps : on établit une nouvelle structure et on cherche ensuite à adapter les soins et les services aux besoins de la machine et non l’inverse.

La privatisation tranquille

Un élément dont on parle très peu lorsqu’il est question de la place du privé en santé, c’est que la province en est la championne au Canada. En effet, plus de 90 % des médecins s’étant retirés du régime public de soins de santé (comme la RAMQ pour le Québec) se trouvent dans la Belle Province. Et cela ne concerne pas que les médecins. On le voit de plus en plus dans les soins spécialisés, l’hébergement, les prélèvements, les services de diagnostic, les soins de santé mentale, les chirurgies mineures, les services de réadaptation physique et même dans les services sociaux. Combien d’entre nous se font diriger vers le privé à la suite d’un diagnostic sous prétexte que les listes d’attente au public sont trop longues?

Et si le privé était au moins partiellement responsable des enjeux rencontrés dans le secteur public? C’est du moins la position de plusieurs acteurs des milieux sociaux, syndicaux et professionnels, dont le Collège des médecins du Québec1.

En plus du coût excessif, le nœud du problème avec le privé en santé, c’est qu’il n’est pas guidé par un impératif d’accessibilité universelle. Sa mission prioritaire étant le profit, il se concentre sur les activités les plus lucratives et les plus simples à exploiter. Facile d’être efficace quand on se concentre sur ce qui rapporte gros.

En ciblant les opérations les plus rentables, le secteur privé s’installe d’abord là où il a la plus forte clientèle potentielle. Et cela signifie généralement que le privé déploie d’abord ses tentacules dans les grands centres urbains et les banlieues, où l’on retrouve une plus forte densité de population, mais également une population qui a des revenus parmi les plus élevés. Avec la rapide progression du secteur privé en santé au Québec, l’accessibilité générale aux soins de santé et aux services sociaux est en voie de devenir différenciée, selon que l’on demeure en ville ou en région rurale, ce qui devrait grandement nous inquiéter.

La présence de plus en plus grande du privé au Québec doit également être perçue comme une menace sérieuse pour la continuité des soins dans le réseau public. En plein cœur d’une pénurie historique de main-d’œuvre, le privé nuit directement à l’organisation des soins dans le secteur public, en y recrutant massivement techniciens, professionnels et médecins. La présence des agences de placement de personnel en est un exemple éloquent. À terme, le drainage des ressources du public vers le privé accentuera les disparités entre les soins et les services offerts dans ces réseaux et portera atteinte à l’accessibilité universelle aux soins et aux services publics.

Regarder en avant

À l’aube du déclenchement de la prochaine élection provinciale, il est temps d’exiger mieux que la création d’une nouvelle superstructure pour notre réseau public. La santé et les services sociaux devront être au cœur de la prochaine campagne électorale, et des propositions pour démocratiser et humaniser tant la dispensation des soins et des services que les conditions de travail devront faire partie de la solution. Et si nous retournions à l’essence de ce qui a jadis fait le succès de notre modèle québécois? Un réseau décentralisé, démocratique, agile et prioritairement axé sur les besoins des populations locales, qui sont après tout les expertes de leurs propres besoins.

1. Collège des médecins du Québec, Place du privé en santé : des faits et des chiffres pour y voir plus clair, 2025, https://www.cmq.org/fr/informer-sante/infocmq/pratique-medicale/place-prive-sante

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • L’Iran, un conflit inutile
    La guerre en Iran, telle qu’elle se déroule aujourd’hui, n’est pas seulement un affrontement militaire de plus dans une région déjà fragile : elle est le symptôme d’un échec politique profond, collectif et répété. Derrière les frappes, les représailles et les discours martiaux, se cache une réalité plus dérangeante : cette guerre n’aurait jamais dû avoir lieu, et rien ne justifie qu’elle se prolonge. Depuis le début du conflit, les événements s’enchaînent avec une logique implacable d’escalad
     

L’Iran, un conflit inutile

3 juin 2026 à 12:47

La guerre en Iran, telle qu’elle se déroule aujourd’hui, n’est pas seulement un affrontement militaire de plus dans une région déjà fragile : elle est le symptôme d’un échec politique profond, collectif et répété. Derrière les frappes, les représailles et les discours martiaux, se cache une réalité plus dérangeante : cette guerre n’aurait jamais dû avoir lieu, et rien ne justifie qu’elle se prolonge.

Depuis le début du conflit, les événements s’enchaînent avec une logique implacable d’escalade. Des frappes israélo-américaines ont visé des infrastructures stratégiques iraniennes, notamment des sites liés au nucléaire. En réponse, l’Iran a multiplié les attaques contre des intérêts régionaux, allant jusqu’à menacer le trafic pétrolier mondial en perturbant le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part essentielle de l’énergie mondiale. Ce cycle de représailles illustre une constante tragique : chaque camp prétend se défendre, mais tous contribuent à aggraver la situation.

Le problème fondamental réside dans l’illusion stratégique. Cette guerre était censée être rapide, ciblée, maîtrisée. Or, comme tant d’autres conflits avant elle, elle s’enlise. Aux États-Unis mêmes, des responsables reconnaissent que la durée et le coût de l’intervention dépassent largement les prévisions initiales. L’histoire récente aurait pourtant dû servir de leçon : les guerres modernes, surtout au Moyen-Orient, échappent presque toujours aux plans initiaux et produisent des conséquences imprévisibles.

Mais au-delà des erreurs de calcul, c’est la logique même de la guerre qui doit être interrogée. Que cherche-t-on réellement ? La sécurité ? La stabilité ? La fin du programme nucléaire iranien ? Rien, dans les faits observables, ne permet d’affirmer que ces objectifs se rapprochent. Au contraire, la guerre renforce les postures les plus dures de chaque côté. À Téhéran, le pouvoir se raidit et refuse les négociations. À Washington et chez ses alliés, la pression militaire s’intensifie, nourrissant un engrenage dont personne ne semble capable de sortir.

Les premières victimes de cette impasse ne sont ni les dirigeants ni les stratèges, mais les populations civiles. Bombardements, destructions d’infrastructures, isolement économique : la guerre impose un coût humain considérable, souvent invisibilisé derrière les discours géopolitiques. À cela s’ajoute une autre conséquence majeure : l’instabilité globale. Le conflit a déjà des répercussions économiques importantes, notamment sur les prix de l’énergie et l’inflation mondiale. Une guerre locale devient ainsi un problème planétaire.

Il faut également dénoncer une forme d’hypocrisie internationale. Chaque acteur invoque le droit, la sécurité ou la paix pour justifier ses actions, mais ces principes semblent à géométrie variable. Les mêmes puissances qui appellent à la désescalade participent, directement ou indirectement, à la militarisation du conflit. Cette contradiction affaiblit toute crédibilité diplomatique et entretient un climat de méfiance généralisée.

Plus inquiétant encore, cette guerre semble avancer sans véritable vision politique de sortie. Une fragile trêve a été évoquée, mais elle reste précaire et suspendue à des calculs stratégiques de court terme. Or, une guerre sans perspective de paix claire devient une guerre sans fin. Et une guerre sans fin est, par définition, une faillite politique.

Critiquer la guerre en Iran, ce n’est pas prendre parti pour un camp contre un autre. C’est refuser la logique binaire qui réduit des enjeux complexes à des affrontements simplistes. C’est rappeler que la sécurité ne peut être durablement construite par la force seule. C’est exiger que la diplomatie reprenne sa place, non pas comme un aveu de faiblesse, mais comme une nécessité.

Car au fond, la question essentielle est la suivante : combien de destructions faudra-t-il encore avant de reconnaître l’évidence ? Cette guerre n’apporte ni paix, ni stabilité, ni solution durable. Elle ne fait que déplacer les problèmes, les amplifier et préparer les conflits de demain.

L’histoire jugera sévèrement ceux qui auront préféré la confrontation à la négociation, l’orgueil à la lucidité. Mais il est encore temps de changer de cap. Refuser la guerre en Iran, c’est affirmer une conviction simple, mais essentielle : aucune victoire militaire ne compensera jamais le prix humain et moral d’un tel conflit.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Identité et laïcité
    Être descendants de colonisateurs colonisés à leur tour, ce n’est pas l’héritage identitaire le plus simple. Quelques siècles après les faits, la population du Québec est plus nombreuse et plus diversifiée que jamais, sa terre n’ayant cessé d’être un lieu d’accueil. Et on se demande maintenant s’il y a de la place pour tout ce beau monde, pour leurs us et coutumes si différents de ceux importés jadis avec fierté (et condescendance) depuis la vieille Europe. Tout d’un coup, ça nous prend de dé
     

Identité et laïcité

2 juin 2026 à 10:08

Être descendants de colonisateurs colonisés à leur tour, ce n’est pas l’héritage identitaire le plus simple. Quelques siècles après les faits, la population du Québec est plus nombreuse et plus diversifiée que jamais, sa terre n’ayant cessé d’être un lieu d’accueil. Et on se demande maintenant s’il y a de la place pour tout ce beau monde, pour leurs us et coutumes si différents de ceux importés jadis avec fierté (et condescendance) depuis la vieille Europe.

Tout d’un coup, ça nous prend de définir « l’identité québécoise » au-delà de la définition géographique ou nationale. Ça nous prend d’affirmer comment « on vit1 » au Québec.

Un des mots d’ordre, c’est la laïcité. La laïcité, on le sait, c’est le « principe de séparation de la société civile et de la société religieuse2 ». La séparation signifie l’absence de lien entre l’État et l’Église et donc, une « neutralité à l’égard des confessions religieuses3 ». En d’autres mots : l’État laïque n’est lié à aucune Église et n’est ni pour ni contre les religions, quelles qu’elles soient.

Quand les Européens sont venus coloniser les Amériques, ils se sont fait un devoir d’imposer leur religion et d’interdire celles des Autochtones. À l’époque, le mot laïcité existait peut-être, mais n’était certainement pas vu comme une vertu à atteindre.

Si la Révolution tranquille a été relativement tranquille, elle n’en a pas moins signifié un rejet assez radical de l’omnipotence catholique. Quelques bonnes décennies plus tard, le gouvernement cherche d’un côté à officialiser ce rejet et de l’autre à protéger l’héritage catholique face aux religions de nos concitoyens d’autres traditions. Dans ce double mouvement, l’État entre en conflit avec ses propres valeurs et préfère souvent trancher contre la laïcité et pour la protection de l’héritage catholique.

On l’a vu avec le fameux crucifix de l’Assemblée nationale, finalement exposé à proximité. D’autres crucifix continuent d’orner en toute légalité mairies, écoles et autres bâtiments publics supposément laïques. On ne compte pas au Québec les écoles Christ-Roi, Immaculée-Conception, Notre-Dame-de-Ceci-ou-de-Cela sans que cela ne heurte les visées laïques de nos dirigeants. Mais qu’une femme à l’intérieur d’une telle école se couvre les cheveux, ça oui, ça heurte la sacro-sainte laïcité. Je le répète : la laïcité, c’est la neutralité de l’État à l’égard des confessions religieuses.

Petite anecdote personnelle : dans ma jeunesse, nous avons eu dans notre école un enseignant disciple de Bhagwan, tout habillé en rouge comme l’exigeait sa secte et portant autour du cou un médaillon avec la photo du gourou. Assez ostentatoire comme signe religieux! Cet homme était un excellent professeur avec qui nous avons eu des discussions très enrichissantes. Aucun élève de l’école n’est devenu disciple de Bhagwan à sa suite. Son passage dans nos vies nous a plutôt permis de nous ouvrir sur la diversité des croyances et de comprendre qu’une personne peut être brillante, très bonne pédagogue et pourtant, pour des raisons qui lui appartiennent, vouer une partie de sa vie personnelle à un gourou détraqué. Belle leçon d’humilité!

Peut-être que ce genre de leçon manquait à notre ancien premier ministre quand il a eu le malheur de regarder par la fenêtre juste au moment où des gens priaient à genoux dans la rue et que lui est venue l’idée d’une loi interdisant ces gestes incompréhensibles venus perturber sa sérénité. Les processions du Vendredi saint ou de la sainte Anne, elles, ne semblent pas empêcher notre premier ministre de dormir : elles peuvent se poursuivre impunément dans l’espace public.

Interdire certaines cérémonies et pas d’autres, veut, veut pas, ça a des relents d’histoire qu’on cherche pourtant à oublier. À une autre époque, pas si différente finalement, on interdisait des cérémonies autochtones sous prétexte qu’elles « nuisaient à l’assimilation ». Ainsi, les potlatchs ont été interdits jusqu’en 19514. Même chose pour certains vêtements et accessoires de cérémonie. Par incompréhension devant l’étrangeté, par sentiment de menace devant l’inconnu, on a édicté des lois pour bien montrer qu’ici, « c’est comme ça qu’on vit ». Au Québec, on l’a fait avec ceux qui étaient ici avant nous, on le fait maintenant avec ceux qui arrivent après nous. Et on ose appeler ça laïque.

1. François Legault a affirmé le 31 mars 2019 lors du dépôt du projet de loi 21 sur la laïcité de l’État : « Au Québec, c’est comme ça qu’on vit ».

2. Le Robert, Dico en ligne, « Laïcité », https://dictionnaire.lerobert.com/definition/laicite

3. Wikipédia, « Laïcité », 2026, https://fr.wikipedia.org/wiki/La%C3%AFcit%C3%A9

4. L’Encyclopédie canadienne, « Interdiction du potlatch », 2024, https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/interdiction-du-potlatch

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Mon point de vue philosophique : philosophie moderne, Saint-Augustin et mathématiques
    1- Je soutiens que la philosophie moderne est, d’un point de vue épistémologique, partiellement augustinienne. Depuis Descartes, elle accorde en effet une place centrale à l’intériorité du sujet:  certitude du cogito, primauté du sujet transcendantal, évidence première de l’entendement, bref un ensemble d’éléments qui résonnent avec certains thèmes augustiniens. Toutefois, la philosophie moderne ne s’y réduit pas, car elle développe parallèlement une approche critique et systématique de la conna
     

Mon point de vue philosophique : philosophie moderne, Saint-Augustin et mathématiques

21 mai 2026 à 13:26

1- Je soutiens que la philosophie moderne est, d’un point de vue épistémologique, partiellement augustinienne. Depuis Descartes, elle accorde en effet une place centrale à l’intériorité du sujet:  certitude du cogito, primauté du sujet transcendantal, évidence première de l’entendement, bref un ensemble d’éléments qui résonnent avec certains thèmes augustiniens. Toutefois, la philosophie moderne ne s’y réduit pas, car elle développe parallèlement une approche critique et systématique de la connaissance qui lui est propre.

2- Sur le plan méthodologique, la philosophie moderne tend vers un idéal mathématique. Elle cherche à se fonder sur des principes universels et nécessaires : clarté et distinction des idées chez Descartes, méthode axiomatique et déductive chez Spinoza, formes a priori chez Kant. Une telle orientation répond à une exigence de rigueur inspirée des mathématiques et contribue à structurer l’élaboration de la “raison philosophique moderne”. 

3-On pourrait toutefois m’opposer l’objection suivante : où situer l’empirisme humien dans ce cadre d’analyse ? Mon propos n’exclut nullement David Hume. Certes, le philosophe écossais critique la philosophie abstraite d’inspiration chrétienne et le modèle more geometrico, mais il ne les rejette pas entièrement ; il en propose plutôt une transformation. En articulant les « relations d’idées » à ses « questions de fait », il confère à la raison une assise empirique et concrète. Ainsi, chez Hume, l’héritage rationaliste auquel l’augustinisme et l’idéal mathématique ont contribué, se trouve rééquilibré par l’expérience. Il s’inscrit donc, à sa manière, dans la dynamique générale de la modernité philosophique, tout en redéfinissant les contours.  

4- En définitive, la philosophie chrétienne, notamment augustinienne,  et l’essor des mathématiques à l’époque moderne ont contribué, selon moi, à l’émergence de la philosophie moderne. Non pas comme ses uniques fondements, mais comme deux des forces intellectuelles majeures ayant orienté son « développement épistémologique et méthodologique. »

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • L’accompagnement philosophique : un espace de clarification et d’orientation
    Dans un contexte marqué par l’accélération des rythmes de vie, la complexité des choix et la pluralité des valeurs, il devient difficile de discerner ce qui fonde réellement nos décisions. L’accompagnement philosophique propose un temps d’arrêt structuré, orienté vers la clarification, la cohérence et l’approfondissement de la réflexion personnelle ou collective. À la croisée de la philosophie, des sciences humaines et des pratiques d’aide, cette démarche ne vise ni le conseil directif ni la
     

L’accompagnement philosophique : un espace de clarification et d’orientation

20 mai 2026 à 08:14

Dans un contexte marqué par l’accélération des rythmes de vie, la complexité des choix et la pluralité des valeurs, il devient difficile de discerner ce qui fonde réellement nos décisions. L’accompagnement philosophique propose un temps d’arrêt structuré, orienté vers la clarification, la cohérence et l’approfondissement de la réflexion personnelle ou collective.

À la croisée de la philosophie, des sciences humaines et des pratiques d’aide, cette démarche ne vise ni le conseil directif ni la résolution technique de problèmes. Elle ouvre plutôt un espace d’examen critique où les convictions, les émotions et les valeurs peuvent être interrogées avec rigueur. Il s’agit d’un travail de mise en lumière : comprendre les fondements de ses choix afin d’agir avec davantage de lucidité.

Une démarche exploratoire

L’accompagnement philosophique repose sur un dialogue attentif et structuré. Il mobilise l’écoute active, le questionnement conceptuel et l’analyse des présupposés qui orientent les décisions. Cette pratique favorise

  • L’identification des valeurs sous-jacentes aux choix et aux tensions vécues;
  • La clarification des conflits intérieurs;
  • L’élaboration d’une pensée plus personnelle et cohérente.

Particulièrement pertinent en période de transition, de doute ou de remise en question, cet espace réflexif permet de reconstruire un cadre de sens ajusté à sa situation actuelle.

Pour les personnes, les groupes ou les artistes

Toute personne confrontée à une interrogation existentielle, à une bifurcation professionnelle ou personnelle, ou à un besoin de cohérence intérieure peut bénéficier de cet accompagnement. Il ne s’agit pas de fournir des réponses toutes faites, mais d’élaborer les siennes avec méthode, précision et liberté.

Les entreprises, organismes et collectifs sont également confrontés à des enjeux de sens. Clarifier la mission, expliciter les valeurs directrices, harmoniser les pratiques avec les intentions déclarées : autant de dimensions qui peuvent être travaillées dans des ateliers participatifs adaptés aux dynamiques propres à chaque équipe. Ces rencontres favorisent un dialogue éthique structuré et contribuent à aligner intention, mission et pratiques.

La création artistique implique souvent un questionnement identitaire et symbolique. L’accompagnement philosophique offre aux artistes un espace d’exploration approfondie des thématiques qui traversent leur œuvre. Il permet d’affiner le message, de renforcer la cohérence expressive et de soutenir une démarche créative ancrée dans une compréhension plus claire de ce qui anime le geste artistique.

Comment se déroule un accompagnement?

Chaque rencontre individuelle prend la forme d’un dialogue attentif, structuré et rigoureux. À travers une écoute active et des questionnements ciblés, le travail consiste à clarifier les pensées, à mettre au jour les présupposés implicites et à identifier les valeurs sous-jacentes aux choix, aux hésitations ou aux tensions vécues. Les questions essentielles sont progressivement formulées avec précision, afin de déplacer le regard porté sur la situation et d’en affiner la compréhension.

Le philosophe praticien n’apporte pas de solution prédéfinie. Il ne prescrit ni conduite ni orientation. Il ouvre un espace réflexif dans lequel émergent des pistes d’analyse, des distinctions conceptuelles et des reformulations structurantes. L’enjeu est de rendre à la personne la pleine appropriation de sa réflexion, en favorisant l’élucidation de ses motivations et de ses cadres de référence.

L’objectif est une compréhension plus lucide de soi et de ses déterminations, permettant des choix davantage alignés avec ses convictions profondes et sa cohérence intérieure.

Pour les organismes et les groupes, l’accompagnement se déploie sous forme d’ateliers thématiques adaptés aux enjeux spécifiques du milieu. Ces espaces collectifs visent à expliciter les valeurs communes, à clarifier le sens des actions entreprises et à renforcer l’alignement entre mission, pratiques et orientations stratégiques, dans une perspective de cohérence et d’ancrage éthique.

À Rimouski, de l’accompagnement philosophique est offert depuis trois ans, entre autres à la Clinique l’Horizon. La pratique, qui s’adresse aux individus, aux groupes, aux entreprises, aux organismes et aux artistes, intègre des apports issus de la philosophie, de la psychologie, de la sociologie, de l’anthropologie, de l’art et de la biologie, dans une approche à la fois rigoureuse, sensible et accessible.

L’accompagnement philosophique : une pratique à découvrir!

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • OUI l’espionnage existe : Les centres de sécurité et des télécommunications (CST).
    Tout récemment, lorsque Paul St-Pierre Plamondon évoque la possibilité que le Parti québécois soit espionné par le gouvernement fédéral, certains y voient une paranoïa souverainiste. Pourtant, l’histoire prouve que ses craintes ne sont pas infondées. Les Centres de sécurité et des télécommunications (CST), créés pendant la Seconde Guerre mondiale, ont évolué pour devenir un outil clé de la surveillance mondiale, notamment via le réseau Échelon. Ce système, révélé au grand public en 1988 par le j
     

OUI l’espionnage existe : Les centres de sécurité et des télécommunications (CST).

19 mai 2026 à 12:32

Tout récemment, lorsque Paul St-Pierre Plamondon évoque la possibilité que le Parti québécois soit espionné par le gouvernement fédéral, certains y voient une paranoïa souverainiste. Pourtant, l’histoire prouve que ses craintes ne sont pas infondées. Les Centres de sécurité et des télécommunications (CST), créés pendant la Seconde Guerre mondiale, ont évolué pour devenir un outil clé de la surveillance mondiale, notamment via le réseau Échelon. Ce système, révélé au grand public en 1988 par le journaliste Duncan Campbell, permet aux pays alliés (Canada, États-Unis, Royaume-Uni, Australie, Nouvelle-Zélande) d’intercepter et analyser les communications privées et publiques à l’échelle planétaire. Si le Canada a longtemps nié son implication, les lois antiterroristes de 2001 ont légitimé ces pratiques. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si l’espionnage existe, mais qui est surveillé, et dans quel but.

Bref survol

Les centres de sécurité et des télécommunications (CST) sont apparus lors de la seconde guerre mondiale et étaient sous le contrôle de l’armée. Ils sont importants à définir pour comprendre en quoi s’inscrivent les enjeux de sécurité nationale à l’ère numérique considérant qu’ils sont un acteur clé. En effet, à l’origine les CST avaient pour mission de protéger les pays alliés (Canada, États-Unis, Angleterre, Nouvelle-Zélande, Australie) pour « assurer que les communications émises par les pays alliées sont chiffrées (cryptées) correctement pour ne pas être lues pas les pays ‘ennemis’ et que l’on puisse intercepter et déchiffrer (décrypter) (SIGINT), si nécessaire, les renseignements émis par les pays ‘ennemis’. » (Beauchesne, 2022, p.3). En structurant initialement les CST sous contrôle militaire, ils sont restés, par le fait même et jusqu’en 1988, invisibles pour les citoyens ordinaires. Le traité UKUSA en 1946 créa une collaboration par l’échange des données et une hiérarchisation entre les pays alliés quant à la place qu’ils occupent au sein des CST. Le traité USUKA permit alors d’établir, avec un plus grand nombre d’acteurs, un réseau mondial d’interception des communications privées et publiques, soit le réseau Échelon. Par ailleurs, même si les pays membres ont pour tâche de collecter de l’information (captation des messages, etc.), seuls les États-Unis et l’Angleterre ont la capacité de traiter et d’analyser les données stockées. Par ailleurs, il faut également souligner que le que le réseau Échelon se situe au sein du quartier général de la NSA américaine (National Security Agency) qui « possède une puissance technologique inégalée » (Beauchesne, 2022, p.4).

Ce n’est qu’en 1988, quand le journaliste écossais Duncan Campbell révèle au grand jour le réseau Échelon que « Plusieurs pays, dont le Canada, leur donneront un mandat en bonne et due forme dans le cadre des lois antiterroristes en 2001. » (Beauchesne, 2022, p.4). Avec la fin de la deuxième guerre mondiale, le mandat des CST a considérablement évolué pour prendre en considération les contextes socio-économiques et politiques changeants. On peut noter quatre périodes: la première (années 50-60) pour surveiller le bloc soviétique, la deuxième (années 70) pour contrôler des cibles internes (comme les mouvements nationalistes du Québec), la troisième (années 80-90) pour se battre contre le terrorisme international mais aussi pour défendre la sécurité économique des intérêts américains, la quatrième (années 2000) pour lutter contre la cyberguerre qui menace la sécurité nationale des États. Comme l’explique Beauchesne : « En lien avec cette priorité et les développements technologiques, c’est à cette époque également que les pays vont commencer à utiliser leur CST pour assurer la cybersécurité de leurs institutions gouvernementales, des universités (innovation technologique), des secteurs stratégiques (énergie, etc.) et des grandes industries. » (2022, p.5). Paul St-Pierre Plamondon n’est pas un complotiste. Il est un réaliste : l’espionnage existe, et le Québec, en tant que nation distincte avec des ambitions souverainistes, est une cible plausible.

RÔLE ET ÉVOLUTION DU MANDAT DES CENTRES DE SÉCURITÉ ET DES TÉLÉCOMMUNICATIONS (CST)

Contexte :Objectif(s) :Acteurs :Combat :Structure :Rôle des parties :
Seconde guerre mondialeCrypter et décrypter les messages pour assurer la sécurité des pays alliés durant la guerre.États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-ZélandeGagner la guerre et pour la liberté de la démocratieStructure militaire sous le secretCollecter les données militaires et traitement des données militaires (tous les pays)
Guerre froide 1950-1960 (Élément déclencheur : Traité UKUSA en 1946)Apparition du réseau Échelon qui permet l’interception des communications privées et publiques de tous les pays.États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-Zélande   Allemagne Norvège Turquie Etc.Combattre le bloc soviétique et le surveiller.Structure militaire sous le secret Quartier général du réseau Échelon : NSA américaineCollecter les données privées et publiques et traitement des données par É.-U. et Angleterre
1970’sInterception des communications privées et publiques de tous les pays.États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-Zélande   Allemagne Norvège Turquie Etc.Combattre le bloc soviétique et le surveiller. Surveiller les cibles internes des pays alliésStructure militaire sous le secret Quartier général du réseau Échelon : NSA américaineCollecter les données privées et publiques. Traitement des données par É.-U. et Angleterre
1980’s : Contexte de paix relatif. Début de néolibéralisme et fin de l’État-providence. Début du « War on Drugs » aux États-Unis.Interception des communications privées et publiques de tous les pays.États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-Zélande   Allemagne Norvège Turquie Etc.Surveiller les cibles internes du pays Combattre le terrorisme international ainsi que le trafic d’armes. Espionnage des É.-U. à l’ensemble des pays alliés selon leurs besoins.Structure militaire sous le secret Quartier général du réseau Échelon : NSA américaineCollecter les données privées et publiques. Monopole des États-Unis dans le traitement et le stockage des données. Début des tensions entre les pays membres du réseau Échelon.
1990’s : Rivalités économiques entre les pays industrialisés.Sécuriser les secteurs économiques et industriels. Chaque pays développe leur CST pour assumer leur cybersécurité.  États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-Zélande   Allemagne Norvège Turquie Etc.Protéger le modèle économico-politique des pays démocratique. Espionnage des É.-U. à l’ensemble des pays alliés selon leurs besoins.Structure militaire sous le secret Quartier général du réseau Échelon : NSA américaineCollecter les données privées et publiques.Monopole des États-Unis dans le traitement et le stockage des données. Tension des pays membres avec la NSA américaine.
2000’s : Lutte au terrorisme et cyberguerre et cybersécuritéInterception des communications privées et publiques de tous les pays. Sécuriser les secteurs économiques, industriels et militaire.États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-Zélande Allemagne Norvège Turquie Etc.Combattre le terrorisme international Combattre les intrusions informatiques de pays ‘ennemis’ ou ‘ennemis’ à l’interne Espionnage des É.-U. à l’ensemble des pays alliés selon leurs besoins.Les CST reçoivent un mandat officiel suite aux nouvelles lois antiterroristes. Quartier général du réseau Échelon : NSA américaineCollecter les données privées et publiques.Monopole des États-Unis dans le traitement et le stockage des données. Tension des pays membres avec la NSA américaine.

BIBLIOGRAPHIE

BEAUCHESNE, L. (2022) Notes de cours Première partie CRM 4725A, Département de criminologie, Université d’Ottawa.

BORNSTEIN, R. (2020). Ingérence numérique, mode d’emploi. Le débat, no.208, 42-55

D’ÉLIA, D. (2014) La guerre économique à l’ère du cyberespace.  Hérodote, Vol.1,

no.152-153, p.240-260.

DOUTRIAUX, C. (2013) Droit et piraterie virtuelle : les hacktivistes face à la loi

Sécurité Globale, Vol.2, no.24, 69-80.

FRÉNOT, S. et S. GRUMBACH (2014) Les données sociales, objets de toutes les

convoitises Hérodote, Vol.1, no.152-153, 43-66.

LACROIX, D. (2014) Ranger la Terre. Le nommage des domaines est-il l’expression

d’une stratégie des États-Unis de domination des réseaux ? Hérodote, Vol.1, no.152-153, p.185-200.

MELO, A.A. (2017) Un câble pour les BRICS : un défi stratégique insurmontable.

Hermès, CNRS Éditions, p.145-149.

NOCETTI, J. (2018) Géopolitique de la cyber-conflictualité. Politique étrangère, no.2, 15-27.

PÉTINIAUD, L. (2014) Cartographie de l’affaire Snowden Hérodote, Vol.1, no.152-153,

p. 35-42.

SERVICE CANADIEN DU RENSEIGNEMENT ET DE SÉCURITÉ (SCRS),

programme de liaison-recherche (2018). Examen du Brexit : ascension et déclin

d’un réseau de zombies sur twitter. Dans Qui dit quoi ? Défis sécuritaires

découlant de la désinformation aujourd’hui. Points saillants de l’atelier, 51-59.

Publication no 20118-02-01 de la série Regards sur le monde : avis d’experts.

TAGUIEFF, P.A. (2021). Les théories du complot. Presses universitaires de France.

Extrait p.66-79.

VAN RAEMDONCK, N. (2019). The Echo chamber of anti-vaccination conspiracies:

mechanisms of radicalisation on Facebook and Reddit. Dans The Digital Age,

Cyber Space, and Social Media: the Challenges of Security & Radicalization. (IPAG – Institute for Policy and Governance) Knowledge Series Book. Extrait – 11 pages.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Changement de culture: La case qui cache la nappe
    Lorsque j’ai quitté Rimouski pour Montréal pour mes études universitaires, j’oubliais de laisser entre mes rendez-vous un temps de déplacement. En métro et en autobus, environ quarante-cinq minutes. J’ai été choquée de constater qu’à Rimouski, comme des coqs en pâte, on s’est habitués à pouvoir se rendre partout en dix minutes. En lisant l’essai Terre et liberté d’Aurélien Berlan1, j’ai vu un lien entre la fixation collective sur le stationnement et l’idée que ce philosophe critique, soit la
     

Changement de culture: La case qui cache la nappe

17 mai 2026 à 15:01

Lorsque j’ai quitté Rimouski pour Montréal pour mes études universitaires, j’oubliais de laisser entre mes rendez-vous un temps de déplacement. En métro et en autobus, environ quarante-cinq minutes. J’ai été choquée de constater qu’à Rimouski, comme des coqs en pâte, on s’est habitués à pouvoir se rendre partout en dix minutes.

En lisant l’essai Terre et liberté d’Aurélien Berlan1, j’ai vu un lien entre la fixation collective sur le stationnement et l’idée que ce philosophe critique, soit la liberté conçue comme désir de délivrance. Dans cette vision, qu’on partage forcément en baignant dans le néolibéralisme, on est libres parce qu’on peut se décharger sur d’autres personnes de choses qui nous pèsent. On se véhicule en char, symbole « de la délivrance que [la société industrielle] permet2 », sans la charge mentale de prévoir nos trajets en transport collectif, mais surtout, on refile à d’autres (automobilistes ou non) la nuisance à la santé publique que cause notre char (GES, particules fines, pollution sonore, sans compter les 93 piétons et cyclistes tués sur les routes du Québec en 20243). Quand on arrive à destination, on veut pouvoir entreposer4 notre bébelle à 15 000 $ par an5 tout près d’où on va, même si notre choix, additionné à ceux des autres, gâche l’expérience de la ville à tous. Car la nappe de stationnements du Carrefour, c’est déprimant – et dangereux – à traverser, comme le font les Est-Rimouskois qui vont prendre le Citébus.

Je ne suis pas automobiliste, mais je n’échappe pas à l’accélération technique, au productivisme ni à la logique d’accumulation capitaliste qui font croire qu’on peut toujours ajouter une activité quand on a « gagné » du temps ailleurs, me frustrant par ailleurs de ne jamais pouvoir « tout faire » et d’être pressée. On a besoin d’une autre perspective du temps pour sauver notre santé mentale, physique, communautaire. L’usage du transport collectif l’amène : on prend conscience que notre temps ne vaut pas plus que celui des autres, que la frustration (ou le compromis) est inhérente à la vie, qu’il existe d’autres gens que soi – pas des armatures d’acier contre lesquelles courser, mais des humains, avec des corps mis en jeu dans l’espace public.

L’obsession du stationnement répond à une vision égocentrique de la liberté qui est en fait peur du manque : on cherche « le confort dans la soumission au système », entretenant notre dépendance à un aménagement à hauteur de voiture et non d’humain, à un réseau routier et à « des grandes organisations étatiques et industrielles6 ». Berlan prône plutôt une émancipation par l’autonomie, entreprise ensemble dans une perspective de subsistance.

On fait quoi?

J’invite les automobilistes à intégrer l’inconfort dans leur vie. Posséder une voiture n’est pas nécessaire en ville. Et mes camarades piétonnes, cyclistes et usagers du transport en commun, continuons la lutte – réclamons plus d’espaces verts, lents, collectifs.

On lit

La Floune dans Godpèle de Gabriel Marcoux-Chabot, roman d’anticipation en orthographe exploratoire : « Ja parlé dé macine q’iavè poure fére anqore plus vite pi anqore mieu toute sa q’onsé fére ojordui […] Ja parlé d’la vi q’alétè plus fasile, d’un sanse, pi an même tan tèlman plu qonpliqé, aqoze q’onsavè pa fabriqé nouzote même toute sa q’onavè bezouin poure qontinué a vive qome q’onétè abitué7. »

1. Éditions La Lenteur, 2021. Il est peu disponible en librairie au Québec, mais j’en possède une copie prêtable (mais soulignée).

2. Berlan, op. cit., p. 120.

3. Stéphane Bordeleau, « 30 % plus de piétons tués sur les routes du Québec en 2024 », Radio-Canada, 22 mai 2025, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2166655/bilan-routier-quebec-2024-pietons-cyclistes

4. Traduction de to store,utilisé dans le balado The War on Cars; Nicolas Bérubé, chroniqueur finance à La Presse, va plus loin (!) en disant qu’il « abandonne [son auto] dans la rue » car son arrondissement le lui permet (« Mon char, mon choix, mes économies », 25 janvier 2026).

5.  Pour un VUS neuf, selon Francis Garnier d’Alliance Transit (conférence donnée le 24 janvier 2026 à Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique, Montréal). Une voiture usagée coûterait 9 000 $ par année.

6. Berlan, op. cit., p. 202 et p. 126.

7. La Peuplade, 2025, p. 368.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • La vie s’appelle Richard, de la rue Ouellet.
    J’aime le vent quand il fait des fouilles mon coeur s’emballe comme un animal j’aime quand les nuages farfouillent avec les soucis qui s’baladent en sandales – Jean-Claude Vannier, La chanson de la pluie J’aime le hasard. Les objets trouvés. L’humour et la modestie de l’imprévu. Les petites choses du quotidien qui nous font symboliser, créer des liens, organiser la conjoncture poétique de nos vies. Parmi ces objets que l’on rencontre, que l’on fréquente et qui nous défini
     

La vie s’appelle Richard, de la rue Ouellet.

14 mai 2026 à 11:41

J’aime le vent quand il fait des fouilles

mon coeur s’emballe

comme un animal

j’aime quand les nuages farfouillent

avec les soucis qui s’baladent en sandales

– Jean-Claude Vannier, La chanson de la pluie

J’aime le hasard. Les objets trouvés.

L’humour et la modestie de l’imprévu. Les petites choses du quotidien qui nous font symboliser, créer des liens, organiser la conjoncture poétique de nos vies.

Parmi ces objets que l’on rencontre, que l’on fréquente et qui nous définissent, les disques et les livres occupent une place particulière. Il faut dire qu’ils sont un peu faits pour ça : nous offrir du sens, de la poésie, des moments d’errance ou de réflexion.  En plus, il existe des meubles faits exprès pour les ranger, les classer, pour manager nos affects et nos points de fuite.

L’autre matin, en mettant une galette sur ma platine, je me suis mis à me questionner sur les raisons qui faisaient que je m’entête à acheter des disques tandis que 90 % de mes concitoyens utilisent les plateformes? «  Tu achètes même des CD*? », me demande mon jeune voisin. Oui, oui, les petits et les grands.

Car, si elles peuvent sembler issues de quelques anxiétés orwelliennes, ces raisons ne sont pas moins fondamentales que celles qui me poussent à acheter des tomates d’un producteur local ou du café équitable.

Acheter, c’est voter. Streamer, c’est laisser voter, comme je dis.

Ce matin-là, la réflexion a été stimulée par ce disque de Big Audio Dynamite que je posais sur la table tournante, et que j’aurais eu bien peu de chance de retrouver sur Spotify. Résonnait une musique née d’une rencontre temporelle insolite, résultante d’une promenade en brocante enjouée.

Ce qui est encore plus formidable : sur le dos du disque, au stylo, on lit que l’album a été acheté par Richard, de la rue Ouellet, à sa sortie, en 1985. Je me demande alors si c’était un Richard qui avait dansé comme un fou sur ce disque, charmé par les rythmes du hip-hop naissant et des accents de world music ou encore Rich, le punk, remisant l’album marquant la déchéance finale de ses héros des Clash.

Anyway, j’ai eu bien du plaisir à l’écouter, avec la distance. Il y a quand même quelque chose d’assez symptomatique dans notre vision de l’histoire des musiques populaires : bien que Big Audio Dynamite marque la première collaboration d’un duo d’auteurs-compositeurs remarquables depuis le « Only Band That Matters », l’album No. 10, Upping Str. est très peu connu, commenté aujourd’hui.

Pour moi, ce disque se présente comme une apparition du réel. Alors que ma vie connectée ne m’offre que du modélisé, rien de simple, pas de Richard de la rue Ouellet, juste cette folie d’idéal consumériste et de clientélisme poussé à son ridicule absolu par la puissance de l’algorithme et de l’IA; une prise en charge vertigineuse de mes goûts, par espionnage et statistiques, afin de les consensualiser, de les conformer, et surtout de générer des clics et des profits car, plus de honte à le dire, à l’ère numérique, we are only in it for the money.

L’algorithme, c’est le capitalisme qui nous poursuit dans nos goûts, comme un poison dans nos veines, comme le marketing de l’envie qui nous vend à chacun une pomme personnalisée du jardin d’Éden. Finie l’idée du libre choix, tout finit dans le grand canal publicitaire de l’influence et de la visibilité monnayée….

Décidément, ce disque me fait beaucoup trop réfléchir. Je devrais peut-être le donner à quelqu’un de moins angoissé.

Je ne me sens pas très bien. Je décide d’aller fouiner dans les bacs de ma voisine de friperie afin de voir si je ne trouve pas de quoi de plus léger à me mettre dans les oreilles.

Eurêka. En moins de 15 minutes je reviens à la maison avec quelques excitantes découvertes : d’abord, un album de Steve Waring, toujours réjouissant, une copie du « Blues de la poisse », mais encore un étrange opus d’un certain Michel Maurice Fortin. L’album, publié à compte d’auteur en 1979, est toujours dans son « shrink », lequel est savamment déchiré afin de permettre à l’auto-produit de numéroter, au crayon mine svp : 175/500. N’ayant aucunement la fibre du collectionneur (j’ai brisé plusieurs objets qui avaient survécu bien plus que mon âge), je m’empresse de déballer le truc et de lui poser une aiguille. Une entrée en matière audacieuse aux allures de complainte a capella, une bonne voix, une belle maîtrise instrumentale, un côté folk-prog. Je passe un bon moment. Mais, c’est la vie, on ne peut pas tous passer à l’histoire.

Si j’avais voulu trouver celui-là sur Spotify, j’aurais cherché catégorie folklore nordique au patchouli?

*Abréviation de disque compact

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Enceintes et endettées : la réalité des femmes migrantes sans couverture médicale
    L’on se vante parfois de l’universalité du système de santé québécois, mais les femmes migrantes sans assurance maladie (FEMSAM) ne bénéficient pas de cet accès universel : on leur facture habituellement les services périnataux (suivi prénatal et accouchement notamment), un montant qui peut facilement atteindre 25 000 $, ou plus, s’il y a des complications. Depuis l’instauration d’une directive ministérielle en 1992, ajoutée à la Loi sur l’assurance-hospitalisation, les établissements de sant
     

Enceintes et endettées : la réalité des femmes migrantes sans couverture médicale

13 mai 2026 à 04:26

L’on se vante parfois de l’universalité du système de santé québécois, mais les femmes migrantes sans assurance maladie (FEMSAM) ne bénéficient pas de cet accès universel : on leur facture habituellement les services périnataux (suivi prénatal et accouchement notamment), un montant qui peut facilement atteindre 25 000 $, ou plus, s’il y a des complications.

Depuis l’instauration d’une directive ministérielle en 1992, ajoutée à la Loi sur l’assurance-hospitalisation, les établissements de santé ont le droit – duquel ils se prévalent – de facturer une surcharge de 200 % des frais hospitaliers aux femmes enceintes non couvertes par la RAMQ. Cependant, cette directive, instaurée au départ pour limiter le tourisme obstétrical, engendre d’importants frais non recouvrables pour les hôpitaux. Par ailleurs, les sommes non acquittées gonflent artificiellement leurs dépenses à cause du triplement des factures.

Alors que la situation financière des FEMSAM est souvent déjà précaire, certains établissements leur demandent de payer d’avance pour leurs soins périnataux. Avec quel argent? Plusieurs d’entre elles sont des étudiantes étrangères, des femmes dont les conjoints sont étudiants étrangers, des femmes en attente d’un changement ou d’un renouvellement de statut d’immigration. Question de limiter l’endettement, certaines refusent les suivis prénataux et se présentent aux urgences pour accoucher. On peut les comprendre, lorsqu’on voit qu’à l’hôpital de Rimouski, par exemple, l’un des 24 accouchements non couverts par la RAMQ recensés en 2024 et en 2025 a été facturé à plus de 53 000 $1. L’équipe médicale du CISSS Bas-Saint-Laurent (CISSS BSL) tente au mieux de trouver des solutions adaptées pour prioriser la santé de la mère et du bébé.

Si la situation des FEMSAM à Montréal et à Québec a fait l’objet de recherches universitaires depuis les années 2000, leur réalité hors des grands centres n’est toujours pas étudiée. Le fait que cet enjeu en région ne soit pas documenté de manière scientifique constitue un angle mort majeur dans l’exploration de solutions adaptées aux différentes réalités terrain et dans la discussion sur la qualité et l’accessibilité des soins offerts aux femmes migrantes.

L’une des difficultés des chercheurs qui s’intéressent à cette question est liée à la manière de colliger les données dans les hôpitaux, qui limite la possibilité d’identifier avec précision les FEMSAM et de brosser un portrait de leur réalité migratoire souvent complexe. Ainsi, la Régie de l’assurance maladie a tenté d’estimer combien avaient accouché dans la province à partir du nombre d’enfants nés de mères non couvertes par la RAMQ, des chiffres obtenus du Directeur de l’état civil. On estime que 9 917 femmes sans accès à la RAMQ ont accouché en 2021 seulement2.

L’équipe derrière le projet de recherche PRENA-E-COUT’3 a inclus un volet qualitatif sur les expériences des FEMSAM de la Côte-Nord. Bien que les résultats n’aient pas encore été publiés, Lara Gautier, professeure agrégée à l’École de santé publique de l’Université de Montréal et chercheuse principale du projet, indique que, malgré ce qu’on pourrait penser, les FEMSAM en région ont des expériences beaucoup plus positives que celles en ville, si elles sont accompagnées par les bonnes personnes, par exemple les ressources ICI-Santé de leur territoire, même si l’accès aux soins peut être plus difficile à cause des distances à parcourir. Le personnel médical des régions, empathique et sensible à la précarité des patientes, essaie de trouver des solutions pour diminuer les coûts, voire les annuler, par souci de déontologie médicale. Mais c’est de plus en plus difficile avec les directives de Santé Québec en matière de facturation des frais pour les services hospitaliers et médicaux reçus.

À Montréal, à Québec, l’effet de volume a plutôt le résultat inverse : des établissements de santé ont parfois retenu (illégalement) des constats de naissance tant que la facture de l’accouchement restait impayée, ce qui empêchait les parents de déclarer la naissance de leur enfant au Directeur de l’état civil et de faire en sorte que le bébé soit couvert par la RAMQ en cas de problème de santé. Les enfants nés au Québec, de facto citoyens canadiens, sont couverts par la RAMQ depuis 2021 peu importe le statut d’immigration de leurs parents. Une victoire de l’Observatoire des tout-petits, de l’ONG Médecins du Monde et de nombreux autres acteurs qui militaient pour que cette couverture s’étende également à la mère pour les soins périnataux.

Afin de ne pas encourager le tourisme obstétrical, l’ancien premier ministre a rejeté en 2024 un projet pilote pour assurer la gratuité des soins périnataux aux FEMSAM. Le tourisme obstétrical demeure pourtant marginal au Québec, et il est facile d’identifier ces cas en posant quelques questions, selon Lara Gautier. Au contraire, les femmes dont il est question ici étudient ou travaillent dans la province depuis plusieurs années et veulent y rester. Leur offrir ou pas des soins périnataux revient donc à un choix politique en matière d’accès universel.

1. Information obtenue du CISSS du Bas-Saint-Laurent à la suite d’une demande d’accès à l’information.

2. Régie de l’assurance maladie du Québec, Portrait des femmes enceintes sans couverture santé au Québec, Gouvernement du Québec, 2022, p. 11.

3. Évaluation mixte et participative de l’expérience et du coût des soins chez les femmes enceintes sans assurance maladie au Québec

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • CONTRE le projet de loi 23: Quand Agir devient vital, diversifier les approches face à la souffrance humaine
    Le projet de loi 23 présente plusieurs lacunes et risques qui vont, s’il est adopté dans la forme actuelle, compromettre les droits fondamentaux des individus psychiatrisés, la santé des professionnels de la santé et qui vont fragiliser le secteur communautaire. Par « individus psychiatrisés », nous entendons toute personne susceptible d’être hospitalisée de force ou ayant déjà vécu l’hospitalisation forcée, les personnes ayant des antécédents en santé mentale et toute personne anticonformiste q
     

CONTRE le projet de loi 23: Quand Agir devient vital, diversifier les approches face à la souffrance humaine

12 mai 2026 à 11:35

Le projet de loi 23 présente plusieurs lacunes et risques qui vont, s’il est adopté dans la forme actuelle, compromettre les droits fondamentaux des individus psychiatrisés, la santé des professionnels de la santé et qui vont fragiliser le secteur communautaire. Par « individus psychiatrisés », nous entendons toute personne susceptible d’être hospitalisée de force ou ayant déjà vécu l’hospitalisation forcée, les personnes ayant des antécédents en santé mentale et toute personne anticonformiste qui pourrait susciter un inconfort pour l’ordre public (sans poser un danger suicidaire ou homicidaire). Les mesures actuelles, sans même l’adoption du projet de loi 23, sont d’ailleurs déjà appliquées de façon non-égalitaires. Comme le souligne Bernheim (2024) :

« Les personnes soumises à ces pratiques sont disproportionnellement marginalisées, vivent dans des conditions précaires, sont moins susceptibles d’avoir une formation professionnelle, sont socialement isolées et racisées » (p.47).

Face au sentiment d’urgence viscérale que j’ai ressenti avec l’arrivée de ce projet de loi 23, je vous soumets ce mémoire en tant qu’universitaire et criminologue de formation. Rappelons[1] que ce projet de loi 23 s’intitule Loi visant principalement à mieux accompagner les personnes dont l’état mental pourrait représenter un risque pour leur propre sécurité ou celle d’autrui. Nous reviendrons sur les présupposés que ce titre sous-entend……

Dans un premier temps, nous reconstituerons ce que dit le projet de loi 23 et ce qu’il omet de dire, les dérives potentielles. Éventuellement, un deuxième mémoire en cours de rédaction offrira des pistes alternatives et recommandations.

PROJET DE LOI 23 : Ce qu’il propose versus les conséquences humaines qu’il comporte

En commençant par le titre en lui-même, Plusieurs incohérences sont présentes. Le projet de loi 23 ne permet pas un accompagnement, car toute prise de décision de la première personne concernée est éliminée dans le présent projet de loi. On parle d’acteurs « susceptibles d’intervenir », « d’action concertée » entre les acteurs qui interviennent, autrement dit, de tout le monde sauf la personne qui subit cette mesure coercitive. Par ailleurs, toutes les communications faites sur le dos de la personne sous contrainte ne lui seront jamais accessibles. Voici les extraits :

En précisant que « seuls les renseignements personnels qui sont nécessaires à la concertation entre les intervenants désignés et à la coordination de leurs actions peuvent faire l’objet d’une communication entre eux dans le cadre d’un processus d’action concerté », nous sommes très inquiets que plusieurs informations pertinentes concernant l’individu visé par l’intervention soient exclues. Par exemple, une amie qui n’entre pas dans la définition « d’intervenant désigné » ne pourra pas communiquer ou participer activement à l’action concertée. Peut-être son témoignage sera-t-il recueilli, mais le risque qu’il soit réutilisé et modifié par les « intervenants désignés » à leur propre fin reste très présent, d’autant plus que cela va l’exclure (cette amie ou tierce personne) pour le reste des démarches. Par ailleurs, cette « action concertée » exclut complètement la personne visée par cette mesure de prise en charge psychiatrique. Cela est une atteinte, à nos yeux, de ce que signifie un réel accompagnement.

Par ailleurs, le projet de loi 23 élimine la notion de dangerosité, pierre angulaire du cadre législatif actuel régissant les différentes mises sur garde. Cette notion de dangerosité, bien que non définie dans la Loi, repose tout de même sur deux concepts dans le cas des hospitalisations forcées : 1- Dans le cas de la garde préventive, ce danger doit être grave et immédiat ; 2- Dans le cas de la garde provisoire et de la garde en établissement, le tribunal doit avoir des motifs sérieux qui lui font croire que la personne représente un danger.

En éliminant la notion de dangerosité, que nous reste-il ? Un modèle managérial basé sur la gestion des risques qui s’appuie sur des outils quantitatifs. Ces outils quantitatifs, nous propose le projet de loi 23, seront fournis par Santé Québec et serviront de guide afin de décider s’il faut hospitaliser ou pas une personne qui « coche les cases » en termes de probabilités de risques, le tout, sans considérer le contexte de la situation et en éliminant toute dissidence ou diversité chez les intervenants de première ligne. En effet, Il est mentionné que le projet de loi « précise les responsabilités des intervenants qui collaborent en ce sens dans le cadre d’un processus d’action concerté ». Petite question à se poser : S’ils ne collaborent pas « en ce sens », cela sera-t-il une infraction ?

Le projet de loi 23 précise plus loin que seuls les intervenants d’un service d’aide en situation de crise ayant « reçu la formation » (de Santé Québec) et qui sont dans l’une des situations suivantes peuvent pratiquer :

Ce que signifie cet extrait est simple : Une diminution considérable du pouvoir discrétionnaire des intervenants de proximité qui doivent se plier à une formation verticale (TOP-DOWN) décontextualisée, un danger flagrant de prises de décisions qui évacuent le contexte global de la « situation » et des organismes communautaires qui pourraient offrir des mesures alternatives se voyant pénalisées et devant se plier à Santé Québec, la centrale toute-puissante.

Le plus alarmant à nos yeux est que les organismes communautaires qui ont des rapports fréquents avec certains usagers des services sociaux se voient relégués en seconde-zone lorsque vient le temps de recevoir le rôle de « intervenant désigné » considérant que pour le devenir il faut qu’un des organismes gouvernementaux approuvent le titre (voir page suivante).

Parmi les organismes qui auront ce pouvoir d’offrir le titre « d’intervenant désigné », nous retrouvons le curateur public et le directeur des poursuites criminelles et pénales. Cela nous inquiète considérant que leur mission respective s’éloigne de l’aspect humaniste des personnes en souffrance qui peuvent vivre des situations difficiles sans nécessairement poser un danger. D’ailleurs la notion de « danger grave et immédiat » étant éliminée, il nous semble inapproprié que de tels organismes aient un pouvoir d’action pour offrir le titre « d’intervenant désigné » qui doit (ou devrait) évaluer de façon clinique et empathique les cas de personnes potentiellement à risque de détérioration ou d’altération. Quelle est la réelle mission d’un « intervenant désigné » si autant d’organismes, évoluant dans différents domaines de droit (principalement liés ici au droit criminel), peuvent attribuer ce rôle, mais que les organismes communautaires qui connaissent bien les usagers des services sociaux ne le peuvent (ou doivent avoir une permission de l’un de ces organismes)? Ne sommes-nous pas en train de confondre les rôles et mandats de ces organismes et de créer plus de répression à l’égard des individus psychiatrisés ou personnes présentant des différences?

Ce n’est pas fini. On passe d’un état mental dangereux qui demande des motifs sérieux d’hospitaliser de force, donc des preuves matérielles, à une approche arbitraire centralisée qui n’oblige plus l’élément de santé, mais qui peut concerner toute situation où la « sécurité » est « compromise », ce qui revient à hospitaliser de force sur la base d’une perception sans élément de preuve à l’appui. Vous remarquerez aussi qu’il y a des incohérences. Parfois, il est mentionné « santé ET sécurité » et, la majorité du temps, il est mentionné « santé OU sécurité ». À défaut d’éliminer complètement le projet de loi comme nous le revendiquons, il serait avisé dans un amendement d’inclure obligatoirement ces deux éléments (santé ET sécurité).


Par ailleurs, le projet de loi 23 parle « d’altération » et non plus d’état mental posant un « danger grave et immédiat ». Une altération englobe une grande variété d’états, dont plusieurs qui ne sont pas dangereux du tout (ivresse d’alcool, consommation de café et de sexe, décalage horaire, etc.). Trop de « situations » peuvent tomber sous le couperet de ce projet de loi de nature répressive et managérial, à nos yeux (voir page suivante).

Ce passage du projet va encore plus loin en accordant une exemption à « l’action concertée » (qui possède déjà son lot de problèmes) et en accordant un pouvoir d’agir sur la vie des personnes visées par cette prise en charge psychiatrique d’enfermement. Par ailleurs, une « détérioration » possède une connotation très subjective et ouvre la porte à des jugements de valeurs qui ne sont pas pour autant gage d’un passage à l’acte quelconque. Parler de « risque raisonnablement prévisible » nous semble très flou et sortir de l’objectivité pour tomber dans les croyances. Par ailleurs, plusieurs personnes vivant avec le stigmate de la maladie mentale soulèvent une double-peine lorsqu’ils/elles vivent l’hospitalisation forcée. Pour nous, cela se manifeste souvent par une délégitimation[2] du ressenti des premières personnes concernées, comme lorsqu’ils/elles s’opposent à certains types de traitements médicamenteux ou lorsqu’ils/elles soulèvent leurs traumatismes en lien avec une prise en charge non-volontaire. Le projet de loi 23, si adopté dans la forme actuelle, va accentuer cela en considérant toute dissention comme de la « méfiance à l’égard de tels services » et amener les « intervenants désignés » à agir au nom de ces personnes sans « action concertée », renforçant la perte d’autonomie quant aux modalités de traitement que la personne aurait choisies si elle avait pu s’exprimer dans un cadre sécurisant (et sans la peur de se faire hospitaliser en cas de désaccord).  

Maintenant, il est aussi mentionné dans le projet de loi 23 que les personnes avec une problématique de santé mentale peuvent faire une demande de directives psychiatriques anticipées, un peu comme l’aide médicale à mourir.

Cela signifie aussi qu’en situation où les directives anticipées n’ont pas été faites, n’importe qui ayant reçu « la formation » (de Santé Québec) peut faire n’importe quoi aux personnes concernées. Par ailleurs, grande confusion entre personnes majeures qui vivent avec un trouble mental et n’importe qui ayant une altération. Incohérence. Non seulement incohérence, mais la porte est grande ouverte pour qu’il arrive des pressions indues et de la manipulation à forcer une personne à remplir cette demande (qui peut d’ailleurs être modifiée sans qu’elle n’ait un mot à dire). En effet, avec le terme « contresigner », un médecin spécialiste ou une infirmière a le dernier mot sur le contenu de la demande. Un contrat ne devrait-il pas être signé en toute connaissance de cause ?… Plus maintenant… (voir page suivante).

Par ailleurs, tel que mentionné dans le projet de loi 23 « Un intervenant désigné ne peut être poursuivi en justice pour un acte accompli de bonne foi en application du présent article ». Nous sommes très inquiets qu’aucune compensation ne puisse exister auprès des individus psychiatrisés en cas d’abus/négligence et maltraitance médicale.

Nous ne souhaitons pas nuire aux conditions de travail des professionnels de la santé, bien au contraire. Nous avons de la sympathie pour ceux-ci et connaissons très bien les difficultés associées au fait d’être enfermés. Tous les professionnels de la santé qui évoluent dans la psychiatrie au Québec méritent des conditions dignes. Avec le projet de loi 23, par l’élargissement des possibilités d’enferment, il est inévitable qu’une hausse flagrante du nombre d’admissions en psychiatrie fera jour. Cela va créer une surpopulation carcérale psychiatrique. Pour plusieur.es ayant vécu l’hospitalisation forcée, il est relaté que la quantité en termes de population élevée réduit les interactions sensibles et de qualité, à la fois pour les patient.es que pour les professionnels de la santé. Nous sommes attristés de voir que le projet de loi 23 n’attaque pas les causes structurelles du manque de soutien auprès des professionnels de la santé. Au lieu de cela, le projet de loi 23 renforce les préjugés à l’égard des individus psychiatrisés. Pourtant, la plateforme du Gouvernement du Québec (2023a) précise « La très grande majorité des personnes qui vivent avec un trouble mental ne présentent pas de comportements violents. Elles sont dans les faits beaucoup plus à risque d’en être victimes. » Le projet de loi 23 va dans la direction opposée en polarisant les professionnels de la santé contre les individus psychiatrisés de force et en dépouillant les individus psychiatrisés de recourir à des moyens légaux de défense des droits en santé mentale. Nous ne voulons pas diaboliser quiconque, nous soulevons seulement que la négligence médicale existe. Précariser les professionnels de la santé et punir nos plus vulnérables semble manquer de nuance sur notre condition humaine commune : l’imperfection et donc la perfectibilité.

Merci pour votre attention,

  • Anne-Marie Urli

………………………………………………………………………………………………………………………..

BIBLIOGRAPHIE

Bernheim, E. (2024). Profilage et violence judiciaire : la multijudiciarisation civile et administrative en santé mentale à l’intersection de la classe sociale, du genre et de la race. Criminologie (Montréal), 57(1), 45‑78. https://doi.org/10.7202/1112601ar

Godrie, Baptiste et Camille Rivet (2019), « Faire la preuve de sa crédibilité : diagnostics et groupes d’entraide dans la trajectoire de soins en santé mentale » , Revue du CREMIS , 11(1) , 23-27.

Gouvernement du Québec. (2023a). Combattre les préjugés sur les troubles mentaux. S’informer sur les troubles mentaux. Consulté le 21 avril 2026, à l’adresse https://www.quebec.ca/sante/sante-mentale/s-informer-sur-sante-mentale-et-troublesmentaux/combattre-prejuges-troubles-mentaux

Gouvernement du Québec. (2023b). Définition des stéréotypes. Conséquences des stéréotypes sur le développement. Consulté le 21 avril 2026, à l’adresse https://www.quebec.ca/famille-et-soutien-aux-personnes/enfance/developpement-desenfants/consequences-stereotypes-developpement/definition-stereotypes


[1] Je recoure au pronom à la première personne du pluriel, le « nous », pour souligner l’importance qu’ont eu les témoignages d’individus psychiatrisés lors d’une recherche qualitative menée pour PLAIDD-BF, un organisme de défense des droits en santé mentale de la région du Bas-Saint-Laurent, en 2021 en tant que contractuelle.

[2] « Plusieurs personnes rencontrées nous ont confié devoir «parler plus fort pour se faire entendre», avoir le «sentiment de ne pas être écoutées», voire d’être «invalidées» par des professionnel.le.s et cer tain.e.s de leurs proches, renforçant ainsi leur isolement ou encore les difficultés psychiques qu’elles vivent. » DANS Godrie, Baptiste et Camille Rivet (2019) , « Faire la preuve de sa crédibilité : diagnostics et groupes d’entraide dans la trajectoire de soins en santé mentale » , Revue du CREMIS , 11(1) , p.23.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Projet de loi 23 : Le « bien-être » qui enferme 
    Le projet de loi 23 crée un régime où des personnes peuvent être privées de liberté et soumises à des traitements chimiques sans acte concret (actus reus) ni intention coupable (mens rea) — deux éléments pourtant essentiels en droit pénal pour établir la culpabilité. En effet, au Canada, une infraction exige à la fois un comportement interdit (actus reus) et un état mental coupable (mens rea, comme l’intention ou la connaissance). Sans ces éléments, il n’y a pas de culpabilité. Pourtant, le P
     

Projet de loi 23 : Le « bien-être » qui enferme 

11 mai 2026 à 11:42

Le projet de loi 23 crée un régime où des personnes peuvent être privées de liberté et soumises à des traitements chimiques sans acte concret (actus reus) ni intention coupable (mens rea) — deux éléments pourtant essentiels en droit pénal pour établir la culpabilité.

En effet, au Canada, une infraction exige à la fois un comportement interdit (actus reus) et un état mental coupable (mens rea, comme l’intention ou la connaissance). Sans ces éléments, il n’y a pas de culpabilité. Pourtant, le PL23 permet d’hospitaliser de force des individus sur la base d’un risque potentiel, un critère si vague qu’il pourrait s’appliquer à presque n’importe quelle situation de vulnérabilité. En droit pénal, un tel flou serait inacceptable : comment est-il acceptable de condamner quelqu’un pour un crime qui n’a pas encore été commis ?

Car, au fond, c’est bien d’une punition qu’il s’agit lorsque nous retirons de force des personnes de leur milieu de vie, tel que proposé dans le PL23. Cela engendre d’ailleurs des conséquences financière, relationnelle et sociale importantes, comme dans tout enfermement. Avec le PL23, on va même plus loin dans l’esprit du châtiment que si nous avions recouru au droit criminel.

Prenons un exemple : une personne en crise psychique n’est pas coupable si elle n’a pas l’intention de nuire en droit criminel (avec le mens rea). Avec le PL23, qui ignore ce principe, cette même personne sera hospitalisée de force même si elle n’a pas l’intention de nuire et qu’elle n’a pas commis de crime (actus reus).

Comment justifier qu’une personne soit privée de sa liberté sans avoir commis d’acte répréhensible ni avoir l’intention de le faire ? En droit pénal, cela serait impensable. Pourquoi l’accepter en santé mentale?! 

Il est urgent de faire mourir dans le feuilleton ce projet de loi. À défaut, il est primordial de réviser ce projet de loi pour y intégrer des garanties juridiques fondamentales comme l’exigence d’un acte concret interdit (actus reus) pour justifier toute mesure coercitive. Sinon, nous risquons de normaliser un système où l’on punit sans preuve concrète, sur la base de simples soupçons — une dérive inacceptable pour nos droits fondamentaux.

Il faut aussi prévoir dans le projet de loi un mécanisme indépendant de plainte pour les abus médicaux ou les négligences, avec un droit à réparation pour les victimes. Actuellement, le PL23 exonère les intervenants de toute responsabilité pour les actes accomplis « de bonne foi », ce qui exclut tout recours pour les personnes psychiatrisées qui peuvent (et oui!) vivre de la négligence médicale (voire criminelle). Sans ces protections, le PL23 ne fera qu’aggraver la méfiance des personnes psychiatrisées envers un système déjà perçu comme répressif. C’est le temps de diversifier nos approches face à la souffrance humaine et d’arrêter d’alourdir un système de santé sur le bord du gouffre.

J’aurais aimé finir sur une note positive, mais je n’y arrive pas.

Merci lectorat.

* PL23 = Projet de loi n° 23 (Loi visant principalement à mieux accompagner les personnes dont l’état mental pourrait représenter un risque pour leur propre sécurité ou celle d’autrui) / Assemblée nationale du Québec / provincial

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Quand les promoteurs éoliens s’invitent chez vous…
    Ça s’est un peu produit un soir de mai 2024. Un promoteur éolien débarque à la maison pour savoir si nous sommes intéressés à recevoir une éolienne sur la terre que nous habitons. Il n’a rien dans les mains, pas de carte à nous montrer, « c’est embryonnaire », qu’il dit. Pourtant, c’est chez nous qu’il cogne, il sait où il va. En quête d’information, notre conseil municipal nous rassure : il ne se passera rien sans que toute la population ne le sache, c’est embryonnaire, c’est normal, il n’y
     

Quand les promoteurs éoliens s’invitent chez vous…

10 mai 2026 à 11:22

Ça s’est un peu produit un soir de mai 2024. Un promoteur éolien débarque à la maison pour savoir si nous sommes intéressés à recevoir une éolienne sur la terre que nous habitons. Il n’a rien dans les mains, pas de carte à nous montrer, « c’est embryonnaire », qu’il dit. Pourtant, c’est chez nous qu’il cogne, il sait où il va.

En quête d’information, notre conseil municipal nous rassure : il ne se passera rien sans que toute la population ne le sache, c’est embryonnaire, c’est normal, il n’y a pas de projet.

Pourtant, ça nous est vraiment tombé dessus un soir de février 2025, alors qu’un autre promoteur éolien, qui a pris rendez-vous celui-là, nous informe que nous pourrions signer un contrat pour peut-être avoir une éolienne. Là, maintenant. Une éolienne de 200 mètres, 656 pieds de hauteur. À 750 mètres de notre maison et de celle du voisin. C’est « bien raisonnable » qu’il dit, parce que la réglementation de notre MRC, c’est 500 mètres. 500 mètres! À peine quelques feuilles de papier, qu’il ne nous laisse pas, pour appuyer ses explications. Il préfère ne pas nous montrer de carte, mais accepte finalement d’ouvrir brièvement son ordinateur : les éoliennes projetées sont éparpillées sur tout le territoire de la municipalité. Il n’y a pas moyen de voir le contrat d’option d’octroi, on ne se montre pas assez intéressé à signer. Nous avons la chance exceptionnelle d’avoir un environnement silencieux. C’est vrai qu’il « ne connaît pas ce que c’est », il « habite Montréal ». Le BAPE? « Disons que ça oblige les entreprises à sophistiquer leur narration. »

De pareils propos, une pareille situation, ça ne s’invente pas.

Dans les jours, les semaines qui suivent, nous constatons que nos voisins et la majorité des résidents de la municipalité n’ont jamais entendu parler de projet éolien chez nous, nous les en informons. Du même coup, nous apprenons que plusieurs contrats sont déjà signés. C’est fait, il y a une fracture dans le tissu social de ma communauté.

Pour prétendre à une acceptabilité sociale, la population doit avoir l’information lui permettant de prendre une décision libre et éclairée. Dans les faits, tout débat public est évité, les propriétaires terriens sont approchés et, avec très peu d’information en main, décident chacun pour soi. Les contrats sont confidentiels et ça se passe dans chaque cuisine. Avec suffisamment de signatures en main, un promoteur peut remporter un appel d’offres d’Hydro-Québec et ensuite, les étapes suivent inévitablement leurs cours, chaque case du processus sera cochée. Les dés sont jetés.

Comble de chance, le premier ministre, François Legault, se déplace au Bas-Saint-Laurent en novembre 2025 pour annoncer une entente de 1 500 mégawatts signée entre Hydro-Québec et l’Alliance de l’énergie de l’Est. Notre MRC fait partie de cette entente. Au BSL, « il y a de lacceptabilité sociale pour les projets éoliens ». Ah ben, voilà! La population aurait donné son accord avant même de connaître l’entente? La PDG d’Hydro-Québec, Claudine Bouchard, tient à rassurer, il y aura des consultations. Euh, pardon, mais vous venez bien d’annoncer que l’entente est signée, non?

Cela représente une très petite portion de la façon dont l’acceptabilité sociale est traitée. Depuis des mois, nous ne comptons pas les heures pour lire et comprendre, documenter, partager de l’information, réseauter, poser des questions… Les surprises ne cessent de s’accumuler sur les façons de manipuler l’opinion publique, les faits, les chiffres pour que les projets de développement éolien puissent aller de l’avant. Jamais nous n’aurions pensé qu’une telle force de lobby était en place.

En quelques minutes, comment arriver à partager à nos concitoyens ce que nous avons mis des heures à débusquer? La contribution du développement éolien à la transition énergétique n’est qu’un mirage. Les bienfaits pour la région sont beaucoup moindres qu’on le prétend et, surtout, ne tiennent pas compte des coûts. Coûts sociaux, environnementaux, économiques futurs. Au rythme actuel des annonces, on peut même parler de coût identitaire, notre identité rurale. Non seulement il faut donner de son temps, de son énergie, de son argent aussi pour ces démarches, mais il faut encore accepter de prendre la parole et de se faire pointer du doigt par certains. Tout ça pour protéger notre milieu de vie, notre communauté, notre environnement, l’avenir de notre région.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Chronique du gars en mots dits: Haïr ses alliés naturels
    Quelques mois avant le référendum du 30 octobre 1995, Jacques Parizeau concluait une alliance avec le chef de l’ADQ, Mario Dumont, et celui du Bloc québécois, Lucien Bouchard, en vue de la bataille décisive qui approchait. L’initiative avait donné un élan inespéré à la campagne du oui, qui battait fortement de l’aile. Grâce à cette alliance, jamais les Québécois ne sont passés si proche du pays… Dire que les forces indépendantistes devront de nouveau s’unir si elles veulent gagner un éventuel tr
     

Chronique du gars en mots dits: Haïr ses alliés naturels

9 mai 2026 à 15:37

Quelques mois avant le référendum du 30 octobre 1995, Jacques Parizeau concluait une alliance avec le chef de l’ADQ, Mario Dumont, et celui du Bloc québécois, Lucien Bouchard, en vue de la bataille décisive qui approchait. L’initiative avait donné un élan inespéré à la campagne du oui, qui battait fortement de l’aile. Grâce à cette alliance, jamais les Québécois ne sont passés si proche du pays… Dire que les forces indépendantistes devront de nouveau s’unir si elles veulent gagner un éventuel troisième acte constitue la mère de toutes les lapalissades.

Entre une telle union et sa concrétisation, il y a loin de la coupe aux lèvres. Aujourd’hui, on se demande bien quel serait le troisième parti désireux de se joindre au camp du Oui aux côtés du PQ et du Bloc québécois… À droite, l’ADQ, depuis longtemps dissoute dans la fédéraliste CAQ sous l’impulsion de François Legault, devrait se saborder pour y adhérer. Quant à Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, le sinistre personnage a passé sa vie de chroniqueur, d’animateur radio et de politicien à pourfendre les indépendantistes comme s’ils étaient affublés de la pire maladie mentale.

Il reste, à bâbord toute, Québec solidaire…

En mars 2024, pour préparer le terrain en vue de la renaissance du camp du Oui, QS lançait l’initiative « Nouveau Québec ». Ruba Ghazal et Sol Zanetti partaient en tournée pour promouvoir l’indépendance à travers le Québec, souhaitant faire gonfler l’appui au-delà du plancher des 35 %, en prêchant sciemment à des non-convertis. « Même si on a des divergences sur la façon dont s’articulerait le projet de société d’un Québec libre, on a eu l’appui du PQ pour notre campagne », avait alors déclaré Ghazal. Du miel à mes oreilles.

Depuis l’automne 2025 cependant, les positions raffermies et assumées du Parti québécois sur la laïcité et l’immigration ont considérablement refroidi les ardeurs de QS, un parti de plus en plus à l’aise avec le multiculturalisme canadien. Au point où on apprend ces jours-ci que le dernier survivant de la « vague orange » du NPD, Alexandre Boulerice, pourrait se présenter sous les couleurs qsistes aux élections québécoises d’octobre 2026.

Rappelons qu’en 2017, Québec solidaire acceptait d’intégrer dans ses rangs les indépendantistes du parti Option nationale, fondé par l’économiste Jean-Martin Aussant. Depuis, QS est assis sur la lame d’un rasoir : plus il parle d’indépendance du Québec, plus il s’aliène les 67 % de ses partisans qui tiennent plus à leurs idéaux socialistes ou sociaux-démocrates qu’à l’indépendance du Québec. Pour eux, un Canada dirigé par une coalition de partis de gauche comme le PLC et le NPD sous Justin Trudeau vaut mieux qu’un Québec indépendant gouverné par des partis centristes ou du centre droit. Pour la majorité des partisans de QS, le dilemme est réglé : la question sociale passe avant la question nationale, point. D’où le flirt électoral constant de QS avec le NPD, les deux seuls partis aux logos orange.

Une trêve nécessaire

Personne ne demande à QS de devenir l’allié naturel du PQ, mais tout au moins de consentir à une trêve circonstancielle. À force de tirer à boulets rouges sur les péquistes en les traitant de cryptofascistes, de racistes, d’étroits d’esprit ou de transphobes, QS épargne ses vrais adversaires fédéralistes, qui peuvent dormir tranquilles ou mourir de rire : à droite, ceux de la CAQ et du Parti conservateur du Québec, et à gauche, ceux du PLQ. Les partisans du Canada tel qu’il est peuvent demeurer cois et quiets pendant que le futur camp du Oui se fissure avant même de naître.

Les partisans de QS doivent cesser de percevoir comme une trahison impardonnable le fait que le Parti québécois essaie de se tenir au centre de l’échiquier politique pour ratisser un électorat plus large et engranger les votes indépendantistes. L’indépendance acquise, tous les partis, de gauche comme de droite, en profiteraient. Les débats gagneraient en qualité et en pertinence, alors que depuis 1867 ils sont condamnés à se dissoudre sur la rive ontarienne de la rivière des Outaouais, et restent le plus souvent sans échos dans ce grand pays étranger dont le nom est écrit en lettres d’or sur mon passeport.

« Divide et impera », disait déjà le roi de Macédoine Philippe II au 4e siècle avant notre ère. Oui, quand on divise le camp adverse, on arrive à régner… Maxime que les fédéralistes ont depuis longtemps mise en pratique à leur plus grand profit.

Il faudrait maintenant que les indépendantistes soient au moins assez clairvoyants pour s’en rendre compte, puis en tirer les conclusions qui s’imposent.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • L’indépendance, vraiment?
    La lutte des classes s’est jouée après le dernier référendum au Québec. Quand Parizeau est parti et que Lucien Bouchard l’a remplacé, j’étais militant souverainiste à Jonquière en pleine plaque tectonique. J’ai dit dans mon discours de candidature à la présidence du comité de comté du PQ qu’il fallait bloquer le vent de droite qui soufflait sur le monde. Je l’ai dit devant Lucien Bouchard. J’ai pas été élu. Et j’ai quitté ce parti illico. C’est à ce moment que le projet d’indépendance tel qu’
     

L’indépendance, vraiment?

8 mai 2026 à 12:20

La lutte des classes s’est jouée après le dernier référendum au Québec. Quand Parizeau est parti et que Lucien Bouchard l’a remplacé, j’étais militant souverainiste à Jonquière en pleine plaque tectonique. J’ai dit dans mon discours de candidature à la présidence du comité de comté du PQ qu’il fallait bloquer le vent de droite qui soufflait sur le monde. Je l’ai dit devant Lucien Bouchard. J’ai pas été élu. Et j’ai quitté ce parti illico.

C’est à ce moment que le projet d’indépendance tel qu’on l’a connu, social démocrate et civique, est mort. Pour le militant en moi en tout cas. Ensuite, il y a eu le néolibéralisme, le déficit zéro, la globalisation des marchés, les crises financières, l’austérité, les bulles spéculatives qui explosent et la concentration de la richesse à la barre du paroxysme. Et aujourd’hui, le fascisme.

Et des politiciens peu scrupuleux ont utilisé les enjeux identitaires pour diviser la classe ouvrière selon des clivages qui nous nuisent tous les jours. Et qui nous font oublier que, pour constituer une nation, il ne faut laisser personne en arrière. Sans justice, pas de véritable indépendance.

Les Cowboys Fringants avait un couplet éloquent pour le dire dans la chanson « Lettre à Lévesque » :

« Pour c’qui est d’la souverain’té

On peut pas dire que c’est la fièvre

Le projet s’est mal renouvelé

Et on en parle du bout des lèvres

Mais quoiqu’à voir les extrêmistes

Qui se réclament patriotes

Avec leur discours passéiste

J’me dis qu’on est loin du jackpot

Si on regarde ça René

Les enjeux ont bien changé

Et les jeunes se conscientisent

Faudrait écouter ce qu’ils disent

Et que pour bâtir un pays

Faudrait pas oublier d’inclure

Les citoyens des autres ethnies

Et leur culture »

Ce nationalisme civique n’est plus le projet porté par le PQ. D’une coalition arc-en-ciel jusqu’au référendum, le tout s’est démobilisé, et les solidarités ont été détruites entre les tendances.

Les derniers Jedi avaient tous quitté le parti (Marois, Drainville, Cloutier, jusqu’à Sylvain Gaudreault, qui a été l’un des derniers boy-scouts).

Il ne restait que Pascal Bérubé.

Le regain?

Le retour du PQ après la torchée électorale tient aux circonstances. Un opportuniste a été favorisé par un acte disgracieux mais vraiment pas criminel dans sa circonscription, acte qui a écarté la candidate solidaire qui autrement aurait facilement gagné, ce qui a permis au petit homme fâché de l’emporter. Et il s’est construit un tout nouveau parti qui semble profiter du soutien indéfectible de la ligue du vieux poêle qui constitue une armée électorale redoutable. Les jeunes, que les vieux nationalistes les appellent.

On se croirait en pleine trilogie Star Wars. C’est leur dernier espoir.

Un parti clone de la CAQ (leurs électeurs sont interchangeables) a ensuite profité de l’effondrement du gouvernement usé de mononcle Legault pour trôner au sommet des sondages.

Son projet est de construire une nation québécoise inféodée aux États-Unis plutôt qu’au Canada. Une nation qui adopte des politiques en fonction de cette relation. Il propose de troquer le colonialisme britannique pour l’impérialisme américain. La souveraineté n’est dès lors qu’une vue de l’esprit.

Mais la majorité des électeurs semblent s’en foutre et souhaitent lui donner sa chance pour gouverner. En se bouchant les oreilles quand il parle de référendum et de pays.

Voilà la recette du succès du petit homme fâché.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Le printemps en novembre
    Qu’évoque le jour du 15 novembre 1976? Je serais curieux de connaître les réponses à cette question posée à d’autres que celles et ceux du groupe des baby-boomers dont je fais partie. Cela fera 50 ans en novembre que le Parti québécois a pris le pouvoir pour la première fois, porté par un élan de nationalisme bon teint et une volonté progressiste de changement. L’auteur et cinéaste d’origine gaspésienne Carl Leblanc, avec qui nous avons discuté, fait de cet événement le vecteur de son roman Le p
     

Le printemps en novembre

7 mai 2026 à 12:16

Qu’évoque le jour du 15 novembre 1976? Je serais curieux de connaître les réponses à cette question posée à d’autres que celles et ceux du groupe des baby-boomers dont je fais partie. Cela fera 50 ans en novembre que le Parti québécois a pris le pouvoir pour la première fois, porté par un élan de nationalisme bon teint et une volonté progressiste de changement. L’auteur et cinéaste d’origine gaspésienne Carl Leblanc, avec qui nous avons discuté, fait de cet événement le vecteur de son roman Le printemps en novembre.

Le livre propose en alternance deux trames temporelles : novembre 1976, devant le petit écran du salon d’une famille gaspésienne, et novembre 2006 à Montréal, devant le grand écran où est projeté un documentaire couplant des films d’archives avec des entrevues où des protagonistes commentent ce moment marquant de leur vie. « L’écran, c’était d’ailleurs le titre de travail du livre, mais mon éditeur a eu la bonne idée de retenir plutôt Le printemps en novembre, une expression que j’avais utilisée dans le texte », nous confie l’auteur. La couverture du livre met en évidence un téléviseur d’époque où s’affiche une mythique photo de René Lévesque sur l’estrade du centre Paul-Sauvé le soir du 15 novembre 1976.

Le narrateur du roman, Étienne Vallières, a 16 ans en 1976. Il vit l’événement chez la famille Caissy composée de militantes et de militants péquistes de la première heure. Il est secrètement amoureux de la fille de la famille, Julianne, 18 ans, qui lui a fait l’offrande quelques jours plus tôt d’un baiser enthousiaste, emportée qu’elle était par le discours de celui qui allait devenir le nouveau député du coin, le jeune tribun Simon Lemieux. Mais Julianne n’est pas présente à cette soirée festive puisqu’elle a fui vers Montréal plus tôt dans la journée. Étienne ne la reverra plus et demeurera amer de ce premier amour perdu. En novembre 2006, il est convié par un cinéaste ami à la première de son film documentaire portant sur la soirée du 15 novembre 1976. Il revit alors l’émotion intense vécue trente ans plus tôt et revoit, sur grand écran et dans la vie, Julianne.

Carl Leblanc a écrit plusieurs autres livres (dont Fruits, Prix Jovette-Bernier – Ville de Rimouski en 2014) et il a réalisé une vingtaine de films documentaires (dont le puissant Perdre Mario en 2021, sur le suicide d’un ami). Il nous révèle son bonheur de pouvoir mener de front ces deux carrières qui ont en commun le fait d’écrire. Son éditeur souligne qu’il est « cinéaste pour gagner sa vie et écrivain pour ne pas la perdre ». L’auteur nous rappelle qu’il serait impossible pour lui de gagner sa vie grâce à la seule écriture de romans. Ce roman est d’abord le fait d’une commande pour un polar, mais le thème ne se prêtait pas à ce genre. Il a mis de côté le tapuscrit pour plus tard le reprendre, mais dans un style bien à lui.

Carl Leblanc sait très bien comment déployer une bonne histoire. Le printemps en novembre m’a particulièrement interpellé, car le personnage principal d’Étienne Vallières est comme moi politologue et professeur d’université, un transclasse issu de région. Il a vécu un intense moment d’émotion lors de l’élection du premier gouvernement péquiste en 1976, pour plus tard être sceptique quant à la possibilité objective de faire du Québec un pays. Comme moi, il est ému à l’écoute de Spiegel im Spiegel d’Arvo Pärt.

En 2026, à mon avis, le Parti québécois est très loin de sa version sociale-démocrate de 1976. Il mise sur le centre droit et se distingue peu sur ce plan de la Coalition Avenir Québec et du Parti conservateur. Son nationalisme est étroit et son chef ne m’inspire aucune sympathie. Il est aussi probable qu’un référendum sur l’indépendance du Québec se traduirait par un appui en deçà de 38 %, ce qui affaiblirait le Québec. De plus, le Parti québécois croit exercer un monopole sur les souverainistes, ce qui est loin de permettre une quelconque ouverture à l’Autre. Bref, en 2030, est-ce que je voterais Oui à la proposition d’un pays Quebecor? Je n’en suis pas convaincu.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Le miracle « Je raccroche »
    Je marche sur la rue Monseigneur-Plessis pour me rendre au Centre de formation Rimouski-Neigette. Il fait gris. Au propre comme au figuré. Mais les jeunes de Je raccroche vont me remonter le moral. Je vais passer l’après-midi avec 16 des élèves qui forment la cohorte 2025-2026. Elles et ils m’accueillent chaleureusement avec leurs intervenants pour discuter de leur école de rue. Et de ce qui fait son succès depuis 2004. Philippe Garon – Quel est le but de Je raccroche? Je raccroche – Termi
     

Le miracle « Je raccroche »

6 mai 2026 à 13:53

Je marche sur la rue Monseigneur-Plessis pour me rendre au Centre de formation Rimouski-Neigette. Il fait gris. Au propre comme au figuré. Mais les jeunes de Je raccroche vont me remonter le moral. Je vais passer l’après-midi avec 16 des élèves qui forment la cohorte 2025-2026. Elles et ils m’accueillent chaleureusement avec leurs intervenants pour discuter de leur école de rue. Et de ce qui fait son succès depuis 2004.

Philippe Garon  Quel est le but de Je raccroche?

Je raccroche  Terminer les études qu’on a abandonnées. Nous aider à poursuivre notre parcours, notre cheminement scolaire. Nous préparer à la vie adulte aussi, pour pouvoir être autonomes sur le plan financier et assumer notre rôle de citoyens et de citoyennes. L’équipe d’intervention nous accompagne dans notre vie actuelle et future, nous fait découvrir autre chose que ce qu’on peut voir dans le cursus normal. Cela nous amène à vivre des expériences qu’on n’a pas nécessairement eu l’occasion de vivre dans notre enfance ou à l’école avant. En plus, le dépassement de soi, ici, c’est important. On en parle beaucoup. Pour être la meilleure personne qu’on peut devenir, pour s’améliorer.

P. G. On retrouve qui à Je raccroche?

J R  On a entre 16 et 30 ans. Mais une fois qu’on est passé par ici, c’est pour la vie. Je raccroche, c’est plus qu’une école. C’est une famille. On est là pour se soutenir les uns les autres. Ça s’adresse à celles et à ceux qui veulent vraiment finir leur école, devenir quelqu’un dans la vie.

Tu peux pas être lâche pour venir ici. Des fois, c’est tough, mais il faut continuer. Il y a une belle équipe d’intervenants et d’intervenantes.

P. G. Qu’est-ce que ça prend pour travailler à Je raccroche?

J R  Il faut vouloir aider les jeunes. Ça prend de la force d’esprit. Certaines personnes peuvent avoir une histoire compliquée. Il faut rester impassible par rapport à ça, neutre. Être capable d’avoir une opinion externe.

Oui, parce qu’ils nous disent pas tout le temps ce qu’on veut entendre. (Rires…)

Ça prend aussi un intérêt profond pour l’éducation, pour les stratégies d’apprentissage. Il faut savoir être empathique, ouvert d’esprit.

P. G. Pourquoi choisir Je raccroche?

J R  Parce que sinon, on ne serait juste pas à l’école. Ici, il y a de l’encadrement, du soutien. Le fait d’avoir toujours quelqu’un qui nous ramène à l’ordre quand on dévie, ça aide. Pour commencer, on travaille les savoir-être. C’est la base. Avec une meilleure attitude, ça rend capable de prendre les critiques, de participer, de s’appliquer puis de s’impliquer. D’accepter d’être là plutôt que de subir.

Quand on nous a expliqué les règles au début, je me disais : « Ça se peut que je reste pas longtemps… »  J’avais beaucoup de préjugés en arrivant. J’étais très mal à l’aise. Mais on s’habitue aux règles. Par respect pour les autres, pour le groupe. Les responsables du groupe ont à cœur que ça marche. Maintenant, je vois pourquoi les règles sont là et pourquoi elles doivent être là. Puis je suis fier d’être ici.

P. G. À quoi ressemble une semaine typique?

J R  Le matin, on travaille les matières, le français, l’anglais, les maths. Ça fonctionne avec des cahiers, comme aux adultes, sauf qu’on profite d’un meilleur accompagnement. Le midi, avec le conseil étudiant, on a des activités comme le club de lecture, le cinéclub, des jeux vidéo, du rempotage, en plus des tâches comme le ménage et l’arrosage des plantes. En après-midi, c’est des ateliers de toutes sortes, en lien avec l’éducation à la citoyenneté, la connaissance de soi, les saines habitudes de vie, etc.

P. G.  Pourquoi Je raccroche existe?

J R  Pour répondre aux besoins de la société sur le plan du décrochage scolaire. Et on en a encore plus besoin maintenant qu’en 2004, car plus de jeunes décrochent. On n’a jamais eu une aussi grosse liste d’attente. Si on pouvait, on partirait un deuxième groupe et malgré ça, on n’arriverait pas à répondre aux besoins. L’école est pleine.

Ici, je me sens en sécurité. Aucune menace n’est acceptée. On nous fournit un espace sain et sécuritaire.

L’équipe s’adapte à nos différentes façons d’apprendre. On nous accompagne dans nos démarches, on nous fait prendre conscience de nos difficultés, mais pour nous aider. À l’école conventionnelle, je me sentais comme s’il y avait un moule dans lequel on essayait de me faire entrer. Ce qu’on vit ici, ça devrait être partout dans le système scolaire. Plus tard, j’aimerais que mes enfants puissent bénéficier de ce que je vis ici.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Le train de passagers en Gaspésie : une ligne de vie
    Le train de passagers en Gaspésie existe depuis 1902, jusqu’à Paspébiac et jusqu’à Gaspé depuis 1911. Plusieurs compagnies se sont succédé jusqu’en 1929 où le Canadien National Railways (CNR devenu CN) devient propriétaire des voies ferrées et gère le train de passagers et de marchandises au nom du gouvernement du Canada. Le train de la Gaspésie jouit d’une belle notoriété et est reconnu à travers le monde. En 1977, année de la création de VIA Rail par le gouvernement canadien, la situation c
     

Le train de passagers en Gaspésie : une ligne de vie

5 mai 2026 à 13:32

Le train de passagers en Gaspésie existe depuis 1902, jusqu’à Paspébiac et jusqu’à Gaspé depuis 1911. Plusieurs compagnies se sont succédé jusqu’en 1929 où le Canadien National Railways (CNR devenu CN) devient propriétaire des voies ferrées et gère le train de passagers et de marchandises au nom du gouvernement du Canada. Le train de la Gaspésie jouit d’une belle notoriété et est reconnu à travers le monde.

En 1977, année de la création de VIA Rail par le gouvernement canadien, la situation change. VIA a le mandat d’exploiter un service public national de transport ferroviaire de passagers reliant les grandes villes, les régions et les communautés éloignées à travers le Canada et les rails appartiennent toujours au CN.

Durant l’année 1984-1985, 80 565 voyageurs ont pris le train entre Matapédia et Gaspé. Malgré cela, tranquillement mais sûrement, les services commencent à diminuer. Les gares de la Gaspésie jouent un rôle important dans l’organisation sociale, comme celle de Maria qui relie les gens de partout dans la Baie-des-Chaleurs à leur unique hôpital.  Pourtant elle est fermée dans la première vague de réduction des services. Plusieurs fermetures subséquentes font qu’il ne reste que cinq gares en 2013.

En 1990, le train de la Gaspésie, nommé Le Chaleur, ne passe plus que trois fois par semaine au lieu de sept allers-retours hebdomadaires. Évidemment l’achalandage chute à 42 000.

En 1995, le CN est privatisé, il demeure propriétaire des rails, et VIA paie un droit de passage. Malheureusement, l’entente donne la priorité de circulation aux trains de marchandises plutôt qu’aux trains de passagers. Ce qui aura un impact désastreux sur les trains de passagers.

En 2011, des problèmes sur la structure d’un pont à Grand-Pabos, oblige VIA à suspendre le service de New Carlisle à Gaspé mais conserve la portion de New Carlisle à Matapédia, jusqu’en 2013. En août 2013, en raison de problèmes aux passages à niveau, le service est complètement suspendu à l’est de Matapédia. Malgré que les problèmes aux passages à niveau se règlent rapidement et que le train de marchandises recommence à circuler, VIA refuse de revenir, demandant rapport après rapport.

À ce moment, Le Chaleur a déjà moins de voitures-lits, plus du tout de voiture-restaurant, ni panoramique et il fonctionne avec des voitures en mauvais état.  

La Coalition pour le retour du train de passagers, fondée en 2013, milite depuis tout ce temps pour le retour des services de qualité d’un train de passagers en Gaspésie.

D’énormes travaux financés par le gouvernement du Québec, propriétaire des rails de Matapédia à Gaspé, ont permis l’ouverture des voies de Matapédia à Port-Daniel–Gascons, au début janvier 2026. Des trains de marchandises y circulent présentement, mais pas de trains de passagers, car VIA refuse de revenir de façon progressive, même si lors de la suspension, la société s’était engagée à revenir au fur et à mesure que les voies seraient réparées.

Présentement, dans l’est du Canada, la situation du service ferroviaire de passagers laisse nettement à désirer. Il n’y a plus de services du tout en Gaspésie, malgré les 355 millions de dollars investis. Le train passe toujours au beau milieu de la nuit dans le Bas-Saint-Laurent, et le train Montréal-Halifax accuse très souvent un retard de plusieurs heures.

Il est difficile de comprendre que VIA refuse de revenir en Gaspésie jusqu’à Port-Daniel–Gascons parce que les voies ne sont pas encore réparées jusqu’à Gaspé mais, qu’en 2018, la société d’État n’a pas hésité à continuer les services entre Winnipeg et Gillam au Manitoba en attendant la réfection du rail jusqu’à Churchill. Cette réfection a été complétée en deux ans et le gouvernement fédéral a versé 117 millions de dollars à Arctic Gateway pour la relance de ce chemin de fer1.

Des travaux sont en cours pour le dernier tronçon de Port-Daniel–Gascons à Gaspé et des pressions sont exercées sur le gouvernement du Québec pour la réhabilitation complète, le plus rapidement possible. Le fédéral doit aussi investir, comme il l’a fait au Manitoba, pour terminer les travaux jusqu’à Gaspé, le plus vite possible.

La Coalition multiplie les démarches pour que VIA revienne MAINTENANT de façon progressive en Gaspésie avec un service de qualité qui permettrait aussi de desservir la population du Bas-Saint-Laurent et d’offrir un trajet plus court jusqu’à Halifax.

1. Simon Deschamps, « La reprise du chemin de fer entre Gillam et Churchill a répondu ʺà un besoin crucial » », Radio-Canada, 29 janvier 2025, ici.radio-canada/nouvelle/2136006/churchill-train-economie-etude

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Vivre ici, plutôt qu’ailleurs
    Lorsque j’étais enfant, je ne savais pas que je vivais dans un espace rural. Je vivais dans le rang 4 de Saint-Alexandre-de-Kamouraska : difficile de faire plus rural, et pourtant, l’image que je me faisais de la ruralité n’était pas ma cour, ou les champs derrière la maison, mais bien ce que je voyais à la télé. Pour moi, la « campagne », c’était Rigodon dans Passe-Partout. (Rigodon, ça ne s’invente pas!) La ruralité de Rigodon était archétypale. Je me souviens avoir demandé à ma mère : « Pourr
     

Vivre ici, plutôt qu’ailleurs

3 mai 2026 à 12:48

Lorsque j’étais enfant, je ne savais pas que je vivais dans un espace rural. Je vivais dans le rang 4 de Saint-Alexandre-de-Kamouraska : difficile de faire plus rural, et pourtant, l’image que je me faisais de la ruralité n’était pas ma cour, ou les champs derrière la maison, mais bien ce que je voyais à la télé. Pour moi, la « campagne », c’était Rigodon dans Passe-Partout. (Rigodon, ça ne s’invente pas!) La ruralité de Rigodon était archétypale. Je me souviens avoir demandé à ma mère : « Pourrait-on aller à la campagne? » (J’étais très sérieuse – je n’avais pas encore développé mon savoir-faire ironique.) J’ai vu la surprise (inquiétude?) dans son regard, avant d’accueillir sa réponse : « Mais nous vivons à la campagne! »

Maintenant adulte, et après avoir monté en rang (de trois rangs pour être précise), j’ai pris le temps de décortiquer ce que signifiait la ruralité aujourd’hui dans une perspective sociologique. Et je comprends mieux pourquoi ce que nous sommes se construit, aussi et beaucoup, en dehors de soi. Quel intérêt pour maintenant? C’est que le 5 février dernier, à l’initiative de Mélanie Rioux et de sa gang de la Ville de Trois-Pistoles, s’est tenu un 5@8 festif sur la ruralité aujourd’hui. Sous la forme d’un cercle de parole, l’idée était de nous réunir, sans prétention, pour jaser de ce que ça signifie la ruralité pour les gens qui y vivent. Il ne s’agissait pas de produire une définition de la ruralité – d’autres espaces s’y prêtent mieux – mais d’en partager des bouts, des sensibilités et des possibles.

Différentes questions ont permis de lancer la discussion : qu’est-ce qui caractérise la ruralité pour les gens qui y vivent? Pourquoi vivre ici plutôt qu’ailleurs? Puis, qu’est-ce qui m’a menée, à consacrer une thèse en sociologie à la ruralité (au-delà d’une réminiscence de Rigodon)? Pour le dire rapidement, j’étais à la recherche d’observations nuancées et plus justes sur l’expérience de la vie rurale aujourd’hui. Je cherchais à dépasser à la fois les stéréotypes qui visent le bon rural (soi-disant naturellement accueillant), et le mauvais rural (soi-disant naturellement replié sur son groupe). Et je m’intéressais au poids des représentations historiques qui agissent encore, de l’intérieur, et de l’extérieur, pour dire ce qui « est » rural. (Rappelons que la représentation de la ruralité s’est historiquement construite en opposition avec l’urbanité, de manière concomitante, révélant les stéréotypes associés à l’un et à l’autre.)

Conformément à tout autre espace social, la ruralité n’est pas cristallisée dans un modèle statique. Elle est vivante, et les paroles de Raymond Beaudry, d’Ariane Breault, d’Elisabeth Li-Dupuis, de Louis Lahaye-Roy montraient cette variété de possibles. Bobby Valérie et Benoît Ouellet, ont, de leur côté, partagé avec sensibilité leurs « Lettres d’amour à ma ville culturelle », incarnant par là une manière particulière d’habiter ici. Le photographe et sociologue, Raymond Beaudry a, quant à lui, relevé la pluralité des manières d’habiter les lieux (ruraux). Pour lui, par-delà leurs dimensions institutionnelles, les communautés rurales se définissent d’abord par les gens qui y vivent, insistant sur l’importance des communs, et de l’interdépendance entre l’individu et le groupe. Ici, la conscience de l’histoire d’un territoire, et des gens qui nous y ont précédés, offre une compréhension fine, et complexe, des styles de vie contrastés, qui apparaissent éventuellement, même à l’intérieur d’une très petite communauté.

En ce sens, la présentation du projet de la communauté intentionnelle l’Archipel par deux de ses cofondatrices, Élisabeth Li-Dupuis et Ariane Breault, illustre de manière exemplaire une recherche d’un modèle rural novateur, marginal, et néanmoins réalisable. Elles incarnent une façon d’aborder la vie rurale conforme à des valeurs d’autonomie, d’entraide, en faisant le pari de la patience et du temps long. Cette temporalité particulière leur permet d’envisager la construction de leur communauté de manière à exprimer les valeurs qui les animent et – conscientes de la délicatesse de l’exercice – d’insuffler la souplesse nécessaire à l’approche d’un cadre réglementaire existant, érigé au fil du temps pour faciliter un autre modèle de vivre ensemble. Lucides et engagées, elles imaginent et vivent, ici et maintenant, le possible auquel elles croient.

Louis Lahaye-Roy, a relaté de manière personnelle, son rôle comme agent de Place aux jeunes Kamouraska, et les intentions de faciliter le passage d’une région à l’autre pour les personnes intéressées par pareil projet. Par ces deux derniers exemples, émerge l’idée d’une ruralité plurielle, aux dynamiques variables et subtiles : d’une part, une ruralité qui se renouvelle par la base, plus punk; d’autre part une ruralité, qui sans être figée, reste institutionnalisée dans sa manière de viser un renouvellement.

Et la tenue d’un cercle de parole autour de la ruralité dit, en soi, quelque chose d’important. Ça parle, par son existence même d’affirmation de soi, de volonté d’exister et d’être là. Comme si la ruralité pouvait se construire comme un lieu d’hybridation de tous les possibles, à la fois espace de résistance, et lieu de l’ordinaire choisi.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Le spectacle Sciences Po 101 – Traité d’insoumission à l’usage du vrai monde
    Vincent Massé-Gagné et Catherine Dorion, ancienne députée de Québec solidaire, étaient  à Rimouski le 16 avril à la salle Desjardins. Les acteurs-auteurs livrent ici un extrait du texte du spectacle, écrit à partir de témoignages reçus de citoyens. Catherine est à jardin, seule sur scène, dans la pénombre.  CATHERINE J’ai récemment fait un appel public de témoignages sur la crainte de s’exprimer politiquement. J’en ai reçu un déluge. Vincent est entré à cour, sur la réplique précéden
     

Le spectacle Sciences Po 101 – Traité d’insoumission à l’usage du vrai monde

30 avril 2026 à 10:11

Vincent Massé-Gagné et Catherine Dorion, ancienne députée de Québec solidaire, étaient  à Rimouski le 16 avril à la salle Desjardins. Les acteurs-auteurs livrent ici un extrait du texte du spectacle, écrit à partir de témoignages reçus de citoyens.

Catherine est à jardin, seule sur scène, dans la pénombre. 

CATHERINE

J’ai récemment fait un appel public de témoignages sur la crainte de s’exprimer politiquement. J’en ai reçu un déluge.

Vincent est entré à cour, sur la réplique précédente. Il laisse tomber au sol une massive pile de feuilles sur lesquelles sont écrits des dizaines de témoignages. Catherine traverse et le rejoint. À tour de rôle, ils les lisent, alors que sont projetées les silhouettes des personnes au fond de la scène. 

EMPLOYÉE D’UNE MRC

Quand je suis arrivée dans ma nouvelle job, on m’a affirmé que mon poste était incompatible avec toute prise de position politique. Je passe mon temps à me poser des questions : 

  • Est-ce que je peux aller manifester contre la destruction de l’église?
  • Est-ce que je peux écrire des livres sous mon vrai nom?
  • Si je jase de transition écologique avec des partenaires de la MRC, est-ce qu’il faut que je fasse semblant de croire à leur greenwashing?

FONCTIONNAIRE

Longs sermons sur le devoir de réserve dans toutes nos activités, même les loisirs. Nos fréquentations (y compris sociales, amoureuses) sont à déclaration obligatoire. On est obligés de remplir un formulaire de déclaration de toutes nos activités à saveur potentiellement politique, même celles qui le sont en doses homéopathiques. Ma conclusion a été : je m’éclipse des réseaux sociaux, sauf pour les photos de chats et de chiens.

ORGANISATEUR COMMUNAUTAIRE

Notre organisme est supposé défendre les droits des citoyens, mais notre direction a tellement peur qu’on perde notre financement qu’au final, on défend tout ce que fait le gouvernement.

EMPLOYÉE DU RÉSEAU DE LA SANTÉ

J’ai été obligée de me cacher derrière un pseudo pour aider une mobilisation qui visait à dénoncer les violences dans le milieu de la santé. Tout le long j’étais super stressée, j’avais vraiment peur d’être démasquée.

ENSEIGNANTE

Se faire dire quoi faire par des ministres en costume qui mettent le pied dans les écoles publiques une fois tous les quatre ans pour la photo. Obligation de rester neutre et loyale face à des gens qui ne nous respectent pas pis qui disent n’importe quoi sur notre compte aux médias. Pourquoi j’ai un « devoir de loyauté » envers une minorité de monsieurs qui décident à l’aveugle pour une majorité de femmes et d’enfants?

ATTACHÉE POLITIQUE

Je voulais travailler dans un parti politique pour changer le monde. On m’a vite fait comprendre que j’étais une exécutante pis que mon avis était pas le bienvenu sur Internet, ni en réunion d’ailleurs.

DÉPUTÉ DE L’OPPOSITION

Mon premier choc en tant que député de l’opposition, et de très loin, c’est vraiment les médias. Moi, je me suis fait de la corne. Mais j’ai vu un collègue qui a dit une chose, une choseparmi les milliers de choses qu’il a dites, une chose qui lui a valu des chroniques. J’ai vu la peur dans ses yeux. J’ai vu comme un gars qui arrive dans une cour d’école pis qui se fait totalement… Il a plus jamais été le même après ça.

DÉPUTÉE DU PARTI AU POUVOIR

Quand t’es dans le parti au pouvoir, tu peux pas chiâler contre ton gouvernement dans les médias, tu comprends. Les discussions, ça se passe « en famille » dans les caucus de députés. Donc moi, dans les caucus, je le faisais avec respect, mais je m’exprimais, t’sais. Ben je me suis fait dire par quelqu’un de la garde rapprochée du premier ministre :

 « Fais attention. Fais attention. Parce que tu commences à être une leader négative, des fois. »

JOURNALISTE

Ça m’est arrivé en tant que journaliste que les chroniqueurs me rentrent dedans pour un sujet sur lequel j’avais enquêté. Ils voulaient me rentrer dans la tête que si je veux encore écrire sur ce sujet-là, je suis mieux d’être prêt à me faire traîner dans la bouette. J’ai vraiment senti le poids de l’intimidation.

INTERVENANTE SOCIALE EN MILIEU AGRICOLE

Je me suis fait rencontrer par mon employeur avec tout le CA en arrière de lui. Ce que j’avais fait, c’était de l’insubordination, un manque de loyauté, comme quoi une simple intervenante n’a pas à s’exprimer librement comme ça sur ce qui se passe dans le milieu, que c’est les hautes sphères qui font ça.

FONCTIONNAIRE

Je prends la chance de t’écrire, mais mon « code d’éthique » gouvernemental m’interdit ce genre de commentaire, même en privé… Les fonctionnaires qui ont été accusés de déloyauté dans les médias n’ont pas eu des expériences très heureuses.

INFLUENCEUSE

J’ai écrit ceasefire dans ma bio sur Instagram, c’est-à-dire « cessez-le-feu » pour la Palestine. J’ai perdu un partenariat. Ils m’ont dit : « Écoute, on est prêts à continuer notre contrat si tu l’enlèves. » Non, je l’enlève pas. 

TRAVAILLEUR D’USINE

Les RH m’ont demandé d’enlever mes posts concernant une entreprise de la région. J’ai refusé, en expliquant que j’ai ma région à cœur pis que leurs crimes environnementaux ont été prouvés dans un reportage d’enquête de Radio-Canada. C’est mon devoir de citoyen de prendre parole. Ils m’ont mis à la porte.

ENSEIGNANTE

Je me suis confiée à visage découvert à un journaliste sur les problèmes dans mon école. Tout de suite après que c’est sorti, j’ai reçu un avis de congédiement de la part de mon centre de services.

AGENT DE SÉCURITÉ

J’étais agent de sécurité dans une université pendant la crise étudiante. Je prenais pour les étudiants pis je m’en suis pas caché. Ben j’ai perdu ma job. 

Le rythme s’accélère. 

X

On m’a interdit de parler publiquement de ma transidentité pour ne pas nuire à l’image de l’institution.

X

On a eu une formation sur comment avoir un profil plate et beige qui ne dit rien.  

X

Refuser le silence autour du harcèlement m’a coûté très cher en énergie et en santé.

J’ai failli perdre ma job parce que j’hésitais à me faire injecter un vaccin qui avait à peine été testé.

X

Un grand bailleur de fonds privé bien connu nous a fait savoir que personne de chez nous ne devait plus jamais collaborer avec cette organisation-là.

X

Si je garde le silence sur ce qui m’insurge, les personnes pénalisées, c’est les élèves.

X

… les personnes pénalisées, c’est les patients.

X

C’est les citoyens.

X

En ce sens, j’envie Elon Musk, il peut dire les pires conneries, il aura jamais à craindre la précarité.

X

​​Je suis à deux ans de ma retraite et j’ai hâte de retrouver ma liberté de parole.

X

Envers qui faut que je sois fidèle? Un boss qui veut se sauver la face, ou les gens qu’on est supposé servir?

X

Est-ce qu’un lanceur d’alerte contrevient à son devoir de loyauté?

X

Ne pas parler, est-ce que c’est rester neutre? Non. C’est endosser contre son gré. 

X

Ça a eu un impact réel sur ma santé mentale et physique. 

X

C’est comme une machine à éteindre la flamme. 

X

Je suis partie à boutte. En congé de maladie.

Catherine ramasse un dernier témoignage et se tourne face au public pour le lui livrer dans les yeux. 

CATHERINE

Pourquoi est-ce qu’on trouve ça normal, dans une société qui prône la liberté d’expression, que la majorité des Québécois soient assujettis à des règles de leur employeur qui ont l’effet d’imposer une autocensure politique?

Les silhouettes se dispersent en fond de scène. Catherine et Vincent les suivent et sortent du plateau.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Que le sifflet ne soit pas la seule arme de la désobéissance civile
    J’ai habituellement le verbe facile et la plume aiguisée, mais la sidération qui m’habite m’embrouille l’esprit au point qu’il m’est vraiment pénible de trouver un sujet précis en peu de mots. Pour tenter de rester en vie et ne pas étouffer d’indignation dans mes combats du quotidien, j’ai pris l’habitude malgré moi d’entrer en mode action-réaction sur le terrain. Je fais quotidiennement violence à une marée mentale de rats fuyant la cale d’un bateau ivre et je tente de restreindre leur propagat
     

Que le sifflet ne soit pas la seule arme de la désobéissance civile

29 avril 2026 à 10:12

J’ai habituellement le verbe facile et la plume aiguisée, mais la sidération qui m’habite m’embrouille l’esprit au point qu’il m’est vraiment pénible de trouver un sujet précis en peu de mots. Pour tenter de rester en vie et ne pas étouffer d’indignation dans mes combats du quotidien, j’ai pris l’habitude malgré moi d’entrer en mode action-réaction sur le terrain. Je fais quotidiennement violence à une marée mentale de rats fuyant la cale d’un bateau ivre et je tente de restreindre leur propagation. Je lutte pour ne pas sombrer.

Je ne crois pas me tromper en affirmant que ce tourbillon ressenti habite plus d’une personne et qu’il est le symptôme du fait que nous nous sentons trop souvent impuissants.

Pour qui s’intéresse à la justice sociale et climatique, l’époque est pratiquement au stade d’alertes permanentes aux tsunamis qui lessivent ceux et celles qui veulent organiser le filet social pour protéger le vivant. On nous sert à tout vent des scénarios catastrophes sur fond de vérités déguisées en vendeur de poissons pas frais ou des propositions de paysages arc-en-ciel au goût amer d’écoblanchiment. Devant la montée de la légitime détresse et des débordements dont nous percevons à peine tous les rouages, des questions doivent se poser. Comment rester dans la bienveillance sans tomber dans la mièvrerie de la psycho-pop? Comment rester sur le pont et garder notre sang-froid sans se couper des affects ainsi que de la colère, cette force de levier nécessaire aux changements devant l’assaut des injustices? Comment prendre soin de soi et de nos proches en ne nous cachant pas dans une bulle de licornes nous poussant à mettre les voiles, siège du déni confortable qui met de l’avant des discours creux : « La vie est trop courte, soyons épicuriens » (sans vraiment respecter le sens profond de ce précepte qui voudrait que l’on savoure à son maximum ce que l’on a, que l’on développe ses talents dans une perspective de bien commun au lieu de s’adonner à des orgies de surconsommation)?

Cette pulsion de consommation est normalisée et fait malheureusement partie de nos vies. Elle vient d’un réflexe primaire de fuite vers l’avant que le marché exploite à son paroxysme, et nous y succombons tous, plus ou moins, selon la fatigue du moment. Car tout a été calculé pour nous y astreindre : la vitesse, l’isolement causé par la scission sociale dans cette course au  « confort individuel », la perte de liens, de sens au profit du matériel à grands coups de marge de crédit à rembourser, et la noyade dans une mer d’informations, le tout régi par les puissants tentacules du Kraken algorithmique qui alimente notre chambre d’écho et exacerbe hyperstimulation et émotivité, le tout cadrant dans un tableau catastrophe parfait.

Il n’est pas vain de rêver à une utopie : nous libérer du joug de ce qui semble une condamnation aux galères pour qui veut créer des communs hors de ce système nous cadençant comme des forçats au bagne; les écrans et leurs notifications permanentes aussi efficaces que garde-chiourmes pour nous faire avancer au rythme de fourmis frénétiques afin de combler l’angoisse et le vide qui nous frappent d’autant plus fort que l’on a réduit à peau de chagrin le choix des outils de travail et des moyens de communication hors ligne nous rendant (ainsi que nos gouvernants) totalement dépendants des GAFAM dont le monopole est mondialisé.

Pouvons-nous nous déposer un moment afin de réaliser que la promesse de croisière cinq étoiles vendue par la tech aurait pu être cet outil qui nous libère, si et seulement si les fins de cet enrôlement forcé n’étaient pas le contrôle et le profit exponentiel qui renforcent notre cloisonnement, notre vulnérabilité et notre dépendance au capital, faisant main basse sur nos ressources?

Ce système intempestif laisse peu de place à l’analyse qui se drape de leurres aux teintes des phares de l’ego de certains lanceurs d’alertes qui carburent aux « likes » et que nous continuons de suivre malgré un relent nauséabond de déception nous donnant la nausée dont certains veulent se détourner avec un dégoût naturel, ne sachant plus qui et quoi croire. Et c’est dans cette brèche que s’immisce insidieusement le fascisme dont les voiles se gonflent au gré du désespoir, du racisme dont le tonnage s’amplifie de haine et du classicisme scandé en chants de sirènes des discours populistes laissant croire que dans l’uniformité et la conformité il y aura des gagnants.

La seule façon de colmater les fissures de nos embarcations respectives dans un contexte de lois violentes contre le peuple émanant d’amiraux-despotes corrompus sera l’amour!

Le « je me souviens » doit nous rappeler qu’à une loi injuste, un homme a non seulement le droit de désobéir, mais il en a le devoir (Martin Luther King Jr).

Soyons les albatros annonçant un port d’accueil après la fatigue du voyage quotidien afin de nous insuffler le courage de l’autonomie et davantage de résilience dans les communs.

N’attendons pas d’être au creux de la vague et d’avoir à user de nos sifflets pour agir!

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Un LOUPerivois dans la bergerie: Le confort et la différence
    La Suède, l’Autriche, la Suisse, le Portugal, la Grèce, la Hongrie, le Danemark, la Finlande, la Slovaquie, la Norvège, l’Irlande, la Croatie, le Paraguay, le Nicaragua, le Costa Rica, le Panama, l’Uruguay, la Nouvelle-Zélande… Qu’est-ce que ces pays ont en commun? Eh bien, tout comme le Québec, ils ont une population qui soit avoisine les dix millions d’habitants, soit y est nettement inférieure. Malgré de nombreuses disparités, des formes de gouvernement et des économies divergentes, des orien
     

Un LOUPerivois dans la bergerie: Le confort et la différence

28 avril 2026 à 07:36

La Suède, l’Autriche, la Suisse, le Portugal, la Grèce, la Hongrie, le Danemark, la Finlande, la Slovaquie, la Norvège, l’Irlande, la Croatie, le Paraguay, le Nicaragua, le Costa Rica, le Panama, l’Uruguay, la Nouvelle-Zélande… Qu’est-ce que ces pays ont en commun? Eh bien, tout comme le Québec, ils ont une population qui soit avoisine les dix millions d’habitants, soit y est nettement inférieure. Malgré de nombreuses disparités, des formes de gouvernement et des économies divergentes, des orientations politiques parfois à l’opposé l’une de l’autre, on ne parle pas ici de petites entités insignifiantes, de peuplades « sans culture et sans histoire », mais bien de nations indépendantes, autonomes, ancrées sur leur territoire certaines depuis des siècles. Peu importe leur climat, un environnement géopolitique plus ou moins favorable, un trésor plus ou moins bien garni, ces peuples s’autogouvernent et sont maîtres de leur destin. Et bon an mal an, ces nations persistent et signent. Plusieurs ont de plus une langue qui leur est propre, parlée sur leur seul territoire ou par leurs uniques ressortissants.

Alors nous, au Québec, avec les invraisemblables richesses naturelles qui sont les nôtres, avec notre savoir-faire, notre résilience, les institutions phares que nous nous sommes données, nous ne serions pas en mesure de gérer un État capable de suffire à ses propres besoins et de combler ceux de ses citoyens? Nous serions moins doués, plus morons que l’ensemble de ces nations qui ont la même taille que la nôtre? Oh là là! Appelez le psychiatre, ça presse! On a besoin de multiples séances de thérapie collective et d’un crash course majeur en matière de macroéconomie!

Maintenant imaginez le scénario suivant. Demandez à l’un ou l’autre de ces pays, mettons la Suède, le Portugal ou la Grèce, demandez à cette nation qu’elle exige de sa population qu’elle verse une large part de ses impôts à une entité autre. Enlevez-lui de plus la gestion de l’immigration, des relations extérieures, des communications et retirez-lui le contrôle de son armée. Est-ce que la Suède pourrait encore s’appeler la Suède? Est-ce que le Portugal ne deviendrait pas une coquille vide, inféodée par exemple à l’Espagne avec le portugais en décroissance constante?

Et le Québec? Dépossédé de l’intérieur. Infantilisé par procuration. Gaston Miron qui en connaissait gros au chapitre de l’aliénation évoquait en 1995 le fait que, lorsqu’il était petit, le poids du Québec au sein de la « fédération » canadienne était de l’ordre de 33 %. On parle aujourd’hui de 21,8 %, 18 % cent dans un avenir prévisible. Alors c’est quoi le plan de match? Rapetisser jusqu’à la disparition? Ratatiner jusqu’à l’éradication? S’écraser jusqu’à l’extinction?

Ils nous rabâchent constamment les oreilles : « On est trop petits. On n’est pas capables. » Alors, ces pays que j’ai nommés, ils sont tous dans la dèche? Ils vont faire faillite parce qu’économiquement non viables? L’économie est une drôle de bibitte. On peut lui faire porter de nombreux habits, l’assaisonner à plusieurs sauces, lui faire dire à la fois une chose et son contraire. Mais l’économie, c’est avant tout la confiance combinée à la volonté de résultat. Si on veut se procurer tel ou tel gadget, on coupe dans les dépenses, on met des sous de côté, on fait des heures supplémentaires. On sacrifie une part de son bien-être actuel en fonction d’une satisfaction ou d’un bonheur à venir. On peut aussi réagir de la même façon lorsqu’on se sent menacé, que l’avenir est incertain. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les usines d’armement tournaient à plein régime, l’État émettait des obligations afin de financer l’effort de guerre, on distribuait des coupons de ravitaillement, chacun faisait sa part afin d’éradiquer la menace.

Et bien la menace, celle qui nous concerne nous, en tant que seul peuple francophone en cette terre d’Amérique, elle existe bel et bien, et elle est de plus en plus préoccupante. Il y a moyen d’y obvier. Imaginez la fierté et le bonheur en voyant le nom du Québec s’afficher aux côtés de ceux de ces nations citées au début de ce texte! Et imaginez la liesse au moment où un éventuel Méchant Lapin (Bad Bunny) mentionne le Québec lorsqu’il décline en rappant la liste des pays d’Amérique! À moins que vous ne préfériez continuer à vivre avec des inepties du genre : « Ma queue et mon cœur s’emballent quand tu t’exerces à parler une deuxième langue officielle ». Dans mon cas, non, la deuxième langue officielle ne me fait pas bander pantoute!

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Fermetures d’écoles : l’impuissance organisée
    Une lame de fond Récemment, une école en Matanie a fermé ses portes : l’école Saint-Vianney, à 30 minutes au sud de Matane. Il y a eu Sainte-Jeanne-d’Arc, voilà un peu plus de 10 ans; Padoue aussi, dans la même année. En 2023, la survie de l’école La Colombe reposait sur l’inscription d’un seul élève supplémentaire. L’énumération pourrait se poursuivre. Que ce soit ici ou en Abitibi (l’école Bellefeuille d’Authier-Nord), ce n’est pas la première, et certainement pas la dernière fermeture d’un
     

Fermetures d’écoles : l’impuissance organisée

27 avril 2026 à 12:21

Une lame de fond

Récemment, une école en Matanie a fermé ses portes : l’école Saint-Vianney, à 30 minutes au sud de Matane. Il y a eu Sainte-Jeanne-d’Arc, voilà un peu plus de 10 ans; Padoue aussi, dans la même année. En 2023, la survie de l’école La Colombe reposait sur l’inscription d’un seul élève supplémentaire. L’énumération pourrait se poursuivre. Que ce soit ici ou en Abitibi (l’école Bellefeuille d’Authier-Nord), ce n’est pas la première, et certainement pas la dernière fermeture d’une école en région. Un constat dur, je sais. Il y a indéniablement une lame de fond depuis 15 ans, tel un chapelet qui perd ses grains, un à un.

J’ai vécu de l’intérieur cette dynamique à cinq reprises. Un supplice, alors que, tour à tour, les parties prenantes au dossier devenaient, lorsque l’engrenage de la fermeture d’une école était actionné, l’un des quatre cavaliers de l’apocalypse cavalcadant, bon gré mal gré. Je m’explique.

Les quatre cavaliers

Encore aujourd’hui, le premier cheval enfourché est celui du ministère de l’Éducation, qui demande simultanément à son cavalier d’assurer la qualité des services éducatifs, une équité territoriale, la réussite éducative, l’inclusion, le respect des programmes, tout cela sans garantir le personnel requis, la pérennité du financement, l’état du parc immobilier, tout en imposant aussi des règles budgétaires, des seuils et des échéanciers de retour à l’équilibre. Vieux comme le monde, néanmoins très rétif, il donne maintes obligations à son cavalier, sans se mouiller, en tournant le regard ailleurs au moment opportun.

Dans la cavalcade se trouve aussi un deuxième « demandeur » : le cadre législatif et réglementaire, sur lequel chacun va, à un moment ou à un autre, caracoler. En effet, les lois et les règlements n’exigent-ils pas que les services soient maintenus, que des consultations soient tenues en vertu de décisions rationnelles, justifiables et documentées, et que les droits des élèves soient respectés? Mais la loi n’oblige pas l’État à fournir les moyens correspondants et, surtout, elle transfère la responsabilité opérationnelle au niveau local.

Un autre cavalier s’agite sur son cheval de bataille, celui de la société (parents, élus, communautés), qui exige, légitimement, le maintien des écoles, la vitalité des milieux, la stabilité pour les enfants, la transparence et l’écoute. Mais il refuse, politiquement, la hausse massive de taxes, la fermeture de services ailleurs et la concentration des ressources.

Et puis il y a le dernier cavalier, qui a pour monture la réalité démographique et économique, laquelle provoque un choc avec tous les autres. Elle est faite de baisse de natalité, de vieillissement, d’exode régional, de concurrence pour la main-d’œuvre, d’inflation des coûts, d’éloignement…

Quatre cavaliers nourrissant leur coursier à quatre réalités incontournables, qui aliènent chacun. Évidemment, aucun n’admettra que l’argumentaire de l’autre est fondé et indéniable, que la fermeture d’une école dévitalise, que l’exode des jeunes vers la ville, pour de meilleurs salaires, crée une réalité démographique défavorable au maintien de l’école du village et que les baby-boomers vivant encore au village ne font plus d’enfants depuis longtemps, que l’on ne veut pas de hausses d’impôts, que les moyens financiers des centres de services scolaires sont limités, que la loi doit être respectée. Évidemment qu’une petite classe, avec peu d’élèves, présente moins de diversité dans les types d’interactions entre les petits; en contrepartie, elle offre des avantages majeurs pour la réussite et une approche plus subjective.

L’ingratitude

La fermeture d’une école n’est pas la déconvenue d’un conseil d’administration, d’un maire ou d’un groupe de parents. Elle est le symptôme d’un système où chacun des cavaliers est sommé d’avancer sans pouvoir infléchir réellement la trajectoire, alors que les rênes de chacun sont tenues par une force extérieure.

N’est-ce pas ingrat d’imputer à une école seule le maintien en vie d’un village? N’est-ce pas ingrat d’organiser sans en avoir les moyens? N’est-ce pas ingrat qu’une municipalité soit obligée de racheter une école pour y loger tous les services communautaires afin de maintenir un semblant de services attrayants? N’est-ce pas ingrat de construire une école luxueuse en ville, pendant qu’au village on enseigne dans des locaux moins beaux, moins grands, moins pratiques? Et tous ces non-dits et tous ces débats, et tous ces « je vous entends » et ces « ils ne nous écoutent pas »…

Que voulons-nous préserver, et à quel prix sommes-nous prêts à le faire?

Sans réponses, le chapelet continuera de perdre ses grains, et les crinières battront aux quatre vents de la fluctuation des naissances et du déni réciproque.

Et si l’école, tout comme l’église d’avant, devenait le point d’ancrage autour duquel on repense le territoire plutôt que l’élément que l’on retire lorsque la pression monte? Peut-être alors les cavaliers ralentiraient-ils leur course. Peut-être que les rênes ne seraient plus tirées de l’extérieur, mais tenues collectivement.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Au sujet de la cupidité
    Vous êtes tous conviés ici, car possiblement concernés, à juger une cause majeure des tourments de l’humanité, la cupidité, présentée ici au banc des accusés. Selon Wikipédia, La cupidité est la recherche immodérée du gain, des richesses et du plaisir…Comme point de départ à la recherche d’un vice responsable des maux de l’humanité, la piste est prometteuse! Elle aurait pu être dans la liste des 7 péchés capitaux, mais non! Même si elle est probablement plus néfaste que la luxure ou la gourma
     

Au sujet de la cupidité

23 avril 2026 à 12:12

Vous êtes tous conviés ici, car possiblement concernés, à juger une cause majeure des tourments de l’humanité, la cupidité, présentée ici au banc des accusés.

Selon Wikipédia, La cupidité est la recherche immodérée du gain, des richesses et du plaisir…Comme point de départ à la recherche d’un vice responsable des maux de l’humanité, la piste est prometteuse! Elle aurait pu être dans la liste des 7 péchés capitaux, mais non! Même si elle est probablement plus néfaste que la luxure ou la gourmandise, la religion catholique se serait tiré une balle dans le pied en l’englobant dans sa liste noire, à voir les richesses qu’elle a accumulées à certaines époques de son histoire. On pourrait même suggérer que la cupidité est un des traits naturels de l’humain qui ont mené à la création du système capitaliste puisque ce système prône l’accumulation de richesses matérielles comme source de motivation au développement, avec peu d’égards envers l’environnement ou l’inégalité croissante entre pauvres et riches. La cupidité nous apparait souvent comme un simple mauvais penchant caractérisant quelques humains beaucoup plus riches que nécessaire, des séraphins ou des Alen Musk de ce monde, et elle peut même être considérée comme un avantage adaptatif dans un contexte de loi de la jungle, donc une qualité favorisant la survie. Selon toute évidence, nous sommes présentement dans un contexte de loi de la jungle en ce moment sur la planète. 

La cupidité origine sans doute, comme la plupart de nos bons et mauvais penchants, de comportements très anciens qui ont pu aider certains groupes de nos ancêtres dans leur lutte à s’adapter aux rudesses de la vie à certaines époques difficiles, et dans la vision contemporaine, s’explique mieux comme un héritage de vieux instincts de survie qu’un péché causé par l’immoralité de l’homme. Les époques difficiles ont sans doute été le lot de notre passé mais elles semblent redevenir cruellement actuelles à la lumière de tout ce qu’on entend sur l’état du monde depuis 5 ans. Depuis que des calamités envahissantes et contagieuses comme le covid, Trump, la destruction globale de l’environnement, l’individualisme, le populisme et la désinformation véhiculés par les médias sociaux, causent l’augmentation des réfugiés et de la pauvreté partout et pour des causes très diversifiées, causent l’effritement des cultures, de la morale et de l’éthique. On pourrait penser que la cupidité est un trait de caractère extrême et qu’elle est la tare d’une minorité. Mais ne le sommes-nous pas tous à des degrés divers? Ne sommes-nous pas cupide de voter pour celui qui promet le plus de préserver notre Précieux? De nous gâter de voyages annuels de plaisir qui génère une énorme emprunte carbone? D’acheter des gadgets dernier cri alors que nos vieux fonctionnent encore? De refaire les armoires de cuisine et la salle de bain pour les mettre au goût du jour? Et que penser de ces grandes entreprises qui étudient les faiblesses humaines pour s’assurer de rendre leurs consommateurs dépendants de leurs produits? Elles sont immorales bien sûr, sauf que c’est la cupidité de leurs dirigeants et de leurs actionnaires qui les aveugle au point de les rendre immorales. Comme on l’a vu récemment, la justice finit par imposer des punitions exemplaires qui serviront de balises dans le futur. Mais cela arrive souvent tard et beaucoup de mal est fait. Malheureusement, le réfugié climatique ou politique ne peut pas poursuivre les compagnies pétrolières ou les gouvernements qui n’ont pas ou ne respectent pas leurs engagements sociaux, climatiques… La justice est très limitée dans son action pour des préjudices de si grandes envergures et causés par une culture capitaliste endossée par tout le monde.

On pourrait croire qu’il n’y a pas de solution, à court terme du moins. Mais si la cupidité n’est pas illégale elle n’en demeure pas moins un caractère sur lequel chacun devrait travailler individuellement et avoir une influence sur son entourage par l’exemple, par l’éducation de ses enfants. Des efforts soutenus en ce sens pourraient faire en sorte que la sobriété matérielle finisse par s’inscrire dans une éthique culturelle. Une société qui réussirait à montrer un bon niveau de bonheur associé à cette éthique pourrait à son tour servir d’exemple à d’autres sociétés, et une sorte de révolution tranquille pourrait améliorer le monde. La doctrine épicurienne basée sur la recherche du plaisir modéré et de la sagesse montre que des penseurs de l’antiquité arrivaient aux mêmes constats et solutions. Mais cette doctrine ne fut jamais imposée, et fut même enterrée jusqu’à la Renaissance, puisque l’épicurisme allait à l’encontre du dogme d’un Dieu tout puissant, et d’un gouvernement coercitif, deux entités qui ont eu tendance à réduire notre sens des responsabilités…

C’est ce sens des responsabilités qu’il faut pousser vers le haut. Comme les grands changements ont plus de force et de continuité s’ils viennent de la base, on ne peut qu’espérer que l’individu se sente responsable d’améliorer notre sort et fasse un réel travail personnel sur ses valeurs. Hummmmpff! Songeurs vous êtes? C’est toujours un début…Bonne réflexion!

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • CHRONIQUE OBJECTIONS DE CONSCIENCE: COULEZ PAS CHEZ NOUS (NI AILLEURS)!
    Alors que le spectre d’une nouvelle guerre mondiale quitte son tombeau et se matérialise pour revenir hanter les peuples et les territoires, on apprenait le mois dernier qu’on envisageait la construction d’une base navale militaire dans l’est du Québec. Dans une entrevue au journal Le Devoir, le Petit Timonier de la marine, un amiral du nom de Topshee, Angus de son prénom (une variété de bœuf qui, comme la défense nationale, coûte beaucoup trop cher), avançait qu’une base navale aiderait à l’
     

CHRONIQUE OBJECTIONS DE CONSCIENCE: COULEZ PAS CHEZ NOUS (NI AILLEURS)!

15 avril 2026 à 11:14

Alors que le spectre d’une nouvelle guerre mondiale quitte son tombeau et se matérialise pour revenir hanter les peuples et les territoires, on apprenait le mois dernier qu’on envisageait la construction d’une base navale militaire dans l’est du Québec.

Dans une entrevue au journal Le Devoir, le Petit Timonier de la marine, un amiral du nom de Topshee, Angus de son prénom (une variété de bœuf qui, comme la défense nationale, coûte beaucoup trop cher), avançait qu’une base navale aiderait à l’enrôlement de Québécois et des Québécoises dans les Forces armées canadiennes en général et dans la Marine en particulier.

Lire ça me donne le goût de paraphraser la chanson « Le gars de la compagnie » des Cowboys Fringants :

« Ça va nous faire des jobs pour les Canadiens-Français

Bâtissez vos bases, nous on vous donne le fleuve »

Ça ne rime pas vraiment, c’est laid, comme l’idée derrière la chanson.

Et laid comme l’idée derrière la militarisation du Saint-Laurent.

Avant de me lancer dans mon habituelle tirade de sale gauchiste radical, je vais tout de même souligner quelque chose d’important : nous devons être en mesure de défendre notre territoire, nos eaux, nos forêts et nos terres contre des envahisseurs potentiels qui viendraient chercher à nous les voler, chose dont peuvent nous parler les Premiers Peuples pendant longtemps!

Mais cette nécessité d’avoir les moyens de nous défendre ne doit pas nous faire souscrire à un militarisme des plus destructeurs, ni à ce que l’État colonial canadien augmente l’empreinte de son bras armé sur notre territoire!

Car cette idée de base navale dans l’estuaire relève d’une logique de réarmement non pas pour protéger le territoire, mais pour aller livrer combat dans des conflits internationaux provoqués par les sociopathes au pouvoir qui enverront, une fois de plus, les prolétaires et les autres classes dominées mourir pendant qu’ils regarderont la valeur de leurs portefeuilles d’actions de marchands de mort exploser.

Et comme l’amiral Bonhomme qui cherche à confondre les sceptiques a désigné Rimouski comme emplacement potentiel avec Baie-Comeau, les maires Guy Caron de Rimouski et Michel Desbiens de Baie-Comeau (de même que Daniel Côté de Gaspé!) se sont lancés dans une mini-campagne de putass… de surenchère pour convaincre la Marine de venir parquer ses vaisseaux de guerre dans le Saint-Laurent.

On veut évidemment aller chercher l’argent public qui vient avec ce genre de projet et reconnaissons que la présence de matelots en ville fera fleurir l’économie (surtout les bars et les clubs de danseuses).

Tout ça alors qu’on apprend dans Le Devoir, sous la plume de l’indispensable Alexandre Shields, que Marinvest Energy cherche justement à relancer un projet de gaz naturel liquide à Baie-Comeau!

La faune et la flore marine qui tiennent notre écosystème à bout de bras?

Pas important, du moins pas autant que l’économie et la « défense »!

Nécromancie politique

Pendant ce temps, on a Éric Duhaime qui, tel un nécromancien, tente de posséder le cadavre politique de Maïté Blanchette Vézina dans la circonscription de Rimouski en s’associant à madame l’ex-ministre de la privatisation des ressources naturelles pour critiquer le projet de « constitution » porté par l’équipe de gérants des ventes du Québec au plus fort la poche. Disons qu’elle est quand même bien placée pour servir de lubrifiant parlementaire au Parti conservateur du Québec tant elle a les deux mains sur la manette de la machine à privatiser notre demi-pays et à vendre nos ressources, dont nos forêts, aux plus offrants, ce que ferait avec entrain un gouvernement conservateur mené par un agent d’influence de l’impérialisme états-unien.

Et tandis que le monde se remilitarise et que la droite radicale la plus mortifère gagne du terrain jusque chez nous, les nationaleux qui ont fini d’usurper les derniers racoins progressistes du Parti québécois cherchent encore à nous convaincre que l’immigration et le wokisme sont les plus grands obstacles et une menace existentielle à l’accession du Québec à l’indépendance!

J’imagine que ce sont les immigrants et les anarchistes qui sont la cause des menaces de fermeture des urgences à Trois-Pistoles et à Pohénégamook!?

En tout cas, eux, ils se sont mobilisés massivement pour tenter de les sauver!

Je le dis et je le répète – une révolution sera nécessaire, et ce sont les possédants qui en décideront le ton.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Transformations en cours : on ne peut plus enseigner comme si de rien n’était
    Du 7 au 10 janvier 2026, une délégation du Cégep de Rimouski et de l’UQAR participait aux États généraux « Transformations en cours – l’enseignement pour la transition écologique et sociale » au Collège Montmorency à Laval. Plus de 250 personnes étudiantes, enseignantes et conseillères en environnement y ont réfléchi au rôle de l’enseignement supérieur face à la crise socioécologique. Nous avons mesuré l’ampleur d’un décalage : nos institutions parlent de transition, mais nos structures d’ens
     

Transformations en cours : on ne peut plus enseigner comme si de rien n’était

14 avril 2026 à 10:35

Du 7 au 10 janvier 2026, une délégation du Cégep de Rimouski et de l’UQAR participait aux États généraux « Transformations en cours – l’enseignement pour la transition écologique et sociale » au Collège Montmorency à Laval. Plus de 250 personnes étudiantes, enseignantes et conseillères en environnement y ont réfléchi au rôle de l’enseignement supérieur face à la crise socioécologique.

Nous avons mesuré l’ampleur d’un décalage : nos institutions parlent de transition, mais nos structures d’enseignement continuent trop souvent de fonctionner comme si la crise n’existait pas. En traitant l’urgence socioécologique comme un thème parmi d’autres, on produit de l’impuissance, de l’indifférence et du cynisme. Julia Posca, chercheuse à l’IRIS, a rappelé que toutes les transitions ne se valent pas : il y a la transition « verte » souvent cosmétique, la managériale pilotée d’en haut et la transition réellement transformative, qui accepte de toucher au pouvoir, aux inégalités et aux limites planétaires. Si la transition reste un projet de gestion, elle échouera. Si elle devient un projet démocratique, elle peut ouvrir des possibles.

Le modèle éducatif dominant, individualiste et compétitif, est incompatible avec la coopération, la sobriété et le partage que la transition exige. On demande aux personnes étudiantes de performer dans un système fondé sur l’accumulation tout en espérant qu’elles puissent penser la rareté et les limites planétaires. C’est une contradiction structurelle. C’est dans cette incohérence que se trouve la radicalité dont on taxe les mouvements pour la justice climatique. Nous la vivons au travail : programmes chargés, manque de temps reconnu, injonctions administratives, attentes en matière d’« innovation » technique.

Angela Barthes, professeure en sciences de l’éducation et de la formation à l’Université d’Aix-Marseille, a mis des mots sur ce malaise : l’enjeu n’est pas seulement d’ajouter des contenus environnementaux, mais de repenser les curricula, la didactique, l’évaluation. Le problème contemporain n’est pas tant la passivité que l’impolitisme, l’incapacité de « se positionner, voire de se défendre face à des situations d’injustice1 ». C’est traiter des enjeux politiques comme des questions techniques, individuelles ou neutres en évacuant rapports de pouvoir, intérêts économiques et responsabilités collectives. Former sans politiser les enjeux produit de la résignation et désarme intellectuellement celles et ceux qui devront transformer ce monde.

Le collectif étudiant Hautes études post-croissance (HEPC) à HEC Montréal a montré qu’il est possible de politiser un milieu ultra-performant sans tomber dans la marginalité ou le repli militant. Par l’autogestion, la prise de décision par consensus et l’intelligence collective, ces étudiantes et étudiants ont bâti un espace de réflexion critique sur la croissance économique. Ils et elles ont créé des alliances avec des profs, investi les instances institutionnelles, occupé l’espace du campus et forcé l’ouverture de débats que la direction aurait préféré éviter. Les personnes étudiantes ne sont pas citoyennes « en devenir », mais des citoyennes et des citoyens dont la voix doit compter dans les choix qui orientent nos établissements.

Il n’y aura pas de transition sans justice. Le système éducatif actuel contribue à reproduire une vision qui sépare l’humain de son milieu, hiérarchise les savoirs et invisibilise les expériences des peuples autochtones et des communautés les plus touchées par la crise. Selon Émilie Deschênes, professeure en éducation et en gestion de l’éducation en contextes des Premières Nations et Inuit à l’UQAT, décoloniser n’est pas ajouter quelques contenus « culturels », mais redistribuer le pouvoir, recomposer nos façons d’enseigner, de gouverner et de produire les connaissances et accepter que nos institutions deviennent aussi des espaces d’écoute, de réparation, d’apprentissage collectif. On ne répondra pas à une crise issue de l’extraction, de la dépossession et des inégalités environnementales avec les mêmes logiques qui l’ont produite.

Il faut s’assurer que chaque personne diplômée comprenne les causes, les impacts et les dynamiques sociales de la crise; on doit obtenir un soutien institutionnel réel plutôt que de nous reposer uniquement sur le « bénévolat » de profs motivées et motivés; on doit briser les silos disciplinaires; développer des projets ancrés dans le territoire… Selon Isabelle Arseneau, titulaire de la Chaire de recherche en éducation transformatrice pour l’engagement climatique (UQAR), « il ne suffit plus de transmettre des connaissances : il faut apprendre aux personnes étudiantes à problématiser des situations complexes, […] à développer un rapport émancipé aux savoirs et à s’engager dans des projets concrets qui transforment réellement leur milieu ». Patricia Nourry, enseignante de philosophie au Cégep de Trois-Rivières et chargée de projet en écologisation, a montré, avec sa pédagogie des communs2, que la transition se joue aussi dans les liens, avec le cœur. Créer des projets interdisciplinaires utiles à la communauté, apprendre à décider ensemble, faire place aux émotions (indignation, joie, sentiment de puissance collective) redonnent du sens à l’apprentissage.

Nous voulons que cela se traduise concrètement dans notre milieu. Ouvrons des espaces de discussion syndicale et portons des revendications claires : du temps reconnu pour l’écologisation, des communautés de pratique soutenues, des projets-pilotes structurants et une place réelle pour les personnes étudiantes dans les décisions. Comme le mentionnait Isabelle Arseneau, nous revenons chargées et chargés d’un « espoir pratique : nous décidons de nous confronter non pas à la fin du monde, mais à la fin du monde tel que nous le connaissons », en commençant par notre travail. Et nous n’avons aucune intention de mener cette bataille chacun de notre côté.  

La version longue de ce texte a été publiée dans La Riposte, journal du Syndical des enseignantes et enseignants du Cégep de Rimouski (https://www.seecr.quebec/journal-la-riposte).  

1. Angela Barthes, « Quels curricula d’éducation au politique dans les questions environnementales et de développement? » Éducation et socialisation, no 63, 2022, https://doi.org/10.4000/edso.18744

2. « […] “les communs” désignent des groupes de citoyennes et de citoyens qui, sur une base autonome, cherchent à produire, à partager et à gérer collectivement des biens, des ressources et des services nécessaires à leur épanouissement, et ce, dans divers domaines […] », explique Marie-Soleil L’Allier dans « Les “communs”, un autre mode d’organisation sociale », 2023, https://actualites.uqam.ca/2023/les-communs-un-autre-mode-dorganisation-sociale/

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Réflexion sur La justice face aux incrédules
    Carlos Barra est un cœur qui parle. Depuis 2018, Monsieur Barra s’active à rassembler ses milliers de poèmes en solitaire, mais accompagné par tous les souvenirs des personnes qui ont jalonné sa vie. Originaire du Chili, Carlos Barra cherche du soutien pour la rédaction de son recueil de proses et poésies. Il vit seul et est à la retraite, aux alentours de Montréal, à la périphérie de l’île. Vous pouvez écrire à l’équipe du Mouton Noir qui s’occupera de lui transmettre votre message. Soutenons l
     

Réflexion sur La justice face aux incrédules

13 avril 2026 à 12:26

Carlos Barra est un cœur qui parle. Depuis 2018, Monsieur Barra s’active à rassembler ses milliers de poèmes en solitaire, mais accompagné par tous les souvenirs des personnes qui ont jalonné sa vie. Originaire du Chili, Carlos Barra cherche du soutien pour la rédaction de son recueil de proses et poésies. Il vit seul et est à la retraite, aux alentours de Montréal, à la périphérie de l’île. Vous pouvez écrire à l’équipe du Mouton Noir qui s’occupera de lui transmettre votre message. Soutenons l’initiative de Carlos Barra.

Il n’existe pas de vérité chez l’incrédule.

Les incrédules naïfs et leur légèreté intellectuelle croient aux mensonges.

Les incrédules naïfs peuvent facilement devenir les ennemis de la vérité.

Leurs démonstrations de la vérité sont négligées. Ne supposez pas qu’ils soient des incrédules soumis à la manipulation des accusateurs.

Les incrédules les plus dangereux sont ceux qui…

Qui exercent leurs fonctions au sein des tribunaux de justice.

Les aveugles incrédules peuvent se métamorphoser.

En tant qu’instruments de représailles.

Les incrédules sont responsables de l’absence de justice.

Incrédules, à la recherche de la condamnation.

Ignorants les principes essentiels de la justice.

Bref, le code des criminels est devenu le mana de l’abus.

La justice, pour un grand nombre de citoyens, est trop lente, trop coûteuse, trop complexe, voire inaccessible.

L’absence de l’assistance d’un avocat qui ne veut pas vous représenter car il ne répond qu’en silence, comme le 40 environ, contacté parce que je soupçonne d’être sur une liste noire. Sûrement illégal vous me direz.

Et, qui pensez-vous qui peut influencer des milliers d’avocats au Québec à ne pas te représenter ?

Alors, comment faire ?

Sans connaissance sur les droits aux recours et sur les procédures, cela compromet sans aucun doute les droits minimaux de faire valoir et revendiquer une justice nécessaire.

Une atteinte à la charte des droits et libertés de la personne, une atteinte à la constitution canadienne.

Mais, il est quasiment impossible, quand on te colle dans le front un numéro de dossier et une prescription de 30 jours et les 30 jours écoulés en détention.

Et le responsable de la Défense qui n’a jamais fait aucune objection en préférant être collaborateur et en bon terme avec la couronne.

Et sans connaissance du dossier qui disparaît dans la nature et lui qui ne répond à aucun appel et tout cela avec des ordonnances abusives sous l’ombre de l’immunité et de l’impunité.

Qui ne respecte pas la charte des droits des citoyens n’ayant aucune gêne à réclamer des honoraires qu’ils ne méritent pas.

JE CROIRAI EN LA JUSTICE LE JOUR OÙ JE CONNAÎTRAI L’AVOCAT QUI N’A PAS PEUR DE DÉNONCER LES INJUSTICES

ET QUI SE BAT POUR LES PLUS VULNÉRABLES.

QUI FAIT PREUVE DE RIGUEUR, DE DIGNITÉ, D’HONNEUR, DE MORALITÉ,

DE RESPECT DE SON CODE DE DÉONTOLOGIE ET DE LA PLUS GRANDE INTEGRITÉ.

AVEC UN CŒUR DANS LA POITRINE QUE PERSONNE N’A RÉUSSI À CORROMPRE

AVEC SON ÂME dans un milieu dans lequel les apparences sont trompeuses.

Une personne, une personne humaine dont le cœur N’EST PAS UNE MACHINE À CALCULER DES SOUS ET DES BÉNÉFICES.

QUI SERA PAYÉE ADÉQUATEMENT, GÉNÉREUSE, À SA JUSTE VALEUR, AVEC ET POUR SES SERVICES.

J’ai connu une personne intègre qui me représentait, qui a réussi à partiellement m’aider avant de finir ce qu’elle avait entamé.

Elle était forcée à regret, contre sa volonté, de me laisser en arrière, forcée de me laisser tomber.

Mais, avec elle, elle m’a prouvé que tout est possible pour briser la chaîne de l’omerta.

Et de jamais perdre l’espoir.

Les honoraires excessivement onéreux d’avocat deviennent un obstacle à l’accès au système judiciaire.

Ceux qui me touchent, c’est de voir des photos de tant d’avocats souriant en photos de groupe qui ignorent tant de malheurs et destructions provoqués par un système avec lequel ils doivent travailler avec leurs collègues.

Si on réunissait toutes les larmes de personnes injustement accusées, il y aurait sur Montréal un tsunami de larmes qui submergerait les palais de justice.

Et, en banlieue, la rivière l’Achigan sortirait de son lit.

 Parce qu’il ne s’agit pas d’un individu à qui on détruit sa vie, à qui l’on criminalise, ostracise, isole, mais d’un groupe familial et social détruit disséminé anéanti.

 Qu’a été écrasé sans aucun remords ni compassion, où les principales victimes sont les enfants qui perdent leur parent.

C’est palpable, le phénomène d’osmose qui se produit avec la routine qui distord et aveugle, endormant leur jugement.

Et comme dans tout le milieu, ils se sentent protégés par leur investiture, et leur club social.

Les effets catastrophiques dans leur attitude, comportement et façon d’agir en coulisse, sur le résultat pour leurs clients qui ignorent à quoi s’attendre.

Ça m’amène à la conclusion simple, qu’aucune personne n’est à l’abri de se faire un jour, de manière inattendue, diffamer et accuser.

Ou la gang des incrédules va tout faire, très unie dans sa ténébreuse mission de faire condamner des citoyens.

Des futurs clients qui vont continuer à faire rouler et utiliser cette machine à sous.

Dans cette société de consommation, saviez-vous combien d’argent produit le commerce à travers le Québec dans UN SEUL établissement de détention avec une moyenne de 400 « PERSONNES » par année ?

Une moyenne d’achat minimal pour les plus pauvres par semaine, c’est de 50,00 $.

Le montant de 1 040 000 $ par année.

Soit 20 000 par semaine.

Environ 30 000 personnes détenues à travers le Québec, des personnes qui sont en détention.

Imaginez-vous ce que cela représente, combien à travers le Canada !!

50 $ par semaine pour les plus défavorisés, les plus riches peuvent acheter 100 $ ou 200 $ qu’ils vont partager avec leur  »pote ».

Ça s’appelle la cantina, comme de fois le manger, n’est pas trop appétissant.

Par semaine : 50 $ x 30 000 = 1 500 000 $ x 78 000 000 $ en consommation en nourriture et divers par an.

$ 78 000 000 $ de consommation des personnes détenues, ça fait rouler l’économie.

Les manufactures pour différents objets de consommation,

Ça représente des milliers d’emplois à tous les niveaux de la société créés à cause de personnes détenues, alors il continue à contribuer à la société malgré tout.

Dernièrement, je rencontre pour consulter dans un cabinet un jeune avocat tout frais sorti de l’université qui n’est pas encore touché par l’ambition de devenir riche sur la misère humaine.

Demi-heure : 450 dollars.

450 $ dollars, il s’explique qu’il ne charge pas, c’est le cabinet et ses tarifs…

Pendant que les travailleurs travaillent 40 heures par semaine et gagnent brut 644 $, 16,10 $ de l’heure.

Alors comparons un avocat par cabinet à 40 heures par semaine qui charge 450 pour une demi-heure : ça, voici l’équivalent de 900$ de l’heure = 36 000 $ en 40 heures, un commerce lucratif.

Imaginez-vous quand il y a 40, 50, 60 avocats dans le même cabinet ?

Comment avoir accès à la justice??

Nota Bene : Je tiens à souligner que ce témoignage constitue une coïncidence fortuite entre le destin et la réalité.

Réflexion sur La justice face aux incrédules. Une autre opinion et une autre vision sur la justice…

Les incrédules naïfs peuvent facilement devenir les ennemis de la vérité.     

  • Carlos Barra, un écrivain infiltré dans l’enfer, 30-03-2026
  • ✇Journal le Mouton Noir
  • À la recherche de l’humain derrière la machine
    Il fut un temps où les institutions publiques étaient conçues comme des remparts, des structures au service de l’humain, capables de protéger, d’encadrer et de soutenir les individus dans leurs moments de plus grande vulnérabilité. Aujourd’hui, ce fondement semble s’effriter, au point où l’on peut légitimement se demander si ces mêmes structures n’ont pas progressivement dérivé vers une logique de fonctionnement autonome, parfois déconnectée de leur mission première. Ce glissement ne s’est pa
     

À la recherche de l’humain derrière la machine

9 avril 2026 à 09:38

Il fut un temps où les institutions publiques étaient conçues comme des remparts, des structures au service de l’humain, capables de protéger, d’encadrer et de soutenir les individus dans leurs moments de plus grande vulnérabilité. Aujourd’hui, ce fondement semble s’effriter, au point où l’on peut légitimement se demander si ces mêmes structures n’ont pas progressivement dérivé vers une logique de fonctionnement autonome, parfois déconnectée de leur mission première.

Ce glissement ne s’est pas opéré dans le chaos, ni dans la rupture, mais dans une forme de continuité silencieuse, alimentée par l’accumulation de règles, de protocoles et de mécanismes administratifs qui, en cherchant à encadrer, ont fini par rigidifier. À mesure que les systèmes se sont structurés, ils se sont aussi éloignés du terrain, de la complexité des situations humaines et de la nuance nécessaire à toute intervention juste.

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si le système fonctionne, car il fonctionne. Il produit des décisions, il traite des dossiers, il génère des résultats. La véritable question est ailleurs : fonctionne-t-il encore pour ceux qu’il est censé protéger ?

Car derrière chaque décision institutionnelle, il n’y a pas uniquement des faits à analyser, mais des réalités humaines qui ne se résument pas à des grilles d’évaluation. Des enfants, des familles, des parcours de vie entiers se retrouvent influencés, parfois transformés, par des décisions prises dans un cadre où la conformité peut, à certains moments, primer sur la compréhension.

Ce décalage, de plus en plus perceptible, ne relève pas uniquement de cas isolés. Il s’inscrit dans une dynamique plus large, celle d’un système qui tend à se refermer sur lui-même, à se protéger, à se justifier, plutôt qu’à se remettre en question en profondeur lorsque ses effets deviennent problématiques.

C’est ici que le malaise s’installe.

Non pas dans l’existence d’erreurs, car aucun système n’en est exempt, mais dans la difficulté à reconnaître ces erreurs, à les corriger et à en tirer des apprentissages réels. Lorsque les mécanismes de rétroaction s’affaiblissent, lorsque les critiques sont perçues comme des menaces plutôt que comme des leviers d’amélioration, le système cesse progressivement d’évoluer.

Dans ce contexte, une question fondamentale s’impose : À partir de quel moment un système de protection cesse-t-il de protéger pour commencer à se protéger lui-même ?

Car un système qui priorise sa stabilité au détriment de sa mission finit inévitablement par perdre sa légitimité aux yeux de ceux qu’il est censé servir.

La réponse ne se trouve pas uniquement dans des réformes ou des ajustements structurels. Elle réside dans une capacité collective à réintroduire de la réflexion, de la nuance et surtout de l’humain au cœur des décisions.

Parce qu’au-delà des cadres, des lois et des procédures, une société se mesure aussi à sa capacité à ne pas perdre de vue l’essentiel :

L’humain derrière chaque dossier.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Lettre à la rédaction d’un médecin immigrant sorti d’un roman de Camus
    Ayant quitté les miasmes d’Oran pour les briques rouges de la Petite-Italie, je croyais, dans mon ingénuité de médecin exilé, que la peste n’était qu’un vestige de l’histoire. Je découvre ici, entre les étals colorés du Marché Jean-Talon où l’abondance des fruits semble masquer la disette des soins, une pathologie bien plus subtile : une langueur administrative où le salut du patient est indexé sur la répétition de ses visites. Mon cabinet, niché à l’ombre des clochers de l’église Notre-Dame-
     

Lettre à la rédaction d’un médecin immigrant sorti d’un roman de Camus

31 mars 2026 à 08:49

Ayant quitté les miasmes d’Oran pour les briques rouges de la Petite-Italie, je croyais, dans mon ingénuité de médecin exilé, que la peste n’était qu’un vestige de l’histoire. Je découvre ici, entre les étals colorés du Marché Jean-Talon où l’abondance des fruits semble masquer la disette des soins, une pathologie bien plus subtile : une langueur administrative où le salut du patient est indexé sur la répétition de ses visites.

Mon cabinet, niché à l’ombre des clochers de l’église Notre-Dame-de-la-Défense, m’a vite enseigné l’art de la « temporalité thérapeutique ». Un patient se présente-t-il avec une simple éruption fongique ? Le bon sens commanderait de lui remettre le tube salvateur et de passer au suivant. Mais le système, dans sa grande sagesse, ne rémunère pas la guérison, il rémunère la présence. On prescrit d’abord un produit en vente libre. Le pharmacien, complice malgré lui, demande alors une modification pour que l’assurance assume les frais. Le patient revient. Je vois son tube presque vide, mais je garde le silence sur le renouvellement. Pourquoi hâter les choses ? Qu’il revienne une troisième fois.

Faisons le compte, cette arithmétique de l’absurde : le patient aura déboursé 20 $, l’assureur 40 $, et la Régie me versera environ 150 $ (à raison de quelque 50 $ par visite) pour une simple crème. En Inde, ce même patient aurait obtenu son onguent pour 200 roupies (4 $) chez le premier apothicaire venu, sans même solliciter un spécialiste qui, lui, ne lui en aurait coûté que 10 $.

Mais ici, le progrès est un chemin de croix. J’ai vu un homme porter une tumeur précancéreuse, une promesse de mort encore évitable. Il a attendu six mois pour un simple appel de rendez-vous. Dans cet intervalle souverain, le bénin est devenu malin. Ce patient coûte désormais 50 000 $ au système, mais il a reçu sa sentence capitale dans les règles de l’art. Et ne parlons pas du téléphone : demander un renouvellement par appel est un tabou strictement religieux. Le médecin de famille est une idole que l’on ne peut consulter qu’en personne, au prix d’une journée de travail perdue pour le fidèle.

Parfois, je regrette ces journées de poussière en Algérie. Certes, la peste rôdait, mais le médecin vous envoyait une bouffée de tabac au visage en guise de remède, produisait un onguent de sa sacoche lors d’une visite à domicile et l’affaire était classée. Ici, nous avons le progrès, nous avons les statistiques, et nous avons le temps — surtout celui de mourir en attendant que le dossier progresse.

Le Canada avance, d’un pas lourd et assuré, vers un horizon où le coût de la vie est surpassé par le prix de la survie bureaucratique.

Note : Ceci est une œuvre de fiction satirique.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • APPEL DE TEXTES : Vol. XXXI, no 5 mai-juin 2026
    Date de tombée : 15 avril 2026 700 mots maximum La planète est en feu! Les guerres se multiplient. Les féminicides font la manchette régulièrement. Racisme, homophobie, iniquité et inégalité. Pourrions-nous utiliser l’argent utilisé par les pays pour favoriser la militarisation et la course aux armes à d’autres fins? Serait-il plus judicieux de partager des fonds à des moins nantis? A-t-on encore des projets de société axés sur la justice sociale? Comment trouvez-vous la position du Canada
     

APPEL DE TEXTES : Vol. XXXI, no 5 mai-juin 2026

30 mars 2026 à 13:17

Date de tombée : 15 avril 2026

700 mots maximum

La planète est en feu! Les guerres se multiplient. Les féminicides font la manchette régulièrement. Racisme, homophobie, iniquité et inégalité. Pourrions-nous utiliser l’argent utilisé par les pays pour favoriser la militarisation et la course aux armes à d’autres fins? Serait-il plus judicieux de partager des fonds à des moins nantis? A-t-on encore des projets de société axés sur la justice sociale? Comment trouvez-vous la position du Canada?

Plus près de nous, parlez-nous de la décision de la députée indépendante de Rimouski Maïté Blanchette Vézina de joindre les rangs du Parti Conservateurs du Québec…Quelle honte! Nous aurons donc une députée conservatrice jusqu’aux élections de l’automne! Plus largement, les partis politiques devraient jouer quel rôle? Sont-ils encore pertinents?

Exprimez-vous aussi sur d’autres sujets que vous jugez pertinents.

IMPORTANT : Contactez Le Mouton avant de commencer à écrire pour éviter que deux personnes ne travaillent sur la même thématique.

mouton@moutonnoir.com

Important : Nous ne garantissons pas la publication de tous les textes reçus. Et nous nous réservons le droit d’éditer votre texte.

SECTION CULTURELLE CHAMP LIBRE

Nous vous invitons à nous envoyer vos critiques de cinéma, de livres, de musique, d’arts visuels, d’art de la scène et autres manifestations artistiques ainsi que vos réflexions sur la place de l’art et de la culture en région.

Date de tombée : 15 avril 2026

Longueur maximale : 550 mots pour la section Champ libre

Courriel : culture@moutonnoir.com

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Pour un Québec en tabarnak!
    Être bucké à protéger la langue française, c’est en faire une langue de bois, une langue de musée, une langue nostalgique du PQ des années 70 et au final une langue morte. Parce que le temps passe qu’on le veuille ou non. Défendre la langue française comme y’a cinquante ans, c’est comme s’accrocher très fort aux poignées d’un tapis roulant sans bouger les pieds – t’as juste l’air cave et tu risques de te péter la gueule! Pour moi, la seule façon de garder le français et surtout la culture qué
     

Pour un Québec en tabarnak!

23 mars 2026 à 10:25

Être bucké à protéger la langue française, c’est en faire une langue de bois, une langue de musée, une langue nostalgique du PQ des années 70 et au final une langue morte. Parce que le temps passe qu’on le veuille ou non. Défendre la langue française comme y’a cinquante ans, c’est comme s’accrocher très fort aux poignées d’un tapis roulant sans bouger les pieds – t’as juste l’air cave et tu risques de te péter la gueule!

Pour moi, la seule façon de garder le français et surtout la culture québécoise vivante – et pas juste une langue de loser qui ont peur de leur ombre – c’est de recommencer à faire du joual! Laisser la langue vivre sa vie sans essayer de l’emprisonner dans les barreaux de l’isolationnisme du toujours pareille. Embrasser un nouveau joual qui accueille les évolutions créoles de la langue et invite les autres cultures à enrichir un nouveau « nous » québécois. 

Parce que le français d’icitte y’a jamais été pur, ça toujours été une courte pointe rapaillée – de Bretagne, de Normandie, d’Irlande et puis de Grèce et d’Italie. Et pis crisse, le mot « Québec » on va pas se mentir à base y’est algonquin.

Alors, le français décline : que cela ne tienne, il faut faire des Michel Tremblay et des Michèle Lalonde de nous même! Pas se mettre à dire comme les autres colons : « Speak white t’au Québec icitte! ». Que ce soit Céline ou Xavier Dolan y’ont pas peur de leur montrer de quel bois elle se chauffe la culture québécoise. Ça s’ostine pas sur le fétichisme de la langue proprette, mais ça se salit pour quelle vive la culture.

Je m’en câlisse que Simple Plan ou Dead Obies chantent en anglais – si tu fais toute en français, mais la même estie d’affaire qu’aux États, bin est déjà morte la culture québécoise. Et il me font chier raide les souverainistes qui me rabbachent les oreilles avec les taux d’immigration et leurs « bonjour hi » et qui écoutent du Netflix, du Spotify et du Instagram ou que ça magasine au Walmart et au Costco. Ça s’appelle parler la bouche plein de marde et de la marde américaine en plus!

Si toute cet argent là était mise en culture, bin y’en aurait pas de problème de langue pis d’identité nationale triste dans son ptit coin : les chinois-e-s, les arabes, les haïtien-ne-s du pays ça slammeraient en français, ça ferait des jokes et des Tiktok en français, ça dirait « pantoute », « talheure » ou « retontir » comme d’autres disent « bro » ou « wesh ». Et peut-être que ça serait avec un différent accent, mais ça serait bin beau de même!

Un Québec en tabarnak plutôt que sur la défensive serait déjà en train de se libérer de l’impérialisme anglais parce qu’on s’en sacrerait complètement d’acheter leurs coccins chipettes ou leurs séries prémâchées! Ce Québec-là se nourrirait de ce qui existe de bigarré « chez nous » et se solidariserait avec les autres opprimé-e-s pour grandir et gagner en résistance. On aurait envie de le rejoindre et pas juste de le craindre comme un bully avec ces ami-e-s toutes pareilles. On aurait pas besoin d’une constitution de crapules en cravate et on mettrait notre énergie pour que la jeunesse puisse juste croire en un futur.

Et, on aurait pas à faire de l’indépendance sur le dos du monde dont les parents sont arrivés icitte avant que je sois né. Des québécois-e-s qui vont juste pas se reconnaître dans un référendum pur laine – achetée sur Amazon ou Market Place ta laine? – et moi non plus. Je passerais pas quatre chemins pour le dire : en faisant boutique aux politiques à courte vue d’à côté, on se magazine juste un troisième « non » à pleurnicher pendant les vingt prochaines années comme PSPParizeau.

La morale c’est que quand tu veux plus accueillir du monde chez vous, c’est que t’es pu fière du ménage que t’as pas faite. Alors, siouplaît ciboire donnez-moi un Québec dont je puisse un peu être fière!

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Indépendance ou égalité? L’œuf ou la poule ou le PQ au bout du rouleau
    Avant la naissance du PQ, l’indépendance du Québec était une idée large. Il y avait bien sûr quelques nationalistes old-school adeptes du « maudits anglais », mais  à gauche émergeaient des adeptes d’un mouvement internationaliste et décolonial basé sur une lecture marxiste et pour qui l’ennemi est l’impérialisme. Syndicats, RIN, mouvements ouvriers, artistes forment une gauche indépendantiste avec, tout au bout, le FLQ, solidaire des luttes de décolonisation en Afrique et en Amérique du Sud.
     

Indépendance ou égalité? L’œuf ou la poule ou le PQ au bout du rouleau

11 mars 2026 à 14:39

Avant la naissance du PQ, l’indépendance du Québec était une idée large. Il y avait bien sûr quelques nationalistes old-school adeptes du « maudits anglais », mais  à gauche émergeaient des adeptes d’un mouvement internationaliste et décolonial basé sur une lecture marxiste et pour qui l’ennemi est l’impérialisme.

Syndicats, RIN, mouvements ouvriers, artistes forment une gauche indépendantiste avec, tout au bout, le FLQ, solidaire des luttes de décolonisation en Afrique et en Amérique du Sud. Comme elles, le front sera aussi un terrain d’émancipation pour des corps de police en mal d’héroïsme.

Idéateurs de cette gauche séparatiste : Charles Gagnon (du Bic) et Pierre Vallières. Frères de combats, clandestins, prisonniers, ils divergent pourtant d’opinion sur la primauté des choses. Si Gagnon attend le « grand jour » où la révolution prolétarienne mènera à l’indépendance, Vallières croit que la « conscience nationale » est la base d’une société libre. L’œuf ou la poule.

1972, Vallières se rallie au PQ et publie L’Urgence de choisir, un pamphlet qui invite la gauche à rallier les rangs du PQ.  Gagnon, lui, publie Pour le parti prolétarien, manifeste qui tire à plein feu sur les orientations du PQ, qualifiant Parizeau et Lévesque de fils spirituels de Duplessis. En entrevue, il assène : « Ya rien de pire que les nationalistes pour attaquer la classe ouvrière. »

Mais, dès 1972, quand Morin annonce que « les gauchistes, les anarchistes, les marxistes n’ont pas à s’attendre à un régime de faveurs dans un Québec indépendant », le mariage bat de l’aile entre Vallières et le PQ. En 1978, déçu, honteux, rageur, Vallières publie Les scorpions associés, ouvrage qui, sous forme de lettres adressées au premier ministre, exprime sa déception face aux orientations du PQ. On y lit :  « On est désagréablement surpris de voir le PQ déserté par plusieurs éléments de son aile gauche. Ce net glissement à droite laisse prévoir de sérieux conflits avec les syndicats […], de plus, il décourage les intellectuels, les étudiants, les écologistes et les féministes qui espéraient un bond en avant dans la conscience politique. » Dont acte.

Si le personnage Lévesque réussit à rassembler par sa simplicité et sa rigueur intellectuelle, les investitures post-Lévesque couronnent inévitablement des riches, des économistes, des gens du Québec INC., symboles mêmes du pouvoir impérialiste avec leurs grosses baraques, leurs majordomes et leurs complets cinq pièces. Johnson, Parizeau, Marois, ça boit pas de la bière flatte. Et Péladeau. Vous avez aimé l’Italie?

PSPP

40 ans après le départ de Lévesque, PSPP semble bien décidé à assumer l’image de nationaliste de la nouvelle droite, jeune, propre et décomplexée. Car aujourd’hui, on fait la politique du sondage, et qui c’est qui cartonne? C’est Jordan Bardella. Le facho présentable, porte-voix d’une droite populiste qu’on retrouve aussi bien en France, dans les médias Bolloré, ici dans le Journal de M, et des fois à TLMEP, au sud, dans la bouche du président.

Un modèle de marketing politique punché

Au diable l’équité, les bons sentiments de la gauche, on part un show de boucane, on lance l’œuf et on jacasse avec la poule que c’est la faute des minorités, des immigrants, des universitaires qui sont biaisés, blablabla… Comme Trump, il envoie des diarrhées, dans une rhétorique qui prouve sa méconnaissance des enjeux dont il parle et qui font preuve de son désir de diviser, de faire la « wedge politic ». On reprend le moulin à vent woke …

Quand je l’entends, ça me rappelle ce sketch d’Yvon Deschamps, sur la situation du français où il finit par dire que s’il veut éviter l’assimilation c’est parce que, je le cite : « Moi, mes enfants, y sont épais! Y s’ront jamais capables d’apprendre l’anglais. »

Quand PSPP nie l’existence du racisme systémique (qu’il a reconnu il y a quelques années – comme Doug Ford, le gauchiste), quand il s’attaque à l’intégrité des chercheurs financés par le fédéral, à la « loyauté » des artistes, je me dis qu’il nous prend vraiment pour des épais. La preuve qu’il a tort : ce journal reçoit des revenus publicitaires du gouvernement du Québec et je peux écrire : Va chier PSPP!!

Avec une moyenne de 17 k$ de revenu annuel, avec le soutien des deux gouvernements, ils sont morts de faim, Paul, les artistes loyalistes. Et de toute façon quand un gouvernement croit pouvoir dicter un code moral à ses créateurs, là il faut appeler une poule Poule Pot (rire mitigé).

Allons, Paul. Je le sais au fond que tu n’es pas un parfait imbécile – personne n’est parfait. Tu n’es sans doute pas méchant, non plus. Alors, svp arrête de jouer ce personnage grossier.

Parce que l’histoire que tu nous racontes là, ça finit par « Quelque chose comme un ti-peuple ».

C’est moi ou la poule pond des œufs bruns.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • CONTRÔLE BIOLOGIQUE SÉLECTIF DES INSECTES PIQUEURS?
    Voilà une phrase parfaitement formulée pour séduire une population encore peu informée sur ce qu’est réellement le Bacillus thuringiensis israelensis (Bti). Bienvenue dans le monde du marketing, de l’écoblanchiment et du lobbying. Décortiquons ce que chaque mot veut vraiment dire: CONTRÔLE : devrait plutôt être changé pour « pesticide » ou « insecticide » ou « larvicide », car le Bti est avant tout un produit utilisé pour détruire des insectes à la base de la chaîne alimentaire, ceux-là mê
     

CONTRÔLE BIOLOGIQUE SÉLECTIF DES INSECTES PIQUEURS?

8 mars 2026 à 13:26


Voilà une phrase parfaitement formulée pour séduire une population encore peu informée sur ce qu’est réellement le Bacillus thuringiensis israelensis (Bti). Bienvenue dans le monde du marketing, de l’écoblanchiment et du lobbying.


Décortiquons ce que chaque mot veut vraiment dire:


CONTRÔLE : devrait plutôt être changé pour « pesticide » ou « insecticide » ou « larvicide », car le Bti est avant tout un produit utilisé pour détruire des insectes à la base de la chaîne alimentaire, ceux-là mêmes qui nourrissent des insectivores comme des poissons, des oiseaux, les libellules et les batraciens. Pis encore, aucun contrôle n’est effectué par les instances gouvernementales sur les quantités résiduelles de Bti sur le terrain, après épandage. Pourtant, le Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, dans son dernier rapport sur le Bti “Orientation relative au contrôle des insectes piqueurs à l’aide du Bti” préconise le principe de précaution et l’utilisation d’alternatives, et ce, en raison d’études récemment publiées qui démontrent des effets directs et indirects du Bti sur d’autres espèces. Malgré cela, ce même ministère continue à émettre des autorisations aux municipalités et aux propriétaires privés.


BIOLOGIQUE : L’industrie, et même parfois des fonctionnaires, nous présentent le produit comme étant biologique, comme on a retrouvé cette bactérie naturellement dans le sol en Israël. Il faut savoir que les formulations utilisées ne comptent que pour environ 10 % du contenu en Bti et que pour rendre ce pesticide utilisable à grande échelle, l’industrie rajoute près de 90 % d’autres ingrédients, produits chimiques, notamment des agents de conservation, des surfactants et des agents de protection contre le rayonnement UV et on ne sait quoi encore! De plus, compte tenu de la législation sur le secret industriel, il est impossible pour les chercheurs indépendants des entreprises qui préparent les formulations commerciales de démontrer l’impact exact de ces additifs. Dans ce contexte, qui peut vraiment affirmer que le Bti est biologique?


SÉLECTIF : L’industrie prétend que le Bti ne tue que les moustiques et les mouches noires alors que c’est faux. Le produit affecte aussi, notamment, leur proche cousin, les chironomes (non-piqueurs), une espèce plus prolifique que les moustiques et qui se trouve, elle aussi, à la base de la chaîne alimentaire. Plusieurs études ont également démontré des effets directs néfastes sur des espèces comme certaines grenouilles.
INSECTES PIQUEURS : Des insectes qui piquent, il y en a une panoplie : les abeilles, les guêpes, les acariens, les punaises de lit, les taons, les tiques et j’en passe. Ces dernières années, ce sont les tiques qui nous menacent, et cela, bien plus que les moustiques et les mouches noires et le Bti n’a aucun effet sur les tiques. Lorsque l’industrie utilise le terme INSECTES PIQUEURS, il tend à induire un faux sentiment de sécurité chez les citoyens.


Personne n’aime les moustiques, mais TOUS, nous avons la responsabilité de protéger notre biodiversité régionale. C’est ce qu’ont fait plusieurs villes au Québec, dont Saint-Colomban, Labelle, Terrebonne (2022), Longueuil, Mont-Saint-Grégoire, Mirabel, Nicolet et Gatineau (2023), Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson et Bégin (2024), Repentigny et Blainville (2025); chacune de ces municipalités a choisi de se responsabiliser et de protéger la biodiversité en votant en faveur d’un arrêt définitif sur leur territoire de ces programmes d’épandages, injustifiés à tous points de vue. Il ne faut pas oublier qu’il y a de moins en moins d’insectes en général, incluant les moustiques et les mouches noires, et qu’il y a moyen de se protéger c.-à-d. d’éloigner ces espèces avec des répulsifs.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Changement de culture: Je sais rien faire
    Cet automne, j’ai suivi Les Décarbonés. Une téléréalité animée par une humoriste? Qu’à cela ne tienne : pour une fois qu’une émission grand public éduquait à la diminution de l’empreinte environnementale, impossible de la bouder. Je connaissais aussi la sensibilité écologique de Korine Côté, l’animatrice, agente double à l’émission d’ICI Première Feu vert. Moi qui me documente sans arrêt sur la question environnementale, je n’y apprendrais pas grand-chose, me suis-je dit, mais au moins, je me se
     

Changement de culture: Je sais rien faire

4 mars 2026 à 07:32

Cet automne, j’ai suivi Les Décarbonés. Une téléréalité animée par une humoriste? Qu’à cela ne tienne : pour une fois qu’une émission grand public éduquait à la diminution de l’empreinte environnementale, impossible de la bouder. Je connaissais aussi la sensibilité écologique de Korine Côté, l’animatrice, agente double à l’émission d’ICI Première Feu vert. Moi qui me documente sans arrêt sur la question environnementale, je n’y apprendrais pas grand-chose, me suis-je dit, mais au moins, je me sentirais en communauté de pensée avec des gens à la télé – c’est rare.

Pourtant, dès la première émission, j’ai eu une révélation : je ne sais rien faire. Je ne sais pas réparer des objets, je sais à peine coudre (une chance que j’ai eu de l’économie familiale en secondaire 2), je ne sais pas construire une structure en bois… C’est en trois dimensions? Je panique. Contrairement aux participantes et participants, je pourrais ne pas apprendre, demandant au monde de venir à mon aide. Après tout, la société est ainsi faite que je pourrais demeurer dans la sphère intellectuelle toute ma vie, payant les autres pour des services, en mode de chacun selon ses compétences…Mais me sentirais-je parfaitement utile? Non. Car tous n’ont pas besoin de poésie; mais tous ont un jour besoin qu’on passe une moppe, qu’on cuisine une soupe, qu’on donne un coup de marteau.

En brassant des mots et en réduisant ma consommation le plus possible, j’agis pour le vivant, certes, mais il manque le contact charnel avec le monde. Il manque cette compréhension que ce que je modifie me modifie aussi, que cette interaction humain/non-humain incarne un rapport sain, plus complet avec mon environnement.

Si je ne sais rien faire, au fond, c’est que je n’ai rien appris. Qu’on ne m’a pas appris grand-chose. L’identification des plantes et des oiseaux au camp de vacances, on n’en reparlait plus après, donc j’ai oublié. Les recettes traditionnelles? J’ai brisé la transmission en devenant végétarienne. Les savoir-faire artisanaux? J’étais trop occupée avec mes études et le magasinage (de seconde main, mais quand même). Le pont entre bébé-boumeurs et Y s’est effrité, on a haussé les épaules et on s’est pris de notre plein gré dans les pièges de la modernité.

Alors comment une déconnectée du réel comme moi, malhabile en plus, peut-elle espérer qu’on se libère de la consommation, source de notre aliénation du monde qui nous entoure? Selon Paul Ariès, « [n]ous ne [le] pourrons que si nous prenons conscience que l’enjeu n’est pas d’abord quantitatif (consommer plus ou moins) mais qualitatif (quel mode de vie voulons-nous?). Comment nous libérer si nous demeurons dans une société dominée par l’économie1? »

On fait quoi?

On se mobilise pour faire rentrer dans les écoles l’enseignement de compétences manuelles, comme le Profil d’autonomie citoyenne du Cégep de La Pocatière qui, dans les mots de la journaliste Magalie Morin, « répare quelque chose du lien entre les jeunes et le monde2 ». Il ne s’agit pas ici de former des survivalistes (tant s’en faut!), mais d’« encapaciter ».

On rejoint le Cercle des fermières, comme plusieurs jeunes femmes qui « veulent revenir aux sources. Ce n’est plus acheter, acheter et jeter3 ».

On lit / on écoute

Pour nous motiver à repriser nos bas ou à devenir frugane4, le documentaire La richesse des ordures de Dominic Simard (2025), sur Tou.tv. Et Les Décarbonés, sur TV5 Unis : car la prise de conscience de mon incompétence a vite été suivie de ma mise en action. À suivre!

1. Paul Ariès, Désobéir et grandir : vers une société de décroissance, Écosociété, 2017 [2009], p. 73.

2.  Magalie Morin, « Réparer le monde au cégep de La Pocatière », Unpointcinq, 9 décembre 2025. https://unpointcinq.ca/sinspirer/cegep_la-pocatiere-autonomie-citoyenne/

3. Sylviane Carrier, présidente régionale du Cercle des fermières, dans Bruno St-Pierre, « Cent-dix ans de tradition et de solidarité », Le Soir, 10 décembre 2025, p. 12.

4. « Personne qui participe de façon limitée au système économique conventionnel, qui adopte des pratiques prônant la récupération des aliments et des objets et qui, par ses actions, contribue à lutter contre le gaspillage alimentaire, la surconsommation ainsi que la surexploitation des animaux et des ressources naturelles » (Office québécois de la langue française, 2023, https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/26504985/frugane)

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Concerto pour cuivres et hormones: Rencontre avec Jean-François Aubé
    Cinéaste plusieurs fois primé, Jean-François Aubé enseigne dans le programme Arts, lettres et communication au campus collégial de Carleton-sur-Mer. Depuis 2014, il a élargi la palette de ses projets artistiques avec la publication d’un recueil de nouvelles, d’un roman et de deux pièces de théâtre. Son plus récent livre, Tout ce qui déborde, s’adresse en principe à un lectorat adolescent. En principe… Rencontre avec un raconteur doué. Philippe Garon – Cette histoire met en scène des élèves du
     

Concerto pour cuivres et hormones: Rencontre avec Jean-François Aubé

2 mars 2026 à 11:19

Cinéaste plusieurs fois primé, Jean-François Aubé enseigne dans le programme Arts, lettres et communication au campus collégial de Carleton-sur-Mer. Depuis 2014, il a élargi la palette de ses projets artistiques avec la publication d’un recueil de nouvelles, d’un roman et de deux pièces de théâtre. Son plus récent livre, Tout ce qui déborde, s’adresse en principe à un lectorat adolescent. En principe… Rencontre avec un raconteur doué.

Philippe Garon Cette histoire met en scène des élèves du secondaire qui participent à un concours d’harmonies. Est-ce que c’est autobiographique?

Jean-François Aubé   Non, j’ai même jamais touché à un cor français! Mais une des choses que j’aime en écriture, c’est justement de m’immerger dans un domaine que je ne connais pas. Ça demande de la recherche. J’ai rencontré beaucoup de gens qui ont fait partie d’harmonies, beaucoup de cornistes. J’ai recueilli beaucoup d’anecdotes sur le Festival des harmonies de Sherbrooke. Par contre, le personnage de Nicolas me ressemble d’une certaine façon. Moi aussi, j’étais très timide, très silencieux. Comme je bégayais, je me réfugiais dans mon monde intérieur. L’enfant qui aborde la vie adulte ressemble aux notes de musique qui s’arrachent à leur partition. Elles doivent s’extraire d’un monde pur et parfait pour arriver dans la réalité, qui ne l’est pas.

Cela dit, en écriture, on parle toujours de soi, alors j’essaie le plus possible de me projeter à l’extérieur de moi-même en choisissant des champs d’activités qui ne me sont pas familiers. Il y a quelques années, je travaillais comme animateur socioculturel au cégep de Rimouski. On avait écrit une histoire qui ressemblait à ça. Je trouvais ça très riche. C’est resté et j’ai décidé de pousser l’exercice.

P. G.  Pourquoi as-tu voulu cette fois t’adresser spécifiquement à un public adolescent?

J.-F. A.  Au début, je me doutais bien que ça pouvait être un roman pour ados. Mais ça me paralysait. Je me demandais : « Ce mot-là est-tu trop long? Cette phrase-là est-elle compréhensible? » J’ai fini par juste me concentrer sur ce que j’avais le goût de raconter. En parlant avec les gens chez Boréal, ce qui leur a plu, c’est justement que je ne m’étais pas forcé à m’adresser spécifiquement à un public adolescent.

P. G.  Parler de la sexualité des jeunes, c’est pas facile. Qu’est-ce qui t’a guidé dans ce défi?

 J.-F. A.  L’envie de faire ça, tout simplement, de parler de l’éveil sexuel d’un jeune garçon. L’envie de parler du désir, de nous rappeler que le désir, c’est quelque chose de beau, que c’est une des belles expériences de la vie. Notre rapport à la beauté commence un peu là. Il s’enracine là. Les expériences de beauté viennent se coller sur ces premiers émois sensuels. Tous les désirs de la vie adulte sont des versions sublimées de ces premiers désirs. J’ajouterais que le début du désir, c’est le début de la poésie. Et que la force intérieure qui nous pousse vers quelqu’un, c’est aussi un premier test d’empathie. Voir l’autre comme un sujet et pas juste comme un objet, en proie comme nous à la joie et à la souffrance, c’est crucial pour le développement du sens moral. Le thème de la sexualité a suscité de belles discussions pendant le processus éditorial. C’est un sujet prégnant dans notre époque. On aurait pu être plus frileux par rapport au désir masculin. Il y a tellement de récits d’agressions sexuelles. Mais je voulais montrer des relations saines et que ça prend une place magnifique dans l’affirmation de notre identité.

P. G.  Le personnage de Petit Hautbois vit des moments difficiles. Pourquoi as-tu choisi de ne pas résoudre le conflit dans lequel il se retrouve?

J.-F. A.  L’école secondaire, il y a des gens pour qui ça ne marche pas bien. Que j’aie choisi de ne pas régler la situation dans laquelle se trouve ce jeune, ça montre juste qu’il y a des élèves qui vivent ça, qui vont peut-être porter de telles expériences toute leur vie. En tant que lecteur, j’aime que tout ne soit pas forcément bouclé. Quand je vois les ficelles à la fin d’un livre, ça m’achale. J’aime ça quand il reste des éléments qui ne sont pas clairs. La réalité est ambiguë. C’est correct que la fiction le soit aussi.

Jean-François Aubé, Tout ce qui déborde, Boréal, 2025, 152 p.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Lettre ouverte: L’escalade des budgets militaires : une menace pour notre sécurité
    Le 17 février, Mark Carney a dévoilé la Stratégie industrielle de défense du Canada. Cette orientation majeure prévoit l’ajout de centaines de milliards de dollars en dépenses militaires, sans véritable débat public. Or, ce choix politique priorise l’économie de guerre au détriment d’investissements essentiels pour la population, y compris dans des régions comme le Bas-Saint-Laurent, où les besoins en logement, en infrastructures, en services publics et en adaptation aux changements climatiques
     

Lettre ouverte: L’escalade des budgets militaires : une menace pour notre sécurité

1 mars 2026 à 13:58

Le 17 février, Mark Carney a dévoilé la Stratégie industrielle de défense du Canada. Cette orientation majeure prévoit l’ajout de centaines de milliards de dollars en dépenses militaires, sans véritable débat public. Or, ce choix politique priorise l’économie de guerre au détriment d’investissements essentiels pour la population, y compris dans des régions comme le Bas-Saint-Laurent, où les besoins en logement, en infrastructures, en services publics et en adaptation aux changements climatiques sont bien réels. Une telle décision engage l’avenir social, économique et environnemental du pays.

Le Canada a accéléré l’augmentation de ses dépenses militaires afin d’atteindre la cible de 2 % du PIB exigée par l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Pour l’année 2025-2026 seulement, près de 45 milliards de dollars seront consacrés au ministère de la Défense nationale, un montant appelé à croître de façon soutenue.

Prendre autant d’argent dans le budget national a forcément des effets. Pour financer ces nouvelles dépenses, il faut soit couper ailleurs — dans la santé, l’éducation ou d’autres services — soit emprunter davantage, soit augmenter les impôts.

À titre comparatif, le ministère du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités dispose d’environ 9 milliards de dollars, celui de l’Environnement de 3,1 milliards et celui de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire de 3,9 milliards. Une seule année de dépenses militaires dépasse largement ces budgets réunis. Dans une région comme la nôtre, où le vieillissement de la population accentue la pression sur le réseau de la santé et où l’accès aux services spécialisés demeure un défi, chaque dollar retranché aux services publics a un impact concret sur la vie des gens mais aussi sur l’avenir des jeunes.

La Stratégie industrielle de défense prévoit la création de 125 000 emplois. Or, de nombreuses études montrent que les investissements dans le logement, la transition écologique, la santé, l’éducation et l’agroalimentaire créent davantage d’emplois par dollar investi, tout en répondant à des besoins fondamentaux. Dans le Bas-Saint-Laurent, où l’économie repose largement sur les services publics, l’agriculture, la transformation alimentaire, la forêt, l’économie maritime et la recherche, ces secteurs offriraient des retombées beaucoup plus structurantes et durables que l’industrie militaire.

L’augmentation fulgurante des dépenses militaires normalise par ailleurs un discours d’économie de guerre, alors que les droits et libertés démocratiques sont fragilisés ici comme ailleurs et que nous devons nous en inquiéter. Cette trajectoire comporte des risques sociaux, environnementaux et politiques importants.

L’argument sécuritaire invoqué pour justifier cette escalade repose sur des bases fragiles. On évoque la nécessité de réduire la dépendance envers les États-Unis, alors même que cette hausse des dépenses répond en partie aux pressions exercées au sein de l’OTAN. Les pays membres de l’OTAN représentent déjà plus de la moitié des dépenses militaires mondiales. L’histoire récente montre que la course aux armements accentue les tensions internationales et détourne des ressources essentielles à la prévention des crises réelles de notre époque.

Prétendre renforcer la sécurité en misant sur l’armement revient à négliger les causes profondes de l’instabilité mondiale : inégalités croissantes, exploitation des ressources, dérèglement climatique et insécurité alimentaire. La diplomatie, la coopération internationale, la répartition des richesses et un commerce réellement équitable, qui représentent une fraction du budget militaire, demeurent des moyens plus efficaces pour prévenir durablement les conflits.

Il faut aussi considérer l’impact environnemental considérable de l’industrie militaire, responsable d’environ 5,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre selon l’Observatoire des conflits et de l’environnement. La course aux minéraux critiques nécessaires à la production d’équipements militaires risque par ailleurs d’intensifier l’extractivisme, au Québec comme ailleurs, avec des conséquences sociales et écologiques importantes, notamment sur les populations paysannes et autochtones déjà grandement marginalisées et réprimées.

La véritable sécurité

Nous assistons actuellement à une mobilisation sans précédent en faveur de l’industrie militaire, qui bénéficie de puissants lobbys, d’un accès privilégié aux décideurs politiques et de programmes de soutien financier spécifiques.

Le gouvernement du Québec s’inscrit lui aussi dans cette orientation, en affichant clairement sa volonté de positionner la province comme un acteur majeur de l’industrie militaire et d’y consacrer des sommes importantes d’argent public.

La question n’est pas de savoir si le Canada doit assurer sa sécurité, mais de définir ce que nous entendons par sécurité. Une sécurité humaine et durable repose sur la satisfaction des besoins fondamentaux (se loger, se nourrir) pour tous et toutes, une économie résiliente et décarbonée, une agriculture locale forte, des services publics fonctionnels et de qualité notamment en éducation, culture et santé et une solidarité internationale active puisque nous sommes totalement interconnectés au reste du monde. Plus les inégalités sociales grandissent, plus nos environnements naturels se dégradent, plus l’eau et l’air perdent en qualité, moins nous sommes en sécurité.

La véritable sécurité ne passe donc pas par la fabrication d’armes toujours plus sophistiquées, mais par la co-construction de sociétés plus justes, plus solidaires et plus écologiques.

À l’heure où chaque dollar public compte et où la population subit de plein fouet la hausse du coût de la vie, à l’épicerie, pour se loger ou pour se déplacer dans un vaste territoire comme le Bas-Saint-Laurent, faire de l’industrie militaire le moteur de notre stratégie économique n’est ni une évidence ni une fatalité. D’autres choix sont possibles. Il est urgent d’ouvrir un véritable débat public sur cette orientation qui aura des répercussions importantes sur notre avenir collectif.

Le CIBLES est un organisme communautaire à but non lucratif basé à Rimouski depuis 2023. Il est membre du Collectif Échec à la guerre, de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) et du Regroupement québécois des groupes écologistes (RQGE).

N.B. Cette lettre est fortement inspirée d’une lettre ouverte co-rédigée par le CIBLES,  co-signée par 16 autres organisations et parue dans Le Devoir le 27 février 2026
https://www.ledevoir.com/opinion/idees/959679/escalade-militaire-menace-notre-securite

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • L’adieu au bateau de Johanne Fournier
    Je connais Johanne Fournier. Je ne l’ai rencontrée que deux ou trois fois, mais je la connais bien. Parce que j’ai voyagé près d’elle, avec elle quand elle avait 15 ans et qu’elle avait fugué en Gaspésie avec son p’tit chum de 17 ans, en 1970. Par son récit de 83 pages L’état de nos routes, paru chez Leméac en 2021. Et en octobre dernier, toujours chez Leméac, paraissait L’adieu au bateau, autre récit de 70 pages qui raconte l’année qui suit le décès de l’aimé de Johanne, qu’était devenu le p’ti
     

L’adieu au bateau de Johanne Fournier

26 février 2026 à 10:29

Je connais Johanne Fournier. Je ne l’ai rencontrée que deux ou trois fois, mais je la connais bien. Parce que j’ai voyagé près d’elle, avec elle quand elle avait 15 ans et qu’elle avait fugué en Gaspésie avec son p’tit chum de 17 ans, en 1970. Par son récit de 83 pages L’état de nos routes, paru chez Leméac en 2021. Et en octobre dernier, toujours chez Leméac, paraissait L’adieu au bateau, autre récit de 70 pages qui raconte l’année qui suit le décès de l’aimé de Johanne, qu’était devenu le p’tit chum, 25 ans après leur fugue.

Johanne Fournier écrit au Je et on la lit au Nous. On partage ses états, ses doutes, sa peine au fil de ses mots écrits simplement et de façon remarquablement illustrative. On marche à ses côtés quand elle remplit les mangeoires à oiseaux, quand elle rentre le bois que l’aimé disparu a cordé.

« Il cordait le bois avec dévotion

à chaque jour je rentre le bois

à chaque jour suffit sa peine

[…]

Les mésanges dans l’arbre surveillent ma déambulation.

Mais surtout il y a sa présence, dans les petits chemins, dans chaque bûche que je prends, qu’il a tenue dans ses mains l’automne précédant sa mort. »

On s’assoit près d’elle dans la gare maritime de Matane, d’où elle regarde arriver et partir le bateau, d’où elle regarde les gens s’en aller et revenir, où elle se rappelle l’ancien traversier, le N.M. Camille-Marcoux, qu’elle a filmé pour Le Temps que prennent les bateaux — car l’auteure est aussi une cinéaste documentariste accomplie.

« Parfois à la gare, toute à mon théâtre, je ne vois pas les poches de hockey des hommes remplies du linge sale de la semaine de travail ou les raquettes accrochées au flanc des sacs à dos ou les poussettes avec des bébés dedans et des valises dessous ou les gens qui attendent l’embarquement en balayant leur téléphone au lieu de regarder la mer, ni les autres de retour de leur quinzaine à la mine, rejoignant celles qui les espèrent dehors dans le F-150 bien chaud
ou la vieille Honda rouillée. »

J’ai d’abord cru que son adieu au bateau n’était pas tant adressé au traversier, mais plutôt au bateau — sa vie — qu’elle copilotait depuis près de 30 ans avec son aimé. Mais non, Johanne Fournier écrit, à la toute fin de son récit : « […] dans la pénombre, nous avons attendu sa mort. Je dis sa mort, pas son départ. Il n’y aura pas d’adieu au bateau. Il ne partira pas. Sa mort fera partie de moi, installée à demeure. »

Je recommande fortement la lecture, non seulement de L’adieu au bateau, mais aussi de L’état de nos routes qui, en quelque sorte, forment un tout. Un tout imprégné d’amour entre deux êtres comme on en sent rarement d’aussi vrai, d’aussi fort.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Chronique du gars en mots dits: Le Devoir dévoyé
    Électrochoc au Devoir : personne ne pourra plus jamais lire la plume aguerrie et pertinente de Christian Rioux dans les pages du doyen de nos quotidiens. La direction, armée de la massue de la bien-pensance inclusiviste, aura eu sa peau à l’usure. À une semaine de Noël, elle lui a même offert le cadeau d’une mise à pied. Après le départ de Normand Baillargeon fin 2024, victime de « pressions » pour réécrire de façon plus « politiquement correcte » une chronique sur le genre, et celui d’Antoin
     

Chronique du gars en mots dits: Le Devoir dévoyé

23 février 2026 à 07:56

Électrochoc au Devoir : personne ne pourra plus jamais lire la plume aguerrie et pertinente de Christian Rioux dans les pages du doyen de nos quotidiens. La direction, armée de la massue de la bien-pensance inclusiviste, aura eu sa peau à l’usure. À une semaine de Noël, elle lui a même offert le cadeau d’une mise à pied.

Après le départ de Normand Baillargeon fin 2024, victime de « pressions » pour réécrire de façon plus « politiquement correcte » une chronique sur le genre, et celui d’Antoine Robitaille, passé au Journal de Montréal en 2017, un tel licenciement était devenu prévisible. Il survient dans des circonstances très révélatrices de la mutation de ce journal plus que jamais soumis au joug de la vertu et de la morale woke.

Lecteur assidu pendant 35 ans du plus vénérable quotidien québécois, j’ai longtemps eu le bonheur de puiser des motifs culturels et littéraires de fierté nationale dans ses pages culturelles. Idem dans ses cahiers « société » ou « économie » ; rien de ce qui était québécois n’était alors étranger à ses pages, qui décortiquaient avec précision tout enjeu national. Au contraire, le nouveau Devoir dévoyé par les Brian Myles et Marie-Andrée Chouinard qui y règnent en maîtres condamne de facto tout angle d’approche jugé trop « identitaire », rejet qui transpire en filigrane de l’ensemble de sa couverture de l’actualité, des choix de sujets d’articles comme de chroniques, des termes utilisés comme des angles adoptés. Leur mission : rééduquer et sermonner leurs lecteurs.

Ces nouvelles œillères sectaires du Devoir déconstruisent avec une délectation non dissimulée tout ce qui est national, et ne cautionnent que les angles qui mettent en valeur la moindre identité minoritaire, qu’elle soit ethnique, religieuse ou sexuelle. En entrevue à QUB radio, Rioux a même affirmé que les comités de rédaction et de révision du Devoir, devenus de véritables comités de censure, s’intéressent désormais plus à la théorie du genre, à la question trans et au racisme systémique qu’à « notre survie comme peuple, à notre langue, à notre avenir économique et même à la souveraineté ». Signe des temps : aucun autre média national n’a fait écho à ce congédiement. Normal : les propos de Rioux remettraient en cause leur propre biais inclusivistes.

Quel considérable gain pour les forces fédéralistes et l’identité canadienne… Quelle perte majeure pour l’identité québécoise et les indépendantistes !

À eux seuls, les derniers faire-valoir de la tradition nationaliste s’étendant d’André Laurendeau à Lise Bissonnette que sont les Lisée, David ou Cornellier ne suffisent plus à justifier un abonnement au Devoir. La page éditoriale est devenue d’un ennui mortel et d’une portée tout à fait inoffensive : on n’y traite que de sujets consensuels que tamponneraient conformes Saint Trudeau le Père comme le fils, et les deux Marc, Miller et Carney. On y défend désormais très mollement le français, du bout des lèvres, histoire de ne pas trop faire de vagues, de ne pas semer la division. La question nationale, elle, est tout simplement évacuée, reléguée loin des écrans radars. Au troisième référendum, Le Devoir pourrait aller jusqu’à appuyer le camp du Non.

Les chroniques de Christian Rioux avaient l’avantage de procurer du recul, donner de l’ampleur aux questions les plus délicates, les plus explosives. D’Europe, là où les clivages idéologiques plus nets sont débattus ouvertement, il rappelait certaines évidences, évitait les poncifs, contournait les écueils et les pièges forgés par le discours woke, celui qui condamne avant d’entendre, qui cancelle avant de débattre, qui insulte avant d’écouter.

Au moment d’écrire ces lignes, le Devoir titre en une « Qui a dit que le père Noël devait être blanc ? », et se réjouit que ce personnage « évolue enfin »… Misère. L’an prochain pour Noël, je prédis que Lisa-Marie Gervais nous servira un : « Qui a dit que le père Noël devait être un homme, et la fée des étoiles une femme ? Barbada commente ». Mieux, dans deux ans : « Qui a dit que le père Noël devait être un être humain, et non un chat ou un chien ? »

Il faudra de nombreux électrochocs pour forcer Le Devoir à changer de cap, à renouer avec son ADN et, par là, avec la partie la plus fidèle de son lectorat. Lui infliger une campagne de désabonnements massifs constitue déjà un premier coup d’estoc aligné sur l’ancienne noble devise du Devoir : « Fais ce que dois. Advienne que pourra ». Pour ma part, c’est fait, et avec fracas, puisque je joins cette chronique à mon mot de désabonnement envoyé à la direction.

Inutile de ramer à contre-courant quand le bateau a viré boutte pour boutte : il faut une mutinerie de tout l’équipage en guise d’électrochoc.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Demain?
    La majorité des générations d’hier, entretenaient un imaginaire collectif à propos du futur : voitures volantes, trottoirs électriques, voyages interplanétaires, etc. Ce futur était juste là devant eux, presque tangible. Qu’on y ait cru ou pas, toutes et tous étayaient leurs prémonitions de ce que serait le monde après les années 2000. Le progrès était, dès lors, souhaité et souhaitable. Où en sommes-nous aujourd’hui? De nos jours, les doux rêveurs doivent avoir déchanté. Le constat est ca
     

Demain?

19 février 2026 à 07:22

La majorité des générations d’hier, entretenaient un imaginaire collectif à propos du futur : voitures volantes, trottoirs électriques, voyages interplanétaires, etc. Ce futur était juste là devant eux, presque tangible. Qu’on y ait cru ou pas, toutes et tous étayaient leurs prémonitions de ce que serait le monde après les années 2000. Le progrès était, dès lors, souhaité et souhaitable.

Où en sommes-nous aujourd’hui?

De nos jours, les doux rêveurs doivent avoir déchanté. Le constat est catastrophique : sept des neuf limites pour soutenir la vie sur Terre sont dépassées1, le fascisme aux États-Unis devient de plus en plus virulent et décomplexé, le dernier rapport du WWF fait état d’une perte de 73 % de la biomasse des mammifères2, chaque année nous tuons plus d’êtres vivants sentients qu’il n’a existé d’humains depuis trois millions d’années3, tandis que des milliers d’humains meurent de faim et de soif – chaque jour! Ce qui est ubuesque, c’est que nous voulons rendre le « nécrocène4 » durable. Est-ce vraiment ce qu’on souhaite? Il serait peut-être subtil de se poser la question : « Vers où voulons-nous aller? » Puisqu’habiter la chute n’est absolument pas à mon sens synonyme de progrès. Et si, à titre d’hypothèse, nous nous étions fourvoyés et que le progrès se caractérisait plutôt par notre capacité à faire monde avec l’Autre, à aimer, à créer du commun et à être en symbiose avec l’écosystème?

Alors, où va-t-on?

L’imaginaire collectif s’est aujourd’hui étiolé, il a perdu son côté mélioratif. Les timides esquisses d’un demain s’apparentent bien plus à un Wall-E ou à un Mad Max qu’à un Star Wars sans sabre laser (bien que Trump corresponde parfaitement à la version wish de l’empereur Palpatine). Bien conscients de l’échec flagrant de nos construits, nous devrions étreindre toute ébauche de divergence, tout effluve de différence : nous devrions faire de l’Autre notre muse et non pas notre appréhension. Néanmoins, une certaine tendance à s’engluer dans l’obsession identitaire s’exacerbe dans la doxa : éructer la haine de tout Autre devient peu à peu normé. Le moindre schème d’altérité est dédaigné, comme on dédaigne un parasite s’attaquant à l’égide de notre confort obscène. La contingence de nos construits n’est pas même mise en question, alors qu’on perçoit pourtant très bien que la tour de Babel civilisationnelle, ayant la hauteur de notre suffisance, est en train de s’écrouler. L’extermination délibérée de la vie sur Terre et la montée du fascisme aux États-Unis en témoignent assez bien et ce n’est pas sans conséquence ici. En effet, une certaine dérive de la fenêtre d’Overton se fait sentir peu à peu au Québec et ailleurs. Peut-être que notre imaginaire collectif nourrit cette croyance conservatrice que ça va continuer indéfiniment, qu’on va pouvoir édulcorer la chute et ne jamais s’écraser.

Ne soyons pas défaitistes pour autant, je crois a contrario que nous devons mettre de côté nos différends et comprendre que la diversité est ce qui fait notre force, que l’identité ne peut se perdre mais qu’elle évolue au gré des extériorités avec lesquelles elle entre en symbiose. La convivialité et les échanges sont primordiaux pour penser un nouveau monde et a fortiori inhiber la droitisation idéologique. Avant de se demander vers où nous voulons aller, je crois qu’il faut se questionner sur ce que nous voulons réellement; j’ose penser que pour ça il faut se parler, coopérer, co-construire, co-désirer : il faut un vivre-ensemble pour créer un futur ensemble. Ce qui a réellement du sens pour nous s’inscrit en exergue de notre devenir. Soyons finalement poreux à l’idée que l’Occident n’a rien d’enviable, encore moins de téléologique. L’inspiration doit inéluctablement être extrinsèque… « L’imagination est une forme d’hospitalité, [en ce qu’elle] nous permet d’accueillir ce qui, dans le sentiment du présent, aiguise un appétit à l’altérité5. »

Nous avons l’occasion aujourd’hui – et peut-être même le devoir – d’imaginer un lendemain radicalement autre, l’occasion de faire éclore un ailleurs dans l’ici. L’éclosion pourrait — ou plutôt « devrait » constatant la déréliction de l’Occident — s’inspirer des autres manières d’habiter la Terre, puisque notre culture n’est qu’un atoll dans l’archipel des manières d’être au monde.

« Il ne suffit pas que le monde soit beau, encore faut-il daigner s’en réjouir6. »

Quel que soit ce nouveau paradigme, il devra, selon moi, être en adéquation avec ce qui a réellement du sens pour toute la communauté des vivants. La question est de savoir si nous aurons la sagacité de nous unir et d’apprendre à voir dans les yeux de l’Autre. Cet imaginaire devra à mon sens être perspectiviste : un rêve symbiotique résultant de la confluence onirique de tous les vivants.

Et vous, rêvez-vous demain?

1.Marianne Desautels-Marissal, « Avec les océans de plus en plus acides, la 7e “limite planétaire” est franchie », Radio-Canada, 24 septembre 2025, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2194850/acidite-oceans-planetary-health-check

2.WWF, Rapport Planète vivante 2024 – Un système en péril, Suisse.

3.L214, « Animaux abattus dans le monde », 2022, https://www.l214.com/animaux/chiffres-cles/statistiques-nombre-animaux-abattus-monde-viande/

4.Terme de Justin McBrien pour décrire une époque caractérisée par la mort, l’extinction et la destruction systémique, liée à l’accumulation capitaliste.

5.P. Boucheron, Ce que peut l’histoire. Leçon inaugurale prononcée le 17 décembre 2015 au Collège de France, Points, 2021, 54 p.

6.Alexandre Grothendieck, Récoltes et Semailles. Réflexions et témoignage sur un passé de mathématicien, Gallimard, 2023.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Excursus: philosophie, expérience pratique et point aporétique
    Philosopher à partir d’une expérience pratique est en soi problématique. Pourquoi? Parce que l’expérience pratique et la démarche théorique semblent, en principe, irréductibles l’une à l’autre. Retenons ici une chose: ce qui sous-tend la relation entre le théorique et le pratique en philosophie est précisément le principe d’irréductibilité. Le principe d’irréductibilité en question renvoie à l’idée selon laquelle la démarche pratique n’est pas la théorique, et inversement, bien que les deux p
     

Excursus: philosophie, expérience pratique et point aporétique

18 février 2026 à 10:17

Philosopher à partir d’une expérience pratique est en soi problématique. Pourquoi? Parce que l’expérience pratique et la démarche théorique semblent, en principe, irréductibles l’une à l’autre. Retenons ici une chose: ce qui sous-tend la relation entre le théorique et le pratique en philosophie est précisément le principe d’irréductibilité.

Le principe d’irréductibilité en question renvoie à l’idée selon laquelle la démarche pratique n’est pas la théorique, et inversement, bien que les deux puissent constamment se croiser, s’entrelacer ou s’imbriquer intimement l’une dans l’autre. Or, si l’on se réfère à l’histoire de la philosophie, on découvrira que ce « principe d’irréductibilité structurant » désigne en réalité quelque chose de bien précis : c’est l’aporie, c’est-à dire un problème philosophique insoluble en lui-même.

Mais le paradoxe est que l’insolubilité du problème constitue, en elle-même, la condition de sa solubilité : elle est « une source légitime de réflexions prometteuses »(Hintikka, 2013). Cela sous-entend qu’elle est une convocation de la capacité créatrice du philosophe, un appel à faire usage de son imagination comme possibilité philosophique.

Un tel appel se manifeste de deux manières. D’une part, le philosophe est invité à mettre entre parenthèse « ce qui fait problème », à suspendre l’irréductible. D’autre part, il est sommé de faire advenir du neuf, c’est-à-dire d’aller au-delà de la pensée philosophique traditionnelle afin de  provoquer l’émergence d’une pensée nouvelle (Gordon, 2011). C’est ce que Patočka (1999) aurait appelé « l’expérience du passage ».

Toutefois, la nouvelle pensée philosophique révèle donc une chose : contrairement à ce que suggère habituellement son histoire, la philosophie ne naît pas de l’étonnement devant le fait accompli, mais du point aporétique rencontré dans l’expérience pratique.

❌