Le train de passagers en Gaspésie : une ligne de vie
Le train de passagers en Gaspésie existe depuis 1902, jusqu’à Paspébiac et jusqu’à Gaspé depuis 1911. Plusieurs compagnies se sont succédé jusqu’en 1929 où le Canadien National Railways (CNR devenu CN) devient propriétaire des voies ferrées et gère le train de passagers et de marchandises au nom du gouvernement du Canada. Le train de la Gaspésie jouit d’une belle notoriété et est reconnu à travers le monde.
En 1977, année de la création de VIA Rail par le gouvernement canadien, la situation change. VIA a le mandat d’exploiter un service public national de transport ferroviaire de passagers reliant les grandes villes, les régions et les communautés éloignées à travers le Canada et les rails appartiennent toujours au CN.
Durant l’année 1984-1985, 80 565 voyageurs ont pris le train entre Matapédia et Gaspé. Malgré cela, tranquillement mais sûrement, les services commencent à diminuer. Les gares de la Gaspésie jouent un rôle important dans l’organisation sociale, comme celle de Maria qui relie les gens de partout dans la Baie-des-Chaleurs à leur unique hôpital. Pourtant elle est fermée dans la première vague de réduction des services. Plusieurs fermetures subséquentes font qu’il ne reste que cinq gares en 2013.
En 1990, le train de la Gaspésie, nommé Le Chaleur, ne passe plus que trois fois par semaine au lieu de sept allers-retours hebdomadaires. Évidemment l’achalandage chute à 42 000.
En 1995, le CN est privatisé, il demeure propriétaire des rails, et VIA paie un droit de passage. Malheureusement, l’entente donne la priorité de circulation aux trains de marchandises plutôt qu’aux trains de passagers. Ce qui aura un impact désastreux sur les trains de passagers.
En 2011, des problèmes sur la structure d’un pont à Grand-Pabos, oblige VIA à suspendre le service de New Carlisle à Gaspé mais conserve la portion de New Carlisle à Matapédia, jusqu’en 2013. En août 2013, en raison de problèmes aux passages à niveau, le service est complètement suspendu à l’est de Matapédia. Malgré que les problèmes aux passages à niveau se règlent rapidement et que le train de marchandises recommence à circuler, VIA refuse de revenir, demandant rapport après rapport.
À ce moment, Le Chaleur a déjà moins de voitures-lits, plus du tout de voiture-restaurant, ni panoramique et il fonctionne avec des voitures en mauvais état.
La Coalition pour le retour du train de passagers, fondée en 2013, milite depuis tout ce temps pour le retour des services de qualité d’un train de passagers en Gaspésie.
D’énormes travaux financés par le gouvernement du Québec, propriétaire des rails de Matapédia à Gaspé, ont permis l’ouverture des voies de Matapédia à Port-Daniel–Gascons, au début janvier 2026. Des trains de marchandises y circulent présentement, mais pas de trains de passagers, car VIA refuse de revenir de façon progressive, même si lors de la suspension, la société s’était engagée à revenir au fur et à mesure que les voies seraient réparées.
Présentement, dans l’est du Canada, la situation du service ferroviaire de passagers laisse nettement à désirer. Il n’y a plus de services du tout en Gaspésie, malgré les 355 millions de dollars investis. Le train passe toujours au beau milieu de la nuit dans le Bas-Saint-Laurent, et le train Montréal-Halifax accuse très souvent un retard de plusieurs heures.
Il est difficile de comprendre que VIA refuse de revenir en Gaspésie jusqu’à Port-Daniel–Gascons parce que les voies ne sont pas encore réparées jusqu’à Gaspé mais, qu’en 2018, la société d’État n’a pas hésité à continuer les services entre Winnipeg et Gillam au Manitoba en attendant la réfection du rail jusqu’à Churchill. Cette réfection a été complétée en deux ans et le gouvernement fédéral a versé 117 millions de dollars à Arctic Gateway pour la relance de ce chemin de fer1.
Des travaux sont en cours pour le dernier tronçon de Port-Daniel–Gascons à Gaspé et des pressions sont exercées sur le gouvernement du Québec pour la réhabilitation complète, le plus rapidement possible. Le fédéral doit aussi investir, comme il l’a fait au Manitoba, pour terminer les travaux jusqu’à Gaspé, le plus vite possible.
La Coalition multiplie les démarches pour que VIA revienne MAINTENANT de façon progressive en Gaspésie avec un service de qualité qui permettrait aussi de desservir la population du Bas-Saint-Laurent et d’offrir un trajet plus court jusqu’à Halifax.
1. Simon Deschamps, « La reprise du chemin de fer entre Gillam et Churchill a répondu ʺà un besoin crucial » », Radio-Canada, 29 janvier 2025, ici.radio-canada/nouvelle/2136006/churchill-train-economie-etude