Vue normale

Reçu — 11 mars 2026 Journal le Mouton Noir
  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Indépendance ou égalité? L’œuf ou la poule ou le PQ au bout du rouleau
    Avant la naissance du PQ, l’indépendance du Québec était une idée large. Il y avait bien sûr quelques nationalistes old-school adeptes du « maudits anglais », mais  à gauche émergeaient des adeptes d’un mouvement internationaliste et décolonial basé sur une lecture marxiste et pour qui l’ennemi est l’impérialisme. Syndicats, RIN, mouvements ouvriers, artistes forment une gauche indépendantiste avec, tout au bout, le FLQ, solidaire des luttes de décolonisation en Afrique et en Amérique du Sud.
     

Indépendance ou égalité? L’œuf ou la poule ou le PQ au bout du rouleau

11 mars 2026 à 14:39

Avant la naissance du PQ, l’indépendance du Québec était une idée large. Il y avait bien sûr quelques nationalistes old-school adeptes du « maudits anglais », mais  à gauche émergeaient des adeptes d’un mouvement internationaliste et décolonial basé sur une lecture marxiste et pour qui l’ennemi est l’impérialisme.

Syndicats, RIN, mouvements ouvriers, artistes forment une gauche indépendantiste avec, tout au bout, le FLQ, solidaire des luttes de décolonisation en Afrique et en Amérique du Sud. Comme elles, le front sera aussi un terrain d’émancipation pour des corps de police en mal d’héroïsme.

Idéateurs de cette gauche séparatiste : Charles Gagnon (du Bic) et Pierre Vallières. Frères de combats, clandestins, prisonniers, ils divergent pourtant d’opinion sur la primauté des choses. Si Gagnon attend le « grand jour » où la révolution prolétarienne mènera à l’indépendance, Vallières croit que la « conscience nationale » est la base d’une société libre. L’œuf ou la poule.

1972, Vallières se rallie au PQ et publie L’Urgence de choisir, un pamphlet qui invite la gauche à rallier les rangs du PQ.  Gagnon, lui, publie Pour le parti prolétarien, manifeste qui tire à plein feu sur les orientations du PQ, qualifiant Parizeau et Lévesque de fils spirituels de Duplessis. En entrevue, il assène : « Ya rien de pire que les nationalistes pour attaquer la classe ouvrière. »

Mais, dès 1972, quand Morin annonce que « les gauchistes, les anarchistes, les marxistes n’ont pas à s’attendre à un régime de faveurs dans un Québec indépendant », le mariage bat de l’aile entre Vallières et le PQ. En 1978, déçu, honteux, rageur, Vallières publie Les scorpions associés, ouvrage qui, sous forme de lettres adressées au premier ministre, exprime sa déception face aux orientations du PQ. On y lit :  « On est désagréablement surpris de voir le PQ déserté par plusieurs éléments de son aile gauche. Ce net glissement à droite laisse prévoir de sérieux conflits avec les syndicats […], de plus, il décourage les intellectuels, les étudiants, les écologistes et les féministes qui espéraient un bond en avant dans la conscience politique. » Dont acte.

Si le personnage Lévesque réussit à rassembler par sa simplicité et sa rigueur intellectuelle, les investitures post-Lévesque couronnent inévitablement des riches, des économistes, des gens du Québec INC., symboles mêmes du pouvoir impérialiste avec leurs grosses baraques, leurs majordomes et leurs complets cinq pièces. Johnson, Parizeau, Marois, ça boit pas de la bière flatte. Et Péladeau. Vous avez aimé l’Italie?

PSPP

40 ans après le départ de Lévesque, PSPP semble bien décidé à assumer l’image de nationaliste de la nouvelle droite, jeune, propre et décomplexée. Car aujourd’hui, on fait la politique du sondage, et qui c’est qui cartonne? C’est Jordan Bardella. Le facho présentable, porte-voix d’une droite populiste qu’on retrouve aussi bien en France, dans les médias Bolloré, ici dans le Journal de M, et des fois à TLMEP, au sud, dans la bouche du président.

Un modèle de marketing politique punché

Au diable l’équité, les bons sentiments de la gauche, on part un show de boucane, on lance l’œuf et on jacasse avec la poule que c’est la faute des minorités, des immigrants, des universitaires qui sont biaisés, blablabla… Comme Trump, il envoie des diarrhées, dans une rhétorique qui prouve sa méconnaissance des enjeux dont il parle et qui font preuve de son désir de diviser, de faire la « wedge politic ». On reprend le moulin à vent woke …

Quand je l’entends, ça me rappelle ce sketch d’Yvon Deschamps, sur la situation du français où il finit par dire que s’il veut éviter l’assimilation c’est parce que, je le cite : « Moi, mes enfants, y sont épais! Y s’ront jamais capables d’apprendre l’anglais. »

Quand PSPP nie l’existence du racisme systémique (qu’il a reconnu il y a quelques années – comme Doug Ford, le gauchiste), quand il s’attaque à l’intégrité des chercheurs financés par le fédéral, à la « loyauté » des artistes, je me dis qu’il nous prend vraiment pour des épais. La preuve qu’il a tort : ce journal reçoit des revenus publicitaires du gouvernement du Québec et je peux écrire : Va chier PSPP!!

Avec une moyenne de 17 k$ de revenu annuel, avec le soutien des deux gouvernements, ils sont morts de faim, Paul, les artistes loyalistes. Et de toute façon quand un gouvernement croit pouvoir dicter un code moral à ses créateurs, là il faut appeler une poule Poule Pot (rire mitigé).

Allons, Paul. Je le sais au fond que tu n’es pas un parfait imbécile – personne n’est parfait. Tu n’es sans doute pas méchant, non plus. Alors, svp arrête de jouer ce personnage grossier.

Parce que l’histoire que tu nous racontes là, ça finit par « Quelque chose comme un ti-peuple ».

C’est moi ou la poule pond des œufs bruns.

Reçu — 8 mars 2026 Journal le Mouton Noir
  • ✇Journal le Mouton Noir
  • CONTRÔLE BIOLOGIQUE SÉLECTIF DES INSECTES PIQUEURS?
    Voilà une phrase parfaitement formulée pour séduire une population encore peu informée sur ce qu’est réellement le Bacillus thuringiensis israelensis (Bti). Bienvenue dans le monde du marketing, de l’écoblanchiment et du lobbying. Décortiquons ce que chaque mot veut vraiment dire: CONTRÔLE : devrait plutôt être changé pour « pesticide » ou « insecticide » ou « larvicide », car le Bti est avant tout un produit utilisé pour détruire des insectes à la base de la chaîne alimentaire, ceux-là mê
     

CONTRÔLE BIOLOGIQUE SÉLECTIF DES INSECTES PIQUEURS?

8 mars 2026 à 13:26


Voilà une phrase parfaitement formulée pour séduire une population encore peu informée sur ce qu’est réellement le Bacillus thuringiensis israelensis (Bti). Bienvenue dans le monde du marketing, de l’écoblanchiment et du lobbying.


Décortiquons ce que chaque mot veut vraiment dire:


CONTRÔLE : devrait plutôt être changé pour « pesticide » ou « insecticide » ou « larvicide », car le Bti est avant tout un produit utilisé pour détruire des insectes à la base de la chaîne alimentaire, ceux-là mêmes qui nourrissent des insectivores comme des poissons, des oiseaux, les libellules et les batraciens. Pis encore, aucun contrôle n’est effectué par les instances gouvernementales sur les quantités résiduelles de Bti sur le terrain, après épandage. Pourtant, le Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, dans son dernier rapport sur le Bti “Orientation relative au contrôle des insectes piqueurs à l’aide du Bti” préconise le principe de précaution et l’utilisation d’alternatives, et ce, en raison d’études récemment publiées qui démontrent des effets directs et indirects du Bti sur d’autres espèces. Malgré cela, ce même ministère continue à émettre des autorisations aux municipalités et aux propriétaires privés.


BIOLOGIQUE : L’industrie, et même parfois des fonctionnaires, nous présentent le produit comme étant biologique, comme on a retrouvé cette bactérie naturellement dans le sol en Israël. Il faut savoir que les formulations utilisées ne comptent que pour environ 10 % du contenu en Bti et que pour rendre ce pesticide utilisable à grande échelle, l’industrie rajoute près de 90 % d’autres ingrédients, produits chimiques, notamment des agents de conservation, des surfactants et des agents de protection contre le rayonnement UV et on ne sait quoi encore! De plus, compte tenu de la législation sur le secret industriel, il est impossible pour les chercheurs indépendants des entreprises qui préparent les formulations commerciales de démontrer l’impact exact de ces additifs. Dans ce contexte, qui peut vraiment affirmer que le Bti est biologique?


SÉLECTIF : L’industrie prétend que le Bti ne tue que les moustiques et les mouches noires alors que c’est faux. Le produit affecte aussi, notamment, leur proche cousin, les chironomes (non-piqueurs), une espèce plus prolifique que les moustiques et qui se trouve, elle aussi, à la base de la chaîne alimentaire. Plusieurs études ont également démontré des effets directs néfastes sur des espèces comme certaines grenouilles.
INSECTES PIQUEURS : Des insectes qui piquent, il y en a une panoplie : les abeilles, les guêpes, les acariens, les punaises de lit, les taons, les tiques et j’en passe. Ces dernières années, ce sont les tiques qui nous menacent, et cela, bien plus que les moustiques et les mouches noires et le Bti n’a aucun effet sur les tiques. Lorsque l’industrie utilise le terme INSECTES PIQUEURS, il tend à induire un faux sentiment de sécurité chez les citoyens.


Personne n’aime les moustiques, mais TOUS, nous avons la responsabilité de protéger notre biodiversité régionale. C’est ce qu’ont fait plusieurs villes au Québec, dont Saint-Colomban, Labelle, Terrebonne (2022), Longueuil, Mont-Saint-Grégoire, Mirabel, Nicolet et Gatineau (2023), Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson et Bégin (2024), Repentigny et Blainville (2025); chacune de ces municipalités a choisi de se responsabiliser et de protéger la biodiversité en votant en faveur d’un arrêt définitif sur leur territoire de ces programmes d’épandages, injustifiés à tous points de vue. Il ne faut pas oublier qu’il y a de moins en moins d’insectes en général, incluant les moustiques et les mouches noires, et qu’il y a moyen de se protéger c.-à-d. d’éloigner ces espèces avec des répulsifs.

Reçu — 4 mars 2026 Journal le Mouton Noir
  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Changement de culture: Je sais rien faire
    Cet automne, j’ai suivi Les Décarbonés. Une téléréalité animée par une humoriste? Qu’à cela ne tienne : pour une fois qu’une émission grand public éduquait à la diminution de l’empreinte environnementale, impossible de la bouder. Je connaissais aussi la sensibilité écologique de Korine Côté, l’animatrice, agente double à l’émission d’ICI Première Feu vert. Moi qui me documente sans arrêt sur la question environnementale, je n’y apprendrais pas grand-chose, me suis-je dit, mais au moins, je me se
     

Changement de culture: Je sais rien faire

4 mars 2026 à 07:32

Cet automne, j’ai suivi Les Décarbonés. Une téléréalité animée par une humoriste? Qu’à cela ne tienne : pour une fois qu’une émission grand public éduquait à la diminution de l’empreinte environnementale, impossible de la bouder. Je connaissais aussi la sensibilité écologique de Korine Côté, l’animatrice, agente double à l’émission d’ICI Première Feu vert. Moi qui me documente sans arrêt sur la question environnementale, je n’y apprendrais pas grand-chose, me suis-je dit, mais au moins, je me sentirais en communauté de pensée avec des gens à la télé – c’est rare.

Pourtant, dès la première émission, j’ai eu une révélation : je ne sais rien faire. Je ne sais pas réparer des objets, je sais à peine coudre (une chance que j’ai eu de l’économie familiale en secondaire 2), je ne sais pas construire une structure en bois… C’est en trois dimensions? Je panique. Contrairement aux participantes et participants, je pourrais ne pas apprendre, demandant au monde de venir à mon aide. Après tout, la société est ainsi faite que je pourrais demeurer dans la sphère intellectuelle toute ma vie, payant les autres pour des services, en mode de chacun selon ses compétences…Mais me sentirais-je parfaitement utile? Non. Car tous n’ont pas besoin de poésie; mais tous ont un jour besoin qu’on passe une moppe, qu’on cuisine une soupe, qu’on donne un coup de marteau.

En brassant des mots et en réduisant ma consommation le plus possible, j’agis pour le vivant, certes, mais il manque le contact charnel avec le monde. Il manque cette compréhension que ce que je modifie me modifie aussi, que cette interaction humain/non-humain incarne un rapport sain, plus complet avec mon environnement.

Si je ne sais rien faire, au fond, c’est que je n’ai rien appris. Qu’on ne m’a pas appris grand-chose. L’identification des plantes et des oiseaux au camp de vacances, on n’en reparlait plus après, donc j’ai oublié. Les recettes traditionnelles? J’ai brisé la transmission en devenant végétarienne. Les savoir-faire artisanaux? J’étais trop occupée avec mes études et le magasinage (de seconde main, mais quand même). Le pont entre bébé-boumeurs et Y s’est effrité, on a haussé les épaules et on s’est pris de notre plein gré dans les pièges de la modernité.

Alors comment une déconnectée du réel comme moi, malhabile en plus, peut-elle espérer qu’on se libère de la consommation, source de notre aliénation du monde qui nous entoure? Selon Paul Ariès, « [n]ous ne [le] pourrons que si nous prenons conscience que l’enjeu n’est pas d’abord quantitatif (consommer plus ou moins) mais qualitatif (quel mode de vie voulons-nous?). Comment nous libérer si nous demeurons dans une société dominée par l’économie1? »

On fait quoi?

On se mobilise pour faire rentrer dans les écoles l’enseignement de compétences manuelles, comme le Profil d’autonomie citoyenne du Cégep de La Pocatière qui, dans les mots de la journaliste Magalie Morin, « répare quelque chose du lien entre les jeunes et le monde2 ». Il ne s’agit pas ici de former des survivalistes (tant s’en faut!), mais d’« encapaciter ».

On rejoint le Cercle des fermières, comme plusieurs jeunes femmes qui « veulent revenir aux sources. Ce n’est plus acheter, acheter et jeter3 ».

On lit / on écoute

Pour nous motiver à repriser nos bas ou à devenir frugane4, le documentaire La richesse des ordures de Dominic Simard (2025), sur Tou.tv. Et Les Décarbonés, sur TV5 Unis : car la prise de conscience de mon incompétence a vite été suivie de ma mise en action. À suivre!

1. Paul Ariès, Désobéir et grandir : vers une société de décroissance, Écosociété, 2017 [2009], p. 73.

2.  Magalie Morin, « Réparer le monde au cégep de La Pocatière », Unpointcinq, 9 décembre 2025. https://unpointcinq.ca/sinspirer/cegep_la-pocatiere-autonomie-citoyenne/

3. Sylviane Carrier, présidente régionale du Cercle des fermières, dans Bruno St-Pierre, « Cent-dix ans de tradition et de solidarité », Le Soir, 10 décembre 2025, p. 12.

4. « Personne qui participe de façon limitée au système économique conventionnel, qui adopte des pratiques prônant la récupération des aliments et des objets et qui, par ses actions, contribue à lutter contre le gaspillage alimentaire, la surconsommation ainsi que la surexploitation des animaux et des ressources naturelles » (Office québécois de la langue française, 2023, https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/26504985/frugane)

Reçu — 2 mars 2026 Journal le Mouton Noir
  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Concerto pour cuivres et hormones: Rencontre avec Jean-François Aubé
    Cinéaste plusieurs fois primé, Jean-François Aubé enseigne dans le programme Arts, lettres et communication au campus collégial de Carleton-sur-Mer. Depuis 2014, il a élargi la palette de ses projets artistiques avec la publication d’un recueil de nouvelles, d’un roman et de deux pièces de théâtre. Son plus récent livre, Tout ce qui déborde, s’adresse en principe à un lectorat adolescent. En principe… Rencontre avec un raconteur doué. Philippe Garon – Cette histoire met en scène des élèves du
     

Concerto pour cuivres et hormones: Rencontre avec Jean-François Aubé

2 mars 2026 à 11:19

Cinéaste plusieurs fois primé, Jean-François Aubé enseigne dans le programme Arts, lettres et communication au campus collégial de Carleton-sur-Mer. Depuis 2014, il a élargi la palette de ses projets artistiques avec la publication d’un recueil de nouvelles, d’un roman et de deux pièces de théâtre. Son plus récent livre, Tout ce qui déborde, s’adresse en principe à un lectorat adolescent. En principe… Rencontre avec un raconteur doué.

Philippe Garon Cette histoire met en scène des élèves du secondaire qui participent à un concours d’harmonies. Est-ce que c’est autobiographique?

Jean-François Aubé   Non, j’ai même jamais touché à un cor français! Mais une des choses que j’aime en écriture, c’est justement de m’immerger dans un domaine que je ne connais pas. Ça demande de la recherche. J’ai rencontré beaucoup de gens qui ont fait partie d’harmonies, beaucoup de cornistes. J’ai recueilli beaucoup d’anecdotes sur le Festival des harmonies de Sherbrooke. Par contre, le personnage de Nicolas me ressemble d’une certaine façon. Moi aussi, j’étais très timide, très silencieux. Comme je bégayais, je me réfugiais dans mon monde intérieur. L’enfant qui aborde la vie adulte ressemble aux notes de musique qui s’arrachent à leur partition. Elles doivent s’extraire d’un monde pur et parfait pour arriver dans la réalité, qui ne l’est pas.

Cela dit, en écriture, on parle toujours de soi, alors j’essaie le plus possible de me projeter à l’extérieur de moi-même en choisissant des champs d’activités qui ne me sont pas familiers. Il y a quelques années, je travaillais comme animateur socioculturel au cégep de Rimouski. On avait écrit une histoire qui ressemblait à ça. Je trouvais ça très riche. C’est resté et j’ai décidé de pousser l’exercice.

P. G.  Pourquoi as-tu voulu cette fois t’adresser spécifiquement à un public adolescent?

J.-F. A.  Au début, je me doutais bien que ça pouvait être un roman pour ados. Mais ça me paralysait. Je me demandais : « Ce mot-là est-tu trop long? Cette phrase-là est-elle compréhensible? » J’ai fini par juste me concentrer sur ce que j’avais le goût de raconter. En parlant avec les gens chez Boréal, ce qui leur a plu, c’est justement que je ne m’étais pas forcé à m’adresser spécifiquement à un public adolescent.

P. G.  Parler de la sexualité des jeunes, c’est pas facile. Qu’est-ce qui t’a guidé dans ce défi?

 J.-F. A.  L’envie de faire ça, tout simplement, de parler de l’éveil sexuel d’un jeune garçon. L’envie de parler du désir, de nous rappeler que le désir, c’est quelque chose de beau, que c’est une des belles expériences de la vie. Notre rapport à la beauté commence un peu là. Il s’enracine là. Les expériences de beauté viennent se coller sur ces premiers émois sensuels. Tous les désirs de la vie adulte sont des versions sublimées de ces premiers désirs. J’ajouterais que le début du désir, c’est le début de la poésie. Et que la force intérieure qui nous pousse vers quelqu’un, c’est aussi un premier test d’empathie. Voir l’autre comme un sujet et pas juste comme un objet, en proie comme nous à la joie et à la souffrance, c’est crucial pour le développement du sens moral. Le thème de la sexualité a suscité de belles discussions pendant le processus éditorial. C’est un sujet prégnant dans notre époque. On aurait pu être plus frileux par rapport au désir masculin. Il y a tellement de récits d’agressions sexuelles. Mais je voulais montrer des relations saines et que ça prend une place magnifique dans l’affirmation de notre identité.

P. G.  Le personnage de Petit Hautbois vit des moments difficiles. Pourquoi as-tu choisi de ne pas résoudre le conflit dans lequel il se retrouve?

J.-F. A.  L’école secondaire, il y a des gens pour qui ça ne marche pas bien. Que j’aie choisi de ne pas régler la situation dans laquelle se trouve ce jeune, ça montre juste qu’il y a des élèves qui vivent ça, qui vont peut-être porter de telles expériences toute leur vie. En tant que lecteur, j’aime que tout ne soit pas forcément bouclé. Quand je vois les ficelles à la fin d’un livre, ça m’achale. J’aime ça quand il reste des éléments qui ne sont pas clairs. La réalité est ambiguë. C’est correct que la fiction le soit aussi.

Jean-François Aubé, Tout ce qui déborde, Boréal, 2025, 152 p.

Reçu — 1 mars 2026 Journal le Mouton Noir
  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Lettre ouverte: L’escalade des budgets militaires : une menace pour notre sécurité
    Le 17 février, Mark Carney a dévoilé la Stratégie industrielle de défense du Canada. Cette orientation majeure prévoit l’ajout de centaines de milliards de dollars en dépenses militaires, sans véritable débat public. Or, ce choix politique priorise l’économie de guerre au détriment d’investissements essentiels pour la population, y compris dans des régions comme le Bas-Saint-Laurent, où les besoins en logement, en infrastructures, en services publics et en adaptation aux changements climatiques
     

Lettre ouverte: L’escalade des budgets militaires : une menace pour notre sécurité

1 mars 2026 à 13:58

Le 17 février, Mark Carney a dévoilé la Stratégie industrielle de défense du Canada. Cette orientation majeure prévoit l’ajout de centaines de milliards de dollars en dépenses militaires, sans véritable débat public. Or, ce choix politique priorise l’économie de guerre au détriment d’investissements essentiels pour la population, y compris dans des régions comme le Bas-Saint-Laurent, où les besoins en logement, en infrastructures, en services publics et en adaptation aux changements climatiques sont bien réels. Une telle décision engage l’avenir social, économique et environnemental du pays.

Le Canada a accéléré l’augmentation de ses dépenses militaires afin d’atteindre la cible de 2 % du PIB exigée par l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Pour l’année 2025-2026 seulement, près de 45 milliards de dollars seront consacrés au ministère de la Défense nationale, un montant appelé à croître de façon soutenue.

Prendre autant d’argent dans le budget national a forcément des effets. Pour financer ces nouvelles dépenses, il faut soit couper ailleurs — dans la santé, l’éducation ou d’autres services — soit emprunter davantage, soit augmenter les impôts.

À titre comparatif, le ministère du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités dispose d’environ 9 milliards de dollars, celui de l’Environnement de 3,1 milliards et celui de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire de 3,9 milliards. Une seule année de dépenses militaires dépasse largement ces budgets réunis. Dans une région comme la nôtre, où le vieillissement de la population accentue la pression sur le réseau de la santé et où l’accès aux services spécialisés demeure un défi, chaque dollar retranché aux services publics a un impact concret sur la vie des gens mais aussi sur l’avenir des jeunes.

La Stratégie industrielle de défense prévoit la création de 125 000 emplois. Or, de nombreuses études montrent que les investissements dans le logement, la transition écologique, la santé, l’éducation et l’agroalimentaire créent davantage d’emplois par dollar investi, tout en répondant à des besoins fondamentaux. Dans le Bas-Saint-Laurent, où l’économie repose largement sur les services publics, l’agriculture, la transformation alimentaire, la forêt, l’économie maritime et la recherche, ces secteurs offriraient des retombées beaucoup plus structurantes et durables que l’industrie militaire.

L’augmentation fulgurante des dépenses militaires normalise par ailleurs un discours d’économie de guerre, alors que les droits et libertés démocratiques sont fragilisés ici comme ailleurs et que nous devons nous en inquiéter. Cette trajectoire comporte des risques sociaux, environnementaux et politiques importants.

L’argument sécuritaire invoqué pour justifier cette escalade repose sur des bases fragiles. On évoque la nécessité de réduire la dépendance envers les États-Unis, alors même que cette hausse des dépenses répond en partie aux pressions exercées au sein de l’OTAN. Les pays membres de l’OTAN représentent déjà plus de la moitié des dépenses militaires mondiales. L’histoire récente montre que la course aux armements accentue les tensions internationales et détourne des ressources essentielles à la prévention des crises réelles de notre époque.

Prétendre renforcer la sécurité en misant sur l’armement revient à négliger les causes profondes de l’instabilité mondiale : inégalités croissantes, exploitation des ressources, dérèglement climatique et insécurité alimentaire. La diplomatie, la coopération internationale, la répartition des richesses et un commerce réellement équitable, qui représentent une fraction du budget militaire, demeurent des moyens plus efficaces pour prévenir durablement les conflits.

Il faut aussi considérer l’impact environnemental considérable de l’industrie militaire, responsable d’environ 5,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre selon l’Observatoire des conflits et de l’environnement. La course aux minéraux critiques nécessaires à la production d’équipements militaires risque par ailleurs d’intensifier l’extractivisme, au Québec comme ailleurs, avec des conséquences sociales et écologiques importantes, notamment sur les populations paysannes et autochtones déjà grandement marginalisées et réprimées.

La véritable sécurité

Nous assistons actuellement à une mobilisation sans précédent en faveur de l’industrie militaire, qui bénéficie de puissants lobbys, d’un accès privilégié aux décideurs politiques et de programmes de soutien financier spécifiques.

Le gouvernement du Québec s’inscrit lui aussi dans cette orientation, en affichant clairement sa volonté de positionner la province comme un acteur majeur de l’industrie militaire et d’y consacrer des sommes importantes d’argent public.

La question n’est pas de savoir si le Canada doit assurer sa sécurité, mais de définir ce que nous entendons par sécurité. Une sécurité humaine et durable repose sur la satisfaction des besoins fondamentaux (se loger, se nourrir) pour tous et toutes, une économie résiliente et décarbonée, une agriculture locale forte, des services publics fonctionnels et de qualité notamment en éducation, culture et santé et une solidarité internationale active puisque nous sommes totalement interconnectés au reste du monde. Plus les inégalités sociales grandissent, plus nos environnements naturels se dégradent, plus l’eau et l’air perdent en qualité, moins nous sommes en sécurité.

La véritable sécurité ne passe donc pas par la fabrication d’armes toujours plus sophistiquées, mais par la co-construction de sociétés plus justes, plus solidaires et plus écologiques.

À l’heure où chaque dollar public compte et où la population subit de plein fouet la hausse du coût de la vie, à l’épicerie, pour se loger ou pour se déplacer dans un vaste territoire comme le Bas-Saint-Laurent, faire de l’industrie militaire le moteur de notre stratégie économique n’est ni une évidence ni une fatalité. D’autres choix sont possibles. Il est urgent d’ouvrir un véritable débat public sur cette orientation qui aura des répercussions importantes sur notre avenir collectif.

Le CIBLES est un organisme communautaire à but non lucratif basé à Rimouski depuis 2023. Il est membre du Collectif Échec à la guerre, de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) et du Regroupement québécois des groupes écologistes (RQGE).

N.B. Cette lettre est fortement inspirée d’une lettre ouverte co-rédigée par le CIBLES,  co-signée par 16 autres organisations et parue dans Le Devoir le 27 février 2026
https://www.ledevoir.com/opinion/idees/959679/escalade-militaire-menace-notre-securite

Reçu — 26 février 2026 Journal le Mouton Noir
  • ✇Journal le Mouton Noir
  • L’adieu au bateau de Johanne Fournier
    Je connais Johanne Fournier. Je ne l’ai rencontrée que deux ou trois fois, mais je la connais bien. Parce que j’ai voyagé près d’elle, avec elle quand elle avait 15 ans et qu’elle avait fugué en Gaspésie avec son p’tit chum de 17 ans, en 1970. Par son récit de 83 pages L’état de nos routes, paru chez Leméac en 2021. Et en octobre dernier, toujours chez Leméac, paraissait L’adieu au bateau, autre récit de 70 pages qui raconte l’année qui suit le décès de l’aimé de Johanne, qu’était devenu le p’ti
     

L’adieu au bateau de Johanne Fournier

26 février 2026 à 10:29

Je connais Johanne Fournier. Je ne l’ai rencontrée que deux ou trois fois, mais je la connais bien. Parce que j’ai voyagé près d’elle, avec elle quand elle avait 15 ans et qu’elle avait fugué en Gaspésie avec son p’tit chum de 17 ans, en 1970. Par son récit de 83 pages L’état de nos routes, paru chez Leméac en 2021. Et en octobre dernier, toujours chez Leméac, paraissait L’adieu au bateau, autre récit de 70 pages qui raconte l’année qui suit le décès de l’aimé de Johanne, qu’était devenu le p’tit chum, 25 ans après leur fugue.

Johanne Fournier écrit au Je et on la lit au Nous. On partage ses états, ses doutes, sa peine au fil de ses mots écrits simplement et de façon remarquablement illustrative. On marche à ses côtés quand elle remplit les mangeoires à oiseaux, quand elle rentre le bois que l’aimé disparu a cordé.

« Il cordait le bois avec dévotion

à chaque jour je rentre le bois

à chaque jour suffit sa peine

[…]

Les mésanges dans l’arbre surveillent ma déambulation.

Mais surtout il y a sa présence, dans les petits chemins, dans chaque bûche que je prends, qu’il a tenue dans ses mains l’automne précédant sa mort. »

On s’assoit près d’elle dans la gare maritime de Matane, d’où elle regarde arriver et partir le bateau, d’où elle regarde les gens s’en aller et revenir, où elle se rappelle l’ancien traversier, le N.M. Camille-Marcoux, qu’elle a filmé pour Le Temps que prennent les bateaux — car l’auteure est aussi une cinéaste documentariste accomplie.

« Parfois à la gare, toute à mon théâtre, je ne vois pas les poches de hockey des hommes remplies du linge sale de la semaine de travail ou les raquettes accrochées au flanc des sacs à dos ou les poussettes avec des bébés dedans et des valises dessous ou les gens qui attendent l’embarquement en balayant leur téléphone au lieu de regarder la mer, ni les autres de retour de leur quinzaine à la mine, rejoignant celles qui les espèrent dehors dans le F-150 bien chaud
ou la vieille Honda rouillée. »

J’ai d’abord cru que son adieu au bateau n’était pas tant adressé au traversier, mais plutôt au bateau — sa vie — qu’elle copilotait depuis près de 30 ans avec son aimé. Mais non, Johanne Fournier écrit, à la toute fin de son récit : « […] dans la pénombre, nous avons attendu sa mort. Je dis sa mort, pas son départ. Il n’y aura pas d’adieu au bateau. Il ne partira pas. Sa mort fera partie de moi, installée à demeure. »

Je recommande fortement la lecture, non seulement de L’adieu au bateau, mais aussi de L’état de nos routes qui, en quelque sorte, forment un tout. Un tout imprégné d’amour entre deux êtres comme on en sent rarement d’aussi vrai, d’aussi fort.

Reçu — 23 février 2026 Journal le Mouton Noir
  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Chronique du gars en mots dits: Le Devoir dévoyé
    Électrochoc au Devoir : personne ne pourra plus jamais lire la plume aguerrie et pertinente de Christian Rioux dans les pages du doyen de nos quotidiens. La direction, armée de la massue de la bien-pensance inclusiviste, aura eu sa peau à l’usure. À une semaine de Noël, elle lui a même offert le cadeau d’une mise à pied. Après le départ de Normand Baillargeon fin 2024, victime de « pressions » pour réécrire de façon plus « politiquement correcte » une chronique sur le genre, et celui d’Antoin
     

Chronique du gars en mots dits: Le Devoir dévoyé

23 février 2026 à 07:56

Électrochoc au Devoir : personne ne pourra plus jamais lire la plume aguerrie et pertinente de Christian Rioux dans les pages du doyen de nos quotidiens. La direction, armée de la massue de la bien-pensance inclusiviste, aura eu sa peau à l’usure. À une semaine de Noël, elle lui a même offert le cadeau d’une mise à pied.

Après le départ de Normand Baillargeon fin 2024, victime de « pressions » pour réécrire de façon plus « politiquement correcte » une chronique sur le genre, et celui d’Antoine Robitaille, passé au Journal de Montréal en 2017, un tel licenciement était devenu prévisible. Il survient dans des circonstances très révélatrices de la mutation de ce journal plus que jamais soumis au joug de la vertu et de la morale woke.

Lecteur assidu pendant 35 ans du plus vénérable quotidien québécois, j’ai longtemps eu le bonheur de puiser des motifs culturels et littéraires de fierté nationale dans ses pages culturelles. Idem dans ses cahiers « société » ou « économie » ; rien de ce qui était québécois n’était alors étranger à ses pages, qui décortiquaient avec précision tout enjeu national. Au contraire, le nouveau Devoir dévoyé par les Brian Myles et Marie-Andrée Chouinard qui y règnent en maîtres condamne de facto tout angle d’approche jugé trop « identitaire », rejet qui transpire en filigrane de l’ensemble de sa couverture de l’actualité, des choix de sujets d’articles comme de chroniques, des termes utilisés comme des angles adoptés. Leur mission : rééduquer et sermonner leurs lecteurs.

Ces nouvelles œillères sectaires du Devoir déconstruisent avec une délectation non dissimulée tout ce qui est national, et ne cautionnent que les angles qui mettent en valeur la moindre identité minoritaire, qu’elle soit ethnique, religieuse ou sexuelle. En entrevue à QUB radio, Rioux a même affirmé que les comités de rédaction et de révision du Devoir, devenus de véritables comités de censure, s’intéressent désormais plus à la théorie du genre, à la question trans et au racisme systémique qu’à « notre survie comme peuple, à notre langue, à notre avenir économique et même à la souveraineté ». Signe des temps : aucun autre média national n’a fait écho à ce congédiement. Normal : les propos de Rioux remettraient en cause leur propre biais inclusivistes.

Quel considérable gain pour les forces fédéralistes et l’identité canadienne… Quelle perte majeure pour l’identité québécoise et les indépendantistes !

À eux seuls, les derniers faire-valoir de la tradition nationaliste s’étendant d’André Laurendeau à Lise Bissonnette que sont les Lisée, David ou Cornellier ne suffisent plus à justifier un abonnement au Devoir. La page éditoriale est devenue d’un ennui mortel et d’une portée tout à fait inoffensive : on n’y traite que de sujets consensuels que tamponneraient conformes Saint Trudeau le Père comme le fils, et les deux Marc, Miller et Carney. On y défend désormais très mollement le français, du bout des lèvres, histoire de ne pas trop faire de vagues, de ne pas semer la division. La question nationale, elle, est tout simplement évacuée, reléguée loin des écrans radars. Au troisième référendum, Le Devoir pourrait aller jusqu’à appuyer le camp du Non.

Les chroniques de Christian Rioux avaient l’avantage de procurer du recul, donner de l’ampleur aux questions les plus délicates, les plus explosives. D’Europe, là où les clivages idéologiques plus nets sont débattus ouvertement, il rappelait certaines évidences, évitait les poncifs, contournait les écueils et les pièges forgés par le discours woke, celui qui condamne avant d’entendre, qui cancelle avant de débattre, qui insulte avant d’écouter.

Au moment d’écrire ces lignes, le Devoir titre en une « Qui a dit que le père Noël devait être blanc ? », et se réjouit que ce personnage « évolue enfin »… Misère. L’an prochain pour Noël, je prédis que Lisa-Marie Gervais nous servira un : « Qui a dit que le père Noël devait être un homme, et la fée des étoiles une femme ? Barbada commente ». Mieux, dans deux ans : « Qui a dit que le père Noël devait être un être humain, et non un chat ou un chien ? »

Il faudra de nombreux électrochocs pour forcer Le Devoir à changer de cap, à renouer avec son ADN et, par là, avec la partie la plus fidèle de son lectorat. Lui infliger une campagne de désabonnements massifs constitue déjà un premier coup d’estoc aligné sur l’ancienne noble devise du Devoir : « Fais ce que dois. Advienne que pourra ». Pour ma part, c’est fait, et avec fracas, puisque je joins cette chronique à mon mot de désabonnement envoyé à la direction.

Inutile de ramer à contre-courant quand le bateau a viré boutte pour boutte : il faut une mutinerie de tout l’équipage en guise d’électrochoc.

Reçu — 19 février 2026 Journal le Mouton Noir
  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Demain?
    La majorité des générations d’hier, entretenaient un imaginaire collectif à propos du futur : voitures volantes, trottoirs électriques, voyages interplanétaires, etc. Ce futur était juste là devant eux, presque tangible. Qu’on y ait cru ou pas, toutes et tous étayaient leurs prémonitions de ce que serait le monde après les années 2000. Le progrès était, dès lors, souhaité et souhaitable. Où en sommes-nous aujourd’hui? De nos jours, les doux rêveurs doivent avoir déchanté. Le constat est ca
     

Demain?

19 février 2026 à 07:22

La majorité des générations d’hier, entretenaient un imaginaire collectif à propos du futur : voitures volantes, trottoirs électriques, voyages interplanétaires, etc. Ce futur était juste là devant eux, presque tangible. Qu’on y ait cru ou pas, toutes et tous étayaient leurs prémonitions de ce que serait le monde après les années 2000. Le progrès était, dès lors, souhaité et souhaitable.

Où en sommes-nous aujourd’hui?

De nos jours, les doux rêveurs doivent avoir déchanté. Le constat est catastrophique : sept des neuf limites pour soutenir la vie sur Terre sont dépassées1, le fascisme aux États-Unis devient de plus en plus virulent et décomplexé, le dernier rapport du WWF fait état d’une perte de 73 % de la biomasse des mammifères2, chaque année nous tuons plus d’êtres vivants sentients qu’il n’a existé d’humains depuis trois millions d’années3, tandis que des milliers d’humains meurent de faim et de soif – chaque jour! Ce qui est ubuesque, c’est que nous voulons rendre le « nécrocène4 » durable. Est-ce vraiment ce qu’on souhaite? Il serait peut-être subtil de se poser la question : « Vers où voulons-nous aller? » Puisqu’habiter la chute n’est absolument pas à mon sens synonyme de progrès. Et si, à titre d’hypothèse, nous nous étions fourvoyés et que le progrès se caractérisait plutôt par notre capacité à faire monde avec l’Autre, à aimer, à créer du commun et à être en symbiose avec l’écosystème?

Alors, où va-t-on?

L’imaginaire collectif s’est aujourd’hui étiolé, il a perdu son côté mélioratif. Les timides esquisses d’un demain s’apparentent bien plus à un Wall-E ou à un Mad Max qu’à un Star Wars sans sabre laser (bien que Trump corresponde parfaitement à la version wish de l’empereur Palpatine). Bien conscients de l’échec flagrant de nos construits, nous devrions étreindre toute ébauche de divergence, tout effluve de différence : nous devrions faire de l’Autre notre muse et non pas notre appréhension. Néanmoins, une certaine tendance à s’engluer dans l’obsession identitaire s’exacerbe dans la doxa : éructer la haine de tout Autre devient peu à peu normé. Le moindre schème d’altérité est dédaigné, comme on dédaigne un parasite s’attaquant à l’égide de notre confort obscène. La contingence de nos construits n’est pas même mise en question, alors qu’on perçoit pourtant très bien que la tour de Babel civilisationnelle, ayant la hauteur de notre suffisance, est en train de s’écrouler. L’extermination délibérée de la vie sur Terre et la montée du fascisme aux États-Unis en témoignent assez bien et ce n’est pas sans conséquence ici. En effet, une certaine dérive de la fenêtre d’Overton se fait sentir peu à peu au Québec et ailleurs. Peut-être que notre imaginaire collectif nourrit cette croyance conservatrice que ça va continuer indéfiniment, qu’on va pouvoir édulcorer la chute et ne jamais s’écraser.

Ne soyons pas défaitistes pour autant, je crois a contrario que nous devons mettre de côté nos différends et comprendre que la diversité est ce qui fait notre force, que l’identité ne peut se perdre mais qu’elle évolue au gré des extériorités avec lesquelles elle entre en symbiose. La convivialité et les échanges sont primordiaux pour penser un nouveau monde et a fortiori inhiber la droitisation idéologique. Avant de se demander vers où nous voulons aller, je crois qu’il faut se questionner sur ce que nous voulons réellement; j’ose penser que pour ça il faut se parler, coopérer, co-construire, co-désirer : il faut un vivre-ensemble pour créer un futur ensemble. Ce qui a réellement du sens pour nous s’inscrit en exergue de notre devenir. Soyons finalement poreux à l’idée que l’Occident n’a rien d’enviable, encore moins de téléologique. L’inspiration doit inéluctablement être extrinsèque… « L’imagination est une forme d’hospitalité, [en ce qu’elle] nous permet d’accueillir ce qui, dans le sentiment du présent, aiguise un appétit à l’altérité5. »

Nous avons l’occasion aujourd’hui – et peut-être même le devoir – d’imaginer un lendemain radicalement autre, l’occasion de faire éclore un ailleurs dans l’ici. L’éclosion pourrait — ou plutôt « devrait » constatant la déréliction de l’Occident — s’inspirer des autres manières d’habiter la Terre, puisque notre culture n’est qu’un atoll dans l’archipel des manières d’être au monde.

« Il ne suffit pas que le monde soit beau, encore faut-il daigner s’en réjouir6. »

Quel que soit ce nouveau paradigme, il devra, selon moi, être en adéquation avec ce qui a réellement du sens pour toute la communauté des vivants. La question est de savoir si nous aurons la sagacité de nous unir et d’apprendre à voir dans les yeux de l’Autre. Cet imaginaire devra à mon sens être perspectiviste : un rêve symbiotique résultant de la confluence onirique de tous les vivants.

Et vous, rêvez-vous demain?

1.Marianne Desautels-Marissal, « Avec les océans de plus en plus acides, la 7e “limite planétaire” est franchie », Radio-Canada, 24 septembre 2025, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2194850/acidite-oceans-planetary-health-check

2.WWF, Rapport Planète vivante 2024 – Un système en péril, Suisse.

3.L214, « Animaux abattus dans le monde », 2022, https://www.l214.com/animaux/chiffres-cles/statistiques-nombre-animaux-abattus-monde-viande/

4.Terme de Justin McBrien pour décrire une époque caractérisée par la mort, l’extinction et la destruction systémique, liée à l’accumulation capitaliste.

5.P. Boucheron, Ce que peut l’histoire. Leçon inaugurale prononcée le 17 décembre 2015 au Collège de France, Points, 2021, 54 p.

6.Alexandre Grothendieck, Récoltes et Semailles. Réflexions et témoignage sur un passé de mathématicien, Gallimard, 2023.

Reçu — 18 février 2026 Journal le Mouton Noir
  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Excursus: philosophie, expérience pratique et point aporétique
    Philosopher à partir d’une expérience pratique est en soi problématique. Pourquoi? Parce que l’expérience pratique et la démarche théorique semblent, en principe, irréductibles l’une à l’autre. Retenons ici une chose: ce qui sous-tend la relation entre le théorique et le pratique en philosophie est précisément le principe d’irréductibilité. Le principe d’irréductibilité en question renvoie à l’idée selon laquelle la démarche pratique n’est pas la théorique, et inversement, bien que les deux p
     

Excursus: philosophie, expérience pratique et point aporétique

18 février 2026 à 10:17

Philosopher à partir d’une expérience pratique est en soi problématique. Pourquoi? Parce que l’expérience pratique et la démarche théorique semblent, en principe, irréductibles l’une à l’autre. Retenons ici une chose: ce qui sous-tend la relation entre le théorique et le pratique en philosophie est précisément le principe d’irréductibilité.

Le principe d’irréductibilité en question renvoie à l’idée selon laquelle la démarche pratique n’est pas la théorique, et inversement, bien que les deux puissent constamment se croiser, s’entrelacer ou s’imbriquer intimement l’une dans l’autre. Or, si l’on se réfère à l’histoire de la philosophie, on découvrira que ce « principe d’irréductibilité structurant » désigne en réalité quelque chose de bien précis : c’est l’aporie, c’est-à dire un problème philosophique insoluble en lui-même.

Mais le paradoxe est que l’insolubilité du problème constitue, en elle-même, la condition de sa solubilité : elle est « une source légitime de réflexions prometteuses »(Hintikka, 2013). Cela sous-entend qu’elle est une convocation de la capacité créatrice du philosophe, un appel à faire usage de son imagination comme possibilité philosophique.

Un tel appel se manifeste de deux manières. D’une part, le philosophe est invité à mettre entre parenthèse « ce qui fait problème », à suspendre l’irréductible. D’autre part, il est sommé de faire advenir du neuf, c’est-à-dire d’aller au-delà de la pensée philosophique traditionnelle afin de  provoquer l’émergence d’une pensée nouvelle (Gordon, 2011). C’est ce que Patočka (1999) aurait appelé « l’expérience du passage ».

Toutefois, la nouvelle pensée philosophique révèle donc une chose : contrairement à ce que suggère habituellement son histoire, la philosophie ne naît pas de l’étonnement devant le fait accompli, mais du point aporétique rencontré dans l’expérience pratique.

Reçu — 17 février 2026 Journal le Mouton Noir
  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Tous ont échoué: La politique n’était pas la solution
    Suis sceptique face aux politiques que je regarde agir depuis enfant. Feu ma mère était éditrice, journaliste reporter et militante féministe. Triste, mais à un moment de sa vie, elle a eu la fâcheuse idée de passer à droite et de ployer, de dépendre de, de quémander, d’attendre en tendant les mains comme une mendiante, de supplier les différents partis politiques (selon les élections) pour obtenir des subventions. Je les regarde donc ces poliTichinels, ces pantins d’urne, ces conteurs-
     

Tous ont échoué: La politique n’était pas la solution

17 février 2026 à 08:05

Suis sceptique face aux politiques que je regarde agir depuis enfant.

Feu ma mère était éditrice, journaliste reporter et militante féministe.

Triste, mais à un moment de sa vie, elle a eu la fâcheuse idée de passer à droite et de ployer, de dépendre de, de quémander, d’attendre en tendant les mains comme une mendiante, de supplier les différents partis politiques (selon les élections) pour obtenir des subventions.

Je les regarde donc ces poliTichinels, ces pantins d’urne, ces conteurs-menteurs aux sourires forcés, ces gens de parlements et de salons de thé, je les checke aller et venir, nous conduire dans leurs ruelles, grandes routes, nids de poule, impasses et bang! faire des u-turn et des face-à-face de mandat en mandat.

Qui n’a pas fait sa job de planifier l’entretien d’édifices, de réfléchir, de concevoir, de mettre en place des programmes efficaces plaçant l’humain devant, en avant, vivant porteur de vie, plutôt que de faire briller la Une, d’astiquer leurs urnes, d’écrire des discours épatants et vides pour appâter les endormis gazouillant, gazés par les belles promesses? Vous savez, ceux que les candidats ou élus nomment et interpellent ainsi : « Citoyens, citoyennes… »

Qui travaille en coulisses à mettre l’accent sur les prochains votes à séduire en jasant de leurs jaquettes de livres pour se faire réélire?

Voulez-vous bien me dire, qui fait tout ça depuis 50 ans, dites-moi, s’il vous prie.

Naon, pas besoin, inutile, j’ai d’ores et déjà compilé les données et gardé les infos : tous les partis politiques l’ont fait et le feront.

Constat : La politique n’était pas la solution, ni fédérale, ni provinciale, ni municipale, tous ont échoué.

Faits

La CAQ préfère nous faire payer sept millions pour un match de hockey, oui! Payer, offrir gracieusement sept de NOS millions à une équipe multimillionnaire. C’est un outrage que je n’ai pas oublié, il me semble que c’est là que j’ai perdu la dernière miette de foi en nos lois et droits.

La CAQ a préféré autre chose et continue de le faire : couper dans les programmes de francisation, couper, couper dans tous les petits organismes, dans tous les départements de soutien aux pédagogues, aux aînés, aux itinérants, etc., et donner outrageusement encore d’autres de NOS millions de dollars en subvention à des entreprises, des grosses corpos polluantes et stériles qui auront fait et feront encore faillite en gardant les gros chèques qui auraient pu servir à notre société, à nos humains vivant dedans.

Nan! n’ai aucune confiance en ce parti, pas plus qu’aux autres, car ça fait quand même des décennies que je suis aRtiviste (artiste plurielle militante par l’art sous toutes ses formes) et qu’aucun parti – en cinq décennies – 50 ans! n’a mis en place des programmes, n’a eu l’audace de faire des plans de match, qui se soient avérés efficaces et vivaces.

Aucun parti en 50 ans n’a eu l’intelligence d’avoir une vision à long terme, de planifier l’entretien des infrastructures. Nos écoles, nos hôpitaux, nos routes sont en décrépitude, on est au Québec bazzwell!

Comment oser rêver d’un bleu pays, alors qu’on envoie nos enfants et nos aînés – apprendre, étudier, panser, penser, mourir – dans des édifices (écoles, CHSLD, hôpitaux) remplis de champignons, dont les toits coulent, dont les murs tombent brique par brique, pendant que toutes les structures et tous les rouages de notre distincte et unique société crient au secours.

C’est drôle, mais j’entends l’écho d’une vieille réponse datant d’un mandat d’il y a sept élections (7 élections x 4 ans de mandat) : « Ce n’est pas mon parti, je le jure, c’est lui, l’autre d’avant. »

Ogres gourmands! Égotistes élevés sur vos piédestaux, c’est altruistes, visionnaires intuitifs et organisés qu’il aurait fallu être et le rester.

Les politiciens font beaucoup moins de bien que de promesses. Et ici, inutile de parler de miracle en ce qui les concerne, d’autres pays n’en ont pas eu besoin pour agir.

Parents, pédagogues-intervenants sociaux :

– Étudier affecte le comportement des enfants en classe et dans la vie de tous les jours, et nous devons pouvoir compter sur nos générations futures, elles doivent être outillées convenablement, éduquées, avoir l’occasion d’agir avec instinct, flair, émerveillement, joie, fougue.

– Les générations d’enfants qu’on a drogués et qu’on continue de gaver au Ritalin sont en danger. Les effets secondaires de cette drogue puissante sont terribles sur le cerveau et sur tous les organes. Kurt Cobain en est un exemple : se sevrer de cette drogue lui donnait des maux de ventre terribles, il a commencé à fumer l’herbe pour se soulager, puis l’héro… qui, on connaît la suite, n’aura pas aidé du tout à éviter la fatalité.

– Les générations d’enfants qui ne jouent plus à cache-cache dans les forêts ou les ruelles en riant, ni à la marelle, ni au ballon, ne s’émerveillent plus à courir, à danser, à rire sous la pluie, la neige, le soleil et les beaux grands vents, sont elles aussi en danger.

Eh oui, ces écrans que leurs parents mettent dans les petites menottes dès la poussette – pour avoir la paix et surfer en paix en ligne, sur le wonderFOOL www – . Tsss..

Que voulez-vous, comme disait l’autre : un peu de froid ou de foi?

❌