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  • Chronique du gars en mots dits: Question de langue!
    Vous devez faire passer un test pour un emploi à des candidats. Vous constatez que le taux d’échec dépasse largement vos pronostics les plus pessimistes… Vous pourrez alors soit diminuer vos exigences ou carrément annuler le test, en prétextant qu’il est trop difficile. C’est précisément ce dernier choix que le ministère de la Défense nationale a fait à la fin août avec les exigences de bilinguisme au cœur de l’institution. Jean-François Vallée, La Pocatière Rappelons les faits. Selon la C
     

Chronique du gars en mots dits: Question de langue!

13 octobre 2026 à 09:29

Vous devez faire passer un test pour un emploi à des candidats. Vous constatez que le taux d’échec dépasse largement vos pronostics les plus pessimistes… Vous pourrez alors soit diminuer vos exigences ou carrément annuler le test, en prétextant qu’il est trop difficile. C’est précisément ce dernier choix que le ministère de la Défense nationale a fait à la fin août avec les exigences de bilinguisme au cœur de l’institution.

Jean-François Vallée, La Pocatière

Rappelons les faits. Selon la Commissaire aux langues officielles, les plaintes recevables envers la Défense nationale sont passées de 51 en 2016-2017 à, tenez-vous bien, un astronomique 89 en 2025-2026, dont seulement une partie sont liées à la langue de travail. Ces chiffres, comme on le voit, montrent qu’il y avait vraiment péril en la demeure (j’ironise ici, au cas où vous n’auriez pas compris).

S’il fallait une preuve de plus aux indépendantistes que le Canada est un pays bilingue de langue anglaise only, la voici sur un plateau d’argent. L’approche qui prévaudra sera de type « là où le nombre le justifie ». Dans les faits, à la Défense nationale, les services en français ne seront obligatoires qu’au Québec, au Nouveau-Brunswick et dans certaines régions de l’Ontario. Partout ailleurs, ce sera English only.

Chacun sait depuis longtemps que le Canada est un pays linguistiquement hypocrite : théoriquement, il aime se pavaner en se montrant accueillant envers toutes les différences, mais concrètement, sa vraie nature ressort en faveur de leur nivellement. Disons-le en d’autres termes moins élégants : vous pouvez réclamer tous les services ou les privilèges que vous voulez en cochant toutes les cases de la diversité que nos questionnaires intrusifs vous imposent, mais sachez qu’au final, dès que vous sortirez du confort des régions où les francophones dominent numériquement, tout ce qui compte se passera en anglais, langue de l’Empire britannique relayé par l’Empire américain et son rejeton, le néocolonialisme canadian, que nous laissons continuer à nous imposer sa vision et son cadre, comme nous l’avons choisi, en 1980 et en 1995, pauvres masochistes que nous sommes.

Désormais, 180 unités et organisations de la Défense nationale à travers le Canada deviennent officiellement unilingues anglophones1. De surcroît, le Collège militaire royal du Canada, à Kingston, qui forme pourtant les futurs leaders censément bilingues des Forces armées canadiennes, n’aura que l’anglais comme langue de travail. Il faudra maintenant faire partie d’une unité située dans une région où vit une minorité francophone pour espérer pouvoir travailler non pas en français seulement, faut pas rêver, mais en bilingue.

Le Ministère justifie ces changements en raison du trop grand nombre de plaintes fondées sur le respect des langues officielles, précise-t-il. Bref, plutôt que de prendre le taureau par les cornes et d’investir en formation et en sensibilisation pour respecter ses obligations linguistiques, le Ministère les fait tout simplement tomber.

Or, comme trois vétérans des Forces armées canadiennes indignés l’ont rappelé dans La Presse2, limiter ainsi la présence institutionnelle du français dans les Forces, c’est risquer d’éroder progressivement une capacité qui échappe à plusieurs de nos alliés, de par le vaste monde. Leur texte limpide s’intitule « Le bilinguisme est une capacité militaire », capacité qui, soulignent-ils, distingue le Canada de tous les pays privés d’une telle richesse qui nous rend plus efficaces.

La Loi sur les langues officielles de 1969 est donc ici démasquée pour ce qu’elle est : censée constituer un cadre légal essentiel pour la protection et la promotion du français et de l’anglais au Canada, elle permet aux employés de travailler dans la langue officielle de leur choix uniquement dans les régions bilingues, soit Ottawa, le Nouveau-Brunswick, et certaines parties de l’Ontario et du Québec.

Plus que jamais, le Canada est celui de deux solitudes : un bloc majoritaire de langue anglaise quasi unilingue sans cesse en expansion et qui s’affirme sans gêne, et un bloc minoritaire bilingue en déclin dans les régions où se concentrent les francophones. Cette décision fait une fois de plus voler en éclats le rêve de Trudeau (père) d’un Canada accueillant et égalitaire partout pour les francophones. Nos aïeux ont tenté dur comme fer d’y croire, mais le choc de la réalité nous a rattrapés depuis belle lurette.

1. Mathilde Beaulieu-Lépine, « Fini le français au travail dans une centaine de bureaux de la Défense », Le Devoir, août 2026, https://www.ledevoir.com/politique/canada/999491/fini-francais-travail-centaine-bureaux-defense?rc_source=recirculation&rc_medium=hyperlien&rc_campaign=corps_texte

2. Sauvé, Le Scelleur et Forand, « Le bilinguisme est une capacité militaire », La Presse, août 2026, https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2026-08-14/le-bilinguisme-est-une-capacite-militaire.php

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  • Un LOUPerivois dans la bergerie: On est cuits
    Cuits de bord en bord comme une boulette de steak haché oubliée sur les grilles d’un barbecue qui carbure à cent mille BTU, cuits comme une forêt de térébenthine qui s’éclate dans le ciel boucané en dotant notre vocabulaire d’un savant néologisme – pyrocumulonimbus – qui  aurait tout de poétique s’il ne révélait en même temps un des multiples travestissements jusque-là méconnus dont peut se vêtir l’apocalypse, ça vous apprendra à combler les marais, à débroussailler les terres dites incultes, ma
     

Un LOUPerivois dans la bergerie: On est cuits

8 octobre 2026 à 09:47

Cuits de bord en bord comme une boulette de steak haché oubliée sur les grilles d’un barbecue qui carbure à cent mille BTU, cuits comme une forêt de térébenthine qui s’éclate dans le ciel boucané en dotant notre vocabulaire d’un savant néologisme – pyrocumulonimbus – qui  aurait tout de poétique s’il ne révélait en même temps un des multiples travestissements jusque-là méconnus dont peut se vêtir l’apocalypse, ça vous apprendra à combler les marais, à débroussailler les terres dites incultes, mais naturelles, pour y implanter une monoculture plus rentable selon vos critères capitalistes mais qui comme tout le reste de votre édifice peur partir en fumée au gré du mistral ou de quelque débile jetant son mégot aux orties et on n’est pas en reste ici dans la pas si belle province à chaque fois que le boréal disparaît ou que les coupes à blanc blanchissent les goussets de gros bonnets industrieux qui après avoir sabré dans la biodiversité plantent rangs d’épinettes noires par-dessus rangs d’épinettes noires, une essence si bien nommée qui lorsque le prochain tarla n’aura pas éteint son feu de camp à deux pas de sa caravane de 40 pieds, télé couleur, air climatisé, salon et chambre à coucher télescopiques, se fera un plaisir le feu de camp de larguer ses étincelles et de lécher jusqu’aux sommets les cimes de cette forêt frelatée, forçant les grenouilles, les chevreux, les orignacs et les zours à migrer vers vos banlieues, chier sur vos patios, pisser dans vos platebandes, chercher refuge dans votre piscine pendant que derrière l’écran de votre smartphone vous essayerez de faire les smarts en instagrammant cet instant unique où la faune vient enfin lécher ses babines dans votre cour, mais méfiez-vous, la rage peut à juste titre couver sous le masque enchanteur du raton, c’est arrivé y a pas si longtemps à Godmanchester où un vulgaire minou a attaqué une pauvre citoyenne qui n’était pas sur ses gardes, c’est comme ça quand la nature se tourne contre vous peut-être parce que vous vous êtes trop détournée de la nature avec votre botox, vos faux seins, votre faux cul, la chirurgie esthétique, votre fausse allure de star dégingandée de cinquante ans qui voudrait encore faire briller les paillettes de son adolescence jusque dans les faux plis de sa conscience, et surtout pendant que vous filmez cette scène unique, ne pas oublier le barbecue – ça vient presque de m’arriver – qui risque de faire cramer ce juteux T-bone qui a nécessité je ne sais plus combien de litres d’eau – si utile pour éteindre les feux – et des prairies entières de fourrage et de céréales, cuits, vous dis-je, on est cuits, avec un Carney désincarné qui vend le peu d’âme qui nous restait aux mégapoches du capitalisme et aux multinationales du pétrole, trace le sillon de merveilleux oléoducs  lesquels, olé, olé, tout en dévastant l’environnement sur leur passage bituminisent l’atmosphère au détriment de ces malingres alvéoles qui se carbonisent dans nos poumons, et comme si ce n’était pas assez ce même retraité de la Haute Finance poursuit l’œuvre de ses prédécesseurs, de Lawrence à Winslow à Monckton, de Amherst à Dunham, de MacDonald à Trudeau à Chrétien à Sheila Copps, des assassins de Riel aux bourreaux des Patriotes, éradiquer tout ce qui ne parle pas anglais, faire disparaître tout ce qui n’est pas Blanc et ne s’exprime pas dans la langue du Big Money, Speak White bandes de morons et laissez la libre concurrence, Netflix, Meta, Spotify, Bezos, Musk et autres oligarques régenter l’univers, engranger les profits, dévaster les derniers bastions de la vie sur terre, et nous, pauvre petit peuple de demeurés, nous nous apprêtons encore une fois à nous dire NON à nous-mêmes, à nous refuser cette si faible lueur qui nous permettrait peut-être de sauver les meubles, de circonscrire et de protéger ce si minuscule segment d’univers que nous partageons et où nous nous identifions cependant comme une entité propre, historiquement définie, partageant des valeurs communes, désunis parce que déchirés entre fabulations wokistes, idées de gauche, idées de droite, paranoïa identitaire, peur de notre ombre et de l’ombre des Autres, insécurité affective, morbidité patriotique, fatigue culturelle, insuffisance de guts et de courage, complaisance peinarde entre les quatre murs de nos bungalows et de nos condos chromés qui risquent cependant de partir en fumée, car nous sommes cuits, hosties toastées des deux bords, relish pourrie entre le chou et la chèvre, cérumen figé dans la crevasse de l’oreille, feu couvant entre l’arbre et l’écorce, nous sommes cuits, et nous mourrons en anglais avec un baril de pétrole enflammé à la place du cœur.

(Ce texte a été rédigé sans l’assistance d’aucune IA. Asseye-toé pour voir!)

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  • Édito: Les médias écrits communautaires : une voix essentielle au bord du précipice
    Dans un Québec où l’information circule à grande vitesse, où les réseaux sociaux imposent leur rythme et où les grands groupes médiatiques rationalisent leurs activités, les médias écrits communautaires jouent un rôle plus important que jamais. Pourtant, ces journaux et magazines locaux vivent une crise financière profonde. Leur situation est paradoxale : ils sont indispensables à la vitalité démocratique et culturelle des communautés, mais ils disposent de moins en moins des moyens nécessaires
     

Édito: Les médias écrits communautaires : une voix essentielle au bord du précipice

6 octobre 2026 à 07:24

Dans un Québec où l’information circule à grande vitesse, où les réseaux sociaux imposent leur rythme et où les grands groupes médiatiques rationalisent leurs activités, les médias écrits communautaires jouent un rôle plus important que jamais. Pourtant, ces journaux et magazines locaux vivent une crise financière profonde. Leur situation est paradoxale : ils sont indispensables à la vitalité démocratique et culturelle des communautés, mais ils disposent de moins en moins des moyens nécessaires pour remplir leur mission.

Les médias écrits communautaires ne sont pas de simples entreprises qui produisent du contenu. Ils sont des lieux de proximité, de mémoire et de participation citoyenne. Dans les quartiers, les municipalités rurales, les communautés culturelles, les régions éloignées et les milieux linguistiques minoritaires, ils racontent des réalités souvent absentes des grands médias. Ils donnent la parole aux organismes locaux, couvrent les conseils municipaux, annoncent les activités communautaires et rendent visibles les enjeux qui touchent directement les citoyens.

Or, cette présence a un prix. Depuis plusieurs années, les revenus publicitaires traditionnels diminuent. Les commerces locaux, eux-mêmes soumis à des contraintes économiques, disposent de budgets limités. Une part importante des dépenses publicitaires se dirige désormais vers les grandes plateformes numériques, qui captent l’attention et les revenus sans produire nécessairement de contenu journalistique local. Les médias communautaires doivent donc rivaliser avec des entreprises internationales qui disposent de moyens considérables et d’outils technologiques sophistiqués.

Cette concurrence est profondément inégale. Un journal local peut consacrer des heures à une enquête sur un enjeu municipal ou à un reportage sur une école de quartier. En face, les plateformes numériques offrent une visibilité immédiate, des statistiques détaillées et des tarifs publicitaires parfois très faibles. Elles profitent pourtant du contenu et de l’attention générés par l’écosystème médiatique sans assumer les mêmes responsabilités envers les communautés.

À cette baisse des revenus s’ajoutent la hausse des coûts d’impression, du papier, du transport, des loyers et des salaires. Pour plusieurs médias, chaque numéro devient un exercice d’équilibre. Réduire la pagination permet de diminuer les dépenses, mais affaiblit aussi la diversité du contenu. Publier moins souvent réduit les coûts, mais diminue la présence dans la communauté. Réduire les effectifs peut sembler inévitable, mais augmente la pression sur les journalistes restants et limite la capacité de couvrir les dossiers en profondeur.

Le danger ne concerne pas seulement les propriétaires ou les employés de ces publications. Il touche l’ensemble de la société québécoise. Lorsqu’un média communautaire disparaît, ce n’est pas uniquement un titre qui s’éteint : c’est une partie de la mémoire collective qui disparaît avec lui. Ce sont des archives, des visages, des débats et des récits locaux qui risquent de ne jamais être documentés. Dans plusieurs collectivités, personne ne possède la même connaissance du terrain ni la même relation de confiance avec les citoyens.

La disparition de ces médias fragilise également la démocratie. Une communauté mal informée participe moins aux décisions qui la concernent. Sans journal local pour suivre les élus, expliquer les projets d’aménagement ou questionner la gestion municipale, le pouvoir devient plus difficile à surveiller. La démocratie ne peut pas reposer uniquement sur les grands médias nationaux ou sur les publications des institutions elles-mêmes. Elle a besoin d’une information indépendante, régulière et enracinée dans les milieux de vie.

Il serait toutefois insuffisant de présenter les médias communautaires comme des organisations condamnées à attendre une aide extérieure. Ils doivent continuer à se transformer. La présence numérique, les infolettres, les balados, les médias sociaux et les abonnements en ligne offrent des avenues intéressantes.

C’est pourquoi les gouvernements, les municipalités, les entreprises et les citoyens doivent reconnaître la valeur collective de ces médias. Le soutien public ne doit pas servir à contrôler leur ligne éditoriale, mais à protéger leur capacité d’exister. Des programmes de financement prévisibles, des mesures fiscales adaptées, un meilleur accès aux revenus publicitaires institutionnels et des partenariats avec les organismes locaux pourraient contribuer à stabiliser leur situation.

Les citoyens ont aussi un rôle à jouer. S’abonner, acheter une publication, partager ses articles et soutenir ses annonceurs sont des gestes simples, mais essentiels.

Laisser ces médias disparaître serait une économie à courte vue. Leur disparition coûterait beaucoup plus cher que leur soutien : elle appauvrirait le débat public, isolerait les communautés et affaiblirait la capacité des citoyens à comprendre le monde qui les entoure. Au Québec, défendre les médias communautaires, c’est donc défendre le droit de chaque collectivité à raconter sa propre histoire.

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  • Chronique Changement de culture: Le sport, c’est nul
    Rivière-du-Loup. Je parcours à pied le pittoresque boulevard de l’Hôtel-de-Ville pour me rendre au lancement du Mouton. Des panneaux de la Ville marqués « Participez, bougez, sortez » s’adressent au vide, ou presque, sur les trottoirs – qui voudrait marcher là? Mon retour d’Europe, où le transport en commun, efficace, fait bouger les gens1, est brutal : en Amérique du Nord, il n’y a personne dans les rues – tout le monde est (souvent seul) dans sa boîte motorisée pour se rendre d’une boîte (l
     

Chronique Changement de culture: Le sport, c’est nul

17 septembre 2026 à 12:58

Rivière-du-Loup. Je parcours à pied le pittoresque boulevard de l’Hôtel-de-Ville pour me rendre au lancement du Mouton. Des panneaux de la Ville marqués « Participez, bougez, sortez » s’adressent au vide, ou presque, sur les trottoirs – qui voudrait marcher là?

Mon retour d’Europe, où le transport en commun, efficace, fait bouger les gens1, est brutal : en Amérique du Nord, il n’y a personne dans les rues – tout le monde est (souvent seul) dans sa boîte motorisée pour se rendre d’une boîte (la maison, le travail) à une autre (le complexe sportif, la Cité des achats). Les corps des gens, invisibles, intouchables.

Seulement 45,4 % de la population québécoise pratique le niveau recommandé d’activité physique2; pourtant tout le monde ne parle que de sport – de hockey. Même avec mes amies intellos, le sujet s’immisce, est imposé. Je saurai où en est le Canadien dans les séries, que je le veuille ou non.

Avec sa théorie critique du sport, le sociologue Jean-Marie Brohm cherche à « montr[er] la totale subordination de l’institution sportive aux stratégies économiques, diplomatiques, militaires et médiatiques des États [et autres] acteurs centraux de la civilisation du capital3 ». Le sport surinvestit notre vie, nous soumet à « ses effets d’abrutissement » (pendant les séries, on n’entend pas parler des coupes au Centre de services scolaires des Phares) ou à la « sportivisation propagandiste de l’espace public4 ». À Rimouski, 25,7 millions sont investis pour la construction d’un stade multisport (pour, encore, jouer à l’intérieur…); le même montant pourrait soutenir un écosystème culturel et communautaire entier.

Et quid des effets délétères sur l’environnement? On construit de nouvelles infrastructures, on défriche, on artificialise (on crée des nappes de stationnements pour les sportifs), on produit béton et acier, on consomme de l’eau; on se déplace en voiture, on fait du bruit, on pollue. On écoute le chant des rainettes sous les spots allumés pour rien au centre Adhémar-Saint-Laurent de Rimouski-Est.

Je n’ai rien contre l’activité physique; j’en ai contre « la logique sportive contemporaine5 », l’obsession, la marchandisation. Celle qui transforme la course, pourtant économe en matériel, en « vaste décharge6 » de bouteilles d’eau, de tee-shirts de marathon et de gels d’énergie en pochette plastique. Celle qui impose la compétition dans les cours d’éducation physique au lieu de faire comme mon professeur du primaire, Michel, qui nous emmenait marcher au sentier du Littoral. Bravo à l’école des Alizés à Mont-Joli qui fera faire du vélo aux enfants7. La bicyclette empouvoire les jeunes, leur permet une liberté nouvelle quant à l’usage de leur temps, de leur ville.

On fait quoi?

Difficile d’aller à contre-courant de la culture [sic] du sport et de ses affects obligatoires. Mais on peut réfléchir. Que faire de ces sentiments d’exultation, de fierté mal placée qu’on ne souhaite pas ressentir? Peut-on dépasser la compétition, même contre soi-même? Peut-on imaginer un sport qui n’implique ni domination, ni inégalités financières injustifiables, ni destruction du vivant?

Surtout, sachant qu’il s’agit d’« une coercition anthropologique majeure qui renforce et légitime l’idéologie productiviste et le principe de rendement de la société capitaliste8 », comment peut-on être de gauche et aimer le sport-spectacle, le sport-entreprise? (Aïe.)

On lit

Les garçons courent plus vite, livre de poésie jeunesse de Simon Boulerice, fait (re)vivre l’humiliation des moins doués en éduc : « j’en veux à Luc Léger / qu’est-ce que / cette course à paliers / cette course navette […] // je gravis les damnés paliers de ma honte / le cœur fêlé dans la gorge // […] mon corps est à bout / de cette course à vide9 ».

1. Les déplacements des usagers du transport en commun à Montréal comptent pour le quart de l’activité physique recommandée, selon une étude de Morency, Trépanier et Demers (2011) rapportée par Trajectoire Québec : https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/sante-services-sociaux/publications-adm/strategie-nationale-prevention-sante/trajectoire-quebec_contribution-strategie-nationale-de-prevention-en-sante.pdf

2. En 2020-2021; INSPQ, Activité physique, https://www.inspq.qc.ca/indicateur/habitudes-de-vie/activite-physique.

3. La Tyrannie sportive : théorie critique d’un opium du peuple, Beauchesne, 2006, p. 82.

4. Ibid., p. 84.

5. Ibid., p. 160.

6. Ibid., p. 180.

7. Annie Levasseur, « École des Alizés : 25 vélos pour faire bouger les jeunes », Le Soir, 25 juin 2026, https://journallesoir.ca/2026/05/25/ecole-des-alizes-25-velos-pour-faire-bouger-les-jeunes/.

8. Brohm, op. cit., p. 219. L’italique est de l’auteur.

9. la courte échelle, 2015, p. 22.

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  • Un LOUPerivois dans la bergerie
    Mourir pour des idées À la fin de la Seconde Guerre mondiale et au fur et à mesure qu’étaient dévoilées les exactions et atrocités commises par Staline, nombre d’intellectuels français qui avaient adhéré aux idéaux du communisme ont commencé à déchanter et à quitter les rangs du parti. Désillusionnés, ils se sont sentis trompés ces poètes, chanteurs, peintres et consorts qui, en toute bonne foi, avaient cru à un monde meilleur, à une réelle prise en main de leur existence par les « prolétaire
     

Un LOUPerivois dans la bergerie

27 août 2026 à 12:30

Mourir pour des idées

À la fin de la Seconde Guerre mondiale et au fur et à mesure qu’étaient dévoilées les exactions et atrocités commises par Staline, nombre d’intellectuels français qui avaient adhéré aux idéaux du communisme ont commencé à déchanter et à quitter les rangs du parti. Désillusionnés, ils se sont sentis trompés ces poètes, chanteurs, peintres et consorts qui, en toute bonne foi, avaient cru à un monde meilleur, à une réelle prise en main de leur existence par les « prolétaires de tous les pays ».

Ma propre génération n’a pas échappé à ce piège du miroir aux alouettes. Ainsi la formation des kibboutz en Israël a pu correspondre pour nous à un véritable renouveau, à une exaltante odyssée où un peuple presque décimé à peine quelques décennies plus tôt parvenait maintenant, au sein d’unités proches des idéaux collectivistes d’un Charles Fourier, à se redessiner un territoire, à enraciner un pays à même l’aridité du désert. Adamo chantait : « Requiem pour six millions d’âmes / […] qui malgré le sable infâme / ont fait pousser six millions d’arbres ».

À la même époque, en Chine, Mao Zedong s’acharnait à éradiquer ces dynasties de seigneurs de la guerre et autres roitelets qui avaient tenu des millions d’êtres humains sous leur férule pendant des siècles. Il faut pouvoir lire l’Histoire à rebours, éliminer les couches de sédiments qui s’y sont déposées et cristallisées au fil des ans. Il fut un temps où Mao était un héros, acclamé partout en Occident, son célèbre col (Mao) étant même devenu vêtement fétiche non seulement pour quelques rares aficionados mais au sein même des élites les plus huppées de la mode du moment. De même son Petit Livre rouge distribué à des millions d’exemplaires était un must au cœur des rayons de la bibliothèque de tout révolutionnaire de bon aloi.

Plus près de nous, dans la mer des Caraïbes, un jeune avocat du nom de Fidel Castro accompagné de son frère Raùl et de vaillants camarades dont Camilio Cienfuegos et Ernesto Che Guevara parvient à déloger un malfrat du nom de Fulgencio Batista, un dictateur corrompu qui à toutes fins utiles a vendu l’île à la Cosa Nostra, la pègre américaine. Encore là, Fidel est encensé par tous ceux et celles qui ont le cœur à gauche et la réussite de la révolution cubaine s’impose désormais à l’époque comme un modèle, la preuve tangible que le célèbre cri de ralliement pueblo unido jamas sera vencido n’est pas qu’un slogan creux et idéaliste mais s’impose comme une vérité : un peuple uni peut réellement parvenir à juguler les forces de l’obscurantisme qui le subjuguent. C’est cette fois Jean Ferrat qui se réjouit en s’écriant tout aussitôt Cuba si! Et le Che devient une icône internationale.

On connaît la suite et l’immonde traitement que fait subir à un peuple sans défense et sans moyens un empereur américain revanchard tout fier, du haut de sa dégoulinante bouffissure, de mâchouiller les derniers débris d’une révolution avortée. La Chine a resserré l’étau que Mao avait si laborieusement construit et, s’inspirant des plus lugubres cauchemars empruntés à Big Brother, circonscrit, fiche et catalogue aujourd’hui chacun de ses citoyens à l’aide d’un réseau de caméras omniprésentes, tout comme on le fait par ailleurs à Téhéran. Et se drapant derrière ce même voile d’opacité et de déréliction qui s’abat sur l’humanité, Israël en profite pour s’imposer comme le plus féroce prédateur au Moyen-Orient, déployant ses tentacules meurtrières et frappant sur tout ce qui bouge, de la bande de Gaza au Liban, en passant par la Cisjordanie.

Voilà comment les élans de libération des peuples sont pervertis, comment des groupuscules ou des entités voués à leur naissance à de nobles idéaux sont récupérés peu à peu, dévoyés de leurs légitimes objectifs premiers, broyés dans le collimateur de l’Histoire ou de la realpolitik à la faveur des lubies ou de l’inexpérience de leurs instigateurs, parce que ces derniers ont succombé aux sirènes ou aux vanités du pouvoir, ou simplement parce qu’ils n’ont pas su comment endiguer ces terribles et indomptables forces qu’ils s’étaient ingéniés à susciter.

Brassens chantait : « Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente » et, prudent, il ajoute aussitôt : « Car, à forcer l’allure, il arrive qu’on meure pour des idées n’ayant plus cours le lendemain ».  Pour notre plus grand malheur cependant, il y en a une idée qui ne semble jamais mourir : celle de la prédation, de l’appât du gain, de la cupidité, de la soif de pouvoir, cette pulsion destructrice qui gangrène la vie et nous laissera tous bientôt exsangues, nous lamentant aux bords du gouffre.

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  • La solitude est un dessert qu’on ne déguste pas seul
    La solitude chez les personnes âgées n’est que rarement le sujet d’œuvres cinématographiques, et Mon gâteau préféré1a non seulement brisé ce standard, mais il l’a fait avec brio, à l’aide d’éléments visuels créatifs qui embellissent l’univers du personnage principal, Mahin. Le long métrage iranien relate l’histoire de Mahin, une dame âgée de 70 ans veuve depuis 30 ans. Depuis la mort de son mari, le déménagement de ses enfants et les visites de moins en moins fréquentes de ses amies, l’isolem
     

La solitude est un dessert qu’on ne déguste pas seul

16 juin 2026 à 12:57

La solitude chez les personnes âgées n’est que rarement le sujet d’œuvres cinématographiques, et Mon gâteau préféré1a non seulement brisé ce standard, mais il l’a fait avec brio, à l’aide d’éléments visuels créatifs qui embellissent l’univers du personnage principal, Mahin.

Le long métrage iranien relate l’histoire de Mahin, une dame âgée de 70 ans veuve depuis 30 ans. Depuis la mort de son mari, le déménagement de ses enfants et les visites de moins en moins fréquentes de ses amies, l’isolement est toujours plus présent. Le soir où elle fera la rencontre de Faramarz, un homme vivant une situation similaire, Mahin se croira moins seule.

            Tout au long du film, les décors traduisent bien la solitude des personnages. La maison de Mahin est présentée comme vaste et épurée, ce qui renforce l’image de retranchement que vit le personnage. Les draps blancs protégeant les meubles, les nombreuses pièces inoccupées et les vieilles photos encadrées sur les murs sont tous des signes que Mahin vit non seulement seule, mais qu’elle en souffre.

De plus, le choix de l’éclairage et de la longueur des plans diffère selon si elle est seule ou non dans sa maison. Les scènes moins lumineuses soulignent sa solitude, elles sont aussi beaucoup plus longues, voire contemplatives, ce qui permet au spectateur d’entrer plus profondément dans l’isolement du personnage. Par exemple, dans l’une des premières scènes, Mahin déjeune, assise à la table. Le choix d’augmenter le temps d’écran pour ce moment banal vient le mettre sur le même pied que tout autre moment que vit le personnage, ce qui renforce l’impression de solitude que nous ressentons nous-mêmes en visionnant le long métrage tout comme le léger malaise que nous éprouvons face à la situation de Mahin.

Pour les scènes claires et lumineuses dans lesquelles elle est accompagnée, que ce soit de ses amies au tout début ou, plus tard, de Faramarz, l’éclairage est beaucoup plus présent et diffus. Les plans sont aussi plus courts, divers et nombreux, ce qui donne l’impression que le temps passe plus vite, et c’est probablement ce que ressent Mahin, qui est visiblement plus heureuse lorsqu’elle n’est pas seule.

La solitude de Mahin se dévoile plus en profondeur lorsqu’elle reçoit enfin un invité, et la façon dont elle le traite en dit long sur son besoin de socialisation. En effet, la bouteille de vin jamais ouverte qu’elle dit posséder depuis des années, les vêtements chics qu’elle ne porte jamais et qu’elle sort pour l’occasion, le gâteau qu’elle concocte tard le soir et toutes les petites attentions qu’elle a pour lui traduisent une envie de plaire qu’elle n’a pas développée depuis plusieurs années.

Le long métrage Mon gâteau préféré est un film magnifique dont l’approche visuelle, autant du point de vue de la direction photographique qu’artistique, amène une vision douce de la solitude que certaines personnes âgées vivent au quotidien.

J’ai apprécié cette œuvre pour sa capacité à représenter la solitude, pour ses choix cinématographiques qui soutiennent bien le sujet et pour ses décors réconfortants. Je donne la note de 4/5 à Mon gâteau préféré.

[1]. Maryam Moghadam, Behtash Sanaeeha, Keyke mahboobe man / Mon gâteau préféré, 2024, 97 min.

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  • Chronique du gars en mots dits: Le mot en W
    (1re partie) Ma chronique de février, « Le Devoir dévoyé » a fait sortir de ses gonds le fondateur du Mouton NOIR, Jacques Bérubé. Je ne suis plus le seul « gars en mots dits »… Je m’enorgueillis du fait que mon appel au boycottage du vénérable Devoir ait mis fin à son mutisme, armé de sa plume acérée. Jean-François Vallée, La Pocatière Dans sa diatribe Alerte ! Au woke ! On « censure » Rioux !, Jacques Bérubé proclame haut et fort sa détestation du chroniqueur Christian Rioux et son am
     

Chronique du gars en mots dits: Le mot en W

11 juin 2026 à 13:21

(1re partie)

Ma chronique de février, « Le Devoir dévoyé » a fait sortir de ses gonds le fondateur du Mouton NOIR, Jacques Bérubé. Je ne suis plus le seul « gars en mots dits »… Je m’enorgueillis du fait que mon appel au boycottage du vénérable Devoir ait mis fin à son mutisme, armé de sa plume acérée.

Jean-François Vallée, La Pocatière

Dans sa diatribe Alerte ! Au woke ! On « censure » Rioux !, Jacques Bérubé proclame haut et fort sa détestation du chroniqueur Christian Rioux et son amour inconditionnel pour Le Devoir sauce woke. Je lui sais gré de me procurer ainsi une occasion en or d’inscrire ma pensée dans une réflexion plus large sur l’identité profonde de son bébé de papier maintenant sevré.

Le brûlot de Jacques Bérubé m’a poussé à relire les deux chroniques que tous les contempteurs de Christian Rioux utilisent comme grenade pour le démolir, même si, du même souffle indigné, l’auteur avoue candidement et péremptoirement ne l’avoir lu qu’« occasionnellement, peut-être pour [s]’en écœurer davantage ». J’étais donc curieux de découvrir par moi-même ce que ces chroniques avaient de si écœurant. La première s’intéresse à la définition du terme « génocide » pour voir s’il s’applique au cas des exactions commises par Israël à Gaza (72 549 Palestiniens tués) depuis les attentats du Hamas le 7 octobre 2023 (1 200 Juifs tués). La seconde porte sur l’arrestation de Nicolas Sarkozy à la suite d’un procès nébuleux et bâclé, que Rioux utilise surtout pour dénoncer le gouvernement des juges qui, des deux côtés de l’Atlantique, multiplie de plus en plus les entraves envers le pouvoir des élus. Si on ne me reproche que deux chroniques d’une telle eau quand je laisserai tomber la plume pour le plumard, le jour où la bien-pensance woke m’aura « cancellé » à mort, je serai déçu… Quoi! Prendre ma retraite avec seulement deux misérables chroniques à mon actif ayant provoqué de l’urticaire souvent à droite ou à gauche ? Je n’aurais été qu’un bien piètre pugiliste dans le ring des idées.

Les moutons gris

Jacques Bérubé pose des questions de grande importance, en filigrane de son pamphlet, pour comprendre ce qui fonde la singularité des collaborateurs du Mouton dans notre petit paysage médiatique, à savoir : comment se définit un véritable « mouton noir » ? Comment le distinguer parmi le troupeau bêlant ? Et, par extension, à partir de quelle conviction idéologique précise sort-on délavé à l’eau de javel, plus blanc que blanc ? Ou encore, quel tamis idéologique permet de séparer avec certitude le bon grain de l’ivraie, les collaborateurs fréquentables des infréquentables ?

Jacques Bérubé, pour sa part, semble avoir tracé une ligne rouge d’une extrême netteté : vous n’êtes plus un mouton « noir » dès que vous critiquez le néoprogressisme woke issu des universités états-uniennes de gauche né des tensions raciales et identitaires réelles propres au terreau de ce pays, ce mouvement vertueux autoétiqueté woke, c’est-à-dire « éveillé aux injustices de tous ordres. » Si j’ai bien compris son propos, Jacques Bérubé vient de décréter interdites à la fois l’utilisation du mot et la critique du mouvement, sauf pour l’encenser ; toute critique à son égard vous fait basculer illico dans le camp des frileux moutons blancs comme neige.

Mon cher Jacques, sachez que si je peux être très radical dans plusieurs de mes propos quand un rebond de l’actualité me pique à vif, je revendique haut et fort, sur plusieurs questions, le droit d’être un mouton gris pâle ou gris foncé. Si l’aiguille de mes chroniques penche le plus souvent à gauche, je ne m’empêche pas de flirter avec le centre droit. Que cela plaise au non, coûte que coûte, j’essaie de rester autant que possible nuancé. Parfois noir comme dans la tanière du loup, mais souvent gris pâle ou gris foncé. Si les moutons fâchés noirs s’en scandalisent, qu’ils blâment leurs propres œillères.

À 18 ans, un mouton noir, pour moi, ne pouvait que s’opposer à tout discours de droite, un social-démocrate en lutte contre les capitalistes, doublé d’un anticolonialiste militant. Je lisais de sulfureux pamphlets comme Nègres blancs d’Amérique, de Pierre Vallières, penseur du FLQ, avec la même passion que Le portrait du colonisateur suivi du Portrait du colonisé, d’Albert Memmi ou Les damnés de la terre de Franz Fanon. J’y reconnaissais ma condition, notre condition, en copie carbone. Je comprenais que le destin individuel était intimement lié au destin collectif, et nos tergiversations nationales, le reflet de nos tergiversations individuelles. Aujourd’hui, le wokisme scande ad nauseam que tout ça est suranné, dépassé. Et gratifie de l’étiquette « raciste » quiconque défend le destin collectif.

La suite de ce palpitant récit dans le prochain numéro.

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  • Un LOUPerivois dans la bergerie: De la musique avant toute chose
    La musique adoucit les morses, la preuve en est qu’un certain phoque en Alaska fait vibrer le cœur et les cordes vocales des Québécois depuis plus de cinquante ans, comme le relate Jean-François Brassard dans une publication qui retrace les péripéties de la saga Beau Dommage. Et pour ne pas quitter trop tôt l’univers des pinnipèdes (vite, le petit Robert), j’ai moi-même interprété récemment une sympathique composition signée Plume-Landru intitulée Le loup fuck?  Fuck le loup! C’était à l’occasio
     

Un LOUPerivois dans la bergerie: De la musique avant toute chose

5 juin 2026 à 12:13

La musique adoucit les morses, la preuve en est qu’un certain phoque en Alaska fait vibrer le cœur et les cordes vocales des Québécois depuis plus de cinquante ans, comme le relate Jean-François Brassard dans une publication qui retrace les péripéties de la saga Beau Dommage. Et pour ne pas quitter trop tôt l’univers des pinnipèdes (vite, le petit Robert), j’ai moi-même interprété récemment une sympathique composition signée Plume-Landru intitulée Le loup fuck?  Fuck le loup! C’était à l’occasion d’un cabaret « déjanté » en hommage à notre plumesque camarade présenté dans le cadre du Salon du livre de Québec, Salon où l’on a d’autre part cherché à mettre en parallèle deux entités légèrement incompatibles, soit celle du géant Beaupré et celle de l’ineffable Sainte-Trinité. On aurait pu tirer de cette rencontre un mix assez original : « Crois-moi, crois-moi pas, j’viens d’débarquer d’un drôle de trip, j’pas mal fucké, j’tout mélangé pis j’sais pus trop où m’garrocher, c’est comme ça quand ta blonde t’a lâché… »

Les deux groupes sont nés à quelques années d’intervalle, et après que leurs membres respectifs eurent baigné dans des eaux à la salinité passablement différente : Plume, Pierrot et moi, davantage chats de ruelle, chants de poubelle, tandis que l’autre cohorte frayant plutôt du côté « sunny side of the street », pour puiser dans le catalogue du Great American Songbook. On parvient malgré tout de temps à autre à naviguer sous les mêmes cieux, car même si on peut se lasser de voir pousser palmiers et bananiers, il n’en demeure pas moins que l’hiver est moins rude sur une plage, n’est-il pas? Ceci étant, Ginette a cependant peu à voir avec Bobépine ou avec une certaine Polonaise droguée supposément fréquentée par Plume, lequel aurait semble-t-il choqué un tant soit peu la sensibilité d’un Pierre Huet, travestissant le nom de la formation dont ce dernier était membre en la rebaptisant de la douce appellation de Beau Crémage… Pour notre part, c’est plutôt du glorieux titre de Cellule divertissement dont on nous a affublés pendant la crise d’Octobre.

Bon. Trêve de ragots et de méchanceté. N’ai-je pas amorcé cette chronique en vantant les mérites lénifiants et apaisants de la chanson? Et pour que le baume s’étende judicieusement et avec bonheur, comment ne pas raviver le souvenir de cette mémorable soirée où, dans une superbe maison sise en plein bois en bordure de la rivière Assomption (merci Guylaine), nous avons caressé le répertoire des Beatles pendant des heures et des heures, jusqu’à plus voix, accompagnés par une pléiade de superbes musiciens dont Michel Hinton au clavier et Pierre Bertrand à la basse?

Toujours est-il que nous descendions la rue Saint-Jean ma blonde et moi après avoir quitté le brouhaha du Salon du livre. La soirée était fraîche telle que cette mauvaise fin d’hiver nous en a servi plus que de raison cette année. Place D’Youville, Le Diamant resplendissait de tous ses cristaux, le Palais Montcalm brillait de tous ses feux, le Capitole s’imposait majestueusement, exhibant sa fière et arrogante façade Second Empire. Et tout à coup, montant de ce décor enchanté, au cœur même du berceau de cette Amérique française qu’on nous a volée, à deux pas de la porte Saint-Jean, voilà que nous parvient, véritable souffle d’ange, un joyau polyphonique, les voix magistrales d’un chœur formé d’une douzaine de jeunes filles, assemblées en cercle, debout, sur le trottoir, à quelques pas devant nous et qui chantent. En harmonie. Et en français. Les épithètes en viennent à manquer quand vient le temps d’exprimer la parfaite beauté, quand elle est à ce point saisissante, quand elle vous atteint comme un direct au cœur. La grâce. Sublime. Majestueux. Car elles chantaient juste et bien, ces jeunes filles de Laval, et lorsque, médusés et charmés, seuls spectateurs conviés à ce concert improvisé, nous nous sommes mis à applaudir, elles se sont tournées vers nous pour entonner le refrain de la chanson Je reviens chez nous. J’en suis convaincu, quelle que soit l’oasis où il repose, Jean-Pierre en a certainement frémi jusqu’à la moelle de son âme.

Et rentrant chez nous, justement, j’apprends que Viktor Orban vient de concéder la victoire. Toujours et encore : de la musique à mes oreilles.

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  • Changement de culture: La case qui cache la nappe
    Lorsque j’ai quitté Rimouski pour Montréal pour mes études universitaires, j’oubliais de laisser entre mes rendez-vous un temps de déplacement. En métro et en autobus, environ quarante-cinq minutes. J’ai été choquée de constater qu’à Rimouski, comme des coqs en pâte, on s’est habitués à pouvoir se rendre partout en dix minutes. En lisant l’essai Terre et liberté d’Aurélien Berlan1, j’ai vu un lien entre la fixation collective sur le stationnement et l’idée que ce philosophe critique, soit la
     

Changement de culture: La case qui cache la nappe

17 mai 2026 à 15:01

Lorsque j’ai quitté Rimouski pour Montréal pour mes études universitaires, j’oubliais de laisser entre mes rendez-vous un temps de déplacement. En métro et en autobus, environ quarante-cinq minutes. J’ai été choquée de constater qu’à Rimouski, comme des coqs en pâte, on s’est habitués à pouvoir se rendre partout en dix minutes.

En lisant l’essai Terre et liberté d’Aurélien Berlan1, j’ai vu un lien entre la fixation collective sur le stationnement et l’idée que ce philosophe critique, soit la liberté conçue comme désir de délivrance. Dans cette vision, qu’on partage forcément en baignant dans le néolibéralisme, on est libres parce qu’on peut se décharger sur d’autres personnes de choses qui nous pèsent. On se véhicule en char, symbole « de la délivrance que [la société industrielle] permet2 », sans la charge mentale de prévoir nos trajets en transport collectif, mais surtout, on refile à d’autres (automobilistes ou non) la nuisance à la santé publique que cause notre char (GES, particules fines, pollution sonore, sans compter les 93 piétons et cyclistes tués sur les routes du Québec en 20243). Quand on arrive à destination, on veut pouvoir entreposer4 notre bébelle à 15 000 $ par an5 tout près d’où on va, même si notre choix, additionné à ceux des autres, gâche l’expérience de la ville à tous. Car la nappe de stationnements du Carrefour, c’est déprimant – et dangereux – à traverser, comme le font les Est-Rimouskois qui vont prendre le Citébus.

Je ne suis pas automobiliste, mais je n’échappe pas à l’accélération technique, au productivisme ni à la logique d’accumulation capitaliste qui font croire qu’on peut toujours ajouter une activité quand on a « gagné » du temps ailleurs, me frustrant par ailleurs de ne jamais pouvoir « tout faire » et d’être pressée. On a besoin d’une autre perspective du temps pour sauver notre santé mentale, physique, communautaire. L’usage du transport collectif l’amène : on prend conscience que notre temps ne vaut pas plus que celui des autres, que la frustration (ou le compromis) est inhérente à la vie, qu’il existe d’autres gens que soi – pas des armatures d’acier contre lesquelles courser, mais des humains, avec des corps mis en jeu dans l’espace public.

L’obsession du stationnement répond à une vision égocentrique de la liberté qui est en fait peur du manque : on cherche « le confort dans la soumission au système », entretenant notre dépendance à un aménagement à hauteur de voiture et non d’humain, à un réseau routier et à « des grandes organisations étatiques et industrielles6 ». Berlan prône plutôt une émancipation par l’autonomie, entreprise ensemble dans une perspective de subsistance.

On fait quoi?

J’invite les automobilistes à intégrer l’inconfort dans leur vie. Posséder une voiture n’est pas nécessaire en ville. Et mes camarades piétonnes, cyclistes et usagers du transport en commun, continuons la lutte – réclamons plus d’espaces verts, lents, collectifs.

On lit

La Floune dans Godpèle de Gabriel Marcoux-Chabot, roman d’anticipation en orthographe exploratoire : « Ja parlé dé macine q’iavè poure fére anqore plus vite pi anqore mieu toute sa q’onsé fére ojordui […] Ja parlé d’la vi q’alétè plus fasile, d’un sanse, pi an même tan tèlman plu qonpliqé, aqoze q’onsavè pa fabriqé nouzote même toute sa q’onavè bezouin poure qontinué a vive qome q’onétè abitué7. »

1. Éditions La Lenteur, 2021. Il est peu disponible en librairie au Québec, mais j’en possède une copie prêtable (mais soulignée).

2. Berlan, op. cit., p. 120.

3. Stéphane Bordeleau, « 30 % plus de piétons tués sur les routes du Québec en 2024 », Radio-Canada, 22 mai 2025, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2166655/bilan-routier-quebec-2024-pietons-cyclistes

4. Traduction de to store,utilisé dans le balado The War on Cars; Nicolas Bérubé, chroniqueur finance à La Presse, va plus loin (!) en disant qu’il « abandonne [son auto] dans la rue » car son arrondissement le lui permet (« Mon char, mon choix, mes économies », 25 janvier 2026).

5.  Pour un VUS neuf, selon Francis Garnier d’Alliance Transit (conférence donnée le 24 janvier 2026 à Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique, Montréal). Une voiture usagée coûterait 9 000 $ par année.

6. Berlan, op. cit., p. 202 et p. 126.

7. La Peuplade, 2025, p. 368.

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  • Chronique du gars en mots dits: Haïr ses alliés naturels
    Quelques mois avant le référendum du 30 octobre 1995, Jacques Parizeau concluait une alliance avec le chef de l’ADQ, Mario Dumont, et celui du Bloc québécois, Lucien Bouchard, en vue de la bataille décisive qui approchait. L’initiative avait donné un élan inespéré à la campagne du oui, qui battait fortement de l’aile. Grâce à cette alliance, jamais les Québécois ne sont passés si proche du pays… Dire que les forces indépendantistes devront de nouveau s’unir si elles veulent gagner un éventuel tr
     

Chronique du gars en mots dits: Haïr ses alliés naturels

9 mai 2026 à 15:37

Quelques mois avant le référendum du 30 octobre 1995, Jacques Parizeau concluait une alliance avec le chef de l’ADQ, Mario Dumont, et celui du Bloc québécois, Lucien Bouchard, en vue de la bataille décisive qui approchait. L’initiative avait donné un élan inespéré à la campagne du oui, qui battait fortement de l’aile. Grâce à cette alliance, jamais les Québécois ne sont passés si proche du pays… Dire que les forces indépendantistes devront de nouveau s’unir si elles veulent gagner un éventuel troisième acte constitue la mère de toutes les lapalissades.

Entre une telle union et sa concrétisation, il y a loin de la coupe aux lèvres. Aujourd’hui, on se demande bien quel serait le troisième parti désireux de se joindre au camp du Oui aux côtés du PQ et du Bloc québécois… À droite, l’ADQ, depuis longtemps dissoute dans la fédéraliste CAQ sous l’impulsion de François Legault, devrait se saborder pour y adhérer. Quant à Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, le sinistre personnage a passé sa vie de chroniqueur, d’animateur radio et de politicien à pourfendre les indépendantistes comme s’ils étaient affublés de la pire maladie mentale.

Il reste, à bâbord toute, Québec solidaire…

En mars 2024, pour préparer le terrain en vue de la renaissance du camp du Oui, QS lançait l’initiative « Nouveau Québec ». Ruba Ghazal et Sol Zanetti partaient en tournée pour promouvoir l’indépendance à travers le Québec, souhaitant faire gonfler l’appui au-delà du plancher des 35 %, en prêchant sciemment à des non-convertis. « Même si on a des divergences sur la façon dont s’articulerait le projet de société d’un Québec libre, on a eu l’appui du PQ pour notre campagne », avait alors déclaré Ghazal. Du miel à mes oreilles.

Depuis l’automne 2025 cependant, les positions raffermies et assumées du Parti québécois sur la laïcité et l’immigration ont considérablement refroidi les ardeurs de QS, un parti de plus en plus à l’aise avec le multiculturalisme canadien. Au point où on apprend ces jours-ci que le dernier survivant de la « vague orange » du NPD, Alexandre Boulerice, pourrait se présenter sous les couleurs qsistes aux élections québécoises d’octobre 2026.

Rappelons qu’en 2017, Québec solidaire acceptait d’intégrer dans ses rangs les indépendantistes du parti Option nationale, fondé par l’économiste Jean-Martin Aussant. Depuis, QS est assis sur la lame d’un rasoir : plus il parle d’indépendance du Québec, plus il s’aliène les 67 % de ses partisans qui tiennent plus à leurs idéaux socialistes ou sociaux-démocrates qu’à l’indépendance du Québec. Pour eux, un Canada dirigé par une coalition de partis de gauche comme le PLC et le NPD sous Justin Trudeau vaut mieux qu’un Québec indépendant gouverné par des partis centristes ou du centre droit. Pour la majorité des partisans de QS, le dilemme est réglé : la question sociale passe avant la question nationale, point. D’où le flirt électoral constant de QS avec le NPD, les deux seuls partis aux logos orange.

Une trêve nécessaire

Personne ne demande à QS de devenir l’allié naturel du PQ, mais tout au moins de consentir à une trêve circonstancielle. À force de tirer à boulets rouges sur les péquistes en les traitant de cryptofascistes, de racistes, d’étroits d’esprit ou de transphobes, QS épargne ses vrais adversaires fédéralistes, qui peuvent dormir tranquilles ou mourir de rire : à droite, ceux de la CAQ et du Parti conservateur du Québec, et à gauche, ceux du PLQ. Les partisans du Canada tel qu’il est peuvent demeurer cois et quiets pendant que le futur camp du Oui se fissure avant même de naître.

Les partisans de QS doivent cesser de percevoir comme une trahison impardonnable le fait que le Parti québécois essaie de se tenir au centre de l’échiquier politique pour ratisser un électorat plus large et engranger les votes indépendantistes. L’indépendance acquise, tous les partis, de gauche comme de droite, en profiteraient. Les débats gagneraient en qualité et en pertinence, alors que depuis 1867 ils sont condamnés à se dissoudre sur la rive ontarienne de la rivière des Outaouais, et restent le plus souvent sans échos dans ce grand pays étranger dont le nom est écrit en lettres d’or sur mon passeport.

« Divide et impera », disait déjà le roi de Macédoine Philippe II au 4e siècle avant notre ère. Oui, quand on divise le camp adverse, on arrive à régner… Maxime que les fédéralistes ont depuis longtemps mise en pratique à leur plus grand profit.

Il faudrait maintenant que les indépendantistes soient au moins assez clairvoyants pour s’en rendre compte, puis en tirer les conclusions qui s’imposent.

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