Chasse : des M $ dans l’économie du Bas-Saint-Laurent

En automne, dans le Bas-Saint-Laurent, la chasse à l’orignal est un véritable moteur économique. Des milliers de chasseurs dépensent sans trop compter pour l’hébergement, la nourriture, l’essence et les autres services, ce qui représente un apport majeur pour les petites communautés rurales et les territoires fauniques. Et c’est sans compter les emplois directs et indirects que crée cette activité chaque saison.
Quand le « call » de l’orignal résonne dans nos forêts, c’est aussi le tiroir-caisse qui sonne dans de nombreux commerces et pourvoiries de la région.
La chasse à l’orignal, c’est bien plus qu’une tradition dans le Bas-Saint-Laurent. Les petits marchés d’alimentation, les stations-service, les hôteliers, les pourvoiries et les ZEC profitent grandement du passage de ces passionnés.
La plus récente étude, publiée par le ministère de l’Environnement, de la Faune et des Parcs en 2023, estimait les retombées de la chasse à l’orignal dans le Bas-Saint-Laurent à 55 M $ par automne, avec un total de 550 emplois à temps complet.
Aujourd’hui, avec la hausse du coût de la vie, le montant dépensé par les chasseurs est nettement plus élevé, estime le directeur de la pourvoirie Lechasseur, Simon Lemay. Les chasseurs vont couper tout ce qui est possible avant de sacrifier leur voyage de chasse.
« C’est une raison d’être pour bien du monde d’aller chasser l’orignal. C’est pas là qu’ils vont faire des économies pour boucler l’année. Ils vont plutôt couper le voyage dans le Sud. C’est prioritaire dans le budget. »
« L’orignal est le premier moteur économique de nos territoires fauniques. Il génère énormément ici au Bas-Saint-Laurent. C’est la meilleure zone au Québec avec la Gaspésie. Les gens qui viennent ici, ils sont prêts à dépenser sans compter dans les commerces de services ou les boutiques spécialisées », confirme le directeur général de la réserve Duchénier, Maxime Gendron, confirme.
Période d’affluence
L’an dernier, 17 500 permis de chasse à l’orignal ont été délivrés dans la zone 2, ce qui correspond en gros au territoire du Bas-Saint-Laurent. Dans les villages situés près des zones de chasse, comme à Saint-Gabriel-de-Rimouski, la présence des chasseurs est remarquée.
« On peut dire que 35 % du chiffre d’affaires d’automne, c’est les chasseurs. Y’a des groupes, ce sont des personnes à l’aise financièrement, ils regardent pas à la dépense! C’est comme Noël. Une période que le monde aime », indique le copropriétaire du marché d’alimentation Omni, Marco St-Laurent.
Même son de cloche au marché Le Nécessaire, à La Trinité-des-Monts. « C’est plus achalandé dans le temps de la chasse, c’est certain, explique la gérante Manon Gagnon. Si c’était plus, ce serait encore mieux. On se prépare pour ça, avec le prêt-à-manger pour le temps de la chasse. »
La ZEC Bas-Saint-Laurent réalise 70 % de son chiffre d’affaires pendant la période de chasse à l’orignal, souligne le DG Peter Camden.
« On a bon an, mal an, 2 300 membres sur la ZEC. Environ 1 700 chassent l’orignal, donc c’est très important pour nous. Pour la région, et pour les pourvoiries aussi, c’est très important. »
À la pourvoirie Lechasseur, l’une des plus importantes pour la chasse à l’orignal au Québec, cette activité représente 80 % du chiffre d’affaires annuel. Récolter un seul orignal coûte 10 000 $ aux chasseurs.
Nouveau plan de gestion très attendu
Cette année, un nouveau plan de gestion de l’orignal est entré en vigueur. L’alternance entre les années de chasse aux mâles uniquement et celles où tout était permis est terminée. La nouvelle méthode de gestion du cheptel est saluée par l’ensemble des gestionnaires de la faune.
Le directeur de la pourvoirie Lechasseur, Simon Lemay, attendait un changement de régime avec impatience. « Heureusement que ça a changé! Moi, j’ai milité pour ça. »

L’alternance entre les années de chasse aux mâles seulement et les années permissives, où tout était autorisé, avait été mise en place il y a 14 ans pour réduire le cheptel, considéré comme trop abondant. Mais ces dernières années, les prélèvements de femelles et de veaux ont entraîné une diminution de la population d’orignaux.
« Les six dernières années, selon nous, les gestionnaires de la région, il y a eu trois années permissives de trop. Ce qui a fait baisser un peu trop les populations d’orignaux. C’est pas dramatique, mais c’est plus bas que ce qu’on aurait voulu. »
Le directeur général de la ZEC Bas-Saint-Laurent, Peter Camden, est lui aussi rassuré. « La ZEC a été un leader dans la refonte du plan de gestion de l’orignal, parce que la manière dont on exploitait n’était pas assez une gestion fine. » En vertu de la loi, la ZEC doit accepter tous les chasseurs sur son territoire.
Les années permissives, la hausse de l’achalandage, parce que la chasse était plus facile, créait une pression supplémentaire sur le cheptel, explique-t-il.
Meilleur équilibre
À partir de maintenant, ce sera la biologiste responsable de la région qui sera chargée de déterminer chaque année le nombre de permis spéciaux pour les femelles et les veaux qui seront offerts par tirage au sort, précise monsieur Lemay.
« Il sera possible de réagir promptement, annuellement, à la situation réelle dans les forêts. Ce nouvel outil-là va faire qu’on va gérer plus finement les populations. » Les décisions seront prises selon l’état de santé du cheptel, les rigueurs de l’hiver et la récolte de l’année précédente, explique Peter Camden.
« C’est un plan de gestion flexible. Donc, c’est intéressant. On va pouvoir s’ajuster pour conserver la qualité et la quantité d’orignaux au Bas-Saint-Laurent. » L’an passé, une année permissive, 4 354 orignaux ont été prélevés au Bas-Saint-Laurent, en majorité des femelles et des veaux.
Malgré l’intérêt économique de l’exploitation des orignaux, l’objectif demeure de préserver cette richesse faunique, surtout qu’elle permet à de nombreuses communautés de profiter de retombées importantes, en plus d’assurer de nombreux emplois directs et indirects de qualité dans le Bas-Saint-Laurent.






































