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  • Des scintillements dans l’abîme: Entrevue avec François Guerrette
    Bon an mal an, il se publie environ 6 500 livres au Québec. Certains gagnent des prix. Certains sont vendus à plusieurs milliers d’exemplaires. Certains font parler. Et certains surgissent des profondeurs pour briller de leur éclat vif dans notre ciel littéraire. Des perles noires pour lesquels les mots « inventivité », « virtuosité » et « singularité » ne suffisent pas à décrire la valeur artistique. La base et le sommet est le sixième recueil de François Guerrette. Rencontre avec un poète.
     

Des scintillements dans l’abîme: Entrevue avec François Guerrette

16 septembre 2026 à 13:16

Bon an mal an, il se publie environ 6 500 livres au Québec. Certains gagnent des prix. Certains sont vendus à plusieurs milliers d’exemplaires. Certains font parler. Et certains surgissent des profondeurs pour briller de leur éclat vif dans notre ciel littéraire. Des perles noires pour lesquels les mots « inventivité », « virtuosité » et « singularité » ne suffisent pas à décrire la valeur artistique. La base et le sommet est le sixième recueil de François Guerrette. Rencontre avec un poète.

Philippe Garon –  Depuis plusieurs années, ton écriture m’impressionne. Mais là, avec ce recueil, il me semble que t’as réussi quelque chose d’encore plus important…

François Guerrette –  J’ai déposé sept ans de ma vie dans ce texte-là. L’écrire a été une grande souffrance. Ça m’a vraiment tout pris. La poésie, ç’a toujours été comme ça pour moi. En général, je dors pas beaucoup, je mange pas beaucoup. Mais pour celui-là, ç’a été encore pire. Au début, je trouvais ça rigolo comme mode de vie. À me prendre pour une sorte de sorcier. Mais c’est toujours devenu de plus en plus violent.

Quand j’ai commencé La base et le sommet, j’étais déjà pas solide sur mes patins. En fait, j’étais à genou. Je vois l’écriture un peu comme une malédiction. Si je pouvais parler au jeune François, je lui dirais : « Fais autre chose. » Je lui suggérerais de se consacrer à une activité plus réelle. J’aurais aimé mener une vie plus simple. Pour expliquer ce que ça me fait vivre, je prendrais l’exemple de la série Stranger Things. Le monde de la poésie pour moi, c’est un peu comme un monde à l’envers, un monde dans le monde et hors du monde. Oui, ça m’épouvante, mais je continue pareil. C’est certain que je cours après quelque chose. Un certain plaisir. Mais le plaisir, c’est pas nécessairement léger. On est loin de l’image du gars assis tranquille dans un café avec le sourire aux lèvres. J’écris pas autour du feu. J’écris dans le feu.

P. G.  – Qu’est-ce que tu as découvert pendant le processus de La base et le sommet?

F. G.  – Que je ne peux plus écrire comme j’écrivais avant. Heureusement que ça s’est mal passé, parce que j’aurais continué à écrire à peu près la même sorte de livres. Donc, ce recueil-là m’a changé. Plus j’avançais, plus il était différent des autres. J’ai tenté d’écrire la cathédrale de moi-même. Quand l’écriture prend toute la place, tu fais face à l’absence de vie. J’ai passé du temps en désintox, puis même là, je continuais à écrire parce que je continuais à découvrir des choses en écrivant.

Le livre est ambitieux. On rentre dans un abîme. J’ai réellement vécu l’expérience d’un abîme. C’est sans fond. Mais je continuais à avancer pareil, parce que je continuais à découvrir. J’ai failli abandonner. Je comprends le plaisir qu’on peut éprouver à sortir un livre aux deux ans. Mais La base et le sommet, c’est pas le genre de projet qu’on peut faire rapidement. C’est pas parce que je me suis mis à moins écrire. C’est parce que ses matériaux sont dangereux, douloureux, troublants. Plus sensés et plus près de soi. Saignants.

P. G.  – Quelles ont été tes influences?

F. G. –  Avant, j’idéalisais les auteurs fous, comme Denis Vanier. Je me suis écœuré de ça. Maintenant, les textes qui me soufflent dans la bouche, qui me donnent de l’air, sont loin de moi. Des trucs comme des poètes persans mystiques du XIe siècle. René Char. Je l’avais déjà lu plus jeune, mais pendant la pandémie, je suis retourné vers lui et j’ai été touché par sa bienveillance. Je l’avais en moi, ce héros de guerre, ce cœur de géant. Je sentais que dans les textes que je venais d’écrire, je pouvais déposer plus de bienveillance. Il m’a aidé. Avec Feuillet d’Hypnos, de courtes pensées écrites quand il était au front. Les matinaux aussi.

Dans les dernières années, je me suis plus intéressé à la lecture. Lire, c’est une expérience sensible. De quoi c’est fait, un texte? D’un imaginaire, d’une singularité, d’un rapport au monde, d’une sensibilité. Quand t’as plus conscience de ça, tu peux travailler à déplacer le sens, à proposer un décalage. Maurice Blanchot est un de ceux qui ont le mieux décrit ce qu’est l’expérience de l’écriture. Il parle entre autres de Kafka : « Loin de toi se déroule une histoire mondiale de ton âme. » Cette citation-là m’a donné l’objectif de mon livre.

François Guerrette, La base et le sommet, Poètes de brousse, 2025.

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  • Un simple accident : la symphonie des bruits
    Long métrage réalisé par le cinéaste iranien Jafar Panahi et tourné en Iran sans autorisation officielle, Un simple accident, sorti en 2025, se démarque notamment par les sujets profonds qu’il aborde et par la façon dont ils sont traités. L’audace dont le réalisateur a fait preuve a permis à son film de recevoir plusieurs distinctions dans de nombreux festivals et de remporter la Palme d’or au Festival de Cannes. Après avoir écrasé un chien en voiture en direction de sa maison, un père de fam
     

Un simple accident : la symphonie des bruits

10 septembre 2026 à 07:09

Long métrage réalisé par le cinéaste iranien Jafar Panahi et tourné en Iran sans autorisation officielle, Un simple accident, sorti en 2025, se démarque notamment par les sujets profonds qu’il aborde et par la façon dont ils sont traités. L’audace dont le réalisateur a fait preuve a permis à son film de recevoir plusieurs distinctions dans de nombreux festivals et de remporter la Palme d’or au Festival de Cannes.

Après avoir écrasé un chien en voiture en direction de sa maison, un père de famille se voit dans l’obligation de s’arrêter à un garage avant de poursuivre sa route. Dès cet instant, le spectateur est plongé dans l’incompréhension et le doute. En effet, lorsque l’homme arrive au garage, le mécanicien Vahid, ex-prisonnier des autorités iraniennes, commence à agir bizarrement. On apprend plus tard que Vahid veut se venger de cet homme, puisqu’il croit avoir reconnu le grincement de la prothèse de son ancien tortionnaire, Eghbal. Ce grincement est d’ailleurs source de torture, non seulement pour Vahid, qui se remémore des souvenirs douloureux, mais également pour le spectateur, qui doit entendre le grincement même à la fin du film. Sous l’impulsion, Vahid suit l’automobiliste et décide de le kidnapper le lendemain matin avec le projet de l’enterrer vivant. Vahid commence toutefois à douter lorsque l’homme nie totalement être Eghbal. Il ira donc chercher d’anciens détenus pour l’aider à identifier leur bourreau. Le spectateur doit alors faire preuve de sens critique : ce père de famille peut-il vraiment être responsable  d’autant de mal? Et si oui, doit-on combattre le feu par le feu?

Jafar Panahi réussit à plonger le spectateur dans l’inconfort à l’aide de bruits agressants et incessants. Les grincements, les klaxons, les moteurs, les aboiements s’enchaînent, ne donnant aucun repos aux spectateurs, comme si nous étions torturés, tout comme les ex-prisonniers. D’ailleurs, le grincement de la prothèse sert à créer une scène miroir où ce bruit revient nous hanter à la fin du long métrage. De plus, le réalisateur réussit à mettre en image la répression iranienne ainsi que la souffrance infligée à la population. En fait, même après plusieurs années, les ex-détenus encore traumatisés ne se sont pas remis de leur emprisonnement. Nous pouvons penser à la scène où Vahid va chercher Hamid pour identifier Eghbal. Lorsqu’Hamid confirme que c’est bien lui, il devient hystérique et tout le monde doit essayer de le calmer. Même si le jeu des acteurs laisse parfois à désirer, comme dans cette scène un peu surjouée, nous comprenons tout de même le message principal du film. De plus, les nombreux plans tournés dans une fourgonnette et dans des endroits peu fréquentés viennent nourrir l’idée d’un système autoritaire, puisque le réalisateur a dû tourner illégalement son film pour pouvoir critiquer ce système.

Malgré de grands défis de tournage, Jafar Panahi réussit à toucher le spectateur et conclut son histoire en montrant, avec ces personnages empathiques et humains, que la solution n’est pas de se réduire aux mêmes niveaux que les forces répressives iraniennes en combattant avec la violence. Il n’est donc pas étonnant que ce chef-d’œuvre cinématographique ait été récompensé.

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  • D’or et d’os
    Il allait falloir nous libérer de cette mort pour accéder à la vie. – Julie Hyland, Précis de fantômologie Précis de fantômologie, c’est la réponse bienveillante, sans concession et féministe aux grands récits de coureurs des bois, où les femmes sont si souvent absentes. Julie Hyland réactualise les figures du nomade et du sédentaire, constitutives de la littérature québécoise, dans ce roman enlevant qui se lit d’une traite. Elle convoque trois générations d’hommes de sa famille, pour s
     

D’or et d’os

18 juin 2026 à 07:48

Il allait falloir nous libérer de cette mort pour accéder à la vie.

– Julie Hyland, Précis de fantômologie

Précis de fantômologie, c’est la réponse bienveillante, sans concession et féministe aux grands récits de coureurs des bois, où les femmes sont si souvent absentes. Julie Hyland réactualise les figures du nomade et du sédentaire, constitutives de la littérature québécoise, dans ce roman enlevant qui se lit d’une traite.

Elle convoque trois générations d’hommes de sa famille, pour sauver la dernière : « je voulais mobiliser mes ressources de lectrice d’une Abitibi livrée à sa propre destruction, en trouvant tous les espaces ponctués et les marges du monde pour protéger mon frère et le sauver. » (p.75) Après le patriarche explorateur et chercheur d’or et le père, « gisant la plupart du temps sur le même canapé […], [subissant] la vie sur des coussins envahis de poussières de cendres et de peaux mortes » (p. 68), elle excavera les artères malades de masculinité de sa famille pour laisser entrer le soleil et permettre la guérison.

L’autrice et narratrice « a toujours eu faim de voir. [Son] appétit scopique n’a fait que s’étendre à l’âge adulte » (p. 71). Et qui ouvre les yeux sur le monde colonial dans lequel on croupit ne peut que sentir son cœur se crisper. Après tout, « l’anxiété est le lot de ceux qui veulent savoir » (p.74). L’écriture la mènera sur sa voie, la sortira de la maison familiale maudite pour aller aux grands vents et rédiger une cure faite d’inquiétude et de bonté, de présence et de responsabilité acceptée.

Quand je marchais dehors, dans les bois ou sur la rue, je me sentais en relative sécurité. C’est ce qui venait du dedans qui m’effrayait. Rien ne me paraissait aussi redoutable que ce qui pouvait m’arriver dans cette maison capable d’étouffer l’écho de mes cris. Ils devenaient murmures dans l’épaisseur des murs. On ne se protège de rien, en s’enfermant. On s’isole, c’est tout. Pas question pour moi d’ouvrir le téléviseur et d’exposer mon ouïe au divertissement. Si je voulais survivre au péril de cette maison et aux présences qu’elle abritait, je devais me mettre à son écoute. Tout guetter de son silence. (p. 96)

À la vue, elle ajoute l’ouïe, un autre sens pour éprouver l’intranquillité nécessaire à l’écriture : « L’oreille n’a pas de paupière : elle ne se referme jamais. » (p.99)

L’aïeul prospecteur est remis à sa place dans ce récit. Hyland raconte l’errance abitibienne du patriarche au retour de la guerre : « J’y avais passé les deux mois les plus morts de l’année. Comme un revenant, des mois et des mois après avoir été démobilisé, j’y avais flotté avec pour seul réel le désespoir qui me nouait les viscères. Je n’étais alors qu’un trou avec des cadavres dedans. » (p.78) L’aïeul trouve la rédemption dans la forêt : « L’humanité ressemble à une épinette noire. Je ne pourrais dire avec assurance si elle est damnée ou miraculée. Quelqu’un pourrait aussi le dire de moi. J’appartiens au territoire de Waskaganish – en langue crie, Waskaganish, ça veut dire maison. » (p.42) Il rencontre sa malédiction dans les bras d’une femme qu’il ne saura jamais aimer et avec qui il aura une famille. Il en aimera une autre parce qu’elle lui fait penser « à un morceau de cuivre exhumé de terre. » (p. 154).

Il y a des spirales, des fulgurances, des maux de tête et des coups de feu dans l’écriture précise, jamais précieuse, sensuelle et sensorielle de Julie Hyland et son histoire de fantômes abitibiens.

Julie Hyland, Précis de fantômologie, La Mèche, 2026, 280, p.

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  •  *Par la voie des airs: Entrevue avec Stéphanie Lessard-Bérubé
    Publié à compte d’autrice, Journal d’une cinéaste-violoneuse de Stéphanie Lessard-Bérubé semble inspiré d’une maxime du conteur-chanteur Michel Faubert : « J’ai pris tout ce que j’aimais et j’en ai fait tout ce que j’ai pu. » Ce très, très beau livre rend hommage à cinq musiciens traditionnels du Bas-Saint-Laurent (Rosario Picard, Léon Marquis, Thomas Deschênes, Aurèle Turgeon et Élie Murray) en adoptant différents points de vue, à la fois anthropologiques et poétiques. On y trouve des photos d’
     

 *Par la voie des airs: Entrevue avec Stéphanie Lessard-Bérubé

17 juin 2026 à 13:52

Publié à compte d’autrice, Journal d’une cinéaste-violoneuse de Stéphanie Lessard-Bérubé semble inspiré d’une maxime du conteur-chanteur Michel Faubert : « J’ai pris tout ce que j’aimais et j’en ai fait tout ce que j’ai pu. » Ce très, très beau livre rend hommage à cinq musiciens traditionnels du Bas-Saint-Laurent (Rosario Picard, Léon Marquis, Thomas Deschênes, Aurèle Turgeon et Élie Murray) en adoptant différents points de vue, à la fois anthropologiques et poétiques. On y trouve des photos d’archives, des partitions, des illustrations originales, des textes d’introspection, des notes de travail, d’abondantes références et beaucoup de gratitude. Rencontre avec une rigoureuse vaillante.

Philippe Garon : À la base, ton médium, c’est le cinéma. Qu’est-ce qui t’a amenée à l’écriture?

Stéphanie Lessard-Bérubé : Le cinéma, c’est d’abord beaucoup d’écriture. Ne serait-ce que pour les demandes de financement. Et ça demande beaucoup de temps. J’ai voulu ce livre pour reprendre une autonomie créative, avant de pouvoir terminer le film. Le livre présente toute la recherche et la réflexion sur laquelle s’appuie mon prochain film, mais qu’on n’y retrouvera pas de manière explicite. Ça a demandé beaucoup de travail en amont puis je voulais garder une trace de ce parcours. Je me demande aussi… Est-ce que j’aurais choisi de faire un livre si le Bas-Saint-Laurent n’était pas aussi ancré dans les arts littéraires?

P. G.  – Pourquoi l’autoédition?

S. L.-B. – Mon objectif ’était de rendre mes recherches accessibles à la population. Aux familles concernées évidemment, à leurs communautés, mais aussi aux personnes qui s’intéressent au patrimoine vivant en général et à la musique traditionnelle en particulier. Je ne me voyais pas attendre qu’un éditeur s’engage peut-être à publier le manuscrit après l’avoir envoyé à différentes maisons. C’est pour ça que j’ai entrepris une campagne de sociofinancement pour couvrir les frais de conception et d’impression par une entreprise qui offre ce type de services. Mais je ne m’attendais pas à ce qu’on m’accompagne aussi bien. Je ne savais pas comment ça vient au monde, un livre, ce n’était pas dans mes intentions de découvrir les métiers en lien avec la publication, mais j’avais une vision précise. Le résultat est à la hauteur. Le livre est beau grâce à ces gens-là.

P. G.  – Tu as volontairement décidé d’imprimer un tirage limité. Pourquoi?

S. L.-B.  – Pendant le processus, j’ai compris que c’est plus qu’un document de référence. En trouvant des membres des familles et des amis des violoneux que j’avais choisis, ça a créé un jeu relationnel. C’est allé plus loin que ce à quoi je m’attendais. La dimension sensible est arrivée grâce au temps pendant lequel j’attendais de pouvoir faire le film. En me mettant à écrire, la dimension vivante s’est développée. Et c’est pour ça que je ne veux pas qu’il y ait beaucoup de copies en circulation. Pour que les gens aillent dans les sociétés d’histoire pour consulter le livre, dans les bibliothèques locales, les communautés qui en ont un exemplaire et que ça stimule des rencontres. Que ça ouvre des discussions.

P. G.  – Qu’est-ce que tu retiens principalement de ce processus?

S. L.-B.  – Le violon, c’est important dans ma vie. Ça me fait du bien, et je ne suis pas la seule. Quand j’ai décidé de venir m’installer dans la région, j’ai cherché des airs typiques d’ici. Mais je ne savais pas comment les trouver. Je suis allée fouiller dans les Archives de folklore de l’Université Laval. Mais même là, c’était pas évident. Des chansons, des contes traditionnels, il y en a en masse. Mais la musique instrumentale, les ethnologues l’ont moins étudiée on dirait. Ç’a demandé du temps. Puis pendant ce temps, ma pratique artistique évoluait. Je rencontrais du monde. J’ai suivi des formations en écriture. Puis j’écrivais. Je me demandais ce que ça allait donner. Je me demandais si ça allait ouvrir ma voix. Je me demandais c’était quoi, ma voix. J’ai connu ces cinq musiciens-là. Leurs airs, mais aussi leurs histoires. C’est pas juste la qualité du jeu qui importe pour moi. C’est l’impact que ces personnes-là ont eu dans leur communauté. Ça va pas mal plus loin que les airs. Ils font partie de ma vie maintenant. Leur héritage fait partie du mien.

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  • Double Patate – Le soleil s’est réveillé : une ode à la vie
    Le collègue musicien et Rimouskois Olivier D’Amours a sorti son nouvel album Le soleil s’est réveillé le 6 mars dernier. Issues de son projet Double Patate, les onze pièces seront disponibles en vinyle dans les prochaines semaines. Dès les premières notes, on est frappé par un gros son de guitare, à la Fred Fortin, suivi d’une voix intime, qui nous réchauffe de poésie concrète (concrete poetry – terme que je viens d’inventer et futur style musical mondialement reconnu). Le son est acoustique,
     

Double Patate – Le soleil s’est réveillé : une ode à la vie

15 juin 2026 à 12:50

Le collègue musicien et Rimouskois Olivier D’Amours a sorti son nouvel album Le soleil s’est réveillé le 6 mars dernier. Issues de son projet Double Patate, les onze pièces seront disponibles en vinyle dans les prochaines semaines.

Dès les premières notes, on est frappé par un gros son de guitare, à la Fred Fortin, suivi d’une voix intime, qui nous réchauffe de poésie concrète (concrete poetry – terme que je viens d’inventer et futur style musical mondialement reconnu). Le son est acoustique, tout en étant augmenté de l’amplification : le road trip n’est jamais très loin, le folk et la liberté non plus. On y sent la fragilité du temps, et cette phrase qui résume tout : « je suis patate / je suis patate / je suis double patate ».

À la Fred Pellerin, Olivier D’Amours se fait conteur : pogné aux douanes, pogné avec un vendeur de thermopompes, pogné avec ses émotions lorsqu’il croise la fille la plus cute du monde. Et toujours cette poésie roots, chargé de sens, légère comme tout :  “je n’ai pas de REER / je n’ai même pas de crème solaire / je me promène dans l’hémisphère / je porte du polyester”.
Dans un monde où près de la moitié des nouvelles chansons publiées sur les plateformes ont été créées grâce à l’intelligence artificielle, Le soleil s’est réveillé est un gros “fuck-you” à l’industrialisation de la vie. Un rappel que les choses se passent encore dans une réalité non-numérique, que la vraie musique est dehors. “Et la journée passe aussi vite qu’une trotinette électrique qui roule à sens contraire de la vie”.
La vraie vie est dehors.

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  • Changement de culture: La case qui cache la nappe
    Lorsque j’ai quitté Rimouski pour Montréal pour mes études universitaires, j’oubliais de laisser entre mes rendez-vous un temps de déplacement. En métro et en autobus, environ quarante-cinq minutes. J’ai été choquée de constater qu’à Rimouski, comme des coqs en pâte, on s’est habitués à pouvoir se rendre partout en dix minutes. En lisant l’essai Terre et liberté d’Aurélien Berlan1, j’ai vu un lien entre la fixation collective sur le stationnement et l’idée que ce philosophe critique, soit la
     

Changement de culture: La case qui cache la nappe

17 mai 2026 à 15:01

Lorsque j’ai quitté Rimouski pour Montréal pour mes études universitaires, j’oubliais de laisser entre mes rendez-vous un temps de déplacement. En métro et en autobus, environ quarante-cinq minutes. J’ai été choquée de constater qu’à Rimouski, comme des coqs en pâte, on s’est habitués à pouvoir se rendre partout en dix minutes.

En lisant l’essai Terre et liberté d’Aurélien Berlan1, j’ai vu un lien entre la fixation collective sur le stationnement et l’idée que ce philosophe critique, soit la liberté conçue comme désir de délivrance. Dans cette vision, qu’on partage forcément en baignant dans le néolibéralisme, on est libres parce qu’on peut se décharger sur d’autres personnes de choses qui nous pèsent. On se véhicule en char, symbole « de la délivrance que [la société industrielle] permet2 », sans la charge mentale de prévoir nos trajets en transport collectif, mais surtout, on refile à d’autres (automobilistes ou non) la nuisance à la santé publique que cause notre char (GES, particules fines, pollution sonore, sans compter les 93 piétons et cyclistes tués sur les routes du Québec en 20243). Quand on arrive à destination, on veut pouvoir entreposer4 notre bébelle à 15 000 $ par an5 tout près d’où on va, même si notre choix, additionné à ceux des autres, gâche l’expérience de la ville à tous. Car la nappe de stationnements du Carrefour, c’est déprimant – et dangereux – à traverser, comme le font les Est-Rimouskois qui vont prendre le Citébus.

Je ne suis pas automobiliste, mais je n’échappe pas à l’accélération technique, au productivisme ni à la logique d’accumulation capitaliste qui font croire qu’on peut toujours ajouter une activité quand on a « gagné » du temps ailleurs, me frustrant par ailleurs de ne jamais pouvoir « tout faire » et d’être pressée. On a besoin d’une autre perspective du temps pour sauver notre santé mentale, physique, communautaire. L’usage du transport collectif l’amène : on prend conscience que notre temps ne vaut pas plus que celui des autres, que la frustration (ou le compromis) est inhérente à la vie, qu’il existe d’autres gens que soi – pas des armatures d’acier contre lesquelles courser, mais des humains, avec des corps mis en jeu dans l’espace public.

L’obsession du stationnement répond à une vision égocentrique de la liberté qui est en fait peur du manque : on cherche « le confort dans la soumission au système », entretenant notre dépendance à un aménagement à hauteur de voiture et non d’humain, à un réseau routier et à « des grandes organisations étatiques et industrielles6 ». Berlan prône plutôt une émancipation par l’autonomie, entreprise ensemble dans une perspective de subsistance.

On fait quoi?

J’invite les automobilistes à intégrer l’inconfort dans leur vie. Posséder une voiture n’est pas nécessaire en ville. Et mes camarades piétonnes, cyclistes et usagers du transport en commun, continuons la lutte – réclamons plus d’espaces verts, lents, collectifs.

On lit

La Floune dans Godpèle de Gabriel Marcoux-Chabot, roman d’anticipation en orthographe exploratoire : « Ja parlé dé macine q’iavè poure fére anqore plus vite pi anqore mieu toute sa q’onsé fére ojordui […] Ja parlé d’la vi q’alétè plus fasile, d’un sanse, pi an même tan tèlman plu qonpliqé, aqoze q’onsavè pa fabriqé nouzote même toute sa q’onavè bezouin poure qontinué a vive qome q’onétè abitué7. »

1. Éditions La Lenteur, 2021. Il est peu disponible en librairie au Québec, mais j’en possède une copie prêtable (mais soulignée).

2. Berlan, op. cit., p. 120.

3. Stéphane Bordeleau, « 30 % plus de piétons tués sur les routes du Québec en 2024 », Radio-Canada, 22 mai 2025, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2166655/bilan-routier-quebec-2024-pietons-cyclistes

4. Traduction de to store,utilisé dans le balado The War on Cars; Nicolas Bérubé, chroniqueur finance à La Presse, va plus loin (!) en disant qu’il « abandonne [son auto] dans la rue » car son arrondissement le lui permet (« Mon char, mon choix, mes économies », 25 janvier 2026).

5.  Pour un VUS neuf, selon Francis Garnier d’Alliance Transit (conférence donnée le 24 janvier 2026 à Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique, Montréal). Une voiture usagée coûterait 9 000 $ par année.

6. Berlan, op. cit., p. 202 et p. 126.

7. La Peuplade, 2025, p. 368.

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