Bien-être animal : les producteurs laitiers pressés de s’adapter

Les producteurs de lait n’ont plus que quelques mois pour s’adapter aux nouvelles règles sur le bien-être animal. À partir du 1er avril 2027, les vaches laitières ne pourront plus être attachées en continu tout au long de leur cycle de production.
Elles devront être libres au moins 55 jours pendant l’année entre deux vélages, ce qui correspond en gros à la période où le producteur cesse de traire une vache gestante.
Détacher les vaches pose toutefois des enjeux pratiques et financiers importants, surtout pour les fermes avec un modèle traditionnel d’élevage.
Le Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers adopté en 2023 impose de nouvelles règles pour le bien-être des animaux. La liberté de mouvement est une exigence cruciale.
« Permettre aux vaches de se déplacer librement et de socialiser avec leurs congénères a de nombreux a-vantages, explique le président du Syndicat des producteurs de lait du Bas-Saint-Laurent, André St-Pierre. Attachés tout le temps, elle viennent ankylosées. Moi, ça fait 10 ans que je fais ça, puis je ne reviendrais pas en arrière. Leur permettre de marcher avant le vêlage, ça fait une grosse différence. »
Il cite des gains de productivité, une réduction du stress et une meilleure santé des vaches, tout comme celle des veaux naissants.
Le défi des nouvelles normes
Depuis quelques années, les nouvelles étables en stabulation libre vont au-delà des exigences du Code.
D’autres producteurs, comme monsieur St-Pierre, ont un bâtiment ou un espace dans l’étable où les va-ches sont mises en liberté. Quelques-uns reviennent à la pratique d’envoyer les animaux dehors.
Mais il en reste une bonne proportion qui n’a pas l’espace pour adapter ses pratiques. Un portrait publié par Lactanet en 2021 indiquait que quatre fermes sur 10 ne rencontraient pas les nouvelles exigences du Code.
Au Bas-Saint-Laurent, plus du quart ne respectaient pas celle concernant la liberté de mouvement. André St-Pierre est conscient que certains pourraient abandonner face aux investissements qui seront nécessai-res pour se conformer.
« On a une diversité d’entreprises qui sont à différentes étapes de leur développement. L’échéance de 2027 arrive plus vite que certains producteurs auraient voulu. »

Depuis quelques années, les coûts de construction ont explosé, ce qui ajoute aux défis que pose la mise aux normes.
« Par exemple, un producteur sans relève qui pensait se retirer dans cinq ans. Pour lui, c’est difficile de rentabiliser cet investissement. Je pense que ça va devancer des retraites », croit monsieur St-Pierre. Le portrait exact de la situation et le nombre de producteurs laitiers qui pourraient abandonner sont inconnus. Il reste près de 500 fermes laitières dans la région.
Ramener les vaches au pâturage
À quelques mois de l’entrée en vi-geur de nouvelles exigences sur la liberté de mouvement des vaches laitières, des producteurs devront adapter leurs installations ou leurs pratiques. Le pâturage peut représenter une partie de la solution, mais il ne convient pas à toutes les fermes.
Une alternative serait d’envoyer les vaches au pâturage pendant une partie de l’année.
« Après, il faut quand même que le vêlage se passe sans entrave, dans un parc à l’intérieur. Ce n’est pas tout le monde qui est prêt à gérer un pâturage », esti-me la conseillère chez Lactanet, Valérie Martin, concède que ça ne règle pas tout.
Si elle considère que le bien-être animal demeure une préoccupation importante pour les producteurs laitiers. Des vaches en meilleure santé permettent des gains de productivité.
« Par contre, ceux que ça contraint à faire des modifications sont moins contents. Ceux qui ont déjà fait les changements, dont les animaux sont libres pendant le tarissement et qui vêlent détachés, affirment que cela a été positif sur leur charge de travail. Quand on est obligé, c’est jamais le fun. »
Un programme de 2 M$ a d’ailleurs été lancé pour fournir une expertise aux producteurs.





