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Reçu — 26 février 2026 Journal le Mouton Noir
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  • L’adieu au bateau de Johanne Fournier
    Je connais Johanne Fournier. Je ne l’ai rencontrée que deux ou trois fois, mais je la connais bien. Parce que j’ai voyagé près d’elle, avec elle quand elle avait 15 ans et qu’elle avait fugué en Gaspésie avec son p’tit chum de 17 ans, en 1970. Par son récit de 83 pages L’état de nos routes, paru chez Leméac en 2021. Et en octobre dernier, toujours chez Leméac, paraissait L’adieu au bateau, autre récit de 70 pages qui raconte l’année qui suit le décès de l’aimé de Johanne, qu’était devenu le p’ti
     

L’adieu au bateau de Johanne Fournier

26 février 2026 à 10:29

Je connais Johanne Fournier. Je ne l’ai rencontrée que deux ou trois fois, mais je la connais bien. Parce que j’ai voyagé près d’elle, avec elle quand elle avait 15 ans et qu’elle avait fugué en Gaspésie avec son p’tit chum de 17 ans, en 1970. Par son récit de 83 pages L’état de nos routes, paru chez Leméac en 2021. Et en octobre dernier, toujours chez Leméac, paraissait L’adieu au bateau, autre récit de 70 pages qui raconte l’année qui suit le décès de l’aimé de Johanne, qu’était devenu le p’tit chum, 25 ans après leur fugue.

Johanne Fournier écrit au Je et on la lit au Nous. On partage ses états, ses doutes, sa peine au fil de ses mots écrits simplement et de façon remarquablement illustrative. On marche à ses côtés quand elle remplit les mangeoires à oiseaux, quand elle rentre le bois que l’aimé disparu a cordé.

« Il cordait le bois avec dévotion

à chaque jour je rentre le bois

à chaque jour suffit sa peine

[…]

Les mésanges dans l’arbre surveillent ma déambulation.

Mais surtout il y a sa présence, dans les petits chemins, dans chaque bûche que je prends, qu’il a tenue dans ses mains l’automne précédant sa mort. »

On s’assoit près d’elle dans la gare maritime de Matane, d’où elle regarde arriver et partir le bateau, d’où elle regarde les gens s’en aller et revenir, où elle se rappelle l’ancien traversier, le N.M. Camille-Marcoux, qu’elle a filmé pour Le Temps que prennent les bateaux — car l’auteure est aussi une cinéaste documentariste accomplie.

« Parfois à la gare, toute à mon théâtre, je ne vois pas les poches de hockey des hommes remplies du linge sale de la semaine de travail ou les raquettes accrochées au flanc des sacs à dos ou les poussettes avec des bébés dedans et des valises dessous ou les gens qui attendent l’embarquement en balayant leur téléphone au lieu de regarder la mer, ni les autres de retour de leur quinzaine à la mine, rejoignant celles qui les espèrent dehors dans le F-150 bien chaud
ou la vieille Honda rouillée. »

J’ai d’abord cru que son adieu au bateau n’était pas tant adressé au traversier, mais plutôt au bateau — sa vie — qu’elle copilotait depuis près de 30 ans avec son aimé. Mais non, Johanne Fournier écrit, à la toute fin de son récit : « […] dans la pénombre, nous avons attendu sa mort. Je dis sa mort, pas son départ. Il n’y aura pas d’adieu au bateau. Il ne partira pas. Sa mort fera partie de moi, installée à demeure. »

Je recommande fortement la lecture, non seulement de L’adieu au bateau, mais aussi de L’état de nos routes qui, en quelque sorte, forment un tout. Un tout imprégné d’amour entre deux êtres comme on en sent rarement d’aussi vrai, d’aussi fort.

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