1- Je soutiens que la philosophie moderne est, d’un point de vue épistémologique, partiellement augustinienne. Depuis Descartes, elle accorde en effet une place centrale à l’intériorité du sujet: certitude du cogito, primauté du sujet transcendantal, évidence première de l’entendement, bref un ensemble d’éléments qui résonnent avec certains thèmes augustiniens. Toutefois, la philosophie moderne ne s’y réduit pas, car elle développe parallèlement une approche critique et systématique de la conna
1- Je soutiens que la philosophie moderne est, d’un point de vue épistémologique, partiellement augustinienne. Depuis Descartes, elle accorde en effet une place centrale à l’intériorité du sujet: certitude du cogito, primauté du sujet transcendantal, évidence première de l’entendement, bref un ensemble d’éléments qui résonnent avec certains thèmes augustiniens. Toutefois, la philosophie moderne ne s’y réduit pas, car elle développe parallèlement une approche critique et systématique de la connaissance qui lui est propre.
2- Sur le plan méthodologique, la philosophie moderne tend vers un idéal mathématique. Elle cherche à se fonder sur des principes universels et nécessaires : clarté et distinction des idées chez Descartes, méthode axiomatique et déductive chez Spinoza, formes a priori chez Kant. Une telle orientation répond à une exigence de rigueur inspirée des mathématiques et contribue à structurer l’élaboration de la “raison philosophique moderne”.
3-On pourrait toutefois m’opposer l’objection suivante : où situer l’empirisme humien dans ce cadre d’analyse ? Mon propos n’exclut nullement David Hume. Certes, le philosophe écossais critique la philosophie abstraite d’inspiration chrétienne et le modèle more geometrico, mais il ne les rejette pas entièrement ; il en propose plutôt une transformation. En articulant les « relations d’idées » à ses « questions de fait », il confère à la raison une assise empirique et concrète. Ainsi, chez Hume, l’héritage rationaliste auquel l’augustinisme et l’idéal mathématique ont contribué, se trouve rééquilibré par l’expérience. Il s’inscrit donc, à sa manière, dans la dynamique générale de la modernité philosophique, tout en redéfinissant les contours.
4- En définitive, la philosophie chrétienne, notamment augustinienne, et l’essor des mathématiques à l’époque moderne ont contribué, selon moi, à l’émergence de la philosophie moderne. Non pas comme ses uniques fondements, mais comme deux des forces intellectuelles majeures ayant orienté son « développement épistémologique et méthodologique. »
Dans un contexte marqué par l’accélération des rythmes de vie, la complexité des choix et la pluralité des valeurs, il devient difficile de discerner ce qui fonde réellement nos décisions. L’accompagnement philosophique propose un temps d’arrêt structuré, orienté vers la clarification, la cohérence et l’approfondissement de la réflexion personnelle ou collective.
À la croisée de la philosophie, des sciences humaines et des pratiques d’aide, cette démarche ne vise ni le conseil directif ni la
Dans un contexte marqué par l’accélération des rythmes de vie, la complexité des choix et la pluralité des valeurs, il devient difficile de discerner ce qui fonde réellement nos décisions. L’accompagnement philosophique propose un temps d’arrêt structuré, orienté vers la clarification, la cohérence et l’approfondissement de la réflexion personnelle ou collective.
À la croisée de la philosophie, des sciences humaines et des pratiques d’aide, cette démarche ne vise ni le conseil directif ni la résolution technique de problèmes. Elle ouvre plutôt un espace d’examen critique où les convictions, les émotions et les valeurs peuvent être interrogées avec rigueur. Il s’agit d’un travail de mise en lumière : comprendre les fondements de ses choix afin d’agir avec davantage de lucidité.
Une démarche exploratoire
L’accompagnement philosophique repose sur un dialogue attentif et structuré. Il mobilise l’écoute active, le questionnement conceptuel et l’analyse des présupposés qui orientent les décisions. Cette pratique favorise
L’identification des valeurs sous-jacentes aux choix et aux tensions vécues;
La clarification des conflits intérieurs;
L’élaboration d’une pensée plus personnelle et cohérente.
Particulièrement pertinent en période de transition, de doute ou de remise en question, cet espace réflexif permet de reconstruire un cadre de sens ajusté à sa situation actuelle.
Pour les personnes, les groupes ou les artistes
Toute personne confrontée à une interrogation existentielle, à une bifurcation professionnelle ou personnelle, ou à un besoin de cohérence intérieure peut bénéficier de cet accompagnement. Il ne s’agit pas de fournir des réponses toutes faites, mais d’élaborer les siennes avec méthode, précision et liberté.
Les entreprises, organismes et collectifs sont également confrontés à des enjeux de sens. Clarifier la mission, expliciter les valeurs directrices, harmoniser les pratiques avec les intentions déclarées : autant de dimensions qui peuvent être travaillées dans des ateliers participatifs adaptés aux dynamiques propres à chaque équipe. Ces rencontres favorisent un dialogue éthique structuré et contribuent à aligner intention, mission et pratiques.
La création artistique implique souvent un questionnement identitaire et symbolique. L’accompagnement philosophique offre aux artistes un espace d’exploration approfondie des thématiques qui traversent leur œuvre. Il permet d’affiner le message, de renforcer la cohérence expressive et de soutenir une démarche créative ancrée dans une compréhension plus claire de ce qui anime le geste artistique.
Comment se déroule un accompagnement?
Chaque rencontre individuelle prend la forme d’un dialogue attentif, structuré et rigoureux. À travers une écoute active et des questionnements ciblés, le travail consiste à clarifier les pensées, à mettre au jour les présupposés implicites et à identifier les valeurs sous-jacentes aux choix, aux hésitations ou aux tensions vécues. Les questions essentielles sont progressivement formulées avec précision, afin de déplacer le regard porté sur la situation et d’en affiner la compréhension.
Le philosophe praticien n’apporte pas de solution prédéfinie. Il ne prescrit ni conduite ni orientation. Il ouvre un espace réflexif dans lequel émergent des pistes d’analyse, des distinctions conceptuelles et des reformulations structurantes. L’enjeu est de rendre à la personne la pleine appropriation de sa réflexion, en favorisant l’élucidation de ses motivations et de ses cadres de référence.
L’objectif est une compréhension plus lucide de soi et de ses déterminations, permettant des choix davantage alignés avec ses convictions profondes et sa cohérence intérieure.
Pour les organismes et les groupes, l’accompagnement se déploie sous forme d’ateliers thématiques adaptés aux enjeux spécifiques du milieu. Ces espaces collectifs visent à expliciter les valeurs communes, à clarifier le sens des actions entreprises et à renforcer l’alignement entre mission, pratiques et orientations stratégiques, dans une perspective de cohérence et d’ancrage éthique.
À Rimouski, de l’accompagnement philosophique est offert depuis trois ans, entre autres à la Clinique l’Horizon. La pratique, qui s’adresse aux individus, aux groupes, aux entreprises, aux organismes et aux artistes, intègre des apports issus de la philosophie, de la psychologie, de la sociologie, de l’anthropologie, de l’art et de la biologie, dans une approche à la fois rigoureuse, sensible et accessible.
L’accompagnement philosophique : une pratique à découvrir!
Tout récemment, lorsque Paul St-Pierre Plamondon évoque la possibilité que le Parti québécois soit espionné par le gouvernement fédéral, certains y voient une paranoïa souverainiste. Pourtant, l’histoire prouve que ses craintes ne sont pas infondées. Les Centres de sécurité et des télécommunications (CST), créés pendant la Seconde Guerre mondiale, ont évolué pour devenir un outil clé de la surveillance mondiale, notamment via le réseau Échelon. Ce système, révélé au grand public en 1988 par le j
Tout récemment, lorsque Paul St-Pierre Plamondon évoque la possibilité que le Parti québécois soit espionné par le gouvernement fédéral, certains y voient une paranoïa souverainiste. Pourtant, l’histoire prouve que ses craintes ne sont pas infondées. Les Centres de sécurité et des télécommunications (CST), créés pendant la Seconde Guerre mondiale, ont évolué pour devenir un outil clé de la surveillance mondiale, notamment via le réseau Échelon. Ce système, révélé au grand public en 1988 par le journaliste Duncan Campbell, permet aux pays alliés (Canada, États-Unis, Royaume-Uni, Australie, Nouvelle-Zélande) d’intercepter et analyser les communications privées et publiques à l’échelle planétaire. Si le Canada a longtemps nié son implication, les lois antiterroristes de 2001 ont légitimé ces pratiques. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si l’espionnage existe, mais qui est surveillé, et dans quel but.
Bref survol
Les centres de sécurité et des télécommunications (CST) sont apparus lors de la seconde guerre mondiale et étaient sous le contrôle de l’armée. Ils sont importants à définir pour comprendre en quoi s’inscrivent les enjeux de sécurité nationale à l’ère numérique considérant qu’ils sont un acteur clé. En effet, à l’origine les CST avaient pour mission de protéger les pays alliés (Canada, États-Unis, Angleterre, Nouvelle-Zélande, Australie) pour « assurer que les communications émises par les pays alliées sont chiffrées (cryptées) correctement pour ne pas être lues pas les pays ‘ennemis’ et que l’on puisse intercepter et déchiffrer (décrypter) (SIGINT), si nécessaire, les renseignements émis par les pays ‘ennemis’. » (Beauchesne, 2022, p.3). En structurant initialement les CST sous contrôle militaire, ils sont restés, par le fait même et jusqu’en 1988, invisibles pour les citoyens ordinaires. Le traité UKUSA en 1946 créa une collaboration par l’échange des données et une hiérarchisation entre les pays alliés quant à la place qu’ils occupent au sein des CST. Le traité USUKA permit alors d’établir, avec un plus grand nombre d’acteurs, un réseau mondial d’interception des communications privées et publiques, soit le réseau Échelon. Par ailleurs, même si les pays membres ont pour tâche de collecter de l’information (captation des messages, etc.), seuls les États-Unis et l’Angleterre ont la capacité de traiter et d’analyser les données stockées. Par ailleurs, il faut également souligner que le que le réseau Échelon se situe au sein du quartier général de la NSA américaine (National Security Agency) qui « possède une puissance technologique inégalée » (Beauchesne, 2022, p.4).
Ce n’est qu’en 1988, quand le journaliste écossais Duncan Campbell révèle au grand jour le réseau Échelon que « Plusieurs pays, dont le Canada, leur donneront un mandat en bonne et due forme dans le cadre des lois antiterroristes en 2001. » (Beauchesne, 2022, p.4). Avec la fin de la deuxième guerre mondiale, le mandat des CST a considérablement évolué pour prendre en considération les contextes socio-économiques et politiques changeants. On peut noter quatre périodes: la première (années 50-60) pour surveiller le bloc soviétique, la deuxième (années 70) pour contrôler des cibles internes (comme les mouvements nationalistes du Québec), la troisième (années 80-90) pour se battre contre le terrorisme international mais aussi pour défendre la sécurité économique des intérêts américains, la quatrième (années 2000) pour lutter contre la cyberguerre qui menace la sécurité nationale des États. Comme l’explique Beauchesne : « En lien avec cette priorité et les développements technologiques, c’est à cette époque également que les pays vont commencer à utiliser leur CST pour assurer la cybersécurité de leurs institutions gouvernementales, des universités (innovation technologique), des secteurs stratégiques (énergie, etc.) et des grandes industries. » (2022, p.5). Paul St-Pierre Plamondon n’est pas un complotiste. Il est un réaliste : l’espionnage existe, et le Québec, en tant que nation distincte avec des ambitions souverainistes, est une cible plausible.
RÔLE ET ÉVOLUTION DU MANDAT DES CENTRES DE SÉCURITÉ ET DES TÉLÉCOMMUNICATIONS (CST)
Contexte :
Objectif(s) :
Acteurs :
Combat :
Structure :
Rôle des parties :
Seconde guerre mondiale
Crypter et décrypter les messages pour assurer la sécurité des pays alliés durant la guerre.
États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-Zélande
Gagner la guerre et pour la liberté de la démocratie
Structure militaire sous le secret
Collecter les données militaires et traitement des données militaires (tous les pays)
Guerre froide 1950-1960 (Élément déclencheur : Traité UKUSA en 1946)
Apparition du réseau Échelon qui permet l’interception des communications privées et publiques de tous les pays.
États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-Zélande Allemagne Norvège Turquie Etc.
Combattre le bloc soviétique et le surveiller.
Structure militaire sous le secret Quartier général du réseau Échelon : NSA américaine
Collecter les données privées et publiques et traitement des données par É.-U. et Angleterre
1970’s
Interception des communications privées et publiques de tous les pays.
États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-Zélande Allemagne Norvège Turquie Etc.
Combattre le bloc soviétique et le surveiller. Surveiller les cibles internes des pays alliés
Structure militaire sous le secret Quartier général du réseau Échelon : NSA américaine
Collecter les données privées et publiques. Traitement des données par É.-U. et Angleterre
1980’s : Contexte de paix relatif. Début de néolibéralisme et fin de l’État-providence. Début du « War on Drugs » aux États-Unis.
Interception des communications privées et publiques de tous les pays.
États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-Zélande Allemagne Norvège Turquie Etc.
Surveiller les cibles internes du pays Combattre le terrorisme international ainsi que le trafic d’armes. Espionnage des É.-U. à l’ensemble des pays alliés selon leurs besoins.
Structure militaire sous le secret Quartier général du réseau Échelon : NSA américaine
Collecter les données privées et publiques. Monopole des États-Unis dans le traitement et le stockage des données. Début des tensions entre les pays membres du réseau Échelon.
1990’s : Rivalités économiques entre les pays industrialisés.
Sécuriser les secteurs économiques et industriels. Chaque pays développe leur CST pour assumer leur cybersécurité.
États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-Zélande Allemagne Norvège Turquie Etc.
Protéger le modèle économico-politique des pays démocratique. Espionnage des É.-U. à l’ensemble des pays alliés selon leurs besoins.
Structure militaire sous le secret Quartier général du réseau Échelon : NSA américaine
Collecter les données privées et publiques.Monopole des États-Unis dans le traitement et le stockage des données. Tension des pays membres avec la NSA américaine.
2000’s : Lutte au terrorisme et cyberguerre et cybersécurité
Interception des communications privées et publiques de tous les pays. Sécuriser les secteurs économiques, industriels et militaire.
États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-Zélande Allemagne Norvège Turquie Etc.
Combattre le terrorisme international Combattre les intrusions informatiques de pays ‘ennemis’ ou ‘ennemis’ à l’interne Espionnage des É.-U. à l’ensemble des pays alliés selon leurs besoins.
Les CST reçoivent un mandat officiel suite aux nouvelles lois antiterroristes. Quartier général du réseau Échelon : NSA américaine
Collecter les données privées et publiques.Monopole des États-Unis dans le traitement et le stockage des données. Tension des pays membres avec la NSA américaine.
BIBLIOGRAPHIE
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Lorsque j’ai quitté Rimouski pour Montréal pour mes études universitaires, j’oubliais de laisser entre mes rendez-vous un temps de déplacement. En métro et en autobus, environ quarante-cinq minutes. J’ai été choquée de constater qu’à Rimouski, comme des coqs en pâte, on s’est habitués à pouvoir se rendre partout en dix minutes.
En lisant l’essai Terre et liberté d’Aurélien Berlan1, j’ai vu un lien entre la fixation collective sur le stationnement et l’idée que ce philosophe critique, soit la
Lorsque j’ai quitté Rimouski pour Montréal pour mes études universitaires, j’oubliais de laisser entre mes rendez-vous un temps de déplacement. En métro et en autobus, environ quarante-cinq minutes. J’ai été choquée de constater qu’à Rimouski, comme des coqs en pâte, on s’est habitués à pouvoir se rendre partout en dix minutes.
En lisant l’essai Terre et liberté d’Aurélien Berlan1, j’ai vu un lien entre la fixation collective sur le stationnement et l’idée que ce philosophe critique, soit la liberté conçue comme désir de délivrance. Dans cette vision, qu’on partage forcément en baignant dans le néolibéralisme, on est libres parce qu’on peut se décharger sur d’autres personnes de choses qui nous pèsent. On se véhicule en char, symbole « de la délivrance que [la société industrielle] permet2 », sans la charge mentale de prévoir nos trajets en transport collectif, mais surtout, on refile à d’autres (automobilistes ou non) la nuisance à la santé publique que cause notre char (GES, particules fines, pollution sonore, sans compter les 93 piétons et cyclistes tués sur les routes du Québec en 20243). Quand on arrive à destination, on veut pouvoir entreposer4 notre bébelle à 15 000 $ par an5 tout près d’où on va, même si notre choix, additionné à ceux des autres, gâche l’expérience de la ville à tous. Car la nappe de stationnements du Carrefour, c’est déprimant – et dangereux – à traverser, comme le font les Est-Rimouskois qui vont prendre le Citébus.
Je ne suis pas automobiliste, mais je n’échappe pas à l’accélération technique, au productivisme ni à la logique d’accumulation capitaliste qui font croire qu’on peut toujours ajouter une activité quand on a « gagné » du temps ailleurs, me frustrant par ailleurs de ne jamais pouvoir « tout faire » et d’être pressée. On a besoin d’une autre perspective du temps pour sauver notre santé mentale, physique, communautaire. L’usage du transport collectif l’amène : on prend conscience que notre temps ne vaut pas plus que celui des autres, que la frustration (ou le compromis) est inhérente à la vie, qu’il existe d’autres gens que soi – pas des armatures d’acier contre lesquelles courser, mais des humains, avec des corps mis en jeu dans l’espace public.
L’obsession du stationnement répond à une vision égocentrique de la liberté qui est en fait peur du manque : on cherche « le confort dans la soumission au système », entretenant notre dépendance à un aménagement à hauteur de voiture et non d’humain, à un réseau routier et à « des grandes organisations étatiques et industrielles6 ». Berlan prône plutôt une émancipation par l’autonomie, entreprise ensemble dans une perspective de subsistance.
On fait quoi?
J’invite les automobilistes à intégrer l’inconfort dans leur vie. Posséder une voiture n’est pas nécessaire en ville. Et mes camarades piétonnes, cyclistes et usagers du transport en commun, continuons la lutte – réclamons plus d’espaces verts, lents, collectifs.
On lit
La Floune dans Godpèle de Gabriel Marcoux-Chabot, roman d’anticipation en orthographe exploratoire : « Ja parlé dé macine q’iavè poure fére anqore plus vite pi anqore mieu toute sa q’onsé fére ojordui […] Ja parlé d’la vi q’alétè plus fasile, d’un sanse, pi an même tan tèlman plu qonpliqé, aqoze q’onsavè pa fabriqé nouzote même toute sa q’onavè bezouin poure qontinué a vive qome q’onétè abitué7. »
1. Éditions La Lenteur, 2021. Il est peu disponible en librairie au Québec, mais j’en possède une copie prêtable (mais soulignée).
4. Traduction de to store,utilisé dans le balado The War on Cars; Nicolas Bérubé, chroniqueur finance à La Presse, va plus loin (!) en disant qu’il « abandonne [son auto] dans la rue » car son arrondissement le lui permet (« Mon char, mon choix, mes économies », 25 janvier 2026).
5. Pour un VUS neuf, selon Francis Garnier d’Alliance Transit (conférence donnée le 24 janvier 2026 à Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique, Montréal). Une voiture usagée coûterait 9 000 $ par année.
J’aime le vent quand il fait des fouilles
mon coeur s’emballe
comme un animal
j’aime quand les nuages farfouillent
avec les soucis qui s’baladent en sandales
– Jean-Claude Vannier, La chanson de la pluie
J’aime le hasard. Les objets trouvés.
L’humour et la modestie de l’imprévu. Les petites choses du quotidien qui nous font symboliser, créer des liens, organiser la conjoncture poétique de nos vies.
Parmi ces objets que l’on rencontre, que l’on fréquente et qui nous défini
L’humour et la modestie de l’imprévu. Les petites choses du quotidien qui nous font symboliser, créer des liens, organiser la conjoncture poétique de nos vies.
Parmi ces objets que l’on rencontre, que l’on fréquente et qui nous définissent, les disques et les livres occupent une place particulière. Il faut dire qu’ils sont un peu faits pour ça : nous offrir du sens, de la poésie, des moments d’errance ou de réflexion. En plus, il existe des meubles faits exprès pour les ranger, les classer, pour manager nos affects et nos points de fuite.
L’autre matin, en mettant une galette sur ma platine, je me suis mis à me questionner sur les raisons qui faisaient que je m’entête à acheter des disques tandis que 90 % de mes concitoyens utilisent les plateformes? « Tu achètes même des CD*? », me demande mon jeune voisin. Oui, oui, les petits et les grands.
Car, si elles peuvent sembler issues de quelques anxiétés orwelliennes, ces raisons ne sont pas moins fondamentales que celles qui me poussent à acheter des tomates d’un producteur local ou du café équitable.
Acheter, c’est voter. Streamer, c’est laisser voter, comme je dis.
Ce matin-là, la réflexion a été stimulée par ce disque de Big Audio Dynamite que je posais sur la table tournante, et que j’aurais eu bien peu de chance de retrouver sur Spotify. Résonnait une musique née d’une rencontre temporelle insolite, résultante d’une promenade en brocante enjouée.
Ce qui est encore plus formidable : sur le dos du disque, au stylo, on lit que l’album a été acheté par Richard, de la rue Ouellet, à sa sortie, en 1985. Je me demande alors si c’était un Richard qui avait dansé comme un fou sur ce disque, charmé par les rythmes du hip-hop naissant et des accents de world music ou encore Rich, le punk, remisant l’album marquant la déchéance finale de ses héros des Clash.
Anyway, j’ai eu bien du plaisir à l’écouter, avec la distance. Il y a quand même quelque chose d’assez symptomatique dans notre vision de l’histoire des musiques populaires : bien que Big Audio Dynamite marque la première collaboration d’un duo d’auteurs-compositeurs remarquables depuis le « Only Band That Matters », l’album No. 10, Upping Str. est très peu connu, commenté aujourd’hui.
Pour moi, ce disque se présente comme une apparition du réel. Alors que ma vie connectée ne m’offre que du modélisé, rien de simple, pas de Richard de la rue Ouellet, juste cette folie d’idéal consumériste et de clientélisme poussé à son ridicule absolu par la puissance de l’algorithme et de l’IA; une prise en charge vertigineuse de mes goûts, par espionnage et statistiques, afin de les consensualiser, de les conformer, et surtout de générer des clics et des profits car, plus de honte à le dire, à l’ère numérique, we are only in it for the money.
L’algorithme, c’est le capitalisme qui nous poursuit dans nos goûts, comme un poison dans nos veines, comme le marketing de l’envie qui nous vend à chacun une pomme personnalisée du jardin d’Éden. Finie l’idée du libre choix, tout finit dans le grand canal publicitaire de l’influence et de la visibilité monnayée….
Décidément, ce disque me fait beaucoup trop réfléchir. Je devrais peut-être le donner à quelqu’un de moins angoissé.
Je ne me sens pas très bien. Je décide d’aller fouiner dans les bacs de ma voisine de friperie afin de voir si je ne trouve pas de quoi de plus léger à me mettre dans les oreilles.
Eurêka. En moins de 15 minutes je reviens à la maison avec quelques excitantes découvertes : d’abord, un album de Steve Waring, toujours réjouissant, une copie du « Blues de la poisse », mais encore un étrange opus d’un certain Michel Maurice Fortin. L’album, publié à compte d’auteur en 1979, est toujours dans son « shrink », lequel est savamment déchiré afin de permettre à l’auto-produit de numéroter, au crayon mine svp : 175/500. N’ayant aucunement la fibre du collectionneur (j’ai brisé plusieurs objets qui avaient survécu bien plus que mon âge), je m’empresse de déballer le truc et de lui poser une aiguille. Une entrée en matière audacieuse aux allures de complainte a capella, une bonne voix, une belle maîtrise instrumentale, un côté folk-prog. Je passe un bon moment. Mais, c’est la vie, on ne peut pas tous passer à l’histoire.
Si j’avais voulu trouver celui-là sur Spotify, j’aurais cherché catégorie folklore nordique au patchouli?
L’on se vante parfois de l’universalité du système de santé québécois, mais les femmes migrantes sans assurance maladie (FEMSAM) ne bénéficient pas de cet accès universel : on leur facture habituellement les services périnataux (suivi prénatal et accouchement notamment), un montant qui peut facilement atteindre 25 000 $, ou plus, s’il y a des complications.
Depuis l’instauration d’une directive ministérielle en 1992, ajoutée à la Loi sur l’assurance-hospitalisation, les établissements de sant
L’on se vante parfois de l’universalité du système de santé québécois, mais les femmes migrantes sans assurance maladie (FEMSAM) ne bénéficient pas de cet accès universel : on leur facture habituellement les services périnataux (suivi prénatal et accouchement notamment), un montant qui peut facilement atteindre 25 000 $, ou plus, s’il y a des complications.
Depuis l’instauration d’une directive ministérielle en 1992, ajoutée à la Loi sur l’assurance-hospitalisation, les établissements de santé ont le droit – duquel ils se prévalent – de facturer une surcharge de 200 % des frais hospitaliers aux femmes enceintes non couvertes par la RAMQ. Cependant, cette directive, instaurée au départ pour limiter le tourisme obstétrical, engendre d’importants frais non recouvrables pour les hôpitaux. Par ailleurs, les sommes non acquittées gonflent artificiellement leurs dépenses à cause du triplement des factures.
Alors que la situation financière des FEMSAM est souvent déjà précaire, certains établissements leur demandent de payer d’avance pour leurs soins périnataux. Avec quel argent? Plusieurs d’entre elles sont des étudiantes étrangères, des femmes dont les conjoints sont étudiants étrangers, des femmes en attente d’un changement ou d’un renouvellement de statut d’immigration. Question de limiter l’endettement, certaines refusent les suivis prénataux et se présentent aux urgences pour accoucher. On peut les comprendre, lorsqu’on voit qu’à l’hôpital de Rimouski, par exemple, l’un des 24 accouchements non couverts par la RAMQ recensés en 2024 et en 2025 a été facturé à plus de 53 000 $1. L’équipe médicale du CISSS Bas-Saint-Laurent (CISSS BSL) tente au mieux de trouver des solutions adaptées pour prioriser la santé de la mère et du bébé.
Si la situation des FEMSAM à Montréal et à Québec a fait l’objet de recherches universitaires depuis les années 2000, leur réalité hors des grands centres n’est toujours pas étudiée. Le fait que cet enjeu en région ne soit pas documenté de manière scientifique constitue un angle mort majeur dans l’exploration de solutions adaptées aux différentes réalités terrain et dans la discussion sur la qualité et l’accessibilité des soins offerts aux femmes migrantes.
L’une des difficultés des chercheurs qui s’intéressent à cette question est liée à la manière de colliger les données dans les hôpitaux, qui limite la possibilité d’identifier avec précision les FEMSAM et de brosser un portrait de leur réalité migratoire souvent complexe. Ainsi, la Régie de l’assurance maladie a tenté d’estimer combien avaient accouché dans la province à partir du nombre d’enfants nés de mères non couvertes par la RAMQ, des chiffres obtenus du Directeur de l’état civil. On estime que 9 917 femmes sans accès à la RAMQ ont accouché en 2021 seulement2.
L’équipe derrière le projet de recherche PRENA-E-COUT’3 a inclus un volet qualitatif sur les expériences des FEMSAM de la Côte-Nord. Bien que les résultats n’aient pas encore été publiés, Lara Gautier, professeure agrégée à l’École de santé publique de l’Université de Montréal et chercheuse principale du projet, indique que, malgré ce qu’on pourrait penser, les FEMSAM en région ont des expériences beaucoup plus positives que celles en ville, si elles sont accompagnées par les bonnes personnes, par exemple les ressources ICI-Santé de leur territoire, même si l’accès aux soins peut être plus difficile à cause des distances à parcourir. Le personnel médical des régions, empathique et sensible à la précarité des patientes, essaie de trouver des solutions pour diminuer les coûts, voire les annuler, par souci de déontologie médicale. Mais c’est de plus en plus difficile avec les directives de Santé Québec en matière de facturation des frais pour les services hospitaliers et médicaux reçus.
À Montréal, à Québec, l’effet de volume a plutôt le résultat inverse : des établissements de santé ont parfois retenu (illégalement) des constats de naissance tant que la facture de l’accouchement restait impayée, ce qui empêchait les parents de déclarer la naissance de leur enfant au Directeur de l’état civil et de faire en sorte que le bébé soit couvert par la RAMQ en cas de problème de santé. Les enfants nés au Québec, de facto citoyens canadiens, sont couverts par la RAMQ depuis 2021 peu importe le statut d’immigration de leurs parents. Une victoire de l’Observatoire des tout-petits, de l’ONG Médecins du Monde et de nombreux autres acteurs qui militaient pour que cette couverture s’étende également à la mère pour les soins périnataux.
Afin de ne pas encourager le tourisme obstétrical, l’ancien premier ministre a rejeté en 2024 un projet pilote pour assurer la gratuité des soins périnataux aux FEMSAM. Le tourisme obstétrical demeure pourtant marginal au Québec, et il est facile d’identifier ces cas en posant quelques questions, selon Lara Gautier. Au contraire, les femmes dont il est question ici étudient ou travaillent dans la province depuis plusieurs années et veulent y rester. Leur offrir ou pas des soins périnataux revient donc à un choix politique en matière d’accès universel.
1. Information obtenue du CISSS du Bas-Saint-Laurent à la suite d’une demande d’accès à l’information.
2. Régie de l’assurance maladie du Québec, Portrait des femmes enceintes sans couverture santé au Québec, Gouvernement du Québec, 2022, p. 11.
3. Évaluation mixte et participative de l’expérience et du coût des soins chez les femmes enceintes sans assurance maladie au Québec
Le projet de loi 23 présente plusieurs lacunes et risques qui vont, s’il est adopté dans la forme actuelle, compromettre les droits fondamentaux des individus psychiatrisés, la santé des professionnels de la santé et qui vont fragiliser le secteur communautaire. Par « individus psychiatrisés », nous entendons toute personne susceptible d’être hospitalisée de force ou ayant déjà vécu l’hospitalisation forcée, les personnes ayant des antécédents en santé mentale et toute personne anticonformiste q
Le projet de loi 23 présente plusieurs lacunes et risques qui vont, s’il est adopté dans la forme actuelle, compromettre les droits fondamentaux des individus psychiatrisés, la santé des professionnels de la santé et qui vont fragiliser le secteur communautaire. Par « individus psychiatrisés », nous entendons toute personne susceptible d’être hospitalisée de force ou ayant déjà vécu l’hospitalisation forcée, les personnes ayant des antécédents en santé mentale et toute personne anticonformiste qui pourrait susciter un inconfort pour l’ordre public (sans poser un danger suicidaire ou homicidaire). Les mesures actuelles, sans même l’adoption du projet de loi 23, sont d’ailleurs déjà appliquées de façon non-égalitaires. Comme le souligne Bernheim (2024) :
« Les personnes soumises à ces pratiques sont disproportionnellement marginalisées, vivent dans des conditions précaires, sont moins susceptibles d’avoir une formation professionnelle, sont socialement isolées et racisées » (p.47).
Face au sentiment d’urgence viscérale que j’ai ressenti avec l’arrivée de ce projet de loi 23, je vous soumets ce mémoire en tant qu’universitaire et criminologue de formation. Rappelons[1] que ce projet de loi 23 s’intitule Loi visant principalement à mieux accompagner les personnes dont l’état mental pourrait représenter un risque pour leur propre sécurité ou celle d’autrui. Nous reviendrons sur les présupposés que ce titre sous-entend……
Dans un premier temps, nous reconstituerons ce que dit le projet de loi 23 et ce qu’il omet de dire, les dérives potentielles. Éventuellement, un deuxième mémoire en cours de rédaction offrira des pistes alternatives et recommandations.
PROJET DE LOI 23 : Ce qu’il propose versus les conséquences humaines qu’il comporte
En commençant par le titre en lui-même, Plusieurs incohérences sont présentes. Le projet de loi 23 ne permet pas un accompagnement, car toute prise de décision de la première personne concernée est éliminée dans le présent projet de loi. On parle d’acteurs « susceptibles d’intervenir », « d’action concertée » entre les acteurs qui interviennent, autrement dit, de tout le monde sauf la personne qui subit cette mesure coercitive. Par ailleurs, toutes les communications faites sur le dos de la personne sous contrainte ne lui seront jamais accessibles. Voici les extraits :
En précisant que « seuls les renseignements personnels qui sont nécessaires à la concertation entre les intervenants désignés et à la coordination de leurs actions peuvent faire l’objet d’une communication entre eux dans le cadre d’un processus d’action concerté », nous sommes très inquiets que plusieurs informations pertinentes concernant l’individu visé par l’intervention soient exclues. Par exemple, une amie qui n’entre pas dans la définition « d’intervenant désigné » ne pourra pas communiquer ou participer activement à l’action concertée. Peut-être son témoignage sera-t-il recueilli, mais le risque qu’il soit réutilisé et modifié par les « intervenants désignés » à leur propre fin reste très présent, d’autant plus que cela va l’exclure (cette amie ou tierce personne) pour le reste des démarches. Par ailleurs, cette « action concertée » exclut complètement la personne visée par cette mesure de prise en charge psychiatrique. Cela est une atteinte, à nos yeux, de ce que signifie un réel accompagnement.
Par ailleurs, le projet de loi 23 élimine la notion de dangerosité, pierre angulaire du cadre législatif actuel régissant les différentes mises sur garde. Cette notion de dangerosité, bien que non définie dans la Loi, repose tout de même sur deux concepts dans le cas des hospitalisations forcées : 1- Dans le cas de la garde préventive, ce danger doit être grave et immédiat ; 2- Dans le cas de la garde provisoire et de la garde en établissement, le tribunal doit avoir des motifs sérieux qui lui font croire que la personne représente un danger.
En éliminant la notion de dangerosité, que nous reste-il ? Un modèle managérial basé sur la gestion des risques qui s’appuie sur des outils quantitatifs. Ces outils quantitatifs, nous propose le projet de loi 23, seront fournis par Santé Québec et serviront de guide afin de décider s’il faut hospitaliser ou pas une personne qui « coche les cases » en termes de probabilités de risques, le tout, sans considérer le contexte de la situation et en éliminant toute dissidence ou diversité chez les intervenants de première ligne. En effet, Il est mentionné que le projet de loi « précise les responsabilités des intervenants qui collaborent en ce sens dans le cadre d’un processus d’action concerté ». Petite question à se poser : S’ils ne collaborent pas « en ce sens », cela sera-t-il une infraction ?
Le projet de loi 23 précise plus loin que seuls les intervenants d’un service d’aide en situation de crise ayant « reçu la formation » (de Santé Québec) et qui sont dans l’une des situations suivantes peuvent pratiquer :
Ce que signifie cet extrait est simple : Une diminution considérable du pouvoir discrétionnaire des intervenants de proximité qui doivent se plier à une formation verticale (TOP-DOWN) décontextualisée, un danger flagrant de prises de décisions qui évacuent le contexte global de la « situation » et des organismes communautaires qui pourraient offrir des mesures alternatives se voyant pénalisées et devant se plier à Santé Québec, la centrale toute-puissante.
Le plus alarmant à nos yeux est que les organismes communautaires qui ont des rapports fréquents avec certains usagers des services sociaux se voient relégués en seconde-zone lorsque vient le temps de recevoir le rôle de « intervenant désigné » considérant que pour le devenir il faut qu’un des organismes gouvernementaux approuvent le titre (voir page suivante).
Parmi les organismes qui auront ce pouvoir d’offrir le titre « d’intervenant désigné », nous retrouvons le curateur public et le directeur des poursuites criminelles et pénales. Cela nous inquiète considérant que leur mission respective s’éloigne de l’aspect humaniste des personnes en souffrance qui peuvent vivre des situations difficiles sans nécessairement poser un danger. D’ailleurs la notion de « danger grave et immédiat » étant éliminée, il nous semble inapproprié que de tels organismes aient un pouvoir d’action pour offrir le titre « d’intervenant désigné » qui doit (ou devrait) évaluer de façon clinique et empathique les cas de personnes potentiellement à risque de détérioration ou d’altération. Quelle est la réelle mission d’un « intervenant désigné » si autant d’organismes, évoluant dans différents domaines de droit (principalement liés ici au droit criminel), peuvent attribuer ce rôle, mais que les organismes communautaires qui connaissent bien les usagers des services sociaux ne le peuvent (ou doivent avoir une permission de l’un de ces organismes)? Ne sommes-nous pas en train de confondre les rôles et mandats de ces organismes et de créer plus de répression à l’égard des individus psychiatrisés ou personnes présentant des différences?
Ce n’est pas fini. On passe d’un état mental dangereux qui demande des motifs sérieux d’hospitaliser de force, donc des preuves matérielles, à une approche arbitraire centralisée qui n’oblige plus l’élément de santé, mais qui peut concerner toute situation où la « sécurité » est « compromise », ce qui revient à hospitaliser de force sur la base d’une perception sans élément de preuve à l’appui. Vous remarquerez aussi qu’il y a des incohérences. Parfois, il est mentionné « santé ET sécurité » et, la majorité du temps, il est mentionné « santé OU sécurité ». À défaut d’éliminer complètement le projet de loi comme nous le revendiquons, il serait avisé dans un amendement d’inclure obligatoirement ces deux éléments (santé ET sécurité).
Par ailleurs, le projet de loi 23 parle « d’altération » et non plus d’état mental posant un « danger grave et immédiat ». Une altération englobe une grande variété d’états, dont plusieurs qui ne sont pas dangereux du tout (ivresse d’alcool, consommation de café et de sexe, décalage horaire, etc.). Trop de « situations » peuvent tomber sous le couperet de ce projet de loi de nature répressive et managérial, à nos yeux (voir page suivante).
Ce passage du projet va encore plus loin en accordant une exemption à « l’action concertée » (qui possède déjà son lot de problèmes) et en accordant un pouvoir d’agir sur la vie des personnes visées par cette prise en charge psychiatrique d’enfermement. Par ailleurs, une « détérioration » possède une connotation très subjective et ouvre la porte à des jugements de valeurs qui ne sont pas pour autant gage d’un passage à l’acte quelconque. Parler de « risque raisonnablement prévisible » nous semble très flou et sortir de l’objectivité pour tomber dans les croyances. Par ailleurs, plusieurs personnes vivant avec le stigmate de la maladie mentale soulèvent une double-peine lorsqu’ils/elles vivent l’hospitalisation forcée. Pour nous, cela se manifeste souvent par une délégitimation[2] du ressenti des premières personnes concernées, comme lorsqu’ils/elles s’opposent à certains types de traitements médicamenteux ou lorsqu’ils/elles soulèvent leurs traumatismes en lien avec une prise en charge non-volontaire. Le projet de loi 23, si adopté dans la forme actuelle, va accentuer cela en considérant toute dissention comme de la « méfiance à l’égard de tels services » et amener les « intervenants désignés » à agir au nom de ces personnes sans « action concertée », renforçant la perte d’autonomie quant aux modalités de traitement que la personne aurait choisies si elle avait pu s’exprimer dans un cadre sécurisant (et sans la peur de se faire hospitaliser en cas de désaccord).
Maintenant, il est aussi mentionné dans le projet de loi 23 que les personnes avec une problématique de santé mentale peuvent faire une demande de directives psychiatriques anticipées, un peu comme l’aide médicale à mourir.
Cela signifie aussi qu’en situation où les directives anticipées n’ont pas été faites, n’importe qui ayant reçu « la formation » (de Santé Québec) peut faire n’importe quoi aux personnes concernées. Par ailleurs, grande confusion entre personnes majeures qui vivent avec un trouble mental et n’importe qui ayant une altération. Incohérence. Non seulement incohérence, mais la porte est grande ouverte pour qu’il arrive des pressions indues et de la manipulation à forcer une personne à remplir cette demande (qui peut d’ailleurs être modifiée sans qu’elle n’ait un mot à dire). En effet, avec le terme « contresigner », un médecin spécialiste ou une infirmière a le dernier mot sur le contenu de la demande. Un contrat ne devrait-il pas être signé en toute connaissance de cause ?… Plus maintenant… (voir page suivante).
Par ailleurs, tel que mentionné dans le projet de loi 23 « Un intervenant désigné ne peut être poursuivi en justice pour un acte accompli de bonne foi en application du présent article ». Nous sommes très inquiets qu’aucune compensation ne puisse exister auprès des individus psychiatrisés en cas d’abus/négligence et maltraitance médicale.
Nous ne souhaitons pas nuire aux conditions de travail des professionnels de la santé, bien au contraire. Nous avons de la sympathie pour ceux-ci et connaissons très bien les difficultés associées au fait d’être enfermés. Tous les professionnels de la santé qui évoluent dans la psychiatrie au Québec méritent des conditions dignes. Avec le projet de loi 23, par l’élargissement des possibilités d’enferment, il est inévitable qu’une hausse flagrante du nombre d’admissions en psychiatrie fera jour. Cela va créer une surpopulation carcérale psychiatrique. Pour plusieur.es ayant vécu l’hospitalisation forcée, il est relaté que la quantité en termes de population élevée réduit les interactions sensibles et de qualité, à la fois pour les patient.es que pour les professionnels de la santé. Nous sommes attristés de voir que le projet de loi 23 n’attaque pas les causes structurelles du manque de soutien auprès des professionnels de la santé. Au lieu de cela, le projet de loi 23 renforce les préjugés à l’égard des individus psychiatrisés. Pourtant, la plateforme du Gouvernement du Québec (2023a) précise « La très grande majorité des personnes qui vivent avec un trouble mental ne présentent pas de comportements violents. Elles sont dans les faits beaucoup plus à risque d’en être victimes. » Le projet de loi 23 va dans la direction opposée en polarisant les professionnels de la santé contre les individus psychiatrisés de force et en dépouillant les individus psychiatrisés de recourir à des moyens légaux de défense des droits en santé mentale. Nous ne voulons pas diaboliser quiconque, nous soulevons seulement que la négligence médicale existe. Précariser les professionnels de la santé et punir nos plus vulnérables semble manquer de nuance sur notre condition humaine commune : l’imperfection et donc la perfectibilité.
Merci pour votre attention,
Anne-Marie Urli
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BIBLIOGRAPHIE
Bernheim, E. (2024). Profilage et violence judiciaire : la multijudiciarisation civile et administrative en santé mentale à l’intersection de la classe sociale, du genre et de la race. Criminologie (Montréal), 57(1), 45‑78. https://doi.org/10.7202/1112601ar
Godrie, Baptiste et Camille Rivet (2019), « Faire la preuve de sa crédibilité : diagnostics et groupes d’entraide dans la trajectoire de soins en santé mentale » , Revue du CREMIS , 11(1) , 23-27.
[1] Je recoure au pronom à la première personne du pluriel, le « nous », pour souligner l’importance qu’ont eu les témoignages d’individus psychiatrisés lors d’une recherche qualitative menée pour PLAIDD-BF, un organisme de défense des droits en santé mentale de la région du Bas-Saint-Laurent, en 2021 en tant que contractuelle.
[2] « Plusieurs personnes rencontrées nous ont confié devoir «parler plus fort pour se faire entendre», avoir le «sentiment de ne pas être écoutées», voire d’être «invalidées» par des professionnel.le.s et cer tain.e.s de leurs proches, renforçant ainsi leur isolement ou encore les difficultés psychiques qu’elles vivent. » DANS Godrie, Baptiste et Camille Rivet (2019) , « Faire la preuve de sa crédibilité : diagnostics et groupes d’entraide dans la trajectoire de soins en santé mentale » , Revue du CREMIS , 11(1) , p.23.
Le projet de loi 23 crée un régime où des personnes peuvent être privées de liberté et soumises à des traitements chimiques sans acte concret (actus reus) ni intention coupable (mens rea) — deux éléments pourtant essentiels en droit pénal pour établir la culpabilité.
En effet, au Canada, une infraction exige à la fois un comportement interdit (actus reus) et un état mental coupable (mens rea, comme l’intention ou la connaissance). Sans ces éléments, il n’y a pas de culpabilité. Pourtant, le P
Le projet de loi 23 crée un régime où des personnes peuvent être privées de liberté et soumises à des traitements chimiques sans acte concret (actus reus) ni intention coupable (mens rea) — deux éléments pourtant essentiels en droit pénal pour établir la culpabilité.
En effet, au Canada, une infraction exige à la fois un comportement interdit (actus reus) et un état mental coupable (mens rea, comme l’intention ou la connaissance). Sans ces éléments, il n’y a pas de culpabilité. Pourtant, le PL23 permet d’hospitaliser de force des individus sur la base d’un risque potentiel, un critère si vague qu’il pourrait s’appliquer à presque n’importe quelle situation de vulnérabilité. En droit pénal, un tel flou serait inacceptable : comment est-il acceptable de condamner quelqu’un pour un crime qui n’a pas encore été commis ?
Car, au fond, c’est bien d’une punition qu’il s’agit lorsque nous retirons de force des personnes de leur milieu de vie, tel que proposé dans le PL23. Cela engendre d’ailleurs des conséquences financière, relationnelle et sociale importantes, comme dans tout enfermement. Avec le PL23, on va même plus loin dans l’esprit du châtiment que si nous avions recouru au droit criminel.
Prenons un exemple : une personne en crise psychique n’est pas coupable si elle n’a pas l’intention de nuire en droit criminel (avec le mens rea). Avec le PL23, qui ignore ce principe, cette même personne sera hospitalisée de force même si elle n’a pas l’intention de nuire et qu’elle n’a pas commis de crime (actus reus).
Comment justifier qu’une personne soit privée de sa liberté sans avoir commis d’acte répréhensible ni avoir l’intention de le faire ? En droit pénal, cela serait impensable. Pourquoi l’accepter en santé mentale?!
Il est urgent de faire mourir dans le feuilleton ce projet de loi. À défaut, il est primordial de réviser ce projet de loi pour y intégrer des garanties juridiques fondamentales comme l’exigence d’un acte concret interdit (actus reus) pour justifier toute mesure coercitive. Sinon, nous risquons de normaliser un système où l’on punit sans preuve concrète, sur la base de simples soupçons — une dérive inacceptable pour nos droits fondamentaux.
Il faut aussi prévoir dans le projet de loi un mécanisme indépendant de plainte pour les abus médicaux ou les négligences, avec un droit à réparation pour les victimes. Actuellement, le PL23 exonère les intervenants de toute responsabilité pour les actes accomplis « de bonne foi », ce qui exclut tout recours pour les personnes psychiatrisées qui peuvent (et oui!) vivre de la négligence médicale (voire criminelle). Sans ces protections, le PL23 ne fera qu’aggraver la méfiance des personnes psychiatrisées envers un système déjà perçu comme répressif. C’est le temps de diversifier nos approches face à la souffrance humaine et d’arrêter d’alourdir un système de santé sur le bord du gouffre.
J’aurais aimé finir sur une note positive, mais je n’y arrive pas.
Merci lectorat.
* PL23 = Projet de loi n° 23 (Loi visant principalement à mieux accompagner les personnes dont l’état mental pourrait représenter un risque pour leur propre sécurité ou celle d’autrui) / Assemblée nationale du Québec / provincial
Ça s’est un peu produit un soir de mai 2024. Un promoteur éolien débarque à la maison pour savoir si nous sommes intéressés à recevoir une éolienne sur la terre que nous habitons. Il n’a rien dans les mains, pas de carte à nous montrer, « c’est embryonnaire », qu’il dit. Pourtant, c’est chez nous qu’il cogne, il sait où il va.
En quête d’information, notre conseil municipal nous rassure : il ne se passera rien sans que toute la population ne le sache, c’est embryonnaire, c’est normal, il n’y
Ça s’est un peu produit un soir de mai 2024. Un promoteur éolien débarque à la maison pour savoir si nous sommes intéressés à recevoir une éolienne sur la terre que nous habitons. Il n’a rien dans les mains, pas de carte à nous montrer, « c’est embryonnaire », qu’il dit. Pourtant, c’est chez nous qu’il cogne, il sait où il va.
En quête d’information, notre conseil municipal nous rassure : il ne se passera rien sans que toute la population ne le sache, c’est embryonnaire, c’est normal, il n’y a pas de projet.
Pourtant, ça nous est vraiment tombé dessus un soir de février 2025, alors qu’un autre promoteur éolien, qui a pris rendez-vous celui-là, nous informe que nous pourrions signer un contrat pour peut-être avoir une éolienne. Là, maintenant. Une éolienne de 200 mètres, 656 pieds de hauteur. À 750 mètres de notre maison et de celle du voisin. C’est « bien raisonnable » qu’il dit, parce que la réglementation de notre MRC, c’est 500 mètres. 500 mètres! À peine quelques feuilles de papier, qu’il ne nous laisse pas, pour appuyer ses explications. Il préfère ne pas nous montrer de carte, mais accepte finalement d’ouvrir brièvement son ordinateur : les éoliennes projetées sont éparpillées sur tout le territoire de la municipalité. Il n’y a pas moyen de voir le contrat d’option d’octroi, on ne se montre pas assez intéressé à signer. Nous avons la chance exceptionnelle d’avoir un environnement silencieux. C’est vrai qu’il « ne connaît pas ce que c’est », il « habite Montréal ». Le BAPE? « Disons que ça oblige les entreprises à sophistiquer leur narration. »
De pareils propos, une pareille situation, ça ne s’invente pas.
Dans les jours, les semaines qui suivent, nous constatons que nos voisins et la majorité des résidents de la municipalité n’ont jamais entendu parler de projet éolien chez nous, nous les en informons. Du même coup, nous apprenons que plusieurs contrats sont déjà signés. C’est fait, il y a une fracture dans le tissu social de ma communauté.
Pour prétendre à une acceptabilité sociale, la population doit avoir l’information lui permettant de prendre une décision libre et éclairée. Dans les faits, tout débat public est évité, les propriétaires terriens sont approchés et, avec très peu d’information en main, décident chacun pour soi. Les contrats sont confidentiels et ça se passe dans chaque cuisine. Avec suffisamment de signatures en main, un promoteur peut remporter un appel d’offres d’Hydro-Québec et ensuite, les étapes suivent inévitablement leurs cours, chaque case du processus sera cochée. Les dés sont jetés.
Comble de chance, le premier ministre, François Legault, se déplace au Bas-Saint-Laurent en novembre 2025 pour annoncer une entente de 1 500 mégawatts signée entre Hydro-Québec et l’Alliance de l’énergie de l’Est. Notre MRC fait partie de cette entente. Au BSL, « il y a de l’acceptabilité sociale pour les projets éoliens ». Ah ben, voilà! La population aurait donné son accord avant même de connaître l’entente? La PDG d’Hydro-Québec, Claudine Bouchard, tient à rassurer, il y aura des consultations. Euh, pardon, mais vous venez bien d’annoncer que l’entente est signée, non?
Cela représente une très petite portion de la façon dont l’acceptabilité sociale est traitée. Depuis des mois, nous ne comptons pas les heures pour lire et comprendre, documenter, partager de l’information, réseauter, poser des questions… Les surprises ne cessent de s’accumuler sur les façons de manipuler l’opinion publique, les faits, les chiffres pour que les projets de développement éolien puissent aller de l’avant. Jamais nous n’aurions pensé qu’une telle force de lobby était en place.
En quelques minutes, comment arriver à partager à nos concitoyens ce que nous avons mis des heures à débusquer? La contribution du développement éolien à la transition énergétique n’est qu’un mirage. Les bienfaits pour la région sont beaucoup moindres qu’on le prétend et, surtout, ne tiennent pas compte des coûts. Coûts sociaux, environnementaux, économiques futurs. Au rythme actuel des annonces, on peut même parler de coût identitaire, notre identité rurale. Non seulement il faut donner de son temps, de son énergie, de son argent aussi pour ces démarches, mais il faut encore accepter de prendre la parole et de se faire pointer du doigt par certains. Tout ça pour protéger notre milieu de vie, notre communauté, notre environnement, l’avenir de notre région.
Quelques mois avant le référendum du 30 octobre 1995, Jacques Parizeau concluait une alliance avec le chef de l’ADQ, Mario Dumont, et celui du Bloc québécois, Lucien Bouchard, en vue de la bataille décisive qui approchait. L’initiative avait donné un élan inespéré à la campagne du oui, qui battait fortement de l’aile. Grâce à cette alliance, jamais les Québécois ne sont passés si proche du pays… Dire que les forces indépendantistes devront de nouveau s’unir si elles veulent gagner un éventuel tr
Quelques mois avant le référendum du 30 octobre 1995, Jacques Parizeau concluait une alliance avec le chef de l’ADQ, Mario Dumont, et celui du Bloc québécois, Lucien Bouchard, en vue de la bataille décisive qui approchait. L’initiative avait donné un élan inespéré à la campagne du oui, qui battait fortement de l’aile. Grâce à cette alliance, jamais les Québécois ne sont passés si proche du pays… Dire que les forces indépendantistes devront de nouveau s’unir si elles veulent gagner un éventuel troisième acte constitue la mère de toutes les lapalissades.
Entre une telle union et sa concrétisation, il y a loin de la coupe aux lèvres. Aujourd’hui, on se demande bien quel serait le troisième parti désireux de se joindre au camp du Oui aux côtés du PQ et du Bloc québécois… À droite, l’ADQ, depuis longtemps dissoute dans la fédéraliste CAQ sous l’impulsion de François Legault, devrait se saborder pour y adhérer. Quant à Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, le sinistre personnage a passé sa vie de chroniqueur, d’animateur radio et de politicien à pourfendre les indépendantistes comme s’ils étaient affublés de la pire maladie mentale.
Il reste, à bâbord toute, Québec solidaire…
En mars 2024, pour préparer le terrain en vue de la renaissance du camp du Oui, QS lançait l’initiative « Nouveau Québec ». Ruba Ghazal et Sol Zanetti partaient en tournée pour promouvoir l’indépendance à travers le Québec, souhaitant faire gonfler l’appui au-delà du plancher des 35 %, en prêchant sciemment à des non-convertis. « Même si on a des divergences sur la façon dont s’articulerait le projet de société d’un Québec libre, on a eu l’appui du PQ pour notre campagne », avait alors déclaré Ghazal. Du miel à mes oreilles.
Depuis l’automne 2025 cependant, les positions raffermies et assumées du Parti québécois sur la laïcité et l’immigration ont considérablement refroidi les ardeurs de QS, un parti de plus en plus à l’aise avec le multiculturalisme canadien. Au point où on apprend ces jours-ci que le dernier survivant de la « vague orange » du NPD, Alexandre Boulerice, pourrait se présenter sous les couleurs qsistes aux élections québécoises d’octobre 2026.
Rappelons qu’en 2017, Québec solidaire acceptait d’intégrer dans ses rangs les indépendantistes du parti Option nationale, fondé par l’économiste Jean-Martin Aussant. Depuis, QS est assis sur la lame d’un rasoir : plus il parle d’indépendance du Québec, plus il s’aliène les 67 % de ses partisans qui tiennent plus à leurs idéaux socialistes ou sociaux-démocrates qu’à l’indépendance du Québec. Pour eux, un Canada dirigé par une coalition de partis de gauche comme le PLC et le NPD sous Justin Trudeau vaut mieux qu’un Québec indépendant gouverné par des partis centristes ou du centre droit. Pour la majorité des partisans de QS, le dilemme est réglé : la question sociale passe avant la question nationale, point. D’où le flirt électoral constant de QS avec le NPD, les deux seuls partis aux logos orange.
Une trêve nécessaire
Personne ne demande à QS de devenir l’allié naturel du PQ, mais tout au moins de consentir à une trêve circonstancielle. À force de tirer à boulets rouges sur les péquistes en les traitant de cryptofascistes, de racistes, d’étroits d’esprit ou de transphobes, QS épargne ses vrais adversaires fédéralistes, qui peuvent dormir tranquilles ou mourir de rire : à droite, ceux de la CAQ et du Parti conservateur du Québec, et à gauche, ceux du PLQ. Les partisans du Canada tel qu’il est peuvent demeurer cois et quiets pendant que le futur camp du Oui se fissure avant même de naître.
Les partisans de QS doivent cesser de percevoir comme une trahison impardonnable le fait que le Parti québécois essaie de se tenir au centre de l’échiquier politique pour ratisser un électorat plus large et engranger les votes indépendantistes. L’indépendance acquise, tous les partis, de gauche comme de droite, en profiteraient. Les débats gagneraient en qualité et en pertinence, alors que depuis 1867 ils sont condamnés à se dissoudre sur la rive ontarienne de la rivière des Outaouais, et restent le plus souvent sans échos dans ce grand pays étranger dont le nom est écrit en lettres d’or sur mon passeport.
« Divide et impera », disait déjà le roi de Macédoine Philippe II au 4e siècle avant notre ère. Oui, quand on divise le camp adverse, on arrive à régner… Maxime que les fédéralistes ont depuis longtemps mise en pratique à leur plus grand profit.
Il faudrait maintenant que les indépendantistes soient au moins assez clairvoyants pour s’en rendre compte, puis en tirer les conclusions qui s’imposent.
La lutte des classes s’est jouée après le dernier référendum au Québec. Quand Parizeau est parti et que Lucien Bouchard l’a remplacé, j’étais militant souverainiste à Jonquière en pleine plaque tectonique. J’ai dit dans mon discours de candidature à la présidence du comité de comté du PQ qu’il fallait bloquer le vent de droite qui soufflait sur le monde. Je l’ai dit devant Lucien Bouchard. J’ai pas été élu. Et j’ai quitté ce parti illico.
C’est à ce moment que le projet d’indépendance tel qu’
La lutte des classes s’est jouée après le dernier référendum au Québec. Quand Parizeau est parti et que Lucien Bouchard l’a remplacé, j’étais militant souverainiste à Jonquière en pleine plaque tectonique. J’ai dit dans mon discours de candidature à la présidence du comité de comté du PQ qu’il fallait bloquer le vent de droite qui soufflait sur le monde. Je l’ai dit devant Lucien Bouchard. J’ai pas été élu. Et j’ai quitté ce parti illico.
C’est à ce moment que le projet d’indépendance tel qu’on l’a connu, social démocrate et civique, est mort. Pour le militant en moi en tout cas. Ensuite, il y a eu le néolibéralisme, le déficit zéro, la globalisation des marchés, les crises financières, l’austérité, les bulles spéculatives qui explosent et la concentration de la richesse à la barre du paroxysme. Et aujourd’hui, le fascisme.
Et des politiciens peu scrupuleux ont utilisé les enjeux identitaires pour diviser la classe ouvrière selon des clivages qui nous nuisent tous les jours. Et qui nous font oublier que, pour constituer une nation, il ne faut laisser personne en arrière. Sans justice, pas de véritable indépendance.
Les Cowboys Fringants avait un couplet éloquent pour le dire dans la chanson « Lettre à Lévesque » :
« Pour c’qui est d’la souverain’té
On peut pas dire que c’est la fièvre
Le projet s’est mal renouvelé
Et on en parle du bout des lèvres
Mais quoiqu’à voir les extrêmistes
Qui se réclament patriotes
Avec leur discours passéiste
J’me dis qu’on est loin du jackpot
Si on regarde ça René
Les enjeux ont bien changé
Et les jeunes se conscientisent
Faudrait écouter ce qu’ils disent
Et que pour bâtir un pays
Faudrait pas oublier d’inclure
Les citoyens des autres ethnies
Et leur culture »
Ce nationalisme civique n’est plus le projet porté par le PQ. D’une coalition arc-en-ciel jusqu’au référendum, le tout s’est démobilisé, et les solidarités ont été détruites entre les tendances.
Les derniers Jedi avaient tous quitté le parti (Marois, Drainville, Cloutier, jusqu’à Sylvain Gaudreault, qui a été l’un des derniers boy-scouts).
Il ne restait que Pascal Bérubé.
Le regain?
Le retour du PQ après la torchée électorale tient aux circonstances. Un opportuniste a été favorisé par un acte disgracieux mais vraiment pas criminel dans sa circonscription, acte qui a écarté la candidate solidaire qui autrement aurait facilement gagné, ce qui a permis au petit homme fâché de l’emporter. Et il s’est construit un tout nouveau parti qui semble profiter du soutien indéfectible de la ligue du vieux poêle qui constitue une armée électorale redoutable. Les jeunes, que les vieux nationalistes les appellent.
On se croirait en pleine trilogie Star Wars. C’est leur dernier espoir.
Un parti clone de la CAQ (leurs électeurs sont interchangeables) a ensuite profité de l’effondrement du gouvernement usé de mononcle Legault pour trôner au sommet des sondages.
Son projet est de construire une nation québécoise inféodée aux États-Unis plutôt qu’au Canada. Une nation qui adopte des politiques en fonction de cette relation. Il propose de troquer le colonialisme britannique pour l’impérialisme américain. La souveraineté n’est dès lors qu’une vue de l’esprit.
Mais la majorité des électeurs semblent s’en foutre et souhaitent lui donner sa chance pour gouverner. En se bouchant les oreilles quand il parle de référendum et de pays.
Qu’évoque le jour du 15 novembre 1976? Je serais curieux de connaître les réponses à cette question posée à d’autres que celles et ceux du groupe des baby-boomers dont je fais partie. Cela fera 50 ans en novembre que le Parti québécois a pris le pouvoir pour la première fois, porté par un élan de nationalisme bon teint et une volonté progressiste de changement. L’auteur et cinéaste d’origine gaspésienne Carl Leblanc, avec qui nous avons discuté, fait de cet événement le vecteur de son roman Le p
Qu’évoque le jour du 15 novembre 1976? Je serais curieux de connaître les réponses à cette question posée à d’autres que celles et ceux du groupe des baby-boomers dont je fais partie. Cela fera 50 ans en novembre que le Parti québécois a pris le pouvoir pour la première fois, porté par un élan de nationalisme bon teint et une volonté progressiste de changement. L’auteur et cinéaste d’origine gaspésienne Carl Leblanc, avec qui nous avons discuté, fait de cet événement le vecteur de son roman Le printemps en novembre.
Le livre propose en alternance deux trames temporelles : novembre 1976, devant le petit écran du salon d’une famille gaspésienne, et novembre 2006 à Montréal, devant le grand écran où est projeté un documentaire couplant des films d’archives avec des entrevues où des protagonistes commentent ce moment marquant de leur vie. « L’écran, c’était d’ailleurs le titre de travail du livre, mais mon éditeur a eu la bonne idée de retenir plutôt Le printemps en novembre, une expression que j’avais utilisée dans le texte », nous confie l’auteur. La couverture du livre met en évidence un téléviseur d’époque où s’affiche une mythique photo de René Lévesque sur l’estrade du centre Paul-Sauvé le soir du 15 novembre 1976.
Le narrateur du roman, Étienne Vallières, a 16 ans en 1976. Il vit l’événement chez la famille Caissy composée de militantes et de militants péquistes de la première heure. Il est secrètement amoureux de la fille de la famille, Julianne, 18 ans, qui lui a fait l’offrande quelques jours plus tôt d’un baiser enthousiaste, emportée qu’elle était par le discours de celui qui allait devenir le nouveau député du coin, le jeune tribun Simon Lemieux. Mais Julianne n’est pas présente à cette soirée festive puisqu’elle a fui vers Montréal plus tôt dans la journée. Étienne ne la reverra plus et demeurera amer de ce premier amour perdu. En novembre 2006, il est convié par un cinéaste ami à la première de son film documentaire portant sur la soirée du 15 novembre 1976. Il revit alors l’émotion intense vécue trente ans plus tôt et revoit, sur grand écran et dans la vie, Julianne.
Carl Leblanc a écrit plusieurs autres livres (dont Fruits, Prix Jovette-Bernier – Ville de Rimouski en 2014) et il a réalisé une vingtaine de films documentaires (dont le puissant Perdre Mario en 2021, sur le suicide d’un ami). Il nous révèle son bonheur de pouvoir mener de front ces deux carrières qui ont en commun le fait d’écrire. Son éditeur souligne qu’il est « cinéaste pour gagner sa vie et écrivain pour ne pas la perdre ». L’auteur nous rappelle qu’il serait impossible pour lui de gagner sa vie grâce à la seule écriture de romans. Ce roman est d’abord le fait d’une commande pour un polar, mais le thème ne se prêtait pas à ce genre. Il a mis de côté le tapuscrit pour plus tard le reprendre, mais dans un style bien à lui.
Carl Leblanc sait très bien comment déployer une bonne histoire. Le printemps en novembre m’a particulièrement interpellé, car le personnage principal d’Étienne Vallières est comme moi politologue et professeur d’université, un transclasse issu de région. Il a vécu un intense moment d’émotion lors de l’élection du premier gouvernement péquiste en 1976, pour plus tard être sceptique quant à la possibilité objective de faire du Québec un pays. Comme moi, il est ému à l’écoute de Spiegel im Spiegel d’Arvo Pärt.
En 2026, à mon avis, le Parti québécois est très loin de sa version sociale-démocrate de 1976. Il mise sur le centre droit et se distingue peu sur ce plan de la Coalition Avenir Québec et du Parti conservateur. Son nationalisme est étroit et son chef ne m’inspire aucune sympathie. Il est aussi probable qu’un référendum sur l’indépendance du Québec se traduirait par un appui en deçà de 38 %, ce qui affaiblirait le Québec. De plus, le Parti québécois croit exercer un monopole sur les souverainistes, ce qui est loin de permettre une quelconque ouverture à l’Autre. Bref, en 2030, est-ce que je voterais Oui à la proposition d’un pays Quebecor? Je n’en suis pas convaincu.
Je marche sur la rue Monseigneur-Plessis pour me rendre au Centre de formation Rimouski-Neigette. Il fait gris. Au propre comme au figuré. Mais les jeunes de Je raccroche vont me remonter le moral. Je vais passer l’après-midi avec 16 des élèves qui forment la cohorte 2025-2026. Elles et ils m’accueillent chaleureusement avec leurs intervenants pour discuter de leur école de rue. Et de ce qui fait son succès depuis 2004.
Philippe Garon – Quel est le but de Je raccroche?
Je raccroche – Termi
Je marche sur la rue Monseigneur-Plessis pour me rendre au Centre de formation Rimouski-Neigette. Il fait gris. Au propre comme au figuré. Mais les jeunes de Je raccroche vont me remonter le moral. Je vais passer l’après-midi avec 16 des élèves qui forment la cohorte 2025-2026. Elles et ils m’accueillent chaleureusement avec leurs intervenants pour discuter de leur école de rue. Et de ce qui fait son succès depuis 2004.
Philippe Garon– Quel est le but de Je raccroche?
Je raccroche– Terminer les études qu’on a abandonnées. Nous aider à poursuivre notre parcours, notre cheminement scolaire. Nous préparer à la vie adulte aussi, pour pouvoir être autonomes sur le plan financier et assumer notre rôle de citoyens et de citoyennes. L’équipe d’intervention nous accompagne dans notre vie actuelle et future, nous fait découvrir autre chose que ce qu’on peut voir dans le cursus normal. Cela nous amène à vivre des expériences qu’on n’a pas nécessairement eu l’occasion de vivre dans notre enfance ou à l’école avant. En plus, le dépassement de soi, ici, c’est important. On en parle beaucoup. Pour être la meilleure personne qu’on peut devenir, pour s’améliorer.
P. G. – On retrouve qui à Je raccroche?
J R– On a entre 16 et 30 ans. Mais une fois qu’on est passé par ici, c’est pour la vie. Je raccroche, c’est plus qu’une école. C’est une famille. On est là pour se soutenir les uns les autres. Ça s’adresse à celles et à ceux qui veulent vraiment finir leur école, devenir quelqu’un dans la vie.
– Tu peux pas être lâche pour venir ici. Des fois, c’est tough, mais il faut continuer. Il y a une belle équipe d’intervenants et d’intervenantes.
P. G.– Qu’est-ce que ça prend pour travailler à Je raccroche?
J R– Il faut vouloir aider les jeunes. Ça prend de la force d’esprit. Certaines personnes peuvent avoir une histoire compliquée. Il faut rester impassible par rapport à ça, neutre. Être capable d’avoir une opinion externe.
– Oui, parce qu’ils nous disent pas tout le temps ce qu’on veut entendre. (Rires…)
– Ça prend aussi un intérêt profond pour l’éducation, pour les stratégies d’apprentissage. Il faut savoir être empathique, ouvert d’esprit.
P. G. – Pourquoi choisir Je raccroche?
J R– Parce que sinon, on ne serait juste pas à l’école. Ici, il y a de l’encadrement, du soutien. Le fait d’avoir toujours quelqu’un qui nous ramène à l’ordre quand on dévie, ça aide. Pour commencer, on travaille les savoir-être. C’est la base. Avec une meilleure attitude, ça rend capable de prendre les critiques, de participer, de s’appliquer puis de s’impliquer. D’accepter d’être là plutôt que de subir.
– Quand on nous a expliqué les règles au début, je me disais : « Ça se peut que je reste pas longtemps… » J’avais beaucoup de préjugés en arrivant. J’étais très mal à l’aise. Mais on s’habitue aux règles. Par respect pour les autres, pour le groupe. Les responsables du groupe ont à cœur que ça marche. Maintenant, je vois pourquoi les règles sont là et pourquoi elles doivent être là. Puis je suis fier d’être ici.
P. G. – À quoi ressemble une semaine typique?
J R– Le matin, on travaille les matières, le français, l’anglais, les maths. Ça fonctionne avec des cahiers, comme aux adultes, sauf qu’on profite d’un meilleur accompagnement. Le midi, avec le conseil étudiant, on a des activités comme le club de lecture, le cinéclub, des jeux vidéo, du rempotage, en plus des tâches comme le ménage et l’arrosage des plantes. En après-midi, c’est des ateliers de toutes sortes, en lien avec l’éducation à la citoyenneté, la connaissance de soi, les saines habitudes de vie, etc.
P. G. – Pourquoi Je raccroche existe?
J R– Pour répondre aux besoins de la société sur le plan du décrochage scolaire. Et on en a encore plus besoin maintenant qu’en 2004, car plus de jeunes décrochent. On n’a jamais eu une aussi grosse liste d’attente. Si on pouvait, on partirait un deuxième groupe et malgré ça, on n’arriverait pas à répondre aux besoins. L’école est pleine.
– Ici, je me sens en sécurité. Aucune menace n’est acceptée. On nous fournit un espace sain et sécuritaire.
– L’équipe s’adapte à nos différentes façons d’apprendre. On nous accompagne dans nos démarches, on nous fait prendre conscience de nos difficultés, mais pour nous aider. À l’école conventionnelle, je me sentais comme s’il y avait un moule dans lequel on essayait de me faire entrer. Ce qu’on vit ici, ça devrait être partout dans le système scolaire. Plus tard, j’aimerais que mes enfants puissent bénéficier de ce que je vis ici.