Un homme de 54 ans et une femme de 42 ans feront face à la justice à la suite d’une saisie de stupéfiants survenue, le 24 septembre, à Ristigouche-Sud-Est, en Gaspésie.
Deux perquisitions ont été effectuées dans une résidence et dans un véhicule.
Les policiers ont saisi près de 2000$ en argent canadien, environ 100$ en argent américain, quatre armes de chasse, deux autres types d’armes, cinq cellulaires, de l’équipement informatique, environ 150 grammes de cocaïne, environ 1 gramme de crack, un peu plus de 1300 comprimés de médicaments sous ordonnance et près de 750 comprimés de métamphétamines
À la suite de leurs interrogatoires, les deux suspects ont été libérés, en attente de la suite des procédures.
Cette opération a mobilisé une dizaine de patrouilleurs et d’enquêteurs de la Sûreté du Québec. Cette opération a été menée grâce à de l’information reçue du public.
La Sûreté du Québec rapporte une progression des vols dans des véhicules sur le territoire de Rimouski. Depuis le 9 septembre dernier, 13 dossiers ont été ouverts où elle enquête afin d’arrêter le ou les auteurs.
Selon la SQ, les éléments recueillis jusqu’à présent démontrent que les biens principalement ciblés sont les portefeuilles, de l’argent, les cartes bancaires, les pièces d’identité ainsi que divers objets de valeur laissés à l’intérieur des véhicules.
Ce qui caractérise l’ensemble des événements signalés est que les véhicules visés étaient non verrouillés au moment des vols.
Verrouiller les portières
« La Sûreté du Québec rappelle aux citoyens l’importance de verrouiller les portières de leur véhicule, même lorsqu’il est stationné pour une courte période, et de ne laisser aucun objet de valeur à la vue ou à l’intérieur de l’habitacle. Ces simples mesures de prévention contribuent grandement à réduire les risques d’être victime de ce type de crime », indique le corps policier.
Toute personne détenant de l’information en lien avec ces événements est invitée à communiquer avec la Centrale de l’information criminelle de la Sûreté du Québec au 1 800 659-4264.
Un policier de la Sûreté du Québec qui travaillait notamment au poste de la MRC de Témiscouata, Simon Carrier, a été accusé des mêmes crimes sur lesquels il enquêtait. Son procès, qui déterminera s’il est coupable de voyeurisme et de partage d’images intimes, s’est ouvert lundi au palais de justice de Rivière-du-Loup.
Par Lydia Barnabé-Roy, Initiative de journalisme local- Infodimanche
Le 14 septembre, le juge, qui doit déterminer si l’accusé a agi dans l’exercice de ses fonctions ou pour son propre bénéfice, a porté la cause en délibéré et annoncé qu’il rendra sa décision en novembre.
L’histoire débute en 2023 quand M. Carrier démarre, de son propre chef, une enquête de voyeurisme et de partage d’images intimes, puisqu’il avait, selon ses dires, une bonne relation avec les plaignantes. Grâce à un mandat de perquisition, il saisit un téléphone où se retrouvent des fichiers à caractère sexuel.
À plusieurs reprises, l’accusé visionne les vidéos, sans noter toutes les consultations qu’il effectue sur l’appareil.
Carrier ne dément pas, qualifiant même ses manipulations d’«informelles». Il va même, à quatre reprises, montrer les images illicites à autant de collègues afin de «l’aider à identifier» deux inconnues parmi les quatre femmes concernées.
Or, les témoins ont partagé qu’à aucun moment Carrier ne leur a demandé de l’aide pour l’identification de victimes ni posé de questions quelconques au sujet de son enquête. Certains ont interprété son geste comme s’il était «fier» et que les images étaient comme «un trophée» pour lui.
Il a nié avoir dit de telles paroles, mentionnant même qu’il s’agissait d’un commentaire irrespectueux, désobligeant et «indigne de l’uniforme». Dans deux cas, il a même signifié que ce sont ses collègues qui avaient initié le visionnement d’une vidéo en lui demandant sur quel dossier qu’il travaillait.
Plaidories
Les avocats de la défense ont mentionné que chacune des interactions est survenue dans un poste de police. «Je pense que c’est un élément important», a soulevé Me Benoit Ducharme, souhaitant mettre en lumière que Carrier a agi dans l’exercice de ses fonctions.
La défense a ensuite déposé nombre de documents de jurisprudence concernant des accusations de voyeurisme, de partages d’images à caractère sexuel, des différences entre l’observation et l’enregistrement.
Il a aussi été question de la définition du mot «subrepticement» qui apparait dans le chef d’accusation de voyeurisme.
Il a signifié que son client niait avoir visionné les vidéos autrement que dans un but professionnel. À plusieurs reprises, M. Carrier a indiqué avoir pris ce dossier à cœur, rappelle l’avocat.
Ce dernier a ajouté qu’il était fréquent pour les policiers de se consulter entre eux pour avoir des informations et des conseils, surtout pour M. Carrier qui conduisait sa première enquête sur des crimes sexuels, malgré ses 13 ans de carrière en tant que patrouilleur.
Me Ducharme a aussi soulevé les collègues de M. Carrier qui n’ont pas dénoncé les gestes à un supérieur. Ce à quoi le juge a mentionné qu’il n’était pas déraisonnable de penser qu’ils ont réalisé leur gravité lorsque le Bureau des enquêtes indépendantes les a questionnés à ce sujet.
Le palais de justice de Rivière-du-Loup (Photo Le Soir.ca- Olivier Therriault)
«Ce type de crime là, je ne suis pas certain que ça sautait aux yeux des policiers au moment des faits», a indiqué le juge Richard Côté. La défense a demandé au juge de reconnaitre la version de son client et de l’acquitter des deux chefs d’accusations qui pèsent contre lui.
Pour sa part, la Couronne a axé le début de sa plaidoirie sur les lacunes qu’a effectuées l’accusé lors de son enquête. Il a consulté de nombreuses fois le cellulaire sans prendre de notes.
«Comment peut-il prétendre qu’il ne savait pas que ça ne se faisait pas?», a questionné Me Louis Durand-Bluteau, qui a ajouté que Carrier a déjà été responsable des pièces à conviction.
Il a aussi mis de l’avant que Carrier a amorcé une enquête sans aviser son supérieur, ou la transférer à un enquêteur ou demander de l’aide à des personnes expérimentées.
«Chaque visionnement peut les revictimiser», a soutenu l’avocat, en évoquant les plaignantes. Il se demande où sont passées les préoccupations de Carrier par rapport à l’intérêt des victimes quand il montre les images illicites à ses collègues qui n’ont pas de compétence en la matière. M. Carrier a indiqué, en témoignage, vouloir arrêter la circulation des images. Or l’avocat de la Couronne se demande pourquoi l’accusé a continué de les montrer à d’autres.
«C’est quoi ça?»
L’avocat de l’équipe spécialisée en violences sexuelles au bureau de Québec évoque aussi que les témoins à qui l’accusé a montré les vidéos n’ont jamais demandé à les voir. Il rappelle même que l’un d’entre eux a indiqué avoir dit «C’est quoi ça?», quand il a vu de quoi il s’agissait.
Selon Louis Durand-Bluteau, les agissements de M. Carrier n’ont été «professionnels d’aucune manière». «Il les a montrées pour les montrer [les images]», croit-il, brisant ainsi la confiance des victimes envers lui. Il a donc demandé au juge de retenir la preuve de la Couronne et de reconnaitre l’accusé coupable.
Simon Carrier sera de retour en cour en novembre pour connaitre la décision du juge à l’issue du procès.
La Sûreté du Québec (SQ) sollicite l’aide de la population dans le cadre d’une enquête portant sur une série d’introductions par effraction survenues dans un commerce de Sainte-Anne-des-Monts.
Entre le 16 et le 23 septembre 2026, quatre introductions par effraction ont été rapportées au restaurant L’Express situé sur le boulevard Sainte-Anne Ouest.
Le ou les suspects se seraient notamment emparés d’une somme monétaire ainsi que de biens appartenant à l’établissement.
Un suspect (Photo courtoisie)
Toute personne qui reconnaîtrait les individus apparaissant sur les photos qui proviennent des caméras de surveillance du commerce ou qui détiendrait de l’information pouvant faire progresser l’enquête peut communiquer avec la SQ au 1 800 659-4264.
Les résidents du secteur sont invités à vérifier les enregistrements de leurs systèmes de caméras de surveillance pour la période visée. Toute image ou information pertinente pourrait s’avérer utile aux enquêteurs.
Un homme dans la quarantaine de Saint-Gabriel-de-Rimouski a perdu la vie à la suite d’une collision frontale impliquant deux véhicules survenue mardi matin (22 septembre), vers 6 h 30, sur la route 298 près du 5e Rang Ouest à Saint-Donat-de-Rimouski.
À l’arrivée des services d’urgence, son décès a été constaté sur place. L’autre conducteur a été transporté à l’Hôpital régional de Rimouski pour des blessures qui ne mettent pas sa vie en danger.
Selon la Sûreté du Québec, l’un des véhicules impliqués aurait dévié de sa voie avant de percuter l’autre qui circulait en sens inverse.
Parmi les hypothèses actuellement considérées, les policiers évaluent la possibilité que l’éblouissement causé par le soleil ait pu jouer un rôle dans les événements.
La route 298 a été fermée à la circulation. Un policier formé en enquête de collision se trouve sur les lieux afin d’établir les causes et les circonstances exactes de l’accident.
Le Gaspésien de 19 ans, Pierrick Tremblay, qui faisait l’objet d’un avis de disparition, a été finalement retrouvé sans vie dans un véhicule localisé sous un viaduc, dans un rivière, sur la route 132 à Percé.
Les services d’urgence ont été appelés sur les lieux dans la nuit de lundi à mardi, vers 1 h 30, où ils ont reconnu le jeune homme originaire de Chandler.
Son décès a été constaté sur place.
Un policier formé en enquête collision a été mandaté pour déterminer les causes et circonstances de l’accident.
La Sûreté du Québec avait émis un avis de recherche, lundi (21 septembre), pour retrouver Pierrick Tremblay. Il a été vu pour la dernière fois la veille, vers 5 h, dans le secteur de la rue de la Reine, à Gaspé.
Le Gaspésien de 19 ans, Pierrick Tremblay, qui faisait l’objet d’un avis de disparition, a été finalement retrouvé sans vie dans un véhicule localisé sous un viaduc, dans un rivière, sur la route 132 à Percé.
Les services d’urgence ont été appelés sur les lieux dans la nuit de lundi à mardi, vers 1 h 30, où ils ont reconnu le jeune homme originaire de Chandler.
Son décès a été constaté sur place.
Un policier formé en enquête collision a été mandaté pour déterminer les causes et circonstances de l’accident.
La Sûreté du Québec avait émis un avis de recherche, lundi (21 septembre), pour retrouver Pierrick Tremblay. Il a été vu pour la dernière fois la veille, vers 5 h, dans le secteur de la rue de la Reine, à Gaspé.
La Sûreté du Québec demande l’aide du public afin de retrouver Pierrick Tremblay, 19 ans, de Chandler. Il a été vu pour la dernière fois le 20 septembre vers 5 h dans le secteur de la rue de la Reine, à Gaspé.
Le jeune homme se déplaçait vers la MRC du Rocher-Percé dans une voiture de marque Hyundai Kona 2019 noire immatriculée FRN1585.
Ses proches ont des raisons de craindre pour sa santé et sa sécurité.
Pierrick Tremblay mesure 1,68 m (5 pi 6 po), pèse 80 kg (176 lb), a les cheveux châtains et les yeux bruns. Il portait des pantalons longs de couleurs blancs, un chandail noir et une casquette de couleur beige dont la palette est de couleur noire.
Toute personne qui apercevrait cet individu est priée de communiquer avec le 911.
De plus, toute information pouvant permettre de retrouver cet individu peut être communiquée, confidentiellement, à la Centrale de l’information criminelle de la Sûreté du Québec au 1 800 659-4264.
Un homme dans la cinquantaine a perdu la vie, dans la nuit de jeudi à vendredi, à la suite d’une sortie de route alors qu’il se trouvait seul à bord de son véhicule sur la rue Chapados, près de la 5e Avenue, à Paspébiac en Gaspésie.
Les services d’urgence ont été appelés sur place vers 2 h 30.
Selon la Sûreté du Québec, le conducteur aurait perdu la maîtrise de son véhicule pour une raison qui reste à déterminer avant de quitter sa voie de circulation et d’entrer en collision avec un arbre.
Une enquête est en cours afin de faire la lumière sur les circonstances entourant cet événement. Un policier spécialisé en enquête collision devait se rendre sur les lieux afin de procéder à l’analyse de la scène.
Le secteur demeurait fermé à la circulation, vendredi matin, pour les besoins de l’enquête. Un détour a été mis en place par le réseau routier local.
Un homme dans la trentaine qui circulait en motocross a subi de graves blessures après avoir été impliqué dans une collision avec un véhicule dont le conducteur a pris la fuite, mercredi vers 19 h, sur la rue Morin à Causapscal.
La victime a été transportée à l’hôpital. Sa vie n’est toutefois pas en danger, confirme la Sûreté du Québec.
« Le véhicule aurait pris la fuite avant l’arrivée des policiers », explique le sergent Frédéric Deshaies, porte-parole de la Sûreté du Québec (SQ).
Un reconstitutionniste a examiné la scène afin de tenter de déterminer les circonstances de la collision.
L’enquête a été confiée à la Division des crimes majeurs de la SQ. Le corps policier recherche le conducteur impliqué.
L’incendie qui a ravagé samedi le Centre sportif Louis-Sleigher de Nouvelle est d’origine électrique, confirme la Sûreté du Québec.
À la suite de son enquête, la SQ croit qu’une défaillance électrique serait à l’origine du brasier, après avoir recueilli plusieurs éléments sur place. Le corps policier écarte ainsi l’intervention d’une tierce personne.
Une problématique technique a affecté, jeudi matin, le transfert de certains appels provenant des centres 911 vers les centres de gestion des appels de la Sûreté du Québec.
Plusieurs corps policiers ont fait état de cette interruption du service 911 à partir de 5 h 30. Elle a touché l’Ontario et plusieurs secteurs du Québec, dont la grande région de Rimouski.
Les services ont été rétablis vers 8 h 30. Les appels d’urgence sont désormais traités normalement.
La Sûreté du Québec tient à remercier les citoyens, les partenaires et les intervenants concernés pour leur collaboration et leur patience tout au long de cet événement.
Un homme a été attaqué par un requin blanc au large de Percé durant une activité de plongée, mercredi.
Par Nelson Sergerie, Initiative de journalisme local- Écho de la Baie
L’incident est survenu près de l’île de Bonaventure. La personne impliquée a reçu les premiers soins sur place et a rapidement été transportée au centre hospitalier, a confirmé l’organisation de Plongée Percé dans un communiqué relayé sur ses réseaux sociaux.
Par mesure de précaution, toutes les activités de plongée ont été suspendues pour le reste de la saison, ajoute-t-elle en précisant qu’aucun autre détail ne serait fourni par respect pour la vie privée de la personne impliquée.
L’individu a été secouru par un bateau civil à proximité, un peu après 10 h 30, près du quai de Percé. L’homme aurait affirmé aux premiers répondants avoir été victime d’une morsure de requin.
Il aurait subi des blessures importantes. Il a été pris en charge par les ambulanciers qui l’ont conduit au centre hospitalier. Devant la gravité de son état, il a été transféré dans un hôpital de Québec, où il reposerait dans un état stable.
La Garde côtière confirme de son côté qu’elle a reçu un appel à ce sujet et a relayé l’information à des navires à proximité. Vers 10 h 27, le Centre secondaire de sauvetage maritime de Québec a été avisé qu’un plongeur se trouvant à bord du YODA, un bateau de plongée également membre de la Garde côtière auxiliaire canadienne, aurait été mordu par un requin.
Les services ambulanciers ont été dépêchés à Percé pour prendre en charge la victime à l’arrivée du navire.
Incident rarissime
Les observations de requins dans le Saint-Laurent sont de plus en plus nombreuses et documentées. Malgré tout, les incidents répertoriés sont rarissimes, selon ce qu’on peut lire dans le Registre canadien des attaques de requins.
Le dernier impliquant un contact physique date à 2021, près de l’île Margaree en Nouvelle-Écosse. Une nageuse a subi une morsure sans gravité d’un requin blanc.
Le seul décès remonte à 1953 à Cap Fourchu, en Nouvelle-Écosse. Un requin a heurté une embarcation provoquant la tombée à l’eau d’un homme qui est par la suite mort noyé.
Le dernier incident survenu dans les eaux québécoises est répertorié à Baie-Comeau en 2004, tandis qu’un requin du Groenland a poursuivi deux scientifiques en plongée. L’histoire s’est terminée sans qu’une attaque ne survienne.
Lorsque L’Obs m’a demandé si j’accepterais de faire une note de lecture sur le dernier livre d’Emmanuel Todd, j’ai d’abord hésité. Qu’est-ce qu’une chercheuse – dont le domaine de compétence est par définition restreint – peut dire sur un essai qui se donne pour but d’embrasser le monde comme il va ? Mais devant l’insistance répétée de Todd à se déclarer historien et anthropologue (et non pas essayiste), je me suis dit que s’il jouait la légitimité scientifique, on lui devait une réponse scientifique. Et même si la Russie et l’Ukraine ne sont pas au centre de son raisonnement, elles ne sont pas non plus à la périphérie, puisque le diagnostic qu’il pose sur ces deux pays fonde aussi son discours général sur la faillite des Etats-Unis, et plus globalement sur les failles occidentales.
Vous trouverez ma note de lecture sur le site de L’Obs . J’ai décidé d’en dire un peu plus ici et dans un fil Twitter. Pourquoi? Parce que quand vous dites qu’un livre est bon, on vous demande rarement de le prouver. Mais quand vous dites qu’il est mauvais, on exige des preuves détaillées. Ma critique se limite strictement à son analyse de la Russie et de l’Ukraine, car c’est sur ces deux pays que j’ai une compétence de chercheuse.
De manière générale, pour un auteur qui se dit anthropologue, historien, qui ne cesse de souligner son « tempérament scientifique » (p.33) et de prétendre présenter les résultats d’une recherche, le livre est d’une pauvreté affligeante en termes de sources et de méthodes. La première chose qui frappe est l’ignorance complète par l’auteur de recherches publiées sur le sujet qu’il aborde. Le chapitre Russie cite bien brièvement quelques livres sans en détailler le contenu (p.58-59), mais tous les ouvrages cités ont au moins un demi-siècle d’âge et datent probablement des lectures étudiantes de l’auteur. Leroy-Beaulieu (texte de 1881) a tout particulièrement les faveurs de l’auteur et fait l’objet d’une longue citation. Tout cela ne serait pas problématique si Todd utilisait aussi des travaux publiés depuis la chute de l’URSS. Vous en trouvez très exactement deux dans le chapitre consacré à la Russie: un papier de James Galbraith sur l’effet des sanctions (ok, pourquoi pas) , et UN livre : l’ouvrage de synthèse du géographe David Teurtrie « Russie, le retour de la puissance » qu’il cite au moins sept fois dans un seul chapitre. Je n’ai absolument rien contre ce livre, écrit par un chercheur et faisant donc partie du débat. C’est quand-même un peu juste au regard de l’énorme littérature produite en anthropologie, démographie, science politique et sociologie sur la Russie contemporaine, que ce soit en français, en anglais, en russe ou dans d’autres langues depuis la fin de l’URSS. Surtout quand on entend poser un diagnostic sur l’état du pays.
Todd ne souhaite pas s’encombrer de décennies de travaux basés sur des enquêtes poussées. A la place, il veut produire un travail original basé sur des statistiques. Soit; ce n’est pas illégitime. Mais le choix des indicateurs et les conclusions qu’il en tire interrogent: il ne sélectionne que des statistiques qui vont dans son sens, et en tire des conclusions infondées.
Todd mobilise quatre indicateurs : la mortalité infantile; le décès par alcoolisme; le taux d’homicides; le taux de suicide. L’ensemble de ces indicateurs vont dans le sens de sa démonstration. Oui, la mortalité infantile a fortement décru en Russie, et la comparaison avec les États Unis n’est pas à l’avantage des US. Oui, les taux d’alcoolisme et de suicide ont aussi diminué. Oui, le taux d’homicide est en baisse. Mais s’il s’agit de juger l’état d’une société, on pourrait opposer d’autres indicateurs à ces statistiques. En effet, si les homicides ont continuellement diminué (avant de monter d’ailleurs en 2022), le taux de crimes violents est en augmentation depuis 2017, selon les statistiques officielles. De même, l’alcoolisme a certes diminué en Russie, mais la consommation de drogue a augmenté, notamment chez les jeunes. Les estimations officielles parlent de +60% de narcodépendants chez les mineurs entre 2016 et 2021. Statistique contre statistique… La sociologue que je suis bute aussi sur la corrélation établie par Todd entre mortalité infantile et niveau de corruption dans la société. « La mortalité infantile, écrit-il, parce qu’elle reflète l’état profond d’une société, est sans doute en elle-même un meilleur indicateur de la corruption réelle que ces indicateurs fabriqués selon on ne sait trop quels critères. » Ce qui l’amène à conclure à un plus haut niveau de corruption aux États-Unis qu’en Russie. Cette corrélation n’est jamais expliquée, et pour la prouver Todd donne les exemples japonais et scandinaves, pays caractérisés à la fois par une faible mortalité infantile et une faible corruption. Il est facile de le contredire par d’autres exemples de pays où la mortalité infantile est très basse pour un index de corruption plutôt élevé (Estonie, Slovénie, Monténégro). La corrélation ne tient pas la route, et aucune autre argumentation ne vient l’étayer. C’est quoi d’ailleurs la définition de cet « état profond d’une société », aurait-on envie de demander à l’anthropologue?
Un autre des indicateurs fétiches de Todd est le nombre d’ingénieurs formés: la comparaison des USA et de la Russie, à l’avantage net de cette dernière, devrait démontrer la force du modèle russe et expliquer sa « supériorité dans la guerre » (que je ne commenterai pas). Là aussi, l’épaisseur et la complexité du monde social échappe à Todd. Oui, la Russie forme beaucoup d’ingénieurs, et a sans doute un système d’accès à l’enseignement supérieur plus ouvert que les Etats-Unis. Cependant, il ignore certainement ce qu’est cette formation d’ingénieur dans le contexte russe, et les nombreuses critiques qui lui sont faites : archaïsme des programmes et déconnexion des défis contemporains, corruption dans la délivrance des diplômes, taux d’insertion très bas (20% au milieu des années 2010) des ingénieurs dans des postes correspondant à leurs métiers. Les ingénieurs français « vont se perdre dans la banque et l’ »ingénierie financière » » (p.50), déplore-t-il. Les ingénieurs russes aussi!
Mais ce sont surtout les conclusions à l’emporte-pièce tirées de toutes ces statistiques (dont la fabrication n’est questionnée que quand elles vont à l’encontre de ses conclusions) qui laissent pantois: ces indicateurs montreraient un état de « paix sociale de l’ère Poutine » (p.63), une société stable et consolidée. Vraiment? Je suis parmi ceux qui prennent au sérieux l’attractivité de la promesse de stabilité et de prospérité faite par le pouvoir poutinien à la population. Cependant, il ne faut pas confondre la promesse formulée par un régime et la réalité du terrain qui est, on s’en doute, différente et plus complexe.
Enfin, le diagnostic de la Russie dans la guerre est totalement déconnecté des données réelles. L’Etat russe aurait « choisi de faire une guerre lente pour économiser les hommes ». Il aurait donc mobilisé « avec parcimonie » (p. 66) pour les préserver. Cette affirmation ignore à la fois les chiffres réels des hommes mobilisés (officiellement plus de 600 000, et non 120 000 comme il l’affirme) et la réalité de l’usage des soldats sur le front: une masse humaine envoyée en première ligne sans formation ni préparation. Là aussi, le discours du pouvoir russe fait office de preuve intangible.
Si le chapitre portant sur la Russie propose une vision partielle et partiale du pays, celui consacré à l’Ukraine est effarant, tant il est pétri de mépris et de méconnaissance totale du terrain. Pour l’analyse de la Russie, Todd s’appuyait sur pas grand-chose. Pour l’analyse de l’Ukraine, il ne s’appuie sur rien, si l’on exclut le même livre de David Teurtrie (qui n’a jamais été un spécialiste de l’Ukraine) et un article portant sur un sujet pérpihérique à la démonstration (l’émigration juive partant de l’URSS). La source principale du chapitre est… Wikipedia dont il tire les cartes de la population et du vote aux présidentielles. Là aussi: la littérature académique sérieuse, y compris critique, portant sur l’Ukraine, est abondante. Mais manifestement, Todd pense pouvoir écrire une analyse nouvelle de ce pays à grands coups de clichés non sourcés et quelques statistiques. Le dénigrement de l’Ukraine est omniprésent dans le texte. Celle-ci est présentée comme un État failli: j’avais consacré un fil à ce sujet l’an dernier. La langue ukrainienne est qualifiée de « langue des paysans » (p. 96), alors que le russe serait « la langue de la haute culture » (p. 111). Todd ignore complètement la situation linguistique de l’Ukraine, son bilinguisme très particulier qui a certes des dimensions régionales, mais aussi urbaines/rurales, générationnelles, professionnelles… Il reproduit le cliché – que j’ai déconstruit à plusieurs reprises – d’une Ukraine divisée entre un Ouest ukrainophone et un Est russophone. Il trace à tort un signe d’équivalence entre « Ukraine de l’est » et « Ukraine russophone »; entre citoyens russophones et citoyens pro-russes. La guerre dans le Donbass est étrangement absente de tout son raisonnement. Pour prouver l’absence de représentation politique de « l’Ukraine russophone » et la « fin de la démocratie ukrainienne » (p.97), il pointe le taux d’abstention élevé dans le Donbass lors des élections présidentielles en 2014. A aucun moment il ne lui vient à l’esprit que le Donbass connaît au moment de l’élection des actions armées de haute intensité sur son territoire et une fuite de la population pour éviter les combat, et que l’abstention peut y être liée. Bien d’autres dynamiques, notamment politiques et lingiustiques, sont liées à la guerre. Comment peut-on ignorer à ce point le contexte?
Le mépris de Todd est sélectif: ce qu’il reproche à l’Ukraine, il le pardonne à la Russie. Lorsque Todd évoque l’autorisation et l’usage commercial de la gestation pour autrui, cette donnée est pour lui un « signe de décomposition sociale » (p.72) de l’Ukraine, alors que le recours massif à la GPA commerciale en Russie ne lui pose manifestement aucun problème. Todd dénonce, de manière attendue, une « corruption qui atteignait des niveaux insensés » en Ukraine, oubliant de mentionner que la Russie était moins bien classée que l’Ukraine dans les classements de la perception de la corruption par Transparency International.
Voulant démontrer la domination d’Ukrainiens de l’ouest dans la classe politique ukrainienne, il produit une carte des lieux de naissance des élites politiques. La source est sans doute Wikipédia, mais ce n’est pas grave: Wikipédia peut être une bonne source quand elle n’est pas la seule. Cependant, sa démonstration tombe un peu à l’eau.« L’Ouest, l’Ukraine ultranationaliste, est surreprésenté au sein des élites politiques. L’Est et le Sud, l’Ukraine anomique, n’ont pour eux que les oligarques » (p.104). Ce n’est pas ce que sa propre carte montre. Ce que montrent les lieux de naissance des élites politiques, c’est par exemple que le président actuel Volodymyr Zelensky est originaire de l’Ukraine de l’Est. Que son prédécesseur, Petro Porochenko, est originaire de l’Ukraine du Sud et a fait une bonne partie de ses études à Odessa. Les deux présidents sont issus de milieux familiaux à préférence russophone. Aucune représentation de l’Est et du Sud dans les élites politiques, vraiment?
Je pourrais continuer et multiplier les exemples de méconnaissance, déformation, manipulation. Je m’arrête là. Cette note ne prétend pas à l’exhaustivité: elle rassemble juste suffisamment d’éléments pour pouvoir juger de la partie de son texte consacrée à la Russie et l’Ukraine. Je ne vais pas conclure en disant que l’auteur agit pour le solde d’une puissance étrangère; ce n’est pas mon rayon et je n’ai pas collecté d’éléments pour le prouver. Mais puisque Toddse dit chercheur, c’est sur ce terrain-là que porte ma lecture. Les chapitres consacrés à la Russie et à l’Ukraine ne respectent aucune norme de rigueur scientifique ou tout simplement de sérieux intellectuel. On y voit une ignorance complète de la recherche produite sur le sujet, des arrangements méthodologiques à la limite de la manipulation et des jugements de valeur manifestes. Les défauts de ces chapitres, on ne les pardonnerait pas à un étudiant de master. Je ne sais pas ce que cela implique pour le reste du livre, car ma compétence s’arrête là. Mais apparemment, ça n’empêche pas le bouquin de bien se vendre.