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La Mitis : l’accaparement des terres agricoles se poursuit

L’acquisition des terres agricoles par des investisseurs de l’extérieur de la région se poursuit dans La Mitis. Actuellement, la MRC estime que près de 12 % de son territoire agricole est concentré dans les mains de grandes organisations de capitaux privés.

Le modèle d’affaires de ces entreprises inquiète les petites communautés rurales qui se battent déjà pour leur survie.

Depuis trois ans, la superficie des terres agricoles de La Mitis détenue par des investisseurs du centre du Québec a doublé. Le conseiller au développement agroalimentaire pour la MRC, Jonathan Ferté, vient de mettre à jour le bilan.

« C’est un modèle légal, ce sont des entreprises agricoles, mais de l’extérieur de la région et qui achètent des terres un peu partout. Actuellement, on aurait autour de 4 000 hectares de terres rachetées et gérées par des investisseurs de l’extérieur. C’est beaucoup. »

Le premier à investir dans La Mitis, le Groupe Mario Côté (GMC) détient à lui seul près de 1 800 hectares. L’entreprise est propriétaire de centaines de fermes au Québec d’élevages porcins et de canards ainsi que de meuneries et d’abattoirs. Plus de mille employés travaillent pour GMC.

Un deuxième acteur, la compagnie à numéro 9438-4591 Québec inc. possède 1 000 hectares. L’entreprise est détenue par Michael Brodeur et Patrick Gulmain de Saint-Hyacinthe. Les deux hommes d’affaires possèdent notamment de nombreuses fermes, des élevages porcins et Culture Saint-Félix. Un autre joueur a acquis 500 hectares au cours des dernières années.

Ces grands investisseurs sont présents ailleurs dans la région, dans Rimouski-Neigette et La Matanie notamment, mais le portrait exact est toutefois incomplet. Seule La Mitis a fait le travail de retracer toutes les transactions.

« Ce n’est pas simple. Souvent ce sont des compagnies à numéro avec plusieurs noms d’entreprise. Nous avons utilisé la matrice graphique où on a les données des propriétaires, puis on a réussi à démêler tout ça. Mais il n’y a pas de portrait à l’échelle du Bas-Saint-Laurent. »

Modèle d’affaires qui dérange

Traditionnellement, l’agriculture relève de petites et moyennes entreprises familiales. Les propriétaires habitent le milieu où ils produisent. Dans une étude commandée par la MRC de La Mitis, l’Institut de recherche économique contemporaine estime que l’agriculture de capitaux vient complètement changer la dynamique rurale.

Dans La Mitis, l’accaparement des terres est présent dans huit villages, mais surtout à Les Hauteurs, où le quart des superficies à usage agricole est maintenant la propriété d’investisseurs étrangers. Les fermes sont démantelées. Les bâtiments sont vides et souvent la maison à l’abandon.

Le conseiller au développement agroalimentaire à la MRC de La Mitis et initiateur du projet, Jonathan Ferté. (Photo courtoisie)

« Sur les fermes d’ici, c’est juste du grain, les semences viennent d’ailleurs, puis la récolte est envoyée à l’extérieur. Avec des employés étrangers temporaires et quelques personnes localement qui coordonnent le travail », explique Jonathan Ferté.

Ce modèle d’affaires ajoute à la dévitalisation des petites communautés. « Quand une ferme d’élevage s’arrête, c’est une activité économique en moins. Dans La Mitis, c’est au moins une dizaine de gros élevages qui ont disparu. Est-ce que l’on peut mettre la faute uniquement sur le modèle là? Peut-être pas, mais c’est quand même une conséquence directe. »

L’autre impact majeur est la hausse du prix des terres agricoles. Ces grandes entreprises disposent d’importantes ressources financières. Elles sont en concurrence avec les fermes de la région qui voudraient s’agrandir et freinent la relève agricole.

« Nous sommes dépossédés de ces terres. Si on veut développer notre agriculture, si on veut de la relève, si on veut consolider nos entreprises locales, est-ce qu’elles vont être capables quand le quart des terres dans un village ne sont plus disponibles? »

Le gouvernement doit agir

L’accaparement des terres dépasse le pouvoir d’agir des autorités locales. Ce modèle d’agriculture de capitaux se répand partout à l’échelle de la province. Jonathan Ferté estime que le gouvernement devra s’en mêler.

« À tout le moins, reconnaître le problème. Un projet de loi visait aussi à mettre en place un Observatoire du foncier agricole. Ça n’empêche pas les acquisitions, mais ça permettrait de savoir exactement ce qui se passe », dit-il.

Pour le moment, l’idée demeure à l’étape de projet. Monsieur Ferté croit que le gouvernement devrait aussi revoir les programmes de soutien à l’agriculture pour exclure ces grandes entreprises. Il cite notamment les crédits de taxes foncières.

« Elles bénéficient de toutes les mesures mises en place par le gouvernement pour soutenir l’agriculture alors que c’est un modèle qui déstructure l’agriculture au niveau local. »

Au-delà de tenter d’encadrer le phénomène, le conseiller au développement agroalimentaire croit aussi qu’il faudra soutenir davantage les entreprises agricoles qui habitent le territoire et la relève qui voudra s’y établir.

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Surpoids chez les jeunes : une situation inquiétante

L’excès de poids et l’inactivité chez les adolescents inquiètent la Direction de la santé publique du Bas-Saint-Laurent. Un jeune sur cinq est en situation d’embonpoint ou d’obésité alors que moins du tiers des adolescents font le niveau d’activité physique recommandé pour être en bonne santé.

Le plus préoccupant, c’est qu’une majorité de jeunes sont maintenant sédentaires.Les chiffres sont inquiétants.

À quinze ans, 22 % des jeunes Québécois sont dans une situation de surpoids. La proportion est plus grande chez les garçons avec un jeune sur quatre qui présente de l’embonpoint ou de l’obésité, contre une adolescente sur cinq. Dans le Bas-Saint-Laurent, la proportion est légèrement moindre avec 19 % des jeunes en situation de surpoids.

Claudine Pelletier est agente de planification, de programmation et de recherche à la Direction régionale de la santé publique du Bas-Saint-Laurent. Elle souligne que l’excès de poids à l’adolescence se transpose à l’âge adulte.

« On a une proportion de 25 % des adultes au Bas-Saint-Laurent qui vivent vraiment avec de l’obésité. Puis si on ajoute l’embonpoint, on est autour de 30 %. »

Plusieurs facteurs sont en cause, notamment une mauvaise alimentation et le manque d’activité physique. « Pour être en santé, un jeune devrait bouger au moins une heure par jour, mais près des deux tiers sont considérés comme inactifs », explique madame Pelletier.

« Au Bas-Saint-Laurent, il y a 36 % des jeunes qui sont actifs. Il y a donc une bonne proportion qui ne bouge pas et ça ne change pas nécessairement depuis quelques années. Ça reste assez stable. C’est préoccupant. »

Hausse de la sédentarité

En plus de l’inactivité, les jeunes ont de plus en plus tendance à s’isoler. Ils adoptent des comportements sédentaires qui sont tout aussi néfastes pour la santé.

« De ne pas bouger et de rester assis ou coucher une bonne partie de la journée fait que l’on voit une espèce de dérive de la faible activité physique vers un comportement sédentaire. Et ça nous préoccupe encore plus parce que la sédentarité amène des problèmes de santé au même titre que le manque d’activité physique. »

L’agente de planification, de programmation et de recherche à la Direction régionale de la santé publique du Bas-Saint-Laurent, Claudine Pelletier. (Photo courtoisie Santé Québec Bas-Saint-Laurent)

Les comportements sédentaires vont de pair avec une augmentation du temps passé devant les écrans. Dans une étude de 2023, l’Institut national de santé publique indiquait que les deux tiers des jeunes passaient plus de deux heures par jour devant leur écran. Le quart des jeunes dépassaient quatre heures par jour.

Madame Pelletier souligne que même si certains jeunes respectent le minimum d’activités physiques au quotidien, leurs habitudes de vie ne sont pas nécessairement sans risques.

« Un jeune peut être considéré comme actif, par exemple aller jouer au soccer, faire du vélo, donc il rencontre les recommandations d’une heure d’activité physique par jour. S’il ne fait rien le reste de la journée, le jeune a des comportements sédentaires aussi. C’est tout aussi néfaste que de ne rien faire du tout. »

Une situation préoccupante

L’excès de poids, la sédentarité et le manque d’activité physique sont des préoccupations majeures de santé publique. Les spécialistes notent une hausse des maladies cardiovasculaires, du diabète et de certains types de cancers.

Plusieurs études montrent aussi que les comportements sédentaires ont un impact majeur sur la santé mentale des jeunes qui risquent plus de souffrir de dépression et d’anxiété.

« D’où l’importance d’agir encore plus en prévention. S’il n’y a pas quelque chose qui change d’ici quelques années, on va encore faire face aux mêmes problèmes de santé que l’on vit actuellement. Il faut se donner des moyens comme société pour que ça change », explique madame Pelletier.

Les responsables de santé publique constatent également que les campagnes de publicité pour inciter les jeunes à bouger davantage ont peu d’effets. Claudine Pelletier croit qu’il faut avoir une vision plus globale de la situation.

« Il faut aussi que les environnements autour d’eux soient favorables à l’activité physique. C’est ce que l’on essaie de travailler avec nos partenaires. D’avoir des équipements dans une municipalité qui soient accessibles et sécuritaires, comme une patinoire, un centre de loisirs et des espaces publics, peut aider. Il faut aller davantage vers l’environnement du jeune pour lui offrir une facilité d’accès et qu’il puisse faire des choix en matière d’activité physique », dit-elle.

Malgré tout, elle demeure optimiste. « Il faut continuer nos efforts, commencer dès le plus jeune âge, si on est parent, à être un modèle pour nos enfants en jouant avec eux et en laissant de la place aux jeux libres et actifs et en développant le plaisir de bouger. Il n’y a pas de mauvais moment pour commencer à être actif. »

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