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États généraux sur le syndicalisme

Comme vous le savez peut-être, des délégations issues des neuf principales organisations syndicales du Québec1 se sont réunies en mars dernier pour entamer une grande réflexion collective autour de certains thèmes : le syndicalisme dans la société québécoise, la vigueur syndicale, le modèle des relations de travail, le rôle politique des syndicats, l’évolution des relations intersyndicales, les syndicats et les groupes historiquement discriminés.

L’événement a débuté par une conférence réunissant cinq panélistes2, animée par la journaliste Françoise Guénette. L’exercice avait pour objectif de cerner les forces et les faiblesses du mouvement syndical québécois.

Voici une synthèse des éléments qui m’ont paru les plus pertinents. En somme, le mouvement syndical québécois figure parmi les mieux positionnés en Amérique et joue un rôle social important. Il fait toutefois face à une résistance notable, portée par un gouvernement déterminé à reléguer le personnel syndiqué dans une position défavorable aux yeux de l’opinion publique. Dans ce contexte, l’enjeu de la communication devient central : il s’agit d’informer adéquatement la population et de déconstruire la désinformation entretenue par un discours gouvernemental parfois revanchard, qui prétend « protéger les travailleuses et les travailleurs des syndicats », une affirmation pour le moins discutable sinon douteuse.

On observe également que les syndicats agissent trop souvent en réaction plutôt que de manière proactive sur divers enjeux sociaux, comme l’immigration, et qu’ils se retrouvent fréquemment à la remorque d’organismes communautaires plus prompts à se mobiliser. Il apparaît donc nécessaire de repenser l’organisation du mouvement syndical afin d’en accroître la flexibilité et la rapidité d’intervention. Pourtant, les syndicats disposent de ressources considérables : ils constituent, de loin, les mouvements sociaux les mieux financés et les plus structurés. Néanmoins, leurs actions sont parfois freinées par des lourdeurs administratives et procédurales qui limitent leur capacité à soutenir efficacement des organismes plus agiles, mais financièrement moins bien nantis. Il convient également de souligner que les syndicats répondent présents lorsque leur appui est sollicité, et que ce soutien s’avère souvent déterminant dans la défense des enjeux sociaux.

À titre comparatif, aux États-Unis, malgré un taux de syndicalisation nettement inférieur, le personnel syndiqué apparaît généralement plus dynamique et proactif, ce qui contribue à projeter une image plus positive du mouvement.

Enfin, bien que les relations de travail soient généralement harmonieuses au Québec, on constate une montée marquée de l’individualisme ainsi qu’un affaiblissement de l’adhésion aux mouvements collectifs. De plus, le mouvement syndical fait face à une concurrence accrue sur le plan des communications, notamment en raison de l’occupation croissante de l’espace médiatique par des discours antisyndicaux diffusés via les réseaux sociaux et portés par certaines figures influentes (influenceurs et influenceuses).

À la lumière de ces constats, les personnes déléguées se sont ensuite réunies dans des ateliers thématiques dont la mission était de dégager des pistes de solutions en regard de ces divers enjeux. Différentes propositions issues de ces travaux ont été mises en ligne3.

À la fin de la seconde journée, l’ensemble des délégations s’est regroupé pour une plénière finale où les éléments les plus communs ont été discutés. En résumé, plusieurs propositions ont été formulées pour assurer la pérennité du mouvement syndical et pour en revamper la vitalité :

  • améliorer les structures de communication en les modernisant;
  • mutualiser les plateformes d’éducation tant syndicale que populaire;
  • générer une dynamique intersyndicale en commençant par une meilleure organisation locale et régionale;
  • fédérer les enjeux communs (hyperproductivité, surcharge de travail, etc.) pour susciter une plus grande indignation populaire et, ainsi, une meilleure adhésion au mouvement;
  • créer des espaces de co-construction des objets de lutte avec les membres afin de les mobiliser davantage;
  • baliser le maraudage pour se focaliser sur le recrutement de personnes non syndiquées au lieu de créer des luttes intestines entre nos organisations;
  • ne pas limiter le mouvement ouvrier à la seule question de l’amélioration des conditions de travail, mais l’utiliser comme levier de transformation sociale;
  • ne pas réserver les actions sociopolitiques aux membres des équipes exécutives;
  • promouvoir le fait que les syndicats sont les derniers bastions de la démocratie directe dans notre société;
  • considérer le pluralisme syndical comme une richesse et mettre de l’avant l’union de ces unités diversifiées pour augmenter le rapport de force avec l’employeur-législateur.

Parmi ces propositions, deux ont fait consensus: 

  • Mieux éduquer les membres et la population en regard des gains liés aux luttes syndicales et des bienfaits sociétaux amenés par les organisations, de façon à mieux illustrer la portée sociale du mouvement et ainsi contrecarrer le discours antisyndical du patronat et du gouvernement;
  • Baliser les opérations de maraudage pour éviter l’entre-déchirement et le gaspillage de précieuses ressources susceptibles de faire avancer les causes soutenues.

L’exercice était certes nécessaire, mais le tenir sur une période restreinte de deux jours a certainement limité la portée des réflexions. Notons également que certaines délégations se sont prêtées au jeu de mauvaise grâce en affirmant que l’exercice ne servait qu’à « pelleter des nuages », alors que d’autres ont accueilli de manière assez froide l’idée de mieux encadrer les opérations de maraudage. Bref, il y a encore du travail à faire pour arriver à une meilleure adhésion aux principes dégagés, et ce travail devra commencer à l’intérieur des organisations.

Les états généraux sur le syndicalisme culmineront en février prochain (malheureusement après les élections provinciales de l’automne) après la consultation des membres quant aux orientations retenues.

1. APTS, CSD, CSN, CSQ, FAE, FIQ, FTQ, SFPQ et SPGQ.

2. Manon Poirier, directrice de l’Ordre des CRHA; Françoise David, ex-politicienne solidaire; Barry Eidlin, professeur associé de sociologie à l’Université McGill; Pascale St-Onge, ex-politicienne libérale; Vincent Chevarie, organisme Au bas de l’échelle.

3. États généraux du syndicalisme : constats émanant des consultations, 2026, https://syndicalisme.com/wp-content/uploads/2026/02/etats_generaux_du_syndicalisme_uf.pdf

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