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  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Quand le consensus vacille: État des lieux du mouvement contre l’avortement au Québec
    Ce rapport devrait être lu par l’ensemble de la députation provinciale et par toute personne doutant que le mouvement contre l’avortement soit une menace au Québec. Véronique Pronovost et son équipe ont fait un travail magistral pour documenter les 1001 façons par lesquelles les militants et organismes anti-choix cherchent à influencer les gouvernements et le public. Je m’intéresse à la question, mais j’étais loin de me douter de l’ampleur de la situation. Saviez-vous qu’il existe au Québ
     

Quand le consensus vacille: État des lieux du mouvement contre l’avortement au Québec

11 décembre 2025 à 07:35

Ce rapport devrait être lu par l’ensemble de la députation provinciale et par toute personne doutant que le mouvement contre l’avortement soit une menace au Québec. Véronique Pronovost et son équipe ont fait un travail magistral pour documenter les 1001 façons par lesquelles les militants et organismes anti-choix cherchent à influencer les gouvernements et le public. Je m’intéresse à la question, mais j’étais loin de me douter de l’ampleur de la situation.

Saviez-vous qu’il existe au Québec dix « centres d’aide à la grossesse »? Ce sont des organisations chrétiennes camouflées en services d’accompagnement dont le but véritable est de dissuader les femmes d’interrompre leur grossesse. Trois députés caquistes (Sébastien Schneeberger, Samuel Poulin et Mathieu Lacombe) ont financé ces organismes avec leur budget discrétionnaire. Ils disent avoir commis une erreur de bonne foi et je les crois. Ça démontre à quel point ces associations sont douées pour dissimuler leur vocation. Les députés savaient-ils seulement qu’ils avaient affaire à des organisations religieuses?

Les chercheuses montrent aussi comment le discours anti-choix est de plus en plus banalisé dans les médias traditionnels, notamment par la voix de chroniqueurs et commentateurs de droite. On présente l’interdiction de l’avortement comme un juste retour des choses après des décennies d’abus (Nathalie Elgrably). On tourne en ridicule les personnes et associations pro-choix et on les accuse d’importer un débat américain (Joseph Facal et Mathieu Bock-Côté). On défend la participation à la politique des militants anti-choix (Richard Martineau). On adopte une position « Oui, mais… », reconnaissant l’importance du libre choix, mais critiquant des « excès » comme les (extrêmement rares) interruptions de grossesse au troisième trimestre. Ce faisant, on normalise la position anti-choix en la présentant comme une opinion politique parmi d’autres alors qu’il s’agit d’une lutte féroce contre une liberté fondamentale des femmes.

Le rapport présente un résumé détaillé des arguments employés par le mouvement anti-choix au Québec. C’est à la fois impressionnant et terrifiant de voir à quel point le discours s’adapte à son public. Le mouvement a beau être ancré dans le religieux, son discours est loin de se limiter à défendre le caractère sacré de la vie ou l’immoralité de l’avortement. Les arguments avancés sont nationalistes (les interruptions de grossesse contribuent à la dénatalité, donc à la perte de l’identité québécoise), médicaux (les avortements favoriseraient le cancer ou rendraient stérile), économiques (les avortements coûtent cher au système de santé), féministes (!) (les femmes sont assez fortes pour avoir des enfants peu importe leurs conditions)…

Le rapport se termine avec 12 recommandations. J’espère que le gouvernement du Québec les suivra, à commencer par la première: S’abstenir d’intervenir sur le plan législatif en matière d’avortement. Loin de constituer un bouclier, la disposition que Simon Jolin-Barrette veut inclure dans sa « constitution » ne ferait que donner une cible au mouvement anti-choix. Cette opinion fait consensus au sein du mouvement féministe canadien et a récemment été confirmée par George Buscemi, président de Campagne Québec-Vie, dans une entrevue accordée au Devoir.

Merci aux chercheuses pour leur excellent travail. J’espère que le gouvernement le reconnaîtra.

Je recevrai Véronique Pronovost, la principale rédactrice du rapport, à « Woke tant qu’il faudra » ce samedi.

Pour consulter le rapport: https://fqpn.qc.ca/nouvelles/rapport-quand-le-consensus-vacille/

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    Ce rapport devrait être lu par l’ensemble de la députation provinciale et par toute personne doutant que le mouvement contre l’avortement soit une menace au Québec. Véronique Pronovost et son équipe ont fait un travail magistral pour documenter les 1001 façons par lesquelles les militants et organismes anti-choix cherchent à influencer les gouvernements et le public. Je m’intéresse à la question, mais j’étais loin de me douter de l’ampleur de la situation. Saviez-vous qu’il existe au Québ
     

Quand le consensus vacille: État des lieux du mouvement contre l’avortement au Québec

11 décembre 2025 à 07:35

Ce rapport devrait être lu par l’ensemble de la députation provinciale et par toute personne doutant que le mouvement contre l’avortement soit une menace au Québec. Véronique Pronovost et son équipe ont fait un travail magistral pour documenter les 1001 façons par lesquelles les militants et organismes anti-choix cherchent à influencer les gouvernements et le public. Je m’intéresse à la question, mais j’étais loin de me douter de l’ampleur de la situation.

Saviez-vous qu’il existe au Québec dix « centres d’aide à la grossesse »? Ce sont des organisations chrétiennes camouflées en services d’accompagnement dont le but véritable est de dissuader les femmes d’interrompre leur grossesse. Trois députés caquistes (Sébastien Schneeberger, Samuel Poulin et Mathieu Lacombe) ont financé ces organismes avec leur budget discrétionnaire. Ils disent avoir commis une erreur de bonne foi et je les crois. Ça démontre à quel point ces associations sont douées pour dissimuler leur vocation. Les députés savaient-ils seulement qu’ils avaient affaire à des organisations religieuses?

Les chercheuses montrent aussi comment le discours anti-choix est de plus en plus banalisé dans les médias traditionnels, notamment par la voix de chroniqueurs et commentateurs de droite. On présente l’interdiction de l’avortement comme un juste retour des choses après des décennies d’abus (Nathalie Elgrably). On tourne en ridicule les personnes et associations pro-choix et on les accuse d’importer un débat américain (Joseph Facal et Mathieu Bock-Côté). On défend la participation à la politique des militants anti-choix (Richard Martineau). On adopte une position « Oui, mais… », reconnaissant l’importance du libre choix, mais critiquant des « excès » comme les (extrêmement rares) interruptions de grossesse au troisième trimestre. Ce faisant, on normalise la position anti-choix en la présentant comme une opinion politique parmi d’autres alors qu’il s’agit d’une lutte féroce contre une liberté fondamentale des femmes.

Le rapport présente un résumé détaillé des arguments employés par le mouvement anti-choix au Québec. C’est à la fois impressionnant et terrifiant de voir à quel point le discours s’adapte à son public. Le mouvement a beau être ancré dans le religieux, son discours est loin de se limiter à défendre le caractère sacré de la vie ou l’immoralité de l’avortement. Les arguments avancés sont nationalistes (les interruptions de grossesse contribuent à la dénatalité, donc à la perte de l’identité québécoise), médicaux (les avortements favoriseraient le cancer ou rendraient stérile), économiques (les avortements coûtent cher au système de santé), féministes (!) (les femmes sont assez fortes pour avoir des enfants peu importe leurs conditions)…

Le rapport se termine avec 12 recommandations. J’espère que le gouvernement du Québec les suivra, à commencer par la première: S’abstenir d’intervenir sur le plan législatif en matière d’avortement. Loin de constituer un bouclier, la disposition que Simon Jolin-Barrette veut inclure dans sa « constitution » ne ferait que donner une cible au mouvement anti-choix. Cette opinion fait consensus au sein du mouvement féministe canadien et a récemment été confirmée par George Buscemi, président de Campagne Québec-Vie, dans une entrevue accordée au Devoir.

Merci aux chercheuses pour leur excellent travail. J’espère que le gouvernement le reconnaîtra.

Je recevrai Véronique Pronovost, la principale rédactrice du rapport, à « Woke tant qu’il faudra » ce samedi.

Pour consulter le rapport: https://fqpn.qc.ca/nouvelles/rapport-quand-le-consensus-vacille/

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