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    Qu’évoque le jour du 15 novembre 1976? Je serais curieux de connaître les réponses à cette question posée à d’autres que celles et ceux du groupe des baby-boomers dont je fais partie. Cela fera 50 ans en novembre que le Parti québécois a pris le pouvoir pour la première fois, porté par un élan de nationalisme bon teint et une volonté progressiste de changement. L’auteur et cinéaste d’origine gaspésienne Carl Leblanc, avec qui nous avons discuté, fait de cet événement le vecteur de son roman Le p
     

Le printemps en novembre

7 mai 2026 à 12:16

Qu’évoque le jour du 15 novembre 1976? Je serais curieux de connaître les réponses à cette question posée à d’autres que celles et ceux du groupe des baby-boomers dont je fais partie. Cela fera 50 ans en novembre que le Parti québécois a pris le pouvoir pour la première fois, porté par un élan de nationalisme bon teint et une volonté progressiste de changement. L’auteur et cinéaste d’origine gaspésienne Carl Leblanc, avec qui nous avons discuté, fait de cet événement le vecteur de son roman Le printemps en novembre.

Le livre propose en alternance deux trames temporelles : novembre 1976, devant le petit écran du salon d’une famille gaspésienne, et novembre 2006 à Montréal, devant le grand écran où est projeté un documentaire couplant des films d’archives avec des entrevues où des protagonistes commentent ce moment marquant de leur vie. « L’écran, c’était d’ailleurs le titre de travail du livre, mais mon éditeur a eu la bonne idée de retenir plutôt Le printemps en novembre, une expression que j’avais utilisée dans le texte », nous confie l’auteur. La couverture du livre met en évidence un téléviseur d’époque où s’affiche une mythique photo de René Lévesque sur l’estrade du centre Paul-Sauvé le soir du 15 novembre 1976.

Le narrateur du roman, Étienne Vallières, a 16 ans en 1976. Il vit l’événement chez la famille Caissy composée de militantes et de militants péquistes de la première heure. Il est secrètement amoureux de la fille de la famille, Julianne, 18 ans, qui lui a fait l’offrande quelques jours plus tôt d’un baiser enthousiaste, emportée qu’elle était par le discours de celui qui allait devenir le nouveau député du coin, le jeune tribun Simon Lemieux. Mais Julianne n’est pas présente à cette soirée festive puisqu’elle a fui vers Montréal plus tôt dans la journée. Étienne ne la reverra plus et demeurera amer de ce premier amour perdu. En novembre 2006, il est convié par un cinéaste ami à la première de son film documentaire portant sur la soirée du 15 novembre 1976. Il revit alors l’émotion intense vécue trente ans plus tôt et revoit, sur grand écran et dans la vie, Julianne.

Carl Leblanc a écrit plusieurs autres livres (dont Fruits, Prix Jovette-Bernier – Ville de Rimouski en 2014) et il a réalisé une vingtaine de films documentaires (dont le puissant Perdre Mario en 2021, sur le suicide d’un ami). Il nous révèle son bonheur de pouvoir mener de front ces deux carrières qui ont en commun le fait d’écrire. Son éditeur souligne qu’il est « cinéaste pour gagner sa vie et écrivain pour ne pas la perdre ». L’auteur nous rappelle qu’il serait impossible pour lui de gagner sa vie grâce à la seule écriture de romans. Ce roman est d’abord le fait d’une commande pour un polar, mais le thème ne se prêtait pas à ce genre. Il a mis de côté le tapuscrit pour plus tard le reprendre, mais dans un style bien à lui.

Carl Leblanc sait très bien comment déployer une bonne histoire. Le printemps en novembre m’a particulièrement interpellé, car le personnage principal d’Étienne Vallières est comme moi politologue et professeur d’université, un transclasse issu de région. Il a vécu un intense moment d’émotion lors de l’élection du premier gouvernement péquiste en 1976, pour plus tard être sceptique quant à la possibilité objective de faire du Québec un pays. Comme moi, il est ému à l’écoute de Spiegel im Spiegel d’Arvo Pärt.

En 2026, à mon avis, le Parti québécois est très loin de sa version sociale-démocrate de 1976. Il mise sur le centre droit et se distingue peu sur ce plan de la Coalition Avenir Québec et du Parti conservateur. Son nationalisme est étroit et son chef ne m’inspire aucune sympathie. Il est aussi probable qu’un référendum sur l’indépendance du Québec se traduirait par un appui en deçà de 38 %, ce qui affaiblirait le Québec. De plus, le Parti québécois croit exercer un monopole sur les souverainistes, ce qui est loin de permettre une quelconque ouverture à l’Autre. Bref, en 2030, est-ce que je voterais Oui à la proposition d’un pays Quebecor? Je n’en suis pas convaincu.

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  • Le miracle « Je raccroche »
    Je marche sur la rue Monseigneur-Plessis pour me rendre au Centre de formation Rimouski-Neigette. Il fait gris. Au propre comme au figuré. Mais les jeunes de Je raccroche vont me remonter le moral. Je vais passer l’après-midi avec 16 des élèves qui forment la cohorte 2025-2026. Elles et ils m’accueillent chaleureusement avec leurs intervenants pour discuter de leur école de rue. Et de ce qui fait son succès depuis 2004. Philippe Garon – Quel est le but de Je raccroche? Je raccroche – Termi
     

Le miracle « Je raccroche »

6 mai 2026 à 13:53

Je marche sur la rue Monseigneur-Plessis pour me rendre au Centre de formation Rimouski-Neigette. Il fait gris. Au propre comme au figuré. Mais les jeunes de Je raccroche vont me remonter le moral. Je vais passer l’après-midi avec 16 des élèves qui forment la cohorte 2025-2026. Elles et ils m’accueillent chaleureusement avec leurs intervenants pour discuter de leur école de rue. Et de ce qui fait son succès depuis 2004.

Philippe Garon – Quel est le but de Je raccroche?

Je raccroche – Terminer les études qu’on a abandonnées. Nous aider à poursuivre notre parcours, notre cheminement scolaire. Nous préparer à la vie adulte aussi, pour pouvoir être autonomes sur le plan financier et assumer notre rôle de citoyens et de citoyennes. L’équipe d’intervention nous accompagne dans notre vie actuelle et future, nous fait découvrir autre chose que ce qu’on peut voir dans le cursus normal. Cela nous amène à vivre des expériences qu’on n’a pas nécessairement eu l’occasion de vivre dans notre enfance ou à l’école avant. En plus, le dépassement de soi, ici, c’est important. On en parle beaucoup. Pour être la meilleure personne qu’on peut devenir, pour s’améliorer.

P. G. – On retrouve qui à Je raccroche?

J R – On a entre 16 et 30 ans. Mais une fois qu’on est passé par ici, c’est pour la vie. Je raccroche, c’est plus qu’une école. C’est une famille. On est là pour se soutenir les uns les autres. Ça s’adresse à celles et à ceux qui veulent vraiment finir leur école, devenir quelqu’un dans la vie.

– Tu peux pas être lâche pour venir ici. Des fois, c’est tough, mais il faut continuer. Il y a une belle équipe d’intervenants et d’intervenantes.

P. G. – Qu’est-ce que ça prend pour travailler à Je raccroche?

J R – Il faut vouloir aider les jeunes. Ça prend de la force d’esprit. Certaines personnes peuvent avoir une histoire compliquée. Il faut rester impassible par rapport à ça, neutre. Être capable d’avoir une opinion externe.

– Oui, parce qu’ils nous disent pas tout le temps ce qu’on veut entendre. (Rires…)

– Ça prend aussi un intérêt profond pour l’éducation, pour les stratégies d’apprentissage. Il faut savoir être empathique, ouvert d’esprit.

P. G. – Pourquoi choisir Je raccroche?

J R – Parce que sinon, on ne serait juste pas à l’école. Ici, il y a de l’encadrement, du soutien. Le fait d’avoir toujours quelqu’un qui nous ramène à l’ordre quand on dévie, ça aide. Pour commencer, on travaille les savoir-être. C’est la base. Avec une meilleure attitude, ça rend capable de prendre les critiques, de participer, de s’appliquer puis de s’impliquer. D’accepter d’être là plutôt que de subir.

– Quand on nous a expliqué les règles au début, je me disais : « Ça se peut que je reste pas longtemps… »  J’avais beaucoup de préjugés en arrivant. J’étais très mal à l’aise. Mais on s’habitue aux règles. Par respect pour les autres, pour le groupe. Les responsables du groupe ont à cœur que ça marche. Maintenant, je vois pourquoi les règles sont là et pourquoi elles doivent être là. Puis je suis fier d’être ici.

P. G. – À quoi ressemble une semaine typique?

J R – Le matin, on travaille les matières, le français, l’anglais, les maths. Ça fonctionne avec des cahiers, comme aux adultes, sauf qu’on profite d’un meilleur accompagnement. Le midi, avec le conseil étudiant, on a des activités comme le club de lecture, le cinéclub, des jeux vidéo, du rempotage, en plus des tâches comme le ménage et l’arrosage des plantes. En après-midi, c’est des ateliers de toutes sortes, en lien avec l’éducation à la citoyenneté, la connaissance de soi, les saines habitudes de vie, etc.

P. G. – Pourquoi Je raccroche existe?

J R – Pour répondre aux besoins de la société sur le plan du décrochage scolaire. Et on en a encore plus besoin maintenant qu’en 2004, car plus de jeunes décrochent. On n’a jamais eu une aussi grosse liste d’attente. Si on pouvait, on partirait un deuxième groupe et malgré ça, on n’arriverait pas à répondre aux besoins. L’école est pleine.

– Ici, je me sens en sécurité. Aucune menace n’est acceptée. On nous fournit un espace sain et sécuritaire.

– L’équipe s’adapte à nos différentes façons d’apprendre. On nous accompagne dans nos démarches, on nous fait prendre conscience de nos difficultés, mais pour nous aider. À l’école conventionnelle, je me sentais comme s’il y avait un moule dans lequel on essayait de me faire entrer. Ce qu’on vit ici, ça devrait être partout dans le système scolaire. Plus tard, j’aimerais que mes enfants puissent bénéficier de ce que je vis ici.

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