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Reçu — 13 octobre 2026 ⏭ Journal le Mouton Noir
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  • Chronique du gars en mots dits: Question de langue!
    Vous devez faire passer un test pour un emploi à des candidats. Vous constatez que le taux d’échec dépasse largement vos pronostics les plus pessimistes… Vous pourrez alors soit diminuer vos exigences ou carrément annuler le test, en prétextant qu’il est trop difficile. C’est précisément ce dernier choix que le ministère de la Défense nationale a fait à la fin août avec les exigences de bilinguisme au cœur de l’institution. Jean-François Vallée, La Pocatière Rappelons les faits. Selon la C
     

Chronique du gars en mots dits: Question de langue!

13 octobre 2026 à 09:29

Vous devez faire passer un test pour un emploi à des candidats. Vous constatez que le taux d’échec dépasse largement vos pronostics les plus pessimistes… Vous pourrez alors soit diminuer vos exigences ou carrément annuler le test, en prétextant qu’il est trop difficile. C’est précisément ce dernier choix que le ministère de la Défense nationale a fait à la fin août avec les exigences de bilinguisme au cœur de l’institution.

Jean-François Vallée, La Pocatière

Rappelons les faits. Selon la Commissaire aux langues officielles, les plaintes recevables envers la Défense nationale sont passées de 51 en 2016-2017 à, tenez-vous bien, un astronomique 89 en 2025-2026, dont seulement une partie sont liées à la langue de travail. Ces chiffres, comme on le voit, montrent qu’il y avait vraiment péril en la demeure (j’ironise ici, au cas où vous n’auriez pas compris).

S’il fallait une preuve de plus aux indépendantistes que le Canada est un pays bilingue de langue anglaise only, la voici sur un plateau d’argent. L’approche qui prévaudra sera de type « là où le nombre le justifie ». Dans les faits, à la Défense nationale, les services en français ne seront obligatoires qu’au Québec, au Nouveau-Brunswick et dans certaines régions de l’Ontario. Partout ailleurs, ce sera English only.

Chacun sait depuis longtemps que le Canada est un pays linguistiquement hypocrite : théoriquement, il aime se pavaner en se montrant accueillant envers toutes les différences, mais concrètement, sa vraie nature ressort en faveur de leur nivellement. Disons-le en d’autres termes moins élégants : vous pouvez réclamer tous les services ou les privilèges que vous voulez en cochant toutes les cases de la diversité que nos questionnaires intrusifs vous imposent, mais sachez qu’au final, dès que vous sortirez du confort des régions où les francophones dominent numériquement, tout ce qui compte se passera en anglais, langue de l’Empire britannique relayé par l’Empire américain et son rejeton, le néocolonialisme canadian, que nous laissons continuer à nous imposer sa vision et son cadre, comme nous l’avons choisi, en 1980 et en 1995, pauvres masochistes que nous sommes.

Désormais, 180 unités et organisations de la Défense nationale à travers le Canada deviennent officiellement unilingues anglophones1. De surcroît, le Collège militaire royal du Canada, à Kingston, qui forme pourtant les futurs leaders censément bilingues des Forces armées canadiennes, n’aura que l’anglais comme langue de travail. Il faudra maintenant faire partie d’une unité située dans une région où vit une minorité francophone pour espérer pouvoir travailler non pas en français seulement, faut pas rêver, mais en bilingue.

Le Ministère justifie ces changements en raison du trop grand nombre de plaintes fondées sur le respect des langues officielles, précise-t-il. Bref, plutôt que de prendre le taureau par les cornes et d’investir en formation et en sensibilisation pour respecter ses obligations linguistiques, le Ministère les fait tout simplement tomber.

Or, comme trois vétérans des Forces armées canadiennes indignés l’ont rappelé dans La Presse2, limiter ainsi la présence institutionnelle du français dans les Forces, c’est risquer d’éroder progressivement une capacité qui échappe à plusieurs de nos alliés, de par le vaste monde. Leur texte limpide s’intitule « Le bilinguisme est une capacité militaire », capacité qui, soulignent-ils, distingue le Canada de tous les pays privés d’une telle richesse qui nous rend plus efficaces.

La Loi sur les langues officielles de 1969 est donc ici démasquée pour ce qu’elle est : censée constituer un cadre légal essentiel pour la protection et la promotion du français et de l’anglais au Canada, elle permet aux employés de travailler dans la langue officielle de leur choix uniquement dans les régions bilingues, soit Ottawa, le Nouveau-Brunswick, et certaines parties de l’Ontario et du Québec.

Plus que jamais, le Canada est celui de deux solitudes : un bloc majoritaire de langue anglaise quasi unilingue sans cesse en expansion et qui s’affirme sans gêne, et un bloc minoritaire bilingue en déclin dans les régions où se concentrent les francophones. Cette décision fait une fois de plus voler en éclats le rêve de Trudeau (père) d’un Canada accueillant et égalitaire partout pour les francophones. Nos aïeux ont tenté dur comme fer d’y croire, mais le choc de la réalité nous a rattrapés depuis belle lurette.

1. Mathilde Beaulieu-Lépine, « Fini le français au travail dans une centaine de bureaux de la Défense », Le Devoir, août 2026, https://www.ledevoir.com/politique/canada/999491/fini-francais-travail-centaine-bureaux-defense?rc_source=recirculation&rc_medium=hyperlien&rc_campaign=corps_texte

2. Sauvé, Le Scelleur et Forand, « Le bilinguisme est une capacité militaire », La Presse, août 2026, https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2026-08-14/le-bilinguisme-est-une-capacite-militaire.php

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