Le miracle « Je raccroche »
Je marche sur la rue Monseigneur-Plessis pour me rendre au Centre de formation Rimouski-Neigette. Il fait gris. Au propre comme au figuré. Mais les jeunes de Je raccroche vont me remonter le moral. Je vais passer l’après-midi avec 16 des élèves qui forment la cohorte 2025-2026. Elles et ils m’accueillent chaleureusement avec leurs intervenants pour discuter de leur école de rue. Et de ce qui fait son succès depuis 2004.
Philippe Garon – Quel est le but de Je raccroche?
Je raccroche – Terminer les études qu’on a abandonnées. Nous aider à poursuivre notre parcours, notre cheminement scolaire. Nous préparer à la vie adulte aussi, pour pouvoir être autonomes sur le plan financier et assumer notre rôle de citoyens et de citoyennes. L’équipe d’intervention nous accompagne dans notre vie actuelle et future, nous fait découvrir autre chose que ce qu’on peut voir dans le cursus normal. Cela nous amène à vivre des expériences qu’on n’a pas nécessairement eu l’occasion de vivre dans notre enfance ou à l’école avant. En plus, le dépassement de soi, ici, c’est important. On en parle beaucoup. Pour être la meilleure personne qu’on peut devenir, pour s’améliorer.
P. G. – On retrouve qui à Je raccroche?
J R – On a entre 16 et 30 ans. Mais une fois qu’on est passé par ici, c’est pour la vie. Je raccroche, c’est plus qu’une école. C’est une famille. On est là pour se soutenir les uns les autres. Ça s’adresse à celles et à ceux qui veulent vraiment finir leur école, devenir quelqu’un dans la vie.
– Tu peux pas être lâche pour venir ici. Des fois, c’est tough, mais il faut continuer. Il y a une belle équipe d’intervenants et d’intervenantes.
P. G. – Qu’est-ce que ça prend pour travailler à Je raccroche?
J R – Il faut vouloir aider les jeunes. Ça prend de la force d’esprit. Certaines personnes peuvent avoir une histoire compliquée. Il faut rester impassible par rapport à ça, neutre. Être capable d’avoir une opinion externe.
– Oui, parce qu’ils nous disent pas tout le temps ce qu’on veut entendre. (Rires…)
– Ça prend aussi un intérêt profond pour l’éducation, pour les stratégies d’apprentissage. Il faut savoir être empathique, ouvert d’esprit.
P. G. – Pourquoi choisir Je raccroche?
J R – Parce que sinon, on ne serait juste pas à l’école. Ici, il y a de l’encadrement, du soutien. Le fait d’avoir toujours quelqu’un qui nous ramène à l’ordre quand on dévie, ça aide. Pour commencer, on travaille les savoir-être. C’est la base. Avec une meilleure attitude, ça rend capable de prendre les critiques, de participer, de s’appliquer puis de s’impliquer. D’accepter d’être là plutôt que de subir.
– Quand on nous a expliqué les règles au début, je me disais : « Ça se peut que je reste pas longtemps… » J’avais beaucoup de préjugés en arrivant. J’étais très mal à l’aise. Mais on s’habitue aux règles. Par respect pour les autres, pour le groupe. Les responsables du groupe ont à cœur que ça marche. Maintenant, je vois pourquoi les règles sont là et pourquoi elles doivent être là. Puis je suis fier d’être ici.
P. G. – À quoi ressemble une semaine typique?
J R – Le matin, on travaille les matières, le français, l’anglais, les maths. Ça fonctionne avec des cahiers, comme aux adultes, sauf qu’on profite d’un meilleur accompagnement. Le midi, avec le conseil étudiant, on a des activités comme le club de lecture, le cinéclub, des jeux vidéo, du rempotage, en plus des tâches comme le ménage et l’arrosage des plantes. En après-midi, c’est des ateliers de toutes sortes, en lien avec l’éducation à la citoyenneté, la connaissance de soi, les saines habitudes de vie, etc.
P. G. – Pourquoi Je raccroche existe?
J R – Pour répondre aux besoins de la société sur le plan du décrochage scolaire. Et on en a encore plus besoin maintenant qu’en 2004, car plus de jeunes décrochent. On n’a jamais eu une aussi grosse liste d’attente. Si on pouvait, on partirait un deuxième groupe et malgré ça, on n’arriverait pas à répondre aux besoins. L’école est pleine.
– Ici, je me sens en sécurité. Aucune menace n’est acceptée. On nous fournit un espace sain et sécuritaire.
– L’équipe s’adapte à nos différentes façons d’apprendre. On nous accompagne dans nos démarches, on nous fait prendre conscience de nos difficultés, mais pour nous aider. À l’école conventionnelle, je me sentais comme s’il y avait un moule dans lequel on essayait de me faire entrer. Ce qu’on vit ici, ça devrait être partout dans le système scolaire. Plus tard, j’aimerais que mes enfants puissent bénéficier de ce que je vis ici.