La baguette magique des conservateurs
Éric Duhaime promet d’employer la même formule que Pierre Poilievre pour équilibrer les finances de l’État. Diminuer les revenus (baisser les taxes et les impôts pour les particuliers et les entreprises, diminuer la « taxe de bienvenue », éliminer le marché du carbone, diminuer les contraventions pour les automobilistes), augmenter les dépenses (construire des maisons, payer les parents pour rester à la maison, construire des prisons) et espérer que le déficit disparaisse par magie. Les propositions du Parti conservateur du Québec pour réduire les dépenses de l’État n’en sont pas vraiment.

Ouvrir la porte au privé en santé
L’idée que le privé en santé fait économiser l’État est un mythe tenace, mais qui ne résiste pas à l’épreuve de la réalité. De tous les pays sur Terre, les États-Unis sont celui où l’État dépense le plus per capita en santé publique. D’après le Peterson Center of Healthcare, les dépenses en santé aux États-Unis étaient estimées à 13 432$ par personne en 2023. Le pays qui s’en rapproche le plus est la Suisse, où le système public est concurrencé par le secteur privé, avec 9 688$ par personne la même année. Le Canada a dépensé 7 013$ par personne en soins de santé en 2023. C’est moins que pratiquement tous les pays d’Europe. Sur quoi est-ce qu’on se base pour affirmer que le privé en santé fait économiser de l’argent à l’État?

Le privé en santé a un seul objectif: le profit. Le profit privé s’ajoute à la facture du public. Vous souvenez-vous des infirmières qui nous coûtaient 150$ de l’heure grâce aux agences de placement? Voilà un bon exemple de ressources drainées par le privé qu’il nous faut ensuite payer à gros prix. Et évidemment, la différence se retrouve dans les poches des actionnaires, pas dans celles des infirmières qui nous coûtent plus cher.
Plus de privé en santé, ça veut dire moins de prévention. Le privé n’a pas intérêt à ce que les gens soient en santé. C’est la maladie qui rapporte, pas la prévention. Une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) et du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) établit un lien direct entre le taux de mortalité et la place du privé dans le système de santé d’un pays.
Le privé en santé offre un seul avantage réel: Les délais d’attente sont beaucoup moins élevés. Normal. Quand les soins de santé sont inaccessibles parce que trop dispendieux, forcément la file d’attente est moins longue.
Réduire la fonction publique
Une autre chimère. Éric Duhaime a promis de couper 20 000 postes dans la fonction publique. Le chiffre, sorti du chapeau au moment où le chef du PCQ était en pamoison devant Elon Musk et son DOGE, est complètement irresponsable. Des dizaines de milliers de fonctionnaires en moins, ça signifie une expertise interne qui se perd. Vous savez ce qui arrive quand on n’a plus d’expertise à l’interne? On se tourne vers le privé avec les résultats qu’on connaît. L’informaticien qu’on payait 40$ de l’heure nous coûte désormais 150$ de l’heure qu’on verse à la firme qui l’emploie et qui le paie évidemment moins cher. On se retrouve avec un SAAQClic. Et les seuls gagnants sont les actionnaires de l’entreprise privée à qui on a décidé de sous-traiter.
Je rappelle un discours prononcé par Éric Duhaime en juin 2022: « Aujourd’hui quand on se demande comment ça se fait qu’il y a personne au Tim Hortons quand on arrive? C’est parce que François Legault leur a donné des meilleures conditions de travail et il a empêché ces entreprises-là de prospérer puis il est en train de cannibaliser le secteur privé. C’est ça qu’il est en train de faire. C’est épouvantable! »
M. Duhaime voudrait qu’il y ait un peu moins de classe moyenne et plus d’emplois précaires au salaire minimum. Il veut aussi qu’il y ait plus de millionnaires et de milliardaires, mais c’est une autre question.
Un fonctionnaire avec un bon salaire qui devient un chômeur ou un employé de Tim Hortons, c’est un consommateur de moins. Quand on consacre tout son revenu à se nourrir et se loger, on n’a plus les moyens de dépenser ensuite. Moins de consommation dans les commerces, donc moins de taxes, moins d’impôts, des entreprises qui ferment, d’autres bons emplois qui se perdent… Mais au moins, le service au Tim serait plus rapide.
Le programme du Parti conservateur du Québec s’appuie uniquement sur le populisme. Personne ne le prendrait au sérieux si ce n’était de l’hostilité d’une partie de la population envers l’État.
Il va falloir finir par accepter que l’entreprise privée ne veut pas notre bien. Les milliardaires ne sont pas nos amis. L’État est faillible et on peut élire un mauvais gouvernement, c’est un fait. Mais une économie laissée libre ne tient jamais compte de l’intérêt public. Demandez aux personnes qui ont vécu la Grande Dépression des années 1930 si un pays laissant l’économie se gérer elle-même est viable.
J’espère que les journalistes vont cuisiner Éric Duhaime et son équipe d’ici octobre. Mettez-les au défi de chiffrer leurs idées et essayez de ne pas rire quand ils vous répondront.