La trumpisation du Parti québécois

Mercredi, après le débat des chefs, Paul St-Pierre Plamondon s’est fait demander en mêlée de presse si son candidat dans Sherbrooke avait menti. Réponse de PSPP: « Il a dit quelque chose qui ne correspond pas à la réalité. » On est à un doigt des faits alternatifs. C’est une anecdote plutôt comique, mais qui illustre assez bien comment le chef du PQ pige allègrement dans le livre de jeu du fasciste la Maison blanche. Je vous présente ici les points de comparaison que j’ai observés. Faites-en ce que vous voulez
La complaisance envers l’extrême droite
Invité à résumer la position du Parti québécois sur l’échiquier politique au balado de Derek Fildebrandt, Plamondon a commencé en disant qu’il est « anti-radical left ». Le chef du PQ place donc l’opposition à la « gauche radicale » au centre de son idéologie. En revanche, il se désintéresse de la droite radicale, bien que celle-ci soit présente à l’intérieur de son propre parti. En novembre 2024, un reportage d’Étienne Fortin-Gauthier a montré les accointances entre le Parti québécois, le Bloc québécois et le regroupement d’extrême droite « Nouvelle alliance ». J’attends encore une seule intervention de Plamondon qui condamnerait la droite radicale avec autant de coeur que lorsqu’il condamne la gauche radicale. On ne l’entend pas non plus critiquer le masculinisme, dont « l’entrisme » dans nos écoles est pourtant bien mieux documenté que celui de l’islamisme. Je ne dis pas que Plamondon est d’extrême droite. Je dis qu’il semble craindre de s’aliéner le vote de l’extrême droite. Il n’a évidemment pas la même crainte pour la gauche radicale, qui ne vote déjà pas pour lui.
En avril, Plamondon a accordé une longue entrevue d’une heure à Rebel News, un organe de propagande qui désinforme allègrement. Le conseil de presse du Québec a déterminé que Rebel News ne produit pas de contenu journalistique. Parmi les faits d’armes remarquables de la chaîne, on retient sa couverture de la tuerie de la mosquée de Québec en 2017. La « journaliste » Faith Goldy avait affirmé que le tueur n’était pas Alexandre Bissonnette, mais un immigrant musulman. PSPP a accepté l’entrevue parce qu’il dit constater « l’honnêteté intellectuelle » de Rebel News. Il a même félicité Alexa Lavoie d’avoir été « la seule » à couvrir l’enjeu des prières de rue à Montréal. C’est faux. Une petite recherche sur Google et le premier résultat est un article de Simon Gionet sur le sujet dans le Devoir. La différence est que lui parle des « manifestations en soutien à Gaza » au cours desquelles des manifestants ont prié, contrairement à Lavoie qui donne l’impression que les musulmans se regroupent spontanément dans la rue pour prier. Bref, le chef du PQ félicite un média d’extrême droite d’avoir le courage de tordre les faits pour alimenter la haine.
Dans la même entrevue, PSPP s’est montré sympathique au gouvernement albertain de Danielle Smith, plus précisément sa décision de sortir les « idéologies » des écoles. « Ils ont raison. Ils ont raison. Ils ont raison. » Je rappelle que les « idéologies » que l’Alberta a décidé de purger sont notamment: la diversité sexuelle et de genre, les changements climatiques (plus précisément le rôle de l’industrie pétrolière) et la souveraineté des nations autochtones. Le chef du PQ n’a pas dit spécifiquement qu’il était d’accord que ces sujets ne soient plus enseignés dans les écoles, mais pourquoi marteler que le gouvernement albertain a raison s’il ne sait pas de quoi il s’agit?
Le chef du PQ n’est évidemment pas étranger au complotisme. En avril 2026, il affirmait devant le Centre for Israel and Jewish Affairs (CIJA) que le frérisme, ou l’idéologie des frères musulmans, est l’agenda du gouvernement fédéral. Une telle déclaration alors que Mark Carney continue à appuyer Israël dans sa guerre contre l’Iran est pour le moins culottée.
La fabrication d’un ennemi imaginaire
Le 28 mars 2023, Paul St-Pierre Plamondon a convoqué les journalistes à un point de presse pour se plaindre d' »une frange de gauche radicale, qui occupe beaucoup d’espace, même médiatiquement », « des gens qui se présentent comme des experts », qui auraient qualifié les péquistes d’extrême droite en raison de leurs demandes répétées de fermer le chemin Roxham. Aux journalistes qui lui demandaient des noms, Plamondon a refusé de citer un seul exemple. « C’est vous qui êtes journaliste. » Situation absurde, mais qui annonçait la suite des choses, puisque Plamondon se plaint constamment de cette « gauche radicale ».
En novembre 2024, Plamondon a fait plusieurs sorties contre le « wokisme ». Invité par Guy A. Lepage à définir le wokisme, il a répondu carrément que « C’est pas tant la définition du wokisme qui importe ». Bonne stratégie. Moins on définit l’épouvantail contre lequel on se bat, plus on peut l’associer à n’importe qui et plus on charme ceux qui comprennent que l’épouvantail est l’ennemi à abbatre. Maurice Duplessis a passé sa vie à lutter contre le communisme, mais ne s’est jamais donné la peine d’en donner une définition.
On sait que Québec solidaire fait partie de cette gauche radicale woke impossible à définir. Elle englobe également « certains universitaires », « certains chroniqueurs », « certains militants »… De façon générale, elle semble inclure toute personne critiquant Plamondon à l’exception de la CAQ, du PLQ et du PCQ. Plamondon se présente donc comme le rempart contre un ennemi à la fois tout-puissant et insaisissable.
PSPP se présente contre le rempart contre la « gauche immigrationniste » qui souhaite une « immigration incontrôlée et illimitée ». Je ne connais personne dans la gauche politique, ni à Ottawa, ni à Québec, qui réclame une immigration incontrôlé et illimitée. Mais ça semble rentable politique de promettre qu’on va s’y opposer.
L’intolérance aux critiques, en particulier celles des médias
Paul St-Pierre Plamondon s’est bâti la réputation d’être « soupe au lait » ou d’avoir « la mèche courte » pour reprendre l’expression de Yasmine Abdelfadel. Il reproche aux chroniqueurs qui le critiquent leurs « procédés intellectuels fallacieux », « procédés intellectuels douteux », « déformations de propos », « accusations grossières », « procès d’intention »… Des reproches qu’il a notamment adressés à Toula Drimonis, Rima Elkouri, Yasmine Abdelfadel, Antoine Robitaille, Thomas Mulcair, Marie-Ève Doyon, Paul Journet et Michel C. Auger. Comme s’il était absolument impossible d’être en désaccord avec ses positions sans être malhonnête.
En octobre 2025, Régis Labeaume a publié un texte dans la Presse dans lequel il reproche à François Legault et Paul St-Pierre Plamondon d’utiliser l’immigration et la peur de l’islam comme épouvantails pour grapiller des votes et comme boucs-émissaires pour faire oublier les échecs répétés du gouvernement. Plutôt que de simplement répondre sur le fonds, les députés péquistes ont reproché à la Presse d’avoir pubilé le texte, qu’ils accusent de diffamation.
On retrouve dans la réplique le paragraphe suivant: « Notre message est que la multiplication des chroniqueurs d’opinion au détriment du journalisme, combinée à un mépris des faits dans le cadre d’une idéologie marquée par le signalement de sa propre vertu et un sentiment de supériorité morale, constitue une posture « irresponsable et dangereuse pour la cohésion sociale au Québec » sur laquelle nous devrions nous pencher collectivement. » Si les députés péquistes s’étaient contentés de critiquer la prépondérance de l’opinion au détriment du journalisme, je n’aurais pu qu’être d’accord. Je fais le même constat et je considère moi aussi que c’est problématique. Malheureusement, il a fallu qu’ils ajoutent « dans le cadre d’une idéologie marquée par le signalement de sa propre vertu et un sentiment de supériorité morale ». On comprend que les péquistes ne font pas référence ici aux chroniqueurs de Radio X ou de Québecor. On accuse rarement Mathieu Bock-Côté, Richard Martineau ou Dominic Maurais de « signalement de vertu » ou de « supériorité morale ». Cette accusation vise uniquement les chroniqueurs et commentateurs qui osent critiquer le Parti québécois depuis sa gauche.
Quand Xavier Brouillette a critiqué les politiques natalistes du PQ à l’émission « Tout peut arriver », PSPP s’est plaint des « idéologues marxistes qui ont envahi les ondes de Radio-Canada ». En une seule intervention, M. Brouillette était devenu le porte-parole officiel de Radio-Canada et le représentant de « l’idéologie » de la station. Encore une fois, on reproche à un média de laisser s’exprimer une opinion divergente. Y a-t-il une seule critique à son endroit que le PQ ne juge pas malhonnête ou illégitime?
À l’automne 2025, Pascal Bérubé a déposé une plainte à l’ombudsman de Radio-Canada pour des propos « inacceptables » tenus par Rachel Chagnon lors de l’émission Tout peut arriver du 27 septembre 2025. Pour rappel, Mme Chagnon a accusé le Parti québécois de viser l’homogénéité dans les classes avec ses nouvelles propositions en matière de « laïcité ». Elle termine sa phrase par « et pourquoi pas tous blonds aux yeux bleus? » Dans les jours qui ont suivi, Plamondon s’est plaint d’avoir été accusé de racisme.
Pascal Bérubé fait de la politique depuis assez longtemps pour savoir que sa plainte n’aurait aucune conséquence. Il savait comme moi quelle serait la réponse de l’ombudsman: « Ces opinions ne sont pas celles de Radio-Canada : elles appartiennent aux personnes qui les expriment. » Combien de fois Justin Trudeau et François Legault ont-ils été accusés de fascisme pendant la pandémie? Je ne crois pas que leur bureau respectif se soit plaint à chaque fois. S’ils l’ont fait, ça n’a visiblement rien changé. Le but d’une plainte comme celle de Bérubé est simplement d’intimider. Que les personnes qui s’expriment dans les médias craignent les conséquences de s’attaquer au Parti québécois.
Je ne reviendrai pas sur le cas de Marie-Ève Cotton dont on a amplement parlé cette semaine, mais c’est un autre bel exemple de tentative de réduire une opposante au silence, malgré tous les euphémismes qu’on peut employer pour décrire cette démarche.
À l’intérieur du parti, aucun chef péquiste n’a été plus difficile à critiquer que Plamondon. Vincent Boulay, le dernier officier du PQ à avoir osé remettre le discours du parti en question, a été expulsé de la commission politique. Même des péquistes de longue date comme Louise Harel et Pierre Céré peuvent être associés à la « gauche radicale » pour avoir osé contredire le chef. Le candidat Gabriel Pallotta a préféré se présenter publiquement comme un menteur ou un fabulateur plutôt que d’assumer d’avoir critiqué publiquement le discours de PSPP sur l’immigration.
Le pompier pyromane
Depuis quatre ans, Paul St-Pierre Plamondon pointe l’immigration comme explication universelle aux problèmes du Québec. L’immigration a selon lui causé le déclin du français, la crise du logement, la pénurie d’enseignants, la crise des services, la résurgence de l’homophobie, la hausse de la criminalité chez les jeunes, la baisse du taux de natalité, la stagnation du produit intérieur brut… À Rebel News, il a prétendu que les demandeurs d’asile occupaient près de 20% des blocs opératoires dans certains hôpitaux, une statistique qu’il a prise on ne sait où et qu’il n’a jamais répétée ailleurs.
Le chef du PQ aime pointer l’Europe du doigt, en dépeindre un portrait catastrophique et nous prévenir que c’est ce qui nous attend. En l’écoutant, on imagine des villes européennes où des quartiers entiers sont contrôlés par de le crime organisé et/ou par des islamistes.
Et le plus drôle, c’est que Plamondon accuse aussi l’immigration de… dégrader le climat social. Et de favoriser la montée de l’extrême droite. Bien entendu que si on répète constamment à la population que tous les problèmes sont provoqués par l’immigration, il se pourrait que des gens deviennent plus hostiles à l’endroit des immigrants et se rapprochent des groupes les plus agressivement xénophobes. Pour justifier sa position hostile à l’immigration, le chef du PQ pointe les sondages. Après avoir passé quatre ans à nous dire que l’immigration est la cause de tous nos problèmes, il se présente comme le porte-parole d’une population inquiète.
De la même façon, le PQ est en train de convaincre ses électeurs qu’il est urgent d’empêcher les élèves du primaire de porter des signes religieux. J’ignorais que c’était une préoccupation. On n’avait littéralement jamais entendu parler de ce « problème » avant que le PQ le fabrique de toute pièce. Mais Plamondon se présente comme un démocrate. Il ne fait qu’adresser les préoccupations des gens. Et lorsqu’il sera premier ministre, il va régler le problème qu’il a lui-même nourri. Bref, le pompier pyromane.
Liste des déclarations problématiques de Plamondon sur l’immigration.
Parmi leurs modèles en matière d’immigration, PSPP et Alex Boissonneault citent le gouvernement du Parti social-démocrate de Mette Frederiksen au Danemark. Frederiksen est ouvertement raciste. En 2018, elle proposait de chasser les migrants « non occidentaux », non seulement du Danemark, mais de l’Europe, et de les placer dans des camps de concentration en Afrique sous supervision des Nations unies. À son arrivée au pouvoir en 2019, Frederiksen a promis de faire du Danemark un pays « sans demandeur d’asile ». En 2021, son gouvernement a voté une loi pour expulser les demandeurs d’asile hors d’Europe en attendant le traitement de leur demande, en contradiction totale avec les traités internationaux et les directives européennes. En 2022, une entente est signée avec le Rwanda. En gros, le Danemark paie le Rwanda pour détenir les demandeurs d’asile. Un bien triste revirement pour le premier pays à avoir signé la Convention de 1951 sur les réfugiés. Ce n’est pas sans raison que ce gouvernement « social-démocrate » est appuyé par l’extrême droite danoise. Est-ce qu’on veut vraiment s’inspirer de ce gouvernement?
Christèle Meilland, chercheuse à l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES), explique que la politique migratoire danoise s’appuie sur un discours « assimilant les étrangers, et particulièrement les réfugiés, à un fardeau pour l’État-providence ». Ça vous rappelle quelque chose?
L’hostilité à la diversité de genre
À l’automne 2023, Paul St-Pierre Plamondon associait les pronoms non-binaires et les toilettes mixtes à « l’idéologie de la gauche radicale ». En février 2025, le Parti québécois a été le seul parti à ne pas appuyer une motion dénonçant la montée de l’homophobie. L’actuelle députée de Terrebonne, Catherine Gentilcore, reproche au programme d’éducation à la sexualité d’être « fondé sur la théorie du genre ». Et comme la CAQ, le PQ s’oppose à l’écriture inclusive. Du populisme pur et simple, sans égard pour la haine qu’il peut engendrer.
Une lettre ouverte de Catherine Gentilcore, députée de Terrebonne, a dû être corrigée par La Presse (2 décembre 2024) parce qu’elle contenait une information mensongère sur le nouveau programme d’éducation à la sexualité, laissant entendre qu’on recommanderait aux enseignants d’apprendre aux enfants d’âge préscolaire que leur genre leur a été attribué par la société. C’est faux. Mais la lettre, qui a été lue par des milliers de personnes avant d’être corrigée, a bien transmis son message: « l’idéologie du genre » est à l’assaut de notre système d’éducation.
Lorsqu’il a commenté la triste polémique de « Mx Martine », cette enseignante non-binaire de Montérégie, Paul St-Pierre Plamondon est sombré dans la démagogie la plus totale, accusant la « gauche radicale » de vouloir « imposer (de nouveaux pronoms) dans le système d’éducation sans débat préalable sur le plan démocratique ». On parlait toujours bien d’une seule enseignante qui avait demandé à ses élèves de l’appeler Mx. Comment est-elle devenue une agente de cette infâme « gauche radicale »? M. Plamondon, qui reproche à ses critiques de mettre sa sécurité et celle de sa famille en danger, a-t-il seulement pensé aux conséquences que pouvait avoir son discour sur l’enseignante en question? Un tel discours a tout pour susciter la haine envers les personnes trans et non-binaires, faisant écho à l’imaginaire « lobby trans » dénoncé par les militants transphobes.
À son dernier congrès, le Parti québécois a adopté trois positions transphobes tout droit sorties de la bible des MAGA. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les militantes péquistes qui sont allées au micro pour protester contre ces propositions. Les positions en question:
- Réformer les cours d’éducation à la sexualité afin qu’ils se basent sur la science (Isabelle Blais accuse les cours de « renier la biologie »)
- Interdire aux femmes trans d’accéder aux toilettes pour femmes, aux vestiaires pour femmes et aux organismes venant en aide aux femmes
- Exclure les femmes trans des données statistiques, des lois, des politiques et des programmes gouvernementaux s’appliquant aux femmes
Mme Blais disait se baser sur « l’étude » de Marie-Claude Girard, qui avait recommandé au « comité de sages » de la CAQ de revoir le programme scolaire pour retirer les enseignements qu’elle juge non scientifiques. Mme Girard croit qu’il ne faut pas « amalgamer » les « femmes biologiques » et les « personnes trans ». J’insiste ici sur le mot « personne ». Elle refuse aux femmes trans jusqu’à l’emploi du terme « femme ». L’intervention d’Isabelle Blais au congrès a été suivie par celle de Julie Guyot, professeure d’histoire au niveau collégial, qui a invité les membres à ne pas « tomber dans le discours extrémiste du mouvement trans ». Le « discours extrémiste du mouvement trans », c’est celui qui reconnaît que les femmes trans comme des femmes. Tout un extrême. Mme Guyot siège sur la commission politique du Parti québécois qui a appuyé les trois propositions transphobes.
La complaisance envers Trump
PSPP a eu des bons mots pour le fasciste de la maison blanche. Il lui a notamment donné raison sur les accusations de trafic de fentanyl à la frontière canadienne (les quantités de fentanyl saisies à la frontière canado-américaine représentent environ 0.2% du total saisi aux frontières américaines). « On a été de mauvais voisins. » En novembre 2025, il affirme qu’un Québec indépendant alignerait ses politiques économiques et militaires sur celles des États-Unis et reproche au gouvernement Carney de négocier des partenariats avec des pays dont les intérêts sont opposés à ceux des États-Unis, notamment la Chine. « Moi je pense qu’on se met les pieds dans les plats. » Par contre, le chef du PQ s’abstient de critiquer l’administration Trump lorsqu’il est question de la guerre tarifaire (terme qu’il refuse d’employer) Il s’attaque exclusivement au gouvernement fédéral et au gouvernement Fréchette pour leur façon de réagir.
L’anti-intellectualisme
Les États-Unis n’ont jamais eu un président aussi hostile aux universités que Donald Trump. Les chercheurs qui ne lui disent pas ce qu’il veut entendre (ils sont nombreux puisque Trump n’aime pas la vérité) sont classés au rang d’ennemis de l’État et sont les cibles de toutes sortes de sanctions. Et on connaît l’hostilité des trumpistes pour le « wokisme » ou encore les mesures d’éthique, diversité et inclusion (EDI).
À une plus petite échelle, Paul St-Pierre Plamondon n’est pas très différent. Peu importe le nombre de recherches reconnaissant le racisme systémique ou vantant les bienfaits de l’EDI, du féminisme intersectionnel, de l’écriture inclusive, le chef du PQ les discrédite d’emblée parce qu’elles ne confirment pas ses propres biais. Il qualifie de « militants », d' »idéologues » et même de « charlatans » les chercheurs et professeurs d’université dont les recherches le contredisent. Ironique considérant qu’il adhérati lui-même à la plupart de ces concepts il y a une dizaine d’années.
Sur la crise du logement, par exemple, le seul chercheur dont les positions sont acceptées par le PQ est l’économiste Pierre Fortin. En octobre 2025, le Parti québécois a présenté sa « bibliographie » au sujet de l’immigration. Pour résumer, on y retrouvait des publications de la plupart des banques, des articles parus dans l’Actualité et le Journal de Montréal… et une déclaration de Pierre Poilievre sur le site du Parti conservateur du Canada. « Les conservateurs batissent des logements, les libéraux créent de la bureaucratie. » À quel point les péquistes ont-ils de la difficulté à trouver de véritables sources pour en venir à citer le PCC? L’explication: PSPP considère que tous les chercheurs le contredisant sont des « idéologues » et donc que leurs recherches ne sont pas valables.
En décembre 2025, la Presse canadienne a publié un article établissant un lien entre la montée de la haine-raciale au Canada et le discours anti-immigration de certains politiciens. PSPP et Alex Boissonneault ont accusé le journaliste David Baxter de s’être appuyé sur des experts « soigneusement choisis » et partisans. Ils n’ont pas précisé ce qu’ils reprochent à Rupinder Liddar, la politologue interrogée par Baxter pour son article. Le seul fait qu’elle ne soit pas d’accord avec eux semble suffire à la discréditer. C’est d’ailleurs devenu une habitude pour les péquistes de placer le mot « experts » entre guillemets pour remettre en question leur compétence dès qu’ils ne sont pas d’accord avec les conclusions d’une enquête ou d’une recherche.
En janvier, Plamondon était au balado Frenchcast dans lequel il a promis que son gouvernement allait « se réapproprier démocratiquement le contenu en éducation ». Il explique: « Je vais revendiquer le mécanisme de commission parlementaire avec des experts, mais des citoyens et des gens qui représentent des citoyens, pour que le débat ne soit pas le monopole “d’experts” qui sont en fait, parfois, des idéologues. » Faut-il comprendre qu’un gouvernement péquiste va décider de ce qu’il est convenable d’enseigner ou non à l’université, non pas en fonction de l’état de la recherche, mais en fonction de ses propres positions? Il n’y a rien de « démocratique » dans le fait de censurer des professeurs ou des chercheurs parce que leurs recherches ne flattent pas le gouvernement et son électorat dans le sens du poil. Contrôler « démocratiquement » l’enseignement et la recherche, c’est mettre fin à la liberté académique.
Conclusion
Je n’hésite pas à affirmer que Paul St-Pierre Plamondon a copié plusieurs pages du manuel du fasciste de la Maison-Blanche. Et c’est inquiétant. Le trumpisme est une menace pour la démocratie, peu importe qui le met en place. Le Canada a évité le pire (au moins temporairement) en refusant de donner les clefs du pouvoir à Pierre Poilievre en avril. J’espère que le Québec saura en faire autant le 5 octobre.
