Les partis politiques face à l’identité de genre
Je classais encore le Parti libéral du Québec parmi les partis inclusifs sur la question de l’identité de genre, mais la récente controverse sur les « personnes ayant des menstruations » m’a fait prendre conscience que la réalité est plus complexe. Voici donc une compilation des positions des cinq partis politiques présentement dans la course. Merci à Kathleen Bélanger pour l’infographie!

Québec solidaire est le seul parti à soutenir entièrement les personnes trans et non-binaires. Les positions du parti sont celles de Manon Massé, alliée inconditionnelle de la communauté LGBTQ+. Leur politique est le respect du genre ressenti.
Les libéraux ont une approche généralement inclusive, mais ont souvent évité de se prononcer sur le sujet de la transidentité et de l’identité de genre depuis le départ de Dominique Anglade, signe du malaise dans les rangs. Lorsque le ministre Jean-François Roberge a interdit d’utiliser les pronoms neutres dans les écoles, dans la fonction publique et dans les communications officielles, la critique Marwah Rizqy s’est contentée de critiquer le sens des priorités du ministre, sans dire formellement si elle était en désaccord avec le principe. Les libéraux respectent généralement le genre auquel la personne s’identifie et soutiennent les jeunes de la communauté LGBTQ+. Ces positions pourraient bien changer, comme l’ont montré le débat sur l’expression « personne avec des menstruations » et l’influence indirecte de Christiane Pelchat et de PDF-Québec, organisation dont la lutte contre les femmes trans est une des raisons d’être. Le chef Charles Milliard s’est lui-même montré susceptible d’entrer dans le jeu des anti-trans en se disant mal à l’aise avec l’expression « personne avec des menstruations », comme si les femmes se définissaient par leurs règles.
Le Parti québécois est généralement hostile aux enjeux touchant la diversité de genre. Souvenons-nous des polémiques de l’automne 2023 concernant les toilettes non genrées et les pronoms neutres à l’école. À l’hiver 2025, les péquistes ont été les seuls parlementaires à rejeter une motion demandant à continuer la lutte contre l’homophobie et la transphobie. Dès la présentation du nouveau programme de Culture et citoyenneté québécoise, les péquistes ont accusé celui-ci d’être trop « woke », notamment au sujet des questions de sexualité et d’identité de genre. La députée Catherine Gentilcore a prétendu que le nouveau programme enseignait aux enfants que le genre est attribué par la société et non constaté à la naissance, ce qui est faux. Le PQ demande l’exclusion des femmes trans des espaces réservés aux femmes, y compris des groupes de lesbiennes.
Les positions de la Coalition Avenir Québec sont plus ambiguës. Le nouveau programme de Culture et citoyenneté québécoise mis en place par la CAQ est très inclusif à l’endroit des questions d’identité de genre. Les enseignantes doivent respecter l’identité de genre des élèves et garder le secret si les élèves ont choisi de ne pas en informer leurs parents. La CAQ maintient cependant la séparation genrée des blocs sanitaires et a interdit l’utilisation de pronoms neutres à l’école, dans la fonction publique et dans les communications officielles. Contrairement au PQ et au PCQ, le gouvernement de la CAQ privilégie le « sexe anatomique » plutôt que le « sexe biologique », c’est-à-dire que les femmes trans ayant subi une vaginoplastie sont considérées comme des femmes dans tous les contextes.
Le Parti conservateur du Québec se trouve dans une position particulière puisque les militants ne sont pas sur la même longueur d’ondes que leur chef. Éric Duhaime partage les positions de ses amis conservateurs albertains et souhaite que « l’idéologie du genre » soit interdite dans les écoles. Au dernier congrès, cependant, les militants conservateurs ont rejeté une résolution demandant la révision du programme d’éducation à la sexualité. Le PCQ souhaite surtout s’attaquer aux soins de transition chez les mineurs (même avec le consentement des parents) et interdire les changements de pronoms et de prénoms à l’école sans l’autorisation des parents.
En résumé : les rouges sont à surveiller et les bleus ne sont pas des alliés, peu importe la nuance de bleu.
Positions détaillées des partis :
Toilettes non genrées
QS : Demande l’aménagement de toilettes non genrées dans les espaces publics et les écoles.
PLQ : Demande l’aménagement de toilettes non genrées dans les espaces publics et les écoles.
PQ : Exige le maintien de blocs sanitaires séparés en tout temps. Associe les toilettes non genrées à une « idéologie de la gauche radicale ».
CAQ : Position ambivalente. A interdit les toilettes mixtes dans les écoles, mais n’en a pas fait une politique générale.
PCQ : Exige le maintien de blocs sanitaires séparés en tout temps.
Pronoms neutres
QS : Demande de respecter le choix de pronom des individus.
PLQ : Ne s’est pas prononcé.
PQ : A approuvé l’interdiction des pronoms neutres par le gouvernement de la CAQ.
CAQ : A interdit l’utilisation des pronoms neutres à l’école, dans la fonction publique et dans les communications officielles.
PCQ : A approuvé l’interdiction des pronoms neutres par le gouvernement de la CAQ.
Enseignement de l’identité de genre
QS : Approuve le programme actuel.
PLQ : Ne s’est pas prononcé.
PQ : Demande la révision du programme d’éducation à la sexualité et de biologie afin de s’assurer qu’il soit conforme à la science (prend pour acquis que le programme actuel ne l’est pas).
CAQ : Approuve le programme actuel. C’est le gouvernement de la CAQ qui l’a mis en place.
PCQ : Position ambivalente. Éric Duhaime s’est personnellement prononcé contre l’enseignement de « l’idéologie du genre » à l’école, mais les membres du Parti conservateur ont rejeté une proposition demandant la révision du programme d’éducation à la sexualité.
Présence des femmes trans dans les lieux réservés aux femmes
QS : Demande le respect du genre ressenti.
PLQ : Demande le respect du genre ressenti.
PQ : Souhaite interdire aux femmes trans l’accès aux lieux réservés aux femmes : Toilettes, vestiaires, compétitions sportives, organismes venant en aide aux femmes, prisons pour femmes et groupes de lesbiennes.
CAQ : Les personnes trans incarcérées dans les prisons provinciales sont détenues en fonction de leur « sexe anatomique ». Une femme trans sera détenue dans une prison pour femme si elle a subi une vaginoplastie. La CAQ n’a pas interdit et ne promet pas d’interdire aux femmes trans l’accès aux lieux réservés aux femmes
PCQ : Souhaite interdire aux femmes trans l’accès aux lieux réservés aux femmes
Autonomie médicale pour les soins de transition de genre
QS : Respecte l’autonomie médicale à partir de 14 ans comme pour les autres soins médicaux.
PLQ : Ne s’est pas prononcé.
PQ : Ne s’est pas prononcé.
CAQ : Ne s’est pas prononcé.
PCQ : Exige le consentement des parents avant 16 ans. Souhaite interdire les mastectomies pour les personnes de moins de 18 ans et encadrer davantage les traitements hormonaux.
Changement de prénom ou de pronom à l’école
QS : Respecte le choix de l’élève.
PLQ : Respecte le choix de l’élève.
PQ : Ne s’est pas prononcé.
CAQ : La CAQ n’a pas pris position directement sur le sujet, mais le ministère de l’Éducation exige que les enseignants respectent le genre auquel les élèves s’identifient et le secret si l’élève n’en a pas avisé ses parents.
PCQ : Souhaite que l’approbation des parents soit obligatoire.
Identification
QS : Demande le respect du genre ressenti.
PLQ : Demande le respect du genre ressenti.
PQ : Souhaite que les personnes s’identifient selon leur sexe biologique à des fins statistiques, pour l’accès aux lieux réservés aux femmes et pour l’accès aux politiques genrées.
CAQ : En 2021, le ministre Simon Jolin-Barrette a voulu exiger une transition chirurgicale des organes sexuels pour permettre le changement de sexe sur papier. Cette disposition a finalement été abandonnée. Le gouvernement de la CAQ a ajouté le marqueur de sexe X sur les pièces d’identité, mais a longtemps repoussé l’entrée en vigueur de la mesure.
PCQ : Éric Duhaime considère que le concept d’identité de genre nie la réalité du sexe biologique.