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Reçu — 27 octobre 2025 Alexandre Dumas, historien québécois
  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • La chasse au voile dans les garderies
    C’est maintenant officiel: le gouvernement du Québec va interdire le port du voile aux éducatrices dans les CPE. Le ministre Jean-François Roberge s’appuie sur le rapport Pelchat-Rousseau dont j’ai déjà critiqué l’absence de rigueur et de méthodologie. Prétextant vouloir régler un problème qui est en fait inexistant, le gouvernement va ajouter de la pression aux garderies qui manquent déjà de personnel. Y a-t-il vraiment des gens qui observent nos CPE en ce moment et qui se disent que le
     

La chasse au voile dans les garderies

27 octobre 2025 à 06:05

C’est maintenant officiel: le gouvernement du Québec va interdire le port du voile aux éducatrices dans les CPE. Le ministre Jean-François Roberge s’appuie sur le rapport Pelchat-Rousseau dont j’ai déjà critiqué l’absence de rigueur et de méthodologie. Prétextant vouloir régler un problème qui est en fait inexistant, le gouvernement va ajouter de la pression aux garderies qui manquent déjà de personnel.

Y a-t-il vraiment des gens qui observent nos CPE en ce moment et qui se disent que le principal problème est qu’il y a trop de foulards? Je rappelle la situation misérable dans laquelle se trouve le réseau. Les programmes d’éducation à l’enfance sont moins populaires chaque année. Des 82 étudiantes inscrites au Cégep de Ste-Foy en 2021, 13 ont complété leur formation. Moins d’une sur six. Au Cégep de l’Outaouais, c’était 6 sur 40. Au Cégep de Valleyfield, c’était 1 sur 25. 1 sur 25! Il n’y a aucune cohorte cette année au cégep Gérald-Godin, où il n’y a d’ailleurs eu qu’une seule diplômée en 2024. Ce qu’il faut comprendre: les éducatrices qui partiront bientôt à la retraite ne seront pas remplacées.

La solution du gouvernement caquiste: ajoutons des critères d’embauche et empoisonnons la vie de dizaines d’éducatrices qui travaillent présentement dans nos CPE, parfois depuis, 10, 15, 20 ans. « Trahison », c’est le mot qu’emploie l’éducatrice Bahia Oubraham du CPE du Centre-Ville. En 2011, nous étions heureux de l’accueillir en tant qu’immigrante qualifiée pour prendre soin des enfants. En 2025, on la considère comme une indésirable. C’est le message que le gouvernement lui envoie avec ses lois arbitraires.

Je sais qu’on va me répondre que ce ne sont pas les voiles qui sont interdits, mais bien tous les signes religieux. C’est un faux argument. Les enseignants portant une croix, une kippa ou un turban n’ont jamais été une préoccupation. On n’en a littéralement jamais entendu parler. Ce sont les voiles qui ont monopolisé les interventions lors de la commission Bouchard-Taylor, de la commission parlementaire sur la charte des valeurs et de celle sur la loi 21. Les mots « voile » et « voilée » sont employés 25 fois dans le rapport Pelchat-Rousseau. Les autres signes religieux ne sont jamais mentionnés. C’est bien du voile dont il s’agit.

« Oui mais il y a la clause grand-père… » Le mémoire de maîtrise d’Ali Adam explique comment la loi 21 a transformé le quotidien des enseignantes qui bénéficient de la clause grand-père: construction d’une hiérarchie non officielle plaçant les enseignantes voilées au bas de l’échelle, remises en question régulières de leurs capacités d’enseignement par certains collègues, accusations de chercher à endoctriner les élèves… Pour ces enseignantes, la loi 21 est une source de tensions, d’anxiété et de perte de confiance en soi, clause grand-père ou non. La chercheuse Hana Zayani a expliqué quant à elle que la loi 21 a décomplexé le racisme à l’endroit des musulmanes dans le réseau scolaire. Les mères musulmanes racontent comment elles et leurs enfants ont vécu un changement de comportement de la part du personnel scolaire et des autres parents d’élèves. Dans tous les cas, la loi envoie le message aux enseignantes et aux éducatrices portant un voile qu’on préférerait se passer d’elles.

« On leur demande juste d’enlever leur voile… » Ces femmes sont déjà surmenées et sous-payées pour faire un travail que plus personne ne veut faire. Nous devrions être à genoux pour les remercier d’être encore là, pas leur imposer de nouvelles règles complètement arbitraires pour calmer des peurs irrationnelles et flatter notre sentiment de puissance nationale.

« La grande majorité des Québécois sont d’accord… » C’est facile d’être en faveur d’un règlement qui ne nous affectera en rien. La réponse serait différente si les répondants du sondage étaient touchés d’une façon ou d’une autre. Imaginons la question suivante: « Êtes-vous en faveur de l’interdiction du port de signes religieux par les éducatrices en garderie si cette interdiction s’accompagne d’une nouvelle taxe de 5$ par semaine pour financer le réseau des CPE? » Je pense que soudainement on découvrirait que le voile dérange moins qu’on pense.

« Les enfants ont droit à un environnement neutre… » Aucun enfant ne va voir dans le voile une atteinte à sa liberté de conscience à moins qu’on lui dise que c’est ce qu’il doit y voir. Est-ce qu’on imagine vraiment que les éducatrices enseignants aux enfants « Tu vois, je porte un voile pour montrer que je suis inférieure à mon mari. » ? Peut-être que si on arrête de dire aux enfants que le voile est un objet maléfique, il n’aura aucune mauvaise influence sur leur comportement ou leur vision du monde.

« Porter un voile, c’est faire du prosélytisme… » Non. Absolument pas. Même Christiane Pelchat et Guillaume Rousseau, qui ont été payés avec de l’argent public pour monter leur rapport bâclé, ont été incapables de trouver une seule source laissant croire que les éducatrices portent leur voile dans le but d’influencer les enfants. C’est un préjugé qui ne repose sur absolument rien.

Pour couronner le tout, Jean-François Roberge nous dit qu’il s’inspire des mesures qui ont connu du succès ailleurs dans le monde… notamment en France. Quel succès? Depuis quand considère-t-on la France comme un modèle d’intégration et de vivre-ensemble? Ceux qui réclament qu’on s’inspire de la France sont toujours les premiers à pointer ce pays du doigt pour nous parler des dangers de l’islamisme et de la ghettoïsation. Le seul succès des lois interdisant les foulards en France, c’est la satisfaction donnée aux intolérants, qui se félicitent d’affirmer leur domination.

C’est également la seule chose qu’accomplira la CAQ, en plus de peut-être remonter d’un ou deux points dans les sondages. Et ça ne coûtera rien au gouvernement à part une aggravation des problèmes dans les CPE. J’imagine qu’il vaut mieux une garderie fermée qu’une garderie avec des éducatrices voilées.

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    C’est maintenant officiel: le gouvernement du Québec va interdire le port du voile aux éducatrices dans les CPE. Le ministre Jean-François Roberge s’appuie sur le rapport Pelchat-Rousseau dont j’ai déjà critiqué l’absence de rigueur et de méthodologie. Prétextant vouloir régler un problème qui est en fait inexistant, le gouvernement va ajouter de la pression aux garderies qui manquent déjà de personnel. Y a-t-il vraiment des gens qui observent nos CPE en ce moment et qui se disent que le
     

La chasse au voile dans les garderies

27 octobre 2025 à 06:05

C’est maintenant officiel: le gouvernement du Québec va interdire le port du voile aux éducatrices dans les CPE. Le ministre Jean-François Roberge s’appuie sur le rapport Pelchat-Rousseau dont j’ai déjà critiqué l’absence de rigueur et de méthodologie. Prétextant vouloir régler un problème qui est en fait inexistant, le gouvernement va ajouter de la pression aux garderies qui manquent déjà de personnel.

Y a-t-il vraiment des gens qui observent nos CPE en ce moment et qui se disent que le principal problème est qu’il y a trop de foulards? Je rappelle la situation misérable dans laquelle se trouve le réseau. Les programmes d’éducation à l’enfance sont moins populaires chaque année. Des 82 étudiantes inscrites au Cégep de Ste-Foy en 2021, 13 ont complété leur formation. Moins d’une sur six. Au Cégep de l’Outaouais, c’était 6 sur 40. Au Cégep de Valleyfield, c’était 1 sur 25. 1 sur 25! Il n’y a aucune cohorte cette année au cégep Gérald-Godin, où il n’y a d’ailleurs eu qu’une seule diplômée en 2024. Ce qu’il faut comprendre: les éducatrices qui partiront bientôt à la retraite ne seront pas remplacées.

La solution du gouvernement caquiste: ajoutons des critères d’embauche et empoisonnons la vie de dizaines d’éducatrices qui travaillent présentement dans nos CPE, parfois depuis, 10, 15, 20 ans. “Trahison”, c’est le mot qu’emploie l’éducatrice Bahia Oubraham du CPE du Centre-Ville. En 2011, nous étions heureux de l’accueillir en tant qu’immigrante qualifiée pour prendre soin des enfants. En 2025, on la considère comme une indésirable. C’est le message que le gouvernement lui envoie avec ses lois arbitraires.

Je sais qu’on va me répondre que ce ne sont pas les voiles qui sont interdits, mais bien tous les signes religieux. C’est un faux argument. Les enseignants portant une croix, une kippa ou un turban n’ont jamais été une préoccupation. On n’en a littéralement jamais entendu parler. Ce sont les voiles qui ont monopolisé les interventions lors de la commission Bouchard-Taylor, de la commission parlementaire sur la charte des valeurs et de celle sur la loi 21. Les mots “voile” et “voilée” sont employés 25 fois dans le rapport Pelchat-Rousseau. Les autres signes religieux ne sont jamais mentionnés. C’est bien du voile dont il s’agit.

“Oui mais il y a la clause grand-père…” Le mémoire de maîtrise d’Ali Adam explique comment la loi 21 a transformé le quotidien des enseignantes qui bénéficient de la clause grand-père: construction d’une hiérarchie non officielle plaçant les enseignantes voilées au bas de l’échelle, remises en question régulières de leurs capacités d’enseignement par certains collègues, accusations de chercher à endoctriner les élèves… Pour ces enseignantes, la loi 21 est une source de tensions, d’anxiété et de perte de confiance en soi, clause grand-père ou non. La chercheuse Hana Zayani a expliqué quant à elle que la loi 21 a décomplexé le racisme à l’endroit des musulmanes dans le réseau scolaire. Les mères musulmanes racontent comment elles et leurs enfants ont vécu un changement de comportement de la part du personnel scolaire et des autres parents d’élèves. Dans tous les cas, la loi envoie le message aux enseignantes et aux éducatrices portant un voile qu’on préférerait se passer d’elles.

“On leur demande juste d’enlever leur voile…” Ces femmes sont déjà surmenées et sous-payées pour faire un travail que plus personne ne veut faire. Nous devrions être à genoux pour les remercier d’être encore là, pas leur imposer de nouvelles règles complètement arbitraires pour calmer des peurs irrationnelles et flatter notre sentiment de puissance nationale.

“La grande majorité des Québécois sont d’accord…” C’est facile d’être en faveur d’un règlement qui ne nous affectera en rien. La réponse serait différente si les répondants du sondage étaient touchés d’une façon ou d’une autre. Imaginons la question suivante: “Êtes-vous en faveur de l’interdiction du port de signes religieux par les éducatrices en garderie si cette interdiction s’accompagne d’une nouvelle taxe de 5$ par semaine pour financer le réseau des CPE?” Je pense que soudainement on découvrirait que le voile dérange moins qu’on pense.

“Les enfants ont droit à un environnement neutre…” Aucun enfant ne va voir dans le voile une atteinte à sa liberté de conscience à moins qu’on lui dise que c’est ce qu’il doit y voir. Est-ce qu’on imagine vraiment que les éducatrices enseignants aux enfants “Tu vois, je porte un voile pour montrer que je suis inférieure à mon mari.” ? Peut-être que si on arrête de dire aux enfants que le voile est un objet maléfique, il n’aura aucune mauvaise influence sur leur comportement ou leur vision du monde.

“Porter un voile, c’est faire du prosélytisme…” Non. Absolument pas. Même Christiane Pelchat et Guillaume Rousseau, qui ont été payés avec de l’argent public pour monter leur rapport bâclé, ont été incapables de trouver une seule source laissant croire que les éducatrices portent leur voile dans le but d’influencer les enfants. C’est un préjugé qui ne repose sur absolument rien.

Pour couronner le tout, Jean-François Roberge nous dit qu’il s’inspire des mesures qui ont connu du succès ailleurs dans le monde… notamment en France. Quel succès? Depuis quand considère-t-on la France comme un modèle d’intégration et de vivre-ensemble? Ceux qui réclament qu’on s’inspire de la France sont toujours les premiers à pointer ce pays du doigt pour nous parler des dangers de l’islamisme et de la ghettoïsation. Le seul succès des lois interdisant les foulards en France, c’est la satisfaction donnée aux intolérants, qui se félicitent d’affirmer leur domination.

C’est également la seule chose qu’accomplira la CAQ, en plus de peut-être remonter d’un ou deux points dans les sondages. Et ça ne coûtera rien au gouvernement à part une aggravation des problèmes dans les CPE. J’imagine qu’il vaut mieux une garderie fermée qu’une garderie avec des éducatrices voilées.

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